1932. La Guerre Civile est déclarée ! Une spirale de violence s'engage dans un Etat totalitaire.
 
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 Retrouvailles et exploration

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Retrouvailles et exploration   Sam 4 Aoû - 13:08

Cette nouvelle école était… très particulière. Avec les arbres plantés un peu partout, les différents bâtiments et l’agencement du terrain, Laura n’avait plus trop l’impression d’être dans un pensionnat. Et, après ce que leur avait brièvement expliqué monsieur Nakajima la veille, elle en comprenait les raisons mais cela restait tout de même perturbant. Naturellement, il ne pouvait pas tout dire. Elle l’avait compris sans aucun problème, pour une fois, et… Très sincèrement, elle ne voulait pas en savoir plus. Elle voulait aider, vraiment, mais elle avait compris, au Japon, pourquoi les adultes engagés évitaient de mêler les enfants à cette guerre. C’était comme avec la famille Nakajima… Certains pouvaient accepter tout, ou en grosse partie, mais d’autres restaient plus fragiles ou distants et risquaient de faire plus de mal que de bien en souhaitant s’impliquer. Et elle, avec ce nouveau don, souhaitait s’impliquer mais savait qu’elle ne comprenait pas tout. C’était impossible, elle n’avait pas assez de connaissances, pas assez de recul, et l’avait clairement ressenti en étant à des milliers de kilomètres de la France.

En quelques sortes, ces « vacances forcées » leur avaient permis de respirer, un peu du moins, et de regarder les choses sous un autre angle. L’atmosphère étant différente là-bas, et leurs proches vivant plus loin sans trop de possibilités de contact en dehors de quelques lettres pour certains, Laura avait vécu ces deux semaines dans un mélange d’anxiété et d’apaisement. Anxiété à cause de la France, apaisement grâce au Japon. Elle avait seulement eu des nouvelles d’Antoine, à qui elle avait envoyé deux lettres dont une carte postale – plus avait été impossible –, et d’Amélie qui était même partie en Turquie pendant une bonne partie de ses vacances. Au moins, elle avait bien profité ! Elle avait demandé à Jasper de passer un bonjour pour elle à Adeline, comme c’était lui qui était forcément plus en contact avec elle. Pour le reste, c’était le calme plat… Et, malgré les quelques nouvelles reçues, il y avait toujours un peu d’inquiétude et d’impatience de revoir ses amis, Antoine surtout, et de découvrir la nouvelle école.

C’est pourquoi, dès son réveil, Laura s’était habillée en vitesse, avait avalé son petit-déjeuner encore plus vite et aidé à ranger ses affaires avant de lancer qu’elle allait voir Antoine, ne tenant plus en place. Ils avaient contenu de se retrouver dès leur retour, comme Jasper et Adeline sûrement, son frère ayant accepté de reporter l’exploration de toute l’école à l’après-retrouvailles. Oh, elle allait explorer un peu, évidemment ! Mais elle lui avait promis de ne pas tout voir sans lui, c’était même une condition sine qua non. A chaque fois qu’ils arrivaient dans un nouvel endroit dans lequel ils allaient rester plus ou moins longtemps, Jasper et elle devaient explorer tous les recoins. Tradition oblige. C’était leur activité. Et puis, visiter avec son petit ami ou sa petite amie et visiter avec son frère ou sa sœur, c’est différent. En attendant, Laura pressait le pas jusqu’au cloître, partant une demi-heure plus tôt que prévu mais l’impatience l’empêchant d’attendre encore. Elle allait trouver quelque chose à faire sur place, lire ou… quelque chose. Mais elle voulait y être, voir Antoine et lui sauter littéralement dessus – il avait été prévenu et savait à quoi s’attendre, après tout ! Oui, le calme, tout ça tout ça, mais il était tôt et c’était le point de rendez-vous le plus près.

Resserrant sa veste sur elle, Laura avançait d’un bon pas, à la fois pour se réchauffer, à la fois pour arriver plus vite sur place. Il ne faisait pas aussi froid qu’en décembre, bien sûr, mais ils étaient toujours en hiver et l’on pouvait voir quelques perles de rosée glacées sur l’herbe à travers les fenêtres, ce qui octroyait au paysage un caractère plus… calme, doux, figeant ce moment de la journée. Le cloître n’était pas très loin, faisant partie du couvent et non du monastère d’après le plan qu’elle avait pu apercevoir sur une des tables dans l’appartement de son tuteur. Elle n’avait pas exploré du tout, ni le couvent, ni le terrain, ni le monastère, n’étant arrivée qu’hier et ayant franchement ressenti la fatigue sur le coup. Désolée, décalage horaire. Encore aujourd’hui, comme elle s’était levée très tôt, mais peu importe, cela ne l’empêcherait pas d’aller retrouver Antoine. Cependant, sur le chemin, elle ne put s’empêcher de remarquer le changement d’architecture, de noter certains bruits différents à cause du centre d’entraînement dans le fond du domaine, une odeur elle-même différente… Pour l’instant, cet endroit était plus froid, beaucoup plus froid. Grand, inconnu et froid. Elle n’était pas très à l’aise, avec ces longs couloirs et ces grosses pierres, mais c’était très probablement parce que tous les élèves arrivaient au compte-goutte, les cours n’avaient pas recommencé et c’était un tout nouvel endroit.

Laura repoussa cette impression dans un coin de sa tête, refusant d’y penser aujourd’hui ou même de penser à la guerre qui s’organisait et prenait de l’ampleur. Le cloître était, comme prévu, désert pour le moment, les élèves déjà présents encore occupés à dormir ou déjà perdus dans les divers couloirs de la nouvelle école. Elle rejoignit la grande statue centrale, gardant sa veste bien serrée, s’installant près de la statue en attendant Antoine qui ne devait pas tarder. Elle resta assise en silence, s’imprégnant des bruits des environs tout en s’étonnant du calme environnant alors que des adultes tiraient, usaient de leur pouvoir et se battaient à quelques mètres à peine d’ici. Il lui fallait encore un peu de temps pour s’y habituer, désolée. Au bout de plusieurs minutes, alors qu’elle était toujours toute seule, Laura perçut le bruit de pas sur le sol dallé et se retourna, voyant immédiatement Antoine. Avec un grand sourire, elle se leva directement, évitant à peine les obstacles sur son passage et lui sauta au cou, s’agrippant à lui avant de l’embrasser longuement, répétant ensuite qu’il lui avait manqué, qu’elle avait eu très peur pour lui, au Japon.

Laura – C’est la première fois que je réalise à quel point autant de kilomètres, c’est beaucoup, dit-elle en le relâchant un peu, le regardant de bas en haut pour voir s’il était vraiment entier. Tu n’as rien eu ? Comment se sont passées tes vacances, en dehors de ce que tu m’as raconté ? Et ta famille, elle le prend comment ? Et toi ?

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Antoine Lefort
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MessageSujet: Re: Retrouvailles et exploration   Lun 6 Aoû - 18:35

Première étape, avant même de terminer de ranger les affaires, mettre les photos de famille accrochées au-dessus de la tête de lit et sur un petit pan de mur. A genoux sur son lit, Antoine termina de mettre la dernière au-dessus de la table de chevet, restant un long instant à contempler la photo avec un regard à la fois nostalgique et attristé. Ses parents faisaient un grand bonjour au photographe, en habits du dimanche, avec son jeune frère, sa sœur et le mari de cette dernière. Ils avaient fait prendre ce cliché devant l’océan, en prenant un grand soin à la lumière et au décor naturel, sa mère lui avait ensuite mis ce cliché dans un cadre en bois et lui avait donné avant qu’il ne parte. « Comme cela, tu nous garderas près de toi tous les soirs », comme lui avait dit sa mère. Il aurait voulu les garder près de lui, tout court… Ne pas les laisser au loin, ne pas… Ne pas devoir disparaître, somme toute.

La décision de revenir avait été très délicate. Il savait, comme sa famille, que faire cette rentrée signifiait ne plus revoir sa famille, vivre caché comme les résistants, ne plus pouvoir téléphoner ou leur écrire librement, ne plus les revoir avant des mois, voire des années ! Il en avait beaucoup parlé avec eux et ses parents l’avaient finalement convaincu. Non seulement il était important qu’il continue de s’entraîner et apprendre à se défendre, mais en plus, il sera plus en sécurité dissimulé ici que dehors, avec sa famille, à la merci de toutes les personnes gonflées par la haine envers ce qui sortait de l’ordinaire. Il était donc parti, pour cette rentrée tout sauf normale, parti après avoir fait ses adieux à ses parents. Si la guerre continuait encore des années, pour leur propre sécurité, il ne les verra plus. Seulement y penser lui gonflait le cœur de peine.

Un de ses confrères de chambre était dans la même situation et pouvait donc comprendre ce qu’il ressentait. L’autre avait ses parents dans la Résistance et pouvait continuer à les voir, à leur sauter dans les bras, à leur parler. Antoine termina ensuite de se préparer, enfilant des vêtements chauds puis une veste, avant de sortir. Il devait retrouver Laura dans le cloître et explorer un peu l’endroit. Il y était à peine arrivé que Laura fonça et lui sauta dessus directement, l’embrassant avec passion en s’accrochant à son cou. Il lui répondit avec un léger temps de retard, la serrant dans ses bras avant qu’elle ne s’écarte un peu. Elle lui avait manqué aussi… Il ne s’était pas écoulé tant de semaines, et pourtant, il avait le sentiment de ne plus l’avoir vu depuis une telle éternité.

– C’est la première fois que je réalise à quel point autant de kilomètres, c’est beaucoup. Tu n’as rien eu ? Comment se sont passées tes vacances, en dehors de ce que tu m’as raconté ? Et ta famille, elle le prend comment ? Et toi ?

– On a beaucoup discuté, avec mes parents, pour savoir si je devais revenir ou non. Pour mon don et ma sécurité, ils ont finalement pensé que c’était pour le mieux. J’espère juste… Enfin, j’espère que la guerre ne va s’éterniser et que je pourrai les revoir avant qu’il ne s’écoule plusieurs années. Viens, on va marcher un peu.

Il lui prit la main et la serra dans la sienne, essayant de cacher qu’il tremblait un peu. Laura allait très vite réaliser, elle aussi, que beaucoup de leurs camardes n’étaient pas revenus. La plupart allaient se contenter d’utiliser bien moins leur pouvoir, d’autre de s’entraîner en cachette de temps en temps, s’efforçant de se fondre dans la masse, passer inaperçus, comme si ce passage au pensionnat n’avait jamais existé. C’était normal, les familles devaient accepter que leur enfant disparaisse de la circulation, disparaisse loin d’eux, pour des mois voire des années entières. Qui dirait oui avec le sourire ? Il retint un petit soupir, marchant sans se presser dans les couloirs de pierre, qui donnaient des allures de château médiéval.

– Le pays a été très animé, après le soir de Noël. Le chant de la Rébellion a continué de résonner longtemps sur les antennes radio. Beaucoup de personnes sont sorties dans les rues, les jours suivants, certaines pour protester contre le Gouvernement, d’autres pour le soutenir, il y a eu des affrontements dans les grandes villes. Et une vague de disparitions, beaucoup ont rejoints la Résistance, parfois des familles entières qui sont parties de chez elle en pleine nuit, sans laisser de traces. Beaucoup de nouvelles lois sont passées. Regarde ça…

Il s’était arrêté devant le local de musique, dont la porte était restée entrouverte. Pas mal de chaises empilées contre le mur, un grand piano et d’autres instruments, près de l’estrade. Il s’arrêta surtout près des violons, toujours touché par la beauté de cet instrument, une fois mis entre de bonnes mains.

– On ne doit pas s’arrêter de vivre pour autant. Un de nos nouveaux profs peut rebâtir à qui a besoin une toute nouvelle identité, effacer complètement la véritable pour repartir à zéro. Je pense le faire, après la fin de mes études au pensionnat. Partir sur une nouvelle base, entrer au conservatoire. On peut devenir qui on veut. Tu as déjà pensé à ce genre d’opportunités ? Effacer ce que tu as vécu, te fondre dans la masse pour vivre en paix ? Personnellement, je ne suis pas un homme de guerre. Je voudrai continuer ma vie sans avoir à me demander à tout instant si je vivrai le lendemain.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Retrouvailles et exploration   Jeu 6 Sep - 23:39

Antoine – On a beaucoup discuté, avec mes parents, pour savoir si je devais revenir ou non. Pour mon don et ma sécurité, ils ont finalement pensé que c’était pour le mieux. J’espère juste… Enfin, j’espère que la guerre ne va s’éterniser et que je pourrai les revoir avant qu’il ne s’écoule plusieurs années. Viens, on va marcher un peu.

Laura lança un regard à Antoine, ignorant ce qu’elle pouvait dire pour le réconforter, ne serait-ce qu’un peu. Il n’allait plus voir ses parents pendant des mois, des années peut-être… Ces changements allaient bouleverser pas mal de choses, y compris leurs priorités et pensées. Comment le rassurer alors qu’elle ne pouvait même pas imaginer ce qu’il ressentait maintenant ? Comme pour beaucoup de ses amis, d’ailleurs… Elle n’avait pas encore pu voir qui était là ou non mais tous n’étaient pas revenus, c’était certain. Tout en se mettant à marcher, Antoine lui prit la main en la serrant dans la sienne, la collégienne sentant alors qu’il tremblait un peu. Elle resta silencieuse, pour une fois, jugeant que le silence était la meilleure des options. Parfois, ne pas parler est plus efficace que mille paroles… Ils marchèrent un moment sans rien dire, à travers les couloirs de pierre, sans se presser, Laura parvenant même à savourer ce calme. C’était étrange mais elle n’avait plus assimilé le Pensionnat au calme depuis plus d’un an… Alors pouvoir s’y balader sans ressentir cette pression était relaxant.

Antoine – Le pays a été très animé, après le soir de Noël. Le chant de la Rébellion a continué de résonner longtemps sur les antennes radio. Beaucoup de personnes sont sorties dans les rues, les jours suivants, certaines pour protester contre le Gouvernement, d’autres pour le soutenir, il y a eu des affrontements dans les grandes villes. Et une vague de disparitions, beaucoup ont rejoints la Résistance, parfois des familles entières qui sont parties de chez elle en pleine nuit, sans laisser de traces. Beaucoup de nouvelles lois sont passées. Regarde ça…

Antoine s’était arrêté devant un local ouvert, apparemment celui de musique, puisque Laura pouvait apercevoir des instruments et des chaises posés çà et là. Une légère couche de poussière recouvrait déjà les violons, le piano et autres objets entreposés ici depuis leur arrivée dans cette future salle de classe. La collégienne ne prononça pas un mot, comme s’ils pénétraient dans un sanctuaire alors que ce n’était qu’une simple classe. Mais elle savait que, pour Antoine, c’était important. Il s’approcha d’ailleurs des violons, son regard s’attardant dessus comme s’il s’agissait du plus bel instrument du monde à ses yeux. Ce qui n’était peut-être pas faux… Elle connaissait ce regard, cet air. Il rêvait, réfléchissait, peut-être même éprouvait-il certains regrets. Au-dehors, tout était relativement calme, comme si personne ne vivait dans cette partie du domaine, ce qui leur laissait tout le temps de visiter l’endroit, les classes et de prendre un peu de temps pour eux. En l’espace de quelques jours, Antoine avait perdu sa famille et la France avait sombré officiellement dans la guerre civile…

Antoine – On ne doit pas s’arrêter de vivre pour autant. Un de nos nouveaux profs peut rebâtir à qui a besoin une toute nouvelle identité, effacer complètement la véritable pour repartir à zéro. Je pense le faire, après la fin de mes études au pensionnat. Partir sur une nouvelle base, entrer au conservatoire. On peut devenir qui on veut. Tu as déjà pensé à ce genre d’opportunités ? Effacer ce que tu as vécu, te fondre dans la masse pour vivre en paix ? Personnellement, je ne suis pas un homme de guerre. Je voudrai continuer ma vie sans avoir à me demander à tout instant si je vivrai le lendemain.

Laura fit la moue sans répondre tout de suite, regardant ensuite son petit ami en essayant de comprendre ce qu’il ressentait. Tout effacer, recommencer de zéro… Elle ne savait pas. Cela ne signifierait-il pas abandonner, rendre les armes et accepter que le gouvernement gagne ? Naturellement, c’était pour survivre, c’était normal et si cela était possible… Pourquoi ne pas saisir l’opportunité ? Mais pour Laura… Elle ne savait pas. Se fondre dans la masse, ce n’était pas sa spécialité, cela ne l’avait jamais été. Et puis, c’était déjà presque mort d’avance étant donné qui était devenu son père adoptif. Père adoptif comme père biologique, l’un comme l’autre étaient fichés, visibles, au cœur du problème. Elle n’avait plus revu leur père depuis des semaines, maintenant, mais nul doute qu’il bataillait ferme contre les élémentaires. Lâchant doucement la main d’Antoine pour effleurer des doigts le piano, se rappelant le moment au calme passé avec Adeline où elles n’avaient fait que chanter en oubliant tout le reste, Laura releva le regard pour répondre.

Laura – Je peux comprendre que cette proposition te tente… Tu as dû laisser beaucoup de choses derrière toi à cause de ton don. Mais moi… Je ne sais pas si ce serait possible. Mon père biologique est un soldat, il nous combat et son nom est connu. Quant à mon… père adoptif, difficile de l’oublier maintenant. Si j’effaçais tout, ce serait… un peu comme renier les efforts que monsieur Nakajima fait avec tous les autres, à mes yeux. Pour moi, hein ! Et puis… Tu m’imagines me fondre dans la masse ?

Laura s’interrompit avec un léger rire nerveux, faisant une grimace pour appuyer cette hypothèse ridicule. Elle n’arrivait pas à se faire discrète, ce n’était pas faute d’essayer pourtant ! Mais même au Japon, à chaque fois qu’elle avait cherché à se cacher, elle n’avait fait que le contraire. D’abord Munemori, puis Eisen, même le père de Genji… Tous les trois l’avaient repérée, à chaque fois. Elle devait avoir un genre de signal, une clochette, quelque chose qui faisait qu’on la retrouvait facilement. Rester discrète, s’effacer et vivre comme si rien n’était arrivé… Ce serait un rêve, mais peu réalisable malheureusement. Et puis, en avaient-ils le droit ? Laura lui demanda s’ils pouvaient quitter la salle pour voir le reste, comme ils avaient d’autres pièces à voir et qu’il ne s’agissait que du premier bâtiment. Une fois sortis de la pièce, retrouvant le long couloir de pierres type château, la collégienne reprit leur discussion.

Laura – Tu crois que ce serait possible de tout effacer, comme ça ? Je veux dire, reprendre la vie comme si rien ne s’était passé alors qu’à côté, la France vit déjà une guerre civile qui va laisser des traces. Il faudrait une sacrée volonté pour réussir à repartir de zéro, tout quitter, même les amis… En étant vraiment seuls, pour le coup, et en laissant une partie de nous-mêmes derrière nous. Comme les élèves qui ne reviendront pas au Pensionnat, même si c’est compréhensif, je me demande s’ils arriveront à… taire leur don. On a vu ce que cela engendrait, à long terme…

Tout en marchant à travers les couloirs encore vides après avoir repris la main d’Antoine, ils arrivèrent devant une autre pièce entrouverte, à nouveau, mais beaucoup mieux rangée et agencée. C’était une salle de classe standard, sans doute destinée à dispenser un cours de français, d’histoire ou de latin étant donné qu’il y avait des dictionnaires dans le fond et de simples bancs sans squelette ou maquette dans le local. C’était… presque étrange de se retrouver ici. De retrouver ce décor ici, dans ce cadre, avec des bancs qu’ils n’avaient jamais vus mais qui avaient dû être donnés par des habitants ou d’autres écoles du coin, s’il y en avait. Elle marqua un léger temps d’arrêt, s’installant à une table « pour voir ».

Laura – Je sens que les premiers cours vont être très étranges… Tu sais déjà qui n’est pas revenu ou qui ne reviendra pas ? Dans nos classes ?

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Antoine Lefort
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MessageSujet: Re: Retrouvailles et exploration   Dim 16 Sep - 10:10

On ne savait pas combien de temps la guerre civile allait durer. Évidemment, ce n’était pas comparable, mais lors de la Grande Guerre, beaucoup étaient partis en pensant qu’ils seront rentrés avant Noël, mis à part quelques hommes plus censés et les mères sachant déjà que tous ces trains à bestiaux embarquant les soldats n’étaient que des cercueils sur rail, qui allaient servir à remplir les cimetières de l’armée. Tout cela pour dire que la guerre, on savait lorsqu’elle débutait, on ignorait quand elle pourra être achevée. Il avait peur, oui, et ne s’en cachait pas. Il ne voulait pas monter au front, tenir une arme, il refusait de prendre la vie de quelqu’un, sauf, peut-être, s’ils s’agissait de sauver la sienne ou de protéger une personne qu’il aimait. Tout le monde n’est pas taillé pour partir au combat, la peur au ventre, par pure bonne volonté, comme c’était le cas dans les guerres civiles.

Dans une guerre ouverte, c’était différent, les hommes n’avaient pas le choix ! Ils étaient pris entre deux feux, ou bien ils allaient mourir face à leur ennemi, ou bien ils mourraient des mains de leur propre camp, pour désertion. Mais la guerre civile… Ils pouvaient choisir de baisser la tête, se plier en apparence aux règles et continuer à mener leurs vies comme ils l’entendaient, sans se montrer. Garder un contact avec leurs proches, tout en se taillant une toute nouvelle existence au grand jour. Pour vivre heureux, vivons cachés, somme toute. Laura s’éloigna de quelques pas pour aller regarder le piano de plus près, pendant qu’il restait près des violons. Peut-être ne pensait-il à ça que parce qu’il avait le moral en berne… Son propre père lui avait dit, un jour, que la plus grande violence de la guerre était d’y participer sans avoir le choix.

– Je peux comprendre que cette proposition te tente… Tu as dû laisser beaucoup de choses derrière toi à cause de ton don. Mais moi… Je ne sais pas si ce serait possible. Mon père biologique est un soldat, il nous combat et son nom est connu. Quant à mon… père adoptif, difficile de l’oublier maintenant. Si j’effaçais tout, ce serait… un peu comme renier les efforts que monsieur Nakajima fait avec tous les autres, à mes yeux. Pour moi, hein ! Et puis… Tu m’imagines me fondre dans la masse ?

Pourquoi pas ? Il haussa très légèrement les épaules, le regard dans le vague. Peu importe qui était son père, au fond, ça ne devait pas l’empêcher de mener la vie qu’elle voulait. Au contraire… Laura ne comprenait pas encore, sans doute, que c’était justement pour lui permettre de mener une vie la plus ordinaire possible que son père combattait. C’était pour ça que tous combattaient, pour la liberté mais aussi pour que les générations suivantes n’aient pas à patauger dans la même horreur. Il hocha vaguement la tête lorsqu’elle demanda s’ils pouvaient continuer, maintenant, quittant la pièce en refermant avec soin la porte derrière eux. L’allure de cette école n’avait rien à voir avec la précédente, ses pierres apparentes donnaient un sentiment de sécurité. Là encore, il restait à déterminer si c’était réel ou une simple illusion, visant à rassurer. Si des murs de pierre suffisaient vraiment à protéger, ça se saurait depuis longtemps.

– Tu crois que ce serait possible de tout effacer, comme ça ? Je veux dire, reprendre la vie comme si rien ne s’était passé alors qu’à côté, la France vit déjà une guerre civile qui va laisser des traces. Il faudrait une sacrée volonté pour réussir à repartir de zéro, tout quitter, même les amis… En étant vraiment seuls, pour le coup, et en laissant une partie de nous-mêmes derrière nous. Comme les élèves qui ne reviendront pas au Pensionnat, même si c’est compréhensif, je me demande s’ils arriveront à… taire leur don. On a vu ce que cela engendrait, à long terme…

– Il existe une nette différence entre taire son don et s’en servir en cachette.

Et puis, la France avait déjà traversé un conflit beaucoup plus violent, dévastateur et terrible. Ah, c’est qu’elle avait été belle, l’entrée dans le vingtième siècle ! Vive la révolution industrielle ! Vive le développement intense des armes et de la destruction à plus large échelle, vive les grenades, les chars et les tanks, vive l’utilisation du chlore, du gaz moutarde, des mines et des obus ! Il serra un peu la main de Laura en continuant à marcher, encore ébahi par la volonté, justement, de bien des hommes pour reprendre une vie normale après ça. Et encore, « vie normale », pour eux, la guerre ne s’était jamais achevée, dans leurs esprits. La vie continuait, pourtant, comme disait son père, ils pensaient d’abord à la jeunesse du pays, à l’avenir du pays. Et voilà que tout recommençait. La guerre civile… Et peut-être une autre guerre ouverte.

Il suffisait d’écouter un peu les adultes ou d’étudier les informations pour comprendre l’autre grande peur qui s’installait de plus en plus, depuis l’année précédente. Un nouveau conflit, plus violente encore que la Grande Guerre, pouvait-il avoir lieu ? Partout, dans tous les pays d’Europe, le fascisme montait. A nouveau, une course à l’armement se montait. Les relations internationales étaient crispées, la technologie avait évolué, des groupes entiers, les élémentaires étant loin d’être les seuls à être stigmatisés, étaient pointés du doigts comme responsables de tous les maux. Et si tout volait à nouveau en éclats ? Tout cela… Cette salle de classe si normale, cette balade dans cette école, même ce simple paysage, dehors, tout pouvait de nouveau être détruit. C’était… Comme si le vingtième siècle était marqué, comme si ce siècle ne pouvait être fait que d’adversité et de bouleversements profonds, en bien comme en mal.

– Je sens que les premiers cours vont être très étranges… Tu sais déjà qui n’est pas revenu ou qui ne reviendra pas ? Dans nos classes ?

– De ce que j’ai entendu dire, presque la moitié des élèves, au total, ne reviendront pas pour cette rentrée. Ça peut se comprendre. Beaucoup se contenteront de s’entraîner en cachette, quelques uns ont quitté le pays, avec leurs familles. Ça dépend aussi d’où ils viennent, de leur religion. Tu n’as pas lu les journaux ? L’Allemagne inquiète à nouveau, il y a un parti d’extrême-droite, créé en 1920, qui a gagné de plus en plus de voix, ces derniers mois. Il monte en pouvoir et on ne peut pas dire que ses principes sentent bon la liberté.

Il fouilla un instant dans sa poche puis en tira une coupure de journal qu’il avait gardé. La dépliant, il la tendit à Laura. C’était un article datant du mois d’Octobre 1931, sur la rencontre officielle entre le président Allemand Hindenburg et le chef du parti NSDAP, Hitler, dont plusieurs journaux allemands comme étrangers s’étaient gorgés de détails. De un parce que la montée de ce parti d’extrême-droite en inquiétait plus d’un, de deux parce que la personnalité du chef de parti alertait sur les risques d’un nouveau conflit. Les moins optimistes, ou plutôt les plus réalistes, redoutaient plus que tout l’enchaînement de haine et un autre conflit ouvert avec l’Allemagne. De là à en arriver à une autre guerre mondiale ? Peut-être. Peut-être pas.

– La guerre civile en France est une chose, les relents de nationalisme dans chaque pays, s’en est une autre. Tu comprends pourquoi ce conflit peut s’éterniser ? Dans une situation pareille, ce qui compte pour la population, c’est un gouvernement fort, capable de protéger le pays de ses voisins, dont l’Allemagne. Tout ce qui est considéré comme anormal, que ce soit les élémentaires ou autre chose, est aussi considéré comme une menace, pouvant détruire les forces du pays, et cette menace doit être évincée, par tous les moyens. Ce n’est pas une simple affaire d’être libre ou pas de mener la vie que l’on souhaite. C’est de savoir comment protéger le pays, avec quels moyens, et quelle mentalité. La République a échoué une fois à préserver le pays, durant la Grande Guerre. C’est donc logique, pour des milliers de personnes, qu’un gouvernement plus autoritaire, voire une dictature, soit plus apte à défendre la nation.

Bon, soit, à quatorze ans, peut-être ne suivait-elle, ou ne comprenait-elle, pas tous les troubles agitant l’Europe, ni les manœuvres politiques comme militaires. Antoine s’assit à son tour, sur le bord de l’estrade en bois, avec un très long soupir. Bienvenue dans le vingtième siècle, oui…

– Finalement, dans l’époque où nous vivons, c’est de savoir comment concilier liberté et sécurité. Et jusqu’où la guerre civile peut se permettre de durer, si jamais la menace d’une autre guerre ouverte, d’un autre conflit mondial, finit par se concrétiser.

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