Pensionnat de la Ste Famille

1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Ça ne s'arrête jamais

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Genji Nakajima
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MessageSujet: Ça ne s'arrête jamais   Jeu 23 Juin - 22:25

– Quelqu'un a une recette miracle pour garder les yeux ouverts ? marmonna Flora, à moitié effondrée après un exercice.

– Penser aux hurlements de notre mère que tu recevras dans les oreilles si on ne ramène pas de bonnes notes à la maison, même pour une option, répondit très posément son frère jumeau en la poussant pour qu'elle relève.

Vu comme ça, c'est vrai que ça pouvait un peu motiver. Arf... Genji s'étira longuement, les muscles noués par la fatigue, en buvant à la gourde d'eau que lui tendit Flora, la passant ensuite lui-même à Laura. Voilà trente minutes qu'ils s'entraînaient à l'escalade et à des exercices d'assouplissement, afin de pouvoir se faufiler partout. C'était bien plus difficile qu'il n'y paraissait et la moitié de la classe ne tenait déjà debout, trop de courbatures. Le cours était assuré à la fois par la mère d'Océane et par son oncle, encadrant ainsi leur groupe de trente élèves. Le jeune homme soupira encore en se frottant le visage, épuisé lui aussi. Pourquoi ce devait être si éprouvant ? Il n'avait pas songé que ce serait très facile non plus, enfin, à ce point... Se redressant enfin, il reprit les exercices d'étirement, après que madame Kara ait claqué dans ses mains en leur lançant qu'il n'était pas encore temps de lambiner. Océane n'était pas là, elle devait encore être fatiguée du tournoi. Ils continuèrent tant bien que mal, répartis en petits groupes. Il travaillait avec Laura et les jumeaux, se concentrant sur l'objectif à long terme pour se motiver.

Une fois cet exercice terminé, ils reprirent un parcours où ils devaient sauter par-dessus des chevaux d'arçons puis aussitôt passer sous des barres à faible hauteur sans se mettre à quatre pattes et courir pour aller escalader un petit mur. Ensuite, ils devaient se faufiler dans un long tuyau à peine assez large pour les laisser passer, pas question d'être claustrophobe, puis grimper sur un autre mur d'escalade bien plus haut à l'aide de cordes puis, arrivé au sommet, se jeter sur les matelas qui attendaient en bas. Son oncle et la mère d'Océane en cessait de les pousser en avant, les aidant parfois à grimper. Toute la classe y mettait du cœur, bien obligé, pourtant, la fatigue se faisait ressentir, le parcours était très physique. Genji se laissa tomber sur le gros matelas une fois au sommet du grand mur d'escalade, attendant une minute car Laura était juste derrière. Il lui sourit lorsqu'elle arriva au sommet, attendant qu'elle le rejoigne. Il allait repartir avec elle lorsqu'il vit son oncle tousser tout à coup après avoir bu dans sa gourde. Genji était prêt à rire en lui disant qu'il devait faire attention en avalant lorsqu'il s'effondra au sol sans crier gare, les yeux fermés.

La mère d'Océane réagit avant tout le monde, se précipitant sur lui et le surélevant un peu en l'appelant, lui tapotant les joues pour lui faire reprendre conscience. Genji s'était pétrifié, terrorisé, surtout lorsque son oncle reprit conscience dans un sursaut et cracha du sang. Un des élèves plus âgés courut pour chercher de l'aide, le reste de la classe sombrant dans une certaine panique. Le jeune Japonais chercha vivement quoi faire, comment aider, paniqué à son tour, les larmes aux yeux. Il avait l'impression qu'il s'était passé une éternité avant que leur ami revienne avec le gros militaire qui était avec le colonel. Le soldat souleva le prof pour l'emmener, lançant qu'une ambulance arrivait. Madame Kara les suivit sans plus faire attention à la classe, laissant tout le monde sous le choc et dans un profond silence suite à cela. Plus personne ne bougeait, même, seuls quelques regards étaient échangés. Quelques uns finirent par se remuer, repartant avec lenteur dans les vestiaires. Laura lui lança un regard, demandant s'il allait bien.

– Très bien, réussit-il à articuler, blême.

Se retournant, Genji alla récupérer la gourde où avait bu son oncle, la refermant en prenant soin de ne pas toucher l'eau à mains nues, juste au cas où. C'était après qu'il ait bu là-dedans, il allait très bien auparavant. A genoux par terre, il se retourna vers Laura, montrant la gourde. Il faisait de son mieux pour ne pas fondre en larmes, inspirant longuement.

– Qui pourrait faire analyser ça ? murmura-t-il.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Ça ne s'arrête jamais   Jeu 7 Juil - 20:45

Flora – Quelqu'un a une recette miracle pour garder les yeux ouverts ? marmonna Flora, à moitié effondrée après un exercice.

Roh, ils étaient fatigués ? Son frère jumeau répondit de simplement penser à la réaction de leur mère, ce qui provoqua un léger rire chez Laura qui porta sa main à sa bouche pour camoufler son sourire. Elle prit une gorgée d’eau aussi avant de se redresser, motivée. Allez, ce n’était pas si fatigant ! Elle adorait ce genre d’exercices, cela lui permettait de se changer les idées. Depuis la mort d’Alexis, elle avait tendance à culpabiliser et à être triste, ayant l’impression qu’elle n’avait rien fait pour l’aider, qu’elle était une amie odieuse qui n’avait rien vu pendant des mois. Pourtant, Laura lui avait demandé ce qui n’allait pas, elle avait insisté lorsqu’ils l’avaient vu, voulant absolument l’aider. Pour rien… Elle l’aurait vu, elle aurait vraiment pu le voir si elle avait été assez attentive. Antoine avait sans doute raison à ce sujet, elle avait été égoïste, même avec lui. Alors, pour éviter de se prendre les remarques de leurs tuteurs concernant son état moral, la collégienne se donnait à fond dans les cours, essayant de ne se concentrer que sur cela. Le cours d’arts martiaux, en particulier, était son cours préféré pour l’instant comme il réclamait énormément d’énergie et de concentration, il empêchait de penser à toute autre chose.

Après les exercices durant lesquels Laura était avec Genji et les jumeaux, leurs professeurs leur annoncèrent un parcours assez long avec des obstacles variés à passer. S’élançant, elle passa d’abord les chevaux d’arçons en prenant le plus d’élan possible pour compenser sa petite taille et enchaîna avec les barres sans trop de difficulté contrairement aux autres plus grands. Soufflant régulièrement et contrôlant sa respiration pour pouvoir tout faire sans s’épuiser plus qu’il n’en faut, Laura ne regardait pas derrière elle et se faufila dans le tuyau bien assez large pour elle. Genji, lui, semblait être plus serré. Comme quoi, être petite, c’est génial ! Ou presque… L’obstacle suivant était un mur d’escalade très, très haut, pour lequel les professeurs aidaient ceux qui peinaient à se hisser. Hochant la tête pour montrer que ça irait, Laura attrapa la corde avec ses mains, mit ses pieds comme monsieur Nakajima le leur avait appris ainsi que monsieur Morin contre la paroi, et grimpa en ignorant la douleur qu’elle ressentait dans les mains. L’ascension lui parut incroyablement longue mais sa petite taille, et donc son poids très léger, l’aidaient grandement.

Une fois tout en haut, Laura sourit à Genji et sauta sur le gros matelas disposé juste en-dessous du mur. Elle remercia son ami de l’avoir attendue et profita d’un petit moment de répit pour reprendre sa respiration et étirer ses mains. Elle reconnaissait qu’un tel exercice était éprouvant, fatigant et tous les adjectifs du même genre, mais cela libérait l’esprit de tout ce qu’ils avaient vécu en l’espace de deux mois. Donc, on continue ! Laura allait faire signe à Genji que c’était bon, ils pouvaient repartir, mais son tuteur s’effondra d’un coup, gourde en main, leur professeure se précipitant sur lui pour s’occuper de lui. La collégienne resta pétrifiée, incapable de bouger tandis qu’un élève courait pour aller chercher de l’aide. Qu’est-ce qu’il avait ? Que se passait-il ? Il était… ? Mais non. Non, non, non, c’était impossible. Très peu de temps après, le commandant arriva pour porter leur professeur, annonçant qu’une ambulance arrivait. Madame Kara leur emboîta le pas, laissant les élèves pétrifiés, plus aucun bruit ne se faisant entendre. Tous se regardaient sans oser dire quoi que ce soit, sans oser demander si leur professeur allait revenir ou non. Elle aimait les cours d’arts martiaux… C’est ça. Elle aurait dû s’en douter, tout ce qui leur faisait du bien leur était enlevé. Toujours. Pourquoi se réjouir d’un truc si c’était pour le perdre après ?

Ce n’est qu’au bout d’un long moment qu’ils se remuèrent, se dirigeant vers les vestiaires pour se changer, toujours dans le plus grand silence. Seuls quelques-uns essayaient de parler, détendre l’atmosphère, les plus âgés tentant de rassurer les plus jeunes. Mais ce n’étaient pas eux qui allaient le plus mal, non. Laura chercha du regard Genji, qui avait avancé un peu plus vite qu’elle, et se rapprocha de lui en veillant à ne pas l’effrayer ou le faire sursauter. Lorsqu’elle vit sa tête, elle comprit qu’il se retenait de craquer, apparemment plus inquiet que jamais. Mais comment le rassurer ? Elle-même était… elle ne savait pas trop. Elle en avait marre. Tant pis, il avait besoin de quelqu’un pour l’écouter. Laura se rapprocha de Genji, lui lançant un regard avant de lui demander s’il allait bien en voyant qu’il était plus pâle que jamais. D’abord Alexis, ensuite son oncle…

Genji – Très bien, réussit-il à articuler, blême.

Oui… Ou pas. Mais Laura ne fit aucun commentaire, ne trouvant rien à dire. Soudain, Genji se retourna sans crier gare, lui faisant froncer les sourcils. Oh… Il voulait peut-être pleurer à l’écart. Ne sachant pas trop si elle devait le suivre ou non, la collégienne resta debout sans bouger tandis que les autres élèves entraient dans les vestiaires, la salle de cours se vidant progressivement. Ce n’est que lorsque son ami prit la gourde dans ses mains que Laura rebroussa chemin, le rejoignant pour se mettre à genoux près de lui comme il lui montrait ce que son oncle avait touché avant de s’effondrer. Que voulait-il ? Il s’était empoisonné, c’était flagrant, gros même. Alors pourquoi prendre la gourde ? Elle ne leur servait à rien…

Genji – Qui pourrait faire analyser ça ? murmura-t-il.

Analyser ça… ? Heu. Laura ouvrit légèrement la bouche, fixant la gourde. Analyser l’eau ? A l’hôpital, ils auraient sûrement l’analyse complète de ce qu’avait avalé leur professeur assez vite. Seulement, elle ne le fit pas remarquer à Genji, réfléchissant un bref moment avant de s’écrier « L’infirmier ! » et de se redresser. Elle fit un petit sourire, se voulant rassurante et incitant son ami à se redresser aussi pour conduire la gourde à monsieur de Sora le plus vite possible.

Laura – S’il y a quelqu’un au Pensionnat qui pourra nous aider, c’est bien lui ! Il a toujours soigné nos blessures, même sans rien dire à propos de Jasper alors qu’il connaissait la vérité. On peut lui faire confiance. Viens, faut y aller, plus vite on ira, plus vite on sera fixés.

Laura aida Genji à se relever, refermant la gourde, et sortit de la salle sans même se changer, tant pis pour les vêtements. De toute façon, le dojo serait vide jusqu’à ce que madame Kara revienne. Ils se dirigèrent en courant presque vers le Pensionnat, elle-même complètement indifférente aux regards étonnés des quelques élèves qu’ils croisaient – ce n’était qu’une question d’habitude. Une fois devant les grandes portes du bâtiments, Laura les poussa et entra avec Genji, heureuse de constater que personne n’était dans les couloirs comme le cours avait été interrompu une bonne demi-heure avant la fin. Ils grimpèrent les escaliers sans s’arrêter, arrivant au premier étage et marchant au pas de course jusqu’à l’infirmerie. La collégienne appela l’infirmier, qu’elle ne voyait pas, devinant qu’il était dans son bureau ou la pièce de derrière dans laquelle elle était entrée une fois ou deux seulement.

Laura – Monsieur Nakajima a été empoisonné, annonça-t-elle en le voyant arriver. Et… Je ne sais pas ce qui s’est passé exactement mais je pensais que vous pouviez nous aider, on a apporté sa gourde. Genji, explique, toi, tu as tout vu et tu connais mieux ton oncle. Je ne l’ai vu qu’une fois effondré à terre, moi…

Laura poussa un peu Genji vers monsieur de Sora, reprenant son souffle. Pour la première fois depuis qu’elle était au Pensionnat, elle n’avait pas parlé vite, au contraire, et avait fait des phrases complètes du premier coup. Amélioration, ou blasitude extrême, ou… Peu importe, c’était bien vu qu’elle n’aurait pas à réexpliquer.

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Genji Nakajima
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MessageSujet: Re: Ça ne s'arrête jamais   Sam 16 Juil - 19:30

Il releva la tête vers Laura, tâchant de se contrôler pour ne pas trop laisser paraître son trouble. Voir un membre de sa famille s'écrouler devant vous, empoisonné, il y avait de quoi vous choquer profondément. Plus les jours passaient et plus Genji réalisait que oui, la situation était en réalité bien plus dangereuse que tout le monde ne l'imaginait ou ne voulait bien le croire. A présent, il comprenait beaucoup mieux la tête que tirait son oncle, les premiers jours d'été, pourquoi il avait mit si longtemps avant de repousser la fatigue de l'année scolaire, pourquoi il restait si évasif lorsqu'on lui demandait ce qu'il vivait, plus précisément, en France, d'où venaient certaines de ses réactions étranges, ces sursauts face à certains bruits ou nouvelles qu'il entendait, pourquoi il s'était autant renfermé sur lui-même et ce qui se passait. Avait-on vraiment envie de revivre tout cela en le racontant à sa famille ? Et surtout, voulait-on les inquiéter encore plus ? Lui-même n'était pas placé directement en première ligne mais il ne se voyait pas, pour autant, raconter à sa mère qu'un élève avait disparu, qu'un autre déprimait, que les villageois les évitaient, qu'un professeur était parti en pleine nuit, qu'on entendait parfois des coups de feu ou qu'il était interdit de sortir de son lit si on entendait quelqu'un hurler au milieu de la nuit. Laura répondit tout à coup que l'infirmier pourrait les aider, l'incitant à se redresser pour y aller.

– S’il y a quelqu’un au Pensionnat qui pourra nous aider, c’est bien lui ! Il a toujours soigné nos blessures, même sans rien dire à propos de Jasper alors qu’il connaissait la vérité. On peut lui faire confiance. Viens, faut y aller, plus vite on ira, plus vite on sera fixés.

Si elle le disait, il la croyait sur parole. Il la suivit, en emportant la gourde d'eau, filant à travers le parc. Madame Kara avait dû accompagner l'ambulance ou les secours venus chercher son oncle. Il arrivait quelque chose de ce genre chaque mois ? Pourquoi s'en prendre toujours à Kimmitsu et à la directrice ? Qu'allait-il arriver ensuite ? L'école pourrait-elle être carrément attaquée ? Et si oui, quelles en seront les conséquences ? Cet endroit sera-t-il fermé pour de bon, lui aussi, comme toutes les autres écoles de ce genre, un peu partout dans le monde ? Son oncle allait-il continuer à se battre malgré tout, même après ça ? Sans doute que oui... C'était même certain, il refusera d'abandonner. Il leva le nez pour observer les hauts bâtiments de l'école, puis le grand escalier, les quelques tableaux accrochés aux murs, ici et là, les élèves qu'ils croisaient, quelques femmes à faire le ménage et la vieille secrétaire qui, qu'on l'apprécie ou non, faisait parti des meubles, dans cette époque. Apparemment, selon un des professeurs, elle se trouvait là depuis quarante bonnes années et n'avait jamais eu l'intention de partir prématurément, malgré tout ce qui se passait. Même si elle avait sale caractère, cela forçait le respect. Il la dévisagea au passage, sans pouvoir deviner à quoi elle pouvait bien penser, rentrant ensuite dans l'infirmerie avec Laura. Il n'avait presque jamais vu le docteur de l'école, ayant une bonne santé et ne tombant que rarement malade. Résultat d'une vie très saine et de beaucoup de temps passé dehors, à travailler ou jouer, dans l'air pur de leur petit coin de pays.

– Monsieur Nakajima a été empoisonné, annonça-t-elle en le voyant arriver. Et… Je ne sais pas ce qui s’est passé exactement mais je pensais que vous pouviez nous aider, on a apporté sa gourde. Genji, explique, toi, tu as tout vu et tu connais mieux ton oncle. Je ne l’ai vu qu’une fois effondré à terre, moi…

– Il n'y a rien d'autre à expliquer. Il s'est juste effondré comme ça, après avoir bu. Tenez.

Il lui donna la gourde puis, sentant qu'il allait se mettre à pleurer, repartit aussitôt en sens inverse et quitta l'infirmerie, presque en courant. Il se réfugia dans les toilettes des garçons, marchant presque en titubant vers la série des lavabos contre le mur, s'y appuyant aux rebords en tremblant. Pourquoi ... ? Pourquoi ça devait se passer comme ça ? Redressant la tête, il plissa un peu les yeux devant le miroir, manquant de ne pas se reconnaître. Il voyait un garçon, un tout jeune homme, avec les yeux noirs bridés et les cheveux de même couleur, un peu ébouriffés par le vent, avec une expression dure qu'il ne connaissait pas. Son père lui avait dit qu'il avait changé... Mais il n'avait rien vu, il n'avait eu le temps de rien voir. Genji voulait juste... savoir ce qui justifiait tout ça, ce qui amenait des personnes à vouloir tuer ceux qui ne pensaient pas comme eux. Pourquoi ne pas simplement oublier cette école ? Pourquoi ceux qui étaient cotre les pouvoirs ne se contentaient-ils pas de les ignorer ? C'était injuste, dégoûtant, ils s'en prenaient à des enfants ! Des enfants qui n'avaient rien demandé à personne et qui se contentaient de subir. Il posa une main sur la vitre à côté de son reflet, rageant de ne pouvoir rien faire de concret pour améliorer la situation. Ils étaient impuissants... Même s'ils pouvaient, sans doute, agir à petite échelle, pour eux-même et les autres élèves, pour l'ambiance globale du pensionnat, ça ne changera rien sur l'avis des gens à propos des dons.

Sortant des toilettes, il retourna au dojo pour se changer, remettant son uniforme avec lenteur, seul dans les vestiaires des garçons. Une fois prêt, il attendit le début du cours suivant pour s'y rendre, le cœur lourd. Il n'avait pas revu Laura entre-temps, s'étant enfui presque comme un sauvage. N'écoutant qu'à moitié, il remplit à moitié sa feuille de notes sur la leçon et l'autre moitié par de petits dessins, représentant les collines de son enfance, tête penchée sur ses cahiers de cours. Au bout d'un moment, il fit quand même un effort pour suivre avec plus d'attention, sachant qu'il n'était pas sur les bancs de cette école pour rêvasser. Un curieux mélange de sentiments lui retournait l'estomac, ainsi que des envies contradictoires. C'était trop facile de se laisser aller ou de pointer du doigt la faute des autres. Cependant, pour agir, il ne fallait pas de la volonté, il fallait aussi du courage. Et, le plus important, ce qui primait par-dessus tout, c'était d'avoir des convictions, des principes, une cause qui vous motivait à vous lever et aller de l'avant. Au fond, même si elle l'intimidait et lui faisait peur, Genji vouait aussi une admiration sans borne à la directrice de l'école, parce qu'elle se relevait toujours et n'abandonnait pas. Il se demandait s'il était capable de faire ça, s'il pourrait en arriver, une fois adulte, à assez de force mentale pour poursuivre le but qu'il se sera fixé.

Un début de projet un peu lui trottait dans la tête depuis la mort brutale d'Alexis, un projet qu'il n'osait encore s'avouer qu'à demi-mots. Il avait seize ans, apprenait à maîtriser son pouvoir, vivait dans un contexte tendu et mortel pour celui qui ne regarde pas où il va... Il pouvait décider de rester dans son coin en pleurant ou bien avancer et concrétiser ce qu'il avait envie de faire. La question était : en sera-t-il capable ? Serrant un peu la main sur son crayon, il s'efforça de rester concentré, ne voyant pas le reste de la journée passer. Tout le monde fut vite au courant de ce qui était arrivé au dojo, bien évidemment, les rumeurs couraient très vite. Le soir venu, au réfectoire, il retrouva Laura à table, lui faisant un petit sourire tout en posant son plateau devant lui. Même s'il n'avait pas vraiment faim, il fallait bien manger. Tournant la tête vers la table des professeurs, il observa un instant la directrice, se demandant une fois de plus ce qui la poussait, elle, à avancer. Toujours. Reportant le regard sur son plateau, il joua un instant à tourner sa fourchette dans les pâtes, repoussant un peu le poisson qui allait avec.

– Qu'est-ce que tu veux devenir, une fois adulte ? demanda-t-il à Laura qui mangeait en face. Ton métier, l'endroit où tu voudras vivre ? Que voudras-tu faire ?

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Ça ne s'arrête jamais   Mar 26 Juil - 14:34

Genji – Il n'y a rien d'autre à expliquer. Il s'est juste effondré comme ça, après avoir bu. Tenez.

Genji donna la gourde à l’infirmier, Laura le couvant du regard en sentant qu’il allait craquer d’après le ton de sa voix. Et, en effet, il s’en alla en courant presque de l’infirmerie, sans doute pour aller pleurer à l’écart. La collégienne regarda la porte par laquelle il venait de partir en vitesse, hésitant entre le suivre et l’appeler pour le réconforter et rester ici et le laisser tranquille. Elle lança un regard un peu perdu à monsieur de Sora puis, ignorant ce qu’elle pouvait faire, préférant laisser son ami en paix sans le déranger, elle resta là, sans bouger. C’était idiot, elle le savait, mais le stress retombait d’un coup avec la fatigue. Elle réalisait ce qui s’était passé, maintenant, même si elle n’avait pas vu la scène se dérouler contrairement à Genji. Laura essaya de se reprendre un peu pour tenir le reste de la journée, se concentrant sur les bonnes choses. Leur professeure avait réagi très vite, monsieur Nakajima allait sûrement être remis sur pieds assez tôt.

Laura – Est-ce que… cette gourde pourrait vous aider ?, demanda-t-elle d’un ton hésitant en fixant la gourde. Vous pensez que c’est grave ? Je sais que l’hôpital soignera monsieur Nakajima mais j’aimerais rassurer Genji… Je peux peut-être faire quelque chose ?

M. de Sora – Ce sera bon avec ça, l'hôpital se chargera du reste. Tu peux y aller, tout ira bien.

Laura hocha la tête et sortit de l’infirmerie en remerciant monsieur de Sora, s’adossant ensuite au mur pour souffler un peu. Il était entre de bonnes mains, tout ira bien, l’infirmier avait raison. Après tout, il avait toujours soigné tout le monde, si lui-même avait confiance en l’hôpital, elle ne devait pas avoir peur. N’est-ce pas ? Mais oui. Se redressant, Laura ferma les poings, décidée à terminer sa journée de cours malgré tout, et se rendit au dojo sans chercher après Genji pour ne pas le mettre mal à l’aise. S’il avait eu besoin de quelqu’un, il serait venu la trouver. Peut-être. Il devait savoir qu’elle allait se changer et marcher un peu avant son prochain cours, elle n’avait pas vraiment d’autre choix vu qu’il restait une vingtaine de minutes à peu près. Entrant dans le dojo, Laura jeta un petit regard avant d’oser avancer pour aller dans le vestiaire, rassurée en voyant que Genji n’était pas là. Elle se changea en vitesse dans des gestes automatiques puis se laissa tomber sur un petit banc contre le mur, toujours dans le vestiaire, prise d’un gros coup de fatigue. Il fallait que ça s’arrête, que le climat s’améliore, que la haine envers les dons s’estompe. Il y a quelques mois, jamais Laura n’aurait pensé que les militaires n’étaient pas leur plus grand souci.

Pire, ils les aidaient, en dehors de Bradley qui était toujours extrêmement effrayant avec ses plans et les élèves qu’il visait. Seulement, grâce à la directrice, c’était moins… plus… Pff, comment peut-on qualifier une telle situation ? Ils étaient dans de beaux draps, voilà tout. Entre la population qui les détestait et les militaires qui voulaient se servir d’eux, où pouvaient-ils se cacher, que pouvaient-ils vraiment faire ? Oui, Laura participait au journal résistant, oui, elle voulait continuer et ne cesserait pas d’écrire pour remonter le moral de ceux qui étaient au plus bas. Mais, vu l’accueil du premier numéro… Autant dire qu’ils devaient faire très attention avec le prochain journal, ce n’était pas le moment d’en rajouter une couche. Et puis, il y avait Alexis. Ils avaient essayé, un peu, de l’aider, sans succès. Jamais Laura n’aurait cru qu’il était déprimé au point de ne plus vouloir vivre. Pourquoi n’en avait-il rien dit ? Elle avait essayé de lui parler, elle avait… Peut-être pas assez. Combien d’autres élèves étaient dans le cas de son ami ?

Serrant les dents, la collégienne se releva et sortit des vestiaires, toujours sans voir Genji, pour se diriger vers la salle de classe de son prochain cours. Elle ne croisa aucun de ses amis, ni Jasper, ni Antoine qui étaient en cours actuellement. Il restait encore quelques minutes, ce qui lui serait amplement suffisant pour se reprendre complètement et se concentrer sur le reste de la journée. Il était hors de question qu’elle travaille moins, soit déconcentrée ou toute autre chose à propos de cours maintenant. Son tuteur étant professeur et sous-directeur, il serait directement informé d’une baisse de ses notes et ne resterait pas sans rien faire. Et ça, non merci. Premièrement, il avait déjà assez de travail comme cela, surtout avec ce qui venait de lui arriver, deuxièmement, Laura ne voulait pas être couvée ou entendre dire qu’elle « déprimait ». Et il y avait aussi le risque de voir tout retomber sur Solène qui allait être seule à la maison durant quelques jours… Poussant un soupir, la collégienne traversa les différents couloirs jusqu’à la classe de langue, mécaniquement, sachant vaguement qu’ils avaient cours d’anglais maintenant. Laura posa son sac par terre et sortit son cahier pour relire un peu et se concentrer.

Anna – Hey, Laura ! T’étais passée où ? On t’a cherchée dans les vestiaires mais tu n’y étais pas.

Laura – Oh, désolée. Je suis allée à l’infirmerie avec Genji pour apporter la gourde du prof à monsieur de Sora. Pour qu’il l’analyse, ajouta-t-elle en voyant l’air perdu de ses amies.

Amélie – Pour qu’il l’analyse ? Pardon ? C’est une gourde, ça sert à quoi d…

Laura – Parce que vous trouvez normal que monsieur Nakajima s’effondre comme ça, d’un coup ? Il a bu dans sa gourde et est tombé juste après.

Ses amies s’échangèrent des regards puis semblèrent, d’un coup, nettement moins rassurée. Tiens, elles la croyaient ? Il y a quelques mois de cela, elles auraient appuyé l’hypothèse « tu es folle, arrête de voir des complots partout » immédiatement. Mais, ici, elles la croyaient. Elles voyaient enfin qu’il y avait des problèmes dans l’école, que ce n’était pas normal ? Enfin ! Laura les laissa discuter entre elles et essayer de se rassurer, continuant de relire ses notes jusqu’au début du cours. Dès que le professeur arriva, elle rangea son cahier et se mit correctement, debout avec les autres et bien droite dans le couloir en attendant qu’il ouvre la porte. Les derniers élèves arrivèrent en pressant le pas tandis qu’ils entraient mais tous savaient que leur prof était plus clément comme il savait qu’ils avaient cours juste avant.

Le reste de la journée passa très vite, Laura s’obligeant à se concentrer sur les cours pour conserver sa moyenne et ne pas perdre une journée bêtement. Elle savait ce que coûtait le manque de concentration, elle l’avait vécu l’année passée et ne voulait pas remettre cela. Surtout que, maintenant, ils avaient des adultes pour veiller vraiment sur eux. Tâchant d’agir normalement, Laura participa plus ou moins au cours, prenant des notes et écoutant les cours comme s’il ne s’était rien passé d’anormal. Evidemment, ce qui était arrivé à monsieur Nakajima avait fait le tour de l’école ; tous les élèves demandaient des informations à ceux qui suivaient le cours d’arts martiaux et qui y étaient, certains allaient même jusqu’à interroger les professeurs durant le cours pour être rassurés – ou, au contraire, pour se moquer discrètement. Laura ne revit pas Genji de la journée… Elle le guettait, pourtant, espérait qu’il allait bien, qu’il ne s’était pas isolé. A une des pauses, elle faillit s’absenter pour le retrouver mais l’aperçut très brièvement avec d’autres personnes. C’était déjà ça…

Ce n’est que le soir qu’elle retrouva son ami. A table depuis un moment déjà, la collégienne mangeait du bout des lèvres son repas en voyant, plus loin, la place de monsieur Nakajima libre comme elle s’y était attendue. Pourquoi avoir regardé ? C’était stupide, elle savait qu’il était à l’hôpital et qu’il y resterait pendant plusieurs jours, au moins jusqu’à ce que le poison soit totalement éliminé de son corps. Et cela ne se faisait pas en quelques heures à peine, il devait sûrement se reposer, en plus. Mais soit, ne plus y penser, pas maintenant alors que Genji la rejoignait. Il lui fit un petit sourire, plateau en main, alors qu’elle lui rendait son sourire sans oser dire quoi que ce soit. Comment allait-il ? Mieux, au moins ? Mangeant à son tour, Laura remarqua qu’il regardait aussi la table des professeurs, comme de nombreux élèves dans le réfectoire en fait, et ne dit absolument rien. Elle patienta, faisant comme si elle n’avait rien vu pendant que Genji regardait à nouveau son assiette sans trop d’appétit apparent. Lui non plus ? Pas étonnant… Mais ils devaient manger, au moins pour ne pas rajouter de l’inquiétude aux adultes.

Genji – Qu'est-ce que tu veux devenir, une fois adulte ? demanda-t-il à Laura qui mangeait en face. Ton métier, l'endroit où tu voudras vivre ? Que voudras-tu faire ?

Ce qu’elle voulait devenir… ? Laura fronça les sourcils, un peu perturbée par cette question soudaine. Elle faillit répondre d’emblée qu’elle voulait ouvrir un orphelinat, comme elle l’avait dit à Antoine lorsque lui-même réfléchissait à ce qu’il voulait devenir il y a de cela quelques semaines. Accueillir des enfants, les guider. C’était un projet, oui. Mais, maintenant, elle ne savait plus trop… Avec tout ce qui se passait, les problèmes avec l’armée, avec la population, la haine des dons, était-ce encore possible ? Tout ce dont Laura était sûre était qu’elle ne voulait pas vivre à Paris, surtout pas. Même si elle connaissait la ville, ses parents y habitaient et c’était suffisant pour vouloir fuir la capitale. Vivre près de l’océan, ce serait bien. Avoir la même vue qu’Antoine, lorsqu’elle y était allée cet été, se réveiller tous les jours avec cet air paisible. C’était, d’ailleurs, le seul moment où ils avaient été tranquilles… Mais le métier ? Laura repoussa les légumes dans son assiette, jouant sans continuer à manger pour l’instant. A côté, les autres discutaient à voix plus basse, les cris n’étant pas tolérés dans le réfectoire même si les professeurs ne pouvaient pas leur en vouloir de parler davantage aujourd’hui. Avec l’absence de monsieur Nakajima… Laura jeta un bref coup d’œil à la table des professeurs avant de tourner la tête vers Genji, piquant dans son assiette.

Laura – Il y a un mois à peine, je pensais ouvrir un orphelinat, un endroit où les enfants ou jeunes adolescents se sentiraient… bien. Une sorte de refuge, s’ils sont perdus ou sans famille. Mais, maintenant, je ne sais pas si ce serait possible, ajouta-t-elle avec une grimace. Avec les militaires et tout ça, j’ai l’impression que ce projet tient de l’utopie et qu’il s’agirait d’une folie sans nom.

La collégienne fit un petit sourire triste à Genji après avoir redressé la tête vers lui. Admettre cela était douloureux, surtout maintenant qu’elle y avait mûrement réfléchi, qu’elle imaginait déjà sa vie ainsi, qu’elle se voyait loin des problèmes du Pensionnat. C’était un projet important, pour elle, vu ce qu’elle avait vécu. Des « Jasper et Laura », il y en avait sûrement par milliers. C’était pour cela qu’elle voulait ouvrir cet orphelinat, ou ce refuge plutôt, qu’elle voulait vraiment aider les enfants perdus ou rejetés à cause d’un don, par exemple. Surtout qu’il suffit parfois d’un petit élément de rien du tout pour tout régler. Mais, avec tout ce qu’ils vivaient actuellement… Elle était une fille, elle possédait un don. Jamais personne n’accepterait une telle chose et elle s’attirerait de nombreux problèmes qui toucheraient les enfants. Mais bon, il restait au moins le lieu où elle aimerait vivre. C’était faisable, cela, non ?

Laura – Par contre, je sais que je veux vivre au bord de l’océan. Avant de venir chez… avant de quitter nos parents, Antoine nous avait invités, Jasper et moi, à venir chez lui. Et c’est tellement beau ! Je n’avais jamais vu l’océan de ma vie, c’est si calme, l’air est si… différent. Surtout différent de Paris. Et très, très loin de Paris. Ce serait génial de vivre là-bas. Si mon projet est impossible, ça, je sais que c’est tout à fait possible. Mais il me faudrait un plan B…

Laura s’interrompit, portant un morceau de poisson à sa bouche pour le manger quand même. Elle ne voulait inquiéter personne, surtout pas maintenant, alors elle veillait à bien faire attention à l’image qu’elle renvoyait. Elle était comme d’habitude, il fallait que cela le reste. Et puis, elle avait toujours un peu peur d’exaspérer Antoine, de le perdre… Les efforts valaient le coup, elle faisait plus attention et était plus attentive. C’était ce qu’ils demandaient, non ? De « grandir ». C’est ce qu’elle faisait. Elle était plus calme, au moins… Même si c’était en partie dû au journal résistant, elle ne devait pas se faire repérer, le commandant avait largement insisté là-dessus. Avalant sa bouchée, Laura but un peu d’eau et coupa un autre morceau avant de regarder à nouveau Genji. Pour lui aussi, la question de son avenir se posait… Et de manière bien plus pressante que pour elle étant donné qu’il était au lycée. Comptait-il rester en France ou rentrerait-il au Japon sitôt ses études terminées ?

Laura – Et toi… Que comptes-tu faire ? Pour moi, c’est plus simple comme je n’ai vécu qu’en France. Mais tu as toute ta famille au Japon… Tu as déjà des projets ? Tu veux rester ici ou revenir dans ta famille, là-bas ?

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Genji Nakajima
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MessageSujet: Re: Ça ne s'arrête jamais   Mer 27 Juil - 18:35

Ce genre de question allait se poser plus fréquemment, à partir de maintenant, beaucoup d’entre eux entraient dans un âge où les interrogations sur l’avenir deviennent fréquentes et de plus en plus pressantes. Laura avait pris un air perplexe et un peu lointain, devant sans doute réfléchir à la question. Il n’interrompit pas le fil de ses pensées, lui-même plongée en pleine réflexion. Il avait déjà des… Disons des barrières pour jalonner une partie de son chemin. Etant le fils aîné de Josuke, l’aîné de la fratrie, il était censé prendre sa place en tant que chef de famille lorsque son père deviendra trop âgé pour continuer ou s’il décide de lui passer la main lorsqu’il deviendra adulte. Cela impliquait de prendre en charge tout ce qui relève de l’administratif pour la famille, veiller sur les siens, participer en tant que représentant du clan aux réunions organisées parfois dans le village en cas de problèmes ou de litiges, se charger des soucis dans leur propre famille et s’occuper des alliances, fiançailles et mariages, donner sa bénédiction au nouveau couple ou à l’enfant venant de naître. Ce n’était pas un métier, simplement une place bien définie attribuée à l’aîné d’une fratrie. Genji était à la fois le premier enfant du chef actuel et l’aîné entre tous ses cousins et cousines, prendre la place de son père un jour en devenait donc un double devoir. La pression qui allait avec montait de plus en plus, à mesure qu’il grandissait.

– Il y a un mois à peine, je pensais ouvrir un orphelinat, un endroit où les enfants ou jeunes adolescents se sentiraient… bien. Une sorte de refuge, s’ils sont perdus ou sans famille. Mais, maintenant, je ne sais pas si ce serait possible, ajouta-t-elle avec une grimace. Avec les militaires et tout ça, j’ai l’impression que ce projet tient de l’utopie et qu’il s’agirait d’une folie sans nom.

Pourquoi, une folie ? Il la vit sourire tristement par-dessus son assiette, sans vraiment comprendre où le bât blessait. Une fois jeune adulte et diplômée, elle pourra bien aller où elle le voudra dans tout le pays, n’est-ce pas ? Donc faire ce qu’elle voulait ? Alors pourquoi ne pourrait-elle pas ouvrir un orphelinat, quelque part ? L’armée ne la suivra pas où elle décidera de se rendre, après tout, elle n’avait rien à craindre. A moins qu’il n’y ait encore un autre problème dont elle ne parlait pas ou n’avait pas envie d’amener sur le tapis. Dans tel cas, autant laisser coule, il n’avait pas à s’immiscer là-dedans et il était toujours très délicat de s’insérer dans ce genre de soucis, d’autant plus avec des personnes qu’on ne connaissait pas encore très bien. Depuis qu’il était arrivé en France, et bien forcé de s’ouvrir plus aux autres, il avait aussi appris à marcher sur des œufs pour ne blesser personne, dans cette école ou ailleurs. Débarquer ainsi au milieu du lycée n’était déjà pas simple et vivre entouré d’élèves méfiants, renfermés et très nerveux l’était encore moins. Il tourna à nouveau très vite la tête vers la table des professeurs pour observer discrètement la directrice, puis reporta le regard sur son assiette, mangeant un peu de son poisson.

– Par contre, je sais que je veux vivre au bord de l’océan. Avant de venir chez… avant de quitter nos parents, Antoine nous avait invités, Jasper et moi, à venir chez lui. Et c’est tellement beau ! Je n’avais jamais vu l’océan de ma vie, c’est si calme, l’air est si… différent. Surtout différent de Paris. Et très, très loin de Paris. Ce serait génial de vivre là-bas. Si mon projet est impossible, ça, je sais que c’est tout à fait possible. Mais il me faudrait un plan B…

Genji sourit un peu, comprenant ce qu’elle devait ressentir près de l’océan en possédant le don de l’eau. Vivre plongé au cœur de son élément, de son pouvoir, cela vous galvanisait, quand vous en étiez entouré de toutes parts et que vous le sentez vous pousser en avant. Cela avait été l’un de ses plaisirs secrets, et coupable, durant les deux années précédentes, lorsqu’il s’isolait dans les collines environnantes, près de chez lui. Dans certains endroits, il y avait toujours beaucoup de vent. Violent, léger, frais, chaud, il était toujours là et Genji adorait le sentir voler contre lui et tout autour, le voir faire s’envoler les feuilles des arbres et secouer la nature. Un plaisir culpabilisant, il s’en était beaucoup voulu de l’éprouver, durant des mois et des mois. Le vent était l’élément « principal » dans leur famille, même s’il ne savait pas pourquoi.

– Et toi… Que comptes-tu faire ? Pour moi, c’est plus simple comme je n’ai vécu qu’en France. Mais tu as toute ta famille au Japon… Tu as déjà des projets ? Tu veux rester ici ou revenir dans ta famille, là-bas ?

– Je dois y revenir, de toute façon. Chez moi, le chef de famille doit s’occuper de plusieurs choses, il est en quelque sorte le garant de la morale de la famille, de sa sécurité et de son image. Mon père est l’actuel chef, donc moi, en tant que son fils aîné et aussi en tant qu’enfant le plus âgé, entre tous mes cousins et cousines, je suis censé prendre sa place.

Il s’interrompit pour boire un peu d’eau et manger ses pâtes et légumes, les mélangeant avec la sauce du poisson. Retrouver sa famille et de nouveau s’y intégrer sans tout remettre en question et oubliant sa « révolte » ou crise d’adolescence, ce ne sera pas l’étape la moins douloureuse. Ou, quoi que, si en fait, comparé à ce qu’il avait envie d’accomplir. Un projet qui n’était pas finalisé, très loin de là, un projet qui lui trottait dans la tête, un projet qui risquait de faire bondir de peur ou d’indignation, un projet qui ne ravira personne, sinon une poignée très sélective. Il en sera capable. Ou peut-être pas. Il n’en avait aucune idée.

– Des projets ou idées de métier, j’en ai quelques uns, enfin, rien n’est encore vraiment défini et je ne sais pas si je pourrai le faire. Je compte voir, cette année, si j’en suis capable, si ce sera possible, j’aimerai bien en parler à des personnes qui ont eu affaire aux mêmes problèmes à gérer.

Donc, s’il osait, aller demander un entretien à la directrice pour lui parler de tout ça. Il pâlit un peu malgré lui en s’imaginant aller frapper à la porte de son bureau pour obtenir un entretien. Pratiquement inimaginable en ce moment.

– Pourquoi ne pourrais-tu pas ouvrir un orphelinat ? demanda-t-il enfin. L’armée ne te suivra pas lorsque que tu quitteras l’école, rien ne t’en empêche. Des dizaines de femmes et d’hommes l’ont déjà fait avant toi, c’est tout à fait possible.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Ça ne s'arrête jamais   Mer 3 Aoû - 21:27

Genji – Je dois y revenir, de toute façon. Chez moi, le chef de famille doit s’occuper de plusieurs choses, il est en quelque sorte le garant de la morale de la famille, de sa sécurité et de son image. Mon père est l’actuel chef, donc moi, en tant que son fils aîné et aussi en tant qu’enfant le plus âgé, entre tous mes cousins et cousines, je suis censé prendre sa place.

Oh… Donc, il était obligé de suivre les traces de son père ? Et s’il voulait faire autre chose, vivre sa vie libre et sans être coincé par des choix qui n’étaient pas les siens ? C’était la culture japonaise, Laura le savait, mais elle ressentait un immense besoin de… de… Quel était vraiment le mot ? Elle voulait que tout le monde soit libre de choisir, en gros, surtout les adolescents. Ils avaient déjà une vie dure, en France, avec leur don. Pourquoi était-il primordial de leur imposer une ligne à suivre, sans leur laisser parler et dire ce qu’ils voulaient faire ? C’était la moindre des choses ! Mais Laura ne riposta pas, posant un bref regard triste et compatissant sur Genji alors qu’il mélangeait ses légumes avec la sauce du poisson. Elle ne devait pas s’en mêler, son père n’était pas méchant, c’était seulement… la coutume, là-bas. Il y avait sûrement une raison. Se mordant un peu les lèvres, la collégienne baissa la tête sur sa propre assiette, prenant un morceau de poisson sur sa fourchette pour le porter à sa bouche avant de boire un peu d’eau.

Genji – Des projets ou idées de métier, j’en ai quelques-uns, enfin, rien n’est encore vraiment défini et je ne sais pas si je pourrai le faire. Je compte voir, cette année, si j’en suis capable, si ce sera possible, j’aimerai bien en parler à des personnes qui ont eu affaire aux mêmes problèmes à gérer.

Laura hocha la tête, respectant le souhait de Genji de ne rien préciser pour l’instant. Il était normal qu’il souhaite voir ce qu’il pouvait faire ou non, au cas où il n’était pas obligé de suivre les traces de son père. C’était possible, non ? Avec ce qu’il vivait, tous les changements qu’il connaissait, l’explication des dons fournie à sa famille, elle comprendrait sûrement que Genji devait être plus libre. N’est-ce pas ? Mais oui. En tout cas, Laura essayait d’y croire, de s’en convaincre pour ne pas commencer à penser que les bonnes familles étaient rares. Antoine avait une famille en or, beaucoup de ses propres amis aussi. Qui les écoutaient, les épaulaient vraiment, voulaient tout faire pour les protéger… Cela existait encore, elle en était sûre.

La collégienne piqua un peu de légumes sur sa fourchette, y ajoutant un petit morceau de poisson avant de porter le tout à sa bouche. Elle mâcha un long moment, réfléchissant à ce que lui disait Genji et ce qu’elle-même voulait faire. En parler à quelqu’un était une idée, oui. S’il en avait besoin pour être rassuré et avoir un avis extérieur, pourquoi pas ? Genji manquait de confiance en lui à cause de ce qu’il avait vécu, du changement de pays et de repères brutal. Il recommençait à zéro dans un autre pays, une autre école, une autre culture, d’autres voisins… Comment lui reprocher de ne pas être à l’aise ? Surtout en France… En l’espace de deux mois, ils avaient vécu pire qu’en l’espace d’un an ici. Ou dans toute autre école normale. Avec les menaces qui pesaient sur le Pensionnat, les élèves qui n’en pouvaient plus, les expériences, les problèmes de leur professeur/de son oncle, et tout le reste…

Genji – Pourquoi ne pourrais-tu pas ouvrir un orphelinat ? demanda-t-il enfin. L’armée ne te suivra pas lorsque que tu quitteras l’école, rien ne t’en empêche. Des dizaines de femmes et d’hommes l’ont déjà fait avant toi, c’est tout à fait possible.

Laura – Personne ne voudra laisser une femme avec un don garder des enfants, même orphelins, dit-elle avec un sourire triste. Tu as vu la polémique autour de nous, des dons, les réactions de la population française ? Je crois que ce projet tient de l’illusion, personne n’acceptera…

Même si tout pouvait encore changer. En l’espace d’un an, la situation s’était complètement retournée, les dons qui n’étaient pas pointés au départ étaient au centre de la plupart des débats, les familles ayant des ancêtres qui possédaient un don n’étaient plus très appréciées. Oui, c’était possible que la situation s’inverse, que la roue tourne, Laura voulait y croire. Tout ne pouvait pas être mauvais du début à la fin, n’est-ce pas ? Buvant un peu d’eau, elle balaya le réfectoire du regard, constatant ensuite qu’il était moins rempli que d’habitude, que tous les élèves n’y mangeaient pas comme en septembre. L’ambiance avait changée, quelque chose de plus lourd semblait peser sur la salle. Ou peut-être était-ce son imagination, simplement. Un groupe de lycéens parlait, plus loin, des collégiens de sixième regardaient nerveusement autour d’eux et avaient l’air tout petit et perdu, au milieu du réfectoire. Elle était aussi petite, elle ? L’année passée aussi ? Et dire qu’il y a un an, elle vomissait sur les chaussures de la directrice…

Laura – L’année passée, le jour de la rentrée, j’ai vomi sur les chaussures de la directrice pour couvrir Jasper qui sortait des appartements des professeurs. C’était notre seul souci, à ce moment-là : faire des bêtises, nous amuser, vivre et profiter à fond du Pensionnat. Et c’était il y a un an. Tu réalises à quel point ça a changé ? C’était beaucoup plus calme, plus joyeux aussi. Regarde les collégiens, là-bas, les sixièmes… Ils ont l’air perdu et apeuré.

Laura les couva un moment du regard, nostalgique de l’année passée, de ce qu’ils vivaient avant et de leurs sorties nocturnes sans danger. Bon, d’accord, il y avait les retenues, les notes, les sermons… Mais ce n’était rien comparé à ce qu’ils risquaient aujourd’hui. Actuellement, il s’agissait de danger de mort, d’expériences dangereuses, de risque de non-retour, d’emprisonnement… La graduation des sanctions était nettement différente. Et incitait tout le monde à réfléchir à deux fois avant de tenter quoi que ce soit. Laura mangea encore un peu de ses légumes, jouant un moment avec sa fourchette sans manger tout de suite.

Laura – J’ai envie de croire que les choses peuvent s’améliorer. Tout a dégénéré si vite, le contraire serait possible, non ? On était comme eux, avant… Maintenant, on espère seulement qu’aucun de nos amis a disparu pendant la nuit. Tu devrais demander à ton père pour tes projets, on doit profiter à cent pourcent de ce que l’on a. Il ne pourrait pas changer d’avis ? Pourquoi tu ne lui en parlerais pas en lui disant ce que tu souhaites ? Il n’a pas l’air méchant et il tient vraiment à toi, de ce que j’ai pu voir. Même si Jaz ne l’aime pas beaucoup.

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Genji Nakajima
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MessageSujet: Re: Ça ne s'arrête jamais   Jeu 4 Aoû - 10:50

– Personne ne voudra laisser une femme avec un don garder des enfants, même orphelins, dit-elle avec un sourire triste. Tu as vu la polémique autour de nous, des dons, les réactions de la population française ? Je crois que ce projet tient de l’illusion, personne n’acceptera…

Il y en avait pourtant bien d'autres qui avaient des pouvoirs et qui travaillaient avec les enfants dans les hôpitaux, les écoles, les orphelinats, les centres aérés et les camps de vacances. Ce genre de pouvoir était peut-être peu apprécié, cependant, il était répandu, quoi qu'on en dise ou qu'on affirme, personne ne pouvait nier la part importante de la population à en posséder. Qu'ils soient faibles ou puissants, les porteurs étaient nombreux. La polémique venait du fait que les personnes aimeraient que chacun fasse en sorte de cacher son pouvoir, le tienne caché, qu'on n'apprenne pas ouvertement à s'en servir dans ce type d'école, sans oublier, bien sûr, le risque bien plus élevé d'accidents avec autant d'enfants porteurs de dons rassemblés en un seul endroit et vivant ensemble. Genji baissa de nouveau la tête sur son assiette pour manger, réfléchissant à tout cela. S'il avait bien suivi, cela faisait des mois qu'il y avait un fort travail de propagande contre ces pouvoirs, une propagande qui entraînaient les gens et forçaient les esprits. Mais dans quel but ? Pourquoi cet acharnement ? Qu'est-ce que le gouvernement de ce pays avait à y gagner ? Au japon, la réponse était déjà plus évidente, le pouvoir était très conservateur et traditionaliste, il fallait "effacer" tout ce qui ne correspondait pas à ses critères. La France voulait-elle revenir à son tour à un modèle conservateur ? Ce serait régresser, non ? Et si c'était vraiment le cas, cela apaiserait-il vraiment les tensions dans le pays ? Ou tout cela n'était qu'une immense manœuvre pour amener certaines personnes au pouvoir ?

– L’année passée, le jour de la rentrée, j’ai vomi sur les chaussures de la directrice pour couvrir Jasper qui sortait des appartements des professeurs. C’était notre seul souci, à ce moment-là : faire des bêtises, nous amuser, vivre et profiter à fond du Pensionnat. Et c’était il y a un an. Tu réalises à quel point ça a changé ? C’était beaucoup plus calme, plus joyeux aussi. Regarde les collégiens, là-bas, les sixièmes… Ils ont l’air perdu et apeuré.

Une seule année était plus que suffisante pour faire évoluer les choses à ce point, il suffisait même de quelques jours, parfois, voire de quelques heures, l'Histoire l'avait prouvé bien assez de fois. Un élément, un seul petit élément, un événement mineur pouvait amener les plus profonds bouleversement de tout un siècle, c'était un immense chaîne dont certains maillons, en se brisant, provoquaient un enchaînement de catastrophes. Pour Genji, qui avait un regard plus "extérieur" comme il était arrivé il y a peu, l'école était un de ces maillons qu'on avait secoué jusqu'à le faire céder et s'en servir ensuite pour provoquer une autre chaîne de bouleversements. Il y avait tout ce qu'il fallait, ici, pour l'utiliser comme rouage et arme au profit de gros changements. Des personnalités assez fortes à pointer du doigt avec une image publique pouvant être maniée par la propagande. Des pouvoirs pouvant attiser la peur et la colère, le sentiment de danger et donc être vu comme un ennemi commun. Un système scolaire mixte, plus libéral et innovateur que n'importe où ailleurs, un système différent qui lui aussi servait à attiser la colère et le rejet. Enfin, un endroit somme toute isolé, donc méconnu, loin des plus grandes villes, sur qui circulait trop peu d'informations. Comment tout avait débuté ? Des changements annoncés dans l'éducation... La prise de contrôle par l'armée... Que voulait vraiment faire Bradley de cette école ? Pourquoi y avoir posé un pied dès le début ? Travaillait-il en étroite collaboration avec le gouvernement ou bien s'en dissociait-il ?

– J’ai envie de croire que les choses peuvent s’améliorer. Tout a dégénéré si vite, le contraire serait possible, non ? On était comme eux, avant… Maintenant, on espère seulement qu’aucun de nos amis a disparu pendant la nuit. Tu devrais demander à ton père pour tes projets, on doit profiter à cent pourcent de ce que l’on a. Il ne pourrait pas changer d’avis ? Pourquoi tu ne lui en parlerais pas en lui disant ce que tu souhaites ? Il n’a pas l’air méchant et il tient vraiment à toi, de ce que j’ai pu voir. Même si Jaz ne l’aime pas beaucoup.

– Ce n'est pas vraiment le bon moment. Je ne suis encore sûr de rien, de toute façon.

Il ne pouvait pas savoir si tout pouvait s'améliorer aussi vite que tout avait dégénéré. Enfin, du moins, tout pouvait à nouveau prendre un tournant très brusque et qu'on attendait pas, qui pourrait changer le visage de la France. Et personne ne pouvait prévoir si ce tournant sera mauvais, c'était bien ça le pire. Ou le mieux. Car ce tournant pouvait certes reléguer les dons dans l'ombre, les laisser cachés, mais au moins faire cesser les tensions autour d'eux. Il réfléchissait trop... Se frottant un peu le front, il termina ce qu'il y avait dans son assiette, s'efforçant de ne plus trop penser à tout cela. A seize ans, étranger en plus, le moins qu'on puisse dire était que les plans de l'Etat ne le concernaient pas le moins du monde. Les adultes devaient travailler sur tout cela, sans doute bien plus efficacement que lui, il ne devait pas se mêler de ce qui ne le regardait pas. Le poisson avait soudain un goût de carton-pâte, il avait l'impression d'avoir avalé du plomb qui lui était tombé dans l'estomac. Il reprit son verre en laissant tomber le morceau qui restait, se demandant ce qu'il devait faire. Rester en France malgré tout ? Ou rentrer chez lui ? Il s'imagina revenir à la maison au bout de deux mois, reprendre un lycée ordinaire, retrouver la routine habituelle, ce qu'il avait connu jusqu'ici. Cette simple idée le rebutait. Ici, la vie était plus dangereuse, bien plus animée, beaucoup trop parfois, en revanche, il se sentait vivant.

– Bon, on peut parler de trucs un peu plus légers, aussi, reprit-il en s'efforçant de sourire, au moins un peu. En fin d'années, avant d'aller au Japon avec Kimmitsu, Solène, et vous deux, je vais passer quelques jours avec Océane dans sa famille, en Chine. Ils ne fêtent pas Noël, là-bas, ce sera des vacances ordinaires.

Convaincre ses parents n'avait, bizarrement, pas été si difficile que cela, il avait vraiment cru qu'ils allaient s'y opposer, très surpris lorsqu'ils lui avaient donné leur accord sans qu'il doive insister.

– Tu sais ce que je pourrai vous ramener comme souvenirs ? Je ne suis jamais parti là-bas mais il paraît que les paysages valent vraiment le coup d'oeil. Tu as déjà voyagé dans d'autres pays, toi ?

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Ça ne s'arrête jamais   Mer 17 Aoû - 15:25

Genji – Ce n'est pas vraiment le bon moment. Je ne suis encore sûr de rien, de toute façon.

Laura fronça les sourcils en regardant Genji, trouvant dommage qu’il doute à ce point de ce qu’il voulait faire et devenir. La situation n’était pas si désespérée que cela, elle en était convaincue. S’il discutait avec son père et que ce dernier l’écoutait, pourquoi ne pourrait-il pas planifier ses projets de vie jusqu’au bout ? Sa famille était tout de même ouverte, non ? En plus, avec son oncle qui pouvait appuyer ses souhaits les plus chers, Genji avait toutes ses chances d’y arriver. Maintenant, il y avait un autre paramètre à prendre en compte… Voulait-il vraiment rester en France, avec tout ce qu’il avait vu et vécu jusqu’à présent en l’espace de deux mois à peine ? Laura termina son assiette en quelques bouchées avant de prendre son verre d’eau entre les mains, attendant que Genji finisse de manger aussi. Elle tâchait de ne pas écouter les conversations autour d’eux pour respecter les autres élèves mais ne pouvait s’empêcher de remarquer le changement d’ambiance par rapport à l’année passée. Ce détail la frappait sans cesse, à chaque fois qu’elle arrêtait de parler ou qu’elle se concentrait sur autre chose que sa conversation comme si l’environnement pesait de plus en plus sur leurs épaules lorsqu’ils n’y prêtaient pas attention.

Genji – Bon, on peut parler de trucs un peu plus légers, aussi, reprit-il en s'efforçant de sourire, au moins un peu. En fin d'année, avant d'aller au Japon avec Kimmitsu, Solène, et vous deux, je vais passer quelques jours avec Océane dans sa famille, en Chine. Ils ne fêtent pas Noël, là-bas, ce sera des vacances ordinaires.

Mais c’était super, ça ! Il allait pouvoir sortir un peu, profiter de ses vacances et changer d’air, vraiment. D’après ce que Laura avait compris, ce n’était pas simple tous les jours avec sa famille, donc aller avec Océane quelques jours lui ferait le plus grand bien. D’ailleurs, elle n’avait jamais remarqué qu’il s’était rapproché à ce point d’Océane. Enfin, si, avec la rumeur qui courait sur eux depuis plusieurs semaines, elle s’en doutait et de plus en plus de personnes y faisaient attention. Mais ici, c’était confirmé ! Pour qu’elle l’invite dans sa famille… Laura ne savait même pas si elle avait déjà invité quelqu’un chez elle, même si c’était sûrement le cas. Genji n’était pas très loin non plus, le trajet lui revenait moins cher. Mais il acceptait de se déplacer, de passer du temps en plus avec elle et en moins avec sa famille qu’il n’aura plus vue depuis des mois. La collégienne fit un petit sourire à son ami, heureuse pour lui s’il avait trouvé un soutien et de l’amour ici. Elle ne fit, cependant, aucun commentaire là-dessus, respectant son choix de garder cela secret dans un premier temps. Etant donné la tension existant entre la Chine et le Japon, c’était une réaction normale et compréhensible.

Genji – Tu sais ce que je pourrai vous ramener comme souvenirs ? Je ne suis jamais parti là-bas mais il paraît que les paysages valent vraiment le coup d'œil. Tu as déjà voyagé dans d'autres pays, toi ?

Laura – Avec nos parents ? Aucune chance, dit-elle en grimaçant et en reposant son verre. Ils n’étaient pas trop pour les voyages, on est seulement partis en vacances dans d’autres villes du pays parce que c’est ce que font les familles dans la bourgeoisie.

Et ces vacances n’étaient jamais géniales, seuls les paysages les distrayaient suffisamment et leur permettaient de s’enfuir l’espace de quelques heures pour être à deux, Jasper et elle. Peut-être monsieur Nakajima avait-il raison… Sans elle, son frère aurait subi les mêmes choses et n’aurait même pas pu tenir le coup. Si elle l’avait vraiment aidé, ce qu’elle ne lui avait jamais demandé. Et ce n’était pas maintenant que Laura allait le lui demander… Il avait besoin d’espace, de se remettre de ce que leur père lui avait infligé durant des années. Elle savait qu’il déprimait et qu’il irait mieux avec le temps, qu’Adeline allait sûrement l’aider à passer cette étape, elle ne lui voulait aucun mal. D’ailleurs, peut-être que partir au Japon allait lui faire du bien, à lui aussi. Il serait loin de la France, de tout ce qui leur pesait tant sur le moral ces dernières semaines. Même si être dans une famille qui n’était pas la leur serait très étrange… Leur professeur avait beau dire qu’il les avait adoptés, qu’il voulait veiller sur eux comme s’ils étaient ses propres enfants, il leur fallait encore un temps d’adaptation. Un peu comme Genji. C’était comment, le Japon ? Les paysages « valaient le coup d’œil » comme en Chine ? Laura n’y connaissait absolument rien en dehors de ce qu’elle avait lu dans les livres. Enfin, quelques livres, lorsqu’elle s’ennuyait. Et encore, elle n’avait pas beaucoup de détails, seulement des informations basiques ne suffisant pas à se faire une idée du pays. Donc, pour des idées de souvenirs…

Laura – Et, tu sais, tu n’es pas obligé de nous ramener des souvenirs. Choisis ce que tu veux si tu y tiens vraiment, quelque chose que tu aimes bien… Même une boîte m’irait, à moi. Profite surtout de ces vacances, prendre l’air te fera du bien, faut pas que tu t’inquiètes pour un souvenir si jamais tu n’as pas le temps d’en trouver.

Elle voulait surtout qu’il profite et qu’il se détende un peu. Il en avait besoin, surtout avec tout ce qui était arrivé et qui continuait à arriver. Rien que son oncle, aujourd’hui ! Laura craignait qu’il ne craque d’un coup et se laisse complètement aller comme… comme Alexis. Il ne pouvait pas ignorer son don et sa famille finirait bien par le comprendre, même si c’était très carré chez lui comme il le lui avait dit. Il lui avait parlé des habitudes de sa famille, de la routine… Ce genre de choses. Grâce à leurs discussions, Laura se faisait un tableau plus ou moins précis de ce qu’était la vie dans sa famille, l’importance qu’elle avait pour chacun au Japon. Genji ne serait pas abandonné, jamais, il pourrait sans doute toujours compter sur ses parents, ses oncles, ses grands-parents… Au cas où il avait un problème. Elle en était convaincue. Laura se servit un autre verre d’eau, demandant à Genji s’il en voulait aussi avant de reposer la cruche sur la table pour boire.

Laura – Est-ce que tu pourrais me parler un peu du Japon ? Comment sont les paysages, le rythme de la vie, là-bas ? Tu m’as parlé de vos habitudes en famille, la routine, mais qu’est-ce qui est différent de la France ? Ce qui t’a marqué le plus en arrivant ici, par exemple.

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Genji Nakajima
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MessageSujet: Re: Ça ne s'arrête jamais   Mer 14 Sep - 22:35

– Avec nos parents ? Aucune chance, dit-elle en grimaçant et en reposant son verre. Ils n’étaient pas trop pour les voyages, on est seulement partis en vacances dans d’autres villes du pays parce que c’est ce que font les familles dans la bourgeoisie.

Genji non plus n'avait encore jamais quitté le Japon avant ce départ pour être élève ici. Avec le travail de chacun, ce qu'il y avait à faire à la maison, les terres de la famille à gérer et milles et unes autres affaires... Sa mère n'avait jamais beaucoup aimé les longs voyages de toute façon, le plus loin où elle s'était rendue, c'était sur la côte, lors de son voyage de noces. Enfin, un voyage de noces qui avait duré à peine deux jours et qui, d'après ce qu'il avait compris, s'était déroulé peu de temps après le départ de son oncle, autant dire que l'ambiance était des plus bonnes. En ce moment, pour partir, elle serait encore moins dans l'humeur qu'il fallait. Lui-même, au contraire, avait envie de partir, besoin de changer d'air. De voir autre chose et de passer du temps loin pour faire le point sur ce qu'il devait faire pour l'avenir. La mort d'Alexis l'avait profondément ébranlé, l'avoir vu comme ça... Allongé, blafard, avec tout ce sang... L'image restait gravée dans son esprit, il ne pouvait tout oublier si facilement, comme ça. Même si famille lui manquait, il avait d'abord besoin d'être... pas isolé mais ailleurs, à respirer. Il faisait tourner avec lenteur son verre entre ses doigts, se soutenant la tête de l'autre main, plongé dans ses pensées. On pourrait presque songer que c'était ridicule de vouloir partir en vacances avec tout ce qui arrivait,a lors que tout ce qui arrivait était précisément une raison de plus de vouloir partir.

– Et, tu sais, tu n’es pas obligé de nous ramener des souvenirs. Choisis ce que tu veux si tu y tiens vraiment, quelque chose que tu aimes bien… Même une boîte m’irait, à moi. Profite surtout de ces vacances, prendre l’air te fera du bien, faut pas que tu t’inquiètes pour un souvenir si jamais tu n’as pas le temps d’en trouver.

Il paraît qu'en Chine, il y avait surtout des assortiments de thé et pas mal de vêtements traditionnels, ça plairait sûrement à Laura. C'était une terre de légendes, quoi qu'en dise, le pays était immense et recelait des centaines de sites à visiter et explorer. Il imagina Océane évoluer dans ce décor, ce qu'il en avait vu comme photos dans les livres, avec sa famille. S'il connaissait déjà son père et sa mère, tous deux très gentils, il se demandait à quoi pouvaient bien ressembler ses grands-parents, comme c'était chez eux qu'ils allaient se rendre. Il refusa d'un signe de tête lorsque Laura lui proposa de remplir son verre d'eau, se décidant à reprendre sa fourchette pour continuer à manger. Autour d'eux, le réfectoire s'était beaucoup plus rempli que toute à l'heure, les élèves arrivaient peu à peu, discutant avec force ou échangeant des nouvelles, parlant des cours, des devoirs. Très peu parlaient d'Alexis, encore. Soit la nouvelle n'avait pas encore atteint tout le monde, soit l'envie d'en parler n'était pas très présente. C'était compréhensible, après tout, il y avait de quoi être horrifié, en plus du temps nécessaire pour réaliser que c'était bien réel. Un garçon de quatorze ans, suicidé...

– Est-ce que tu pourrais me parler un peu du Japon ? Comment sont les paysages, le rythme de la vie, là-bas ? Tu m’as parlé de vos habitudes en famille, la routine, mais qu’est-ce qui est différent de la France ? Ce qui t’a marqué le plus en arrivant ici, par exemple.

– Et bien... Bonne question.

Il réfléchit un moment, tout en buvant une gorgée d'eau puis prenant un bout de pain, l'air assez perplexe. Ce qui l'avait le plus étonné ? C'était difficile à dire, il avait tant découvert de choses en si peu de temps que les deux premières semaines avaient été une longue successions d'ébahissements en tous genres. Il mâchonna le bout de sa fourchette puis finit par répondre à Laura que le plus bizarre, pour lui, restait les schémas familiaux, ajoutant que les enfants partaient de chez leurs parents lorsqu'ils étaient assez âgés pour s'installer ailleurs, alors qu'au Japon, les grands-parents restaient vivre avec leurs enfants, que c'était naturel pour un enfant de s'occuper de ses parents, une fois qu'ils étaient vieux, en retour de ce qu'eux-mêmes avaient fait pour eux lorsqu'ils étaient petits. Il sourit un peu en expliquant à Laura qu'il avait mit un moment avant de s'habituer à ce qu'ici, sauf de temps à autre, on ne voit pas les grands-parents vivre avec le reste de leurs familles.

– Chez nous, la mère a une place particulière dans la famille, elle est très respectée et c'est la figure de conseil. Les places de chacun sont beaucoup plus cadrées et bien définies, dans une famille, tout le monde a des droits et des responsabilités, des plus jeunes aux plus âgés. C'est codifié et ça permet à chacun de s'y retrouver, ça instaure une ambiance sereine et cadrée, tu n'es jamais livré à toi-même. Les femmes, une fois mariées, vont vivre dans la maison de leurs maris. Les sœurs de mon père sont toutes parties avec leurs époux, maintenant, il en reste que mes oncles, leurs femmes, leurs enfants et ma grand-mère. Mon arrière grand-père aussi, enfin, on sait qu'il va bientôt partir à son tour, il est très âgé et fatigué.

Genji lui précisa qu'ils honoraient leurs morts selon les traditions Shintoïstes, qui était la religion dominante au Japon. Lui-même l'était, comme Kimmitsu. Il se demanda à voix haute si Solène était Chrétienne puis supposa que oui, sans doute, c'était la religion de la France, après tout, on la taxait même de "Fille aînée de l’Église". Le lycéen ne connaissait pas grand-chose du Catholicisme, sachant simplement que le prêtre était très gentil et de bon conseil, c'était déjà très bien.

– Là où vit ma famille, l'hiver dure presque la moitié de l'année, ajouta-t-il avec un sourire. Il y a beaucoup de collines, des forêts et la rivière Tao, plutôt grosse, qui traverse la région. Il faut que tu poses des questions plus précises si tu veux du concret, je ne sais pas trop quoi te décrire, sinon. En entrant à la maison, tu laisses tes chaussures à l'entrée et tu marches avec des chaussons, en chaussettes ou pieds nus. Les maisons à étages sont très rares et il n'y a que peu de sous-sols, ça sert surtout de réserve ou de cellier.

Il lui décrit l'architecture de la maison familiale, en gros, ajoutant que c'était rarement aussi grand mais comme la demeure appartenait à une lignée de samouraïs, la caste sociale se rapprochait de la Noblesse française. Il se servit de ses couverts pour que Laura visualise un peu mieux ce qu'il lui décrivait.

– Si tu veux, en vacances, on ira à la station thermale, avec mes petites sœurs. Tu as des questions particulières sur la famille ou autre chose ?

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Ça ne s'arrête jamais   Dim 30 Oct - 15:22

Genji – Et bien... Bonne question.

Laura attendit que Genji lui réponde, le laissant réfléchir un moment. Il avait découvert pas mal de choses depuis son arrivée, comparer la France et le Japon ne devait pas être simple. Entre les paysages, les cours, les coutumes et la conception de la famille, son ami devait être perdu et n’avait sûrement pas encore tout assimilé. Ce qu’elle comprenait sans difficulté, elle-même avait encore du mal à s’habituer à sa vie chez monsieur Nakajima… Et pourtant, ils étaient toujours en France. Seuls quelques éléments changeaient, principalement la vie quotidienne, mais le décor était identique et ils n’avaient pas changé de pays ni de continent. Genji, lui, perdait tous ses repères et avaient vu ses habitudes être bouleversées en l’espace de quelques heures – le temps du voyage. Laura lui laissa donc le temps de réfléchir quelques secondes, regardant autour d’eux les élèves qui arrivaient par groupes, à présent, chacun allant manger de bonne humeur, discutant des cours, des projets du week-end, etc. Des discussions heureuses et joviales qui contrastaient avec la période. Pour contrer la morosité menaçante, sans aucun doute…

Au bout d’un court moment, Genji finit par lui répondre que ce qui était le plus bizarre étaient les schémas familiaux en France. Chez eux, les enfants partaient dès qu’ils étaient en âge de vivre seuls alors qu’au Japon, ils restaient tous ensemble. Cette seule pensée fit frissonner Laura qui s’imagina déjà vivre avec ses parents jusqu’à la fin de sa vie. Brrr. Heureusement, ce n’était pas le cas ici. Genji lui en avait déjà touché deux mots, lors d’une des nombreuses fois où ils avaient parlé ensemble, mais elle n’imaginait pas que toute la famille vivait dans une seule et même maison. Plusieurs générations rassemblées, personne ne se quittait… Son ami lui sourit en disant qu’il avait eu du mal à s’habituer à cette scission familiale à partir d’un certain âge. Pas de grands-parents, non, en effet. En tout cas, pas chez eux. Laura lui fit un petit sourire, teinté d’un début de grimace, compatissant avec lui mais sincèrement soulagée de ne pas vivre avec sa famille. Elle comprenait cet attachement, oui, mais… Non merci. Pour elle, la famille n’était pas un pilier, très loin de là. En dehors de Jasper, évidemment.

Genji – Chez nous, la mère a une place particulière dans la famille, elle est très respectée et c'est la figure de conseil. Les places de chacun sont beaucoup plus cadrées et bien définies, dans une famille, tout le monde a des droits et des responsabilités, des plus jeunes aux plus âgés. C'est codifié et ça permet à chacun de s'y retrouver, ça instaure une ambiance sereine et cadrée, tu n'es jamais livré à toi-même. Les femmes, une fois mariées, vont vivre dans la maison de leurs maris. Les sœurs de mon père sont toutes parties avec leurs époux, maintenant, il en reste que mes oncles, leurs femmes, leurs enfants et ma grand-mère. Mon arrière-grand-père aussi, enfin, on sait qu'il va bientôt partir à son tour, il est très âgé et fatigué.

Donc, il connaissait toute sa famille et tout le monde avait une place, une épaule, était guidé s’il le fallait… ? Laura entrouvrit légèrement la bouche, essayant d’imaginer ce que devait être la vie au Japon, dans la famille de Genji. Elle comprenait bien mieux les réactions de son tuteur… Et le sentiment de son ami en arrivant en France. Tout était si différent ! En plus de la langue, la famille et sa représentation, ses coutumes changeaient là où, au Japon, le lien familial était très important. Et son arrière-grand-père allait bientôt mourir… Elle s’apprêtait à dire qu’elle était désolée pour lui lorsqu’il précisa qu’ils honoraient les morts selon les traditions Shintoïstes, religion principale du Japon. Lui l’était, son oncle aussi, comme toute sa famille.

Il demanda ensuite, sans transition, si Solène était Chrétienne mais ce n’était pas une vraie question. Si tous étaient Shintoïstes au Japon, tous étaient Chrétiens en France. Enfin, officiellement. Officieusement, Laura savait que la religion était malmenée ces temps-ci, elle-même y croyant de moins en moins avec tout ce qu’elle avait vu et vécu cette année. Pourtant, elle refusait de tout perdre. Convaincue que cette sale période allait finir par s’achever, elle essayait de se raccrocher à ce qu’elle connaissait pour ne pas devenir folle.

Genji – Là où vit ma famille, l'hiver dure presque la moitié de l'année, ajouta-t-il avec un sourire. Il y a beaucoup de collines, des forêts et la rivière Tao, plutôt grosse, qui traverse la région. Il faut que tu poses des questions plus précises si tu veux du concret, je ne sais pas trop quoi te décrire, sinon. En entrant à la maison, tu laisses tes chaussures à l'entrée et tu marches avec des chaussons, en chaussettes ou pieds nus. Les maisons à étages sont très rares et il n'y a que peu de sous-sols, ça sert surtout de réserve ou de cellier.

Laura écoutait attentivement ce que lui disait Genji, fermant parfois les yeux pour mieux voir ce qu’il lui décrivait. Elle observait aussi ses gestes, regardant les couverts lorsqu’il les positionnait pour mieux lui expliquer comment était la maison. Lorsqu’il lui apprit que d’aussi grandes maisons étaient rares, que la leur était de cette taille parce qu’ils descendaient d’une lignée de samouraïs, Laura ne put masquer son étonnement et dévisagea Genji pendant un long moment. Bon, il lui avait déjà dit qu’un membre de sa famille était un samouraï, mais elle ne pensait pas que toute sa famille l’avait été. Des samouraïs ?! Sa famille était… Son grand-père était un samouraï ? Et son arrière-grand-père ? Son père ? S’il n’avait pas été aussi sérieux en le disant, jamais Laura ne l’aurait cru. Des samouraïs… Evidemment, Laura savait qu’ils avaient existé, qu’ils étaient puissants, et tout cela. Mais de là à se douter que la famille Nakajima était une famille d’anciens samouraïs… Elle imaginait bien mieux, d’un coup, l’ambiance au Japon. Le fait que tout soit cadré, la place de chacun, le rôle important que tout maillon de la famille prenait à cœur… Un vrai cauchemar pour une personne maniant le vent. Genji avait vécu comme un oiseau en cage depuis que son don s’était développé. Comme son oncle. Et sans doute tous les autres membres de sa famille qui étaient dotés du don du vent.

Genji – Si tu veux, en vacances, on ira à la station thermale, avec mes petites sœurs. Tu as des questions particulières sur la famille ou autre chose ?

Laura – Oh, c’est une super idée ! Je marche, en tout cas, même si je n’ai aucune idée de ce que c’est précisément. Je n’ai pas les mêmes repères que toi, tu es bien mieux placé que moi pour le savoir avec tout ce que tu as vu en arrivant ici.

Laura lui fit un petit sourire, buvant ensuite un peu d’eau comme elle avait fini de manger. Reposant son verre, elle joua un instant avec, le faisant tourner doucement entre ses mains. A vrai dire, des questions, elle en avait des centaines, toutes plus ou moins précises, touchant à l’un ou l’autre domaine. Mais elle ne voulait pas assommer Genji et essayait de mettre de l’ordre dans ses pensées. Il avait parlé de sa famille descendant d’une lignée de samouraïs, qu’est-ce que ça voulait dire, exactement ? Ils avaient un entraînement particulier, des informations en plus, un peu comme les militaires en France ? Ils avaient un rôle précis ? Et puis, plus généralement, les maisons étaient de quelle taille si la leur était très grande ? Comment faisaient les autres familles qui restaient ensemble, si leur maison était plus petite ? Combien étaient-ils, au final, en comptant ceux qui restaient dans la maison ? Que faisaient les enfants, en plus de l’école ? Est-ce qu’ils avaient des cours de Shintoïsme comme eux avaient des cours de religion ? Bon, une chose à la fois ! Genji était peut-être habitué à ses mille questions et à son enthousiasme, mais Laura devait se contrôler et se maîtriser un minimum. Le pauvre ne s’en sortirait pas, sinon.

Laura – J’ai une bonne dizaine de questions qui se bousculent dans ma tête en même temps, avoua-t-elle avec un petit rire. Mais je vais commencer par une chose simple, et puis ça m’impressionne. Tu as dit que ta famille descendait d’une lignée de samouraïs… Je ne pensais pas que plusieurs avaient été samouraïs. C’est uniquement grâce à cela que vous avez une maison aussi grande ? Et toutes les pièces sont vraiment au premier étage ? Comment vous faites pour disposer d’étendues vertes immenses à ce point, si toutes les familles ont des maisons sur un étage ? En ville, tout est aussi espacé ou c’est très serré ? Je suppose que toutes les familles sont aussi nombreuses, non ? Tu as parlé de rôles mais… Par exemple, qu’est-ce que vous devez faire ? Je suppose que les enfants ne font pas la même chose que les adultes, que vous avez tous un travail un peu particulier selon vos compétences.

Laura s’interrompit, réalisant qu’elle avait posé beaucoup de questions à la suite malgré elle. Elle porta une main à sa bouche, un léger sourire d’excuse aux lèvres. Désolée, elle était curieuse, elle avait envie d’apprendre à découvrir ce pays, elle s’intéressait vraiment au Japon. Après tout, Genji avait été forcé d’apprendre les coutumes de la France, elle pouvait bien faire l’effort d’en apprendre quelques-unes du Japon ! Et puis, elle avait peur de mal faire en arrivant là-bas… Si, vraiment, la famille était importante à ce point et que son oncle maintenait qu’il les avait adoptés en connaissance de cause, qu’ils faisaient tous les deux partie de leur famille aujourd’hui, Laura n’avait pas envie de se faire remarquer. En plus, ils ne partageaient même pas la même religion ! Est-ce que la leur influençait leurs habitudes chez eux aussi ? Allaient-ils à l’église tous les matins, ou son équivalent là-bas ? Priaient-ils ?

Laura – Et est-ce que… Tu pourrais m’expliquer un peu ce qu’est le shintoïsme ? Est-ce que c’est fort différent du christianisme ? Tu as vu que nos habitudes étaient fort liées à la religion, si on va au Japon comme prévu pour les fêtes, je n’ai pas envie de… froisser ta famille. On sait qu’ils… n’aiment pas trop les dons. Jasper et moi, on est très influencés par nos dons, ils ne vont pas nous adorer. Loin de là.

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Genji Nakajima
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MessageSujet: Re: Ça ne s'arrête jamais   Jeu 17 Nov - 12:59

– Oh, c’est une super idée ! Je marche, en tout cas, même si je n’ai aucune idée de ce que c’est précisément. Je n’ai pas les mêmes repères que toi, tu es bien mieux placé que moi pour le savoir avec tout ce que tu as vu en arrivant ici.

Le petit voyage avait en tout cas plu aux filles, cet été, et il savait que ses deux sœurs adoraient ça aussi. Elles étaient comme des poissons dans l’eau, encore assez jeunes pour qu’on leur permette de nager dans les bassins et s’y amuser, au lieu de simplement s’y baigner et profiter des vertus des eaux thermales. Qu’elles en profitent autant que possible, car à partir de onze ou douze ans, ce ne sera plus du tout la même chose. Laura allait sûrement bien aimé, elle aussi, peu de doutes à avoir sur le sujet. Genji lui sourit un peu, la laissant réfléchir aux questions qu’elle pouvait se poser, tout en espérant pouvoir lui répondre comme il faut. En y repensant, lui aussi aurait dû faire ça, interroger son oncle, ou Victoire, ou quelqu’un sur la France, avant d’y partir. Il ne l’avait pas fait uniquement parce qu’il était alors trop en colère et dégoûté d’être ainsi expulsé de chez lui et envoyé sur un autre continent, même avec sa famille, trop furieux contre son père. Il n’avait rien demandé, rien voulu savoir, avait tout découvert sur le tas une fois arrivé dans ce pays. Et aujourd’hui ? Même si la France était un pays plutôt… Comment dire… Assez agité, il avait appris à l’apprécier malgré tout. Il aimait l’ambiance enfiévrée qui régnait ici et qui vous emportait dans une valse constante. Avec les conversations, les journaux, la radio, tout cela, on avait toujours le sentiment que la paix n’était simplement pas permise dans le pays, cela donnait une ambiance générale aussi stressante qu’entraînante.

– J’ai une bonne dizaine de questions qui se bousculent dans ma tête en même temps, avoua-t-elle avec un petit rire. Mais je vais commencer par une chose simple, et puis ça m’impressionne. Tu as dit que ta famille descendait d’une lignée de samouraïs… Je ne pensais pas que plusieurs avaient été samouraïs. C’est uniquement grâce à cela que vous avez une maison aussi grande ? Et toutes les pièces sont vraiment au premier étage ? Comment vous faites pour disposer d’étendues vertes immenses à ce point, si toutes les familles ont des maisons sur un étage ? En ville, tout est aussi espacé ou c’est très serré ? Je suppose que toutes les familles sont aussi nombreuses, non ? Tu as parlé de rôles mais… Par exemple, qu’est-ce que vous devez faire ? Je suppose que les enfants ne font pas la même chose que les adultes, que vous avez tous un travail un peu particulier selon vos compétences.

Et bien, heu… Il devait répondre à tout en même temps ? Un peu perdu, il répondit faiblement au sourire d’excuse que Laura lui adressa juste après, reprenant ce qu’elle lui avait demandé dans l’ordre. Présenté ainsi, on aurait pu croire que Genji arrivait tout droit d’une autre planète ! Il y avait pourtant quelques points communs entre les deux pays. Les familles nombreuses par exemple, toujours plus en campagne et moins dans les grandes villes, c’était les différences entre modes de vie qui produisaient ça. En campagne, il y a besoin de plus de bras, d’enfants pour s’occuper plus tard de leurs parents devenus âgés et assurer leur retraite, et aussi, fait bien connu et plutôt triste, de plus d’enfants car il arrivait souvent qu’il y ait des décès en bas âge. Maladie ou accident, c’était bien loin d’être rare. Au Japon aussi, dans les milieux « moyens » ou pauvres, les décès de jeunes enfants étaient nombreux. La ville offrait plus de possibilités de soins, des hôpitaux et dispensaires, on pouvait mieux y vivre, même si ça restait difficile. Malgré tout, avec les industries s’agrandissant, les moyens de transports qui se développaient, l’avancée progressive de la médecine, les conditions de vie s’amélioraient dans de nombreux pays du monde. On avait aujourd’hui plus de chances de vivre vieux. Enfin, dans les pays sans guerre, bien sûr. Ou qui n’étaient pas sur le point de l’être.

– Et est-ce que… Tu pourrais m’expliquer un peu ce qu’est le shintoïsme ? Est-ce que c’est fort différent du christianisme ? Tu as vu que nos habitudes étaient fort liées à la religion, si on va au Japon comme prévu pour les fêtes, je n’ai pas envie de… froisser ta famille. On sait qu’ils… n’aiment pas trop les dons. Jasper et moi, on est très influencés par nos dons, ils ne vont pas nous adorer. Loin de là.

– Ce n’est pas une… religion dans le sens où tu l’entends. On ne vénère aucun Dieu comme dans le Christianisme. C’est un ensemble de rituels et de moyens qui permettent de rendre hommage aux morts et aux ancêtres, pour faire simple. On croit plus aux esprits habitant toute chose qui vit, qu’on trouve même dans les minéraux. La mémoire des défunts est entretenue, on leur fait des offrandes, on prie nos ancêtres pour qu’ils veillent sur nous. C’est très résumé, pardon. En gros, personne ne croit en l’existence d’un Dieu unique et souverain qui contrôle tout.

Cette idée était très étrange et faisait parti de celles que Genji avait eu le plus de mal à appréhender à son arrivée en France. Un Dieu unique qui avait tout créé ? Impossible à concevoir pour lui. La Terre avait subi des milliards de transformation, dans son cœur, par ses tremblements, par le déchaînement de la nature, par les évolutions biologiques qu’ils ne pouvaient encore expliquer, fautes de moyens. Des découvertes étaient faites tous les jours, des explorateurs partaient et revenaient avec des milliers de nouvelles données, comme l’avait Charcot il y a quelques années, maintenant, un explorateur polaire revenu en 1910 avec des informations dont avait pu profiter la communauté scientifique mondiale. Un seul Dieu aurait-il pu créer tout cela en quelques jours ? Non, définitivement non. Les merveilles de création de la nature ne pouvaient pas être réduites à ça. Genji parlait aussi en agitant un peu les mains pour appuyer ses paroles, plus par réflexe que par réel besoin.

– Les familles sont plus nombreuses en campagne qu’en ville, comme en France. La mienne est considérée comme de la Noblesse, si tu veux un équivalent par rapport à la France. Autrefois, le Japon était gouverné par un Shogun, qui dirigeait plusieurs seigneurs, chacun contrôlant une partie du territoire. Le Shogun, ce serait comme un Roi en France. Chaque seigneur avait une armée de samouraïs, des soldats qui protégeaient ses terres et vivaient selon un Code très strict. Chaque membre d’un clan de samouraï vit selon ce Code et est entraîné à combattre, même les femmes, bien qu’elles ne partent pas au front. Leur caste a été dissolue du temps de mon grand-père. Ce qui fait que seul mon père et deux de ses petits frères, juste un peu plus jeunes, avaient commencé à être entraînés aussi. Kimmitsu n’avait qu’à peine commencé, comme il est le troisième enfant et qu’il était encore très jeune lorsque notre grand-père est rentré définitivement de la guerre, après avoir été gravement blessé. C’est vers cette période-là aussi qu’il a développé son don et que les ennuis ont commencé…

Le jeune homme soupira assez fort, cette fois. Cette histoire-là, il n’avait pu la connaître que récemment, en questionnant son oncle pour enfin comprendre pourquoi il avait tout plaqué, âgé d’à peine vingt ans, pour partir sur un autre continent, seul et sans ressources, là où il ne parlait qu’à peine la langue, en laissant absolument tout tomber et abandonnant derrière lui tout ce qu’il avait connu, coupant les ponts avec ses parents, ses frères et sœurs. Il avait fallu des années avant qu’il ne renoue un semblant de contact avec sa famille. Genji jouait machinalement avec une cuillère, qu’il faisait tourner entre ses doigts, le regard un peu plus sombre.

– Au Japon, tant que tu ne parles pas de ton don et que tu ne t’en sers pas devant les autres, tout va très bien pour toi. Mais pour ceux qui ont le vent, le feu ou la foudre, c’est plus… dur de le garder secret et de ne pas être influencé. C’est pour ça que Kimmitsu a fini par s’opposer de plus en plus à notre grand-père, jusqu’au point de rupture. Il est parti pour la France à même pas vingt ans en laissant tout derrière lui et il a perdu le contact avec sa famille entière pendant des années. J’avais déjà cinq ou six ans lorsqu’il est revenu pour la première fois au Japon. Une de mes cousines était née, elle avait deux ans. Mes sœurs devaient aussi être là, peut-être encore bébés ou sur le point de naître, je ne me rappelle plus. Je me souviens juste que ça a fait bizarre, tu vois arriver à la maison un homme que tu n’as jamais vu et on t’annonce qu’il s’agit de ton oncle. Notre grand-père l’avait renié.

La scène était assez floue dans sa mémoire, même si certains détails l’avaient marqué. Aujourd’hui, il comprenait mieux la gêne latente que chacun avait dû ressentir et aussi que son oncle, et Himako aussi, se sentent mieux au loin. Moins enfermés dans les règles et ce mode de vie. Il y avait quelque chose de profondément libérateur à ne plus se lever chaque matin en se demandant si son pouvoir n’allait pas s’échapper par accident. A ne plus craindre, dans cette école, le regard et le jugement des autres.

– Je ne sais pas grand-chose de ses relations avec notre grand-père… Ni de l’histoire en tant que telle… Je sais simplement que mon oncle ne voulait pas accepter un mariage arrangé ni renier son don. J’imagine que l’arrivée en France a dû être brutale, quand tu débarques dans un pays radicalement différent, où tu ne connais personne, en parlant à peine la langue. Dans ma famille, il y a quand même une partie qui comprend mieux ce genre de pouvoirs et les accepte. Ma tante, deux de mes oncles, mes parents aussi, par la force des choses. Les liens familiaux restent vraiment très important, là-bas. C’est très mal vu de désobéir à tes parents ou à tes aînés et encore plus de les défier. C’est bien pour ça que ça a fait un scandale lorsque Kimmitsu a rejeté les ordres de son père, il y a encore beaucoup de familles proches de la nôtre, au Japon, qui le considèrent comme un fils indigne, il n’est pas le bienvenu dans la région.

Genji eut un faible sourire en marmonnant qu’il en sortait pas du domaine, de toute façon. Même au mariage, son ex-futur beau-père avait fait un petit scandale, avant que Josuke ne le jette dehors, poliment mais fermement. Il raconta la scène à Laura en lui disant que ce type était venu crier sur Kimmitsu, qui avait osé revenir, et sur Solène, une Française, trop jeune, trop différente, qui avait été préférée à celle que son oncle aurait dû épouser il y a des années.

– Papa l’a mis dehors, surtout que, bon, la directrice était là aussi et n’a pas franchement aimé qu’on insulte sa petite sœur. Au moins, elle, personne n’a osé l’insulter… Ma grand-mère ne l’apprécie pas beaucoup, enfin, elle a un… Un truc qui fait que même si tu ne la connais pas, tu n’as pas envie de l’énerver. Même mon père fait un minimum attention avec elle, je te jure que ça relève du miracle. Tu es plus rassurée ? Même si vous avez des dons, ça devrait bien se passer avec la famille. Pour eux tus, vous en faites parti, maintenant que Kimmitsu vous a adopté.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Ça ne s'arrête jamais   Mer 28 Déc - 21:22

Genji – Ce n’est pas une… religion dans le sens où tu l’entends. On ne vénère aucun Dieu comme dans le Christianisme. C’est un ensemble de rituels et de moyens qui permettent de rendre hommage aux morts et aux ancêtres, pour faire simple. On croit plus aux esprits habitant toute chose qui vit, qu’on trouve même dans les minéraux. La mémoire des défunts est entretenue, on leur fait des offrandes, on prie nos ancêtres pour qu’ils veillent sur nous. C’est très résumé, pardon. En gros, personne ne croit en l’existence d’un Dieu unique et souverain qui contrôle tout.

Dit comme cela, avec les gestes de Genji, c’est vrai que le christianisme paraissait très… illogique. Le shintoïsme se défendait, dans ce qu’il croyait, ses principes, même si imaginer que chaque chose, même les minéraux, vive était étrange. Comment un objet pouvait-il être doté d’une conscience ou d’une âme s’il n’avait pas de cœur ou de cerveau ? C’était bizarre. Laura ne remettait pas en cause la religion de Genji, ou peu importe le nom exact qu’on pouvait lui donner, cela jamais, elle acceptait même certains principes qu’il lui expliquait là, maintenant, mais tout n’était pas facile à intégrer ou concevoir. D’autres élèves trouveraient cela insultant et n’hésiteraient pas à enfoncer le jeune Japonais. Pas elle. Laura, au contraire, trouvait cette discussion incroyablement enrichissante et buvait presque les paroles de son ami, ayant délaissé son verre d’eau qu’elle venait pourtant de remplir, le tenant simplement entre les mains. Elle adorait découvrir de nouvelles cultures et passait son temps, en lisant, à imaginer les autres pays et les habitudes de leurs habitants. Alors, ici, quoi de mieux pour apprendre à connaître un peu mieux le Japon que de demander à un Japonais ?

Genji – Les familles sont plus nombreuses en campagne qu’en ville, comme en France. La mienne est considérée comme de la Noblesse, si tu veux un équivalent par rapport à la France. Autrefois, le Japon était gouverné par un Shogun, qui dirigeait plusieurs seigneurs, chacun contrôlant une partie du territoire. Le Shogun, ce serait comme un Roi en France. Chaque seigneur avait une armée de samouraïs, des soldats qui protégeaient ses terres et vivaient selon un Code très strict. Chaque membre d’un clan de samouraï vit selon ce Code et est entraîné à combattre, même les femmes, bien qu’elles ne partent pas au front. Leur caste a été dissolue du temps de mon grand-père. Ce qui fait que seul mon père et deux de ses petits frères, juste un peu plus jeunes, avaient commencé à être entraînés aussi. Kimmitsu n’avait qu’à peine commencé, comme il est le troisième enfant et qu’il était encore très jeune lorsque notre grand-père est rentré définitivement de la guerre, après avoir été gravement blessé. C’est vers cette période-là aussi qu’il a développé son don et que les ennuis ont commencé…

Oh… Laura comprenait mieux le contexte et imaginait un peu mieux la composition des familles là-bas. Portant une main à sa bouche avec un petit air triste et désolé, elle aurait posé la main sur le bras de son ami s’il n’y avait pas eu les assiettes et les verres sur la table, au moins pour le consoler un petit peu. A entendre parler Genji comme cela, on aurait dit qu’il décrivait une histoire fictive avec tous les éléments que l’on peut trouver dans les livres à succès. Pourtant, lorsqu’elle regardait son ami, la collégienne éprouvait de la peine pour lui, le voyant soupirer aussi fort et constatant son regard bien plus sombre qu’il y a de cela à peine quelques secondes.

Si la guerre avait fait revenir son grand-père qui avait été gravement blessé, que les samouraïs avaient été dissous entre son départ et son retour de la guerre, Laura n’osait qu’à peine imaginer ce qui s’était passé entre le « avant » et le « après ». Genji n’avait pas évoqué d’autres personnes, annonçant seulement les problèmes apparaissant avec les dons… S’il avait développé son don précisément à cette période-là, c’est qu’il y avait eu un bouleversement, un problème, un gros choc. Les coïncidences existent peu pour les histoires de dons. Mais la jeune adolescente préférait ne pas songer à ce qui s’était passé… Regardant la cuillère avec laquelle jouait Genji, elle ne releva la tête que lorsqu’il reprit la parole, pensive.

Genji – Au Japon, tant que tu ne parles pas de ton don et que tu ne t’en sers pas devant les autres, tout va très bien pour toi. Mais pour ceux qui ont le vent, le feu ou la foudre, c’est plus… dur de le garder secret et de ne pas être influencé. C’est pour ça que Kimmitsu a fini par s’opposer de plus en plus à notre grand-père, jusqu’au point de rupture. Il est parti pour la France à même pas vingt ans en laissant tout derrière lui et il a perdu le contact avec sa famille entière pendant des années. J’avais déjà cinq ou six ans lorsqu’il est revenu pour la première fois au Japon. Une de mes cousines était née, elle avait deux ans. Mes sœurs devaient aussi être là, peut-être encore bébés ou sur le point de naître, je ne me rappelle plus. Je me souviens juste que ça a fait bizarre, tu vois arriver à la maison un homme que tu n’as jamais vu et on t’annonce qu’il s’agit de ton oncle. Notre grand-père l’avait renié.

Si Genji ne lui avait pas parlé de l’importance de la famille et des liens familiaux au Japon, Laura aurait probablement haussé les épaules ou dit que ce n’était pas très grave. Mais, ici… Elle ne put contenir sa surprise tant elle était choquée d’entendre de telles choses. Leur professeur d’arts martiaux avait simplement écouté son don, il s’était laissé porter et n’aurait, de toute façon, jamais pu faire autrement. Et, à cause de cela, sa famille ne lui parlait plus, son propre père l’avait renié, et il n’avait donc plus de foyer à proprement parler au Japon… Genji avait rencontré son oncle à six ans ! Six ans sans le voir, sans le croiser, sans même en entendre parler d’après ce qu’elle avait pu comprendre.

Monsieur Nakajima avait tout supporté et n’avait jamais plié malgré toutes ces épreuves, il acceptait même d’accueillir son neveu sous son toit alors qu’il aurait pu refuser sans devoir s’expliquer. Uniquement parce qu’il avait un don… Ils ne comprenaient pas, dans la famille de Genji, qu’on ne peut pas réprimer certains comportements ? C’est plus fort que soi, douloureux si on lutte, cela peut même en devenir une véritable obsession. Il n’avait sûrement reçu aucun soutien, aucun guide, et avait été livré à lui-même avec son don sans savoir comment s’en occuper, comment le faire sortir, comment le maîtriser. Était-ce toujours la même chose, aujourd’hui ? Si Genji était ici… Laura grimaça, imaginant la vie au Japon avec beaucoup moins d’envie et d’impatience d’y aller, d’un coup. Elle croisa les bras pour écouter son ami, les frottant pour écarter le frisson qui la parcourait.

Genji – Je ne sais pas grand-chose de ses relations avec notre grand-père… Ni de l’histoire en tant que telle… Je sais simplement que mon oncle ne voulait pas accepter un mariage arrangé ni renier son don. J’imagine que l’arrivée en France a dû être brutale, quand tu débarques dans un pays radicalement différent, où tu ne connais personne, en parlant à peine la langue. Dans ma famille, il y a quand même une partie qui comprend mieux ce genre de pouvoirs et les accepte. Ma tante, deux de mes oncles, mes parents aussi, par la force des choses. Les liens familiaux restent vraiment très importants, là-bas. C’est très mal vu de désobéir à tes parents ou à tes aînés et encore plus de les défier. C’est bien pour ça que ça a fait un scandale lorsque Kimmitsu a rejeté les ordres de son père, il y a encore beaucoup de familles proches de la nôtre, au Japon, qui le considèrent comme un fils indigne, il n’est pas le bienvenu dans la région.

Genji sourit faiblement ensuite en marmonnant que son oncle ne sortait pas du domaine lorsqu’il revenait. En effet, cela valait mieux. Elle-même aurait plus été du genre à sortir pour provoquer volontairement les autres familles mais, venant de son professeur, cette réaction ne l’étonnait même pas. Et dire qu’ils considèrent la famille comme étant très importante… Ils avaient laissé leur enfant partir ! Livré à lui-même dans un pays qu’il ne connaissait pas, ou très peu, et dont il ne parlait pas la langue, ou seulement quelques phrases rudimentaires. Heureusement, ce que Genji venait de lui dire confirmait qu’il avait tout de même été aidé avec son don, que des adultes avaient pu lui expliquer et le rassurer. Du moins, c’est ce que Laura espérait et imaginait en l’entendant.

Attrapant sa fourchette, elle commença à jouer avec et à faire des dessins dans son assiette avec les dents, pensive. Autour d’eux, les élèves continuaient à aller et venir, certains débarrassant déjà la table pour aller jouer un peu dehors avant de retourner travailler – pour les plus sérieux. Une famille refusant les dons. Un père qui renie son fils, une mère qui ne cherche même pas à le retrouver après des années d’absence. Laura sentait qu’elle allait adorer les vacances au Japon… Elle n’osait même pas penser aux catastrophes provoquées par Jasper si personne ne lui avait rien expliqué… Au Japon, il aurait probablement réagi comme leur tuteur. Des rébellions et, dès qu’il en aurait eu l’âge, hop, adieu. Un peu comme ils l’avaient fait, en fait, sauf qu’ils étaient restés dans le même pays et qu’ils avaient été pris en charge par d’autres adultes… Genji décrivit ensuite le scandale

Genji – Papa l’a mis dehors, surtout que, bon, la directrice était là aussi et n’a pas franchement aimé qu’on insulte sa petite sœur. Au moins, elle, personne n’a osé l’insulter… Ma grand-mère ne l’apprécie pas beaucoup, enfin, elle a un… Un truc qui fait que même si tu ne la connais pas, tu n’as pas envie de l’énerver. Même mon père fait un minimum attention avec elle, je te jure que ça relève du miracle. Tu es plus rassurée ? Même si vous avez des dons, ça devrait bien se passer avec la famille. Pour eux tous, vous en faites partie, maintenant que Kimmitsu vous a adopté.

Laura – Je ne sais pas…, dit-elle en grimaçant légèrement et en relevant la tête. J’ai encore du mal à comprendre ça, « vous faites partie de la famille »… Je sais pas, c’est bizarre. On cherchait un tuteur, oui, mais de là à être intégrés à une famille d’une toute autre culture dès l’instant où les papiers étaient signés, c’est… étrange. On a plus de mal à s’y faire que vous alors que c’est vous qui avez le plus de boulot, là-dedans.

Laura en était vraiment reconnaissante mais cette capacité à les accepter la dépassait complètement. Eux avaient besoin de temps, du moins elle, et ne pouvaient pas se considérer pleinement de « la famille » aussi vite. Elle faisait confiance à cette famille, à son professeur, à Genji… A Solène aussi, elle l’avait adorée dès la première minute où elle l’avait rencontrée. Tournant la tête vers la porte du réfectoire, Laura y laissa traîner son regard un moment, regardant sans les voir les élèves retardataires qui entraient encore pour manger. La première fois qu’elle avait vu Solène, c’était au mariage de la directrice, elle était occupée à arranger la décoration florale avec ses propres fleurs. A ce moment-là, la collégienne était loin de se douter que cette femme serait, au final, sa « mère adoptive » quelques mois à peine plus tard. Encore aujourd’hui, elle ne la considérait que comme une amie, plus âgée, certes, mais une amie tout de même, ainsi que Genji. Donc, garder en tête qu’ils faisaient partie de la famille… Et puis, pourquoi les autres les respecteraient-ils en sachant que, justement, c’était le « fils renié » qui les avait acceptés ?

Laura – Il y a un truc que je ne comprends pas… Comment tu peux être sûr que le fait que M… ton oncle nous ait adoptés ne va pas, justement, les pousser à nous apprécier beaucoup moins ? Tu viens de dire qu’il avait été renié et que seuls quelques membres de ta famille semblent encore l’aimer ou le tolérer. S’il y a eu un scandale avec Solène pour une histoire de mariage et de nationalité, il ne risque pas d’y en avoir une avec nous ? Tu connais nos caractères, on n’est pas des adolescents sages, même si on… essaie de faire des efforts. Ça risque de coincer. Un peu. Beaucoup, même, si ta famille apprécie l’ordre et tout ça…

Laura poussa un petit soupir, faisant un geste pour montrer qu’elle était désolée. Elle ne voulait pas l’ennuyer ou le blesser, vraiment pas, mais il y avait certains éléments qu’elle peinait encore à comprendre. Genji était patient et faisait presque un monologue depuis tout à l’heure, mangeant bien plus lentement à cause d’elle uniquement pour lui décrire son pays, son rythme de vie, les coutumes de sa famille, des Japonais… Lui n’avait pas eu le droit à toutes ces descriptions, à autant de renseignements avant d’y aller. Peut-être même était-ce à double tranchant parce que Laura pouvait imaginer quelque chose et être déçue au final. Ou alors, ce serait le contraire. Mais, à vrai dire, ce qui l’inquiétait le plus était de retrouver une famille aussi nombreuse et soudée là où… Eh bien, elle-même n’en avait plus, comme son frère. Ils n’avaient pas les mêmes valeurs, habitudes ni les mêmes repères – pour ne pas dire aucun.

Laura – Désolée, je ne veux pas te blesser, ajouta-t-elle assez vite. C’est seulement que vous paraissez très soudés, malgré les problèmes, et nous… On va venir comme ça, « comme un cheveu dans la soupe », comme on dit ici. On va forcément commettre des erreurs alors que vous nous accueillez. Mes questions tiennent toujours mais… si tu ne veux pas répondre, je comprendrai.

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Genji Nakajima
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MessageSujet: Re: Ça ne s'arrête jamais   Jeu 29 Déc - 13:13

– Je ne sais pas…, dit-elle en grimaçant légèrement et en relevant la tête. J’ai encore du mal à comprendre ça, « vous faites partie de la famille »… Je sais pas, c’est bizarre. On cherchait un tuteur, oui, mais de là à être intégrés à une famille d’une toute autre culture dès l’instant où les papiers étaient signés, c’est… étrange. On a plus de mal à s’y faire que vous alors que c’est vous qui avez le plus de boulot, là-dedans.

Bah, Kimmitsu devait savoir ce qu’il faisait, non ? C’était lui qui avait accepté, il avait sans doute ses raisons, et n’avait même pas hésité très longtemps lorsque la directrice lui avait posé la question, demandant simplement pourquoi lui puis réfléchissant un peu avant d’accepter. Quant à lui, il ne s’était pas non plus posé de questions. D’abord parce que ça ne le concernait pas, et ensuite, lorsque cette affaire avait été menée, il avait bien autre chose en tête et pas le temps de se soucier de ce genre de trucs. Après tout, son père venait de lui apprendre qu’il l’expédiait en France, comme ça, boum, et contrairement à certains, le jeune homme ne voulait absolument pas quitter son pays et encore moins se retrouver forcer de s’intégrer dans ce genre d’école. Soit, c’était très différent de ce qu’il avait imaginé, mais sur le coup, il n’avait eu qu’une impression de rejet pur et simple. Tu n’es pas comme nous et tu n’arrives pas à t’adapter non plus ? Dégage. Même aujourd’hui, il ne pensait pas qu’il parviendra de nouveau à être à l’aise avec son père avant un sacré bout de temps. Et puis, il lui faisait un peu peur.

– Il y a un truc que je ne comprends pas… Comment tu peux être sûr que le fait que M… ton oncle nous ait adoptés ne va pas, justement, les pousser à nous apprécier beaucoup moins ? Tu viens de dire qu’il avait été renié et que seuls quelques membres de ta famille semblent encore l’aimer ou le tolérer. S’il y a eu un scandale avec Solène pour une histoire de mariage et de nationalité, il ne risque pas d’y en avoir une avec nous ? Tu connais nos caractères, on n’est pas des adolescents sages, même si on… essaie de faire des efforts. Ça risque de coincer. Un peu. Beaucoup, même, si ta famille apprécie l’ordre et tout ça…

Quel rapport avec eux deux ? Genji sourcilla un peu, mettant un petit moment à comprendre la question, ou plutôt les questions, alors que Laura soupirait, avec un petit geste du genre « Ce n’est rien, laisse tomber ». Bah, non, il voulait bien lui répondre, par contre, il aimerait aussi savoir d’où elle faisait ce genre de liens, alors que les « responsabilités » de chacun dans cette histoire étaient clairement définies et qu’il lui avait expliqué les sources des crispations. Le problème principal était simple, un enfant n’a pas a provoqué ses parents et encore moins leur désobéir, point final. Son oncle et sa tante avaient passé ça outre, résultat, tous deux aujourd’hui ne revoyaient quasiment plus leur famille et si Kimmitsu y revenait… parfois, à de rares occasions, Himako refusait tout net d’y retourner un jour. Ambiance, ambiance… Lui-même s’était opposé de plus en plus à son père et n’était même pas sûr de ce que ça aurait donné si Josuke n’avait pas fini par l’obliger à lui avouer ce qui le travaillait vraiment depuis des mois, enfin, ce qu’il ressentait réellement et pensait.

– Désolée, je ne veux pas te blesser, ajouta-t-elle assez vite. C’est seulement que vous paraissez très soudés, malgré les problèmes, et nous… On va venir comme ça, « comme un cheveu dans la soupe », comme on dit ici. On va forcément commettre des erreurs alors que vous nous accueillez. Mes questions tiennent toujours mais… si tu ne veux pas répondre, je comprendrai.

– Ce n’est pas vous le problème, tu sais. Que Kimmitsu vous ait adopté ou non, vous restez des enfants et n’avez rien fait de mal, personne n’ira vous reprocher quoi que ce soit et vous aurez le temps de vous adapter tranquillement. Comme Solène, tout le monde l’aime beaucoup, et qui ne l’aime pas, de toute façon ?

Il eut un petit sourire attendri en songeant à sa jeune et nouvelle tante, qui avait réussi à gagner le cœur de toute la famille, même de grand-mère, en deux sourires et un bonjour, rien de plus. Il y avait ainsi des personnes si douces qu’elles parvenaient à se faire aimer du plus grand nombre sans pourtant faire grand-chose.

– Le seul a avoir râlé, c’était l’ami de grand-père, mais il ne pestait pas contre Solène, c’était contre mon oncle parce qu’il lui en veut encore qu’il ait refusé d’épouser sa fille et ait blessé son père, avec son attitude. Enfin… Tout ça, ça appartient au passé, les choses commencent à changer maintenant que la famille commence à mieux comprendre la façon dont naissent et évoluent les dons. De toute façon, même s’il y a des tensions entre les adultes, les jeunes sont tenus à l’écart. Je n’aurai jamais rien su de ce que je t’ai raconté si Kimmitsu ne m’avait rien expliqué, en début d’année. Et il ne l’a fait que parce que je croyais que… Enfin, que mon père me détestait, vu qu’il m’a expédié en France.

En y repensant, il avait sans doute dû choquer pas mal son oncle en lui avouant ça… Mais il avait eu de bonnes raisons. Plus de deux années entières de disputes violentes, un départ forcé dans un pays qu’il ne connaissait même pas, comme Genji aurait-il pu croire autre chose ? Lorsqu’on aime un enfant, on ne le jette pas loin de soit, surtout dans une nation au bord de la guerre. Le jeune homme avait aussi peur de rentrer pour ça, de ne plus se sentir à l’aise chez lui, de ne pas savoir de quoi parler à ses parents ou à ses sœurs, de ne pas être sûr de ce qu’il pouvait raconter ou non, compte tenu de ce qui arrivait ici. Terminant enfin son assiette, il jeta un coup d’œil à sa montre puis à son emploi du temps, plié en cinq dans la poche de sa veste d’uniforme.

– Est-ce que tu veux bien venir avec moi à l’hôpital, au village, après les cours ? osa-t-il demander ensuite. Je n’ai pas envie d’être seul…

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Ça ne s'arrête jamais   Dim 22 Jan - 21:31

Genji – Ce n’est pas vous le problème, tu sais. Que Kimmitsu vous ait adopté ou non, vous restez des enfants et n’avez rien fait de mal, personne n’ira vous reprocher quoi que ce soit et vous aurez le temps de vous adapter tranquillement. Comme Solène, tout le monde l’aime beaucoup, et qui ne l’aime pas, de toute façon ?

Laura sourit en même temps que Genji, attendrie elle aussi en pensant qu’il avait raison. Personne ne pouvait détester Solène… C’était impossible. Elle était douce, gentille, fragile, mais personne ne pouvait la détester. Elle se souvenait encore de la première fois où elle l’avait vue, lui disant un peu trop platement qu’elle était la sœur de la directrice, qu’elle lui ressemblait. Alors que personne ne le savait. C’était pourtant si évident ! Même Jasper avait soulevé la ressemblance, en dehors du sourire qui changeait complètement son visage. Et, plus le temps passait, plus Laura était persuadée que leur tante ne sourirait plus… Ou plus avant des années. Avec tout ce qui se passait, comment pouvait-elle penser le contraire ? Il y avait ennuis sur ennuis, pour l’instant, et les choses n’allaient faire qu’empirer, c’était sûr. C’était comme ça depuis un an, raison pour laquelle Laura avait accepté directement d’écrire dans le journal clandestin. Elle était « une enfant », oui, mais pour ce que cela changeait… Genji aussi était un enfant, et il avait eu des problèmes à cause de son don.

Genji – Le seul à avoir râlé, c’était l’ami de grand-père, mais il ne pestait pas contre Solène, c’était contre mon oncle parce qu’il lui en veut encore qu’il ait refusé d’épouser sa fille et ait blessé son père, avec son attitude. Enfin… Tout ça, ça appartient au passé, les choses commencent à changer maintenant que la famille commence à mieux comprendre la façon dont naissent et évoluent les dons. De toute façon, même s’il y a des tensions entre les adultes, les jeunes sont tenus à l’écart. Je n’aurai jamais rien su de ce que je t’ai raconté si Kimmitsu ne m’avait rien expliqué, en début d’année. Et il ne l’a fait que parce que je croyais que… Enfin, que mon père me détestait, vu qu’il m’a expédié en France.

Il pensait que son père le détestait… ? Laura releva la tête pour regarder son ami, s’apprêtant à riposter avant de se raviser à la dernière seconde. Comment lui reprocher de croire une telle chose ? De son point de vue, c’était légitime. Et Jasper n’aimait pas le père de Genji précisément pour cette raison, ne comprenant pas comment il avait pu l’expédier dans un pays proche de la guerre pour « son bien ». C’était incompréhensible, surtout qu’il devait bien avoir des informations sur la France par le biais de son frère. Non ? Mais il avait quand même fait des choses pour lui. Elle-même, elle… essayait de s’abstenir de tout jugement. Elle avait déjà assez avec leurs propres problèmes de famille, alors s’il fallait se soucier, en plus, de ceux des autres à cause de diverses querelles… Comme le disait Genji, il n’était même pas censé savoir ce qui divisait sa famille, les jeunes étaient écartés.

Tout ce que se disait Laura était que son père avait traversé tout un continent pour retrouver son fils, et ce plusieurs fois. Il appelait, semblait se tenir au courant… Leur propre père n’aurait jamais fait une chose pareille. Mais il n’aurait probablement jamais non plus envoyé son fils dans un pays en guerre. Quoi que… Laura suivit le geste de Genji lorsqu’il consulta un petit papier plié en cinq avant de remarquer qu’il s’agissait de son horaire de cours. C’est vrai qu’ils allaient bientôt devoir y retourner, le temps de midi n’allait pas tarder à se terminer. L’imitant, pour éviter d’avoir à courir après ses amies pour une fois, la collégienne ouvrit son cahier de français pour voir ce qu’elle avait ensuite et dans quelle classe. Une heure d’anglais, ça passerait vite même si ce n’était pas son cours préféré.

Genji – Est-ce que tu veux bien venir avec moi à l’hôpital, au village, après les cours ? osa-t-il demander ensuite. Je n’ai pas envie d’être seul…

Laura – Moi ? Heu…, fit-elle, un peu surprise. Si tu veux, oui, si… ça peut t’aider.

Comme Genji était le neveu du sous-directeur, ils pourraient sans doute revenir sans trop s’inquiéter malgré le couvre-feu. Terminant tard, les heures de sortie étaient assez restreintes et ils n’avaient, en général, que le temps de l’aller-retour jusque Gray en plus d’une demi-heure, maximum une heure. Mais, ici, c’était particulier. Ils ne diraient rien. Enfin, peut-être… C’était une circonstance exceptionnelle, après tout, il était normal que Genji souhaite voir son oncle après ce qui s’était passé. Pour essayer d’alléger un peu l’atmosphère, et le distraire tant qu’ils n’auraient pas plus d’informations, Laura s’efforça d’aborder des sujets anodins et passe-partout qui ne risquaient pas de lui rappeler son oncle ou la situation. Les devoirs, les cours, l’intégration ainsi que quelques plans pour les vacances au Japon, des projets comme le faisaient les autres élèves autour d’eux pour se changer les idées. Le temps de midi touchant à sa fin, cependant, Laura dut le laisser pour rejoindre sa propre classe qui était à l’opposé du réfectoire, se servant un dernier verre d’eau qu’elle avala d’une traite.

Laura – Devant l’entrée de l’école après les cours ? Si tu veux passer un peu de temps avec ton oncle avant le couvre-feu, mieux vaut ne pas trop traîner. A tout à l’heure !

Laura retrouva ses propres amis en sortant du réfectoire, cherchant Antoine des yeux mais réalisant qu’il avait sûrement rejoint sa classe, lui aussi. Il n’était pas du genre à attendre la dernière minute, contrairement à elle qui avait tendance à profiter de chaque instant de la pause de midi. Grimpant les escaliers, sac sur le dos, elle parvint à se frayer un chemin à travers la foule d’élèves pas plus pressés que cela. Tant pis pour eux, la collégienne tenait à faire profil bas cette année pour éviter, au maximum, les histoires. Avec le sous-directeur en tuteur et la directrice en tante, difficile d’envisager une autre conduite… Et puis, la dispute avec Antoine, bien que passée, ainsi que celle avec son frère ne la quittait pas. Elle faisait le plus d’efforts possibles pour qu’ils croient tous les deux qu’elle avait évolué, même si ce n’était pas gagné d’après ce qu’elle avait pu comprendre.

Enchaînant le cours d’anglais avec une heure d’histoire-géographie, Laura ne pensa à rien d’autre qu’aux cours où elle tâchait de participer un minimum, chose rendue facile avec madame Martin. Elle était un peu comme Solène, en fait : personne pouvait ne pas l’aimer. C’était impossible, elle souriait toujours, les motivait et passait son temps à les rassurer sans ignorer ce qui se passait autour d’eux. Et puis, elle était connue pour être une professeure qui conseillait bien les élèves et celle qui en avait aidé plus d’un franchement perdu au moment de choisir son option pour le lycée. Même si, pour le moment, l’orientation ou les cours étaient le cadet de ses propres soucis… Ils savaient tous ce qui se profilait, dehors. Comment penser à étudier ? L’attaque envers le sous-directeur était plus que significative. Et les deux heures de mathématiques après la courte – bien trop courte – pause n’enlevèrent rien à ce sentiment. Où en seraient-ils l’année prochaine, ou même dans trois mois ? Si même leurs professeurs se faisaient attaquer…

Le glas de la délivrance sonna enfin après un interminable après-midi de cours des plus banals, pour une fois. Rangeant ses affaires le plus vite possible dans la limite de ses capacités – c'est-à-dire sans rien renverser –, Laura annonça à ses amies de ne pas l’attendre et qu’elle devait filer pour retrouver un de ses amis, qu’elle allait sans doute passer deux bonnes heures à travailler avant d’aller manger un bout plus tard. Inutile de donner la vraie raison, seul Antoine était au courant – et, du coup, Jasper – parce qu’elle préférait s’assurer que quelqu’un sache où elle se trouvait « au cas où ». Les jours raccourcissaient et, avec les tensions, inutile de prendre des risques pour rien. Descendant les escaliers, saluant quelques amis d’un signe de main, Laura rejoignit l’entrée de l’école et patienta à l’intérieur jusqu’à ce que Genji arrive. Ce qui ne fut pas long.

Laura – Prêt ? Allons-y, inutile de traîner.

Ils quittèrent l’école, le parc, puis passèrent les grilles du Pensionnat pour rejoindre le chemin habituel menant au village. Chemin qu’elle aimait de moins en moins emprunter, bizarrement, mais la collégienne chassa tout souvenir négatif de sa mémoire pour essayer de remonter un peu le moral de Genji. Elle savait qu’il n’irait pas mieux tant qu’il n’aurait pas vu son oncle, même s’il ne semblait pas se laisser aller. Sur le chemin, elle l’interrogea sur les particularités des paysages au Japon, ses endroits préférés, les bizarreries de la France selon lui et ce qu’il ne parvenait toujours pas à expliquer aujourd’hui. Elle lui demanda aussi ce qu’il avait eu le plus de mal à intégrer et comment cela se faisait qu’ils apprenaient le français, dans sa famille, alors que tout un continent les séparait de la France. Ce n’était pas comme l’anglais ou… elle ne savait trop quelle autre langue. D’accord, il avait son oncle en France, mais son oncle connaissait le français avant de venir ici. Traversant le village, ils passèrent par quelques rues silencieuses en dehors des rares personnes occupées à faire leurs achats de dernière minute ainsi que le parc de Gray avant d’apercevoir l’hôpital. Ils se présentèrent à l’accueil, demandant la chambre de l’oncle de Genji avant d’y aller, trouvant la porte assez vite grâce aux indications reçues à l’accueil.

Laura – Vas-y, dit-elle assez bas. Je vais t’attendre ici, je ne bouge pas.

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