1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Noyade de minuit

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Laura K. Nakajima
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Âge RPG : 14 ans

MessageSujet: Noyade de minuit   Lun 24 Aoû - 18:04

Laura fixa le plafond en essayant de se détendre, allongée sur son matelas en essayant de trouver le sommeil. Tous ces changements, toutes ces formalités administratives, son don qui évoluait, l’état de Jasper… Tout cela l’épuisait et elle n’avait vraiment tenu que grâce à Antoine ces jours-ci. Elle ne voulait pas montrer qu’elle était moins bien, au moins pour soutenir son frère qui avait besoin d’eux. Il avait fait l’effort de porter plainte contre leur père, il avait revu le Colonel et parlé de tout ce qu’il subissait depuis des années, alors elle pouvait bien se montrer forte pour lui. Et puis, il y avait Antoine. Lui savait qu’elle n’allait pas bien, il savait pour son don aussi, elle le lui avait dit dès qu’elle était revenue à Arès un peu plus tôt que Jasper. Elle avait un niveau équivalent à celui d’un lycéen… Deux ans d’avance ! C’était impossible. Bien sûr, elle voulait développer son don, s’améliorer, être vraiment plus puissante sans être un poids à transporter, mais jamais elle n’avait pensé à ça.

La collégienne soupira en se retournant dans son lit, pliant ses bras pour poser sa tête sur ses mains, de côté. Ces vacances n’étaient pas exactement ce à quoi elle s’attendait… Normalement, ils auraient dû passer deux mois tranquillement chez Antoine, à profiter de l’océan, et au lieu de cela, ils avaient pu passer seulement un mois chez lui dont deux semaines sans pouvoir se baigner à leur guise à cause des orages. Quelles vacances géniales, vraiment… Au fond, Laura ne regrettait rien et savait que c’était un mal pour un bien, mais maintenant que son don se développait, elle ressentait une plus grande envie d’aller dans l’eau. Cette envie parvenait à la convaincre que tous ses problèmes s’évaporeraient dès qu’elle se serait baignée, entourée d’eau. D’accord, son don lui échappait parfois, elle ne se contrôlait pas, avait quelques maux de tête, et tout ça… Mais c’était de l’eau ! L’eau qui l’appelait à grands cris, qu’elle ressentait, qu’elle avait envie de toucher, dans laquelle elle avait envie de plonger sa main…

Laura rouvrit les yeux, croyant halluciner en entendant des cris joyeux et plongeons, sentant une odeur bien particulière qu’elle pouvait reconnaître d’entre mille. Une piscine publique ! Mais… Il y en avait une à Gray, maintenant ? Bizarre. Elle avait dû s’être endormie bien plus vite que prévu, ou alors ils n’avaient pas encore quitté Paris, c’était possible aussi. Trépignant d’impatience, la collégienne se redressa et fut stupéfaite de voir qu’elle était déjà en maillot, couverte par une serviette de bain. Elle regarda autour d’elle et vit plusieurs bancs déserts, calmes, et une porte fermée un peu plus loin, le décor lui évoquant vaguement quelque chose mais elle ignorait quoi encore pour l’instant. Et elle était toute seule… ? Elle avait dû être franchement lente pour se changer. Haussant les épaules, Laura courut un peu avant de se souvenir de l’éternel « Ne pas courir », s’obligeant à ralentir avant d’ouvrir la première porte.

L’eau lui sembla encore plus proche et irrésistible… Elle dut passer par un long couloir avec sa serviette avant de se doucher et accrocha sa serviette à un des porte-manteaux en filant sous la douche. L’eau était froide mais cette sensation était agréable. La salle de douche en elle-même était très spacieuse et le sol, carrelé et gris, avait ce même air moderne que les vestiaires. Elle était sûre d’être déjà venue ici… Elle ignorait où, quand, comment et pourquoi, mais cet endroit lui rappelait quelque chose. Attachant ses cheveux et attrapant sa serviette, une fois mouillée, Laura ouvrit l’autre porte de la salle des douches, fronçant légèrement les sourcils en trouvant cette porte ici – ce qui n’était pas le cas d’habitude – mais continua son chemin en suivant les rires et les plongeons. Cette piscine était un vrai labyrinthe !

Pas découragée pour autant, Laura remonta sa serviette en la tenant fermement dans sa main droite, continuant d’avancer en se fiant aux sons qu’elle entendait. Peut-être se perdait-elle, peut-être prendrait-elle une heure, mais elle y arriverait ! Sans trop comprendre comment à chaque fois, elle chuta même en s’écrasant lamentablement au sol alors qu’il n’y avait aucun obstacle, le carrelage étant plat. Elle avait dû marcher un peu trop vite et avait glissé, voilà tout. Après un temps qui lui parut interminable, cependant, ses efforts payèrent et la collégienne se retrouva enfin nez à nez avec la piscine. Elle était immense… Quatre couloirs longs de plusieurs mètres avec une petite vingtaine de personnes, des gens de sa classe bizarrement, qui plongeaient et nageaient en riant et éclaboussant les autres. Le hasard faisait bien les choses, ils s’étaient tous retrouvés pour aller à la piscine !

Laura – J’arrive ! cria-t-elle à une de ses amies en faisant un geste de la main.

Laura déposa sa serviette sur un des bancs situés tout autour de la piscine et avança un peu plus vite malgré elle en oubliant le « ne pas marcher vite, ne pas courir », pressée de plonger dans l’eau pour rejoindre les autres. Dès qu’elle sentit un peu d’eau froide sur ses pieds, la collégienne baissa la tête avec un grand sourire, leva le pouce vers ses amies et leur fit signe de s’écarter. Après cela, elle s’inclina légèrement et poussa sur ses pieds pour plonger, tête vers l’eau, et put même toucher le fond de la piscine – plus rugueux qu’elle ne l’aurait cru du bout des doigts. Elle avait bien plongé, cette fois ! Laura se redressa légèrement, s’appuya sur le fond du bassin et donna un puissant coup de pied pour remonter en nageant, sentant comme une gêne à son pied droit mais n’y prêtant pas garde pour l’instant. C’est à ce moment que les choses se compliquèrent. Elle avait beau nager et battre des bras, son corps semblait beaucoup plus lourd, comme si elle avait pris dix kilos en plus entre la salle de douches et le plongeon.

Laura * Ne pas paniquer, nager, c’est juste la fatigue…

Laura fit encore quelques mouvements, peinant vraiment à remonter alors que ses amies ne semblaient même pas le remarquer, discutant et battant des pieds et des mains paisiblement à la surface. Au bout d’un long moment, elle parvint à remonter et à prendre une profonde inspiration… avant de constater qu’elle n’était pas dans une piscine. Il faisait noir autour d’elle, très noir, et l’eau dans laquelle elle était n’était pas claire et chaude comme la piscine, elle était glacée. Autour d’elle, des arbres et une large étendue verte. Elle était déjà venue ici avec le Pensionnat, mais comment avait-elle fait pour se retrouver dans ce lac ?! Quand elle avait fermé les yeux, elle était dans son lit, chez leur professeur d’arts martiaux… Laura battit des bras pour regagner le rivage, épuisée, mais n’avançait pas. Elle était épuisée, vidée, et un incroyable mal de tête refaisait surface. Pas maintenant ! Pourquoi était-elle si fatiguée ? Elle était en… Elle était habillée… Elle avait plongé habillée

La jeune adolescente se concentra, tranchant qu’elle n’arriverait pas à regagner la terre ferme dans cet état, et utilisa son don pour s’aider à revenir vers le rivage. Seulement, comme à chaque fois qu’elle en avait réellement besoin ces derniers temps, il fit tout le contraire et elle vit, impuissante, l’eau bouger beaucoup plus fort que d’habitude, l’engloutissant entièrement. Laura parvint à remonter dans un ultime effort mais n’en pouvait plus et appela à l’aide en paniquant de plus en plus, priant pour que quelqu’un l’entende, avant d’avoir à nouveau la tête sous la surface. L’eau était son élément et elle ne le contrôlait même plus !

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Jasper K. Nakajima
Lycéen
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Âge RPG : 16 ans

MessageSujet: Re: Noyade de minuit   Lun 24 Aoû - 18:42

Trop de changements en trop peu de temps. Beaucoup trop, il avait du mal à suivre et était épuisé. Tu parles de vacances ! Entre la mer, les orages, leurs parents qui voulaient lui prendre Laura, la plainte, le Colonel, le changement de tuteurs, puis le déménagement, il n’en pouvait plus. Il retint un long soupir, se redressant. Laura venait de s’endormir, blottie dans son propre lit, dans la chambre. Elle devait rêver, sans doute, il l’entendait murmurer quelque chose à propos de l’océan. Il s’appuya contre le mur en l’observant un moment, sous la lumière très pâle de la lune. Si tout était plus calme maintenant, il restait le problème de leurs dons. Celui de Laura bougeait, le sien aussi, et ni l’un ni l’autre ne savaient encore jusqu’à quel point. Être ici était aussi perturbant… C’était la première nuit qu’ils passaient dans cette maison, étant arrivé tard hier soir. Leurs bagages n’étaient pas déballés, déposés aux pieds des lits. Et il y avait aussi Genji, le neveu du prof… Ils venaient de le rencontrer, lui aussi, il dormait dans une toute petite pièce, à côté de la leur.

Jasper se recoucha, sombrant dans un sommeil très léger et agité. Il avait incroyablement chaud, brûlant souvent d’une fièvre qu’il n’expliquait pas. Il devrait peut-être en parler à Adrien, il saura lui dire si c’était normal ou pas, non ? Frissonnant de fièvre, il rêva alors de longs déserts, de flammes gigantesques qui venaient tourner autour de lui comme des tourbillons. C’était à la fois magnifique et effrayant, ces immenses gerbes de feu, hautes de plusieurs mètres, qui jaillissaient tout autour de lui. Il avait si chaud ! Il les frôlait, les touchait, dansait au milieu. Il se réveilla dans un léger sursaut encore plus tard, dévoré par la fièvre. Arf… Se redressant, il se frotta les yeux, voyant que lit de Laura était vide. Elle avait dû aller aux toilettes, dans la petite cabane du jardin. Il se leva à son tour, sortant de la chambre puis s’appuyant contre la fenêtre du salon, l’ouvrant pour avoir un peu d’air. Il inspira profondément, sentant un léger vent caresser son front, faisant voleter ses mèches. Ça faisait du bien.

Il posa le regard sur une photo, sur le buffet, montrant leur professeur, beaucoup plus jeune, près d’un homme qui lui ressemblait beaucoup. Sans doute son frère. Se retrouver ici était tellement étrange… Il se frotta le front, espérant que la fièvre s’en aille. Il était prêt à retourner se coucher lorsqu’il vit, à plusieurs mètres de là en contrebas, le lac devenir curieusement plus agité. En pleine nuit. Il se pencha à la fenêtre, fronçant les sourcils en voyant les vagues. Quelqu’un qui y nageait en pleine nuit … ? Il voulait bien qu’il y ait des gens bizarres, mais tout de même, l’eau devait être glaciale ! Il retourna dans sa chambre, voyant le lit de Laura toujours vide. Elle en mettait du temps, elle était coincée dans les toilettes ou quoi ? Il sourit puis regarda par une autre fenêtre pour vérifier. Mais la cabane était entrouverte, vide, sans aucune lumière… Il se figea d’un coup puis se retourna avec difficulté. Le lit vide. Le lac. Laura.

Jasper – Laura !

Il s’éjecta aussitôt de la chambre puis de la maison, pieds nus, claquant la porte avant de courir sur les chemins, le gravier puis sur l’herbe en criant le prénom de sa petite sœur. Il entendit au même moment un appel, venant du lac. Il trébucha, les yeux brouillés à cause de la fièvre et de la chaleur, puis vit enfin une petite silhouette, près de la berge, dans un lac qui se déchaînait, comme si une tempête le frappait. Il s’y précipita sans réfléchir, violemment frappé par les vagues et avec un tournis qui manqua de le faire s’évanouir. Trop d’eau. Trop agitée. Il tendit les bras, agrippant ce qui devait être le bout d’une veste et tirant dessus. Il attrapa ensuite un poignet, par pur hasard, puis glissa au fond du lac brusquement en voulant la ramener vers la berge. Il fut d’un coup submergé par l’eau, perdant la main de sa petite sœur, s’étouffant à moitié avant de remonter à la surface d’un coup de pied.

Il reprit son souffle, puis réussit enfin à tirer sa sœur avec lui, l’attrapant comme il pouvait étant donné qu’elle paniquait, puis la serra à la taille avant de retomber avec elle, au bord du lac, de l’eau jusqu’à la taille. Il la serra aussitôt contre lui, aussi brûlant qu’elle était glacée, tremblant de tous ses membres. Il lui répéta en boucle que tout allait bien, qu’il était là, qu’elle ne devait pas avoir peur. Ils étaient assis dans l'eau, serrés dans les bras l'un de l'autre, trempés jusqu'aux os, le tout au beau milieu de la nuit. Il ne lâchait pas sa sœur, les yeux fermés, espérant lui donner un peu plus chaud. Il se fichait complètement d'être au bord de l'évanouissement, ayant juste eu peur qu'elle se noie et qu'il la perde à jamais. Il lui frotta le dos avec lenteur, clignant des yeux pour rester bien éveillé et conscient.

Jasper – Tu vas bien ? bredouilla-t-il. Je dois t'emmener à l'hôpital ?

Il s'écarta à demi, la tenant par un bras et se servant de sa main libre pour ôter les mèches mouillées de son visage et vérifier si elle allait bien. Elle était brûlante... Ou c'était lui, il ne savait pas. Il la poussa à se relever et sortir de l'eau, aller sur la berge, la suivant tant bien que mal. Trop d'eau... Il la reprit contre lui une fois debout, respirant vite et mal.

Jasper – On rentre... Tu dois te changer... Le prof est sûrement réveillé...

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Laura K. Nakajima
Collégienne
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Âge RPG : 14 ans

MessageSujet: Re: Noyade de minuit   Lun 24 Aoû - 23:12

L’eau continuait de s’agiter autour d’elle, toujours plus fort, plus vite, l’envoyant tantôt contre un rocher auquel elle essayait de s’agripper, tantôt un peu plus loin et plus profond dans le lac. Elle était perdue… Personne n’avait entendu son appel et elle allait mourir noyée par son élément alors qu’elle adorait l’eau. Une eau si glaciale qu’elle ressentait des pointes un peu partout, nageant sans savoir où elle allait, paniquant de plus en plus. Laura crut voir une ombre, à un moment mais elle était gelée et terrorisée et fut incapable de bouger. Jusqu’à ce qu’elle sente quelque chose tirer sur sa veste dans une direction alors qu’elle se débattait encore et toujours et tendait les bras vers ce qu’elle pensait être le bord de l’eau. Avant de sentir une main lui attraper le poignet, ce qui provoqua un brusque soulagement chez elle… en même temps qu’un déclenchement de son don. Mais ils n’y arriveraient jamaiiis ! Comment contrôler ce qu’on ressent dans ce genre de situation ?!

Sans surprise, et pour son plus grand malheur, la main de l’autre personne l’avait relâchée mais Laura essayait de nager en prenant de petites bouffées d’air lorsque l’eau le lui permettait. Il y avait bien quelqu’un pas loin, mais elle ne parvenait pas à voir qui, n’arrivait pas à crier, à prévenir, à dire que c’était trop dangereux à cause de son don, qu’elle ne se contrôlait plus. Au même moment, elle se sentit tirée dans un sens contraire à celui du « courant fabriqué » et nagea par réflexe, battant des mains et des pieds sans aucune logique pour rester la tête hors de l’eau jusqu’à ce qu’un bras lui enserre la taille alors qu’elle s’y accrochait comme si sa vie en dépendait. Elle se retrouva au bord du lac, trempée, tremblante et frigorifiée, toussant, de l’eau jusqu’à la taille… et réalisa que son sauveur était Jasper lorsqu’il la serra contre lui, brûlant.

Laura se mit à pleurer, incapable de parler, en serrant son frère dans ses bras, écoutant ce qu’il lui disait. Elle ignorait comment elle s’était retrouvée là, elle ignorait comment lui l’avait vue ici et s’en fichait complètement. Elle se blottit dans ses bras, secouée de sanglots, la peur qu’elle avait ressentie encore bien trop présente. Elle avait vraiment cru qu’elle allait y rester, que personne ne l’entendrait, qu’elle allait mourir noyée, et ne pouvait s’empêcher de s’excuser encore et encore en pensant à ce que Jasper avait dû faire. Il était malade à côté de l’eau, elle le savait, et il avait plongé en voyant le lac et ces vagues si fortes…

Jasper – Tu vas bien ? bredouilla-t-il. Je dois t'emmener à l'hôpital ?

Elle ne put que faire non de la tête, toujours incapable de parler en dehors des « Désolée » qu’elle répétait encore et encore, sanglotant en s’accrochant à son frère alors qu’il s’écartait un peu d’elle. Elle allait bien, elle n’avait rien. Enfin, elle n’en savait rien mais tremblait beaucoup trop et était toujours sous le choc, impossible de lui répondre pour l’instant. Laura se redressa tant bien que mal, poussée par Jasper, et fit quelques pas maladroits pour s’éloigner de l’eau en essayant de respirer et de se reprendre. Elle se blottit à nouveau contre lui dès qu’il fut à côté d’elle, debout dans l’herbe, les larmes coulant sur son visage. Elle avait eu si peur… Son frère aussi respirait vite, au même rythme qu’elle, et elle avait toujours du mal à croire qu’il était venu la récupérer. Il était si mal à l’aise dans l’eau…

Jasper – On rentre... Tu dois te changer... Le prof est sûrement réveillé...

Laura hocha la tête en reniflant, passant ses mains sur ses yeux pour les essuyer alors qu’elle était trempée jusqu’aux os. Leur prof… Elle prit la main de son frère pour se mettre en marche mais vit, au même instant, leur professeur et Genji un peu plus loin, mais surtout monsieur Nakajima. Il ne devait pas en vouloir à Jasper, c’était sa faute ! Laura avait légèrement blêmi et resserra un peu sa main sur celle de son frère, terrifiée à l’idée du sermon qui allait suivre. Elle n’avait pas fait exprès ! Elle était… Elle était dans son lit et s’était réveillée dans un lac, habillée d’une simple chemise de nuit et d’une veste, sans chaussures ni chaussettes. Comment pouvait-elle expliquer cela en étant crédible ? C’était l’excuse la plus pourrie qu’elle n’ait jamais inventé et, pourtant, c’était la vérité… Serrant un peu plus la main de son frère, tremblant et claquant des dents, Laura s’avança avant de se mordre brusquement les lèvres en s’arrêtant d’un coup. Elle se tint à Jasper pour s’abaisser et constata une grosse entaille dans son pied. Mais… Mais elle n’avait rien senti ! Bon, heu, d’abord le prof, ensuite la blessure. Elle ne voulait pas que Jasper ait des ennuis à cause d’elle. Elle rebaissa très vite sa jambe au moment où leur professeur arrivait avec son neveu, rassurant son frère d’un regard.

Laura – Tout est de ma faute, dit-elle immédiatement en baissant la tête dans un premier temps. Ne punissez pas Jasper, il n’a rien fait, il… Il a plongé pour me sauver. Mais je vous assure que je n’ai rien fait volontairement ! Je… C’était…

Non. Elle ne pouvait pas dire ça ! « Je me suis endormie et baladée dans une piscine mais je me suis réveillée dans un lac »… C’était idiot, il ne la croirait jamais ! Comment avait-elle pu sortir de la maison et plonger dans un lac, mettre une veste et s’attacher les cheveux, si elle n’était pas consciente ? Se couvrir pour aller se jeter dans un lac dont l’eau était glaciale était complètement stupide ! Laura lança un regard à son frère comme s’il allait pouvoir l’aider à comprendre, voulant vraiment le protéger, puis reprit en levant la tête. Elle voulait que son professeur la croit, elle n’aurait jamais osé faire une telle chose, surtout pas le premier jour !

Laura – Je me suis endormie dans mon lit, je le sais, puis j’ai rêvé d’une piscine… très grande. Et je me suis réveillée dans l’eau avec mes vêtements, j’ai voulu m’aider de mon don pour regagner la berge mais je… Il a… Il n’a pas fonctionné comme je le voulais et j’ai été entraînée par le « courant ». J’ai appelé à l’aide et Jasper est arrivé. Mais il n’a rien fait, ce n’est pas sa faute, il n’y est pour rien ! Je n’ai… Je ne sais pas ce qui est arrivé…

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Kimmitsu Nakajima
Sous-directeur
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Âge RPG : 42 ans

MessageSujet: Re: Noyade de minuit   Jeu 27 Aoû - 14:57

Il aurait fallu faire ces démarches il y a déjà bien longtemps, avant d'en arriver à un point de non-retour. Kimmitsu soupira légèrement en se retournant dans son lit, un lit assez large mais très bas, d'un bois rouge sombre qu'il avait repeint l'année précédente. Solène dormait paisiblement à côté de lui, sans doute encore fatiguée du voyage. Lui-même avait du mal à trouver le sommeil, reconsidérant les changements récents à tête reposée. Il avait été très surpris du coup de fil de Gabriella-sama, début août, lui demandant s'il acceptait de prendre chez lui, en foyer d'accueil, Jasper et sa petite sœur. Il n'avait aucune raison de refuser, bien entendu, surtout s'il s'agissait de les protéger d'un père violent, mais il devait aussi rendre d'autres habitudes. Être tuteur face à un enfant n'était pas du tout la même relation qu'être professeur face à un élève. Les prochains jours allaient être consacrés surtout à cela, que chacun apprenne comment les autres fonctionnaient et à composer avec. Il ignorait comment se comportaient les deux enfants en-dehors des cours, c'était un peu perturbant de se dire qu'ils allaient vivre sous son propre toi, à partir de maintenant.

Il aimerait dire que c'était plus simple avec Genji mais ce n'était même pas le cas. Kimmitsu ne s'était pas rendu compte à quel point son neveu avait changé, en l'espace de deux ans. Lui qui avait toujours été très vif, souriant, bien agité et toujours prêt à se lancer à l'aventure, il était devenu en peu de temps renfermé, assez agressif, silencieux et distant. Josuke avait aussi paru en colère, fait assez rare, lorsqu'il lui avait demandé de le prendre chez lui pour lui apprendre la discipline. Pour qu'il en vienne à cela... C'était aux parents de guider leurs enfants sur ce chemin, Josuke le savait mieux que personne, mais il était dépassé. Et Kimmitsu ne voyait vraiment pas ce que lui pourrait faire, sans même comprendre pourquoi et comment son neveu avait changé ainsi. Que pouvait-il faire ? Il ne l'avait pas vu changer, il n'habitait plus au Japon à longueur d'année. Il pinça les lèvres puis mit un bras sur son visage, yeux fermés. Trois enfants d'un seul coup chez lui, sa vie allait devenir bien plus mouvementée. Il s'endormit sur cette pensée, avec un léger sourire, pour un sommeil léger et agité.

Ce fut d'abord une impression qui le réveilla en sursaut, plus tard dans la nuit. Il repoussa la couverture, se levant et s'habillant, convaincu qu'un danger imminent allait survenir dans très peu de temps. Il ne saurait dire pourquoi il s'était réveillé aussi soudainement, c'était le fruit d'un instinct ancré en lui et qu'il travaillait depuis des années. Il s'habilla assez vite puis sortit dans le couloir, regardant autour de lui. La maison était très calme et vide. Un cri retentit tout à coup et il courut à la fenêtre. Le lac. Son neveu sortit juste à ce moment de sa chambre et Kimmitsu lui fit signe de le suivre. Ils sortirent aussitôt de la maison, courant sur la petite route puis sur le chemin menant au lac. Il vit plus loin deux silhouettes en sortirent en titubant et reconnut Jasper et Laura. Dans le lac, habillés, au milieu de la nuit ? Il courut vers eux, inquiet, sans comprendre ce qui leur était arrivé. Et Jasper ! Il tremblait encore plus fort que sa sœur, blême. Jeter un garçon de seize ans maniant le feu au milieu d'un lac glacé... Il allait attraper la mort. Sa sœur était déjà beaucoup moins sensible à ça, grâce à son don.

– Tout est de ma faute, dit-elle immédiatement en baissant la tête dans un premier temps. Ne punissez pas Jasper, il n’a rien fait, il… Il a plongé pour me sauver. Mais je vous assure que je n’ai rien fait volontairement ! Je… C’était…

Il les examina rapidement du regard, tous les deux, pour voir s'ils étaient blessés ou non. Plongé pour la sauver... La directrice lui avait dit au téléphone que Laura avait des difficultés et perdait le contrôle de son don, ce qui n'était pas si étonnant en soit, et vu sa tenue, elle avait dû faire une crise de somnambulisme. Attirée par l'eau, elle avait dû tomber dans le lac, perdre le contrôle, manquer de se noyer... Comprendre ne diminuait pas la tension, cependant, et il lui jeta un long regard. Elle se tenait le pied bizarrement, elle avait dû se blesser. Quant à son frère...

– Je me suis endormie dans mon lit, je le sais, puis j’ai rêvé d’une piscine… très grande. Et je me suis réveillée dans l’eau avec mes vêtements, j’ai voulu m’aider de mon don pour regagner la berge mais je… Il a… Il n’a pas fonctionné comme je le voulais et j’ai été entraînée par le « courant ». J’ai appelé à l’aide et Jasper est arrivé. Mais il n’a rien fait, ce n’est pas sa faute, il n’y est pour rien ! Je n’ai… Je ne sais pas ce qui est arrivé…

– Somnambulisme, coupa-t-il. Asseyez-vous tous les deux.

Une fois qu'ils furent assis dans l'herbe, Kimmitsu prit la cheville de Laura entre ses mains pour la regarder de plus près. Elle avait un effet une entaille sous le pied, s'étant sans doute coupée sur les pierres qui jalonnaient le fond du lac. Il nettoya la plaie avec une feuille de buis, enlevant les petits cailloux et la saleté, pour mieux examiner la blessure. C'était juste une écorchure, un pansement et cela ira mieux. Il la rassura en quelques mots, disant ensuite à Genji qu'il devra l'aider à rentrer, pour qu'elle n'appuie pas sur la plaie le temps de revenir à la maison et lui faire un pansement. Il se tourna ensuite vers son frère, aussi pâle que la lumière de la lune et qui frissonnait violemment. Kimmitsu s'accroupit près de lui et posa une main sur son front, grimaçant en le sentant si brûlant. Il respirait assez mal, avec ça. Le Japonais pinça les lèvres puis le souleva dans ses bras, sans lui laisser le temps de dire quoi que ce soit. Jasper ne protesta même pas, les yeux presque fermés.

– Aide-la, Genji, dit-il avec un regard inquiet pour Jasper.

En rentrant, il demanda à Solène si elle voulait bien faire un petit bandage à Laura puis lui donner des vêtements secs. Rester avec elle pour la calmer et la rassurer, aussi, perdre le contrôle ainsi était éprouvant. Il emmena Jasper dans la salle de bain, pour lui faire enlever ses vêtements trempés et le sécher aussi. Il était dévoré par la fièvre... Kimmitsu l'aida à enfiler des habits secs puis le ramena dans la chambre, le mettant au lit. Il posa à nouveau la main sur son front pour évaluer la température, secouant la tête. Il demandera à Adrien de passer, demain matin, comme c'était lui qui s'était occupé de suivre Jasper, cette année, pour les tests. En attendant, il s'assit au bord du lit, lui faisant boire un peau d'eau avec un médicament contre la fièvre. Un utilisateur du feu, en plein développement de son don, déjà perturbé avec son élément à cause des tests, sautant dans un lac glacé et très agité... Son élément avait dû entrer en collision violente avec celui de Laura. Il remonta un peu la couverture sur lui, pensif. Décidément très bien, pour une première approche, on ne pouvait rêver mieux. Laura revint à ce moment, restant debout près du lit, visiblement malade d'inquiétude.

– Est-ce que... Est-ce qu'il va aller mieux ? Je ne voulais pas lui faire de mal, je pensais pas qu'il... qu'il sauterait avec toute cette eau.

– C'est votre frère, bien sûr qu'il allait plonger pour vous récupérer.

Il effleura le front de Jasper pour juger si la fièvre avait un peu baissé, grâce au médicament. Hum... Il secoua la tête, laissant sa main derrière la tête de son élève, comme pour la soutenir, alors qu'il s'endormait dans un sommeil fiévreux. Il resta ainsi un moment à le regarder, sans bouger, veillant, puis tourna la tête vers Laura, en lui disant de s'asseoir sur son lit, au moins.

– Il faudra vous changer de groupe à la rentrée, si votre don a lui aussi connu une évolution imprévue, dit-il calmement, voulant lui faire saisir par là que ça n'avait rien d'alarmant. Il se peut que d'autres scènes de ce genre arrivent, donc je fermerai votre chambre à clé de l'extérieur, le soir, la fenêtre aussi. Vous devez vous ouvrir aux autres et en parler, pour vous apaiser... Qu'avez-vous ressenti, lorsque vous avez perdu le contrôle, toute à l'heure ?

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Laura K. Nakajima
Collégienne
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MessageSujet: Re: Noyade de minuit   Jeu 27 Aoû - 23:30

M. Nakajima – Somnambulisme, coupa-t-il. Asseyez-vous tous les deux.

Somnam… Laura écarquilla les yeux, peinant à réaliser ce que son professeur venait de lui dire, toujours sous le choc de ce qui s’était passé. Mais elle n’avait jamais été somnambule de sa vie ! Elle… Elle n’était jamais sortie, n’avait jamais marché, rien du tout. En plus, de ce qu’elle avait lu et appris, les crises de somnambulismes étaient causées par le stress ou le refoulement de ce que l’on ressent, lorsque l’on avait tendance à beaucoup trop garder pour soi. Mais elle avait parlé ! Pas à son frère, peut-être, mais ils savaient tous les deux que leurs dons évoluaient beaucoup et vite, ils savaient comment ils allaient et n’avaient pas besoin de parler pour se comprendre. Et puis, elle avait parlé à Antoine, elle lui avait dit pour son don et, en gros, très gros, ce qu’elle ressentait. Elle lança un regard vers le lac, se frottant les bras, tenant toujours la main de Jasper.

La collégienne se mordit les lèvres en baissant la tête, s’asseyant dans l’herbe après un bref moment d’hésitation, s’appuyant sur ses mains après avoir lâché son frère pour ne pas trop forcer sur son pied. Son professeur prit sa cheville entre ses mains, regardant la blessure sans qu’elle ne dise rien, surveillant son frère sans bouger pendant que monsieur Nakajima s’occupait de sa blessure. Il était très pâle et, quand elle avait été dans ses bras, elle avait senti qu’il était brûlant, autant qu’elle était frigorifiée… Elle tremblait toujours, mais pas à cause de la fièvre comme lui et ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter. Oui, c’était à cause de l’évolution de son don, mais quand même. Il allait aller bien, hein ? Son professeur la rassura mais Laura lançait des regards incessants à Jasper, ignorant ses propres tremblements et la peur, ne s’inquiétant que pour lui et rien d’autre. Ce qui ne s’arrangea pas lorsqu’elle vit la réaction de monsieur Nakajima, lorsqu’elle le vit prendre son frère dans ses bras sans qu’il n’y oppose la moindre résistance… C’était de sa faute s’il était malade.

M. Nakajima – Aide-la, Genji, dit-il avec un regard inquiet pour Jasper.

Laura remercia Genji d’un signe de tête, boitillant à côté de lui pour éviter de salir à nouveau la blessure, et suivit son professeur, croyant halluciner en voyant tout le chemin qu’elle avait parcouru. Elle ne se souvenait de rien… Pour elle, ce chemin était la piscine, c’était la salle de douches, le long couloir. Le lac était une immense piscine, profonde et à une température normale, la lune était le soleil… Mais certainement pas tout cela. Et à cause d’elle, son frère était malade, il avait beaucoup plus de fièvre et était très mal. Elle sentit sa gorge se serrer en arrivant, rejoignant Solène sans la voir, se laissant soigner sans émettre un seul son tandis que son professeur s’occupait de Jasper. Laura restait silencieuse, les larmes aux yeux, écoutant d’une oreille distraite ce que lui disait la sœur de la directrice sans même être choquée de sa présence ici, l’esprit ailleurs. Son frère s’en remettrait, n’est-ce pas ? Ce n’était qu’un peu de fièvre, il allait bien aller, hein ?

Laura – Je peux aller voir Jasper ?

Laura attendit poliment la réponse de Solène et fila vers la chambre qu’elle partageait avec Jasper, y retrouvant leur professeur penché sur lui, assis dans le lit dans lequel son frère était allongé et couvert. Elle se mordit les lèvres sans rien dire, n’osant même pas bouger, le couvant d’un regard inquiet et la gorge serrée. Elle s’en voulait, oui, même si c’était complètement stupide, même si elle ne pouvait pas savoir ce qu’elle faisait. Ce n’est qu’au bout d’un moment qu’elle osa enfin poser la question qui la torturait, toujours debout à côté du lit de Jasper.

Laura – Est-ce que... Est-ce qu'il va aller mieux ? Je ne voulais pas lui faire de mal, je pensais pas qu'il... qu'il sauterait avec toute cette eau.

M. Nakajima – C'est votre frère, bien sûr qu'il allait plonger pour vous récupérer.

Mais il n’aurait pas dû… Elle aurait pu le perdre à cause de son propre élément et ne se le serait jamais pardonné. Son frère était, aujourd’hui plus que jamais, la seule famille qui lui restait et l’idée de le perdre suffisait à lui donner l’envie de pleurer, de s’effondrer là, tout de suite. Elle avait eu si peur en réalisant qu’elle ne pouvait pas se calmer, qu’elle était incapable de se maîtriser et de contrôler son don… Et si cela recommençait ? Si elle devenait somnambule une nouvelle fois en rêvant simplement d’une balade ou de… de… Elle ne savait pas, un truc tout à fait innocent ?

Monsieur Nakajima avait posé sa main derrière la tête de Jasper, restant silencieux sans que Laura n’ajoute quoi que ce soit, rongée par la culpabilité. Si elle avait su que ce n’était pas une piscine, jamais elle n’aurait plongé et jamais son frère n’aurait été obligé de venir la secourir. Il avait seize ans, son don se développait et les événements n’arrangeaient rien à tout cela. Ce n’est que lorsque son professeur tourna la tête vers elle en lui disant de s’asseoir sur son lit qu’elle s’exécuta sans rien dire, ne quittant pas Jasper des yeux.

M. Nakajima – Il faudra vous changer de groupe à la rentrée, si votre don a lui aussi connu une évolution imprévue, dit-il calmement, voulant lui faire saisir par là que ça n'avait rien d'alarmant. Il se peut que d'autres scènes de ce genre arrivent, donc je fermerai votre chambre à clé de l'extérieur, le soir, la fenêtre aussi. Vous devez vous ouvrir aux autres et en parler, pour vous apaiser... Qu'avez-vous ressenti, lorsque vous avez perdu le contrôle, toute à l'heure ?

Ce qu’elle avait ressenti… ? Laura ouvrit la bouche sans rien dire, regardant son professeur avant de reposer son regard sur son frère. Elle avait eu peur. Elle avait paniqué en voyant que ce don lui échappait, comme lorsqu’elle était allée dans la caserne principale de Paris. Elle avait eu peur de mourir à cause de son don, malgré les conseils d’Antoine, ne s’attendant pas du tout à ce que le lac s’agite de la sorte.

Laura – De la peur…, avoua-t-elle d’une petite voix. Je ne… J’avais peur de mourir, j’avais froid et je… J’étais terrorisée. Je ne voyais rien du tout, je pensais que personne ne m’entendrait. Puis j’ai voulu prévenir la personne qui a essayé de m’attraper, j’ignorais que c’était Jasper, mais une vague nous a séparés et j’ai encore plus paniqué. Comme… Comme à la caserne de Paris.

Sauf que là-bas, elle n’avait mis en danger la vie de personne. Jasper n’était pas là, il était en train de porter plainte, et il n’avait pas manqué de mourir noyé, il n’avait pas eu de température à cause d’une telle quantité d’eau. En plus, Laura avait parlé ! Elle n’avait pas besoin de dire tout ce qu’elle ressentait, ils vivaient sans parler des histoires de famille depuis toujours, pourquoi cela devait-il changer aujourd’hui ? En dehors de chez eux, ils n’en parlaient pas, évitaient le sujet sauf quand ils pouvaient râler contre leurs parents, préférant profiter au maximum de la vie au pensionnat. Et ils s’étaient toujours très bien portés ainsi, alors elle ne voyait pas pourquoi les choses devaient changer maintenant. Et puis, si leur professeur allait fermer la porte et la fenêtre à clef, parler n’était pas nécessaire. Laura devait seulement s’entraîner et repenser aux paroles d’Antoine… Et ne pas paniquer.

Laura – J’ai parlé à Antoine Lefort… Un peu. Il m’a donné quelques conseils mais je n’ai… Je n’ai pas réussi à les appliquer, cette fois. Je me suis réveillée dans le lac sans comprendre ce qui m’arrivait et j’ai… J’ai paniqué. Mais je vous assure que je vais bien, que je suis calme, j’étais seulement fatiguée et… Je suppose que c’est cela qui a déclenché la crise. Je… Je n’en ai jamais fait avant.

La collégienne reporta son regard sur Jasper, assise au bord du lit, les mains jointes sur sa chemise de nuit. Elle mourait d’envie d’aller près de lui, au moins pour essayer de le rafraîchir un peu, mais elle n’osait pas de peur de lui faire encore plus de mal. La fièvre allait baisser, n’est-ce pas ? Il allait se remettre d’ici quelques jours, elle n’avait pas trop aggravé son état ? Ce n’était pas pour elle que son professeur devait s’inquiéter mais pour Jasper. Lui était malade alors qu’elle allait très bien. Ce n’était qu’une petite entaille au pied et elle avait connu bien pire. Elle avait rendu son frère malade, ce n’était qu’un juste retour des choses si elle était un peu moins bien quelques jours.

Laura – Ce n’est pas important, c’est pour lui que vous devez vous inquiéter, dit-elle plus bas. Je n’ai qu’une entaille au pied alors que lui a beaucoup de fièvre… Je l’ai senti quand il m’a prise dans ses bras, il était brûlant. Et c’est de…

Laura s’interrompit, la gorge serrée, serrant un peu les poings, n’osant pas terminer sa phrase. C’était de sa faute, entièrement, depuis le début. De sa faute s’il avait dû témoigner, de sa faute s’ils avaient dû déménager chez leur ex-tante puis venir ici, de sa faute si le don de son frère se développait encore, et de sa faute s’il était pris d’un accès de fièvre tel que celui-ci. Après tout, elle aurait pu accepter de suivre ces cours avec sa mère, devenir la parfaite petite bourgeoise qu’ils voulaient d’elle et revenir vers son frère après.

Laura – Je veux seulement qu’il aille bien. Je... Je peux faire quelque chose ?

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Kimmitsu Nakajima
Sous-directeur
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MessageSujet: Re: Noyade de minuit   Lun 31 Aoû - 0:20

Jasper était bien endormi, maintenant, les médicaments commençaient à faire effet. S'il était déjà mal avant, sauter dans un lac gelé et agité en pleine nuit en manquant de se nouer n'avait guère dû l'aider. Il lui frotta doucement l'arrière de la tête, conscient que ce genre de geste, donnés à une personne qui dormait, pouvaient apaiser et conduire à rêver de choses agréables. C'était la même chose lorsqu'une mère venait embrasser son enfant endormi sur le front. Il reporta le regard vers la jeune Laura, attendant qu'elle trouve les mots pour s'exprimer. Il se doutait que ce genre de choses pouvait arriver mais il n'avait pas songé qu'elle serait attirée ainsi par le lac. A sa décharge, il connaissait très mal l'élément eau, ne l'ayant jamais étudié. Personne ne le possédait, dans sa famille, ils étaient plutôt du genre à manier le vent ou la terre, pour ceux qui possédaient un élément. C'était assez rare mais cela arrivait. C'est bien pour cela qu'il craignait de ne pas pouvoir faire grand-chose pour Laura, surtout si don évoluait trop vite pour son âge.

Il entendit Solène se recoucher, suivie peu de temps après par Genji. Il n'allait pas tarder à la rejoindre, il voulait juste s'assurer avant de l'état mental de Laura, qu'elle ne se mette pas à pleurer tout le reste de la nuit. Il savait que ça devait être difficile, qu'elle était très éprouvée, mais tout allait s'arranger. Pour sa vie personnelle, elle allait suivre des cours dans un autre groupe, se détendre, travailler, ne plus repenser à la famille qu'elle avait quitté et se reconstruire. Pour le professionnel, entre guillemets, elle devait juste avoir confiance. Vraiment confiance, même si certaines choses pouvaient apparaître comme affolantes ou terrifiantes. Gabriella-sama savait ce qu'elle faisait et même si Kimmitsu avait peur de la suite, il la suivait toujours. Tout ira bien, vraiment, Laura traversait une phase difficile mais ce n'était pas insurmontable.

– De la peur…, avoua-t-elle d’une petite voix. Je ne… J’avais peur de mourir, j’avais froid et je… J’étais terrorisée. Je ne voyais rien du tout, je pensais que personne ne m’entendrait. Puis j’ai voulu prévenir la personne qui a essayé de m’attraper, j’ignorais que c’était Jasper, mais une vague nous a séparés et j’ai encore plus paniqué. Comme… Comme à la caserne de Paris.

Ah oui, la directrice lui avait raconté l'incident, pour le prévenir, qu'il fasse plus attention. Un don en pleine évolution après un choc émotionnel pouvait être aussi dangereux pour la personne elle-même que pour son entourage. Il se doutait de ce qu'elle avait dû ressentir, ayant lui aussi essuyé le choc, la peur et la douleur, lorsqu'il avait dû développer, de force, son second élément. Episode particulièrement douloureux, surtout lorsqu'il songeait à l'humiliation que lui avait fait subir le médecin fou. Il retint un soupir, assis au bord du lit avec sa main libre crispée sur un genou.

– J’ai parlé à Antoine Lefort… Un peu. Il m’a donné quelques conseils mais je n’ai… Je n’ai pas réussi à les appliquer, cette fois. Je me suis réveillée dans le lac sans comprendre ce qui m’arrivait et j’ai… J’ai paniqué. Mais je vous assure que je vais bien, que je suis calme, j’étais seulement fatiguée et… Je suppose que c’est cela qui a déclenché la crise. Je… Je n’en ai jamais fait avant.

Première crise... Bon, il allait vraiment devoir fermer la porte à clé, pendant quelques temps, puis dormir d'une seule oreille pour vérifier qu'il n'y avait pas d'autres incidents de ce genre. Il restait du temps avant la rentrée, elle allait pouvoir se reposer. la présence de Genji l'aidera aussi, ils étaient presque du même âge, ils pourront jouer ensemble. Cela lui fera du bien autant qu'à Genji, d'ailleurs. Kimmitsu aimerait avoir des bonnes nouvelles à donner à son père, qui allait appeler régulièrement. Il n'avait pas vraiment parlé à sa famille de son second don, ni de la façon dont il l'avait obtenu et Josuke se doutait qu'il leur avait caché certaines choses. Kimmitsu n'avait pas voulu leur dire parce qu'il n'avait pas confiance mais juste parce qu'il avait honte. Il nota mentalement de sélectionner ce qu'il pouvait dire ou non, afin de ne pas alarmer sa famille.

– Ce n’est pas important, c’est pour lui que vous devez vous inquiéter, dit-elle plus bas. Je n’ai qu’une entaille au pied alors que lui a beaucoup de fièvre… Je l’ai senti quand il m’a prise dans ses bras, il était brûlant. Et c’est de…

Allons, on allait soigner son frère. Kimmitsu le regarda dormir, touchant à nouveau son front, en y posant la main. La fièvre avait à peine baissé. Adrien pourra sans doute venir dès demain mais s'il ne pouvait pas, Kimmitsu ira chercher un médecin du village, ce n'était pas le problème. Adrien avait, lui aussi, bien des problèmes, en ce moment, assez graves. Ce qui s'était passé avec sa femme était terrible. Kimmitsu ne l'aimait guère mais il refusait toujours de croire que c'était elle qui l'avait jeté dans les griffes des militaires, elle était bien naïve et manipulable mais pas si cruelle. Enfin, Jasper ira sans doute mieux dans quelques jours.

– Je veux seulement qu’il aille bien. Je... Je peux faire quelque chose ?

– Vous pourriez aider Solène, pour ranger vos affaires, demain matin ?

Jasper allait devoir rester au lit et Kimmitsu devait s'occuper, dès demain, de reprendre contact avec les professeurs qui allaient travailler avec la directrice sur des projets supplémentaires, en lien avec l'armée. Il avait beaucoup de coups de fil à passer et des plans à lire. Laura hocha la tête, approuvant, pendant qu'il remontait la couverture sur Jasper. Il dit ensuite à Laura de se remettre au lit; se levant pour entrouvrir la fenêtre, afin de laisser entrer un peu d'air. Il éteignit la lumière en sortant de la chambre, rejoignant ensuite sa propre chambre. Il ne dormit pas vraiment, cependant, se levant de nouveau à l'aube sans avoir fermé l'œil. Il préparait le petit-déjeuner lorsque Genji et Laura arrivèrent à leur tour dans la cuisine, alors qu'il fredonnait une vieille chanson d'autrefois. Il les salua doucement, occupé à préparer du thé et du café. Solène arriva à son tour et il l'attrapa par la taille lorsqu'elle arriva près de lui, l'embrassant tendrement sur les lèvres. Elle rougit puis lui passa les bras autour du cou, blottie contre lui un moment.

– Bonjour, murmura-t-il dans un sourire, l'embrassant ensuite sur la joue.

Il la relâcha alors qu'elle se mettait à son tour à préparer des toasts, qu'elle réchauffa à la poêle. Lui-même surveilla si l'eau bouillait puis sortit des bols et des cuillères du placard, avant de poser le tout sur la table. Genji bâillait à s'en décrocher la mâchoire, peinant à mettre correctement les boutons de sa chemise en place. Il finit enfin par bafouiller un "bonjour", ouvrant les yeux avec difficulté. Pas du matin, ce garçon... Solène lui demanda comment il avait trouvé sa première nuit en France et il se frotta les yeux.

– Un peu raide, So... Heu... Je dois t'appeler obasan ?

– Oh, ce serait adorable, mais je ne t'oblige pas.

Kimmitsu alla vérifier comment allait Jasper mais il dormait toujours. Il revint dans la cuisine au moment où Solène mettait ce qu'il fallait sur la table. Il s'assit à son tour, se demandant s'il allait voir directement chez Adrien ou s'il téléphonait d'abord. Il ne mangea que du bout des lèvres, pensif, mais Solène l'embrassa tout à coup par surprise sur la joue, dans un élan, le faisant légèrement sursauter. Il en laissa retomber sa cuillère sur la table, n'étant pas du tout habitué à ce qu'on lui saute dessus comme ça. Elle eut un petit rire, alors que Genji camouflait un ricanement derrière un toussotement. Solène passa un bras autour de ses épaules, avec un petit sourire, alors qu'il rougissait un peu.

– Tu as un air plus fragile, quand tu es surpris. Je devrais faire ça plus souvent.

– N'en profite pas parce qu'on est mariés.

– Même sans être mariée, j'en aurai profité quand même, je suis la seule personne au monde à pouvoir te sauter dessus comme ça, après tout.

Laura s'étouffa tout à coup, ce qui lui fit tourner la tête. Il haussa un sourcil en la voyant tousser et lui demanda ce qui lui arrivait. Elle avait avalé de travers ? Il lui tendit une serviette pour qu'elle s'essuie, pendant que Genji aussi la couvait d'un air un peu surpris. Il poussa du même coup son propre bol un peu plus loin, afin de ne rien renverser, surtout si Solène était bien décidée à se venger du petit coup qu'il lui avait fait lorsqu'ils étaient sortis se balader, seuls tous les deux, dans les collines. Laura s'excusa, puis dit qu'elle avait simplement avalé de travers. Il lui sourit faiblement, essayant de manger un peu plus pour ne pas l'inquiéter Solène. Après le petit-déjeuner, il aida à débarrasser puis laver la table, pendant que sa femme se chargeait de téléphoner à Adrien, pour lui demander de passer dans la matinée. Kimmitsu préférait qu'il décuve avant de venir s'occuper de Jasper...

Revenant dans la chambre, il ouvrit la fenêtre pour laisser entrer l'air puis s'agenouilla près du lit du jeune homme. Il respirait doucement, le visage encore rouge et tremblant. Kimmitsu était occupé à baigner un linge d'eau fraîche dans une cuvette lorsque Laura revint dans la chambre. Il lui annonça qu'Adrien allait passer un peu plus tard dans la matinée, posant le linge frais sur le front du petit pour le rafraîchir un peu.

– Qu'est-ce qui vous tracasse, au juste ? demanda-t-il à Laura en tournant la tête vers elle. Ce qui s'est produit cette nuit n'est pas votre faute.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Noyade de minuit   Mer 2 Sep - 21:35

M. Nakajima – Vous pourriez aider Solène, pour ranger vos affaires, demain matin ?

Laura hocha la tête en approuvant d’une petite voix pendant que son professeur remontait la couverture sur Jasper. Elle s’exécuta sans discuter, dans un geste purement automatique, lorsqu’il lui dit de se remettre au lit alors qu’il ouvrait la fenêtre, laissant passer de un bref courant d’air frais qui la rafraîchit directement. Monsieur Nakajima éteignit ensuite la lumière de leur chambre, Laura regardant toujours son frère, allongée sur le côté, la couverture remontée jusqu’à son menton et au-dessus de son épaule, ses bras repliés sous son menton. Mais elle n’avait pas sommeil. Pas du tout. Jasper était malade à cause d’elle, il avait manqué de se noyer uniquement parce qu’elle avait été somnambule et parce que son subconscient l’avait conduite au lac.

Elle se sentait épuisée, épuisée mentalement même si elle refusait de le montrer. C’était Laura qui avait voulu faire tout cela, avoir des tuteurs, elle qui avait poussé son frère à porter plainte et à revoir le Colonel, à cause d’elle, par conséquent, si son don évoluait de cette manière. Peut-être avait-il seize ans mais qu’il ne vienne pas lui dire que cette évolution était normale, les autres élèves du pensionnat se portaient bien mieux, malgré l’évolution de leur don ! Mais les autres élèves ne demandaient pas de tuteurs et n’allaient pas se baigner dans une eau glacée au beau milieu de la nuit… La gorge serrée, Laura fut incapable de refouler ses larmes et pleura pendant un long moment en essayant de rester la plus silencieuse possible, enfouissant sa tête dans l’oreiller lorsqu’elle faisait sentait qu’elle faisait du bruit. Elle ne sut combien de temps elle passa ainsi mais finit par s’endormir, la couverture cachant à moitié son visage.

Ce n’est que le matin, assez tôt, que Laura se réveilla avec l’impression de ne pas avoir beaucoup dormi, à cause d’un cauchemar. Elle lança un regard à Jasper, terrorisée à l’idée d’être dans un autre endroit que son lit, mais il était toujours là. Elle se rapprocha de lui pour toucher son front après avoir hésité un moment, priant pour que la température ait baissé. Mais il était toujours chaud… Se mordant les lèvres, elle enfila son peignoir et ouvrit la porte de la chambre, constatant que son professeur devait déjà être réveillé puisqu’elle pouvait sortir. Elle poussa un soupir puis sortit de la chambre, ayant encore un peu de mal à se repérer et hésitant sur le chemin jusqu’à ce qu’elle trouve Genji avec un air un peu honteux. Lui aussi était venu la récupérer, cette nuit…

Laura – Bonjour, dit-elle avec un maigre sourire.

Lui non plus n’avait pas l’air très bien réveillé. Soit il n’était pas du matin, soit il n’avait pas assez dormi à cause de son sauvetage… Bon, soit, ne pas penser à cela, elle allait se faire griller en un rien de temps sinon alors qu’elle allait très bien. Laura le suivit jusqu’à la cuisine, le chemin lui semblant au moins un peu plus familier à présent. Son professeur fredonnait une chanson et elle eut un très léger temps d’arrêt en le voyant ainsi, au petit matin, à fredonner et préparer le petit-déjeuner. C’était… très bizarre et inhabituel. Secouant un peu la tête pour se reprendre, elle le salua avec un temps de retard et alla s’installer près de Genji, toute aussi silencieuse que lui. Trop tôt, pas bien réveillée, pas assez dormi.

Solène arriva très peu de temps après eux et leur professeur… l’attrapa par la taille en l’embrassant sur les lèvres. Ouhlà… Heu… Elle avait loupé un épisode ? Une minute. Depuis quand Solène était-elle ici ? Et depuis quand était-elle avec monsieur Nakajima ? Laura les dévisagea un moment avant de baisser la tête, nettement plus réveillée à présent. Elle n’avait même pas réalisé que la sœur de la directrice était ici ! Et pourtant, oui, maintenant qu’elle y repensait, Solène l’avait même soignée hier soir. Ils étaient ensemble… La collégienne lança un regard à Genji qui ne semblait même pas choqué, ce qui signifiait donc qu’il était habitué pour ne pas être dérangé. Leur professeur avec Solène… Il bafouilla même un bonjour, peinant à ouvrir les yeux d’après ce qu’elle constatait, alors que la sœur de leur ex-tante lui demandait comment il avait trouvé sa première nuit en France. Sa première nuit… Donc Laura avait écourté sa nuit alors qu’il était arrivé hier aussi ?

Genji – Un peu raide, So... Heu... Je dois t'appeler obasan ?

Solène – Oh, ce serait adorable, mais je ne t'oblige pas.

Obaquoi ? Laura essaya de sourire à Solène mais ne dit toujours rien, sinon un petit « bonjour », une fois monsieur Nakajima parti. Elle l’avait suivi du regard, se doutant qu’il allait vérifier comment se portait Jasper, même si elle-même savait déjà qu’il n’y avait pas eu de grosse amélioration. Se mordant les lèvres, Laura reporta son regard sur son assiette avant de le reporter sur Solène qui terminait de préparer le petit-déjeuner. Elle n’avait vraiment pas faim… Mais bon, si elle ne mangeait pas, autant dire tout de suite que ça n’allait pas et elle ne le voulait pas. Ils devaient s’occuper de Jasper et le soigner, pas d’elle qui irait mieux dans quelques jours. Son professeur revint au moment où Solène mettait tout ce qu’il fallait à table, s’installant avec eux pour manger. Il fallait qu’elle s’habitue… Ce n’était que l’histoire de quelques jours, elle avait bien réussi à s’habituer avec la directrice, alors pourquoi pas avec lui ?

Se forçant à manger normalement pour ne pas attirer l’attention sur elle, Laura commençait à réaliser ce qui s’était passé ces derniers jours, perdue dans ses pensées. Le lac, ce que lui avait dit la directrice, ce qu’elle avait appris durant les vacances… Si l’école avait vraiment changé, elle avait peur de voir comment, peur de rentrer, même s’il fallait qu’elle apprenne à utiliser son don. La collégienne sursauta alors, tirée violemment de ses pensées à cause de monsieur Nakajima qui venait de faire tomber sa cuillère. Elle le regarda et vit Solène à côté de lui, Genji camouflant un ricanement derrière une brusque toux. Elle venait de passer son bras autour de leur professeur qui rougissait. Situation très bizarre… Il fallait qu’elle s’y fasse, absolument. Que s’était-il passé pour qu’il sursaute comme cela ?

Solène – Tu as un air plus fragile, quand tu es surpris. Je devrais faire ça plus souvent.

M. Nakajima – N'en profite pas parce qu'on est mariés.

Mar… Mariés ?! Ils étaient mariés ?! Laura n’entendit même pas la réponse de Solène, étouffant en avalant de travers la gorgée qu’elle venait de prendre. Chaud. Trop chaud. Mal passé. Elle toussa, essayant de reprendre sa respiration, toute rouge et les larmes aux yeux. Ils étaient mariés ! Elle sentit les regards de son professeur, Solène et Genji sur elle et essaya de se calmer, buvant un peu d’eau pour faire passer. Voilà, c’était mieux. Monsieur Nakajima lui demanda ce qui lui arrivait et lui tendit une serviette qu’elle saisit en s’excusant et en disant qu’elle avait avalé de travers. Elle ne pouvait pas dire qu’elle ne s’attendait pas à ce qu’ils soient mariés, que c’était étonnant, tout sauf prévisible… Oui, il y avait bien des rumeurs, fin d’année, mais Laura n’y avait jamais prêté vraiment attention.

La collégienne termina son assiette en faisant attention, cette fois, dès que son professeur et Solène parlait pour ne pas manquer de s’étouffer une nouvelle fois. Elle ne pouvait s’empêcher de leur lancer de petits regards furtifs, n’en croyant pas ses yeux… Solène et le professeur d’arts martiaux ensemble. C’était mignon, oui, mais jamais elle ne l’aurait parié, encore moins cru si quelqu’un le lui avait dit. Mais bon, ici, elle était bien obligée de le croire et de l’intégrer très vite, histoire d’éviter d’autres épisodes d’étouffement. Il faudrait aussi qu’elle prévienne Jasper si lui ne l’avait pas remarqué non plus… Sauf s’il l’avait vu et que cela la trahirait ? Se mordant les lèvres un bref instant, elle aida Genji et son professeur à ranger la table pendant que Solène appelait monsieur de Sora. Après, Laura fila s’habiller, demandant au neveu de monsieur Nakajima où se trouvait la salle de bains, s’y perdant un peu et n’étant plus sûre de ce qu’elle devait croire ou non par rapport à ce qu’elle avait vu la veille. Attrapant une robe beige assez simple, elle s’habilla en vitesse et se passa de l’eau sur le visage.

Laura – Reprends-toi ! se dit-elle en se frappant la tête.

Laura jeta un œil à son reflet dans le petit miroir, remarquant la présence d’objets féminins un peu partout qui prouvaient que Solène habitait ici. Le mobilier et la pièce en elle-même étaient assez simples et représentatifs du caractère de son professeur. C’était très différent de chez la directrice, par contre, et très différent de chez leurs parents aussi. Ce qui n’était pas plus mal… Attachant ses cheveux avant de se brosser les dents, elle sortit après s’être assurée d’avoir une tête potable, bénissant intérieurement Solène d’avoir fait diversion. Parce que non, elle n’avait pas sa tête habituelle et elle était parfaitement consciente qu’elle ne devait qu’à Solène l’absence de réaction de la part de son mari. Genji, lui, était beaucoup trop endormi pour remarquer quoi que ce soit, mais monsieur Nakajima…

Laura sortit de la salle de bains et rangea ses affaires dans leurs valises avant de revenir dans la chambre qu’elle partageait avec Jasper pour voir s’il allait mieux. Leur professeur était là, lui aussi, les mains dans une cuvette remplie d’eau à côté de son frère toujours endormi. Il lui dit qu’Adrien allait passer un peu plus tard dans la matinée en posant un linge sur le front de son frère et la collégienne hocha la tête, un peu plus rassurée même si elle aurait voulu qu’il passe tout de suite. Il n’allait toujours pas mieux, elle le voyait bien… Ce n’était pas normal, si ? De la fièvre qui ne baisse pas alors qu’il avait eu des médicaments… Laura s’assit sur son lit, observant Jasper d’un air inquiet.

M. Nakajima – Qu'est-ce qui vous tracasse, au juste ? demanda-t-il à Laura en tournant la tête vers elle. Ce qui s'est produit cette nuit n'est pas votre faute.

Com… Mais elle n’avait rien dit, rien fait, comment pouvait-il savoir ?! Laura redressa la tête vers son professeur, un peu plus pâle, ouvrant la bouche sans qu’aucun son n’en sorte. Elle ne pouvait pas lui dire tout ce à quoi elle avait pensé et elle allait très bien, un peu d’eau sur le visage, et hop, plus aucun indice qui montrait qu’elle avait pleuré. Sauf s’il y avait fait attention avant… Mais elle ne pouvait pas lui dire, c’était impossible. Bien sûr que si, c’était sa faute. C’était elle qui était sortie, elle qui avait marché jusqu’au lac, elle qui avait appelé à l’aide alors que seul son frère était dans les parages, elle qui l’avait poussé à plonger alors qu’il n’était déjà pas bien. Elle avala sa salive en baissant la tête pour regarder son frère, la gorge serrée.

Laura – Je… Je sais que ce n’est pas de ma faute, mais j’ai peur pour Jasper. Tous les élèves de seize ans ou plus, au Pensionnat, n’ont jamais eu… une évolution de leur don comme ça, je sais qu’il a beaucoup trop de fièvre et je… Je m’inquiète, c’est tout. Vous pensez vraiment que monsieur de Sora pourra le soigner ?

Oui, c’était une technique pour changer de sujet mais ça pouvait fonctionner, non ? Elle s’inquiétait pour son frère, ce n’était pas un mensonge. Même si oui, elle avait menti pour la culpabilité en disant qu’elle savait que ce n’était pas de sa faute. Mais elle ne pouvait pas dire la vérité à ce sujet, c’était de Jasper qu’il devait s’occuper, pas d’elle ! En cours, il les laissait tranquilles et n’insistait pas s’ils n’étaient pas bien, sauf lorsque cela concernait le physique. S’entraîner en étant blessé était dangereux et ils le savaient tous. Laura n’était pas blessée, elle allait très bien, donc il allait laisser passer. Logiquement. Peut-être. Ou pas… Monsieur Nakajima la regarda un moment qui lui parut durer une éternité sans qu’elle ne puisse supporter son regard, l’entendant soupirer après.

M. Nakajima – Oui, il m'a déjà soigné moi pour le même problème. Et ne mentez pas, surtout si vous venez vivre ici.

Laura – Mais je ne…

Laura s’interrompit, blêmissant à vue d’œil, et baissa la tête vers ses genoux. D’accord, il n’allait pas agir comme en cours, pas cette fois, et il avait compris qu’elle mentait. Peut-être même avait-il compris qu’elle avait pleuré malgré tous ses efforts pour le lui cacher. Elle se mordit les lèvres presque jusqu’au sang pour rester calme, refusant de craquer alors que Jasper était à côté, assommé par une forte fièvre pendant qu’elle était debout et en pleine forme. Il pouvait dire que ce n’était pas de sa faute, mais si, ça l’était, comme tout le reste. Son frère devait repasser derrière elle, réparer ses bêtises ou ce qu’elle ne contrôlait pas, même lorsqu’il était moins bien. Oui, Jasper était son grand frère, oui, peut-être que c’était son rôle de veiller sur elle, mais non, ce n’était pas pour cette raison qu’il devait tout subir comme il le faisait depuis sa naissance. Laura sentit sa gorge se serrer, toujours assise au bord du lit, serrant les poings sur ses genoux. Elle avait besoin d’air. Elle faillit se lever mais se ravisa dans un geste qui devait sembler bizarre et prit une petite inspiration avant d’oser lever la tête vers son professeur, les yeux un peu plus humides.

Laura – Est-ce que je peux aller prendre l’air ?

M. Nakajima – Non, pas tant que vous serez convaincue que tout est de votre faute. C'est ridicule. Il y a déjà bien des erreurs que l'on peut commettre alors pourquoi se charger en plus d'erreurs qui ne nous reviennent pas ?

Mais comment… Elle n’avait rien dit du tout, ici non plus ! Laura pinça ses lèvres en tremblant un peu, cependant, respirant plus difficilement malgré elle. Elle ne devait pas craquer, pas ici, pas maintenant. Elle avala sa salive en se crispant un peu plus, baissant à nouveau les yeux en sentant qu’ils recommençaient à se remplir de larmes. Elle devait se calmer, jamais elle n’aurait pensé qu’il découvrirait tout aussi vite, qu’il comprendrait ce qu’elle pensait et que son professeur lui dirait d’emblée que ce n’était pas sa faute. Elle n’avait rien dit du tout ! Absolument rien, et pourtant, il venait de répondre tout haut à ce qu’elle pensait sans en avoir parlé une seule fois…

Laura – C’est moi qui n’ai pas voulu être séparée de mon frère, dit-elle la voix rauque en relevant la tête. Moi qui ai voulu qu’on trouve une solution, moi qui me suis jetée dans ses bras en pleurant et en l’obligeant, à cause de ça, à porter plainte contre notre père et à revoir une personne dont il avait peur, moi qui…

Laura s’interrompit, à présent secouée de sanglots qui l’empêchaient de continuer d’une traite sans s’interrompre. Elle retenait tout cela depuis des jours, maintenant, se faisant violence pour ne pas réagir de manière bizarre avec son frère, ce qui la trahissait à chaque fois. Elle savait qu’il n’allait pas bien, que cet été serait le plus difficile pour lui, de même que cette année. Et pourtant, elle l’avait encouragé à porter plainte, elle avait tout fait pour que l’émancipation se passe le plus vite possible. Elle referma ses bras sur elle, cherchant à se calmer et à respirer. Elle savait, pourtant, que si elle commençait, elle n’arriverait plus à s’arrêter.

Ayant trop peur de réveiller Jasper, se sentant stupide de pleurer comme cela, Laura se leva en s’essuyant les yeux d’un geste du bras, s’excusant auprès de son professeur avant de sortir de la chambre. Elle fila en reniflant, manquant de se prendre quelqu’un mais n’y fit même pas attention et se retrouva dehors, dans l’herbe, derrière la maison de son professeur et de Solène. Elle se laissa glisser contre le mur, entourant aussitôt ses genoux repliés de ses bras, et posa sa tête sur ses genoux en pleurant et sanglotant, ne cessant de se répéter que tout était de sa faute. Elle s’en voulait de craquer mais n’arrivait pas à se calmer, même l’air plus frais n’y faisait rien.

Laura n’entendit même pas les pas de son professeur et résista à peine lorsqu’il la souleva, s’accrochant à lui comme à une bouée et enfouissant sa tête contre lui sans s’arrêter de pleurer. Il rentra avec elle en la portant jusqu’à la chambre qu’elle venait de quitter, la remettant ensuite dans son lit alors qu’elle se recroquevillait à moitié sur elle-même. Elle allait bien, il n’avait pas besoin de s’occuper d’elle, ce n’était qu’une baisse de moral et rien d’autre. Seulement, monsieur Nakajima ne semblait pas être du même avis puisqu’il lui mit, à elle aussi, un linge sur la figure. Elle se laissa faire, essayant de se reprendre, de respirer. On inspire et on expire, puis tout va mieux.

Laura – Je… Je suis désolée, dit-elle en sanglotant. Ce… Ce n’est pas de moi que vous devez vous occuper, Jasper a de la fièvre et je… Je n’ai rien arrangé en l’obligeant à me sauver. L’eau était glaciale et il… Il a encore dû subir à cause de moi, comme il le fait depuis des années, comme…c… comme avec notre père. C’est de ma f… faute.

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Kimmitsu Nakajima
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MessageSujet: Re: Noyade de minuit   Mer 9 Sep - 11:09

Et bien ? Il se doutait qu’elle était capable de s’accuser de ce qui s’était passé cette nuit, même si elle devait aussi savoir qu’on ne pouvait pas contrôler ce genre de choses. C’était une enfant, encore, personne ne lui demandait d’être forte comme une adulte et elle n’avait de toute façon pas à l’être, pas tant qu’elle était en plein développement et en pleine construction psychique. Il y avait un âge pour tout et Laura était dans une période où elle se montrait plus fragile, d’autant plus que l’époque ne l’aidait pas. Elle baissa la tête à nouveau, alors qu’il commençait à regretter qu’il n’y ait pas, dans le coin, la présence d’un psychologue pour enfants. Guider des jeunes pris dans une guerre n’était pas simple, de nombreux problèmes affectifs en découlaient et il devait apprendre à gérer cela. D’autant plus maintenant qu’il avait trois adolescents en pleine crise sous son toit. Jasper était peut-être devenu plus mature – ce n’est pas vraiment comme s’il avait eu le choix, à vrai dire – mais il s’inquiétait pour Genji et Laura, qui étaient encore dans la phase « trouver son identité et ne pas réaliser assez que la vie est fragile ». La transition risquait d’être douloureuse.

– Je… Je sais que ce n’est pas de ma faute, mais j’ai peur pour Jasper. Tous les élèves de seize ans ou plus, au Pensionnat, n’ont jamais eu… une évolution de leur don comme ça, je sais qu’il a beaucoup trop de fièvre et je… Je m’inquiète, c’est tout. Vous pensez vraiment que monsieur de Sora pourra le soigner ?

C’est tout, n’est-ce pas ? Il faillit lever les yeux au ciel, soupirant au bout d’un moment. Ne leur avait-il pas assez répété, en cours, de ne pas mentir ? C’était détestable et cela poussait votre interlocuteur à ne plus vous faire confiance. D’autant plus qu’elle se trompait. Certains élèves possédant le feu avaient déjà connu une évolution semblable, violente, même si c’était rare. Dans ces cas-là, Adrien s’occupait d’eux durant quelques jours, avant que tout ne rentre dans l’ordre. Les autres éléments ne provoquaient pas ce genre de problème, du moins pas au même niveau que le feu, les évolutions n’étaient pas aussi brutales, même si elles pouvaient être très perturbantes.

– Oui, il m'a déjà soigné moi pour le même problème. Et ne mentez pas, surtout si vous venez vivre ici.

– Mais je ne…

Si, elle mentait, mais il espérait qu’elle n’allait pas persister. Il attendit qu’elle ouvre la bouche et réponde à sa question, tapotant des doigts sur le bord du lit, alors qu’elle gardait la tête baissée sur ses genoux. Ce n’était jamais facile de parler mais il n’allait pas la dévorer, elle pouvait avoir confiance. En signant pour accepter de s’occuper d’eux, il avait accepté également de veiller sur eux et de les aider à grandir. Il la couva du regard, la voyant se mordre les lèvres. Il craignait qu’elle ne fasse un malaise, à cause du stress, du manque de sommeil et de la tension.

– Est-ce que je peux aller prendre l’air ?

– Non, pas tant que vous serez convaincue que tout est de votre faute. C'est ridicule. Il y a déjà bien des erreurs que l'on peut commettre alors pourquoi se charger en plus d'erreurs qui ne nous reviennent pas ?

– C’est moi qui n’ai pas voulu être séparée de mon frère, dit-elle la voix rauque en relevant la tête. Moi qui ai voulu qu’on trouve une solution, moi qui me suis jetée dans ses bras en pleurant et en l’obligeant, à cause de ça, à porter plainte contre notre père et à revoir une personne dont il avait peur, moi qui…

Elle s’était mise à pleurer, alors qu’il fermait brièvement les yeux en soupirant. Donc, c’était ça, elle s’en voulait car elle avait voulu défendre ce qui lui restait comme famille, ne pas risquer de tout perdre et d’être séparée de son frère. Elle se leva tout à coup, essayant en vain d’essuyer les larmes qui coulaient sur son visage, puis fila, avec un mot d’excuse. Il eut un léger temps d’arrêt en se levant, réfléchissant très vite. Que devait-on faire, dans ces cas-là, de quoi avait-elle le plus besoin ? Il sortit à son tour de la chambre, après avoir remis un linge sur le front de Jasper. Il n’avait jamais fait ça, lui… Il demanda à Solène par où la petite était partie, sortant ensuite à son tour de la maison, par-derrière, dans le jardin. Laura était contre le mur, en position fœtale, non loin de là. Ils ‘approcha doucement, s’agenouillant près d’elle dans un premier temps. Il doutait qu’elle arrive à l’écouter, elle devait d’abord se calmer, respirer. Pleurer un bon coup aidait souvent, cela calmait et vous forçait à dormir, d’épuisement, ce qui achevait de vous réconforter.

Il la souleva dans ses bras, s’attendant à ce qu’elle le repousse mais elle s’accrocha à lui, toujours en larmes. Il revint dans la maison avec elle, plus doucement, rentrant dans la chambre pour la déposer sur son lit. S’asseyant à côté, il prit un autre linge qu’il trempa dans l’eau fraîche pour le lui passer sur le visage, essuyant les larmes et voulant l’aider un peu à se calmer. Voilà, du calme… Il la tenait par une épaule, essayant d’être plus doux que d’habitude. Il n’avait pas du tout l’habitude de ce genre de gestes, on ne s’improvisait pas parent du jour au lendemain, après tout. Il ignorait si Solène avait déjà plus de connaissances, dans ce domaine, il faudra qu’il lui demande des conseils. Sinon, il pouvait téléphoner à sa mère… Il hésitait assez mais si cela pouvait aider Laura, pourquoi pas ?

– Je… Je suis désolée, dit-elle en sanglotant. Ce… Ce n’est pas de moi que vous devez vous occuper, Jasper a de la fièvre et je… Je n’ai rien arrangé en l’obligeant à me sauver. L’eau était glaciale et il… Il a encore dû subir à cause de moi, comme il le fait depuis des années, comme…c… comme avec notre père. C’est de ma f… faute.

– Je ne savais pas que c’était vous qui aviez obligé votre père à le frapper, tiens, dit-il en reposant le linge.

Il la souleva un peu par les épaules puis l’assit sur ses genoux, l’entourant de ses bras pour la serrer contre lui. Il posa une main sur sa tête, doucement, pour qu’elle se laisse aller, sans plus rien dire pendant un moment. Elle pouvait pleurer, si ça lui faisait du bien, si cela l’aidait à évacuer. Il ne bougeait pas, se contentant de le serrer avec force contre lui, attendant qu’elle se calme un peu. C’était fini, ils n’étaient plus à Paris, leurs parents ne pouvaient plus rien leur faire. Ni elle ni son frère ne risquaient plus rien. Kimmitsu comptait bien veiller sur eux, maintenant qu’il les avait en charge.

– Vous savez, que vous étiez là ou non, cela n’aurait rien changé pour votre frère. Certains hommes ne sont pas faits pour avoir des enfants. Il aurait subi la même chose, mais l’aurait sans doute moins bien supporté s’il n’avait pas eu de petite sœur à qui penser durant ces moments plus durs.

Il lui frotta un peu le dos, son autre main toujours posée contre sa tête. Il naviguait à vue et espérait ne pas la blesser encore plus, par une parole malheureuse ou il ne savait quoi.

– Le somnambulisme ne se contrôle pas, reprit-il. Vous ne pouvez pas vous accuser de ça, c’est idiot, vous n’étiez même pas consciente. Cela va s’arranger, pour son don. D’autres élèves du lycée subissent des évolutions brutales, Adrien a l’habitude et sait comment faire passer la fièvre.

Il s’interrompit, s’appuyant contre le mur sans la lâcher, avec un regard pour Jasper, qui dormait toujours. Il était encore assez tôt, mine de rien. Il faudra qu’il pousse Laura à sortir avec Genji ou ses amis, s’ils n’habitaient pas loin, afin qu’elle profite tout de même de la fin de ses vacances.

– Pour ma part, je trouve normal ce que vous avez fait pour ne pas être séparée de votre frère, au vu de votre situation familiale. C’est une mauvaise passe, mais si vous veillez à bien agir, tout ira bien. Commencez déjà par ne plus tout garder pour vous comme ça, ça vous évitera, la prochaine fois, d’aller faire un tour en forêt en pleine nuit. En attendant, sortez vous balader, de jour. Vous pouvez aussi faire connaissance avec Genji, mon neveu. Il a à peu près le même caractère que vous.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Noyade de minuit   Mer 16 Sep - 12:09

M. Nakajima – Je ne savais pas que c’était vous qui aviez obligé votre père à le frapper, tiens, dit-il en reposant le linge.

Laura ne releva pas la tête, ne répondit rien, essayant de se calmer et se respirer calmement. Elle tremblait et pleurait toujours, laissant tout ce qu’elle avait retenu depuis des semaines sortir sans qu’elle ne le contrôle. A nouveau, elle n’opposa aucune résistance à son professeur lorsqu’il la souleva par les épaules avant de l’asseoir sur ses genoux, sa respiration toujours hachée par ses pleurs qu’elle tentait de contrôler. La situation était étrange, jamais personne ne l’avait prise dans ses bras comme cela en dehors d’Antoine et Jasper... Il était le premier adulte à vraiment s’occuper d’eux et elle était bien forcée d’admettre que si, au départ, elle avait eu peur, ses réactions prouvaient qu’ils pouvaient avoir confiance en lui.

Elle se laissa donc aller au bout de quelques secondes d’hésitation en sentant les bras de son professeur l’entourer, posant sa tête contre lui lorsqu’il l’y poussa avec sa main. Laura ne pensait qu’à une chose : ne pas réveiller son frère qui était malade à cause d’elle. Elle n’avait pas dit que c’était elle qui avait obligé leur père à le frapper, mais c’était tout comme vu qu’elle était là. Elle pleurait mais parvint à se calmer un peu, pleurant silencieusement en se concentrant sur les bras qui l’entouraient et cette présence rassurante.

M. Nakajima – Vous savez, que vous étiez là ou non, cela n’aurait rien changé pour votre frère. Certains hommes ne sont pas faits pour avoir des enfants. Il aurait subi la même chose, mais l’aurait sans doute moins bien supporté s’il n’avait pas eu de petite sœur à qui penser durant ces moments plus durs.

Oh... C’était vrai ? Laura n’avait jamais vu cela sous cet angle, pensant toujours que c’était à cause d’elle que Jasper supportait tous ces coups. A cause d’elle qu’il ne disait rien parce qu’il avait peur. Bon, il y avait sûrement de cela aussi mais son professeur avait raison, elle le savait au fond d’elle : leur père aurait continué à frapper son fils, qu’il ait une fille ou non. Elle avait toujours pensé que c’était de sa faute parce qu’elle se sentait impuissante, incapable de l’aider et de le soutenir jusqu’à l’année passée comme il ignorait qu’elle savait qu’il se faisait frapper. Elle n’avait jamais trouvé la force de le lui dire, ce n’était pas sa faute ! Et, maintenant que Laura y pensait, si Jasper ne l’avait pas découvert le jour où il avait été envoyé se faire soigner à cause d’elle, il l’aurait sûrement engueulée de penser que tout était de sa faute...

M. Nakajima – Le somnambulisme ne se contrôle pas, reprit-il. Vous ne pouvez pas vous accuser de ça, c’est idiot, vous n’étiez même pas consciente. Cela va s’arranger, pour son don. D’autres élèves du lycée subissent des évolutions brutales, Adrien a l’habitude et sait comment faire passer la fièvre.

Laura redressa un peu la tête vers monsieur Nakajima lorsqu’il s’interrompit, lançant un bref regard à Jasper. Il lui promettait que tout allait s’arranger ? Qu’il allait être guéri, que ça irait mieux et qu’il n’allait pas rester aussi malade longtemps ? Si c’était normal, elle avait envie de le croire mais était terrorisée en même temps, consciente qu’une fièvre trop forte peut tuer. Il était sa seule famille, celui sur qui elle avait toujours compté, la seule personne à pouvoir la réconforter avec de simples mots ou même un regard ou une étreinte lorsqu’elle allait moins bien. D’accord, Laura en avait marre qu’il la protège à ce point mais tout était oublié pour l’instant tant elle avait peur de le perdre. Mais elle avait peur qu’il ne comprenne pas, au fond, ce qu’elle avait fait... Etait-il d’accord, vraiment d’accord ? Après tout, c’était son idée mais c’était grâce à Jasper qu’ils étaient ici.

M. Nakajima – Pour ma part, je trouve normal ce que vous avez fait pour ne pas être séparée de votre frère, au vu de votre situation familiale. C’est une mauvaise passe, mais si vous veillez à bien agir, tout ira bien. Commencez déjà par ne plus tout garder pour vous comme ça, ça vous évitera, la prochaine fois, d’aller faire un tour en forêt en pleine nuit. En attendant, sortez vous balader, de jour. Vous pouvez aussi faire connaissance avec Genji, mon neveu. Il a à peu près le même caractère que vous.

Sortir ? Et laisser Jasper tout seul ? Non, non, non, elle refusait. Laura secoua faiblement la tête en la redressant pour regarder son professeur, les yeux gonflés et rouges, reniflant un peu. Elle ne voulait pas sortir et laisser son frère ici, ce n’était pas grave si elle ne profitait pas des quelques jours de vacances qui leur restaient, elle allait très bien. Enfin, dans quelques heures, ça irait mieux. En attendant, Laura voulait rester près de lui et veiller sur lui. Elle était sa sœur ! Comme monsieur Nakajima venait de le dire, il trouvait normal tout ce qu’elle avait fait pour rester avec son frère, alors il comprendrait sûrement qu’elle préfère rester à côté de lui. Au moins pour l’aider et être là comme lui l’avait toujours été depuis le début. Peut-être son professeur comprenait-il sa réaction mais Laura avait peur que Jasper ne comprenne pas, au fond de lui, et qu’il lui en veuille...

Laura – Je veux rester à côté de Jasper pour l’aider. Il a toujours été là pour moi et je... Je ne veux pas le laisser tomber maintenant. Lui aussi, il est en vacances et il peut en profiter, au moins un peu. Je ne veux pas le laisser tout seul...

Et elle voulait aussi lui parler, être à côté de lui lorsqu’il reprendrait vraiment conscience, au moins pour voir ses réactions et savoir si, oui ou non, il lui en voulait. C’était stupide et peut-être était-ce bas mais Laura savait qu’il ne répondrait pas à sa question si elle la lui posait clairement. Et puis, s’il ne lui en voulait pas, Jasper allait hurler en entendant qu’elle ait pu penser cela... Laura fit une pause, baissant à nouveau la tête en repensant aux paroles de son professeur. Ne pas garder tout pour elle... C’était facile à dire, surtout qu’il était le premier adulte à réagir comme cela avec eux en les encourageant à parler. D’habitude, leurs parents disaient que c’était stupide et débile de pleurer, qu’ils avaient tout ce dont ils avaient besoin et qu’ils devaient être heureux, qu’ils auraient une très belle vie. Elle reprit donc d’une petite voix, sans oser regarder monsieur Nakajima, se concentrant ce qu’il portait pour éviter de le regarder.

Laura – Monsieur, je... Je m’excuse d’avoir tout gardé pour moi comme ça, je ne pensais pas que...

Elle s’interrompit à nouveau, cherchant ses mots. Elle ne pensait pas qu’elle pouvait parler ni qu’elle devait le faire. Elle ne pensait pas non plus qu’en agissant ainsi, elle risquait d’être somnambule... C’était inhabituel, elle devait s’habituer. Aucun adulte ne faisait attention à eux, jusqu’à présent, alors oui, elle avait agi comme d’habitude. Laura se mordit les lèvres, sentant sa gorge se nouer un peu, puis reprit en fermant les poings pour rester calme sans vraiment y faire attention. Elle ignorait si c’était parce que son professeur la tenait toujours ou si elle avait besoin de tout laisser sortir mais elle se sentait obligée de lui expliquer au moins cela.

Laura – A la maison, on ne devait pas parler ou nous plaindre quand ça n’allait pas, dit-elle d’un ton plus bas. Si j’allais moins bien, j’allais retrouver Jasper et ça me calmait mais on ne... On n’a pas besoin de parler. Vous... Vous êtes le premier à agir comme cela avec nous. Je vais essayer de... de garder ça en tête et de ne plus tout garder pour moi. Je ne pensais pas que je risquais d’être somnambule à cause de ça...

Laura fit une pause, un peu plus blanche à présent en repensant à cette nuit et à ce qu’elle avait fait en gardant simplement certaines choses pour elle. Il comptait vraiment les enfermer ? Mais si jamais ils devaient sortir, aller à la toilette ou... un truc du genre ? Peut-être que ça n’allait plus se reproduire et qu’ils pouvaient le laisser tranquille, il n’était pas obligé de veiller sur eux à ce point-là. La collégienne redressa la tête après un moment avant de parler d’une voix beaucoup plus timide que d’habitude.

Laura – Monsieur, vous... Vous n’êtes pas obligé de nous enfermer. Je ne veux pas que... vous soyez obligé de fermer la porte à cause de moi alors qu’on change déjà toutes vos habitudes. C’était juste un... C’est une petite baisse de moral et rien d’autre.

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Kimmitsu Nakajima
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MessageSujet: Re: Noyade de minuit   Ven 2 Oct - 13:51

La petite n’eut pas l’air tout à fait d’accord, car elle secoua doucement la tête en reniflant. Il la laissa chercher ses mots, silencieux, devinant ce qu’elle allait dire. Même s’il était mieux pour elle qu’elle sorte et prenne l’air, elle allait avoir du mal, au tout début. Il s’appuya un peu contre le mur, assis sur le lit sans la relâcher. Il avait l’impression de ne pas savoir s’y prendre, pour la réconforter… Comment devait-on faire, exactement, avec des enfants de son âge ? Il faisait de son mieux mais espérait ne pas trop mal faire non plus. Il ne connaissait absolument rien dans ce domaine. Un peu perplexe, il chercha comment la rassurer et lui faire comprendre que tout se passera bien, que c’était une passe normale pour l’élément feu. Bon, normale quand on se payait en plus un certain choc, mais tout de même. Il se sentait un peu lamentable, dans le domaine du réconfort, en ignorant ainsi comme remonter le moral d’une adolescente.

– Je veux rester à côté de Jasper pour l’aider. Il a toujours été là pour moi et je... Je ne veux pas le laisser tomber maintenant. Lui aussi, il est en vacances et il peut en profiter, au moins un peu. Je ne veux pas le laisser tout seul...

Un peu… Kimmitsu redressa la tête pour regarder le jeune homme qui dormait à point fermé, les joues encore assez rouges et avec un peu de sueur sur le front. Il allait devoir rester au lit jusqu’à la rentrée ou presque, la fièvre avait le don de vous ôter toutes vos forces, à tel point que vous aviez l’impression que tout votre corps était en coton. Il resserra un petit peu son étreinte sur Laura, pensif. A qui pourrait-il demander des conseils ? Lorsqu’il avait accepté de les prendre tous les deux chez lui, il avait d’abord voulu les éloigner pour de bon de leur très cher père, puis de soulager la directrice d’une autre affaire. Même chose pour Genji, il avait accepté pour l’aider. Mais aujourd’hui, avec les trois jeunes chez lui… Il ne savait pas du tout comment s’en occuper, on ne s’improvisait pas père du jour au lendemain. Il fit mentalement le tour de ses collègues pour voir lesquelles avaient déjà des enfants de cet âge. Il y avait Frédéric, peut-être… Il avait un fils de seize et une fille de treize ans, il pourra sans doute le conseiller. Kimmitsu ne voulait pas faire d’erreurs grossières, qui risqueraient de déstabiliser les trois enfants un peu plus.

– Monsieur, je... Je m’excuse d’avoir tout gardé pour moi comme ça, je ne pensais pas que...

Qu’elle pourrait en arriver à être somnambule ou avoir des soucis émotifs ? C’était sans doute normal qu’elle n’y ait pas songé… A son âge, beaucoup de jeunes pensaient pouvoir tout garder pour eux sans aucune conséquence émotionnelle ou psychique. Parfois, cela débouchait aussi sur des soucis physiques… Il se doutait, cependant, de pourquoi elle agissait ainsi. Il connaissait bien la mentalité des familles Nobles et Bourgeoises, c’était la même chose dans son pays natal. Tout était cadré, dirigé, régi par une multitude de codes sociaux très stricts dont personne ne pouvait se soustraire, sous peine d’être exclu à jamais.

– A la maison, on ne devait pas parler ou nous plaindre quand ça n’allait pas, dit-elle d’un ton plus bas. Si j’allais moins bien, j’allais retrouver Jasper et ça me calmait mais on ne... On n’a pas besoin de parler. Vous... Vous êtes le premier à agir comme cela avec nous. Je vais essayer de... de garder ça en tête et de ne plus tout garder pour moi. Je ne pensais pas que je risquais d’être somnambule à cause de ça...

Mais ils n’étaient plus seuls, aujourd’hui… Kimmitsu pensa les lèvres en repensant aux fois où il avait vu le jeune Karinof blessé, dans les couloirs, parfois avec des os brisés, raconter qu’il était simplement tombé on ne savait où. « Tombé », bien sûr, comme si une simple chute de vélo pouvait vous briser plusieurs os. Il frotta doucement le dos de Laura pour la calmer, les yeux fermés. Le rang social pouvait conditionner votre vie toute entière, en plus des liens familiaux, et la bourgeoisie n’était pas mieux que la noblesse, dans certains cas.

– Monsieur, vous... Vous n’êtes pas obligé de nous enfermer. Je ne veux pas que... vous soyez obligé de fermer la porte à cause de moi alors qu’on change déjà toutes vos habitudes. C’était juste un... C’est une petite baisse de moral et rien d’autre.

– Pour les premiers jours, ça vaut mieux, vous ne vous blesserez pas, au moins.

Il l’incita à se rallonger, même si elle ne voulait pas se mettre sous la couette, tenant à ce qu’elle se repose, ne serait-ce qu’un peu. Il resta ensuite avec elle et Jasper, les surveillant et incitant la petite à se détendre et se reposer. Plus tard, Adrien vint frapper à la porte de la chambre, l’air mal en point mais il était réveillé. Kimmitsu lui expliqua en quelques mots ce qui était arrivé, pour el don de Jasper, l’évolution qu’il suivait et la baignade forcée dans un lac glacé cette nuit. Adrien hocha doucement la tête puis s’installa au bord du lit de Jasper puis posa une main sur son front, l’air concentré, répétant les mêmes gestes qu’il avait eu avec Kimmitsu, trois mois plus tôt. Jasper gémit un peu dans son sommeil mais respira plus librement, presque aussitôt. Tant mieux. Adrien répéta l’opération avec calme plusieurs fois, avec des gestes forgés par l’habitude. Une fois qu’il eut terminé, il sortit une petite boîte de médicaments et la lui tendit, en lui disant de lui donner deux cachets le soir pendant trois jours.

– Je te remercie. Tu veux rester déjeuner ?

– Merci, mais je n’ai pas très faim, en ce moment, dit-il avec un sourire fatigué. J’ai des affaires à trier, chez moi, je vais rentrer. Au fait, tu n’avais jamais dit que tu avais un fils ?

– C’est le fils de mon grand frère, pas le mien, sourit Kimmitsu en se levant. Merci pour Jasper.

Il fit un petit signe puis repartit, en se frottant l’arrière de la tête avec un petit soupir. Le Japonais revint dans la chambre, posant une main sur le front du jeune homme pour évaluer son état. Il était un petit chaud, encore, mais beaucoup moins, et respirait plus librement.

– Essayez quand même de sortir de temps en temps, même simplement dans le chemin ou près du lac, dit-il à Laura en se tournant vers elle. Vous allez tourner dingue si vous restez enfermée sans bouger. Vous avez bien des amis à voir ou inviter, avant la fin des vacances ?

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Noyade de minuit   Dim 11 Oct - 18:58

M. Nakajima – Pour les premiers jours, ça vaut mieux, vous ne vous blesserez pas, au moins.

Bon... Si cela ne le dérangeait pas, elle n’allait pas riposter. Laura devait bien admettre qu’être enfermée la rassurait, au moins au début, après ce qui s’était passé cette nuit. Elle ne voulait pas prendre le risque de sortir pendant la nuit et de risquer la vie de son frère, pas alors qu’il était malade à ce point. Elle-même se sentait vidée, épuisée, ayant chaud et froid en même temps et frissonnant ensuite. Monsieur Nakajima l’incita à se recoucher, même en restant au-dessus de la couverture. Mais elle ne voulait pas dormir, elle ! Prête à riposter, Laura allait dire quelque chose mais se retint lorsqu’elle vit l’air de son professeur. Mieux valait ne pas résister, elle pouvait toujours rester à côté de Jasper depuis son lit, après tout... Mais il allait bien, n’est-ce pas ? La collégienne lui lança des regards anxieux, incapable de s’allonger complètement, prévoyant déjà de se lever dès que monsieur Nakajima serait sorti. Elle n’arrivait pas à rester allongée comme ça, elle se sentait très bien et n’avait pas besoin d’être allongée, c’était inutile.

Cependant, son professeur ne s’en alla pas... Il resta dans la chambre, avec Jasper et elle, à les surveiller et à lui dire de se reposer, au moins un peu. Bon... Si elle n’avait pas le choix. Laura s’exécuta, s’allongeant et posant sa tête sur l’oreiller, la tournant vers Jasper. Il avait chaud, elle le voyait bien, et il n’avait pas du tout l’air d’aller bien... L’infirmier allait arriver, n’est-ce pas ? Il allait vraiment réussir à soigner son frère et à l’aider ? Luttant contre le sommeil pour rester éveillée, guettant les bruits de pas, se demandant aussi pourquoi monsieur Nakajima ne sortait pas pour aller voir si monsieur de Sora n’était pas là. Il l’avait appelé, hein ? Au bout d’un moment, Laura somnola, perdue dans ses pensées, sentant les conséquences de la nuit, de sa crise de somnambulisme et de ses pleurs l’abrutir d’un coup, comme une masse soporifique contre laquelle elle ne pouvait pas lutter. Elle était fatiguée, épuisée. Après tout, dormir quelques minutes... Juste quelques-unes, en attendant l’infirmier...

M. Nakajima – Je te remercie. Tu veux rester déjeuner ?

Infirmier – Merci, mais je n’ai pas très faim, en ce moment, dit-il avec un sourire fatigué. J’ai des affaires à trier, chez moi, je vais rentrer. Au fait, tu n’avais jamais dit que tu avais un fils ?

Mmh ? Laura entrouvrit légèrement les yeux en entendant la voix de son professeur et de l’infirmier. Heu... Et il venait de le remercier ? Elle se redressa un peu avant de se frotter le visage. Jasper avait l’air de respirer plus calmement, un petit peu, sauf si c’était le fruit de son imagination. Elle s’était endormie ? Mais elle n’avait fermé les yeux que quelques minutes, pas plus ! Et elle n’était pas fatiguée, elle s’était seulement sentie assommée durant quelques secondes. Ou plus ? L’infirmier repartait, ce qui sous-entendait qu’il avait déjà aidé Jasper... Et puis, il lui avait passé des médicaments, Laura l’avait vaguement entendu en émergeant de son tout petit assoupissement. Elle s’assit en tailleur, se tournant un peu vers monsieur Nakajima en le voyant revenir dans la chambre puis évaluer la température de Jasper. Alors ? Il allait mieux ? Lui lançant un regard, elle essaya de deviner mais c’était difficile à dire. Même s’il avait l’air plus... rassuré. Peut-être ?

M. Nakajima – Essayez quand même de sortir de temps en temps, même simplement dans le chemin ou près du lac, dit-il à Laura en se tournant vers elle. Vous allez tourner dingue si vous restez enfermée sans bouger. Vous avez bien des amis à voir ou inviter, avant la fin des vacances ?

Laura – Mais et Jas...

Laura s’interrompit, posant son regard sur Jasper puis sur son professeur. Il risquait de rester longtemps dans son lit, là, non ? Son inconscient le lui criait même si elle espérait et voulait qu’il soit très vite rétabli. Seulement, monsieur Nakajima avait raison et elle avait l’horrible impression qu’il ne la laisserait pas vraiment rester enfermée jusqu’à la rentrée, malgré ce qu’elle voulait. Bon... La collégienne posa ses mains sur ses genoux, réfléchissant à la question de son professeur. Des amis à inviter ou voir... Oui, sûrement, mais elle n’allait pas les obliger à venir ici plus tôt. En plus, est-ce que leurs parents accepteraient de les laisser aller à Gray ? Elle pouvait toujours essayer. Et puis, elle n’avait pas le choix. Dans l’immédiat, elle allait surtout appeler Antoine pour lui parler, lui donner les dernières nouvelles et lui dire que tout allait bien. Parce que oui, tout allait bien, c’était une simple baisse de moral. Sauf s’il risquait de la griller ? Secouant un peu la tête pour reprendre ses esprits, Laura fit la moue un moment pour chercher qui elle pourrait voir. Oui... Il y avait quelques personnes qui n’habitaient pas loin, ce serait possible. Et puis, il y avait le neveu du prof, aussi.

Laura – Il y a peut-être quelques personnes que je peux voir à Gray mais je ne sais pas si d’autres pourront à cause de la proximité du Pensionnat. Mais je sortirai me balader et... J’appellerai Antoine pour avoir des nouvelles et lui en donner, si vous le voulez bien.

Laura essaya de faire un mince sourire avant de se lever doucement de son lit pour s’agenouiller près de Jasper, lui attrapant la main d’un geste hésitant pour lui montrer qu’elle était là. Ils arriveraient à s’habituer, ce n’était qu’une question de temps. Avec leur professeur, son frère ne risquait rien, elle en était convaincue à présent. Il l’avait aidé, il les avait tous les deux aidés alors qu’il avait mieux à faire. Et leur père ne lui ferait plus rien. Plus jamais.

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