1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Petit nourrisson

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Adrien de Sora
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MessageSujet: Petit nourrisson   Dim 24 Jan - 13:38

C’était toujours la même chose après les cours d’élément, il y a toujours des élèves qui arrivaient à se blesser car ils n’écoutaient pas leurs professeurs et faisaient n’importe quoi. Adrien termina de nouer le bandage en rassurant la petite, oui, ça allait guérir vite et oui, elle pouvait retourner en cours. Les blessures, avec certains dons, étaient légions, heureusement que cela guérissait plutôt vite à chaque fois. Il rouvrit la porte de l’infirmerie pour laisser passer la gamine, souriant à Emma qui attendait derrière pour l’accompagner à son prochain cours et l’excuser du retard. Refermant la porte, le médecin se chargea ensuite de donner des médicaments contre le mal de tête aux deux élèves qui attendaient, au lit. Il y avait une petite épidémie qui débutait, en ce moment, le changement très brusque de temps en avait affecté beaucoup. Il avait fait très beau depuis de semaines, puis depuis trois ou quatre jours, il pleuvait énormément et le temps s’était rafraîchi, de quoi faire tomber malade les gamins. Adrien leur versa de l’eau pour leur faire avaler les gélules, leur disant de rester au lit en attendant que ça passe.

– J’ai cours, là, murmura l’un d’eux.

– Tu iras toute à l’heure si ça va mieux, ne t’en fais pas. La récréation va bientôt sonner, de toute façon.

Il lui fit signe de se recoucher en attendant, tant pis pour le quart d’heure de cours qu’il restait avant la pause, ce n’était pas si grave. Revenant à son bureau, il prit des petites fiches de couleur pour y inscrire des messages de prévention. Il faisait cela chaque année, dès qu’une épidémie débutait, pour prévenir les élèves de bien se couvrir, se laver les mains souvent et de prendre garde aux microbes qui traînaient. Tout cela terminait coller dans l’école et le pensionnat, les élèves étaient habitués. Il était en pleine rédaction des messages ordinaires de prévention du genre « Lavez-vous bien les mains avant de manger » lorsqu’on frappa de nouveau à la porte. La secrétaire entra en coup de vent en le prévenant qu’il y avait du monde qui voulait le voir, repartant comme elle était venu, après avoir fait entrer deux hommes en costume, avec des manteaux assez épais. Heu, oui ? Il se leva pour les saluer, rendant sa poignée de main à l’un des deux hommes. Son cœur se serra brutalement lorsqu’il se présenta comme le médecin-chef de l’unité des malades difficiles, à l’hôpital psychiatrique Jules Ferry, celui-là même où était bouclée Sarah. Il les fit passer dans son bureau, assez tremblant d’un seul coup.

– Il y a eu un souci ? demanda-t-il aussitôt en refermant la porte.

– Il y a quelques jours, madame de Sora eu des… difficultés. Une crise, comme elle en fait tant, mais celle-ci a viré d’une façon assez différente. Et elle a accouché prématurément.

La gorge d’Adrien s’assécha brutalement, alors qu’il manquait de s’évanouir. Le second homme souleva alors un porte-bébé qu’il n’avait pas remarqué, le posant sur le bureau. Adrien se pencha aussitôt sur le couffin, le cœur au bord des lèvres, dévorant du regard le minuscule petit être qui s’y trouvait, profondément endormi. Oh bon sang. Oh bon sang. Il n’écouta même pas ce que rajouta le médecin, les yeux écarquillés, la bouche entrouverte, tendant une main tremblante pour caresser du bout des doigts la joue du bébé. Il en tremblait si fort qu’il craint un moment de le réveiller, balbutiant d’une voix blanche pour demander s’il était en bonne santé. Le second homme le couva d’un air inquiet, ajoutant qu’il ferait mieux de s‘asseoir, on croirait qu’il allait s’évanouir. Mais non, tout allait très bien, très bien. Il ne cessait de regarder le petit, plongé dans son sommeil, les deux mains crispé sur un bout de chiffon bleu ciel. Oh mon Dieu. Mon Dieu, Sarah… Il cligne des yeux, de grosses larmes commençant à rouler sur ses joues alors qu’il regardait l’enfant, encore et encore. Oh bon sang.

– Il a un prénom ?

– Sa mère l’a baptisé Maxime.

Maxime… Son bébé… Il était né… Les deux hommes le poussèrent à revenir à la réalité pour s’occuper de toutes les formalités administratives. Adrien était dans un état second, signant ce qu’on lui demandait sans même lire auparavant, aussi sonné que sin venait de passer des heures à lui frapper la tête à coup de pierre, il n’arrivait pas à intégrer la réalité. L’hôpital lui avait donné quelques affaires, pour s’occuper de l’enfant, comme cela faisait un peu juste, en le lui amenant ainsi, sans prévenir. Lorsqu’ils partirent, Adrien récupéra son bébé dans ses bras, assis à son bureau, ne cessant plus de le dévisager. Maxime… Oh bon sang. Mon Dieu. Une vague de joie mêlée à de le panique vint l’envahir avec brutalité. Il n’avait absolument rien prévu ! Son fils était là, dans ses bras, et il n’avait rien prévu chez lui, il était un père indigne. Perdu, paniqué, pleurant toujours, il se leva puis quitta l’infirmerie, gardant son bébé tout contre lui, protecteur. Qui… Qui pourrait l’aider ? Descendant les escaliers, il entra dans le réfectoire avec lenteur, dépassé par les élèves, dont la plupart s’arrêtèrent pour le dévisager, les yeux écarquillés en le voyant tout à coup avec un bébé dans les bras.

Adrien reprit son souffle en se dirigeant vers la table des professeurs, agitée elle aussi en ce midi de milieu de semaine. Il regarda chacun de ses collègues tour à tour, la bouche entrouverte, soudain apeuré. C’était aussi le fils de Sarah… Tout le monde la haïssait… Ses collègues pourraient haïr le bébé, alors qu’il n’avait rien fait… Il était tout à fait innocent, c’était un nouveau-né, il n’avait jamais fait le moindre mal à personne ! C’était juste un bébé ! Peu à peu, ses collègues finirent par remarquer qu’il était planté près de la table, à porter un nourrisson dans le creux de ses bras, en pleurant avec air paniqué et un peu halluciné. Ce fut Auguste qui réagi le premier, se levant pour le pousser à s’asseoir avec eux, en e tenant par les épaules. Il faisait deux bonnes têtes de plus que lui, ce qui était encore plus flagrant lorsqu’il était juste à côté, Adrien ne fut absolument pas contrariant et le suivit sans lâcher un seul mot.

– C’est… balbutia-t-il. Mon fils. Il s’appelle Maxime.

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Auguste de la Valière
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MessageSujet: Re: Petit nourrisson   Lun 1 Fév - 17:06

Eh bien, ce n’est pas comme ça que certains allaient obtenir leur bac ! Auguste ne poussa même plus son soupir de déception spécial copies à corriger en rayant une énième réponse alambiquée, blasé depuis qu’il avait lu une énormité sur la copie d’une élève pourtant en terminale scientifique. Allez, une mauvaise note de plus, pour la gloire de cette classe ! Ils n’avaient toujours pas dû intégrer qu’ils passaient leur bac cette année et que les maths sera la matière qui leur coûtera le plus cher s’ils échouaient. Enfin bref. Auguste rassembla ses copies avant de reporter toutes les notes, grattant un peu sa barbe, en écoutant d’une oreille l’histoire de son collègue, assis à la même table, qui décrivait en détails comment son fils de sept ans avait remporté son premier match de tennis. Lui-même avait mis les jumeaux chez la nourrice, ce matin assez tôt, alors qu’ils dormaient encore. Gabriella était toujours à l’hôpital, il l’appelait tous les jours pour avoir des nouvelles et faire en sorte de lui remonter le moral. Et dire qu’elle était enceinte de lui… Il ignorait comment prendre cette nouvelle, conscient que sa belle aura du mal à le supporter. Devenir papa devrait lui faire plaisir mais il s’inquiétait pour la santé de sa femme. Oui, sa femme, il la considérait comme telle, bien qu’ils ne soient pas officiellement mariés.

Valentin lui tapota l’épaule en lançant qu’il était temps d’aller manger, lui lançant sa veste avant d’attraper sa canne. Auguste rangea rapidement ses affaires avant de le suivre, parlant du match de basket de la veille, qu’il avait suivi à la radio. Voilà bien un sport qu’il adorait et qu’il pratiquait parfois avec des amis ou pour s’entraîner, seul, aux lancers. Descendant les escaliers puis allant rejoindre le réfectoire, ils calmèrent quelques enfants trop excités au passage avant d’aller s’installer à la table des professeurs. Plus de la moitié des conversations tournaient autour des élèves et des classes plus difficiles. Ah, c’était surtout les sixièmes qui étaient pénibles, impossible de les faire tenir en place plus de trois minutes d’affilée. Auguste se versa un bol de potage en décrivant son tout premier cours avec les 6A à Mélanie, qui souriait d’un air désespérée en approuvant avec lassitude. Chez elle aussi, les bases comme les multiplications et divisions n’étaient pas acquises, un enfer. Ils n’avaient pas loisir à perdre du temps sur des choses censées être maîtrisées ! Surtout les tables de multiplication, c’était la base, tous les enfants en primaire les étudiait, c’était aussi important que d’apprendre à lire ou écrire sans fautes.

Mettant un peu de pain dans son potage, il en plongea les morceaux avec sa cuillère, souriant lorsque sa collègue décrivit à son tour une activité en maths, pourtant simple, qui avait viré au désastre tant la classe était dissipée. Il faudrait les calmer une bonne fois pour toutes sinon l’année allait être très pénible. Ils étaient lancés dans diverses propositions lorsque la plupart des regards se tournèrent peu à peu vers le bout de la table, des regards ébahis ou hallucinés. Auguste tourna la tête à son tour, s’attendant à tomber sur des élèves occupés à une gigantesque bataille de nourriture, mais non, c’était Adrien. Debout, livide, en pleurs, avec un bébé dans les bras. Qu’est-ce que… D’où sortait ce bébé ? Et pourquoi pleurait-il ? Craignant que leur infirmier ne s’évanouisse sur-place tant il semblait se sentir mal, le grand rouquin se leva pour aller l’attraper par les épaules puis le pousser à s’asseoir à côté de lui, sur une chaise libre. Voilà, qu’il respire, on dirait vraiment qu’il allait s’effondrer d’un instant à l’autre. Le nourrisson dormait profondément, dans ses bras, nullement éveillé par le bruit infernal régnant dans le réfectoire.

– C’est… balbutia-t-il. Mon fils. Il s’appelle Maxime.

Son… Oh. Auguste porta un nouveau regard étonné et attendri sur le bébé, alors que la nouvelle provoquait une nouvelle vague intense de conversations. Certains visages s’illuminèrent de larges sourires et des félicitations furent lancées. D’autres semblèrent choqués et Auguste entendit des murmures où planait un « l’enfant de Sarah », tout bas. Il fronça les sourcils, se redressant en se retenant de les renvoyer balader de suite en leur rappelant que ce petit bout était parfaitement innocent et libre de tous soucis, peu importe qui était sa mère. Il était pourtant évident qu’il venait de naître ! Si petit, minuscule, fragile, dans les bras de son père. C’était un très beau bébé, avec ses doux cheveux noirs sur la tête, très fins, ses paupières qui frémissaient dans son sommeil. Adrien pouvait être fier d’être papa d’un si beau petit garçon. Il le déclara à son tour haut et fort en tapotant l’épaule du médecin et en le félicitant pour cette naissance.

– On porte un toast à la venue de ce petit bout ? suggéra Valentin, élevant un peu la voix.

Riche idée. Ils trinquèrent tous avec Adrien, avec le vin qu’ils avaient à table au déjeuner, tout en continuant de féliciter le jeune père. Allez, un peu de baume au cœur ! C’était sans doute très soudain mais il ne pouvait qu’être heureux ! Auguste chatouilla un peu la joue du bébé avec un large sourire, attendri par cet adorable minois.

– Je suis certain que tu feras un excellent père, cet enfant sera le plus heureux du monde, affirma-t-il au médecin. Si jamais tu as besoin d’un berceau ou autre chose, en attendant de t’équiper, je peux t’aider, on a un berceau en trop. On en avait acheté deux pour les jumeaux mais ils ont fini par dormir dans le même, comme c’était la crise dès qu’on les éloignait.

Il lui servit un solide bol de potage et de l’eau, lui donnant aussi du pain et un peu de salade. Allez, qu’il mange, il était bien livide ! Ça lui fera du bien et il devait être en forme pour s’occuper de son fils. Ce n’est qu’à ce moment qu’Auguste se souvint de l’état de l’appartement de l’infirmier. Hum… regardant si quelqu’un écoutait, il fit un discret signe de la tête à Adrien, tout en continuant à déjeuner.

– Je peux t’aider chez toi, pour… aménager un peu. Faire le ménage. Qu’en dis-tu ?

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Adrien de Sora
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MessageSujet: Re: Petit nourrisson   Mer 2 Mar - 19:33

Le petit dormait profondément, Adrien prenant un très grand soin à ne pas le déranger. Il était à la fois profondément ému, très choqué et ébahi, ayant l'impression d'évoluer dans une sorte de monde parallèle où il ne contrôlait plus rien et se contentait de suivre sans rien dire. La nouvelle avait choqué une partie de ses collègues, qui regardaient le bébé dormir en écarquillant les yeux. Ce bébé... Ce petit bébé tombé du ciel et atterrissant dans ses bras. L'infirmier entendait les félicitations mais aussi les murmures lancés contre Sarah, sur le dégoût que ce petit était aussi son fils. Adrien resserra aussitôt son étreinte sur son petit, dans une attitude protectrice. Sarah était malade mais elle allait guérir ! Elle allait être soignée et pourra revenir ici, en jeune femme respectable, elle s'excusera de ce qu'elle avait fait cet été, tout ira pour le mieux, il en était convaincu. Du moins, il faisait tout son possible pour s'en convaincre. La trahison de son épouse était encore aussi brûlante qu'une féroce lame d'acier coincée dans ses poumons, il ne parvenait pas à oublier ni à pardonner. Elle avait fait un choix, lui avait reproché de ne pas la suivre dans sa folie, et ne pouvait plus être là pour cet enfant, ce bébé qui avait pourtant besoin d'une mère. Auguste lui tapota tout à coup l'épaule, le félicitant pour cette naissance. Adrien fit de son mieux pour lui sourire, réalisant à peine qu'il était père à nouveau, alors qu'il avait attendu cela durant des mois, alors qu'il avait tant craint de ne jamais avoir son bébé dans les bras.

– On porte un toast à la venue de ce petit bout ? suggéra Valentin, élevant un peu la voix.

Le docteur eut un faible sourire, touché, levant son verre avec les autres avant de trinquer, en prenant garde à ne pas trop bouger le petit. Il se détendit un peu en voyant que plus de professeurs souriaient en lançant des félicitations. Auguste tendit même la main pour caresser la joue du petit de deux doigts. Il était là, son bébé... Adrien voulait autant pleurer à cause de ce qui s'était passé avec Sarah qu'il voulait pleurer de joie de voir cet enfant contre lui. Cet enfant minuscule, habillé d'un ensemble pull et pantalon bleu ciel et de chaussettes blanches, enveloppé dans une couverture blanche elle aussi, ses cheveux noirs très fins commençant même à boucler aux pointes. En le regardant, en le dévorant du regard, Adrien parvint enfin à se reconnecter à la réalité, à réaliser que ce petit garçon était bien le sien et surtout, qu'il allait rester avec lui,q u'il allait l'élever, l'éduquer, l'éveiller, l'aimer. Il était son fils. Une profonde vague d'amour vint l'envahir en le regardant, il avait envie de l'embrasser, le câliner, lui répéter encore et encore que papa était là, qu'il sera entouré toute sa vie et qu'Adrien le protégera toujours. Il sourit, luttant pour ne laisser couler aucune larme, très profondément touché.

– Je suis certain que tu feras un excellent père, cet enfant sera le plus heureux du monde, affirma-t-il au médecin. Si jamais tu as besoin d’un berceau ou autre chose, en attendant de t’équiper, je peux t’aider, on a un berceau en trop. On en avait acheté deux pour les jumeaux mais ils ont fini par dormir dans le même, comme c’était la crise dès qu’on les éloignait.

Oh, ça, c'était vraiment gentil. Adrien le remercia, très reconnaissant, souriant d'un air gêné lorsque le professeur se fit un devoir de lui poser de quoi manger à portée de main, avec un air protecteur. Il avait si mauvaise mine que ça, pour que ses collègues le couvent ? En tout cas, Auguste le dépannait bien, sur ce coup-là, Adrien n'avait rien pu préparer, ne s'étant pas du tout attendu à ce que le petit arrive de cette façon. Il pensait être prévenu avant ou... Que les choses se déroulent d'une autre façon. La panique se mêlait à la joie qu'il ressentait, le faisant trembler. Auguste lui fit tout à coup un signe discret de la tête. Adrien se pencha un peu pour l'écouter, perplexe. Il avait avalé un peu de soupe, la gorge encore assez serré, n'ayant pas faim. C'était trop soudain, un mal de crâne pointait même dans sa tête.

– Je peux t’aider chez toi, pour… aménager un peu. Faire le ménage. Qu’en dis-tu ?

– Tu ferais ça ? Oh... je... Merci, ça me touche beaucoup.

Il lui fit un sourire, cette fois plus détendu et sincère. Au même moment, Maxime se réveilla, lâchant un petit son d'une voix très flette et endormie. Adrien le prit correctement pour lever face à lui, son bébé tout près de son visage. Les bébés, dans les premiers mois, ne voyaient pas clairement à plus de trente centimètres, tous les parents savaient cela et approchaient instinctivement leurs visages de ceux de leurs bébés. Les touts-petits reconnaissaient bien vite les visages familiers et ceux de leurs parents, en plus de reconnaître leurs voix. Il dit bonjour à son petit d'une voix très douce, le tenant des deux mains près de lui, après l'avoir embrassé sur le front.

– C'est papa, mon bébé... Papa...

Il posa son front contre le sien en lui souriant, les yeux humides.

– Mais ça ne te gêne pas, Auguste ? Et Gaby ?

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Auguste de la Valière
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MessageSujet: Re: Petit nourrisson   Ven 18 Mar - 17:41

– Tu ferais ça ? Oh... je... Merci, ça me touche beaucoup.

C'était tout à fait normal, ils étaient collègues et surtout amis. S'entraider était tout de même la base, d'autant plus dans ce genre de période où la vie était plus difficile. Tous savaient ici que leur docteur était encore très fragile mais qu'il se reconstruisait, faisait des efforts, prenait sur lui et essayait d'arrêter de trop boire. Auguste était convaincu que la présence de son fils allait beaucoup l'aider. En l'éduquant, le soignant et l'aimait, il allait pouvoir chasser ses vieux démons et arrêter de boire, c'était certain. Il allait réussir à se reprendre, s'en tirer, c'était sûr et certain. Le grand rouquin lui sourit en le voyant lever son bébé près de son visage, l'embrassant sur le front. Il savait comment s'occuper correctement d'un nouveau-né, il ne devait faire des efforts que pour gagner un rythme de vie plus sain et stable. Les autres professeurs s'étaient un peu attendris, en le voyant murmurer un « bonjour » plein de tendresse à son fils. Il était assez étrange de le voir comme ça, avec cet enfant minuscule arriver sans crier gare. Auguste aimait profondément les enfants et était heureux qu'Adrien puisse, lui aussi, avoir ce bonheur d'être père, de voir un bébé s'épanouir et grandir, lui tendre les bras.

– C'est papa, mon bébé... Papa...

Valentin souriait, lui aussi, semblant très touché. C'était très mignon, en tout cas. Des élèves jetaient aussi des regards curieux dans leur direction, attirés par la gesticulation du bébé, contre son père. Il était prématuré, non ? Ce bébé était vraiment petit, pour un bébé arrivé à terme, il avait dû naître en avance. Tout en mangeant, il songeait à ce qu'il pourrait prêter à l'infirmier, sachant que Gaby n'y verra aucun inconvénient. Ils avaient un berceau à lui prêter, ainsi que quelques affaires. Connaissant Adrien, il voudra tout racheter de lui-même, mais au moins pour les premiers jours, il sera dépanné. Biberons, lavettes, vêtements, bain... Ceux qui n'avaient pas d'enfants ignoraient le matériel que cela demandait pour s'en occuper dans les meilleurs conditions. Il lui fallait une peluche aussi, c'était indispensable pour qu'un bébé dorme paisiblement. Auguste préférait que les jumeaux mâchouillent leurs doudous plutôt que sucer leurs pouces, ça déformait les dents.

– Mais ça ne te gêne pas, Auguste ? Et Gaby ?

– On ne va pas en avoir pour toute la nuit, ce sera l'affaire d'une heure ou deux, tout au plus, dit-il en haussant les épaules, avalant un morceau de viande. Je vais retrouver Gabriella assez vite pour qu'elle ne s'inquiète pas et elle n'est pas toute seule.

Il termina de manger assez vite, poussant Adrien à avaler aussi quelque chose de consistant, surtout s'ils avaient du travail après. Une fois le repas terminé, ils filèrent ensemble vers l'appartement du docteur... qui était vraiment dans un piteux état. Une fois Maxime installé dans son couffin, recouvert d'une couverture, ils se mirent au travail, tout en gardant un œil vigilant sur lui. Adrien commença par prendre un sac et récupérer toutes les bouteilles vides qui traînaient partout, les jetant en se faisant la réflexion que lui-même serait déjà mort par la cirrhose depuis des années s'il buvait autant que l'infirmier du pensionnat. Il tenait bien l'alcool mais pas au point de descendre quatre bouteilles entières tous les matins et cinq de plus l'après-midi. Bon, il exagérait peut-être mais il n'en était pas loin. Parlant tout en travaillant, il encouragea Adrien à garder le sourire, c'était le début d'une nouvelle existence, pour lui. Déjà, il se sentira beaucoup mieux lorsque son appartement sera propre.

– Tu vas bien prévoir quelque chose pour fêter la naissance du petit, pas vrai ? lança-t-il en se redressant, fermant le premier sac avec une ficelle. On ne va pas laisser les choses en état, tout de même.

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Adrien de Sora
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MessageSujet: Re: Petit nourrisson   Ven 8 Avr - 18:02

– On ne va pas en avoir pour toute la nuit, ce sera l'affaire d'une heure ou deux, tout au plus, dit-il en haussant les épaules, avalant un morceau de viande. Je vais retrouver Gabriella assez vite pour qu'elle ne s'inquiète pas et elle n'est pas toute seule.

S'il pensait que ça ira... Le professeur le poussa à manger un peu, lui aussi, bien que l'infirmier ait du mal, il fit un effort pour au moins terminer ce qu'il y avait devant lui. Ce fut assez rapide, ils s'éclipsèrent ensuite vers son appartement. Adrien serrait son fils contre lui avec amour, ne cessant de l'observer, prenant au passage le couffin laissé dans l'infirmerie. Il était vraiment petit, si fragile, si précieux... En rentrant chez lui, il eut une grimace gênée pour Auguste, avec l'état lamentable de l'appartement... Il s'était un peu laissé aller, ces derniers temps, et ça se voyait très bien. Posant le couffin à l'écart sur la table de la cuisine, il y installa son bébé avec d'infinies précautions, le recouvrant d'une petite couverture. Il devra lui donner un doudou, très vite, afin qu'il se sente plus en sécurité et protégé. Le jeune père prit ensuite à son tour un sac poubelle, ramassant les très nombreuses bouteilles vides traînant au sol. Il était très reconnaissant à Auguste de ne pas faire de commentaires devant l'état des lieux, c'était tout sauf convenable pour accueillir un bébé. Au contraire, il lui parlait, l'encourageait, l'aidait à conserver son énergie. Ce type était formidable, Adrien en était profondément touché. Il avait... en quelque sorte perdu l'habitude d'avoir un ami près de lui pour l'encourager. Ses addictions, Ses relations, sa femme, tout cela l'avait beaucoup isolé. L'année écoulée avait été très difficile pour lui, à cause de tout cela, il n'imputait pas ses soucis à l'armée. La majorité ne venaient que de lui-même, parce qu'il ne parvenait pas à se prendre en charge seul dans la vie, parce qu'il avait du mal à vivre isolé.

– Tu vas bien prévoir quelque chose pour fêter la naissance du petit, pas vrai ? lança-t-il en se redressant, fermant le premier sac avec une ficelle. On ne va pas laisser les choses en état, tout de même.

– Je... je réfléchis à plusieurs choses, en réalité, avoua-t-il. Récemment, j'ai échangé des lettres assez houleuses avec mon père, à propos de la vie que je mène et de Maxime. Il est assez intransigeant mais il n'a pas tord, pour certains sujets. Ma famille est de la Noblesse, c'est un milieu dont j'ai fuit... Assez jeune.

Il lui raconta que ses parents l'avaient poussé à entreprendre des études de médecine, qu'il avait rencontré la jeune Anna au cours de celles-ci. Elle était tout ce qu'il aimait. Très douce, amante, voulant être mariée et mère, courageuse, souriante. Il l'avait profondément aimée dès le premier regard. Issue d'une modeste famille Juive, elle n'avait pas été très bien considérée par les siens lorsqu'il al leur avait présenté. Il s'interrompit une brève seconde, fermant soigneusement le sac qu'il tenait, avant de raconter la suite à Auguste. La façon dont il avait quitté les siens, ce monde arrogant et riche, pour ouvrir un cabinet médical dans un quartier plus pauvre, épousant Anna, s'installant dans un petit appartement avec elle. Elle était tombée enceinte bien vite, elle avait mis au monde un magnifique petit garçon, qu'ils avaient nommé Mickaël. Ils étaient heureux, tous les trois, Adrien s'épanouissait, cette vie était si belle.

– Ils sont décédés... Anna et notre fils. J'ai cru devenir fou, ce jour-là... J'ai quitté Paris puis j'ai trouvé du travail ici. La suite, on la connaît. J'ai quelques addictions, dont la plus grande est l'alcool. J'ai entièrement le dos à ma famille mais le passé me rattrape aujourd'hui. J'ai peur que les services sociaux ne me prennent Maxime... Je dois changer, montrer que... Que ça va mieux, que je suis "présentable". Me rapprocher à nouveau de famille, comme le veut mon père, est devenu nécessaire mais... Je ne sais pas, ça fait trop longtemps que j'ai quitté ce milieu, je ne le connais plus.

Il eut un sourire gêné, déposant le sac dans un coin puis fila vérifier si Maxime dormait toujours paisiblement. Remplissant un seau d'eau chaude, il revint dans le salon, mettant un peu de produit dans l'eau puis y plongeant un chiffon, à genoux sur le parquet pour nettoyer des tâches s'étant incrustées.

– C'est un milieu dont tu es issu, n'est-ce pas ? Accepterais-tu de... De m'aider ?

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Auguste de la Valière
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MessageSujet: Re: Petit nourrisson   Ven 15 Avr - 13:06

– Je... je réfléchis à plusieurs choses, en réalité, avoua-t-il. Récemment, j'ai échangé des lettres assez houleuses avec mon père, à propos de la vie que je mène et de Maxime. Il est assez intransigeant mais il n'a pas tord, pour certains sujets. Ma famille est de la Noblesse, c'est un milieu dont j'ai fuit... Assez jeune.

Il était de la Noblesse, lui aussi ? Auguste redressa la tête pour lui jeter un regard, un peu surpris par l'information. Il n'avait jamais pris garde à son nom de famille, et donc à la particule, d'autant plus qu'Adrien n'avait jamais laissé entrevoir ce pan de sa vie. Tout en continuant à ramasser les débris, il l'écouta raconter son ancienne vie de Parisien issu d'une grande famille. Il l'imaginait bien, plus jeune et encore souriant, terminer des études de médecine puis tomber amoureux d'une toute jeune femme, Anna, une jeune fille venant d'une famille Juive, douce et amante. Il les imaginait bien, oui, tous les deux. Il l'écouta raconter la façon dont il avait tourné le dos aux siens pour s'installer avec Anna, ouvrir un cabinet médical dans un quartier pauvre, vivant de façon plus simple mais, sans aucun doute étant donné la façon dont il parlait, beaucoup plus heureuse. Une vie comblée par l'arrivée du petit Mickaël. Auguste imaginait parfaitement bien, oui, souriant tout en continuant son nettoyage. Les histoires les plus simples étaient souvent les plus attachantes, c'était une histoire "banale" mais heureuse, la vie d'un jeune couple et de leur enfant. L'amour familial comptait aussi beaucoup dans certaines familles du "haut monde", pourtant, les récits de couples du quotidien restaient plus poignants, car transpirant une magnifique vérité de la vie. Cependant, Auguste savait d'ores et déjà que cette histoire n'avait pas du connaître la fin heureuse des contes pour enfants. Adrien était arrivé seul, au pensionnat, seul et dévasté.

– Ils sont décédés... Anna et notre fils. J'ai cru devenir fou, ce jour-là... J'ai quitté Paris puis j'ai trouvé du travail ici. La suite, on la connaît. J'ai quelques addictions, dont la plus grande est l'alcool. J'ai entièrement tourné le dos à ma famille mais le passé me rattrape aujourd'hui. J'ai peur que les services sociaux ne me prennent Maxime... Je dois changer, montrer que... Que ça va mieux, que je suis "présentable". Me rapprocher à nouveau de famille, comme le veut mon père, est devenu nécessaire mais... Je ne sais pas, ça fait trop longtemps que j'ai quitté ce milieu, je ne le connais plus.

Il est vrai que les services sociaux représentaient un risque non négligeable pour lui, étant donné ses antécédents et surtout le coup de folie de Sarah, ils n'en allaient que surveiller plus étroitement la vie qu'avait ce bébé, afin de s'assurer qu'il n'était pas maltraité ni délaissé par son père. En plus de ça, le fait qu'Adrien soutienne la directrice et participe à diverses actions jouait en sa défaveur, il était plus exposé au danger et donc au risque d'abandonner le petit en mourant. Renouer des liens avec sa famille et donc se tailler une image de bon père et d'homme respectable était tout sauf idiot. L'image qu'on rendait au reste du monde était très importante, encore plus ceux comme sa propre femme et Adrien, il y avait tant de paramètres à prendre en compte. Auguste l'aida à nettoyer les tâches incrustées dans le parquet lorsqu'il revint avec un seau d'eau chaude, à genoux par terre après s'être débarrassé de son pull. Les relations, voilà bien une chose à ne pas négliger lorsqu'on voulait appuyer sur certaines cordes sensibles. Adrien partait déjà avec son nom et sa famille, il lui restait à se tailler de nouveau une place dans ce monde intransigeant où aucune erreur n'était tolérée.

– C'est un milieu dont tu es issu, n'est-ce pas ? Accepterais-tu de... De m'aider ?

– Tu peux compter sur moi, sourit-il. Je pousse déjà Gabriella à se remettre, l'image que l'on peut rendre de soit est essentielle dans de nombreuses situations.

Il lui sourit puis s'acharna avec sur les tâches qu'ils voyaient, hallucinant un peu devant le nombre incroyable. Cet appartement était dans un tel état mais ils pouvaient le rendre plus présentable à force d'efforts. Se plongeant dans le travail, il finit par utiliser son don pour étaler plus d'eau dans des endroits spécifiques, frottant avec son ami pour enlever toutes ces traces compromettantes, tout en bavardant. Il lui donnait la température actuelle du beau monde, l'informant sur les jeux de pouvoir et d'influence des familles en place. Le sujet était assez vaste et compliqué, c'est vrai, pourtant, une fois qu'on comprend bien certains nœuds du pouvoir, tout devient plus aisé. Il suffit de repérer la famille la plus influente du moment et de partir de cela pour repérer les différents clans et les intrigues se tramant par-dessous. S'il y a bien un milieu n'évoluant pas au même rythme que toute la société, c'est bien le milieu aristocrate. Là-bas, les pensées et leurs évolutions suivaient un schéma très rigide dont il était difficile d'échapper et encore plus de modifier afin que le tout s'adapte aux évolutions sociétales, politiques, économiques et historiques. Le changement ne passe pas au même rythme partout dans toutes les couches d'une population.

– Tu pars avec un petit avantage si ta famille veut te pousser là-dedans, continua-t-il en s'efforçant de faire disparaître les tâches avec la serpillière. A toi de jouer le jeu, maintenant, ce ne sera pas facile au début. Les rumeurs et les ragots peuvent être très violents, dans les salons, et aller bien loin, il faut savoir tenir tête aux critiques. Dis-toi que ça ne pourra jamais être pire que ce que tu as déjà vécu au pensionnat, quoi qu'il arrive.

Il lui donna une petite tape d'encouragement sur l'épaule en passant à côté de lui, remettant de l'eau chaude et propre dans leurs seaux avant de poursuivre leur travail. Haut les cœurs, surtout, en quoi cela pourra-t-il être pire que les ennuis au pensionnat ? Les salons, aussi mauvais soient-ils, n'étaient plus des lieux propices aux empoisonnements et aux coups de poignards dans le dos, le Moyen-Âge était terminé depuis bien longtemps, la donne avait changé.

– Ce qu'il te faudrait, c'est participer prochainement à un petit salon. Les vacances approchent, c'est le moment d'en profiter.

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Adrien de Sora
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MessageSujet: Re: Petit nourrisson   Jeu 5 Mai - 17:22

– Tu peux compter sur moi, sourit-il. Je pousse déjà Gabriella à se remettre, l'image que l'on peut rendre de soit est essentielle dans de nombreuses situations.

Il aimerait bien voir ce que ça donnerait si la directrice se rendait dans les salons mondains, nul doute qu'elle ne se laisserait pas marcher sur les pieds et répondrait à tous ceux qui essayeraient de l'intimider. Tout en continuant à frotter les tâches incrustées dans le parquet, Adrien écouta son collègue et ami lui raconter et expliquer ce qui se passait actuellement dans les hautes sphères de la société. Dieu merci, il n'avait rien oublié des noms et des "responsabilités" des différentes familles, bien que les jeux de pouvoirs et d'influence aient énormément évolué depuis qu'il avait quitté tout cela. Il faisait de son mieux pour tout retenir et ne pas forcer Auguste à répéter, retrouvant cette atmosphère à la fois fascinante et malsaine, aussi cynique et hypocrite qu'elle pouvait être honnête et loyale, qu'il avait cru quitter à jamais. Ironiquement, les familles riches les plus honnêtes étaient celles comptant un grand nombre de militaires. Pourquoi ? Car ces familles avaient de plus nettes tendances à mépriser les retournements de vestes face à certaines situations délicates et ne retiraient pas une amitié donnée, peu importe que leurs "alliés" aient des ennuis avec des personnes plus haut placées dans la Noblesse.

– Tu pars avec un petit avantage si ta famille veut te pousser là-dedans, continua-t-il en s'efforçant de faire disparaître les tâches avec la serpillière. A toi de jouer le jeu, maintenant, ce ne sera pas facile au début. Les rumeurs et les ragots peuvent être très violents, dans les salons, et aller bien loin, il faut savoir tenir tête aux critiques. Dis-toi que ça ne pourra jamais être pire que ce que tu as déjà vécu au pensionnat, quoi qu'il arrive.

Vu comme ça, évidemment. Adrien se redressa avec un soupir à la fois blasé et amusé, souriant lorsque Auguste lui donna une petite tape d'encouragement sur l'épaule en passant. Il le remercia pour lui avoir rempli un seau d'eau chaude, s'essuyant un peu le front avant de retrousser les manches de sa chemise jusqu'aux coudes. Il est vrai que ça pourrait difficilement être pire, personne n'essayait d'enlever ou empoisonner les autres, lors d'un salon mondain, les seules armes étaient les rumeurs et les critiques, déjà bien assez violentes en soit. Le jeune père n'avait vraiment pas hâte d'y remettre les pieds, même s'il était soutenu par sa famille, Auguste ou la terre entière. Les salons mondains étaient de nids de serpent dont le venin était les paroles prononcées, il ne voulait pas y replonger, même pour tout l'or du monde. Se redressant, il poussa les canapés pour leur faire de la place puis mit les chaises retournées sur la table afin de ne pas être gênés dans leur passage. L'appartement commençait peu à peu à ressembler à quelque chose, heureusement que les services sociaux n'étaient pas encore venus ici, ils en auraient eu une attaque. L'infirmier roula aussi le petit tapis et le déposa plus loin, notant mentalement de le laver.

– Ce qu'il te faudrait, c'est participer prochainement à un petit salon. Les vacances approchent, c'est le moment d'en profiter.

– Oui... Il faudra que je rende visite à ma famille avec mon fils, de toute façon. Les vacances peuvent être l'occasion, s'il n'arrive pas d'autres catastrophes entre-temps.

Ce n'était pas être défaitiste de penser ainsi mais plutôt réaliste. Après tout, depuis le début de l'année, la directrice s'était fait tirer dessus et le sous-directeur avait disparu plusieurs jours et avait été torturé. Qu'allait-il se passer ensuite ? L'école allait prendre feu, un autre élève allait encore mourir ? Ils avaient déjà reçus des alertes concernant des élèves au plus mal, voire au bord du suicide, comme le jeune Alexis. Plusieurs professeurs avaient déjà alerté, pour son cas, bien que personne n'ait de solution valable pour lui. Sa famille s'en moquait bien, ils ne répondaient pas aux courriers et, au téléphone, se contentaient de dire qu'il pouvait bien faire ce qu'il voulait, qu'il était grand et n'allait pas se tuer, ce n'était là qu'une vague menace d'un petit collégien voulant se faire remarquer. Brillant, comme famille, si on ne pouvait même pas compter sur eux, que restait-il ? Son meilleur ami était décédé, les autres s'étaient éloignés, il n'avait personne chez qui se réfugier. Au mois de juin, Adrien avait tenté de le faire placer en foyer ou en famille d'accueil puis sa tentative s'était soldée par un échec cuisant. La famille n'avait pas commis de maltraitance physique, elle gardait donc autorité sur son fils.

– Dis-moi, en parlant de problèmes qui arrivent, je repensais au petit Alexis. J'ai échoué à le faire placer en foyer, l'année dernière... Son état ne s'arrange pas du tout, on risque vraiment de finir par le retrouver mort, un jour.

L'infirmier cessa un instant de frotter le sol pour se retourner vers Auguste, tapotant le manche de la serpillière d'un air pensif, réfléchissant aux possibilités à disposition. Il ne pouvait pas imaginer laisser ainsi un enfant isolé alors qu'il déprimait autant, des idées graves pouvaient vous passer par la tête, à cet âge.

– Il n'y aura personne pour veiller sur lui, durant les vacances, ajouta-t-il. J'ai un mauvais pressentiment, je sens qu'on risque de ne pas le revoir en vie à la rentrée. Tu ne connaîtras pas des moyens légaux de le couper de sa famille pour le faire placer dans une autre, qui prendra vraiment soin de lui ? Je ne sais pas comment ôter l'autorité parentale, ils ne le battent pas, simplement, ils l'ignorent. Et avec les vacances qui approchent, je crains le pire.

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