1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Nouvelle engagée

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Gabriella de Lizeux
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MessageSujet: Nouvelle engagée   Sam 22 Juil - 12:53

Depuis le matin, une pluie persistante s’abattait sur la région et ne semblait pas vouloir stopper avant un très long moment. Elle frappait les carreaux de la petite chambre et assombrissait la pièce, au point qu’il fallait allumer quelques lampes. Une chambre toute simple, avec un écritoire dans un coin et le matériel nécessaire pour le courrier, une petite bibliothèque remplie de livres sur divers sujets, un coin toilette, avec un miroir et un broc d’eau à côté près de la fenêtre, un lit pour une personne, le berceau où dormait les jumeaux à côté, et quelques affaires personnelles ramenées ici. Cette chambre servait pour les invités de passage et également, depuis quelques mois, aux élémentaires ayant besoin de se réfugier pendant un temps avant de fuir le pays. Gabriella n’était pas la seule, d’autres étaient actuellement ici, soignés puis hébergés par les Sœurs du couvent avant de reprendre leur route. Rester ici quelques temps n’avait pas été prévu, néanmoins, c’était mieux pour se reposer et être à l’abri, plutôt que de retourner tout de suite dans la nouvelle école. Même pour garder ses enfants auprès d’elle. Gaby se hissa sur les coudes pour les regarder dormir, côte à côte dans leur berceau, rassurée en les voyant respirer régulièrement et tranquillement, blottis l’un contre l’autre.

Toujours au lit, comme c’était le cas depuis des jours maintenant, elle parvenait néanmoins à se lever plus longuement et manger sans aide. Parfois aller dehors un peu, s’asseoir dans les jardins pour prendre l’air et respirer. Et elle reprenait doucement les affaires courantes, tout en devant rester au repos. Bradley venait régulièrement, comme Auguste et encore d’autres des leurs, la préparation à la guerre se poursuivait et le réseau se montait peu à peu. Gabriella s’installa un peu mieux dans son lit, à demi-allongée contre les oreillers dans son dos, puis prit le petit paquet de lettres reçues ce matin, sur la table de chevet, pour les déposer sur la couverture, devant elle, ouvrant la première. L’installation de leur réseau avait beaucoup eut de cafouillis et incompréhensions, dès le début, même si tous les élémentaires du pays comprenaient maintenant le choix qu’ils avaient à faire. L’annonce de la fermeture officielle de Sainte Famille, si elle n’avait pas plu à tous, n’était néanmoins pas suffisante pour inciter à la rébellion, car beaucoup acceptaient de se taire et faire profil bas si ça leur permettait de vivre en paix.

Gaby interrompit sa lecture pour se frotter un peu les yeux, culpabilisant d’être encore fatiguée alors qu’elle ne faisait presque rien depuis plus d’une semaine, maintenant. Se rallongeant complètement, elle finit par se rendormir, la main sur la lettre et le reste sur la couverture. Ce fut un bruit dans le couloir et quelques coups frappés contre la porte qui la firent légèrement sursauter et ouvrir les yeux. Porte qui s’ouvrit la minute d’après. Gaby vit d’abord, vaguement, la Mère Supérieure du Couvent, qui vint près du lit enlever les lettre et le livre posés sur la couverture pour tout reposer sur la table de chevet et lui demander si elle allait bien. Oh oui, très bien… La religieuse ajouta qu’elle devait déjeuner, maintenant, elle et les enfants, et qu’elle avait aussi une visite. Gaby marmonna que Bradley ne devait pas venir avant le lendemain soir, se redressant enfin un peu. C’était… Céleste ? Assez surprise de la voir ici, Gaby lui rendit son bonjour, alors qu’elle s’était rapprochée. Sa collègue semblait bien plus fraîche qu’elle, les cheveux attachés, habillée d’une longue robe, bien droite. S’asseyant dans le lit, elle prit le peignoir que la Mère Supérieure lui tendit puis la remercia pour le repas qu’elle avait fait servir, sur la petite table de la chambre, avant qu’elle ne reparte.

Gabriella – Navrée, je ne m’attendais pas à… Enfin, peu importe, installez-vous.

Elle se dégagea des couvertures et s’assit au bord du lit, sa robe de nuit tirant un peu à cause de son ventre gonflé par la grossesse, comme sa poitrine. Sans fermer le peignoir, pour ne pas être gênée, Gaby se frotta un peu le visage puis se leva, allant se pencher sur le berceau pour prendre ses enfants dans ses bras, un par un, pour aller les asseoir dans les deux chaises hautes près de la table. Ils commençaient à manger un peu avec la cuillère, et surtout leurs doigts, et elle tâchait de prendre du temps avec eux à chaque repas. La table était près de la fenêtre, avec trois chaises en plus de ceux pour les jumeaux. Aurore geignit un peu puis babilla lorsque sa mère la souleva pour la prendre dans ses bras, l’embrassant sur le front avant de la faire asseoir à table. Julien était calme, comme sa sœur jumelle, ne faisant pas d’histoires lorsqu’elle l’installa. Une fois assise elle-même, elle commença par mettre dans deux petites assiettes de la purée de légumes et environ vingt grammes de poisson pour chacun, en touts petits bouts. Elle était désolée de recevoir Céleste dans cette tenue, ce qu’elle ajouta en la regardant, précisant qu’elle ne s’était pas encore levée avant ce moment, aujourd’hui.

Gabriella – Je suis juste un peu fatiguée, dit-elle en s’efforçant de sourire, au moins un peu. Il y a eu quelques petits soucis il y a… deux semaines, je dirais. Mais ce n’est pas important. Qu’est-ce qui vous amène ici ? Vous voulez nous rejoindre ?

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Nouvelle engagée   Ven 25 Aoû - 22:33

Céleste ignorait comment se sentir, réellement. Elle avait parlé à Lucas… Il savait tout et n’avait pas réagi comme elle s’y attendait, donnant raison à Cyprien sans même s’en douter. Elle enfila son manteau de voyage, regardant son reflet dans le miroir pour s’assurer qu’elle ne faisait pas trop peur, ne donnait pas l’impression de sortir d’une maladie ou quoi que ce soit du genre et quitta le Pensionnat. Vendredi, sur le temps de midi, Frédéric l’avait appelée par rapport à sa demande, durant la semaine suivant leur voyage. Sur le moment, pour être honnête, elle l’avait complètement oublié, l’heure de la discussion avec Lucas qui se rapprochait dangereusement éclipsant le tout… Elle avait eu si peur, craignant qu’il ne prenne tout simplement ses jambes à son cou sitôt la vérité révélée, qu’elle n’avait plus fait attention au reste, se concentrant sur ses cours.

Pourtant, oui, Céleste avait demandé à aider, à s’engager réellement auprès de la directrice pour prêter main forte à ceux qui se battaient actuellement au front pour eux. Elle ne pouvait se contenter de rester en arrière, sans se mettre en danger de mort pour autant par respect pour Cyprien, mais elle devait agir. Elle voulait assurer un meilleur avenir à son petit frère, le rassurer, lui montrer qu’il ne devait pas avoir peur et qu’il grandirait en sécurité, loin de toutes ces horreurs, qu’il retrouverait un cadre et une stabilité comme il en avait tant besoin. En plus de l’amour… Comme le lui avait dit sa collègue. Et, pour cela, il fallait se bouger, réagir, ne plus se contenter d’attendre bêtement que les choses se fassent. Céleste n’avait pas encore prévenu Cyprien, ayant oublié cette démarche d’abord, préférant le rassurer par rapport à ce qu’elle devrait faire ou non ensuite. Elle le savait fragilisé avec son quotidien avec Gabriella, inutile d’en rajouter une couche sans savoir si elle serait acceptée ou non…

En raison d’une sortie organisée par un de ses collègues, la jeune professeure n’avait pas les deux heures de cours de théorie à donner l’après-midi, disposant donc d’un étroite temps libre, ce qu’avait aussi regardé le directeur temporaire afin de ne pas donner l’impression de les laisser tomber, elle aussi. Elle s’était arrangée avec Cyprien, le prévenant en lui disant qu’elle devait s’absenter pour la journée pour une urgence avec une amie, à Paris, et qu’elle reviendrait. Elle avait besoin de prendre l’air, depuis la discussion, ce qui pouvait aussi s’expliquer. Prenant donc la direction de la gare, comme indiqué par Frédéric, elle acheta un premier billet de train, premier d’une petite série, dans l’intention de se rendre en Bretagne. Elle ne connaissait pas du tout cette région, n’y étant jamais passée ou alors en vitesse pour des vacances comme elle vivait à Toulouse avec ses parents et sa sœur. Donc, cet endroit, cette zone… Elle devait juste suivre les indications, rien de plus. Pas très compliqué, en soi. Heureusement que son collègue lui avait dit qu’elle allait retrouver Gabriella et pas les autres, parce qu’un couvent… Ils avaient de l’aide, là-bas aussi ? Les religieuses les aidaient ? Avec toute cette propagande diffusée par le « nouveau gouvernement » ?

Céleste eut le temps d’y réfléchir durant toute la longueur du trajet, devant changer de train, prenant d’infinies précautions pour ne pas révéler l’endroit où se trouvait la chef de la Résistance comme les journaux avaient décidé de l’appeler. Il pleuvait depuis qu’elle avait quitté Gray, temps maussade et gris qui ne s’améliorait pas à mesure que la journée avançait. Même les visages des voyageurs étaient gris, fermés, mornes, comme si le temps extérieur reflétait ce qu’ils ressentaient alors qu’il devait s’agir de fatigue, et rien d’autre. Le début de la semaine, le souhait de prolonger le week-end pour se reposer, l’envie que le beau temps revienne, ou au moins qu’il soit stable… En décembre, difficile de prévoir un temps autre que pluvieux, ils étaient en plein hiver et en Bretagne, qui plus est. Pas de doute là-dessus, cette région tenait bien sa réputation, c’était comme s’il y avait eu un microclimat qui différait de celui du reste de la France. Avec cela, Céleste n’avait pas pu voir grand-chose du paysage, les gouttes de pluie fouettant les vitres du train sans daigner s’espacer ne serait-ce que d’un centimètre pour laisser voir l’extérieur. Le dernier jour de novembre commençait bien.

Contrôleur – Terminus, tout le monde descend !

Ah… Céleste se tira de sa rêverie, n’ayant même pas remarqué que le train avait commencé à ralentir pour finalement s’arrêter en gare. Dernière gare de son voyage, dont elle ne comprenait même pas le nom d’ailleurs, comme si elle était arrivée dans un autre pays. Il ne lui restait plus qu’à retrouver le couvent indiqué par Frédéric… Midi approchait, elle avait voyagé toute la matinée pour se retrouver ici, à des kilomètres de chez elle et du Pensionnat avec un petit sac et un manteau sur les épaules. De toute manière, elle n’avait besoin que du strict minimum, n’ayant pas demandé plus d’informations à son collègue, attendant de voir sur place ce qu’il allait advenir. Si elle devait attendre, ou rentrer, ou trouver un endroit où se loger, ou… En fait, elle ne savait pas. Levant les yeux, Céleste découvrit un village caractéristique des paysages bretons avec des rues étroites, des briques, des odeurs de nourriture commençant à flotter çà et là. Même les noms des commerces étaient différents, pas que la gare, ce qui ne lui donnait guère plus d’indication sur l’endroit où elle était. Si elle n’avait pas confiance, elle aurait abandonné dès le deuxième train…

Céleste – Où suis-je tombée…

Contrairement aux personnes qu’elle avait vu monter dans le train depuis ce matin, la population était moins grise ici, malgré le froid et le mauvais temps ambiant. Il régnait toujours cette méfiance que l’on retrouvait sur toute la France, mais c’était moins accentué, comme allégé par le microclimat. Regardant les indications données qu’elle avait notées sous forme de mots-clefs, Céleste garda le petit morceau de papier contre elle, le serrant dans sa main droite par peur qu’il ne s’envole. Elle suivit donc les étapes scrupuleusement, serrant son sac, jetant des coups d’œil fréquents au papier, pressant le pas. Non pas qu’elle n’était pas à l’aise, ici, mais la perspective d’être dans un endroit qu’elle ne connaissait pas sans autre indications que celles écrites sur un petit bout de papier…

Fort heureusement, une longue marche suffit à la conduire jusqu’à ce qui devait être le couvent. A en juger par le bâtiment, très haut mais sobre, discret dans un coin de la rue qu’elle aurait pu assimiler à une impasse, Céleste marqua une brève pause avant de frapper trois coups sur la porte. En attendant, elle observa les passants qui la saluèrent, se mettant sur le côté pour ne pas déranger un jeune couple qui avançaient en se tenant la main sans sembler gêné de le faire en public. Curieux, à Paris, c’était plutôt le contraire… Mais la jeune professeure n’eut guère le temps d’y penser, interrompue par un bruit de serrure que l’on déverrouillait de l’autre côté de la porte. Elle se redressa, patientant jusqu’à ce qu’une sœur souriante se retrouve devant elle, lui jetant un regard interrogateur après l’avoir saluée.

Céleste – Bonjour, je m’appelle Céleste Dumoulin et… on m’a donné ces indications pour vous rejoindre, au Pensionnat.

Sœur – Oh, bien sûr, dit-elle en jetant un œil au papier que Céleste lui montrait. Je vais vous conduire à la Mère Supérieure, entrez vite.

Céleste grimpa les deux marches, entrant ensuite dans le couvent silencieux malgré l’heure avancée de la journée. Tout était calme, ici, et il faisait bien plus frais qu’à l’extérieur mais elle pouvait sentir que c’était chauffé. Ce n’était pas une fraîcheur désagréable, au contraire, c’était… particulier. A vrai dire, la jeune femme n’était plus entrée de son plein gré dans un bâtiment religieux depuis la mort de sa sœur, assistant aux messes du Pensionnat uniquement parce qu’elle faisait partie du corps enseignant. Avançant dans les couloirs derrière la religieuse, les talons de Céleste claquaient contre les dalles en résonnant fortement, la faisant grimacer parfois et l’incitant à marcher plus légèrement. Désolée, elle n’avait pas calculé ce détail… Elles durent s’arrêter près d’une pièce, son guide y entrant pour récupérer un grand plateau-repas et des lettres, avant de reprendre le chemin.

Heureusement, le trajet fut assez court, la pièce où elle devait retrouver Gabriella n’étant pas très loin, au rez-de-chaussée, ce qui rassura Céleste qui se sentait mal à l’aise à force de faire autant de bruit. La Mère Supérieure frappa quelques coups à la porte avant de l’ouvrir, le plateau dans les bras, puis elles entrèrent. Elle-même s’arrêta près de la porte pour patienter, fronçant les sourcils en voyant qu’il s’agissait d’une chambre et non d’une pièce de travail, d’un atelier ou d’un bureau. Qu’est-ce que… La religieuse s’était rapprochée d’un lit et c’est à ce moment qu’elle remarqua que la directrice y était allongée, ses enfants un peu plus loin, dans un berceau installé à côté du lit.

Mais qu’est-ce… Que s’était-il passé ? Pourquoi était-elle allongée dans ce lit, pourquoi la religieuse s’occupait-elle d’elle ? Trop choquée et perdue pour suivre leur discussion, des dizaines de questions se bousculant dans son esprit en plus de la nervosité qu’elle ressentait, Céleste se rapprocha du lit de Gabriella avec un temps de retard, droite, la saluant, atterrée de la voir si… fatiguée. Pâle. Elle prit le peignoir que la Mère Supérieure lui tendit, la remerciant pour le repas qu’elle avait fait et déposé sur la table de chevet tout en s’asseyant dans le lit alors que la religieuse sortait, refermant la porte derrière elle. Elle semblait si fragile, si épuisée, si… atteinte. Que s’était-il passé… ?

Gabriella – Navrée, je ne m’attendais pas à… Enfin, peu importe, installez-vous.

Elle ne s’y attendait pas… Depuis combien de temps était-elle ici ? Et depuis quand était-elle aussi peu préparée, organisée ou… Comment la décrire ? Gabriella ne ressemblait pas à celle que Céleste avait côtoyée depuis deux ans, à celle dont Cyprien n’avait cessé de rêver même si elle ne pensait qu’au travail et ne dormait presque jamais. Elle se dégagea des couvertures, s’asseyant enfin au bord du lit tandis qu’elle-même s’installait dans un des sièges placés à côté pour d’éventuels visiteurs. En tout cas, c’est ce qu’elle supposait… Cette chambre était comme une infirmerie miniature, c’est cela ? Mais pourquoi ? La directrice avait donc fini par craquer… Comme tant de professeurs l’avaient craint, comme Cyprien, Kimmitsu, même certains élèves parmi les plus âgés qui parvenaient à saisir l’ampleur des événements.

Effrayée en constatant les conséquences, réalisant que le corps de Gabriella cédait pour la deuxième fois en l’espace de quelques mois à peine, Céleste se contenta de l’observer s’occuper de ses enfants. Elle les prit dans ses bras dans des mouvements incroyablement lents, les tirant du berceau seulement après s’être levée, sans fermer le peignoir que la religieuse lui avait donné. Même cette tenue ne lui ressemblait pas, ne pas s’inquiéter d’être présentable ou non, être en robe de nuit et peignoir à midi, être décoiffée et si pâle, si fatiguée. S’occuper de ses enfants sitôt levée sans même parler de travail… Sans même lui avoir demandé s’il y avait eu un problème au Pensionnat, d’ailleurs. De plus en plus choquée, Céleste serra ses mains sur son sac avant de le déposer au sol, à côté de sa chaise, puis de ramener ses mains sur le bas de sa robe. Bon, du calme. Ce n’était peut-être pas si grave, après tout… Peut-être qu’il y avait eu un problème, récemment, et que Gabriella se remettait tout doucement. Ce n’était pas comme si elle était là depuis longtemps, il lui fallait seulement quelques jours de repos et les autres avaient jugé plus intelligent de l’éloigner de toute source de travail. C’était possible…

Petit à petit, un à un, la directrice déposa ses enfants dans de petites chaises hautes puis s’occupa de les servir, calculant tout méticuleusement avec une grande lenteur. Très honnêtement, Céleste se tenait sur ses gardes, prête à agir si elle la voyait vaciller tant l’état avancé de fatigue de son ancienne collègue la préoccupait. Ce n’était pas son genre de « prendre le temps », tout simplement, elle faisait tout vite et bien mais ne s’attardait pas sur des détails tels que ceux-ci. Calculer les grammes, mettre des portions exactes, propres… Et, si elle était ici depuis peu, il lui fallait encore du repos, une bonne semaine au moins à en juger à sa tête et son teint pâle, cette manière de se déplacer… Ou pas. Au bout d’un moment, elle s’installa enfin, Céleste se détendant un peu comme elle ne risquait plus de tomber sans crier gare, mais les paroles de Gabriella finirent de l’inquiéter sérieusement. Elle était désolée de la recevoir dans cette tenue, ne s’étant pas encore levée aujourd’hui avant maintenant… Il était midi. Midi. Et elle se levait à peine… Et Céleste venait justement aujourd’hui pour lui demander à participer, à s’impliquer activement dans la lutte, à les aider. Elle n’aurait pas pu choisir un autre jour, non… ? Comment mettre les pieds dans le plat en trente secondes !

Gabriella – Je suis juste un peu fatiguée, dit-elle en s’efforçant de sourire, au moins un peu. Il y a eu quelques petits soucis il y a… deux semaines, je dirais. Mais ce n’est pas important. Qu’est-ce qui vous amène ici ? Vous voulez nous rejoindre ?

Céleste – Heu… Je… Oui, c’était pour cela, dit-elle en essayant de se reprendre. Mais je suis désolée, je ne savais pas que vous étiez si… Enfin, que vous… Je n’aurais pas dû venir aujourd’hui, Frédéric ne m’avait pas dit que vous étiez mal en point. Je lui ai seulement parlé de ma volonté de vous aider, mon refus de rester en arrière après ce qui arrive, mais j’ignorais que je tomberais si mal.

Deux semaines ! Elle était ici depuis deux semaines et était toujours aussi épuisée… ? Mais que s’était-il précisément passé pour qu’elle soit malade à ce point-là ? Céleste s’apprêtait à le demander avant de se raviser, refermant la bouche en jetant un œil aux jumeaux. Mieux valait ne pas le savoir tout de suite, sauf si la directrice le lui disait d’elle-même. Mais pour qu’elle résume le problème en « quelques petits soucis », pour qu’elle le reconnaisse d’ailleurs, c’est qu’il s’était vraiment passé quelque chose de grave. Peut-être avait-elle été en danger de mort, sans le dire comme elle ne craignait pas de mourir d’après Cyprien. Mais là, parler, discuter comme s’il n’y avait rien eu, s’occuper de ses enfants… Céleste était plus mal à l’aise que jamais, serrant ses mains sur le bas de sa robe pour ne pas laisser transparaître son ressenti, refusant de paraître pour une personne fragile alors qu’elle voulait s’investir dans la lutte, vraiment. Et si elle repartait pour revenir un autre jour ? Non… Ce serait idiot. Détournant les yeux des enfants, elle reporta le regard sur Gabriella, de plus en plus inquiète en réalisant à quel point elle était pâle. Et elle l’empêchait de se reposer, de dormir, de reprendre des forces, elle qui était la cible principale de la haine nationale.

Céleste – Je suis désolée de vous prendre du temps alors que vous vous reposiez, que vous en avez besoin, je vais donc essayer de ne pas vous voler trop de temps. Je voulais m’investir, oui… Faire quelque chose pour vous aider, me rendre utile. Je sais que j’ai des problèmes de don mais j’y travaille tous les jours, plusieurs heures par semaine pour les régler et espérer récupérer mon niveau d’avant, lorsque vous m’avez acceptée au Pensionnat pour une année de plus.

Céleste avait eu le temps de réfléchir à ses arguments, de tout rassembler pour les dire vite sans énerver la directrice qui n’était pas connue pour sa patience – très loin de là. Elle-même n’était pas très patiente non plus, se modérant uniquement à cause de sa peur de blesser quelqu’un mais toute la colère avait été étouffée et retenue. C’était dans leur nature… Un caractère vif, qui prenait vite la mouche, qui s’énervait fort. Elle le savait, raison pour laquelle la jeune professeure avait tourné ses arguments encore et encore jusqu’à les connaître par cœur sur le bout des doigts pour convaincre la directrice de ne pas la trucider et de l’accepter. Enfin, à présent… Elle doutait très sincèrement que son interlocutrice puisse s’énerver, ne serait-ce qu’un peu, tant elle avait l’air calme, assommée, malade.

Tout, dans ce lieu, respirait le calme et le respect, aucun bruit ne venait les perturber, aucune voiture ne semblait faire assez de bruit que pour entraver le bon déroulement de cette discussion. Les sœurs étaient sans doute occupées, quelque part, les laissant tranquilles. Mais il restait le « petit » détail qu’il s’agissait de son premier face à face avec elle depuis que Cyprien lui avait expliqué pour son don. Lui-même avait dit à Céleste qu’elle risquait de mourir carbonisée si sa femme l’apprenait, il y a quelques mois. Mais aujourd’hui, elle se sentait prête à aider, ne supportait plus de rester en arrière, de ne pas se rendre utile. Elle voulait faire quelque chose.

Céleste – Je ne sais pas si j’arrive trop tard ou non… J’ignore même ce dont vous avez besoin précisément, mais j’ai beaucoup réfléchi et je ne veux pas d’un avenir où les élémentaires seront pointés du doigt injustement, surtout avec mon petit frère. Nous sentons que la situation dégénère, surtout depuis votre absence même si les journaux ne nous apprennent pas grand-chose.

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Gabriella de Lizeux
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MessageSujet: Re: Nouvelle engagée   Lun 11 Sep - 11:54

Céleste – Heu… Je… Oui, c’était pour cela, dit-elle en essayant de se reprendre. Mais je suis désolée, je ne savais pas que vous étiez si… Enfin, que vous… Je n’aurais pas dû venir aujourd’hui, Frédéric ne m’avait pas dit que vous étiez mal en point. Je lui ai seulement parlé de ma volonté de vous aider, mon refus de rester en arrière après ce qui arrive, mais j’ignorais que je tomberais si mal.

Oh, ça allait, ou du moins, ça ira ce soir ou demain, ça n’avait pas une très grande importance. Gabriella haussa vaguement les épaules lorsque sa jeune collègue lança qu’elle tombait mal, ne voyant pas elle-même où se trouvait le mal. Il fallait bien avancer, de toute façon, peu importe l’état de fatigue ou la maladie, ils n’avaient pas la luxe de rester trop longtemps les bras croisés. Gabriella pouvait encore se le permettre… Quatre jours. Cinq au grand maximum, puis il faudra repartir. Les choses bougeaient, le gouvernement avait maintenant gagner assez de personnes à sa cause pour bouger réellement et les rumeurs voulaient qu’une grande annonce nationale sur les élémentaires aient lieu après les élections, élections qui avaient toutes les chances de les placer pour de bon et officiellement à la tête du pays, et ce sans même les truquer. Ils ne pouvaient plus attendre, la Résistance mettait bien du temps avant de se mettre en place et les opinions n’étaient pas encore prêtes à ouvrir les yeux sur le fait que ce qui se mettait en place était bel et bien une dictature. Paris était le prochain plateau de jeu, c’était là-bas que tout allait se jouer durant le mois de décembre. Gabriella grimaça un peu et se frotta les yeux, les dents légèrement serrés, puis laissa retomber son bras contre elle, continuant de donner manger à son fils et sa fille, silencieuse pour le moment. Paris… Si leurs doutes se confirmaient, la suite n’allait pas être bien drôle. Leur cher Président était un manipulateur né, plus puissant que son prédécesseur renversé du pouvoir, la presse était à sa botte, le terrain était prêt pour tout bouleverser.

Céleste – Je suis désolée de vous prendre du temps alors que vous vous reposiez, que vous en avez besoin, je vais donc essayer de ne pas vous voler trop de temps. Je voulais m’investir, oui… Faire quelque chose pour vous aider, me rendre utile. Je sais que j’ai des problèmes de don mais j’y travaille tous les jours, plusieurs heures par semaine pour les régler et espérer récupérer mon niveau d’avant, lorsque vous m’avez acceptée au Pensionnat pour une année de plus.

S’investir, se rendre utile… Gabriella tourna un instant la tête vers elle pour la détailler, pensive. Pour être honnête, elle avait toujours cru que Céleste était l’une de ces femmes qui n’oseront jamais sortir les griffes ou crier un peu trop fort, préférant restant ne arrière à suivre le flot sans tenter de l’endiguer. Au fond, elle n’avait rien contre, tout le monde ne pouvait pas montrer au front se battre, mais elle était assez surprise d’entendre cette volonté aujourd’hui. Le changement commençait-il donc à affecter autant sa collègue ? Ou peut-être ancienne collègue, d’ailleurs, la jeune mère ne savait pas encore si elle restera ou non membre du personnel, au pensionnat. Enfin, là n’était pas la question pour le moment, mieux valait l’interroger sur ses capacités. Problème de don, ça voulait tout dire et ne rien dire, quand avait-elle des problèmes, lors de quelles occasions, où, dans quel degré de stress, pourquoi, quelles étaient les conséquences, comment gérait-elle ? Il y avait des personnes qu’on ne pouvait tout simplement pas se permettre d’envoyer sur le front, pour de nombreuses raisons légitimes. Leur âge, leur état physique ou mental, leurs capacités physiques et elle en passait. Physiquement, Céleste ne semblait pas avoir grand-chose à lui reprocher, pas trop frêle, assez mince pour se glisser dans les passages étroits, très peu musclée par contre, ce qui fit légèrement grimacer Gabriella qui l’imagina tomber à la renverse en essayant de soulever un fusil.

Céleste – Je ne sais pas si j’arrive trop tard ou non… J’ignore même ce dont vous avez besoin précisément, mais j’ai beaucoup réfléchi et je ne veux pas d’un avenir où les élémentaires seront pointés du doigt injustement, surtout avec mon petit frère. Nous sentons que la situation dégénère, surtout depuis votre absence même si les journaux ne nous apprennent pas grand-chose.

Gabriella – Vous le « sentez », seulement ? Bizarre, j’aurai cru qu’avec sept élèves morts et trois professeurs tués, en un an, vous feriez plus que « sentir » que ça dégénère.

Elle lui adressa un sourire grinçant, à moitié sérieux, moitié ironique, puis leva les yeux au ciel avec un soupir, se tournant vers ses enfants pour leur donner à manger avec la cuillère, comme il jouaient plus avec leur morceau de pain qu’ils ne mangeaient vraiment. Tout en les faisant manger, elle ajouta pour Céleste que c’était très bien, si elle voulait s’investir, mais que le demander comme ça ne servait à rien si elle n’expliquait pas plus ce qu’elle était capable de faire, étant donné qu’il y avait des centaines de postes dont la Résistance avait besoin.

Gabriella – Nous éviterons la guerre civile si nous le pouvons, mais ça n’empêche pas de s’organiser pour contrer les persécutions. Il y a des filières de soutien médical, des filières logistiques, d’information, entraînement dans toutes sortes de matières, morales ou physiques, aide à l’exil et sortir du pays, des passeurs, des personnes en charge des caches et des déplacement, le transport aussi. Et toutes celles et ceux qui font le sale boulot. L’espionnage et contre-espionnage, les vols d’armes ou d’autres fournitures, les exécutions. Vous visualisez ?

Et encore d’autres points qu’elle n’avait pas soulevé, tout n’était pas encore mis en place, tout n’était pas encore prêt, ils tâtonnaient et devaient parer au plus urgent au jour le jour. Gaby soupira un peu en laissant Aurore tâcher de manger elle-même avec la cuillère comme elle essayait de s’y mettre, lui souriant en la voyant la plonger avec force dans son assiette et relaisser aussitôt tomber ce qu’elle parvenait à prendre avec. Ce n’était pas encore ça, enfin, il fallait bien commencer quelque part. Pendant que son frère s’était résolu à l’imiter, la directrice en profita pour boire un peu d’eau et manger à son tour, tout en maudissant encore la fatigue qui s’éternisait, malgré ses efforts.

Gabriella – Il va y avoir les élections, mais c’est un détail, tout le monde sait qui les emportera. Il y a plus urgent. Il y a deux semaines, j’ai eu quelques ennuis avec un résistant nouvellement intégré, William Holbrey. Qui nous rejoindra probablement dans la nouvelle école, au passage, mais bref. Une équipe est retournée à l’endroit où nous étions, le futur gouvernement est en train de reprendre les travaux qu’avaient débuté l’armée. On pense qu’ils ont trouvé un moyen de supprimer les dons, ou du moins, tendre vers cet objectif, mais il nous faut des preuves. Beaucoup de leurs effectifs devront se rendre à Paris le 8 décembre, pour participer au colloque et définir la prochaine ligne de conduite avec Leblanc. Nous agirons à ce moment-là.

Elle s’interrompit encore, arrêtant de manger pour se frotter un peu les yeux et le visage. Ce n’était que dans quelques jours, tout le monde se préparait, il n’était plus temps de rester là à dormir, comme elle le faisait depuis maintenant trop longtemps.

Gabriella – Vous pourriez venir avec nous. Il faut trois équipes, chacune avec un élémentaire pour chaque don. Voire deux si nous pouvons réunir assez de personnes. Vous maîtrisez la glace, non ? C’est le don le plus rare. Vous pouvez porter autre chose que des jupes et des talons hauts ?

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Nouvelle engagée   Mer 11 Oct - 19:48

Gabriella – Vous le « sentez », seulement ? Bizarre, j’aurai cru qu’avec sept élèves morts et trois professeurs tués, en un an, vous feriez plus que « sentir » que ça dégénère.

Gabriella lui sourit de manière ironique mais Céleste sentit qu’elle était sérieuse, ce qui la mit profondément mal à l’aise. Elle était venue, c’était une preuve qu’elle voulait agir, non ? Visiblement pas… Peut-être avait-elle trop traîné, ou alors peut-être avait-elle eu une mauvaise idée de venir en souhaitant aider, s’impliquer réellement. Pourtant, ils avaient besoin d’aide, c’est ce que la directrice venait de lui dire, non ? Si elle voulait régler ses comptes, très bien, mais Céleste n’avait jamais pensé qu’elle avait tort au sujet des menaces, elle n’avait juste jamais su comment aider réellement. Difficile lorsque l’on a peu confiance en son don, et en soi accessoirement, ce qu’elle devait forcément savoir. La jeune professeure resta donc silencieuse, observant Gabriella pendant qu’elle s’occupait de ses enfants, leur donnant à manger comme ils étaient encore trop jeunes pour manger seuls.

Elle ajouta ensuite que c’était très bien de vouloir s’investir mais que cela ne servait à rien de demander si elle n’expliquait pas ce qu’elle était capable de faire comme la Résistance avait besoin de centaines de postes. Ce qu’elle était capable de faire… ? Céleste n’en savait rien, elle n’avait jamais réfléchi à ce qu’elle pouvait faire en dehors de son métier. Elle exerçait, travaillait, s’entraînait pour son don et… Voilà. Jamais, ô grand jamais, elle n’avait imaginé autre chose, la mort d’Amélie étant survenue directement à la fin de ses études alors qu’elles avaient des projets plein la tête. Alors, très sincèrement, non, Céleste ne pouvait pas répondre à cette question. Elle ne répondit pas, d’ailleurs, se contentant de regarder les jumeaux en train de manger grâce à leur mère, réfléchissant. Elle n’en avait pas la moindre idée…

Gabriella – Nous éviterons la guerre civile si nous le pouvons, mais ça n’empêche pas de s’organiser pour contrer les persécutions. Il y a des filières de soutien médical, des filières logistiques, d’information, entraînement dans toutes sortes de matières, morales ou physiques, aide à l’exil et sortir du pays, des passeurs, des personnes en charge des caches et des déplacements, le transport aussi. Et toutes celles et ceux qui font le sale boulot. L’espionnage et contre-espionnage, les vols d’armes ou d’autres fournitures, les exécutions. Vous visualisez ?

Céleste hocha la tête par pure politesse, lentement, essayant d’effectivement visualiser tout ce dont ils avaient besoin. Elle comprenait, oui, il y avait tout un réseau à mettre en place. Mais jamais elle n’avait pensé comme ça, elle ! Evidemment, dit comme cela, c’était simple de se dire « je peux faire ça » ou non, mais entre ce que l’on pense et la réalité… La jeune femme observa les jumeaux, à nouveau, essayer de manger par eux-mêmes avec un sourire attendri, les trouvant bien chanceux de ne pas comprendre ce qui se passait autour d’eux. Ils étaient au centre des histoires, surtout avec leur mère, mais ne comprenaient rien et étaient protégés grâce à cela. Céleste voulait s’impliquer ! Mais choisir, décider ce qu’elle pouvait faire ou non… Elle avait l’horrible impression d’être mise face à plusieurs plats avec différentes recettes et qu’elle devait dresser sa liste des courses. Horrible comparaison mais, à entendre Gabriella, c’était l’impression qu’elle avait.

Gabriella – Il va y avoir les élections, mais c’est un détail, tout le monde sait qui les emportera. Il y a plus urgent. Il y a deux semaines, j’ai eu quelques ennuis avec un résistant nouvellement intégré, William Holbrey. Qui nous rejoindra probablement dans la nouvelle école, au passage, mais bref. Une équipe est retournée à l’endroit où nous étions, le futur gouvernement est en train de reprendre les travaux qu’avaient débuté l’armée. On pense qu’ils ont trouvé un moyen de supprimer les dons, ou du moins, tendre vers cet objectif, mais il nous faut des preuves. Beaucoup de leurs effectifs devront se rendre à Paris le 8 décembre, pour participer au colloque et définir la prochaine ligne de conduite avec Leblanc. Nous agirons à ce moment-là.

Céleste jeta un regard inquiet à la directrice alors qu’elle se frottait les yeux et le visage, la trouvant incroyablement fatiguée, presque fragile. Les ennuis datant de deux semaines semblaient l’avoir vraiment affaiblie, ou alors était-ce le résultat d’une accumulation de tout ce qu’elle supportait et subissait depuis plus d’un an. C’était bien possible… Sans oublier l’inquiétude de cet été, où elle n’avait pas pu se reposer, le manque de sommeil durant l’année dont Cyprien lui avait souvent parlé, la pression reposant constamment sur ses épaules. Elle se reposait depuis deux semaines et cela avait l’air de l’énerver, ce qui n’étonnait même pas Céleste très honnêtement. Quoi de plus horrible, pour une femme incapable de se reposer et toujours en activité, que d’être bloquée au lit pendant deux semaines avec ses enfants ? Au moins, ils étaient là et pouvaient l’apaiser un peu…

Quant aux élections et aux travaux repris par le gouvernement, elle ne doutait pas que Gabriella avait raison, comme tout le monde en fait. Tous savaient que Leblanc allait être élu, même si eux n’étaient pas d’accord. Son « programme » promettait un avenir incroyablement difficile pour tous les élémentaires, même s’il tournait cela positivement pour arriver à ses fins sans alarmer ceux qui doutent. Quant aux autres, comme toute leur école, ils n’auraient nul autre choix que la fuite, se cacher, ce que préparaient justement Gabriella et les anciens militaires ainsi que leurs collègues partis… Elle se frotta un peu les mains, plus par nervosité qu’autre chose, sentant que son interlocutrice allait lui demander ce qu’elle pouvait faire, finalement, après toutes ces explications. Et elle n’était pas plus avancée…

Gabriella – Vous pourriez venir avec nous. Il faut trois équipes, chacune avec un élémentaire pour chaque don. Voire deux si nous pouvons réunir assez de personnes. Vous maîtrisez la glace, non ? C’est le don le plus rare. Vous pouvez porter autre chose que des jupes et des talons hauts ?

Céleste – Heu…, commença-t-elle, prise au dépourvu. Oui, évidemment, je ne m’entraîne jamais avec une robe ou une jupe, surtout pour la foudre.

Gabriella – Je parle de courir sans se prendre les pieds dans tout ce qui bouge et utiliser votre don en même temps sur des ennemis et poursuivants.

Ah… La directrice lui avait lancé un regard, se demandant sans doute si elle se moquait ou non, mais Céleste n’avait vraiment pas compris ! Elle n’avait pas les mêmes réflexes, le même style de pensées, n’étant jamais sortie du rythme des cours et de ce qu’elle avait déjà vécu. Se cacher, oui, elle maîtrisait, elle s’était cachée dans certains endroits durant des semaines et des semaines sans montrer signe de vie jusqu’à ce que son deuxième don l’oblige à sortir. Mais comment pourrait-elle savoir, sans avoir essayé, si elle était capable de courir en visant des ennemis ou poursuivants ? Céleste avait passé des années à étouffer son don pour, justement, éviter de blesser d’autres personnes ! Ce qu’elle faillit rétorquer à son interlocutrice mais elle se ravisa, songeant que Cyprien ne lui avait sûrement pas donné tous les détails pour son don. Même si Gabriella était fatiguée, épuisée, mieux valait ne pas jouer avec le feu… La jeune professeure ouvrit donc légèrement la bouche sans rien dire dans un premier temps, cherchant ses mots, avant d’opter pour la vérité. Elle voulait aider mais ne pouvait pas inventer ses réponses, non plus, surtout dans de telles circonstances.

Céleste – Je peux courir sans me prendre les pieds dans tout ce qui bouge. Mais je n’ai jamais essayé d’utiliser mon don sur des ennemis ou poursuivants, je suis donc incapable de dire si je peux le faire ou non, je n’y ai jamais pensé et n’y ai jamais été confrontée…

La directrice lui dit simplement de manger avant d’ajouter qu’ils avaient aussi besoin d’une femme inconnue et fiable pour certaines missions, lui faisant froncer les sourcils. Céleste, qui avaient complètement oublié sa propre assiette, reprit ses couverts pour manger sans quitter son interlocutrice des yeux. Elle coupa la viande distraitement, portant un morceau à sa bouche en restant silencieuse le temps d’avaler, laissant également Gabriella manger comme elle avait besoin de forces. Plus qu’elle, en tout cas. De quoi parlait-elle, exactement ? Une femme inconnue et fiable, très bien, si elle n’avait pas confiance pour la mission qu’elle venait d’évoquer avec la réunion… Elle voulait les aider, vraiment, si cela était dans ses cordes sans devoir trop s’absenter du Pensionnat pour ne pas abandonner ses collègues comme sa famille.

Céleste – De quel genre de missions s’agit-il ?

Gabriella – Une mission pour draguer Leblanc.

Q… Pardon ? Céleste fit des yeux ronds, regardant Gabriella pour voir si elle plaisantait ou non. Draguer Leblanc… ? Pardon ? Elle avait bien entendu ? Draguer LE Leblanc, le même qui voulait faire vivre un vrai calvaire à tous les élémentaires ? Est-ce qu’elle réalisait que Céleste était une élémentaire et qu’il finirait forcément par s’en rendre compte ? Et il y avait Cyprien. Et Lucas. Et puis draguer Leblanc ! Le draguer ! Elle n’avait plus dragué personne depuis le début du lycée, en tant qu’adolescente, et encore. Ce n’était pas la même chose que draguer un homme politique, et pas n’importe lequel qui plus est ! Céleste avait légèrement pâli, constatant que Gabriella ne plaisantait pas et qu’il s’agissait d’une vraie mission, qu’ils cherchaient donc vraiment une femme « inconnue et fiable » pour draguer le sans-doute-futur-président. Elle n’était pas sérieuse, là…

Bon. Réfléchir. Elle pesa le pour et le contre, restant toujours silencieuse pour ne pas donner l’impression de ne pas vraiment vouloir les aider. Ils avaient besoin d’une personne pour draguer leur ennemi, d’un côté, c’était… normal. Mais Gabriella croyait-elle vraiment que Leblanc parlerait à une personne d’informations susceptibles de les intéresser ? Vu sa considération de la femme, elle avait de sérieux doutes à ce sujet. Si, vraiment si, Céleste acceptait cette mission, il lui fallait des informations précises, un but, quelque chose. Cela resterait parfaitement cordial, n’est-ce pas ? Elle but un peu d’eau, une longue gorgée finalement, avant de reposer son verre en essayant de reprendre contenance. Donc, draguer Leblanc…

Céleste – Jusque… Si je vous dis que je pourrais vous aider pour cela, quel serait le but de la mission ? Je veux dire, je comprends, oui, mais que devrais-je faire précisément ? Je reste une élémentaire, et une femme comme vous l’avez dit, et vu le caractère de Leblanc… Je doute qu’il éprouve énormément de respect envers les femmes. Que devrais-je chercher ?

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