Pensionnat de la Ste Famille

1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Prémices de rentrée [Sujet Libre]

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Stéphane Maltais
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MessageSujet: Prémices de rentrée [Sujet Libre]   Jeu 29 Mar - 15:15

Mercredi 6 janvier 1932

Ce ne fut qu’un souffle donné du bout des lèvres, un « bonne année » très discret et rapide, un chuchotement si bas qu’il en semblait presque honteux. Je lui rendis sur le même ton, suivi d’un hochement de tête pour saluer mon interlocuteur avant qu’il ne disparaisse au détour d’un couloir. Cette année n’était guère bonne, pas dans le sens « fête, bonne humeur », en tout cas, mais me passer de ce genre de petite attention ne ferait qu’alourdir encore l’ambiance. Demain, ces classes allaient de nouveau être remplies, profs et élèves de retour au travail. Je n’étais encore jamais venu dans la partie « école » du domaine, je n’avais rien de particulier à y faire ni d’amis à voir, et je n’y étais de toute façon pas à ma place. Ma visite aujourd’hui était motivée par une tâche à accomplir, les enfants ou adultes qui croisaient ma route ne pouvaient pas me confondre avec nouveau professeur. J’étais en uniforme, comme à mon habitude. Ma seconde peau…

Dans chaque classe, je devais afficher des petits papiers rappelant les règles les plus élémentaires de sécurité, chacun ici devait les connaître par cœur. Les entrées et sorties d domaine étaient contrôlées et surveillées, les enfants devaient bien comprendre que jouer aux idiots et faire le mur pouvait être bien plus lourd de conséquence qu’un simple jeu entre collégiens. Si une personne mauvaise à l’extérieure les identifiait comme élève de cette école, alors c’est tout le domaine qui sera attaqué. Je devais d’ailleurs passer dans toutes les classes, après la rentrée, pour y sensibiliser les élèves. Et aussi sensibiliser leurs professeurs, tous devaient avoir conscience des risques. L’ancienne école, c’était fini. Je voyais ce nouvel endroit comme une île fragile, menacée, dont la préservation dépendait entièrement de ceux qui y vivaient. En entrant dans une nouvelle classe, j’allais coller encore une affiche sur le panneau en liège, avec un grand soin.

Les enfants arrivaient depuis le 1er janvier, pour la rentrée. Il y avait un monde fou, maintenant, avec tous ces élèves, qui exploraient les lieux et mettaient leurs bagages dans les chambres. Je ne savais guère comment réagir face à cette joie toute enfantine d’explorer un nouvel endroit… Les enfants couraient partout et venaient jeter des coups d’œils furtifs dans les classes en se noyant sous leurs commentaires. Ça semblait amuser les enseignants, pour la plupart, lorsqu’ils étaient dans leurs classes préparer la rentrée. Je devais être trop blasé ou trop distant pour comprendre, ou juste avoir des préoccupations trop éloignées des leurs. La joie innocente, je ne savais plus ce que ça signifiait. J’entrais dans une nouvelle salle, remplie de plantes, marmonnant un peu en voyant le tableau de liège déjà couvert d’affichettes et de schémas. En m’approchant, je commençais à regarder ce que je pourrais légitimement ôter de là pour y mettre les nouvelles règles.

- Bonjour monsieur ! lança à cet instant une voix enfantine derrière moi.

Je tournais la tête, juste à temps pour voir un petit de onze ou douze ans passer la tête à la porte de la classe, regarder partout avec une moue curieuse, puis repartir en riant et courant avec ses amis. Les enfants… Je n’en avais pas, ni ma femme ni moi n’avions eu vraiment envie d’être parents, et après la guerre, je ne m’étais pas remarié. Ça aurait pu me manquer, mais aujourd’hui, non. Les souvenirs du passé prenaient trop de place dans ma tête pour y insérer de nouvelles envies ou des regrets d’un nouveau genre. Je détachais un des schémas puis y mettait les règles à la place, poursuivant ma « tournée ». C’était l’épiphanie, aujourd’hui, certains avaient pris la peine de cuisiner des galettes et en donnaient aux uns et autres. J’espérais que cette forme d’optimisme et d’innocence allait durer, chez tous ces gens. C’était pour eux que nous nous battions.

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Nicolas Marcoh
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MessageSujet: Re: Prémices de rentrée [Sujet Libre]   Jeu 5 Avr - 10:42

Incroyable le nombre de personnes qui n’avaient pas encore réalisé qu’en temps de guerre, lorsque vous étiez recherché ou susceptible de l’être très bientôt, envoyer votre enfant à l’école primaire de la ville d’à côté votre cachette n’était pas la meilleure idée du siècle. Nicolas aurait pu en rire mais était surtout un peu blasé de voir ça. Enfin, la réalité allait les rattraper bien assez vite. Il n’y avait pas que pour les élèves qui voyaient beaucoup de changements, pour les adultes aussi, l’ambiance était très étrange, en cette veille de rentrée. On trouvait l’agitation habituelle, les derniers papiers administratifs à préparer, les dossiers des élèves qu’il fallait actualiser, les préparations à cette nouvelle rentrée de janvier, après des vacances de Noël un peu chamboulées. La salle des professeurs était très bien remplie et les bavardages allaient bon train.

Il y avait comme deux « clans » dans la salle des professeurs. D’un côté, l’équipe déjà en place depuis longtemps qui discutait, riait, échangeait les dernières nouvelles et commentaient la nouvelle école, parlaient de leurs élèves, des classes, des trucs et astuces pour apaiser les enfants et les faire travailler en sécurité. De l’autre, les nouveaux enseignants et membres du personnel, pas encore intégrés véritablement à cette équipe, même si les présentations avaient été faites, et qui eux-même ne se sentaient pas, de toute façon, vraiment dans la peau de professeurs, pour la plupart. Nicolas avait le sentiment qu’un fossé s’était déjà creusé, quand il regardait ses nouveaux collègues… Ils travaillaient ensemble, maintenant, d’accord, pour autant, il ne savait pas vraiment de quoi leur parler. L’avenir de la Résistance occupait bien plus ses pensées que l’avenir scolaire des enfants de l’école.

Le nouveau « petit jeune » de l’équipa, Maxence, s’était lui lancé dans une grande discussion avec des « anciens » de l’équipe enseignante, un certain Valentin, professeur de sport qui se traînait une jambe raide, lui aussi membre actif de la Résistance. Nicolas, de son côté, s’était appuyé contre la table et buvait un café, les bras croisés, sans parler beaucoup. Une odeur de galette des rois flottait dans la pièce, il n’avait pas voulu en manger, la gorge un peu trop serrée pour ça. Pas à cause du stress de la rentrée, loin de là, il était simplement encore marqué par l’attaque violente de sa cellule de résistance, il y a deux semaines. Ils s’étaient tous éparpillés un peu partout. L’instit toucha avec précaution une longue cicatrice boursouflée, sur l’arcade sourcilière, d’un ton rouge-violet peu engageant, tirant sur le noir. Les points de suture tenait bien, ça devrait aller mieux d’ici quelques temps.

– Salut lieutenant, lança-t-il lorsque la porte de la salle s’ouvrit tout à coup sur Maltais.

Il avait les bras chargés de documents, dont certains qu’il commença à mettre dans un coin du grand panneau de liège servant à donner les informations importantes ou de routine aux professeurs, parfois à l’affichage de petites annonces. Les règles de sécurité, tiens, ils en avaient déjà pas mal parlé. Nicolas prit un des petits papiers dans la boîte pour le lire en diagonal, avant de le reposer.

– Vous voulez un café ? proposa-t-il avec un signe de tête vers la table chargée. Il reste du temps avant l’entraînement de ce matin, encore.

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Stéphane Maltais
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MessageSujet: Re: Prémices de rentrée [Sujet Libre]   Jeu 12 Avr - 10:56

Après ma tournée dans les salles de classes, je me dirigeais vers la partie administrative de l’école, dans les bureaux et la salle des professeurs. Une partie où je ne venais pas souvent non plus, qu’avais-je à y faire ? Je n’étais pas à ma place ici, ces gens étaient… Et bien, ils étaient des civils. Pas tous, non, il y avait aussi des Résistants, parmi eux. Ça me rappelait ce que disait parfois Albert. « Un clou chasse toujours l’autre, que que soit la pourriture de la planche ». En entrant dans la salle des professeurs, je n’eus aucune difficulté à distinguer les professeurs des Résistants, même ceux que je n’avais jamais vu encore. Ceux qui se battaient avec nous étaient souvent blessés, comme Nicolas, qui traînait une vilaine blessure à l’arcade, en cours de cicatrisation. Je lui rendis son salut, avant de poser mes feuillets et commencer à en mettre sur le panneau.

Quelques enseignants me dirent bonjour, la plupart souriaient, l’air un peu stressé, dynamique, impatient ou résolu à être de bonne humeur. J’essayais de leur sourire à mon tour, avec un succès très moindre, puis laissant tomber. Sourire, c’était devenu comme… un exercice lointain que je ne savais plus pratiquer depuis la Grande Guerre. Je ne connaissais pas grand monde, dans cette salle, à part ceux vu au centre de formation ou au QG, un ou deux avec qui j’avais aussi combattu ces deux derniers mois, aussi. Un frisson me parcourut le dos quand je réalisais, une fois de plus, le décalage brutal entre nos « mondes ». Celui des civils, menant leurs vies professionnelles et familiales avec plus ou moins de bonheur, et celui des militaires et Résistants, dont la principale préoccupation demeurait la guerre civile. Deux mondes pas si opposés, pourtant, mais qui filaient l’un à côté de l’autre en se croisant parfois.

– Vous voulez un café ? proposa-t-il avec un signe de tête vers la table chargée. Il reste du temps avant l’entraînement de ce matin, encore.

– Et bien… Pourquoi pas. Merci.


Depuis quelques jours, pour ne pas effrayer les élèves ou ne pas mettre mal à l’aise les adultes, j’essayais de parler à un ton ordinaire, soit plus élevé que mon habitude, et aussi de me comporter comme si je ne portais pas la mort sur le dos en permanence. Depuis les tranchées, j’avais gardé l’habitude de parler à voix basse, on ne devait pas vous repérer quand vous deviez éviter les snipers… J’avais aussi tant côtoyé la Mort qu’elle marchait à présent à mes côtés sans jamais me quitter, attendant patiemment le moment propice pour me prendre dans ses bras et s’envoler en m’emmenant contre son sein. Mes mains tremblèrent un peu en prenant la tasse que Nicolas me tendit, de nouveau, j’étais glacé, alors que la température dans cette pièce avoisinait les vingt-deux degrés. Un autre des nouveaux enseignants, David, leva alors le nez de ses documents, assis près de ses collègues, et me demanda d’une voix forte et tranquille quand le prochain débrief aura lieu au centre.

– Normalement en fin d’après-midi. On attend l’arrivée des membres de la cellule de Saint Martin, à côté de Bordeaux. La police les avait trouvés avant-hier, la descente a été violente, ils ont perdu cinq gars.

Je ne réalisais qu’après, en voyant les réactions autour de moi, que j’étais toujours dans une salle avec des civils et que je venais d’annoncer d’un ton morne, presque blasé, la mort de cinq nouvelles personnes, dans une cellule de Résistance. Ils allaient sans doute croire que je n’avais plus d’âme ou de compassion. David, en tout cas, ne s’en émut pas, rangeant vite fait ses affaires, debout.

– Qu’en est-il des membres de votre propre groupe de Résistance ? demandais-je ensuite à Nicolas, en retournant le regard vers lui. Ils ont déjà pu rejoindre d’autres groupes ?

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Nicolas Marcoh
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MessageSujet: Re: Prémices de rentrée [Sujet Libre]   Sam 21 Avr - 21:37

– Et bien… Pourquoi pas. Merci.

Tiens, l’instit aurait cru qu’il allait refuser. Il avait un peu de mal à se mêler aux autres, même lorsqu’on le lui proposait, mais peut-être qu’il se sentait plus à l’aise avec eux, maintenant ? Quoi qu’il en soit, Nicolas lui fit un large sourire puis tendit le bras pour attraper une tasse de café vide et la petite casserole fumante, qu’ils avaient préparée toute à l’heure. Il la lui tendit ensuite, bien remplie, s’appuyant contre le rebord de la table et jambes légèrement croisées. Il tâchait de garder un air qui soit encourageant en toutes circonstances, c’était important dans son travail,a u contact des enfants, et plus important encore lorsqu’il était avec des adultes plongé au cœur d’un combat dont personne en voyait le bout et qui avaient besoin de soutien. Ils discutaient un peu quand David demanda d’un ton fort quand aura lieu le debrief, visiblement embourbé dans une montagne de papiers et perdu dans le planning. Et bah, pas l’organisation qu’il maîtrisait.

– Normalement en fin d’après-midi. On attend l’arrivée des membres de la cellule de Saint Martin, à côté de Bordeaux. La police les avait trouvés avant-hier, la descente a été violente, ils ont perdu cinq gars.

– Merde, siffla le jeune professeur d’un ton noir.

Il avala le reste de son café d’un trait puis laissa tomber la tasse dans le petit bac d’eau, dans l’évier, les dents serrées, croisant les bras. La police ne les lâchait plus d’une semelle, les arrestations s’étaient multipliées ! Mais ils savaient pourquoi, les taupes avaient commencées à être identifiées à partir de novembre seulement, largement de quoi donner au gouvernement des preuves « d’agissements terroristes » et trouver leurs différentes planques. Il échangea un bref regard avec David, qui rangeait à présent sa paperasse avec un regard blasé, puis avec les autres. Ceux de la Résistance étaient partagés entre la colère ou la lassitude, leurs autres collègues ou membres du personnel oscillaient entre le choc, la tristesse ou l’incompréhension. Sûrement à cause du temps employé par le lieutenant.

Nicolas rouvrit les yeux, les plissant un peu, observant à la dérobée la plupart de leurs collègues. C’était une question qu’il se posait, lui aussi, à une époque. Pourquoi s’évertuer à combattre lorsqu’on pouvait juste se cacher dans ce genre d’endroits et vivre en paix en oubliant les racistes et fachos au pouvoir ? Si ça ne concernait que cette école et ses élèves, oui, il aurait admis qu’il suffisait de se cacher. Mais pas ici. C’était le pays entier qui était touché. Il y avait déjà eu un massacre important. Et d’autres tueries orchestrées. Bougeant un peu, il effleura de nouveau la blessure bleuâtre et noirâtre, à la tempe et l’arcade, puis serra la main contre un pan de sa veste. On s’habituait vite à l’uniforme. Jusqu’à trouver étrange de porter des vêtements civils, comme maintenant.

– Qu’en est-il des membres de votre propre groupe de Résistance ? Ils ont déjà pu rejoindre d’autres groupes ?

– Nous ne sommes que trois à avoir survécu, lieutenant. Marc a affectivement rejoint une autre cellule rebelle, dans le Midi de la France. Il n’avait déjà plus de famille ou personne dont on puisse servir contre lui. Christine a quitté le pays avec son mari et ses enfants.

Ce n’était pas ça qui allait détendre l’ambiance dans cette salle, en tout cas, mais tant pis, c’était la guerre, il fallait s’y faire, tout le monde entendra bien pire et plus tôt que prévu. Allez, on se remue ! Il donna un petit coup de coude à Maxence en lui disant de ne pas tirer cette tête, rappelant que le meilleur moyen de s’en sortir, dans cette vie, c’était de combattre et ne pas laisser dévorer ! Leur petit jeune émit un faible, très faible sourire, mais au moins il avait réagi. Christophe, de son côté, hocha la tête, ajoutant de son ton très posé qu’on ne pouvait pas mieux dire, pour survivre, il fallait être apte à se défendre et défendre les autres. La rentrée n’était que demain, les réunions importantes ce soit, ils avaient plusieurs heures devant eux pour continuer à se perfectionner.

– Allons au Centre, nous avons le temps aujourd’hui pour nous entraîner encore. A mains nues, aux armes, au corps à corps, avec nos dons ! L’un de vous veut venir, chers collègues ?

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