1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Un apéro à deux

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Céleste Dumoulin
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Âge RPG : 25 ans

MessageSujet: Un apéro à deux   Jeu 18 Aoû - 18:58

Céleste avait un immense besoin de décompresser. Elle avait besoin de respirer et Cyprien, comme elle, n’avait pas cours cet après-midi. Certains de ses cours avaient sauté pour une activité qu’organisait Vincent avec les lycéens, une visite de musée si elle avait bien compris mais elle n’y avait, sincèrement, pas prêté attention une seule seconde. En réalité, la jeune femme avait vu là l’occasion de passer un peu de temps avec Cyprien, sans Lucas comme il était en cours, pour respirer et profiter d’un moment ensemble. Ils étaient donc revenus à Gray peu de temps après la fin des cours du matin pour manger chez eux, Céleste soufflant un bon coup pour inspirer l’air qui n’était pas celui du Pensionnat. Désolée mais, là, avec les entraînements en plus, elle était vidée. La culpabilité à cause de la mort d’Alexis continuait de croître en elle lorsqu’elle n’était occupée à rien d’autre et elle voulait aider tous les élèves, elle voulait faire quelque chose. Depuis, ses efforts s’étaient retrouvés dédoublés, sans qu’elle n’en explique la raison à son ancien professeur même s’il devait s’en douter. Après tout, il savait déjà tout sur elle, sans qu’elle ne lui ait rien dit…

Céleste – Pour une fois, on pourrait prendre un apéro, non ?, demanda-t-elle à Cyprien en passant devant une épicerie. J’ai besoin de décompresser, et c’est l’occasion rêvée comme on n’est que tous les deux.

Un moment rien qu’à deux, pour ne plus penser aux horreurs des derniers jours, derniers mois. Impossible de fermer les yeux maintenant. Céleste refusait tout simplement de laisser d’autres adolescents souffrir à cause de leur don, de leurs parents ou de toute autre personne entravant leur bon développement. Ils avaient le droit à une vie, une vraie ! Elle était déjà assez difficile comme cela, ils avaient énormément de travail pour s’accepter tels qu’ils l’étaient, alors pourquoi leur compliquer la tâche ? A l’adolescence, on se découvre, on apprend, on fixe ses repères. On ne se bat pas contre des adultes qui sont censés nous protéger. Et, plus le temps passait, moins Céleste l’acceptait, même si elle n’avait pas la même hargne que Gabriella pour se battre. Agir, oui, délaisser sa famille, non. Pas maintenant qu’elle en avait trouvée une. Elle avait besoin de Cyprien, de Lucas, de soutien, et refusait de s’isoler comme elle l’avait fait par le passé.

Ils entrèrent dans l’épicerie, saluant le marchand, et se dirigèrent vers l’arrière du magasin pour prendre une bouteille. Céleste ne buvait plus depuis la mort de sa sœur, elle n’y connaissait pas grand-chose et préférait donc laisser Cyprien choisir. Elle-même cherchait des légumes, sachant qu’elle ne trouverait plus de viande ici à cette heure. Ils payèrent les légumes et la bouteille, que la jeune femme ne reconnaissait pas – ou plus –, et s’arrêtèrent quelques mètres plus loin pour acheter deux steaks pour ce midi. Manger à l’appartement n’était pas prévu, ils n’avaient pas acheté plus que nécessaire pour ne pas risquer l’intoxication. Là, ils avaient tout ? Céleste demanda à Cyprien s’ils avaient oublié quelque chose, ne voulant pas ressortir deux minutes après pour se reposer vraiment, et prit la direction de l’appartement en saluant les quelques passants qu’ils croisaient. Seuls quelques-uns leur rendaient leur bonjour, les autres pressant le pas à cause de la peur. Les plus jeunes, principalement, ou les derniers arrivés qui entendaient toutes les rumeurs en masse. En plus, avec le nouveau journal sorti ce mois-ci, autant dire qu’ils étaient au centre de l’attention.

M. Touzet – Bonjour, voisins ! Vous n’avez pas cours cet après-midi ?

Céleste – Bonjour, non, on a un peu de temps libre aujourd’hui. Mais ne vous en faites pas, nous serons calmes.

M. Touzet – Oh, pas d’inquiétude ! Je vous apprécie beaucoup, je n’écoute pas les rumeurs.

Oh… Céleste échangea un regard avec Cyprien puis remercia faiblement leur voisin, un homme d’une cinquantaine d’années avec quelques cheveux gris présent dans l’immeuble depuis des années d’après ce qu’il leur avait raconté. Les autres locataires ne les aimaient pas beaucoup mais lui était adorable et avait la main sur le cœur. Pourquoi, elle n’en avait aucune idée, mais cela leur faisait du bien parfois. Saluant leur voisin une dernière fois, ils entrèrent dans l’immeuble et montèrent les escaliers pour arriver jusqu’à l’appartement. Tirant les clefs de son sac, Céleste ouvrit la porte et mit la viande, ainsi que les légumes, dans le petit frigo pour ne pas se sentir pressée par le temps comme ils comptaient prendre l’apéro. Au passage, elle déposa son sac dans la chambre qu’elle partageait avec Cyprien et prit deux verres avant d’aller s’installer dans le canapé avec lui.

Céleste – On peut profiter, j’ai mis la viande et les légumes dans le frigo. Tu n’as pas cours… Moi non plus. Lucas est à l’école. On a jusque ce soir.

Laissant Cyprien servir, ils trinquèrent à ce moment de tranquillité et la jeune professeure trempa d’abord ses lèvres dans son verre pour goûter. Légèrement sucré, un goût de… de… de quoi ? Elle ne reconnaissait pas et ce qu’elle buvait avait l’air relativement alcoolisé, ressentant déjà une petite bouffée de chaleur à sa troisième gorgée. Pourtant, elle faisait la fête quand elle était étudiante et ne refusait pas de boire en semaine, tenant assez bien l’alcool malgré sa silhouette. Ou alors étaient-ce ses vêtements qui pesaient avec la fatigue, peut-être ne devait-elle pas s’arrêter de bouger comme elle avait l’habitude de courir partout au Pensionnat. Mais là, non, stop, petite pause. Ils n’avaient pas pris de temps pour eux depuis l’escapade nocturne de Lucas, l’agression du sous-directeur, la mort d’Alexis… Même la rupture de Cyprien avec Gabriella semblait lointaine alors que cela ne faisait que… Eh ! Cela faisait deux mois, maintenant, voire un peu plus. Ils étaient donc ensemble, officieusement, depuis trois mois et demi et ne l’avaient même pas réalisé. Céleste demanda petite place et se blottit contre son compagnon, doucement, tenant toujours son verre dans sa main libre.

Céleste – Je viens de réaliser quelque chose… Cela va faire quatre mois que l’on est ensemble. Avec tout ce qui s’est passé, on n’y a même pas fait attention. Depuis quelques temps, je pense tellement aux élèves et au Pensionnat que…

Qu’elle ne pensait plus à eux. Céleste avait parlé à Estelle, elle lui avait demandé ce qu’elle devait faire pour Cyprien, comment réagir à sa demande d’avoir des enfants, comment être sûre de ne pas les blesser. Mais maintenant, elle savait que c’était possible et en voulait aussi, elle voulait avancer, fonder une famille avec la personne qu’elle aimait, ne plus rester en arrière. En tenant le bébé d’Estelle, la veille, elle avait compris que c’était possible. En plus de cela, avec toutes les heures d’entraînement qu’elle suivait par semaine, il lui était impossible de faire de mal à un tout petit bébé, un être si fragile. Il lui fallait encore beaucoup d’heures d’entraînement, bien sûr, mais cette idée ne la terrifiait plus.

Pourtant, une profonde tristesse l’envahit, sans raison. Et si… S’il était trop tard pour Cyprien ? Que le peu de temps passé ensemble avait ressemblé à son quotidien avec Gabriella ? Mais non, il ne la tiendrait pas dans ses bras en ce moment-même. Ou peut-être avait-il peur de la blesser, comme il en avait eu peur avec la directrice ? Mais non, c’était complètement irrationnel. Cela lui semblait incroyablement logique, mais quelque chose lui disait que c’était impossible. Céleste jeta un œil à son verre, constatant qu’il était bien entamé mais pas assez pour qu’elle ait trop bu, par rapport à ce qu’elle buvait avant. Elle commençait à avoir vraiment chaud, oui, et les idées un peu embrouillées, mais c’est tout. Ce n’était pas cela. La jeune femme but encore une gorgée, puis deux, essayant de dénouer sa gorge soudain beaucoup plus serrée. Tant pis pour la chaleur, elle pouvait s’en accommoder. Elle demanda à Cyprien de tenir son verre deux secondes, déboutonnant le haut de sa robe pour mieux respirer et laisser un peu émerger sa poitrine. De toute manière, il l’avait déjà vue bien plus dénudée que cela, donc bon…

Céleste – Désolée, j’ai… un peu chaud, dit-elle, les joues rouges, en tournant la tête vers lui. J’ai une question à te poser… Est-ce que tu… Est-ce que tu m’aimes toujours ?

Céleste se redressa un peu pour se mettre à côté de son collègue et meilleur ami, les yeux légèrement humides. Elle termina son verre avant d’enchaîner, ne voulant pas connaître la réponse tout de suite et voulant absolument se défendre.

Céleste – J’ai réfléchi et, je sais que je n’ai pas été très présente, mais Estelle m’a laissée tenir son petit hier. Il était dans mes bras, et il n’a rien eu. Elle m’a aussi proposé d’être sa marraine… Cela m’a fait réaliser que je voulais des enfants, moi aussi, que je pouvais en avoir. Je sais que j’étais réticente mais si tu… si tu veux toujours bien de moi, s’il n’est pas trop tard, je… Tu n’es pas obligé de répondre là, tout de suite. Je sais seulement que je t’aime, et que j’ai envie de pleurer, mais je ne sais pas pourquoi ni pourquoi je te dis ça maintenant. Je n’ai pas envie de vous perdre, ni toi, ni Lucas, ni aucun autre adolescent.

La jeune professeure lui souffla qu’elle l’aimait, vraiment, avant de l’embrasser longuement sans crier gare, sa main caressant son torse.

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Cyprien Redfire
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MessageSujet: Re: Un apéro à deux   Sam 3 Sep - 17:17

– Pour une fois, on pourrait prendre un apéro, non ?, demanda-t-elle à Cyprien en passant devant une épicerie. J’ai besoin de décompresser, et c’est l’occasion rêvée comme on n’est que tous les deux.

Oh, oui, pourquoi pas ? Rentrant avec elle dans l’épicerie, presque vide à cette heure comme la fermeture pour la pause de midi approchait, il se rendit avec Céleste au fond de la boutique, regardant ce qui était proposé en alcool. S’il buvait un peu de vin de temps en temps avec les collègues lors de la pause de midi, il ne prenait presque jamais d’apéro et ignorait donc quoi choisir exactement. Se baissant, il vit une bouteille de vodka Spencer, avec une jolie étiquette, qui venait de Russie. Allez, voilà qui fera bien l’affaire, après tout. Revenant près de Céleste, il paya les courses, achetant plus loin un peu de viande et une boule de pain tranchée, pour ce midi et ce soir. Il était rare qu’ils aient ainsi un après-midi de libre, merci aux sorties scolaires. Leurs collègues de Français et d’Histoire-géo avaient fait en sorte de tout maintenir malgré la tension régnant en maître à l’école et les difficultés rencontrés pour obtenir des visites dans certains endroits. C’était admirable, au moins, les élèves pouvaient sortir et profiter d’un autre air. En sortant de la boulangerie, il resserra un peu son manteau, surpris par le froid qui était tombé d’un coup, pour fin octobre, début novembre.

En prenant le chemin pour rentrer à l’appartement, il discuta un peu avec Céleste, saluant parfois les villageois qu’il connaissait en cours de route. Gray s’était agrandi, depuis les travaux, plus de nouvelles familles étaient venues y vivre, attirées par les prix attractifs des maisons. L’école primaire avait dû s’agrandir et le collège de la ville d’en face avait également effectué des travaux, tout comme l’école de jeunes filles. Le pensionnat, quant à lui, restait comme bouclé dans une bulle, coupé du reste du monde, encore plus depuis que l’armée veillait à ce que des troubles-fêtes ne s’incrustent pas pour mettre le bazar. Quelle tristesse. Il y jeta un long regard en passant, voyant les silhouettes des bâtiments sur la colline, derrière les hauts murs. Ces derniers temps, il ne pouvait s’empêcher de croire que cet endroit allait être fermé du jour au lendemain. Qu’un matin, on allait convoquer tous les professeurs et que Gabriella leur annoncera que c’était terminé, l’école fermait, les élèves rentraient chez eux et chacun repartira de son côté. Il n’osait imaginer ce qui arrivera ensuite, avec les dons, les enfants dont la plupart ne retrouveront pas de professeur pour s’entraîner.

– Bonjour, voisins ! Vous n’avez pas cours cet après-midi ?

– Bonjour, non, on a un peu de temps libre aujourd’hui. Mais ne vous en faites pas, nous serons calmes.

– Oh, pas d’inquiétude ! Je vous apprécie beaucoup, je n’écoute pas les rumeurs.

Hum ? Il croisa le regard de Céleste, quittant ses pensées peu joyeuses en n’ayant qu’à peine écouté ce que leur voisin avait dit. Bah, ce n’était pas très grave. Rentrant dans l’immeuble, il s’étira longuement lorsqu’ils furent rentrés chez eux, l’appartement tout calme et propre apparaissant comme un véritable havre de paix. Il fila dans la cuisine se laver les mains, après avoir déposa son manteau et affaires dans le vestibule, se passant un peu d’eau sur le visage. Il déposa la bouteille qu’il avait acheté sur la petite table du salon, rangeant un peu ce qui traînait avant de s’installer. Des affaires d’école de Lucas étaient restes dans un coin, près des livres de Céleste. Une fois l’espace plus dégagé, il s’assit avec Céleste dans le canapé, mettant quelques olives dans une coupelle si Céleste avait envie de grignoter un peu. Allez, c’est vrai, ils avaient du temps devant eux, autant en profiter pour se détendre. Rien de particulier à faire cet après-midi, pas de cours, de copies à corriger, le voyage scolaire approchait, suivi des vacances de noël, Lucas était à l’école, tout allait bien pour le moment.

– On peut profiter, j’ai mis la viande et les légumes dans le frigo. Tu n’as pas cours… Moi non plus. Lucas est à l’école. On a jusque ce soir.

Oui. Il remplit deux verres de la vodka qu’il avait acheté puis en tendit un à Céleste avant de trinquer, la chaleur lui montant presque aussitôt à la tête lorsqu’il goûta. Oh. Il se pencha pour relire un peux mieux l’étiquette, voyant « 90 % » dans un coin à gauche. Ah oui, quand même, ce n’était pas une blague ? Enfin bon, peu importe, ce n’était tout même pas pour une fois ! Ils étaient adultes, majeurs et vaccinés, on n’allait pas leur interdire de se détendre un peu. Par contre, il aurait peut-être fallu manger tout de même, l’alcool vous monte bien moins vite à la tête lorsqu’on a quelque chose dans le ventre. Il s’appuya contre le dossier du canapé en buvant encore un peu, les yeux fermés, se poussant ensuite un peu lorsque Céleste voulut qu’il lui fasse une place, se blottissant contre lui. Il passa son bras autour d’elle, fermant les yeux quelques instants. Ça faisait vraiment longtemps qu’ils n’avaient pas pris de temps pour eux comme ça, en effet. Entre les cours à préparer et à donner, Lucas dont il fallait s’occuper, les divers problèmes du quotidien – ou ceux qui étaient entrés dans le quotidien –, les sorties avec les collègues de temps à autre, etc., difficile, parfois de trouver du temps juste pour soit.

– Je viens de réaliser quelque chose… Cela va faire quatre mois que l’on est ensemble. Avec tout ce qui s’est passé, on n’y a même pas fait attention. Depuis quelques temps, je pense tellement aux élèves et au Pensionnat que…

Quatre mois ? Déjà ? Il fit un petit sourire, n’ayant pas vu le temps passé, depuis la rentrée. Quatre mois… Il porta un regard un peu vague et perdu vers la fenêtre du salon, regardant quelques feuilles mortes voler dans le ciel puis aller retomber sur la place du village. L’hiver allait tomber sur eux sans qu’ils ne le réalisent, comme l’automne les avait tous pris sans crier gare. C’était… marrant comme le temps pouvait parfois filer comme ça si vite et sans que vous ne parveniez à le réaliser, que vous n’ouvrez les yeux qu’en voyant à quel point les mois étaient passés bien vite. Il frotta un peu l’épaule de Céleste, regardant les feuilles voler par la fenêtre comme si tout ce qui arrivait derrière les carreaux appartenait à un autre monde. Si l’école fermait, que se passerait-il ? Resteront-ils vivre dans ce village ? Trouvera-t-il un emploi dans un collège ou un lycée des alentours, comme Céleste pourra obtenir un poste en collège ou dans une école de jeunes filles ? Ils resteraient sans doute vivre ici ou dans une commune voisine, Lucas se ferait des amis de son âge, la vie reprendrait son cours comme si rien ne s’était jamais passé. Comme beaucoup d’autres de leurs collègues, ils n’assisteront plus à aucune manœuvre, ils n’apprendront les nouvelles que par le biais du journal. Céleste lui demanda tout à coup de tenir son verre, enlevant ensuite le haut de sa robe. Et bah ? Elle tenait mal l’alcool ? Il reposa les deux verres sur la table pour le moment, aussi rouge qu’elle.

– Désolée, j’ai… un peu chaud, dit-elle, les joues rouges, en tournant la tête vers lui. J’ai une question à te poser… Est-ce que tu… Est-ce que tu m’aimes toujours ?

Il répondit un « Évidemment ! » d’une voix assez perplexe. Pourquoi lui poser cette question tout à coup, alors qu’elle savait déjà la réponse ? Il la regarda reprendre son verre pour le terminer d’un trait puis le reposer, plus redressée que toute à l’heure. C’était peut-être un mauvais plan qu’elle boive comme ça, enfin… Il mit la main sur son épaule pour qu’elle ne glisse pas, en constatant qu’elle n’était plus très stable, dans cette position. Allons… Tout ira bien, elle ne se sentait pas trop mal ? Il devait entrouvrir la fenêtre ? Cyprien la tint une main sur l’épaule et l’autre sur la taille, pour être bien sûr qu’elle ne s’écroule pas ou ne tombe pas endormie sans crier gare, on ne pouvait jamais savoir.

– J’ai réfléchi et, je sais que je n’ai pas été très présente, mais Estelle m’a laissée tenir son petit hier. Il était dans mes bras, et il n’a rien eu. Elle m’a aussi proposé d’être sa marraine… Cela m’a fait réaliser que je voulais des enfants, moi aussi, que je pouvais en avoir. Je sais que j’étais réticente mais si tu… si tu veux toujours bien de moi, s’il n’est pas trop tard, je… Tu n’es pas obligé de répondre là, tout de suite. Je sais seulement que je t’aime, et que j’ai envie de pleurer, mais je ne sais pas pourquoi ni pourquoi je te dis ça maintenant. Je n’ai pas envie de vous perdre, ni toi, ni Lucas, ni aucun autre adolescent.

Elle ajouta qu’elle l’aimait vraiment, dans un souffle, puis se pencha pour l’embrasser, sa main passant sur son torse. Cyprien ferma les yeux en la rapprochant de lui, l’entourant par la taille, profitant d’un moment, entre deux embrassades, pour lui affirmer une seconde fois que oui, il l’aimait toujours, quelle question ! C’était… plus doux, plus ordinaire, une vie qui correspondait à ce dont il avait rêvé, espéré depuis le plus jeune âge. Une vie stable, avec une femme lui ressemblant, avec les mêmes désirs et peurs. Il lui caressa la joue puis la nuque, avant de glisser la main le long de son corps, sans cesser de l’embrasser, comme s’il la revoyait pour la première fois après des mois de séparation. S’allongeant avec elle dans le canapé, il envoya au diable tous les sujets qui ne les concernaient pas eux deux pour ne se concentrer que sur Céleste. Ils firent l’amour avec beaucoup de douceur, durant l’heure suivante, discrets tout en restant assez passionnés, les voisins ne pourraient se douter de quoi que ce soit. Ce n’est qu’après, en entendant quatorze heures sonner à l’église, que Cyprien redressa un peu la tête, clignant des yeux. Ils étaient nus, blottis dans le canapé, à moitié emmêlés dans leurs vêtements et à bout de souffle. Il se pencha pour embrasser Céleste dans le cou, se redressant un peu.

– C’est tenir le bébé d’Estelle qui t’a décidé ? reprit-il en se souvenant de ce qu’elle lui avait dit. J’aurai bien voulu voir ça, ce devait être mignon, comme scène.

Rappelé à la réalité en entendant un petit bruit d’estomac, il se rassit complètement au bout du canapé, les cheveux ébouriffés, remettant sur ses épaules une chemise très froissée et plus du tout portable, les joues rouges, puis eut un petit rire.

– Je vais nous faire à manger, sourit-il. Il faudrait que je te propose à boire plus souvent si ça te rend aussi torride.

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Un apéro à deux   Ven 16 Sep - 19:03

Cyprien l’aimait toujours. Il venait de le répéter, une deuxième fois, et le cerveau de Céleste lui hurlait de se calmer, qu’elle s’inquiétait pour rien. Elle avait traîné, oui, pris beaucoup de temps pour réfléchir, mais elle voulait avoir une famille, une vraie. Elle voulait avancer, tirer un trait sur le passé même si la sensation lui disant que c’était impossible ne la quitterait jamais. Peut-être. De toute manière, aujourd’hui, maintenant, elle n’en avait que faire. Céleste se concentrait sur Cyprien, ses mains, ses baisers, ses caresses. L’alcool rendait tout extrêmement bizarre, différent, comme si c’était la première fois qu’ils faisaient l’amour depuis des années alors que ce n’était pas le cas. Elle avait un peu l’impression de planer, aussi, de voler très haut et très loin, et la jeune professeure dut s’assurer de sentir Cyprien contre elle et le canapé sous eux plusieurs fois pour être rassurée.

L’heure qui s’écoula ne fut qu’une multitude de sensations pour Céleste avec l’alcool, la fatigue et la joie de savoir qu’elle ne s’était pas manifestée trop tard. Veillant à rester discrets, comme promis à leur voisin en montant dans leur appartement, ils profitèrent de cet intermède sans cours, élève, petit frère ou problème. Juste eux deux, seuls comme ils ne l’avaient plus été depuis des mois. En tout cas, ils n’avaient plus été dans cet état, à profiter ensemble comme maintenant depuis le début de leur relation. Et c’était du bonheur à l’état pur, Céleste parvenait à se détendre grâce à Cyprien, qui la connaissait malgré le peu de temps passé à deux, qui savait quoi faire et quoi dire pour la rassurer, l’inciter à se laisser aller. Si on lui avait dit cela un jour, jamais la jeune femme ne l’aurait cru. Elle se sentait bien, là, comme ça, blotti contre l’homme qu’elle aimait et qu’elle n’avait pas peur de toucher.

Ce n’est que vers quatorze heures, c’est ce que leur indiqua l’église dont le carillon sonnait du moins, que Cyprien remua un peu en redressant la tête, la poussant à faire de même comme Céleste était blottie contre lui. Mais pas envie de bouger, là, vraiment pas. Elle réalisait doucement qu’il s’était écoulé un peu moins de deux heures depuis le début de leur temps de midi. Et ils n’avaient pas mangé… Encore. Cela devenait une habitude, à chaque fois qu’ils se laissaient aller, ils étaient rappelés par l’heure et leur estomac. La prochaine fois, Céleste tairait ses envies, au moins jusqu’à ce qu’elle ait mangé pour pouvoir rester un peu plus longtemps allongée contre Cyprien sans avoir autre chose à faire.

Mais, ici, oui, mieux valait manger… L’alcool rappelait tout doucement sa présence, un brouillard persistait dans sa tête même si Céleste tenait bien l’alcool. Plus ou moins. Bon, avant, c’était le cas. Maintenant, elle n’en était plus si sûre. Elle n’avait bu qu’un verre ! Ou plus ? Mais non, un seul. Cyprien l’embrassa alors dans le cou, lui tirant un petit sourire. Se redressant un petit peu en même temps que lui, elle se blottit à nouveau contre son torse, définitivement très bien mise au milieu de tous ces vêtements, tous les deux encore nus. Essoufflée, elle avait encore très chaud et n’était pas pressée de bouger malgré l’heure. Ils avaient encore le temps, non ?

Cyprien – C’est tenir le bébé d’Estelle qui t’a décidé ? reprit-il en se souvenant de ce qu’elle lui avait dit. J’aurai bien voulu voir ça, ce devait être mignon, comme scène.

Oui, bon… Céleste n’eut pas le temps de répondre, l’estomac de Cyprien réclamant à manger alors que le sien restait silencieux comme elle avait un peu grignoté à la pause de dix heures. Ou pas. Quelques secondes après, alors que son collègue se rasseyait complètement sur le canapé et mettait une chemise sur ses épaules, son propre estomac gargouilla à son tour, dissimulé par le rire de Cyprien. Oui, un peu, c’était le bébé qui l’avait convaincue même si l’accouchement en lui-même l’avait considérablement refroidie. Elle savait qu’elle voulait un enfant, elle y réfléchissait du moins, vraiment cette fois, mais le milieu et tout ce qu’ils lisaient tous les jours la faisaient constamment douter.

Cyprien – Je vais nous faire à manger, sourit-il. Il faudrait que je te propose à boire plus souvent si ça te rend aussi torride.

Céleste – Eh, c’est moi qui ai proposé, dit-elle en essayant de lui lancer un coussin dessus. Je buvais quand j’étais adolescente, tu sais ? Même que je tenais très bien l’alcool. C’est juste toi qui… as pris un truc un peu trop fort.

Ce qui était prouvé par le coup de Céleste complètement raté tant il était mou, l’oreiller atterrissant à moins d’un mètre du canapé. Il fallait vraiment se rhabiller ? Faisant la moue, elle chercha ses affaires à tâtons, fusillant du regard ses sous-vêtements qui étaient définitivement trop loin. Pourquoi Cyprien les avait-il lancés si loin… ? Elle devait seulement se pencher, en soi, mais elle n’était pas sûre de pouvoir se relever aussitôt. Non, à vrai dire, elle était convaincue qu’elle resterait penchée si elle essayait maintenant. Céleste se rallongea dans le canapé, sur le ventre, écrasant littéralement sa poitrine durant quelques secondes alors qu’elle essayait d’attraper ses sous-vêtements. Après avoir bataillé en poussant des « Mais tu vas venir ! », la jeune professeure parvint à récupérer le strict minimum et se laissa retomber contre le dossier du canapé, une fois redressée. Soufflant sur sa mèche qui retombait devant ses cheveux, elle soupira à nouveau, prit une profonde inspiration pour se mettre debout et… échoua en vacillant dangereusement sur ses jambes avant de retomber sur ses fesses, dans le canapé.

Céleste – Oups…

Bon, se rhabiller en restant assise, c’était bien aussi. Céleste fit passer ses jambes puis se souleva péniblement pour enfiler sa culotte, se retenant de crier un « Hourra ! » lorsqu’elle y parvint après avoir bataillé pendant cinq bonnes minutes. Au début, elle voulut proposer son aide à Cyprien pour la cuisine, comme c’était à elle de le faire à la base, mais elle se ravisa très vite en voyant qu’elle ne tenait pas encore debout. Qu’est-ce qu’il lui avait fait boire, au juste… ? Céleste regarda sur la table du salon sur laquelle se trouvait la bouteille en question. La prenant, elle ouvrit un peu plus les yeux pour lire l’étiquette. Vodka ? Oui, bah, c’était… 90% ?! Voilà l’explication de son ivresse alors qu’elle n’avait bu qu’un verre, maximum deux… C’était fort, beaucoup plus fort que tout ce qu’elle n’avait jamais bu durant sa scolarité. Bon, d’accord, là, elle comprenait mieux. La prochaine fois, Céleste ferait bien attention à préciser à Cyprien le degré maximum qu’elle voulait, c’était beaucoup plus prudent.

Céleste – Bon… A nous deux, dit-elle, décidée, en regardant la robe par terre.

La jeune femme l’attrapa très difficilement, essayant de se baisser pour la rattraper pour se relever, victorieuse. Enfin, victorieuse avec la tête qui tournait, d’un coup, mais elle l’avait. Patientant quelques minutes pour que cela cesse, Céleste chercha le haut de la robe et choisit de l’enfiler par le haut pour rester assise. C’était plus sûr comme ça, quoique plus difficile dans tout cet amas de tissu, il y en avait [i]beaucoup[i] trop pour elle. Lorsqu’elle avait trop bu, du moins. Cherchant le trou par lequel elle devait ressortir sa tête, la jeune professeure batailla encore quelques minutes avant d’y arriver, passant ensuite ses bras. Elle sortit ses cheveux bouclés et emmêlés de la robe et se laissa retomber contre le dossier du canapé, soufflant. Ce n’était, définitivement, pas pour elle… Et Cyprien qui tenait debout, sans aucun problème. Il était parti cuisiner, là, et ne l’avait pas appelée une seule fois. Peut-être devait-elle tout de même l’aider ? Il n’y avait que quelques pas, ce n’était pas la fin du monde.

Céleste essaya de se relever avant de retomber une nouvelle fois lamentablement dans le canapé. Bon, d’accord, doucement. Une chose était sûre : si, par le passé, elle tenait très bien l’alcool, ce n’était plus du tout le cas aujourd’hui. Mais elle ne pouvait s’avouer vaincue, surtout face à Cyprien qui cuisinait sans problème alors qu’il avait bu autant qu’elle. Normalement. Prenant une profonde inspiration, la jeune professeure se releva très doucement, avec mille précautions, puis, une fois assurée qu’elle tenait plus ou moins sur ses deux jambes sans vaciller, se dirigea vers la cuisine à petits pas mesurés. S’aidant du mur pour rejoindre son collègue, Céleste parvint jusqu’à lui sans tomber une seule fois, les idées un peu plus claires grâce à l’activité. Rester avachie dans le canapé, c’était mauvais, surtout pour elle.

Céleste – Je ne t’ai pas répondu tout à l’heure. Estelle m’a… un peu convaincue, oui. On a eu une discussion… en quelques sortes, mais c’est trop long à expliquer, et ennuyeux, donc je t’épargne les détails. Mais ça m’effraie toujours, si tu avais entendu ses cris… Je veux dire, d’aussi près. Il faut être franchement courageuse pour accoucher.

Faisant toujours attention, la jeune femme se rapprocha encore un peu pour observer ce que son compagnon faisait d’un air légèrement absent, bien qu’elle essaie de se concentrer. Manger lui ferait énormément de bien, aucun doute là-dessus. Les cheveux encore en bataille, elle repensa à sa question, à Estelle, au bébé, à l’accouchement. C’était surtout le fait qu’elle sache pour son don et qu’elle accepte tout de même de lui parler qui la choquait encore, même si la réaction de sa collègue avait été plus qu’explicite à ce sujet. Elle ne pouvait pas s’y attendre ! Céleste ne l’avait jamais vue hurler, comment aurait-elle pu comprendre qu’elle ne lui en voulait pas ? Enfin, mieux valait garder ce sujet sous silence, elle ne se sentait pas prête à tout expliquer à Cyprien. Qu’il apprenne pour les entraînements, la discussion avec son ancien professeur, et celle avec leur collègue… Se mordant les lèvres, Céleste tâcha de prendre un air détaché.

Céleste – Je peux t’aider pour quelque chose ? demanda-t-elle, adossée contre l’entrée de la cuisine. Je ne veux pas que tu fasses tout, tu dois avoir la tête qui tourne ou des nausées, il vaut mieux qu’on s’y mette à deux.

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Cyprien Redfire
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MessageSujet: Re: Un apéro à deux   Ven 23 Sep - 15:58

– Eh, c’est moi qui ai proposé, dit-elle en essayant de lui lancer un coussin dessus. Je buvais quand j’étais adolescente, tu sais ? Même que je tenais très bien l’alcool. C’est juste toi qui… as pris un truc un peu trop fort.

Pas si fort que ça, enfin, elle avait juste perdu l’habitude de voire, voilà tout. Cyprien retint un éclat de rire en voyant le coussin retomber mollement par terre puis attrapa ses propres affaires au passage avant d’aller dans la cuisine. Enfilant ses sous-vêtements, chaussettes et pantalon, il boutonna correctement sa chemise puis s’accroupit pour remettre ses chaussures et faire les lacets, s’étirant ensuite un peu. Voilà, c’était tout de même mieux comme ça. Il entrouvrit la petite fenêtre de la cuisine pour aérer puis se lava les mains avant de se mettre au travail. Préparer à manger, maintenant, il mourrait de faim et cela fera tout autant de bien à Céleste. On tient bien mieux l’alcool lorsqu’on a quelque chose dans le ventre et que ça ne vous tombe pas directement comme ça dans l’estomac, auquel cas on était soûl bien plus vite et plus fort. Cyprien essuya un peu de vaisselle, dont ils auront besoin, comme ils avaient tout laissé sur l’égouttoir la veille au soir, après avoir lavé. Il était quatorze heures passées, heureusement qu’ils n’avaient pas cours cet après-midi, ils seraient déjà très en retard. Déjà que beaucoup de cours sautaient, entre les sorties, les entraînements physiques données par l’armée aux élèves et le voyage scolaire en approche.

Une fois l’eau mise à bouillir pour faire des pâtes, Cyprien découpait le poulet en morceaux pour faire cuire le tout à la poêle, ils n’avaient pas le temps de le mettre au four, sauf s’ils ne voulaient pas manger avant quinze heures. Tout en cuisinant, il entendait Céleste ronchonner dans le salon et pester de toutes ses forces contre ses propres vêtements. Un petit rire étouffé vint le gagner en l’écoutant, se retenant tout de même de ne pas aller admirer le spectacle pour qu’elle n’ait pas honte, ce devait déjà être très gênant pour elle. Il s’occupa plutôt de bien découper le poulet sur la planche avant de mettre un peu de beurre dans la grosse poêle, sur la gazinière. Mettant avec délicatesse les morceaux à cuire, il s‘occupa ensuite de préparer une petite salade de légumes en guise d’entrée, un plat léger pour débuter et qui fera du bien à Céleste, sûrement. Elle vint le rejoindre plus tard en s’aidant du mur, les cheveux en bataille et le regard assez vitreux. Décidément, ça ne lui réussissait plus du tout, l’alcool, à croire qu’ils avaient passé toute une journée plus une nuit entière à faire l’amour comme des sauvages. Heureusement que Lucas n’était pas là, bonjour l’exemple.

– Je ne t’ai pas répondu tout à l’heure. Estelle m’a… un peu convaincue, oui. On a eu une discussion… en quelques sortes, mais c’est trop long à expliquer, et ennuyeux, donc je t’épargne les détails. Mais ça m’effraie toujours, si tu avais entendu ses cris… Je veux dire, d’aussi près. Il faut être franchement courageuse pour accoucher.

Même s’il y avait la douleur, il y avait accouchements et accouchements… Cyprien repensa à celui de Gabriella, pour les jumeaux, chassant presque aussitôt cette idée de la tête car elle était un peu trop horrifiante. Pour Estelle, c’était déjà une plus belle image, elle avait mis Wyatt au monde dans un dispensaire et son second petit garçon chez elle, au pensionnat. Deux souvenirs qui resteront heureux, quoi qu’en dise, surtout pour Estelle. La mère de Cyprien lui avait dit une fois qu’il était très heureux que les femmes oublient si vite la douleur causée par un accouchement car sinon, elles n’oseraient jamais mettre un second enfant au monde, voire plus.

– Je peux t’aider pour quelque chose ? demanda-t-elle, adossée contre l’entrée de la cuisine. Je ne veux pas que tu fasses tout, tu dois avoir la tête qui tourne ou des nausées, il vaut mieux qu’on s’y mette à deux.

– Oh non, ne t’en fais pas, je tiens bien l’alcool, sourit-il. Assis-toi, c’est bientôt prêt, on va manger l’entrée pendant que ça cuit.

Il termina de préparer ce qu’il avait en cours puis l’apporta sur la table avec la bouteille de vinaigre pour l’assaisonnement, allant ensuite chercher deux verres, des assiettes et des couverts, remplissant une carafe d’eau avant de la mettre sur la table. Allez, manger à présent, ça leur fera du bien à tous les deux. Il laissa Céleste se servir pendant qu’il leur coupait du pain, poussant un petit soupir de contentement en avalant quelques bouchées. Oui, ça faisait vraiment du bien. Toute en déjeunant, il discuta avec Céleste de ce qu’il avait lu dans le petit journal la veille, de la fameuse nouvelle école ouverte en Autriche. La venue brève de son directeur au pensionnat avait causé moins de remous que prévu car il y avait eu les manifestations à Besançon qui étaient venues troubler encore plus la semaine. Jetant un regard au journal qui traînait encore sur la table, il le feuilleta pour relire le nom du directeur, ne parlant pas allemand et ayant un peu de mal avec ce genre de nom, il ne savait pas comment le prononcer correctement. Ça ne lui faisait que trente-six ans, à ce type. Même s’il était un chercheur reconnu et on ne savait quoi encore, c’était bien jeune pour se lancer ainsi dans la création d’une pareille école.

– Deux cents élèves et sept professeurs, en plus de lui qui donnera sans doute des cours aussi. Je ne sais pas si c’est de la folie ou du courage, de se lancer dans un projet pareil, peut-être un mélange des deux, souffla-t-il d’un ton impressionné en regardant la photo du château accompagnant l’article.

Le château était très beau, en tout cas, il était d’architecture médiévale et semblait aussi grand que le pensionnat, qui lui accueillait un peu de quatre cents élèves. Sans doute pourront-ils s’y rendre pour des échanges étudiants, ce serait à la fois bizarre, magique et fascinant, Cyprien aimerait vraiment que cela se fasse. En espérant pour les enfants Autrichiens qu’ils ne subissent pas les mêmes déboires que leurs confrères Français.

– Évidemment, ils en profitent pour encore taper sur le pensionnat, soupira-t-il en tombant sur une photo de Gabriella, de quelques années plus jeune et souriante. Tu te rends compte que tout cela n’a vraiment débuté que depuis un an ? J’ai l’impression que ça fait un siècle. Enfin.

Il se leva pour aller retourner les morceaux de poulet, qu’ils cuisent correctement, puis brasser les pâtes dans la casserole pour qu’elles ne collent pas au fond.

– En parlant d’école, est-ce qu’il y a quelque chose à faire pour que Lucas se sente mieux dans la sienne ? Il n’en parle quasiment jamais, je ne sais pas s’il sent bien ou si d’autres enfants l’embêtent et qu’il n’ose pas en parler. Il n’a encore jamais invité d’amis ici.

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Un apéro à deux   Mar 31 Jan - 0:16

[HJ : Désolééee, RP oublié. J'espère que cette relance me rachète un peu. Hein oui ?]


Cyprien – Oh non, ne t’en fais pas, je tiens bien l’alcool, sourit-il. Assis-toi, c’est bientôt prêt, on va manger l’entrée pendant que ça cuit.

Mph… D’accord, elle avait compris qu’elle ne tenait pas l’alcool. Mais, pour sa défense, il avait pris quelque chose de très fort ! Il devait bien savoir qu’elle ne buvait que des alcools légers depuis quelques années, sinon comment contrôler les dérapages ? Surtout que la dispute avec sa jumelle… Bref. Ne pas penser aux circonstances et tenir debout, droit, sans tomber. Céleste se sentait un peu mieux, elle avait juste un peu mal à la tête, c’est tout. Il était sûr de ne pas vouloir un coup de main ? Le regardant faire quelques minutes avant de se bouger, la jeune professeure se déplaça sans trop de mal jusqu’à la petite table tout près d’elle pour se hisser littéralement sur la chaise. Elle ne boirait plus jamais comme cela, promis. C’était bien une fois de temps en temps, voire une fois par an en fait, mais plus… Non, merci, elle avait donné.

La professeure de foudre regarda son meilleur ami mettre la table, elle-même disposant les assiettes, couverts et verres qu’il apportait à mesure afin de se rendre utile. Elle n’aimait pas être molle comme cela, vraiment pas, s’obligeant toujours à être active depuis la mort de sa sœur. Au début, elle se forçait, puis… C’était devenu une seconde nature. Son don n’était sûrement pas étranger à ce rythme de vie, elle devait bouger et s’activer constamment, c’était plus fort qu’elle. Se servant en attendant Cyprien qui coupait du pain, Céleste l’attendit et lui remplit son verre avec la carafe qu’il avait remplie, se frottant un peu le visage ensuite. Manger lui ferait le plus grand bien, c’était toujours comme cela qu’elle se remettait d’une soirée un peu trop arrosée lorsqu’elle était adolescente. Elle avait… un peu perdu l’habitude, voilà tout. Discuter pendant le repas l’aida à se concentrer, manger l’aida à décuver – autant dire ce qui est – et, bientôt, son mal de tête ne fut plus qu’un léger bourdonnement aisément supportable.

La nouvelle école en Autriche était, en effet, une réelle surprise vu ce qui se passait en France. Le directeur, dont le nom ne lui revenait pas malgré ce que venait de lui dire Cyprien, devait être franchement confiant et sûr de lui pour se lancer dans un tel projet. Il savait que les dons étaient critiqués, il savait qu’il aurait des attaques, des menaces et autres choses du même genre. Mais non, il présentait tout de même le projet, venait en France, rencontrait la directrice tant décriée et haïe par les médias et ne le cachait pas le moins du monde. Soupirant, se tenant toujours un peu voûtée à la table malgré tous ses efforts, Céleste ferma les yeux dans un effort de concentration pour comprendre ce qui pouvait pousser des gens comme cet homme ou la directrice à agir contre vents et marées. Un bruit de voiture se fit entendre fortement dans la rue au même moment, lui faisant porter la main à la tempe alors qu’elle vidait son verre d’eau. Le directeur, pas le reste. Cyprien non plus ne semblait pas comprendre ses motivations, mais était-ce étonnant ? Il n’avait pas compris celles de sa propre femme…

Cyprien – Deux cents élèves et sept professeurs, en plus de lui qui donnera sans doute des cours aussi. Je ne sais pas si c’est de la folie ou du courage, de se lancer dans un projet pareil, peut-être un mélange des deux, souffla-t-il d’un ton impressionné en regardant la photo du château accompagnant l’article.

Céleste jeta un œil à la photo que regardait son collègue, ne pouvant nier que le château dans lequel il comptait accueillir tout ce monde était impressionnant. Autant eux possédaient un grand terrain, deux grands bâtiments et une partie dédiée au sport, autant ce château était… Wow. Il n’y avait pas d’autres mots, tout simplement. Et les paroles de Cyprien confirmaient qu’il était dépassé par cette volonté de tenir tête malgré les événements et le climat en Europe. Pour elle, il s’agissait plutôt de courage que de folie même si, effectivement, les risques étaient immenses. Dans quelques mois, elle serait curieuse de savoir ce qu’il en était de ce projet, si l’école tenait, existait vraiment, si la motivation du directeur restait intacte malgré les critiques et menaces incessantes. Par ailleurs, en aurait-il alors qu’il était un homme ? Il avait sûrement eu les autorisations, pour son projet, ce qui signifiait qu’il partait avec un net avantage…

Cyprien – Évidemment, ils en profitent pour encore taper sur le pensionnat, soupira-t-il en tombant sur une photo de Gabriella, de quelques années plus jeune et souriante. Tu te rends compte que tout cela n’a vraiment débuté que depuis un an ? J’ai l’impression que ça fait un siècle. Enfin.

Céleste hocha la tête avec un air à la fois désespéré et fatigué tandis que Cyprien se levait pour s’occuper du repas. Un an… Il s’était passé tellement de choses en un an. Et, oui, comme lui, elle avait l’impression d’avoir pris dix ans d’un coup, comme s’ils étaient dans une espèce de… monde parallèle à l’intérieur duquel tout s’enchaînait de manière négative. Rien de positif, aucune amélioration, tout allait en s’aggravant malgré les efforts de certaines personnes. Elle-même aurait voulu aider vraiment, faire quelque chose, mais elle n’était pas sûre que cela aurait changé les événements. Elle n’était pas la seule à devoir agir, il y en avait d’autres. Tellement. Et, non, personne n’avait cru la directrice dès le début, personne ne voyait le danger arriver. Elle la première. Elle avait cru à une menace, oui, à des critiques, mais jamais elle n’aurait pu imaginer que les choses allaient dégénérer à ce point. Contemplant la photo de Gabriella d’un air absent, le jour où elle était revenue en catastrophe au Pensionnat à cause de son deuxième don lui revint en mémoire. Cette école avait été son seul refuge, le seul endroit auquel elle avait pensé alors que tout semblait perdu. Aujourd’hui, il ne pouvait plus l’être pour ces pauvres enfants…

Cyprien – En parlant d’école, est-ce qu’il y a quelque chose à faire pour que Lucas se sente mieux dans la sienne ? Il n’en parle quasiment jamais, je ne sais pas s’il sent bien ou si d’autres enfants l’embêtent et qu’il n’ose pas en parler. Il n’a encore jamais invité d’amis ici.

Céleste – Il m’en a déjà parlé…, avoua-t-elle après avoir avalé un morceau. Il n’aime pas son école, les autres enfants le trouvent bizarre à cause de son don. Je le sais depuis un moment déjà, on est allés sur le marché un jour et on a rencontré Isabelle, la militaire. On a bu un verre ensemble et il a dit qu’il n’aimait pas son école.

Depuis, Céleste ne cessait de chercher une école susceptible d’accepter son frère dans les environs. Seulement, dès qu’elle mentionnait l’existence de son don, même en précisant qu’il ne faisait que naître, les établissements se disaient complets et refusaient Lucas comme nouvel élève. Aussi bonnes ses notes soient-elles. S’il n’y avait pas les cours au Pensionnat ou encore cette nécessité pour lui de voir d’autres personnes, Céleste aurait volontiers accepté de lui donner cours elle-même. Mais, là… Elle était dépassée, ignorant ce qu’elle devait faire, ayant l’impression d’être la pire des grandes sœurs du monde. Si seulement elle avait été au courant plus tôt ! Souriant tristement à Cyprien lorsqu’il revint vers elle, elle commença à jouer avec sa fourchette, à nouveau pensive. Il avait tout quitté et continuait de sourire malgré tout, au moins un peu. Comment pouvait-elle voir s’il souriait autant ou pas ? Elle ne le connaissait pas. Elle faisait des efforts, vraiment, lui faisant des câlins dès que possible, restant attentive et tout ce qu’il fallait, mettant ses souvenirs de côté quitte à souffrir plus tard. Mais, là, elle ne voyait plus quoi faire.

Céleste – J’ai appelé des écoles, cherché dans les journaux, précisé que ses parents étaient morts, que j’étais moi-même professeure… Dès que l’on mentionne le mot « don », les écoles se disent complètes et je ne peux pas l’envoyer à Avignon ou je ne sais quel endroit. Si cela ne tenait qu’à moi, je lui donnerais cours moi-même mais il doit voir des gens, il ne me connaît pas. Et moi non plus, au fond, même si je fais des efforts… Tu sais à quel point je ne suis pas tactile, ou du moins pas avec les proches. Vous deux êtes les seules personnes pouvant me toucher sans que je…

Sans qu’elle n’ait peur de les griller sur place. Céleste ne termina pas sa phrase, faisant un maigre sourire ressemblant plus à une grimace qu’à un vrai sourire, avant de boire une nouvelle gorgée d’eau après avoir rempli son propre verre. Celui de Cyprien n’était pas vide, elle avait terminé le sien en quelques gorgées à peine pour lutter contre le mal de tête d’abord, les émotions ensuite. Piquant dans son assiette toujours sans manger, elle levait brièvement la tête vers son ami en pensant, qu’au final, elle était très égoïste. C’est vrai, son frère avait tout quitté sans rechigné, avait accepté de quitter Toulouse pour venir se perdre dans un patelin sans ses amis et sa famille et c’était elle qui se plaignait. Enfin, non, c’était faux, elle ne se plaignait pas, c’était la première fois qu’ils en parlaient, Cyprien et elle, mais elle utilisait toutes ses émotions négatives pour exécuter les exercices de son ancien professeur lors de leurs entraînements. Reposant sa fourchette, Céleste croisa un peu les bras, préférant attendre un peu avant de manger pour parler.

Céleste – Je ne dois pas être une très bonne grande sœur, dit-elle avec un sourire forcé. C’est très ironique, quand on y pense, Lucas a dû tout abandonner et n’a jamais râlé et, moi, je me sens parfaitement dépassée par ce qu’il ressent. Il a perdu ses amis, ses parents, semblait heureux d’après les photos que j’ai pu voir, a développé un don dont il ne voulait pas et je suis censée lui dire qu’il ne doit pas le détester mais l’accepter. Je suis désolée, on n’en a jamais vraiment parlé depuis vu… ce que tu traversais, j’aurais dû t’en parler plus tôt.

C’était stupide, complètement. Cyprien était son meilleur ami avant d’être son amant puis compagnon, lui-même l’avait appelée directement parce qu’il n’était pas bien et qu’il avait besoin de soutien. Encore une fois, elle s’était bêtement refermée sur elle-même, assurant que tout allait bien malgré la mort de ses propres parents qu’elle détestait plus que tout. Elle avait dû affronter ses anciens amis, ses anciens voisins, son ancienne famille, et tout cela sans rien dire parce qu’elle voulait soutenir son nouveau petit frère qui avait déjà un passé. A côté de cela, elle avait tenu Cyprien à l’écart parce qu’il était moins bien, parce qu’il traversait une passe difficile avec sa femme alors qu’il ne l’aimait déjà plus à ce moment-là. Sinon, pourquoi aurait-il fait cela avec elle lorsqu’elle était venue le voir pour le soutenir et l’écouter ? Baissant un peu la tête, elle parla d’une voix plus faible, coupable.

Céleste – Le fait est que je ne sais plus quoi faire. Et si jamais les choses s’enveniment, qu’on doit déménager encore, tout quitter, comment est-ce que Lucas va le supporter ? Comment lui demander de quitter une école pour en rejoindre une autre alors qu’il aura pris de nouvelles marques ? Je ne veux pas qu’il perde son sourire à cause de moi, Cyprien… J’aurais dû ne pas répondre à l’appel, dire que je n’étais plus en France et le laisser entre les mains des voisins, ou d’un orphelinat. Il aurait sans doute été mieux traité qu’avec moi. Tu dois sûrement me prendre pour un monstre de dire et penser cela, mais je ne sais pas comment l’aider alors que je le veux de tout mon cœur… Au moins lui.

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MessageSujet: Re: Un apéro à deux   Lun 27 Fév - 14:23

Céleste – Il m’en a déjà parlé…, avoua-t-elle après avoir avalé un morceau. Il n’aime pas son école, les autres enfants le trouvent bizarre à cause de son don. Je le sais depuis un moment déjà, on est allés sur le marché un jour et on a rencontré Isabelle, la militaire. On a bu un verre ensemble et il a dit qu’il n’aimait pas son école.

Il fallait bien avouer aussi que le petit avait absolument tout accumulé, en quelques mois. D’abord la perte brutale de ses parents, le déménagement à des centaines de kilomètres de sa ville natale, la rencontre avec une sœur bien plus âgée qu’il n’avait jamais vu auparavant, la découverte de son dos, la mort du petit Alexis qu’il avait considéré comme un grand frère, sa nouvelle école à Gray et toutes les conséquences qui s’étaient ensuivies, en plus, bien sûr, de la rencontre avec Emilie et de ce qu’il avait vu dans cet espèce de centre médical, là-haut, sur les collines. Tout cela alors qu’il avait huit ans… Cyprien grimaça un peu en pensant à cette accumulation de l’enfer, tout en touillant tranquillement les nouilles dans la casserole. En revenant s’asseoir à table, il remarqua le regard plus triste et impuissant de son amie, sans savoir quoi lui dire pour la rassurer ou la consoler. Il savait qu’elle cherchait un autre établissement qui pourrait accepter Lucas, mais c’était une affaire presque impossible en ce moment, pour un enfant ayant un don naissant, que de l’inscrire dans une nouvelle école. Peut-être Lucas allait-il réussir peu à peu à se faire des amis ? En l’inscrivant dans un club de sport, par exemple, à la bibliothèque, dans un club de théâtre, dans un endroit autre que l’école, somme toute.

Céleste – J’ai appelé des écoles, cherché dans les journaux, précisé que ses parents étaient morts, que j’étais moi-même professeure… Dès que l’on mentionne le mot « don », les écoles se disent complètes et je ne peux pas l’envoyer à Avignon ou je ne sais quel endroit. Si cela ne tenait qu’à moi, je lui donnerais cours moi-même mais il doit voir des gens, il ne me connaît pas. Et moi non plus, au fond, même si je fais des efforts… Tu sais à quel point je ne suis pas tactile, ou du moins pas avec les proches. Vous deux êtes les seules personnes pouvant me toucher sans que je…

Cyprien – Ce qui peut se comprendre, mais ça viendra.

A force de côtoyer de façon plus proche d’autres personnes, de s’occuper de Lucas, voire d’enfants beaucoup plus jeunes selon les occasions, elle réalisera par elle-même qu’elle n’était pas un danger pour qui que ce soit dans ce monde et pouvait donc se permettre de vivre normalement. Ou plutôt, de reprendre le cours de sa vie comme si rien ne l’avait interrompue, de se marier, avoir des enfants, exercer son métier sans angoisse ni stress. Il faudra sans doute encore un peu de temps, mais sinon… Il lui lança un regard assez désolé en voyant que cette histoire lui coupait complètement l’appétit, elle n’avait qu’à peine touché à son entrée et visiblement pas l’intention de finir tout de suite. Ce n’est pas en s’alimentant mal qu’ils allaient trouver des solutions pour améliorer les conditions de vie de Lucas, lui faire rencontrer des amis ou pousser sa grande sœur à moins déprimer et se renfermer sur elle-même. Pour le professeur, côtoyer des personnes plus renfermées était une expérience assez inédite, il avait plutôt l’habitude des personnes qui extériorisaient facilement et montraient leurs principes sans honte ni angoisse.

Céleste – Je ne dois pas être une très bonne grande sœur, dit-elle avec un sourire forcé. C’est très ironique, quand on y pense, Lucas a dû tout abandonner et n’a jamais râlé et, moi, je me sens parfaitement dépassée par ce qu’il ressent. Il a perdu ses amis, ses parents, semblait heureux d’après les photos que j’ai pu voir, a développé un don dont il ne voulait pas et je suis censée lui dire qu’il ne doit pas le détester mais l’accepter. Je suis désolée, on n’en a jamais vraiment parlé depuis vu… ce que tu traversais, j’aurais dû t’en parler plus tôt.

Ce n’était pas lui qui pourra vraiment lui reprocher d’éviter certains sujets, il faisait pareil avec ce qu’il jugeait comme moins important ou urgent, se concentrant sur le reste et enfouissant la plupart des autres problèmes, comme s’ils allaient disparaître seuls grâce à cette attitude. Néanmoins, les sujets plus importants, il tenait à ce qu’ils soient abordés, traités, compris, c’était plus qu’essentiel, voire vital.

Céleste – Le fait est que je ne sais plus quoi faire. Et si jamais les choses s’enveniment, qu’on doit déménager encore, tout quitter, comment est-ce que Lucas va le supporter ? Comment lui demander de quitter une école pour en rejoindre une autre alors qu’il aura pris de nouvelles marques ? Je ne veux pas qu’il perde son sourire à cause de moi, Cyprien… J’aurais dû ne pas répondre à l’appel, dire que je n’étais plus en France et le laisser entre les mains des voisins, ou d’un orphelinat. Il aurait sans doute été mieux traité qu’avec moi. Tu dois sûrement me prendre pour un monstre de dire et penser cela, mais je ne sais pas comment l’aider alors que je le veux de tout mon cœur… Au moins lui.

Cyprien – Il faut aussi laisser du temps au temps, tu sais. Il n’est arrivé à Gray que depuis très peu de temps. En l’emmenant à la bibliothèque, dans un club de sport, ce genre de choses, il rencontrera d’autres enfants et s’en fera des amis. Ne dramatise pas, pourquoi devrait-on déménager, tout quitter, comme tu dis ? Cette école est deux fois centenaire, elle a résisté à bien des vagues avant celle-ci, il n’y aucune raison pour que cette histoire lui soit fatale. Mange donc, ce n’est pas en mourant de faim que tu trouveras des solutions.

Il termina sa propre assiette puis se leva une fois de plus pour surveiller la cuisson des nouilles et du poulet. Avec une longue cuillère en bois, il retourna encore les morceaux dans la casserole pour s’assurer que la volaille sera bien cuite en profondeur et pas seulement grillée sur le dessus, déposant ensuite la cuillère sur le plan de travail et épluchant des légumes pour les mettre à mijoter en morceaux avec le reste, après les avoir lavé.

Cyprien – A mon avis, tu te mets beaucoup trop de pression, ce n’est pas possible qu’un enfant de huit ans retrouve tous ses repères en aussi peu de temps. Il faut l’y accompagner pas à pas, sans le presser et sans se presser soi-même. Tu ne vas pas vivre vieille à te monter la tête à ce point, fais gaffe à la crise cardiaque. Tu as déjà essayé de lui parler de toi plus en profondeur, pour qu’il te connaisse mieux ? De lui raconter des choses sur ta propre enfance ou je ne sais pas quoi. Si tu t’ouvres à lui, il viendra plus facilement te parler et se confier à toi. C’est un enfant, après tout, il a besoin d’être rassuré. A Noël, on pourra sans doute partir tous les trois. Tu connais les endroits qu’il aime ?

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Un apéro à deux   Ven 10 Mar - 13:37

Cyprien – Il faut aussi laisser du temps au temps, tu sais. Il n’est arrivé à Gray que depuis très peu de temps. En l’emmenant à la bibliothèque, dans un club de sport, ce genre de choses, il rencontrera d’autres enfants et s’en fera des amis. Ne dramatise pas, pourquoi devrait-on déménager, tout quitter, comme tu dis ? Cette école est deux fois centenaire, elle a résisté à bien des vagues avant celle-ci, il n’y aucune raison pour que cette histoire lui soit fatale. Mange donc, ce n’est pas en mourant de faim que tu trouveras des solutions.

Céleste lança un regard à son assiette, grimaçant, mais s’exécuta tout de même pendant que Cyprien se levait pour s’occuper du repas. Elle éprouvait de sérieuses difficultés à être aussi optimiste que lui au sujet de l’école, des élèves, des petits à protéger de la haine des gens à l’égard des dons. De plus en plus, dans les journaux, cette haine se ressentait et pouvait peser sur le moral de certaines personnes plus fragiles. Elle, pendant l’adolescence, était confiante et se moquait bien des avis des autres mais, aujourd’hui… Elle savait que ce n’était pas le cas de tout le monde, très loin de là. Si Cyprien restait convaincu que tout allait bien se passer, que les choses se tasseraient d’elles-mêmes, heureusement, mais Céleste avait perdu cette illusion depuis la rentrée avec les journaux, les rumeurs, les réactions des gens dans la ville… Même à Gray, certains détestaient les élémentaires. Alors que les élèves et professeurs de Pensionnat avaient aidé à tout reconstruire ! Même les enfants étaient méchants entre eux alors qu’ils étaient censés être l’innocence incarnée, aussi jeunes…

Cyprien – A mon avis, tu te mets beaucoup trop de pression, ce n’est pas possible qu’un enfant de huit ans retrouve tous ses repères en aussi peu de temps. Il faut l’y accompagner pas à pas, sans le presser et sans se presser soi-même. Tu ne vas pas vivre vieille à te monter la tête à ce point, fais gaffe à la crise cardiaque. Tu as déjà essayé de lui parler de toi plus en profondeur, pour qu’il te connaisse mieux ? De lui raconter des choses sur ta propre enfance ou je ne sais pas quoi. Si tu t’ouvres à lui, il viendra plus facilement te parler et se confier à toi. C’est un enfant, après tout, il a besoin d’être rassuré. A Noël, on pourra sans doute partir tous les trois. Tu connais les endroits qu’il aime ?

Céleste – Les endroits qu’il aime… ? Heu… Je… Je connais les endroits où il partait en vacances avec nos parents, dit-elle après un court moment d’hésitation. J’ai… vu des photos et j’ai reconnu certains endroits de vacances, principalement des endroits à visiter avec des randonnées. Mais sinon…

Elle avoua, à voix plus basse, qu’elle n’avait jamais pensé à parler avec son frère des endroits dans lesquels il aimait aller. Ni même du sport, des clubs, des sorties… Céleste s’était contentée d’organiser des sorties avec lui pendant l’été, un maximum selon ce qu’il avait l’air d’apprécier, excluant assez vite ce qu’il n’aimait pas du tout. Elle n’avait pas pensé à lui demander, tout simplement… Paris était une ville différente de Toulouse, les activités qu’on pouvait y faire l’étaient donc forcément. La jeune professeure avait parlé avec son frère de ce qu’ils pouvaient y faire, y voir, mais comme il était dans un état second pendant les vacances, elle avait eu peur de s’imposer. Et puis, elle ne voulait pas non plus délaisser Alexis… Et Lucas aimait bien Alexis, elle les laissait jouer ensemble, aussi.

La gorge un peu nouée, elle termina son entrée pour éviter que Cyprien ne s’inquiète de cela en plus, culpabilisant déjà de montrer que c’était « trop ». Céleste avait vraiment voulu bien faire ! Mais tant et si bien qu’elle en oubliait certaines bases, comme parler simplement, ce qui ne demandait aucun effort… Elle avait appris à connaître un peu plus Lucas, avait cherché à lui faire plaisir et à ne pas le traumatiser, etc. mais n’avait jamais pensé à parler d’elle, de son enfance. Ce n’était pas dans ses habitudes, tout simplement. Même avec Cyprien, elle ne l’avait jamais fait d’elle-même, c’était à force de se côtoyer et de parler de tout et de rien. Jusqu’à ce qu’elle craque, avant les grandes vacances, et qu’ils se rapprochent beaucoup plus. A vrai dire, Céleste connaissait beaucoup plus la vie de Cyprien que lui ne devait connaître la sienne…

Céleste – Je n’ai jamais pensé à lui parler de moi… Je sais, c’est bête, j’aurais dû y penser vu qu’il a perdu tous ses repères et qu’il se retrouvait embarqué avec une inconnue. Je… J’ai seulement essayé de faire tout ce qui lui plaisait, de l’aider à sortir, de lui faire visiter le coin, découvrir la ville et Gray pour qu’il ne soit pas perdu et se renferme pas sur lui-même. Et puis, il y avait Alexis… Comme ils s’entendaient bien ensemble… Et les enfants du coin sont de plus en plus méchant avec les élémentaires. Je ne sais pas si l'inscrire dans un club est une bonne idée… J'ai un mauvais pressentiment avec l'école.

Céleste reposa ses couverts, ayant réussi à terminer son entrée, puis tourna la tête vers Cyprien pour lui parler et suivre ses mouvements ou déplacements du regard. Il avait raison, au fond, elle le savait : Lucas avait seulement besoin de faire confiance et il ne le pouvait pas s’il ne connaissait pas l’autre personne… Elle parlait, faisait des efforts pour s’occuper de lui, vraiment, sa crainte de blesser ses proches disparaissant au fur et à mesure des entraînements pour son don, mais cela ne suffisait pas. Son frère avait besoin de savoir à qui il parlait, ce qu’elle aimait, faisait, pensait… C’était logique. Elle ne le rejetait pas ! A chaque fois qu’il demandait une histoire ou qu’il venait dans ses bras, elle le câlinait, n’étant plus vraiment surprise maintenant ni tendue. Mais, si Céleste modérait ses réactions plus froides, elle devait bien admettre qu’il lui restait du travail par rapport à son comportement. Sauf qu’elle n’y avait jamais pensé ! Cette idée ne lui avait même pas effleuré l’esprit… Et il restait une ombre au tableau. Parler d’elle, oui, mais…

Céleste – Comment suis-je censée parler de moi sans parler de ma sœur ? On traînait tout le temps ensemble, et elle est la sienne aussi, dans un sens… Je ne peux pas lui parler de moi sans lui mentir si tu penses qu’il est trop tôt pour lui dire la vérité. Je comprends, je t’assure, mais… Je t’avoue ne pas savoir comment faire. Je n’ai jamais pensé à ça, j’évite le sujet et il n’a jamais été trop insistant. Mais je ne peux pas le lui cacher éternellement… S’il tombe sur une photographie, il va avoir l’impression de voir double et ce sera pire. Je veux lui parler, mais comment m’ouvrir à lui sans… lui dire pour elle ? Je ne peux pas m’inventer des souvenirs. Et je ne veux pas… Lucas a déjà des doutes et sait que je lui cache des choses.

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Cyprien Redfire
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MessageSujet: Re: Un apéro à deux   Dim 16 Avr - 17:17

Céleste – Les endroits qu’il aime… ? Heu… Je… Je connais les endroits où il partait en vacances avec nos parents, dit-elle après un court moment d’hésitation. J’ai… vu des photos et j’ai reconnu certains endroits de vacances, principalement des endroits à visiter avec des randonnées. Mais sinon…

Sa fiancée ajouta à voix plus basse qu’elle n’y avait jamais pensé, qu’elle ne lui avait jamais demandé où il aimait aller, ses passions, centres d’intérêts, sorties ou sports préférés. Cyprien tourna vivement la tête vers le plat à chauffer pour dissimuler son sourire, mettant sa main libre sur sa bouche. Ah là là, Céleste travaillait avec des enfants depuis des années et pourtant, elle savait encore très peu s’y prendre avec eux ! Incroyable ! Comment était-ce possible ? Un rire nerveux manqua de le secouer bien fort, il lui fallut un maximum d’efforts et de concentration pour ne pas craquer, se contenir, ne surtout pas dévoiler l’hilarité grandissante et toute prête à exploser. Les larmes aux yeux, à deux doigts d’exploser, il se calma en prenant de longues et discrètes inspirations, clignant des yeux. Voilà, on respire, on expire, on inspire, tout va bien. Dissimulant un léger gloussement nerveux dans une petite toux, il se concentra ensuite sur les morceaux de poulet dont il surveillait la cuisson, sans se retourner tout de suite car il sentait que la tête qu’allait tirer Céleste au même moment le poussera à craquer.

Céleste – Je n’ai jamais pensé à lui parler de moi… Je sais, c’est bête, j’aurais dû y penser vu qu’il a perdu tous ses repères et qu’il se retrouvait embarqué avec une inconnue. Je… J’ai seulement essayé de faire tout ce qui lui plaisait, de l’aider à sortir, de lui faire visiter le coin, découvrir la ville et Gray pour qu’il ne soit pas perdu et se renferme pas sur lui-même. Et puis, il y avait Alexis… Comme ils s’entendaient bien ensemble… Et les enfants du coin sont de plus en plus méchant avec les élémentaires. Je ne sais pas si l'inscrire dans un club est une bonne idée… J'ai un mauvais pressentiment avec l'école.

Allons, ça ne servait à rien de dramatiser non plus, la terre entière n’était pas contre les élémentaires ! Ils avaient parfois ce sentiments car les cons faisaient bien plus de bruit que les personnes civilisées, rien de plus, c’était valable à Gray comme ailleurs ! Partout, on avait des problèmes à cause de personnes malpolies et mauvaises, qui ne pouvaient pas vivre sans chercher sans cesse à blesser les autres. Cyprien était convaincu que beaucoup de soucis, à l’école, pourraient s’arranger simplement en prenant rendez-vous avec l’instituteur de Lucas pour lui parler des problèmes soulevés et chercher des solutions avec lui. Des solutions, il y en avait toujours. Cyprien éteignit le feu sous la casserole et la poële et laissa un instant le poulet mijoter avec la chaleur restante encore pour s’occuper des nouilles en attendant. Mettant l’égouttoir au-dessus de l’évier, il y versa dedans le contenu de la casserole puis secoua l’égouttoir pour bien ôter toute l’eau. Plat on ne peut plus basique mais qui avait au moins le mérite de caler l’estomac. En emménageant ici, il avait vite remarqué que Céleste ne passait pas des masses de temps à cuisiner, étant donné le peu de matériel disponible dans sa cuisine et les quelques ingrédients se répétant sans cesse. L faudra sans doute qu’il lui montre pas mal de recettes.

Céleste – Comment suis-je censée parler de moi sans parler de ma sœur ? On traînait tout le temps ensemble, et elle est la sienne aussi, dans un sens… Je ne peux pas lui parler de moi sans lui mentir si tu penses qu’il est trop tôt pour lui dire la vérité. Je comprends, je t’assure, mais… Je t’avoue ne pas savoir comment faire. Je n’ai jamais pensé à ça, j’évite le sujet et il n’a jamais été trop insistant. Mais je ne peux pas le lui cacher éternellement… S’il tombe sur une photographie, il va avoir l’impression de voir double et ce sera pire. Je veux lui parler, mais comment m’ouvrir à lui sans… lui dire pour elle ? Je ne peux pas m’inventer des souvenirs. Et je ne veux pas… Lucas a déjà des doutes et sait que je lui cache des choses.

Cyprien – Il suffit de lui dire la vérité, tout bêtement. Si tu veux qu’il te fasse confiance, c’est ça ou rien. Même toi, tu te sentiras beaucoup mieux une fois que tu en parleras librement. Ce n’est que ta sœur à toi, comme tu l’as dit, elle est aussi la sienne. Il n’y a pas de « dans un sens » qui tienne.

Reposant la casserole, Cyprien revint près de céleste et l’enlaça dans le dos, la serrant contre lui en penchant la tête pour l’embrasser dans les cheveux. Il n’y avait pas une centaine de solutions et il ajouta à haute voix que le seul moyen d’avoir confiance en une personne et d’attirer la confiance en retour, c’était de dire la vérité. Tout simplement, tout bêtement, sans détour, sans honte. Lucas n’était pas trop petit pour savoir, surtout s’il commençait déjà à se poser pas mal de questions et se douter que quelque chose n’allait pas.

Cyprien – Tu te poses trop de questions, ça t’empêche de vivre, murmura-t-il, avant de lâcher tout à coup un petit rire. Ah, bon sang, pourquoi je suis toujours avec des femmes qui filent dans l’excès ? Ou elles vivent trop vite, ou elles ne vivent pas assez. Réveille-toi un peu, ma reine des glaces, tu es train de regarder ta vie passer devant toi sans jamais la saisir à pleines mains. A quoi bon avoir sans cesse peur ?

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Un apéro à deux   Lun 24 Avr - 23:45

Cyprien – Il suffit de lui dire la vérité, tout bêtement. Si tu veux qu’il te fasse confiance, c’est ça ou rien. Même toi, tu te sentiras beaucoup mieux une fois que tu en parleras librement. Ce n’est que ta sœur à toi, comme tu l’as dit, elle est aussi la sienne. Il n’y a pas de « dans un sens » qui tienne.

Mais il fallait en parler… Et Céleste s’en sentait incapable. Elle allait le rétorquer, dire que c’était impossible, ayant un air complètement perdu lorsque Cyprien reposa la casserole vide et encore fumante. Sincèrement, ça sentait bon, très bon même si c’était un repas simple et vite fait, mais elle n’avait pas le moindre appétit pour l’instant. Cherchant les mots pour dire qu’elle ignorait si elle était capable ou non de parler de ce sujet avec Lucas, Cyprien coupa court à ses protestations en l’enlaçant par derrière et en la serrant contre lui. Elle plia les bras pour les poser sur les siens, fermant les yeux lorsqu’il l’embrassa dans les cheveux. D’accord, c’était le message pour lui dire qu’elle était beaucoup trop tendue, c’est ça… ? Céleste ne bougea pas d’un millimètre, respirant profondément en tâchant de se détendre et de faire le vide dans sa tête. Les bruits extérieurs lui parvenaient un peu mieux, à présent. Tout comme le voisin qui les avait accueillis en arrivant et qui s’occupait de son petit chien. Ou encore les enfants que gardait la voisine qu’ils entendaient pleurer. Ou, dans la rue, à côté d’eux, l’épicier qui discutait avec un de ses fidèles clients et dont des bribes de conversation arrivaient jusqu’à eux. Petit à petit, Céleste arrivait à se calmer, respirant un peu plus calmement.

Cyprien ajouta, à ce moment, que le seul moyen d’avoir confiance en une personne et d’attirer sa confiance était de dire la vérité. La vérité. Parler à Lucas… Oui, elle le voulait, vraiment, c’était même elle qui avait amené cette solution à l’instant. Mais elle ne pensait pas que son meilleur ami allait réellement dire qu’elle devait le faire ! Et si son frère se mettait à la détester à cause de cela ? Qu’il voulait partir, fuir littéralement, quitte à retourner chez des oncles ou tantes à Toulouse ? Ou s’il ne voulait même plus la voir ? Ou même qu’elle le touche à cause de l’accident ? Ou qu’il lui pose des questions auxquelles elle était incapable de répondre ? Ou que… Stop. Céleste se mordit les lèvres, resserrant un peu l’étreinte de Cyprien avec ses bras pour tenter de maîtriser ses émotions, au moins un minimum. C’était complètement stupide mais elle avait peur de parler à son petit frère. Son petit frère ! Il pouvait la surprendre, comprendre bien mieux que leurs parents et ne même pas lui en vouloir. Ce serait une réaction possible et logique, vu son âge. Sauf que… Il restait toujours la possibilité du « et si ». S’il ne comprenait pas. S’il se mettait à réagir comme leurs parents. S’il se fiait à leur jugement parce qu’il ne connaissait pas Céleste. C’était possible, ça aussi…

Cyprien – Tu te poses trop de questions, ça t’empêche de vivre, murmura-t-il, avant de lâcher tout à coup un petit rire. Ah, bon sang, pourquoi je suis toujours avec des femmes qui filent dans l’excès ? Ou elles vivent trop vite, ou elles ne vivent pas assez. Réveille-toi un peu, ma reine des glaces, tu es train de regarder ta vie passer devant toi sans jamais la saisir à pleines mains. A quoi bon avoir sans cesse peur ?

Céleste – Désolée… Je ne sais pas comment tu fais, dit-elle en levant un peu la tête pour essayer de le regarder. Je fais des efforts, je t’assure, mais j’ai… perdu l’habitude. Je crois. J’avais plein de projets de voyages, je voulais découvrir le pays et même le Monde mais tout a été mis entre parenthèses quand… quand j’ai décidé de partir de chez moi. Je fais de gros efforts, je te le promets ! Sauf que ne pas m’inquiéter ou avoir peur… Même ici, il y a une petite voix dans ma tête qui me répète « Et si » constamment. Comment suis-je censée faire pour l’ignorer ?

Elle avait presque besoin d’un guide, en fin de compte. De quelqu’un qui la pousserait à se surpasser et à retrouver celle qu’elle était avant tout cela. Céleste n’avait pas peur de perdre Cyprien ou Lucas si elle essayait de se retrouver, au contraire, elle savait qu’ils ne se plaindraient certainement pas. Mais de là à oser repousser ses propres limites, à ne pas se freiner dès que la Céleste jeune adulte et fraîchement diplômée pointe le bout de son nez… Elle grimaça, laissant retomber sa tête contre le torse de Cyprien tout en fixant la vieille lampe de la cuisine qui aurait sans doute besoin d’un entretien. La jeune professeure était tendue, à nouveau, et le sentait malgré elle. Beaucoup moins tendue que d’habitude grâce à leur après-midi « détente » mais beaucoup plus que n’importe qui d’autre dans des circonstances identiques. Ses muscles étaient noués, son esprit ne cessait d’envisager les pires scénarios comme les meilleurs – en tout dernier et vite éclipsés par la peur. Même son estomac se nouait, se recroquevillait sur lui-même en lui donnant envie de vomir. Et ils n’avaient mangé que l’entrée. Mais le reste pouvait attendre un peu. Elle demandait seulement quelques minutes, là, comme ça, sans bouger. Comment faisait-il pour être si détendu… Si… insouciant, en fait.

Céleste – J’ai peur que Lucas réagisse mal, confia-t-elle. Qu’il ne veuille plus me voir ou qu’il décide de rentrer à Toulouse en apprenant la vérité… Il a été élevé par nos parents, si je lui dis ce qu’ils pensaient, pourquoi me ferait-il confiance, à moi, plutôt qu’à eux ? Je n’ai pas envie de le perdre, je veux lui dire la vérité, mais tout lui dire me fait encore plus peur que la première fois où tu m’as obligée à relâcher mon don.

Frissonnant, Céleste se détacha de l’étreinte de Cyprien sans lui laisser le temps de répondre pour se relever en ignorant complètement l’instabilité du sol encore un peu présente. Elle avait besoin de bouger, de s’occuper les mains. Elle se dirigea vers l’évier pour vérifier les pâtes dans l’égouttoir et le retira doucement, toute la fumée dissipée à présent, pour servir et diviser la portion en deux parts égales à l’aide d’une cuillère en bois. Elle voulait aider son compagnon, histoire d’éviter qu’il fasse tout, comme il avait déjà préparé le repas. Et puis, elle allait mieux, vraiment, suffisamment pour tenir sur ses jambes même s’il devait encore en douter. La même pensée tournait en boucle dans sa tête. « Et si ». Et si Lucas n’acceptait pas… Ce n’est que lorsque les deux assiettes furent servies que Céleste se blottit dans les bras de Cyprien sans crier gare, vérifiant brièvement qu’il ne tenait rien dans les mains. Elle nicha sa tête dans le creux de son cou, silencieuse durant un moment, ayant seulement besoin de… d’elle ne savait pas quoi, en réalité.

Céleste – C’est idiot et tu vas sûrement rire, finit-elle par dire tout bas, mais je crois que j’ai moi-même besoin d’un professeur pour réapprendre tout ça. Pour l’instant, ton insouciance et ta capacité à rester détendu me dépassent et me poussent presque à t’admirer. Tu n’as qu’à tester, je me sens déjà incroyablement tendue malgré le début de notre après-midi alors que toi… Et, pourtant, je prends beaucoup sur moi et je travaille dur pour récupérer mon niveau d’avant avec mon don, je le relâche donc plus rien n’est censé me retenir. Mais je n’arrive pas à… faire comme toi. Si tu as des « trucs », je suis prête à les écouter, vraiment ! Je ne veux pas te faire souffrir, moi aussi…

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Cyprien Redfire
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MessageSujet: Re: Un apéro à deux   Mar 23 Mai - 7:43

Céleste – Désolée… Je ne sais pas comment tu fais, dit-elle en levant un peu la tête pour essayer de le regarder. Je fais des efforts, je t’assure, mais j’ai… perdu l’habitude. Je crois. J’avais plein de projets de voyages, je voulais découvrir le pays et même le Monde mais tout a été mis entre parenthèses quand… quand j’ai décidé de partir de chez moi. Je fais de gros efforts, je te le promets ! Sauf que ne pas m’inquiéter ou avoir peur… Même ici, il y a une petite voix dans ma tête qui me répète « Et si » constamment. Comment suis-je censée faire pour l’ignorer ?

Cyprien – En décidant de vivre, tout bonnement.

Il fallait croire que Cyprien était destiné à tomber sur les extrêmes. Tout d’abord, il était tombé amoureux d’une femme à cause de ce qu’elle dégageait, de cette différence, la force qui la poussait vers l’avant quoi qu’il arrive et sa volonté de toujours aller au fond des choses. Puis il avait réalisé que c’était trop, bien trop, qu’il n’y avait même plus de limites, ou plutôt que ces limites avaient peu à peu volé en éclat et qu’aujourd’hui, cette femme courait loin devant, plus aucun espoir de la rattraper un jour, sauf pour ceux qui avaient la même volonté et la même envie de courir en avant, quel que soit les risques. Et lui ne l’avait pas, car il avait encore beaucoup à perdre et parce qu’il était capable d’accepter bien plus de choses et d’accorder bien plus de concessions pour être heureux. Qu’il y avait-il d’honteux là-dedans ? Des milliers de personnes dans le monde réagissaient comme ça et il ne rougissait de s’affirmer ainsi. Puis, la vie faisant, il était tombé amoureux d’une autre femme, qui elle avait le souci nettement inverse. Il la serra un peu plus contre elle lorsqu’elle laissa aller sa tête contre son torse. L’inverse, oui… Chez Gabriella, la peur la quittait au fil des mois, la rendant si blasée tout que c’était à se demander comment elle pouvait continuer à vivre en ayant une telle conception de l’existence. A contrario, chez Céleste, la peur l’étouffait, la brûlait, l’empêchait de vivre et la rendait malade.

Céleste – J’ai peur que Lucas réagisse mal, confia-t-elle. Qu’il ne veuille plus me voir ou qu’il décide de rentrer à Toulouse en apprenant la vérité… Il a été élevé par nos parents, si je lui dis ce qu’ils pensaient, pourquoi me ferait-il confiance, à moi, plutôt qu’à eux ? Je n’ai pas envie de le perdre, je veux lui dire la vérité, mais tout lui dire me fait encore plus peur que la première fois où tu m’as obligée à relâcher mon don.

Ah là là, la peur n’évitait pas le danger ! Ce n’est pas en raisonnant ainsi qu’elle pourra changer sa vie, l’améliorer, bien au contraire, elle ne fera que la détruire un peu plus à chaque pas chaque parole, chaque geste, et ce sans même le réaliser. Il secoua un peu la tête lorsqu’elle se dégagea puis se leva, allant s’occuper de la suite du repas. On aura toujours des raisons d’avoir peur de quelque chose, de toute façon, même Gaby avait peur pour sa famille, tout le monde avait de quoi être effrayé par une situation ou une autre. Cyprien s’appuya avec un soupir contre le mur de la cuisine, les bras croisés, bras qu’il laissa retomber le long du corps en suivant les gestes de sa future femme dans la cuisine. A ses yeux, Lucas n’avait aucune raison de si mal réagir, sauf si on lui cachait la vérité trop longtemps. Il était courageux, ce petit garçon ! Le genre à suivre une fillette fantôme dans un hôpital hanté à deux heures du matin… Hum, mauvais exemple, difficile de dire si c’était du courage ou de la pure stupidité. Céleste déposa les deux assiettes sur la table puis revint se blottir dans ses bras, mettant le nez dans son cou, et arrachant du même coup un air très étonné à Cyprien. C’était bien la première fois qu’elle venait d’elle-même pour un câlin ! Elle devait être en état de choc.

Céleste – C’est idiot et tu vas sûrement rire, finit-elle par dire tout bas, mais je crois que j’ai moi-même besoin d’un professeur pour réapprendre tout ça. Pour l’instant, ton insouciance et ta capacité à rester détendu me dépassent et me poussent presque à t’admirer. Tu n’as qu’à tester, je me sens déjà incroyablement tendue malgré le début de notre après-midi alors que toi… Et, pourtant, je prends beaucoup sur moi et je travaille dur pour récupérer mon niveau d’avant avec mon don, je le relâche donc plus rien n’est censé me retenir. Mais je n’arrive pas à… faire comme toi. Si tu as des « trucs », je suis prête à les écouter, vraiment ! Je ne veux pas te faire souffrir, moi aussi…

Cyprien – Déjà, essaye de trouver une raison valable d’être angoissée en permanence. Parce que la peur, ce n’en est pas une, elle est complètement irrationnelle et tu le sais. Le passé non plus, car justement, c’est le passé, personne ne peut le déterrer à part toi-même. Alors quoi ? L’avenir ? Autant se tirer une balle dans la tête tout de suite, dans ce cas-là. Tout ce dont on peut être certain, c’est que plus tu retarderas de parler à Lucas, plus il t’en voudra. C’est le meilleur moyen au monde de le perdre, de faire ça. Il n’acceptera pas que tu caches tout, c’est aussi sa sœur, sa famille, il a perdu ses parents et Alexis, il est en droit qu’on ne lui cache plus rien de ce genre. Soit tu lui fais confiance et tu lui dis tout, soit tu le renvoies tout de suite à Toulouse.

Il l’avait écartée de lui pour la regarder droit dans les yeux alors qu’il lui parlait. Pour ce sujet-là, il ne fallait pas y aller par quatre chemins, puisqu’il ne restait que ces deux solutions possibles. Soit lui parler, soit l’envoyer vivre ailleurs, point final, mais elle ne pouvait pas juste continuer à vivre avec un mensonge perpétuel entre eux deux, ça non ! Ce n’était pas sain. Ni même « Bien », si on se référait à la religion. Céleste était adulte et donc censée capable de faire face à ses responsabilités et de les assumer. Ils avaient tous des poids plus ou moins lourds à porter et il fallait bien vivre avec, phrase qu’il lui répéta d’un ton plus haut.

Cyprien – La famille est un sujet sensible, ça je le sais. Pas touche, comme on dit. Mais si tu continues à toujours penser comme ça, tu vas finir par te suicider.

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