1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Faites des enfants, ils disaient...

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Josuke Nakajima
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MessageSujet: Faites des enfants, ils disaient...   Mar 23 Mai - 22:34

Josuke regardait par la vitre du car, jouant nerveusement avec le bas de son manteau. Il était en route vers la station dans laquelle séjournaient les enfants avec une bonne nouvelle pour Genji mais ne parvenait pas à se rassurer. L’air qu’avait eu Kimmitsu, ses paroles à propos de Solène, Genji, Jasper et Laura… Cet air torturé qui ne semblait jamais le quitter. Comment ne pas avoir peur de repartir pour le Japon ? Le vieil homme ne l’avait pas avoué à son frère, avait tout fait pour le cacher, mais il était plus inquiet que jamais. Oui, il comprenait que Kimmitsu se batte pour les enfants, qu’il se batte pour préserver ses droits d’élémentaires et pour rester en vie. Il comprenait tout cela sans aucun problème. Mais l’idée de le perdre, maintenant qu’ils s’étaient retrouvés…

La gorge serrée, Josuke tourna la tête vers l’homme assis à ses côtés dans le car qui venait de laisser tomber nonchalamment sa tête sur son épaule en s’endormant. Hum… Monsieur ? L’appelant, remuant un peu l’épaule, gêné et vraiment mal à l’aise, il secoua de plus en plus fort son voisin sans parvenir à le faire bouger. Et maintenant… ? N’ayant aucune solution autre que celle-ci, il leva son bras pour repousser la tête du trentenaire assez imposant assis à ses côtés, lui faisant pencher la tête de l’autre côté pour être tranquille. Vérifiant qu’elle ne risquait pas de retomber sur lui, il laissa retomber sa propre tête contre le dossier de son siège, las et fatigué, tant nerveusement que physiquement. Il ferma les yeux quelques secondes pour se reposer, les sentant brûler à cause de toute la fatigue accumulée mais étant incapable de s’endormir pour l’instant.

Il allait revoir Genji, puis devait revenir à Paris pour parler à son frère, à Solène et aux parents de Gabriella. Sans pouvoir leur dire quoi que ce soit pour éviter de les mettre en danger, il pourra au moins leur faire savoir qu’elle va bien. C’était déjà mieux que rien… Non ? Leur en dire assez pour les rassurer sans qu’ils ne soient en danger à cause de la menace terroriste idiote. Ce n’étaient pas les élémentaires, les terroristes, mais bien les gens qui peuplaient ce pays ! Serrant les poings, Josuke prit une profonde inspiration, se pinçant l’arête du nez pour rester calme. Inutile de s’énerver ici, cela ne changerait strictement rien. Il était fatigué, nerveux, inquiet… Autant dire que les conditions n’étaient pas favorables pour garder son sang-froid aujourd’hui. Au moins, il n’y aurait pas de nouvelle dispute avec Genji qui savait tout, à présent… Ils ne se cachaient rien, l’histoire était réglée et il pourrait le revoir sans craindre de déclencher une nouvelle querelle.

Le conducteur du car annonça, au bout de plusieurs heures de trajet, le nom de la station à laquelle Josuke devait descendre. Parfait. Par chance, il s’arrêtait juste devant, Adrien et Kimmitsu l’ayant bien conseillé sur le car qu’il devait prendre pour éviter de devoir marcher comme il l’avait fait à l’aller. Il avait passé quelques jours avec Kimmitsu, le temps de s’assurer que l’infirmier prendrait bien soin de son frère et que ce dernier se remettrait, qu’il acceptait de travailler, qu’il avait au moins ouvert les yeux. Quel jour était-il, aujourd’hui, d’ailleurs… ? Réfléchissant un long moment en faisant la file pour récupérer son bagage, il fut incapable de citer le jour précis qu’ils étaient tant tout semblait se confondre dans son esprit. La seule certitude qu’il avait étaient qu’ils étaient en fin d’après-midi, que les enfants étaient rentrés et qu’ils avaient un temps-libre avant le dîner. Grâce à Adrien auprès de qui il avait pris ses informations avant de partir.

Remontant le chemin qui menait à la station, Josuke croisa quelques skieurs qui le dévisagèrent lorsqu’il passa devant eux avant d’entrer par la même porte que la première fois. La personne à l’accueil, un homme cette fois-ci, très bien habillé contrairement à lui, lui demanda ce qu’il pouvait faire pour lui. Le vieil homme lui demanda une chambre pour la nuit, si c’était possible, et prit sa clef avant de monter par le même escalier que celui qu’il avait emprunté lors de sa discussion avec Genji. Objectif : retrouver son fils, puis avertir les enfants qu’ils viendraient au Japon comme prévu. Mais, avant tout, déposer ses affaires et se passer un peu d’eau sur le visage pour se débarrasser de la saleté du voyage. Il chercha la porte 110, une fois arrivé au premier étage, et marcha sur le tapis à pas lents en regardant chaque chambre. 105… 106… 108… 110 ! Sa chambre était située à peu près au bout du couloir, juste avant le coin. Il inséra la clef dans la serrure, saluant les autres personnes qui sortaient au moment où lui-même entrait, et déposa immédiatement ses affaires avec un soupir de soulagement. Après quoi, il ouvrit la porte des toilettes et se passa de l’eau sur le visage, crachotant un peu avant de se regarder dans le miroir. Il avait l’air… d’un homme fatigué. Définitivement. Une longue nuit de sommeil lui ferait le plus grand bien.

Mais assez traîné, il devait retrouver les enfants. Josuke s’essuya le visage et sortit de la chambre en refermant derrière lui puis descendit les escaliers à la recherche de Genji. Marchant un peu au hasard, il découvrit de nombreuses salles toutes plus luxueuses les unes que les autres, de plus en plus mal à l’aise même si toutes ne transpiraient pas la richesse. Cette station était… bizarre. Pourquoi se sentaient-ils obligés de montrer de tels signes de richesse, exactement ? C’était la mode, en France ? Un devoir ? Pour intimider ou impressionner les personnes qui venaient ici ? A quoi bon, étant donné que les skieurs passaient le plus clair de leur temps sur les pistes à glisser sur la neige ? Décontenancé, Josuke continua ses investigations jusqu’à trouver ce qu’il cherchait après une quinzaine de minutes.

Genji était attablé, dans une salle plus tranquille, à l’écart, avec Jasper et Laura, qu’il aperçut à travers la porte vitrée. Tous trois semblaient occupés à écrire sur des cartes postales et du papier, très occupés. Il entra, refermant la porte derrière lui pour éviter tout courant d’air vu la fraîcheur de l’extérieur. Se rapprochant, décidé à ne pas appeler Genji d’aussi loin cette fois, il ne l’interpella que lorsqu’il fut relativement proche de lui pour ne pas devoir crier. Saluant Jasper et Laura, il serra aussitôt Genji dans ses bras, même s’il restait nerveux malgré tout.

Josuke – Je t’apporte de bonnes nouvelles, dit-il avec un sourire. Océane pourra venir à la maison, au Japon, comme prévu. Je suis chargé de prendre soin de vous, durant les vacances, comme ton oncle ne le peut pas.

Jasper – Prendre soin, vous savez ce que ça veut dire ? J'ai pas confiance, bizarrement. Je refuse de partir au Japon.

… Pardon ? Josuke se redressa, dévisageant le petit Jasper, déjà à fleur de peau. Qu’est-ce qui lui prenait, exactement ? Si Kimmitsu voulait qu’il prenne soin d’eux, il le ferait, qu’il le veuille ou non. D’accord, il ne l’aimait pas, mais ce n’était pas une raison pour agir ainsi, comme un enfant de dix ans capricieux et bougon. Il poussa un long soupir, toisant Jasper de haut en bas ainsi que sa sœur qui le regardait avec un air plus inquiet. Tout comme son frère, elle s’était relevée d’un bond et se tenait tout près de lui, souhaitant sans doute éviter la dispute qui risquait d’éclater.

Josuke – Je sais que tu ne m’aimes pas, d’accord ? Mais je n’ai rien fait pour cela, et je dois prendre soin de vous, que tu le veuilles ou non. Tu n’as pas à me parler de la sorte alors que je n’ai absolument rien fait. Je t’ai frappé ? Je t’ai privé de quelque chose ? J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas. Non mais dis-le-moi, je suis tout ouïe ! Quand tu seras au Japon, mon petit, parce que tu viendras que tu l’acceptes ou non, tu devras écouter. Votre professeur veut que vous restiez en sécurité et que vous vous teniez tranquille, ce qu’il se passe actuellement en France est une histoire d’adultes et nous devons vous protéger.

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Jasper K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Faites des enfants, ils disaient...   Ven 26 Mai - 21:08

Deux immenses bâillements plus tard, Jaz se reprit un peu puis attrapa à tâtons la tasse de thé non loin pour la terminer, la reposant ensuite dans un petit choc contre la table en bois. Ils venaient tout juste de rentrer à la station, après une nouvelle journée passer à skier, marcher, faire de la randonnée, etc. Et honnêtement, ça devait être le pire voyage scolaire qu'il avait connu depuis son entrée au pensionnat. Il trouvait les montagnes glauques et morbides, il avait une sainte horreur du froid et pour ne rien arranger, une trop grosse présence autour de pluie ou de neige le rendait malade et nerveux. Bref, ce n'était pas la fête. En rentrant, Laura avait tenu à prendre encore du temps pour écrire des cartes postales à Solène et il avait suivi le mouvement avec Genji, gribouillant quelques mots mais sans aller plus loin. Non pas qu'il n'aime pas Solène, enfin bon, écrire de longues lettres n'était pas son truc. Même passer des heures à lire ne l'attirait guère, il préférait être dehors, à courir, jouer au foot ou dans les arbres, bref, bouger. Au contraire de Laura qui trimbalait toujours des dizaines de bouquins dans ses valises, alors même qu'il était convaincu qu'elle les connaissait déjà tous par cœur.

Penché sur une feuille, il dessinait vaguement un oiseau dans un coin, le crayon de bois grinçant très légèrement lorsqu'il l'appuyait contre la feuille. Heureusement qu'ils n'étaient là que pour une semaine, franchement, ça aurait été un calvaire, dans le cas contraire. Ensuite, encore deux ou trois mois de cours, il ne savait plus, puis ce sera les vacances de fin d'année. Noël, le Nouvel An, puis 1932, avec sûrement autant d'animation qu'en 1931. Il s'était passé tellement de choses. Coude appuyé sur la table et tête contre la paume, il relut le semblant de lettre qu'il avait commencé à écrire au brouillon, non pas destiné à Solène, celle-ci, mais à son père. Ce dernier lui avait adressé une très longue lettre, après des semaines et des semaines d'ignorance, où il s'énervait tout à coup, parlait de mépris, que c'était vraiment une honte d'avoir fait ça, qu'il faisait honte à la France et qu'il le lui "paiera". Jasper n'avait absolument rien compris. Pourquoi s'enflammer comme ça, tout à coup, qu'est-ce qui lui avait encore fait ?! Franchement, là, il ne voyait pas, il ne lui avait même plus parlé depuis qu'on les avait placé en famille d'accueil, que ce soit en face, par lettre ou par téléphone. Et voilà que d'un coup, il lui écrivait presque dix pages pour l'insulter et le menacer.

Il n'en avait pas encore parlé à sa sœur, car il était plus perplexe qu'autre chose, voulant d'abord comprendre ce qu'il avait bien pu faire à son très cher géniteur durant le mois écoulé. Mais sérieusement ? Qu'est-ce qui s'était passé ? Mordillant son crayon, il soupira un peu en relisant le début de réponse qu'il avait commencé à rédiger, globalement sur le thème "Qu'est-ce que j'ai encore fait ?". Il avait trouvé une vieille note que Jasper avait écrite lorsqu'il était plus jeune et où il dénigrait son père ? Peu probable et ça ne suffirait pas pour recevoir ce genre de réaction en retour. Donc quoi ? Perdu et plongé dans ses pensées, il ne réagit pas tout de suite en entendant quelqu'un ouvrir la porte et ne tourna la tête qu'après, se raidissant aussitôt en voyons le père de Genji entrer. Il ne manquait plus que lui ! Jasper l'assimilait totalement à son propre père, c'était plus fort que lui, cette image ne se détachait pas. Il ne répondit pas à son salut, se levant en fourrant les feuillets de la lettre de son père dans sa poche au passage. Ce type-là, s'il pouvait l'éviter, même ici, ce serait parfait !

Frère du Prof – Je t’apporte de bonnes nouvelles, dit-il avec un sourire. Océane pourra venir à la maison, au Japon, comme prévu. Je suis chargé de prendre soin de vous, durant les vacances, comme ton oncle ne le peut pas.

Jasper – Prendre soin, vous savez ce que ça veut dire ? J'ai pas confiance, bizarrement. Je refuse de partir au Japon.

Partir dans un pays où la mentalité était encore plus merdique qu'en France, concernant les élémentaires, bien sûr ! Il en avait rêvé toute sa vie ! Que Genji rentre chez lui, ça, c'était normal, mais qu'eux y aillent aussi, ah ça non, hors de question ! Ils étaient juste en famille d'accueil, rien de plus, et ne devaient rester que peu de temps. Si ça ne tenait qu'à lui, d'ailleurs, il aurait demandé son émancipation complète pour ne pas barber qui que ce soit en traînant dans ses pattes, il ne l'avait pas fait que parce que Laura était encore trop jeune pour la demander aussi et elle se serait retrouvée seule en famille d'accueil. Le frère du prof répondit d'abord par un très long soupir, semblant aussi fatigué que Jasper était à cran. Là, non, ça ne pouvait pas passer, aller volontairement dans un pays comme ça, c'était encore pire que de rester en France ! Laura se leva aussi et il tendit un peu pour qu'elle reste en arrière, réflexe auquel il ne pensait même plus depuis qu'il avait pris l'habitude de l'écarter, enfants, dès qu'une dispute se profilait, pour qu'elle ne prenne pas un mauvais coup.

Frère du Prof – Je sais que tu ne m’aimes pas, d’accord ? Mais je n’ai rien fait pour cela, et je dois prendre soin de vous, que tu le veuilles ou non. Tu n’as pas à me parler de la sorte alors que je n’ai absolument rien fait. Je t’ai frappé ? Je t’ai privé de quelque chose ? J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas. Non mais dis-le-moi, je suis tout ouïe ! Quand tu seras au Japon, mon petit, parce que tu viendras que tu l’acceptes ou non, tu devras écouter. Votre professeur veut que vous restiez en sécurité et que vous vous teniez tranquille, ce qu’il se passe actuellement en France est une histoire d’adultes et nous devons vous protéger.

Jasper – Parce que votre pays est plus sécurisé, hein ? Plus tolérant, plus ouvert et tout ce qu'on veut ? Pourquoi on devrait partir là-bas alors qu'on est simplement en famille d’accueil ?

Frère du Prof – Parce que vous ne pouvez pas rester seuls ici sans aucun adulte pour veiller sur vous, Jasper. Que tu l'acceptes ou non, tu n'as pas le choix, je ne fais qu'écouter ce qu'a dit votre tuteur. Au moins, au Japon, vous ne risquerez pas votre vie à chaque coin de rue ! Et tu n'as pas répondu à ma question : que t'ai-je fait ?

En voilà une bonne raison de partir à l'autre bout du monde, tiens ! Avec de parfaits inconnus ! Car oui, à part Genji et son oncle, ni lui ni sa sœur ne connaissaient qui que ce soit, là-bas, pas plus que la langue, la culture, la façon de vivre, ni rien ! Quant à la raison de pourquoi il ne l'aimait pas, ça, il n'était pas question qu'il lui avoue. C'est pour ça qu'il se contenta de répliquer froidement qu'avoir ou non des adultes pour veiller sur eux ne changeait pas grand-chose et que ça n'avait pas empêché certains événements, précisant ensuite qu'ils ne couraient techniquement aucun danger et n'avaient pas d'ennemi. Sa voix vacilla cependant très légèrement sur le dernier point et il glissa la main dans sa poche, comme si la lettre pesait soudain très lourd. Bon, presque aucun ennemi, le jeune homme savait très bien que son père pourrait le frapper à nouveau et cette fois gravement. Mais il était loin. Sa sœur s'approcha de nouveau et vint lui attraper le bras, comme lorsqu'elle était petite après un cauchemar et venait se réfugier dans son lit, le poussant à s'interrompre alors qu'il allait en rajouter. Qu'est-ce qu'il y a ? Il n'avait rien dit de méchant, là, il n'avait même pas crié !

Frère du Prof – Parce que tu imagines vraiment que nous allons te laisser seul, avec ta sœur, en France pendant plusieurs semaines ? Et s'il arrive un problème ? Ou si ta sœur a besoin de l'aide d'un adulte ?

Coup bas... Argument parfaitement dégoûtant et dégueulasse. Jaz ne répondit pas, se contentant de lui renvoyer un regard dégoûté. Non,définitivement non, il ne pouvait pas, ce type lui rappelait beaucoup trop son père, dans sa posture, ses gestes, le ton de voix, tout ce qu'il disait. Il ramena par instinct sa petite sœur contre lui pour la serrer dans ses bras, imaginant leur père lever la main sur elle en un coup de folie.

Jasper – Qu'est-ce que vous voulez qu'on fiche là-bas, de toute façon ? Attendre tranquillement en se demandant qui va se faire tuer ici, pendant ce temps ?

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Josuke Nakajima
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MessageSujet: Re: Faites des enfants, ils disaient...   Mar 6 Juin - 16:32

Jasper – Parce que votre pays est plus sécurisé, hein ? Plus tolérant, plus ouvert et tout ce qu'on veut ? Pourquoi on devrait partir là-bas alors qu'on est simplement en famille d’accueil ?

Josuke – Parce que vous ne pouvez pas rester seuls ici sans aucun adulte pour veiller sur vous, Jasper. Que tu l'acceptes ou non, tu n'as pas le choix, je ne fais qu'écouter ce qu'a dit votre tuteur. Au moins, au Japon, vous ne risquerez pas votre vie à chaque coin de rue ! Et tu n'as pas répondu à ma question : que t'ai-je fait ?

Parce que, franchement, qu’il le lui dise ! Josuke ne demandait qu’à s’améliorer, à comprendre ce qu’il avait fait de mal pour que Jasper le déteste à ce point et soit aussi désagréable avec lui. Il ne cessait de faire des efforts avec Genji depuis qu’il était en France, il se renseignait un maximum sur les dons même si lui n’était pas touché. Alors, très sincèrement, que devait-il faire de plus ?! Il n’était pas un enfant pourri gâté, pourtant, Kimmitsu avait récupéré les deux adolescents à cause de leurs parents. Ils semblaient matures, Jasper davantage que sa sœur grâce à son âge et son don, alors pourquoi réagissait-il ainsi ?! Josuke venait seulement dire à son fils qu’Océane pouvait venir, qu’il n’allait pas devoir se séparer d’elle durant les vacances, qu’il n’aurait pas à s’inquiéter de ce qu’elle vivait en France, seule, pendant deux semaines. Et en échange, qu’avait-il ? Des reproches de son nouveau neveu.

Cependant, Jasper ne répondit pas à sa question, une fois de plus, se contentant de lui dire d’un ton froid que la présence d’adultes pour veiller sur eux ne changeait rien, que cela n’avait pas empêché certains événements de se produire et qu’ils ne couraient aucun danger en France comme ils n’avaient pas d’ennemis. Sur cette dernière phrase, Josuke fronça les sourcils en entendant le ton de la voix de l’adolescent mais ne fit rien remarquer, sa sœur se rapprochant de lui en lui attrapant le bras. D’accord, il n’avait pas rêvé, ou alors elle avait peur, tout simplement. Jasper savait qu’ils avaient des ennemis, en tant qu’élémentaires, et que s’ils restaient sans personne pour les protéger, il prenait de gros risques. Se sentait-il capable de réagir en cas de problème ? De protéger sa sœur, par exemple ? Josuke posa le regard sur Laura qui regardait elle-même son frère, convaincu qu’il serait incapable de la protéger si cela était nécessaire. Comment le pourrait-il ? Il n’était qu’un adolescent. Si jamais il avait besoin d’adulte, comment ferait-il, tout seul, en France ? Il n’irait jamais trouver ses parents et Kimmitsu n’allait pas réapparaître de sitôt.

Josuke – Parce que tu imagines vraiment que nous allons te laisser seul, avec ta sœur, en France pendant plusieurs semaines ? Et s'il arrive un problème ? Ou si ta sœur a besoin de l'aide d'un adulte ?

Le regard dégoûté que lui renvoya l’adolescent prouva à Josuke qu’il avait marqué un point. Immédiatement, il rapprocha sa sœur de lui, la serrant ensuite dans ses bras. Désolé. C’était un argument déloyal, il le savait, mais il tenait à ce que Jasper réalise qu’il ne s’agissait pas d’une décision à prendre à la légère. S’ils voulaient, tous, qu’ils les accompagnent au Japon, ce n’était pas pour leur infliger un nouveau dépaysement ou un supplice mais bien pour les protéger. Quand Jasper allait-il se rentrer cela dans le crâne ?! Evidemment, s’ils le pouvaient, ils l’éviteraient. Ils savaient que les jeunes Karinof ne voulaient pas venir, ils l’avaient fait comprendre dès le début. Mais c’était impossible. Pour leur sécurité, il le fallait. En dehors de la menace de leur père, il y avait la menace des personnes qui ne comprenaient pas les élémentaires et qui n’hésitaient pas à s’en prendre à des adolescents. Qui plus est, Jasper et Laura dépendaient directement de Kimmitsu, actuellement recherché dans deux pays. Si les autorités réalisaient qu’ils étaient seuls en France pendant deux semaines…

Jasper – Qu'est-ce que vous voulez qu'on fiche là-bas, de toute façon ? Attendre tranquillement en se demandant qui va se faire tuer ici, pendant ce temps ?

Josuke – Parce que tu crois vraiment que tu es le seul à t’inquiéter pour les autres ? Kimmitsu est mon frère, je te signale, et il est actuellement recherché et catalogué comme terroriste dans deux pays différents, dit-il d’un ton dur. Il est aussi l’oncle de Genji qui est aussi touché par tout ce qui se passe que vous, même si tu ne sembles pas le réaliser. Nous sommes dans le même bateau, il est temps que tu ouvres les yeux, Jasper.

Tout en parlant, Josuke avait rapproché Genji de lui et l’avait entouré de son bras, à la fois pour appuyer ses paroles et pour le réconforter étant donné la nature des événements qu’il rappelait en cet instant précis. Il fusillait Jasper du regard, l’adolescent commençant à l’agacer d’évoquer encore cet argument. « Si on part, on s’inquiétera de ce qui se passe en France », mais il n’était pas le seul dans ce cas ! Quand allait-il le réaliser et arrêter de l’oublier ? Son propre frère était recherché et blessé à cause de son don, il risquait d’en mourir et Josuke était parti tout de même sans pouvoir le contacter directement !

Jasper – La seule « petite » différence, c'est que même à notre âge, même à notre niveau, on a des moyens d'agir. Parce que nous ne voulons pas voir notre pays sombrer dans le totalitarisme, et parce que agir ne signifie pas uniquement se battre de front. Donc imaginer partir dans un autre pays, durant des jours, juste attendre les bras croisés, comme ça, j'ai du mal à l'admettre.

Laura – C’est pour ça que Solène ne voulait pas venir, dit-elle en se détachant un peu des bras de son frère. Elle veut agir aussi et ne supporte pas d’être obligée de rester sans rien faire alors que monsieur Nakajima prend d’énormes risques…

Josuke poussa un immense soupir, regardant les deux adolescents sans savoir que leur répondre. Comment réagir lorsque des enfants sont habitués à penser de cette manière ? C’étaient eux qui risquaient leur vie ! Comment leur mettre en tête que le combat qui faisait rage, dehors, était hors de leur portée même s’ils essayaient d’agir dans la mesure de leurs faibles moyens ? Ce qu’ils allaient gagner, en agissant de la sorte, était de nouveaux problèmes parce qu’ils s’en mêlaient. N’avaient-ils donc pas assez d’exemples avec leurs professeurs ?! Entre Gabriella et Kimmitsu qu’ils côtoyaient, les professeurs qui avaient disparu, les élèves qui étaient morts… Si son frère prenait de telles décisions, ce n’était pas pour les ennuyer mais bien parce qu’il tenait à eux ! En se comportant comme maintenant, ils étaient irresponsables, quoi qu’ils disent.

Josuke – Ce que je comprends surtout, c’est que vous êtes bien trop jeunes pour penser aux conséquences de vos actes. Vous pouvez m’affirmer vouloir agir, ce n’est pas en procédant comme vous le faites actuellement que vous agissez bien ! Il y a agir et agir, et la scène que vous faites, surtout toi Jasper, cela n’aide personne. Si Kimmitsu a demandé à ce que vous veniez au Japon pendant deux semaines, ce n’est pas pour rien ! On se démène pour vous et pour vous sauver des horreurs de l’extérieur, pour vous préserver parce qu’aucun adolescent ne devrait voir tout ce que vous avez vu jusqu’à présent. Et vous, que réclamez-vous ? De rester dans l’horreur pour risquer vos vies inutilement ! Vous êtes des adolescents, est-ce un mot si difficile que cela à comprendre ?

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Jasper K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Faites des enfants, ils disaient...   Mar 6 Juin - 22:52

Frère du prof – Parce que tu crois vraiment que tu es le seul à t’inquiéter pour les autres ? Kimmitsu est mon frère, je te signale, et il est actuellement recherché et catalogué comme terroriste dans deux pays différents, dit-il d’un ton dur. Il est aussi l’oncle de Genji qui est aussi touché par tout ce qui se passe que vous, même si tu ne sembles pas le réaliser. Nous sommes dans le même bateau, il est temps que tu ouvres les yeux, Jasper.

Peut-être dans la même bateau mais pas du tout avec la même conscience de ce qui se passait dans ce pays, quoi qu'on en dise. Jasper savait que c'était dangereux, il l'avait testé en personne plus d'une fois et était bien conscient de ce que la haine de certains pouvaient provoquer, il l'avait vu avec son père et avec d'autres. Et après cela ? Allait-il se cacher malgré tout ? Non. Bien au contraire, tout le poussait à vouloir faire quelque chose, n'importe quoi, même si ce n'était que porter en cachette des messages, du courrier, ou, ou... Il n'en savait rien, mais agir, au moins un peu ! Et ne pas se contenter de rester là, derrière leurs parents, professeurs ou tuteurs, baisser la tête en attendant que la vague passe. Le frère de leur prof pouvait bien le fusiller du regard, ça ne changeait rien à ça. C'était aussi leur pays, le pays dans lequel ils allaient grandir, passer toute leur vie ! Un pays qu'il aimait malgré tout et qu'il ne voulait pas quitter ! Toute cette histoire dépassait les problèmes du pensionnat depuis bien longtemps, tous les élémentaires étaient concernés. Et voilà qu'aujourd'hui, on lui signifiait tranquillement de dégager de là et de détourner le regard, partir en "vacances" comme si tout allait très bien ! Non, désolé, ça ne passait pas. Et s'il devait vraiment, au final, partir, ce sera tout sauf des vacances.

Jasper – La seule « petite » différence, c'est que même à notre âge, même à notre niveau, on a des moyens d'agir. Parce que nous ne voulons pas voir notre pays sombrer dans le totalitarisme, et parce que agir ne signifie pas uniquement se battre de front. Donc imaginer partir dans un autre pays, durant des jours, juste attendre les bras croisés, comme ça, j'ai du mal à l'admettre.

Laura – C’est pour ça que Solène ne voulait pas venir, dit-elle en se détachant un peu des bras de son frère. Elle veut agir aussi et ne supporte pas d’être obligée de rester sans rien faire alors que monsieur Nakajima prend d’énormes risques…

Elle, sa sœur, la moitié de leurs profs et des élémentaires du pays ! Il n'y avait que les enfants qui devaient partir, donc ? Et laisser bien tranquillement leurs parents et proches se faire tuer seuls dans leur coin ? Jasper frotta un peu la nuque de Laura, calée contre lui dans ses bras, pour la rassurer, la serrant un peu plus fort contre lui. Ce n'était pas pour cette situation, présentement, mais plutôt pour tout. Pour cette époque, pour ce pays, pour le Gouvernement, pour toutes les menaces réelles, pour tous les espoirs conservés. Et il avait peur, oui. Peur que tout ne dérape encore plus, peur pour Laura, peur pour les personnes qu'il aimait, il avait même peur pour leur tante car il guettait malgré lui le moment où elle allait s'effondrer. Peur aussi pour leur tuteur qui suivait cette folie de trop près. Peur de son père, ce qu'il ne risquait pas d'avouer à haute voix. Et peur de se retrouver loin de son pays natal durant des jours et des jours en compagnie d'un homme dont la sévérité et le comportement ne cessaient de lui rappeler le général Karinof. C'était surtout pour cela que Jaz refusait de l'approcher, même si c'était le père de Genji, il n'arrivait pas à avoir confiance.

Frère du prof – Ce que je comprends surtout, c’est que vous êtes bien trop jeunes pour penser aux conséquences de vos actes. Vous pouvez m’affirmer vouloir agir, ce n’est pas en procédant comme vous le faites actuellement que vous agissez bien ! Il y a agir et agir, et la scène que vous faites, surtout toi Jasper, cela n’aide personne. Si Kimmitsu a demandé à ce que vous veniez au Japon pendant deux semaines, ce n’est pas pour rien ! On se démène pour vous et pour vous sauver des horreurs de l’extérieur, pour vous préserver parce qu’aucun adolescent ne devrait voir tout ce que vous avez vu jusqu’à présent. Et vous, que réclamez-vous ? De rester dans l’horreur pour risquer vos vies inutilement ! Vous êtes des adolescents, est-ce un mot si difficile que cela à comprendre ?

Jasper ignorait si cela venait de son caractère initial, de ce qu'il avait vécu, de l'évolution de son don ou d'un mélange de tout cela en même temps, néanmoins, ce dont il était sûr, c'est qu'il en avait assez qu'on veuille le "préserver", que ce soit "pour son bien" ou autre chose. Même si c'était dangereux, il n'en pouvait plus qu'on l'écarte de tout à cause de son âge, peu importe que ce soit légitime ou non. Ce n'était plus l'envie d'être loin de sa famille biologique, qui primait, ni même l'envie de découvrir et voir autre chose, non. Ce qu'il ressentait bien plus, c'était... une sorte de violence. Il ne voulait pas être libre, courir au loin, aller où il le désirait, sans barrières. Ce qu'il voulait, c'était se retourner et se battre contre tout ce qui était menaçant. Arrêter de passer à côté et marcher droit devant, arrêter d'avoir peur, aussi. Faire un peu comme le colonel Gavin, en fait, ne plus se laisser toucher par quoi que ce soit et suivre une ligne de conduite bien déterminée. Un petit silence plana, durant lequel il entrouvrit légèrement la bouche, le regard dans le vague, en réalisant qu'il prenait bel et bien exemple sur le colonel Gavin, soit l'homme qui lui avait longtemps fichu la trouille et qui le rassurait aujourd'hui.

Jasper – En fait oui, c'est ça, dit-il finalement, tout à coup très serein. Foncer droit dans "l'horreur" au lieu de lui tourner le dos et la combattre. C'est ce qu'on apprend en maniant le feu. Ne pas hésiter à se brûler parfois pour avancer.

C'était bien le soldat qui avait eu raison, dès le début. Se laisser faire ne servait à rien et tant que la peur dominait le reste, on restait bêtement coincé sans rien pouvoir faire. Il fallait se servir de la colère, de la passion, de toutes les émotions fortes pouvant nous traverser et nous brûler intérieurement. S'en servir, l'exprimer, la contrôler pour la lancer ensuite à la force voulue. La laisser éclater avec fracas ou en douceur. Laura eut un petit air choquée, perdue même, sans qu'il ne comprenne pourquoi.

Frère du prof – Tu n'es pas à l'école. C'est la vraie vie, tu risques bien plus qu'une brûlure et l'infirmier ne sera pas là pour te soigner comme il l'a toujours fait. Tu pourras agir, mais plus tard, pas aujourd'hui, c'est beaucoup trop tôt.

Jasper – C'est dans la vraie vie que j'ai appris ça, justement, reprit-il en relevant la tête.

Le pensionnat lui avait appris la théorie et la technique, la vraie vie lui avait enseigné la pratique, et dans les cas, l'apprentissage était aussi dangereux que douloureux. Le colonel n'y avait pas été par quatre chemin, et en repensant plus attentivement à leur rapide "conversation", aujourd'hui, Jasper ouvrait les yeux sur pas mal de choses. La colère n'était pas forcément une tare ou un défaut, au contraire, elle nourrissait tout aussi bien l'envie de se secouer que d'autres émotions, comme la passion à l'état pur. C'était... presque grisant, lorsqu'on se concentrait enfin dessus, on pouvait sentir tout cela passer. On pouvait presque entendre le sang battre dans ses veines.

Jasper – Si c'est une question d'âge, on doit être protégé jusqu'à quand ? Vous avez défini une limite pour la prise d'autonomie ? Déjà que c'est un peu tard, j'aurai préféré qu'un adulte me protège quand j'avais six ans avant de réaliser seul que je pouvais toujours espérer.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Faites des enfants, ils disaient...   Dim 18 Juin - 20:37

Frère du prof – Ce que je comprends surtout, c’est que vous êtes bien trop jeunes pour penser aux conséquences de vos actes. Vous pouvez m’affirmer vouloir agir, ce n’est pas en procédant comme vous le faites actuellement que vous agissez bien ! Il y a agir et agir, et la scène que vous faites, surtout toi Jasper, cela n’aide personne. Si Kimmitsu a demandé à ce que vous veniez au Japon pendant deux semaines, ce n’est pas pour rien ! On se démène pour vous et pour vous sauver des horreurs de l’extérieur, pour vous préserver parce qu’aucun adolescent ne devrait voir tout ce que vous avez vu jusqu’à présent. Et vous, que réclamez-vous ? De rester dans l’horreur pour risquer vos vies inutilement ! Vous êtes des adolescents, est-ce un mot si difficile que cela à comprendre ?

Trop jeunes, trop jeunes… Tout le monde leur répétait cela à longueur de journée ! Laura voulait agir et faire quelque chose qui permettrait de sauver ses amis et non pas rester dans un pays étranger qui l’empêcherait d’avoir des nouvelles de ses amis, de s’activer véritablement. Toujours proche de son frère, elle se tourna légèrement vers le père de Genji, énervée de l’entendre rétorquer les mêmes paroles que les autres adultes. Pour qui les prenaient-ils, franchement ? Jeunes, oui, mais pas idiots ! Elle se pressa contre son frère, devinant que lui aussi était en train de fulminer étant donné le début de la « discussion ». Il allait certainement exploser, hurler, immédiatement après ce long silence. Dans les bras de Jasper, elle ne pouvait voir les réactions des vacanciers ou membres du personnel, réalisant seulement qu’un silence de plomb était tombé dans la salle. Les quelques personnes qui étaient ici avant étaient parties ? S’il y avait des personnes dans le coin… Elle ne savait plus.

Jasper – En fait oui, c'est ça, dit-il finalement, tout à coup très serein. Foncer droit dans "l'horreur" au lieu de lui tourner le dos et la combattre. C'est ce qu'on apprend en maniant le feu. Ne pas hésiter à se brûler parfois pour avancer.

Q… Quoi ? Laura dévisagea son frère, choquée, relevant la tête pour regarder l’air qu’il avait, toujours dans ses bras. Douche froide. Sans jeu de mot. Il était… Il… Stop. Pause. Ce n’étaient pas les paroles qui la choquaient mais le ton calme et contrôlé de Jasper. Il était calme ! Ne s’énervait pas ! Mais comment… ? Elle était entièrement d’accord avec tout ce qu’il disait, absolument et totalement d’accord, partageant son avis et comprenant ce qu’il disait depuis quelques mois à force de côtoyer le danger. Sans oublier le journal clandestin qui avait été une véritable épreuve à écrire, même s’il n’avait connu qu’un seul numéro tant il était délicat à rédiger. Et puis, avec les récents événements, difficile de retrouver les militaires qui sont injoignables.

Laura tourna la tête vers le frère du professeur pour regarder sa réaction, convaincue que lui aussi s’attendait à une explosion de colère, mais son visage resta impassible. Il gardait toujours Genji près de lui, autant que Jasper la gardait dans ses bras. Intérieurement, elle espérait qu’aucun professeur ne passerait dans le coin maintenant tant la situation pouvait laisser penser qu’on les menaçait tous les deux. Jasper, surprotecteur, avait toujours ce réflexe lorsqu’il craignait un danger pour elle. Quant au père de Genji… Il devait avoir les mêmes gestes en tant que père, sûrement, mais pour d’autres raisons. Peut-être.

Frère du prof – Tu n'es pas à l'école. C'est la vraie vie, tu risques bien plus qu'une brûlure et l'infirmier ne sera pas là pour te soigner comme il l'a toujours fait. Tu pourras agir, mais plus tard, pas aujourd'hui, c'est beaucoup trop tôt.

Jasper – C'est dans la vraie vie que j'ai appris ça, justement, reprit-il en relevant la tête.

Et le Pensionnat ne les avait qu’à peine protégés de la « vraie vie »… En plus de cela, l’école n’était-elle pas censée les préparer à cette vraie vie ? Il sous-entendait que tout ce qu’ils apprenaient depuis des années n’était qu’artifices ne leur servant à rien ? Et les cours de sport, d’éléments, tout ce que certains professeurs leur avaient enseignés, comme en religion avec les cours « de catéchisme » ? Ça aussi, c’était faux ? Au Japon, oui, les enfants étaient protégés, peut-être. Mais ici, ce n’était pas à l’école qu’ils apprenaient tout et ils étaient préparés ! Pas à fond, non, mais ils avaient des bases, des éléments qui leur permettaient de se débrouiller. Oui, ils risquaient leur vie. Mais quelle était la différence avec l’école, exactement ? Tellement d’élèves étaient morts, tellement d’adultes portés disparus, depuis un an… Laura serra les poings en se cramponnant à Jasper, fermant les yeux et enfouissant son visage dans son pull. Et ils devaient encore attendre ? Combien de temps ? « Agir plus tard », oui, mais est-ce qu’il resterait des personnes à protéger « plus tard » ? C’était maintenant qu’il y avait besoin de soutien ! Si les adultes le refusaient, les élèves, eux, en avaient besoin. Quoi que cet homme pense. Il ne passait pas un an en France, lui, seulement une semaine par-ci, par-là. Facile de juger et de vouloir protéger, dans des cas pareils.

Jasper – Si c'est une question d'âge, on doit être protégé jusqu'à quand ? Vous avez défini une limite pour la prise d'autonomie ? Déjà que c'est un peu tard, j'aurai préféré qu'un adulte me protège quand j'avais six ans avant de réaliser seul que je pouvais toujours espérer.

Un nouveau silence plana, silence durant lequel Laura devinait que le père de Genji devait toiser son frère en hésitant entre plusieurs réactions possibles. Son frère avait fait de la provocation pure et dure, elle le savait et, même si entendre de telles paroles lui brisait le cœur, elle ne bougea pas d’un millimètre. Dans l’espoir de faire réaliser à l’adulte présent que les « protéger » était un peu trop tard et inutile. Il fallait les protéger avant, avant que tout ne dégénère. Avant qu’ils ne soient obligés de faire les démarches pour s’émanciper, criant à l’aide. Avant que des élèves ne soient tués par ces expériences sordides. Avant tout cela, et pas maintenant qu’ils étaient obligés de se cacher, comme l’infirmier qui était parti depuis le début du séjour pour rejoindre toutes les personnes qui se battaient pour eux.

Frère du prof – Jusqu’à ce que vous soyez capables de vous protéger, de vous défendre, jusqu’à ce que vous soyez des adultes réfléchis et matures, dit-il enfin d’un ton ferme. Solène elle-même est encore jeune et douce, bien trop fragile pour cela et elle le sait.

Laura – Mais Solène a presque dix-neuf ans !, explosa-t-elle en se retournant complètement. Ça signifie que l’on va devoir attendre au minimum trois ans pour pouvoir agir ? Et que nous serons obligés de regarder, sans rien faire, des amis mourir ?! Vous-même, vous venez en France dès que votre frère est mal en point, vous prenez des risques et vous venez nous reprocher de vouloir en prendre ! Monsieur Nakajima est recherché et vous prenez le premier avion pour venir jusqu’ici, sans rien connaître ! Alors que nous, c’est notre pays, nous sommes habitués à tout cela et nous parlons très bien la langue ! Et on devrait attendre tranquillement notre tour, dans notre coin ?!

Jasper – C'est aussi notre famille, en plus, pas seulement nos amis. Alors oui, on est jeunes et tout ce qu'on veut, mais l'âge n'est plus un critère pour justifier qu'on reste dans un coin sans rien faire. Et Solène est plus douce, moins agressive, ça joue aussi.

Comment faisait-il pour rester aussi calme ? Le père de Genji n’avait pas parlé d’âge mais donné un exemple, ce qui sous-entendait qu’ils pouvaient décider du moment auquel ils seraient prêts à agir d’eux-mêmes. Et c’est ce que Laura ne voulait surtout pas, ils avaient le droit d’agir, d’aider leurs amis, leur famille récente même si c’était encore difficile à admettre. Ils ne pouvaient pas les empêcher d’agir ! Laura sentit un courant d’air dans la pièce, dans ses cheveux, mais ne bougea pas d’un centimètre, fixant toujours le frère de leur tuteur en attendant une réaction de sa part. Lui semblait assez choqué, affichant enfin un air sur ce visage impassible qu’elle-même commençait à détester autant que son frère. Elle n’avait même pas souvenir de l’avoir vu sourire, ou alors elle était amnésique, mais jamais il n’avait ri aux éclats, rien du tout. Alors, qu’allait-il dire ? Il allait les laisser agir, retirer ce qu’il avait dit ?

Frère du prof – Je note le progrès mais je n’ai pas parlé d’âge. Je sais que Solène n’a pas le même caractère que vous, c’est pour cette raison que je n’ai pas de limite à fixer, je ne suis que votre oncle qui plus est. Mais cette guerre est une guerre d’adultes et il est hors de question que des enfants s’en mêlent, ce sera donc à Kimmitsu, votre tuteur pour rappel, de décider si vous voulez combattre à ce point. Et je pense pouvoir affirmer sans me tromper qu’il refusera pendant un bon moment.

Malheureusement, elle fut bien obligée d’admettre que le frère du prof avait raison. Jamais leur tuteur n’accepterait de les laisser s’en mêler, il les tiendrait à distance comme il l’avait fait jusqu’à présent. Ni elle, ni Jasper ne dirent quoi que ce soit immédiatement, alors que Jasper l’avait rapprochée de lui pour la serrer contre lui. Il lui frotta ensuite un peu le dos, comme lorsqu’elle était petite après une énième dispute, et elle parvint à se calmer, la tête nichée contre le torse de son frère.

Jasper – Va falloir un temps d'adaptation pour... ça. Et votre famille ne va même pas être gênée, sérieusement ? Deux gamins qui sortent de nulle part, moi qui manie le feu, Laura avec l'eau et le vent, ça va être du joli.

Hein ? Qu’est-ce qu’il racontait ? Laura maniait l’eau, il l’avait oublié ? La collégienne leva la tête vers son frère, fronçant les sourcils en lui rappelant qu’elle maniait l’eau, inquiète d’un coup. Comment avait-il pu oublier un tel élément ? Il la connaissait, pourtant ! Il avait perdu la tête ? Ou il était tombé malade ? Cela expliquerait son calme incroyable mais c’était une maladie qui affectait les souvenirs ? Ou il avait une grave intoxication alimentaire ? Ou… Quelque chose ? S’il était malade, pourquoi ne pas le lui avoir dit directement ? Laura posa sa main sur le front de son frère, lui lançant un regard inquiet. Oubliée, la dispute.

Laura – Tu es sûr que tout va bien ? On devrait peut-être aller voir les profs, si tu es tombé malade… Je manie l’eau, moi, c’est Genji qui manie le vent, et toi le feu.

Jasper – Hein ? Mais je ne suis pas malade, quel rapport ? Et même si c'est encore naissant, j'ai peur des réactions négatives, une fois là-bas.

Laura – Mais Jasper, arrête, enfin ! Tu me fais peur ! Je manie seulement l’eau, d’où te vient cette idée que j’ai le vent aussi ?! Ce n’est pas drôle et c’est impossible ! Tu es mon frère, tu n’es pas censé me faire peur comme ça !

Au même instant, un gros courant d’air entra dans la pièce et fit voler toutes les feuilles qui leur avaient servi à écrire leurs lettres, comme pour la contredire. Elle regarda les feuilles voleter dans la pièce, choquée et pâle. Mais… Non. Non. Non. Il disait n’importe quoi ! Laura maniait l’eau et avait toujours manié l’eau, que le vent naisse comme ça chez elle était impossible ! Ils avaient peut-être été adoptés, oui, mais ce n’était pas pour cette raison que les dons se transmettaient aussi, c’était ridicule. Elle ne possédait pas le vent, c’était contraire à son comportement, elle était calme ! D’accord, Antoine répétait souvent qu’elle avait besoin de bouger, qu’elle était surexcitée parfois, comme Adeline le lui avait fait sentir, et nombreux de ses amis, mais c’était parce qu’elle côtoyait Jasper. Elle n’avait pas le vent et ne l’avait jamais possédé, elle ne l’aura jamais. En plus, elle était jeune, elle n’avait que quatorze ans, personne n’avait de deuxième don dans sa classe !

Comme pour ajouter encore une couche, Jasper lui prit le visage entre ses mains, lui embrassant ensuite le front en lui disant de respirer bien fort. Elle s’exécuta difficilement, inspirant par à-coups, mais une terreur sourde montait en elle tandis qu’elle repensait à toute la dispute et aux paroles de son frère. Il se trompait ! C’était un hasard, il n’y avait pas de vent, il n’y avait rien du tout. Elle ne pouvait pas manier le vent, pas maintenant, pas alors qu’ils n’avaient plus que Solène pour veiller sur eux, pas alors qu’elle ignorait comment gérer cet élément alors que le sien avait connu une brusque évolution cet été. Et s’ils s’en prenaient à elle, au Japon ? Ou s’ils la critiquaient, s’ils ne voulaient plus la voir ? C’était impossible. Elle ne pouvait pas avoir le vent !

Jasper – Panique pas, tout va bien. Notre mère est loin, je suis près de toi, j'ai chassé tous les monstres qu'il y avait dans le placard et personne ne te fera de mal.

Laura – C’est faux, dit-elle, les larmes aux yeux. Personne ne comprend les élémentaires, personne n’aime les élèves qui ont un don, comment veux-tu qu’ils réagissent si une adolescente de quatorze ans en possède deux ?! C’est impossible, je ne peux pas, je…

En parlant, Laura s’était un peu écartée de son frère tandis que la panique s’emparait d’elle petit à petit. Une nouvelle bourrasque de vent entra dans la pièce, dont elle était l’origine donc, ce qui acheva de l’effrayer. Elle porta ses mains à sa tête, s’excusant et fila au moment où d’autres occupants de l’hôtel entraient dans la pièce, les heurtant de plein fouet. Elle ne savait pas où aller, souhaitant seulement un endroit calme et désert où elle pourrait laisser ce deuxième don s’exprimer sans craindre les remarques. Elle pensa d’abord, presqu’automatiquement, à la salle de fête dans laquelle Adeline et elle avaient trouvé un piano. Seulement, il risquait d’y avoir du monde comme ils préparaient peut-être la salle pour un dîner quelconque et elle n’avait pas envie de s’expliquer.

La vue trouble, tentant de respirer malgré la panique et le vent qui faisait tout voler sur son passage, Laura décida d’aller vers la petite pièce qui servait de jardin intérieur, une sorte de véranda déserte dont les fenêtres donnaient directement sur l’extérieur de la station. Elle bouscula quelques personnes sur son passage, heureusement aucun professeur, souhaitant surtout se calmer. Elle ne cherchait pas à éviter Jasper, l’endroit où elle s’était réfugiée étant logique lorsqu’on la connaissait, mais Laura avait besoin d’un coin sans personne. Comme cet endroit avec quelques pots de fleurs, des plantes, une fontaine miniature servant à décorer la pièce et à donner à l’endroit un air paisible. A sa connaissance, seul endroit où l’eau coulait malgré le froid. Elle se pelotonna dans un coin, se laissant glisser contre le mur avec la respiration saccadée, et ramena ses genoux près de sa poitrine en essayant d’inspirer profondément, les yeux fermés.

Laura – Je peux pas… Je peux pas avoir le vent, c’est impossible, calme-toi, respire. On n’a pas besoin de ça ! Pas maintenant…

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