1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
AccueilCalendrierFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 "Garde d'enfants"

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Kimmitsu Nakajima
Sous-directeur
Professeur d'arts martiaux

avatar

Fonction :
  • Membre
Récits : 270

Âge RPG : 42 ans

MessageSujet: "Garde d'enfants"   Jeu 21 Jan - 23:47

Une pluie fine avait laissé place aux pluies d'orages qui avaient duré lundi et mardi, laissant un atmosphère assez moite et lourde, avec, dans l'air, une odeur de terre chaude. Une odeur qu'il n'avait jamais vraiment aimé, trouvant qu'elle laissait un goût bizarre dans la bouche. Installé dans sa chambre depuis le début de l'après-midi, il avait essayé de dormir plus de deux heures, sombrant dans une sorte de demi-sommeil maladif et très agité, le laissant encore plus épuisé que s'il n'avait pas dormi du tout. Restant allongé, il avait regardé la pluie tomber durant un long moment, le visage assez creusé et cerné, les yeux dans le vague. Gabriella était encore hospitalisée à Paris, M. Francfort avait repris quelques cours ainsi qu'une partie du travail de la direction. Se levant, il remettait ses chaussures lorsqu'on frappa à la porte. Il soupira en jetant un regard à l'horloge puis alla ouvrir, passant devant Munemori qui était occupé à réparer une petite radio. Ouvrant la porte, il salua l'ancien directeur en le voyant derrière, le faisant entrer. Le vieil homme avait toujours le même air sévère et très dur qu'à son accoutumée, ôtant sa veste pour la garder sur son bras.

– Votre famille est toujours là ? lança-t-il aussitôt en voyant Josuke. Dangereux, l'armée est nerveuse en ce moment. Comment vous vous sentez ?

– Ça va. Personne ne va leur faire de mal.

– C'est ce qu'on croit, il vaut mieux se méfier. J'ai toujours fait en sorte d'éloigner ma famille du village et de l'école, lorsque j'étais directeur, juste au cas où. Avoir une famille n'est pas toujours simple à gérer dans ce genre de situations, donc fais simplement attention, vos frères sont des proies faciles.

Le vieil homme haussa les épaules pendant que Kimmitsu avait un demi-sourire. Il récupéra les documents que le vieil homme lui donna, pendant que Josuke marmonnait "Des proies faciles, des proies faciles...", d'un ton bas et vexé. L'ancien directeur haussa les sourcils en marmonnant à son tour en l'imitant "Des proies faciles, ouais, pas facile de faire parti de certaines familles", avant de se fendre d'un large sourire ironique. Kimmitsu se retint de lever les yeux au ciel en regardant ce que le retraité avait donné, jetant un rapide regard aux documents, pendant que l'ancien directeur rajoutait d'une voix plus haute qu'il repartait, il était simplement venu déposer ça. Il repartit en ré-enfilant sa veste d'un geste souple, ressortant au-dehors. Kimmitsu sourit en secouant la tête, lançant un "Désolé" à son grand frère, tout en déposant ce qu'il tenait sur le buffet, le temps de ranger. Il commença à tout classer, mettant de côté ce sur quoi il pourra travailler cette semaine, de chez lui, sans être trop fatigué. Munemori se marrait ouvertement en trifouillant les fils de la radio, chantonnant un "Humiliation totale". Josuke devait être bien vexé car il traversa le salon pour aller un coup derrière la tête à son frère, arrachant un autre éclat de rire à Munemori lorsqu'il s'écarta en se frottant la tête, avec un sourire ironique.

– C'est vrai, là, mon vieux, tu t'es fait avoir comme un débutant.

Ce n'était pas faux, pour autant, inutile d'appuyer là-dessus, ce devait déjà être assez vexant. Munemori eut cependant la grâce de se taire, par la suite, s'esquivant plus loin avec la radio, avec un nouveau rire. C'est ça, allez ouste. Kimmitsu secoua légèrement la tête en faisant un sourire de compassion à son frère, mettant ses lunettes sur son nez pour mieux regarder ses documents. Voyons voir... Il était occupé à ça lorsque la porte s'ouvrit à nouveau, laissant passer Jasper et Laura, les cheveux encore humides de pluie et assez pâles. Rangeant le dossier, Kimmitsu enleva ses lunettes et leur fit signe de le suivre, laissant de côté les escaliers pour aller avec eux dans une autre pièce, assez petite, qui lui servait de bureau, durant les vacances scolaires. Il referma la porte derrière eux, remettant ses lunettes sur le nez comme il était assez fatigué, aujourd'hui, sa vue s'épuisait aussi. Il s'assit à son bureau, face à eux, regardant à nouveau l'heure. Les cours venaient de se terminer, il y a quinze ou vingt minutes, cette deuxième semaine de rentrée était définitivement plus calme que la précédente. Il attendit qu'ils s'assoient et enlèvent leurs vestes, se frottant un peu les tempes en attendant, clignant des yeux pour se réveiller un peu.

– Je voulais vous parler. Par rapport à ce qui s'est passé cet été, il n'y a pas encore eu le temps de faire le point, de se poser vraiment pour en parler. Quand la directrice m'a parlé de votre situation, j'ai accepté car ça me semblait naturel, sur le moment. Dans ma culture de naissance, lorsqu'on prend un enfant sous son toit après ce genre de faits, peu importe son âge, c'est une adoption définitive. Je vous ai pris chez moi car j'avais pour objectif de reprendre en main votre éducation, à tous les deux, d'autant plus si vos dons évoluent. Vous savez très bien que ce peut être dangereux. Tu aurais pu perdre plus le contrôle à la caserne cet été, Laura. Ou dans le lac.

Elle aurait pu se blesser voir se noyer, en perdant bien trop le contrôle. Se rendait-elle compte à quel point c'était grave ?! Il lui coula un long regard aigu, les mains croisées devant lui, sur son bureau. Elle aurait pu terminer sa vie dans ce lac ! Son frère la foudroya tout à coup du regard, sans que Kimmitsu ne relève. S'ils avaient des choses à régler entre eux, ils le feront plus tard. Tous deux avaient des choses à se reprocher, ce qu'il souligna ensuite en regardant Jasper.

– Je sais que tu t'en veux encore, cependant, il va falloir tirer un trait sur le passé et avancer. Ta sœur est en vie et tu as cessé de te comporter comme un enfant. Que veux-tu faire de plus ? Concentre-toi sur ton avenir, maintenant, tu es en première, il faut que tu réfléchisses à ton futur. Que veux-tu exactement devenir et comment ? Tu entres dans une phase assez critique, autant pour ton don que pour toi-même. Je sais que tu as fait beaucoup d'efforts, tu n'es plus un enfant. A présent, il faut que tu cesses de penser à des faits passés ou des fautes qui ne sont pas de ton fait.

Il lui jeta un regard pour vérifier qu'il avait bien intégré le message puis tourna à nouveau la tête vers Laura. Autre chose à régler, la concernant.

– Laura, tu es encore une enfant, sur bien des plans... Pourquoi continues-tu à t'en vouloir ? Tu n'es pas responsable du brusque saut de ton pouvoir et ce n'est pas non plus de faute si ton frère est tombé dans ce lac, ni ta faute si ton frère en est tombé malade. Que te faut-il pour comprendre ça et évoluer ?

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Laura K. Nakajima
Collégienne
avatar

Fonction :
  • Modo
Récits : 1275

Âge RPG : 14 ans

MessageSujet: Re: "Garde d'enfants"   Ven 22 Jan - 18:58

Laura échangea un regard terrifié avec son frère, assis à table pendant qu’ils mangeaient. Le secrétaire venait de les appeler en leur disant que le sous-directeur voulait les voir tous les deux, ce soir après les cours. Ils étaient en plein milieu de la semaine, ils auraient très bien pu lui parler ce week-end ! Mais non… Non, monsieur Nakajima en avait décidé autrement. Même le secrétaire leur avait lancé un regard mi-compatissant, mi-satisfait, conscient que son frère et elle causaient de nombreux problèmes. Mais ils n’avaient rien fait, cette fois ! Sauf s’il avait appris qu’ils recherchaient des informations… Mais non. Non, c’était impossible, ils étaient prudents, Jasper, Antoine et elle. Donc ce n’était pas cela. Mangeant du bout des lèvres, Laura fut nettement plus silencieuse la fin du repas, lançant des regards apeurés à son frère de temps en temps. Lui non plus ne semblait pas dans un meilleur état qu’elle… Pourquoi le sous-directeur voulait-il leur parler ? Elle jurait qu’elle n’avait rien fait ! Jasper non plus ! Le pire, dans tout cela, était qu’ils ne pouvaient même pas dire que cela concernait l’école uniquement. Leur prof était à la fois le sous-directeur et leur tuteur…

Et il était déjà treize heures. Les cours se terminaient à dix-huit heures, ce qui ne leur laissait que cinq petites heures de répit. Ils devaient se retrouver à la fin des cours pour faire le chemin ensemble jusqu’à Gray, histoire de se soutenir au moins durant le trajet. Sur place, par contre… Cela dépendrait de ce qui se passerait. Mangeant sans grand enthousiasme, Laura termina son assiette, la mort dans l’âme, gorge incroyablement serrée. Et s’il savait pour leurs recherches ? Elle était plus sage, cette année ! Bon, d’accord, il y avait eu cette « escapade » au Pensionnat avec Genji qui avait failli tourner mal mais monsieur Nakajima n’en avait jamais rien su. Quant à Jasper, depuis qu’il avait enfin expliqué ce que le Colonel lui avait dit ce fameux jour, il n’avait plus rien à craindre. N’est-ce pas ? Ils ne se cachaient plus rien, elle avait bien insisté pour tout savoir et c’était bon. Enfin… D’accord, elle, de son côté, ne lui avait pas tout dit mais il avait déjà bien des soucis en tête, en rajouter était inutile.

Laura jeta un œil à son emploi du temps, constatant qu’elle n’avait que des cours d’une heure cet après-midi. Anglais, sport, éducation civique puis arts martiaux. Pourquoi fallait-il que, justement aujourd’hui, elle n’ait des cours que d’une heure… ? Cela passait beaucoup plus vite ! Au moins, en deux heures, on a le temps de s’ennuyer et de compter les mouches qui volaient dans la classe. Mais non, aujourd’hui, c’était une heure… Une heure à chaque fois. Et elle allait enchaîner sport et arts martiaux, quoi de mieux ? Bon, autant voir le positif, ce n’était pas monsieur Nakajima qui donnait cours cette fois-ci. Elle allait gagner une petite heure supplémentaire même si penser ainsi était horrible. Blêmissant un peu en repensant à ce qui s’était passé le week-end dernier, Laura secoua la tête lorsqu’une de ses amies lui demanda si quelque chose n’allait pas. Non, non, tout va bien, pas de souci.

Laura – Je vais bien, asséna-t-elle en voyant que son amie allait insister. Je suis un peu nerveuse, c’est tout. D’ailleurs, ce soir, ne m’attends pas après les cours.

Amélie – Hein ? Pourquoi ? T’as encore fait une connerie ou tu vas retrouver Antoine ?

Laura – Quoi ? Mais arrête, j’ai rien fait ! Pourquoi tu penses automatiquement à cette option ?

Amélie ne répondit rien, bredouillant un « Comme ça » à peine audible qui fit lever les yeux à Laura. Elle s’était assagie, ces derniers temps ! Surtout avec la peur de blesser son frère ou de l’inquiéter encore plus. Depuis qu’il avait avoué ce que le Colonel avait dit, une vague de culpabilité l’avait envahie. C’était à cause d’elle qu’il était si mal ces derniers temps… Après tout, si elle était restée sage l’année passée, si elle n’avait même pas été sa sœur, le Colonel Gavin n’aurait jamais dit à Jasper qu’il l’avait mise en danger. Et là, c’est ce qui l’avait rendu malade, tendu, terrorisé à l’idée de le croiser de nouveau. Mais elle n’en avait rien dit. Depuis ce qui s’était passé cet été, Laura avait gardé pour elle sa culpabilité, évitant même d’en parler à Antoine par peur qu’il n’en touche un mot à son meilleur ami. Monsieur Nakajima lui avait déjà parlé, en plus, mais elle ne parvenait pas à se convaincre de tout cela. Avait-elle vraiment bien agi ? N’y avait-il pas eu une autre solution ? En fin de compte, cela remontait à des mois, si c’était à cause des paroles du Colonel que Jasper avait peur de lui…

Prof – Miss Karinof ?

Laura releva la tête, réalisant qu’elle avait marché jusqu’à la classe d’anglais et qu’elle s’était assise telle une automate, perdue dans ses pensées. A tel point qu’elle n’avait pas suivi l’exercice, qu’elle n’avait rien dit, rien fait, rien écrit… Oups. Ses joues s’empourprèrent légèrement tandis qu’elle se levait pour s’excuser, disant qu’elle avait été distraite mais qu’elle allait écouter dès à présent. Le professeur l’avait bien vu, elle qui passait son temps à parler et à participer à ce cours-ci, il se doutait qu’elle n’avait absolument rien écouté depuis le début du cours. Se renfrognant, Laura s’excusa une nouvelle fois, en anglais évidemment, avant de se rasseoir dès que le prof le lui permit. Compris, on écoute, on travaille, on est attentif. De toute façon, le rendez-vous chez leur tuteur et sous-directeur arriverait bien assez tôt, elle devait profiter du temps qui lui restait d’ici-là.

Chassant les pensées sombres qui lui venaient en tête, Laura se concentra sur ses cours, le sport lui faisant un bien fou malgré la pluie. Contrairement à ses condisciples, surtout ceux possédant l’élément feu, la collégienne était parfaitement à l’aise dehors et courir ne la dérangea même pas. Ce n’était qu’une fine pluie, pas de quoi les rendre malades ! En plus, ils n’allaient pas courir toute l’heure, alors un peu d’enthousiasme, ce n’était pas tous les jours qu’ils pouvaient en profiter. Monsieur Morin la félicita même en la voyant courir plus vite sans avoir l’air fatigué là où les autres ronchonnaient sous la pluie, sauf les éléments eau qui étaient dans leur élément. Cependant, la fin du cours arriva bien vite et ils utilisèrent une partie de la pause pour se changer et se laver, s’essuyant bien les cheveux pour ne pas tomber malade par la suite. Laura laissa les siens pendre en attendant qu’ils sèchent, ne les rattachant qu’au cours d’arts martiaux pour éviter d’être gênée.

Ce cours était… bizarre sans monsieur Nakajima. Mais ils apprirent tout de même des choses, revoyant aussi certains gestes oubliés durant les vacances. Les muscles fatigués à cause du sport, Laura fut un peu plus discrète, comme les autres collégiens qui avaient pris cette option-ci, donnant tout de même le meilleur pour ne rien perdre de ce cours. Ils auraient cet horaire toute l’année, il fallait s’habituer même si enchaîner un cours de sport et un cours d’arts martiaux était épuisant. Question d’habitude, rien de plus. Exécutant les mouvements, faisant les exercices et écoutant les remarques du mieux qu’elle le put, Laura se retrouva vidée à la fin du cours avant de se changer une nouvelle fois. C’est à ce moment qu’elle réalisa l’heure qu’il était. Le rendez-vous avec monsieur Nakajima… L’adolescente sortit du dojo, accompagnée des rares amis qui n’étaient pas encore touchés par le « pauvres = pourris », les laissant là lorsqu’elle aperçut son frère un peu plus loin, aussi pâle qu’elle.

Laura – On… On peut y aller.

Il pleuvait encore un peu mais la maison du sous-directeur n’était pas très loin, un quart d’heure de marche ou un peu plus, ils n’allaient pas en mourir. Durant le trajet, ils parlèrent moins que d’habitude, tous les deux en proie à un stress immense à l’idée du rendez-vous avec leur tuteur. En tout cas, elle était terrorisée et ne parlait pas énormément, cherchant tout ce qu’il pourrait dire. Elle n’avait rien fait ! La dernière fois qu’il lui avait parlé, c’était… C’était quand il avait vu qu’elle culpabilisait. A moins que ce ne soit pour… Oh. Oui, il y avait ça aussi… Solène les avait sauvés mais, ni Jasper, ni elle n’avait réellement pensé qu’ils s’en tireraient aussi facilement. C’était sorti tout seul ! Comment auraient-ils pu croire que le sous-directeur les considérait vraiment comme ses enfants, qu’il les adoptait pour de vrai et non pas par pitié ? Marchant lentement, elle sentit un gros poids dans sa poitrine au moment où ils entrèrent dans la maison… pour tomber directement sur monsieur Nakajima. Il voulait vraiment leur parler…

La gorge nouée, Laura lança un regard terrifié à Jasper tandis qu’ils suivaient leur tuteur jusqu’à une pièce un peu plus éloignée, au rez-de-chaussée. Son bureau, assez petit, qu’ils avaient pris grand soin d’éviter autant que possible par habitude tant les bureaux des professeurs ou de la direction signifiaient les ennuis. Monsieur Nakajima ferma la porte derrière eux, remettant ses lunettes sans que Laura ne puisse s’empêcher de constater à quel point il semblait fatigué… vieilli. Ils s’installèrent face au bureau, sur des sièges plutôt simples, elle-même toujours nerveuse, retirant sa veste en même temps que son frère dans des gestes maladroits. Ils y étaient, voilà. Et elle ne voyait toujours pas comment expliquer leur réaction… Dire cela aux frères de leur prof était une chose, le dire à leur prof lui-même en était une autre.

M. Nakajima – Je voulais vous parler. Par rapport à ce qui s'est passé cet été, il n'y a pas encore eu le temps de faire le point, de se poser vraiment pour en parler. Quand la directrice m'a parlé de votre situation, j'ai accepté car ça me semblait naturel, sur le moment. Dans ma culture de naissance, lorsqu'on prend un enfant sous son toit après ce genre de faits, peu importe son âge, c'est une adoption définitive. Je vous ai pris chez moi car j'avais pour objectif de reprendre en main votre éducation, à tous les deux, d'autant plus si vos dons évoluent. Vous savez très bien que ce peut être dangereux. Tu aurais pu perdre plus le contrôle à la caserne cet été, Laura. Ou dans le lac.





Jasper l’ignoraiiiiit ! Il ne savait paaas pour la caserne ! Laura s’enfonça dans son siège, sentant le regard bien lourd de son frère après celui de son professeur. Elle se mordit les lèvres sans bouger, sans regarder autre chose que le bureau, plus mal à l’aise que jamais, de plus en plus pâle. Ce bureau, aussi simple puisse-t-il être, se révélait soudain bien plus intéressant. Elle en observait le moindre détail, suivant les sculptures du regard sans bouger d’un pouce, observant même les différentes teintes témoignant d’une usure causée par le temps. Elle n’avait pas fait exprès, ce jour-là ! Elle savait qu’elle aurait pu mourir dans le lac, qu’elle aurait pu être tuée à la caserne, qu’elle aurait pu avoir bien plus d’ennuis.

Mais elle ignorait pour son don, à ce moment-là ! Elle ne pouvait pas savoir qu’il avait évolué, elle se sentait bizarre, oui, mais jamais, ô grand jamais, Laura n’avait imaginé que c’était son don qui évoluait… Honteuse, culpabilisant encore plus, elle garda la tête baissée et bien droite, blêmissant à l’idée de ce qui aurait pu se produire dans le lac. Quant au reste, ils avaient deviné les intentions de leur professeur, ils avaient compris la mentalité de son pays d’origine là-dessus, c’était bon, ils pouvaient passer dessus. De toute manière, que voulait-il qu’ils disent… ? Cependant, il n’attendait, visiblement, aucune réponse puisqu’il ajouta qu’ils avaient tous les deux des choses à se reprocher, devinant qu’il devait s’adresser à Jasper à cause du regard qu’il lui lançait. Oui, elle était morte, elle le savait. C’était une vieille histoire !

M. Nakajima – Je sais que tu t'en veux encore, cependant, il va falloir tirer un trait sur le passé et avancer. Ta sœur est en vie et tu as cessé de te comporter comme un enfant. Que veux-tu faire de plus ? Concentre-toi sur ton avenir, maintenant, tu es en première, il faut que tu réfléchisses à ton futur. Que veux-tu exactement devenir et comment ? Tu entres dans une phase assez critique, autant pour ton don que pour toi-même. Je sais que tu as fait beaucoup d'efforts, tu n'es plus un enfant. A présent, il faut que tu cesses de penser à des faits passés ou des fautes qui ne sont pas de ton fait.

Laura n’osa pas tourner la tête vers son frère pour voir sa réaction, voir s’il avait compris ou non ce que lui disait monsieur Nakajima. Elle se sentait plus mal à l’aise que jamais, s’attendant à ce que leur professeur quitte la pièce à tout moment ou leur demande de sortir, ou… n’importe quoi. Que pouvaient-ils répondre face à cela ? Laura avait compris que ce qui s’était passé cet été était dangereux, qu’elle ne devait pas sous-estimer son don. Elle faisait attention, très attention, et s’entraînait dur pour qu’il ne lui échappe pas comme il l’avait fait à la caserne et dans le lac. Restant silencieuse, elle attendit elle-ne-savait-quoi, priant pour que ce soit fini et qu’elle puisse filer bien avant Jasper. Il n’allait pas la louper, il lui avait clairement interdit d’approcher les militaires… Alors, la caserne de Paris, au moment-même où leur père ET le Maréchal s’y trouvaient… Peut-être ne le savait-il pas ? C’était possible, ça aussi.

M. Nakajima – Laura, tu es encore une enfant, sur bien des plans... Pourquoi continues-tu à t'en vouloir ? Tu n'es pas responsable du brusque saut de ton pouvoir et ce n'est pas non plus de faute si ton frère est tombé dans ce lac, ni ta faute si ton frère en est tombé malade. Que te faut-il pour comprendre ça et évoluer ?



Echec et mat. Laura baissa la tête, lissant les plis de sa jupe, plus mal à l’aise que jamais. Ca non plus, Jasper ne le savait pas ! Et com… Comment leur prof le savait ? Elle lui avait dit qu’elle comprenait, qu’il avait raison, qu’elle ne s’en voulait plus et qu’elle avait retenu ce qu’il avait dit. Comment pouvait-il savoir que ce n’était pas vrai à cent pourcent… ? Ravalant sa salive, Laura ne dit rien avant un moment, voulant d’abord dire qu’elle ne culpabilisait plus mais se rappelant la réaction de son tuteur lorsqu’elle avait essayé sur le même sujet, un mois plus tôt. Elle se mordit les lèvres, gardant la tête baissée, cherchant ses mots. Elle ne s’en voulait pas pour son don, ce n’était pas de sa faute, elle le savait. Pour le reste, par contre…

Laura – Je… Je sais que ce n’est pas de ma faute pour mon don, dit-elle tout bas sans relever la tête tout de suite. Et je… Je n’ai pas oublié ce que vous avez dit pour… ce que vous m’avez dit à ce sujet. Mais je…

Non. Elle ne pouvait pas dire cela devant Jasper, tout avouer alors qu’il était juste à côté d’elle. Elle s’en voulait, oui. Elle s’en voulait parce qu’il avait risqué sa vie, parce qu’elle n’avait rien dit et qu’il aurait pu y rester à cause d’elle. La seule solution était d’apprendre à se maîtriser, à maîtriser son don, et elle y travaillait. Ce n’était pas parce qu’elle était « encore une enfant » que cela l’excusait pour certaines choses… Elle savait que Jasper avait tenu grâce à elle, que leur père l’aurait sans doute frappé qu’elle soit là ou non. Monsieur Nakajima avait raison là-dessus et elle ne s’en voulait pas non plus pour le don de son frère… Juste pour… le reste. Mais hors de question de le dire devant Jasper.

Laura – Je suis d’accord avec ce que vous avez dit pour notre père… Je l’ai intégré et j’ai… J’ai compris pour le somnambulisme. Je travaille beaucoup pour maîtriser mon don, je veux m’améliorer et ne plus prendre le risque de le voir m’échapper comme cela s’est produit cet été.

M. Nakajima – Pourquoi t’en veux-tu encore ?

… Bon, ça ne marchait pas. Laura, qui avait redressé la tête pour parler par respect, se mordit les lèvres en regardant son professeur. Elle ne pouvait pas dire cela devant Jasper ! Elle s’en voulait, voilà tout, elle s’en voulait de lui avoir attiré des problèmes, elle s’en voulait de ne pas avoir pu mieux se défendre pour qu’il n’ait pas à s’inquiéter pour elle. Sans oublier que bon nombre d’ennuis qu’elle avait eus n’étaient qu’à cause d’elle, pas à cause de Jasper qui se battait réellement. Elle lança un regard furtif à son frère, voyant qu’il était furieux – ce qui ne l’aidait pas du tout -, avant de baisser un peu la tête en serrant les poings sur sa jupe d’uniforme. Ce n’était pas important, ça allait passer de toute façon. Elle apprenait à se défendre et était moins imprudente cette année donc Jasper ne s’inquiéterait plus autant pour elle et ne risquait plus d’être malade à ce point-là en pensant à ce que le Colonel lui avait dit. Laura redressa la tête au bout d’un court moment, faisant la moue avant de regarder monsieur Nakajima.

Laura – Je ne… Je ne m’en veux pas autant que lorsqu’on est arrivés. J’apprends à me défendre, un peu mieux, et je… Je réfléchis plus cette année donc je sais que ça va aller. Je suis seulement plus nerveuse… Mais ça va aller.

M. Nakajima – Tu ne sembles pas très convaincue.

Mais si ! Tout irait très bien, elle devait seulement s’habituer. En plus, la rentrée avait été mouvementée, elle n’était pas très en forme. Et Jasper était à côté d’elle, furieux, elle avait le droit d’être mal à l’aise et pas spécialement convaincue de ce qu’elle disait. Laura ouvrit légèrement la bouche pour parler, dire quelque chose, n’importe quoi, mais seuls des sons isolés sortirent sans former de phrase concrète. Elle avait admis que Jasper n’avait pas été malade à cause d’elle, pas entièrement du moins, mais c’était bel et bien de sa faute s’il avait été forcé de faire un plongeon dans le lac. Et cette baignade forcée avait eu lieu parce qu’elle n’avait rien dit. Son professeur lui-même avait appuyé là-dessus ! Preuve qu’elle ne s’en voulait pas pour rien…

Laura – C’est vous-même qui avez dit que j’avais été somnambule parce que j’avais tout gardé pour moi, finit-elle par dire tout bas en baissant à nouveau la tête. Donc c’est… quand même un peu de ma faute, ce qui s’est passé. Mais ça s’est arrangé, finalement, donc ça va. Je m’entraîne dur, ça va passer.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Kimmitsu Nakajima
Sous-directeur
Professeur d'arts martiaux

avatar

Fonction :
  • Membre
Récits : 270

Âge RPG : 42 ans

MessageSujet: Re: "Garde d'enfants"   Dim 24 Jan - 16:20

La petite baissa aussitôt la tête, sans répondre de suite. Terrain glissant pour elle, sans doute, pourtant elle ferait mieux de ne pas garder ça pour elle. Elle était à l'âge assez délicat, celui où on a besoin de repères, d'un cadre, de personnes près de soi pour grandir au mieux et évoluer sans avoir gros soucis. Beaucoup de jeunes garçons et filles avaient des problèmes, une fois arrivés à cette transition de leur vie et leur humeur s'en ressentait. Il suffisait de regarder Genji pour en être convaincu, c'était tout de même incroyable que les choses aient dégénéré à ce point ! Enfin... Incroyable, pas vraiment, Kimmitsu en était aussi arrivé là avec son propre père, même plus loin. Laura pouvait avoir plus de soutien et elle ne devait pas le rejeter, il pouvait aussi bien l'écouter que la conseiller, il n'était pas là pour la juger et la punir, simplement pour l'aider à avancer et la faire réfléchir. Contrairement à Jasper, elle était encore une petite fille, marchant avec hésitation dans ce monde, doucement, en trébuchant parfois. Dans un an, deux ans, trois ans peut-être, elle aura dépassé tout cela. En attendant, elle devait être soutenue et accompagnée, afin de ne pas commettre de trop graves horreurs ou mettre en péril son apprentissage psychique, autant que physique. Kimmitsu recula un peu contre le dossier de sa chaise, croisant les bras en la regardant. Ils étaient tranquilles, dans ce bureau, elle pouvait parler sans crainte.

– Je… Je sais que ce n’est pas de ma faute pour mon don, dit-elle tout bas sans relever la tête tout de suite. Et je… Je n’ai pas oublié ce que vous avez dit pour… ce que vous m’avez dit à ce sujet. Mais je…

Mais elle s'en voulait encore, ce que Kimmitsu ne comprenait pas. Ce n'était plus un problème si grave pour qu'elle puisse continuer à culpabiliser durant des mois ! Elle avait commis une erreur, soit, à présent il était temps d'avancer, de prendre ses responsabilités et d'arrêter de se fixer sur le passé. Elle était en train de se rendre malade toute seule en songeant un boucle à une histoire qui devrait être mise à la trappe, depuis le temps, oubliée afin de passer à autre chose. Personne n'était mort, après tout, personne n'avait eu à souffrir durant des semaines de lourdes conséquences, personne en sera marqué par cela à vie. Il fallait cesser de tout dramatiser et de se rendre malade pour des problèmes qui n'en étaient pas. Après tout, la situation actuelle était bien assez compliquée pour qu'il y ait besoin de se prendre la tête sur ce genre de soucis. Entre les massacres dans plusieurs pays, les guerres naissantes, les conflits entre nations, les exodes de masses de certaines populations, les lois liberticides, les dons qui connaissaient des évolutions, les changements techniques et sociaux, les crises monétaires, il n'y avait plus assez de temps pu d'énergie pour s'embarrasser à ce point des petits tracas du quotidien. L'heure était venu de dépasser ce genre de chose pour prendre conscience de tout l'ampleur des problèmes de ce monde et y faire face. On pouvait considérer cela comme terrible, ça l'était sûrement, mais plus personne n'avait désormais le temps de se comporter comme un gamin, passé un certain âge.

– Je suis d’accord avec ce que vous avez dit pour notre père… Je l’ai intégré et j’ai… J’ai compris pour le somnambulisme. Je travaille beaucoup pour maîtriser mon don, je veux m’améliorer et ne plus prendre le risque de le voir m’échapper comme cela s’est produit cet été.

– Pourquoi t’en veux-tu encore ?

Puisqu'elle avait compris et qu'elle faisait des efforts pour changer et améliorer son comportement, à quoi bon continuer à s'en vouloir, sinon pour le seul plaisir de se faire plaindre ? Il ne comprenait définitivement pas. Pour lui, lorsqu'on commettait une erreur, il fallait changer pour que ça ne se reproduise plus puis continuer à vivre, voilà tout. Kimmitsu ne répondit rien de plus sur le moment, gardant les bras croisés, fermant les yeux un court instant. Il aimerait bien que Laura comprenne assez vite, étant donné son niveau de fatigue, il ne pouvait pas prendre de longues heures pour discuter de ce sujet, d'autant plus s'il s'agissait de répéter ou expliquer les plus pures évidences. Même si Laura refusait de comprendre aujourd'hui... C'était bien une enfant. Il croisa son regard lorsqu'elle le releva, voyant qu'elle avait le même air pincé que son affreux père lorsqu'elle faisait la moue. Hum... mieux valait ne guère soulever ce dernier point, pour un enfant détestant son père ou sa mère, il n'était jamais très agréable de pointer les ressemblances existantes, qu'elles soient justifiées ou non, importantes ou pas.

– Je ne… Je ne m’en veux pas autant que lorsqu’on est arrivés. J’apprends à me défendre, un peu mieux, et je… Je réfléchis plus cette année donc je sais que ça va aller. Je suis seulement plus nerveuse… Mais ça va aller.

– Tu ne sembles pas très convaincue.

Elle émit quelques sons étranges en guise de réponse, cherchant sans doute à rassembler ses idées afin de répondre clairement. Allez... Même si elle refusait de comprendre ou écouter aujourd'hui, qu'elle accepte au moins d'y réfléchir plus tard, c'était tout ce qu'il lui demandait. Peut-être qu'avec le temps, lorsqu'elle grandira et deviendra une jeune femme, elle verra alors plus de choses et comprendra bien des sujets qui lui échappaient, à venir jusqu'ici. Son grand frère, lui, ne comprenait certaines choses que depuis deux ou trois mois, c'était relativement récent, il avait grandi. Kimmitsu baissa la tête en émettant un léger soupir, se frottant assez vite les yeux, sous ses lunettes. Laura devait elle aussi avoir besoin de vraies vacances, en étant entourée et en se changeant les idées, voir autre chose que ce village et l'école, partir quelques jours, au moins.

– C’est vous-même qui avez dit que j’avais été somnambule parce que j’avais tout gardé pour moi, finit-elle par dire tout bas en baissant à nouveau la tête. Donc c’est… quand même un peu de ma faute, ce qui s’est passé. Mais ça s’est arrangé, finalement, donc ça va. Je m’entraîne dur, ça va passer.

– C'est ce que je ne comprend pas, soupira-t-il doucement. Pourquoi tu continues à t'en vouloir alors que tu fais les efforts pour changer, pour que ça ne se reproduise plus.

Il s'interrompit, s'appuyant contre le dossier du siège en fermant les yeux encore un moment, le souffle court. Tout ira bien... Laura allait grandir et son frère pourra sans doute l'aider. Gabriella sortira de l'hôpital. Quant à la situation internationale... Tout n'ira pas pour le mieux mais ils pourront au moins se battre pour que rien ne devienne trop grave. Un mal de tête assez fort vint le prendre, au moment où il s'apprêtait à rajouter autre chose. Bon, très bien, se reposer un peu, cinq minutes, au moins, respirer et se détendre. La voix de aura retentit tout à coup pour demander si ça allait puis il l'entendit partir presque aussitôt en courant. Peu de temps après, elle revint de la pièce, accompagnée par quelqu'un. Kimmitsu rouvrit doucement les yeux, voyant Munemori qui vint le tenir par les bras en lui demandant à son tour s'il se sentait mal. C'est bon, il allait bien, simplement besoin d'un peu de repos.

– Je vais bien, ne t'en fais pas, dit-elle d'une voix lente, ce n'est que de la fatigue.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
 
"Garde d'enfants"
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Azael, Chevalier d'Argent de la Coupe [Terminée]
» LE MUPPET SHOW
» garde d'enfants
» [BloodBowl] Mon équipe : Les enfants du Curé...
» Garde impériale

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Pensionnat de la Ste Famille :: Une vaste Terre :: France :: Village de Gray :: Alentours du village :: M. et Mme Nakajima-
Sauter vers: