Pensionnat de la Ste Famille

1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Un autre torchon

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Kimmitsu Nakajima
Sous-directeur
Professeur d'arts martiaux

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Âge RPG : 42 ans

MessageSujet: Un autre torchon   Sam 13 Fév - 21:19

La camionnette était déjà presque pleine à craquer mais Solène continuait d'y charger des palettes entières de fleurs, remplissant la camionnette. Kimmitsu était venu l'aider au début, avant de rentrer s'occuper de son propre travail. La nuit avait été très bonne, pour la première fois depuis une semaine entière, il n'avait pas été hanté par de nombreux cauchemars. Rentrant dans la maison, alors que ses frères rangeaient les quelques bagages qu'ils avaient, il passa dans le salon pour récupérer lui aussi les documents qu'il avait laissé à traîner. Il était occupé à vérifier son planning pour la semaine suivante lorsqu'une photo attira son attention, sur un coin de la petite table, près des sacs de cours des enfants. Il la prit, voyant qu'il ne s'agissait pas d'une photo mais d'un magazine, avec la directrice en couverture. Surpris, il lut le titre puis les accroches, soupçonnant un journal peu légal. Où les enfants avaient déniché ça ? S'asseyant, il regarda vite fait l'intérieur, voyant tout un article sur la "relation" entre la directrice et le maréchal. Qu'est-ce que c'était encore que ça... Qui s'amusait à écrire ce genre de truc, c'était dangereux ! Il secoua la tête en regardant les photos, sachant que celle de la couverture devait être volée.

Il y avait une autre page sur des "conseils" de survie, qu'il lut rapidement, lèvres pincées. Donc il y avait une petite tribu de gamins, dans cette école, qui jugeait encore que la vie n'était pas assez mouvementée à leur goût et qui en rajoutait avec ce torchon, croyant sans doute qu'il n'y aura aucune conséquence ! Ils devaient penser qu'il n'arrivera rien, si l'armée tombera là-dessus ?! Ils ignoraient toutes les mesures de rétorsion qui pourraient arriver ensuite, les contrôles accrus, la sécurité accrue ? Mais non, ce n'était qu'une bande de gosse qui s'amusait, rien de plus. Ils n'avaient aucune idée des conséquences qu'il pourrait y avoir. Son regard s'arrêta sur une page "mémoire", sans doute la seule sérieuse de ce torchon. Il soupira encore plus fort en voyant la photo d'Emilie, marmonnant entre ses dents que ces gamins n'avaient décidément aucun respect, à se servir ainsi de son image dans un magazine qui se voulait résistant alors que ce truc pourrait conduire à boucler le pensionnat entier. Bon sang... Les gosses n'avaient toujours pas compris qu'on ne jouait pas avec certains sujets ! Il fronça encore plus les sourires en voyant que des professeurs avaient participé à ça, affichant leurs noms sans aucune retenue ni prudence ! C'était... Comment pouvait-on être aussi bête...

Il feuilleta les autres pages, sa gorge s'asséchant encore plus lorsqu'il tomba sur une photo de lui-même. Ces... Il relut quatre fois la même page pour être certain de ne pas se tromper et être sûr de ne pas rêver debout. Il n'arrivait pas à y croire... Il n'y avait qu'une seule personne qui connaissait ces détails-là, une seule personne qui aurait pu participer à ce groupe de crétins imbéciles, une personne dont il n'aurait jamais cru qu'il puisse se laisser entraîner là-dedans. Serrant le poing sur le magazine, il se leva d'un bond, traversant le salon et rouvrant la porte en hurlant "Genji, viens là tout de suite !". Il attendit sur le seuil, furieux, en attendant que son neveu se ramène et vite. Là, il avait de sacrés explications à lui fournir ! Comment avait-il pu entrer là-dedans, après tous les conseils de prudence qu'on lui avait donné ! Ce n'était pourtant pas faute de lui avoir répété en boucle pendant plus d'une heure ! Il ne l'avait pas assez mis en garde, peut-être ?! Josuke arriva le premier, les yeux écarquillés, en lui demandant ce qui se passait. Kimmitsu ne répondit même pas, lançant un regard noir à son neveu puis lui colla une gifle monumentale dès qu'il fut à sa portée.

– Tu peux m'expliquer ça ?! s'écria-t-il en lui jetant le magazine.

Le gamin récupéra de justesse le magazine, tout en portant une main à sa joue devenue très rouge, les regardant tous les deux puis le magazine. Kimmitsu croisa les bras, attendant, de plus en plus impatient, alors que son neveu le regardait à nouveau en tremblant, la bouche entrouverte, puis jetait un regard dans le magazine. Il ne répondit rien, pâlissant au fur et à mesure, finissant par énerver encore plus Kimmitsu qui lui arracha le magazine des mains.

– Alors ?! Tu n'as donc aucun commentaire à faire sur ce torchon ?!

Il n'avait reçu aucune bonne éducation ?! Le professeur ne le pensait pas, pourtant ! Il devrait savoir qu'on ne se mêle pas à ce genre d'embrouille, qu'on respecte la mémoire des morts, qu'on ne piétine pas la vie privée des gens en l'étalant au grand jour, qu'on ne s'amuse pas à colporter des rumeurs, fondées ou non, sur les personnes dans le seul but de leur pourrir la vie ! Imaginait-il seulement les conséquences pour les personnes visées ?! Kimmitsu retint un soupir de rage, lançant qu'il ne pensait pourtant pas qu'il était capable de se laisser entraîner dans ce genre de "projets".

– Je n'ai rien fait, je n'ai pas participé à ça ! s'exclama-t-il aussitôt.

– Et pour ça ?! lança Kimmitsu en lui collant le magazine à la bonne page. D'où cela peut venir, sinon de toi ?!

Son neveu pâlit encore plus en lisant l'article, pendant que son oncle expliquait à Josuke ce qui se passait, le coup du magazine clandestin, les fameux article, l'étalage de sa vie privée au grand jour, et toutes les conséquences que ce truc pouvait avoir. Genji répéta qu'il n'avait rien fait, ni écrit ni rien, il ne s'était pas amusé à répéter tout ça. Son père était tout aussi choqué et furieux, le dévisageant sans rien dire pour le moment. Qu'il cesse de mentir, ces informations ne pouvaient venir que de lui, il était le seul à être au courant, dans ce pays ! Il voulait peut-être faire croire que quelqu'un avait pu lire dans sa tête ?! Participer à ça, on ne pouvait le faire que lorsqu'on n'avait reçu aucune éducation digne de ce nom ! Or, ce n'était pas son cas ! Il ne cessait de le dévisager, parfaitement outré. Il était relativement rare qu'il se mette en colère, ce n'était que lorsqu'on touchait à des cordes sensibles.

– Je ne te crois pas, arrête de nous mentir ! Qui d'autre aurait pu raconter tout cela ? Il n'y a que toi qui connaisses ces informations, tu nous mens au moins sur ce point-là. Sauf si tu affirmes ne rien avoir répété, c'est que tu es l'auteur de cet article.

– Et dépêche-toi de répondre, sinon je te garantis que dès ce soir, tu quittes cette maison.

Genji releva aussitôt la tête, les lèvres tremblantes, puis répondit qu'il n'avait vraiment rien écrit, il avait juste parlé un peu avec Laura et Océane, de ce qui s'était passé à la maison, mais à personne d'autre du tout, jamais. Kimmitsu fronça les sourcils en voyant son air, hésitant à le croire, bien qu'il avait un ton sincère. Il n'avait parlé qu'à Laura et Océane ? Et s'était-il au moins assuré que personne ne les ait espionné ou écouté ?! Ce qu'il pouvait être naïf... Il avait donc vraiment oublié tous les conseils de prudence qu'on lui avait donné jusqu'ici. Kimmitsu ne savait pas ce qui l'indignait le plus, pour le coup. Juste parlé à Laura et Océane... Donc soit une des deux s'amusait aussi avec ce torchon, soit on les avait espionné parce que personne n'avait pris la peine de vérifier qu'on ne les écoutait pas ! Cette année commençait si bien, les enfants étaient tellement plus méfiants et attentifs. Son père soupira après l'avoir regardé un long moment, puis tourna la tête vers lui.

– Je le crois. Genji est un très mauvais menteur et, là, il dit la vérité. Il n'a rien écrit.

– Admettons, lança-t-il d'un ton froid. Donc ça veut dire que tu ne prends même pas la peine de t'assurer qu'on ne t'espionne pas ?! T'avoir répété durant des heures de faire attention n'était pas suffisant ?!

Il récupéra le magazine avec un soupir empli de colère, notant de préciser aussi certaines choses aux deux filles... Et ça allait voler. Il regarda les pages, secouant la tête devant ça, trouvant aberrant qu'on puisse en arriver là sans se soucier une minute des conséquences. Genji avait juste balbutié qu'il était désolé, il n'avait pas fait attention.

– Fiche le camp, marmonna-t-il.

"Pas fait attention"... Il n'avait rien dans le crâne ! Il fila comme s'il avait le diable aux trousses, remontant dans les escaliers pour retourner dans sa chambre, sans doute. Pas fait attention, hein ?! Il ne se rendait même pas compte que ne pas faire attention pouvait amener à bien plus grave que ça ! Il savait ce qui était arrivé l'année dernière, il savait très bien que ça pouvait aller très loin ! Alors pourquoi avoir été aussi bête ?! Il était... Non, vraiment... Josuke grimaça, pendant que son frère refermait sèchement le petit journal, lèvres pincées.

– Ne sois pas trop dur, il... n'est pas habitué à cet environnement. Il fera attention la prochaine fois.

– Je l'avais mis en garde, soupira-t-il. Ses amis aussi !

– Ce sont des enfants... Il sera beaucoup plus prudent, à l'avenir, tu peux en être sûr.

C'était dans son intérêt. Kimmitsu reporta le regard sur le magazine puis le passa à son frère pour qu'il puisse y jeter un regard par lui-même. C'était tout à fait charmant, commencer par jeter de l'huile sur le feu sur un sujet qui n'était pas maîtrisé, à savoir la relation entre le maréchal et Gabriella, puis essayer de faire une analyse de la situation à l'école, en faisant collaborer des professeurs qui n'avaient apparemment pas plus de capacité cognitive que les élèves qui avaient écrits ce truc. Après ce magnifique étalage basé sur du vide, on arrivait sur un article ne concernant que lui, sa vie privée, puis à des rumeurs idiotes n'ayant que pour seul but de pourrir la vie des personnes concernées. Bravo, c'était vraiment splendide, un échec cuisant sur toute la ligne, accompagné en plus de photos volées, ce qui alourdissait encore la situation. Il s'appuya contre le mur en se frottant un peu la tempe, soufflant un peu pour tenter de faire passer la colère. Josuke posa le magazine à coté, très froissé.

– Respire, ce n'est pas le moment pour te mettre dans cet état alors que tu vas mieux. L'intention est bonne, ils ont juste... été un peu maladroits.

– "L'intention est bonne" ? répéta-t-il d'un ton incrédule.

Il se redressa en soupirant, désignant le torchon du pouce avec un air à la fois fatigué et indigné. Ce truc n'avait tout bonnement aucune raison d'exister, tout le problème était là ! Heureusement que Genji n'avait pas osé participer à l'écriture, parce que dans ce cas, il serait parti de cette maison dès cet après-midi, avec son père. Au moins ne serait-il plus mêlé à ce genre d'histoires.

– On ne parle pas de ce qu'on ne maîtrise pas. Ce torchon va encore alimenter les rumeurs sur le maréchal et Gabriella, ce qui va encore apporter d'autres ennuis si la pression monte. La sécurité va être renforcée, les libertés des élèves de moins en moins respectées, sans oublier que les personnes visées par les ragots vont avoir une vie infernale.

– Ça dépend quels ragots... sourit-il. Je trouve celui entre Genji et Océane très mignon. Et ça ne va pas leur pourrir la vie.

Entre Océane et... Oh, peu importe. Il leva les yeux au ciel, préférant s'asseoir car il en tremblait de colère. Il lui faudra un sacré moment avant de pouvoir digérer ça et imaginait déjà la réaction de Gabriella-sama lorsqu'elle allait découvrir ce torchon, ça allait produire du beau. Jouske vint s'asseoir à son tour à côté puis passa un bras autour de ses épaules et le serrer contre lui, en lui disant que ce n'était pas si grave. Kimmitsu lui jeta un regard las, très peu disposé à prendre "ça" avec le sourire, ce n'était tout bonnement pas possible. En revanche, il commençait à culpabiliser d'avoir giflé Genji, ce qu'il finit par avouer dans un souffle. Il s'était emporté, et même si c'était très rare, ce n'était pas une excuse. Son frère s'écarta puis le poussa un peu dans le dos.

– Va lui parler. Il vaut mieux y aller tout de suite, il ne doit pas être bien du tout...

– Oui...

Il récupéra le torchon au passage, partant avec pour retourner voir Genji. Il allait quitter le salon lorsque le lycéen revint tout à coup, très pâle, pleurant un peu. Kimmitsu commença par lui dire qu'il était désolé de s'être emporté comme ça et de l'avoir giflé. Le jeune homme se leva puis vint tout à coup se fourrer dans ses bras, arrachant un hoquet de stupeur à son oncle qui ne sut plus quoi faire, sur le moment. Soit il était vraiment mal, soit il culpabilisait vraiment beaucoup de ne pas avoir été assez attentif. Genji répéta qu'il était désolé de ne pas avoir vérifié et qu'il ne voulait pas qu'il ne lui fasse plus confiance à cause de ça. Kimmitsu marmonna que ce n'était pas le cas, refermant les bras sur lui en posant une main sur sa tête. Il jeta un coup d’œil en coin à son frère, le voyant sourire avec un air attendri. Allez, du calme, c'est bon... Il le serra un peu plus fort contre lui, à la fois las et contrarié.

– Tu peux aller demander à Laura de venir ? demanda-t-il à son frère.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Un autre torchon   Lun 28 Mar - 12:48

La semaine avait été… très longue. Entre la fatigue due aux nuits presque blanches du week-end passé et le journal qu’elle avait aidé à publier clandestinement, Laura était épuisée. C’était peut-être pour cela qu’Antoine avait accepté de la voir à Gray. Elle avait aussi beaucoup insisté pour qu’il passe la prendre chez monsieur Nakajima, l’ayant rassuré du mieux qu’elle le pouvait pour qu’il ne le craigne pas. D’accord, c’est vrai qu’elle-même était toujours terrifiée à l’idée de l’énerver ou de lui parler seul à seule mais, en dehors de cela, le sous-directeur était une des seules personnes en qui ils pouvaient avoir pleinement confiance. Et puis, rester au Pensionnat pour l’instant la mettait mal à l’aise, elle avait besoin de voir Antoine en dehors de l’école, d’être dans une autre ambiance, juste eux deux. Jasper passait une bonne partie de la journée chez Adeline, c’était l’occasion d’être seule avec son petit ami sans qu’il ne soit gêné, non ? C’était un peu à double tranchant vu la… discussion qu’ils avaient eue après sa dispute avec Jasper mais Laura refusait de le fuir pour autant.

Cependant, aujourd’hui, c’était le week-end. Ils pouvaient respirer, se reposer, ne penser aux devoirs et aux cours que le lendemain ou dans la semaine. Elle faisait des efforts pour ne pas déranger Jasper, cherchait des idées ! Mais elle conservait la crainte d’agir en adolescente immature, ce qu’elle ne voulait surtout pas. Le journal publié avec ce militaire était un moyen, pour elle, d’agir concrètement et d’aider les élèves sans se mettre directement en danger. Ils étaient prudents ! Ils ne le distribuaient qu’aux personnes de confiance, à certains élèves et certains professeurs, puis à certains habitants de Gray qui avait prouvé leur implication dans la lutte contre les militaires. Donc, oui, ils étaient prudents, ce n’était pas fait de manière totalement irréfléchie. Et Laura écoutait scrupuleusement les indications du militaire, elle ne devait surtout pas parler, à personne. Ce qui allait être le plus dur, elle le savait, mais elle s’y tiendrait. En attendant, la collégienne devait agir normalement.

M. Nakajima – Genji, viens là tout de suite !

… Ou presque. Laura sursauta, tombant littéralement de son lit alors qu’elle y était tranquillement assise à rêvasser et à lire. Durant l’été, elle s’était souvent mise dans le fauteuil du salon avec un bouquin entre les mains mais, depuis quelques jours, elle préférait largement lire dans un coin isolé et calme, sans que personne ne puisse la voir d’emblée en entrant dans la maison. Moins envie de parler, c’est tout. Se redressant, Laura se massa les coudes et la tête avant de se rapprocher de la porte de sa chambre pour savoir ce qui se passait. Et le regretta aussitôt. Elle posa ses deux mains sur sa bouche pour étouffer son cri, entendant une gifle apparemment très puissante claquer dans l’air. Et son tuteur hurler d’expliquer « ça » avec un bruit de papier froissé. Le cœur de Laura se serra sans qu’elle ne soit capable de faire quoi que ce soit. Non… Ce n’était pas ça. Il y avait sûrement une autre raison. Un devoir raté ou une note ou… Quelque chose. Pourtant, elle avait déposé le journal très discrètement en entrant…

M. Nakajima – Alors ?! Tu n'as donc aucun commentaire à faire sur ce torchon ?!

Il n’avait rien fait ! Genji n’avait pas à subir les foudres de son oncle alors qu’il n’avait strictement rien dit ! Laura fut sur le point de descendre pour défendre son ami mais se ravisa en repensant aux paroles du militaire. Ne pas parler… Elle s’écarta de la porte comme s’il s’était agi du diable en personne, mains sur la tête avec un air déchiré. Elle n’avait pas pensé à cela ! Genji n’y était pour rien, ce n’était pas à lui de se faire engueuler, il n’avait fait que raconter ce qu’il savait de sa famille. Et puis, l’article était gentil ! Laura pensait vraiment que c’était une bonne idée, que cela réconforterait un peu le sous-directeur, même si certains collègues n’étaient pas de son côté. Les élèves l’aimaient bien ! Se mordant les lèvres, la jeune adolescente s’assit par terre, près de son lit, partagée entre aller tout révéler à son tuteur et ne rien dire du tout. Mais elle ne pouvait pas parler. C’était une condition, une question de vie ou de mort, dans ce cas-ci. Si des militaires apprenaient l’existence de ce journal, les élèves ne pourraient plus avoir de conseils.

Laura entendit alors des pas précipités dans l’escalier, la faisant bondir sur son lit et se plonger dans le livre – à l’envers – comme si elle n’avait rien fait, rien dit, rien écouté. Fausse alerte, ce n’était que Genji. Qui pleurait… Elle tourna la tête vers la porte, gorge serrée, se mordant les lèvres en entendant son ami. Désolée… Elle mourait d’envie d’aller le trouver, de lui expliquer, de lui dire qu’elle allait tout révéler à son oncle. Mais elle ne pouvait pas. Cette situation était horrible. En dehors de l’interdiction de parler à qui que ce soit, il y avait l’incendie qu’elle avait provoqué dans le laboratoire de chimie. Elle ne voulait pas que le sujet revienne sur le tapis, elle voulait l’éviter le plus possible et éviter d’avoir droit à une discussion en tête-à-tête avec son tuteur, sous-directeur et professeur. Cependant, Laura n’eut pas le temps de faire le moindre mouvement qu’elle entendit une nouvelle fois la porte de la chambre de Genji s’ouvrir, fronçant les sourcils. Quelqu’un était monté ? Non… C’était l’adolescent qui descendait. Tendant l’oreille, la collégienne retint son souffle, priant pour ne pas entendre de nouveaux cris.

Mais rien ne vint. En bas, le silence régnait à nouveau, ou alors ils parlaient mais à voix modérée, comme dans toute discussion normale. Elle n’entendait rien. Absolument rien. Ce qui la rendait à la fois nerveuse et plus calme parce que cela signifiait peut-être que les choses s’arrangeaient. Que Genji avait convaincu son oncle. Soulagée, un peu du moins, Laura essaya de se replonger dans son livre, couchée dans son lit, son cœur se desserrant petit à petit. Elle avait failli. Vraiment failli. Alors qu’il avait bien insisté sur ce point-là ! Elle était désolée pour Genji. Vraiment. Mais non, elle ne pouvait rien dire, rien du tout, sinon elle risquait très gros. En plus, elle n’était pas sûre que son ami le lui pardonne… On frappa alors à la porte, après un court moment, et Laura se redressa à nouveau en entendant la voix du frère de monsieur Nakajima.

Frère du prof – Laura, est-ce que tu peux venir, s’il te plaît ? Kimmitsu aimerait te parler.

… Grosse. Boulette. Laura pinça ses lèvres, devenant un peu plus blanche malgré elle avant de se reprendre et de hocher la tête. Elle sauta de son lit, déposant le livre sur la petite table de nuit qu’ils avaient dans leur chambre, Jasper et elle, puis descendit les escaliers pour rejoindre monsieur Nakajima dans le salon. Et Genji, dans ses bras, qui avait visiblement pleuré… Un pincement au cœur, elle se mit devant son tuteur, mains jointes sur sa jupe dans une attitude respectueuse sans trop oser le regarder. C’était plus fort qu’elle, il l’intimidait. Elle lui faisait confiance, oui, mais il l’intimidait. Et l’état de Genji n’arrangeait rien. Elle n’avait pas pensé à ça ! Il n’y était pour rien et il subissait toutes les conséquences, la joue bien rouge à cause de la gifle qu’il s’était prise. Désolée. Il était son ami mais elle ne pouvait rien dire, cette fois. Même si elle culpabilisait comme jamais.

Laura – Vous…, commença-t-elle d’une voix rauque. Vous vouliez me parler ?

M. Nakajima – As-tu parlé à quelqu'un qui a écrit ce truc ?, demanda-t-il après avoir soupiré, lui montrant le journal. Ou y as-tu participé toi-même ?

C’était maintenant que Laura passait le « test ». Elle ne pouvait absolument rien dire, non pas seulement pour elle, mais aussi pour la position du militaire qui trahissait véritablement son supérieur en agissant comme cela. Elle ouvrit légèrement la bouche, regardant le journal puis Genji puis fronça les sourcils en tendant la main pour le prendre et le feuilleter. Pas de gaffe. Surtout pas de gaffe. Il n’y avait rien qui annonçait l’article sur le sous-directeur en Une du magazine, elle ne pouvait pas comprendre sans l’avoir feuilleté. Laura fronça les sourcils au fur et à mesure de sa lecture, connaissant déjà le contenu mais devant jouer le jeu. Lorsqu’elle tomba sur l’article concernant son tuteur, elle ouvrit encore un peu plus la bouche et leva la tête en faisant non de manière très vive.

Laura – Je n’ai rien raconté du tout, j’ai seulement parlé avec Genji quand on se baladait… Comme vous m’aviez conseillé de sortir. Je… Je ne pensais pas que c’était grave de parler de la famille.

M. Nakajima – Donc tu n'as pas fait attention alors qu'on te le répète depuis environ dix mois...

Elle faisait attention ! Bon… Heu… Maintenant qu’elle y repensait, d’accord, c’est vrai qu’elle n’avait pas fait spécialement attention à ne pas être écoutée lorsqu’ils avaient discuté de tout cela. Mais ce n’était que la famille ! Et l’article était gentil, en plus. Enfin, mieux valait ne pas donner cet argument, son professeur risquait de mal le prendre. Laura se mordit les lèvres, baissa ensuite un peu la tête en disant qu’elle était désolée. Elle ne pensait pas à mal ! Ce n’étaient que quelques informations et la famille du sous-directeur était au Japon, pourquoi était-ce dangereux d’en parler ? Elle serait plus prudente, à l’avenir, voilà tout. Et retenait de ne pas aborder ce sujet dans le journal…

Laura – Je… Je ferai attention, dit-elle en gardant la tête baissée. J’étais peut-être un peu… distraite quand on en a parlé. Je suis désolée. Ce n’est pas la faute de Genji, il ne savait pas qu’il fallait faire attention.

Désolée. Vraiment désolée, elle ne pensait pas que Genji se prendrait les conséquences de plein fouet. Elle lui lança un petit regard pour s’excuser puis put rejoindre sa chambre, soufflant un grand coup lorsqu’elle ferma la porte derrière elle. Au moins, son professeur l’avait crue. Elle eut quelques minutes de répit avant que quelqu’un ne sonne à la porte et elle descendit, petit sac à dos sur les épaules, avec un grand sourire. Antoine ! Laura referma la porte derrière elle en lançant un dernier regard à Genji, culpabilisant encore, puis prit la main de son petit ami en poussant un grand soupir. Epreuve passée, tout allait bien. Elle pouvait respirer, se calmer. Du caaalme, le professeur n’allait pas hurler à nouveau sur son neveu alors qu’il savait que tout était de la faute de Laura. Elle lança un regard autour d’elle, veillant à ne pas être écoutée même si ses paroles étaient anodines. Le chemin menant vers le centre du village était encore calme, pour l’instant, mais ils entendaient du bruit et pouvaient se douter de l’activité plus élevée près des cafés, restaurants ou bars.

Laura – Merci d’être passé me prendre. Tu es arrivé pile au bon moment… Le prof a vu le journal. Il n’a pas trop apprécié et pensait que c’était Genji qui avait parlé. On n’avait… pas vraiment surveillé en discutant. Je l’ai entendu hurler et c’était… un peu tendu. On peut aller manger un peu plus loin ? Dans un coin… d’où on ne verra pas le Pensionnat à tout moment. Si tu veux bien.

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MessageSujet: Re: Un autre torchon   Ven 15 Avr - 23:56

Les garçons veillaient à ne pas fondre en public, surtout devant les filles, mais une fois à l'abri des regards de ces dernières, plus aucun ne se gênait pour sourire comme des enfants en faisant des souris au fils de Dominique, dans la salle des douches, alors qu'il nettoyait le bébé dans un lavabo, bien trempé malgré les manches relevées et en faisant attention. Antoine sourit lui aussi en regardant le bébé, attendri. Il avait de la chance d'avoir un père comme Dominique, qui avait refusé de le laisser malgré son âge, même si sa mère n'en voulait pas. Se penchant lui-même sur le lavabo, il se passa de l'eau sur le visage, refermant sa chemise puis ajoutant un pull par-dessous, son style du weekend ressemblant beaucoup au style uniforme du pensionnat. Pourquoi se compliquer la vie, de toute façon ? Il devait sortir et, honnêtement, le regrettait déjà. Il aurait été bien mieux à passer la journée à la bibliothèque ou à lire au bord du lac, sans prise de tête. Il était un peu tard pour désengager, maintenant, il n'y avait pas pensé avant. Soupirant, il rajusta son col, l'air un peu norme, se promettant de ne pas traîner, surtout si la conversation le gavait. Plus envie de perdre du temps avec les gamineries, il avait déjà donné.

Florian – On se retrouve ce soir pour le travail de groupe ? Tu rentres à quelle heure, toi ?

Antoine – Assez tôt, dit-il en se penchant pour prendre son sac. A toute à l'heure.

Il partit avec un signe de main en direction de ses amis, mettant son sac en bandoulière puis descendant les escaliers, traversant sans se presser le hall d'entrée puis le parc. Il était à peine midi, pas mal d'élèves se préparaient déjà pour aller manger alors que d'autres s'endormaient à moitié au soleil, traînant dans le parc. Marchant tranquillement, il passa les contrôles habituels au portail avant de prendre le chemin menant à Gray. Sortant un papier de sa poche, il relut l'adresse de la maison du prof et le plan rapide pour s'y rendre qu'il avait dessiné. C'était à l'autre bout du village, en direction du lac, pas très loin de l'aire de jeux et repos où ils étaient allés, une fois. Il lui fallut un eu de temps encore avant d'arriver dans la bonne rue, lisant le numéros des maisons. Celle du prof était presque au bout, un style similaire à tous les autres. Il ne savait pas trop à quoi il s'était attendu, en vérité. Un truc plus "Oriental", même si c'était complètement stupide. Passant le portillon, il sonna à la porte, attendant peu de temps avant que Laura ne vienne lui ouvrir. Il fit la moue lorsqu'elle lui prit la main après être sortie, n'ayant pas le cœur à ça.

Laura – Merci d’être passé me prendre. Tu es arrivé pile au bon moment… Le prof a vu le journal. Il n’a pas trop apprécié et pensait que c’était Genji qui avait parlé. On n’avait… pas vraiment surveillé en discutant. Je l’ai entendu hurler et c’était… un peu tendu. On peut aller manger un peu plus loin ? Dans un coin… d’où on ne verra pas le Pensionnat à tout moment. Si tu veux bien.

Antoine – Normal qu'il n'ait apprécié, dit-il en récupérant sa main et en la fourrant dans sa poche. En plus d'être stupide et irresponsable, ça va amener les militaires à fermer de nouveau le village et l'école. On va pouvoir remercier la bande de débiles qui a fait ce truc lorsque d'autres élèves commenceront à disparaître.

Il trouvait assez aberrant qu'il y ait encore des gens pour avoir des idées pareilles alors qu'il avait déjà été prouvé plus d'une fois que c'était inutile, en plus d'être dangereux. Il ne crachait pas sur l'idée d'un journal clandestin, en revanche, un journal avec un contenu plus utile aurait été bienvenue. Là, dans son état actuel, ça ne valait strictement rien. Aucune information travaillée, aucune aide sérieuse, ce n'était qu'un torchon vide, sans doute écrit par des mioches qui n'avaient même pas réfléchi avant de le publier. L'idée aurait pu être bonne si le résultat n'avait pas été un simple ramassis de détails parfaitement inutiles. Bref, du travail bâclé. Remontant la rue, il se demanda si les petits génies à l'origine de ce torchon allaient être capables de se remettre en question, au cas où il leur viendrait l'idée d'un second numéro.

Antoine – Je trouve ça quand même incroyable, reprit-il d'un ton sombre. Il y a la directrice et le sous-directeur, pour ne citer qu'eux deux, qui font ce qu'ils peuvent et prennent de gros risques pour défendre leurs élèves. Et pourtant, on a encore des imbéciles qui sortent ce genre de "projet", au risque de se faire prendre et donc de ruiner entièrement tout ce que font les adultes qui nous aident chaque jour. A la place de la dirlo, ça me dégoûterait, à quoi bon vouloir protéger des enfants qui font tout pour se mettre volontairement en danger ? C'est comme s'ils lui hurlaient "Meurs donc pour nous défendre, personne n'en a rien à battre". Le manque de respect à ce point-là, c'est hallucinant.

Il soupira assez fort en entrant sur la place du village, agacé contre ceux qui n'avaient strictement aucune gratitude et surtout aucun remord à agir ainsi.

Antoine – Passons, ce sont juste des morveux qui s'amusent comme ils le peuvent. Où veux-tu manger ?
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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Un autre torchon   Jeu 5 Mai - 18:32

Antoine – Normal qu'il n'ait apprécié, dit-il en récupérant sa main et en la fourrant dans sa poche. En plus d'être stupide et irresponsable, ça va amener les militaires à fermer de nouveau le village et l'école. On va pouvoir remercier la bande de débiles qui a fait ce truc lorsque d'autres élèves commenceront à disparaître.

… Ca, c’est fait. Ou « comment être refroidie en une seule leçon » alors qu’elle ne faisait qu’aborder un sujet qu’elle avait jugé anodin quelques secondes auparavant. Pourtant, ils n’avaient pas voulu faire de mal ! Leur but était seulement de détendre un peu l’atmosphère, de faire connaître l’existence de ce journal aux personnes concernées dans un premier temps, puis de donner des pistes concrètes. Ils devaient seulement trouver le moyen de communiquer discrètement au cas où le journal tombait entre de mauvaises mains. Mais jamais, ô grand jamais, ils n’avaient pensé que des réactions aussi vives de la part des personnes qu’ils voulaient aider se feraient sentir. Du moins, elle n’y avait jamais pensé. Et maintenant, Antoine était furieux. Pas contre elle, techniquement, mais sa réaction suffisait à la convaincre de ne rien lui dire. Qu’avaient-ils mal fait… ? Ils n’avaient pas donné ce journal aux personnes douteuses !

Laura resta silencieuse, remontant la rue à côté d’Antoine, mal à l’aise. Elle pensait pouvoir se détendre, elle pensait qu’il ne lui en voudrait plus autant que lors de leur dispute, et elle s’était lamentablement plantée. Pourtant, elle lui avait tout dit. Elle ne lui cachait absolument plus rien, si ce n’est la collaboration à ce journal. La collégienne savait qu’elle ne devait pas se laisser démonter, qu’ils allaient pouvoir s’adapter pour le numéro suivant, poser réellement les bases et montrer l’utilité de ce journal à ceux qui le recevaient. Elle pensait vraiment bien faire avec l’article sur leur tuteur ! Mais, non, la famille… Grimaçant, Laura marcha en regardant où elle mettait les pieds, écoutant toujours Antoine sans oser le contredire. Si elle défendait le journal, elle prenait le risque de se griller et d’en subir les conséquences, dont la perte certaine de son petit ami. Ce qu’elle ne voulait surtout pas.

Antoine – Je trouve ça quand même incroyable, reprit-il d'un ton sombre. Il y a la directrice et le sous-directeur, pour ne citer qu'eux deux, qui font ce qu'ils peuvent et prennent de gros risques pour défendre leurs élèves. Et pourtant, on a encore des imbéciles qui sortent ce genre de "projet", au risque de se faire prendre et donc de ruiner entièrement tout ce que font les adultes qui nous aident chaque jour. A la place de la dirlo, ça me dégoûterait, à quoi bon vouloir protéger des enfants qui font tout pour se mettre volontairement en danger ? C'est comme s'ils lui hurlaient "Meurs donc pour nous défendre, personne n'en a rien à battre". Le manque de respect à ce point-là, c'est hallucinant.

Mais il fallait bien que quelqu’un agisse ! Que quelqu’un aide la directrice et le sous-directeur ! Son frère et Antoine refusaient de la voir côtoyer le danger de trop près, allant même jusqu’à provoquer des disputes à cause de cela, alors comment voulait-il qu’elle agisse réellement ?! Laura refusait de rester les bras croisés à regarder ses amis et ses proches risquer leur vie, voire mourir, pendant qu’elle ne faisait absolument rien. C’est ce qu’il lui avait aussi reproché, non ? De ne pas faire attention aux autres. Eh bien, voilà, elle avait écouté ses reproches, elle faisait quelque chose pour aider, même si cela représentait d’énormes risques. Elle avait confiance en l’équipe du Colonel, elle savait que, si c’était vraiment trop risqué, elle serait mise de côté à cause de son âge. Elle avait été prévenue. Mais Laura voulait aider, même si ce premier numéro était maladroit. Entendant Antoine soupirer en arrivant à la place du village, elle tourna la tête vers lui avec un petit regard triste et choqué. Sincères tous les deux, même si ce n’était pas pour les mêmes raisons que lui.

Antoine – Passons, ce sont juste des morveux qui s'amusent comme ils le peuvent. Où veux-tu manger ?

Laura – Heu… C’est une bonne question, dit-elle après un moment en regardant autour d’eux.

A vrai dire, les paroles et la réaction d’Antoine lui avaient coupé l’appétit mais elle fit mine de chercher un endroit plus vide des yeux pour ne pas être noyé dans la masse. Une terrasse à laquelle il pourrait se détendre serait l’idéal, Laura ne voulait pas imposer ses choix aujourd’hui. Pour elle, cela lui était égal, elle n’était pas bien difficile et acceptait de manger n’importe où, même au bord de l’eau, assise par terre. Oh ! Pourquoi pas ? Ils pouvaient s’acheter des sandwiches et manger près du lac, ou près de la grande fontaine, l’effet de l’eau serait bénéfique sur Antoine. Tout dépendait de ce qu’il souhaitait, elle le laissait vraiment choisir. Il avait vécu indirectement tous leurs problèmes comme ils étaient proches, Jasper, Antoine et elle, et ils ne l’avaient pas ménagé une seule fois. Sauf à la fin, en ce qui la concernait, pour ne pas qu’il s’inquiète. Et, au final… Se mordant les lèvres, Laura chercha des yeux une sandwicherie qu’elle ne tarda pas à trouver à côté d’un vendeur de journaux, un peu plus loin. Aucun risque de voir leur journal là-bas, ils ne l’avaient pas distribué comme cela. La collégienne indiqua l’endroit d’un signe de tête à Antoine avant de désigner la fontaine déserte entourée de quelques bancs et arbres au centre de la place.

Laura – On pourrait s’acheter des sandwiches, d’abord, puis les manger près de la fontaine ? Ou dans l’herbe au bord du lac si tu préfères, pour se détendre. Ou à un endroit que tu adores. Je te laisse décider, je n’ai pas de préférence.

Antoine lui répondit qu’il préférait manger près du lac, étant donné le monde se trouvant déjà sur la place. Oui… Il y avait quelques personnes mais ça allait encore, même si le lac serait sans doute plus tranquille. Peut-être ce moment à deux allait-il lui permettre de se rattraper et de se faire pardonner, même si Laura se doutait qu’un après-midi n’allait pas changer tout un été. Elle hocha la tête avec un petit sourire avant de se diriger vers la sandwicherie la plus proche qu’elle connaissait bien pour y avoir acheté quelques repas durant le mois d’août. C’était bon, pas cher comparé aux autres sandwicheries, et le commerçant était vraiment gentil. Il la gratifia d’un sourire en lui donnant son sandwich et leur souhaita un bon appétit avec un clin d’œil et un regard complice. En temps normal, Laura aurait été contente, de bonne humeur, mais ici, elle était plutôt mal à l’aise. Déterminée à faire plaisir à Antoine, cependant, elle garda le sourire et ils prirent le chemin menant vers le lac.

Laura – J’ai dû tester pas mal de sandwicheries, dans le village, celle-ci est la moins chère et le vendeur est gentil. Ils nous aiment bien, maintenant, je crois. D’après ce que j’entends du moins… Et tu sais que beaucoup d’entre eux soutiennent monsieur Nakajima ? Je pense que c’est grâce à Solène, elle diminue l’impression « c’est un étranger » auprès des gens et beaucoup la connaissent ici. Elle continue à concevoir des bouquets, elle fait des choses vraiment magnifiques ! Tout cela avec des fleurs, de la terre, et de la créativité…

Laura lui sourit à nouveau, touchée par l’attachement de Solène à ce qu’elle faisait. Elle n’avait jamais abandonné, même après tout ce qui s’était passé, et continuait à travailler dur pour son commerce. Sandwich en main, ils descendirent le petit chemin qu’ils avaient emprunté quelques minutes plus tôt pour aller vers le village, faisant attention aux endroits où ils posaient les pieds. Le lac n’était pas très loin, un peu plus en contrebas, et il y faisait sans doute légèrement plus frais grâce à la présence de l’eau. Elle réfléchissait à des sujets de conversation en marchant, toujours aussi décidée à faire attention et à écouter Antoine, pour une fois. Elle ne voulait pas le perdre à cause de ce que Jasper et elle avaient vécu, elle devait faire des efforts, « grandir », comme ils le disaient. Bien que cette phrase résonne encore douloureusement dans sa tête, Laura l’acceptait plus ou moins et prenait sur elle pour ne pas « faire la gamine ». En quelques sortes, la dispute avec Antoine, celle avec Jasper, et le projet du journal avaient tiré la sonnette d’alarme chez elle.

Marchant encore un peu, Laura aperçut enfin le lac au bord duquel seul un petit groupe d’amis était installé et fit un nouveau sourire à Antoine en se dirigeant vers un espace libre au bord de l’eau, en plein soleil. Rien que de sentir l’eau à proximité lui faisait un bien fou, encore plus avec le soleil qui brillait au-dessus d’eux. Ils n’étaient pas loin d’un grand arbre projetant son ombre sur une surface assez large pour eux deux dans l’herbe, au cas où le soleil tapait trop fort. S’asseyant jambes croisées, Laura attendit qu’Antoine s’installe également puis déballa son sandwich avant de lui souhaiter bon appétit.

Laura – Est-ce que tu as pensé à ce que monsieur de la Valière t’a dit, pour la musique ? On n’a… pas vraiment pris le temps d’en parler mais j’ai remarqué que tu adorais ça. Tu chantes vraiment très bien, tout le monde le dit, tu sais ? Je pense que tu as vraiment toutes tes chances dans ce domaine-là.

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