1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Une nouvelle vie arrive

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MessageSujet: Une nouvelle vie arrive   Dim 21 Aoû - 16:01

L'hôpital bruissait d'une douce rumeur dans l'aile pédiatrique, ce matin-là. Les bébés présents dormaient encore dans les bras de leurs mères et ces dernières somnolaient doucement, encore plongées dans un demi-sommeil. les infirmiers et infirmières passaient dans les couloirs en poussant des petits chariots contenant les plateaux des petits-déjeuners et les docteurs échangeaient deux ou trois mots avant que chacun ne parte à son poste, une tasse de café en main ou un thé bien chaud à déguster, prêt pour une nouvelle journée. Marthe ôta son manteau en entrant dans son propre bureau, l'accrochant au porte-manteau en bois cloué sur le mur puis déposant son chapeau par-dessus, posant son sac à main sur le coin de son bureau. Le mois de novembre arrivé sur la région, il était temps de ressortir pulls, manteaux, bas de laine et jupes plus longues et chaudes, ainsi que les gilets. Le froid était déjà retombé depuis un moment sur ce coin de campagne, la neige viendra dans un mois et déjà, la terre se durcissait, les premiers vents glacés arrivaient, le soleil pâlissait. L'automne faisait chuter les feuilles des arbres, recouvrant la terre d'un tapis marron et doré.

Marthe ouvrit les rideaux des deux fenêtres et les attacha sur le côté avec leurs cordons, ouvrant un instant les vitres pour regarder au-dehors, les fenêtres donnant l'une sur le petit parc près de l'hôpital, l'autre sur le village. Elle aimait beaucoup l'automne, la nature se parait de couleurs merveilleuses et chaudes, le marron, le doré, le fauve, tout se mêlait en un tableau digne des grands maître. La Franche-Comté était une région magnifique pour cela, se promener dans la campagne en cette saison revenait à être ébloui par la splendeur de l'automne. Refermant la fenêtre, la vieille femme ajouta des bûches dans le feu ronflant dans l'âtre, seul moyen de réchauffer la pièce. Un feu de cheminée réchauffait toujours les cœurs, le ballet des flammes était agréable à regarder. Tisonnant un peu le feu, elle revint ensuite à son bureau, regardant le courrier reçu ce matin, puis consultant sa liste de rendez-vous pour la journée. S'attelant à lire ses lettres, elle débuta une des réponses les plus pressantes, avant que l'heure de son premier rendez-vous n'arrive.

– Entrez, lança-t-il en déposant le brouillon de sa lettre sur le côté. Bonjour, mademoiselle Collin.

Se levant, une fois la porte refermée, Marthe l'invita à venir s'asseoir dans l'un des fauteuils près de la cheminée, non loin de la fenêtre donnant sur le parc. Il est vrai que la grossesse de cette jeune fille se voyait bien, à présent. Cela avait dû être bien brusque à découvrir pour elle, les filles-mères n'étaient que très peu appréciées. Un enfant changeait tellement de choses à votre vie, c'était à la fois une grande responsabilité et un très grand bonheur. Avec le recul, on réalisait bien mieux tout ce que l'arrivée d'un ou plusieurs enfants avait changé à votre vie. Il y avait également la fierté de voir arriver des petits-enfants, des arrières-petits-enfants, de voir que la vie se poursuivait inlassablement et que rien ne pouvait stopper le cours de l'existence. Que le monde continuait de tourner, encore et toujours, peu importe que vous acceptiez ou non de tourner avec lui. C'était beau, oui, beau et apaisant, l'âge permettait de s'en rendre compte.

– Si je dois vous recevoir ici, ce n'est pas pour vous faire la morale, commença-t-elle en lui souriant doucement. Pour ma part, je considère la grossesse comme un cadeau et une des plus belles étapes de la vie d'une femme. Il n'y a pas à rougir d'attendre un enfant, qu'on soit mariée ou non, jeune ou pas, c'est le cours naturel de la vie. Vous n'avez pas été violée, donc cet enfant ne peut qu'avoir une mère aimante. Ce qu'il vous reste à faire avant la naissance, c'est de vous préparer à être la maman dont ce bébé aura besoin.

Quoi de plus naturel que de craindre un tel bouleversement dans une vie ? Aucune femme ne peut chasser dès le début le stress et une certaine forme de peur en apprenant qu'elle portait la vie. Un temps d'adaptation, plus ou moins long selon les femmes, reste nécessaire.

– Comment vous sentez-vous ? Depuis le début de cette grossesse ?
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MessageSujet: Re: Une nouvelle vie arrive   Sam 8 Oct - 18:02

[HJ: Désolée du temps de réponse ^^' Si besoin, je suis là :p]

Le bruit de ses propres pas retentissait tandis qu’elle traversait le centre médical de la ville, ayant un rendez-vous avec une psychologue. Rendez-vous qui ne l’enchantait pas, et même si une petite voix lui criait de fuir, de prendre ses jambes à son cou pour quitter le plus rapidement possible cet endroit, elle refusait de l’écouter. Craignant les répercutions si jamais elle ne s’y rendait pas, comme prévu, surtout quand on prenait en compte qu’elle avait été contrainte d’aller voir la psychologue de la ville. Oui, la directrice l’y avait contrainte, oui aussi, elle n’en avait pas la moindre envie. Mais elle n’avait pas le choix. Elle était enceinte et sa grossesse avait déjà évolué énormément, ce qui avait le mérite de la faire paniquer. Elle craignait que toute cette histoire finisse mal, qu’on la regarde d’un œil mauvais (ce qui se passait déjà) et d’être une mauvaise mère.

Sa propre mère n’était pas un excellent exemple, étant donné qu’elle l’avait eue assez jeune également. Mais d’un certain côté, elle pouvait lui demander conseil, demander comment elle avait fait, comment elle avait réussi à l’élevée correctement… Enfin, elle espérait avoir été bien élevée, mais elle ne pouvait pas l’affirmer, vu que c’était d’elle qui s’agissait… Et… Il était très compliqué de parler de soi-même. Le chemin jusqu’ici était assez stressant, surtout seule. Se redressant, tout en touchant son dos douloureux pour s’étirer, elle continua son chemin, de plus en plus hésitante. Il fallait qu’elle y aille, qu’elle toc pour demander à entrer et qu’elle prenne son courage à deux mains. Reprenant une respiration, elle posa son poing sur la porte devant elle, sur laquelle trônait fièrement un écriteau indiquant qu’elle était au bon endroit, et frappa.

Psychologue Concelin- Entrez, lançait une voix derrière la porte, l’invitant ainsi à entrer. Bonjour, mademoiselle Collin.

La jeune fille salua comme il était normal de le faire, son interlocutrice et referma la porte derrière elle avant de rester debout, intimidée, sans oser faire quoi que ce soit jusqu’à ce qu’on l’invita à s’asseoir dans l’un des fauteuils. La psychologue s’était levée directement, ne laissant même pas à Victoire un temps d’arrêt très long. La future mère allait donc s’asseoir, en silence dans un des fauteuils de la pièce, duquel on pouvait apercevoir la fenêtre ainsi qu’une imposante cheminée. Posant ses mains sur son ventre, en signe de défense elle regardait la psychologue sans pour autant cesser d’avoir un regard fuyant, signe d’un malaise à être mise en avant. La jeune fille préférait de loin rester en retrait.

Madame Concelin- Si je dois vous recevoir ici, ce n'est pas pour vous faire la morale, commença-t-elle en lui souriant doucement. Pour ma part, je considère la grossesse comme un cadeau et une des plus belles étapes de la vie d'une femme. Il n'y a pas à rougir d'attendre un enfant, qu'on soit mariée ou non, jeune ou pas, c'est le cours naturel de la vie. Vous n'avez pas été violée, donc cet enfant ne peut qu'avoir une mère aimante. Ce qu'il vous reste à faire avant la naissance, c'est de vous préparer à être la maman dont ce bébé aura besoin.

Dès qu’elle entendit qu’elle n’était pas là pour avoir une leçon de morale, elle se détendit, laissant un peu de son stresse s’estomper en silence. Osant même légèrement et timidement sourire face à cette annonce tellement réconfortante. Elle s’était attendue à recevoir encore une leçon, comme quoi cela n’était pas responsable, qu’elle aurait dû faire plus attention, etc. Bon, elle l’admettait, mais… Ce n’était pas agréable, même si elle reconnaissait ses torts.

Oui, la grossesse était un cadeau… Mais elle ne savait pas vraiment qu’en penser, surtout à son âge. Tout ça la terrifiait, mais elle ne pourrait rien changer à sa grossesse, elle attendait des enfants, elle les aurait. Caressant son ventre sans s’en rendre compte, elle continua d’écouter ce qu’on lui disait. Craignant de ne pas être une mère assez bien pour ces petits êtres en devenir. Craignant de ne pas être assez forte, assez courageuse. Elle n’était pas seule, elle savait qu’André était là. Mais une petite voix la faisait douter, et toute cette histoire état loin d’être… Facile.

Madame Concelin- Comment vous sentez-vous ? Depuis le début de cette grossesse ?
Comment… Comment elle se sentait ? Terrifiée, stressée, paniquée, heureuse et triste à la fois. Effrayée face à cette responsabilité, mais aussi face à la seule idée de suivre les traces de sa mère… Elle n’avait pas demandé à être mère aussi tôt, aussi vite que ça. Mais elle était heureuse et joyeuse à l’idée de voir une vie se développer en elle. Elle les sentait, le ressentait bouger et vivre, se développer pour devenir à la fin des petits êtres innocents et fragiles. Des bébés qui devraient tout apprendre de A à Z. Et c’était ça qui lui faisait peur.

-Je… J’ai peur, dit-elle. Peur de ne pas être assez forte, de ne pas être une bonne mère. Mais aussi de ne de ce que pense les autres. Je sais que je ne suis pas seule, mais j’ai peur, je stresse et je suis paniquée rien qu’à l’idée de faire un faux pas, de mal leur apprendre quelque chose. Parce que ces enfants devront tout apprendre, de A à Z. Et… ça me terrifie. Mais ça me rend aussi heureuse, joyeuse de sentir des petits êtres se développer en moi, heureuse parce que je les sens bouger, vivre. C’est tellement… Compliqué. Je… Ma mère était une fille-mère aussi. Et elle l’a très mal vécu. Et je… ça aussi, ça me fait peur. Je n’ai jamais demandé à avoir des enfants aussi jeune, je…

Elle baissa la tête après ce long monologue avant de reprendre, très bas, que tout allait reposer sur leurs épaules, à André et elle. C’était une grosse responsabilité, et même si elle en était consciente, l’adoption ne lui venait même pas à l’esprit. Il en était hors de question.
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MessageSujet: Re: Une nouvelle vie arrive   Jeu 8 Déc - 11:49

Souvent, on ne pensait pas à comment la mère, elle-même, se sentait, si elle était heureuse, effrayée, ou triste, si elle avait besoin de quelque chose, ne serait-ce, parfois, que d’un simple sourire ou d’être rassurée. On se contentait demandait comment allait le bébé en négligeant que la mère aussi avait des besoins, des peurs, qu’elle était bien là et que elle aussi avait besoin d’attention. Il était si facile d’être désignée comme une « mauvaise mère », sous une multitude de prétextes idiots, alors que c’était tout sauf évident. Élever un ou des enfants demande un investissement exceptionnel, c’est un « travail » important, de longue durée, un don qui vous suit tout au long de votre existence, pour peu que vous l’acceptiez. Et la réussite n’est pas non plus à la portée de toutes. Même avec la meilleure volonté au monde, il est possible de rater l’éducation d’un enfant et de ne pas lui apporter assez de bonheur. Toute femme était normalement consciente de ça. On fait de son mieux, cependant, aucune solution parfaite n’existe. Marthe croisa les mains contre elle en regardant la jeune fille. Comme bien d’autres avant elle, elle se retrouvait face à cette responsabilité immense, et même si elle n’était pas seule, ça n’en restait pas moins un avenir qui avait de quoi vous donner des frissons d’angoisse.

– Je… J’ai peur, dit-elle. Peur de ne pas être assez forte, de ne pas être une bonne mère. Mais aussi de ce que pensent les autres. Je sais que je ne suis pas seule, mais j’ai peur, je stresse et je suis paniquée rien qu’à l’idée de faire un faux pas, de mal leur apprendre quelque chose. Parce que ces enfants devront tout apprendre, de A à Z. Et… ça me terrifie. Mais ça me rend aussi heureuse, joyeuse de sentir des petits êtres se développer en moi, heureuse parce que je les sens bouger, vivre. C’est tellement… Compliqué. Je… Ma mère était une fille-mère aussi. Et elle l’a très mal vécu. Et je… ça aussi, ça me fait peur. Je n’ai jamais demandé à avoir des enfants aussi jeune, je…

– Avoir peur est un bon signe, car cela veut dire que vous vous ne moquez pas de l’avenir de ces petits et que vous tenez à bien faire. Du thé ? J’ai du jus d’orange, sinon, les jeunes préfèrent souvent ça.

Marthe approche la petit service déposé sur un petit chariot plutôt élégant qu’un collègue médecin lui avait gentiment offert pour lui souhaiter la bienvenue, lorsqu’elle s’était installée ici. Elle servit à la jeune fille ce qu’elle préférait puis prit elle-même une tasse de thé noir, son favori. Marthe n’avait jamais avalé une seule goutte de café durant sa vie entière, jugeant cette boisson bien trop amère et âcre, surtout depuis qu’elle avait su que son époux avait dû boir ce si mauvais café dans les tranchées. Non, vraiment, ça ne lui plaisait pas. Ajoutant une petite cuillère de sucre roux, elle tourna la cuillère dans la tasse pour bien mélanger, toujours souriant à son interlocutrice.

– Être une fille-mère est mal vu pour la société, c’est vrai. Cependant, ce n’est pas la société qui vivra avec ces enfants dans votre futur foyer, c’est bien vous. Comment ces enfants pourraient-ils avoir quoi que ce soit à faire de votre âge au moment où vous les avez mis au monde ? Ils vous aimeront et c’est l’essentiel, peu importe que vous ayez quatorze, vingt ou trente ans. Une mère est le modèle à suivre, la chaleur, le réconfort. Le père est la sécurité, l’assurance, la force vive. Vous n’êtes pas seule, n’est-ce pas ? Vous savez, mademoiselle, il est possible de se préparer autant que possible à une future naissance. Ne serait-ce que par l’apprentissage des basiques, comme préparer des biberons, changer une couche, vous organiser au quotidien. Je sais qu’il y a au moins une de vos enseignantes qui serait ravie de vous apprendre tout ça.

Marthe songeait, en disant cela, à la professeur d’histoire et de géographie, une femme qu’elle connaissait car elle l’avait vu chez son petit-fils à plusieurs reprises et dont on lui avait déjà beaucoup parlé. Cette femme avait un cœur en or, elle était la douceur incarnée aux yeux de bien des personnes. Buvant une petite gorgée de thé, la vieille femme reposa la tasse dans la coupelle, sans se départir de son air serein.

– Pouvez-vous songer à un parrain et une marraine pour ces petits ? Ce sera un soutien précieux pour vous et votre fiancé lorsque les enfants seront nés. Ou même simplement un adulte plus âgé et déjà parent qui saura être là pour vous aider, les premiers mois.
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MessageSujet: Re: Une nouvelle vie arrive   Jeu 19 Jan - 0:46

[HJ: Désolée du temps de réponse ! ^^']

Psychologue Concelin- Avoir peur est un bon signe, car cela veut dire que vous vous ne moquez pas de l’avenir de ces petits et que vous tenez à bien faire. Du thé ? J’ai du jus d’orange, sinon, les jeunes préfèrent souvent ça.

La jeune fille ne détacha pas son regard de son interlocutrice pendant qu’elle approchait un petit chariot sur lequel reposait un service à thé très joli, selon elle, bien que le thé n’était pas vraiment sa boisson préférée, elle lui dit poliment qu’elle préférait le jus d’orange, comme la plupart des jeunes, effectivement. Posant son regard ensuite sur la théière tandis que la psychologue se servit tout en regardant son verre de jus d’orange, réfléchissant à ce que lui disait son interlocutrice. Elle avait sans doute raison, oui. Elle n’était pas psychologue pour rien. Mais… Le sourire qu’affichait son interlocutrice pendant qu’elle mélangeait son thé, n’arrivait pas à retirer le malaise qu’elle ressentait, le fait de se dévoiler ainsi… Non, décidément, elle n’aimait pas.

Psychologue Concelin- Être une fille-mère est mal vu pour la société, c’est vrai. Cependant, ce n’est pas la société qui vivra avec ces enfants dans votre futur foyer, c’est bien vous. Comment ces enfants pourraient-ils avoir quoi que ce soit à faire de votre âge au moment où vous les avez mis au monde ? Ils vous aimeront et c’est l’essentiel, peu importe que vous ayez quatorze, vingt ou trente ans. Une mère est le modèle à suivre, la chaleur, le réconfort. Le père est la sécurité, l’assurance, la force vive. Vous n’êtes pas seule, n’est-ce pas ? Vous savez, mademoiselle, il est possible de se préparer autant que possible à une future naissance. Ne serait-ce que par l’apprentissage des basiques, comme préparer des biberons, changer une couche, vous organiser au quotidien. Je sais qu’il y a au moins une de vos enseignantes qui serait ravie de vous apprendre tout ça.

Mais demander cela était gênant, très gênant même. Oser venir demander de l’aide, prouver qu’elle ne connaissait rien à la grossesse… Oui, bon, c’était logique, mais gênant tout de même. Déjà que le simple fait d’être une fille-mère était intimidant… Alors, demander de l’aide… Elle admettait que son interlocutrice avait raison, que personne d’autre qu’elle et André n’allait vivre avec leurs enfants. C’était ses enfants, elle allait vivre avec eux, les élevés avec André et les voir grandir, se développer de plus en plus pour, plus tard fonder eux aussi leurs propres foyers. L’apprentissage de la lecture, de la droite, de la gauche, l’apprentissage de la marche, tous les apprentissages qu’ils allaient faire, toutes les connaissances qu’ils développeraient à leurs rythmes. Oui, tout ça avait de l’importance, et même si elle n’avait pas vu cela sous cet angle, elle admettait volontiers que le docteur Concelin avait raison.

Victoire était perdue, elle voulait faire pour le mieux, mais la jeune fille voulait aussi réussir à vivre avec cette impression d’être sans cesse critiquée, jugée. Même si ce n’était pas réellement qu’une impression, depuis qu’elle était enceinte et que tous la regardaient, la critiquait ou parlait sur son passage, elle le savait et le sentait. Même si elle comprenait ce que lui disait la psychologue, elle l’acceptait, malgré le fait que c’était plus difficile à dire qu’à faire. La future mère s’était perdue dans ses pensées, oubliant même qu’elle n’était pas au pensionnat ou dans un endroit où elle pouvait penser. Rougissant, elle se concentra sur son interlocutrice qui s’apprêtait visiblement à parler.

-Psychologue Concelin- Pouvez-vous songer à un parrain et une marraine pour ces petits ? Ce sera un soutien précieux pour vous et votre fiancé lorsque les enfants seront nés. Ou même simplement un adulte plus âgé et déjà parent qui saura être là pour vous aider, les premiers mois.

Un parrain et une marraine… Une personne apte à leur venir en aide, à les soutenir… Passant en revue toutes les personnes qu’elle connaissait, elle ne savait pas, du moins, seule elle ne trouverait pas. Elle en parlerait à André. Oui, voilà. Elle en discuterait avec lui, ils en discuteraient ensemble et peut-être qu’ils allaient parvenir à trouver quelqu’un. Mais demander de l’aide pour préparer la naissance de ses petits bouts… Disons que Victoire ne faisait que paniquer rien qu’à cette idée. Posant son regard sur le verre qu’elle avait dans ses mains, elle hésita un moment avant de finalement prendre son courage à deux mains pour répondre… Enfin, bredouiller, plus exactement.

-Je… Enfin… Je n’avais pas pensé comme ça, dit-elle difficilement. À vrai dire, j’ai du mal à demander de l’aide.

Elle retint un soupir avant d’essayer de reprendre ce qu’elle disait, non sans difficulté. Reprenant son souffle, elle posa ce qu’elle tenait dans ses mains et commença à toucher son ventre, par instinct purement maternel. La future mère se mit à réfléchir à ce que lui disait son interlocutrice. Demander de l’aide. Mais à qui ?

-Je sais que vous avez raison, que ces vies qui se développent en moi ne demandent que de l’amour, avoua-t-elle, je le sens. Mais j’ai peur. Je suis terrifiée, même, rien qu’à l’idée que je pourrais faire un faux pas, que tout ce que je dirais ou ferais aura des répercussions. Mais… Je ne sais pas si je réussirais à demander de l’aide… à vrai dire, je n’ai plus vraiment de contact avec mes parents, et… De ma famille, il ne me reste que mes grands-parents, mais je ne veux pas leur rajouter ça en plus, leur donné une responsabilité supplémentaire et leur demander de l’aide… Non, vraiment.

Victoire posa un regard sur son ventre avant de regarder dans le vague. Oui, elle ne parlait plus vraiment à ses parents, et elle revoyait ses grands-parents très souvent. Parce qu’elle vivait chez eux, même si ça avait un peu changé, ça, depuis qu’elle vivait avec son fiancé. Mais elle gardait contacte. Bien qu’elle regrettait de ne plus en avoir de réels avec ses parents. Victoire pensait qu’ils leur auraient été d’une grande aide, à André et à elle. Mais… Elle devait bien l’accepter. C’était fait. Après… Elle avait bien quelques amis au Pensionnat, mais… Elle refusait aussi de leur rajouter un tel rôle… C’était une responsabilité assez grande… Surtout qu’il y avait beaucoup de problèmes en ce moment… Elle ne pouvait pas leur rajouter ça. Quant à André…

-J’ai aussi quelques amis au Pensionnat à qui j’aurais pu demander d’être le parrain ou la marraine des enfants… Mais, disons que ce n’est pas vraiment le moment. Il y a beaucoup de problèmes au Pensionnat, et je ne peux tout simplement pas leur demander ça… Puis… Du côté d’André, il a rompu toutes relations avec ses parents… Je ne vois vraiment pas à qui on pourrait demander cela. Et je…

Baissant la tête pour ne pas faire face au regard de la psychologue, elle se mordit les lèvres, réalisant qu’en fait, elle ne faisait qu’approfondir le trou pour s’y enfoncer encore davantage…. Et qu’en plus, elle n’était pas d’une très grande aide pour trouver une solution au problème… Mais elle cherchait, pourtant. Très loin, même. Et mis à part ses amis, ses grands-parents ou leurs parents respectifs… Elle ne voyait vraiment personne… Et ça n’aidait pas du tout…

-Je suis désolée… Avec tout ça, je ne vous aide pas vraiment…

La jeune fille se rendait compte qu’elle était ainsi mise au premier plan, qu’elle était en quelque sorte le rôle principal d’une pièce de théâtre… Et même si elle détestait cette sensation, elle savait que la psychologue avait entièrement raison… Et, elle en venait à se demander si, effectivement, elle n’en avait pas réellement besoin, de tout ce soutien. Oui, peut-être. Telle une petite fille effrayée face à un terrible cauchemar, elle avouait que toute cette histoire la mettait au premier plan, elle admettait aussi qu’elle ne le supportait pas, mais qu’il devait bien y avoir une bonne raison à sa présence ici. Bon, la directrice l’y avait contrainte, donc oui. Gardant la tête baissée, en signe de retrait, elle attendait la réaction de son interlocutrice avec une semi-impatience.
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