1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 La voie des fantômes

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Adeline Brian
Lycéenne
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Récits : 80

Âge RPG : 16 ans

MessageSujet: La voie des fantômes   Sam 14 Mai - 18:41

Le derniers cours de l'après-midi avait été particulièrement houleux, leur professeur s'était épuisé à réclamer le silence, sans aucun effet, puis avait finalement abandonné. Tous les élèves étaient très agités, Adeline ne comprenait pas pourquoi, une tension palpable courait dans l'air, ces derniers temps, une ambiance mauvaise, presque malsaine, qui se répandait dans toute l'école. Quelque chose avait changé, sans qu'elle ne sache pourquoi. En plus de cela, de plus en plus d'élèves étaient plus nerveux et méfiants, ce début d'année était bien dans la continuité des mois de mai et juin précédents, et même de l'été. Installée dans la bibliothèque à faire ses devoirs, avec Genji installé à sa table, Adeline jetait fréquemment des regards par la haute et large fenêtre, contre laquelle leur table était presque collée. Ils avaient une belle vue sur le parc et la forêt, depuis ce coin de l'école. Quelques élèves traînaient un peu dehors mais le temps frais et les pluies fortes arrivant sans crier gare n'incitaient plus vraiment à traîner dehors. Mordillant son crayon de bois, elle reporta le regard sur son devoir d'histoire-géographie et sur la carte qu'elle était censée remplir. Genji peinait sur le même devoir, assis en face d'elle, semblant tout de même en assez bonne forme, comparé à ce qu'elle avait pu voir de lui au Japon.

Plusieurs bâillements et autres ronchonnements plus tard, Genji et elle parvinrent au bout du long exercice, allumant la lampe non loin comme le jour tombait déjà, par la faute d'un ciel bas, gris et triste. Une petite pluie fine était tombée durant quelques minutes avant de stopper, ajoutant à la morosité ambiante. Mademoiselle Doucet rangeaient ses livres dans les rayonnages avec son expression vide et éloignée habituelle, de son pas silencieux. Elle était en quelque sorte raccord avec l'ambiance générale, bien que ce soit méchant de penser ainsi. Adeline se pencha pour prendre son sac par terre puis ranger ses affaires, s'étirant ensuite longuement avec un soupir. Ce n'était que le début de la semaine et elle se sentait déjà fatiguée, elle ne savait pas que c'était possible. Mademoiselle Doucet arriva à leur hauteur, leur jetant un regard en demandant s'ils avaient terminé leur travail. Adeline hocha la tête avec un sourire, ne la craignant pas, même si elle était très effacée et distante. Elle n'avait jamais fait parler d'elle, que ce soit en bien ou en mal, et était plutôt gentille, au fond, quand on prenait la peine de la connaître. Cependant, aujourd'hui, Adeline la ressentait tout aussi tendue et morose que les élèves.

– L'orage arrive, ajouta la jeune bibliothécaire en regardant le ciel, par la fenêtre. La nuit va être mauvaise.

Oh, peut-être bien, ce ne sera pas la première. Adeline hocha la tête puis se leva, enfilant sa veste puis son sac, jetant un autre regard machinal par la fenêtre pour regarder le ciel, de plus en plus noir. Ils avaient tous l'habitude d'entendre le tonnerre et les éclairs, entre les vrais orages et la foudre créé par ceux qui possédaient cet élément. Se penchant, elle vit tout à coup Alexis, seul, prendre le chemin de forêt qui amenait vers le terrain où s'entraînait le groupe d'Adeline, les éléments terre. Qu'allait-il faire là-bas à cette heure ? Elle le désigna d'un geste à Genji, ayant tout à coup un mauvais pressentiment qu'elle ne pouvait pas s'expliquer. Elle sortit de la bibliothèque avec Genji, parlant un peu des devoirs qui restaient avec le langage des signes, allant poser leurs sacs dans les chambres. C'était l'heure d'aller au réfectoire, pourtant, l'impression angoissante qu'elle avait eu ne la quittait pas. Retrouvant Genji près du réfectoire, ils demandèrent à quelques personnes si Alexis était revenu ou pas encore. Personne ne l'avait vu sortir ou n'avait fait attention. C'est vrai qu'il était devenu beaucoup plus distant, aussi effacé que leur jeune bibliothécaire, ces derniers mois. Il avait sans doute juste voulu s'isoler, une fois de plus, mais cela n'empêchait pas Adeline de s'angoisser de plus belle. Elle fit signe à Genji de venir avec elle, quittant le bâtiment pour se diriger rapidement vers la forêt. Elle ne voulait pas le déranger, s'il voulait être seul pour réfléchir, mais elle préférait s'assurer qu'il allait bien.

Il faisait encore plus sombre sous le couvert des arbres qu'au milieu du parc, évidemment, heureusement que le chemin n'était pas trop noueux et qu'elle connaissait bien la direction à emprunter. Arrivant au large terrain qui servait de coin d'entraînement pour son groupe, elle chercha Alexis du regard sans le trouver, comprenant qu'il avait dû filer encore un peu plus loin. Ce n'était pas très prudent de traîner comme ça dans les bois à cette heure, ils allaient tous se faire râler dessus si un prof les surprenait. Contournant la grande clairière, son cœur fit tout à coup un bond violent lorsqu'elle vit une toute jeune silhouette presque transparente à deux mètres de là, tremblant comme une feuille. Emilie... Il n'était pas si rare que cela de la croiser, aux environs du pensionnat, mais le choc était toujours le même. La fillette était assise sur un petit rocher, très sagement, les mains posées sur les genoux, et les regardaient, Genji et elle. La lycéenne échangea un long regard avec son ami, hésitante sur la démarche à adopter. Devaient-ils continuer leur route sans rien dire ou avoir un mot pour la petite ? Avant qu'ils ne puissent se décider, elle se leva puis tendit le doigt vers le fond du terrain d'entraînement, le visage fermé et le regard vide. Un long frisson fusa dans le dos d'Adeline puis elle courut avec son camarade, passant devant la fillette décédée qui les suivit de son regard vide.

Ils arrivèrent au fond du terrain, sautant par-dessus quelques flaques d'eau et de boue, avant de s'arrêter brusquement, la jeune fille ouvrant la bouche en un hurlement silencieux qui la fit trembler de toutes parts. Alexis était allongé au sol, les yeux fermés où perlaient encore des larmes, les poignets tailladés et du sang s'en écoulant, un couteau du réfectoire abandonné près de son corps et tâché de sang. Adeline fourra son visage entre ses mains en tombant à genoux dans la terre et la gadoue, profondément choquée, de très grosses larmes l'empêchant presque de respirer. Elle parvint à peine à faire signe à Genji de courir prévenir quelqu'un, incapable de se relever, plantant ses mains crispées dans la terre en fixant le visage livide du jeune garçon. Le souffle court, elle vit de nouveau Emilie qui vint s'asseoir en tailleur près du jeune homme, se balançant légèrement d'avant en arrière. La scène était si horrible que la lycéenne faillit bien vomir, secouée de brefs spasmes.

– Il fait froid, murmura Emilie. Il fait toujours froid.

Adeline baissa la tête, secouée de sanglots, ne pouvant plus supporter la scène. Il était mort. Il était mort, c'était terminé...

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MessageSujet: Re: La voie des fantômes   Mar 17 Mai - 17:20

Pourquoi aujourd'hui précisément ? Il n'en avait sincèrement aucune idée, il s'était levé, ce matin-là, puis avait su, au fond de son âme et de son cœur, que c'était le jour. Il n'y avait aucune explication logique, c'était comme ça, c'est tout, il le savait. La journée s'était déroulée dans une sorte de brouillard inconscient, il était au cours sans écouter, les réprimandes glissant sur lui sans l'atteindre, des personnes lui parlant sans qu'il ne fasse attention à elles. Il parvint même à sourire à plusieurs reprises, ravissant quelques uns de ses camarades de classe qui vinrent le féliciter car « il faisait des efforts pour se reprendre, c'était très bien ». C'est cela. Oui, Alexis souriait, aujourd'hui, il souriait car il éprouvait désormais une inexplicable impatience, un soulagement, une sorte de joie malsaine alors qu'il se répétait qu'aujourd'hui, tout était terminé. A la pause du midi, il n'alla pas déjeuner, c'était inutile, complètement inutile. A quoi bon se soucier de choses si futiles ? Les autres parlaient, riaient, se disputaient. Il n'entendait pas. Il n'était déjà plus un membre à part entière de leur monde, c'était terminé.

Remontant dans la chambre qu'il partageait avec deux autres garçons, il tâcha de mettre tout en ordre. Il fit son lit très proprement, rangea ses affaires, tria les papiers à garder et à jeter, remit tout en place très proprement, comme il le fallait, comme si jamais personne n'avait dormi dans ce lit ou étudié sur ce bureau. Une fois que ce fut fait, il réfléchit un instant à la possibilité de laisser une lettre, puis se décida, s'installant par terre. Une lettre pour Lucas, au moins, une petite lettre d'adieu pour lui. Prenant son crayon, Alexis traça les mots avec soin, penché sur la feuille de papier. « Je vais partir ce soir », écrivit-il après lui avoir adressé la lettre. « Je ne peux plus rester encore longtemps dans ce monde, je pars pour un monde qui, je l'espère, sera meilleur, plus doux que celui-ci. Je t'embrasse très fort et te souhaite, en grandissant, d'être un jeune homme puis un adulte heureux. Prend soin de toi, je t'enverrai des bisous depuis le ciel. » Souriant à nouveau, faiblement, il glissa la feuille dans une enveloppe, sur laquelle il nota le nom et le prénom de son petit frère d'adoption, puis laissa l'enveloppe sur son lit, calée par un bout d'oreillers.

Il ne vit guère passer le reste de l'après-midi, regardant avec attention tout le monde, ses anciens amis, ses professeurs, les murs de l'école, le parc sous la pluie, inspirant profondément. Lorsque la fin des cours s'approcha, il s'éclipsa, sans qu'on ne le remarque, puis vola un couteau à viande dans les cuisines, ceux qui tranchaient très bien, avant de sortir dans le parc, sous une légère pluie. Au revoir tout le monde. Marchant vers la forêt, le jeune garçon prit la route des terrains d'entraînements pour les éléments terre, après un dernier regard vers le pensionnat. Adieu. Traçant sa route, il s'approchait du dernier lieu lorsqu'il tomba nez à nez sur la silhouette pâle d'Emilie, qui le fixait de ses grands yeux éteints, comme si elle avait déjà compris ce qu'il avait l'intention de faire. Alexis lui sourit, avec une certaine tendresse, en lui disant bonsoir. Elle le regardait, assise sur un muret, répondant presque timidement à son salut, puis lui demanda si lui aussi allait partir. Il hocha la tête, sortant le couteau pour le lui montrer.

– Il fait froid, murmura-t-elle. Toujours.

– J'ai déjà très froid, répondit Alexis d'un ton faible. On jouera ensemble, après ?

La fillette sourit à son tour en hochant la tête. En passant près d'elle, Alexis leva légèrement la main pour frôler la sienne, éprouvant un bref frisson qui passa bien vite. A toute à l'heure, d'accord ? Continuant son chemin, il s'arrêta quelques mètres plus loin, dégageant ses poignets. Des gestes vifs, une douleur terrible qui le saisit en instant, le sang brûlant contre sa peau déjà glacée. Douleur et faiblesse. Il réussit à s'entailler le second bras, dans un dernier sursaut. Le couteau glissa au sol, tout comme lui, tombant dans la boue, les feuilles et les brindilles. Il pleuvait, Emilie le regardait. C'était terminé. Le cœur d'Alexis battait de plus en plus vite, presque avec violence, avant de se serrer, hoqueter, puis ralentir, peu à peu. Il pouvait compter les battements. Sa vue se troublait, sa respiration ralentissait à son tour, il avait si froid. Il songea à sa petite sœur, à Lucas, leur souhaitant de bien grandir et de vivre heureux. Ses yeux se fermèrent tous seuls, tandis qu'il relâchait son dernier souffle, que son cœur s'éteignait sur un ultime battement. C'était fini.

Adieu.
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