1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Départ à jamais ? [Août 1911]

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Munemori Nakajima
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MessageSujet: Départ à jamais ? [Août 1911]   Dim 28 Mai - 22:17

Mi-Août approchait et ne fois n'est pas coutume, il faisait assez chaud, même dans leurs collines, où l'hiver durait la moitié de l'année. Suffisamment chaud pour en voir remonter leurs manches ou marcher avec des sandales légères, c'était vraiment curieux. Et il n'y avait pas que l'air qui était lourd, au passage. Enfin, lourd, ça dépendait des jours et surtout ça dépendait avec qui. Ses frères et sœurs étaient presque tous d'humeur à la fête, principalement car Josuke venait tout juste d'épouser Emiko, que leur mère, Nari, leur demandait déjà quand est-ce qu'ils allaient lui donner des petits-enfants, qu'on fêtait toujours l'arrivée officielle d'Imako dans la famille et que son déménagement était en train de se faire à la maison. Sa belle-famille venait tous les jours, en ce moment, on créait des liens plus étroits entre les uns et les autres, en résumé, c'était la fête. En partie. Les rumeurs allaient très vite et tout le village était au courant pour "l'affaire" et le fait que Daisuke et son épouse aient renié leur troisième enfant. Troisième enfant qui avait d'ailleurs déserté la maison pour vivre au village, malgré les demandes de ses grands frères.

Pour le moment, Munemori avait l'impression de mourir en voyant tout ce à quoi il fallait penser et préparer pour son propre mariage avec Kimi. C'était vraiment obligé, tout ça ... ? La belle-famille, les voisins, les amis et sans doute tout le village étaient invités, car famille Noble, image à tenir... Image à restaurer, surtout, leur père tenait à tout prix à laver au plus vite la honte et le déshonneur en montrant à quel point sa famille était respectable, suivait les traditions à la virgule près, honorait ses ancêtres et son pays, respectait ses aînées, etc. L'ancien samouraï était tout particulièrement irritable et le moindre petit détail négligé pouvait très vite le mettre dans une colère noire, à tel point qu'il en avait effrayé leurs plus jeunes frères et sœurs la veille au soir, lorsqu'il s'était emporté. Leur mère s'était éloignée avec lui et Munemori s'était retrouvé avec Akinori et Eisen dans les bras, à biberonner et rassurer, pendant tout le reste de la soirée. Ses jeunes frères de sept et huit ans ne devaient sans doute pas vraiment comprendre ce qui se passait, à son humble avis. Enfin. La vie suivait son cours, à la maison, comme si rien ne s'était jamais passé, leur père se comportait comme s'il n'avait pas jeté un de ses enfants dehors avec violence.

La porte d'entrée claqua un peu, le tirant de ses pensées, et il pencha un peu la tête pour regarder dans le couloir qui arrivait. En voyant son père, avec sa canne, accueillir Kazuo et sa fille, "la fille rejetée", Munemori rentra très vite la pièce dans le petit bureau et referma la porte, la gorge nouée. Pour Imari aussi, la situation était particulièrement horrible. Elle se retrouvait pontée du doigt par tout le village, tout le monde chuchotait sur son passage et clamait les pires horreurs, en cherchant les raisons qui avaient poussé leur frère à refuser de l'épouser. Maintenant, trouver un mari sera incroyablement difficile, elle devra vivre avec ce poids. Son père avait bien de quoi être dégoûté et furieux, il fallait l'admettre. Bonne ambiance. Écoutant les échos de la conversation, il perçut nettement le ton noir de l'ami de leur père, pestant contre la honte infligée, l'humiliation cuisante, puis remerciant son vieil allié d'avoir posé une sanction. Le jeune homme soupira longuement en reposant la tête contre le mur, les yeux fermés. Les deux hommes s'éloignèrent ensuite vers le salon, la canne frappant le plancher à intervalles réguliers.

A peine deux ou trois après que leur père ait renié son fils, il y avait une une nouvelle dispute entre eux deux, cette fois à table et devant tout le monde, même les petits, car Kimmitsu avait répliqué à leur père, lorsque ce dernier avait affirmé que les traditions millénaires vaudront toujours mieux que les besoins temporaires de changement, que le changement ne devenait véritable que lorsqu'on en avait la volonté et qu'on ne restait pas coincé sur le passé. Il s'était enflammé aussitôt, et cette fois, leur frère aussi, qui avait crié comme il ne l'avait jamais fait et ouvertement renvoyé balader leur père, puis leur mère dès que celle-ci s'en était mêlée. Dix minutes après, il s'était levé d'un bond, avait couru fourré à la hâte ses affaires dans un sac puis il était parti. Comme ça. Lui et Josuke avaient couru derrière lui mais... Là, honnêtement, le jeune homme ne savait pas trop bien si leur frère avait perdu le contrôle ou s'il l'avait fait exprès. Il avait utilisé son don contre eux, dans la cour, si fort qu'ils s'étaient retrouvé tous les deux à valdinguer deux ou trois mètres plus loin, complètement sonnés. Et Kimmitsu était parti, très vite, alors qu'ils étaient par terre à se relever, assez sous le choc.

Depuis, plus aucune nouvelle. Ils étaient rentrés un peu groggy, Josuke était mal retombé et s'était fait mal, quant à lui, il avait eu beaucoup de peine à accepter que leur propre frère ait pu les frapper de la sorte. C'était fait exprès, c'était sous le coup de la colère, un mélange des deux ? Impossible de le savoir, surtout en comptant qu'ils ne l'avaient pas revu depuis. Munemori soupira encore puis se leva, s'étirant en tous sens comme un chat avant de sortir de la pièce et aller récupérer sa veste dans le hall d'entrée. Il allait encore essayer. Il était allé déjà plusieurs fois au village mais leur frère refusait de leur parler, toujours en colère ou en... Il n'en savait rien, en fait, il agissait comme s'il était déjà parti et devait tout faire pour oublier ce pays. Dans le petit salon, Eisen et Akinori jouaient à chat en riant, se poursuivant un peu partout en courant pieds nus. Innocents enfants... Munemori les laissa à leurs jeux et fila dans le hall, pour mettre ses chaussures et prendre sa veste. Une fois dehors, il croisa son frère près potager, à trois mètres des hautes et lourdes portes, qui lui demanda où il allait.

Munemori – Au village, je vais encore essayer de voir notre frère.

Josuke – Attends-moi, je t'accompagne.

Oh, si il voulait. Munemori mit les mains dans ses poches et attendit qu'il aille récupérer sa veste, partant ensuite avec lui sur le chemin. Ils savaient juste que leur frère logeait pour l'instant chez le petit grand-père qui lui avait enseigné à maîtriser son don et voilà tout. A cette heure de la journée, il devait sûrement être au dojo, soit à s'entraîner, soit à enseigner lui-même aux plus jeunes. La route ne fut pas bien longue, il fallait tout au plus dix minutes pour rejoindre le village. En arrivant, ils passèrent par les rues transversales pour rejoindre le dojo de maître Shigeyuki, sans se hâter. L'endroit était entouré par de hautes palissades de bois avec des fleurs et pelouses un peu partout, ainsi qu'un petit ruisseau. S'ils pouvaient éviter de croiser le propriétaires des lieux, ec serait très bien, par contre. Munemori le haïssait, mais vraiment, cet homme était un bloc de glace, encore plus sévère et strict que leur père, qui n'avait jamais eu la moindre compassion ou pitié dans sa vie. Il n'hésitait à pas à frapper les élèves qui lui désobéissaient non plus. Leur père l'avait choisi comme professeur à Kimmitsu pour "lui apprendre la discipline", quand ils étaient enfants.

Longeant le bâtiment sans passer directement par l'entrée principale, il s'arrêta à une fenêtre grande ouverte, à cause de la chaleur sans doute, par l'arrière, jetant un discret regard à l'intérieur. Kimmitsu et maître Shigeyuki étaient bien là, tous les deux en tenue et en plein entraînement. Si leur frère était bien plus avancé qu'eux dans la pratique, il était aussi évident que son maître le surpassait également de plusieurs niveaux et la différence, ici, se faisait très nettement ressentir. Le jeune homme grimaça en voyant leur petit frère lâcher une exclamation en se faisant écraser au sol, un bras tordu dans le dos, avant que son professeur ne lui lance d'un ton dur de se remettre debout et en place. Même leur père ne les entraînait pas comme ça, lorsqu'il s'en occupait encore. Josuke avait aussi grimace, restant néanmoins silencieux. Leur frère avait le front couvert de sueur en se remettant droit, le souffle court, mais il se remit en place tout de même. La suite fut du même acabit et il ne pouvait pas tout parer. A la fin, son maître le frappa en plein dans le ventre puis déclara que ça suffisait pour ce matin, avant de quitter la pièce après avoir salué, de façon très formelle.

Munemori – Eh, lança-t-il, p'tit frère !

Il sauta souplement par le rebord de la fenêtre avec Josuke, en s'assurant bien que l'autre type était parti, lui faisant signe de se rapprocher parce qu'ils ne pouvaient pas aller sur les tapis avec leurs chaussures. Leur frère avait légèrement sursauté, en les voyant entrer, puis avait aussi jeté un regard assez anxieux vers la porte. Pas de panique, eux non plus ne voulaient pas tomber  nez à nez sur Shigeyuki. Ce type lui collait une trouille monstrueuse, il avait un air trop dur. Kimmitsu serra un peu les poings et leur lança de partir, ajoutant qu'ils allaient avoir des ennuis si on les trouvait ici. Oui, ils partiront, mais seulement après lui avoir parlé de deux ou trois "détails".

Munemori – Je veux savoir un truc, d'abord. Tu l'as fait exprès ou non, quand tu nous a frappé avec ton don, l'autre jour ? Juste pour info, Josuke s'est foulé poignet en retombant.

Son frère avança aussitôt en répliquant que ce n'était rien, fichant un coup de coude à Munemori en ajoutant ensuite qu'il n'avait pas eu aussi mal que ça. Enfin, c'était vrai, ça ! Il avait passé le reste de la journée avec de la glace dessus et une attelle pendant une bonne semaine. Munemori haussa les sourcils en soulignant ce détail. Donc si, bien sûr que si, il avait eu mal ! Et ce n'était pas en lui jetant un regard noir comme ça qu'il allait lui prouver le contraire. Le jeune homme croisa les bras, pas convaincu lorsque son frère répliqua que ça arrivait et que ce n'était rien. De son côté, Kimmitsu avait un peu pâli, puis soupiré.

Kimmitsu – J'ai mal dosé... Je suis désolé, c'est parti sans que je réfléchisse.

Munemori – C'est ça le problème en ce moment, tu vois. Tu es parti de la maison, comme ça ! Et se disputer avec notre père devant les plus jeunes, franchement ? Il n'y avait rien de mieux à faire ? J'ai mal dosé, j'ai mal dosé ! Et cette façon d'éviter tout le monde depuis ! Qu'est-ce que tu cherches à faire, oublier tout le monde avant même d'être parti ?

Le jeune homme s'interrompit lorsque son grand frère lui colla tout à coup une tape derrière la tête, sans crier gare, lui jetant un coup d’œil en travers en se frottant la nuque. C'était vrai, tout ça ! qu'est-ce qui trouvait à lui reprocher, encore ? Il aurait voulu répliquer mais ne le fit pas, retenu par la force de l'habitude. On respectait ses aînés, même s'ils n'étaient qu'à peine plus âgés que soi-même.

Josuke – Ce que Munemori veut dire, c'est qu'agir avec précipitation n'est pas la meilleure idée du siècle. Et nous aimerions comprendre ton comportement, ta décision de réagir comme cela et de provoquer nos parents... Pour le reste, par contre, je ne suis pas d'accord avec lui, tu as mal dosé et ça arrive, je ne t'en veux pas.

Mais c'est très exactement ce qu'il avait dit. Kimmitsu ne répondit même pas, les regardant avec un drôle d'air, ouvrant la bouche comme pour répondre puis la refermant quelques secondes plus tard. Bon, alors, il allait daigner répondre un jour et expliquer ? mais sincèrement, cette fois ? car là, des explications logiques, il n'y en avait aucune ! Il avait été élevée et éduqué exactement de la même façon qu'eux tous alors pourquoi était-il le seul à vouloir partir, vouloir quitter le pays, ne plus supporter leur style de vie ? Qu'est-ce qui clochait ? Comme le silence s'éternisait et que leur frère serrait un petit peu les bras contre lui en gardant la bouche fermée, Munemori finit par lâcher un énorme soupir, faisant plus de bruit qu'il ne devrait, avec la présence de l'autre type non loin.

Munemori – Dis-le si tu penses qu'on est trop débiles pour comprendre ! Même si tu ne supportes plus notre père, tu pourrais aller vivre en ville ou ailleurs, t'es pas obligé de quitter carrément le continent !

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Kimmitsu Nakajima
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MessageSujet: Re: Départ à jamais ? [Août 1911]   Lun 29 Mai - 20:59

Ne plus mettre le nez dehors en ce moment, sauf pour aller au dojo, était une très bonne idée, quoi qu’Ogai en dise. S’il pouvait au moins éviter quelques rumeurs de plus à sa famille en se baladant tranquillement dans le village, ce sera ça de gagné. C’était bien tout ce qu’il pouvait faire, de toute manière. Assis sous le porche, le soir tombé, il s’efforçait de manger, sans aucun appétit, à côté du vieil homme qui chantonnait pour lui-même une comptine d’autrefois. Ogai approchait de ses quatre-vingt ans, un âge déjà bien avancé et respectable, il disait parfois avec un rire doux qu’il ne tardera pas à s’éteindre et rejoindre ses ancêtres. Le temps l’avait assez courbé, réduit, comme si les mois défilant lui prenaient chair et sang à mesure qu’il approchait de la fin. Kimmitsu lui était tombé dessus après être parti de la maison et son professeur lui avait demandé de venir chez lui plutôt que de partir aussitôt à l’aventure. Sans doute le jeune homme serait-il parti le soir même prendre le premier bateau partant pour la Chine ou la Corée, oui. Au revoir, adieu plutôt, car il doutait de revenir ici un jour.

En rentrant par les chemins de traverse, toute à l’heure, il avait entendu des échos de personnes parlant du mariage de son frère aîné et de l’autre union qui devra avoir lieu fin du mois en ou septembre. Evidemment il ne s’y était pas rendu, il n’avait même plus approché la maison familiale depuis presque un mois, maintenant. Plus approché personne afin d’éviter que Père ne le sache et ne s’en prenne ensuite à celui ou celle à qui il aura parlé. Une fois terminé de manger, il posa le bol à côté de lui puis leva le nez pour regarder les étoiles poindre doucement, une à une. Les étoiles devaient être les mêmes, vu depuis la France, il aura au moins ce point de réconfort. Ogai intercepta son regard et sourit, posant son bol et baguettes à son tour, puis croisant les mains devant lui, sur ses genoux. Après un moment de silence, il déclara qu’il avait fait le bon choix, il était naturel, à cet âge, de vouloir en découvrir plus, même si on ne possédait pas cet élément. Certes, il vous portait, vous entraînait, à degré plus ou moins élevé selon les personnes, cependant, l’âge comptait aussi beaucoup.

Kimmitsu – Vous avez beaucoup voyagé ?

Ogai – A ton âge ? Non, je devais avoir deux ou trois ans de plus, je pense. Hum… Quatre ans plus âgé, oui, lorsque j’y songe bien. Je suis parti en Inde car j’y trouvais la culture fascinante. Mon plus loin voyage a été celui m’emmenant jusqu’au Chili. Une grande découverte également. Notre île semble parfois étroite lorsque tu te retrouves confronté à l’immensité de ces paysages.

Kimmitsu – Les habitants ont aussi assez peur des éléments, là-bas ?

Ogai – En Inde, certes. Au Chili, c’est encore une autre mentalité, les élémentaires sont très bien acceptés. Un élément est considéré comme une offrande de Dieu, ils ont un Dieu unique, vois-tu, et on ne peut pas refuser un présent du ciel.

Effectivement, vu comme ça… Ici, ces éléments étaient au contraire une offense envers les Dieux et les Esprits, tout dépendait du point de vue et de la religion. Son professeur lança d’un ton doux qu’il était temps d’aller dormir, surtout lui qui devait se rendre bien tôt au dojo le matin. Ils ramassèrent les bols puis allèrent les laver à l’intérieur avant de se préparer pour la nuit. Son professeur ne perdit guère de temps à sombrer dans le sommeil, fatigué par une longue vie et un âge où le corps ne pouvait plus tenir si longtemps qu’auparavant. Kimmitsu mit plus de temps à s’endormir, le regard fixé sur la lune voilée dans le ciel, qu’il voyait par une petite fenêtre, allongé sur sa natte au sol et sous une couverture. Penser au passé devenait inutile, voire malsain, c’était sur l’avenir qu’il devait se focaliser, à présent. L’avenir et tout ce qui l’y attendait, en bon comme en mauvais, sa vie ne pouvait plus se trouver au Japon, il en avait la certitude. L’avenir… Fermant les yeux, il se laissa peu à peu importer vers le sommeil, filant vers des rêves de voyage et d’une autre vie, d’une culture opposée à la sienne où il espérait tout de même s’intégrer.

Au matin, peu de temps avant l’aube, Kimmitsu se leva sans faire de bruit puis alla se laver et s’habiller. Son mentor dormait toujours profondément, un léger sourire aux lèvres, en une attitude si sereine que lui enviait parfois le jeune homme. Il savait bien ne pas être le premier que le professeur « récupérait » chez lui, d’autres personnes, plus ou moins âgées, avaient été jetées dehors à cause de leur élément. Ogai les recueillait, les aidait à se reconstruire, puis les conduisait chez d’autres membres de leur famille ou chez des amis, ou bien, comme pour lui, les hébergeait avant un départ pour une région plus éloignée, voire un autre pays. Cet homme allait beaucoup lui manquer. Kimmitsu était bien conscient qu’il ne pourra pas revenir au Japon lorsque son professeur rejoindra ses ancêtres, un tel voyage coûtait très cher, malgré tout, il ne l’oubliera jamais, c’était juré. Il avait toujours eu pour lui une figure plus forte de père que son propre géniteur n’avait jamais eu à ses yeux. C’était un professeur comme lui que le jeune homme voulait devenir. Patient avec les plus jeunes, toujours prêt à prendre du temps pour leur parler lorsqu’il le fallait, faisant son possible pour les guider et veiller sur eux.

Une fois prêt, il partit pour rejoindre le Dojo, sac sur l’épaule et s’efforçant de vider une partie de la tension l’habitant. Son maître, Shigeyuki, était dans le jardin arrière, occupé à récupérer de l’eau à la petite fontaine. Il le salua très brièvement lorsqu’il le rejoignit, avec un bonjour formel, déjà en tenue. Enfant, Kimmitsu craignait cet homme, qu’il trouvait incroyablement dur, strict, sévère au possible. Puis il avait appris peu à peu à le connaître et s’il était encore aujourd’hui parfois difficile à côtoyer, à cause de caractère très sec, il avait aussi appris à lui porter beaucoup de respect. Son maître avait une discipline et une volonté en fer, il ne laissait jamais tomber quoi que ce soit et n’était pas non plus du genre à abandonner une cause qu’il défendait. Pour ça, Kimmitsu le respectait, comprenant avec lui ce qu’il y avait d’important à ne pas se rétracter une fois qu’on avait offert sa loyauté à une personne ou à une cause, ce n’était pas le genre de chose à prendre à la légère. Filant se changer avec rapidité, il retrouva ensuite son maître dans la salle habituelle où ils s’entraînaient tous les deux, chaque matin, avant l’arrivée des autres élèves.

La dureté dont faisait preuve son maître valait aussi bien avec lui qu’avec tous les élèves passant dans son école et il allait sans dire qu’il valait mieux ne pas craindre de prendre des coups. La discipline était de mise ici, il ne tolérait aucun écart de conduite, même avec les plus jeunes, et était adepte d’une éducation « à la dure ». Cet entraînement-là, comme tous les autres, Kimmitsu le sentit passer, très sincèrement, mais il avait au moins le mérite de faire progresser à bonne vitesse. C’était comme ça tous les matins et tous les soirs, parfois le midi aussi, son maître ne le lâchait jamais, pas un seul jour de l’année. Il n’avait qu’à peine parlé sur son départ prochain en France… Il s’était contenté de lui répéter de ne pas se relâcher, même là-bas, de ne pas oublier ses principes et encore moins d’oublier qui il était. A la fin de l’entraînement, Kimmitsu était courbaturé, moulu, un peu essoufflé, mais au moins content de ne plus finir aussi mal en point qu’il y a quelques années. Poing fermé contre sa paume ouverte, devant le torse, il s’inclina devant son maître pour le saluer, pendant qu’il faisait de même. Son professeur quitta ensuite la pièce, ayant d’autres enfants à s’occuper.

Munemori – Eh, lança-t-il, p'tit frère !

Qu’est-ce que… Kimmitsu sursauta légèrement en voyant ses deux fenêtres passer par la fenêtre, s’approchant d’eux avec un soupir. Ils n’avaient rien à faire là ! Son maître risquait de ne pas apprécier l’intrusion, de cette manière-là, d’autant plus qu’ils allaient tous les deux avoir pas mal d’ennuis si on les surprenait à venir le voir ! Ce n’était pas pour rien qu’il les évitait, ils devraient pourtant le comprendre. Jetant un regard vers la portée en bois coulissante, fermée, il se retourna ensuite vers ses frères, poings un peu serrés, en leur lançant de partir et de ne pas risquer d’avoir des ennuis. En plus de ça, c’était… Se retrouver comme ça d’un bloc face à eux après presque un mois, après avoir être parti de la maison, alors que tous les trois devaient faire en sorte de tirer un trait sur ce qui était arrivé… Il craignait qu’en restant proche de ses frères jusqu’à la fin, le départ ne devienne encore plus dur. Dur, oui, mais pas impossible, car non, il ne comptait pas rester ici, dans ce pays, quoi qu’il arrive encore.

Munemori – Je veux savoir un truc, d'abord. Tu l'as fait exprès ou non, quand tu nous as frappés avec ton don, l'autre jour ? Juste pour info, Josuke s'est foulé poignet en retombant.

Oh. Il l’avait blessé ?! Kimmitsu grimaça en entendant cela, encore plus gêné tout à coup et s’en voulant. Désolé, en partant, lorsqu’il les avait vus le suivre malgré tout, il avait bien voulu les repousser, d’accord, mais tout de même pas aussi sèchement. Et il n’était même pas resté pour les aider à se relever, il l’aurait dû, désolé. Il n’écouta même pas la semi-dispute qui germa entre ses frères, très mal à l’aise, cherchant comment leur expliquer ce qui s’était vraiment produit, cette fois-là, le mélange entre la volonté qu’ils ne le suivent pas et la perte de contrôle due à la colère. Pâlissant n peu, il soupira, incapable de leur expliquer ça avec des mots justes. Incapable de leur expliquer précisément ce qu’il avait ressenti cette soirée-là et pourquoi cela avait dégénéré à ce point. Il s’était laissé emporter. Poussé par… La colère, un refus d’en accepter plus, encore longtemps. Un trop-plein qui avait finalement débordé avant que le vent ne lui échappe. Il devait se contrôler, bien mieux que ça, car comme disait son maître, la discipline se s’apprend qu’avec de la volonté.

Kimmitsu – J'ai mal dosé... Je suis désolé, c'est parti sans que je réfléchisse.

Munemori – C'est ça le problème en ce moment, tu vois. Tu es parti de la maison, comme ça ! Et se disputer avec notre père devant les plus jeunes, franchement ? Il n'y avait rien de mieux à faire ? J'ai mal dosé, j'ai mal dosé ! Et cette façon d'éviter tout le monde depuis ! Qu'est-ce que tu cherches à faire, oublier tout le monde avant même d'être parti ?

Josuke le frappa presque aussitôt derrière la tête, le frappant du même coup. Cependant, il avait raison. Se disputer à table devant tout le monde n’avait effectivement pas été malin, il aurait dû se contenir, peut-être sortir prendre l’air ou faire un tour, mais ne pas crier comme ça devant ses frères et sœurs, surtout les deux plus petits, et encore moins opposer un tel manque de respect envers sa mère lorsqu’elle avait mis son grain de sel dans la dispute montante. Crier sur sa propre mère, ça ne se faisait pas, peu importe comment elle se comportait, on ne hurlait pas contre la femme qui vous avait porté neuf mois, qui avait nourri, éduqué, protégé. Quand même ce soit aussi valable pour son père, Kimmitsu ne pouvait plus s’en empêcher. Quelque chose s’était brisé, ce soir-là, lui qui avait pourtant cru que tout était déjà réduit en miettes depuis le jour de ses dix-neuf ans, où il avait annoncé à son père que non seulement, il rompait les fiançailles, mais avec ça, il quittait le pays.

Josuke – Ce que Munemori veut dire, c'est qu'agir avec précipitation n'est pas la meilleure idée du siècle. Et nous aimerions comprendre ton comportement, ta décision de réagir comme cela et de provoquer nos parents... Pour le reste, par contre, je ne suis pas d'accord avec lui, tu as mal dosé et ça arrive, je ne t'en veux pas.

Comprendre. On en arrivait à la même situation qu’avec leur père. Comprendre « pourquoi », pourquoi ces réactions, pourquoi la provocation, pourquoi le départ, pourquoi tout. Et comment leur expliquer ? Ce n’était pas… Il n’y avait au fond rien de logique. Même si leur père était très dur, aucun d’entre eux n’avait été maltraité. La discipline et le cadre de vie étaient ainsi depuis des générations et des générations. La culture de leurs pays et les traditions ne pouvaient pas non plus changer comme cela, car c’est ce qui faisait la mentalité même du pays. Il ne répondit pas, ouvrant puis refermant la bouche, ne sachant pas quoi leur dire. Tout n’était qu’une affaire de ressentis. L’impression d’étouffer, ne plus en pouvoir, l’envie d’aller loin, si loin, aussi loin que possible, sans plus un regard en arrière, de vivre sans qu’on ne choisisse pour lui, de faire ses propres expériences et de ne pas dépendre d’un autre. De choisir seul où il voulait vivre et travailler, avec qui il voulait passer sa vie et où. Tout n’était que ressentis et envies, « du vent » comme crachait son père, « une simple phase dû à ton âge, qui te passera », comme lui disait sa mère. Bras contre lui, sans les croiser, il vit bien vite qu’il agaçait très fortement son frère, par son silence, sauf que cette fois-ci, il ne voyait pas quoi leur répondre. Dire cela n’aura que pour effet d’attirer une réponse du genre « Ce n’est qu’un caprice ».

Munemori – Dis-le si tu penses qu'on est trop débiles pour comprendre ! Même si tu ne supportes plus notre père, tu pourrais aller vivre en ville ou ailleurs, t'es pas obligé de quitter carrément le continent !

Kimmitsu – Ce n’est que pas que notre père, le problème. Ni la famille, c’est ce pays aussi. Je ne peux pas vous expliquer, c’est…

Parce qu’ils ne pouvaient pas comprendre sans le vivre, voilà tout, parce qu’il ne voyait pas comment leur dire « Je me sens juste différent et si je poursuis dans cette voie, il va arriver un jour où vous me retrouverez mort dans un champ avec les veines entaillées ». Il secoua un peu la tête, sans trouver les mots pour tout exprimer. C’était comme ça, voilà tout ! S’il n’avait pas sa place ici, quelle importance ? Il la trouvera ailleurs, dans un autre pays, que ce soit la France ou encore une autre contrée, peu importe, il trouvera. Un endroit où il ne sera pas jugé pour ce qu’il pouvait ressentir, où il pourra faire ce qu’il aimait. Entendant des échos des élèves qui étaient arrivés, un groupe d’assez jeunes ce matin-là, il jeta un nouveau et bref regard vers la porte, avant de se retourner vers ses frères.

Kimmitsu – Ce n’est pas de la précipitation, je sais ce que je fais et pourquoi. Même si je ne sais pas comment l’expliquer. Je n’ai pas ma place, ici, rien de plus. Vous, si, et tant mieux, vous pouvez être heureux dans ce village. Pour ma part, je le serai… loin. Et ce sera plus dur si vous venez comme ça. Désolé. Vous avez à faire, vous aussi. Tu viens de te marier, Josuke… Vous avez tous les deux autre chose à penser.

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