1932. La Guerre Civile est déclarée ! Une spirale de violence s'engage dans un Etat totalitaire.
 
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 Prémices de rentrée [Sujet Libre]

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Stéphane Maltais
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MessageSujet: Prémices de rentrée [Sujet Libre]   Jeu 29 Mar - 15:15

Mercredi 6 janvier 1932

Ce ne fut qu’un souffle donné du bout des lèvres, un « bonne année » très discret et rapide, un chuchotement si bas qu’il en semblait presque honteux. Je lui rendis sur le même ton, suivi d’un hochement de tête pour saluer mon interlocuteur avant qu’il ne disparaisse au détour d’un couloir. Cette année n’était guère bonne, pas dans le sens « fête, bonne humeur », en tout cas, mais me passer de ce genre de petite attention ne ferait qu’alourdir encore l’ambiance. Demain, ces classes allaient de nouveau être remplies, profs et élèves de retour au travail. Je n’étais encore jamais venu dans la partie « école » du domaine, je n’avais rien de particulier à y faire ni d’amis à voir, et je n’y étais de toute façon pas à ma place. Ma visite aujourd’hui était motivée par une tâche à accomplir, les enfants ou adultes qui croisaient ma route ne pouvaient pas me confondre avec nouveau professeur. J’étais en uniforme, comme à mon habitude. Ma seconde peau…

Dans chaque classe, je devais afficher des petits papiers rappelant les règles les plus élémentaires de sécurité, chacun ici devait les connaître par cœur. Les entrées et sorties d domaine étaient contrôlées et surveillées, les enfants devaient bien comprendre que jouer aux idiots et faire le mur pouvait être bien plus lourd de conséquence qu’un simple jeu entre collégiens. Si une personne mauvaise à l’extérieure les identifiait comme élève de cette école, alors c’est tout le domaine qui sera attaqué. Je devais d’ailleurs passer dans toutes les classes, après la rentrée, pour y sensibiliser les élèves. Et aussi sensibiliser leurs professeurs, tous devaient avoir conscience des risques. L’ancienne école, c’était fini. Je voyais ce nouvel endroit comme une île fragile, menacée, dont la préservation dépendait entièrement de ceux qui y vivaient. En entrant dans une nouvelle classe, j’allais coller encore une affiche sur le panneau en liège, avec un grand soin.

Les enfants arrivaient depuis le 1er janvier, pour la rentrée. Il y avait un monde fou, maintenant, avec tous ces élèves, qui exploraient les lieux et mettaient leurs bagages dans les chambres. Je ne savais guère comment réagir face à cette joie toute enfantine d’explorer un nouvel endroit… Les enfants couraient partout et venaient jeter des coups d’œils furtifs dans les classes en se noyant sous leurs commentaires. Ça semblait amuser les enseignants, pour la plupart, lorsqu’ils étaient dans leurs classes préparer la rentrée. Je devais être trop blasé ou trop distant pour comprendre, ou juste avoir des préoccupations trop éloignées des leurs. La joie innocente, je ne savais plus ce que ça signifiait. J’entrais dans une nouvelle salle, remplie de plantes, marmonnant un peu en voyant le tableau de liège déjà couvert d’affichettes et de schémas. En m’approchant, je commençais à regarder ce que je pourrais légitimement ôter de là pour y mettre les nouvelles règles.

- Bonjour monsieur ! lança à cet instant une voix enfantine derrière moi.

Je tournais la tête, juste à temps pour voir un petit de onze ou douze ans passer la tête à la porte de la classe, regarder partout avec une moue curieuse, puis repartir en riant et courant avec ses amis. Les enfants… Je n’en avais pas, ni ma femme ni moi n’avions eu vraiment envie d’être parents, et après la guerre, je ne m’étais pas remarié. Ça aurait pu me manquer, mais aujourd’hui, non. Les souvenirs du passé prenaient trop de place dans ma tête pour y insérer de nouvelles envies ou des regrets d’un nouveau genre. Je détachais un des schémas puis y mettait les règles à la place, poursuivant ma « tournée ». C’était l’épiphanie, aujourd’hui, certains avaient pris la peine de cuisiner des galettes et en donnaient aux uns et autres. J’espérais que cette forme d’optimisme et d’innocence allait durer, chez tous ces gens. C’était pour eux que nous nous battions.

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Nicolas Marcoh
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MessageSujet: Re: Prémices de rentrée [Sujet Libre]   Jeu 5 Avr - 10:42

Incroyable le nombre de personnes qui n’avaient pas encore réalisé qu’en temps de guerre, lorsque vous étiez recherché ou susceptible de l’être très bientôt, envoyer votre enfant à l’école primaire de la ville d’à côté votre cachette n’était pas la meilleure idée du siècle. Nicolas aurait pu en rire mais était surtout un peu blasé de voir ça. Enfin, la réalité allait les rattraper bien assez vite. Il n’y avait pas que pour les élèves qui voyaient beaucoup de changements, pour les adultes aussi, l’ambiance était très étrange, en cette veille de rentrée. On trouvait l’agitation habituelle, les derniers papiers administratifs à préparer, les dossiers des élèves qu’il fallait actualiser, les préparations à cette nouvelle rentrée de janvier, après des vacances de Noël un peu chamboulées. La salle des professeurs était très bien remplie et les bavardages allaient bon train.

Il y avait comme deux « clans » dans la salle des professeurs. D’un côté, l’équipe déjà en place depuis longtemps qui discutait, riait, échangeait les dernières nouvelles et commentaient la nouvelle école, parlaient de leurs élèves, des classes, des trucs et astuces pour apaiser les enfants et les faire travailler en sécurité. De l’autre, les nouveaux enseignants et membres du personnel, pas encore intégrés véritablement à cette équipe, même si les présentations avaient été faites, et qui eux-même ne se sentaient pas, de toute façon, vraiment dans la peau de professeurs, pour la plupart. Nicolas avait le sentiment qu’un fossé s’était déjà creusé, quand il regardait ses nouveaux collègues… Ils travaillaient ensemble, maintenant, d’accord, pour autant, il ne savait pas vraiment de quoi leur parler. L’avenir de la Résistance occupait bien plus ses pensées que l’avenir scolaire des enfants de l’école.

Le nouveau « petit jeune » de l’équipa, Maxence, s’était lui lancé dans une grande discussion avec des « anciens » de l’équipe enseignante, un certain Valentin, professeur de sport qui se traînait une jambe raide, lui aussi membre actif de la Résistance. Nicolas, de son côté, s’était appuyé contre la table et buvait un café, les bras croisés, sans parler beaucoup. Une odeur de galette des rois flottait dans la pièce, il n’avait pas voulu en manger, la gorge un peu trop serrée pour ça. Pas à cause du stress de la rentrée, loin de là, il était simplement encore marqué par l’attaque violente de sa cellule de résistance, il y a deux semaines. Ils s’étaient tous éparpillés un peu partout. L’instit toucha avec précaution une longue cicatrice boursouflée, sur l’arcade sourcilière, d’un ton rouge-violet peu engageant, tirant sur le noir. Les points de suture tenait bien, ça devrait aller mieux d’ici quelques temps.

– Salut lieutenant, lança-t-il lorsque la porte de la salle s’ouvrit tout à coup sur Maltais.

Il avait les bras chargés de documents, dont certains qu’il commença à mettre dans un coin du grand panneau de liège servant à donner les informations importantes ou de routine aux professeurs, parfois à l’affichage de petites annonces. Les règles de sécurité, tiens, ils en avaient déjà pas mal parlé. Nicolas prit un des petits papiers dans la boîte pour le lire en diagonal, avant de le reposer.

– Vous voulez un café ? proposa-t-il avec un signe de tête vers la table chargée. Il reste du temps avant l’entraînement de ce matin, encore.

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Stéphane Maltais
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MessageSujet: Re: Prémices de rentrée [Sujet Libre]   Jeu 12 Avr - 10:56

Après ma tournée dans les salles de classes, je me dirigeais vers la partie administrative de l’école, dans les bureaux et la salle des professeurs. Une partie où je ne venais pas souvent non plus, qu’avais-je à y faire ? Je n’étais pas à ma place ici, ces gens étaient… Et bien, ils étaient des civils. Pas tous, non, il y avait aussi des Résistants, parmi eux. Ça me rappelait ce que disait parfois Albert. « Un clou chasse toujours l’autre, que que soit la pourriture de la planche ». En entrant dans la salle des professeurs, je n’eus aucune difficulté à distinguer les professeurs des Résistants, même ceux que je n’avais jamais vu encore. Ceux qui se battaient avec nous étaient souvent blessés, comme Nicolas, qui traînait une vilaine blessure à l’arcade, en cours de cicatrisation. Je lui rendis son salut, avant de poser mes feuillets et commencer à en mettre sur le panneau.

Quelques enseignants me dirent bonjour, la plupart souriaient, l’air un peu stressé, dynamique, impatient ou résolu à être de bonne humeur. J’essayais de leur sourire à mon tour, avec un succès très moindre, puis laissant tomber. Sourire, c’était devenu comme… un exercice lointain que je ne savais plus pratiquer depuis la Grande Guerre. Je ne connaissais pas grand monde, dans cette salle, à part ceux vu au centre de formation ou au QG, un ou deux avec qui j’avais aussi combattu ces deux derniers mois, aussi. Un frisson me parcourut le dos quand je réalisais, une fois de plus, le décalage brutal entre nos « mondes ». Celui des civils, menant leurs vies professionnelles et familiales avec plus ou moins de bonheur, et celui des militaires et Résistants, dont la principale préoccupation demeurait la guerre civile. Deux mondes pas si opposés, pourtant, mais qui filaient l’un à côté de l’autre en se croisant parfois.

– Vous voulez un café ? proposa-t-il avec un signe de tête vers la table chargée. Il reste du temps avant l’entraînement de ce matin, encore.

– Et bien… Pourquoi pas. Merci.


Depuis quelques jours, pour ne pas effrayer les élèves ou ne pas mettre mal à l’aise les adultes, j’essayais de parler à un ton ordinaire, soit plus élevé que mon habitude, et aussi de me comporter comme si je ne portais pas la mort sur le dos en permanence. Depuis les tranchées, j’avais gardé l’habitude de parler à voix basse, on ne devait pas vous repérer quand vous deviez éviter les snipers… J’avais aussi tant côtoyé la Mort qu’elle marchait à présent à mes côtés sans jamais me quitter, attendant patiemment le moment propice pour me prendre dans ses bras et s’envoler en m’emmenant contre son sein. Mes mains tremblèrent un peu en prenant la tasse que Nicolas me tendit, de nouveau, j’étais glacé, alors que la température dans cette pièce avoisinait les vingt-deux degrés. Un autre des nouveaux enseignants, David, leva alors le nez de ses documents, assis près de ses collègues, et me demanda d’une voix forte et tranquille quand le prochain débrief aura lieu au centre.

– Normalement en fin d’après-midi. On attend l’arrivée des membres de la cellule de Saint Martin, à côté de Bordeaux. La police les avait trouvés avant-hier, la descente a été violente, ils ont perdu cinq gars.

Je ne réalisais qu’après, en voyant les réactions autour de moi, que j’étais toujours dans une salle avec des civils et que je venais d’annoncer d’un ton morne, presque blasé, la mort de cinq nouvelles personnes, dans une cellule de Résistance. Ils allaient sans doute croire que je n’avais plus d’âme ou de compassion. David, en tout cas, ne s’en émut pas, rangeant vite fait ses affaires, debout.

– Qu’en est-il des membres de votre propre groupe de Résistance ? demandais-je ensuite à Nicolas, en retournant le regard vers lui. Ils ont déjà pu rejoindre d’autres groupes ?

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Nicolas Marcoh
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MessageSujet: Re: Prémices de rentrée [Sujet Libre]   Sam 21 Avr - 21:37

– Et bien… Pourquoi pas. Merci.

Tiens, l’instit aurait cru qu’il allait refuser. Il avait un peu de mal à se mêler aux autres, même lorsqu’on le lui proposait, mais peut-être qu’il se sentait plus à l’aise avec eux, maintenant ? Quoi qu’il en soit, Nicolas lui fit un large sourire puis tendit le bras pour attraper une tasse de café vide et la petite casserole fumante, qu’ils avaient préparée toute à l’heure. Il la lui tendit ensuite, bien remplie, s’appuyant contre le rebord de la table et jambes légèrement croisées. Il tâchait de garder un air qui soit encourageant en toutes circonstances, c’était important dans son travail,a u contact des enfants, et plus important encore lorsqu’il était avec des adultes plongé au cœur d’un combat dont personne en voyait le bout et qui avaient besoin de soutien. Ils discutaient un peu quand David demanda d’un ton fort quand aura lieu le debrief, visiblement embourbé dans une montagne de papiers et perdu dans le planning. Et bah, pas l’organisation qu’il maîtrisait.

– Normalement en fin d’après-midi. On attend l’arrivée des membres de la cellule de Saint Martin, à côté de Bordeaux. La police les avait trouvés avant-hier, la descente a été violente, ils ont perdu cinq gars.

– Merde, siffla le jeune professeur d’un ton noir.

Il avala le reste de son café d’un trait puis laissa tomber la tasse dans le petit bac d’eau, dans l’évier, les dents serrées, croisant les bras. La police ne les lâchait plus d’une semelle, les arrestations s’étaient multipliées ! Mais ils savaient pourquoi, les taupes avaient commencées à être identifiées à partir de novembre seulement, largement de quoi donner au gouvernement des preuves « d’agissements terroristes » et trouver leurs différentes planques. Il échangea un bref regard avec David, qui rangeait à présent sa paperasse avec un regard blasé, puis avec les autres. Ceux de la Résistance étaient partagés entre la colère ou la lassitude, leurs autres collègues ou membres du personnel oscillaient entre le choc, la tristesse ou l’incompréhension. Sûrement à cause du temps employé par le lieutenant.

Nicolas rouvrit les yeux, les plissant un peu, observant à la dérobée la plupart de leurs collègues. C’était une question qu’il se posait, lui aussi, à une époque. Pourquoi s’évertuer à combattre lorsqu’on pouvait juste se cacher dans ce genre d’endroits et vivre en paix en oubliant les racistes et fachos au pouvoir ? Si ça ne concernait que cette école et ses élèves, oui, il aurait admis qu’il suffisait de se cacher. Mais pas ici. C’était le pays entier qui était touché. Il y avait déjà eu un massacre important. Et d’autres tueries orchestrées. Bougeant un peu, il effleura de nouveau la blessure bleuâtre et noirâtre, à la tempe et l’arcade, puis serra la main contre un pan de sa veste. On s’habituait vite à l’uniforme. Jusqu’à trouver étrange de porter des vêtements civils, comme maintenant.

– Qu’en est-il des membres de votre propre groupe de Résistance ? Ils ont déjà pu rejoindre d’autres groupes ?

– Nous ne sommes que trois à avoir survécu, lieutenant. Marc a affectivement rejoint une autre cellule rebelle, dans le Midi de la France. Il n’avait déjà plus de famille ou personne dont on puisse servir contre lui. Christine a quitté le pays avec son mari et ses enfants.

Ce n’était pas ça qui allait détendre l’ambiance dans cette salle, en tout cas, mais tant pis, c’était la guerre, il fallait s’y faire, tout le monde entendra bien pire et plus tôt que prévu. Allez, on se remue ! Il donna un petit coup de coude à Maxence en lui disant de ne pas tirer cette tête, rappelant que le meilleur moyen de s’en sortir, dans cette vie, c’était de combattre et ne pas laisser dévorer ! Leur petit jeune émit un faible, très faible sourire, mais au moins il avait réagi. Christophe, de son côté, hocha la tête, ajoutant de son ton très posé qu’on ne pouvait pas mieux dire, pour survivre, il fallait être apte à se défendre et défendre les autres. La rentrée n’était que demain, les réunions importantes ce soit, ils avaient plusieurs heures devant eux pour continuer à se perfectionner.

– Allons au Centre, nous avons le temps aujourd’hui pour nous entraîner encore. A mains nues, aux armes, au corps à corps, avec nos dons ! L’un de vous veut venir, chers collègues ?

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Cyprien Redfire
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MessageSujet: Re: Prémices de rentrée [Sujet Libre]   Jeu 3 Mai - 16:47

Cette rentrée allait particulièrement chargée, Cyprien avait l’impression de devoir tout recommencer à zéro. Mordillant son crayon, il revit son planning pour le lendemain, tout en discutant avec Valentin des changements qui avaient été faits, pour les cours d’éléments, différents groupes avaient été refaits, par niveaux, et maintenant, on avait aussi certains cours communs avec deux ou trois dons, pour des techniques plus spécifiques. Eugène était justement penché sur ça, lisant les directives de cours en marmonnant dans sa barbe, plus pour lui-même que pour les autres, qu’il ne comprenait pas très bien s’ils devaient être deux professeurs ou bien un seul mais possédant les deux éléments requis. Plutôt deux, non ? Attends, qu’il montre un peu ? Cyprien prit la notice explicative pour la parcourut rapidement, comprenant, lui, que ce sera deux enseignants pour ce genre de cours. Leur collègue d’élément marmonna qu’ils verront bien, lors de la première séance, il croyait savoir qu’Emma allait s’en charger. Vent et Feu en même temps, pour le premier essai, si Cyprien voulait tenter une blague stupide, il dirait que c’était chaud, comme cours.

Valentin se redressa avec un long soupir et s’étira, avant d’engager la conversation avec l’un de leurs nouveaux collègues. Un tout jeune qui allait enseigner le Français, qui s’appelait Maxence, si Cyprien avait bien retenu le prénom. Il sortait juste de l’école d’enseignement, selon ce qu’il disait, il avait été contacté pour venir travailler ici car un proche était entré dans le mouvement au mois de décembre. C’est vrai qu’une fois que l’école est sécurisée, plus facile de recruter. Marie lui tapota le bras pour lui dire de prendre un bout de galette, c’était l’Épiphanie aujourd’hui, en proposant aussi à Céleste. L’ambiance était plutôt détendue, en cette veille de rentrée, même si ce n’était pas la panacée. Et puis, c’était devenu rare de voir autant de monde dans la salle des professeurs ! Il n’y avait pas que des enseignants, aussi un ou deux militaires. L’un s’était arrêté pour boire un café avec un de leurs nouveaux collègues, à la fois instituteur pour les petits et enseignant de l’élément feu au pensionnat. Heu, quel était son nom, déjà… Christophe ? Ah non, Christophe, c’était le grand là-bas, qui lisait un petit livre à la couverture noire, sans titre. Et lui, donc c’était… Ce fut Valentin qui se chargea de le renseigner, en voyant son regard interrogateur. Nicolas Marcoh, d’accord, merci.

Un collègue qui était blessé, d’ailleurs. Il portait à l’arcade sourcilière une large plaie qui avait virée au noir et au violet, un peu gonflée, la cicatrice boursouflée n’était pas belle à voir. On pouvait même voir les points de suture de loin, ça avait dû être fait dans l’urgence. Il n’était pas le seul à être blessé, d’ailleurs, d’autres de leurs collègues ou parmi les adultes qu’on voyait près du centre portaient des blessures plus ou moins importantes ou visibles. Rangeant ses documents, Cyprien discutait avec Céleste, Valentin et le petit jeune, Maxence, de certaines banalités, de la rentrée, de la composition des nouvelles classes d’éléments, aussi. Une journée ordinaire, dans une école ordinaire. Puis la réalité se rappela brusquement à leur bon souvenir quand, à la question d’un des nouveaux profs sur l’heure d’une réunion, le lieutenant répondit qu’ils attendaient l’arrivée des membres restant d’une cellule de Résistance, qui avait perdu cinq hommes avant-hier. Ce fut comme si un seau d’eau avait été jeté dans les nuques, Cyprien eut un long frisson, la fin de sa phrase mourant sur ses lèvres. Il se racla un peu la gorge, voyant que le soldat, lui, avait un air encore plus triste et très lointain. Il tourna ensuite le regard vers Nicolas, serrant sa tasse de café dans ses mains.

Lieutenant – Qu’en est-il des membres de votre propre groupe de Résistance ? Ils ont déjà pu rejoindre d’autres groupes ?

Nicolas – Nous ne sommes que trois à avoir survécu, lieutenant. Marc a affectivement rejoint une autre cellule rebelle, dans le Midi de la France. Il n’avait déjà plus de famille ou personne dont on puisse servir contre lui. Christine a quitté le pays avec son mari et ses enfants.

Trois à avoir survécu… Le jeune homme se sentit mal, d’un coup, pour toutes ces personnes, pour tous ceux qui combattaient. Nicolas, cependant, n’avait pas un air triste ou quoi que ce soit du genre, il reprit d’un ton plus énergique en lançant de ne pas tirer des têtes pareilles, que le meilleur moyen pour s’en sortir dans la vie était de combattre et ne pas se laisser aller. Les élémentaires feu… Christophe leva le nez de son livre et approuva d’une voix grave et tranquille, très posée, qu’on ne pouvait pas dire mieux, survivre consistait à savoir se défendre et défendre les autres. Et dire que chez Estelle, ils s’étaient interrogés sur la mentalité de leurs futurs nouveaux collègues, ils ne s’étaient pas tant trompés que ça, en fait. Ils avaient l’âme de Rebelles. En un sens, il était très bizarre de voir enfin les hommes et les femmes dont on entendait parler depuis des semaines, que les journaux désignaient comme des terroristes et manipulateurs, de les voir comme ça, si proches et prêts à se battre. Auparavant, ils ne voyaient que Gaby et quelques autres, avec ce genre de mentalité. Aujourd’hui, c’était des dizaines de personnes qui suivaient le mouvement, autour d’eux.

Nicolas – Allons au Centre, nous avons le temps aujourd’hui pour nous entraîner encore. A mains nues, aux armes, au corps à corps, avec nos dons ! L’un de vous veut venir, chers collègues ?

Et bien… Cyprien hésita un peu, puis se dit qu’après tout, pourquoi pas, ils devront bien s’y mettre eux aussi, tôt ou tard. Hochant la tête, il termina de ranger puis se leva, suivant les quelques autres qui sortaient aussi de la salle. Comme il l’avait espéré, chaque partie de l’école était bel et bien parfaitement séparée des autres, mis à part les bâtiments du pensionnat lui-même. Le centre de formation pour les adultes, lui, était proche du centre de commandement de la résistance. Ces bâtiments étaient séparés par le parc et les terrains de sport du reste du domaine, il fallait marcher quelques minutes pour l’atteindre. Il y avait aussi un cimetière, tout au fond du domaine, non loin du centre de commandement. En sortant, puis en prenant la direction de la zone rebelle » comme il l’appelait mentalement, il demanda d’un ton curieux à Christophe quel était son rôle, plus précisément, s’il était soldat ou autre chose. Il secoua un peu la tête tout en marchant, tournant son regard clair et brillant vers eux.

Christophe – Je travaille sur la stratégie militaire, pour certaines branches de la Résistance. Je ne peux pas vous dires lesquelles, navré.

Oui, évidemment, si jamais il y avait des espions… Et puis, comme dans tout réseau rebelle, chaque branche était très soigneusement séparée des autres, afin d’éviter toute fuite. Seuls les leaders les plus hauts placés savaient dans la plus grande partie ce qui se passait et comment. En approchant de la zone, David, qui les avait aussi suivi, demanda aussi à Nicolas et Stéphane leurs rôles. Visiblement, leur nouvel instituteur ne venait pas d’un milieu guerrier, lui non plus. Par contre, le lieutenant était soldat de métier et avait connu la Grande Guerre.

Lieutenant – J’étais avec Albert, dans les tranchées. A ses côtés puis sous ses ordres, quand il est passé capitaine, puis commandant.

Cyprien – Et comment était-il ?

Lieutenant – Mais vous le connaissez. Albert. Albert Bradley.

Le professeur eut un air assez hébété, réalisant soudainement que oui, évidemment, même Bradley avait un prénom, c’était une personne, pas juste un soldat ou un chef de guerre. Il n’avait jamais entendu son prénom, aussi, ce n’était pas de sa faute ! Pour lui, il avait toujours été le maréchal Bradley, rien de plus, rien de moins, il n’avait absolument jamais imaginé ce que ça pouvait être sa vie privée, tant l’image de soldat était gravée.

Céleste – Vous étiez sous ses ordres ? Mais il est plus jeune que vous, non ?

Lieutenant – Un an seulement, plus jeune. Et ça ne compte pas, dans les tranchées… Nous étions lieutenant tous les deux, puis il est devenu Capitaine après le Chemin des Dames.

Cette fois, Cyprien préféra se taire, sentant son estomac se nouer douloureusement. Le Chemin des Dames, la Bataille de la Somme, la Bataille de Verdun, des noms qui se rapportaient à des massacres sans nom, des boucheries ayant saigné le pays à blanc, durant la Grande Guerre. Des combats qu’on n’avait pas envie d’imaginer, dont on ne parlait pas, comme si c’était honteux alors que non. Mais terrible, ça oui. Il n’eut cependant pas le temps de trop y penser, ils arrivaient au centre et à la zone. Les résistants portaient des sortes d’uniformes, des vestes avec le symbole de la rébellion, un oiseau qui s’envolait, cousu partout. En contournant le premier bâtiment de pierre, ils arrivèrent à une grande cour qu’on ne voyait pas depuis l’école, où des personnes s’entraînaient. Certaines couraient, comme on faisait faire aux enfants de l’école, d’autres étaient en train de soulever des poids, en jeter, s’étirer, quelques uns s’entraînaient au combat avec des bâtons. Une vision normale, pour le moment, des personnes en pleine activité physique, dehors alors que le temps était beau et sec, malgré le froid.

Cyprien – Vous comptez débuter par quoi ? Demanda-t-il à Nicolas, en s’arrachant à sa contemplation.

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Stéphane Maltais
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MessageSujet: Re: Prémices de rentrée [Sujet Libre]   Mer 16 Mai - 14:21

– Nous ne sommes que trois à avoir survécu, lieutenant. Marc a affectivement rejoint une autre cellule rebelle, dans le Midi de la France. Il n’avait déjà plus de famille ou personne dont on puisse servir contre lui. Christine a quitté le pays avec son mari et ses enfants.

Au moins pourra-t-elle mener une vie plus sécurisée, au loin, c’était déjà ça. Tout quitter, c’était une option à laquelle j’avais pensé très souvent, sans jamais franchir le pas. Où aller ensuite ? Pour devenir quoi ? Je ne me sens pas capable de refaire ma vie en entier, déjà trop marqué par ce que j’ai pu vivre. Et puis, rendu à cet âge… Je souris très faiblement à Nicolas, lorsqu’il s’exclama d’un ton bien plus énergique qu’il ne fallait pas se laisser abattre. Leur stratège approuva d’un ton grave, levant un instant le nez de son livre. A mes yeux, c’était encore un peu… différent. Je n’allais pas laisser tomber, bien sûr, mais je n’avais plus la foi de me dire « tout ira bien », car je savais déjà que c’était un vœu irréalisable. Non, ça n’ira pas bien, j’avais envie de le croire mais je savais que c’était faux. Que c’était toujours faux quand on parlait de guerre.

– Allons au Centre, nous avons le temps aujourd’hui pour nous entraîner encore. A mains nues, aux armes, au corps à corps, avec nos dons ! L’un de vous veut venir, chers collègues ?

Ils auront peur. Ils auront mal. Ils pleureront, supplieront, ils auront des doutes et des moments d’une très grande faiblesse. Ils se sentiront dépassés et désarmés. Ils voudront hurler et pleurer. Ils se demanderont pourquoi ça devait se passer ainsi, sans jamais obtenir de réponses. Ils ne croiront plus à la victoire possible durant certaines périodes. Et la peur, oui, la peur leur crèvera le cœur, comme un brutal coup de poignard dont la douleur restera longtemps gravée en eux. Je le savais, je l’avais vécu et ils le vivront. Albert, puis Gabriella, tous ceux qui nous avait déjà accompagné sur ce chemin, nous le savions tous. Je n’avais pas envie de leur décrire ça, après coup, je sentais que je n’aurais pas voulu non plus qu’on me le dise car j’en aurai perdu une part de courage, la volonté de poursuivre tout de même.

En sortant de cette salle, puis en partant vers le centre, je restais tout d’abord silencieux, plongé dans mes pensées. Ils me faisaient de la peine, tous ces jeunes, si plein de bonne volonté et d’envie de se battre pour renverser cette dictature. On part à la guerre « la fleur au fusil », on en revient à genoux, l’âme déchirée, changé à jamais. Je ne voyais plus la mort aujourd’hui comme je la voyais autrefois… Elle était, maintenant, comme une vieille amie, qui m’accompagnait partout, camouflée derrière chaque pas, chaque respiration. Elle était sans que je ne la craigne plus ou que je la rejette. C’était comme ça, voilà tout. En chemin, un des professeurs les ayant accompagné demanda à Christophe quel était son rôle précis. La réponse était laconique, mais nous ne pouvions pas parler de tous les détails en public. Même ici. Un instant plus tard, la question nous fut retournée, à Nicolas et moi.

Que pouvais-lui dire ? Je n’étais plus sûr moi-même de ce que j’étais, ou plutôt, de qui j’étais devenu, après les tranchées. Autrefois, j’étais comme eux. Je souriais à l’existence et je croyais garder le même caractère jusqu’à un âge mûr. Je laissais Nicolas répondre en premier, puis je reportais un regard lointain sur eux, répondant que j’étais un soldat, que j’étais resté soldat après la Grande Guerre. Curieux comme « juste » quatre années de ma vie résumaient tout le reste, j’y avais trop changé. Quatre années, juste quatre années, qui avaient tout bouleversé, qui avaient conditionné tout le reste. Quatre ans, quand on en a passé la barre des cinquante, c’est peu, pourtant, ça ne représente rien dans une vie. Pour moi, ça représentait tout. Par contre, le jeune enseignant ne comprit pas tout de suite, lorsque je parlais d’Albert. Il était pourtant très connu, maintenant.

– Vous étiez sous ses ordres ? Mais il est plus jeune que vous, non ?

– Un an seulement, plus jeune. Et ça ne compte pas, dans les tranchées… Nous étions lieutenant tous les deux, puis il est devenu Capitaine après le Chemin des Dames.


Cette question me paraissait très étrange… En quoi l’âge était-il un facteur déterminant, pour savoir qui devait commander qui ? Quel importance l’âge peu-il avoir ? Je ne comprenais pas… Mais ça n’avait pas une très grande importance, nous arrivions aux terrains de sport extérieur, pas mal étaient occupés à s’exercer. Courses, lancer de poids, musculation, souplesse. Partout, on retrouvait le symbole de la Rébellion, une colombe qui s’envolait. Aujourd’hui, il faisait beau et bon. Je marchais un peu au devant du groupe, regardant les autres, parfois répondant d’un léger signe de main aux salut de ceux et celles que je connaissais. Cette colombe était jolie, cousue partout… Ses ailes ne resteront pas pures et blanches, malheureusement. Elles seront bientôt souillées de boue et de sang. Volant au milieu des volutes de gaz…

– Vous comptez débuter par quoi ?

– Par vous changer.


Je les guidais tout au fond du centre de formation, toujours avec ces mêmes couloirs de pierre grise légèrement mouchetée, avant de parvenir, tout d’abord, dans une petite pièce, une sorte de magasin ou de réserve, où Bernard, un vieil homme à qui il manquait une jambe, était occupé à coudre la colombe sur une veste. Il releva la tête à notre entrée et nous sourit. J’avais déjà mon « paquet » de prêt, mes affaires d’entraînement, pas les autres. Il se pencha par-dessus le comptoir pour évaluer la taille des uns et des autres avec un œil expert puis se tourna vers les étagères derrière lui pour sortir des pull, veste, pantalons, tee-shirts, en coton, tous frappés du symbole. Dans le dos ou sur le bras en blason, le plus souvent. Les symboles, c’est très important. Une part de la guerre se joue sur ça. Chacun alla ensuite se changer, dans les vestiaires des hommes et des femmes.

Après m’être changé, je retrouvais le groupe et on repartit dans les couloirs. Au passage, je vis une salle de classe improvisée, dans une ancienne réserve, les portes étaient grandes ouvertes pour laisser passer le soleil et réchauffer l’atmosphère. Une pièce assez grande avec une quinzaine d’adultes, assis sur des caisses ou par terre, carnets et stylos en main, devant un autre homme debout en uniforme. Mon cœur se serra violemment en voyant qu’ils étaient en train d’apprendre comment résister au gaz, le tableau était couvert de schémas montrant les bonnes attitudes à adopter, les réflexes à prendre. Tête baissée, j’accélérais un peu le pas, pour passer dans une autre salle bien plus grande, ensuite. Une salle de sport, en vérité, haute de plafond où plusieurs groupes s’entraînaient. Je me dirigeais, guidant le petit groupe, sur le côté, pour éviter les stands de tir qui avaient été installés.

Albert était là, lui aussi, tiens. A l’espace réservé aux exercices de musculation, où autant d’hommes que de femmes étaient occupés à soulever et tirer sur des poids, travaillant les jambes, les bras, les muscles de façon générale. Torse nu, il ne nous remarqua pas, trop occupé à soulever des haltères, de bas en haut, les jetant au-dessus de sa tête puis se baissant à nouveau. J’avais moi-même le bon ventre des cinquantenaires, mais ce n’était pas le cas de mon ami, il s’entraînait beaucoup plus que moi et ça se voyait, le corps encore ferme et musclé malgré son âge. Je ne le dérangeais pas, passant sans m’arrêter, mais je ne crois pas qu’il le vit, de toute façon. Encore plus loin, il y avait l’espace des « débutants » ou ceux n’ayant pas un niveau très élevé en sport. Le commandant Brian y menait les exercices, les saluant d’un signe quand ils arrivèrent.

– La tribu professorale débarque ? rit-il, les mains sur les hanches. Z’êtes pas bien gros, messieurs et mesdames, va falloir remédier à ça. Allez ! Commencez par vous échauffer, puis trois tours de la salle en courant, pour débuter. Comment ça va, lieutenant ? Je pensais que vous alliez rester plus longtemps à Calais. La situation s’est apaisée ?

– Oui, les émeutes ont toutes cessées et un comité a été organisé. La police là-bas a refusé de tirer sur les manifestants, j’imagine que leurs chefs vont vite sauter. Il y a eu beaucoup de nouvelles recrues.


Nous échangeâmes quelques nouvelles, pendant que je commençais à m’échauffer avec les autres et que le commandant montrait comment s’y prendre. Calais était encore un bon exemple pour recruter sans heurts, il faudrait que nous puissions l’étendre au reste de la France.

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Nicolas Marcoh
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MessageSujet: Re: Prémices de rentrée [Sujet Libre]   Dim 20 Mai - 13:24

Sur le trajet, jusqu’au centre, Nicolas commença déjà à s’étirer et à faire un inventaire général des blessures déjà bien refermées et en bon ordre, ainsi que de celles encore douloureuses ou sensibles. Leur évacuation forcée de la base ne s’était pas faite en douceur et s’il s’était en bonne partie bien remis, il avait encore des gênes prononcées à certains endroits. Enfin, c’était la vie ! Il ne comptait pas se laisser abattre pour quelques blessures, ce serait stupide. Sur le chemin, au couvert des arbres leur masquant le peu de soleil hivernal, ils discutèrent un peu, sur le rôle des uns et des autres dans la Résistance. Bien évidemment, ils ne pouvaient pas trop en dire, par pure curiosité. Ce n’était pas une marque de défiance, simplement, si jamais l’un d’entre eux était capturé et interrogé, moins il en savait et mieux ça se passait ensuite.

Au sein de la Résistance, personne ne savait exactement qui s’occupait de quoi, précisément, qui composaient les autres branches et quels étaient leurs différents rôles et leurs missions. Les informations étaient diffusées au sein du Réseau par un travail complexe de transmission et en cachant les plus grandes parties aux uns et autres, à la fois pour éviter les espions et pour éviter que des données sensibles soient arrachées aux uns et aux autres par la force. D’autant plus que tout le monde ne résiste pas de la même façon à la torture. Au final, seuls les leaders en savaient beaucoup, forcément. Bâillant un peu, puis remettant les mains dans les poches, il répondit d’un clair à David qu’il était là pour combattre sur le terrain, en plus de son métier d’enseignant. Et ouais, on pouvait être instit et savoir tout de même casser des dents, ce n’était pas incompatible.

Le lieutenant avait l’air un peu mal à l’aise, lui, en discutant. Mais bon, il faisait parti de ceux qui étaient passés de l’autre coté, donc c’était normal. Comme Bradley, Gabriella et plein d’autres ! Par chance, cette étape touchait moins ceux qui possédaient le feu et le vent, grâce à leur caractère, ils tenaient mieux que d’autres et n’avaient pas tous l’esprit bouleversé, même après des années de guerre. Évidemment, ça les marquait aussi, mais pas de la même manière, il trouvait ça heureux. De toute façon, ce genre de problème touchait plus vite ceux qui devaient diriger les autres. Bah, Bradley n’était pas un mauvais bougre pour autant, c’était même un très bon chef, qui motivait et donnait envie de le suivre. Et ça valait mieux, dans un contexte pareil, la rébellion avait de quoi lutter à armes égales avec le gouvernement.

– Vous étiez sous ses ordres ? Mais il est plus jeune que vous, non ?

– Un an seulement, plus jeune. Et ça ne compte pas, dans les tranchées… Nous étions lieutenant tous les deux, puis il est devenu Capitaine après le Chemin des Dames.

Hein, c’était supposé changer quoi, d’être plus jeune ou plus vieux, quand on était en position de commandement ? Il sourit un peu, trouvant cette remarque totalement stupide, mais ne fit aucun commentaire pour autant. Ils arrivaient au centre, maintenant, aller se changer, comme le souligna le lieutenant, avant de commencer à s’exercer. Ils passèrent vite fait par la réserve pour donner leurs uniformes aux professeurs, enfin, « uniformes », des vêtements de combat, de travail et de sport, où était cousu le symbole de la Rébellion. Ouais, c’était bien un genre d’uniforme, en fait. Il salua Bernard d’un ton enjoué en entrant, puis prit ses propres affaires dans un casier avant de filer aussitôt se changer dans le vestiaire hommes, avec le lieutenant. Aujourd’hui, il devra y aller doucement, pour une fois, il n’était pas complètement guéri.

Une fois prêts, ils allèrent dans la seconde salle de sport, la plus grande au passage, pour débuter l’échauffement puis l’entraînement. Le centre était en effervescence, aujourd’hui, pas mal de monde à suivre des cours ou à s’entraîner. Le mois de janvier était censé être plus calme, niveaux actions, c’était surtout la bataille de contre-propagande qui s’y menait, parfait pour s’entraîner et s’exercer. En chemin, Nicolas salua ceux qu’il connaissait d’un signe de main, parfois d’un sourire. Ils allèrent retrouver le commandant Brian, un homme très solide qui avait dépassé la barre des quarante ans depuis peu. Il y avait encore pas mal de personnes qui suivaient des entraînements encore peu avancés ou poussés, soit parce qu’elles venaient de rejoindre les rangs de la rébellion, soit parce que, comme lui, elles avaient été blessée lors de la vague de novembre et décembre.

– La tribu professorale débarque ? rit-il, les mains sur les hanches. Z’êtes pas bien gros, messieurs et mesdames, va falloir remédier à ça. Allez ! Commencez par vous échauffer, puis trois tours de la salle en courant, pour débuter. Comment ça va, lieutenant ? Je pensais que vous alliez rester plus longtemps à Calais. La situation s’est apaisée ?

– Oui, les émeutes ont toutes cessées et un comité a été organisé. La police là-bas a refusé de tirer sur les manifestants, j’imagine que leurs chefs vont vite sauter. Il y a eu beaucoup de nouvelles recrues.

Ah ça, c’était certain que le Nord avait eu plus que sa part, niveau agitation ! Nicolas commença à s’étirer, doucement encore au niveau des bras et du dos, une légère grimace de douleur lui échappant lorsqu’il passa les mains sur les reins, sentant les cicatrices encore douloureuses à ce niveau. Ah, bon sang, c’est qu’ils ne l’avaient pas loupé, ces abrutis ! Christophe lui demanda si ça allait, puis lui recommanda de ne pas trop tirer pour ne pas rouvrir ses blessures. Ouais, ouais, ça ira.  Comme le stratège était inquiet, l’instituteur soupira un peu puis ôta sa veste et son tee-shirt, vérifiant que les blessures dans le bas du dos étaient bien fermées et en voie de guérison. La peau était encore rouge, violette et noire, près des cicatrices, ce n’était pas spécialement beau à voir.

– Tu ne t’es pas loupé, lança Christophe en secouant un peu la tête.

Ils ne m’ont pas loupé, grinça Nicolas en remettant ses vêtements. Il vaut mieux ça qu’être mort. Mais bon, je vais y aller doucement, cette semaine, ne t’en fais pas.

Le commandant, qui avait entendu la discussion, s’approcha et lui lança qu’il pouvait s’épargner tout ce qui était poids et musculation, le temps que les cicatrices soient correctement refermées. Oui, pas de soucis. Pas le choix, de toute manière. Durant un moment, le jeune homme s’étira sans rien dire, en prenant garde aux mouvements effectués. Il devait bien bouger, comme disait Adrien, un muscle ne remuant pas s’atrophiaient.  Et puis, il ne supportait pas non plus de rester immobile trop longtemps. Son don lui allait bien, il avait l’âme en feu. Une fois échauffé, il alla courir avec le petit groupe, sur les côtés de la grande salle, évitant juste les stands de tirs. Tout en courant, il parla un peu avec Christophe, échangeant des nouvelles récentes et discutant des remous à Paris. Il y avait du bon et du moins bon, les habitants étaient montés contre le nouveau président, mais la ville avait aussi été pas mal saccagée, les dents grinçaient contre la Rébellion.

– La rentrée des gamins est demain, souffla le rouquin alors qu’ils entamaient le second tour. Très bien… ça devrait être plus calme, ce mois-ici, le travail va se concentrer sur la contre-propagande. Il faut aussi réorganiser et renouveler les effectifs, décembre a été tellement sanglant, dans toute la France.

Ouais… Nicolas hocha doucement la tête, accélérant un peu le mouvement de course. Après ça, exercices de souplesse, de musculation et de force, l’endurance se travaillait à mesure des jours.

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Albert J. Bradley
Leader de la Résistance
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MessageSujet: Re: Prémices de rentrée [Sujet Libre]   Sam 26 Mai - 18:54

Depuis ce matin, ça n'arrêtait pas, Albert était très fier de voir tous les progrès accomplis en seulement un mois, et il ne comptait pas s'arrêter là. Evidemment, il y avait du bon et du moins bon. Dans le moins bon, ils avaient déjà perdu plus d'une centaine de personnes en à peine deux semaines, dans toute la France, des Résistants comme des civils, et l'hécatombe avait été encore plus terrible entre Noël et le début de la nouvelle année. Dans le bon, leurs rangs avaient grossi, enflé, bien du monde les avait rejoint après le réveillon de noël et le gouvernement avait de plus en plus de mal à cacher ses récentes exactions. Ils s'étaient organisés, les réseaux étaient montés, les filières et communications mises en place, les chefs et sous-chefs nommés, en résumé, tout se passait bien. Albert sourit à cette pensée, se penchant à nouveau pour saisir les lourdes haltères et les soulever, d'abord jusqu'aux hanches, puis coudes repliées et poussant vers les épaules et au-dessus de la tête. Il répéta le mouvement dix fois, concentré sur son souffle, muscles contractés. Il avait fini par ôter son haut, ayant trop chaud, depuis le temps qu'il s'entraînait.

Ils n'étaient pas beaucoup dans le coin de la salle réservée à la musculation, en revanche, la salle elle-même était comble, aujourd'hui. Beaucoup de personnes étaient venues faire une halte" en attendant de s'insérer dans de nouvelles cellules de Résistance, à travers tout le pays, mais aussi le temps de se faire fabriquer de faux papiers, s'armer, obtenir des informations, s'entraîner et se préparer pour la suite de la guerre civile. Gabriella aurait dû être là également, mais Paris l'avait beaucoup plus épuisée qu'elle ne l'admettait et sa grossesse maintenant bien avancée l'empêchait de suivre la plupart des entraînements. Il y avait bien autre chose à faire, de toute manière, en plus de tout ce qui touchait au physique, et Bradley savait qu'elle devait plongée dans le travail, au quartier général, juste à côté du centre de formation. Il poursuivit encore un long moment avant d'arrêter, les muscles brûlants, s'essuyant avec une serviette pour la sueur, puis allant boire de longues gorgées d'eau. C'était un entraînement quotidien, plus encore aujourd'hui, important comme jamais. Tout en buvant, il balaya la salle du regard, saluant Stéphane de loin en le voyant, puis allant à sa rencontre. Il remit son tee-shirt d'entraînement sur le chemin, tenant la serviette à la main.

Albert – Tu sais, mon vieux, personne ne t'interdit de venir ici plus souvent, sourit-il en lui tapotant le ventre.

Il secoua un peu la tête, gentiment, puis recula d'un pas en jetant un regard au reste du groupe, pour jauger la façon dont ils menaient leurs exercices de souplesse. Et arrêta le geste de Christophe pour le corriger, lui éviter aussi de se blesser, au passage. Plus doucement, c'était de la souplesse, pas de la vitesse, et les muscles moins crispées, ça lui évitera de se faire mal. Il lui montra le bon geste, puis l'accompagna lorsqu'il reproduisit ce dernier, avant de le relâcher. Là, c'était déjà mieux. Du coin de l’œil, il vit Kimmitsu franchir à son tour les portes de la salle, lui en aussi en tenue, un kimono noir, serré à la taille. Le militaire lui fit signe puis lui demanda si tout était prêt. On pouvait y aller ? Si les profs voulaient venir aussi, c'était maintenant, on allait passer sur un peu de corps à corps. Ils se rendirent dans une salle attenante, où le sol était couvert de tatamis, comme au dojo qui servait pour les cours des gamins du pensionnat. La plupart des profs avaient suivi et une poignée de soldats. Albert s'étira à nouveau, longuement, puis avança en premier au milieu de la salle, face au nouveau directeur, pendant que les autres se mettaient sur le côté de le salle, assis ou debout.

Capitaine – Où est Gabriella, au fait ?

Albert – Au QG. Et tu comptes faire combattre au corps à corps une femme enceinte de quatre mois ?

Franchement... Il leva les yeux au ciel avec un petit soupir puis se remit en place. Pour commencer, il salua comme il se doit le professeur puis se redressa, prenant position. Souriant, il lança au Japonais de ne pas le ménager, recevant en retour un autre sourire, accompagné d'un "Ce n'est pas prévu". Un signal invisible passa entre eux et il se lança en premier, sur un enchaînement des plus classiques pour débuter. Coups de poings, puis du plat de la main, les coudes, puis se baisser très vite pour éviter une balayette. Dans un premier temps, son adversaire du moment, ne répliquait pas tant que ça, conservant une posture défensive et un air très concentré, évaluant sans aucun doute ses défenses, puis sil sourit à nouveau, tout à coup, puis passa brusquement à l'attaque. Bradley dû faire un bond en arrière pour éviter un coup qui l'aurait jeté au sol puis passa à son tour en mode défense, parant les attaques qui devenaient de plus en plus rapides. Le militaire changea sa tactique puis inséra plus de parades, rééquilibrant la partie en alternant défenses et attaques.

La partie s'acheva lorsqu'il fit brusquement connaissance avec le sol, projeté par le professeur qui le plaqua d'une main, l'autre le tenant en garde, au-dessus de lui. Essoufflé, Bradley se remit debout avec son aide puis le salua de nouveau, secouant ensuite les bras pour se décontracter. Très bien, il tenait plus longtemps qu'avant, c'était satisfaisant. Au tour des autres, maintenant !

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Kimmitsu Nakajima
Directeur
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MessageSujet: Re: Prémices de rentrée [Sujet Libre]   Lun 28 Mai - 12:29

Très bien, tout était prêt pour la rentrée des classes, le lendemain. Les locaux avaient tous été vérifiés, les élèves s’installaient depuis le début de la semaine, comme les professeurs terminaient d’emménager, chacun et chacune se préparait à cette nouvelle vie dans le domaine. Kimmitsu vérifia une dernière fois sa liste des tâches, pour être sûr de n’avoir rien oublié, avant de quitter le bureau, son sac à la main. Maintenant que l’administration était faite, on allait passer à la suite. Ôtant ses lunettes, il les rangea dans une petit étui, qu’il glissa dans son sac ensuite. Il commença par se rendre au Centre de Formation, dans les vestiaires pour se changer, saluant ceux qu’il n’avait pas encore vu aujourd’hui. La mère d’Océane sorti du vestiaire des femmes au même moment, lui adressant un bref signe de main avant de courir dans le couloir, en lançant « Désolée, je suis en retard ! », puis disparaissant dans les escaliers, vers l’étage. Il secoua un peu la tête, avec un faible sourire, poursuivant sa propre route. Lui-même avait une séance d’entraînement à assurer et se demandait s’il y aura plus de personnes nouvelles intéressées, cette fois-ci, Bradley lui avait signalé qu’il en parlerait à ses hommes.

Il retrouva le militaire dans la grande salle, voyant avec un peu de surprise que la plupart de ses collègues étaient aussi venus aujourd’hui pour une séance. Cyprien, Céleste, entre autres, il n’aurait pas cru les voir ici dès le début, pour être honnête, pensant qu’ils profiteraient plutôt du début de la semaine pour se familiariser avec les lieux et préparer leurs cours, tout comme leurs salles de classe respectives. Il hocha la tête quand Bradley demanda si tout était prête et s’ils pouvaient débuter, les emmenant aussitôt dans une salle juste à côté, qui servait de dojo. En plus des quelques professeurs, cinq autres soldats suivirent le mouvement, deux que Kimmitsu avait déjà l’habitude de faire travailler et trois qui étaient donc novices en la matière. Il se mettait en place lorsque la question sur Gabriella lui fit légèrement lever les yeux au ciel. Non, une femme enceinte ne suivait pas ce genre d’entraînement, et même si elle ne l’était pas, restait tout de même que Paris l’avait plus fatiguée qu’elle ne voulait bien l’admettre. S’étirant encore un peu, il se massa un peu les poignets puis secoua les bras, face au militaire. Il avait déjà un très bon niveau et s’exerçait chaque jour passant.

Bradley – Ne me ménagez pas.

Kimmitsu – Ce n’est pas prévu, sourit-il.

Il ne lui rendrait aucun service en baissant le niveau alors qu’il était capable de suivre un entraînement poussé. Le militaire se lança en premier, Kimmitsu commençant par simplement parer chacun des coups à une vitesse tranquille en évaluant la façon de faire du soldat. Il avait bien retenu les enchaînements de ces derniers jours, voyons maintenant ce qu’il était de la suite. Après deux minutes, il sourit une fois de plus puis passa véritablement à l’attaque à son tour, de plus en plus vite, pour pousser Bradley dans ses retranchements et le forcer à utiliser tout ce qu’il avait intégré depuis deux semaines, en plus de combiner le tout avec des techniques déjà plus anciennes. Frapper avec les jambes, les coudes, bousculer pour faire tomber au sol et l’inciter à se relever le plus vite possible, d’un petit bond ou avec une esquive latérale, pour ne pas recevoir un autre coup. L’échange dura presque dix minutes entières avant que le professeur ne jette Bradley au sol puis le maintint en joue, ravi de constater les progrès qu’il avait fait, dans le domaine. Il lui tendit la main pour l’aider à se relever puis recula, saluant son adversaire, avant de se tourner vers le reste du groupe.

Kimmitsu – D’abord ceux qui ont déjà un bon niveau, puis pour les débutants, on fera des exercices plus simples, pour apprendre les mouvements de base et travailler l’équilibre. Nicolas, prêt ?

Il lui fit signe de le rejoindre puis se mettre en garde. Il ne comptait pas y aller aussi fort qu’avec Bradley, étant donné que leur nouveau collègue se relevait à peine de blessures assez graves, mais il y avait bien moyen pour lui de s’exercer sans les rouvrir. Bien au contraire, il fallait continuer à faire travailler les muscles et la souplesse, dans des moments pareils, et faire en sorte que la convalescence soit moins longue. Dès qu’il fut prêt, il se lança en premier, cette fois-ci, adaptant le niveau pour son collègue.

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Nicolas Marcoh
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MessageSujet: Re: Prémices de rentrée [Sujet Libre]   Jeu 7 Juin - 10:33

Ils avaient terminé leurs tours de la salle en courant et débuté les exercices d’échauffement et souplesse lorsque le maréchal arriva à leur rencontre. Enfin, ex-maréchal, déserteur, résistant, Nicolas n’était plus très sûr de comment le désigner, maintenant. Beaucoup l’appelaient Général, comme pour l’ancienne directrice de Sainte Famille, ou bien chef. Nicolas dissimula un sourire quand le militaire tapotant le ventre de Stéphane en lui disant d’un ton légèrement moqueur qu’il avait le droit de venir ici plus souvent. Passé la cinquantaine, on prenait du ventre et c’était normal, tout le monde ne passait pas deux heures par jour à soulever de la fonte ! Ils poursuivirent leurs exercices, Bradley en corrigeant même certains dans leurs mouvements, jusqu’au moment où leur nouveau directeur arriva.

Nicolas attrapa une petite gourde d’eau au passage avant de suivre le mouvement, pour l’entraînement au corps à corps, cette fois-ci. Ils s’asseyaient sur le côté de la salle quand un des soldats venus avec eux trouva le moyen de poser une question parfaitement stupide, à savoir si Gabriella comptait participer à ça, sachant qu’elle était enceinte et encore fatiguée de ce mois de décembre particulièrement chargé et violent. Quoi que ça ne devait pas l’empêcher de bosser malgré tout, mais bon. Pendant que le directeur et Bradley se faisaient face, Nicolas s’assit plus confortablement par terre à côté de ses collègues, observant le duel d’entraînement avec attention. Il en avait déjà observé deux ou trois, ces derniers temps, le militaire était loin d’avoir un niveau dégueulasse et le prouvait.

Christophe – J’y pense, les gamins du pensionnat ont aussi ce genre de cours ?

Nicolas – Ouais, je l’ai vu sur les emplois du temps. Kimmitsu et Xiao-Hong s’en occupent. Tu sais, la Chinoise, qui a volé les plans dans le complexe militaire d’Anuat, début décembre ?

Son collègue fronça légèrement les sourcils puis son visage s’éclaira en signe de compréhension et il hocha la tête, confirmant qu’il se souvenait de qui il s’agissait. Parfait. Nicolas lui rendit son sourire puis reporta le regard sur le combat en cours. Il ne dura pas si longtemps que cela et se termina sur une victoire de leur collègue qui écrasa littéralement le militaire sur le tatami. A leur tour, maintenant ! Le directeur comptait d’abord faire passer ceux qui avaient déjà un certain niveau, visiblement, puis passer à des exercices plus basiques pour les débutants. Très bien. L’instituteur reposa la gourde puis se leva à son tour, hochant la tête quand Kimmitsu lui demanda s’il était prêt. Enfin, prêt, autant que possible, il devait juste faire gaffe à son dos et ne pas non plus rouvrir es blessures à la tête. Adrien allait hurler s’il se présentait avec la plaie à la tempe rouverte.

Le directeur attaqua le premier, cette fois-ci, et même s’il avait sensiblement baissé le niveau, même un œil non exercé pouvait le remarquer, Nicolas n’était pas au mieux de sa forme et ne répliqua donc pas aussi bien qu’il le faisait d’habitude. Il nota avec amusement que le directeur le forçait surtout à utiliser des parades avec les jambes et les coudes, tout ce qui ne poussait pas trop le dos à s’étirer ou plier. Il se défendit avec un peu plus de vigueur ensuite, ne serait-ce que par fierté, et puis, il avait confiance en son collègue, dans l’entraînement. Après presque huit minutes, il esquiva un coup et faillit perdre l’équilibre mais le directeur l’empoigna à la volée par le bras et le redressa avant qu’il ne s’écroule par terre. Ça s’était passé si rapidement que l’enseignement ne comprit pas très bien ce qui s’était passé, mais merci !

Un autre militaire passa encore après lui, puis Christophe. Le stratège de l’équipe était lui dans le genre force tranquille, toujours très réfléchi, la tête bien faite, il ne plaçait aucune attaque au hasard, même s’il n’avait pas un niveau bien élevé. Après ces duels, ils passèrent à des exercices de groupes pour apprendre les bases. Nicolas s’y mit aussi, alors que les soldats continuaient les combats, deux par deux. Tout en travaillant, il reposa un regard curieux sur ses nouveaux collègues, la tête pleine de questions.

Nicolas – Dites, à quoi ressemblait le premier pensionnat ? Et les alentours ? C’était comment, la vie, là-bas ?

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Prémices de rentrée [Sujet Libre]   Dim 24 Juin - 18:00

Céleste n’était pas sûre que cet entraînement soit une bonne idée, mais puisque Cyprien semblait motivé… Ils voulaient s’y mettre, après tout, non ? Ils en avaient discuté à Noël et elle ne pouvait mentir plus longtemps à propos de cette envie de se rendre utile. Qui plus est, la nécessité d’être en mesure de défendre les élèves et de se défendre en cas de besoin devenait absolue. Suivant leur nouveau collègue, un peu particulier, et le militaire depuis la salle des professeurs, la jeune femme détailla les différentes pièces et l’environnement de cette nouvelle école, pas encore habituée. Tout n’était pas encore fini, c’était visible, mais le plus gros était fait et les élèves pourraient être accueillis à la rentrée sans problème. Au passage, elle constata qu’un cours se donnait dans une salle de classe improvisée avec des adultes attentifs à propos d’un sujet qu’elle n’eut pas le temps de déchiffrer – et pas l’envie non plus, une chose à la fois.

Changés pour porter des vêtements plus adéquats à un entraînement physique, leurs mouvements étaient plus simples, surtout pour Céleste bien qu’elle ne soit pas obligée de porter des robes bouffantes et encombrantes comme elle était professeure d’élément foudre. L’année passée, elle avait fait l’erreur d’en porter à son premier cours pour l’abîmer presque aussitôt. La foudre, même au collège, pouvait causer quelques dégâts mineurs sur certaines matières. Après la salle de classe « théorique », ils passèrent dans une salle bien plus grande rassemblant différents adultes s’entraînant à diverses disciplines. La musculation, le tir, le combat à main nues, à armes blanches, à des niveaux plus ou moins poussés aussi, d’après ce qu’elle constata… Intérieurement, elle se répétait que c’était une mauvaise idée vu la tentative de Kimmitsu pour simplement la détendre il y avait de cela quelques mois à peine. Alors, combattre… Bon, ce n’était que le début et aucun d’eux ne devaient avoir les réflexes pour se détendre ou ne pas avoir mal, après tout. N’est-ce pas ?

La salle dans laquelle ils progressaient était beaucoup plus remplie que la jeune femme ne l’imaginait, son regard s’arrêtant parfois plusieurs secondes sur telle ou telle personne qui s’entraînait. Beaucoup avaient des cicatrices là où eux, professeurs, étaient indemnes et naïfs, elle était forcée de le constater. Ils se rapprochèrent alors d’un homme d’une quarantaine d’années, occupé un peu plus loin, Céleste comprenant très vite qu’il s’agissait d’un militaire, encore une fois. Aucune idée du grade qu’il possédait ou avait possédé, ni de ses facultés, elle ne s’y connaissait pas. Mais là, comme cela, dans cette posture, il ressemblait presque à un professeur de sport. Ne lui manquait plus que le sifflet, absence qui perturba bien plus Céleste que le reste, pour être honnête. Désolée ! Mais c’était vrai.

Militaire – La tribu professorale débarque ? rit-il, les mains sur les hanches. Z’êtes pas bien gros, messieurs et mesdames, va falloir remédier à ça. Allez ! Commencez par vous échauffer, puis trois tours de la salle en courant, pour débuter. Comment ça va, lieutenant ? Je pensais que vous alliez rester plus longtemps à Calais. La situation s’est apaisée ?

Lieutenant – Oui, les émeutes ont toutes cessées et un comité a été organisé. La police là-bas a refusé de tirer sur les manifestants, j’imagine que leurs chefs vont vite sauter. Il y a eu beaucoup de nouvelles recrues.

Céleste ne savait pas trop comment réagir à cette information et se contenta de lancer un regard à Cyprien, se mettant ensuite en position pour effectuer ses échauffements. Réalisant d’abord les gestes qu’elle pratiquait régulièrement en cours, elle s’appliqua ensuite à observer ceux des autres, collègues comme militaires ou résistants, pour savoir ce qu’elle pouvait faire de plus. Avant d’être interrompue par Nicolas qui releva son t-shirt, semblant souffrir et dévoilant d’affreuses cicatrices sur tout son dos… Noires, rouges ou encore violettes par endroits, il avait dû être sérieusement blessé très récemment, tirant une discrète grimace à Céleste qui détourna presque aussitôt les yeux pour ne pas paraître impolie. C’était peut-être devenu monnaie courante pour les Résistants, aujourd’hui, mais eux-mêmes étaient restés trop longtemps à l’écart, se prenant le tout en plein visage maintenant que la guerre était déclarée.

Du coin de l’œil, elle vit Bradley se rapprocher et taquiner le lieutenant, vieil ami donc, avant de les observer longtemps pour corriger l’une ou l’autre posture. Soufflant un peu, Céleste se redressa lorsqu’ils eurent tous terminé, suivant l’ex-maréchal avec tous les autres pour un entraînement dans une autre salle. Salle dans laquelle de nombreux tatamis étaient posés au sol, Kimmitsu les ayant rejoints et les attendant pour ce qui semblait être un cours habituel. Minute. Ils allaient s’entraîner avec lui… ? Marquant un léger temps d’arrêt, la jeune professeure se mit très légèrement en arrière, pas confiante et plus que réticente à l’idée de réitérer la chose même si c’était complètement stupide et qu’elle comptait bien participer. Elle se reprit, néanmoins, jugeant qu’écouter de simples réticences aujourd’hui était ridicule. Heureusement, Bradley se lança le premier pour affronter leur collègue et nouveau directeur, Céleste retenant un soupir de soulagement.

Ils regardèrent le combat entre Bradley et Kimmitsu, combat qui commença sans que leur directeur n’attaque en premier. C’était comme si ce « duel » se divisait en deux parties : la première était pour Bradley qui attaquait et la deuxième, c’était l’inverse. Sans comprendre pourquoi pour l’instant, Céleste resta silencieuse, ignorant comment les militaires ou Kimmitsu espéraient les amener, eux, professeurs, à un niveau aussi élevé. Oui, l’entraînement, tout ça, mais ils tout de même ! Pire encore lorsque Bradley se retrouva à terre après des échanges de gestes, coups et autres parades ou esquives que ses yeux n’avaient pas décrypté. Bradley, à terre. Alors qu’il était extrêmement bien entraîné, attentif et stratège. Si Céleste l’avait détesté durant des mois, elle était forcée d’admettre ce point-là aujourd’hui. Pourtant, face à Kimmitsu… Il l’aida à se relever, lui tendant la main, puis recula avant de se tourner vers eux. Heu, non, non, non. Non, merci, elle voulait s’entraîner mais pas pour ça, pas tout de suite. Trop de niveau demandé.

Kimmitsu – D’abord ceux qui ont déjà un bon niveau, puis pour les débutants, on fera des exercices plus simples, pour apprendre les mouvements de base et travailler l’équilibre. Nicolas, prêt ?

Leur nouveau collègue hocha la tête, posant sa gourde au sol à côté d’eux avant de se lancer dans le duel avec Kimmitsu. Contrairement au combat l’opposant à Bradley, il fut le premier à attaquer, ayant visiblement descendu d’un niveau pour Nicolas qui n’était pas très bien et sans doute moins expérimenté que l’ex-militaire. Ils suivirent les parades et coups des yeux, de loin, ne percevant peut-être pas le tiers des échanges mais Céleste reconnut, dans un murmure, qu’il se débrouillait très bien malgré ses blessures. Et ils devaient arriver à ce niveau… ? Le combat dura un peu moins de dix minutes avant que Kimmitsu ne reste, une fois encore, le dernier debout en retenant leur nouveau collègue dans sa chute. Préventif, il l’avait rattrapé avant qu’il ne tombe se fasse mal… Ce genre de réactions était logique, oui, mais la jeune femme n’avait pas vraiment l’habitude de voir leur nouveau directeur combattre d’autres adultes, les entraîner, et être égal dans son attitude à celle qu’il avait durant ses cours.

Ce fut ensuite le tour d’un militaire suivi de Christophe qui avait l’air plus tranquille, calme, comme s’il analysait beaucoup avant de se lancer. Dans certaines de ses réactions, il lui rappelait Kimmitsu bien que son style d’attaque et de défense ne soient pas les mêmes. Après tout, c’était normal, ils avaient appris avec lui et avaient donc acquis des techniques et réflexes que lui leur enseignait. Chaque professeur avait son style, sa « signature » qui faisait que l’on pouvait reconnaître ses élèves. Un exemple flagrant était les cours qu’elle-même dispensait aux collégiens, accentuant sur la prudence au début là où Gabriella misait directement sur l’attaque et les exercices plus poussés, ayant emprunté ce style de leur professeur commun au Pensionnat à l’époque.

Les duels terminés, ils se redressèrent tous pour passer aux exercices de groupes pour reprendre les bases, surtout pour les « nouveaux » et peu entraînés, voire pas du tout. Certains militaires partirent de leur côté, leur groupe se rétrécissant du même coup comme beaucoup, ici, avaient déjà acquis les bases depuis plusieurs semaines à présent. Contre toute attente, cependant, Nicolas resta près d’eux, Céleste ayant juré qu’il allait partir de son côté pour s’entraîner comme il avait un meilleur niveau. Mais il avait ses blessures, c’est vrai… Tournant la tête pour regarder Kimmitsu, elle tâcha de suivre les indications qu’il donnait pour reproduire tel ou tel geste, se détendre dans un premier temps pour ne pas se faire mal à cause d’un surplus de tension. Enfin, ils n’étaient pas nombreux à reprendre depuis le début, ce qui ôtait déjà une bonne pression de mal faire ou faire trop vite. Mais Céleste était tout de même rouillée, bénissant sa jeunesse, tout à coup, de pouvoir reprendre des exercices aussi physiques sans risquer de souffrir demain par manque d’élasticité. Passé la trentaine, cela devenait plus dur, surtout après des journées de cours durant lesquelles on reste debout ou assis selon l’enseignant.

Nicolas – Dites, à quoi ressemblait le premier pensionnat ? Et les alentours ? C’était comment, la vie, là-bas ?

Céleste – Beaucoup moins vert, dit-elle aussitôt à cause de la verdure les entourant sur ce site.  Il y avait deux bâtiments principaux en plus du terrain sportif avec le dojo et le terrain en lui-même. Après les vacances d’été, l’année passée, il y a eu un réaménagement pour les entraînements des éléments plus dangereux et pour d’autres pièces, notamment les parties de vie, le Pensionnat. On était à une quinzaine de minutes du village le plus proche, donc c’était assez calme mais je ne suis pas enseignante depuis suffisamment de temps pour donner un point de vue de « ce côté » de la barrière.

Maintenant qu’elle y pensait, oui, Céleste n’entamait que sa deuxième année en tant que professeure… Et, déjà l’année passée, il y avait des tensions entre le Gouvernement et l’école, en particulier avec Gabriella. Très vite, il y avait eu des clans dans la salle des professeurs entre ceux qui la suivaient et ceux qui ne la croyaient pas, ce que la jeune femme expliqua en avouant qu’elle était restée entre les deux jusqu’à ce que les choses s’enveniment. Du reste, une fois la présence des militaires au quotidien acceptée… C’était une école normale. Les élèves sortaient, se baladaient autant que possible. Jusqu’à ce que le conflit ne prenne trop d’ampleur.

Céleste – A partir d’un moment, plus personne ne pouvait ignorer ce qu’il se passait et cela a influencé l’atmosphère régnant dans l’école. Donc on cherchait à protéger le plus possible les élèves de l’extérieur. Certains professeurs ont quitté le Pensionnat pour aller habiter à Gray et séparer l’école de la vie privée, surtout ceux ayant enfants et famille qu’ils ne voulaient pas mêler à tout cela de trop près. Quant à Gray, c’était un petit village avec toutes sortes de commerces, une école primaire, une église… Le petit village de campagne, en somme.

Céleste avait volontairement dévié sur le sujet de Gray pour terminer sur une note plus positive, sachant que Kimmitsu avait toujours eu un comportement plus… critique envers ceux qui n’avaient pas soutenu Gabriella au début. La réunion en septembre avait particulièrement marqué les esprits mais inutile de le rappeler, n’est-ce pas ? S’interrompant pour essayer de suivre un peu mieux, Céleste grimaça l’espace de quelques secondes durant un geste à reproduire, l’ayant sans doute mal fait par inattention. Reprenant ensuite l’exercice sans quitter des yeux Kimmitsu et Cyprien pour ne plus se tromper, elle tourna très brièvement la tête vers les ex-militaires encore présents le temps de souffler pour leur poser une question. Nicolas avait l’air de s’être très bien intégré, le lieutenant, en revanche…

Céleste – Pour vous, ce n’est pas trop… compliqué par rapport à vos vies d’avant ? Je suppose que vivre à côté d’une école, c’est assez bizarre. Surtout en étant caché comme ça…

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Stéphane Maltais
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MessageSujet: Re: Prémices de rentrée [Sujet Libre]   Dim 1 Juil - 10:47

Et bien, à mon avis, il allait lui falloir au bas mot trois bonnes semaines encore pour que son dos ne ressemble plus à un champ de bataille. La peau était teintée de violet, de noir, de bleu, de jaune et étirée, boursouflée, le sang gonflait encore les cicatrices à peine refermées. Pas beau à voir, tout ça. Je secouais un peu la tête pendant que Christophe grimaçait, lui aussi. Mais Nicolas avait raison, c’était toujours mieux que la mort et on s’habituait à la douleur comme à tout le reste. Je lui tapotais l’épaule au passage, avant de débuter les tours de salle en courant. Je courrais sans trop me presser, sur le premier tour, en rythme très régulier, puis accélérais à mesure ensuite. Un premier échauffement très classique avant de pouvoir passer à la suite du programme.

Juste derrière moi, Nicolas et Christophe s’échangeaient des nouvelles tout en courant. La situation à Paris n’était pas très apaisée, quand bien même le plus gros chaos était passé. Je me demandais encore pourquoi plus de personnes ne s’étaient pas soulevées contre le gouvernement, après que la police ait ouvert le feu de cette manière… Peut-être par la haine des élémentaires, qui n’inspirait pas à réfléchir ? Et puis, la ville avait subi des dégâts, je ne l’oubliais pas non plus. Je n’aurais pas apprécié non plus de voir ma rue ravagée, la voiture renversée ou ma maison détruite par le souffle d’une explosion. Je me mettais à la place de ceux qui avaient subi ces dégâts, ils ne pouvaient pas décemment soutenir les Résistants.

– La rentrée des gamins est demain, souffla le rouquin alors qu’ils entamaient le second tour. Très bien… ça devrait être plus calme, ce mois-ici, le travail va se concentrer sur la contre-propagande. Il faut aussi réorganiser et renouveler les effectifs, décembre a été tellement sanglant, dans toute la France.

Pas seulement décembre, hélas, novembre aussi avait eu son cortège de morts, dès lors que les choses étaient devenues plus sérieuses, en fait, que la guerre avait été déclarée. Les radios et journaux pouvaient déclarer tout ce qu’ils voulaient, je savais bien que la guerre civile était enclenchée depuis deux bons mois, le gouvernement le savait, tout le monde dans cette école le savait. Leblanc nous avait déclaré officiellement la guerre, la résistance lui avait répondu le soir du vingt-quatre. Je retenais un petit soupir en achevant la course, avant de me mettre aux exercices de souplesse avec les autres. C’était notre guerre, aujourd’hui, nous avions choisi de combattre, en toute connaissance de cause. J’allais de nouveau me salir les mains mais cette fois-ci, je saurai pourquoi je vais le faire.

Au bout d’un moment, Albert en termina avec ses propres exercices et me fit signe de loin, avant de nous rejoindre. Je levais légèrement les yeux au ciel à sa remarque, lorsqu’il me tapota le ventre, mais souriais faiblement. Je ne m’entraînais pas autant que lui, c’est vrai, mes capacités s’épanouissaient mieux sur un autre genre de terrain. Et je n’avais plus non plus la même énergie qu’autrefois. Lui, la Grande Guerre l’avait renforcé. Moi, elle m’avait vidé. Je n’avais pas autant de volonté que lui et je n’avais pas non plus la même fermeté. Cette guerre avait sapé une grande partie de mes forces et de mon moral, que je ne retrouverais plus. Tout ce qu’il me restait à faire était de donner le restant à cette nouvelle guerre, pour protéger ceux et celles qui n’avaient pas encore tout perdu.

J’y réfléchissais tout en poursuivant mes exercices, avant que le nouveau directeur n’arrive. Je ne comprenais pas non plus, en réalité, les personnes comme Albert, ou même l’ancienne directrice, qui trouvait de la volonté ou de la force dans les conflits. Personnellement, les cortèges de morts et la violence me ruinaient plus qu’autre chose, je n’y voyais aucun moyen d’en sortir avec de la volonté et l’envie de filer en avant. Il y en avait pas mal qui arrivaient aussi ça et beaucoup, beaucoup d’autres comme moi. On en sortait brisés, certains définitivement. Je suivais le mouvement dans le dojo, avec le petit groupe, puis m’asseyais au sol, toujours en silence. Les autres parlaient un peu, tout en suivant le combat, moi non. Je n’aimais pas beaucoup discuter, le silence n’était pas dérangeant.

Après Albert, quelques autres passèrent en duel d’entraînement contre le professeur. On pouvait arguer qu’apprendre ça ne servait pas, pourtant, c’était essentiel. Impossible de se battre sans entretenir la condition physique et une fois sur le terrain, désarmé ou sans munitions, il ne restait plus que ce moyen de défense. Une fois chacun passé parmi ceux ayant déjà un certain niveau, le prof nous divisa en deux groupes distincts, je me retrouvais avec ceux qui n’avaient pas beaucoup d’entraînement encore. Je préférais répéter les bases, aujourd’hui, puis ensuite, je continuerais par un entraînement aux armes, avant d’enseigner la tactique militaire aux jeunes recrues.

– Dites, à quoi ressemblait le premier pensionnat ? Et les alentours ? C’était comment, la vie, là-bas ?

Cette question-là ne m’avait jamais effleuré l’esprit… Même pas par curiosité, après tout, la première école appartenait à une histoire passée. Ce qui compte, c’est ce qu’on vit dans le moment présent. Encore une chose que j’avais apprise en 1917. Ne pas s’occuper du passé puisque ça ne servait à rien, ne pas rêver non plus à l’avenir car il pouvait se dérober à vous à tout instant, se contenter de survivre dans le moment présent. Même demain était un songe flou et inaccessible, j’avais été trop pris par l’habitude qu’on ne doit rien prévoir puisque la mort peut vous saisir à n’importe quel instant.

– Beaucoup moins vert. Il y avait deux bâtiments principaux en plus du terrain sportif avec le dojo et le terrain en lui-même. Après les vacances d’été, l’année passée, il y a eu un réaménagement pour les entraînements des éléments plus dangereux et pour d’autres pièces, notamment les parties de vie, le Pensionnat. On était à une quinzaine de minutes du village le plus proche, donc c’était assez calme mais je ne suis pas enseignante depuis suffisamment de temps pour donner un point de vue de « ce côté » de la barrière.

Je hochais vaguement la tête, tout en poursuivant mes exercices, écoutant sans pouvoir imaginer ce que la jeune femme décrivait, sur les tensions même au sein de l’équipe professorale. Peut-être ne le réalisait-elle pas mais c’était normal, il faut plus de temps et de courage pour accepter une situation et la combattre que fermer les yeux en attendant que ça passe. Parler et s’indigner est très facile, passer aux actes l’est bien plus. Je ne pouvais pas non plus imaginer à quoi ressemblait Gray et y attachait peu d’importance. Les lieux passaient, les personnes aussi, pas les souvenirs. Même le bureau à Paris où j’avais passé tant d’heures depuis quatorze ans était un souvenir très lointain.

– Pour vous, ce n’est pas trop… compliqué par rapport à vos vies d’avant ? Je suppose que vivre à côté d’une école, c’est assez bizarre. Surtout en étant caché comme ça…

– Non… Nous ne sommes pas cachés comme vous, cette école est un simple passage, un refus le temps de se soigner puis repartir. J’ai appris à… dormir n’importe où, même dans les pires conditions. Pour la question de se cacher, ça ne veut pas dire grand-chose. Nous sommes déjà… Comment dire ça… Je ne peux plus vivre comme un civil ordinaire, vivre en imaginant… qu’il existe un lendemain. Lorsqu’on s’enfonce assez loin dans les combats, la réalité n’a plus le même sens, on ne réfléchit plus comme autrefois. C’est comme si nous vivions derrière une vitre épaisse, séparés des autres et de la vraie vie, entre nous, entre ceux qui ont connu ce passage. Déjà cachés de la vie, en quelque sorte.


J’ignorais si c’était très clair, j’essayais simplement de leur faire comprendre ce que je ressentais sur le sujet. C’était toujours compliqué, pour moi, d’expliquer comment je voyais les choses, ça paraissait tellement inconcevable à une personne qui n’avait pas connu le passage. J’appelais comme ça ce moment où le pas de trop est franchi, où votre esprit était trop conditionné par la guerre pour que vous arriviez à penser de nouveau comme un simple civil, comme une personne qui n’aura jamais vu les morts s’accumuler, une personne… qui n’aura jamais tuée.

– La seule différence, murmurais-je ensuite, est que cette guerre-ci est la nôtre. J’ai choisi de combattre, vous comprenez ? La Grande Guerre, ce n’était pas notre combat. Il y a une… part de soi qui se perd à jamais lorsqu’on tue quelqu’un. Mais ce combat-là, nous avons choisi de le mener, tous. On crève de peur et c’est normal. Tout le monde a peur, même nos chefs. Ceux qui contrôlent mieux leur peur guident les autres. C’est pour ça qu’Albert a gravi les échelons si vite… Il osait tenir tête à ses supérieurs quand les décisions prises étaient mauvaises. Il savait courir devant les autres pendant la Grande Guerre même lorsque rien ne nous attendait à part la mort. C’est ça qui aide le plus, de savoir… qu’il y a quelqu’un pour vous guider, quelqu’un qui sait comment s’y prendre pour que la guerre cesse un jour. Plus vous aurez confiance en cette personne, plus vous arriverez à contrôler la peur. Puis à combattre avec elle.

Je souriais faiblement, presque un rictus lointain, en regardant Albert au loin. Les personnes comme lui n’étaient pas légion, je devais bien l’admettre. Mais la force morale se développait aussi quand on était pris dans la tourmente et je pensais que d’autres encore pouvaient se lever.

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Nicolas Marcoh
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MessageSujet: Re: Prémices de rentrée [Sujet Libre]   Ven 27 Juil - 19:07

Contre toute attente, ce fut celle qui tirait la tronche en permanence qui répondit la première et avec un sourire, qui plus est. Alléluia ! Il faillit vraiment s’écrier ça et ne se retint que d’extrême justesse, lui rendant son sourire en écoutant ses explications. Il ne l’aurait pas cru, depuis la première seconde où il l’avait rencontrée, il ne l’avait pas vu sourire ni même aborder un air moins froid une seule fois, ce qui l’avait classée directement dans la catégorie des glaçons. Elle pouvait donc parler sans donner l’impression qu’elle était prête à se tirer une balle en pleine tête, que c’était beau. Soit il l’avait jugée trop vite, soit ses éclairs de chaleur venaient par vagues imprévisibles. Breeef. Peut-être était-ce à cause de l’influence de son don sur lui qu’il était aussi réactif à ceux qui avaient des allures de glaçon sur pattes, il les repérait comme s’il disposait d’un radar intégré.

Ce qu’elle décrivait, en tout cas, avait tout le style d’une école parfaitement normale, quoi que plus surveillée que de coutume. Une école d’élémentaires, ça ne pouvait être vraiment ordinaire, même s’il y avait des trucs se rapprochant de toutes les autres écoles. Le petit village de campagne juste à côté, la vie calme et ordinaire, la vie en petites communautés. Il n’avait jamais connu ça, personnellement, ayant toujours vécu dans la même ville avant de partir avec la Résistance. Ville industrielle, avec la moitié des usines qui avaient fermé d’ailleurs, morne, triste, pauvre, enfumée et sale, on était très loin de l’image du petit village tranquille de campagne. Tous les problèmes sociaux étaient réunis, dans des villes comme ça. Trafics, corruption, misère… La déchéance sociale dans toute sa splendeur et le manque violent de repères pour les mômes.

– Pour vous, ce n’est pas trop… compliqué par rapport à vos vies d’avant ? Je suppose que vivre à côté d’une école, c’est assez bizarre. Surtout en étant caché comme ça…

– Non… Nous ne sommes pas cachés comme vous, cette école est un simple passage, un refus le temps de se soigner puis repartir. J’ai appris à… dormir n’importe où, même dans les pires conditions. Pour la question de se cacher, ça ne veut pas dire grand-chose. Nous sommes déjà… Comment dire ça… Je ne peux plus vivre comme un civil ordinaire, vivre en imaginant… qu’il existe un lendemain. Lorsqu’on s’enfonce assez loin dans les combats, la réalité n’a plus le même sens, on ne réfléchit plus comme autrefois. C’est comme si nous vivions derrière une vitre épaisse, séparés des autres et de la vraie vie, entre nous, entre ceux qui ont connu ce passage. Déjà cachés de la vie, en quelque sorte.

Il pensait que Céleste était un glaçon, mais bon, elle encore, ce n’était rien du tout à côté de ceux qui étaient passé par les horreurs de la Grande Guerre. Nicolas eut un long frisson, tout en poursuivant ses exercices. Il comprenait bien ce que voulait dire le lieutenant, ce n'était pas la première fois qu’il entendait ces paroles-là ou qu’il les lisait, c’était un sentiment commun et très généralisé, chez les anciens Poilus. C’était toujours la même chose, tous étaient restés coincés, en pensées, dans cette guerre… Son père avait aussi écrit cela, dans une lettre. « Cette guerre est finie pour le pays, elle ne le sera jamais, dans nos têtes. Je suis toujours dans les tranchées et je ne sais plus comment les quitter. Nous ne pouvons plus vivre. » Tous les soldats ressentaient ça, après une guerre aussi affreuse. Certains pouvaient l’exprimer, comme le lieutenant, d’autres gardaient ça au fond d’eux sans jamais le dévoiler.

– La seule différence est que cette guerre-ci est la nôtre. J’ai choisi de combattre, vous comprenez ? La Grande Guerre, ce n’était pas notre combat. Il y a une… part de soi qui se perd à jamais lorsqu’on tue quelqu’un. Mais ce combat-là, nous avons choisi de le mener, tous. On crève de peur et c’est normal. Tout le monde a peur, même nos chefs. Ceux qui contrôlent mieux leur peur guident les autres. C’est pour ça qu’Albert a gravi les échelons si vite… Il osait tenir tête à ses supérieurs quand les décisions prises étaient mauvaises. Il savait courir devant les autres pendant la Grande Guerre même lorsque rien ne nous attendait à part la mort. C’est ça qui aide le plus, de savoir… qu’il y a quelqu’un pour vous guider, quelqu’un qui sait comment s’y prendre pour que la guerre cesse un jour. Plus vous aurez confiance en cette personne, plus vous arriverez à contrôler la peur. Puis à combattre avec elle.

Nicolas tapota l’épaule du lieutenant avec un faible sourire, pour lui redonner un peu de baume au cœur. Même si le sujet était des plus glaçants, la fin était une note d’espoir, à ses yeux. Ça aussi, c’était on ne peut plus vrai, et pas seulement dans ce contexte-là, mais partout. Au travail, à l’école, dans la vie quotidienne, avoir une personne en qui on a foi, qu’on veut suivre, c’est très important. Il ouvrait la bouche pour répondre lorsqu’une alarme résonna tout à coup dans le bâtiment, les faisant sursauter. Aussitôt, toutes les lumières furent éteintes et Bradley leur ordonna sèchement de ne plus bouger ni faire de bruit. Le silence tomba comme un couperet, même du dehors, on entendait rien. Six bonnes minutes entières plus tard, ils perçurent le bruit d’hélicoptères, passant au-dessus de la forêt, et le bruit d’un avion. Cela dura un moment, avant que le tout ne s’éloigne. Toujours dans le noir et sans bouger, ils patientèrent, alors que Bradley tirait une radio de sa poche.

– Au rapport, commandant.

– Quatre hélicoptères de combat, en escorte d’un avion militaire léger, répondit une voix grave et un peu grésillant. Passés sans ralentir.

– Faites un déroulé des destinations possibles selon les coordonnées et leur traçage. J’arrive.

Nicolas s’écarta un peu vivement lorsque le militaire fila hors de la salle, puis attendit encore, jusqu’à ce que la lumière et le calme revienne. Ils allaient peut-être bientôt repartir en mission, ce genre d’interruption sonnait bon les missions d’espionnage, infiltration ou sabotage. Il s’étira un peu, souriant à ses collègues.

– On va peut-être troquer la rentrée scolaire par une mission de sabotage, pour faire sauter un dépôt d’armements. Et dire que je croyais naïvement que le mois de janvier allait être plus calme.

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Cyprien Redfire
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MessageSujet: Re: Prémices de rentrée [Sujet Libre]   Hier à 18:57

Bradley – Ne me ménagez pas.

Kimmitsu – Ce n’est pas prévu, sourit-il.

Marrant comme la relation entre ces deux-là semblait changée… Ou bien ils ne les avaient plus vu depuis trop longtemps et ne réalisait pas non plus ce qui pouvait se passer entre eux. Cyprien, assit par terre près de Céleste, suivit leur échange d’un œil très intéressé, autant pour le style de combat que pour évaluer comment ils se comportaient, l’un face à l’autre. Ils s’étaient déjà confrontés de nombreuses fois en public, dans l’ancienne école, mais toujours avec méfiance, comme pour eux tous, d’ailleurs ! Sauf ici… La méfiance que le sous-directeur, directeur tout court maintenant, avait porté comme tout le monde contre Bradley n’existait plus du tout. Ça se voyait, ça se ressentait, même si le professeur ne saurait pas exactement expliquer cette impression. Ils combattirent de longues minutes, visiblement à un niveau poussé, avant que le militaire ne finisse par terre, tenu par leur collègue. Ouh là, Cyprien doutait sincèrement d’arriver au même rythme un jour… Bon, évidemment, il fallait beaucoup s’entraîner, mais quand même ! Il ne faisait clairement pas parti de « ceux qui ont un bon niveau », plutôt des débutants n’ayant absolument aucune base dans le domaine.

Leur nouveau collègue passa ensuite, cette fois sur un rythme moins rapide, ou niveau moins élevé, même si c’était quand même pas mal. Sur la fin, Kimmitsu le rattrapera d’ailleurs souplement avant qu’il ne s’écrase dos au sol, ça, c’était prévoyant de sa part, étant donné que leur collègue avait de sacrés blessures. Il y eut encore quelques duels, chacun avait son propre style de combat. Cyprien n’y connaissait pas grand-chose mais pouvait remarquer les quelques différences dans les postures ou les façons de chacun d’engager le combat. Après cette phase, ils se séparèrent en deux groupes, un pour les confirmés, l’autre pour les débutants et les exercices de base. Le premier groupe poursuivait les duels, ils devaient sûrement s’entraîner depuis déjà pas mal de temps. S’entraîner, reproduire les mouvements correctement, discuter. Céleste se chargea de répondre à leur collègue pour décrire le premier pensionnat et un peu le village, ramenant des souvenirs dans l’esprit de Cyprien. Ah là là, Gray, il leur faudra du temps, à tous, avant de tourner pour de bon la page et laisser le village derrière eux. Cette école avait été un refuge et un nouveau foyer, si sûr, pour beaucoup d’entre eux et durant de nombreuses années.

Céleste – Pour vous, ce n’est pas trop… compliqué par rapport à vos vies d’avant ? Je suppose que vivre à côté d’une école, c’est assez bizarre. Surtout en étant caché comme ça…

Lieutenant Maltais – Non… Nous ne sommes pas cachés comme vous, cette école est un simple passage, un refuge le temps de se soigner puis repartir. J’ai appris à… dormir n’importe où, même dans les pires conditions. Pour la question de se cacher, ça ne veut pas dire grand-chose. Nous sommes déjà… Comment dire ça… Je ne peux plus vivre comme un civil ordinaire, vivre en imaginant… qu’il existe un lendemain. Lorsqu’on s’enfonce assez loin dans les combats, la réalité n’a plus le même sens, on ne réfléchit plus comme autrefois. C’est comme si nous vivions derrière une vitre épaisse, séparés des autres et de la vraie vie, entre nous, entre ceux qui ont connu ce passage. Déjà cachés de la vie, en quelque sorte.

Hum. Cyprien préféra se taire, sentant une boule se former dans sa gorge. Ce devait être le même sentiment qui tenaillait tous les soldats, presque tous ceux qu’ils voyaient aujourd’hui s’entraîner, dans cette salle, et même certains de leurs collègues à l’école, depuis qu’ils combattaient. Il échangea un bref regard avec ses collègues, un frisson lui remontant le dos. Cette sensation, il ne pouvait pas la comprendre, c’était impossible sans l’avoir vécue ! Et la vivre, il ne voulait pas, surtout pas, car comment revenir à une vie normale ensuite ? C’était complètement impossible ! Le lieutenant le disait lui-même, d’ailleurs, la réalité n’avait plus le même sens ni le même goût, impossible de revenir en arrière, c’était fini pour de bon.

Lieutenant Maltais – La seule différence est que cette guerre-ci est la nôtre. J’ai choisi de combattre, vous comprenez ? La Grande Guerre, ce n’était pas notre combat. Il y a une… part de soi qui se perd à jamais lorsqu’on tue quelqu’un. Mais ce combat-là, nous avons choisi de le mener, tous. On crève de peur et c’est normal. Tout le monde a peur, même nos chefs. Ceux qui contrôlent mieux leur peur guident les autres. C’est pour ça qu’Albert a gravi les échelons si vite… Il osait tenir tête à ses supérieurs quand les décisions prises étaient mauvaises. Il savait courir devant les autres pendant la Grande Guerre même lorsque rien ne nous attendait à part la mort. C’est ça qui aide le plus, de savoir… qu’il y a quelqu’un pour vous guider, quelqu’un qui sait comment s’y prendre pour que la guerre cesse un jour. Plus vous aurez confiance en cette personne, plus vous arriverez à contrôler la peur. Puis à combattre avec elle.

Vu ainsi, ça éclairait la guerre sous un jour nouveau, c’est vrai que Cyprien s’était souvent demandé pourquoi tant de personnes avaient suivi leur chef les yeux fermés, lorsqu’il avait déserté l’armée et appelé ses subordonnés à faire de même. Il hocha donc la tête, un peu pensivement. Ils ne connaissaient pas vraiment Bradley, de toute façon, et avaient longtemps eu une image très négative de lui. Même maintenant, il était plus que compliqué de le considérer comme un véritable allié ! Ses réflexions furent stoppées net lorsque l’alarme retentit, le faisant sursauter violemment. Les lumières furent toutes coupées au même moment et Bradley leur ordonna d’un ton sec de ne plus bouger ni faire le moindre bruit. Immobilisé, le souffle court, Cyprien leva un peu les yeux, attendant. Que se passait-il ?! Ils ne disaient rien, personne n’osait faire le moindre mouvement. Les minutes s’écoulèrent, toujours dans un silence de mort… Le professeur commençait à croire à une fausse alerte lorsque du bruit leur parvint. Un avion ? Non, plusieurs. Dans un tel silence, ce bruit était particulièrement oppressant. Ils allaient être bombardés ! Non ? Non… Le bruit passa, ils ne bougeaient toujours pas, dans le noir le plus complet, sauf Bradley qui tira une petite radio de sa poche. Ils pouvaient remuer ou pas encore ?

Bradley – Au rapport, commandant.

Commandant – Quatre hélicoptères de combat, en escorte d’un avion militaire léger. Passés sans ralentir.

Bradley – Faites un déroulé des destinations possibles selon les coordonnées et leur traçage. J’arrive.

Le militaire partit presque en courant de la salle, la lumière revint peu de temps après. Cyprien était légèrement sonné, pris par surprise avec l’alarme et ce rappel brutal qu’ils étaient en guerre, même protégés dans cette école, ou nouveau refuge, peu importe comment on le nommait. Seul Nicolas arrivait à sourire, bon sang, rien ne le touchait ?! Blessé ou pas, en guerre ou pas, il souriait toujours, s’en était hallucinant. La remarque légère qui suivit le fit presque lever les yeux au ciel, tant il n’en revenait pas. Les élémentaires feu, j’vous jure ! Se taisant, il reprit l’entraînement avec les autres, suivant d’une oreille plus distraite les consignes de Kimmitsu.

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Prémices de rentrée [Sujet Libre]
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