1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Une journée au village

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Isabelle Robin
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Âge RPG : 37 ans

MessageSujet: Une journée au village   Lun 7 Mar - 20:57

Ils étaient sous très bonne garde et Isabelle avait ses armes sur elle, il n'y avait aucun risque réel. Isabelle rattacha ses cheveux en un chignon souple, souriant à la générale qui marchait à côté d'elle, en poussant la poussette où étaient installés ses enfants, assis et sanglés, babillant en serrant leurs peluches contre eux et portant leurs petits yeux très curieux partout où ils le pouvaient. Ils étaient tous les deux coiffés de petits chapeaux pour les protéger du soleil, durant la promenade. Isabelle surveillait sa supérieure hiérarchique du coin de l’œil, craignant toujours qu'elle ne s'effondre, même si elle avait une meilleure mine qu'en début de semaine. Enfin, meilleur mine, tout était relatif. Elle avait toujours d'immenses cernes, le teint cadavérique et avait perdu beaucoup de poids, néanmoins, cette sortie semblait lui faire un peu de bien. C'était assez heureux, en un sens, mieux valait ne pas rester enfermée, prendre l'air était bien meilleur. C'était samedi et Isabelle avait été très surprise lorsque sa supérieure avait accepté de venir avec elle au village. Elles ne s'étaient jamais beaucoup parlé et le lieutenant n'aurait jamais cru qu'elle accepte, alors qu'elle avait parlé de ça à la volée, alors qu'elle était de garde, pour sa protection.

A présent, les deux femmes se promenaient dans les rues de Gray, sous un soleil encore bien chaud, bien que le vent était assez frais. Isabelle ne cessait de dévisager sa chef, toujours aussi surprise de la voir comme ça, dans un tout autre cadre que celui de générale d'armée à la caserne. Elle portait une robe assez longe, marron clair avec une ceinture noire, une veste d'un blanc cassé et ses cheveux étaient laissés lâches, détachés dans son dos. Isabelle, elle aussi, avait conservé une tenue simple et sobre, chemisier rouge et jupe marron foncé descendant jusqu'aux chevilles, souliers noirs avec des talons légers, les cheveux attachés, son sac sur l'épaule. Les jumeaux jouaient en toute innocence dans la poussette, inconscient des longs et lourds regards qu'on jetait parfois à leur mère. Être ainsi la cible de ce genre de chose était insupportable, surtout lorsqu'on était chez soi, tranquille, dans un village en apparence très calme. Le lieutenant s'arrêta devant la boutique du tailleur, regardant les robes exposés en devanture, dont une de mariage. Dire qu'elle s'apprêtait à épouser le colonel... Ses joues prirent une teinte rose assez soutenu lorsqu'elle y songea, souriante. Si elle devait accepter le mariage, ce ne sera qu'avec lui et personne d'autre.

– Cette robe-là est plutôt belle, vous ne trouvez pas ?

– Oui, assez.

La jeune femme voulait quelques chose d'assez simple et sobre. C'était plus simple pour Fabrice, il lui suffisait d'enfiler son uniforme de cérémonie et affaire terminée ! Ce serait fantastique si elle pouvait se permettre la même chose. Elle observa un long moment la robe en essayant de s'imaginer marcher avec, un peu perplexe en imaginant le massacre que cela pourrait donner. Marcher devant tous leurs amis dans cette tenue, mon Dieu, quelle gêne ce pourrait être. Elle se détourna de la vitrine en continuant un peu, s'arrêtant de nouveau vers un grand étal de fleurs, au marché de la place, en se demandant comment ils allaient décorer la salle et si elle devrait avoir un bouquet de mariée. Elle se pencha un peu pour humer le parfum des fleurs, avant d'en acheter une petite pour la mettre dans les cheveux de la petite Aurore, qui lui rendit un beau sourire. Cette petite était si adorable, à vous faire fondre ! Elle discuta un peu de la préparation de la fête avec la générale, debout près de la poussette, se demandant si ils allaient pouvoir profiter au moins d'une journée calme lorsqu'un petit garçon s'approcha tout à coup d'eux. Oui, il s'était perdu ? Il regardait la générale avec de grands yeux puis finit par lui demander d'une petite voix si elle était bien la dame de la grande école.

– Si tu veux, oui, répondit-elle d'un ton un peu fatigué.

– C'est vos bébés ?

Isabelle fondit littéralement en le voyant s'approcher de la poussette pour regarder les jumeaux avec de grands yeux écarquillés, les mains crispées sur le rebord, juste à la bonne hauteur. Aurore le regarda un moment puis tendit la main pour lui attraper le nez lorsqu'il se pencha pour lui faire un bisou sur le front. Le lieutenant avait beau avoir le cœur endurci par la guerre et la vie en caserne, elle fondait tout de même devant le spectacle. Relevant le nez, elle vit alors Céleste arriver et la salua d'un sourire et un signe de tête, se souvenant bien d'elle, depuis leur déjeuner ensemble, dans ce même village, bien que cela fasse quelques mois. Le petit garçon jouait à attraper les mains des jumeaux, concentré sur eux en oubliant tout le reste. Ils étaient adorables, ainsi.

– Quel est ton prénom, mon petit ? Demanda-t-elle au petit garçon avec un sourire attendri. Tu aimes bien jouer avec les tous-petits ? Je ne t'avais encore jamais vu, tu viens d'arriver à Gray ?

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Lucas Dumoulin
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MessageSujet: Re: Une journée au village   Lun 28 Mar - 11:05

Bâiller en rythme pendant que sa grande sœur lui tenait la main tout en se frottant les yeux de l'autre main était bien plus intéressant que d'empêcher le panier qu'il tenait de traîner par terre. Le samedi, il fallait aller au marché pour "avoir des légumes frais, un peu de viande, du poisson, des fruits, pour bien grandir". Mmh. Et dormir plus longtemps, ce n'était pas bon pour la santé, ça ? Il donna la panier à Céleste lorsqu'ils s'arrêtèrent à un étalage de fruits et légumes, souriant vaguement à la grosse dame derrière qui lui dit "Bonjour mon lapin !" d'un ton très joyeux. Elle lui demanda s'il aimait bien les pommes et il fit une petite moue, n'ayant jamais compris pourquoi les adultes se sentaient toujours obligés de lui demander s'il aimait bien les fruits ou les légumes, de toute façon, on lui en faisait manger, il n'avait pas le choix. Attendant à l'étalage, il regarda les gens qui passaient autour d'eux, d'un regard curieux. Un monsieur avait une très grande barbe comme le père Noël, toute blanche et un ventre rond, aussi. C'était peut-être le vrai père Noël ! Il jouait de la flûte ? Il était en train d'en acheter une en bois, soufflant dedans quelques notes. Peut-être qu'il s'ennuyait au pôle Nord, quand ce n'était pas Noël, alors il jouait de la flûte aux lutins pour les occuper. Les lutins chantaient donc ils devaient aimer la musique.

Il regarda d'autres personnes, après suivit du regard papa Noël qui partait avec sa flûte et se perdait dans la foule. Tombant alors sur une autre dame, il fronça un peu les sourcils en se demandant où il l'avait déjà vu. La mémoire lui revint une ou deux minutes plus tard et il fila aussitôt vers elle, plantant sa grande sœur avec la grosse dame qui lui faisait payer ses courses, s'arrêtant devant la dame blonde. Si si, il la connaissait ! C'était elle qui l'avait vu là-bas, dans la grande école qu'il ne fallait pas approcher, avec sa sœur. Il lui demanda confirmation, voulant savoir si elle était vraiment la dame de la grande école, avec de grands yeux emplis de curiosité, car elle était différente de la dame dont il se souvenait. Il regarda ses yeux bleus, s'amusant à la comparer en tous points avec Céleste, passant de la couleur des yeux à celle des cheveux, de la teinte de la peau à la façon de s'habiller, puis à celle de se tenir. Céleste n'était pas pareille, ses cheveux étaient foncés et Lucas pouvait fourrer son nez dedans pour sentir l'odeur du savon quand il venait dans son lit le dimanche matin pour avoir un câlin, restant accroché à elle jusqu'à ce que ce soit l'heure de manger le petit-déjeuner et réclamant souvent une histoire. C'était un petit rituel, étant donné qu'il ne pouvait plus le faire avec Alexis, comme il ne dormait plus dans la même chambre que lui.

– Si tu veux, oui, répondit-elle d'un ton un peu fatigué.

– C'est vos bébés ?

Il se rapprocha de la poussette en posant un regard curieux sur les bébés, assis dans la poussette et attachés, avec des petits chapeaux contre le soleil. Eh, c'était rigolo, ils avaient les mêmes yeux, tous les deux ! Vraiment les mêmes, bleus clairs avec de longs cils tous fins. Il se pencha un peu, les mains accrochées aux rebords de la poussette, éclatant de rire lorsque la petite fille tendit la main pour lui prendre le nez. Il lui fit un bisou sur le front, en donnant ensuite un autre à son frère. Chez lui, maman gardait parfois des bébés et des petits enfants et il avait toujours pu jouer avec eux, adorant ça. Il remarqua à peine Céleste arriver derrière lui en courant, tout occupé à jouer avec les jumeaux. Il tendait sa main et ils essayaient de l'attraper, serrer ses doigts dans leurs mains encore toutes petites. S'ils s'asseyaient, ils pouvaient aussi se déplacer à quatre pattes ou pas encore ? Comment on apprenait à un bébé à marcher ? Il sourit aux petits, remettant en place la fleur qu'avait la petite dans ses cheveux. Ils s'appelaient comment ? Il releva la tête pour demander à leur maman, refermant un peu la bouche en voyant son air. Elle était malade ? L'autre madame blonde souriait, elle, ce qui le réconforta, ça voulait dire que ce n'était pas de sa faute si la maman de la grande école là-bas n'était pas bien.

– Quel est ton prénom, mon petit ? Demanda-t-elle au petit garçon avec un sourire attendri. Tu aimes bien jouer avec les tous-petits ? Je ne t'avais encore jamais vu, tu viens d'arriver à Gray ?

– Je m'appelle Lucas ! dit-il en lui rendant son sourire. Je viens d'arriver au village avec ma sœur. Avant, je vivais avec papa et maman dans une ville grande, comme ça.

Il écarta les mains avec un air perplexe, cherchant comment leur faire comprendre que la ville était très grande. C'était très grand, voilà, grand comme... Heu... Il ne savait pas comment le dire. IL baissa alors les mains et raconta à la dame que sa maman gardait parfois des petits et qu'il pouvait jouer avec eux, quand il n'était pas à l'école. Il ajouta que parfois, il pouvait même prendre les bébés dans ses bras pour leur donner le biberon, maman le faisait asseoir dans un fauteuil d'abord puis installait le petit contre lui pour qu'il le tienne bien et après il pouvait le faire boire. C'était lourd, un bébé, finalement, il n'aurait pas réussi à les porter en étant debout. Il reporta son regard sur la dame de l'école, étonné en voyant la tête qu'elle avait, papa lui avait toujours raconté que ceux qui avaient de grands cernes comme ça étaient malades ou souffraient de troubles du sommeil, et qu'il fallait consulter un docteur.

– Vous êtes malade ?

– Fatiguée, ce n'est rien.

Elle avait répondu d'un ton assez froid, ce qui fit reculer Lucas en croyant qu'il avait fait une bêtise. Il n'avait rien fait ! Elle ne voulait pas qu'on lui pose la question, c'était défendu ? Il porta une main à sa bouche avec un air un peu effrayé, sursautant quand sa sœur l'entoura de ses bras. Il attrapa sa main comme un doudou pour la serrer contre lui, bien décidé à ne plus bouger d'un pouce. Cherchant à détourner l'attention, il leva le nez vers la seconde dame qui lui avait parlé, curieux.

– Pourquoi vous achetez des fleurs, c'est pour votre maison ?

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Isabelle Robin
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Âge RPG : 37 ans

MessageSujet: Re: Une journée au village   Lun 4 Avr - 15:06

– Je m'appelle Lucas ! dit-il en lui rendant son sourire. Je viens d'arriver au village avec ma sœur. Avant, je vivais avec papa et maman dans une ville grande, comme ça.

Isabelle sourit doucement lorsqu'il tenta de montrer la grandeur de la maison avec ses bras. Adorable, cet enfant. Donc mademoiselle Dumoulin était sa sœur ? Isabelle échangea un regard avec elle, lui souriant. Elle avait trouvé la jeune femme assez agréable, lorsqu'elles avaient discutées en juin, quoi qu'un peu sombre et renfermée. Ce ne devait pas être très facile de garder n enfant de cet âge lorsqu'on n'en avait jamais eu à élever ou garder sur de longues périodes, être mère s'apprenait sur le tas et ce n'était pas simple. Le petit Lucas s'était lancé, expliquant que sa mère gardait parfois des enfant set qu'il pouvait jouer avec eux, parfois leur donner le biberon. Isabelle l'écoutait sans l'interrompre, assez amusée. Les enfants et leur innocence, ils pouvaient parler si aisément à de parfaits inconnus alors que les adultes étaient d'office méfiants et sur leurs gardes. Enfin, elle faisait sans doute une généralité, ayant l'habitude de côtoyer des personnes plus méfiantes que de coutume. Le petit garçon s'interrompit au bout d'un petit moment, reprenant son souffle. Il regardait la générale, à présent, avec de grands yeux étonnés. Oh, allons. Elle n'avait pas une très bonne mine, c'est vrai, mais il ne devait pas être effrayé ou inquiet, la jeune femme était solide. Elle avait traversé bien des dégâts et s'était toujours relevée, ça ne sera pas différent cette fois-ci, elle s'en remettra. Isabelle la respectait beaucoup, heureuse d'avoir rencontré, enfin, une autre femme aussi à l'aise qu'elle dans l'univers très masculin et difficile de l'armée. Une femme pouvait être aussi compétente qu'un homme dans ce milieu, elles y avaient leur place.

– Vous êtes malade ?

– Fatiguée, ce n'est rien.

Elle avait plus sèche et froide, ce qui effraya apparemment le petit garçon qui recula aussitôt dans les jupes de sa grande sœur. Oh, il était plutôt impressionnable, cet enfant, la générale n'avait rien dit de méchant. La jeune Céleste l'avait aussitôt entouré de ses bras pour le câliner, semblant elle aussi très peu à l'aise. Certaines rumeurs étaient donc vraies, leur générale intimidait beaucoup de personnes, au village et dans cette école. Isabelle trouvait cela étrange, les personnes au caractère fort attiraient plutôt le respect, au lieu de la crainte, d'ordinaire. En tout cas, elle-même se sentait bien plus rassurée lorsqu'elle était sous les ordres d'un officier sachant très bien ce qu'il faisait et capable de mener son équipe d'une poigne de fer. La discipline ne l'avait jamais dérangée, elle aimait avoir un cadre et connaître précisément les objectifs à atteindre, afin d'être le plus efficace possible. Certaines personnes étaient faites pour diriger et les suivre devrait être naturel pour tout le monde, quoi de plus logique de se rassembler derrière ceux capables de vous encourager et de bous pousser à atteindre vos buts ?

– Pourquoi vous achetez des fleurs, c'est pour votre maison ?

– Non, pas vraiment, je réfléchis à une décoration simple pour mon mariage.

Tournant la tête vers sa supérieure hiérarchique, elle ne put s'empêcher de lui demander à son tour si elle allait bien, en la voyant se frotter les yeux. Elle hocha la tête avec un "Oui, merci" très rapide et un ton plus bas. Tout de même, elle était très fatiguée. Ils pouvaient se poser un peu, non ? C'était samedi, jour de marché, il faisait beau, autant en profiter. La lieutenant proposa donc qu'ils aillent tous se poser un peu, pour profiter du soleil. Elle les entraîna vers la terrasse d'un café de la place, où pas mal de monde était déjà installé, grâce à l'animation fournie par le marché. Un serveur affairé vint prendre leurs commandes, à peine installés. La générale était penchée sur le landau, faisant boire de l'eau au biberon aux jumeaux. Pendant ce temps, Isabelle répondait à Lucas, qui lui avait demandé d'un ton enthousiaste si elle allait avoir une longue robe blanche comme la robe à sa maman qu'il avait vu dans un placard. Marcher avec ça l'angoissait par avance, bien qu'elle fasse mine de rien. Surtout devant tout le monde ! Elle devra s'entraîner avant pour être bien certaine de ne pas se casser la figure, un peu jalouse du colonel qui lui avait simplement besoin d'enfiler son uniforme d'apparat. La générale prit son fils contre elle pour lui essuyer la bouche puis lui faire grignoter un biscuit, toujours très pâle. Isabelle se proposa pour donner l'autre biscuit à la petite, comme elle était encore assez fatiguée pour ne pas pouvoir le donner aux deux à la fois. Prenant la petite Aurore, elle lui dédia un large sourire, attendrie.

– Ils ont tout juste sept mois, c'est cela ?

– A peine, oui, murmura-t-elle, tête penchée sur son fils.

Et ils étaient adorables. Isabelle était aussi contente qu'une petite fille en donnant le biscuit à mâchouiller, plus que grignoter, à la fillette, qui testait ses trois dents dessus. Lucas était à nouveau penché pour les regarder, apparemment fasciné par les tous-petits.

– Voilà longtemps que vous installée à Gray avec votre frère ? demanda-t-elle. La rentrée a dû être un peu agitée, j'espère que tout se passe bien pour vous. Vous avez réorganisé votre vie ?

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Une journée au village   Jeu 28 Avr - 23:02

Lucas – Je m'appelle Lucas ! dit-il en lui rendant son sourire. Je viens d'arriver au village avec ma sœur. Avant, je vivais avec papa et maman dans une ville grande, comme ça.

Céleste eut un sourire attendri, ne résistant jamais à l’enthousiasme de son frère et à sa bonne humeur. Il avait perdu ses parents, avait dû changer de ville et perdu ses amis et, pourtant, il était souriant. D’un côté, elle avait l’impression qu’il déteignait sur elle, il lui donnait vraiment envie de s’occuper de lui et l’empêchait de ruminer dans son coin lorsqu’elle repensait à leurs parents et à sa sœur. Et dire qu’ils n’avaient rien dit à Lucas… Mais Cyprien avait raison. Céleste ne pouvait pas lui dire, pas maintenant, pas aussi tôt. Elle vit Isabelle lui sourire, la militaire avec laquelle elle avait discuté après sa « dispute » avec Sarah, et lui sourit également faiblement tandis que Lucas expliquait avec animation ce que leur mère faisait lorsqu’elle gardait des enfants. Cela lui faisait toujours un petit pincement au cœur mais son frère avait besoin d’en parler. Elle-même avait évité le sujet avec Cyprien, ne voulant pas lui imposer une discussion délicate alors qu’il n’était pas tout à fait remis de sa rupture avec Gabriella. C’était… une situation particulière, voilà tout.

Comme ici. La directrice avait l’air plus fatiguée que jamais, complètement épuisée, vidée, et Lucas la regardait avec de gros yeux étonnés. C’est vrai qu’elle n’avait pas bonne mine. Leurs parents, lorsque Céleste était toute petite, leur répétaient souvent qu’elles se faisaient prendre à cause de leurs cernes sous les yeux lorsqu’elles avaient fait nuit blanche. Que ce n’était pas bien, qu’elles devaient dormir, se reposer. Prendre soin d’elles. A première vue, ils n’avaient jamais cessé de donner ces conseils et de prononcer des paroles similaires puisque l’état de Gabriella choquait son frère. La jeune professeure avait vu le déclin, elle n’avait jamais eu peur de sa supérieure et l’avait donc vue au réveil, lorsqu’elle tenait encore bien debout, à son mariage. Elle avait vu sa santé décliner, comme tous ceux qui la côtoyaient régulièrement. Aujourd’hui, Céleste l’évitait par culpabilité. Pas à cause de son don, non, elle avait appris à connaître les sujets sensibles, mais ce qu’elle lui avait fait avec Cyprien était comme… un genre de trahison alors qu’elle l’avait accueillie.

Lucas – Vous êtes malade ?

Directrice – Fatiguée, ce n’est rien.

Rien… Non, vraiment rien, juste une fatigue physique due à une lutte acharnée d’une année entière. Mais, effectivement, ce n’était rien. Céleste se retint de faire un commentaire, sentant soudain un petit corps se heurter contre elle. Par réflexe, elle avait refermé les siens en guise de protection et constata, en même temps, que Lucas venait de se reculer, ayant apparemment pris peur. Oh… Elle chercha à le rassurer, lui souriant et le serrant un peu plus fort contre elle pour qu’il se calme. Ce n’était pas de sa faute, c’était une question d’habitude. Elle-même n’avait que très peu remarqué le ton plutôt sec et froid avec lequel Gabriella avait répondu, s’y étant habituée depuis le temps. Son frère attrapa alors sa main, la serrant dans la sienne tout en restant bien à côté d’elle. Bon, d’accord, il allait rester collé à elle jusqu’à ce qu’ils rentrent. Elle n’était pas très à l’aise, loin de là, mais n’avait pas peur pour autant.

Lucas – Pourquoi vous achetez des fleurs, c'est pour votre maison ?

Isabelle – Non, pas vraiment, je réfléchis à une décoration simple pour mon mariage.

Oh, elle se mariait ? Céleste allait la féliciter lorsque le lieutenant demanda à Gabriella si elle allait bien même si c’était parfaitement inutile. Oui, elle était fatiguée, mais jamais elle n’avouerait qu’elle se sentait moins bien. Pas ici, en tout cas. Il y avait le marché autour d’eux, le « gros marché du samedi » comme la jeune professeure l’appelait souvent avec son frère, et rien que toute cette agitation devait épuiser la directrice. Isabelle proposa d’aller s’installer à une terrasse, ce qui était une très bonne idée et un bon prétexte pour se reposer un peu, donner l’occasion à Gabriella de souffler sans avoir à montrer qu’elle allait bien. Non pas que l’idée de s’incruster ainsi avec le lieutenant et la directrice lui plaisait, mais Céleste ne voulait pas refuser ce moment « détente » à Lucas comme il semblait être aux anges avec les jumeaux. Elle suivit donc la militaire et sa supérieure, tenant fermement la main de son frère dans la sienne pour qu’il ne s’échappe plus comme il venait de le faire tout en portant les courses de sa main libre.

Ils trouvèrent une table libre à une terrasse tout près du marché, bien remplie aujourd’hui grâce à l’animation hebdomadaire. Céleste lança un petit regard à Isabelle, se souvenant du scandale fait par le serveur dans un des cafés de Gray à sa sortie de l’hôpital. Depuis, elle avait évité ce café et en avait parlé le plus négativement possible pour qu’il ouvre un peu les yeux, même si c’était stupide et sans doute inutile. Désolée mais elle n’aimait pas la discrimination. Les militaires agissaient et se dissimulaient derrière les ordres, oui, mais certains se battaient pour eux. Céleste baissa la tête sur Lucas qui venait de demander à Isabelle si elle allait avoir une longue robe blanche, comme celle de leur mère dans un placard, ce qui étira les lèvres de la jeune professeure en un sourire mi-triste, mi-attendri. Le serveur venait seulement de prendre leurs commandes, elle devait profiter et souffler malgré le malaise qu’elle ressentait à être ici. La directrice était juste là, à côté ! Avec ses enfants dont elle s’occupait, dont Lucas était complètement mordu d’ailleurs, comme le lieutenant. Pourtant, à la regarder ainsi, elle ressemblait à une mère normale. Gabriella avait son fils dans ses bras, s’en souciait, s’en occupait vraiment… Ce n’était pas de la peur, non. Seulement de la culpabilité.

Isabelle – Ils ont tout juste sept mois, c'est cela ?

Directrice – A peine, oui, murmura-t-elle, tête penchée sur son fils.

Isabelle donnait à manger à la petite Aurore pendant que Gabriella s’occupait de Julien, Lucas penché au-dessus d’eux avec un air fasciné. Il aimait les enfants, lui, leurs parents avaient dû laisser des traces puisque leur mère en gardait régulièrement. Des enfants… Céleste les contempla un moment, silencieuse, songeant à la demande de Cyprien. Il en voulait, il le lui avait dit et elle comprenait son désir. Elle ne pouvait le lui refuser, surtout depuis qu’ils avaient appris que son ex-femme était effectivement enceinte d’Auguste là où lui-même avait toujours reçu une réponse négative. Ce n’était pas un « d’accord » pour lui faire plaisir, non, elle… en voulait aussi. Mais elle avait peur. Avec ce qui se passait, avec son don, Lucas, les élèves… C’était trop, voilà tout. Il lui fallait un peu de temps.

Isabelle – Voilà longtemps que vous installée à Gray avec votre frère ? demanda-t-elle. La rentrée a dû être un peu agitée, j'espère que tout se passe bien pour vous. Vous avez réorganisé votre vie ?

Céleste – Plus ou moins… Nous sommes ici depuis le début du mois d’août, j’ai pris un appartement dans le village pour que Lucas ne soit pas obligé de loger à l’école, grâce à vous, dit-elle en se tournant vers Gabriella en s’efforçant de sourire. Et pour qu’il puisse voir d’autres personnes de son âge. Mais nous ne sommes ensemble que depuis juillet.

Pour la suite de sa question, par contre, c’était vraiment trop délicat. Si elle avait réorganisé sa vie… C’était un bien grand mot, elle était avec Cyprien, s’occupait de son frère, ils prévoyaient d’avoir un ou des enfants, oui. Mais ce n’était pas vraiment avoir « réorganisé sa vie », elle devait surtout s’adapter. Elle ne pouvait pas abandonner son frère, même si elle n’en avait découvert l’existence qu’au mois de juillet. Avant cela, ils ne se connaissaient pas, ne s’étaient jamais vus, lui-même pensant être fils unique sans aucun doute. Le serveur revint, pile à ce moment-là, avec un plateau chargé des boissons qu’ils avaient commandées quelques minutes plus tôt, repartant aussitôt pour aller servir d’autres clients. Wow, samedi chargé, apparemment. Tant mieux pour ce café, Gray en avait bien besoin pour remonter la pente actuellement avec les événements survenus en juin. Céleste but une gorgée de café après y avoir ajouté un peu de sucre et répondit enfin à la question d’Isabelle, quoi que très évasive à certains niveaux. Elle passa sa main dans les cheveux de Lucas avec un petit sourire, l’embrassant sur le sommet du crâne avant de tourner la tête vers le lieutenant.

Céleste – C’est sûr que voir arriver un petit frère chamboule tout mais je n’allais pas le laisser tout seul, et puis, maintenant, je pense que ça ferait un gros vide. Le plus délicat a été de trouver une école, un rythme de vie à deux… Mais je pense qu’on s’en sort bien. Et puis, j’ai des amis qui m’ont aidée à m’adapter et qui viennent à l’appartement lorsque j’en ai besoin.

« Amis »… Plus ou moins. Pour l’instant, elle avait surtout compté sur Cyprien et Estelle qui lui avaient été d’un grand secours au moment où Lucas avait déboulé dans sa vie. Sa collègue, bien qu’au courant de ce qui se passait avec son don, était une amie sur qui Céleste pouvait compter même si elle n’osait pas trop lui parler pour l’instant. Par peur de se faire envoyer balader, de se faire hurler dessus, de se prendre un savon, et un vrai, cette fois. Si l’ancien directeur n’avait pas été son professeur et si Cyprien et Lucas n’habitaient pas avec elle, elle se serait sans doute laissée aller. Seulement, ici, c’était différent. Définitivement, c’était un terrain trop glissant pour l’instant. La jeune professeure chercha un autre sujet de discussion, réfléchissant un court instant.

Céleste – Si tu nous racontais tes journées à l’école et qui sont tes nouveaux amis ? demanda-t-elle en se tournant vers son frère avec un petit sourire. Moi, je sais ce que tu m’as dit, mais tu peux leur raconter. Tu peux même leur dire si je cuisine mal ou si quelque chose ne te plaît pas.

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Lucas Dumoulin
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MessageSujet: Re: Une journée au village   Mer 25 Mai - 13:32

– Non, pas vraiment, je réfléchis à une décoration simple pour mon mariage.

Elle allait se marier ? Lucas eut aussitôt les yeux brillant d’étoiles, imaginant une grande église avec des cierges allumés partout et de la musique d’orgue, avec la dame en longue robe blanche, marchant en se tenant au bras de son père, allant vers son mari qui aura aussi un beau costume et une fleur blanche accrochée au revers de sa veste, comme il avait vu sur la photo de mariage de papa, puis ils se tiendront la main et se diront oui devant le prêtre, puis il y aura une très grande fête et de la musique, tout le monde dansera et les invités pourront manger des dragées avant de s’amuser tous ensemble. Lucas avait assisté à deux mariages et il avait toujours adoré ça, les enfants étaient placés tous ensemble à une table rien que pour eux, ils avaient des bonbons et du chocolat puis ils pouvaient courir et jouer toute la journée sans que personne ne les gronde, sauf s’ils faisaient des bêtises, et sans qu’on en vienne leur dire d’arrêter pour faire leurs devoirs. En plus, ils pouvaient courir partout et allait faire des bisous à la mariée, ils pouvaient manger avant les adultes car eux traînaient lors de l’apéritif et il y avait toujours des occasions de s’amuser. En plus, la mariée était toujours très jolie, avec ces robes très blanches et des rubans partout.

Suivant tout le monde, il vit qu’ils allaient s’asseoir à la terrasse d’un café, où il y avait déjà beaucoup de clients. Luca tira un peu sur la manche de la dame pour lui demander si elle aura bien une longue robe blanche très belle, comme celle qu’il avait vu dans le placard de la chambre de ses parents.Il fallait aussi qu’elle ait une coiffure et du maquillage, comme les deux mariées qu’il avait vu, même qu’il y avait au moins trois autres femmes qui venaient chez elle avant la cérémonie pour l’aider à se préparer et pour la maquiller. Maman lui avait expliqué qu’une jeune fille ne devient femme que lorsqu’elle prend un époux et devient ensuite mère, avant cela, elle reste fille. Lucas n’avait pas très bien compris encore la différence entre une fille et une femme… La sœur la plus âgée d’une copine s’était mariée, elle était « devenue une femme » selon sa copine, pourtant, elle avait toujours la même tête et le même comportement que lorsqu’elle était juste une fille. Donc c’était bizarre de faire la différence. Chassant cette idée de sa tête, il se pencha plutôt sur Aurore pour lui faire des grimaces et essayer de la faire rire. Elle avait des yeux tous bleus, comme le ciel.

– Ils ont tout juste sept mois, c'est cela ?

– A peine, oui, murmura-t-elle, tête penchée sur son fils.

C’est à quel âge qu’on commençait à parler et à marcher ? Il tendit le doigt pour chatouiller la joue d’Aurore puis remettre bien son petit chapeau pour la protéger du soleil. Il aurait bien aimé avoir une petite sœur ! Il l’aurait protégée de tous les grands qui voudront l’embêter, l’aurait emmenée se promener partout en lui tenant la main puis ils auraient joués à des jeux, tous les deux, le soir avant d‘aller dormir. Il lui aurait fait découvrir plein d’histoires qu’il adorait, puis il en aurait inventé pour elle. Oui, ça aurait été génial, c’était dommage. Mais si grande sœur avait un bébé, il aura de jouer avec lui aussi ? Une fille, ce serait bien, c’était mieux les petites sœurs car on pouvait les protéger et jouer avec elles.

– Voilà longtemps que vous installée à Gray avec votre frère ? demanda-t-elle. La rentrée a dû être un peu agitée, j'espère que tout se passe bien pour vous. Vous avez réorganisé votre vie ?

– Plus ou moins… Nous sommes ici depuis le début du mois d’août, j’ai pris un appartement dans le village pour que Lucas ne soit pas obligé de loger à l’école, grâce à vous, dit-elle en se tournant vers Gabriella en s’efforçant de sourire. Et pour qu’il puisse voir d’autres personnes de son âge. Mais nous ne sommes ensemble que depuis juillet.

Lucas n’écoutait que d’une oreille distraite, mettant son petit doigt dans la main d’Aurore qui le serra puis le leva un peu. Ce ne fut que l’arrivée devant lui d’un verre de jus d’orange qui l’incita à se redresser un peu sur sa chaise, buvant et sentant au même instant sa sœur l’embrasser sur la tête et lui caresser les cheveux. Il avait quelque chose de bien ? N’ayant pas vraiment suivi, il serait incapable de le dire, d’autant plus qu’il n’avait agi d’en aucune façon sinon en jouant avec la petite et en buvant son jus d’orange. Il aimerait bien voir plus souvent des tous-petits, il avait toujours adoré les faire jouer. Les petits jouaient avec tout le monde sans voir les différences des uns et des autres, c’était magique, il n’y avait pas besoin d’avoir peur avec eux. Reposant son verre, il s’intéressa de nouveau à la petite et à son frère, en se demandant s’il aura le droit de les prendre dans ses bras. Un petit peu de temps ? Il était bien assis alors il ne pourra pas les faire tomber ou les blesser, en plus de ça, il fera très attention, c’était promis. Est-ce que la directrice de la grande école acceptera ?

– C’est sûr que voir arriver un petit frère chamboule tout mais je n’allais pas le laisser tout seul, et puis, maintenant, je pense que ça ferait un gros vide. Le plus délicat a été de trouver une école, un rythme de vie à deux… Mais je pense qu’on s’en sort bien. Et puis, j’ai des amis qui m’ont aidée à m’adapter et qui viennent à l’appartement lorsque j’en ai besoin.

Le petit garçon renversa un petit peu de jus d’orange sur lui en toussant lorsqu’il avala de travers, s’essuyant la bouche puis son pull, avec une petite moue. D’habitude, c’était le matin qu’il renversait son lait sur lui parce qu’il avait du mal à se réveiller. De toute façon, maintenant que grand frère n’était plus avec lui le matin pour le réveiller, ce n’était pas drôle, il ne pouvait plus sauter dans ses bras ni avoir un câlin ou lui raconter de quoi il avait rêvé à table. Il voudrait qu’il puisse venir dormir à la maison le week-end, mais pour sa sœur, Alexis était « juste un de ses élèves ». C’était injuste, même si c’était juste un élève pour elle, c’était un grand frère pour lui. Il le voyait parfois le samedi en journée mais ce n’était pas pareil que de réveiller dans la même chambre le matin.

– Si tu nous racontais tes journées à l’école et qui sont tes nouveaux amis ? demanda-t-elle en se tournant vers son frère avec un petit sourire. Moi, je sais ce que tu m’as dit, mais tu peux leur raconter. Tu peux même leur dire si je cuisine mal ou si quelque chose ne te plaît pas.

– Je n’aime pas l’école, les autres enfants se moquent de moi car je n’ai pas de parents et que j’ai un don qui vient de naître.

Il avala le reste de son verre puis le reposa sur la table, se frottant les mains avec un petit mouchoir propre avant de s’intéresser de nouveaux aux bébés. Eux aussi allaient avoir un don, non ? Si leur maman en avait un ? Quand ils seront plus grands, il voudra jouer avec eux aussi.

– Et vous, c’est quoi votre métier ? Vous allez vous marier avec qui ? Il y aura une très grande fête et tout ? Vous avez des frères et sœurs qui viendront ? Comment ça va se passer ?

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Isabelle Robin
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MessageSujet: Re: Une journée au village   Jeu 2 Juin - 17:15

– Plus ou moins… Nous sommes ici depuis le début du mois d’août, j’ai pris un appartement dans le village pour que Lucas ne soit pas obligé de loger à l’école, grâce à vous, dit-elle en se tournant vers Gabriella en s’efforçant de sourire. Et pour qu’il puisse voir d’autres personnes de son âge. Mais nous ne sommes ensemble que depuis juillet.

En quoi était-ce si mal ? D’autres profs avaient des enfants et les faisaient dormir au pensionnat, dans leurs appartements au cours de la semaine, rentrant ensuite le week-end chez eux pour être plus tranquilles. Le petit vivrait exactement de la même façon, comme les enfants des autres collègues. Isabelle allait le souligner puis s’interrompit lorsque le serveur revint, avec un air affairé, déposant du jus d’orange pour le petit et des cafés pour elles. Il repartit aussitôt avec son plateau chargé de boissons, accueillant au passage deux nouveaux clients qui allèrent s’installer à l’intérieur, chargés de sacs de course. Samedi chargé on dirait… La militaire ne venait pas souvent au village le samedi, elle passait surtout son temps libre à s’entraîner physiquement et mentalement, s’exercer au tir et s’occuper de ses papiers personnels pour tout ce qui relevait de l’administratif et autres paperasse à s’occuper pour les différentes administrations. Leur vie à la caserne était assez chargée, entre leur travail au quotidien et tout ce qu’ils devaient faire « autour », afin de rester en forme. Ils pouvaient être mobilisés à n’importe quel instant, même en pleine nuit ou durant leurs permissions, se laisser aller n’était tout simplement pas autorisé.

– C’est sûr que voir arriver un petit frère chamboule tout mais je n’allais pas le laisser tout seul, et puis, maintenant, je pense que ça ferait un gros vide. Le plus délicat a été de trouver une école, un rythme de vie à deux… Mais je pense qu’on s’en sort bien. Et puis, j’ai des amis qui m’ont aidée à m’adapter et qui viennent à l’appartement lorsque j’en ai besoin.

Elle avait dû vivre seule longtemps si l’adaptation s’était trouvée après quelques heurts… Isabelle avait un peu de mal à se représenter la vie en solitaire, ne l’ayant jamais connu. Elle avait grandi dans une famille nombreuse, puis avait vécu longtemps en dortoir avec d’autres femmes, à l’armée, et même une fois dans son propre petit appartement, elle déjeunait au réfectoire avec les autres plutôt que de manger seule chez elle. Un rythme qui allait être conservé, même mariée avec le colonel, la vie en communauté faisait maintenant parti intégrante de son âme, elle ne pourrait pas vivre sans cela, être toujours seule chez elle, ne sortir que pour les courses ou quelques activités et promenades. L’armée était dure, sexiste, pourtant, elle s’y sentait très bien. Souriante, elle repassa la petite Aurore à sa maman pour qu’elle puisse la rasseoir dans la poussette, tendant une serviette à Lucas lorsqu’il renversa un peu de jus d’orange sur son pull, toussant pour reprendre son souffle. Peut-être qu’Isabelle aura des enfants à s’occuper, un jour… Peut-être. Elle n’avait pas encore vraiment discuté avec Fabrice de la question, pas sérieusement du moins.

– Si tu nous racontais tes journées à l’école et qui sont tes nouveaux amis ? demanda-t-elle en se tournant vers son frère avec un petit sourire. Moi, je sais ce que tu m’as dit, mais tu peux leur raconter. Tu peux même leur dire si je cuisine mal ou si quelque chose ne te plaît pas.

– Je n’aime pas l’école, les autres enfants se moquent de moi car je n’ai pas de parents et que j’ai un don qui vient de naître.

Oh. Le lieutenant pinça un peu les lèvres, désespérant toujours de voir que l’intolérance vis-à-vis des porteurs de dons était toujours aussi vivace et violente. Les enfants, plus encore que les adultes, pouvaient être d’une cruauté sans précédent entre eux, car ils n’avaient pas conscience de la portée véritable des mots et du harcèlement. A ce niveau-là, ce sera à Céleste de rendre rendez-vous avec la maîtresse de son petit frère pour évoquer le problème et le traiter une bonne fois pour toute. Las, malgré toute la volonté des familles, on ne pouvait empêcher certaines choses.

– Et vous, c’est quoi votre métier ? Vous allez vous marier avec qui ? Il y aura une très grande fête et tout ? Vous avez des frères et sœurs qui viendront ? Comment ça va se passer ?

– Je travaille dans l’armée, en équipe, lui répondit-elle en espérant que cela ne le choque pas et oubliant volontairement de préciser qu’elle était sniper. Je vais me marier avec un membre de cet équipe, un homme que j’estime beaucoup et avec qui je travaille depuis une petit vingtaine d’années. Depuis la Grande Guerre où nous étions mobilisés tous les deux. On fera une petite fête à la caserne avec nos amis, oui.

Sans leurs familles respectives, Fabrice n’ayant plus que son père, – qui l’avait renié de toute façon, – et elle-même ne voyant plus les siens depuis qu’elle s’était engagée dans l’armée. Enfin peu importe, Isabelle ne rompra pas avec ce qu’elle est réellement pour le simple plaisir de ses parents ou la « réputation » de ses frères et sœurs. Ils pouvaient bien l’oublier définitivement si elles gênait tant que cela, plutôt que de se raccrocher à l’espoir impossible qu’elle change d’avis et devienne une bête femme a foyer. Isabelle donna le petit biscuit qui accompagnait le café à Lucas, à la fois pour détourner l’attention et lui faire penser à autre chose. Elle comprenait sa curiosité, c’était bien légitime à son âge, en revanche, même si on parlait d’un mariage, cela soulevait des paramètres qu’il n’était pas encore en âge de comprendre ou d’accepter. Buvant une longue gorgée de café, elle s’étira ensuite un peu, les muscles encore noués par un long entraînement très intensif, la veille au soir, avec leur nouvel instructeur. Un ancien des paras atterri ici elle ne savait comment et qui avait pris en main la salle de gym et ceux qui étaient dedans. Terrifiant.

– Je ne sais même pas encore qui nous allons inviter, en plus des amis proches, dit-elle en se massant un peu la nuque. On a juste ça à penser, le reste est déjà prêt, ce ne sera pas une grande fête, pas l’habitude de ça dans les casernes, ça reste exceptionnel. Surtout à Gray…

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Une journée au village   Dim 26 Juin - 18:33

Lucas – Je n’aime pas l’école, les autres enfants se moquent de moi car je n’ai pas de parents et que j’ai un don qui vient de naître.

… Céleste posa son regard sur son frère, un voile triste passant devant ses yeux. Elle ne pensait pas que c’était à ce point-là… Elle croyait qu’il éprouvait des difficultés à s’intégrer, qu’il était plus triste à cause du changement de ville, du départ d’Alexis et du deuil. Mais pas à cause de moqueries… C’était odieux ! Comment des enfants pouvaient-ils se moquer d’un autre enfant alors qu’il venait de perdre ses parents ?! Céleste serra le poing sur ses genoux pour se contenir, sentant de petites étincelles parcourir ses doigts. Elle n’aurait jamais imaginé cela il y a de cela quelques mois mais ce qu’elle venait d’apprendre la rendait furieuse. On ne s’en prenait pas à son frère ! Il n’avait que huit ans, bon sang ! La jeune femme se mordit les lèvres, se retenant à grand peine d’aller tout simplement trouver l’école sur-le-champ pour leur dire deux mots. Ce n’était pas pédagogique et c’était la pire réaction possible vu les circonstances, mieux valait aller trouver la directrice et la responsable de la classe de son frère pour leur en parler. Quitte à… les effrayer un peu s’ils ne réagissaient pas. Fini les gentillesses, il était hors de question de laisser passer cela. Même si Lucas n’avait pas l’air plus perturbé que ça, regardant les bébés et Isabelle comme si de rien n’était… Elle s’emportait trop vite ? Désolée.

Lucas – Et vous, c’est quoi votre métier ? Vous allez vous marier avec qui ? Il y aura une très grande fête et tout ? Vous avez des frères et sœurs qui viendront ? Comment ça va se passer ?

Isabelle – Je travaille dans l’armée, en équipe, lui répondit-elle. Je vais me marier avec un membre de cette équipe, un homme que j’estime beaucoup et avec qui je travaille depuis une petit vingtaine d’années. Depuis la Grande Guerre où nous étions mobilisés tous les deux. On fera une petite fête à la caserne avec nos amis, oui.

Céleste fit un petit sourire à Isabelle, heureuse d’entendre cela sans être étonnée de savoir qu’elle allait se marier avec un de ses coéquipiers. Petite, elle avait déjà entendu que les militaires se mariaient entre eux, lorsqu’il y avait des femmes dans l’unité en tout cas. Ce qui était déjà rare en soi. Mais, comme peu de personnes toléraient la présence d’une femme dans l’armée, ces dernières étaient peu nombreuses et incomprises. La place d’une femme était dans une maison propre, avec ses enfants, les tâches ménagères, la vie de famille… Certainement pas dans une caserne militaire avec une arme et un uniforme, encore moins avec un pantalon. C’était aussi pour cette raison que Gabriella était mal vue par la presse : elle dérogeait à toutes les règles de bonne conduite pour une femme. Cumulant le statut de directrice avec celui de générale d’armée, sans oublier les dons qu’elle possédait et sa tenue vestimentaire, tout chez elle provoquait autrui. C’était admirable, oui, mais dangereux. Si Céleste travaillait, elle respectait les codes vestimentaires, n’éprouvant pas du tout l’envie de se mettre en avant. Aider, oui, risquer la vie de ses proches… Non. Pas maintenant qu’elle venait de se découvrir un frère.

Isabelle prit le biscuit posé sur le sous-tasse accompagnant son café pour le donner à Lucas, avec ce même air bienveillant qu’elle lui connaissait dans ce contexte. Céleste l’avait déjà croisée au Pensionnat, par hasard, et en dehors aussi, mais toujours pendant son service avec son uniforme militaire. Buvant un peu de café à son tour, Céleste gardait un œil sur Lucas tout en regardant les clients assis aux alentours. Terrasse particulièrement bondée, aujourd’hui, tout comme l’intérieur du café qui commençait à se remplir sérieusement. Des familles, des amis, des adolescents, des enfants… Des bébés qui criaient, aussi. Certains commandaient déjà à manger, regardant souvent la petite horloge accrochée à l’intérieur du café ou sur la place. C’est vrai qu’ils étaient samedi, jour de marché… Eux-mêmes avaient acheté quelques courses, posées entre Céleste et Lucas, et prenaient le temps d’un café et d’un jus d’orange pour se reposer un peu, profiter du week-end. Rare moment où elle n’était pas au Pensionnat avec cette ambiance, cette tension de plus en plus omniprésente, ce danger… Elle avait besoin de respirer un peu, voilà tout. Cyprien lui-même semblait aller un petit peu mieux hors du Pensionnat, il était plus calme, enfin, comme avant. Elle retrouvait le meilleur ami qu’elle avait toujours connu, même s’ils réfléchissaient aux meilleures manières d’aider le Pensionnat et les élèves. Au fond, ils avaient besoin d’un endroit en dehors de l’école pour respirer et se motiver, aider au mieux les adolescents et prendre le plus de problèmes possibles pour qu’eux soient tranquilles.

Isabelle – Je ne sais même pas encore qui nous allons inviter, en plus des amis proches, dit-elle en se massant un peu la nuque. On a juste ça à penser, le reste est déjà prêt, ce ne sera pas une grande fête, pas l’habitude de ça dans les casernes, ça reste exceptionnel. Surtout à Gray…

Céleste – Justement…, commença-t-elle avec un sourire un peu triste. C’est exceptionnel, ici, surtout pour vous. Vu ce que vous devez voir tous les jours, en tant que militaires, je pense que vous, plus que quiconque, devez profiter de cette journée pour vous sortir de cette ambiance maussade et oppressante. Un mariage est l’occasion rêvée, même si ce n’est pas une grosse fête. Pers…

Céleste s’interrompit, lançant un regard très bref à Gabriella avant de le reporter sur son café. Elle était folle ! Parler de cela devant elle… Elle allait hurler, c’était certain. Ou… pas ? Si elle avait tourné la page, après tout ? Cyprien lui avait dit qu’elle s’était sûrement mise en couple avec Auguste, et plusieurs indices le prouvaient même s’il fallait le savoir pour les découvrir. Et si elle n’en avait rien à faire, après tout ? Mal à l’aise, oui, elle l’était vis-à-vis de la directrice. Mais il fallait bien qu’elle sache si le fait qu’ils soient ensemble, Cyprien et elle, dérange Gabriella ou non. Céleste releva la tête, regardant alternativement Isabelle et sa supérieure, tâchant de prendre un air détaché.

Céleste – Personnellement, je sais que nous n’éviterons pas de faire la fête parce que nous avons tous besoin de respirer un peu, le temps d’une soirée ou d’une journée. Enfin… Cela dépend de plusieurs facteurs et de la réaction de certaines personnes, mais les moments où on en a parlé ont montré que nous voulions respirer hors du Pensionnat. Seulement, comme vous, nous devrons réfléchir longtemps pour décider qui viendrait ou non. Je suppose que… Vos familles ne pourront pas être présentes, comme c’est à la caserne ?

Isabelle – Nous n'avons plus nos familles donc le problème est réglé d'office. Mais si nous en avions, elles pourraient entrer, il y a des partis habitations où les civils peuvent venir pour voir les membres de nos familles qui vivent en caserne avec nous.

Oh, vraiment ? Céleste osa un regard vers la directrice qui… semblait complètement blasée, comme si rien ne l’atteignait. Elle n’en avait rien à faire qu’elles… parlent de mariage ? Dont elle, avec Cyprien ? En soi, cela ne devrait même pas l’étonner, mais ils avaient stressé durant des semaines pour… rien, au final. Gabriella ne semblait pas plus touchée que cela, comme Cyprien le lui avait dit en débarquant, anéanti, chez elle après sa rupture. Mais cela voulait dire que des civils pouvaient être dans la caserne ? Et les enfants ? Les plus jeunes faisaient comment ? Ils n’avaient pas peur ? De plus, cela signifiait qu’ils vivaient constamment en caserne, sans possibilité de repos… Céleste prit une nouvelle gorgée de café, sentant le liquide chaud couler dans sa gorge tout en lui procurant un bien fou. Petite, elle était plutôt… jus d’orange, lait, tout ça. Mais les choses avaient changées avec le Pensionnat où elle devait travailler beaucoup pour avoir de bonnes notes.

Céleste – Et vous arrivez à souffler de temps en temps… ? J’ai voulu prendre un peu mes distances avec l’école en emménageant à côté pour pouvoir respirer et avoir les idées claires en y allant, afin de mieux aider ensuite. Mais je pense que ce sera le même genre de fête que vous, en plus élaboré, comme ma seule famille est à côté de moi. C’est aussi pour toi que j’ai voulu changer. Je me voyais mal t’obliger à vivre dans une école vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

La jeune professeure avait tourné la tête vers son frère, lui souriant en essayant d’être bienveillante. Il restait ce problème avec l’école, auquel elle n’avait pas osé répondre avant comme Isabelle l’avait devancée. Mais il pouvait compter sur elle ! Jamais elle ne laisserait quiconque lui faire de mal, elle le lui avait promis. Elle se tourna un peu vers Lucas, se penchant vers lui pour lui parler sur le ton de la confession, comme si elle lui disait un secret.

Céleste – Pour ce qui est de ceux qui t’ennuient à l’école, j’irai leur parler dès lundi pour régler le problème, je refuse qu’ils te fassent du mal. Et s’ils recommencent, tu m’en parles directement, ça marche ? Si tu es triste ou en colère, tu peux le dire, on ne va pas te juger. Pour ton don, souviens-toi de ce que je t’ai dit : ce n’est pas quelque chose de mal, tu n’as rien à te reprocher, ne laisse personne te dicter ta conduite. Regarde-nous, toutes les trois ! On ne devrait même pas travailler… Alors essaie de me faire confiance. Je pourrais même te laisser jouer un rôle important dans la fête de mariage quand on la fera, si tu veux ! Qu’est-ce que tu en dis ? Sauf s’il y a autre chose qui te dérange ? Isabelle peut même te donner de petits trucs pour te défendre.

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