1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Après-midi perturbé

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Xiao-Hong Kara
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Âge RPG : 31 ans

MessageSujet: Après-midi perturbé   Dim 22 Mai - 16:48

Ils devraient habitués aux tensions et aux mauvaises nouvelles, pourtant... La jeune professeur soupira longuement, passant son bras autour des épaules de sa fille tout en marchant, avec un faible sourire au jeune Genji pour tâcher de le consoler un peu. Allez, il était temps d'y aller. Elle venait de pousser les élèves à manger, au réfectoire, avant d'emmener sa fille et Genji avec elle. Il n'y avait pas cours cet après-midi, l'équipe enseignante devait se concerter, appeler la famille puis prévoir ce qu'il faudra dire et expliquer aux élèves, surtout les plus jeunes. Passant devant l'église, elle eut un faible sourire pour le père Vilette qui en sortait au même instant, l'air encore plus épuisé que de coutume. Il répondit à son signe de tête, avec le regard fatigué d'un homme qui en avait déjà trop vu et qui n'en pouvait plus. Devoir conduire la sépulture d'un enfant de quatorze ans... Xiao-Hong fit passer les enfants dans une petite rue longeant le cimetière, habitant juste à côté avec son mari. Une petite maison en pierre et en bois, assez ancienne, qui avait réchappé à l'incendie du mois de juin, par miracle. Poussant la portillon de bois, elle dit aux enfants d'entrer, les suivant ensuite et refermant la porte. Ils seront déjà plus au calme ici, ça ne leur fera aucun mal. Genji l'avait prévenu que ses parents devaient arriver, également.

– Asseyez-vous, je vais faire du thé.

Enlevant sa veste et déposant son sac, elle fila dans la cuisine pour faire bouillir de l'eau, sortant des tasses et les feuilles de thé, qu'elle gardait dans une boîte en fer, dans le placard près de l'évier. Son mari lui avait laissé un mot, disant qu'il allait rentrer assez tard à cause de son travail. Xiao-Hong le déposa sur la table de la cuisine, près de la corbeille de fruits, puis surveilla l'eau, tout en regardant les deux enfants blottis dans le canapé. On ne savait pas quoi dire, dans ce genre de cas... Genji avait vu cet enfant dans les bois, comment lui enlever cette image de la tête ? Une fois l'eau prête, la jeune femme éteignit le gaz puis apporta le tout dans le salon, encourageant sa fille et son ami à boire, une boisson chaude leur fera le plus grand bien. Elle-même ne prit rien, la gorge encore un peu trop serrée pour avaler quoi que ce soit. Enfin, ce n'était pas grave, les enfants étaient sa priorité, il était plus important de se préoccuper d'eux. Elle était occupée à les encourager à boire lorsqu'on sonna à la porte. Allant ouvrir, Xiao-Hong tomba sur un couple qu'elle en reconnut pas, tout d'abord, avant de se souvenir qu'elle avait déjà vu l'homme, brièvement, c'était le frère de son collègue. Elle les salua et confirma que oui, c'était bien ici qu'était Genji. Le père demanda s'ils pouvaient le voir, que sa mère puisse le retrouver.

– Entrez, dit-elle en s'écartant un peu. Genji ! Tes parents sont là.

Elle laissa madame Nakajima filer devant, refermant la porte puis demandant à son interlocuteur s'ils voulaient aussi du thé. Retournant dans le salon, elle eut un petit sourire attendre en voyant son hôte serrer son fils contre elle, apportant deux autres tasses et les posant sur la table. Se redressant, elle se rassit ensuite près de sa fille, l'embrassant longuement sur le front en lui murmurant de respirer doucement, la serrant contre elle.

– Vous allez vous reposer, aujourd'hui, ma chérie. Tu vas rester à la maison avec nous ce soir et on verra demain matin comment ça se passera, d'accord ?

Elle lui caressa la joue avec un sourire, l'encourageant ensuite à boire son thé. Se penchant, elle en, servit aussi à ses deux invités, juste au moment où le téléphone sonna. Xiao-Hong se leva, prenant le combiné pour tomber sur Frédéric. Il lui dit qu'il appelait de la part de Kimmitsu, qui voulait savoir où ça en était de son côté. Elle lui répondit que les parents de Genji venaient d'arriver, ils étaient chez elle au village, les enfants aussi. On pouvait entendre une certaine agitation, derrière le professeur, l'ambiance devait être à la fois glaciale et très tendue, au pensionnat. Son collègue ajouta d'un ton indigné, criant presque dans le combiné, que la famille d'Alexis n'avait même pas encore daigné se déplacer, comme si la mort de leur fils l'indifférait. Sa colère était compréhensible, les parents du garçon auraient dû accourir aussitôt, pour récupérer le corps de leur garçon et s'occuper de ses funérailles. Pour le moment, il restait à la morgue, près du petit hôpital du village, seulement veillé par ses professeurs.

– Sa famille ne veut même pas récupérer son corps ? demanda-t-elle d'un ton choqué. Je savais qu'ils le délaissaient à cause de son pouvoir, mais tout de même, leur propre fils...

Son collègue marmonna qu'il ne savait pas. Le père Vilette avait déjà commencé à préparer les funérailles à Gray même, au cas où... Xiao-Hong se passa une main devant le visage en raccrochant, voyant que les parents de Genji étaient eux très choqués. Le pire était que ce genre de réaction n'était pas rare, très loin de là. Se rasseyant, la jeune femme inspira profondément, mettant une petite couverture sur les épaules de sa fille en la voyant trembler, assez pâle. Océane lança tout à coup que c'était toujours comme ça, les familles qui jetaient leurs fils et leurs filles à cause d'un don ne se souciaient même pas d'eux lorsqu'ils mourraient. Sa mère repassa un bras autour de ses épaules, tendant l'autre main pour essuyer les larmes qui coulaient sur sa joue.

– Il y a des imbéciles partout, dit-elle avec douceur. Oui, beaucoup de familles rejettent les leurs à cause de ces pouvoirs, c'est vrai... Mais il existe aussi des centaines de familles qui continuent d'aimer leurs enfants, de comprendre ce qu'ils peuvent vivre, et des personnes qui ne sont pas effrayées par ce genre de pouvoirs.

Sa fille vivra avec des personnes qui ne seront pas effrayées à cause de son pouvoir, elle saura se faire des amis assez intelligents pour ne pas avoir peur de son don ou la dénigrer à cause de son apparence. Xiao-Hong la serra doucement contre elle, pour lui redonner du courage, lui assurant que tout ira bien pour elle et pour les enfants du pensionnat, dans les années à venir. Il fallait s'entourer des bonnes personnes. Encourageant sa fille à grignoter au moins un bout de chocolat, elle en proposa aussi à Genji et ses parents, tâchant de rester positive pour ne pas plomber un peu plus le moral des enfants.

– Vous allez repartir avec votre fils au Japon ou restez-vous un moment en France ?

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Josuke Nakajima
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Âge RPG : 45 ans

MessageSujet: Re: Après-midi perturbé   Sam 18 Juin - 15:02

Le voyage avait été incroyablement long, autant moralement que physiquement. Dès que Genji l’avait appelé, Josuke avait réveillé sa femme et prévenu Munemori de ce qui se passait, lui demandant de veiller sur leur famille pendant qu’ils allaient retrouver leur fils en France. Genji avait besoin de sa mère, lui serait incapable de trouver les mots justes après une horreur pareille. Ce n’étaient pas les militaires, pour une fois, mais le suicide de cet adolescent et la découverte de son corps était… Non, définitivement, il était impossible de laisser Genji seul dans une telle situation. Son état, au téléphone ! Il l’avait appelé en catastrophe, comment Josuke aurait-il pu réagir autrement ?! Il le devinait recroquevillé par terre, contre le mur peut-être, ses mains accrochées au combiné comme s’il s’était agi d’une bouée. Josuke et Emiko avaient donc quitté la maison très tôt, dès qu’ils l’avaient pu, et avaient pris le premier avion en direction de la France. Cependant, s’il s’inquiétait pour son fils, le vieil homme s’inquiétait aussi pour sa femme qui quittait le Japon pour la première fois de sa vie. Elle n’avait jamais voyagé… Et changeait de pays, ainsi que de continent, le même jour sans que ce ne soit prévu.

Pourtant, elle était courageuse et semblait plus inquiète pour l’état de Genji que pour le trajet en avion et la découverte de la France. Elle savait que c’était dangereux, toute leur famille avait remarqué l’état physique de Kimmitsu lorsqu’il était revenu cet été. C’est pour cette raison que le voyage leur parut incroyablement long avant que, enfin, ils aperçoivent l’aéroport et descendent à Paris. Le premier réflexe de Josuke fut de téléphoner au Pensionnat dont il avait inscrit le numéro depuis de longs mois maintenant sur un bout de papier pendant que sa femme se chargeait d’acheter des billets de train. Direction Gray, immédiatement, n’ayant pas le temps de manger. Et puis, de toute manière, Josuke n’avait pas faim – tout comme Emiko. La secrétaire, ou une femme, il ne reconnut pas la voix, l’informa de l’endroit où se trouvait Genji : il n’était pas au Pensionnat mais chez la professeure d’arts martiaux, Xiao-Hong Kara, collègue de leur frère. En effet, il l’avait déjà vue dans des circonstances assez… tendues. Mais peu importe. Ils devaient y aller. Tant qu’ils ne verraient pas Genji, tant qu’ils ne pourraient pas le serrer dans leurs bras, s’assurer qu’il n’avait rien, qu’il tenait le coup, qu’il ne lui était rien arrivé entre-temps…

Heureusement, ils arrivèrent assez vite devant la maison de madame Kara. L’adresse, bien indiquée par la personne du Pensionnat, ne fut pas difficile à trouver, même sans carte. Josuke échangea un regard avec Emiko, lui tenant la main pour la rassurer, hochant ensuite la tête avec une certaine crainte, une angoisse qui lui tenaillait l’estomac. C’était idiot, il le savait, mais il s’inquiétait. Ils s’avancèrent dans l’allée après avoir poussé un petit portillon en bois. La maison en elle-même semblait ancienne et la proximité du cimetière n’était en rien rassurante, c’était même assez lugubre même si Emiko ne semblait pas mal à l’aise. Mieux vaut qu’elle ignore ce qu’abritaient les cimetières en France, elle voudrait récupérer son fils directement… Se redressant un peu mieux, Josuke sonna à la porte et patienta un moment, entendant ensuite des bruits de pas. Avant qu’une jeune femme, la collègue Chinoise de leur frère, ne vienne leur ouvrir sans avoir l’air de le reconnaître d’emblée. Le vieil homme se présenta, présenta Emiko et demanda poliment si Genji était bien ici, décidé à mettre leurs différends de côté, pour le voir.

Mme Kara – Entrez, dit-elle en s'écartant un peu. Genji ! Tes parents sont là.

Emiko se pressa vers l’intérieur, appelant Genji pour le serrer dans ses bras sitôt qu’elle l’aperçut. Ce fut Josuke qui accepta le thé que leur proposa madame Kara, allant à son tour près de son fils pour le serrer et le rassurer, le calmer, le détaillant en même temps. Il n’avait rien mais était, visiblement, abattu et sans doute choqué. Un suicide… Il entendait sa mère lui murmurer des paroles de réconfort tandis que la mère d’Océane leur apportait deux tasses, reprenant ensuite sa fille dans ses bras pour la calmer à son tour. En temps normal, Munemori aurait sans doute hurlé en voyant ce tableau, mais ici, Josuke n’en avait rien à faire : seuls les enfants comptaient.

Mme Kara – Vous allez vous reposer, aujourd'hui, ma chérie. Tu vas rester à la maison avec nous ce soir et on verra demain matin comment ça se passera, d'accord ?

Oui… Josuke hocha la tête en direction de Genji, il était hors de question qu’il retourne au Pensionnat ce soir. Un peu de repos, puis ils verraient comment les choses se dérouleraient le lendemain. Même si le chef de famille doutait fortement que les cours se donnent demain, il ferait tout pour que son fils aille mieux et qu’il puisse faire son deuil. Le téléphone sonna tout à coup, leur hôtesse se levant pour aller décrocher. Se concentrant sur son fils, le serrant dans ses bras avec Emiko, il fit néanmoins un petit sourire à Océane pour essayer de la calmer aussi à distance. Elle n’avait pas l’air bien non plus, et ce n’était pas de maintenant d’après ce qu’il pouvait constater. En plus, d’après ce qu’il avait compris, c’était la jeune Adeline, qu’ils avaient déjà vue, qui avait trouvé Alexis avec Genji durant la nuit – enfin, la nuit chez eux. Au bout d’un moment, cependant, l’attention de Josuke et Emiko fut attirée vers le combiné duquel émanaient des cris ou paroles assez hautes. Hum… ? Non, non, ne pas s’inquiéter. Ce n’était rien, il ne pouvait rien y avoir d’autre aujourd’hui.

Mme Kara – Sa famille ne veut même pas récupérer son corps ? demanda-t-elle d'un ton choqué. Je savais qu'ils le délaissaient à cause de son pouvoir, mais tout de même, leur propre fils...

… Pardon ?! Ils ne voulaient même pas récupérer leur fils ?! Mais enfin, c’était leur fils ! Don ou pas, suicide ou pas, il faisait partie de leur famille ! S’étant un peu renseigné sur la religion française, Josuke savait qu’ils ne cautionnaient pas du tout le suicide, mais ce n’était pas pour cette raison qu’ils devaient refuser de récupérer le corps de leur enfant. Leur enfant… Josuke échangea un regard plus que choqué avec sa femme qui avait recouvert les oreilles de Genji – bien trop tard malheureusement – pour lui éviter d’autres souffrances. Ne pas vouloir récupérer son fils alors qu’il avait déjà été abandonné, d’après les dires de Xiao-Hong… Choqué. Oui, il était bel et bien choqué et ne pouvait le dissimuler, cette fois.

L’appel ne dura pas longtemps avant que la professeure d’arts martiaux ne revienne près de sa fille, tremblante, tout comme Genji, afin de la reprendre dans ses bras. C’était horrible… Ne pas vouloir reprendre le corps de son fils… Uniquement parce qu’il avait un don. Au Japon, même s’ils détestaient ce genre de pouvoir, même s’ils le jugeaient contre-nature, jamais ils ne refuseraient le corps d’un de leurs enfants. En tout cas, lui ne tolérerait pas une telle réaction. Josuke frottait le bras de Genji pour le calmer en même temps qu’Emiko qui lui caressait les joues, l’embrassait, le serrait fort contre elle avec toute la tendresse maternelle dont elle pouvait faire preuve.

Mme Kara – Il y a des imbéciles partout, dit-elle avec douceur. Oui, beaucoup de familles rejettent les leurs à cause de ces pouvoirs, c'est vrai... Mais il existe aussi des centaines de familles qui continuent d'aimer leurs enfants, de comprendre ce qu'ils peuvent vivre, et des personnes qui ne sont pas effrayées par ce genre de pouvoirs.

A nouveau, les parents de Genji approuvèrent, choqués que quelqu’un puisse refuser de récupérer son fils après sa mort. C’était odieux, irresponsable, dégoûtant. Comment pouvait-on refuser cela ? Alexis était leur fils ! Mais soit, d’accord, ne pas y penser, changer de sujet, éviter de penser à ces parents irresponsables. S’il les avait sous les yeux, Josuke leur dirait sans doute sa façon de penser sans aucune honte, quitte à se faire traiter de tous les noms par la suite. Genji ne subirait jamais une telle chose, il en faisait la promesse. Maintenant qu’ils savaient autant d’éléments sur les dons et ce qu’ils impliquaient, Josuke ne pouvait tolérer un rejet pur et simple des personnes qui n’ont rien fait de mal et qui, au contraire, subissent leur don sans avoir eu le choix de l’avoir ou non. D’autres le vivaient mieux, certes, mais pour ceux qui avaient besoin d’aide, il était hors de question de les rejeter. Comme Kimmitsu, Himako, Eisen… Josuke remercia madame Kara lorsqu’elle leur proposa du chocolat, tendant le sien à Genji pour qu’il mange. Allez ! Le chocolat lui ferait beaucoup de bien, il en avait bien plus besoin que lui.

Mme Kara – Vous allez repartir avec votre fils au Japon ou restez-vous un moment en France ?

Josuke – Nous allons rester ici un moment pour soutenir Kimmitsu et Genji. Je ne pense pas que l’isoler serait une bonne idée… Vivre ici t’as fait du bien et j’en suis conscient, dit-il en baissant la tête vers Genji. Tu ne rentreras au Japon que lorsque tu le voudras.

Josuke entoura Genji de ses bras, le serrant fort contre lui à son tour tandis que sa mère le touchait où elle pouvait, ne rompant pas le contact. Les démonstrations d’affection n’étaient pas courantes dans leur famille mais, ici, le chef de famille savait que son fils en avait besoin plus que jamais. Il lui murmura des paroles de réconfort, l’embrassant sur le sommet du crâne à son tour comme l’avait fait sa mère quelques minutes auparavant. Il voulait le soutenir, l’épauler du mieux qu’il le pouvait à défaut de prendre sa peine pour que lui se sente mieux. Il leva la tête de Genji vers lui, plaçant sa main sous son menton, doucement, puis le serra à nouveau contre lui.

Josuke – Si je le pouvais, j’emporterais ta peine avec moi…, murmura-t-il. Mais je ne le peux pas et je ne veux que le meilleur pour toi. Tu pourras toujours compter sur nous, nous appeler à toute heure, je ne veux pas que tu l’oublies, d’accord ? Alexis est… peut-être mieux là où il est maintenant, il sera heureux et je suis sûr que vous avez été des amis formidables pour lui. Tu as grandi, Genji… Depuis que tu es ici, tu changes et tu aides tes amis. Tu ne dois pas culpabiliser, tu as fait énormément en l’espace d’un mois. Tu le sais, n’est-ce pas ?

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Genji Nakajima
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Âge RPG : 16 ans

MessageSujet: Re: Après-midi perturbé   Dim 19 Juin - 16:31

– Genji ! Tes parents sont là.

Le jeune homme redressa la tête puis se leva, juste à temps, sa mère entrant précipitamment dans le salon puis se jetant sur lui, le serrant dans ses bras. Il ferma les yeux, entouré d'un coup par l'odeur et l'affection maternelle, ce qui faillit bien le faire fondre en larmes tant la tension retombait d'un seul coup. Il fourra son visage dans son cou, son père venant les rejoindre à ce moment-là, en vérifiant qu'il n'avait rien. C'est bon, ce n'était pas lui qui... Pas lui qui avait eu... Il trembla de plus belle en se rasseyant entre ses deux parents, glacé mais soulagé, finalement, d'être entouré par les bras de maman. Il se ficha bien que ça fasse bébé, il avait juste besoin d'être près d'elle sans être jugé. Océane aussi était dans les bras de sa mère, c'était normal. Il renifla en essayant de s'essuyer les yeux, rouges d'avoir parlé, ayant mal au ventre tant il avait relâché ses larmes. Il n'arrivait pas à s'ôter de la tête l'image d'Alexis étendu dans la boue et la terre, sous la pluie, livide, le sang coulant de ses poignets. La mère d'Océane ajouta qu'ils allaient rester à se reposer, ce soir, que ça ne servait à rien de retourner au pensionnat. Il n'en aurait pas l force, de toute façon. Le téléphone sonna, la maman d'Océane allant décrocher pendant qu'il se blottissait contre la sienne, le cœur très serré. Il ne prenait qu'à peine garde à ce qui se disait, encore trop bouleversé. Ils l'avaient vu partir ! Encore vivant, debout, s'éloignant dans la forêt. Pourquoi n'avaient-ils pas couru directement derrière lui ?! Ils auraient dû se douter que c'était tout sauf normal.

– Sa famille ne veut même pas récupérer son corps ? demanda-t-elle d'un ton choqué. Je savais qu'ils le délaissaient à cause de son pouvoir, mais tout de même, leur propre fils...

Genji blêmit un peu plus en entendant ça, serrant les dents et se mordant un peu les lèvres. Il ne pouvait même pas dire qu'il était étonné, il savait qu'Alexis avait été complètement abandonné par sa famille, à cause de son pouvoir, qu'on avait même fait en sorte de l'en retirer cet été par peur qu'il ne mette fin à ses jours. Et aujourd'hui... Maman avait voulu qu'il n'entende pas cela mais c'était inutile, il s'en doutait déjà. Les abandons à cause des dons étaient... Fréquents. Et eux-mêmes ne pouvaient rien dire, grand-père avait bien abandonné et renié Kimmitsu de la même manière, il n'y avait aucune différence. Il baissa un peu plus la tête, entouré et câliné par ses parents, les larmes aux yeux. A la fin de l'appel, madame Kara revint s'asseoir près d'Océane, servant du thé. Il n'avait pas avalé le sien, incapable de prendre quoi que ce soit pour le moment. Il n'avait envie de rien... Ou plutôt, si, il aurait aimé s'évanouir pour ne plus devoir faire face à la réalité. Pourquoi, oui, pourquoi ne pas l'avoir suivi aussitôt ? Ils l'avaient vu partir seul dans cette forêt alors que la soirée avançait, en sachant qu'il n'était pas bien du tout, pourquoi n'avoir pas bougé avant ? Il avait quatorze ans, juste quatorze ans, bien trop jeune pour en finir avec cette vie.

– Il y a des imbéciles partout, dit-elle avec douceur. Oui, beaucoup de familles rejettent les leurs à cause de ces pouvoirs, c'est vrai... Mais il existe aussi des centaines de familles qui continuent d'aimer leurs enfants, de comprendre ce qu'ils peuvent vivre, et des personnes qui ne sont pas effrayées par ce genre de pouvoirs.

De moins en moins... Dans ce pays ou dans un autre. Il renifla à nouveau, voyant tout à coup son père lui tendre un morceau de chocolat. Hein, pour quoi faire ? Il le prit machinalement, grignotant un peu. Pas faim, pas envie, il ne voulait rien du tout. Il était juste abattu, n'ayant pas encore digéré ce qui était arrivé, et surtout, ne comprenant pas pourquoi ils avaient tardé à réagir. Il était horrifié lorsqu'il imaginait ce qu'Alexis avait pu ressentir dans les derniers instants de sa vie, en partant dans cette forêt. A marcher et s'éloigner, seul, dans le froid, e sachant qu'il respirait pour la dernière fois. Que pensait-on, lorsqu'on s'arrêtait en sachant que c'était la fin, qu'on allait mourir ? Qu'avait-il pu penser ou ressentir, tout seul là-bas, en se donnant la mort ? Comment en était-il arrivé à se dire "Ce sera aujourd'hui" ? Pourquoi personne n'avait rien vu, pendant les cours ou les pauses ? Pourquoi ne l'avaient-ils pas suivi ? Pourquoi... Il mangea le reste de son morceau de chocolat avec l'impression d'avaler du plomb, la gorge nouée.

– Vous allez repartir avec votre fils au Japon ou restez-vous un moment en France ?

– Nous allons rester ici un moment pour soutenir Kimmitsu et Genji. Je ne pense pas que l’isoler serait une bonne idée… Vivre ici t’as fait du bien et j’en suis conscient, dit-il en baissant la tête vers Genji. Tu ne rentreras au Japon que lorsque tu le voudras.

Genji ne répondit pas, bougeant à peine lorsque son père l'entoura de ses bras. Ici ou ailleurs, la haine contre les pouvoirs était la même et ce genre de drame arrivait tous les jours. Et ils n'avaient rien fait ! Alexis avait traversé ce dernier mois comme un fantôme, s'isolant de plus en plus, parlant et mangeant à peine, coupé du monde, éloigné de ses amis et toujours silencieux. Et à présent, il était parti à jamais. Il n'allait rester qu'une tombe, sans doute à Gray si sa famille ne voulait pas de son corps, et des souvenirs, rien de plus. Le lycéen posa la tête contre son père en s'accrochant à son bras, l'écoutant murmurer des paroles de réconfort. C'était la solitude qui avait tué Alexis. Son père l'incita à relever la tête vers lui, Genji s'exécutant sans réfléchir, croisant son regard. Il était toujours assez étonné qu'ils se soient déplacé exprès et trop abattu pour le montrer. Plus aucune force, c'était comme s'il venait d'accomplir le plus immense effort au monde et ne parvenait pas à s'en remettre.

– Si je le pouvais, j’emporterais ta peine avec moi…, murmura-t-il. Mais je ne le peux pas et je ne veux que le meilleur pour toi. Tu pourras toujours compter sur nous, nous appeler à toute heure, je ne veux pas que tu l’oublies, d’accord ? Alexis est… peut-être mieux là où il est maintenant, il sera heureux et je suis sûr que vous avez été des amis formidables pour lui. Tu as grandi, Genji… Depuis que tu es ici, tu changes et tu aides tes amis. Tu ne dois pas culpabiliser, tu as fait énormément en l’espace d’un mois. Tu le sais, n’est-ce pas ?

– On aurait dû le suivre directement, bafouilla-t-il en recommençant à pleurer. Dès qu'on l'a vu partir dans cette forêt.

– Il aurait réessayé, Genji, répéta son père en le serrant plus fort dans ses bras, vos professeurs ont essayé et l'ont surveillé, ils le surveillent depuis des mois. A partir du moment où il l'a décidé, il aurait tout essayé... Ce n'est pas votre faute.

Ils n'avaient tout de même rien pu faire. Genji referma les yeux en se laissant aller contre son père, sans plus bouger. Celui d'Océane arriva à son tour, arrivant dans le salant avec un rapide bonjour puis laissant tomber sa sacoche dans un coin avant de récupérer directement sa fille pour la câliner. Eux-mêmes prirent congé, afin de rentrer chez Solène et Kimmitsu. En sortant, Genji continua de serrer la main de sa mère en marchant, disant au revoir à Océane avant de suivre ses propres parents. Le village était très calme, à cette heure, Genji ne put s'empêcher de lever la tête pour regarder la silhouette du pensionnat, au loin. Il ne savait plus très bien ce qu'il ressentait par rapport à cette école. D'un côté, il s'y sentait à l'abri, chez lui, protégé, de l'autre, il en avait peur et craignait ce qui pouvait s'y dérouler. Ils passaient devant le cimetière au moment où le père Vilette en sortait, l'air sombre et épuisé. Genji le salua avec politesse, demandant ensuite s'il savait où Alexis allait être inhumé.

– Ici même, répondit le prêtre en refermant le portail. La sépulture aura lieu demain après-midi, à treize heures, la direction de l'école s'est chargée des papiers.

Demain, d'accord. Il le salua du bout des lèvres pour la soirée, repartant avec ses parents. Le père Vilette les accompagna jusqu'au bout de la rue puis les quitta pour partir vers le pensionnat, se pressant un peu. Ils rentrèrent avec une certaine lenteur, arrivant à la maison au bout d'une dizaine de minutes. Il vit la camionnette de Solène devant, signe qu'elle était rentrée du travail. Lorsqu'ils entrèrent, ils la trouvèrent dans le salon, assez nerveuse, et si elle fut surprise, elle n'en montra rien et les embrassa tous avec chaleur. Son oncle n'était pas encore revenu, lui. Genji resta dans le salon, dans les bras de sa mère, sans rien dire, durant un très long moment, épuisé. Les minutes filaient avec lenteur, comme si le temps lui-même s'était arrêté. Vers dix-neuf heures, Solène alla en cuisine préparer rapidement quelque chose, en déclarant qu'ils devaient avaler quelque chose de chaud. Cela servira à quelque chose de préciser qu'il n'avait pas faim ? Non ? Bougeant un peu, il se recala un peu mieux contre maman, ne mangeant ensuite que pour faire plaisir à Solène, qui insista pour que tout le monde mange au moins un peu. Elle garda une assiette de côté pour Kimmitsu, toujours absent. Ensuite, ils revinrent tous dans le salon, essayant tant bien que mal de s'occuper et de penser à autre chose. Il était déjà tard lorsqu'ils entendirent du bruit dehors, son oncle ouvrit la porte d'entrée à la volée et se retourna ensuite, parlant avec quelqu'un resté dehors.

– Ça arrive à tout le monde de perdre son sang-froid ! s'écria-t-il. Et non, il était hors de question de laisser passer ça ! Qu'il s'estime heureux que ce soit moi qui ait réagit, ça lui aura évité bien plus grave ! Et qu'il aille se faire voir, surtout !

Heu... Il s'était passé quoi ? Genji ne l'avait absolument jamais vu hurler ni se mettre en colère, se faisant tout petit alors que le ton était assez houleux à la porte, il y avait un autre prof qui parlait avec son oncle et tâchait de le calmer. Kimmitsu poussa tout à coup un juron sonore en Japonais, choquant Genji un peu plus. Il entendit la voix de la directrice à ce moment-là, qui ajouta que ça ne servait à rien d'en faire toute une histoire, ce type ne valait rien. De qui parlaient-ils ? Il échangea un regard perdu avec sa famille, n'osant pas bouger.

– Le problème, indiqua le prof, c'est que ça va vous attirer des ennuis.

– Ce ne sera pas la première fois, lança la directrice d'un ton exaspéré. Qu'est-ce qui pourrait encore arriver de pire, de toute façon, vu comment l'année a déjà débuté ! On ne peut pas rester de marbre face à un type qui ose se moquer de la mort de son propre fils, il y a des limites. Il n'est pas le premier non plus à menacer les élèves de cette façon.

– Que fait-on demain ? On maintient les cours tout de même ?

– Non. Je dois arranger certaines choses, je vais à la caserne. On va se rejoindre là-bas.

– Maintenant ? Mais vous devez être en rep...

– Le repos, on va s'asseoir dessus, Frédéric, je ne vais pas rentrer tranquillement chez moi alors que toute une troupe de fanatiques allumés menacent de...

– Il y a du monde qui peut nous écouter, coupa net Kimmitsu, on ne va pas reparler de ça maintenant. Je préviens Solène et j'arrive.

Que voulaient-ils faire ? Son oncle arriva une minute après, ayant un temps d'arrêt en voyant son frère et sa belle-sœur assis dans le salon. Genji essaya de parler mais avait la gorge bloqué. Son oncle se força à les saluer, sans même demander quand ils étaient arrivés, puis embrassa rapidement Solène en lui disant de ne pas l'attendre cette nuit, il devait repartir. Le silence revint comme un plomb lorsqu'il fit claquer la porte d'entrée en quittant la maison. Le bruit d'une voiture se fit entendre une seconde plus tard puis le silence revint pour de bon. Le lycéen était complètement sonné, entouré des bras de sa mère, se demandant de quoi on avait pu menacer l'école, en plus.

– Tu vas bien ? demanda-t-il tout doucement Solène, en la voyant très pâle.

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Solène Nakajima
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MessageSujet: Re: Après-midi perturbé   Mer 6 Juil - 21:29

Le pensionnat devait être complètement bouleversé, Kimmitsu et Gabriella allaient avoir beaucoup de travail en plus. Solène leva la tête vers le jet d'eau chaude, avec un immense soupir, fermant les yeux et frottant ses longs cheveux blonds-châtains pour en ôter le savon. L'eau chaude ruisselait sur son corps nu et légèrement tremblant, l'aidant à quitter la fatigue d'une longue journée de travail. Quand les ennuis de ce style allaient-ils finir ? Tournant le robinet pour arrêter l'eau, elle sortit de la douche puis s'essuya, rattachant ses cheveux après les avoir un peu séchés. La soirée s'avançait petit à petit et elle avait le sentiment d'avoir vécu pour trois jours en un seul. S'habillant, elle descendit dans le salon, rangeant les affaires à traîner. C'est à ce moment-là  qu'elle entendit une clé se glisser dans la porte. Kimmitsu qui rentrait, déjà ? Solène se redressa puis écarquilla les yeux en voyant Genji arriver avec ses parents. Depuis combien, de temps étaient-ils en France, tous les deux ? Ils n'avaient pas prévenu ! Se remettant de sa surprise, elle alla les embrasser tous les trois pour les saluer, comprenant qu'ils aient voulu venir pour soutenir leur fils. Elle leur dit de s'installer à leur aise, terminant de ranger ses affaires. Son mari l'avait prévenu qu'il risquait de rentrer tard et Solène s'obligeait à ne pas s'inquiéter pour lui. A côté de Gaby, il ne risquait pas grand-chose.

Vers dix-neuf heures, Solène fila en cuisine en décrétant d'un ton sans appel que tout le monde devait manger quelque chose, un truc chaud. Elle fit rapidement réchauffer une soupe de légumes restant de la veille et y ajouta du pain, invitant ensuite tout le monde à venir se mettre à table. Même si personne n'avait faim, il fallait se forcer pour rester en bonne santé et conserver ses forces. Dès que tout le monde eut avalé son assiette, elle fit la vaisselle avec la femme de Josuke, revenant ensuite dans le salon. L'ambiance était lourde et tendue, silencieuse. Ne pouvant rester comme ça sans rien faire, Solène alla chercher le manuel de couture emprunté à Estelle et le posa sur l'accoudoir, prenant ensuite son matériel. Elle voulait tricoter des vêtements pour les enfants qu'elle attendait et débutait à peine dans la couture. L'activité avait le mérite d'occuper les mains et le cerveau à la fois, il fallait se concentrer et cela empêchait de ressasser les idées noires. Rien de tel que le travail manuel pour soulager les douleurs émotionnelles. Le temps filait, avec peu de bruit, peu de paroles échangées. L'horloge sonnait vingt-deux heures passés lorsque la porte d'entrée fut ouverte à la volée, faisant sursauter Solène qui se piqua les doigts avec ses aiguilles.

– Ça arrive à tout le monde de perdre son sang-froid ! s'écria-t-il. Et non, il était hors de question de laisser passer ça ! Qu'il s'estime heureux que ce soit moi qui ait réagit, ça lui aura évité bien plus grave ! Et qu'il aille se faire voir, surtout !

Son mari qui hurlait, ça, c'était exceptionnel. Solène reposa son matériel à côté d'elle sur le canapé avant de se couper plus profondément, jetant un regard très inquiet vers le hall d'entrée. Kimmitsu parlait visiblement avec un de ses collègues, avec... Ce devait être Frédéric mais elle n'était pas certaine. Son mari jura tout à coup, Solène ayant un mouvement de réflexe pour boucher les oreilles de Genji avant de réaliser qu'il était trop loin et que c'était de toute manière bien trop tard? Gabriella était là aussi, ils pouvaient l'entendre ajouter qu'en faire toute une histoire était inutile et que "ce type" n'en valait pas la peine. Finalement, elle faisait encore plus peur avec cette voix froide et calculatrice que lorsqu'elle criait. Solène n'osera bien évidemment jamais le lui avouer en face, elle tenait trop à la vie.

– Le problème, indiqua le prof, c'est que ça va vous attirer des ennuis.

– Ce ne sera pas la première fois, lança la directrice d'un ton exaspéré. Qu'est-ce qui pourrait encore arriver de pire, de toute façon, vu comment l'année a déjà débuté ! On ne peut pas rester de marbre face à un type qui ose se moquer de la mort de son propre fils, il y a des limites. Il n'est pas le premier non plus à menacer les élèves de cette façon.

Donc, le père d'Alexis avait menacé tous les enfants de l'école ? Mais pourquoi, enfin ! Ils n'étaient pour rien dans ce qui était arrivé au jeune homme, comment cela aurait-il pu être évité ? Si Alexis était si mal, il aurait recommencé jusqu'à réussir à se tuer. Parfois, lorsqu'on était trop malheureux, aucune aide ne pouvait fonctionner... Solène avala difficilement sa salive, les deux mains serrées contre sa poitrine, comme si elle priait. Et qu'allait-il se passer à présent ? De quoi le père d'Alexis avait-il menacé les élèves et l'école ? Comment Gabriella allait réagir ? Elle qui était censée se reposer, elle allait définitivement faire une croix dessus. Cette rentrée était déjà plus mouvementée que jamais et la jeune femme avait le sentiment que c'était loin d'être terminé.

– Que fait-on demain ? On maintient les cours tout de même ?

– Non. Je dois arranger certaines choses, je vais à la caserne. On va se rejoindre là-bas.

Elle allait cumuler sa journée et soirée au pensionnat avec une nuit entière passée à la caserne ? Avec les professeurs ou ses alliés dans l'armée ? De plus en plus mal à l'aise, Solène ne pouvait s'empêcher d'imaginer le spires horreurs, concernant cette nouvelle menace. Un homme assez fou serait capable de faire exploser une partie du pensionnat avec tous les élèves dedans, d'y mettre le feu ou elle ne savait quoi encore. Ce devait vraiment être grave si sa grande sœur pensait s'appuyer sur les ressources de l'armée. L'armée qui était là officiellement pour "protéger les élèves"... Très ironique de voir que cette version devenait véridique aujourd'hui, après tout ce qui s'était déjà passé.

– Maintenant ? Mais vous devez être en rep...

– Le repos, on va s'asseoir dessus, Frédéric, je ne vais pas rentrer tranquillement chez moi alors que toute une troupe de fanatiques allumés menacent de...

– Il y a du monde qui peut nous écouter, coupa net Kimmitsu, on ne va pas reparler de ça maintenant. Je préviens Solène et j'arrive.

La jeune femme fut d'autant plus convaincu que la menace était grave et surtout imminente, en entendant cela. Elle se leva lorsque Kimmitsu entra dans le salon, son mari s'arrêtant un instant e voyant son frère et sa belle-sœur dans le salon, confirmant qu'il n'avait pas été mis au courant lui non plus. Elle alla vers lui, recevant un baiser rapide alors qu'il lui disait de ne pas l'attendre cette nuit, il devait repartir tout de suite. Elle se força à hocher la tête et sourire, le regardant quitter la maison avec un drôle de sentiment, comme si elle le voyait pour la dernière fois. Se rasseyant avec lenteur, elle croisa les bras contre sa poitrine, pâlissant encore. Et si leur arrivait quelque chose cette nuit, cette semaine, dans le mois à venir ? le fait que Gabriella pense à utiliser l'armée pour protéger ses élèves prouvait que la situation était on ne peut plus critique.

– Tu vas bien ? demanda-t-il tout doucement Solène, en la voyant très pâle.

– Oh, bien, merci, répondit-elle d'un ton suraigu et pas du tout naturel. D'ailleurs, tu as vu l'heure ? Tu devrais aller dormir, ça te fera du bien.

Elle l'incita à aller se coucher, sa mère le suivant pour rester avec lui pour la nuit. Tant mieux, il s'endormira plus facilement dans ses bras. Solène attendit qu'ils aient tous les deux grimpé l'escalier et atteints l'étage pour laisser échapper une exclamation étouffée et se frotter les yeux, respirant lentement pour contenir ses larmes. Le coup de l'armée pour protéger les enfants, ça ne passait pas, ce qu'elle avoua finalement d'un ton angoissé. Elle avait confiance en sa famille et en les professeurs qui voulaient préserver le pensionnat, elle avait foi en ce que pouvait faire certains militaires alliés de sa sœur, pourtant, elle était terrifiée. Il fallait continuer, encore et toujours. Marche ou crève, voilà quelle devrait être la devise d'eux tous.

– Il ne faut pas s'inquiéter, je suis sûr que Gabriella et Kimmitsu feront tout leur possible pour préserver les enfants. Et puis... Elle a confiance en certaines personnes de l'armée, d'après ce que j'ai compris, non ?

– Oui... Mais j'ai peur qu'il y ait des révoltes ou une guerre civile. Je m'inquiète peut-être trop.

Elle se leva et rangea machinalement le manuel, avec son nécessaire à couture, remerciant son beau-frère d'être venu si vite avec sa femme pour soutenir Genji. Elle eut tout à coup une forte impression de vide, comme si on venait de lui voler absolument toutes ses forces.

– Bon, restons positifs, reprit-elle en tâchant de sourire, on ne va pas se laisser abattre. De votre côté, est-ce que tout le monde va bien ? J'espère que personne ne s'inquiète trop à cause de ce qui se passe ici.

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Josuke Nakajima
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MessageSujet: Re: Après-midi perturbé   Lun 1 Aoû - 13:01

Plusieurs sentiments et états d’esprit se bousculaient à l’intérieur de Josuke. Il était fatigué par le voyage, épuisé par la nervosité et l’inquiétude ressenties depuis le coup de téléphone de son fils. Un suicide… Dans leur pays, cela n’arrivait jamais, pas pour cela, les familles n’abandonnaient pas leur enfant comme les parents de cet adolescent. Il ne devait pas juger, non, il le savait. Mais… Il y avait eu un mort, enfin ! Un adolescent, jeune, mort à cause de ses parents. La France était déjà perturbée, les enfants aussi, les adultes, le pays tout entier subissait tout ce qui arrivait actuellement à cause d’il ne savait plus quoi. C’était beaucoup trop compliqué, il n’avait pu retenir que le fait que les dons n’étaient pas très appréciés, que l’école était pointée ainsi que la directrice, et que la présence des militaires changeait le quotidien de tout habitant de Gray ou pensionnaire.

C’était la raison pour laquelle Josuke et Emiko n’avaient pas hésité une seconde à rejoindre Genji en France. Dans son état actuel, sachant que son frère allait être débordé, cela aurait été de la folie de le laisser livré à lui-même. D’accord, il avait des amis, il y avait aussi Solène… Mais elle ne pouvait pas remplacer sa mère. Et qui d’autre que sa mère pouvait le calmer, trouver les mots qu’il fallait pour l’apaiser et le rassurer ? Une fois arrivés à Paris, ils n’eurent aucune difficulté à trouver le bon chemin pour relier la gare de la capitale à celle de Gray, Josuke étant déjà venu ici récemment. Sa femme l’avait suivi sans rien dire, de plus en plus nerveuse et inquiète, tout comme lui même s’il évitait de le montrer. Sans oublier qu’il était leur guide, leur seul et unique guide, il n’avait donc pas le temps de penser à autre chose.

Ce n’est qu’une fois à Gray qu’il enclencha le mode « père » pour s’inquiéter davantage pour son fils même s’il le savait en sécurité. De Paris, il avait appelé le Pensionnat où une secrétaire ou un professeur, peu importe, lui avait dit que Genji était rentré avec madame Kara et sa fille pour être loin de tout ce qui pourrait le traumatiser. Reprenant l’adresse écrite à la va-vite, Josuke et Emiko avaient pu trouver la maison des Kara grâce à l’aide de passants et le soulagement avait pris le dessus tout le reste de l’après-midi. Sa femme n’avait plus lâché Genji, le cajolant, le serrant fort contre elle pour l’apaiser comme si elle ne l’avait plus vu depuis des mois. Elle aussi avait remarqué le changement de leur fils. Genji était différent, plus fermé, plus… en retrait. Fort heureusement, elle n’avait rien dit, s’étant contentée de regards furtifs échangés avec Josuke dans un premier temps. En effet, inutile de parler de cela, c’était un détail par rapport à la santé mentale de leur fils aujourd’hui. Il avait besoin de ses parents, de sa mère, du cocon familial, et rien d’autre.

A présent, ils étaient à nouveau chez leur frère qui n’était pas encore rentré. Solène s’activait pour eux, l’ambiance étant très lourde dans la maison. Désolé, il faisait vraiment ce qu’il pouvait pour l’aider mais il craignait de dire quelque chose qui n’aide pas, qui ne fasse qu’aggraver la situation si cela était possible. Personne ne parlait, Genji pensant à Alexis et Emiko et lui-même se préoccupant pour leur fils, leur frère, et les élèves du Pensionnat qui devaient être plus que touchés par ce qui s’était produit hier. Enfin, aujourd’hui… Oui techniquement, c’était aujourd’hui. Ils restèrent ainsi un long moment, Josuke regardant Solène coudre et s’occuper les mains avec un petit air attendri malgré lui. Elle était tellement différente de sa sœur… Il n’en doutait pas, Kimmitsu avait vraiment trouvé la personne qu’il lui fallait. D’ailleurs, en parlant du loup, ils entendirent la porte s’ouvrir à la volée aux alentours de vingt-deux heures sur son frère, furieux comme il l’avait rarement été dans sa vie. Heu ?

Kimmitsu – Ça arrive à tout le monde de perdre son sang-froid ! s'écria-t-il. Et non, il était hors de question de laisser passer ça ! Qu'il s'estime heureux que ce soit moi qui ait réagit, ça lui aura évité bien plus grave ! Et qu'il aille se faire voir, surtout !

… ? Qu’avait-il fait, au juste ? Josuke échangea un regard avec son épouse, de plus en plus inquiet. Qu’avait fait Kimmitsu ? Que s’était-il passé pour qu’il hurle comme cela à cette heure-ci sans prendre garde à ce que quelqu’un dorme déjà ? Bon, d’accord, ce n’était pas le cas mais son frère s’en préoccupait habituellement. Josuke resserra son étreinte sur la main de Genji en entendant le juron japonais, cherchant à le rassurer et à le préserver de cette colère inexplicable même s’il était dans les bras de sa mère. Que s’était-il passé ?! Quoi que, mieux valait peut-être ne pas le savoir… Pas maintenant, pas après la mort du petit Alexis. Genji avait vécu une longue, très longue journée, il ne fallait pas en rajouter. Qu’on le laisse respirer un jour ou deux, par pitié, voire une semaine même si c’était trop demander. Qu’on le laisse se reposer, faire son deuil. Ce n’est qu’à ce moment qu’il entendit la voix de la directrice qui disait que cela ne servait à rien, que ce type ne valait rien, toujours sans le nommer. Josuke fronça les sourcils, de plus en plus perdu.

Inconnu – Le problème, c'est que ça va vous attirer des ennuis.

Gabriella – Ce ne sera pas la première fois, lança la directrice d'un ton exaspéré. Qu'est-ce qui pourrait encore arriver de pire, de toute façon, vu comment l'année a déjà débuté ! On ne peut pas rester de marbre face à un type qui ose se moquer de la mort de son propre fils, il y a des limites. Il n'est pas le premier non plus à menacer les élèves de cette façon.

Kimmitsu – Que fait-on demain ? On maintient les cours tout de même ?

Gabriella – Non. Je dois arranger certaines choses, je vais à la caserne. On va se rejoindre là-bas.

Inconnu – Maintenant ? Mais vous devez être en rep...

Gabriella – Le repos, on va s'asseoir dessus, Frédéric, je ne vais pas rentrer tranquillement chez moi alors que toute une troupe de fanatiques allumés menacent de...

Kimmitsu – Il y a du monde qui peut nous écouter, coupa net Kimmitsu, on ne va pas reparler de ça maintenant. Je préviens Solène et j'arrive.

Menacer de… ? Une troupe « fanatiques allumés » ? De qui parlaient-ils ? Et de quoi ? C’était quoi, cette histoire de menace ? Josuke regrettait presque d’avoir dit à Genji que c’était à lui de choisir s’il voulait rester ou partir et resserra sa prise sur la main de son fils, partagé entre l’inquiétude et la crainte d’en savoir plus. Non, il ne devait pas empêcher Genji de choisir, c’était sa vie, il avait besoin de voler de ses propres ailes, de comprendre qui il était et ce qu’il voulait faire, il devait se trouver avant de décider s’il voulait venir vivre au Japon ou rester en France en connaissance de cause. Mais Josuke fut interrompu dans sa réflexion en voyant Kimmitsu passer la porte du salon, s’excusant du regard de ne pas l’avoir prévenu tandis qu’il se forçait visiblement à les saluer. Aucune question de plus, un bonjour, et il revenait à ses préoccupations. Il embrassa Solène en lui disant de ne pas l’attendre, comme ils l’avaient entendu le dire quelques secondes plus tôt, et ressortit de la maison en laissant une chape de plomb tomber sur le salon – voire la maison entière.

Genji – Tu vas bien ? demanda-t-il tout doucement Solène, en la voyant très pâle.

Solène – Oh, bien, merci, répondit-elle d'un ton suraigu et pas du tout naturel. D'ailleurs, tu as vu l'heure ? Tu devrais aller dormir, ça te fera du bien.

Elle allait bien… C’est cela. Mais elle avait raison, Genji devait aller se coucher et se reposer, il en avait plus que besoin. Sa mère le suivit jusqu’à sa chambre, ne revenant pas comme elle allait rester avec lui jusqu’à ce qu’il s’endorme pour de bon. Josuke hocha la tête lorsqu’elle l’en avertit du regard, approuvant ce geste. Qu’elle reste avec lui le plus longtemps possible, il avait besoin de sa mère, c’était pour cette raison qu’il lui avait demandé de venir avec lui. Il ne lui aurait pas imposé un tel voyage, surtout vers la France, si la situation ne l’exigeait pas. Sans oublier avec ce qu’ils venaient d’entendre…

Ce n’était guère étonnant que Solène soit aussi mal. Tout, dans la discussion, montrait que la situation était grave. Sa sœur et son mari partaient pour la nuit, une menace pesait sur le Pensionnat tout entier, Kimmitsu s’était énervé comme il ne le faisait que très, très rarement et ils n’avaient que très peu d’informations. Comment Josuke pouvait-il rassurer sa belle-sœur ? C’était impossible… Il ne fut même pas étonné qu’elle cède dès que Genji et Emiko furent montés, digérant très mal le fait que l’armée protège les enfants, ce sur quoi elle appuya fortement d’emblée. Pour lui, c’était… normal, il n’était pas en France depuis longtemps, mais comment la rassurer ? L’armée était contre le Pensionnat depuis le début, il l’avait compris. Ce retournement de situation était, certes, étonnant et surprenant mais ce n’était pas plus mal si elle prenait enfin son rôle au sérieux. Il réfléchissait à toute allure pour trouver les bonnes paroles, quelque chose, n’importe quoi. Solène essayait de se contenir, de se calmer, mais s’il pouvait l’empêcher de pleurer et l’apaiser réellement…

Josuke – Il ne faut pas s'inquiéter, je suis sûr que Gabriella et Kimmitsu feront tout leur possible pour préserver les enfants. Et puis... Elle a confiance en certaines personnes de l'armée, d'après ce que j'ai compris, non ?

Solène – Oui... Mais j'ai peur qu'il y ait des révoltes ou une guerre civile. Je m'inquiète peut-être trop.

Une guerre civile ? Mais non. Les habitants n’allaient pas faire cela à cause de dons… Des dons, simplement, ils ne pouvaient pas les haïr à ce point ! Si ? Josuke réprima un frisson, grimaçant dans le dos de Solène qui s’était levée pour ranger son matériel de couture et son manuel. Il voulait la rassurer, vraiment, mais si elle pensait que c’était possible… Si elle l’envisageait avec tout l’optimisme dont elle faisait preuve habituellement… Il posa les yeux sur elle, soudain plus inquiet pour sa famille, son fils, son frère, et même sa belle-sœur, l’air épuisé d’un coup. Elle pensait sincèrement qu’une guerre civile ou des révoltes était possible ?

Solène – Bon, restons positifs, reprit-elle en tâchant de sourire, on ne va pas se laisser abattre. De votre côté, est-ce que tout le monde va bien ? J'espère que personne ne s'inquiète trop à cause de ce qui se passe ici.

Josuke – Disons que… J’évite de parler de certaines choses, dit-il après un moment, un peu mal à l’aise. Ce n’est pas contre vous, j’ai appris à vous connaître avec le temps et à mieux comprendre tout ce qui constitue les dons, mais… Ma famille ne comprendrait pas. Vous avez vécu là-bas, vous connaissez très bien Kimmitsu.

Si sa famille savait le quart de ce qui se passait ici, elle empêcherait Josuke de venir aussi souvent. Et elle détesterait davantage les dons alors qu’il s’efforçait de diminuer cette haine inexplicable rationnellement parlant envers les pouvoirs qu’ils haïssaient depuis plusieurs générations. Leur père et leur grand-père possédaient un don, comment peut-on leur tourner le dos ainsi ? Leur père les détestait, oui, mais leur grand-père était très ouvert. Et il ne voulait pas fermer la porte à sa famille, la voir se disloquer petit à petit à cause de cela et perdre définitivement son frère et son fils. Ils avaient déjà perdu Himako et Eisen, même si ce n’était pas officiel pour ce dernier.

Josuke – J’essaie de désamorcer le conflit, de diminuer la haine qu’ils ressentent à l’égard des dons, d’expliquer aux plus jeunes tout ce qu’est un don pour éviter de reproduire les erreurs du passé. Je ne sais pas si cela porte vraiment ses fruits, il est trop tôt pour le dire mais si vous…

Cette fois, il ne put réprimer le frisson qui le parcourut de part en part. Il regarda Solène un moment, désolé de ne pouvoir la rassurer là-dessus et de s’inquiéter aussi de la possibilité d’une guerre civile. A cause de dons… Comment pouvait-on haïr des dons à ce point ? Que s’était-il passé ? Kimmitsu ne leur avait pas tout dit, ce n’était pas possible. Et il avait besoin de comprendre. Il posa un regard grave sur sa belle-sœur, cherchant ses mots un moment, essayant de comprendre un bon nombre de choses par lui-même.

Josuke – Solène, est-ce que vous pensez vraiment qu’une guerre civile pourrait avoir lieu ? Je croyais que… votre pays était plus ouvert, qu’il tolérait mieux les dons. Vous avez une école, beaucoup d’élèves, même s’il y a une puissante polémique à cause de tout cela. Il s’est passé… quelque chose, ces derniers temps, que Kimmitsu nous a cachés ? J’aimerais vous rassurer, vraiment, mais cela m’étonne d’entendre une telle hypothèse de votre part avec tout l’optimisme que vous montrez constamment. Si jamais il y a une… guerre civile, connaissez-vous un endroit où vous cacher ?

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Solène Nakajima
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MessageSujet: Re: Après-midi perturbé   Mer 3 Aoû - 20:44

– Disons que… J’évite de parler de certaines choses, dit-il après un moment, un peu mal à l’aise. Ce n’est pas contre vous, j’ai appris à vous connaître avec le temps et à mieux comprendre tout ce qui constitue les dons, mais… Ma famille ne comprendrait pas. Vous avez vécu là-bas, vous connaissez très bien Kimmitsu.

De toute manière, il y avait bien des choses dont il valait mieux ne pas parler, quoi qu’il arrive, surtout à une famille assez loin pour ne pas subir les conséquences de tout cela. Elle n’avait pas vécu assez longtemps au japon pour apprendre à bien connaître tout le monde, en revanche, la méfiance contre ces éléments était la même dans tout les pays. La jeune femme haussa vaguement les épaules en rangeant ses aiguilles avec un soin maniaque, désirant surtout s’occuper les mains et ne pas rester assise à ne rien faire. Elle craignait surtout cette nuit sachant qu’elle n’arrivera pas à bien dormir. Comment rester sereine ? Même si elle n’était pas d’un naturel pessimistes, il y avait des jours, des soirées, ou c’était vraiment trop, impossible de garder la tête droite en permanence. Un petit garçon qui s’était donné la mort, les menaces s’accumulant, la haine, les manifestations, la propagande et la désinformation, les campagnes menées contre les éléments, les nouvelles lois passant au gouvernement, la volonté de revenir à une morale plus restrictive, on aurait dit que le monde devenait fou. Etait-ce donc ça, l’ordre naturel des choses ? Et jusqu’où allaient-ils aller ? Elle avait peur de l’escalade, de la tension, peur de perdre sa famille et ses amis.

– J’essaie de désamorcer le conflit, de diminuer la haine qu’ils ressentent à l’égard des dons, d’expliquer aux plus jeunes tout ce qu’est un don pour éviter de reproduire les erreurs du passé. Je ne sais pas si cela porte vraiment ses fruits, il est trop tôt pour le dire mais si vous…

C’était déjà de cela de fait, tant qu’il prenait la peine d’expliquer que les dons n’étaient pas dangereux à partir du moment où ils étaient correctement employés. Solène sourit faiblement en refermant la petite boîte de perles nacrées qu’elle ajoutait parfois à ses broderies ou à des vêtements pour les embellir. Que pouvait-on faire, dans l’immédiat, de toute manière ? Elle savait que Kimmitsu ne serait pas content de la voir s’angoisser à ce point, c’était juste plus fort qu’elle.

– Solène, est-ce que vous pensez vraiment qu’une guerre civile pourrait avoir lieu ? Je croyais que… votre pays était plus ouvert, qu’il tolérait mieux les dons. Vous avez une école, beaucoup d’élèves, même s’il y a une puissante polémique à cause de tout cela. Il s’est passé… quelque chose, ces derniers temps, que Kimmitsu nous a cachés ? J’aimerais vous rassurer, vraiment, mais cela m’étonne d’entendre une telle hypothèse de votre part avec tout l’optimisme que vous montrez constamment. Si jamais il y a une… guerre civile, connaissez-vous un endroit où vous cacher ?

– Il y a beaucoup d’endroits, oui, dit-elle d’un ton nerveux. Pour les élèves ou pour nous. Si tout devient trop grave, Gabriella fermera l’école, de toute façon, pour ne pas risquer la vie des enfants. Désolée si… Je semble trop inquiète, c’est… Ne vous en faites pas.

Elle avait un peu pâlit, se redressant pour aller ranger le nécessaire à couture au fond de l’armoire du salon, ainsi que le livre contenant ses patrons. Ignorant ce que Kimmitsu avait raconté précisément à sa famille sur la situation globale, elle ne pouvait pas répondre à la question de son beau-frère, bien qu’elle se doute qu’il ne leur ait même pas raconté le quart de ce qui arrivait réellement. Elle referma doucement la porte du placard puis dit à Josuke qu’il allait pouvoir dormir dans la chambre de Jasper et Laura comme ils n’étaient pas là ce soir et qu’Emiko allait rester avec son fils cette nuit. Elle passait délibérément sur ses autres questions, songeant qu’il vaudrait mieux qu’il s’adresse directement à son frère pour ce genre de sujets. Grimpant avec des draps propres et une couverture, elle alla rapidement refaire le lit de Jasper pour que Josuke puisse dormir, lui souhaitant une bonne nuit avant de filer dans sa propre chambre, claquant un peu la porte derrière elle. Une fois seule, elle relâcha un très grand soupir et se laissa lentement glisser au sol, tremblante comme une feuille, appuyée contre le chambranle, les jambes brisées par le stress et la fatigue.

Le lendemain matin, Solène parla qu’à peine pendant le petit-déjeuner, et resta étonnamment silencieuse également durant la matinée qu’elle passa à travailler, laissant Genji avec ses parents à la maison. Kimmitsu n’était toujours pas revenu, ayant appelé en début de matinée pour prévenir qu’il y avait encore des choses à s’occuper. L’enterrement d’Alexis devait avoir lieu à treize heures, l’après-midi. A midi, elle rentra à la maison pour avaler rapidement quelque chose et se changer. Kimmitsu rentra peu de temps après elle, l’air sombre mais vif, malgré sa nuit blanche. Solène fila l’embrasser puis se blottir dans ses bras dès qu’elle le vit, nichant son visage dans son cou. Elle se sentait bien plus protégée en étant près de lui, proche, lorsqu’il la serrait ainsi dans ses bras, même si son ventre, formait une petite montagne entre eux. Restant ainsi de longues minutes, elle rougit un peu en se souvenant qu’ils avaient des invités puis se dit que ce n’était pas bien graves, surtout étant donné les circonstances.

– Tout ira bien, pour l’école ? demanda-t-elle. Il y a eu de nouvelles menaces ?

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Kimmitsu Nakajima
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MessageSujet: Re: Après-midi perturbé   Mar 9 Aoû - 16:03

Le temps était maussade au matin. Kimmitsu laissa retomber son crayon et se frotta longuement les yeux, aussi las que tout le monde. Voilà où on arrivait, l'armée devra vraiment protéger les élèves... Ils s'arrêtèrent tous pour prendre un café assez fort puis avaler quelque chose, avant de reprendre. Kimmitsu tenait les yeux ouverts, malgré tout, il n'en pouvait plus, la nuit avait été très longue et tous ressentaient le poids du drame de la veille. Il fallait continuer malgré tout... La matinée se déroula dans une ambiance encore plus alourdie que la nuit elle-même et lorsqu'il fut l'heure d'arrêter, pour le moment, chacun avait la sensation d'un danger imminent. Le sous-directeur rentra d'abord au pensionnat, dan son appartement, pour prendre une longue douche et essayer de se détendre un peu. Sortant et s'habillant, il se frotta les cheveux pour les essuyer, avec la curieuse sensation d'avoir pris dix ans d'un seul coup. Pourquoi personne n'avait-il pu faire mieux pour aider Alexis ? Pourquoi était-il parti comme ça, seul ? Et pourquoi sa famille était-elle si insensible ?! Même s'ils ne supportaient plus leur propre enfant, qu'ils refusent jusqu'à être présents à son inhumation... On ne pouvait accepter cela. Il s'habilla avec lenteur, sortant ensuite de l'appartement pour rentrer au village et retrouver Solène. C'est en descendant les escaliers qu'il se souvint que son frère et sa femme étaient arrivés en France hier soir, lui arrachant un autre soupir. Ce qui s'était passé ne risquait pas de leur donner une meilleure opinion de ce pays, c'était certain.

Le retour au village se fit à pied, sous un ciel encore couvert et peu de monde sur la route. Kimmitsu regarda le cimetière au loin en passant, jugeant que bien trop de leurs élèves y avaient déjà été enterrés depuis le début de l'année scolaire précédente. Allaient-ils vraiment en arriver à fermer cette école ? Et si oui, que deviendront les enfants ? Avec qui pourront-ils apprendre à manier leurs dons, pour ceux qui auront encore la permission de le faire ? Il se frotta un peu les yeux en traversant la place du village puis fila dans les rues adjacentes, descendant celle qui menait à sa maison. En rentrant, il vit qu'il n'avait pas rêvé, Josuke était bel et bien là avec Emiko. Il avait à peine refermé la porte que Solène courut vers lui et se jeta dans ses bras, l'embrassant longuement avant de se serrer contre lui. Il referma les bras sur elle avec un petit soupir, la câlinant doucement. Là, tout va bien... Tout va bien. Il ne voulait pas trop l'inquiéter, d'autant plus alors qu'elle était enceinte, le stress ne lui était pas bon, pour elle ou leur bébé. Il lui frotta un peu le dos pour la calmer et la rassurer, sans trouver les mots juste pour le moment. A vrai dire, Kimitsu avait déjà pensé à la faire partir au Japon pour la protéger, bien qu'il sache que cette solution ne lui plaira pas. Elle refusera de quitter son pays, sa sœur, de tout abandonner, même pour se mettre en sécurité.

– Tout ira bien, pour l’école ? demanda-t-elle. Il y a eu de nouvelles menaces ?

– Pas plus que d'habitude, soupira-t-il. On ne reste pas sans rien faire face à tout cela.

Il l'embrassa sur le front puis lui chuchota de garder confiance et de ne pas trop s'angoisser, dans son état. Elle était plus fragile que sa grande sœur, après tout... Pendant qu'elle repartait dans la cuisine pour terminer de préparer le repas, il dit bonjour à sa belle-sœur et son frère, Genji devant sans doute se reposer dans sa chambre. Kimmitsu alla ensuite ouvrir la commode du salon, tirant sur le premier tiroir où il avait rangé un poignard que la directrice lui avait donné. Remontant sa manche, il l'attacha à son bras avec un petit système très pratique de liens lui permettant de le dissimuler et de pouvoir le faire tomber dans sa paume en un rien de temps en cas de besoin. On attachait le harnais sur l'avant-bras. fait en cuir et en ficelles, il était très léger et ne se sentait quasiment pas. Le poignard ou le couteau était pris dans une boucle qui se défaisait d'un simple mouvement afin de faire chuter l'arme dans la paume. Pratique et efficace, surtout utile étant donné qu'il était lui aussi devenu une des cibles principales, visiblement. Il tira sur sa manche pour la remettre en place, se demandant combien de temps la situation allait encore être sous pression ainsi. Une fois prêt, il attrapa Josuke par le bras avant qu'il ne quitte le salon puis le tira avec lui en lui disant qu'il devait lui parler. Emiko avait suivi Solène pour l'aider, ils avaient pu s'écarter dans le couloir, non loin de la salle de bain. Le sous-directeur leva le nez pour regarder son frère, qui faisait bien deux têtes de plus que lui, facilement.

– Si les choses devaient tourner trop mal, je compte envoyer Solène et les enfants chez vous, commença-t-il directement. Il n'y a pas encore de risques d'attaques plus directes contre l'école, par contre, contre ce village, ce n'est pas exclu. On va sans doute déménager et rester vivre un moment dans mon appartement au pensionnat le temps que ça s'apaise un peu. Je voudrai bien les faire partir dès maintenant, enfin, Solène ne voudra pas.

Il soupira à nouveau en se frottant un peu la nuque, tâchant de repousser le défaitisme. Après ce qu'il avait entendu cette nuit, il se méfiait de plus en plus à l'idée qu'il arrive encore autre chose au village. Il reporta un long regard sur son frère, un peu plus hésitant. Il y avait autre chose... Cette nuit, un autre problème s'était soulevé, lorsqu'ils avaient parlé des dons et des avancées sur les recherches. Kimmitsu avait directement pensé à son neveu, concerné par ce souci, mais il n'était encore sûr de rien. La seule chose de certaine pour le moment est qu'il avait encore réussi à angoisser son grand frère. Il ne savait pas par où commencer, le sujet était encore difficile, flou, une meilleure compréhension se profilait à peine et c'était bien loin d'être suffisant.

– Est-ce que ta femme a eu un souci particulier lorsqu'elle était enceinte de Genji ? demanda-t-il finalement. Des problèmes de santé ? Ou même toi, ces vingt dernières années ? Récemment, il y a eu de nouvelles découvertes sur les dons et ça a soulevé un autre problème, qui concerne Genji et d'autres enfants. Son don n'aurait pas dû naître, chez lui, pas si notre père et toi n'en aviez pas. Ce serait rassurant, disons, de savoir que Emiko ou toi aient pu en posséder un qui aurait disparu après un accident un peu fort ou une maladie.

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Magister
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MessageSujet: Re: Après-midi perturbé   Lun 15 Aoû - 15:12

Intervention de Magister...

"Alors que les deux frères se sont un peu éloignés pour discuter, Solène et Himako vont dans la cuisine pour préparer rapidement à manger. Elles y entraînent lorsqu'un agresseur armé d'un long couteau fracture la porte donnant sur le jardin et entre, armé d'un long couteau. Il se jette aussitôt sur Solène et lui plaque le couteau sur la gorge en menaçant de l'égorger."

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Solène Nakajima
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MessageSujet: Re: Après-midi perturbé   Mer 17 Aoû - 19:16

– Pas plus que d'habitude, soupira-t-il. On ne reste pas sans rien faire face à tout cela.

Tout de même… Elle sourit faiblement lorsqu’il l’embrassa sur le front, un peu rassurée par ce contact. Il lui chuchota de ne pas trop s’angoisser, ce qui restait tout de même facile à dire, bien qu’elle sache qu’il avait raison. Solène l’embrassa doucement puis alla dans la cuisine avec sa belle-sœur, prenant une longue inspiration pour se détendre et se remettre les idées en place. Allez, tout en devait pas aller si mal, après tout ! Il fallait se reprendre, elle n’était pourtant pas du genre à se laisser aller ni à pleurer dans son coin, dévoilant un caractère plus fort lorsque la situation l’exigeait. Maintenant que Kimmitsu était arrivé, il fallait manger un peu et reprendre des forces. La nuit avait été longue et difficile pour tout le monde, la fatigue se lisait sur les visages. Tout en discutant un peu avec sa belle-sœur, qui lui demandait si elle se sentait bien malgré tout, surtout dans son état, Solène commença par vérifier ce qui restait dans le frigo, sortant des tomates et d’autres légumes pou préparer une salade en entrée. Elle posa le tout sur le plan de travail près de la gazinière, un nouveau modèle plus pratique et moins coûté né en 1929, qui avait remplacé l’ancienne cuisinière de la maison.

Solène sortit aussi des placards des couverts, assiettes et verres, les donnant à Emiko pour qu’elle mette la table, dans la cuisine pour une fois, inutile de chercher bien compliqué. C’était peut-être la première fois que Solène se retrouvait en tête-à-tête avec sa belle-sœur, peu à l’aise, car elle ignorait ce qu’elle pensait du fait que ce soit elle, aussi jeune, qui ait épousé Kimmitsu, d’autant plus qu’elle était Française. Prenant un saladier, elle entreprit tout d’abord de s’occuper de la salade, sentant à cet instant ses enfants remuer dans son ventre, ce qui lui arracha un large sourire attendri. Elle entrait dans son cinquième mois de grossesse, désormais, sa grossesse était parfaitement visible, ayant aussi fait grossier sa poitrine qui avait toujours été assez plate. Pour la première fois de son existence, la jeune fille avait vraiment des formes de femme. Coupant les légumes, elle s’arrêta un instant pour prendre quelques condiments dans un autre placard où elle rangeait toute l’épicerie. La future mère se remettait à ses fourneaux lorsqu’un très grand bruit retentit tout à coup, la porte donnant sur la cour violemment enfoncée. Solène hurla lorsqu’un homme entra et se jeta sur elle, lui plaquant un couteau sous la gorge en la tenant par-derrière. Emiko avait hurlé aussi, reculant de deux mètres en appelant son mari.

Son agresseur lui appuyait le couteau contre la gorge alors que son mari et celui d’Emiko arrivaient en courant dans la cuisine, s’arrêtant net à l’entrée en voyant la scène. La jeune femme se sentit extrêmement bizarre, tout à coup, la peur violente la traversant en flèche et faisait naître un sentiment oppressant, comme si son propre sang luttait pour sortir. Les mains serrées contre le bras tenant le couteau, elle s’efforça de se souvenir de ce qu’on lui avait appris dans ce genre de cas, sursautant en sentant la lame froide s’enfoncer un peu. La peur grimpa avec encore plus de force et des éclairs jaillirent tout à coup de ses mains sans crier gare, transperçant le bras du type qui hurla à son tour. Manquant de tomber à terre, elle se rattrapa de justesse grâce à Kimmitsu, reculant avec lui en regardant le type s’enfuir en laissant tomber son arme par terre. Fondant en larmes, elle se laissa aller contre son mari, écroulée par terre, des étincelles grésillant sur ses mains. Elle les secoua pour s’en débarrasser, lâchant un glapissement terrorisé en voyant que ça ne faisait que les renforcer.

– Lâche-moi, je vais te faire mal !

Elle tendit les mains devant elle, un éclair en jaillissant une minute plus tard en même temps qu’un grondement au-dessus de leur tête. La jeune femme avait beau savoir que la peur ne ferait qu’empirer son cas et ce don naissant, elle était incapable de se calmer et de faire cesser ça. Kimmitsu commençait à paniquer lui aussi, ce qui ne l’aidait pas du tout. Son regard accrocha le couteau et elle eut un hoquet, le grondement se transforma en un tonnerre violent au-dessus de leur tête. Sa famille paniquait pour de bon, à présent, Kimmitsu lui répétant d’essayer de se calmer, de respirer doucement. Dé… Désolée… Un nouveau coup éclata, puis un autre, comme centrés au-dessus de la maison. Elle pleurait encore plus fort, maintenant, réussissant juste à bafouiller à sa famille de sortir de cette maison avec Genji. Elle ne voulait pas les blesser involontairement ou leur faire du mal, ils devaient partir de là vite fait, elle allait se calmer toute seule. Relevant la tête, voyant qu’ils restaient là, elle leur hurla de dégager. Ils obéirent enfin, commençant à reculer lorsqu’une autre voix leur dit de s’écarter. Un instant plus tard, sa grande sœur vint s’agenouiller près d’elle, lui prenant les poignets.

– Je vais te blesser si tu…

– Ne sois pas ridicule, je connais ce pouvoir. Tais-toi et laisse-moi faire.

La jeune femme rougit assez férocement et se tut, la regardant lui prendre les mains. Il se passa alors quelque chose de très bizarre, c’est comme si les étincelles étaient « aspirées » ou « bues » par le propre don de sa sœur, entraîné puis annihilé. Le tonnerre gronda encore au-dessus de la maison puis se tut, la fleuriste se sentant tout à coup complètement vidée de ses forces. Elle s’effondra dans un glissement dans les bras de sa sœur, sanglotant contre elle. Gabriella la poussa aussitôt à se redresser et la tint par les épaules, lui essuyant ses larmes de la main avec un sourire. Hein ? Elle avait réussi à trouver une raison de sourire ? En plus, c’était pas un sourire très… rassurant… Plutôt un sourire carnassier, comme ceux qu’avaient les fauves lorsqu’ils avaient acculé une proie et étaient prêt à la déchiqueter en miettes. Sur le coup, Solène eut peur de sa propre sœur, pour la première fois de sa vie.

– Tu t’es défendue, c’est très bien ! Un voisin a vu votre agresseur s’enfuir, il le criait dans la rue, mais ne t’en fais pas, on va le retrouver. Remets-toi, tu as très bien réagi. Tu apprendras vite à manier ce don-là, tu as ça dans le sang.

C’était une façon très… différente, de consoler les gens. La jeune femme était un peu hébétée, sans savoir si elle devrait vraiment s’étonner de ce genre de déclaration. On sentait bien le soldat, là… Après une agression et la découverte d’un don, considéré comme le plus dangereux des six, au passage, et avoir blessé quelqu’un alors qu’elle n’avait jamais fait le moindre mal à qui que ce soit, sa sœur lui lançait que c’était très bien ? Elle s’aida de son appui pour se lever, remarquant à ce moment-là que la grossesse de Gabriella se voyait, à présent. Détail qui rendait la scène encore plus choquante.

– Je crois que je vais vomir, murmura-t-elle en implorant Kimmitsu du regard.

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Kimmitsu Nakajima
Sous-directeur
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MessageSujet: Re: Après-midi perturbé   Jeu 18 Aoû - 12:34

Kimmitsu observait son frère réfléchir, espérant vraiment au plus profond de lui-même que sa belle-sœur ait vraiment été malade ou autre chose, car même si c’était cruel pour elle, cela sauverait son fils aujourd’hui. Cependant, avant que son frère ne puisse répondre, ils entendirent tout à coup Solène et Emiko hurler dans la cuisine, après qu’un choc sourd se fait entendre. Ils coururent aussitôt tous les deux, Emiko criant encore pour appeler son mari. Stoppant à l’entrée de la cuisine, Kimmitsu vit avec horreur un type menacer sa femme de l’égorger, la tenant contre lui avec un long poignard contre son cou. Genji arriva à ce moment, son oncle l’arrêtant d’un geste et lui faisant signe de reculer. Mobilisant son don, prêt à viser le type en esquivant Solène, il levait la main lorsque des éclairs jaillirent tout à coup de celles de sa femme, sans crier gare, des éclairs fusant dans le bras du type qui hurla, éclaboussant un peu le parquet de sang. Le sous-directeur pour récupérer sa femme avant qu’elle ne s’écroule au sol et se blesse, laissant l’autre type s’enfuir, il y avait plus urgent à régler. Solène pleurait, les mains et les bras couvertes d’étincelles, assise par terre. La foudre, elle avait développé la foudre, le don le plus inattendu étant donné son caractère. Un pouvoir naissant qui ne cessait pas, bien au contraire. Du calme ! La peur ne fera qu’alimenter ce don et le rendre dangereux !

– Lâche-moi, je vais te faire mal !

Elle ne… Il finit par reculer en voyant un éclair involontaire jaillir et démolir un petit vase près de la porte, alors qu’un grondement sourd rugissait au-dessus de la maison. Si Kimmitsu avait l’habitude de ce genre de manifestation et de la brutalité de ce pouvoir, spécifiquement, il n’avait en revanche pas l’habitude du tout de voir son épouse dans un tel état et ignorait comment l’aider. Le grondement devint tonnerre, puis éclairs véritable, le professeur cherchant très vite un moyen de l’aider. Il ne pouvait rien faire avec le vent, cet élément s’entrechoquait avec la foudre, ce serait dangereux. Le feu, il ne le maîtrisait qu’à peine et inutile d’en rajouter, de toute façon. Il essayait d’encourager Solène à respirer et se détendre, lui répétant que la peur ne fera qu’accroître ce pouvoir. Elle leur cria de dégager en retour, de sortir de là avant d’être blessés. Et la laisser seule ?! Il échangea rapidement un regard avec son frère et sa famille, reculant juste un peu, à moitié paniqué. La porte de la maison caqua tout à coup et il se retourna d’un bond, croyant au retour de l’agresseur, mais c’était la directrice. Ils s’écartèrent de son chemin, la regardant filer s’agenouiller à côté de Solène en lui prenant les poignets. Kimmitsu s’en voulut ne pas avoir aussitôt pensé à elle, elle maîtrisait parfaitement la foudre, l’ayant prouvé cet été.

– Je vais te blesser si tu…

– Ne sois pas ridicule, je connais ce pouvoir. Tais-toi et laisse-moi faire.

La blesser… S’il y en avait une qu’on pourrait très difficilement blesser avec la foudre, c’était bien elle. Avec autre élément, ce serait plus simple, mais pas avec celui-là, tout de même. Le cœur battant à vive allure, le sous-directeur resta immobile en regardant les deux sœurs, connaissant déjà ce genre de techniques. C’était semblable à celle qu’Adrien avait utilisé pour faire baisser la fièvre, lorsque le don du feu s’était déclaré chez lui. Deux ou trois minutes après, les étincelles et les éclairs étaient partis, Solène s’effondrant en larmes. La gorge serrée, Kimmitsu s’approchait à nouveau lorsque Gabriella fit redresser sa petite sœur en la tenant par les épaules.

– Tu t’es défendue, c’est très bien ! Un voisin a vu votre agresseur s’enfuir, il le criait dans la rue, mais ne t’en fais pas, on va le retrouver. Remets-toi, tu as très bien réagi. Tu apprendras vite à manier ce don-là, tu as ça dans le sang.

D’ordinaire, ce n’était pas exactement comme ça qu’on réconfortait une personne après une agression… Il ne put s’empêcher de soupirer, sa belle-sœur, elle, ayant ouvert grand la bouche, les yeux écarquillés, comme si elle se retenait à très grande-peine de faire le moindre commentaire. Bon, il ne fallait pas trop s’étonner, après tout, la directrice était… Plus… Moins… Ou… Il ne savait pas trop comment le qualifier, disons simplement qu’elle avait pris d’autres habitudes et avait une manière bien spécifique de réagir face à ce genre de situations. Il vint près de sa femme lorsqu’elle se redressa, repoussant le poignard du pied un peu plus loin pour le moment. Le sang par terre était un cruel rappel de ce qui s’était produit, tout comme la porte du jardin enfoncée. Et dire qu’il y a dix minutes à peine, il lançait à Josuke qu’il faudra sans doute déménager… Le « sans doute » était devenu un « certainement », dorénavant, il n’était plus question de rester ici. Autant l’admettre, à présent, le pensionnat était beaucoup plus sûr, l’armée filtrait les entrées et sorties, empêchait les casseurs, agresseurs et intrus de se faufiler si facilement.

– Je crois que je vais vomir, murmura-t-elle en implorant Kimmitsu du regard.

Il l’entoura par les épaules et l’emmena jusqu’à la salle de bain, lui tenant les cheveux lorsqu’elle se pencha sur le lavabo et l’aidant ensuite à se rincer la bouche et le visage. Elle était sous le choc… Il s’occupa d’elle le temps qu’elle se remette un peu puis la ramena dans la salon, l’installant dans un fauteuil et mettant une couverture sur elle. Il avait vraiment eu peur pour elle… La laissant avec Emiko et sa grande sœur, il revint dans la cuisine, bloquant la porte comme il le put, puis ramassant le couteau. Très las tout à coup, il ferma les yeux, ayant un petit vertige. Une main lui prit tout à coup le poignard pour le déposer plus loin et il rouvrit les yeux, voyant son frère à côté de lui. Il l’aida à aller s’asseoir sur une des chaises de la cuisine puis lui donna un verre d’eau. Kimmitsu le remercia en murmurant, se passant une main sur le visage. Il faudra partir de cette maison… Il ignorait si l’agresseur était du coin ou non, en doutant, mais il devait partir tout de même.

– On va aller vivre au pensionnat, souffla-t-il. Je ne croyais pas que ces types étaient déjà prêts aux agressions physiques directes… Par contre, évite de raconter ça en rentrant chez vous, s’il te plaît, ça ne servirait à rien.

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Josuke Nakajima
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MessageSujet: Re: Après-midi perturbé   Dim 21 Aoû - 20:05

Solène – Tout ira bien, pour l’école ? demanda-t-elle. Il y a eu de nouvelles menaces ?

Kimmitsu – Pas plus que d'habitude, soupira-t-il. On ne reste pas sans rien faire face à tout cela.

Mais il était épuisé et l’ambiance devait être incroyablement lourde, pesante, au Pensionnat… Josuke échangea un regard avec Emiko après avoir salué Kimmitsu, désolé pour son lui, sa belle-sœur, son fils. Avec tout ce qu’ils vivaient depuis quelques mois, plus d’un an pour Kimmitsu, leurs nerfs devaient être mis à rude épreuve. Il aurait tant voulu les aider, plus que cela… Ne possédant pas de don, n’habitant pas ici et vivant à des centaines de kilomètres de la France, Josuke ne pouvait pas être utile en dehors du soutien qu’il tâchait d’apporter. Il faisait de son mieux, vraiment, mais lorsque la situation pèse à ce point sur le moral… Qui plus est, ils ne pouvaient pas rester ici indéfiniment. Leur famille avait besoin d’eux, même s’ils ne diraient rien pour ce départ précipité. Pour Genji, ils toléreraient cette absence. Il faisait partie de la famille, essayait d’aller mieux et n’avait rien fait contre les autres.

Kimmitsu sortit de la pièce peu de temps après Solène qui retourna dans la cuisine pour préparer le repas. Mieux valait ne pas rester inactif, oui. Bouger leur ferait du bien, même s’il ignorait totalement comment se rendre utile dans l’immédiat. Genji dormait et devait se reposer, autant le laisser rêver avant d’être rappelé à la dure réalité. Emiko lui dit soudain qu’elle allait voir si Solène n’avait pas besoin d’aide pour la cuisine, comme elle devait être fatiguée elle aussi après la nuit quasi blanche qu’elle avait sans doute subie. Josuke décida de se lever à son tour, cherchant son frère pour voir si tout allait bien pour lui. Il était venu pour Genji, oui mais cela ne l’empêchait pas de s’inquiéter pour lui. Cependant, il n’eut pas à aller très loin pour le trouver : Kimmitsu l’attrapa par le bras juste avant qu’il ne quitte le salon, le tirant jusqu’au couloir, pas très loin de la salle de bains, en lui disant qu’il devait lui parler. Bon, en soi, c’était parfait vu que lui aussi était venu pour lui parler mais… Tout allait bien ? Pas de mauvaise nouvelle en plus ? Pourquoi tant de secrets ? Josuke fronça les sourcils en regardant son frère, de plus en plus inquiet.

Kimmitsu – Si les choses devaient tourner trop mal, je compte envoyer Solène et les enfants chez vous, commença-t-il directement. Il n'y a pas encore de risques d'attaques plus directes contre l'école, par contre, contre ce village, ce n'est pas exclu. On va sans doute déménager et rester vivre un moment dans mon appartement au pensionnat le temps que ça s'apaise un peu. Je voudrai bien les faire partir dès maintenant, enfin, Solène ne voudra pas.

Ce qui n’était pas très étonnant… Solène avait toute sa famille, ici, sa vie, sa sœur qu’elle venait de retrouver. Et, malgré leur caractère radicalement opposé, il était convaincu que sa belle-sœur avait des points communs avec la directrice. Abandonner quelqu’un ne devait pas être dans sa nature, aussi, elle ne laissera certainement pas son mari tout seul ici, à se battre, pendant qu’elle était à des kilomètres et des kilomètres de lui. Ce n’était pas son genre, pas du tout. Josuke posa un regard sur Kimmitsu pendant qu’il se frottait la nuque, cherchant des mots rassurants à lui dire. Il ne pouvait pas mentir, encore moins lui assurer que Solène accepterait peut-être de les suivre si les choses s’envenimaient trop. Ils savaient tous deux que c’était impossible. Elle resterait tant que son mari resterait, voire sa sœur, sa famille. Ce qui était compréhensible… Lui-même devait penser à l’ensemble de la famille, bien entendu, mais il ne pouvait ignorer ce que ressentait sa belle-sœur.

D’autant plus que Kimmitsu songeait à quitter le village, à revenir au Pensionnat… S’il pensait à un déménagement vers l’école, cela signifiait que la situation était grave. Comment pouvait-il demander à sa femme de partir, l’abandonner, alors qu’elle avait traversé la plus longue distance de sa vie en avion pour rencontrer sa famille après à peine un mois de relation. C’était dire si elle l’aimait… Non, elle ne quitterait pas le pays, pas en le laissant derrière. Quelle était la menace qui pesait sur le pays pour que Kimmitsu pense à cela ? Que craignait-il ? Risquait-il sa vie, encore plus que maintenant ? De plus en plus inquiet, Josuke attendit une suite, ne quittant pas son frère des yeux.

Kimmitsu – Est-ce que ta femme a eu un souci particulier lorsqu'elle était enceinte de Genji ? demanda-t-il finalement. Des problèmes de santé ? Ou même toi, ces vingt dernières années ? Récemment, il y a eu de nouvelles découvertes sur les dons et ça a soulevé un autre problème, qui concerne Genji et d'autres enfants. Son don n'aurait pas dû naître, chez lui, pas si notre père et toi n'en aviez pas. Ce serait rassurant, disons, de savoir que Emiko ou toi aient pu en posséder un qui aurait disparu après un accident un peu fort ou une maladie.

Un… souci pendant la grossesse ? Son don n’aurait pas dû naître ? Emiko ou lui, possédant un don qui aurait disparu ? Mais non, il hallucinait. Baissant la tête, il réfléchit un moment à la nouvelle hypothèse de Kimmitsu. C’était impossible, Josuke n’avait jamais eu de don, il l’aurait su autrement. Quant à sa femme, elle n’avait jamais eu de don, raison pour laquelle leur père l’avait choisie pour lui. Il en était sûr. Et elle n’avait rencontré aucun problème durant la grossesse de Genji, ni durant aucune de ses grossesses. Elle était en parfaite santé. Concernant une maladie qui aurait pu le toucher, lui, ces vingt dernières années… Non plus. Pas d’accident, pas de maladie, rien. Enfin, oui, les maladies bénignes qu’on a en hiver ou à certaines saisons, mais Josuke avait une excellente santé, tout comme le reste de la famille. Il y avait sûrement un paramètre que Kimmitsu n’avait pas pris en compte. Ou ces découvertes étaient peut-être faussées, il faut toujours un certain temps avant qu’elles ne soient acceptées. Leur grand-père possédait un don, c’était de là que Genji tenait le sien, voilà tout.

Josuke – Tu te trompes, finit-il par dire en relevant la tête vers son frère. Emiko n’a j…

Josuke fut interrompu par un cri émanant de la cuisine, un appel à l’aide de leurs femmes. Ne se posant aucune question, ils coururent tous les deux vers la cuisine, s’arrêtant net à l’entrée en voyant un homme tenir Solène par derrière, couteau sous la gorge alors qu’elle lui tenait le bras pour essayer de se défendre. Ils n’eurent même pas le temps de réagir, Kimmitsu et lui, que du sang tâcha soudainement la manche de l’agresseur qui en lâcha Solène, son couteau, et s’enfuit à toute jambe après avoir poussé un hurlement. Emiko, elle, était venue se cacher derrière Josuke qui la protégeait de son bras tandis que leur belle-sœur s’écroulait dans les bras de Kimmitsu, larmes aux yeux, terrorisée. Lui-même serrait fort sa femme contre lui, soufflant, la rassurant, répétant que c’était terminé, qu’il n’y avait rien eu, seul cet homme était blessé. Son fils se tenait également à l’écart, pas loin d’eux, étant descendu en entendant crier. C’est alors qu’il les remarqua… Sur le long des bras et mains de Solène, des étincelles. Des étincelles. Voilà ce qui avait blessé cet homme… Elle développait un second don. Josuke s’éloigna un peu avec sa femme et Genji, tout en restant dans la cuisine, pendant que sa belle-sœur et son frère essayaient de se calmer. Ce qui ne fonctionnait pas du tout.

Solène – Lâche-moi, je vais te faire mal !

Un éclair vint frapper un vase de la cuisine, les faisant tous sursauter tandis que d’autres retentissaient au-dessus de la maison, de plus en plus nombreux, alors que Solène paniquait, comme eux tous. Ce ne fut que grâce à la directrice, sans doute alarmée par les éclairs, que la jeune femme put se calmer et retrouver son calme après un long moment de panique. Josuke, lui, peinait à émerger et à reprendre ses esprits, prêt à partir de la maison avec Genji comme le lui avait demandé sa belle-sœur avant que sa propre sœur n’arrive en renfort. Un deuxième don… Elle possédait la foudre, maintenant. Sous le choc, il n’arrivait pas à bouger, ayant à peine réagi lorsque la directrice avait « réconforté » sa sœur à sa manière. Maintenant que la situation s’était calmée, il réalisait peu à peu ce qui s’était passé, le drame auquel ils avaient échappé, et ce uniquement grâce à Solène qui s’était défendue malgré elle. Cependant, elle n’était pas bien, pas bien du tout, finissant par dire à Kimmitsu qu’elle allait vomir alors qu’il la tenait contre lui. Sortant de la cuisine ensemble, Josuke prit une profonde inspiration, soufflant, tâchant de se calmer à son tour et de rassurer sa femme et Genji. C’était fini, du calme, stop, tout va bien. Enfin, non, mais tout irait bien. Il la réconfortait, l’embrassait dans les cheveux, la serrait contre lui comme si sa vie en dépendait. Il avait eu si peur en l’entendant crier ! Il appela ensuite son fils pour le serrer contre lui avec sa mère.

La directrice partit, d’un coup, sans rien dire, Josuke fronçant les sourcils devant ce silence étrange. D’accord… Pas un mot, pas un regard, rien du tout. Pas très sociable, heureusement que Solène l’était plus. Ils entendirent rapidement des voix dans le salon et Emiko annonça qu’elle allait mieux et qu’elle voulait aider sa belle-sœur, voir si tout allait bien et si elle pouvait se rendre utile. Josuke hocha la tête, restant seul un court instant avec Genji avant que son frère ne revienne et bloque la porte par laquelle l’agresseur s’était échappé – et était entré, sans aucun doute – lorsque Josuke allait demander comment son fils se sentait. Il ramassa ensuite le couteau sur le sol, encore tâché du sang de l’homme grâce à Solène. Pourquoi le prenait-il ? Qu’il le laisse par terre, ce n’était pas bon de se rappeler cet épisode maintenant, lui aussi était fatigué. La preuve avec son visage…

Josuke sortit de son immobilisme pour se rapprocher de son frère après un regard vers Genji, lui prenant directement le poignard des mains pour le déposer sur l’égouttoir, près de l’évier. Si cela ne tenait qu’à lui, le couteau serait déjà à la poubelle mais mieux valait ne pas réagir ainsi. Revenant vers Kimmitsu, Josuke l’aida à s’asseoir sur une chaise, le sentant proche de l’évanouissement, et alla remplir un verre d’eau qu’il lui tendit. Son frère le remercia alors dans un murmure, passant une main sur son visage avec l’air le plus fatigué qu’il ne lui ait jamais vu. Allons, pas la peine de le remercier, il était son frère ! Levant les yeux au ciel, Josuke se retint de faire une remarque, couvant Kimmitsu du regard au cas où il défaillait. Il devait se reposer, absolument. Solène avait été agressée, oui, mais lui aussi était dans un sale état…

Kimmitsu – On va aller vivre au pensionnat, souffla-t-il. Je ne croyais pas que ces types étaient déjà prêts aux agressions physiques directes… Par contre, évite de raconter ça en rentrant chez vous, s’il te plaît, ça ne servirait à rien.

Josuke – Ne t’inquiètes pas pour cela, je ne dirai rien. Le principal est que vous soyez en sécurité, surtout après ce qui s’est passé… Evite de penser aux autres pour l’instant, d’accord ? Souffle, respire, reprends-toi.

Josuke approcha une chaise de celle de Kimmitsu et s’installa dessus avant de le prendre dans ses bras pour essayer de le calmer à son tour. Allez, on respire ! Il fit signe à Genji de venir aussi, songeant que sa présence aiderait peut-être son oncle à s’apaiser comme eux n’avaient rien à voir avec l’agression. Cela durera le temps qu’il faudra mais il ne comptait pas relâcher son frère, pas avant qu’il soit un peu plus calme et que son souffle devienne plus régulier. Sa tension était haute cet été, il voulait lui éviter un arrêt cardiaque ou pire ! C’était pour son bien, alors pas de protestation. Lorsqu’il le sentit un peu plus calme, ignorant depuis combien de temps ils étaient comme cela, il dit à Kimmitsu de rester assis ici, qu’eux allaient tâcher de terminer le repas ensemble, Genji et lui. Cela n’avait pas l’air trop compliqué… Solène avait déjà tout sorti, il n’y avait plus qu’à terminer, au moins pour manger un peu. La salade était presque terminée et Emiko avait commencé à faire cuire la viande, il fallait seulement la retourner et surveiller la cuisson. Baissant la tête vers son fils, surveillant Kimmitsu du coin de l’œil, Josuke s’attela à la tâche avant de détailler ses traits.

Josuke – Comment te sens-tu ? J’ai besoin de tes connaissances françaises pour terminer ce que Solène a commencé mais si ça ne va pas, dis-le-moi.

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Genji Nakajima
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MessageSujet: Re: Après-midi perturbé   Sam 27 Aoû - 17:58

La peur ne pouvait tout de même pas pousser à autant de haine... Genji posa la main sur le bord du mur, la porte entrouverte, en regardant de loin sa tante assise dans le fauteuil, dans les bras de sa grande sœur, avec maman qui lui frottait aussi l'épaule pour la réconforter. Il aurait voulu lui dire quelque chose, lui aussi, lui apporter un peu de soutien, mais... Il ignorait totalement quoi faire pour le coup. La voir agressée, menacée par un couteau, il avait eu la peur de sa vie et avait vraiment cru, pendant un moment, qu'il allait la voir elle aussi effondrée au sol, la peau très pâle rougie par le sang, les yeux fermés, immobile. Un long frisson l'agita et il porta la main à sa bouche, avec une légère envie de vomir. Comment faisait-on pour supporter ça ? Comment pouvait-on continuer à avancer, toujours relever la tête malgré tout ? Comment pouvait-on... Il se sentait comme un petit enfant, tout à coup, observant les adultes qui l'entouraient en cherchant en eux le courage dont il avait besoin pour avancer à son tour, comme un petit enfant qui tendrait la main vers ses parents pour qu'ils lui apprennent à marcher.

Allant dans la cuisine, il entra au moment où son oncle avait un petit malaise, son père le rattrapant aussitôt et lui prenant le couteau des mains pour le déposer sur le plan de travail. Pourquoi ne le jetait-il pas ? Autant s'en débarrasser, ça ne servait à rien de garder ce truc, sauf à se faire du mal en se remémorant la scène ! Il se mordit les lèvres en suivant son père du regard, lorsqu'il poussa Kimmitsu à s'asseoir et lui donna un verre d'eau. Le lycéen resta immobile, ignorant, une fois de plus, comment réagir. Il en était toujours au stade "chasser la peur", pas à celui "on se reprend", c'était encore trop tôt, trop vite, il n'avait pas les nerfs pour se remettre aussi vite. Debout à côté de la porte, il tourna la tête pour regarder si sa tante allait mieux, dans le salon. Bizarrement, oui, elle avait déjà repris un peu de couleur et fermait les yeux, bercée par sa belle-sœur et sa sœur. Maman non plus n'avait plus l'air trop ébranlée, au contraire, elle réconfortait Solène et lui souriait, l'encourageant à respirer profondément et à se remettre. Quant à la directrice, elle était... égale à elle-même, allons-nous dire. Il regarda ensuite son père en se mordillant les lèvres, lui aussi avait un air plus déterminé que toute à l'heure. Comment faisaient-ils ?

– On va aller vivre au pensionnat, souffla-t-il. Je ne croyais pas que ces types étaient déjà prêts aux agressions physiques directes… Par contre, évite de raconter ça en rentrant chez vous, s’il te plaît, ça ne servirait à rien.

– Ne t’inquiètes pas pour cela, je ne dirai rien. Le principal est que vous soyez en sécurité, surtout après ce qui s’est passé… Evite de penser aux autres pour l’instant, d’accord ? Souffle, respire, reprends-toi.

Genji se rapprocha un peu lorsque son père lui fit signe, sans vraiment savoir la manière dont il était censé réagir pour le moment. Papa était occupé à serrer son frère dans ses bras pour le calmer, l'apaiser, comme la directrice le faisait dans le salon avec sa petite sœur. Il y eut un long moment de passé ainsi, où ils n'entendirent rien d'autre que les paroles de la directrice et de maman à côté et celles de son père dans la cuisine, pas un autre bruit ne venait perturber la scène. Pas d'orage, pas d'éclairs, aucun cri, et malgré tout, on ne pouvait se sentir vraiment en sécurité, ici, pas après ce qui s'était passé. Genji dévisageait tout le monde à tour de rôle, pensant aux dons, à ces agressions, à ce qu'ils pouvaient tous faire pour ne pas simplement rester à attendre le prochain coup. Comment se défendre et protégeait ceux qu'on aimait ? Comment faisait-on pour ne pas être traumatisé après ce genre d'agressions ? Comment avait-on la volonté de protéger les autres et surtout de réussir à le faire ? Comment pouvait-on faire pour ne pas craquer, même lorsqu'on était isolé ? Voilà déjà un moment qu'il se demandait s'il ne devait pas en parler à la directrice... Elle était bien placée pour ça,a près tout, non ? Son père se leva tout à coup en déclarant qu'ils allaient terminer de préparer le repas et que Kimmitsu devait rester assis. Il alla avec lui, regardant ce que Solène avait déjà sorti et commencé à préparer.

– Comment te sens-tu ? J’ai besoin de tes connaissances françaises pour terminer ce que Solène a commencé mais si ça ne va pas, dis-le-moi.

– Hein ? Heu, oui, ça va.

Il reprit les tomates que Solène avait commencé à couper pour terminer, rebaissant la tête en se mordant les lèvres. Il faudrait vraiment qu'il ose enfin demander ce fichu rendez-vous et lui poser ses questions, au lieu d'y réfléchir tous les jours et ne jamais se décider à franchir le pas. Il ne la craignait pas, elle... Elle l'intimidait et en même temps, il l'admirait autant dire que c'était un peu compliqué de s'y retrouver. Si jamais son projet venait à se concrétiser, il devra bien lui demander des conseils. D'autres le faisaient aussi, il avait lu l'article sur la nouvelle école en Autriche, ça revenait peu à peu, il fallait chasser la peur, ne pas se laisser aller. En principe, c'était très beau, restait à passer à la pratique. Il lança de nouveau un regard en biais à la directrice, pensif, et le reporta sur les légumes, les gestes presque mécaniques. Terminer de préparer le repas fut rapide, bien que Genji doute très sérieusement que qui que ce soit ait faim après une histoire pareille. Il mit le couvert en silence, ne mangeant ensuite qu'à peine. Il était déjà tard et ils avaient entendu les cloches à l'église pour l'enterrement d'Alexis. Le village entier devait déjà savoir qu'il y avait eu un problème en plus, en entendant l'orage de toute à l'heure, surtout s'ils avaient vu la directrice courir.

– Kimmitsu, toi et Solène, vous pouvez venir habiter chez nous, en attendant que ça se calme, dit tout à coup la directrice. C'est assez grand et Auguste l'avait déjà proposé en cas de problème de ce genre. Au pensionnat, l'appartement risque d'être un peu petit quand Solène aura accouché. Et de toute manière, ce n'est pas le bon endroit pour une femme enceinte.

Elle aussi était enceinte... Genji garda avec soin le regard sur son assiette, ayant le plus grand mal à manger. Et puis, une minute, si elle en avait déjà parlé avec le prof de maths, ça voulait dire qu'elle s'attendait à ce quelqu'un se fasse agresser à coup de poignard ?! Il redressa la tête en entendant ça, la main serrée sur sa fourchette, ne pouvant s'empêcher de lui demander si elle avait pensé avant que ça pourrait arriver, des horreurs comme celle-là.

– Evidemment, j'ai déjà été poignardée l'année dernière, ce n'est pas le genre d'idée qui se perd.

Effectivement, si on... considérait les choses de cette façon... Il hocha la tête par automatisme, ne pouvant s'empêcher de penser qu'on devait perdre pas mal de barrières et de limites lorsqu'il fallait toujours penser en mode "guerre, agression, attaque". Son oncle la remercia, lui aussi très peu bavard et plus pâle que de coutume. Un profond malaise était tombé sur la table, au point de donner envie à Genji de fuir de la maison et de partir en courant, pour se vider la tête et ne plus penser à rien. Solène souffla tout à coup que Gabriella aussi était enceinte, après tout. Voilà ! Le pensionnat "pas fait pour une femme enceinte", ça valait son pesant d'or lorsqu'on savait que la directrice du ledit pensionnat attendait un enfant. Bon, pas la peine d'en rajouter, de toute façon. Il termina plutôt de manger puis aida à débarrasser la table, soufflant un grand coup pour se calmer. Là, tout allait bien ! Enfin, non, mais ça ira sans doute mieux dans quelques jours. Il avait le droit de sortir, maintenant, ou sa famille allait considérer que c'était trop dangereux si un agresseur se promenait dans le coin ?

– Je peux sortir ? demanda-t-il tout de même.

– Pas question, rétorqua aussitôt la directrice avant que sa mère n'ouvre la bouche, on ne sait pas si l'autre dingue était seul ou non et tu es trop jeune pour savoir te défendre correctement.

D'... D'accord... Il en resta coi un moment, ayant tout à coup l'impression d'avoir quatre ans. Plus protectrice que a, ça devait être sacrément difficile, tout de même, comment elle faisait ? La directrice sortit tout à coup en ajoutant qu'elle allait voir si ses hommes avaient du nouveau et lança à Kimmitsu et Solène qu'ils pouvaient déménager quand ils voudront. Aller vivre chez elle, hum... Ce n'était pas l'idée la plus rassurante qui soit. Sa mère vint tout à coup l'entourer de ses bras pour un câlin, Genji s'accrochant à elle par réflexe, posant sa tête contre son épaule, épuisé tout à coup. Il avait le pressentiment que rien n'allait s'arranger...

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Après-midi perturbé
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