Pensionnat de la Ste Famille

1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Retrouvailles en famille

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Kimmitsu Nakajima
Directeur
Professeur d'arts martiaux

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Âge RPG : 42 ans

MessageSujet: Retrouvailles en famille   Mer 11 Juil - 13:23

Difficile de faire une journée encore plus longue que celle-là. Kimmitsu retint un bâillement appuyé, se frottant un peu les yeux en s’appuyant contre le dossier de sa chaise. Voilà plus de deux heures qu’ils étaient réunis là, un groupe de dix personnes en compagnie du commandant Moreau, qui leur détaillait point par point un long plan d’action pour la défense du pensionnat et plus particulièrement éviter les débordements, lors des entraînements de haut niveau. Ils étaient tous en uniforme, un tissu bleu nuit presque noir, avec le symbole de la Rébellion cousu sur le bras, juste sous l’épaule, dans un gris argenté, plus faible. Au début, ils ne portaient pas d’uniforme puis y étaient arrivés pour plusieurs raisons. C’était plus facile d’identifier, au milieu du chaos, les alliés des ennemis, le tissu résistant protégeait de pas mal de blessures lors des chocs, et il y avait le symbole, très important, à afficher. La guerre, c’était aussi une affaire de symboles, plus encore dans les guerres civiles… Kimmitsu soupira un peu, en y pensant, au moment où le commandant les relâcha en leur souhaitant de passer « quand même » une bonne soirée.

Il était un peu plus de dix-neuf heures, maintenant, l’activité globale commençait à retomber. Il rentra vers les appartements des adultes, à côté de l’école, sans se presser, marchant à côté de Christophe, peu bavard. Une soirée calme, comme ils en avaient déjà vécu plusieurs, ici, bien plus calme que la folie du mois de décembre. Ils échangèrent deux ou trois mots sur le trajet, sans plus, croisant parfois quelques enseignants qui eux aussi rentraient chez eux et des élèves, pour ceux déjà arrivés, qui regagnaient leurs chambres ou bien allaient manger au réfectoire. Ils arrivaient dans un petit salon commun qui servait pour les professeurs quand le nouveau directeur vit Emma, à moitié effondrée dans un canapé, qui n’avait pas l’air très bien. C’est en s’approchant qu’il vit qu’elle tenait à la main une grosse flasque de rhum, presque vide, qu’elle agita un peu devant elle quand ils approchèrent. D’accord, heureusement que la rentrée n’était pas dès demain… Il secoua un peu la tête puis lui et Christophe l’aidèrent à se remettre sur ses pieds, avant de l’accompagner à son appartement. Aussitôt entrée, elle s’effondra sur son lit et commença à ronfler.

Christophe – J’en connais une qui va bien dormir. On lui retire ses chaussures ?

Kimmitsu – Laisse couler, elle a l’habitude.

En sortant, il referma doucement la porte, même s’il ne risquait pas de la réveiller, puis fit un signe de main à Christophe avant qu’il ne rentre chez lui. En entrant chez lui, Kimmitsu avait à peine referma la porte que Solène lui courut tout droit dans les bras et s‘accrocha à son cou. Oh… Il referma doucement les bras sur elle en la berçant un peu, du même coup, en lui murmurant que tout allait bien, il était là. Il la sentait tremblante, ils ne s’étaient plus revus depuis des semaines, maintenant… Kimmitsu la serra plus fort dans ses bras à cette pensée, son ventre gonflé par la grossesse formant comme une petite montagne entre eux. Là, tout va bien, tout va bien… Ils étaient là, réunis tous les deux, tout va bien. L’écartant un peu, il l’embrassa à pleine bouche sans aucune gêne, même si les trois enfants étaient là, la faisant rougir des pieds à la tête, même s’il sentit que ça eut le mérite de la détendre tout d’un bloc. Quand il reprit son souffle, elle leva une main pour la passer dans ses cheveux, une moue aux lèvres. Qu’il y a-t-il ? Elle marmonna qu’il faudrait qu’il se fasse un peu couper les cheveux, quand même, et il éclata de rire, la serrant de nouveau contre lui.

Kimmitsu – J’y penserai, promis.

Solène – Comment vas-tu ? Et Gaby ?

Kimmitsu – Tout le monde va bien…

Il la tint encore un assez long moment contre lui, il ne l’avait plus revu depuis des semaines, après tout, avant de doucement la relâcher pour ensuite embrasser les trois enfants. Genji, surtout, eut l’air un peu surpris par sa tenue, son oncle lui expliquant rapidement que c’était ça pour tous les membres de la Résistance. Son pauvre neveu avait une bien mauvaise mine… Encore engoncé dans les plâtres, dans un fauteuil roulant, très pâle, toujours. Cet accident avait vraiment été horrible, il aurait pu mourir si brusquement. Après l’avoir embrassé sur le front, soit un des rares endroits où il ne portait aucun plâtre, il tendit les bras à Laura pour lui faire un câlin, à elle aussi, content de tous les revoir. Ils avaient été à l’abri des troubles, pour cette fin d’année, et à partir de maintenant, ils seront en sécurité, en parfaite sécurité, rien ne pouvait le combler mieux que cela. D’autant plus avec les problèmes connus par le frère de Solène et sa petite famille… Il n’avait pas encore de nouvelles récentes, peut-être que Gabriella en aura plus. C’était selon si l’hôpital des Religieuses leur avait adressé ou non un message.

Kimmitsu – Je vais me changer, dit-il après avoir serré Laura contre lui.

Il lisait l’inquiétude profonde dans les yeux de sa femme et avait remarqué, au passage, le Petit Journal, ouvert sur la table du salon, à l’article concernant l’assaut sur les antennes de Paris. Cela lui semblait déjà si loin… Ils avaient eu beaucoup à faire, ces derniers jours, Paris était déjà renvoyé au loin dans les souvenirs. Après avoir pris sa douche puis enfilé une tenue civile, il alla retrouver sa famille, commençant à aider Solène à préparer le repas du soir.

Kimmitsu – Gabriella quitte son poste, à l’école, je vais la remplacer. Elle dirigera la résistance avec Bradley, exclusivement. On commence à être plus nombreux, mieux organisés. La nuit à Paris a pas mal fait bouger les choses.

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Solène Nakajima
Fleuriste
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Récits : 147

Âge RPG : 18 ans

MessageSujet: Re: Retrouvailles en famille   Ven 20 Juil - 21:36

L’homme qui leur avait fait office de chauffeur sortit le premier de la voiture pour aller déplier le fauteuil roulant dans le coffre et aider Genji à s’asseoir dedans, toujours aussi peu bavard. Solène sortit avec plus de lenteur, autant gênée par son ventre, dans ses déplacements, que par les sacs qu’elle portait en bandoulière et celui posé sur ses genoux tout le long du trajet. On y était donc, le nouveau pensionnat… Y venir avait été long, plusieurs détours, plusieurs étapes, ils y avaient passé presque la journée entière, avant d’arriver sur une route qui n’en était pas vraiment une et dont les arbres repoussaient derrière eux pour la dissimuler, grâce au travail des élémentaires terre. L’endroit avait tout l’air du château médiéval, avec ses hauts murs, tous ces arbres, dans un nombre si impressionnant qu’on distinguait à peine les bâtiments, à l’extérieur. Ce devait être voulu, il n’était supposé y avoir que des ruines, ici, pas une école et encore moins un QG militaire. Dans tous les cas, ça restait très impressionnant. Leur guide leur indiqua en quelques mots quels étaient les bâtiments de l’école, désignant ceux du QG au loin, vers le fond du domaine, puis les salua d’un signe de tête, repartant vers le fond du domaine avec la voiture.

Jasper se chargea de pousser le fauteuil de Genji, portant un ou deux sacs sur le dos et en bandoulière, Solène se chargea de porter le reste des bagages à l’intérieur avec l’aide de Laura. Le sentiment d’être revenu au Moyen-Âge persistait, les murs en pierre n’étaient pas recouverts de peinture au papier peint comme l’école de Gray, il n’y avait pas de plancher en bois non plus. Ici, la pierre prédominait, aux sols, murs et plafonds, donnant une impression de solidité et une certaine sécurité. C’était solide, somme toute, on se sentait à l’abri dans ces couloirs. Ils croisèrent pas mal de personnes et l’une d’elle, une jeune femme qui portait une blouse blanche comme Adrien, s’arrêta obligeamment en sentant bien qu’ils étaient un peu perdus. Solène eut tout à coup peur qu’il soit arrivé quelque chose à Adrien, comme cette femme se présenta comme étant infirmière ici, mais elle fut rassurée presque aussitôt. Tout va bien, donc, leur docteur avait juste besoin d’aide, voilà tout. Elle lui serra la main avec un sourire, tandis que la jeune femme se proposait de les guider jusqu’aux appartements des professeurs et du personnel. C’était gentil.

Solène – J’imagine qu’il doit y avoir beaucoup de nouveaux.

Anet – Dans les enseignants, vous voulez dire ? Quelques-uns, oui. Pour le personnel, pas tant que cela. Je viens en aide à l’infirmerie, et monsieur Bauffre remplace mademoiselle Doucet.

Solène – Elle ne veut donc plus être mêlée à tout ça.

Anet – Non, elle… Je croyais que vous étiez déjà au courant. Elle est décédée durant un combat, au mois de décembre.

Même si elle avait dit ça avec une douceur incroyable, le ton le plus doux possible, Solène ne put s’empêcher d’avoir un certain choc, car jamais elle n’aurait cru que la femme la plus froide et distante du pensionnat, voire de toute la région, ait participé à la guerre. En silence, elle suivit leur guide jusqu’aux appartements désignés, croisant aux passages quelques têtes nouvelles mais aussi des visages plus familiers. Solène fit signe au passage à Adrien, qui répondit rapidement sans s’arrêter et disparut en courant au détour d’un couloir. Anet leur indiqua quel était le bon appartement puis partit elle aussi dans la même direction. Très bien… Kimmitsu leur avait laissé un mot, sur la porte, pour leur dire de rentrer, c’était ouvert. Elle le prit avant de pousser la porte, tâtonnant contre le mur pour allumer la lumière. Enfin arrivés. L’intérieur était familier, plutôt classique, encore un peu « trop bien » rangé, signe que Kimmitsu n’avait pas dû passer des masses de temps dans cet endroit et qu’on s’était contenté d’y poser à la hâte les affaires, sans véritable déménagement.

Première étape, pour eux tous, poser les sacs dans un coin, prendre des vêtements propres et se rafraîchir avec une douche. Elle commença par aider Genji à prendre la sienne, c’était toujours assez compliqué comme il fallait protéger les plâtres dans des sacs en plastique ou en tissu. Elle lui lavait la tête au-dessus du lavabo, à l’ancienne, en tâchant de ne pas lui faire mal. Une fis fait, elle l’aida à s’habiller puis prit sa propre douche, avant que les enfants n’y passent. Kimmitsu n’était pas encore rentré… Elle avait tant envie de le revoir que ça en devenait douloureux. Ça faisait des semaines ! Elle commença à ranger un peu les affaires puis fit un arrêt, complètement épuisée par le voyage et l’inquiétude. Il y aura le temps de ranger cette semaine… A la place, elle prit le numéro de janvier du Petit Journal, acheté à la gare en arrivant en France, pour le feuilleter. Le premier article concernait bien sûr la nuit du réveillon de Noël, à Paris… La future mère se sentait terrifiée à l’idée que son mari et sa sœur se soient retrouvés au cœur même du chaos, cette nuit-là. L’état des lieux n’était pas beau à voir… Le journal ne cachait plus rien, parlant ouvertement des persécutions, discriminations, des… Des massacres…

Bradley, bien sûr, était en photo, avec l’article, en compagnie d’un autre militaire que Solène n’avait jamais vu. Cette nuit avait profondément marqué les opinions et le journal reflétait les tensions et divergences dont le pays était couvert. Suite à l’article, Gabriella et Bradley étaient, très clairement, présentés comme les chefs de la Résistance, mais ce fut le « Anciennement directrice » qui fit réagir Solène. Sa sœur avait-elle abandonné complètement son poste ? Ou le journal notait-il cela parce que l’ancienne école avait été détruite ? Quant à Bradley… Tiens, elle ignorait qu’il était veuf, ou plutôt ignorait qu’il avait un jour été marié, tout court. Militaire de carrière et chef naturel, bah tiens, comme si ce n’était pas encore assez évident pour tout le pays. Elle lut en diagonale la lettre ouverte adressée au Président, qui ne faisait que refléter les tensions dans le pays et les interrogations soulevées depuis le mois de décembre 1931. Tant de morts, déjà… On avait beau savoir que la guerre était déclaré, être ainsi confronté à la réalité pure et dure produisait un choc.

L’article suivant parlait du pensionnat, de l’ancien, sur un ton nostalgique, remontant aux sources de l’école. Solène montra ça aux enfants, un peu amusée, dans le fond, en apprenant que l’école avait été fondée par une femme, déguisée en homme, une religieuse, rien de moins. Elle ne termina néanmoins pas l’article car elle avait entendu du bruit, dans le couloir, puis la porte s’ouvrir. Se levant aussitôt, elle courut jusqu’à l’entrée et se jeta aussitôt dans les bras de son mari alors qu’il avait à peine eut le temps de renfermer. Elle s’agrippa à lui avec une force qu’on ne lui soupçonnerait pas, profondément heureuse et soulagée de le revoir, bien vivant, là, dans ses bras. Elle en tremblait comme une feuille, rattrapée par la chute soudaine de la pression, et perdit brusquement le souffle lorsqu’il l’embrassa tout à coup à pleine bouche, sentant ses joues la chauffer à blanc. Ils n’étaient pas seuls et… Oh, et puis, peu importe. Elle lui rendit son baiser, les yeux fermés, avant d’enfin le détailler de plus près, une moue aux lèvres. Il faudrait qu’il se fasse un peu couper les cheveux, ça ne ressemblait plus à grand-chose, là.

Kimmitsu – J’y penserai, promis.

Solène – Comment vas-tu ? Et Gaby ?

Kimmitsu – Tout le monde va bien…

Il disait ça sur le temps « Je veux te rassurer mais je sais très bien que je te ment en partie ». Solène ne dit rien, cela dit, juste contente qu’il la serre dans ses bras encore un long moment. Elle ne le relâcha qu’à regret, pour qu’il puisse aussi dire bonsoir aux enfants, essuyant discrètement les larmes qui pointaient le bout de leur nez pendant qu’il les embrassait. Ce n’est que lorsque Genji fit la remarque qu’elle remarqua l’uniforme que portait son époux. D’un noir profond, la ceinture passant au autour de la taille et en travers du torse pour faire tenir armes, munitions, et sûrement d’autres choses, le symbole de la rébellion, une colombe en vol, était cousu sur le bras, dessous l’épaule, et sur la droite du col. Il y avait aussi des insignes, qu’elle ne comprenait pas, devant sûrement définir le grade ou la fonction. Ça aussi, c’était le genre de détails qui rendait la situation très réelle… Pendant qu’il allait prendre sa douche puis se changer, Solène s’efforça de se reprendre, passant dans la cuisine pour voir ce qu’elle pouvait leur faire à manger, ce soir. Il devait y avoir un réfectoire mais elle n’avait pas vraiment envie de se mêler à la foule.

On allait rester simple, ce soir, de la soupe de légumes avec du pain, de l’eau, un yaourt en dessert, puis tout le monde au lit. Elle se mit à éplucher les légumes en s’obligeant à ne pas se laisser aller. Son mari ne fuit pas long, cela dit, venant vite la rejoindre dans le coin cuisine, juste à côté du petit salon et du coin salle à manger. Solène stoppa un instant son geste pour lui poser la main sur la joue et le regarder, soulagée de le retrouver entier. Elle l‘embrassa puis revint sur sa préparation, encore assez tremblante. C’était plus fort qu’elle, après avoir passé des jours entiers seule, angoissée, à se demander si elle n’allait pas finir veuve.

Kimmitsu – Gabriella quitte son poste, à l’école, je vais la remplacer. Elle dirigera la résistance avec Bradley, exclusivement. On commence à être plus nombreux, mieux organisés. La nuit à Paris a pas mal fait bouger les choses.

Solène – Elle… Oh, donc c’est bien ça… Enfin, je m’y attendais un peu, même si ça reste effrayant.

C’était officialiser bien des choses. Un peu nerveuse, Solène coupa plus fort qu’il n’était besoin les légumes qu’elle avait sous la main, hésitant à demander plus de détails. Elle ne voulait pas imaginer les membres de sa famille plongés en pleine guerre, même si c’était la réalité pure et dure.

Solène – Que s'est-il passé, plus exactement, après que vous ayez tous disparu les uns après les autres ? Je veux dire… Comment est née la Résistance ?

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