1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 L'eau est paisible

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MessageSujet: L'eau est paisible   Jeu 28 Mai - 9:56

Là, très honnêtement, Antoine ne savait pas s’il avait pitié ou s’il était impressionné. Peut-être un mélange des deux, mêlé à un certain effroi. Il était censé s’entraîner mais il ne pouvait s’empêcher de fixer bêtement sans bouger madame Morin et al dizaine d’élèves autour d’elle, fasciné et effaré. Le feu semblait tourner comme un ouragan autour du groupe, filant et fusant dans tous les sens, crachant des flammèches et des étincelles sur un large périmètre autour, ce qui avait forcé les deux autres classes à se retrancher chacune dans un coin, le plus loin possible. Antoine les regardait courir, sauter, esquiver, foncer, se battre, tout en bénissant encore et encore le ciel pour ne pas être né avec ce don. L’eau, c’était très bien ! Un élément tout doux et tout mignon, tout calme, tout paisible, tout tranquille, sans danger de finir à l’infirmerie à la fin de chaque cours. A pire, ils changeaient de vêtements et se séchaient les cheveux, point final. Bon, hum, il faudrait peut-être qu’il se mette au boulot, là, non ? Mais en jetant un œil autour de lui, il réalisa que les deux classes, d’eau et foudre, fixaient leurs condisciples du feu.

Il s’assit par terre avec la moitié de la classe, appuyé contre le mur, pour juste les regarder. De toute façon, s’entraîner avec une chaleur pareille… Retroussant ses mèches, il s’essuya le front d’un geste, regardant son meilleur ami se battre avec un air blasé. Il se débrouillait bien lorsqu’il s’en donnait la peine ! Mais ses amis allaient encore le récupérer avec cinq ou six bandages et de la crème anti-brûlure partout. Mais le pire, dans tout ça, c’était que leur prof continuait de leur lire son cours comme si de rien n’était ! Elle se battait d’une main et tenait son livre de l’autre, dans le style « tout va bien, pas de problème pour moi ! ». Antoine en était choqué et il ne le cachait pas. Il avait toujours pris madame Morin pour une prof du même genre que la prof d’histoire-géo. Un peu naïve, trop gentille, trop douce, tout à fait incapable de se battre et encore moins d’agresser qui que ce soit. Et voilà qu’il la voyait attaquer et se faire attaquer allègrement, dans une tempête de feu ultra-dangereuse et mortelle. C’était de la folie pure.

Antoine – Elle cache vraiment bien son jeu, cette prof, souffla-t-il à Laura en buvant un peu d’eau. Elle est vraiment puissante, mine de rien, je ne savais même pas qu’elle était capable de se battre comme ça.

Il grimaça un voyant un des plus jeunes reculer d’un bond en frappant sa manche qui s’était enflammée. Allez, une dizaine de pensionnaires de plus pour Adrien dans une heure ! Il soupira en secouant la tête, persuadé que son meilleur ami s’était lui aussi blessé plusieurs fois mais qu’il n’avait pas arrêté pour autant. Ils étaient tous aussi dingues que leur prof ! Puis ça devait être épuisant, à un point incroyable ! Ecouter le cours, plus se battre, plus maîtriser son don, plus esquiver celui des autres, il n’osait pas imaginer la dépense d’énergie. Bon, leur débile de prof de maths pouvait être rassurée ! Elle n’allait pas avoir Jasper en cours l’heure suivante. A moins qu’il ne se soigne assez vite et vienne quand même pour le simple plaisir de l’énerver, ce serait bien son genre. Le cours finit cependant par stopper, pour une pause de dix minutes. Et bah… Se relevant, il s’étira, heureux de posséder l’eau.

Clémentine – Dix minutes c’est tout ? murmura-t-elle. Ça fait combien de temps qu’ils font ça ?

Il haussa les épaules, n’en ayant aucune idée. Eux-mêmes avaient eu un long cours de théorie avant de finir ici pour terminer l’heure avec un peu de pratique. Mais au moins, l’histoire des dons, ils l’avaient écrite tranquillement, assis à leurs bureaux, dans une salle de classe. Personne ne leur avait demandé de la retenir pendant un combat contre la prof au milieu d’un déluge de flammes.

Antoine – Ne va pas t’entraîner par là, dit-il en arrêtant un des plus jeunes du groupe. L’eau conduit l’électricité, je te rappelle. On ne mélange pas les groupes ici, tu reverras tes amis après.

Oui, il parlait comme un vieux prof, et ensuite ? Ça ne coûtait rien d’être un minimum responsable et de faire attention aux plus jeunes ! Il se mit lui-même en place, reprenant son entraînement. Il avait commencé les leçons pour condenser l’eau en nuages et créer ainsi de la pluie. Le plus dur était de créer les nuages, c’était très volatile et difficile à canaliser. Réunir de fines particules de pluie, les rassembler, les obliger à se former et se condenser, toutes ensembles… Tout en s’entraînant, il se poussa de faire de la place à Laura, elle aussi lancée dans ses propres exercices.

Antoine – Tu as vu dans la classe la liste des travaux, pour Gray ? lui demanda-t-il en essayant de créer son nuage gris entre ses mains. On va surtout travailler avec les éléments terre, pour créer du bois. Notre groupe va commencer vendredi après-midi, je crois. Les terminales y vont les premiers, pour aider à poser les bases et créer de la pierre. Ou en extraire, c’est selon.

Voir l’évolution des dons au fil des années le laissait un peu rêveur. Il jeta un œil vers son meilleur ami, qui avait repris l’entraînement, mais pour des exercices plus communs, cette fois, comme eux faisaient, comme les éléments foudre faisaient aussi en ce moment.

Antoine – Samedi aprèm, on pourrait aussi sortir, avec nos amis, pour aller à la zone de loisir. Il fait assez chaud pour se baigner. T’en dis quoi ? Il y a quelqu’un que tu voudrais inviter ?
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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: L'eau est paisible   Lun 1 Juin - 18:09

Laura ne cessait de regarder Jasper qui esquivait, attaquait sa professeure, et… Plein d’autres trucs qu’elle ne comprenait pas, partagée entre l’inquiétude et la fascination. Elle n’avait jamais vraiment assisté à un cours d’élément feu, pas comme celui-ci en tout cas, et ignorait si tous les cours étaient aussi intensifs que celui auquel ils assistaient à ce moment-même. Si oui, elle comprenait sans aucune difficulté l’état de Jasper, d’Océane, et de tous les autres qui revenaient souvent blessés, brûlés, ou encore autre chose. Cette professeure était… Non, non, pas dingue, juste un peu… Mais enfin, donner cours en se battant et en obligeant ses élèves à se battre contre elle !

Jamais Laura n’aurait cru cette prof capable de faire une chose pareille. Bon, elle se doutait de son niveau, imaginait qu’elle devait tout de même être assez puissante vu qu’elle était professeure de l’élément feu, mais… Pas comme ça. Non, elle ne l’imaginait pas donner un cours au beau milieu des flammes, comme si tout était parfaitement normal, alors que tous ses élèves étaient blessés, brûlés. Et le pire, dans tout cela, était qu’ils continuaient le cours sans être perturbés le moins du monde. Océane lui avait même fait signe, lorsqu’ils étaient entrés dans la salle pour s’entraîner aussi. Mais, face à la chaleur ambiante, autant dire qu’ils avaient vite abandonné et s’étaient tous installés par terre pour « admirer » le spectacle. Antoine, à ses côtés, semblait halluciner complètement face à ce qu’il voyait, lui aussi.

Antoine – Elle cache vraiment bien son jeu, cette prof, souffla-t-il à Laura en buvant un peu d’eau. Elle est vraiment puissante, mine de rien, je ne savais même pas qu’elle était capable de se battre comme ça.

Laura fit un signe de tête, montrant qu’elle non plus n’imaginait pas tout cela. Ils étaient à des kilomètres de la vérité et seraient les seuls à le savoir. Même en le racontant aux autres élèves, personne ne le croirait. Cela faisait partie des choses qu’il faut voir pour y croire, sinon pas la peine d’essayer. Et puis, ces derniers temps, les élèves ne clamaient pas trop la puissance de telle ou telle chose, la progression de leur don, par peur de se faire enlever par les militaires dans les jours qui suivaient. Un élève de Seconde s’était extasié face à un exploit incroyable qu’il avait fait en cours, et renouvelé… Puis avait disparu quelques jours, après, sans que l’on sache réellement pourquoi. Officiellement, du moins. Il était revenu, heureusement, mais différent.

Au bout d’un moment, madame Morin finit par annoncer une pause… de dix minutes. Dix… Dix minutes ? Dix minutes seulement ?! Mais ils allaient être complètement épuisés et risquaient d’être gravement blessés si elle ne leur laissait que dix minutes pour se reprendre ! Même leur propre professeure eut pitié d’eux et leur donna de quoi se rafraîchir avec la chaleur qui régnait dans cette sale. L’eau, c’était parfait, Laura jurait de ne plus jamais regretter son don une seule fois dans sa vie. Elle était très bien, en sécurité, avec l’eau. Au moins, ils ne finissaient pas à l’infirmerie à chaque cours et n’avaient pas une professeure comme madame Morin, la leur était gentille, douce, pas de risque de se taper un cours théorique et pratique en même temps.

Antoine – Ne va pas t’entraîner par là, dit-il en arrêtant un des plus jeunes du groupe. L’eau conduit l’électricité, je te rappelle. On ne mélange pas les groupes ici, tu reverras tes amis après.

Laura eut un sourire attendri en entendant Antoine parler, se retenant de dire qu’il faisait « adulte sérieux » lorsqu’il agissait comme cela. Pas de commentaire, non, d’accord, elle avait compris. Et puis, il avait raison, en plus, mieux valait ne pas trop s’approcher du cours de l’élément foudre. Elle n’avait jamais eu cette professeure-là mais préférait rester loin pour éviter de se prendre une décharge de façon complètement stupide. Entre l’élément feu et l’élément foudre dans la même classe… Ils étaient servis.

Laura se redressa et retroussa ses manches pour se mettre au travail. Spectacle terminé, ils devaient avancer ! Et puis, elle devait travailler, les examens approchaient. Elle se concentra d’abord sur les éléments qu’ils devaient maîtriser absolument pour l’examen avant de faire autre chose, lancée dans la création d’animaux qu’elle ne maintenait pas assez longtemps à son goût. Et puis, ils étaient petits, pas assez gros et grands pour la défendre au cas où. Elle savait que ce n’était peut-être pas de son année, mais elle voulait essayer et s’entraîner. Laura se rapprocha d’Antoine qui venait de lui faire de la place, occupé à essayer de former un nuage d’après ce qu’elle voyait.

Antoine – Tu as vu dans la classe la liste des travaux, pour Gray ? lui demanda-t-il en essayant de créer son nuage gris entre ses mains. On va surtout travailler avec les éléments terre, pour créer du bois. Notre groupe va commencer vendredi après-midi, je crois. Les terminales y vont les premiers, pour aider à poser les bases et créer de la pierre. Ou en extraire, c’est selon.

Laura hocha la tête, impatiente de s’exercer sur un autre terrain. Elle n’était pas contente de voir ce qui s’était passé, bien sûr, mais les travaux de Gray allaient rassembler les élèves et, peut-être, faire taire un peu les disputes qui naissaient ces derniers temps à cause de l’ambiance régnant au Pensionnat. Influencée par tout cela, elle restait très souvent avec les mêmes personnes, surtout Jasper et Antoine, pour ne pas être mêlée aux disputes. Elle savait que cette réaction était normale, elle en avait déjà parlé au Père Vilette et lui avait posé des questions, mais… Tout de même, c’était dommage. Une grosse masse d’eau sembla se former, ressemblant vaguement à… rien, en fait. Elle n’y arrivait paaaas ! Fronçant les sourcils et le nez, par la même occasion, Laura fit la moue en levant les bras et en les bougeant comme une idiote, sachant pertinemment que cela ne changerait rien.

Antoine – Samedi aprèm, on pourrait aussi sortir, avec nos amis, pour aller à la zone de loisir. Il fait assez chaud pour se baigner. T’en dis quoi ? Il y a quelqu’un que tu voudrais inviter ?

Laura – Attends, répondit-elle directement avec un air concentré.

Laura lança un regard intense à la forme bizarre qu’elle était en train de créer, fronçant encore plus le nez, se redressant et levant un peu plus les bras vers le haut. Mais alleeeeez, bouge ! Fais une forme, n’importe quoi ! Elle voulait seulement un graaand lion, c’était trop demandé, peut-être ? Elle baissa les bras après un moment, faisant une moue dépitée et déçue. C’était injuste, elle n’y arrivait pas. Il fallait bien qu’elle se défende, pourtant ! Laura se tourna vers Antoine, toujours occupé à s’entraîner, puis se rappela sa question. Quelqu’un qu’elle voudrait inviter… ? Heu… Elle réfléchit un instant. Il y avait bien ses amis, mais en dehors de cela… Oui, il y avait bien une personne qu’elle avait envie d’inviter.

Laura – Pourquoi on n’inviterait pas Victoire ? Tu sais, la lycéenne qui est au cours d’arts martiaux et qui s’est battue contre moi, au tournoi ? Elle était vraiment timide, au tournoi, elle manque de confiance en elle d’après ce que j’ai pu constater. J’ai essayé de la rassurer, mais…

Laura fit un geste las du bras en regardant Antoine. Cela n’avait rien changé, rien du tout, et pourtant elle était sûre qu’en faisant abstraction du stress, Victoire aurait réussi ! Elle avait essayé de l’encourager, lui avait dit qu’elle ne devait pas hésiter… Mais non.

Laura – Je suis sûre que ça lui ferait le plus grand bien ! Sinon, je ne vois vraiment pas, à part nos amis habituels… Passer un après-midi avec vous, en dehors de l’ambiance du Pensionnat, ce sera déjà très bien. Et peut-être que ça l’aidera, elle aussi. Je suis sûre qu’elle est gentille, même si on ne la connait pas beaucoup.

La collégienne se remit en position en parlant, déterminée à réussir à faire de gros animaux. Elle voulait y arriver ! Ce n’était pas si gros que ça, un lion, un petit lion de rien du tout. Pourquoi lion ? Comme cela, c’était le premier animal auquel elle avait pensé. Et puis, on a peur des lions, alors quoi de mieux pour se défendre ? Laura se concentra à nouveau, fronçant toujours plus les sourcils et tirant la langue, cette fois. Mais cette masse restait une masse, rien de plus. C’en était désespéraaaant ! Pourquoi n’y arrivait-elle pas ?

Laura – Je n’y arrive paaas ! Je m’entraîne, pourtant, je veux juste former un animal, un lion, c’est pas gros en plus ! Mais il a une tête bizarre, ça ne ressemble même pas à un lion mais à un… gros tas ou… Je sais pas. Comment je peux me défendre et m’entraîner si je reste incapable de faire des animaux plus élaborés ?!

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MessageSujet: Re: L'eau est paisible   Ven 5 Juin - 8:53

Laura – Attends, répondit-elle directement avec un air concentré.

Il sourit, toujours occupé à former son nuage. Tout le monde s’était lancé dans son entraînement, maintenant que la chaleur infernale retombait peu à peu. Enfin, peu à peu… Quelques élèves de leur groupe s’étaient amusés à arroser les murs d’eau fraîche, ce qui avait produit de la vapeur, puis toutes les fenêtres avaient été très grandes ouvertes pour laisser rentrer un peu d’air. Faire cours à côté des éléments feu était toujours un peu dangereux, mais surtout, on se croirait dans un sauna. Il retint un sourire, compatissant tout de même pour son meilleur ami qui s’entraînait tous les jours comme ça. Il retourna à son nuage, pliant les poignets pour condenser la forme. Il y travailla un long moment avant que Laura ne tourne de nouveau la tête vers lui avec un air frustré. Elle n’y parvenait pas encore ? Un peu de patience, ma belle, personne ne réussit une technique en trois jours ! Et elle était encore au collège, donc encore au stade où la puissance de son don était toujours celle de naissance.

Laura – Pourquoi on n’inviterait pas Victoire ? Tu sais, la lycéenne qui est au cours d’arts martiaux et qui s’est battue contre moi, au tournoi ? Elle était vraiment timide, au tournoi, elle manque de confiance en elle d’après ce que j’ai pu constater. J’ai essayé de la rassurer, mais…

Ah oui, il la connaissait ! Enfin, connaître était un bien grand mot mais il l’avait déjà vu au cours d’atelier et autres. C’est vrai qu’elle était très timide, ça n’avait pas été facile pour elle d’arriver en cours d’année, d’autant plus que les militaires étaient déjà là. Il aimerait sortir avec d’autres personnes qu’il connaissait moins, même si c’était la fin d’année, on pouvait toujours tisser des liens. Antoine n’était pas vraiment du genre « associable », loin de là. Pour lui, si on n’a pas d’amis ou de famille, la vie ne vat clairement pas la peine d’être vécue ! Ses parents lui avaient toujours répété de faire attention à son entourage et de prendre soin de ses amis.

Laura – Je suis sûre que ça lui ferait le plus grand bien ! Sinon, je ne vois vraiment pas, à part nos amis habituels… Passer un après-midi avec vous, en dehors de l’ambiance du Pensionnat, ce sera déjà très bien. Et peut-être que ça l’aidera, elle aussi. Je suis sûre qu’elle est gentille, même si on ne la connait pas beaucoup.

Antoine réfléchit un instant lui aussi, passant en revue les élèves qu’il voyait de temps en temps et ceux qui étaient sympas. Il y avait aussi Fabien, mais comme il venait de postuler pour entrer chez les Guetteurs, Antoine craignait un peu de l’inviter, il avait peur que l’après-midi tranquille ne tourne au règlement de comptes. Pourtant, c’était quelqu’un de très agréable, pas le genre à venir vous provoquer pour le plaisir ni à emmerder son monde. Après tout, tant que personne n’abordait les sujets qui fâchent, tout ira bien, n’est-ce pas ? Il se méfiait tout de même. Il retint un long soupir, se rendant compte ensuite que son pseudo-nuage se dilatait et se concentrant pour le replier sur lui-même. Hum, ça ne ressemblait à rien, il ferait sans doute mieux de la relâcher et de repartir du début. Peut-être qu’en augmentant le poids, cela marcherait ? Quoi que, non, mauvaise idée, il aurait encore plus de mal  contrôler la masse dans son ensemble.

Laura – Je n’y arrive paaas ! Je m’entraîne, pourtant, je veux juste former un animal, un lion, c’est pas gros en plus ! Mais il a une tête bizarre, ça ne ressemble même pas à un lion mais à un… gros tas ou… Je sais pas. Comment je peux me défendre et m’entraîner si je reste incapable de faire des animaux plus élaborés ?!

Antoine – Commence par arrêter de t’énerver, rit-il en se tournant vers elle. Tu n’arriveras à rien si tu t’agaces aussi vite, s’entraîner prend du temps.

Ah là là, cette fille s’emportait aussi vite que son frère, voire plus parfois ! Il allait devenir fou à veiller sur ces deux-là en permanence, mais c’était aussi pour ça qu’il les aimait bien. Il vint derrière elle, puis lui prit les mains, l’aidant à placer correctement ses bras, ses mains, ses doigts, tout en lui remettant de chasser tout sentiment de colère et de respirer un bon coup. Il lui fit répéter les bons mouvements avec délicatesse, plusieurs fois pour qu’elle les imprime dans sa mémoire, lentement.

Antoine – Ne tente pas de créer un masse trop grande dès le début. Le truc, avec les animaux, c’est de d’abord créer des bébés puis les faire grandir et grossier peu à peu. Concentre-toi.

Il continua à lui tenir les mains, attendant qu’elle rassemble ses forces et fasse jaillir de l’eau, formant peu à peu un petit lionceau sautillant et adorable, qui brillait quand il passait au soleil. Il sourit, toujours touché devant ce genre de créations, toujours ébloui par ce don qu’il adorait, si paisible.

Antoine – Prête à en faire un adulte ?
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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: L'eau est paisible   Lun 8 Juin - 10:15

Antoine – Commence par arrêter de t’énerver, rit-il en se tournant vers elle. Tu n’arriveras à rien si tu t’agaces aussi vite, s’entraîner prend du temps.

Elle ne s’agaçait paaas ! Pas trop. Un peu. Oui, bon, d’accord, elle s’énervait, mais c’était normal ! Elle essayait depuis un moment, essayait même toute seule mais n’y arrivait jamais, comme si la technique était mauvaise ou qu’elle oubliait quelque chose. A chaque fois, cela ressemblait à une grosse masse ou un lion qui avait eu un sérieux accident. Mais jamais un lion normal, grand, majestueux comme elle le voulait. Laura fit la moue en regardant Antoine se placer derrière elle. Il allait l’aider ? Vraiment ? Ses lèvres s’étirèrent en un grand sourire et elle se remit correctement, regardant devant elle, prête à écouter les conseils d’Antoine. Donc, que devait-elle faire ?

Plutôt que de lui dire, il lui prit les mains pour les placer un peu plus haut que ce qu’elle faisait elle-même, les bras suivant le mouvement par la force des choses, les doigts y compris. Elle se laissait faire, se concentrant, sa colère s’atténuant grâce à Antoine. Du calme, se concentrer, penser seulement aux gestes et les mémoriser. Il avait ce don, pour la calmer et l’apaiser, qu’elle n’expliquait pas et ne pourrait sans doute jamais le faire. Il était un des rares, avec son frère, à avoir un tel effet sur elle. Laura fronça les sourcils, oubliant ce qui les entourait pour ne se concentrer que sur l’exercice et ce qu’elle devait faire. Répétant les gestes plusieurs fois, elle commençait à les retenir et à pouvoir les exécuter avant qu’Antoine n’oriente ses bras, ses mains et ses doigts. Il était délicat et patient, canalisant son énergie et l’aidant à rester calme.

Antoine – Ne tente pas de créer un masse trop grande dès le début. Le truc, avec les animaux, c’est de d’abord créer des bébés puis les faire grandir et grossir peu à peu. Concentre-toi.

D’abord créer des bébés puis les faire grandir… ? Jamais elle n’y avait pensé. Cette idée ne lui avait même pas effleuré l’esprit alors que c’était logique. Mais soit, se concentrer, ne pas être distraite. Laura suivait les mouvements imposés par Antoine, rassemblant son énergie, ses forces, et fit bientôt faillir de l’eau… qui se transforma progressivement, rapidement, en lionceau qui courait et sautillait partout. La collégienne fit un grand sourire sans oser regarder Antoine de peur de perdre le lionceau tout mignon. Elle avait réussi la base beaucoup plus facilement ! En fait, elle ne faisait pas les bons gestes, se précipitait trop et faisait la moitié des mouvements, pas jusqu’au bout, n’était pas assez patiente. Elle avait retenu, elle ferait attention, serait beaucoup plus patiente. Ou un peu. Oui, bon, elle essaierait. Et maintenant ? Ils allaient le faire vieillir ?

Antoine – Prête à en faire un adulte ?

Laura hocha la tête, impatiente, se retenant de sautiller mais son lionceau faiblit un peu à cause de cela. Oups. D’accord, d’accord, rester concentrée, ne pas se disperser. Elle suivit les mouvements d’Antoine, essayant de les mémoriser en même temps, oubliant à nouveau ce qui les entourait pour ne pas être déconcentrée bêtement. Mais c’était long. Trèèèès long. Elle faisait jaillir de l’eau, répétait les mouvements mais avait l’impression que son lionceau ne vieillissait pas ou très peu. Alors que si, il vieillissait… Mais lentement. Laura faillit perdre à nouveau patience mais se concentra sur Antoine et le lionceau qui était redevenu un peu plus jeune. D’accord, doucement, se concentrer.

Laura – Je sais, je dois rester concentrée.

Laura tira de nouveau la langue, geste automatique lorsqu’elle était concentrée, et parvint à faire vieillir le lionceau progressivement, lentement, sans se déconcentrer. Le lionceau et rien d’autre, de la patience, du temps, ne pas se précipiter. Elle se répétait en boucle ces mots dans la tête en suivant les gestes d’Antoine, voulant parfois aller plus vite mais étant freinée dès que c’était « trop ». Marmonnant, Laura ralentit ses gestes pour continuer à vieillir le lionceau qui ressembla de plus en plus à un lion… qui finit par bondir autour d’eux, devenu un lion majestueux quoi que timide. Mais elle avait réussi ! C’était le début, elle y était arrivée ! Elle se tourna vers Antoine et lui sauta au cou avec un grand sourire avant de le relâcher tandis que le lion s’était transformé en une grande flaque, sa créatrice ne se concentrant plus dessus.

Laura – Merci ! Je m’entraînerai, c’est promis, j’y arriverai plus vite ! Et je serai plus patiente… Enfin, j’essaierai.

Laura avait bien dit « essayer », parce qu’elle savait que sa patience avait des limites. Ce n’était pas sa faute ! Son frère n’était pas très patient, alors elle avait naturellement suivi et grandi en s’habituant à ce que tout aille assez vite. Mais bon, pour l’eau, il fallait de la patience et elle devait éviter de s’emporter et de négliger sa concentration. Elle y arriverait ! Dans quelques jours. Ou mois. Oui, bon, il lui fallait encore un peu d’exercice, Laura parvenait à faire tout ce qu’elle devait et à exécuter les exercices sans problèmes dès le moment où elle restait concentrée.

Le restant de l’heure, elle s’entraîna à faire vieillir un lionceau sans s’énerver, puis d’autres animaux, répétant encore et encore les mêmes gestes en essayant de ne pas s’impatienter. A la fin de l’heure, elle ne devait presque plus se répéter « Reste concentrée » mentalement et parvenait à faire des animaux adultes sans problème. Leur professeure leur annonça que le cours était terminé tandis que les élèves de l’élément feu sortaient pour aller se faire soigner à l’infirmerie, tous dans un piteux état. Jasper allait encore revenir blessé et couvert de bandages ou de crème… Ils avaient l’habitude de le voir comme cela, mais quand même, c’était son frère et ça lui faisait mal de le voir dans cet état.

Laura – C’est dommage, il va louper le début du cours, on ne va pas pouvoir s’amuser…, dit-elle à Antoine en voyant son frère s’éloigner.

Oui, elle l’encourageait à faire des bêtises en maths, et alors ? Leurs cours en commun étaient rares, mais aujourd’hui, ils avaient des ateliers et étaient ensemble. Les autres élèves ne reviendraient sûrement pas pour le cours, mais Jasper, lui, en profiterait sûrement et n’allait pas laisser passer une occasion pareille. Laura attrapa la main d’Antoine, nettement moins enthousiasmée par la perspective d’aller au cours de maths. Elle ne supportait pas cette prof, elle était méchante, cruelle, ne récompensait jamais les efforts, et criait tout le temps. Une voix féminine l’interpella, plus loin, alors qu’ils marchaient dans le couloir pour rejoindre la salle de classe. Mh ? Se tournant, Laura reconnut Julie, une amie de l’élément vent qui avait dû partir en plein milieu du cours avec les autres. Trop dangereux, évidemment, on ne mélange pas le vent et le feu.

Julie – Alors, ça s’est terminé comment ?

Laura – De quoi tu parles ?

Julie – Leur cours, tiens ! Je ne pensais pas que leur prof était si…

Laura – … puissante ? Nous non plus. Monsieur de Sora va encore avoir une dizaine d’élèves en plus en l’espace de quelques minutes. Vous avez eu de la chance de pouvoir partir, la chaleur était insoutenable, on les a regardés s’entraîner jusqu’à ce qu’ils fassent une pause.

Julie – Ca ne m’étonne même pas…

Julie rejoignit d’autres amies au moment où ils arrivèrent devant la salle de classe, puis entrèrent dès qu’ils le purent. Laura s’installa à côté d’Antoine, refusant d’être séparée de lui pour un cours de maths en atelier. En plus, elle n’avait pas le même niveau que lui, donc cela marchait, ils pouvaient travailler et garder une place pour Jasper s’il arrivait. Montrant clairement son manque d’enthousiasme face à ce cours qui s’annonçait, la collégienne se tint la tête avec ses mains, coudes sur le banc. Elle n’avait pas enviiiie… Surtout qu’ils étaient moins nombreux, avec les élèves de l’élément feu. Leur prof n’allait certainement pas les laisser tranquille, hurler encore et encore, et les interroger en refusant leurs réponses. Et dire que les examens approchaient…

Laura – Elle ne peut pas nous faire rater, n’est-ce pas ? demanda-t-elle à Antoine en patientant. J’ai travaillé dur pour rattraper mon retard ! Déjà qu’elle ne nous soutient pas, qu’elle nous enfonce, même, si en plus elle nous empêche de réussir notre année… J’ai l’impression que les profs la suivent et ignorent la directrice. Si c’est la même chose quand ils décident de nous faire passer ou pas… J’admets que je manque peut-être un peu de patience, mais je travaille en maths.

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MessageSujet: Re: L'eau est paisible   Mer 10 Juin - 11:44

Antoine continua à dessiner avec elle les gestes à suivre, concentré sur le petit lionceau. Elle s’était un peu calmé, bien qu’il ignore si c’était par volonté de réussir ou parce qu’elle avait quelqu’un pour l’aider. Si c’était à cause de lui, ce serait assez flatteur. Des amis leur avait dit, une fois, que Jasper avait le don pour énerver les gens alors qu’Antoine avait le don de les calmer. Le lionceau semblait un peu frêle sur ses petites pattes mais il était adorable, dans tous les cas. Les enfants adoraient les bébés animaux, lors des fêtes de village ou ce genre de chose, et le fait qu’ils soient créés avec de l’eau rassuraient leurs parents, qui n’aimaient pas voir un aigle de feu filer au-dessus de leurs petites têtes blondes. Ça pouvait se comprendre, d’autant plus que ce don avait une sale réputation. Le lionceau faiblit tout à coup et il jeta un regard à Laura, baissant la tête. Eh, la miss, on garde sa tête !

Laura – Je sais, je dois rester concentrée.

Il continua à l’accompagner, veillant à ce qu’elle ne cède pas à l’impatience. Le lion avait parfois des têtes bizarres mais au moins il vieillissait peu à peu, grandissant, s’améliorant. Il l’encourageait doucement, la ralentissant lorsqu’elle voulait aller trop vite. C’est avec la foudre qu’il fallait des gestes vifs ! Eventuellement avec le feu mais certainement pas avec l’eau, ne mélangeons pas tout. Lorsque le lion eut atteint une taille raisonnable, il relâcha doucement les mains de Laura pour qu’elle le fasse courir autour d’eux toute seule. Elle finit par lui sauter en cou en laissant retomber sa création, alors qu’il avait un petit rire. Le lion retomba en une grosse flaque, alimentant la marée qui se formait sous les pieds des élèves, comme à chaque cours de leur élément.

Laura – Merci ! Je m’entraînerai, c’est promis, j’y arriverai plus vite ! Et je serai plus patiente… Enfin, j’essaierai.

Il lui tapota l’épaule pour l’encourager puis revint à son propre entraînement. Il leur restait peu de temps, étant donné qu’ils avaient eu un cours théorique avant, mais assez pour s’exercer encore un moment. Il finit par réussir à créer un nuage assez petit, qui dura peu de temps, mais c’était un début. Julien fondit un moment sur son « bébé nuage » en se fichant de sa pomme, alors qu’Antoine lui filait un coup de coude en faisant semblant d’être affreusement vexé. Il était très bien, son bébé nuage ! Pas très gros, soit, mais en lui donnant le biberon tous les jours, il allait grandir. A la fin de l’heure, ils partageaient tous dans une immense flaque d’eau, dans leur coin « réservé » de la salle d’entraînement, où le sol avait été creusé pour former une sorte de petite bassin, afin d’évacuer l’eau plus rapidement dans les conduits, fermés par des grilles. Ce système permettait aussi de ne pas laisser traîner trop d’humidité, surtout quand les éléments foudre s’entraînaient à côté.

A la fin du cours, il alla récupérer son sac sur les bancs de la salle, secouant ses chaussures pour enlever un peu d’eau. Les élèves de madame Morin sortirent les premiers, sans doute pour se rendre à l’infirmerie. Il allait encore manquer des élèves pour l’atelier de maths, la prof allait piquer une crise d’hystérie, elle avait horreur qu’il y ait des absents, surtout pour les ateliers. Enfin, il était possible que Jaz et Océane viennent quand même. Il était rare qu’il loupe un cours de mathématiques, tant il adorait provoquer la prof. Antoine lui avait déjà plusieurs fois de se calmer, il pouvait très bien rater son année à cause de ça après tout. Les examens, ici, étaient durs et un seul échec pouvait vous faire redoubler ! S’il ne voulait pas rester en seconde, il devait être un peu plus sérieux en maths, ou au moins pendant les examens.

Laura – C’est dommage, il va louper le début du cours, on ne va pas pouvoir s’amuser…, dit-elle à Antoine en voyant son frère s’éloigner.

Elle lui prit la main en sortant de la salle, alors qu’ils descendaient au premier étage. Il aurait préféré avoir cours de sciences, franchement. Le prof était très sympa, il expliquait bien et il communiquait de la bonne humeur à tout le monde depuis son mariage. Antoine avait trouvé sa demande ultra-romantique, c’était magnifique ! Un parc ensoleillé, un lac, des témoins, une bague, de l’amour, c’était très beau. Bon, oui, il était un peu fleur bleue, et ensuite ? En plus de ça, tout le pensionnat savait qu’il draguait la directrice depuis des années donc c’était pas mal qu’il l’ait enfin épousé. Un peu d’amour dans ce monde de fous ne fait pas de mal. Il déposa son sac sur une table au fond de la classe, près du mur, alors que tout le monde discutait encore, en attendant leur professeur. Il mourait déjà de faim, les cours d’élément vous prenaient toujours une énergie monstre et il n’avait pas beaucoup mangé ce matin. Il s’assit en rêvant au repas du midi, gardant une place pour Jasper au cas où il arriverait.

Laura – Elle ne peut pas nous faire rater, n’est-ce pas ? demanda-t-elle à Antoine en patientant. J’ai travaillé dur pour rattraper mon retard ! Déjà qu’elle ne nous soutient pas, qu’elle nous enfonce, même, si en plus elle nous empêche de réussir notre année… J’ai l’impression que les profs la suivent et ignorent la directrice. Si c’est la même chose quand ils décident de nous faire passer ou pas… J’admets que je manque peut-être un peu de patience, mais je travaille en maths.

Antoine – Bah, si on rate une seule matière, on redouble, c’est dans le règlement, ça, répondit-il en tournant la tête vers elle, haussant les épaules. Si on se tape un deux en maths, c’est raté, oui, mais il y a pas de raisons. Les résultats sont revus avec tous les profs, donc si les autres voient que la hyène a corrigé trop dur ou rabaissé certains exprès, ça se verra et il n’y aura pas d’échec pour l’année.

Il s’interrompit lorsque la prof entra, claquant la porte derrière elle, ce qui fit taire tout le monde d’un seul coup. Heureusement qu’ils avaient atelier car aujourd’hui, il doutait d’avoir assez de patience pour deux heures de théorie sur fond de hurlements et de punitions. Ils se mirent assez vite en groupe de travail, bougeant les tables et les bancs en bois. Il sortit un nouveau cahier pour la prise de notes, souriant à Olivier et Céline qui les avait rejoints dans le groupe.

Antoine – Au fait, Laura, vous avez déjà un truc prévu pour cet été ou pas ? Mes parents sont d’accord pour que j’invite des amis. J’habite en Poitou-Charentes, dans un village au bord de l’océan. Jasper est déjà venu mais toi, non, ça te dirait ?

Olivier – Ou comment draguer la sœur de son meilleur ami en l’invitant sur la plage le soir avec un beau coucher de soleil, rit-il en regardant si la prof n’était pas à côté. T’as pas honte ?

Antoine – Même pas, mon vieux. Puis je te dis rien, toi, quand tu dragues Lily ! Tu l’avais bien invité le soir près du lac avec un « beau coucher de soleil ».

Olivier – Ouais, ce fut ce jour qu’elle m’a dit qu’elle préférait les filles, dit-il d’un ton tellement malheureux que ça en devenait théâtral. J’ai mis trois semaines pour m’en remettre, j’avais trop rêvé d’elle.

Il ne put s’empêcher de rire, plaquant une main sur s abouche pour rester discret, puis pencha très vite sur son cahier et les feuilles d’exercices lorsque la prof passa à côté de leur groupe. Il attendit qu’elle soit éloignée avant de tourner discrètement la tête vers Laura.

Antoine – Donc ça te dit ? Je te promet d’enfermer ton frère dans un placard avant d’aller te draguer sur la plage.
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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: L'eau est paisible   Jeu 11 Juin - 13:16

Antoine – Bah, si on rate une seule matière, on redouble, c’est dans le règlement, ça, répondit-il en tournant la tête vers elle, haussant les épaules. Si on se tape un deux en maths, c’est raté, oui, mais il y a pas de raisons. Les résultats sont revus avec tous les profs, donc si les autres voient que la hyène a corrigé trop dur ou rabaissé certains exprès, ça se verra et il n’y aura pas d’échec pour l’année.

La professeure entra juste après en claquant la porte et en hurlant, comme d'habitude. Laura en avait déjà marre mais ne disait rien, ils avaient les ateliers aujourd'hui et ne devraient pas subir deux heures de théorie durant lesquelles elle passerait son temps à leur hurler dessus. Ils s'installèrent assez vite en groupe, avec deux amis d’Antoine qui vinrent s'installer avec eux. Il fallait absolument que cette prof se calme, très sincèrement. Tout le monde l'aimerait beaucoup plus ! Mais bon, maintenant, c'était trop tard. Tout le monde l'avait cataloguée et la détestait. Sauf peut-être quelques rares élèves qui réussissaient à avoir leurs points à son cours. Laura soupira en s'installant, espérant vraiment ne pas rater à cause de maths. Elle faisait des efforts !

Sortant son cahier en même temps qu'Antoine et les autres, Laura eut un maigre sourire en se disant qu'Antoine avait sûrement raison. Les professeurs parlaient entre eux et ne feraient pas doubler un élève qui avait vraiment travaillé toute l'année. C'était évident. En tendant un peu l'oreille, la collégienne constata qu'elle n'était pas la seule à s'inquiéter. Les autres groupes, autour d'eux, parlaient aussi de l'examen et semblaient avoir peur. Bah, elle faisait confiance à Antoine. S'il lui disait qu'en travaillant, tout était possible, et que les profs parlaient des résultats, elle ne devait pas paniquer.

Antoine – Au fait, Laura, vous avez déjà un truc prévu pour cet été ou pas ? Mes parents sont d’accord pour que j’invite des amis. J’habite en Poitou-Charentes, dans un village au bord de l’océan. Jasper est déjà venu mais toi, non, ça te dirait ?

Cet été ? Pourquoi pas, elle n'avait jamais vu où habitait Antoine et ça pourrait être sympa. En plus, il y avait l'océan juste à côté ? Ce serait génial ! Ils pourraient sortir, se balader, prendre l'air... Et elle pourrait continuer à le voir sans être séparée de lui pendant deux longs mois. D’accord, ils se voyaient, mais ce n’était pas la même chose qu’au Pensionnat où ils passaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre ensemble. Et elle pourrait aussi rester avec Jasper sans se faire réprimander par ses parents, comme ils le faisaient à chaque fois qu'ils riaient ou s'amusaient. Enfin, moins maintenant qu'avant, mais tout de même.  Ils n'avaient rien prévu, non, et son frère accepterait sûrement d'y aller, tout était mieux que rester deux mois entiers chez eux, à Paris, sans rien faire. Elle n'en avait pas du tout envie, imaginant sans peine les deux mois d'horreur qu'ils vivraient chez eux. Laura allait hocher la tête, un grand sourire aux lèvres, lorsqu’Olivier intervint à son tour.

Olivier – Ou comment draguer la sœur de son meilleur ami en l’invitant sur la plage le soir avec un beau coucher de soleil, rit-il en regardant si la prof n’était pas à côté. T’as pas honte ?

Antoine – Même pas, mon vieux. Puis je te dis rien, toi, quand tu dragues Lily ! Tu l’avais bien invité le soir près du lac avec un « beau coucher de soleil ».

Olivier – Ouais, ce fut ce jour qu’elle m’a dit qu’elle préférait les filles, dit-il d’un ton tellement malheureux que ça en devenait théâtral. J’ai mis trois semaines pour m’en remettre, j’avais trop rêvé d’elle.

Antoine commença à rire et étouffa immédiatement le son avec sa main pour ne pas alerter la professeure. Bon… Voilà, voilà. Laura n’était pas du genre timide, encore moins gênée, mais tout de même ! Elle ne parlait pas de cela devant ses amies. Peut-être était-ce simplement une différence fille-garçon, mais elle hallucinait toujours en voyant des choses comme cela. Elle lança néanmoins un regard compatissant à Olivier, essayant d’imaginer ce qu’il avait dû ressentir lorsqu’il avait entendu cela. Le pauvre, il avait tout imaginé et… Paf, d’un coup, en plein milieu d’une scène romantique, la fille qu’il aimait lui révèle qu’elle n’est pas attirée par les garçons. C’était très rare, en plus ! Oui, certaines de ses amies en avaient déjà parlé, l’avaient avoué, mais il n’y en avait pas plus de deux ou trois. Et encore. Les autres parlaient immédiatement sur leur dos en disant que c’était choquant et contre nature, que ces filles ne pouvaient pas aimer d’autres filles.

Madame de Sora passa, à ce moment-là, à côté de leur groupe et ils se turent tous immédiatement, se penchant sur leurs exercices. Au moins, on ne pouvait pas lui reprocher de problème de discipline, elle gérait cela à merveille. En dehors des problèmes qu’elle avait avec les élèves, en dehors de ses explications foireuses, en dehors de sa cotation sévère, en dehors de… Bref. C’était le seul point positif, même s’ils n’avaient pas spécialement besoin de cela. Ils écoutaient ! Ce ne fut que lorsqu’elle s’éloigna enfin qu’Antoine tourna à nouveau la tête vers elle très discrètement.

Antoine – Donc ça te dit ? Je te promets d’enfermer ton frère dans un placard avant d’aller te draguer sur la plage.

Laura lui sourit en réprimant un rire, à son tour, puis reporta son regard sur sa feuille en voyant que la prof n’était pas loin – à nouveau. Qu’elle parte, ils travaillaient ! Dès qu’elle s’éloigna pour aller hurler sur un autre groupe qui « ne travaillait pas, chuchotait, parlait, faisait n’importe quoi », Laura redressa la tête pour regarder Antoine, un sourire aux lèvres.

Laura – Bien sûr ! Et je te promets de ne pas tout gâcher en te disant que je préfère les filles.

Son sourire s’agrandit tandis qu’elle étouffa un éclat de rire. Chut, pas de bruit, d’accord, compris. Elle essaya de se reconcentrer sur l’atelier mais elle n’y comprenait rien, cette fois. Demandant de l’aide aux autres du groupe, Laura plaça l’exercice devant eux en leur expliquant son raisonnement, ce dont elle était sûre ou moins sûre, l’endroit où elle bloquait… Tout y passait, mais vraiment, elle ne comprenait pas. Trop de chiffres, trop chaud, trop de… « trop ». Après avoir planché une éternité sur cet exercice en groupe, Laura porta ses mains à sa tête, s’appuyant dessus d’un air désespéré. Elle détestait les maths. Mais vraiment !

Laura – C’est comment, chez toi ? demanda-t-elle d’un coup à Antoine. Jasper m’a seulement raconté ce que vous faisiez, parfois, mais j’ai du mal à imaginer à quoi ça ressemble.

Oui, la résolution « rester concentrée » s’était envolée, et alors ? Ils avaient plus ou moins réussi l’exercice, c’était logique en tout cas. Madame de Sora trouverait sûrement quelque chose à redire et barrerait tout, comme d’habitude, mais ils avaient au moins le mérite d’essayer et étaient persuadés d’apprendre un peu plus à chaque fois. Seuls, mais c’était mieux que rien.

Laura – Est-ce qu’on pourra aller dans l’Océan ? Vous faites quoi, pendant les vacances ? Jasper n’est pas mal à l’aise avec l’océan juste à côté ? Et tu es sûr que ça ne dérangera pas, si je viens aussi ? Je ne pense pas qu’il refusera, on préfère mille fois plus aller chez toi que de rester chez nous… Mais comme ce sera la première fois… J’ai des doutes. Enfin, sauf s’il veut voir Adeline…

Non, elle ne lui faisait pas confiance. Pas le moins du monde. C’était plutôt de la cordialité, de l’amabilité. Laura lui disait bonjour sans hypocrisie et restait gentille avec elle pour ne pas blesser son frère, mais intérieurement, elle se méfiait plus que jamais. Ce n’était pas sa faute ! Elle avait peur. Peur qu’elle ne le retourne, qu’il ne sache plus quoi penser… Peur de le perdre, tout simplement.

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MessageSujet: Re: L'eau est paisible   Lun 15 Juin - 10:02

Il s’interrompit en voyant de nouveau passer la prof et pencha la tête sur sa feuille en griffonnant quelques chiffres. D’un coup, il avait l’impression de faire comme Jasper lorsqu’il s’endormait à moitié sur sa table, faire semblant d’écrire dès que la « hyène » approchait. Il était devenu pro, là-dedans, ayant développé de sacrés réflexes avec le temps. Le plus terrible, c’est qu’il arrivait, lorsqu’il le voulait vraiment, quand ils faisaient leurs devoirs ensemble, il s’appliquait et ils s’en sortaient sans trop de difficulté. Et pourtant, en cours, il n’arrivait pas à travailler, complètement bloqué par la prof… Alors qu’il aimait vraiment les maths, même s’il ne l’avouera jamais à haute voix. Antoine mordilla son crayon, rendant son sourire à Laura.

Laura – Bien sûr ! Et je te promets de ne pas tout gâcher en te disant que je préfère les filles.

Il lui lança un clin d’œil , baissant la tête pour ne pas se faire allumer par la hyène. Pauvre Olivier, quand même, s’entendre balancer ça… Il avait passé des mois à parler de cette fille et à baver sur elle, puis le jour où il saute enfin le pas et se déclare, elle lui avoue qu’elle a des vues sur une autre fille. Il ne l’avait avoué qu’à ses amis proches, par respect pour elle et pour qu’elle n’ait pas d’ennuis avec d’autres élèves, mais il avait eu du mal à s’en remettre. Ils se remirent à l’exercice et Antoine prit le relais pour le second exercice. Lui aussi aimait vraiment beaucoup les mathématiques, pas la prof qui les enseignait, évidemment, mais il aimait toute cette réflexion, la logique à avoir. Tout s’emboîtait parfaitement, il n’y avait pas moyen de se tromper une fois que l’on avait compris la marche à suivre. Céline était à l’aise, elle aussi, expliquant la marche à suivre avec lui pour Olivier et Laura. Mais chacun son truc, après tout. Après les vacances, Antoine aimerait bien prendre une option. Il y avait des cours de musiques, de chant, de dessin, etc. Des cours donnés par des personnes de Gray, le plus souvent, qui venaient deux ou trois heures par semaine, souvent le samedi matin, pour gagner un peu d’argent.

Laura – C’est comment, chez toi ? demanda-t-elle d’un coup à Antoine. Jasper m’a seulement raconté ce que vous faisiez, parfois, mais j’ai du mal à imaginer à quoi ça ressemble.

Heu, comment expliquer ça simplement… Il avait le défaut de toujours vouloir trop en dire lorsqu’il décrivait son village natal et sa famille. Il y avait trop de détails, aussi ! Entre sa famille, le village, ses habitats, le port et l’océan, la plage… Comment décrire tout cela sans saturer la personne en face ? Il mordilla à nouveau son crayon, réfléchissant rapidement à la façon d’aborder les choses. C’était vaste, comme question ! Olivier se baissa tout à coup à son tour, prenant un air bien trop concentré pour être honnête, après avoir croisé le regard de la prof au fond de la salle de classe. Dieu qu’ils étaient tous très concentrés, c’était fou. Enfin, il était mauvaise langue, Céline travaillait sérieusement… sur un sudoku qu’elle était en train de construire.

Laura – Est-ce qu’on pourra aller dans l’Océan ? Vous faites quoi, pendant les vacances ? Jasper n’est pas mal à l’aise avec l’océan juste à côté ? Et tu es sûr que ça ne dérangera pas, si je viens aussi ? Je ne pense pas qu’il refusera, on préfère mille fois plus aller chez toi que de rester chez nous… Mais comme ce sera la première fois… J’ai des doutes. Enfin, sauf s’il veut voir Adeline…

Ah oui, juste, c’est vrai qu’il flirtait avec Adeline, en ce moment ! Il voudra sans doute passer la voir pendant les vacances. Elle habitait à Gray, elle, c’est ça ? Ou ailleurs ? Jaz avait dû le lui dire mais il ne se souvenait plus… Elle… Ah, si, son père était militaire ! Elle devait vivre à la caserne, alors, près du village, il avait vu qu’il y avait quelques immeubles pour les familles des militaires. Jaz et Laura auraient pu vivre dans une des casernes à Paris, eux aussi, c’était juste leur père qui avait installé sa famille dans une maison à part.

Antoine – Adeline vit à Gray, c’est ça ? demanda-t-il en baissant la voix pour ne pas se faire repérer. C’est vrai qu’ils vont peut-être finir ensemble, mais ouais, il viendra sûrement la voir de temps en temps ! J’avais oublié que son père était militaire aussi, ça va pas beaucoup changer ton frangin.

Il se tut pour éviter de se prendre une remarque à son tour lorsque la prof passa en furie près d’eux pour aller sermonner un autre groupe. Toujours de bonne humeur, celle-là ! Elle ne pouvait pas s’empêcher de hurler à chacun de ses cours, c’était vraiment lassant, pénible, lourd, fatigant et tout ce qu’on veut.

Antoine – Jaz est venu tous les ans chez moi, depuis qu’on se connaît, dit-il avec un petit sourire. Toi aussi tu allais chez tes copines, non ? La première fois, on avait à peine douze ans et l’océan le rendait malade, une telle masse d’eau, il était vraiment mal. Il s‘est habitué, depuis, mais je peux pas dire qu’il adore nager. Ce n’est pas évident, avec son don, mais je trouve ça drôle, j’arrive parfois à le tirer dans les vagues quand même. Et comment c’est chez moi, heu, comment dire…

Il réfléchit un instant en griffonnant sur sa feuille puis tourna à nouveau la tête vers elle, après un court moment.

Antoine – Il doit y avoir 400 ou 500 habitants, c’est assez petit. C’est un port de pêche, assez petit, mais plutôt joli. La plage est grande mais il y a beaucoup de criques, qu’on peut trouver lorsqu’on connaît la région. Avec Jaz, on y allait en vélo et on pique-niquait là-bas. On allait marcher toute la journée sur les chemins, des petites randos, puis on allait au marché, on pêchait, on faisait des grillades le soir… Les premières fois, mes parents ou mes grands-parents venaient avec nous, car on était encore assez jeunes, puis aujourd’hui, on se débrouille seuls. Jaz dormait dans ma chambre, je mettais un matelas par terre. Toi, tu pourrais dormir dans la chambre de ma grande sœur ! Le seul danger, c’est qu’elle t’attrape le matin pour te maquiller avant de te laisser sortir où que ce soit.

Il étouffa un petit rire, une main sur la bouche, puis se reprit, lui souriant pour la rassurer. Finalement, il n’avait jamais vraiment raconté à Laura les vacances d’été qu’il avait passé avec Jasper, il n’y avait jamais pensé. Mais si elle venait cette année, elle pourra voir tout cela de ses propres yeux.

Antoine – Ça dérangera pas ma famille, tu sais, ils sont plutôt du genre à s’inquiéter si je ne ramène jamais des amis en vacances à la maison. En plus, en été, il y a plus de monde, au village ! Depuis un ou deux ans, des touristes viennent pour profiter des plages. Ça nous fera du bien, de s’éloigner un peu du pensionnat et tout. Qui sait, avec l’été, sans les élèves, les choses vont se calmer.

Il y croyait vraiment, oui, et cela se ressentait. Après tout, que pourrait-il se passer à Gray une fois l’école désertée ? Enfin, désertée… Il n’était pas certain que la directrice parte mais bon, il n’y aura pas d’élèves, donc il ne pourra pas y avoir de nouveaux drames.

Antoine – Tu as déjà nagé dans l’océan ? C’est pas pareil que dans un lac. Et prépare-toi mentalement, aussi ! Chaque année, ma mère reproche à ton frère d’être trop maigre, alors elle ne va pas te louper aussi.
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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: L'eau est paisible   Mar 16 Juin - 17:59

Antoine – Adeline vit à Gray, c’est ça ? demanda-t-il en baissant la voix pour ne pas se faire repérer. C’est vrai qu’ils vont peut-être finir ensemble, mais ouais, il viendra sûrement la voir de temps en temps ! J’avais oublié que son père était militaire aussi, ça va pas beaucoup changer ton frangin.

« peut-être »… C’était sûr, selon elle. Laura n’avait jamais vu son frère comme cela, il était tombé amoureux de cette fille assez tôt, avait commencé à apprendre le langage des signes et tout, alors il était clair qu’ils allaient sortir ensemble, si ce n’était pas déjà le cas. Bien sûr que oui, elle était heureuse pour lui… Mais la collégienne ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter. Il changeait, il n’était plus aussi… Elle ne savait pas trop. En tout cas, depuis qu’il osait aborder Adeline, Laura avait l’impression qu’il voyait les choses différemment. Rien que ses réactions le prouvaient…

Mais elle ne disait rien. Elle ne voulait pas l’empêcher d’être heureux. Peut-être avait-elle simplement peur. Et il était hors de question qu’elle en parle, ne serait-ce qu’à Antoine. Il n’avait pas à s’inquiéter, lui aussi, alors qu’il semblait faire confiance à Adeline. Laura aussi, elle pouvait protéger son frère. Non ? Il fallait qu’elle se renseigne un peu sur elle, même si elle savait déjà certaines choses. La professeure passa juste avant qu’elle ne réponde à Antoine, se penchant tout à coup sur sa copie en mâchouillant son crayon sans grand enthousiasme. Il ne l’aidait pas en disant une telle chose ! Mais bon, il ne pouvait pas savoir, ne pas s’énerver, il ne pensait sûrement pas à mal.

Antoine – Jaz est venu tous les ans chez moi, depuis qu’on se connaît, dit-il avec un petit sourire. Toi aussi tu allais chez tes copines, non ? La première fois, on avait à peine douze ans et l’océan le rendait malade, une telle masse d’eau, il était vraiment mal. Il s‘est habitué, depuis, mais je peux pas dire qu’il adore nager. Ce n’est pas évident, avec son don, mais je trouve ça drôle, j’arrive parfois à le tirer dans les vagues quand même. Et comment c’est chez moi, heu, comment dire…

Laura releva la tête vers Antoine en hochant la tête, essayant de se concentrer sur ce qu’il disait. Jusqu’ici, ce n’était pas trop difficile, même si le sujet « Adeline » l’avait un peu déconcentrée. Elle savait que Jasper était malade, ou pas très bien du moins, lorsqu’il voyait de l’eau. Il avait été refroidi lorsqu’il avait su qu’elle-même possédait cet élément. Surtout les premiers jours où elle ne le maîtrisait pas du tout et où il se prenait, très régulièrement, de l’eau en pleine figure… Oui, bah, c’est la découverte du don, hein, il ne pouvait pas lui en vouloir ! Tout comme Antoine, Laura s’amusait de l’aversion de son frère pour l’eau. Qu’il soit mal à l’aise pour de l’eau était… Enfin, l’eau quoi ! Il ne risquait rien, pas comme avec le feu, la foudre ou le vent. Surtout le feu et la foudre, lorsqu’elle repensait à l’état des élèves qui sortaient de ces cours…

Maintenant qu’ils en parlaient, Laura réalisa qu’elle n’avait jamais discuté de ses vacances avec son frère, ni de celles que lui passait chez Antoine. Simplement parce qu’ils faisaient autre chose, lorsqu’ils étaient ensemble. Ou parce qu’ils échafaudaient des plans pour échapper à leurs parents et les faire enrager. Ils s’arrangeaient pour partir en même temps, histoire d’éviter de devoir rester seuls chez eux, à la merci de leurs parents. Pendant ce temps-là, Laura partait chez plusieurs amies, en randonnées, à la mer, elles faisaient des balades… Mais jamais elle n’avait vu l’océan de sa vie. Une telle étendue d’eau devait être si belle…

Antoine – Il doit y avoir 400 ou 500 habitants, c’est assez petit. C’est un port de pêche, assez petit, mais plutôt joli. La plage est grande mais il y a beaucoup de criques, qu’on peut trouver lorsqu’on connaît la région. Avec Jaz, on y allait en vélo et on pique-niquait là-bas. On allait marcher toute la journée sur les chemins, des petites randos, puis on allait au marché, on pêchait, on faisait des grillades le soir… Les premières fois, mes parents ou mes grands-parents venaient avec nous, car on était encore assez jeunes, puis aujourd’hui, on se débrouille seuls. Jaz dormait dans ma chambre, je mettais un matelas par terre. Toi, tu pourrais dormir dans la chambre de ma grande sœur ! Le seul danger, c’est qu’elle t’attrape le matin pour te maquiller avant de te laisser sortir où que ce soit.

Laura sourit à Antoine, quoi qu’un peu méfiante par rapport à sa sœur. Que voulait-il dire par « maquiller » ? Elle n’était pas du genre à mettre des tonnes de maquillage, elle, loin de là ! C’était très bien, le naturel. Surtout qu’avec l’eau, se maquiller ne sert pas à grand-chose, cela part tout de suite. Elle l’avait déjà remarqué, en cours d’élément. Les filles qui se maquillaient ou avaient oublié de se démaquiller – étant en tort, d’ailleurs, vu qu’elles sont censées être neutres – en ressortaient toujours avec des yeux noirs et des airs de clown. C’était drôle, oui, et cela avait convaincu Laura de ne pas se maquiller. Jamais. Antoine lui fit un sourire rassurant, parlant toujours très bas pour ne pas se faire prendre. Qu’il ne s’inquiète pas, elle n’allait pas changer d’avis. Si Jasper voulait vraiment voir Adeline pendant les vacances, il risquait d’être moins présent, et elle toute seule, par conséquent…

Antoine – Ça dérangera pas ma famille, tu sais, ils sont plutôt du genre à s’inquiéter si je ne ramène jamais des amis en vacances à la maison. En plus, en été, il y a plus de monde, au village ! Depuis un ou deux ans, des touristes viennent pour profiter des plages. Ça nous fera du bien, de s’éloigner un peu du pensionnat et tout. Qui sait, avec l’été, sans les élèves, les choses vont se calmer.

Laura fit la moue, peu convaincue, repensant à ce que lui avait dit madame Robin lorsqu’ils étaient en Auvergne. Justement, c’était sans les élèves qu’ils allaient en profiter et tout changer. Qu’ils aient déjà l’avantage, pour l’instant, ne signifiait pas qu’ils ne feraient rien. Elle s’attendait au pire pour la rentrée, cherchant souvent ce que les militaires pouvaient bien modifier et envahir en plus de l’école. Ils ne pouvaient pas renvoyer la directrice, ni les professeurs… Après tout, c’était grâce à ces derniers aussi qu’ils avaient un net avantage. Depuis qu’ils les avaient abandonnés… Non, définitivement, elle n’y croyait pas. Mais bon, le point positif était que Laura ne dérangerait pas les parents d’Antoine. Etre loin du Pensionnat allait leur faire le plus grand bien, à tous, surtout avec ce qui risquait de les attendre.

Antoine – Tu as déjà nagé dans l’océan ? C’est pas pareil que dans un lac. Et prépare-toi mentalement, aussi ! Chaque année, ma mère reproche à ton frère d’être trop maigre, alors elle ne va pas te louper aussi.

Hein, quoi ? Ah heu oups, oui, ils parlaient des vacances, de l’océan… D’accord, rester concentrée, ne pas divaguer. C’était l’effet des mathématiques, ça, elle n’y pouvait rien ! Rougissant un petit peu, Laura se reprit en souriant, la tête tournée vers Antoine.

Laura – D’accord, je me préparerai ! dit-elle en étouffant un petit rire. Et non, je n’ai jamais nagé dans l’océan… Je suis déjà partie chez des amies, mais aucune n’habitait près de l’océan. On se baladait, on marchait, un peu comme Jaz et toi, mais je n’ai jamais vu l’océan de ma vie. Pourtant, j’en rêve, je n’ose même pas imaginer le bonheur que ça doit être…

Laura avait un léger ton rêveur, à présent, imaginant déjà ce qu’Antoine devait ressentir à chaque fois qu’il plongeait dans l’océan. Elle se demandait en quoi c’était si différent, s’y voyait déjà et ressentait une certaine pointe d’impatience. Mais ce n’était pas pour tout de suite, il y avait d’abord les examens à passer avant de penser aux vacances. Elle faisait déjà son possible pour rester concentrée et bénissait son don si calme qui l’obligeait à se calmer et à prendre le temps de bien faire.

Jasper, lui, aura encore du boulot pour se remettre en ordre. Cela ne faisait pas une heure que le cours avait commencé mais, comme toujours, cette prof était pressante et leur distribuait encore et toujours de nouveaux exercices à faire dans chaque groupe. A la nouvelle vague, Laura lui tira la langue dès qu’elle eu le dos tourné, désespérée. Elle y arrivait, toute seule, mais pas avec cette « prof ». Regardant les nouveaux exercices d’un air dégoûté, la collégienne lut le premier énoncé avant de se pencher discrètement vers Antoine, à moitié désintéressée par les exercices.

Laura – Je crois que tu te trompes, pour la rentrée… J’ai discuté avec un militaire, en Auvergne, et elle m’a dit qu’ils profitaient justement de l’absence des élèves et des profs, de tout le monde, pour prendre l’avantage. Regarde ce qui s’est passé la dernière fois ! Il a suffi de deux semaines… Je n’ose pas imaginer ce qu’ils peuvent faire en deux mois.

Heu… Avait-elle seulement parlé à Antoine de cette discussion ? Laura s’interrompit, d’un coup, ayant un sérieux doute. Elle ne le lui avait pas dit… Elle l’avait avoué à Jasper lorsqu’ils étaient rentrés chez leur ancienne tante en catastrophe, mais n’avait rien dit à Antoine avec tout ce qui s’était passé. Bon, heu, soit, changer de sujet et très vite, continuer à parler sans lui laisser le temps d’en placer une. Surtout maintenant qu’elle savait que cette militaire était sniper…

Laura – Je ne dis pas que c’est une mauvaise idée ! dit-elle précipitamment, beaucoup plus bas. Je veux y aller, mais je ne veux pas que tu sois trop optimiste là-dessus. Pour moi, on ne reconnaîtra plus le Pensionnat à notre retour. Alors, il faut en profiter un maximum, voire s’organiser un peu mieux.

Laura baissa la tête sur ses exercices, faisant semblant de poser une question sur un des nouveaux exercices que madame de Sora avait distribués à l’instant, alors que leur professeure repassait à nouveau à côté de leur groupe pour aller sermonner d’autres élèves. Ce n’était qu’un demi-mensonge, elle ne comprenait vraiment rien. Avec les autres, c’était plus simple, mais elle savait qu’il lui faudrait des heures d’entraînement avant d’y arriver. Ses prochains week-ends et prochaines soirées seraient consacrés aux maths. Bien sûr, elle n’allait pas délaisser le reste, mais il fallait qu’elle travaille ce cours tous les jours. Impérativement. Ce n’est qu’au moment où leur prof fut occupée que Laura tourna à nouveau la tête vers Antoine.

Laura – Je pense qu’on devrait en profiter pour revoir tout ça… C’est toi, la tête pensante, tu t’y connais beaucoup plus que nous. Surtout si Jasper… Enfin, il aura d’autres occupations. Il faut qu’on soit prêts avant la rentrée. Mais je veux quand même visiter et connaître ton village ! Je n’ai jamais vu l’océan, louper une telle occasion…

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MessageSujet: Re: L'eau est paisible   Jeu 18 Juin - 9:42

Laura – D’accord, je me préparerai ! dit-elle en étouffant un petit rire. Et non, je n’ai jamais nagé dans l’océan… Je suis déjà partie chez des amies, mais aucune n’habitait près de l’océan. On se baladait, on marchait, un peu comme Jaz et toi, mais je n’ai jamais vu l’océan de ma vie. Pourtant, j’en rêve, je n’ose même pas imaginer le bonheur que ça doit être…

C’était… Juste magique… Antoine avait dû apprendre à nager avant même de savoir marcher. Son grand-père l’emmenait avec lui, alors qu’il avait à peine un an, et lui avait appris à ne pas craindre les vagues, à jouer avec elle, à se méfier des courants trompeurs. Il lui avait appris où les lames venaient emporter les imprudents sur le bord des plages, où marcher sur les rochers, comment savoir quelle était la marée, où pêcher, et ainsi de suite. L’océan était très beau mais il était traître. Ne jamais relâcher sa vigilance, c’était ainsi que cela fonctionnait. Mais Laura n’avait pas à s’en faire, il existait beaucoup d’endroits où ils ne risquaient pas grand-chose. Avec ça, grâce à son don, elle pouvait sentir si un danger arrivait, dans son élément. Jasper ne pouvait pas faire ça mais il pouvait faire bien autre chose. Il rendit son sourire à Laura, alors qu’Olivier lui fit tout à coup signe de se taire. La prof était revenue sur le devant de la salle, aussi aimable qu’à son habitude. Il retint un long soupir, désespéré par avance.

Il prit le paquet de feuilles qu’elle leur donna, donnant leurs exemplaires aux autres. Céline lisait déjà les énoncés, tout en jouant distraitement avec son bracelet, comme toujours lorsqu’elle était en mode « concentration maximum activée ». C’est vrai, leurs examens étaient dans moins d’une semaine, non ? Stress en vue ! Il révisait depuis longtemps, bien sûr, mais les examens lui avaient toujours apparu comme le gros monstre affreux se dressant sur le chemin des étudiants à la fin de l’année. Bien sûr qu’il fallait y passer mais ça faisait toujours peur. Jouer toute leur année en juste une semaine… Après cela, il leur faudra faire leurs valises et au revoir, pensionnat, rendez-vous en septembre ! Une année de plus, déjà. L’année prochaine, il sera en première. Il avait choisi la filière littéraire et Jasper la filière… scientifique. Détail dont n’était pas encore au courant leur professeur de maths mais il avait franchement hâte de voir sa réaction. Laura se pencha à nouveau, alors qu’Antoine écrivait la date du jour avec une application suspecte, pour faire semblant de travailler.

Laura – Je crois que tu te trompes, pour la rentrée… J’ai discuté avec un militaire, en Auvergne, et elle m’a dit qu’ils profitaient justement de l’absence des élèves et des profs, de tout le monde, pour prendre l’avantage. Regarde ce qui s’est passé la dernière fois ! Il a suffi de deux semaines… Je n’ose pas imaginer ce qu’ils peuvent faire en deux mois.

En Auvergne… L’équipe du Colonel Gavin, alors ? Il se souvenait très bien de ce type, il s’était placé aussitôt face au prof pour défendre sa coéquipière et il avait humilié ce même prof, en se moquant littéralement de lui devant tout le monde. C’était aussi lui dont Jaz était terrifié alors qu’il l’avait protégé de son père, une fois. Donc ils allaient profiter de l’absence des élèves, une fois de plus… Mais que pouvaient-ils faire de plus, dans cette école ?! Ils contrôlaient déjà tout ! Il y avait des soldats partout, ils surveillaient les cours, les profs étaient à leur botte, ils surveillaient qui entraient et qui sortaient, sans oublier le groupe des Guetteurs qui avait été mis en place. Alors quoi ? Il ne voyait pas du tout… Il griffonna une liste de calcul pour un exercice sur son cahier, pensif. Comment contrôler un peu plus cet endroit alors qu’ils avaient déjà tout entre leurs mains…

Laura – Je ne dis pas que c’est une mauvaise idée ! dit-elle précipitamment, beaucoup plus bas. Je veux y aller, mais je ne veux pas que tu sois trop optimiste là-dessus. Pour moi, on ne reconnaîtra plus le Pensionnat à notre retour. Alors, il faut en profiter un maximum, voire s’organiser un peu mieux.

C’était sûr, bien qu’Antoine n’avait pas assez d’imagination, dans le thème « horreur », pour deviner ce qui les attendait au mois de septembre. Il termina un des exercices, la tête ailleurs, en repensant à leur début d’année, en septembre 1930. C’était une époque avec tant de normalité qu’on pourrait croire que c’était arrivé dans une autre dimension. La rentrée avait été semblable aux rentrées de toutes les autres écoles de France,  ils avaient faits leurs premiers pas dans une nouvelle classe, vu la tête des profs arrivés cette année aussi, faits des bêtises durant les pauses, allaient aider les nouveaux qui se perdaient régulièrement dans les couloirs… Une école comme toutes les autres. Des cours qui pouvaient être différents, avec leurs dons. Tout avait basculé si vite qu’il en avait encore le tournis. Ils s’étaient servis de la directrice et de sa grossesse comme d’un prétexte et tout s’était enchaîné. Il baissa la tête sur son cahier, les yeux dans le vague.

Laura – Je pense qu’on devrait en profiter pour revoir tout ça… C’est toi, la tête pensante, tu t’y connais beaucoup plus que nous. Surtout si Jasper… Enfin, il aura d’autres occupations. Il faut qu’on soit prêts avant la rentrée. Mais je veux quand même visiter et connaître ton village ! Je n’ai jamais vu l’océan, louper une telle occasion…

Antoine – J’ai du mal à voir ce qu’ils pourraient contrôler en plus, avoua-t-il dans un murmure, ils ont déjà tout ! Mais ouais, on fera tout pour se tenir prêts. On en reparlera cet été, loin d’ici. Ce sera plus simple, moins de pression et plus de liberté.

Céline se redressa d’un coup, le faisant taire, puis fit un sourire angélique à la prof qui venait surveiller leur travail. Antoine entra aussitôt dans son jeu en posant des questions puis en expliquant où ils en étaient, dans leur travail de groupe. Elle ne les laissa qu’au bout de cinq longues minutes, repartant voir un autre groupe au fond de la classe. Il avait l’impression d’être un ninja, rapide, discret et efficace pour discuter. Il allait répondre lorsqu’il vit un truc bizarre bouger près du tableau. Il pencha la tête pour mieux regarder et vite une sorte de brouillard flou tout près du bureau. Ouh là… Il se frotta les yeux, se promettant de tout faire pour mieux dormir la nuit prochaine. Lorsqu’il regarda à nouveau, il n’y avait plus rien. Nouvelle résolution adoptée, ne plus se coucher aussi tard, même si son roman du moment était passionnant.

Antoine – T’as déjà un maillot de bain, Laura ? Je te dirais bien que tu peux te baigner juste en culotte mais ton frère aurait ma peau, je ne veux pas mourir aussi jeune, surtout brûlé vif. Ma sœur pourrait t’en prêter un, sinon. Vous pourriez prendre le train avec moi directement, si vous prévenez vos parents.

Il lui fit un petit sourire, regrettant intérieurement qu’elle ne puisse pas en effet se baigner en culotte… Mais bon, s’il osait lui proposer ça, Jasper serait bien capable de lui brûler les deux yeux pour avoir osé regarder sa sœur dans cette tenue. A peine surprotecteur avec sa frangine, ce type.

Antoine – Le cours va finir vite, si elle fait les corrections du devoir, dit-il en regardant vite fait sa montre. On ira au dojo pour s’entraîner, ce soir ?
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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: L'eau est paisible   Lun 22 Juin - 11:53

Antoine – J’ai du mal à voir ce qu’ils pourraient contrôler en plus, avoua-t-il dans un murmure, ils ont déjà tout ! Mais ouais, on fera tout pour se tenir prêts. On en reparlera cet été, loin d’ici. Ce sera plus simple, moins de pression et plus de liberté.

Laura hocha la tête à l’instant même où Céline se redressa pour les faire taire, la prof apparaissant pile à cet instant-là. Mais rah, même pendant les cours, ils ne pouvaient pas parler ! Bon, d’accord, c’était normal, mais si elle voulait qu’ils s’intéressent vraiment à ses cours, il fallait qu’elle arrête de les donner comme cela. Ou de les donner, tout simplement. La collégienne fit semblant de participer, écoutant les explications d’Antoine et les questions qu’il posait. Heureusement qu’il était là, ils auraient tous été perdus et bons pour une retenue sinon, elle en était convaincue. Ils travaillèrent vraiment pendant cinq minutes, avançant beaucoup plus vite que jusqu’à présent avec la prof dans leur dos. En s’y mettant, ils pouvaient finir ce travail de groupe rapidement mais s’ils le terminaient trop vite, madame de Sora risquait de leur en donner d’autres… Non merci.

Les cinq longues minutes passées, ils purent à nouveau arrêter de travailler, la prof se dirigeant vers un autre groupe au fond de la classe. Raté, elle ne pouvait pas les coller en retenue ! Laura redressa la tête vers Antoine pour lui répondre, lui dire que si, il y avait sûrement des choses que les militaires pouvaient encore faire et contrôler, lorsqu’elle le vit prêt à parler… et se frotter les yeux en regardant un point au loin. Hein ? Laura fronça les sourcils en penchant la tête à son tour mais ne vit rien de particulier. Les autres du groupe ne semblaient pas aussi perturbés que lui non plus, d’ailleurs. Ils discutaient normalement, une feuille de l’exercice posée au centre de la table pour entretenir l’illusion d’un travail très sérieux au sein de ce groupe. Non, seul Antoine avait eu ce regard… Eh bah ? Pourquoi tirer cette tête ? Elle lui lança un regard interrogateur, prête à lui demander ce qui se passait, mais il fut plus rapide qu’elle.

Antoine – T’as déjà un maillot de bain, Laura ? Je te dirais bien que tu peux te baigner juste en culotte mais ton frère aurait ma peau, je ne veux pas mourir aussi jeune, surtout brûlé vif. Ma sœur pourrait t’en prêter un, sinon. Vous pourriez prendre le train avec moi directement, si vous prévenez vos parents.

Laura hocha la tête pour répondre avec un grand sourire. Oui, rentrer directement avec Antoine, c’était une excellente idée ! Au moins, ils éviteraient leurs parents et Jasper ne risquait pas de se faire embarquer manu militari pour une quelconque formation militaire ou elle ne savait trop quoi. C’était la pire crainte qu’elle avait, lorsqu’ils rentraient chez eux. Etre séparée de son frère à cause d’une lubie de leur père… Comme si Jasper allait se laisser faire ! Quoi que, il était beaucoup plus calme et obéissant ces derniers temps, surtout depuis la présence du colonel Gavin et d’Adeline.

Antoine – Le cours va finir vite, si elle fait les corrections du devoir, dit-il en regardant vite fait sa montre. On ira au dojo pour s’entraîner, ce soir ?

Laura – Oui, j’aimerais m’entraîner un maximum pour apprendre à me défendre. Et je soupçonne toujours Jasper de me ménager, donc je n’ose pas m’entraîner avec lui… J’adore mon frère, mais il me voit toujours comme sa petite sœur fragile alors que je grandis.

Laura fit la moue en pensant à cela. Elle savait qu’Antoine n’y pouvait rien et que lui-même avait réalisé qu’elle grandissait, qu’elle n’était plus la petite fille qui se cachait derrière son grand frère, mais Jasper, lui… Enfin, c’était normal, elle ne pouvait pas lui en vouloir. Avec ce qui se passait autour d’eux actuellement, comment pourrait-elle le lui reprocher ? Surtout qu’il disposait de deux exemples qui montraient qu’elle n’était pas autant en sécurité que cela avec les lycéens qui l’avaient frappée et Clémence qui l’avait… Voilà. Laura poussa un soupir pour dissimuler le frisson qui l’avait parcourue en repensant à cela. Maintenant, elle savait se défendre. Antoine lui apprenait à mieux maîtriser son don et à mieux se défendre, il avait agi en réfléchissant.

La professeure hurla tout à coup, annonçant la fin des travaux de groupe et la correction des devoirs. Eh, pas mal, Antoine avait des dons de devin ! Pour le coup, il ne s’était trompé que d’une ou deux minutes, il devait sérieusement penser à se reconvertir en voyant, il pourrait gagner de l’argent et voyager, quitter cette école. Hum, bref, ne plus divaguer et se concentrer. Laura se mit à mâchouiller son crayon d’un air distrait pendant que la prof notait les intitulés des devoirs et les questions au tableau pour corriger. Pas la peine, elle pouvait leur donner leurs copies de suite, ils savaient qu’ils avaient tous raté. Ecoutant tout de même pour essayer de grapiller encore quelques informations, de les enregistrer dans l’infime espoir de réussir tout de même l’examen en retenant le raisonnement de la prof, Laura resta concentrée et silencieuse.

Mais, au fur et à mesure de la correction, des réponses notées au tableau, la concentration de Laura baissait petit à petit. Elle n’avait pas des masses de réponses correctes… Pourtant, elle avait travaillé ! Enfin, les réponses étaient justes, en soi, mais elle avait sauté une ligne dans l’étape du raisonnement assez souvent, ne la connaissant pas, simplement. Puis elle avait oublié un signe négatif par-ci, par-là… Mpfh. Après une bonne demi-heure de correction, madame de Sora leur rendit les copies.

Laura – Oh, regarde ! s’exclama-t-elle attrapant le bras d’Antoine. J’ai deux points de plus que ce que je pensais !

Oui, ce n’était pas encore fabuleux, mais c’était mieux que son estimation de base ! Elle lui demanda combien il avait eu et s’il s’en était mieux tiré qu’elle avant que la prof ne leur fasse un énième sermon sur la médiocrité de leurs devoirs. Oui, bah, aux oubliettes ! Elle s’était améliorée et ne se concentrait que sur cela, sa journée était faite. Laura sortit avec un grand sourire de la salle de classe, Antoine ne s’étant pas mal débrouillé non plus – ce qui n’était pas étonnant vu qu’il avait réussi à expliquer et à poser des questions pendant le travail de groupe –, pour aller rejoindre le réfectoire. Ils y retrouvèrent enfin Jasper, blessé évidemment, avec des bandages partout. A force, elle-même ne s’étonnait plus de le voir ainsi, mais elle pouvait davantage compatir vu le cours auquel ils avaient assisté.

Laura – Antoine m’a invitée à partir avec toi, pour passer les vacances chez lui ! On partira dès la fin des examens, hein ? Je préfère éviter de rentrer à Paris, si on peut ne pas voir nos parents… En plus, on a tout ce qu’il faut avec nous.

La perspective de partir loin, très loin de Paris, enchantait Laura plus qu’autre chose. Ils résumèrent ce que Jasper avait loupé en cours de maths, lui donnant le devoir qu’ils avaient repris pour lui. Parlant des vacances, des projets de chacun, sans oublier les examens qui approchaient, on sentait que la fin de l’année approchait. Le départ de cette école pour prendre un bol d’air et oublier un peu tous ces problèmes, réfléchir en prenant de la distance sans avoir le nez en plein dedans. Laura avait au moins appris à réfléchir un peu mieux, cette année, sans foncer tête baissée. Grâce au Père Vilette et à ses nombreuses conversations, grâce aux « cours de catéchisme » et grâce à Antoine qui déteignait obligatoirement sur eux. Ou elle, du moins, parce que Jasper… Jasper qui s’en alla à un moment, ayant vu Adeline de loin. Laura le suivit du regard avant de le reporter sur son assiette d’un air nettement moins joyeux.

Laura – Antoine… Tu crois vraiment qu’Adeline ne risque pas de… de le retourner ? demanda-t-elle en redressant la tête. Je ne suis pas jalouse ! J’accepte qu’il sorte avec des filles, bien sûr, mais… J’ai peur. Pas de le voir s’éloigner, je sais qu’on restera toujours très liés, mais qu’il se fasse embrigader à son insu.

D’accord, en parler à Antoine n’était pas prévu à la base, mais Laura lui faisait confiance. Il savait la rassurer en quelques mots, en général, et elle en avait besoin en ce moment. Laura avait peur de voir son frère être manipulé, de le voir changer d’avis, de se ranger du côté des militaires ou d’être moins impliqué parce qu’il était avec Adeline. C’est vrai qu’ils ne sortaient pas officiellement ensemble, mais c’était tout comme et elle savait que ce serait le cas dans très peu de temps. Laura porta un morceau de pain à sa bouche, ayant peur de regarder Antoine tout de suite. Comment lui expliquer vraiment ce qu’elle ressentait ? Ce n’était pas de la jalousie ! Juste… Elle ne savait trop quoi.

Laura – Adeline est gentille, vraiment, je l’aime bien. Mais j’ai peur qu’il se fasse manipuler ou qu’il ne s’implique plus autant pour défendre les élèves… Je ne sais pas ce qu’on fera s’il se fait avoir aussi. Et je n’ose pas le lui dire, je suis sa « petite sœur fragile », donc il ne m’écoutera pas. En plus, il a bien accepté pour nous deux, je serais mal placée pour lui faire un quelconque commentaire…

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MessageSujet: Re: L'eau est paisible   Mar 23 Juin - 10:39

Laura – Oui, j’aimerais m’entraîner un maximum pour apprendre à me défendre. Et je soupçonne toujours Jasper de me ménager, donc je n’ose pas m’entraîner avec lui… J’adore mon frère, mais il me voit toujours comme sa petite sœur fragile alors que je grandis.

Elle ne grandissait pas si vite que ça, normal que Jasper réagisse ainsi. Antoine dissimula un sourire en terminant un exercice, alors que Céline réexpliquait tout depuis le début à Olivier, avec un air patient. Jaz lui avait expliqué une fois comme c’était passé l’arrivée de Laura dans la famille. Le fait qu’il lui avait été interdit de la voir durant des années, pendant que son père commençait déjà à lui parler de l’armée et de tous ses devoirs en tant que fils aîné. Laura ne s’en souvenait sans doute pas, elle était trop jeune, mais Jaz s’en souvenait très bien, lui. Et avec tout ce qui s’était passé depuis… Il avait toujours peur que Laura soit battue, elle aussi, un jour. Puis peur avec ce qui se déroulait au pensionnat. Antoine le soupçonnait de cacher pas mal de choses à sa petite sœur pour la préserver et la pousser à rester calme. Car non, il n’était pas calme, en ce moment, très loin de là, et c’est bien ce qui inquiétait Antoine. Il était plus discret, ça oui, mais ça ne voulait pas dire que ce qu’il faisait était moins dangereux.

Il réfléchit à tout cela tout en notant les corrections pour le devoir. Jasper savait ce qu’il faisait, d’accord, mais Antoine continuait de s’en faire. Il passait beaucoup de temps avec lui pour suivre l’évolution de tout ça, ayant du coup fait pas mal de progrès en sciences, par la force des choses, mais bon… Il comprenait par contre qu’il ne veuille pas en parler Laura, elle était encore fragilisée par l’histoire avec Clémence et avait besoin de se reconstruire. Une fois loin du pensionnat, quand elle aurait pu se reposer et se refaire une santé, il lui en parlera. En attendant… Il la couva d’un air attendri en sentant qu’elle s’endormait à moitié pendant les corrections. Même si elle était agacée qu’on la traite comme une enfant, il n’en restait pas moins qu’elle était plus jeune qu’eux et n’avait pas encore pleinement conscience de certaines choses. Cela ira déjà mieux l’année prochaine, selon Antoine, lorsqu’elle aura eu le temps d’intérioriser et qu’elle sera prête à affronter ce qui allait suivre. Il comptait l’aidait à se préparer cet été, tout comme Jasper.

Il tendit la main pour récupérer sa copie lorsque la prof les distribua, rangeant son livre de maths dans son sac. Voilà qui était fait, ils n’avaient plus qu’à prendre la dernière ligne droite des examens puis bonjour les vacances. Il porta un vague regard au-dehors, sur le parc, alors qu’une pluie très fine tombait. Plus que deux ans à vivre ici avant d’arriver à la vie active. Il ferait mieux de réfléchir sérieusement à ce qu’il voulait faire, même s’il avait quelques idées. Il rangea la copie sans même prendre garde à ce qu’il avait fait, accordant plus d’importance à ses propres révisions et cours qu’à ceux donnés par cette prof hystérique qui hurlait toute la journée dès que quelqu’un avait le malheur de la contrarier.

Laura – Oh, regarde ! s’exclama-t-elle attrapant le bras d’Antoine. J’ai deux points de plus que ce que je pensais !

Il eut un petit sourire alors qu’une certaine agitation s’était emparée de la salle de classe, chacun rangeant ses affaires en bavardant et en remettant tables et bancs en place. Il aida à tout remettre correctement puis sortit de la classe, suivant Laura jusqu’au réfectoire, allant retrouver Jaz. Lui et ses « collègues » d’élément n’étaient pas bien difficiles à repérer, ils étaient blessés comme s’ils sortaient d’une bataille rangée très violente. L’infirmier était devenu expert pour soigner les brûlures, à force de travailler ici, personne ne gardait de marques, ou bien peu visibles. Il s’assit à son tour en laissant retomber son sac par terre, après avoir été chercher un plateau. Les cours d’élément vous épuisaient, bien sûr, mais ce n’était rien à côté de ce genre de « cours », qui avait dû les vider de la moindre goutte d’énergie ! Il jeta un coup d’œil à Océane, qui déjeunait avec ses amis. Même elle semblait épuisée.

Laura – Antoine m’a invitée à partir avec toi, pour passer les vacances chez lui ! On partira dès la fin des examens, hein ? Je préfère éviter de rentrer à Paris, si on peut ne pas voir nos parents… En plus, on a tout ce qu’il faut avec nous.

Ouais, mais avoir les examens avant ça inquiétait Antoine, il voulait tout faire pour réussir mais avait peur. La discussion dériva sur le cours de maths et al correction du devoir, puis sur les vacances. Antoine avait prévenu ses parents qu’il emmenait au moins un ou deux amis avec lui cette année. Son grand-père lui avait répondu pour lui demander s’ils avaient le mal de mer, afin de savoir s’il pourra les emmener une journée en mer pour leur montrer le métier et leur forger le caractère. Pas de soucis avec Laura mais il n’était pas certain que Jasper soit très heureux de se retrouver au beau milieu de l’océan avec pour seul garanti un bateau de pêche qui tanguera comme jamais. Il sourit en imaginant la tête de son ami, plongeant le nez dans son assiette pour ne pas se faire voir. Jaz partit retrouver Adeline au moment où il el visualisait en train de devenir tout vert à cause du mal de mer, ce qui faillit le faire rire comme un idiot. Hum, bref, ne pas être méchant, c’était son meilleur ami, quand même ! Il se redressa et prit une longue inspiration, fourrant un morceau de pain dans sa bouche.

Laura – Antoine… Tu crois vraiment qu’Adeline ne risque pas de… de le retourner ? demanda-t-elle en redressant la tête. Je ne suis pas jalouse ! J’accepte qu’il sorte avec des filles, bien sûr, mais… J’ai peur. Pas de le voir s’éloigner, je sais qu’on restera toujours très liés, mais qu’il se fasse embrigader à son insu.

Il haussa un sourcil en avalant ce qu’il avait dans la bouche. « Peur qu’Adeline puisse le retourner » ? Il regarda Laura, puis Adeline, puis Jasper, puis à nouveau Laura. D’où elle sortait cette idée-là ? Adeline faisait parti des guetteurs mais elle était loin d’être la seule. Avec ça, elle vivait dans la caserne de Gray, lorsqu’elle n’était pas au pensionnat ! S’il y avait une personne qui avait besoin de gagner en confiance et de s’entraîner, c’était bien elle, elle partait avec un handicap.

Laura – Adeline est gentille, vraiment, je l’aime bien. Mais j’ai peur qu’il se fasse manipuler ou qu’il ne s’implique plus autant pour défendre les élèves… Je ne sais pas ce qu’on fera s’il se fait avoir aussi. Et je n’ose pas le lui dire, je suis sa « petite sœur fragile », donc il ne m’écoutera pas. En plus, il a bien accepté pour nous deux, je serais mal placée pour lui faire un quelconque commentaire…

Antoine – Tu sais, dit-ile n reposant sa fourchette, ta peur d’Adeline, c’est exactement comme si moi, je ne voulais plus être amis avec vous car vous des êtes les enfants d’un général. Si tu t’entendais bien avec ton père, toi aussi tu l’écouterais, toi aussi tu aurais envie de suivre ses conseils et de faire ce que tu peux pour t’améliorer. Et pourtant, tu n’aurais pas pour unique objectif de tout faire pour manipuler les autres et les forcer à t’imiter. Et avec ce qui se passe en moment, rejeter ceux qui n’ont rien faits ou qui ne pensent pas à mal…

Il soupira légèrement, conforté dans son idée qu’elle n’était pas encore prête à tout entendre. Elle avait encore beaucoup de choses à apprendre pour grandir et mûrir, à son âge, c’était normal d’avoir ce genre de craintes. Voir son frère, qui était toujours resté avec vous jusqu’ici, se tourner vers d’autres filles, oui, il y avait une part de jalousie. Il jeta un coup d’œil au couple, lancé dans une grande discussion par gestes et poses, puis reporta le regard sur Laura.

Antoine – Tu devrais faire plus confiance à ton frère, il sait ce qu’il fait. Il y a bien des choses que nous devons remettre en cause par rapport au début de l’année, même si c’est difficile. Je pense qu’il y a quand même une part de jalousie là-dedans, même si tu ne veux pas l’admettre… Jaz va avoir seize ans dans deux jours, c’est normal qu’il change.

Il fit une courte pause pour qu’elle intègre bien cette idée puis reprit, tout en resservant un verre d’eau.

Antoine – Qu’a fait Adeline pour que tu sois contre elle ? Que lui reproches-tu ? De faire parti des guetteurs, comme la moitié des lycéens, alors qu’il y en a très peu qui pensent à mal ? Ou simplement d’avoir un père militaire ?
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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: L'eau est paisible   Dim 28 Juin - 12:34

Antoine – Tu sais, dit-il en reposant sa fourchette, ta peur d’Adeline, c’est exactement comme si moi, je ne voulais plus être amis avec vous car vous des êtes les enfants d’un général. Si tu t’entendais bien avec ton père, toi aussi tu l’écouterais, toi aussi tu aurais envie de suivre ses conseils et de faire ce que tu peux pour t’améliorer. Et pourtant, tu n’aurais pas pour unique objectif de tout faire pour manipuler les autres et les forcer à t’imiter. Et avec ce qui se passe en moment, rejeter ceux qui n’ont rien faits ou qui ne pensent pas à mal…

Laura baissa le regard sur son assiette, piquant dedans sans manger alors qu’Antoine soupirait. Elle ne rejetait pas Adeline ! Elle avait peur, c’est tout. Peur de voir Jasper s’éloigner et ne plus les aider comme il le faisait jusqu’ici. Lorsque l’on aime quelqu’un, on est influencés, ils l’avaient déjà vu plein de fois. Alors, sa réaction était normale, non ? D’accord, ce que disait Antoine était vrai, si elle s’était bien entendue avec son père… Peut-être, oui, aurait-elle voulu l’écouter et tout faire pour qu’il soit fier d’elle. La collégienne espaçait les aliments dans son assiette, comme absorbée, avant de porter une bouchée à sa bouche.

Elle comprenait qu’Adeline veuille écouter son père, le rendre fier d’elle, tout ça… Mais ce que Laura ne comprenait pas, c’est qu’Adeline continuait à écouter et à rester chez les Guetteurs alors qu’elle voyait bien qu’ils aidaient l’armée. Et qu’ils étaient, donc, peut-être obligés de faire certaines choses comme les soldats. C’était cela qui l’effrayait plus qu’autre chose. Adeline connaissait Jasper, se rapprochait un peu plus de lui chaque jour, l’armée pourrait s’en servir pour faire plier son frère et c’était dangereux. Alors, oui, désolée, mais elle avait le droit de se méfier ! Elle-même était un énorme point faible pour lui et cela lui avait déjà joué des tours. C’était uniquement pour cette raison qu’elle avait accepté d’apprendre à utiliser une arme à feu, d’apprendre à se défendre et à développer au maximum son don. Bon, elle avait encore du boulot, mais elle y travaillait.

Antoine – Tu devrais faire plus confiance à ton frère, il sait ce qu’il fait. Il y a bien des choses que nous devons remettre en cause par rapport au début de l’année, même si c’est difficile. Je pense qu’il y a quand même une part de jalousie là-dedans, même si tu ne veux pas l’admettre… Jaz va avoir seize ans dans deux jours, c’est normal qu’il change.

Mais elle n’était pas jalouse ! Oui, elle savait qu’il changeait, que c’était normal vu son âge, qu’il n’allait pas garder le même caractère toute sa vie. Laura changeait, elle aussi, elle n’était plus la même depuis le début de l’année et les événements du Pensionnat obligeaient tous les élèves à évoluer, à ne plus agir comme avant. Seulement, elle avait peur et on ne pouvait le lui reprocher vu ce qu’avait subi Jasper depuis qu’ils étaient revenus au Pensionnat. Laura se renfrogna sans rien dire, piquant avec un peu plus de vigueur dans son assiette comme si le morceau de viande y était pour quelque chose. Elle le porta à sa bouche, lançant un regard à Adeline et Jasper qui « discutaient ».

Antoine ne voulait pas comprendre. Elle acceptait que son frère change, l’espérait même, comme ça il la laisserait un peu plus libre de ses mouvements, mais elle ne voulait pas qu’il soit plus fragile. Elle n’aurait jamais dû lui dire ce qu’elle pensait d’Adeline et de leur relation, c’était une mauvaise idée. Elle faisait confiance à Jasper, là n’était pas la question, mais elle ne faisait pas confiance aux militaires. A certains militaires.

Antoine – Qu’a fait Adeline pour que tu sois contre elle ? Que lui reproches-tu ? De faire parti des guetteurs, comme la moitié des lycéens, alors qu’il y en a très peu qui pensent à mal ? Ou simplement d’avoir un père militaire ?

Laura – Je n’aurais pas dû en parler, tu ne comprends pas, marmonna-t-elle en baissant la tête sur son assiette. Je ne suis pas jalouse, je ne rejette pas Adeline.

Chut, elle ne devait pas s’énerver sur Antoine et le renvoyer balader comme cela. Il lui posait la question, donc c’était une preuve que si, il voulait comprendre, qu’il ne l’accusait pas d’être jalouse et un point c’est tout. Mais ce n’était pas de sa faute ! Elle venait de lui dire ce qui l’effrayait, lui demandait son avis, se confiait sur un sujet, et lui, il maintenait que si, c’était de la jalousie, qu’Adeline n’avait rien fait et que Laura la rejetait malgré cela. Elle avait le droit d’être vexée, non ? Elle pouvait comprendre, même si oui, elle avait longtemps classé tous les guetteurs dans la catégorie « méchants, violents, aident l’armée ». Laura poussa un soupir en reposant sa fourchette sur son assiette, redressant la tête vers Antoine.

Laura – Je sais que tous les guetteurs n’en ont pas après nous, mais ils doivent quand même aider l’armée, non ? Si l’armée leur donne un ordre, ils doivent l’exécuter sans riposter, comme tous les soldats, pas vrai ? Ou alors, je n’ai pas très bien compris le rôle des guetteurs, mais pour moi, c’est ça.

Laura fit une pause, lançant un nouveau regard à Adeline avant de le reporter sur Antoine. Elle avait peur pour son frère, c’est tout. Elle lui faisait confiance, mais elle savait que sans son meilleur ami, il se serait déjà fait avoir plus d’un millier de fois. Ce n’était pas de la jalousie, juste de la peur. La collégienne reprit à nouveau sa fourchette, préférant avoir une occupation plutôt que de devoir regarder Antoine maintenant, et prit une nouvelle bouchée sans trop d’enthousiasme. Cette discussion avait coupé tout son appétit, mais il était hors de question qu’elle le montre.

Laura – J’ai peur de la manipulation parce que les militaires se sont déjà servis de moi pour l’avoir… Ils se servent de nos points faibles et, comme tu l’as dit, Adeline écoute son père, elle ne va pas chercher à le décevoir… Je ne dis pas qu’elle ferait ça consciemment ! Mais imagine qu’ils l’utilisent pour attaquer Jasper, le toucher ? Tu ne l’as pas vu pendant les vacances, après le voyage en Auvergne, toi… Je ne l’avais jamais vu comme cela. Ou très rarement. J’ai le droit de m’inquiéter pour lui, c’est pour ça que je tiens à m’entraîner aussi souvent.

Mais cela ne changeait peut-être rien pour eux. Laura fit un geste las de la main gauche, tenant sa fourchette. Elle grandissait et avait beaucoup appris cette année, autant qu’eux même si ce n’était pas au même niveau. Elle ne le leur avait pas dit, mais elle s’était souvent réfugiée dans la chapelle pour parler avec le Père Vilette, très souvent même. Lui ne cherchait pas à la juger et ne lui cachait pas des choses inutiles, il lui disait ce qu’il fallait, lui expliquant ce qu’elle ne comprenait pas grâce à son expérience.

Laura – Mais je sais, ça ne change rien, vous me voyez toujours comme la petite Laura fragile. Je fais confiance à Jasper, je vous fais confiance mais j’aimerais que ce soit réciproque. J’ai juste peur de ne pas le voir revenir en cours un jour, c’est tout…

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MessageSujet: Re: L'eau est paisible   Mar 30 Juin - 12:06

Laura – Je n’aurais pas dû en parler, tu ne comprends pas, marmonna-t-elle en baissant la tête sur son assiette. Je ne suis pas jalouse, je ne rejette pas Adeline.

Oh, allons, ça faisait petite fille, comme réaction, ça ! Elle était assez grande pour ne pas bouder dès qu’on émettait un avis contraire au sien, tout de même, d’autant plus qu’il ouvrait un débat et ne lui posait pas une fin de non-recevoir. Si elle affirmait ne pas rejeter Adeline, elle pouvait expliquer pourquoi et donner des arguments à son tour, comme lui-même venait de le faire. Les affirmations, c’était joli, mais vide, il fallait toujours étayer par des preuves ou des arguments solides. Et ne pas se vexer dès que votre interlocuteur n’était pas d’accord avec vous, car ça, c’était l’apanage des enfants. Voilà longtemps qu’Antoine voyait Laura comme une jeune fille plutôt que comme une enfant mais si elle ne se conduisait pas comme tel, que pouvait-il y faire ? Il croisa son regard, continuant de manger en attendant qu’elle reprenne. Donc, arguments, pas arguments ? Questions, pas questions ? Il n’était pas ici pour l’enfoncer.

Laura – Je sais que tous les guetteurs n’en ont pas après nous, mais ils doivent quand même aider l’armée, non ? Si l’armée leur donne un ordre, ils doivent l’exécuter sans riposter, comme tous les soldats, pas vrai ? Ou alors, je n’ai pas très bien compris le rôle des guetteurs, mais pour moi, c’est ça.

Non, c’était différent… Les Guetteurs faisaient officiellement parti de l’armée mais ne combattaient pas comme des soldats ordinaires. Pouvait-il expliquer à Laura dès maintenant ce qu’il avait appris ? Elle était capable de l’entendre, mais s’il en disait trop, elle pourra deviner sans peine le reste et ne pourra plus se concentrer sur ses examens. C’était compliqué, car il ne s’agissait pas que d’ordre ou d’engagement, il y a des histoires bien humaines derrière. Personne ne pense de la même façon que son voisin, classer et cataloguer tous les Guetteurs dans le même panier est strictement impossible et surtout dangereux.

Laura – J’ai peur de la manipulation parce que les militaires se sont déjà servis de moi pour l’avoir… Ils se servent de nos points faibles et, comme tu l’as dit, Adeline écoute son père, elle ne va pas chercher à le décevoir… Je ne dis pas qu’elle ferait ça consciemment ! Mais imagine qu’ils l’utilisent pour attaquer Jasper, le toucher ? Tu ne l’as pas vu pendant les vacances, après le voyage en Auvergne, toi… Je ne l’avais jamais vu comme cela. Ou très rarement. J’ai le droit de m’inquiéter pour lui, c’est pour ça que je tiens à m’entraîner aussi souvent.

Oui… Il avait déjà entendu Jasper pleurer, la nuit, après les dernières vacances, même s’il allait mieux depuis un moment, à présent. Il était toujours possible de manipuler les gens mais Jaz avait appris de ces fameuses « vacances » et de ce qu’il avait fait ensuite. Il avait changé, quoi qu’on en dise, même trop, selon Antoine. Il était très heureux qu’il prenne enfin du recul, qu’il réfléchisse, mais d’un autre côté, cela coulait dire aussi qu’il devenait une cible plus intéressante. La partie devenait bien plus serrée, pour lui, encore plus avec son anniversaire qui approchait.

Laura – Mais je sais, ça ne change rien, vous me voyez toujours comme la petite Laura fragile. Je fais confiance à Jasper, je vous fais confiance mais j’aimerais que ce soit réciproque. J’ai juste peur de ne pas le voir revenir en cours un jour, c’est tout…

Antoine – Ça fait longtemps que je ne te vois plus comme la petit Laura, tu sais, dit-il en avalant ce qu’il avait dans la bouche.

Il but une longue gorgée d’eau puis regarda autour d’eux, vérifiant que personne n’était juste à côté ou ne les écoutait. Prudence est mère de sûreté, comme il entendait souvent son grand-père dire. Et ce n’était que plus vrai dans cette école, depuis quelques mois. Mais ils étaient nés dans cette époque, il fallait bien faire avec et la situation était beaucoup plus compliquée qu’on ne pourrait le croire.

Antoine – Les Guetteurs ont été créés pour être un soutien de l’armée, mais pas avant un long moment. Pas avant la prochaine guerre. Ce groupe est fait pour la guerre mais ne participe pas aux manœuvres et missions quotidiennes des militaires de carrière. C’est un groupe de soutien, avec des personnes assez fortes pour suivre leur entraînement. Ils vont être préparés encore longtemps, chacun d’entre eux. Regarde bien Adeline, ça se voit qu’elle a pris du muscle, quand tu fais attention.

Il la désigna discrètement du doigt avant de finir sa viande, prenant du pain pour terminer ce qu’il avait dans son assiette. Lui-même n’était pas un grand sportif et n’avait pas trop de muscles. Il était persuadé qu’Adeline pourrait le rétamer et lui écraser le nez dans la poussière en moins d’une minute si elle le voulait.

Antoine – Pour ton frère non plus, ce n’est pas un manque de confiance, il ne veut juste pas te perdre une seconde fois. Tu ne t’en souviens sans doute pas, mais à ta naissance, il n’a pu te voir qu’une fois avant qu’on ne vous sépare. Votre famille considérait qu’il n’avait pas besoin de rester à côté de toi tant que tu étais bébé. Pour lui, c’était comme si on lui reniait le droit d’avoir une petite sœur, il a cru qu’on vous séparerait toute votre vie. Même s’il était très jeune, ça l’a beaucoup marqué.

Il lui fit un petit sourire un peu triste, se remémorant le jour où Jaz lui avait raconté cette histoire. Pas étonnant qu’il soit devenu aussi protecteur… Il ne voulait pas que leurs parents rendent Laura comme ils le voulaient, la modeler selon leurs propres désirs.

Antoine – Jaz sait ce qu’il fait, il a changé. Tu doutes de cela ?
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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: L'eau est paisible   Ven 3 Juil - 13:16

Antoine – Ça fait longtemps que je ne te vois plus comme la petite Laura, tu sais, dit-il en avalant ce qu’il avait dans la bouche.

… Vraiment ? Laura eut un petit sourire malgré elle, ne pouvant rester indifférente face à de telles paroles. Bien sûr, elle s’en doutait, Antoine ne l’aimerait pas comme il l’aimait aujourd’hui s’il la voyait toujours comme « la petite Laura ». Mais pourquoi ne disait-il rien à Jasper, alors ? Pourquoi n’essayait-il pas de lui montrer qu’elle aussi, elle avait changé ? Il était le mieux placé pour le dire à son frère ! Cependant, Laura n’eut pas le temps de réagir à cette déclaration, Antoine regardait autour de lui comme s’il avait peur d’être écouté. Elle fronça les sourcils, se demandant bien ce qui l’effrayait. Il n’avait rien dit de compromettant, là, alors pourquoi agir ainsi ? Arrêtant de manger, la collégienne stoppa net tout mouvement, prête à demander ce qui se passait, si elle avait loupé quelque chose, ne voyant rien de spécial autour d’eux. Ils étaient seuls, là, personne n’était à côté d’eux.

Antoine – Les Guetteurs ont été créés pour être un soutien de l’armée, mais pas avant un long moment. Pas avant la prochaine guerre. Ce groupe est fait pour la guerre mais ne participe pas aux manœuvres et missions quotidiennes des militaires de carrière. C’est un groupe de soutien, avec des personnes assez fortes pour suivre leur entraînement. Ils vont être préparés encore longtemps, chacun d’entre eux. Regarde bien Adeline, ça se voit qu’elle a pris du muscle, quand tu fais attention.

Laura tourna discrètement la tête vers Adeline pour l’observer un peu plus attentivement. En effet… Maintenant qu’elle faisait vraiment attention, elle devait bien admettre que oui, la petite amie de son frère était plus musclée qu’avant. Etre préparés encore longtemps… Pour la guerre ? Mais pourquoi ? Et pourquoi dès maintenant ? Que signifiait ce « longtemps » ? Ils n’étaient donc pas une aide de l’armée pour contrôler les élèves et les balancer aux militaires ? Pourtant, ils le faisaient ! Dès qu’un élève se révélait être plus fort face à une personne qui faisait partie de ce groupe, il disparaissait ou tombait « malade ». Il y avait quelque chose de bizarre, quelque chose que Laura ne comprenait pas.

Reprenons depuis le début. Le groupe des guetteurs était un soutien pour l’armée et les élèves qui en faisaient partie s’entraînaient pour devenir meilleurs, plus forts, en vue de la prochaine guerre. D’accord, mais pourquoi dès maintenant ? Quel était le lien avec la disparition des élèves et les médecins chez eux ? Si l’armée disposait de ce groupe d’élèves volontaires, pourquoi venait-elle encore chercher des élèves pour ses tests ou expériences horribles ? Parce que oui, les élèves qui entraient chez les Guetteurs le voulaient, Laura en était persuadée.

Elle reporta son regard sur son assiette, comme si elle espérait y trouver des indices, réfléchissant et jouant avec sa fourchette sans manger. Pourquoi ? Cette question ne cessait de tourner en boucle dans sa tête. Et depuis quand Jasper et Antoine savaient-ils cela ? Que faisaient-ils, que cherchaient-ils, qu’avaient-ils découvert ? Parce que oui, ils avaient découvert quelque chose et ne lui en parlaient pas. Laura en était sûre, maintenant, d’autant plus qu’elle avait enfin des informations en plus. Même si elles venaient démolir toutes ses théories… Mais elle ne pouvait pas demander. Il fallait qu’elle soit patiente, et elle le savait, parce que si même Antoine ne lui révélait pas tout, c’était parce qu’ils ne devaient pas être sûrs de ce qu’ils avaient trouvé. Ou alors, parce qu’eux-mêmes avaient du mal à digérer la nouvelle. Laura déposa sa fourchette, l’appétit coupé momentanément, sans rien dire. Que lui cachaient-ils ?

Antoine – Pour ton frère non plus, ce n’est pas un manque de confiance, il ne veut juste pas te perdre une seconde fois. Tu ne t’en souviens sans doute pas, mais à ta naissance, il n’a pu te voir qu’une fois avant qu’on ne vous sépare. Votre famille considérait qu’il n’avait pas besoin de rester à côté de toi tant que tu étais bébé. Pour lui, c’était comme si on lui reniait le droit d’avoir une petite sœur, il a cru qu’on vous séparerait toute votre vie. Même s’il était très jeune, ça l’a beaucoup marqué.

… Quoi ?! Laura redressa la tête d’un coup en ouvrant grand les yeux, choquée, se tournant vers Antoine. Elle en avait lâché sa fourchette et s’excusa timidement d’un regard et d’un petit sourire vers les élèves qui avaient sursauté. Oups, faire tomber une fourchette comme cela avec l’ambiance tendue qui régnait était une mauvaise idée. Mais ce n’était pas le sujet. Jasper… Antoine était sérieux… ? Il ne lui disait pas cela pour donner raison à son meilleur ami, pour justifier un comportement surprotecteur alors qu’il ne devait pas l’être ? Mais non, dans ses yeux, elle pouvait clairement lire qu’il disait la vérité. Elle ne le savait pas, ça ! La collégienne tourna la tête vers son frère, la bouche légèrement entrouverte alors qu’il discutait toujours avec Adeline.

Une vague de culpabilité l’envahit immédiatement. Elle ignorait que leurs parents avaient fait une telle chose, et elle n’avait rien fait pour l’aider… Pire, Laura s’était souvent mise en danger parce qu’elle trouvait son frère beaucoup trop protecteur, trouvait qu’il exagérait et voulait lui montrer que non, elle n’était plus une enfant, que si, elle resterait à côté de lui jusqu’à sa mort. Et pourtant, elle avait eu beau le lui dire encore et encore, elle avait bien vu que Jasper ne changeait pas de comportement. Comme s’il ne la croyait pas. Et elle s’était trompée. Ce n’était pas elle qu’il ne croyait pas, mais leurs parents. C’étaient eux qu’il craignait autant. La haine qu’il éprouvait à leur égard, cette répulsion quant au comportement qu’avait adopté Laura quelques fois, tout s’expliquait avec cela. Mais pourquoi ne lui en avait-il jamais parlé… Elle aurait compris !

Antoine – Jaz sait ce qu’il fait, il a changé. Tu doutes de cela ?

Laura – Non, mais je…

Laura se tut, regardant toujours son frère. Elle avait une furieuse envie d’aller se jeter dans ses bras, de s’excuser, de lui dire qu’elle comprenait son comportement et qu’elle coopérerait à l’avenir, mais s’en abstint. Elle se voyait mal devoir lui expliquer pourquoi elle disait cela, pourquoi elle agissait comme maintenant en plein milieu du repas. Et puis, Antoine lui avait expliqué certaines choses à propos des Guetteurs, de ce qu’ils avaient trouvé, puis la raison du côté surprotecteur de son frère, mais elle n’était pas sûre que Jasper apprécie ce « détail ». Peut-être avait-il changé, si son meilleur ami lui-même le disait, mais à quel point ? S’ils lui cachaient certains détails, quelle était l’ampleur de l’histoire dont les seuls éléments visibles étaient l’armée, les guetteurs et les expériences qui tournaient mal ? Laura regarda à nouveau son assiette sans rien dire, cherchant ses mots.

Laura – J’ai envie de te croire. De croire qu’il a vraiment changé, qu’il réfléchit. Je savais déjà qu’il n’était plus le même, je le vois bien et puis, depuis qu’il a « vu » le Colonel… Je m’y attendais.

Mais il y avait trop de choses qu’elle ignorait encore, elle le sentait… Et elle ne voulait pas le dire, sachant que ce n’était qu’une question de temps. Elle avait peur de briser la confiance d’Antoine, de chercher elle-même et de se mettre en danger. Si elle voulait vraiment faire partie de tout cela, Laura devait se montrer patiente et prouver qu’elle pouvait assumer, qu’elle pouvait vraiment les aider. Elle tourna la tête vers Adeline et Jasper, pensive, tout en remplissant distraitement sa fourchette. Les élèves autour d’eux parlaient de sujets totalement différents, loin, très loin de celui qu’ils avaient Antoine et elle. Portant sa fourchette à sa bouche, Laura mangea, avala sa bouchée, et reprit en regardant une nouvelle fois Jasper brièvement avant de reporter son regard vers Antoine.

Laura – Il ne m’avait jamais raconté pour nos parents…, dit-elle d’un air triste. Je ne comprenais pas pourquoi il agissait comme cela, pourtant je lui ai dit que je ne m’éloignerais jamais ! Mais ça ne changeait rien… Avec ce que tu viens de me dire, je comprends mieux. Même s’il aurait dû me le dire, me l’expliquer. Je lui fais confiance, mais il me ménage beaucoup trop. Ce n’est pas parce que je suis jeune que je ne peux pas comprendre et j’aimerais vraiment qu’il ouvre les yeux, lui aussi. Comme toi…

Laura fit un mince sourire à Antoine et but une gorgée d’eau, son assiette étant presque vide. Elle voulait prouver qu’elle pouvait entendre plus de choses que ce que Jasper n’acceptait de lui dire, prouver qu’elle avait changé et grandi, elle aussi. Mais elle ne voyait pas comment. Elle essayait, pourtant, mais si son frère avait peur de la perdre une seconde fois à cause d’un souvenir datant de plusieurs années, elle doutait d’y arriver un jour. Enfin, sauf lorsqu’il quitterait le Pensionnat, mais elle voulait qu’il le comprenne avant, qu’il lui dise, qu’il lui explique lui-même pourquoi il agissait comme cela.

Laura – J’aimerais qu’il comprenne… Mais si ce souvenir le hante et s’il a peur de me perdre, je ne vois pas comment faire. Je veux lui prouver qu’il ne me perdra pas, que je suis capable de ne pas me laisser faire par nos parents. Sinon, c’est moi qui le perdrai dès qu’il quittera le Pensionnat… Tu dis toi-même qu’il est en train de changer, tu sais pourquoi, mais il ne me dit rien parce qu’il veut me « préserver ». Mais ce sont ces secrets qui nous éloignent, et je ne sais pas s’il le réalise vraiment. Je ne peux pas le lui dire moi-même, c’est à lui… Non ? Je n’ai pas envie de t’attirer des ennuis alors qu’il n’avait, visiblement, pas envie de me dire tout ce que tu viens de dire.

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MessageSujet: Re: L'eau est paisible   Mer 15 Juil - 11:40

Laura – Non, mais je…

Antoine mit une main devant sa bouche pour étouffer son sourire, inspirant profondément pour ne rien montrer. Alors là, c'était quand même incroyable ! Pas possible de douter qu'ils étaient frères et sœur vu qu'ils avaient les mêmes réactions. Ce qui était encore plus drôle, c'est que Laura tirait exactement la même temps que son frère, dans ce genre de moment, il devrait les prendre en photo tous les deux à ce moment puis leur montrer pour qu'ils puissent comparer. Non, ce serait méchant ? Il baissa sa main, finissant ce qu'il avait dans son assiette. Un jour, il le fera, c'était promis, en serait-ce que pour leur ouvrir un peu les yeux. Ah là là, il  a des jours où il avait vraiment l'impression de leur servir de nounou, à ces deux-là, à s'occuper d'eux et veiller sur eux. Ils allaient finir par le tuer, ou lui donner des cheveux blancs avant l'heure. Il se servit un grand verre d'eau, saluant d'un signe de main un autre ami qui quittait le réfectoire, sans doute pour aller réviser un peu avant cet après-midi. C'est vrai qu'ils avaient mathématiques, après, l'examen que toute l'école redoutait au plus haut point.

Laura – J’ai envie de te croire. De croire qu’il a vraiment changé, qu’il réfléchit. Je savais déjà qu’il n’était plus le même, je le vois bien et puis, depuis qu’il a « vu » le Colonel… Je m’y attendais.

Ouais... Le Colonel y était effectivement pour beaucoup, dans cette affaire... Antoine fit tourner un peu son verre sur la table avec un petit soupir. Jaz avait été malade un bon moment, avant de se reprendre et de mettre les "conseils" du militaire en pratique. D'accord, au moins, il était plus prudent qu'avant. Mais il était aussi prêt à faire plus de choses, à pousser bien plus loin, ce qui effrayait Antoine. Il allait avoir seize ans, son don évoluait, il n'allait en devenir que plus intéressant pour l'armée. Enfin, ne pas paniquer, ils étaient en vacances en fin de semaine, ils partaient loin du pensionnat, donc tout allait bien, non ? Il ne pouvait rien se passer pendants les vacances, pas à Arès. C'était un village très tranquille où rien ne se passait.

Laura – Il ne m’avait jamais raconté pour nos parents…, dit-elle d’un air triste. Je ne comprenais pas pourquoi il agissait comme cela, pourtant je lui ai dit que je ne m’éloignerais jamais ! Mais ça ne changeait rien… Avec ce que tu viens de me dire, je comprends mieux. Même s’il aurait dû me le dire, me l’expliquer. Je lui fais confiance, mais il me ménage beaucoup trop. Ce n’est pas parce que je suis jeune que je ne peux pas comprendre et j’aimerais vraiment qu’il ouvre les yeux, lui aussi. Comme toi…

Il répondit à son sourire, à moitié blasé. Jasper savait aussi qu'elle avait grandi mais oui, il avait une grosse tendance à la ménager, par peur de la perdre ou la retrouver blessée. Mais c'était sa petite sœur, c'était normal ! Laura ferait la même chose, à sa place. Elle n'aimait peut-être pas être couvée ainsi mais Jasper ne pouvait pas cesser de le faire non plus. Lui-même couvait beaucoup son petit frère, tout comme sa sœur l'avait fait avec lui. Il reposa son verre pour ne pas le casser à force de jouer avec, mettant ses couverts dans son assiette puis posant le tout au milieu de la table avec les autres ustensiles. Ils réunissaient toujours tous leurs couverts depuis que le cuisinier en chef du pensionnat le leur avait demandé, pour facilité le nettoyage des tables. C'était aussi une question de politesse, pour lui.

Laura – J’aimerais qu’il comprenne… Mais si ce souvenir le hante et s’il a peur de me perdre, je ne vois pas comment faire. Je veux lui prouver qu’il ne me perdra pas, que je suis capable de ne pas me laisser faire par nos parents. Sinon, c’est moi qui le perdrai dès qu’il quittera le Pensionnat… Tu dis toi-même qu’il est en train de changer, tu sais pourquoi, mais il ne me dit rien parce qu’il veut me « préserver ». Mais ce sont ces secrets qui nous éloignent, et je ne sais pas s’il le réalise vraiment. Je ne peux pas le lui dire moi-même, c’est à lui… Non ? Je n’ai pas envie de t’attirer des ennuis alors qu’il n’avait, visiblement, pas envie de me dire tout ce que tu viens de dire.

Antoine – Oh, il te le dira sûrement un jour, sourit-il en mettant son sac sur son épaule. Tu as fini de manger ?

Il se leva et attendit qu'elle soit prête, quittant ensuite le réfectoire avec elle. Le hall d'entrée était rempli d'élèves en train de relire leurs notes, assis sur les marches, les bancs ou par terre, le nez plongé dans leurs livres et leurs cahiers. Quelle ambiance studieuse, on ne voyait vraiment ça qu'en période d'examens ! Il sourit en allant s'asseoir sur un banc libre avec Laura, juste à côté du secrétariat. La secrétaire y rentra au même moment, leur jetant un regard assez lourd, comme si elle les soupçonnait de prévoir des bêtises, puis claqua la porte derrière elle. Dieu que cette vieille vache était aimable ! Il l'avait toujours détesté depuis le jour où, alors qu'il était arrivé au pensionnat depuis trois jours, elle lui avait hurlé dessus car il manquait un papier dans son dossier administratif. Il était ressorti de là en pleurant et Jasper avait réagi en versant un pot entier de colle dans le sac à main de cette vieille horrible. Déposant son sac à ses pieds, il se tourna vers Laura, appuyé contre le mur derrière eux.

Antoine – Il sait comme moi que tu as grandi, mais tu restes sa petite sœur, c'est normal qu'il veuille te préserver. Comme moi je veux préserver mon petit frère. Ouais, c'est agaçant, mais c'est la vie ! Mais t'en fais pas, faut juste passer ça et ça ira mieux ensuite.

Il lui fit tourner la tête en appuyant sur sa joue avec deux doigts puis se pencha et posa ses lèvres sur les siennes en fermant les yeux, doucement, avec tendresse. Il n'osait vraiment l'embrasser que lorsque son frère n'était pas là, pour le moment. Et aussi car il craignait de la blesser ou la mettre mal à l'aise, depuis l'histoire avec Clémence. De toute façon, elle avait quatorze ans, il n'était pas question qu'il la touche de façon plus intime. Il devait quand même attendre un peu, afin de ne pas la perturber. Il l'embrassa un long moment, trouvant toujours ses lèvres aussi douces et fines, avant de se redresser, les joues un peu rouges mais souriant.

Antoine – Ne sois pas triste, ton frère a toujours été trop protecteur, même avec moi. Quand on était gamins, j'étais très timide et en retrait mais il me défendait toujours contre ceux qui me voulaient des ennuis. Au moins, aujourd'hui, il écoute certains adultes, qui peuvent aussi le défendre lui. Fauta voir confiance. Et puis, que veux-tu qu'il se passe cet été ? Pense à ces deux longs mois de vacances qui nous attendent, sans problème à l'horizon.

Il lui ébouriffa les cheveux pour l'embêter, sachant qu'elle avait horreur de ça, avec un petit rire, puis reprit son sérieux.

Antoine – Au fait, tes examens se sont bien passés, ce matin ? Dis-le moi si tu as des doutes, je peux te faire réviser ce soir.
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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: L'eau est paisible   Ven 24 Juil - 11:06

Antoine – Oh, il te le dira sûrement un jour, sourit-il en mettant son sac sur son épaule. Tu as fini de manger ?

Heu… Oups ? Laura n’avait même pas remarqué qu’Antoine avait fini, trop absorbée par leur discussion. Elle avait mangé à la vitesse d’un escargot et il lui restait encore quelques bouchées qu’elle s’empressa de terminer après s’être excusée. Oui, bah, désolée, elle était peut-être une fille, mais cette fois, elle n’avait pas pu faire plusieurs choses en même temps. Piquant avec sa fourchette dans les aliments, coupant en petits morceaux pour terminer en vitesse, Laura termina son assiette en quelques bouchées et la ramena au centre de la table, comme Antoine. Cela ne faisait pas longtemps qu’ils le faisaient, mais c’était bien plus pratique pour les cuisiniers et plus rapide, surtout que les élèves ne mangeaient pas spécialement tous en même temps selon les périodes. Certains traînaient un peu plus que d’autres en classe, d’autres relisaient un peu avant de manger… Autant de raisons qui faisaient que, au final, le réfectoire était rempli de tous les élèves du Pensionnat principalement le matin, pour le petit-déjeuner.

Laura se leva à son tour en récupérant son sac qu’elle hissa sur son épaule puis suivit Antoine, quittant la salle. Dans le hall, elle reconnut un groupe de copines qui étaient dans sa classe, occupées à réviser dans leur bouquin de maths. Elle grimaça lorsque l’une d’elle leva la tête dans sa direction avec un petit signe de la main avant de se replonger dans son bouquin. Pour elle, cela ne devait pas s’être très bien passé ce matin… Bon, autant relativiser, ils avaient encore quelques jours avant le début de la session, ils pouvaient toujours y arriver ! Enfin… Peut-être. De toute manière, Antoine l’avait rassurée : s’ils travaillaient dur et que les autres profs voyaient que la prof de maths avait été trop sévère, ils reverraient les points. C’était déjà ça, non ? Le suivant distraitement jusqu’à un banc près du secrétariat, Laura s’installa en faisant glisser son sac de son épaule pour le poser sur ses genoux, laissant ses pieds balancer dans le vide comme elle avait mis son dos contre le mur. Au même instant, la vieille secrétaire aigrie rentra dans son bureau en leur lançant un regard menaçant auquel la collégienne répondit par un grand sourire innocent. Elle se sentait en danger, la pauvre ? Bah, aucune raison, ils n’avaient rien fait cette fois !

Antoine – Il sait comme moi que tu as grandi, mais tu restes sa petite sœur, c'est normal qu'il veuille te préserver. Comme moi je veux préserver mon petit frère. Ouais, c'est agaçant, mais c'est la vie ! Mais t'en fais pas, faut juste passer ça et ça ira mieux ensuite.

Laura n’eut pas le temps de répondre, faisant simplement la moue alors qu’Antoine la poussa à tourner la tête vers lui en posant deux doigts sur sa joue. Elle ferma ensuite les yeux lorsqu’il se rapprocha pour l’embrasser, sa moue disparaissant presqu’aussi vite qu’elle n’était apparue. Elle détestait lorsqu’il utilisait de tels stratagèmes pour l’empêcher de râler, il savait pertinemment que cette situation l’agaçait. Mais, pour cette fois, toute volonté de riposte s’était envolée dès le moment où il avait posé ses lèvres sur les siennes. Il restait doux, patient, et Laura avait fini par complètement oublier le goût des lèvres de Clémence en repensant à celui des lèvres d’Antoine. Elle savait qu’il faisait d’autant plus attention depuis cette histoire, il ne faisait jamais de geste brusque avec elle et, même si elle ne le lui avait jamais dit, cela comptait beaucoup. Si, au début, Laura avait eu peur de lui dire quoi que ce soit parce qu’il risquait de la rejeter, aujourd’hui, elle regrettait de ne pas avoir parlé plus tôt. Et surtout, qu’il l’ait découvert de cette manière… Antoine ne rompit le baiser qu’après un long moment, se redressant alors qu’elle lui souriait, les joues rouges elle aussi.

Antoine – Ne sois pas triste, ton frère a toujours été trop protecteur, même avec moi. Quand on était gamins, j'étais très timide et en retrait mais il me défendait toujours contre ceux qui me voulaient des ennuis. Au moins, aujourd'hui, il écoute certains adultes, qui peuvent aussi le défendre lui. Fauta voir confiance. Et puis, que veux-tu qu'il se passe cet été ? Pense à ces deux longs mois de vacances qui nous attendent, sans problème à l'horizon.

Eeeeh ! A peine eut-il terminé sa phrase qu’Antoine lui ébouriffa les cheveux en ne tenant même pas compte de sa protestation. Elle lui lança un petit regard noir alors qu’il riait, passant une main dans ses cheveux pour les remettre correctement, de façon à rester présentable. Tsss, il savait qu’elle détestait ça, en plus ! Et Laura n’était pas triste. Elle se sentait surcouvée, coincée, mais elle allait très bien. Avec Antoine, cette protection accrue était contrebalancée même s’il ne lui faisait courir aucun danger. Jasper voyait peut-être qu’elle grandissait, mais son comportement avec elle ne changeait pas, contrairement à celui de son meilleur ami. Enfin, il avait au moins raison sur un point : les vacances approchaient avec l’océan, les journées ensoleillées, les balades… Laura eut un sourire serein en s’imaginant déjà nager dans l’océan avec Antoine et Jasper – parce que si, elle le jurait, elle réussirait à le convaincre de les accompagner.

Antoine – Au fait, tes examens se sont bien passés, ce matin ? Dis-le-moi si tu as des doutes, je peux te faire réviser ce soir.

Laura – Je ne sais pas, avoua-t-elle en faisant une moue hésitante. J'ai eu maths, j'ai travaillé mais...

Laura fit un geste las de la main avant de la redéposer sur son sac pour le tenir. Comment pouvoir qualifier un examen de maths ? Elle s’en sortait mais n’avait jamais de très bons points aux devoirs, se réjouissant lorsqu’elle avait la moyenne comme cela avait été le cas au cours en commun. Elle tourna la tête vers les élèves de sa classe, toujours occupés à réviser, avec un air pensif. Elle voulait bien qu’il l’aide à réviser, mais lui ? Il devait travailler aussi, elle ne voulait pas qu’il perde du temps précieux uniquement parce qu’elle éprouvait des difficultés en maths. Elle s’était améliorée ! Mais pas assez pour madame de Sora, apparemment. Laura reporta son regard sur Antoine avec un petit sourire et lui attrapa la main, exerçant une légère pression dessus.

Laura – Tu n’es pas obligé de me faire réviser, privilégie tes examens, je ne veux pas que tu rates à cause de moi. Je veux bien, hein ! Mais c’est maths, je m’améliore, seulement ce n’est jamais suffisant pour la prof je pense. Je vais clairement éviter la filière scientifique au lycée, ce n’est pas pour moi… Et puis, autant d’heures de maths, très peu pour moi !

Oui, elle jugeait uniquement à la prof qui enseignait ce cours, et alors ? C’était tout à fait son droit ! Quelques-unes de ses amies, dont Valérie, rêvaient de faire la filière S mais en étaient tellement dégoûtées qu’elles répétaient, à mesure qu’ils se rapprochaient du lycée, que ce n’était pas pour elles mais qu’elles ne savaient pas quoi faire. Laura trouvait cela dommage mais ne pouvait pas le leur reprocher. Imaginer plus de cinq heures de cours avec madame de Sora était abominable… Est-ce que la directrice était au courant de tout ce que faisait cette prof ? Pourquoi ne pas la renvoyer, tout simplement ? Il y avait sûrement plein de choses qui jouaient contre elle, non ? Laura ne comprenait même pas pourquoi elle continuait à enseigner si son seul but était de dégoûter tout le monde.

Laura – Je trouve ça dommage…, ajouta-t-elle soudain. Tu sais, plein d’amies voulaient faire la filière scientifique, mais elles abandonnent à cause de la prof. L’avoir plus d’heures que maintenant, ça les décourage. On attend tellement son renvoi ! J’aime beaucoup la directrice, et le sous-directeur, mais je ne comprends pas pourquoi ils ne l’ont pas virée… Et puis, j'ai une preuve irréfutable ! Tu t’en sors dans tous les cours, toi, non ? Et pourtant, tu n’excelles pas en maths non plus.

Laura s'était redressée, convaincue d'avoir trouvé l'argument qu'on ne peut pas contredire, et regardait Antoine avec un air déterminé. En fait, plutôt que d'avoir pourri les militaires, ils auraient dû s'en prendre à la prof de maths. Ils auraient rendu service à tout le monde ! Peut-être le pouvaient-ils encore... Non ? Trop tard ? D'accord, elle devait rester sage, n'empêche que la perspective de ne plus voir madame de Sora en maths la réjouissait encore plus que si on leur avait annoncé que les examens étaient annulés.

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MessageSujet: Re: L'eau est paisible   Mer 29 Juil - 10:50

Laura – Je ne sais pas, avoua-t-elle en faisant une moue hésitante. J'ai eu maths, j'ai travaillé mais...

Mais avec cette prof, bien travailler signifiait peiner à avoir la moyenne, il le savait bien. Si Jasper était là, il se lancerait aussitôt dans une immense diatribe anti-Hyène, c’était certain ! Enfin, il n’avait pas tord sur toute la ligne, cette prof était véritablement trop sévère et n’encourageait jamais qui que ce soit, à part deux ou trois élèves qu’elle aimait bien. Elle n’était pas du tout pédagogue et beaucoup étaient malades à l’idée d’aller en cours avec elle. Laura fit un vague geste du genre « j’en sais rien et ça m’énerve ». Il eut un petit sourire, secouant la tête. Lui aussi n’avait jamais eu la chance d’avoir un autre prof de maths que la Hyène, hélas. Certains étaient très gentils, pourtant ! Il y avait madame Rochefort, mais elle n’enseignait ici qu’a mi-temps, ce qui était bien dommage. Puis un autre prof, un homme, dont il avait bouffé le nom mais qui était parti en début d’année. Laura sourit tout à coup et lui attrapa la main, qu’il serra à son tour. Voilà, c’était mieux comme ça, pas la peine de déprimer ! Ils s’en sortiront bien, de toute façon.

Laura – Tu n’es pas obligé de me faire réviser, privilégie tes examens, je ne veux pas que tu rates à cause de moi. Je veux bien, hein ! Mais c’est maths, je m’améliore, seulement ce n’est jamais suffisant pour la prof je pense. Je vais clairement éviter la filière scientifique au lycée, ce n’est pas pour moi… Et puis, autant d’heures de maths, très peu pour moi !

Il retint un petit rire, secouant la tête. Son frère ne lui avait toujours pas dit qu’il comptait très sérieusement se lancer dans la filière scientifique ? Elle risquait d’en faire une attaque, il ferait mieux de lui en parler ! Avec ça, Antoine avait si hâte de voir la tronche de madame de Sora lorsqu’elle le verra dans la classe des S l’an prochain… Il imaginait déjà son visage se décomposer, ses yeux s’écarquiller de stupeur, sa bouche s’ouvrir en grand, puis son teint se teinter de rouge grâce à l’indignation et la colère. Et Jasper, en face, avec un large sourire ironique, se foutant allègrement de sa tête et prêt pour endurer deux longues années avec des cours de maths en plus. Voilà qui allait être très beau. Enfin, si Laura pensait pouvoir se débrouiller, d’accord, c’était à elle de voir si elle en avait beaucoup besoin ou non, c’était juste une proposition.

Laura – Je trouve ça dommage…, ajouta-t-elle soudain. Tu sais, plein d’amies voulaient faire la filière scientifique, mais elles abandonnent à cause de la prof. L’avoir plus d’heures que maintenant, ça les décourage. On attend tellement son renvoi ! J’aime beaucoup la directrice, et le sous-directeur, mais je ne comprends pas pourquoi ils ne l’ont pas virée… Et puis, j'ai une preuve irréfutable ! Tu t’en sors dans tous les cours, toi, non ? Et pourtant, tu n’excelles pas en maths non plus.

Antoine – Noter dur n’est pas un critère suffisant pour renvoyer une personne, sourit-il en voyant l’air de sa petite amie.

Il lâcha un rire devant sa mine puis l’embrassa sur le front pour la réconforter, amusé par les idées qu’elle pouvait avoir, parfois. Il passa son bras autour de ses épaules pour la rapprocher de lui, ne disant plus rien pendant un petit moment. Il regardait les autres élèves sortir du réfectoire, s’installer dans le hall pour lire ou discuter, aller à la bibliothèque, demander si les salles d’études étaient ouvertes, parler des cours, des examens et il ne savait quoi encore. Une journée normale, somme toute, semblable à toutes celles qui pouvaient se dérouler dans les autres écoles du pays. Même les deux militaires présents dans un coin du hall discutaient entre eux sans faire attention à ce qui se passait chez les élèves. Antoine appréciait ce genre de moments, où ils étaient juste des enfants, où ils n’avaient pas à penser aux divers problèmes, où le plus gros souci du moment était une prof infecte.

Antoine – Je vais sans doute faire la filière littéraire, dit-il après une minute de réflexion. Je n’ai pas encore eut le rendez-vous d’orientation avec madame Chevreuil, c’est prévu demain en fin d’après-midi. Ensuite, pour les études supérieures, je ne sais pas… Je me vois bien travailler en bibliothèque, les grandes où tu as un vrai travail pour diriger et accompagner les gens. Vivre dans une grande ville serait sympa, j’ai envie de voir autre chose.

Il posa la tête contre le mur derrière lui, regardant vaguement le plafond. Il réfléchissait un peu plus sérieusement à son avenir, maintenant. Il baissa le regard sur Laura, jouant avec quelques mèches de ses cheveux.

Antoine – Et ton frangin compte faire la filière scientifique, dit-il avec un demi-sourire. Je ne sais pas s’il a pensé à te le dire ? Ça va être très beau, l’année prochaine, j’ai hâte de voir ça ! Mais je ne sais plus s’il veut toujours bosser dans un hôpital ou un truc du genre. Et toi, qu’est-ce tu voudrais faire, comme métier ?
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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: L'eau est paisible   Dim 2 Aoû - 20:52

Antoine – Noter dur n’est pas un critère suffisant pour renvoyer une personne, sourit-il en voyant l’air de sa petite amie.

Dommage… Laura fit la moue au moment même où Antoine éclata de rire avant de l’embrasser sur le front. C’était vrai ! Dommage qu’ils ne puissent pas la faire renvoyer pour ça, ce serait si simple… Adieu la prof de maths hyper sévère, adieu les sales notes, adieu les heures interminables passées à entendre des cris inutiles et injustifiés alors qu’ils essayaient de comprendre et d’écouter. Au moins, leurs heures de travail acharné sur leurs devoirs paieraient ! Mais bon, ce n’était qu’un rêve. Un rêve et rien d’autre, parce que Laura voyait mal comment cette prof pouvait être renvoyée… Mais c’était bien de rêver de temps en temps, surtout maintenant. A défaut d’espérer le départ des militaires, ils pouvaient au moins espérer celui de madame de Sora, non ? Ils avaient toujours plus de chances de voir cette option-là se réaliser.

Mais elle ne répondit rien, toute intention de riposter lorsqu’Antoine passa un bras par-dessus ses épaules pour l’attirer à lui. Laura posa sa tête contre son épaule avec un sourire, ses bras entourant toujours son sac, observant les élèves sans briser le silence entre eux, apaisée, comme à chaque fois qu’il la prenait dans ses bras. Il avait ce don, avec elle, qu’elle n’expliquait pas mais qui ne la dérangeait pas. Au moins, à côté de lui, elle réfléchissait et prenait le temps de tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler. En temps normal, Laura ne restait pas en place mais elle savait qu’elle devait se calmer, se faire discrète, se faire oublier. S’entraîner toujours plus dur mais rester discrète parce que l’armée les avait déjà fichés et avait un dossier sur eux. Elle le savait, mais ce qu’elle détestait rester comme cela sans rien faire ! Etre assise, regarder les autres élèves parler, s’amuser, réviser, se diriger tout doucement vers leur salle de cours, relire vite fait un peu pour une hésitation, se disputer pour des bêtises… Voilà leur quotidien tel qu’il devrait être, celui de tout adolescent. Et non pas des militaires, des contrôles d’identité, la peur de se montrer tel que l’on est aux cours de peur de se faire enlever le lendemain.

Antoine – Je vais sans doute faire la filière littéraire, dit-il après une minute de réflexion. Je n’ai pas encore eut le rendez-vous d’orientation avec madame Chevreuil, c’est prévu demain en fin d’après-midi. Ensuite, pour les études supérieures, je ne sais pas… Je me vois bien travailler en bibliothèque, les grandes où tu as un vrai travail pour diriger et accompagner les gens. Vivre dans une grande ville serait sympa, j’ai envie de voir autre chose.

Laura tourna un peu la tête vers Antoine pour le regarder au moment où il posait sa tête contre le mur en regardant le plafond. Oui… Elle le voyait bien, elle aussi, au milieu d’une grande bibliothèque avec des livres aux reliures dorées, avec des personnes jeunes comme âgées qui venaient demander conseil pour une quelconque lecture. C’était presque une image naturelle et évidente, elle-même ne le voyait pas ailleurs. C’est vrai qu’il devait choisir sa filière… Son frère aussi, d’ailleurs. Elle n’était qu’au collège, ils ne parlaient pas vraiment des cours ensemble. A part les maths, bien sûr, mais elle ignorait ce qu’il voulait faire. Pas la filière littéraire, déjà, elle le savait. Pas la filière scientifique, il ne supportait pas madame de Sora. Laura savait qu’il se soignait tout seul, qu’il aimait son don, mais… Sinon ? Autant pour Antoine c’était logique, autant pour Jasper… Elle regarda en face d’elle deux élèves qui rangeaient leurs livres en discutant toujours.

Antoine – Et ton frangin compte faire la filière scientifique, dit-il avec un demi-sourire. Je ne sais pas s’il a pensé à te le dire ? Ça va être très beau, l’année prochaine, j’ai hâte de voir ça ! Mais je ne sais plus s’il veut toujours bosser dans un hôpital ou un truc du genre. Et toi, qu’est-ce tu voudrais faire, comme métier ?

Laura – La filière scientifique ?!

Il… Pardon ?! Jasper, la filière scientifique ?! Laura fit de gros yeux en tournant à nouveau la tête vers Antoine, laissant tomber son sac par terre sous le coup de la surprise. Oups. Elle lui lança un regard d’excuse avec un petit sourire et récupéra son sac qu’elle posa à côté d’elle, se remettant dans les bras de son petit ami. Jasper, la filière scientifique… Oui, maintenant qu’il le lui disait, elle savait qu’il voulait bosser dans un hôpital. Mais elle pensait qu’il aurait laissé tomber en voyant qui enseignait les maths. Surtout qu’elle n’allait pas l’épargner, pas après tout ce qu’il lui avait fait endurer depuis qu’il était dans cette école. Bon, en soi, il n’y avait pas que les maths, mais tout de même. Laura eut un petit sourire rêveur en réalisant que, malgré tout ce qui se passait, malgré ce qui aurait pu influencer son parcours, il continuait et persistait. Il s’accrochait, quoi qu’il arrive.

Ce n’est qu’à ce moment qu’elle réalisa qu’elle n’avait pas répondu à la question d’Antoine concernant son métier. Elle n’y avait jamais réfléchi… Elle aimait communiquer, ne restait jamais isolée et aimait beaucoup le cours de SVT, trouvant cela passionnant, comme le français et l’histoire. Mais elle se voyait difficilement rester bloquée derrière un laboratoire durant des heures, mémoriser des centaines de dates et rester dans le passé… Donc, non, aucune idée. Pour l’instant, Laura pensait aux militaires, voulait protéger les élèves plus jeunes, mais elle ne savait pas du tout ce qu’elle pouvait faire de cette envie. Ce n’était pas très… commun. Et devenir militaire à son tour… Non merci. Elle savait que c’était possible, oui, surtout avec le lieutenant Robin, mais non, ce n’était pas pour elle. Ne serait-ce que pour la discipline. Laura glissa sa main dans celle d’Antoine, regardant leurs mains liées distraitement en réfléchissant.

Laura – Je ne sais pas ce que je veux faire…, avoua-t-elle. J’aime l’histoire, la SVT, tout ça… Mais je ne me vois pas faire quelque chose là-dedans. Tu sais, depuis le début de l’année, je pense presque uniquement à protéger les plus jeunes que moi et les rassurer des militaires, je n’ai jamais cherché ce que je pouvais faire. A vrai dire, j’ai toujours pensé à ce que je devais faire pour ne pas satisfaire nos parents…

Laura rit faiblement sur la fin de sa phrase en redressant la tête pour regarder Antoine, pas le moins du monde gênée de lui avouer ce détail là où cela aurait pu choquer d’autres personnes. Il connaissait leur famille, alors pourquoi le lui cacher ? Elle n’avait jamais réfléchi, savait ce qu’elle aimait, mais cela s’arrêtait à là. Dans sa classe, pas mal de filles parlaient de faire de parfaites épouses et ne cherchaient pas ce qu’elles voulaient faire, ce qui n’aidait pas à se décider. Laura savait qu’elle ne voulait pas devenir une parfaite petite bourgeoise, femme au foyer, mariée à quelqu’un qu’elle n’aimait pas, et qu’elle voulait rester près de son frère, ne surtout pas perdre contact avec lui. Voilà ce qu’elle savait. Mais autrement… Son regard se reporta à nouveau vers un groupe de filles qui venait de glousser en passant à côté d’eux, l’une d’entre elles disant que ces examens ne servaient à rien, qu’elle allait être mariée à un « très bon parti », comme pour appuyer ses pensées. Laura tourna la tête vers Antoine en faisant un mouvement des yeux pour les désigner discrètement, comme elles s’éloignaient.

Laura – Tu vois ? Les filles sont souvent destinées à devenir comme elles viennent de le dire, donc je n’en parle pas beaucoup avec mes amies. Ce n’est pas vraiment, heu… Le sujet du moment, on va dire. Tu crois que c’est trop tard pour me décider ? Il y a tellement de métiers ! Comment tu as fait pour trouver, toi ? Tu as eu… une illumination à un moment ? Ou un truc du genre ?

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MessageSujet: Re: L'eau est paisible   Mar 8 Sep - 14:39

Laura – La filière scientifique ?!

Il faillit rire, la voyant si surprise, alors qu'elle en lâchait son sac. Lui-même s'était à moitié étranglé lorsque son meilleur ami lui avait dit, très naturellement, qu'il continuait en S, en année de première, et que madame de Sora sera du coup sa professeur principale. Il avait cru qu'il aurait choisi autre chose, mais non, il poursuivait avec les maths, malgré ses notes catastrophiques... Il bossait pour lui, dans la bibliothèque ou au dortoir, mais en classe, c'était loin d'être bon. Laura se dégagea pour récupérer son sac puis revint presque aussitôt contre lui. Il remit le bras autour d'elle, la serrant contre lui avec un petit sourire. Allez, elle allait s'en remettre ! C'était pas la première fois que Jasper prenait des décisions que personne ne comprenait, sur le moment, même si c'était logique quand on y pensait, vu son tempérament, son caractère. Il devrait s'en sortir, même avec la Hyène, il n'était as du genre à abandonner. Le bac approchait, en plus ! Il sentit son estomac se tordre un peu d'appréhension en songeant à l'examen final. Il était toujours du genre anxieux, pour ça, révisant beaucoup avec la crainte perpétuelle d'échouer. Il passait beaucoup de temps fourré le nez dans ses livres, curieux de tout, faisant tout pour se préparer et se construisant une solide culture générale.

Laura glissa sa main dans la sienne, alors qu'Antoine essayait de les imaginer, adulte. Il se voyait entrer dans une grande bibliothèque, poussant un chariot rempli de livres qu'il devait remettre au bon endroit, s'arrêtant pour guider un enfant entre les rayonnages ou conseiller une lecture à un adulte. Les livres, la natation, des goûts simples et qui suffisaient à le contenter. Jasper aussi serait dans son environnement, dans un hôpital. Quand à Laura, il ne savait pas encore trop. Peut-être institutrice ? Il l'imaginait bien dans une école primaire, penchée près d'enfants de cinq ou six ans, apprenant à lire et à écrire. Ou même dans un foyer, à veiller sur des jeunes ayant eu des difficultés. Elle pouvait aussi travailler dans une maison de retraite, y amenant son sourire, ce genre de chose. Bref, il la voyait bien dans le secteur du social et de l'enseignement. Peut-être pas dans une école comme Ste Famille mais ce n'est pas les écoles ordinaires qui manquaient, en France. Elle aurait aussi pu être infirmière si elle n'était pas tant dégoûtée des maths.

Laura – Je ne sais pas ce que je veux faire…, avoua-t-elle. J’aime l’histoire, la SVT, tout ça… Mais je ne me vois pas faire quelque chose là-dedans. Tu sais, depuis le début de l’année, je pense presque uniquement à protéger les plus jeunes que moi et les rassurer des militaires, je n’ai jamais cherché ce que je pouvais faire. A vrai dire, j’ai toujours pensé à ce que je devais faire pour ne pas satisfaire nos parents…

Il sourit alors qu'elle avait un petit rire, imaginant bien le genre de choses auxquelles elle avait déjà dû penser. Elle avait encore le temps d'y penser, elle allait rentrer en troisième seulement. A son âge, il pensait surtout aux nouveaux cours pratiques qu'il allait avoir pour son élément, aux différentes façons de profiter du lycée, à la section de la bibliothèque réservée aux lycéens, aux nouveaux cours... C'était cette année seulement qu'il avait commencé à réfléchir à son orientation professionnelle, principalement à cause de la filière à choisir en avant-dernière année de lycée, pour préparer le baccalauréat. Il étira les jambes un bref instant, étouffant un bâillement, alors que tout un groupe de filles passait devant eux en discutant de mariage et de maison à tenir avec les enfants à élever. Ah oui, il y avait ça aussi, le mariage.

Laura – Tu vois ? Les filles sont souvent destinées à devenir comme elles viennent de le dire, donc je n’en parle pas beaucoup avec mes amies. Ce n’est pas vraiment, heu… Le sujet du moment, on va dire. Tu crois que c’est trop tard pour me décider ? Il y a tellement de métiers ! Comment tu as fait pour trouver, toi ? Tu as eu… une illumination à un moment ? Ou un truc du genre ?

Antoine – C'est normal, les femmes au foyer sont majoritaires, sourit-il. Et je n'ai rien contre elles du moment que je suis heureux dans mon propre ménage.

Il s'étira encore un peu, pour chasser le léger coup de barre qui l'envahissait. Voilà, c'était tout de suite beaucoup mieux ! Il remit ensuite son bras autour des épaules de Laura, la tête appuyée contre le mur derrière lui, après avoir consulté sa montre vite fait. Parfait, ils avaient encore un petit peu de temps, il n'aimait pas devoir se presser le midi, en pleine digestion.

Antoine – T'as encore le temps pour te décider, j'ai commencé à réfléchir qu'en janvier de cette année, moi, surit-il en lui jetant un coup d'œil. J'ai trouvé en réfléchissant à mes passions, voilà tout. J'adore lire et conseiller les autres, c'est ce qui me plaît, donc pourquoi pas ? C'est selon notre caractère. Pas d'illuminations ou un truc du genre, non. Tu peux regarder les descriptions des métiers, à la bibliothèque, aussi, ça t'aidera.

Il se leva, mettant à nouveau son sac sur ses épaules, puis jeta un coup d'œil au panneau d'affichage près d'eux pour son emploi du temps, ne se souvenant plus de son prochain cours. Il avait histoire-géographie pendant deux heures, puis une heure d'éducation civique, afin de finir par latin. Bon, après-midi tranquille. Il rajusta la cravate de son uniforme, refaisant rapidement le nœud.

Antoine – Rendez-vous au dojo après le dîner, alors ? T'es partante ?
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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: L'eau est paisible   Ven 11 Sep - 22:03

Antoine – C'est normal, les femmes au foyer sont majoritaires, sourit-il. Et je n'ai rien contre elles du moment que je suis heureux dans mon propre ménage.

Laura tourna la tête vers Antoine en faisant la moue avant de la hocher pendant que lui s'étirait. Peut-être les femmes au foyer étaient-elles majoritaires mais elle ne voulait pas se contenter de rester dans sa maison sans rien faire. Elle voulait agir, bouger, se rendre utile. Ses parents n'avaient même pas voulu sérieusement d'elle, après tout, alors pourquoi les écouter ? C'était sa vie et elle comptait bien en faire ce qu'elle en voulait, elle et personne d'autre. Laura se remit confortablement contre Antoine, posant sa tête sur son épaule en regardant les autres élèves quitter le hall petit à petit. Non, elle ne savait pas ce qu'elle voulait faire... C'était stupide et puéril, mais elle n'y avait jamais pensé. Toute sa vie, jusqu'ici, s'était résumée à faire ce qu'elle voulait en faisant le maximum pour énerver leurs parents.

Antoine - T'as encore le temps pour te décider, j'ai commencé à réfléchir qu'en janvier de cette année, moi, sourit-il en lui jetant un coup d'œil. J'ai trouvé en réfléchissant à mes passions, voilà tout. J'adore lire et conseiller les autres, c'est ce qui me plaît, donc pourquoi pas ? C'est selon notre caractère. Pas d'illuminations ou un truc du genre, non. Tu peux regarder les descriptions des métiers, à la bibliothèque, aussi, ça t'aidera.

Oh, c'était une idée, ça ! Laura se redressa d'un bond, beaucoup plus rassurée, récupérant son sac en même temps. Elle irait voir les métiers à la bibliothèque, oui, c'était une excellente idée. Ou alors, elle pouvait aussi réfléchir à ses passions, comme Antoine. Bon, pour l'instant, elle ne voyait pas, mais elle allait y réfléchir très sérieusement pour ne pas se retrouver comme une idiote devant les professeurs à ne pas savoir quoi dire. Elle aimait énormément de choses, en particulier son don, mais n'avait jamais pris le temps de se poser la question d'une quelconque passion comme elle était très spontanée. En général, Laura faisait ce qui lui passait par la tête sans réfléchir, prenant les choses comme elles venaient. Et elle adorait cela. Peut-être n’était-ce que passager mais c’était une partie intégrante de son caractère.

Laura jeta un coup d'œil à son horaire aussi, notant qu'elle avait latin maintenant alors qu’Antoine avait histoire-géographie, sans même regarder le cours d’après, avant de s'écarter pour laisser passer un petit de sixième. Enfin, petit... Bref. Sa taille lui convenait très bien et ne dérangeait pas Antoine, alors c'était très bien comme ça. Elle l’attendit un peu plus loin pour ne pas encombrer le passage, lui souriant lorsqu’il fut de nouveau à côté d’elle. Prêt ? Ils avaient le temps mais s’il fallait courir jusqu’à la salle de classe, autant y aller maintenant. Surtout que lui voudrait sans doute y arriver un petit peu à l’avance.

Antoine – Rendez-vous au dojo après le dîner, alors ? T'es partante ?

Laura – Compte sur moi ! lança-t-elle avec un grand sourire et en levant le pouce. Je ne louperais un entraînement pour rien au monde, tu peux en être sûr.

Ils grimpèrent les trois étages ensemble, comme les classes de latin et d’histoire-géographie étaient l’une à côté de l’autre, et patientèrent encore un moment, adossés au mur, avant de voir leurs amis arriver. Se hissant sur la pointe des pieds, Laura embrassa Antoine et se retourna pour aller rejoindre ses amies avant de s’arrêter, l’appelant pour le remercier. Ce qu’elle voulait faire... Elle n’en savait strictement rien mais avait encore le temps d’y réfléchir, elle n’était même pas à la fin du collège. Et puis, avec un petit ami au lycée, elle passait déjà bien plus de temps à penser à son avenir et à se poser que ce qu’elle n’avait fait ces dernières années. Jasper n’était pas du tout du genre « posé » et avait déteint sur elle de ce côté-là. Pauvre Antoine, il n’était pas servi avec eux deux...

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