1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Tous les deux à tuer

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MessageSujet: Tous les deux à tuer   Dim 6 Mar - 14:51

Antoine jeta un coup d'oeil peu enthousiaste à ses feuilles de cours, crayon en main, mâchonnant le bout d'un air pensif. Il avait longuement parlé à M. de la Valière, en début de semaine, pour cette histoire de cours de chant et il avait fini par le convaincre de prendre des cours de solfège, car même s'il ne continuait pas tout de suite ses études dans un conservatoire, il ne devait rien perdre et entraîner sa voix autant que possible, tout en apprenant la musique. Il n'aurait pas cru que ce serait si compliqué de mémoriser toutes les notes et... Tout cela, en fait, c'était un sujet d'étude très vaste et compliqué. Il se demandait toujours s'il pouvait y arriver, s'il ne fonçait pas dans droit dans le mur, si sa famille allait accepter qu'il travaille là-dessus, en prenant le risque de négliger un peu plus ses études. Fermant un instant les yeux pour répéter les notes, il les fredonna à moitié, durant une ou deux minutes. Il était installé dans un des petits canapés du foyer des élèves, à côté de Laura, jambes repliées sous lui. Il y avait peu de monde, ce soir, le foyer était calme. Ils venaient de terminer les cours et beaucoup étaient à la bibliothèque pour faire leurs devoirs.

Fabien – Eh, Antoine, tu peux me passer ton livre de Français ? Qu'est-ce qu'on doit faire, pour demain ?

Antoine – Prend-le dans mon sac. On doit faire une rédaction, t'as vraiment rien écouté de ce qu'a dit le prof ?

Fabien – Je l'aime pas ce type, j'ai le droit. C'est super chiant de l'avoir comme prof principal ! Il va nous gâcher tout le plaisir de la filière.

Peut-être bien, enfin, ce n'était que pour deux ans. Ils découvraient tous leurs nouvelles filières de lycée et Antoine songeait que son meilleur ami avait bien de la chance que la Hyène ne soit plus là. Eux avaient, en littéraire, M. Ménard, un professeur assez... hum... Assez revendicatif, qui avait un caractère semblable à celui de la Hyène disparue. Il paraît qu'ils étaient de grands amis, lorsqu'elle était toujours là, ce n'était pas étonnant. Fabien repartit s'installer à une table avec le livre, avec un air des plus motivé. Antoine se replongea dans les lignes de notes, mordillant son crayon lorsqu'il réfléchissait. Peut-être allait-il tout de même rechercher un conservatoire qu'il aura les moyens de payer... Il essayait d'imaginer un avenir possible, et réaliste, dans ce domaine, ayant le plus grand mal à se convaincre que c'était réalisable. Chanter, apprendre la musique, jouer d'un instrument, chercher un conservatoire et y entrer, continuer, pousser aussi loin que possible. Il retint un petit soupir, jetant un regard à Laura qui bossait aussi ses cours. Ils avaient encore le temps avant de vraiment songer à l'avenir, même si c'était angoissant. Antoine aimerait suivre une scolarité aussi normale que possible, malgré tous les ennuis autour d'eux.

Rangeant son cours de solfège, il prit son travail de Français pour le continuer, relisant son brouillon avant de se réinstaller un peu mieux pour écrire au propre. Lui non plus n'aimait guère leur enseignant, cependant, ce n'était pas pour ça qu'il ne fallait pas être sérieux et travailler. Au début du mois de septembre, il avait trouvé assez bizarre de ne plus être en cours avec Jasper aussi souvent, comme ils n'étaient plus dans la même filière, il avait fallu s'habituer. Et cela tombait mal car son meilleur ami avait un peu trop changé à son goût, depuis mai ou juin, en fin de leur précédente année scolaire. Il savait que c'était normal, pour ceux qui maniaient le feu, mais il y avait autre chose en plus, en ce moment. Il ne déprimait quand même pas, si ? Ce serait... bizarre. Jasper faire une dépression ? Il était vraiment la dernière personne qu'Antoine imaginerait faire ça, étant donné son caractère. Il était plutôt du genre à sourire sans cesse et réconforter les autres. Se mordant les lèvres, il ratura une phrase sur son brouillon pour la réécrire d'une autre façon, vérifiant rapidement un mot dans son dictionnaire. Tout en écrivant, il remercia d'un signe de tête Fabien qui vint lui rendre son livre de cours. Quand il eut terminé, il rangea ses affaires avec soin, s'étirant un peu, pensif.

Antoine – Pourquoi tu fais toujours la tête ? demanda-t-il à Laura. C'était une bête dispute.

Tous les frères et sœurs se criaient dessus, c'était on ne peut plus normal et on se construisait aussi comme ça. Il posa la tête contre le dossier du canapé, s'installant plus confortablement. Il ne comprenait pas pourquoi Laura prenait ça autant à cœur alors que c'était une engueulade classique, comme il y en avait tant. Lui-même s'était déjà pris la tête avec Jaz quelques fois depuis juillet et n'en avait pas fait une affaire d'Etat, même si le ton était parfois beaucoup monté. Comme cette après-midi, par exemple, ils s'étaient disputés pour il ne savait même plus quoi. Laura releva la tête vers lui puis la rabaissa aussitôt, avec un air boudeur, confirmant qu'elle râlait pour de bon.

Laura – Je fais pas la tête, je travaille, on n'a pas pu travailler hier soir, marmonna-t-elle.

Antoine – C'est ça, soupira-t-il. Heureusement que je ne ressasse pas comme ça à chaque fois que je m'engueule avec Jaz, depuis cet été, ce serait infernal. Et même s'il crie beaucoup plus, il tient quand même à toi, il y a assez de preuves flagrantes.

Laura l'aurait sans doute déjà jeté comme une merde s'il s'était mis à râler et bouder durant des heures après chaque dispute, tant elle en aurait eu marre de son caractère. Antoine n'était pas du genre très rancunier, de toute manière, il pardonnait facilement aux autres. Il avait déjà oublié, même, la dispute avec Jasper de cet après-midi. Ils sortaient d'un cours commun et c'était parti en vrille, pour une histoire bête à la base, puis son meilleur ami l'avait planté sur place et était parti. Charmant. Il secoua doucement la tête à ce souvenir, prévoyant de lui parler ce soir, dans leur chambre, il ne pourra pas s'esquiver, de toute façon. Tournant la tête vers sa petite amie, il sourit à moitié en voyant sa grimace. Elle prenait toujours très à cœur tout ce qui arrivait, c'était mignon. Il eut presque envie de la décoiffer juste pour la taquiner, retenant son geste au dernier moment.

Laura – Merci, ça, je l'ai compris... Je ne râle pas et je ne ressasse rien, je dois juste digérer la "discussion", c'est tout. Tout va très bien, j'ai compris que j'étais une gamine capricieuse donc ça va.

Antoine – T'es naïve si tu crois qu'il pense vraiment ça, sourit-il en passant un bras autour de ses épaules pour la rapprocher de lui. Surtout vu ce qu'il m'a hurlé cet après-midi.

Il lui fit poser ses affaires de cours pour mieux la prendre contre lui, déposant un baiser dans ses cheveux, sur le sommet du crâne. A leur âge, il ne pouvait y avoir de conflit vraiment grave, ils n'avaient encore de sujets qui le méritaient. Et puis, Jasper était son grand frère, aucun risque qu'il ne la déteste un jour, étant donné leur lien. Alors on arrête de bouder et faire la tête, d'accord ? Il la serra un peu plus fort, profitant qu'ils étaient au calme et tranquilles pour un câlin. Ils n'avaient que peu d'occasions, au pensionnat, entre les cours, les devoirs à rendre, les moments avec leurs amis où ils ne pouvaient pas se bécoter autant qu'ils le voulaient, par respect pour les autres. Autre souci, plus mineur et gênant à avouer, Antoine n'osait pas aller la chercher chez M. Nakajima, lorsqu'elle y était. Le sous-directeur avait le don de l'impressionner et l'intimider à la fois. Il ne le voyait que rarement et osait à peine lui adresser la parole, lorsqu'il le croisait, se contentant de "Bonjour, au revoir, merci", le minimum syndical, somme tout. Laura restait blottie contre lui, sans relever la tête, la secouant pour dire non. Il leva un peu la main pour l'entortiller autour d'une mèche noire, jouant un instant avec.

Laura – Je suis sûre que si... J'aurais dû réfléchir, c'est de ma faute. Il a raison pour tout.

Antoine – Il n'arrête pas d'avoir peur qu'il t'arrive un truc parce que tu veux nous aider, c'est quand même normal. Il m'a crié toute à l'heure qu'il ne pensait pas vraiment ce qu'il t'a dit mais qu'il n'arrive plus à supporter lorsque tu t'approche trop près de l'armée, car tu pourrais être blessée. Et aussi qu'il aimerait que tu ne te soucie pas de lui car ça te met en danger. Puis je me suis fait pourrir en essayant de le calmer, c'était très joyeux.

Il faudra bien poser les choses à plat, à un moment ou à un autre. Plus il réfléchissait, plus il songeait que son meilleur ami était bel en bien en train de plonger dans une dépression solide. Après tout, s'il n'avait jamais rien extériorisé de ce que lui avait dit et fait subir son père, c'était sans doute normal... Et comment l'aider, aujourd'hui ? Antoine détestait le voir se renfermer de plus en plus, surtout en ignorant comment s'y prendre pour le pousser à se confier et à ne plus tout garder pour lui. Il n'arrivait même plus à parler calmement, dès lors qu'on touchait à des sujets plus sensibles. Sa sœur, son passé, son but, la façon dont il vivait, presque tout en réalité. Le jeune lycéen essayerait bien de lui suggérer de voir un psychologue, s'il ne craignait pas de le braquer encore plus. Il frotta un peu le dos de Laura, qui jouait avec un pli de son pull.

Laura – Pourquoi il ne me l'a pas dit ce matin, alors ? Ou cette nuit ? Ou... Je sais pas, avec tout ce qu'il a dit... J'ai le droit de douter. T'as pas à t'inquiéter, on n'a qu'à oublier et ça passera tout seul. Je vais très bien. Bien. Plus ou moins.

Antoine – Parce qu'il ne sait plus parler calmement ni s'expliquer, c'est tout, soupira-t-il d'un ton las. Je n'ai réussi à le savoir et avoir des preuves que parce qu'il a tout lâché sans y penser quand il me criait dessus en pleurant.

Il leva un peu les yeux au ciel, soupirant longuement. Il ne savait plus quoi faire ni la façon dont il devait réagir. Se redressant un peu, il reprit mieux sa petite amie dans ses bras, l'incitant à s'asseoir sur ses genoux pour l'entourer et l'embrasser sur le front. Ces deux-là allaient bien finir par le tuer, très sincèrement.

Antoine – Entre toi qui ne veux jamais rien me dire et lui qui nous fait une dépression, vous êtes tous les deux à tuer, sourit-il en lui caressant la nuque avec tendresse. Vous allez finir par m'achever. Comment tu peux douter qu'il t'aime, au juste ? T'es quand même la seule personne au monde pour qui il oserait utiliser son don pour blesser une autre personne et t'aider. Il ne le ferait même pas pour lui-même, même en cas de danger de mort.
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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Tous les deux à tuer   Sam 26 Mar - 16:15

C’était stupide. Laura savait que penser à sa dispute avec Jasper n’allait rien arranger, qu’elle avait provoqué son frère et qu’il avait sûrement raison pour tout ce qu’il avait dit. Sans doute était-elle trop immature, capricieuse, gamine, et tout cela… Mais pourquoi ne l’avait-il pas lâché plus tôt ? Pourquoi avoir attendu des mois pour le lui dire s’il le pensait depuis cette histoire avec Clémence, voire avant ? Comment aurait-elle pu leur parler de tout cela… ? Laura n’avait rien raconté au Père Vilette, il avait tout compris tout seul et ne l’avait jamais forcée. Elle n’en avait pas non plus parlé aux professeurs, madame Chevreuil avait dû tout comprendre sans l’obliger à expliquer dans les détails. Alors, non. La collégienne n’aurait jamais pu leur expliquer ce qui s’était passé directement, c’était impossible. Même si cela faisait d’elle une gamine capricieuse et immature. Au fond, ce qui lui faisait le plus mal était que son frère puisse penser cela… Qu’il ait osé le lui balancer platement en sachant que certains sujets étaient plus douloureux. Comme si elle ne faisait aucun effort.

Laura se pencha sur son devoir de maths, secouant un peu la tête pour essayer de se concentrer. Elle avait déjà fait presque tous ses devoirs de la semaine, n’ayant pas relevé le nez de ses bouquins depuis qu’elle était entrée dans le foyer. C’était une manière comme une autre de ne pas penser à ce qui s’était passé avec Jasper et, au moins, ce n’était pas du temps perdu. Monsieur de la Valière voulait qu’ils se remettent en ordre, qu’ils travaillent dur… Eh bien voilà, elle le faisait. C’était basique, en effet, ils avaient déjà vu tout cela l’année passée. Seulement, avec les explications de leur professeur, c’était beaucoup plus clair, plus facile. Laura avait presque l’impression de comprendre les maths, chose qui n’était jamais arrivée depuis qu’elle était entrée au Pensionnat.

Inscrivant une énième réponse sur un calcul utilisant le théorème de Pythagore, la collégienne lut l’énoncé suivant avec un air très concentré. Elle ne prêtait que très vaguement attention à son environnement, entendant Antoine discuter avec un ami et voyant que le foyer était presque vide, aujourd’hui. Tout le monde avait opté pour la bibliothèque, pensant que le foyer des élèves serait bondé… Et, évidemment, ce n’était pas le cas, la bibliothèque étant prise d’assaut par bon nombre d’entre eux. Laura n’était venue ici que pour être tranquille et pour être sûre de ne pas croiser ses amies ou les amis de Jasper. En voyant Antoine arriver, elle avait même failli fuir la pièce mais s’était ravisée en se disant que, de toute façon, il trouverait bien un moment pour lui parler s’il le voulait vraiment.

Ou il allait peut-être la laisser tranquille. Ne rien lui dire pour la caserne, sa culpabilité, Clémence. Heureusement que monsieur Nakajima n’avait pas dit ce qui s’était passé dans les détails… La gorge serrée, Laura essaya de se concentrer à nouveau sur sa copie, ne voulant surtout pas lever la tête vers Antoine qui travaillait. Elle termina laborieusement un deuxième exercice. Puis un troisième. Mais son esprit décrocha au quatrième même si elle feignait pour être tranquille. A côté d’elle, Antoine venait de terminer ce qu’il écrivait et rangeait ses affaires. Ce n’est que lorsqu’il s’étira qu’elle ferma un peu les yeux, se crispant malgré elle.

Antoine – Pourquoi tu fais toujours la tête ? demanda-t-il à Laura. C'était une bête dispute.

Bête dispute… Bête dispute dans laquelle son frère lui avait dit, ou plutôt hurlé, tout le bien qu’il pensait d’elle depuis des mois. Bête dispute dans laquelle il lui avait reproché d’être immature, de tout garder pour elle et d’attirer l’attention volontairement pour que les autres compatissent. Bête dispute dans laquelle il lui avait reproché de n’avoir rien dit pour Clémence… Qu’Antoine l’excuse si elle le prenait mal, mais c’était normal ! Il y avait une nette différence entre « bouder » et « mal prendre les paroles de quelqu’un ». Même lui ne lui avait jamais rien reproché à propos de Clémence alors qu’elle était sa petite amie. Elle ne lui avait jamais rien expliqué et il ne l’avait pas interrogée pour en savoir plus, s’étant contenté de la réconforter tout simplement. Laura redressa la tête pour lui jeter un bref coup d’œil, lèvres pincées, avant de revenir sur sa copie.

Laura – Je fais pas la tête, je travaille, on n'a pas pu travailler hier soir, marmonna-t-elle.

Antoine – C'est ça, soupira-t-il. Heureusement que je ne ressasse pas comme ça à chaque fois que je m'engueule avec Jaz, depuis cet été, ce serait infernal. Et même s'il crie beaucoup plus, il tient quand même à toi, il y a assez de preuves flagrantes.

Merci de le rappeler, elle ne l’avait pas encore assez intégré après la scène que Jasper avait faite la veille. Trop aimable, vraiment. Laura grimaça, regardant toujours la feuille sur laquelle elle écrivait plus ou moins. Plutôt moins que plus depuis un quart d’heure mais bon, passons. C’était Antoine qui l’empêchait de finir ! Pourquoi se sentait-il obligé d’en parler ? Elle allait très bien et avait compris le message de son frère, pas la peine de revenir là-dessus. Il fallait seulement qu’elle digère la dispute, c’est tout. Oui, lui s’était déjà disputé avec son meilleur ami. Seulement, ce n’était pas une dispute toute simple, comme ils en avaient parfois son frère et elle. Non, ici, c’était plus… important. Les paroles hurlées n’étaient pas centrées sur un « tu m’as volé mon bic » mais sur un comportement qu’ils avaient tous les deux. Et s’il l’écartait du plan qu’il avait avec Antoine comme il le lui avait dit… Mais c’est bon, ça va, elle avait compris et ne pleurerait plus, elle ferait face, voilà tout.

Laura – Merci, ça, je l'ai compris... Je ne râle pas et je ne ressasse rien, je dois juste digérer la "discussion", c'est tout. Tout va très bien, j'ai compris que j'étais une gamine capricieuse donc ça va.

Antoine – T'es naïve si tu crois qu'il pense vraiment ça, sourit-il en passant un bras autour de ses épaules pour la rapprocher de lui. Surtout vu ce qu'il m'a hurlé cet après-midi.

Humpf. Laura lâcha ses affaires à contrecœur, se laissant aller contre Antoine en sentant sa gorge se nouer un peu plus. Elle s’appliquait à respirer profondément, le plus discrètement possible, gardant la tête baissée pour qu’il ne fasse aucun commentaire là-dessus. Elle n’était pas convaincue. Pas du tout. Lorsque l’on est en colère, il y a toujours des choses que l’on dit sans réfléchir avec une part de vérité. C’était exactement ce qu’elle avait fait hier soir, pleurant à chaudes larmes sous l’influence de la colère, alors pourquoi cela serait-il différent pour son frère ?

Elle ferma les yeux, sentant son petit ami l’embrasser dans les cheveux, serrant un peu la main sur le pli du pull qu’il portait et qu’elle trouvait très intéressant. Être dans ses bras était réconfortant même si elle refusait d’admettre qu’elle en avait besoin pour le moment. Elle n’osait pas, ne voulait pas reconnaître que ça allait moins bien que ce qu’elle montrait, et puis réclamer un câlin était stupide. Jasper avait plus besoin d’aide et de soutien qu’elle, c’était de sa faute à elle s’ils s’étaient disputés. La caserne, sa culpabilité… Il n’aurait jamais rien dit, sans cela. Et lui avait beaucoup plus subi toute cette histoire, toutes ces années passées dans leur « famille ». Non, Jasper n’était pas seulement plus énervé ces derniers temps, tout n’était pas de sa faute non plus. Elle secoua la tête, gardant obstinément la tête baissée comme elle sentait que ses yeux étaient un peu plus humides.

Laura – Je suis sûre que si... J'aurais dû réfléchir, c'est de ma faute. Il a raison pour tout.

Antoine – Il n'arrête pas d'avoir peur qu'il t'arrive un truc parce que tu veux nous aider, c'est quand même normal. Il m'a crié toute à l'heure qu'il ne pensait pas vraiment ce qu'il t'a dit mais qu'il n'arrive plus à supporter lorsque tu t'approche trop près de l'armée, car tu pourrais être blessée. Et aussi qu'il aimerait que tu ne te soucie pas de lui car ça te met en danger. Puis je me suis fait pourrir en essayant de le calmer, c'était très joyeux.

Il… Pardon ? Mais pourquoi ne le lui avait-il pas dit, alors ? Pourquoi lui reprocher tout cela si ce n’était que de la peur ? Qu’espérait-il ? Laura voulait aider, elle voulait être impliquée. Garder les yeux fermés sur ce qui se passait au Pensionnat était lâche, ils avaient besoin de toutes les personnes qui pouvaient aider et qui se portaient volontaire. Evidemment, c’était risqué. Mais Laura le savait et réfléchissait avant d’agir, beaucoup plus du moins. Elle était prudente ! Quant à s’inquiéter pour lui… Qu’il commence déjà par arrêter de s’inquiéter pour elle, dans ce cas, et ils en reparleront. Entre son refus de dire ce qui s’était passé avec le colonel, tout ce qu’il pensait à propos des agissements de sa sœur et son mal-être constant, Jasper était loin d’être un exemple dans le cas du « tu dois parler et être prudente ». Jouant toujours avec un pli du pull d’Antoine, Laura se mordit les lèvres assez fort pour garder son calme, refusant de lever la tête pour le moment. Elle ne comprenait pas pourquoi son frère n’avait rien dit alors qu’elle pleurait, pourquoi il n’avait rien dit sur le chemin de l’école, pourquoi il n’avait rien dit lorsqu’ils rentraient chez leur professeur.

Laura – Pourquoi il ne me l'a pas dit ce matin, alors ? Ou cette nuit ? Ou... Je sais pas, avec tout ce qu'il a dit... J'ai le droit de douter. T'as pas à t'inquiéter, on n'a qu'à oublier et ça passera tout seul. Je vais très bien. Bien. Plus ou moins.

Antoine – Parce qu'il ne sait plus parler calmement ni s'expliquer, c'est tout, soupira-t-il d'un ton las. Je n'ai réussi à le savoir et avoir des preuves que parce qu'il a tout lâché sans y penser quand il me criait dessus en pleurant.

Il pleurait… ? Oubliant sa tentative de convaincre Antoine de son bon état moral qui s’était soldée par un échec cuisant, Laura entrouvrit légèrement les lèvres, à la fois choquée et perplexe. Pourquoi avait-il pleuré et hurlé en lâchant tout cela… ? Elle leva très timidement la tête vers son petit ami lorsqu’elle l’entendit soupirer puis s’écarta un peu pour le laisser se redresser. Pensive, Laura s’assit sur les genoux d’Antoine sans rechigner, baissant les yeux sur ses mains sans rien dire après qu’il l’ait embrassée sur le front. Le frère de leur professeur avait peut-être raison… Jasper déprimait. Il avait pleuré. Il n’était pas bien, ne souriait plus comme avant, ne la réconfortait plus au moindre petit problème comme il le faisait les années précédentes. Pire, cela l’énervait, même s’il tenait toujours à elle. Mais elle restait convaincue qu’il y avait du vrai dans ses paroles, quoi qu’il en dise…

Antoine – Entre toi qui ne veux jamais rien me dire et lui qui nous fait une dépression, vous êtes tous les deux à tuer, sourit-il en lui caressant la nuque avec tendresse. Vous allez finir par m'achever. Comment tu peux douter qu'il t'aime, au juste ? T'es quand même la seule personne au monde pour qui il oserait utiliser son don pour blesser une autre personne et t'aider. Il ne le ferait même pas pour lui-même, même en cas de danger de mort.

Laura – Je ne doute pas qu’il m’aime et je ne refuse pas de te parler, dit-elle avec une moue boudeuse en tournant la tête vers lui. Ce sont juste certaines paroles qui m’ont blessée, ça passera tout seul. Et puis… Comme tu dis, il fait une dépression, c’est de lui qu’il faut s’occuper. S’il a pleuré en hurlant, c’est que c’est plus grave que le reste. Qu’est-ce qu’il t’a dit exactement ?

Antoine soupira sans que cela n’ébranle la décision de Laura de vouloir changer le centre de la conversation. Elle allait très bien, pourquoi voulait-il absolument la raisonner ou la calmer ou… un truc du genre ? C’était Jasper qui allait mal, Jasper qui avait besoin de soutien et d’attention. Pour elle, ça allait passer tout seul, ce n’était qu’une question de jours. Pour son frère, en revanche, c’était plus profond, plus délicat et plus douloureux.

Antoine – En gros, qu'il veut qu'on lui foute la paix et qu'on ne comprend rien. Vous vous vexez pour rien, en ce moment, tous les deux.

Laura – Tu trouves que c’est rien, toi, d’être blessée parce que son propre frère nous reproche de ne rien avoir expliqué pour une agression datant de plusieurs mois ? Il n’avait pas le droit ! Je vous en ai parlé !

Laura remua un peu sur les genoux d’Antoine, les joues un peu rouges, indifférente aux « chuuut ! » d’un élève qui s’était installé un peu plus loin pendant qu’ils parlaient. Il n’avait pas le droit de dire que ce n’était rien, Laura ne se vexait pas pour rien, seulement pour ce sujet qui était un point sensible pour l’instant. Il le savait ! Ou… pas ? Est-ce que Jasper lui avait dit quelles paroles il avait prononcées précisément ?

Antoine – Oui, c'est pour rien, étant donné votre état actuel à tous les deux et accessoirement parce qu'il s'est passé beaucoup de choses graves, depuis. Il va falloir grandir.

D’accord. Après monsieur Nakajima, après Jasper, voilà Antoine qui lui disait de « grandir ». Laura se mordit les lèvres, baissant la tête, retenant les paroles qu’elle voulait dire pour ne pas apparaître comme une adolescente simplement vexée. Elle faisait déjà des efforts, elle prenait énormément sur elle et faisait tout ce qu’elle pouvait pour ne pas agir sans réfléchir. Qu’est-ce que cela pouvait lui faire, qu’elle soit blessée ou non, tant qu’elle continuait à travailler et à réfléchir sans faire de bêtises ? Il n’avait qu’à oublier cette discussion. Elle allait très bien et voulait faire des efforts pour continuer à les aider, quelles que soient les craintes de Jasper.

Laura – Je fais déjà des efforts pour ne pas réagir bêtement. On n’a qu’à oublier cette conversation, d’accord ? Trouver comment aider Jasper est plus important. Je parle, moi… Lui déprime et se renferme sur lui-même, c’est plus grave.

Antoine – C'est ça. Vous me fatiguez. Vous réagissez tous les deux comme des gamins...

Laura – Mais dis-moi comment réagir, alors ! s’exclama-t-elle, larmes aux yeux. Je suis censée faire quoi ? Oublier ce que Jasper m’a dit alors que je pensais que lui comprenait que je sois incapable de parler de ce qui s’est passé avec Clémence ?! Oublier les militaires, les élèves, les professeurs qui n’ont rien fait et qui ont laissé des élèves mourir ? Oublier qu’on n’a même pas de famille chez qui se réfugier en dehors d’un professeur ?! Dis-moi ce que je dois faire !

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MessageSujet: Re: Tous les deux à tuer   Ven 15 Avr - 17:42

Laura – Je ne doute pas qu’il m’aime et je ne refuse pas de te parler, dit-elle avec une moue boudeuse en tournant la tête vers lui. Ce sont juste certaines paroles qui m’ont blessée, ça passera tout seul. Et puis… Comme tu dis, il fait une dépression, c’est de lui qu’il faut s’occuper. S’il a pleuré en hurlant, c’est que c’est plus grave que le reste. Qu’est-ce qu’il t’a dit exactement ?

Le lycéen soupira longuement, sans répondre tout de suite. Décidément, que ce soit avec Jasper ou Laura, il n'arrivait plus à rien, en ce moment. Il ne savait pas si c'était à cause de l'adolescence, les ennuis au pensionnat, le stress des cours, leur famille, l'ambiance actuelle, le risque de guerre, un mélange de tout cela en même temps, mais dans tous les cas, il n'en pouvait plus. Que pouvait-il vraiment faire pour aider, à seize ans, surtout face à deux personnes qui se fermaient comme des huîtres dès qu'on commençait à toucher un peu plus aux cordes sensibles ? C'était exaspérant ! Jasper refusait d'admettre qu'il avait des problèmes et Laura, au contraire, s'y enfermait tellement qu'à l'entendre, on pourrait croire qu'elle était la seule à en avoir sur terre et qu'il s'agissait d'une montagne infranchissable.

Antoine – En gros, qu'il veut qu'on lui foute la paix et qu'on ne comprend rien. Vous vous vexez pour rien, en ce moment, tous les deux.

Laura – Tu trouves que c’est rien, toi, d’être blessée parce que son propre frère nous reproche de ne rien avoir expliqué pour une agression datant de plusieurs mois ? Il n’avait pas le droit ! Je vous en ai parlé !

Elle appelait ça en parler ? Il haussa un peu les sourcils, appuyant sa tête contre sa main, le coude posé sur le dossier du fauteuil. Il la laissa s'écarta un peu sans rien dire, fermant les yeux une petite minute. Et là, que devait-il dire ? Il hésitait entre tenter d'arrondir les angles ou enfin dire platement ce qu'il pensait. La seconde option lui semblait, aujourd'hui, bien meilleure. De un parce qu'il avait bien vu que calmer le jeu par la diplomatie ne servait strictement à rien, que ce soit avec l'un ou l'autre, de deux parce que Laura refusait tous les sous-entendus et ne comprenait pas les idées qu'il voulait lui transmettre, de trois parce qu'elle était très renfermée sur elle-même, de quatre parce qu'il ne pouvait tout de même pas faire de miracles, surtout dans ce genre de discussions, de cinq parce qu'il continuait comme ça, il allait finir par se disputer bien plus avec elle aussi et avoir envie de la laisser là, ce qu'il ne voulait pas. Bon, tant pis pour la diplomatie, maintenant, ni Laura ni Jasper n'arrivaient à comprendre comme ça, de toute façon. Ils commençaient très sérieusement à le gonfler, tous les deux, d'une force incroyable. Il en avait assez de devoir batailler à chaque fois des heures pour qu'ils daignent cracher trois mots de vérité.

Antoine – Oui, c'est pour rien, étant donné votre état actuel à tous les deux et accessoirement parce qu'il s'est passé beaucoup de choses graves, depuis. Il va falloir grandir.

Laura – Je fais déjà des efforts pour ne pas réagir bêtement. On n’a qu’à oublier cette conversation, d’accord ? Trouver comment aider Jasper est plus important. Je parle, moi… Lui déprime et se renferme sur lui-même, c’est plus grave.

Il leva les yeux au ciel, franchement exaspéré. Mais oui, tiens, on avait qu'à "oublier cette discussion", réaction tellement typique et complètement puérile ! Sa réaction habituelle, somme toute, c'était ça qui l'énervait le plus, elle était incapable de remettre quoi que ce soit en cause et il en avait marre. Marre de perdre à chaque fois du temps comme ça, marre de tout. Il n'était pas médecin, ni psychologue, il n'était même pas adulte, comment était-il censé écouter tout le monde et tout prendre sur lui pour aider à trouver des solutions ? Laura boudant à nouveau, là, se renfermant en mode "Tu m'emmerdes et je le montre". Il avait tendance à oublier qu'elle n'avait que quatorze ans, après tout, et donc encore des réactions de gamine vexée. Jasper aussi réagissait comme ça, en se renfermant. Ils n'étaient pas frère et sœur pour rien, ces deux-là, toujours à tout faire pour ne surtout pas parler, jusqu'au jour où tout explosait et les rendait malade. Et lui était là, au milieu, à essayer de jouer les médiateurs pour garder une amitié solide. Se redressant un peu, il tapota l'accoudoir du bout des doigts en inspirant profondément pour ne pas montrer sa colère et la pousser à se braquer encore plus, si c'était possible. Il ne savait plus quoi faire, avec l'un ou l'autre. Il était trop jeune pour savoir vraiment comment réagir, valait mieux se tourner vers un adulte, pour les cas de ce genre. Un adulte capable de comprendre comment on pouvait en arriver là et la façon de s'en sortir. Il repassa mentalement la liste de tous les professeurs du pensionnat, réalisant, en retenant une grimace, que le choix était en fait très restreint.

Antoine – C'est ça. Vous me fatiguez. Vous réagissez tous les deux comme des gamins...

Laura – Mais dis-moi comment réagir, alors ! s’exclama-t-elle, larmes aux yeux. Je suis censée faire quoi ? Oublier ce que Jasper m’a dit alors que je pensais que lui comprenait que je sois incapable de parler de ce qui s’est passé avec Clémence ?! Oublier les militaires, les élèves, les professeurs qui n’ont rien fait et qui ont laissé des élèves mourir ? Oublier qu’on n’a même pas de famille chez qui se réfugier en dehors d’un professeur ?! Dis-moi ce que je dois faire !

Antoine – Prend rendez-vous chez le psychologue du village ! Voilà ce que tu dois faire !

Quant à lui, il allait prendre rendez-vous avec la directrice, car là, ça ne pouvait plus durer. Après tout, elle était une des rares à pouvoir lui expliquer comment on pouvait s'y prendre pour changer peu à peu afin de faire face aux événements sans y perdre sa santé mentale au passage. Elle y avait réussi donc il devait y avoir un truc, un état mental à posséder, des choses à se dire pour se réconforter lorsqu'on n'en pouvait plus, n'importe quoi. Il jeta un regard noir à deux élèves qui avaient écouté leur conversation et ricanaient doucement entre eux. Pas besoin de témoins, merci bien, c'était privé. Rangeant ses affaires, il se leva du canapé, se penchant pour fourrer ses livres dans son sac. C'est bon, il en avait sa claque, se faire renvoyer par Jasper, puis par Laura, qui sera le suivant ?

Antoine – J'en ai marre de vous entendre tous les deux hurler et vous braquer dès la première parole, reprit-il en tournant la tête vers elle, agenouillé près de son sac. On est tous concernés par ce qui se passe dans cette école et pourtant tout le monde ne se braque pas comme vous deux. Alors que des élèves ont perdu leurs plus proches amis. Tu n'as toujours pas compris pourquoi Alexis est si déprimé ?! Et lui n'a pas de professeur prêt à le prendre sous son toit pour l'aider et lui redonner une famille ! Va consulter un psy si tu n'arrives pas à parler sans hurler à qui que ce soit d'autre.

Il jeta son sac sur son épaule puis se leva, quittant le foyer en reprenant son calme. Il avait sa dose pour toute la journée, voir pour le reste de la semaine.
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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Tous les deux à tuer   Mer 20 Avr - 16:33

Antoine – Prend rendez-vous chez le psychologue du village ! Voilà ce que tu dois faire !

… ? Il voulait qu’elle aille chez le psy ? Mais elle n’avait pas besoin de parler, Laura allait très bien ! C’était seulement une baisse de moral due aux récents événements, rien de plus. Que voulait-il qu’elle dise de plus ? Elle avait déjà tout dit, elle ne pouvait pas expliquer ce que lui avait fait Clémence, elle ne pouvait pas non plus dire platement tout ce qu’elle pensait ou ce qui l’avait blessée précisément dans cette dispute. Elle baissa la tête, pinçant les lèvres sans oser répondre à Antoine. Si elle lui disait tout simplement qu’elle refusait d’aller chez le psychologue ou qu’elle se sentait bien, elle n’était pas sûre qu’il ne lui hurle pas dessus. Mais parler à un psy… Non. Elle ne pouvait pas. Il ne la connaissait pas ! Elle n’avait pas confiance, voilà tout. Et si ce psy était à la botte de l’armée ou aidait les médecins des militaires ? Peut-être que c’était de la paranoïa mais elle ne pouvait s’empêcher de le penser. Et puis, elle parlait ! Un peu. Elle ne savait pas quoi dire… Laura fronça les sourcils, voyant son petit ami se pencher pour ranger ses affaires après s’être levé. Hum ? Il partait ?

Antoine – J'en ai marre de vous entendre tous les deux hurler et vous braquer dès la première parole, reprit-il en tournant la tête vers elle, agenouillé près de son sac. On est tous concernés par ce qui se passe dans cette école et pourtant tout le monde ne se braque pas comme vous deux. Alors que des élèves ont perdu leurs plus proches amis. Tu n'as toujours pas compris pourquoi Alexis est si déprimé ?! Et lui n'a pas de professeur prêt à le prendre sous son toit pour l'aider et lui redonner une famille ! Va consulter un psy si tu n'arrives pas à parler sans hurler à qui que ce soit d'autre.

Laura ouvrit la bouche sans bouger d’un millimètre, suivant Antoine des yeux tandis qu’il quittait le foyer des élèves. Une énorme vague de culpabilité se répandit dans tout son corps pendant qu’elle réalisait ce que le meilleur ami de Jasper venait de lui dire. Elle ne… Elle savait qu’Alexis était touché par les événements, oui, des filles de sa classe lui avaient dit que son meilleur ami avait été pris par les militaires l’année passée. Elle ne l’avait appris que très récemment, seulement, ce genre de discussions étant plus ou moins tabou pour l’instant à cause du moral général des élèves. Ici, c’était seulement à cause de la rumeur sur son hébergement chez un prof qui avait fait ressortir cette histoire. Elle ne… savait pas. Mais pourquoi est-ce qu’il parlait de lui « redonner une famille » ? Il n’avait plus la sienne, lui non plus… ? C’était pour ça, les paroles de cet été ? Et il n’avait rien dit. C’était donc pour ça qu’il avait été hébergé par sa prof d’élément…

Eux avaient reçu de l’aide, Antoine les soutenait énormément, ils étaient chez monsieur Nakajima qui s’occupait d’eux contrairement à leurs parents. Il avait raison, elle s’était un peu braquée et déviait toujours le sujet. Mais elle ne pouvait pas parler ! Et elle ne voulait pas le perdre… Sans réfléchir, Laura fourra ses affaires pêle-mêle dans son sac et appela Antoine, lui courant aussitôt après pour le rattraper par le bras, le souffle un peu court. Elle se planta devant lui, les joues rouges, balbutiant d’abord des « Je » sans terminer sa phrase, puis marmonnant alors qu’ils étaient debout en plein milieu du rez-de-chaussée. Des élèves les contournaient sans faire attention, certains jetant des regards un peu étonnés tout de même tandis que d’autres passaient leur chemin pour rejoindre le foyer des élèves ou sortir. Bon… Et maintenant ? Laura ne savait pas ce qu’elle devait faire. Elle l’avait seulement rattrapé pour qu’il ne parte pas fâché…

Laura – Je… Je suis désolée, finit-elle par dire très bas avant de baisser la tête. Je ne… Je ne voulais pas te renvoyer balader, je ne voulais pas me braquer, je ne l’ai même pas réalisé. Je sais qu’Alexis n’est pas bien à cause de son meilleur ami mais je ne… Ce sont des sujets qu’on laisse de côté, dans la classe. Je n’ai pas… Je n’ai pas fait attention.

Parce qu’elle pensait à autre chose à cause de ce qu’elle avait gardé pour elle en refusant de parler pour préserver les autres. Ce qu’elle ne réalisait qu’à l’instant… Elle ne pouvait pas savoir ! Sa seule intention était de se débrouiller parce que tout le monde avait des problèmes et qu’elle voulait aider. Ce qu’elle avoua difficilement à Antoine, ne lui lançant qu’un très rapide regard pour juger son état d’énervement. Et… Et maintenant ? Elle allait faire des efforts pour parler et ne pas le renvoyer balader, elle lui dirait directement ce qui n’allait pas, à l’avenir. Laura ne voulait pas le perdre alors qu’elle n’avait gardé tout cela pour elle que pour aider les autres… Elle redressa la tête avec l’intention de le lui dire avant de réaliser qu’il ne la croirait peut-être pas. Ou… Peut-être qu’il la croirait tout de même ? Sinon, comment lui prouver qu’elle ne disait pas cela pour lui faire plaisir et recommencer quelques jours après ? Elle voyait bien un moyen qui le convaincrait à coups sûrs. Mais cela signifierait parler, tout expliquer. Et discuter de ça

Laura – Est-ce que… Est-ce que tu…

Chut ! Laura s’interrompit, jetant un regard autour d’elle pour voir s’il y avait beaucoup de monde dans les couloirs. Elle ne pouvait rien réclamer et l’avait compris, elle voulait seulement ne pas le perdre ou le voir s’éloigner parce qu’elle n’avait pas parlé et l’avait envoyé balader. Ils lui en avaient trop demandé… Antoine les soutenait, les écoutait depuis des années, et voilà qu’ils étaient tous les deux littéralement méchants avec lui et refusaient de l’écouter. Laura croisa les bras, mal à l’aise, n’osant pas demander à son petit ami s’ils pouvaient aller plus loin à cause de ce qu’elle comptait dire. Ce n’était pas… du tout prévu. Mais vraiment pas. Seulement, elle ne voulait pas perdre sa confiance à cause de cela. La collégienne prit une petite inspiration, regardant ensuite si personne ne les écoutait avant de se lancer.

Laura – Elle m’a attrapée et m’a coincée dans le lit, dans le dortoir des filles. Elle voulait me faire payer pour ce que Jasper faisait, elle savait qu’en m’attaquant, elle l’attaquait directement. C’est ce que vous vouliez entendre ? J’étais impuissante, coincée, et elle me… Je ne voulais pas qu’elle fasse subir ça à Jasper et c’est ce qu’elle menaçait de faire si je ne voulais pas qu’elle me le fasse. Je sentais ses mains sous ma jupe, elle m’a embrassée. Elle s’amusait et voulait que je pleure. Que je paie comme Jasper était inaccessible. Je…

C’était horrible. Laura se tut, tremblant de plus en plus au fur et à mesure qu’elle décrivait ce qui s’était passé. C’était ce qu’il voulait entendre ? Ils ne pouvaient pas comprendre que parler de cela était trop difficile, qu’elle allait en faire des cauchemars durant des jours à partir de maintenant ? Cela ne la minait pas. Pas beaucoup. Il y avait plus important, même si c’était cette agression qui l’avait incitée à s’engager davantage dans la lutte contre les plans de Bradley. Elle allait faire des efforts, vraiment, mais il ne pouvait pas lui reprocher de ne pas avoir pu parler de cette histoire.

Laura – C’est madame Chevreuil qui m’a entendue crier, ajouta-t-elle en baissant la tête sur un ton honteux. Je voulais tenir mais je n’ai pas réussi. Et je n’ai pas pu protéger Jasper à mon tour, il n’est pas bien et il a culpabilisé à cause de moi, des paroles du Colonel. Il en était malade. Je suis censée rester en arrière sans vous aider ? Evidemment que je culpabilise et que je suis blessée pour ce qu’il m’a dit… Je ne… Je ne pensais pas que vous pouviez me reprocher ce qui s’était passé avec Clémence. Je croyais que vous acceptiez que je ne sois pas capable d’en parler, je ne pensais pas que c’était important… Comme je continuais à sourire et que je faisais des efforts pour ne pas me braquer. Je suis désolée… Je te demande pardon, je… Je parlerai plus, à l’avenir. Je te jure que je vais faire attention, je ne veux pas te perdre, je ferai de gros efforts.

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Tous les deux à tuer
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