1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 [Décembre 1921] Nouvel An

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Genji Nakajima
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Âge RPG : 16 ans

MessageSujet: [Décembre 1921] Nouvel An   Jeu 4 Fév - 22:38

Maman avait beaucoup crié, cet après-midi, mais les grands ne l'avaient pas laissé aller voir et abattre l'affreux qui était en train de faire du mal à sa mère, et ce n'était pas faute d'avoir essayé ! A chaque fois qu'il avait voulu courir vers sa maman, quelqu'un l'en avait empêché, puis sa grand-mère avait fini par le garder dans ses bras et lui dire de ne pas bouger et attendre, ce qui avait révolté le petit garçon de six ans. Attendre alors qu'on torturait sa maman ?! Jamais ! Il s'était donc tortillé dans tous les sens dans les bras de sa grand-mère, essayant de s'échapper pour aller aider maman, énervé que personne ne panique. Ce n'est qu'une heure plus tard que maman cria encore plus fort puisqu'il y eu d'autres cris juste après, plus aigus et sonores. Sur le moment, Genji n'avait rien compris, perdu et se demandant qui frappait qui, s'il y avait plusieurs agresseurs et si maman les avait tous massacrés. Grand-mère l'avait soulevé puis emmené, enfin, dans la chambre de papa et maman. Eh, il avait eu raison, maman était allongée ! Et papa tenait deux paquets blancs dans ses bras, qu'il déposa dans des couffins près de maman.

– Comment les avez-vous appelées ?

– Akane et Rina. Viens voir tes sœurs, Genji.

Mamie le déposa et il vint se pencher au-dessus des couffins, regardant les bébés qui s'y trouvaient, faisant la moue en voyant l'une d'elle qui bavait sur son menton. Pourquoi elles étaient aussi petites ? Il tendit la main pour toucher Rina et elle suça son doigt comme si elle tétait son biberon, le lui faisant retirer aussitôt. Maman les pris contre elle et il écarquilla les yeux en la voyant se mettre toute nue, en haut. Pourquoi elle devait faire ça ? Il la regarda, grimaçant en voyant ses sœurs téter à sa poitrine, ça devait lui faire très mal, ça. Elles étaient en train de manger sa maman ou il y avait un truc, en plus, qu'il ne voyait pas ? Il regarda un moment puis se releva pour grimper sur les genoux de son père puis s'accrocher à lui comme une huître à son rocher, regardant partout pour être bien certain qu'aucun agresseur ne pouvait toucher sa maman, maintenant. Il ne comprenait toujours pas pourquoi elle avait autant hurlé ni pourquoi personne n'était venu à son secours ni pourquoi on l'avait empêché lui d'aller l'aider. Et si l'affreux revenait ... ? Comment ils allaient se défendre ? Et ses sœurs, d'ailleurs... Elles étaient arrivées comment ? Maman ne les avait jamais eues avant, elle était un peu fatiguée, depuis longtemps, elle sortait moins. Genji se blottit un peu plus contre son père, en fermant les yeux, pendant que maman disait qu'elle était fatiguée. Donc elle était malade ? Il tira sur le col de son père pour attirer son attention, avec un air à la fois apeuré et convaincu.

– Il y a un agresseur dans la maison qui a fait crier maman, déclara-t-il.

Et fort, il l'avait entendu ! Hein maman ? Papa le serra plus fort contre lui, souriant comme lorsque Genji tâchait de lui décrire précisément quel monstre l'avait poursuivi dans ses rêves. Il avait bien le droit d'avoir peur, maman ne criait jamais, c'était toujours son père qui s'en chargeait, lorsqu'il avait fait une bêtise.

– Mais non, ne t'inquiète pas. Tout va bien, maman va bien aussi. D'accord ?

Il fit la moue, guère convaincu et bien décidé à monter la garde cette nuit. Au même moment, il y eut plus de bruit, plus loin dans la maison. Son père se leva en le soulevant et Genji fut pris d'un léger vertige en voyant le sol s'éloigner, s'accrochant à son père comme si sa vie en dépendait. Non, non, non, il n'aimait pas être trop en hauteur, ça lui faisait peur ! Il passa très vite les bras autour du cou de son père pour être bien certain qu'il ne le lâche pas par terre sans crier gare, fermant les yeux pendant le trajet pour ne pas voir le sol bouger. Puis en revenant dans le salon, il vit sa tante sauter dans les bras d'un homme qu'il n'avait jamais vu avant. Il porta un regard curieux mais prudent vers lui, pensant que c'était un ami de sa grand-mère. Mais grand-mère pleurait doucement. Une fois encore, il était perdu et personne ne lui expliquait. Il grimaça en voyant l'inconnu se rapprocher, encore moins rassuré. Il était gentil et méchant ? Et pourquoi tata lui avait sauté dessus ? Il se tortilla pour essayer de sauter des bras de son père, même s'il devait tomber par terre, tout en bas, puis courir retrouver maman. C'était haut, tout de même.

– C'est ton fils aîné ?

Genji essaya très sérieusement d'évaluer la distance qui le séparait du sol, en essayant de surmonter le vertige. Il ne savait qui était cet homme et il avait peur, partir d'ici était bien plus prudent. Comme après un cauchemar, il se cachait sous la couverture pour se protéger des monstres ou bien courait aller secouer son père à trois heures du matin pour qu'il vienne tous les chasser de sa chambre. Des fois, il voulait bien, et d'autres fois, il avait juste une réponse bizarre et des grognements puis maman le prenait entre eux dans leur lit en lui disant de dormir. Ils chassaient peut-être les monstres quand il se rendormait ou bien aucun monstre n'attaquait les grands. Papa resserra tout à coup sa prise sur lui, l'empêchant de trop gigoter, répondant oui à l'inconnu. Mais il voulait descendre !

– Genji ! Calme-toi, qu'est-ce qui se passe ?

– C'est qui ? bredouilla-t-il en désignant l'inconnu du doigt.

Pourquoi il venait chez eux aujourd'hui, pourquoi tata lui avait sauté dessus, pourquoi mamie avait pleuré ? Et pourquoi les grands ne lui expliquaient jamais rien ?! Lorsqu'il demandait certaines choses, on lui disait toujours qu'il était trop petit. Alors ça, déjà, ce n'était pas vrai, parce que depuis qu'il était né, et bien il ne faisait que grandir. Papa lui pris la main pour la lui abaisser, avec l'air du "tu vas être grondé". Qu'est-ce qu'il avait dit ?

– Genji, on ne montre pas les gens du doigt ! Combien de fois te l'ai-je répété ?

Le petit garçon fit la moue, sans rien dire. Papa rajouta ensuite que l'inconnu s'appelait Kimmitsu et qu'il était son oncle, nouvelle qui lui fit écarquiller les yeux. Il ne l'avait jamais vu et c'était son oncle ? Pourquoi il en l'avait jamais vu avant ? Tous ses oncles vivaient avec papa et maman, dans la maison ! Son père le relâcha après, le déposant au sol. Genji en profita pour filer, courir dans le couloir pour retrouver maman et ses petites sœurs. Il se glissa dans son lit contre elle puis put prendre ses sœurs dans ses bras, une à la fois, encerclé par les bras de maman qui lui montra comment faire. Elles étaient plus lourdes que prévues, il n'avait pas le droit de les tenir en étant debout, il devait rester assis. Il passa ainsi les deux heures suivantes à jouer avec les bébés et maman, avant que sa grand-mère ne vienne lui dire de retourner avec les autres, que sa mère était fatiguée et devait se reposer. Elle lui reprit la main, pendant qu'il faisait un signe d'au-revoir à sa maman, trouvant le salon assez agité. La famille avait l'air très contente que maman et ses petites sœurs soient fatiguées, c'était bizarre. Genji se faufila jusqu'à son père, dans son dos, s'agrippant à lui par l'épaule.

– Pourquoi il vit pas avec nous, il habite où ? chuchota-t-il.

– C'est... une longue histoire. Tu ne pourrais pas la comprendre maintenant, je t'expliquerai plus tard.

Genji le fixa avec des gros yeux, indigné qu'on ne lui explique jamais rien, qu'on ne lui dise jamais rien. Sa bouche se tordit dans une légère grimace et il fondit en larmes en hurlant qu'il ne prenait jamais de temps pour répondre à ses questions, que personne ne le faisait, que son père ne l'aimait pas et qu'il ne voulait même pas lui parler. Sa gorge se noua pendant que son père levait les yeux au ciel en soupirant "La crise de larmes...", lui frottant la tête. Il ne voulait jamais rien lui dire, c'était tout le temps la même chose. On l'envoyait plus loin pour pleins de conversations et parfois, il n'avait le droit de venir lorsque les grands discutaient.

– Ce n'est pas à moi de t'expliquer ça, il y a certaines choses qui ne regardent que les personnes en question. Tu es Genji, pas Kimmitsu, je suis ton père, donc pas Kimmitsu. Donc, ce n'est pas à moi de te le dire.

Ou bien il ne voulait rien lui dire parce qu'il pensait que Genji n'était pas capable d'écouter. Il jeta un coup d’œil à son oncle tout neuf, très perturbé de le voir là et d'admettre que c'était bien le frère de papa, convaincu à présent qu'en fait c'était un espion qui parcourait le monde pour récolter des renseignements dans tout plein de pays. Il renifla puis repoussa la main de son père pour aller se blottir dans le placard où il s'enfermait toujours en cas de crises, cachette qui n'en était pas vraiment une et à peine assez grande pour accueillir un enfant en bas âge. Il s'y accroupit puis s'y assit en tailleur au fond, remettant le lourd rideau devant l'entrée, restant dans le noir. Il y pleura un long moment avant d'essuyer ses larmes, sortant au bout d'un très long moment. Il allait faire noir dans peu de temps, c'était le soir, la maison était plus calme. Il trottina au hasard des couloirs, fatigué d'avoir pleuré, s'arrêtant à la salle où les grands s'entraînaient aux arts martiaux, parfois. Son oncle tout neuf était là, en tenue, occupé à défoncer littéralement papa et Munemori qui ne gardaient même plus leur équilibre. Genji ouvrit grand les yeux, regardant par la porte coulissante à peine entrouverte, subjugué. Maman lui avait cousu un kimono à sa taille pour qu'il commence à prendre des leçons, il en avait fait une ou deux.

– Vous vous ramollissez, tous les deux, soupira oncle nouveau.

Qu'est-ce que ça voulait dire, ramollissez ? C'était comme une maladie ou quelque chose de mauvais ? Il fronça légèrement les sourcils, regardant Munemori se relever en se frottant les côtes avec une grimace. S'il avait mal, c'est qu'il s'était ramollissez trop gravement, donc ce n'était pas bien, compris ! Son père souriait mais il avait aussi l'air ramollissez. Genji était tout fier d'avoir appris un nouveau mot, souriant aux anges.

– Ce n'est pas équitable, tu es professeur, toi.

– Et ça fait super mal, ce coup-là ! vas-y mollo, hein.

Genji observa la suite des manœuvres et le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'était pas brillant. Munemori et papa finirent le nez au sol ou écrasés par terre trop de fois pour qu'il puisse compter, sans que leur frère ne tombe une seule fois. L'image du père fort inébranlable en prenait un très sérieux coup, il n'arrivait pas à y croire. Il grimaça en voyant tonton se faire plaquer par terre puis papa se faire repousser d'un coup de coude dans les côtes puis d'un coup de pied exactement au même endroit. Ah, ça devait être douloureux, ça. Genji essaya de répéter certains mouvements en imitant ce qu'il voyait et finit lui-même par se casser la figure en perdant l'équilibre. Il se releva en se frottant le nez, un peu dépité, recommençant à observer et essayer de les imiter. Il était peut-être un peu ramollissez. Très concentré, il fit de son mieux pour suivre le rythme, bien que ça aille souvent trop vite pour lui. Papa fit tout à coup un petit vol plané très beau dans la salle, que Genji suivit avec de grands yeux ronds. Il tomba près de la porte et son fils pencha la tête pour vérifier qu'il était toujours vivant, parce que même s'il était méchant, c'était son papa, il ne voulait pas qu'on lui fasse du mal. Mais ça va, il bougeait.

– Tu dois parer, lança-t-il en passant un peu dans la salle, tout sourire à son papa par terre. C'est toi qui l'as dit la dernière fois ! Tu dois parer les coups pour ne pas tomber.

Il vint à quatre pattes près de lui pour poser une main sur son front, penché au-dessus de lui, et lui répéta qu'il lui avait dit ça, lors de la première leçon, qu'il fallait toujours parer les coups pour ne pas se faire envoyer au sol. Genji avait encore les traces de la crise de larmes sur la visage mais sa voix trahissait sa fierté de pouvoir retenir cette leçon, qu'il avait bien apprise. Munemori lança ensuite un "Il pense qu'on ne pare même pas...", sur un ton désespéré, qui fit entrouvrir la bouche au jeune enfant. Ah bon, ils se défendaient ? Son père se releva avec peine puis lui répondit d'aller plus loin, ce qui vexa Genji. Il le rejetait encore ! Il en eut de nouveau les larmes aux yeux mais fila se mettre contre un mur sans plus bouger. Croisant les bras, il fit la moue lorsque son père vint vers lui puis s'accroupit en le prenant par les épaules, demandant deux minutes à son frère. Il voulait sûrement le gronder encore.

– Ton oncle est plus... entraîné que nous. C'est pour éviter que tu te prennes un mauvais coup.

Ah, il ne le grondait pas ? Le petit garçon hocha la tête, restant silencieux durant le reste de la séance, suivant du regard les différents vols planés, chutes, glissades, plaquages et coups que prirent papa et Munemori tour à tour. De son point de vue, ils ne se défendaient toujours pas, leurs propres attaques ne faisaient rien. Munemori finit par crier "Stop, stop, stop ! J'abandonne !", alors qu'il était par terre sur le dos, en agitant les mains devant lui. Son oncle nouveau l'aida à se relever puis à se pousser sur le côté, près de Genji qui lui prit la main pour le réconforter. Il avait des bleus partout, ça se voyait, le kimono était assez ample pour ça. Il était trop ramollissez, c'était pour ça ! Il y a des bleus qui viraient au noir, aussi. Oncle nouveau demanda à son papa s'il abandonnait, lui aussi, ou s'ils continuaient. Il devrait arrêter comme il ne se souvenait plus comment parer. Mais non, il continua, pendant que Genji se demandait pourquoi il se défendait toujours pas. Oncle neuf le plaqua au sol cinq fois de suite avant de l'envoyer bouler à quatre mètres de là, sans sembler fatigué. Il l'avait juste retourné puis jeté comme ça.

Le petit garçon alla chercher en courant une petite serviette puis la trempa dans l'eau avant d'aller rejoindre son père puis lui frotter la figure avec énergie, persuadé qu'il allait s'évanouir, comme dans les histoires que maman lui lisait et où le héros s'évanouissait après un combat où il avait eu très mal. Papa abandonna l'exercice, comme Munemori, pendant que Genji s'appliquait à lui frotter les joues avec le chiffon mouillé. Oncle neuf vint le saisir par la main et l'épaule pour l'aider à se remettre debout, souriant, en lui disant qu'il manquait sérieusement d'entraînement. Genji suivit son père de très près, lui attrapant la main puis le poignet pour vérifier s'il avait des bleus aussi. Et oui, il en avait, maman n'allait pas être contente. Il ne le lâcha pas non plus en sortant de la salle d'entraînement, regardant partout autour de lui.

– J'ai des petites sœurs ! dit-il à Munemori, croyant qu'il n'était pas au courant ! Elles sont deux, tu les as vu ?

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Munemori Nakajima
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MessageSujet: Re: [Décembre 1921] Nouvel An   Lun 8 Fév - 0:29

Munemori eut juste le temps de voir un bout de plafond à la volée avant de s'écraser par terre, se cognant durement le nez contre le tatami, les yeux remplis d'étoiles. Aïïïïïïe... Il se retourna sur le côté en se frottant le torse avec une grimace de douleur, complètement sonné, clignant des yeux pour chasser les étoiles et retrouver ses esprits. C'était légal, comme coup, ça ?! Où leur frère avait appris ce truc ? Avec son ancien maître ou en France ? Josuke fit à son tour un petit vol plané, éjecté à deux mètres de leur frère, sans pouvoir se défendre. Ils s'entraînaient depuis... un quart d'heure ? Dix minutes ? Ils s'étaient jamais ramassés des gamelles un nombre incalculable de fois, d'autant plus que ni l'un ni l'autre ne s'entraînaient sérieusement depuis quelques mois, chacun pris par la vie professionnelle et privée, sans prendre le temps de vraiment se poser, continuer à progresser. Boarf, c'était ridicule. Il se redressa avec un peu de peine, tous les muscles en feu, dont certains dont il ne soupçonnait même pas l'existence. Bon, bon, on se reprend. Mais c'était injuste ! C'est Kimmitsu qui était censé être fatigué, avec le voyage et le décalage horaire. Au lieu de ça, il leur collait une raclée monumentale depuis le début.

– Vous vous ramollissez, tous les deux, soupira leur frère.

C'est ça, enfonce donc le couteau dans la plaie. Il se releva en grimaçant, se frottant un peu les côtes. Josuke, lui, souriait faiblement, alors qu'il ne tenait pas mieux debout que lui. Franchement, c'était ridicule ! Autrefois, c'était Kimmitsu le moins avancé d'eux trois en arts martiaux, même avec les cours qu'il prenait au village, tout comme eux. Et aujourd'hui, ils avaient vite réalisé qu'il avait complètement changé à ce niveau et pouvait leur mettre la rétamée du siècle. C'était... complètement ridicule.

– Ce n'est pas équitable, tu es professeur, toi.

– Et ça fait super mal, ce coup-là ! vas-y mollo, hein.

Bon, on se remet en place. Revoir Kimmitsu ici était très... étrange, en fait. Ils ne l'avaient plus revu depuis des années, gardant un contact peu régulier par téléphone ou lettres. Il n'était pas du genre à parler beaucoup de la vie qu'il menait en France, ils savaient juste qu'en ce moment, il travaillait dans un dojo à Lyon, qui venait d'ouvrir, s'adressant à des pratiquants ayant déjà une certaine expérience. Honnêtement, Munemori avait d'abord cru qu'il allait refuser de venir passer le Nouvel An ici. Il avait déjà refusé l'année précédente, car le voyage coûtait assez cher et qu'il venait de commencer un nouvel emploi, il bougeait beaucoup, visiblement. Cette année, il avait accepté avec réserve mais il avait accepté, au moins. Âgé de trente-deux ans, il n'avait plus rien du jeune frère encore assez naïf et souriant qu'ils avaient vu partir. Il avait un air beaucoup plus sérieux, lointain, qui perturbait Munemori. Et cette façon de changer si souvent d'emploi ! Que cherchait-il, au juste ? Il n'avait pas encore trouvé l'endroit où il se sentait à sa place ? Si c'était le cas, que voulait-il, que cherchait-il ? Il voudrait le savoir, car il avait l'impression que leur frère se fatiguait à rechercher sans cesse cet endroit.

Par la suite, il tenta tant bien que mal de mieux se débrouiller, parant avec les jambes, les genoux, les coudes, les mains, lâchant un hoquet lorsque son frère lui crocheta les jambes puis la plaqua au sol, envoyant bouler Josuke sans même se relever. Aaaah, ça aussi ça faisait mal ! Il pu se dégager avec une grimace, sentant qu'il lui faudra au moins deux jours avant que ses muscles cessent de crier grâce. Promis, il s'entraînera plus ! Il parvint à esquiver un coup mais Josuke s'en prit en plein dans les côtes, particulièrement fort, expulsé presque jusqu'à la porte. Ouch, ça va ? Il lui lança un regard un peu inquiet, devinant que c'était surtout son amour-propre qui avait dû en prendre une belle. C'est à ce moment qu'il remarqua que la porte était entrouverte et que Genji observait tout depuis toute à l'heure. Enfin, il aurait pu entrer et regarder en se mettant dans un coin ! Il commençait tout juste à effectuer ses premiers pas, dans ce monde, il en devait pas hésiter à venir observer. Avec ça, il devait être assez curieux de voir Kimmitsu, il ne l'avait absolument jamais rencontré. Munemori sourit doucement en voyant son air inquiet, alors qu'il regardait son père au sol. Il allait s'en remettre, ils auront tous les deux pas mal de bleus, à la fin de l'entraînement.

– Tu dois parer, lança-t-il en passant un peu dans la salle, tout sourire à son papa par terre. C'est toi qui l'as dit la dernière fois ! Tu dois parer les coups pour ne pas tomber.

Le petit se rapprocha à quatre pattes puis vint tapoter le front de son père en lui répétant ça, tout sourire. La bouche de Munemori se tordit en une grimace de désespoir alors qu'il lançait sur un ton désespéré que son neveu croyait vraiment qu'ils ne paraient même pas. L'humiliation suprême. Il lança un regard noir à Kimmitsu qui avait laissé échapper un très bref éclat de rire avant de poser une main sur sa bouche. N'en rajoute pas, toi ! Josuke se releva avec peine, lançant à son fils d'aller plus loin, comme ça, sèchement. Munemori soupira en secouant la tête, ahuri. Il était toujours comme ça, jamais un mot ou un geste de douceur ! Il était en train de sevrer son fils d'affection paternelle et ne le réalisait même pas, on jurerait revoir leur propre père. Il n'osa pas regarder Kimmitsu pour voir sa réaction, alors que Josuke se contentait de rattraper son fils et le tenir par les épaules, sans rien faire de plus, pour lui parler.

– Ton oncle est plus... entraîné que nous. C'est pour éviter que tu te prennes un mauvais coup.

Et un bisou pour le réconforter ... ? Non. Non, d'accord. Le jeune homme secoua la tête, reprenant ensuite l'entraînement, qui ne s'adoucit pas du tout. Après s'être fait plaquer au sol et éjecté sept fois de suite sans parvenir à rester debout plus de dix secondes d'affilée, il finit par jeter l'éponge en criant à moitié, ayant mal partout et incapable de poursuivre à ce rythme. Son frère l'aida à se relever et il alla s'asseoir tant bien que mal près de son neveu, qui lui prit la main. Roh, il était adorable. Munemori lui frotta la tête, regardant Josuke et Kimmitsu qui poursuivaient. C'était sans doute encore pire en face à face, leur frère ne retenait absolument pas ses coups, sans réaliser que Josuke avait lui aussi perdu du niveau par le manque d'entraînement. Il écarquilla les yeux en le voyant rattraper Josuke puis le retourner d'un coup en l'envoyant valser à un mètre de lui, sans sembler fournir un surplus d'effort. Ah, pas mal, il avait déjà vu souvent cette technique, sans l'apprendre lui-même. Genji avait bondi puis courut aller tremper une serviette pour rejoindre son père et la lui passer sur la figure, ce qui fit fondre Munemori en un seul instant. Il adorait les enfants, ce qui le frustrait d'autant plus lorsqu'il voyait Josuke ne pas montre de chaleur envers le sien.

Kimmitsu lui tendit la main pour l'aider à se redresser, lançant qu'il manquait d'entraînement. Alors ça, c'était certain, la raclée avait été complète. Ils sortirent de la salle d'entraînement, moulus et l'ego réduit en miettes. Bon, c'était fait, que plus personne ne s'amuse à leur rappeler ce charmant épisode, par pitié. Le repas du soir allait bientôt être prêt, il voulait interroger un peu plus Kimmitsu sur la vie qu'il menait en France. Il baissa la tête sur Genji en le voyant trottiner près de lui, le regard brillant.

– J'ai des petites sœurs ! dit-il à Munemori, croyant qu'il n'était pas au courant. Elles sont deux, tu les as vu ?

– Bien sûr, mon poussin, sourit-il en s'accroupissant pour être à sa hauteur. Elles sont très mignonnes, toutes les deux.

Il l'embrassa sur le front en le serrant contre lui, attendri. Se redressant, il lui suggéra d'aller retrouver le reste de la famille, le temps qu'ils se préparent pour manger. Le petit garçon hocha la tête et fila, pendant que son oncle se relevait. Kimmitsu le suivit du regard, affichant un air pensif, pendant que Munemori regardait leur frère aîné, soupirant très fort. Il n'avait même pas sorti un mot ou un geste lorsque son fils était venu le voir pour l'aider ! Même pas un sourire. Vraiment, c'était l'austérité, avec son fils, si Genji ne venait pas parfois de lui-même, il n'aurait droit à rien, sauf avec sa mère. Rentrant dans la salle de bain avec ses frères, il enleva son kimono, dans la pièce embuée par la vapeur, jetant un coup d’œil pour évaluer les dégâts. Ils étaient couverts de bleus, Kimmitsu n'en ayant qu'un ou deux. C'était... vexant. Enlevant le reste, il accrocha une serviette autour de sa taille, jetant un regard aigu à Josuke.

– T'es vraiment sec, avec Genji...

Il secoua un peu sa tignasse emmêlée, retenant un autre soupir lorsque Josuke afficha un air perdu. Kimmitsu s'était déjà assis, sans faire de commentaire, mais son air en disait long, il n'était pas étonné. Munemori, à défaut d'être étonné, en était assez agacé, très honnêtement. Il resserra un peu la serviette en la sentant lâche, prenant un savon dans les petits paniers, posés sur le meuble.

– Que veux-tu dire par là ? C'est normal que je réagisse comme cela, mon propre fils me dit de parer alors que c'était précisément ce que j'étais en train d'essayer de faire ! Puis je suis allé le trouver, après.

– De son point de vue, on se défendait même pas. Et tu ne le câlines jamais, ni rien... Tu n'es pas tendre pour un sou, avec lui. Franchement, tu n'as même pas réagi quand il a voulu t'aider, à la fin !

Certes, Munemori n'avait pas d'enfants, mais il savait comment réagir dans certains situations et était bien plus enclin à câliner un tout-petit, on a besoin d'affection et d'amour, à cet âge, ce n'était pas uniquement à leurs mères de leur en donner. Genji était le premier petit-enfant à naître, la famille ne demandait qu'à s'agrandir, leurs sœurs allaient très bientôt quitter la maison avec leurs époux, tout allait bien, il n'y avait aucune raison d'être aussi austère. Munemori s'assit à son tour, soupirant lorsque Jouske leva les yeux au ciel. D'accord, il ne voyait pas où était le problème.

– Tu exagères... Je l'ai pris dans mes bras, tout à l'heure. Puis je n'allais pas interrompre l'entraînement pour le câliner.

– Tu l'élèves comme nous avons été élevés, dit tout à coup Kimmitsu d'un ton très neutre. Pourquoi pas, c'est plutôt logique de suivre un modèle qu'on a observé.

Là, Munemori n'était pas certain que ce soit un compliment, étant donné la relation houleuse qui avait existé entre leur père et son troisième enfant. Il jeta un regard en coin à son petit frère, en pouvant déchiffre son expression, tout en se versant de l'eau sur les cheveux et le corps pour se laver, reprenant le savon entre ses mains.

– Quoi ? Mais non ! Tu dis n'importe quoi, vous n'avez pas de preuve. J'ai été un peu... piqué au vif tout à l'heure, c'est tout. Je ne l'élève pas comme notre père.

Munemori ne répondit pas, se contentant d'hausser les épaules. Jouske avait franchement beaucoup de mal, dès lors qu'on titillait son amour-propre. Kimmitsu avait juste marmonné "piqué au vif..." d'un ton choqué, très bas, sans rien ajouter de plus. Ils se lavèrent sans vraiment relancer la conversation, échangeant juste deux ou trois mots. Il interrogea Kimmitsu sur son emploi actuel, apprenant au passage qu'il vivait toujours seul et que la première question qu'on lui posait généralement en le rencontrant était "Vous êtes Chinois ?", comme si tous les Asiatiques étaient forcément Chinois. L'anecdote fit rire Munemori, il imaginait très bien la réaction blasée de leur frère au bout de la quarantième fois q'il entendait cette même question. Quand ils furent propre, ils passèrent dans le petit bassin d'eau très chaude, les joues devenant bien rouges sous l'effet de la vapeur. Il demanda à Kimmitsu ce qui l'avait décidé à venir cette année, un peu frustré lorsqu'il ne reçut qu'une réponse plutôt évasive. Eh, ils n'allaient pas le manger ! Et il était chez lui, ici, autant qu'eux. Il n'avait pas intérêt à l'oublier, le passé était le passé, on n'allait pas revenir dessus.

– Tu peux nous le dire, on ne va pas le prendre mal, tu sais ?

– Ça me fait bizarre, tout simplement, dit-il en haussant les épaules. Dix ans de plus, Genji qui est né, nos sœurs prêtes à partir et se marier.

Vu comme ça... Cela faisait déjà dix ans ? Ils devenaient vieux ! Fini depuis longtemps, le temps des bêtises de gamins, même si Munemori restait un grand gamin, dans sa tête, bien qu'il puisse se montrer sérieux lorsqu'il le fallait. Kimmitsu ajouta d'un coup d'un ton mi-choqué mi-perplexe qu'il ne s'était pas attendu à revoir Jouske avec les cheveux longs, ce qui fit éclater de rire Munemori. Ce détail avait déjà choqué tout le monde, c'était tellement bizarre, avec Josuke ! Il lança qu'Emiko le préférait comme ça, pendant que Munemori soufflait un bon coup pour le calmer.

– J'ai mal partout, grinça-t-il en essayant de compter ses bleus. Promis, je m'entraînerai plus. Ne me dis pas que tu fais subir ça à tes élèves ?

– Vous n'êtes pas mes élèves et je ne pensais pas que vous aviez autant perdu.

Eh, c'était méchant ça ! Le peintre se retint à très grande peine de lui tirer la langue comme un enfant de quatre ans, boudant un peu. Il s'entraînera plus, d'accord ! Après le bain, ils se séchèrent puis s'habillèrent, rejoignant ensemble le salon. Emiko avait pu se lever, affichant un beau sourire en montrant ses filles à sa famille. Les petites dormaient à poing fermés, dans les bras de leur mère, la scène était particulièrement attendrissante. Ils n'étaient pas encore temps de dîner, les conversations allaient bon train, on sentait cet air de vacances et de repos, pour le Nouvel An. Munemori s'assit avec ses frères, après avoir été embrasser Emiko sur les deux joues en la félicitant à nouveau pour ses deux petites filles. Leur mère tricotait des petits chaussons, sans doute pour les bébés. Voyant que Genji restait tout seul dans son coin, Munemori l'appela puis le prit dans ses bras dès qu'il fut à sa portée, le serrant contre lui. Puisque son père semblait avare de câlin, il pouvait lui en donner. Il en profita pour jeter un regard explicite et lourd de sous-entendus à Jouske, encore soufflé par le fait qu'il n'ait pas voulu interrompre l'entraînement cinq minutes pour réconforter son propre fils.

Il dévisageait Josuke du coin de l’œil, attendant de savoir s'il allait vraiment faire un effort, avec son fils. Il se décida enfin à réagir, tendant les bras pour le prendre à son tour, le gardant ensuite contre lui. Ah, tout de même ! Munemori hocha la tête avec une certaine raideur, regardant aussi Genji qui mâchouillait le bout de l'oreille de son lapin en peluche en somnolant. Genji bailla longuement, ramenant ses jambes contre lui en position fœtale, serrant son doudou contre lui. Bien, bien, son père avait réussi à le prendre dans ses bras, trouvera-t-il tout seul la suite ? Munemori croisa les siens, continuant de dévisager son frère en tapotant légèrement du pied. Allez, que fait-on avec son enfant à moitié endormi dans les bras ? Incroyable de devoir en arriver là alors que Genji avait déjà six ans. Il ne lâchait pas son frère des yeux, assez impatient, lui faisant clairement comprendre qu'il attendait de lui un peu plus douceur et d'efforts. Il pourrait le faire manger avant puis l'emmener se coucher, l'aider à se réveiller, le câliner, etc. Mais non, il ne fit rien, à part le serrer un peu contre lui. D'accord, raté. Munemori secoua la tête avec un air désespéré, levant les yeux au ciel.

– Bon, déclara-t-il, notre grand frère a besoin de conseils, on dirait. Akinori ! Viens là, s'il te plaît.

Leur plus jeune frère tourna un regard perplexe vers eux, assis un peu loin avec un gros livre sur les genoux, fronçant légèrement les sourcils avant de se lever et les rejoindre. Munemori lui fit signe de venir, posant une main sur son épaule en lui expliquant avec un grand sourire que son frère aîné avait un peu de mal avec les enfants et que Munemori avait besoin d'un cobaye pour bien lui expliquer. Leur petit frère sourcilla un peu, rougissant lorsque Munemori le prit dans ses bras en disant à Josuke d'imaginer qu'il n'avait pas dix-sept ans mais juste sept, qu'il était fatigué lais que c'était bientôt l'heure du repas du soir. Il lui expliqua très calmement comment réveiller doucement un enfant en lui rappelant qu'il devait manger avant d'aller au lit et qu'il pouvait aussi le faire manger plus tôt, exceptionnellement. Il détailla tout le processus avec un grand soin, collant même un bisou très affectueux à Akinori pour la démonstration en le serrant contre lui. Josuke se mit à réveiller son fils en douceur, pendant qu'Akinori se tortillait en répliquant qu'il n'avait rien dit à personne et que c'était injuste. Pas grave, il était le plus jeune donc il assumait ! Kimmitsu riait doucement en secouant la tête, sans rien ajouter. Munemori couvrit son petit frère de bisous juste pour l'embêter, l'empêchant de s'échapper.

Leur aîné se leva tout à coup, soulevant Genji en lançant qu'exceptionnellement, il allait le faire manger avant et ailleurs. Munemori se leva aussitôt pour le suivre, sans même lâcher leur jeune frère. Il se planta à la porte de la cuisine, un bras autour des épaules d'Akinori, montrant Josuke en en ajoutant pour Akinori "Tiens, regarde, tu feras ça quand tu auras des enfants". Le benjamin de la fratrie demanda d'un ton perplexe pourquoi ils 'était fait embarquer là-dedans, au juste, ce à quoi Munemori répondit d'un large sourire qu'il en profitait tant qu'il était encore un adolescent tout mignon et tout gentil, qu'on pouvait embarquer à loisir. Leur frère marmonna qu'ils pouvaient aussi alors embarquer Eisen, à ce niveau-là, il n'avait que dix-huit ans. Oui, mais le plus petit, ce n'était pas Eisen, navré. Il sourit aussi à Genji, assis en tailleur près de la table, qui ne devait plus trop suivre ce qui se passait, à présent.

– On va s'arranger pour que ton papa sourit plus, pas de soucis, mon neveu.

Il relâcha enfin Akinori qui s'empressa de filer, ne voulant pas être mêlé à ça. Munemori, lui, suivit tout le déroulé des opérations, regardant Josuke pousser son fils à manger, toujours avec cette si extrême douceur dont il était capable de faire preuve. Le peintre vint s'asseoir à son tour, regardant Genji qui picorait plus qu'il ne mangeait, jetant ensuite un regard aigu à Josuke.

– Tu devrais vraiment être plus doux, murmura-t-il pour que lui seul entende. C'était vraiment dur, quand tu l'as repoussé, pendant l'entraînement... C'est ton fils, quoi, fais un effort.

Il lui coula un regard teinté de reproche, assez agacé de devoir toujours expliquer ce genre d'évidences.

– Évite au moins de répéter le même schéma qu'entre notre père et Kimmitsu, murmura-t-il encore plus bas. Tu ressembles vraiment beaucoup à notre père, de ce point de vue là...

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Josuke Nakajima
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MessageSujet: Re: [Décembre 1921] Nouvel An   Jeu 17 Mar - 21:44

Josuke – Quoi ? Mais non ! Tu dis n'importe quoi, vous n'avez pas de preuve. J'ai été un peu... piqué au vif tout à l'heure, c'est tout. Je ne l'élève pas comme notre père.

Comment Kimmitsu pouvait-il une telle chose ? Josuke faisait attention ! Il savait que leur père n’était pas un exemple de douceur et d’amour, loin de là, et il n’élevait pas Genji comme cela. Il le câlinait ! Il prenait garde à ce qu’il ne manque de rien, était attentif à lui et ne réclamait pas qu’il soit parfait non plus, contrairement à leur père avec eux. Donc non, désolé mais il ne pouvait pas laisser son petit frère dire de telles paroles. Sur quoi s’appuyait-il ? Sa réaction lorsqu’ils s’entraînaient ? Il était tout à fait normal que Josuke ait agi comme cela ! Il venait de se faire lamentablement écraser par son petit frère et son propre fils lui disait qu’il n’esquivait même pas… Oui, son amour-propre avait été touché. Il avait agi sur un coup de tête, là-dessus. Désolé, voilà. Mais non, il n’agissait pas comme leur propre père pour autant.

Josuke resta silencieux, par la suite, écoutant et échangeant quelques mots avec Kimmitsu et Munemori qui essayait d’en apprendre plus sur leur frère. Frère qui n’avait toujours pas l’air de s’être trouvé, ou alors il voulait toucher à tout avant de se poser pour de bon. Cela l’inquiétait mais il devait faire confiance et ne pas trop couver Kimmitsu. Même s’il commençait à être âgé, même s’il n’était toujours pas marié, même s’il avait toujours cet air un peu perdu depuis son départ en France. Que cherchait-il, exactement ? Et pourquoi être revenu maintenant, pourquoi après toutes ces années ? Oui, il était professeur d’arts martiaux… Mais encore ? D’après ce que Josuke avait pu comprendre, Kimmitsu avait beaucoup bougé et continuait encore à l’heure actuelle. Si cette vie lui plaisait, pourquoi pas… Mais pourquoi être revenu, dans ce cas ? Munemori le devança, posant la question à leur frère… qui répondit de manière plus évasive que jamais. Eh bien ? Fronçant les sourcils, Josuke lui lança un regard interrogateur, les joues un peu rouges comme ils venaient de changer de bassin. De quoi avait-il peur ? Ils n’allaient pas le juger, lui-même interdisait les autres de dire du mal de leur frère.

Josuke – Tu peux nous le dire, on ne va pas le prendre mal, tu sais ?

Kimmitsu – Ça me fait bizarre, tout simplement, dit-il en haussant les épaules. Dix ans de plus, Genji qui est né, nos sœurs prêtes à partir et se marier.

Oui… C’est vrai que du temps avait passé, ils avaient tous beaucoup changé. Seulement, cela ne répondait pas à sa question, Kimmitsu n’avait pas répondu, rien dit sur le pourquoi de sa visite au Japon maintenant. Dix ans. Il aura attendu dix ans… Pourquoi ? En dix ans, beaucoup de choses étaient passées, ils étaient plus vieux, plus sages normalement, lui-même gérait la famille et les enfants. Il s’occupait de Genji avec Emiko, veillant à ce que tout se passe bien pour tout le monde. Cependant, si Kimmitsu ne voulait pas dire pourquoi il était revenu maintenant, eh bien… Josuke lui poserait la question plus tard. Ils avaient le droit de savoir, non ? Qu’est-ce qui avait poussé leur frère à revenir ? Une femme ? Non, il était seul. Perdu dans ses pensées, à regarder Kimmitsu, le chef de famille fit une drôle de grimace lorsque la question de sa nouvelle coiffure fut soulevée. C’est vrai, il avait laissé pousser ses cheveux et leur frère ne l’avait jamais vu avec cette tête. Et Munemori qui en ajouta… Tant pis ! Lui aimait bien, Emiko aussi, et c’est ce qu’il rétorqua en se retenant de frapper son frère à la tête pour calmer son fou rire. Non mais !

Munemori – J'ai mal partout, grinça-t-il en essayant de compter ses bleus. Promis, je m'entraînerai plus. Ne me dis pas que tu fais subir ça à tes élèves ?

Kimmitsu – Vous n'êtes pas mes élèves et je ne pensais pas que vous aviez autant perdu.

Autant perdu… Eh ! Ils s’entraînaient moins bien, oui, peut-être, mais pas si peu que ça ! Autant perdu… Ils avaient seulement beaucoup de travail, des événements récents s’étaient passés, notamment la naissance de ses enfants, il avait un peu délaissé son entraînement mais ce n’était rien. Il n’avait pas « tant » perdu que ça ! Munemori non plus, d’ailleurs, Kimmitsu était professeur et donc plus fort qu’eux, plus expérimenté. Mais soit, ne rien dire. Ils s’essuyèrent tous les trois, s’habillant ensuite en vitesse pour rejoindre les autres membres de la famille. Josuke alla directement vers Emiko, affichant un grand sourire heureux, contemplant sa femme et leurs filles qui dormaient profondément dans les bras de leur mère. Elles étaient adorables… Si douces, si fragiles. Ecoutant les conversations d’une oreille distraite, Josuke répondait sans pouvoir quitter les enfants des yeux même s’il était assis à côté de ses frères. Ce n’est que lorsque Munemori appela Genji qu’il tourna la tête, le voyant le prendre dans ses bras… et lui jeter un regard très explicite. Oh, ça va, ce n’était pas pour une fois, non plus.

Las, Josuke finit par prendre son fils dans ses bras pour mettre fin aux regards insistants que Munemori lui lançait depuis un bon moment. Evidemment, il eut encore droit à un regard lourd pendant que Genji mâchouillait l’oreille de sa peluche, visiblement fatigué. Oh… Il venait de se caler contre lui, l’air endormi, doudou serré contre lui. Bah voilà, preuve qu’il n’avait pas été traumatisé ! Sinon, il ne dormirait pas ainsi dans ses bras, fatigué ou pas. Il l’aimait, il avait confiance en son père, Munemori n’avait pas besoin d’en faire tout un plat. Et pourtant, il en rajouta une couche, lui adressant un autre regard tout en croisant les bras et tapant du pied sur le sol. Oh, c’est bon, hein ! Que voulait-il qu’il fasse ? Ils n’allaient pas manger tout de suite, Josuke n’avait qu’à le garder dans ses bras pour qu’il dorme un peu comme cela et puis voilà. Ce qu’il montra en resserrant son étreinte sur Genji, de plus en plus énervé par la réaction exagérée de son frère.

Munemori – Bon, déclara-t-il, notre grand frère a besoin de conseils, on dirait. Akinori ! Viens là, s'il te plaît.

La suite fut… encore pire. Entre Akinori qui servit de cobaye, son frère qui s’était décidé à l’emmerder copieusement pour il ne savait quelle raison et Genji qui était au centre de toute cette histoire malgré lui, Josuke avait presque envie de remballer Munemori sans plus attendre. Mais non, rester calme, ils fêtaient le Nouvel An, la naissance de leurs filles dans la joie et la bonne humeur. Pas la peine d’en rajouter une couche. Le chef de famille s’exécuta, reproduisant le même schéma que son petit frère pour qu’il le laisse tranquille, quittant la pièce pour ne plus l’avoir sur le dos. Ou pas… Munemori le suivit, comme pour surveiller ses faits et gestes, entraînant son jeune frère avec lui alors que ce dernier n’avait rien demandé. Il était incroyable ! Qu’est-ce qu’il avait fait, au juste ? Pourquoi s’acharner sur lui à ce point ? Désespéré et de plus en plus énervé, Josuke fit manger Genji, le poussant à finir son assiette pour qu’il n’aille pas se coucher l’estomac vide.

Munemori – On va s'arranger pour que ton papa sourit plus, pas de soucis, mon neveu.

Espèce de… Bon, ne pas réagir. Ce n’était pas comme si Munemori l’accusait de ne pas savoir s’occuper de son fils, après tout. Alors qu’il était plus âgé. Et qu’il s’occupait de toute la famille. Et que, jusqu’ici, il n’y avait eu aucun problème. Mais nooon, c’est vrai, il s’y prenait mal et ne souriait pas assez – ce qui, entre parenthèses, n’avait rien à voir avec sa manière de s’occuper de Genji. Josuke fusilla son frère du regard, maintenant qu’il avait laissé filer Akinori, et le surveilla du coin de l’œil lorsqu’il s’installa à côté d’eux. Il ne pouvait pas partir, non ? Il y avait de quoi faire ailleurs, alors merci bien, pas besoin de ses services.

Munemori – Tu devrais vraiment être plus doux, murmura-t-il pour que lui seul entende. C'était vraiment dur, quand tu l'as repoussé, pendant l'entraînement... C'est ton fils, quoi, fais un effort.

Mais c’était une fois ! La seule et unique fois ! Il allait lui en parler encore longtemps ? Josuke avait été touché, c’est tout, point, fin de la discussion. Munemori n’avait pas besoin d’en faire tout un plat alors que Josuke s’était rattrapé par la suite, il pouvait l’oublier et lui foutre la paix. Il l’avait pris dans ses bras, non ? Genji avait peut-être été un peu blessé sur le moment mais ce n’était pas grave, il le serait dans sa vie future, ce n’était pas une réaction comme celle-là qu’il allait être traumatisé. Ignorant le regard de Munemori que Josuke sentait peser sur lui, il se concentra sur l’assiette de son fils, le faisant manger petit à petit jusqu’à ce qu’il termine.

Munemori – Évite au moins de répéter le même schéma qu'entre notre père et Kimmitsu, murmura-t-il encore plus bas. Tu ressembles vraiment beaucoup à notre père, de ce point de vue là...

Josuke – C’est bon, t’as fini ?, lâcha-t-il, excédé. Je crois que je sais ce que je fais, tu vois, alors tu n’as pas besoin de me dire comment m’occuper de ma famille. Maintenant, si tu permets, je vais mettre Genji au lit. Pas la peine de me suivre, je sais comment faire.

Josuke laissa Genji terminer sa dernière bouchée puis le prit doucement dans ses bras, le soulevant par les aisselles pour le caler dans ses bras en lançant un regard bien noir à Munemori. Ensuite, il rejoignit la chambre dans laquelle dormait son fils, l’embrassant sur le front avant de le coucher et lui souhaitant une bonne nuit. Il ne regarda même pas si son frère le suivait ou pas, préférant l’ignorer pour le moment comme il était, apparemment, un mauvais père qui ne faisait pas bien les choses avec son fils. Non mais ! De quoi se mêlait-il ? Josuke s’occupait bien de Genji, il était heureux et ne manquait de rien ! Comment pouvait-il l’accuser d’une telle chose ? C’était incompréhensible et odieux. Retournant dans le salon, il constata que l’ambiance était relativement détendue même si de nombreux regards convergeaient vers Kimmitsu et ses propres enfants. C’était normal. Leur petit frère n’était plus revenu depuis dix ans, ne donnant qu’à peine de vraies nouvelles sans qu’eux n’osent dire quoi que ce soit. Ce qui n’expliquait pas, d’ailleurs, pourquoi il ne revenait que cette année… Décidé, Josuke se fraya un chemin jusqu’à Kimmitsu, souriant pour le rassurer mais voulant connaître la raison qui l’avait poussé à rentrer en France cette année. Ce n’est que lorsqu’il fut juste à côté de lui qu’il le lui demanda, ajoutant qu’il ne répéterait rien s’il ne le voulait pas.

Josuke – Pourquoi être revenu maintenant ? Tu n’as pas répondu à la question, tout à l’heure, mais je pense qu’on a quand même le droit de savoir. Qu’est-ce qui t’a décidé à quitter la France pour voir ta famille quelques jours après toutes ces années ?

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Kimmitsu Nakajima
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MessageSujet: Re: [Décembre 1921] Nouvel An   Sam 26 Mar - 23:54

– Ils sont toujours comme ça ? demanda Kimmitsu à Himako, en désignant du menton Josuke qui partait avec son fils dans les bras, suivi aussitôt par Munemori.

– Parfois, ça dépend des jours.

– Je n'ai pas l'impression que c'est vraiment détendu, de façon générale, dit-il en baissant d'un ton. Ou bien c'est à cause de moi ?

– Pas seulement. Pour tout t'avouer, vivre aussi me pèse aussi. Notre mère déteste toujours autant les dons et elle n'est pas la seule.

Il la remercia en prenant le gobelet qu'elle lui tendait, avec un regard en biais pour leur mère, à l'autre bout du salon, plongée dans un roman. Himako s'installa à côté de lui le temps de boire son thé, parlant un peu des changements arrivés ici ces dernières années. Kimmitsu était encore assez troublé, au fond. Cela faisait trop longtemps qu'il n'avait pas remis les pieds dans cette maison pour parvenir à s'y sentir à l'aise, ayant bien des fois repoussé le moment de venir rendre visite. Sa mère n'aurait guère apprécié, de un, et de deux, il n'était lui-même pas prêt à revenir ici, comme si de rien n'était, après ce qui s'était passé. Le Nouvel An était dans trois jours et il se demandait déjà s'il avait bien fait de venir ici cette année. Ce pays était toujours le sien, bien entendu, pour autant, il ne sentait pas chez lui. Buvant son thé, il donna aussi des nouvelles à sa petite sœur, parlant de sujets et d'autres. Ils auront le temps de discuter de façon plus approfondie plus tard, seuls. Ni l'un ni l'autre n'était particulièrement à l'aise ce soir, avec toute la famille au grand complet autour d'eux. Heureusement, l'attention était concentrée sur Emiko et ses deux petites filles tout juste nées. S'appuyant contre le mur derrière lui, il regarda sa sœur faire tourner une petite bague fine autour de son doigt, lui demandant si elle avait un fiancé.

– Ce n'est pas officiel, je ne l'ai pas présenté car il ne plairait pas à Josuke. Mais avec lui... Je me sens vivante.

Il lui sourit, comprenant ce qu'elle pouvait ressentir. Son visage s'était tout à coup éclairé d'un grand et lumineux sourire, alors qu'elle posait sa tasse puis allait à son tour voir les petites et leur faire des bisous. Lui-même resta à sa place, buvant plus lentement. Il sentait parfois quelques regards allant de son côté, sans qu'il ne réagisse. Cela faisait déjà une dizaine d'années ? C'était comme s'il n'était parti qu'hier, troublé de revoir son pays, tous les siens, d'être à nouveau dans cette maison. Il y avait les enfants, ses frères et sœurs qui avaient changé. Voir Eisen et Akinori, surtout, lui faisait prendre conscience du temps passé. Lorsqu'il était parti, ils étaient tous jeunes et petits, et aujourd'hui, il retrouvait deux jeunes hommes. Akinori avait exactement la même tête que Munemori au même âge, c'était très étrange. En revanche, sa voix était plus claire et douce, il était un peu moins grand et ses yeux étaient d'une teinte plus sombre. Josuke revint dans la pièce alors qu'il continuait de dévisager tout le monde, venant s'asseoir à côté de lui, en souriant. Il devait avoir quelque chose à lui demander. Kimmitsu n'arrivait toujours pas à s'habituer avec sa nouvelle tête, trouvant extrêmement bizarre qu'il se laisse pousser les cheveux comme ça.

– Pourquoi être revenu maintenant ? Tu n’as pas répondu à la question, tout à l’heure, mais je pense qu’on a quand même le droit de savoir. Qu’est-ce qui t’a décidé à quitter la France pour voir ta famille quelques jours après toutes ces années ?

– Je n'avais pas vraiment réalisé que ça faisait vraiment dix ans, pour être honnête, avoua-t-il en buvant une gorgée.

Dix ans qu'il avait quitté cette maison, c'était... Il promena le regard sur le salon, l'une des pièces les plus vastes de la maison, servant aux réunions familiales et aux fêtes, durant ce genre d'occasion. Josuke lâcha un "Tu n'avais pas réalisé..." d'un ton tout à fait choqué et soufflé, comme si cette hypothèse ne lui avait pas effleuré l'esprit une seule fois. Le professeur lui rendit son regard, la tête appuyée contre le mur et une jambe ramenée contre lui. Il avait fait en sorte d'oublier certaines choses, pas de tout ressasser en boucle pour le simple plaisir de s'en rendre malade, Josuke pouvait bien comprendre cela. Et en dix ans, il avait beaucoup bougé, s'installant plus ou moins durablement dans des villes de France. Il se sentait bien, ainsi, découvrant de nouveaux endroits régulièrement et ne s'arrêtant pas en un seul endroit tant qu'il n'aura pas vraiment trouvé l'élément qui l'y retiendra pour de bon.

– Comment ça se fait ? Tu es si occupé que ça, depuis ton départ ?

– Oui et non. Je me déplace souvent. Et il y a eu la Grande Guerre, ce n'était pas le bon moment pour voyager. Ce n'est pas la peine de t'interroger là-dessus, tout va très bien.

Il termina son gobelet de thé, le déposant sur une tablette, à côté de lui, avant de ramener les bras contre lui, les yeux dérivant toujours sur chacun des membres de sa famille. Il leur avait écrit, tout de même, envoyant aussi parfois des photos des endroits où il vivait pour leur donner une idée. Les premiers mois de sa vie en France, il avait surtout dû se concentrer sur son intégration, adopter la culture du pays, se plier à ses coutumes. Un travail de longue haleine qu'il estimait avoir réussi, aujourd'hui. Sans son apparence physique trahissant des origines Asiatiques et son accent, personne ne pourrait le soupçonner de ne pas être né en France.

– Bien sûr que si ! Tu es mon frère, Kimmitsu, je m'interrogerai toujours sur ce que tu as vécu et ce que tu vis maintenant. Même si on ne s'est plus vus depuis dix ans.

Toujours aussi surprotecteur, ça ne changeait guère. Kimmitsu lui rendit un regard légèrement blasé, retenant un soupir. Que voulait-il qu'il lui raconte, de toute manière ? Ce qu'il vivait au quotidien ? Il n'y trouvera pas n très grand intérêt, il n'y avait rien à raconter. Il vivait toujours seul, ayant parfois sorti avec quelques femmes sans que cela n'aille très loin. Il avait des collègues, des amis, découvrait le pays un peu plus chaque jour, un pays souffrant encore des stigmates de la Grande Guerre, s'arrêtant plus ou moins longtemps là où il en avait envie. Il vivait, somme toute, ce n'était pas un récit passionnant et très mouvementé pour lequel on pouvait perdre des heures. Il était d'un naturel plutôt calme et apaisé, ne se mêlant pas aux problèmes qu'il voyait, sauf s'il le devait, pour préserver un proche ou aider un enfant. Une vie calme et simple, sans soucis ni ennuis, une vie douce et tranquille, dont il ne voyait pas l'intérêt de raconter en détails.

– Je ne sais pas quoi te raconter, reprit-il en haussant un peu les épaules. J'ai une vie simple et tranquille, voilà tout. Et non, je n'ai toujours pas de fiancée pour le moment, encore moins d'enfants. M'occuper de ceux des autres prend déjà beaucoup de temps, après tout. Que voulais-tu savoir ?

– Tu n'as jamais pensé à te... poser quelque part ? Prendre tes marques, respirer, vieillir tranquillement dans un seul endroit ? Pourquoi vouloir changer aussi souvent ?

Kimmitsu hésita, affichant un air perplexe, alors qu'il réfléchissait à la question. Se poser quelque part... Il en s'était absolument jamais demandé s'il devait vraiment trouver un seul et unique endroit et s'y établir, y rester et y vieillir, comme disait son grand frère.

– Je verrai bien, lorsque je voudrai m'arrêter, en attendant, c'est une vie qui me plaît, j'ai besoin de bouger et être actif.

Il cherchait comment lui expliquer ce sentiment lorsqu'on les appela pour venir à table. Tout le monde s'installa en bavardant et en se souhaitant bon appétit. Assis à côté de ses grands frères, à sa gauche, et Himako à sa droite, il lui demanda comment se passait son entraînement, après s'être assuré que leur mère n'écoutait pas. Elle sourit d'un air enthousiaste puis lui dit qu'elle avait commencé à prendre des élèves sous son aile, pour plusieurs heures par semaine chacun, afin de les entraîner au maniement du vent. Ils discutèrent de cela assez longuement, tout en mangeant, parlant d'une nouvelle technique, mise au point par un chercheur Suédois, mêlant le vent avec l'eau et la glace. Sa jeune semblait plus détendue en abordant ce sujet, expliquant en détail la façon dont elle organisait ses cours, en plus de son travail habituel. Elle ajouta ensuite qu'ils n'étaient pas les seuls, leur frère Eisen aussi avait développé un élément, le vent, comme eux deux. Kimmitsu tourna aussitôt la tête vers lui, assis à l'autre bout de la table, la bouche entrouverte. Cela avait dû se faire juste après son départ, il ne l'avait jamais su.

– Il le vit bien ? demanda-t-il à Josuke. Qui s'est occupé de lui quand il a développé son pouvoir ? Toi ?

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Josuke Nakajima
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MessageSujet: Re: [Décembre 1921] Nouvel An   Sam 9 Avr - 19:52

Kimmitsu – Je n'avais pas vraiment réalisé que ça faisait vraiment dix ans, pour être honnête, avoua-t-il en buvant une gorgée.

… Josuke avait bien entendu ? Kimmitsu n’avait pas réalisé que cela faisait dix ans qu’il avait quitté le Japon ? Mais enfin, dix ans ! Dix longues années ! Ce n’était pas comme si c’était une semaine, ou un mois, non, mais bel et bien dix ans ! Soufflé, le chef de famille dévisagea son frère d’un air complètement choqué en laissant échapper, sans même y faire attention, un « Tu n’avais pas réalisé… ». Désolé mais il ne pouvait pas le comprendre. Non, là, c’était trop. Impossible. Se perdre dans le compte des jours lorsque l’on a beaucoup de choses à faire, d’accord, pourquoi pas, mais la mémoire nous revient toujours après une semaine ou deux, au grand maximum un mois. Mais dix ans… Et il lui disait cela comme s’il lui parlait de la pluie et du beau temps. Rien, dans sa posture ou l’air qu’il affichait, n’indiquait qu’il trouvait ses paroles choquantes ou incroyables. Il était tranquillement appuyé contre le mur, une jambe ramenée contre lui sans qu’aucun signe de culpabilité ne vienne le perturber. Dix ans… Josuke, lui, ne pouvait dissimuler ce qu’il pensait pour une fois, la tête tournée vers son frère et les bras très raides, serrés contre lui. Heureusement qu’ils étaient assis.

Josuke – Comment ça se fait ? Tu es si occupé que ça, depuis ton départ ?

Kimmitsu – Oui et non. Je me déplace souvent. Et il y a eu la Grande Guerre, ce n'était pas le bon moment pour voyager. Ce n'est pas la peine de t'interroger là-dessus, tout va très bien.

De mieux en mieux ! Bien sûr que si, Josuke s’inquiétait pour lui, il était son frère ! Ce voyage en France lui avait lavé le cerveau ? Il se posait sérieusement la question, le regardant de haut en bas comme pour jauger son état physique et mental. Pourtant, il avait l’air en forme, il l’était même, ils avaient eu l’occasion de le tester. Ou plutôt était-ce le contraire… Hum, bref. Il avait une parfaite forme physique, impossible de douter de cela. Quant au mental… Difficile à dire. Apparemment, il allait bien. Mais Kimmitsu semblait plus distant, plus secret, malgré l’assurance qu’il avait acquise depuis la dernière fois qu’ils l’avaient vu. Il avait beaucoup changé. Pas étonnant, en dix ans… Bon sang. Dix ans !

Avec ça, il donnait des réponses plus énigmatiques les unes que les autres, il ne répondait qu’à moitié à ses questions et ne l’aidait pas du tout à imaginer la vie qu’il avait en France. Eeeeh oh, le Japon appelle la France, quelqu’un pour répondre ?! Qu’avaient-ils fait de son frère… ? Il avait peur en partant, voulait voler de ses propres ailes, n’était pas aussi sûr de lui qu’il ne paraissait l’être aujourd’hui. Et, maintenant, il jouait l’homme mystérieux ? Oh non, certainement pas. Pas après dix ans. Mais c’est vrai, après tout, la Grande Guerre, ce n’était rien. Un petit détail sans importance. Pas de quoi s’inquiéter, après tout, pas comme si la France en avait été l’un des acteurs principaux. Eh bien non, monsieur, Josuke ne comptait pas le laisser partir comme cela. Il continua donc sur sa lancée, parfaitement indifférent aux regards que Kimmitsu pouvait lui lancer.

Josuke – Bien sûr que si ! Tu es mon frère, Kimmitsu, je m'interrogerai toujours sur ce que tu as vécu et ce que tu vis maintenant. Même si on ne s'est plus vus depuis dix ans.

Kimmitsu – Je ne sais pas quoi te raconter, reprit-il en haussant un peu les épaules. J'ai une vie simple et tranquille, voilà tout. Et non, je n'ai toujours pas de fiancée pour le moment, encore moins d'enfants. M'occuper de ceux des autres prend déjà beaucoup de temps, après tout. Que voulais-tu savoir ?

… Boooon, d’accord. Josuke allait donc devoir creuser pour avoir des réponses plus fournies et connaître un peu plus la vie que menait son très cher petit frère. Il avait décidé de l’ennuyer, c’est ça ? De le tester encore, histoire de trouver ses limites ? Non, ce n’était pas cela. Il semblait vraiment convaincu par ce qu’il disait, ne voyait pas ce qu’il pouvait dire ou décrire, ignorait ce qu’il devait partager avec son frère qu’il n’avait plus vu depuis dix ans… C’est vrai, après tout, pas comme s’il était de la famille. Josuke leva les yeux au ciel, excédé, mais s’obligea à rester calme pour ne pas lui balancer tout ce qu’il pensait. Il avait sa vie, oui, mais tout de même ! Personne n’oublie de parler à sa famille pendant dix ans… De la voir en vrai, en face à face. C’était impossible. Et, lui, en dehors des quelques coups de téléphone de temps en temps, non. L’aîné de la famille garda son calme sans trop savoir comment il y parvenait, réfléchissant aux questions qu’il pouvait poser. Kimmitsu avait beaucoup bougé. Très bien. Pourquoi ? Il pouvait au moins lui expliquer cela. L’idée de se poser, d’avoir une famille, un travail fixe… Tout ça, ça ne lui disait rien ? Et qu’il lui épargne son air perdu, cette fois !

Josuke – Tu n'as jamais pensé à te... poser quelque part ? Prendre tes marques, respirer, vieillir tranquillement dans un seul endroit ? Pourquoi vouloir changer aussi souvent ?

Kimmitsu – Je verrai bien, lorsque je voudrai m'arrêter, en attendant, c'est une vie qui me plaît, j'ai besoin de bouger et être actif.

… Et ? C’était tout ? Josuke n’ajouta rien, voyant son frère réfléchir à un complément d’information, sans doute. Mais, juste à ce moment-là, on les appela pour manger. Il s’installa entre Kimmitsu et Munemori, lançant de fréquents regards à son plus jeune frère qui discutait avec Himako. Lui parla bien plus avec Munemori, de choses et d’autres, de sujets plus banals les uns que les autres en attendant de pouvoir parler à nouveau avec Kimmitsu un peu plus tard. Evidemment, il ne put lui cacher le fait que leur frère ne soit pas revenu plus tôt simplement parce qu’il « n’avait pas réalisé que cela faisait dix ans »… Oui, cette information avait du mal à passer, vraiment. La famille, c’est sacré, point. S’il décrivait un peu plus sa vie, s’il était plus bavard, Josuke aurait pu laisser passer. Mais là, il restait discret et distant, comme si quelque chose le mettait mal à l’aise. C’était, en tout cas, l’impression qu’avait Josuke. Ce n’est qu’au moment où il vit le regard que jetait Kimmitsu à Eisen qu’il fut bien obligé de tourner la tête franchement vers lui, perdu. Qu’avait-il ? Il l’interrogea du regard, ne comprenant pas ce qui n’allait pas. Eisen mangeait tranquillement, discutait avec les autres, alors pourquoi cet air ?

Kimmitsu – Il le vit bien ? demanda-t-il à Josuke. Qui s'est occupé de lui quand il a développé son pouvoir ? Toi ?

Pardon… ? Ah. Oh. C’est vrai, Kimmitsu était parti avant qu’Eisen ne développe son don, il avait oublié. Ils s’y étaient attendus, depuis la discussion avec le médecin qui avait pris leur frère sous son aile au village. Il avait dit qu’il y en aurait d’autres, qu’il ne serait certainement pas le seul à développer un don tel que celui-ci dans leur famille. Mais non, personne n’avait pensé à le dire à Kimmitsu. Chacun son tour ! Hum, bref. Comment il le vivait… ? Bah. Bien, d’après ce qu’ils pouvaient constater. Seule leur mère n’avait pas pris la nouvelle d’un très bon œil mais, contrairement à Himako et Kimmitsu, Eisen était plus calme et l’ambiance familiale, le cadre, et tout leur quotidien en général ne semblaient pas le déranger plus que cela. Peut-être était-ce parce qu’ils l’avaient directement conduit à monsieur Mao, au village ? Il l’avait rassuré, sans doute. Josuke fit non de la tête après avoir bu un peu, avalant sa gorgée.

Josuke – Je pense qu’il le vit bien, oui. Mais ce n’est pas moi qui me suis occupé de lui, nous l’avons directement conduit à monsieur Mao, comme pour toi. Pour éviter qu’il ait peur et qu’il soit traumatisé…

Josuke échangea un regard avec Munemori, couvant Kimmitsu du regard un bref instant. Il avait encore en mémoire le jour où leur frère s’était fait hurler dessus par leur père à cause de son don. Ils étaient si naïfs, à l’époque… Croire tout cela, c’était bien beau, mais c’était une belle utopie. Enfin, tout était différent aujourd’hui, même si Kimmitsu avait choisi de quitter le pays. Le continent, même. Leur mère, quoique réticente et plus cruelle envers les dons, ne faisait pas trop de crises lorsqu’Eisen était dans les parages et semblait même heureuse de le voir. Peut-être avait-elle un peu changé.

Josuke – Mais je pense qu’il l’a bien pris. Il est calme et n’a jamais eu de problème, d’après ce que j’ai pu constater. Mère ne lui hurle pas dessus, d’ailleurs. Sauf si j’ai loupé quelque chose… Tu en sais plus, toi, Munemori ? Je veille autant que possible mais certaines choses ont pu m’échapper.

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Kimmitsu Nakajima
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MessageSujet: Re: [Décembre 1921] Nouvel An   Mar 27 Déc - 14:45

Réacs de Munemori, merci

– Je pense qu’il le vit bien, oui. Mais ce n’est pas moi qui me suis occupé de lui, nous l’avons directement conduit à monsieur Mao, comme pour toi. Pour éviter qu’il ait peur et qu’il soit traumatisé…

Si cela avait suffit, alors tant mieux pour leur jeune frère… Même si c’était assez surprenant, il était vraiment heureux qu’il s’en soit mieux sorti que Himako ou lui-même, dans la façon de gérer ce genre de pouvoirs. Comment gérait-il cela au quotidien avec le reste de la famille ? Avec leur mère ? Reportant le regard sur Himako, il chercha la réponse dans ses yeux, y voyant surtout une légère incompréhension. Un échange de regard rapide, au milieu d’un dîner enjoué et convivial, où chacun déjeunait et riait aux blagues lancées à la volée autour de la table, tous contents de voir toute la famille réuni, les filles déjà mariées revenir à la maison familiale avec maris et enfants, fêtant aussi la naissance des jumelles de Josuke et Emiko. Un tableau où il n’avait plus sa place et Himako non plus, d’après ce qu’elle lui avait confié. Un tableau où Eisen pouvait donc encore évoluer heureux, sans suivre le destin de son frère et sa sœur. Tous deux étaient comme la tâche dans un décor parfait et qu’on voudrait effacer, si on pouvait parler ainsi. Revenir ici avait sans doute été une erreur, car même après dix ans, même avec la volonté de son frère aîné, certaines choses ne pouvaient changer si simplement.

– Mais je pense qu’il l’a bien pris. Il est calme et n’a jamais eu de problème, d’après ce que j’ai pu constater. Mère ne lui hurle pas dessus, d’ailleurs. Sauf si j’ai loupé quelque chose… Tu en sais plus, toi, Munemori ? Je veille autant que possible mais certaines choses ont pu m’échapper.

– Non, pareil que toi, il va bien, répondit leur frère d’un ton tranquille. On se pose plus la question à ton sujet, à vrai dire. Comment as-tu laisser passer dix années comme ça ? Tu n’as jamais eu envie de revenir au Japon ?

Très bonne question. Kimmitsu prit une minute pour y réfléchir, réfléchissant à tout ce qui avait constitué sa vie ces dernières années, comparant avec ce qu’il connu ici, depuis la petite enfance jusqu’à son départ, puis se demandant laquelle des deux vies en valait vraiment la peine. Lorsqu’il était parti, il avait fait le choix de laisser sa famille derrière lui, tout ce qu’il avait toujours connu, pour voler de ses propres ailes. Cela en avait-il valu la peine ? Il n’avait aucun autre cadre que ceux qu’il acceptait par lui-même, plus de lois sinon ses propres principes, plus d’ordres idiots à suivre, plus de route rectiligne dont il ne devait pas dévier. Il finit par répondre d’une voix un peu plus lente que si oui, sa famille lui avait manqué, il ne pouvait en revanche pas regretter le reste et qu’il n’avait jamais eu envie de revenir vivre dans ce pays. Sa mère dû l’entendre, d’ailleurs, car elle eut tout à coup une grimace accentué et se raidit avant de se tourner vers un de ses beau-fils et engager aussitôt une autre conversation, sur un ton où on pouvait sentir un enthousiasme légèrement trop forcé. Munemori lui demanda ensuite où il était allé tout d’abord, en arrivant en France, le regard tout à coup inquisiteur. Kimmitsu aurait dû s’attendre à ça, tiens, qu’ils veuillent savoir ce qu’il avait fait en arrivant, tout seul dans un pays qu’il ne connaissait qu’au travers des livres et récits et dont il ne parlait qu’à peine la langue.

– Je suis resté à Paris le temps de mieux apprendre à parler Français, j’y ai trouvé un travail et j’ai vécu là-bas jusqu’en 1914. Quand la grande Guerre s’est déclenchée, je suis parti vivre dans les régions plus au Sud, où j’ai continué de bouger ci et là. L’année prochaine, à la fin de mon contrat, je compte repartir vers l’Est, j’ai entendu parler d’une autre école où je pourrai rester, elle est plus… adaptée à ce que je cherche.

– Plus adaptée ? Comment ça ?

– C’est une école qui enseigne aux enfants à maîtriser leurs éléments. Et à ne pas en avoir peur. Il paraît qu’elle compte un nombre très élevé d’orphelins, parmi les élèves, mais ça, ce n’est pas très étonnant, les parents à ne supporter d’avoir un enfant différent d’eux sont nombreux dans tous les pays.

Sa mère reposa violemment sa cuillère sur la table dans un choc sourd qui fit sursauter ceux qui étaient juste à côté d’elle puis prit une très longue inspiration avant de s’obliger à continuer de tenir sa propre discussion comme si de rien n’était. Kimmitsu non plus ne réagit pas plus que cela, ne culpabilisant absolument pas d’appuyer sur ce genre de « détails », pas alors qu’il était si dégoûté de voir des enfants rejetés par les leurs parce qu’ils possédaient certains pouvoirs. Pour l’avoir connu, il savait à quel point c’était cruel et abject, aucun enfant dans ce monde ne méritait ça et aucun parent ne devrait pouvoir vivre la conscience tranquille après s’être livré à ce genre d’horreurs. Le professeur revenait ici pour la première fois depuis des années, oui, mais il n’avait pas l’intention pour autant de la fermer sur ce sujet en particulier, de s’écraser afin de ne pas heurter sa famille, non. C’était terminé, personne ne devrait se taire sur quelque chose d’aussi grave, et tant qu’il sera en vie, il continuera de lutter contre ces pratiques monstrueuses, de lutter contre tous ceux qui voudront rejeter les élémentaires ou les blesser, plus particulièrement les enfants. Himako avait sourit en hochant la tête, buvant tranquillement son thé à côté de lui.

– La population n’aime pas non plus ce genre de pouvoirs, en général ?

– Tout dépend des régions, mais globalement, ça reste mieux accepté. Tant que tu respectes certains sujets, tu peux t’intégrer facilement.

Tous les pays au monde avaient leurs sujets un peu sensibles et ils n’était pas bien difficile de deviner lesquels l’étaient, pour la France, car le fait de ne serait-ce qu’effleurer très légèrement l’un d’entre eux faisait aussitôt bondir toute la population et déclenchait des manifestations monstrueuses dans tout le pays. Ça pouvait aller très loin… Kimmitsu avait eu du mal à en revenir, la première fois qu’il avait assisté à un de ces débordements, la révolte était comme inscrite dans les gênes du peuple Français.

– Oui… Et ça n’empêche pas que personne ne devrait se sentir étranger chez lui par la faute de principes idiots et rétrogrades.

– C’est pas vraiment le moment pour des règlements de compte, chuchota tout à coup Akinori, leur plus jeune frère, en se penchant vers eux. Détendez-vous, on est tous là pour fêter le Nouvel An.

– Ne t’en fais pas, sourit Kimmitsu. Je ne reste que quelques jours et on se reverra dans dix ans.

S’il revenait vraiment un jour ici, ce qui n’était pas dit. Akinori retint un soupir et détourna le regard, pendant que leur sœur avait une petite moue. Elle-même devait songer qu’elle ne remettra également plus les pieds ici une fois qu’elle en sera partie pour de bon. Pour le moment, elle tenait, vivant comme il faut, travaillait de son côté et savait s’adapter. Pour combien d’années encore ? Elle lui ressemblait, c’est bien pour ça que Kimmitsu savait très bien qu’une fois son point de rupture atteint, plus rien ne pourra la convaincre de faire machine arrière et de songer à tout recommencer. Josuke afficha un air triste à son tour, comme si la situation le désespérait.

– Tu sais… Tu n’es pas obligé de repartir pendant dix ans. Tu peux revenir ici quand tu le veux, tu es notre frère et cet endroit est autant ta maison que la nôtre, même si tu ne le ressens pas de cette manière.

– C’était comme ça il y a longtemps, Josuke, on ne vit pas dans le passé, répondit Kimmitsu, alors que le reste de la famille ne leur prêtait plus garde. Ce pays n’est plus le mien.

Et il n’y avait pas de regrets à avoir non plus. En tout cas, lui n’en avait pas, il avait fait ce qu’il avait à faire, à l’époque, et même si sa détermination avait pu vaciller parfois, elle était redevenue parfaitement intacte et solide aujourd’hui. Quoi qu’il arrive maintenant, sa volonté était finalement devenue assez affirmée pour qu’il parvienne à tenir tête et suivre ses principes.

– Je vous écrirai lorsque je serai parti pour l’école de Gray. Je vais rencontrer son directeur en février. Je m’y suis rendu une fois, c’est un bel endroit, même s’il est un peu agité, je pense y rester longtemps, cette fois. Tu auras une occasion de venir en France si je m’y marie, un jour.

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MessageSujet: Re: [Décembre 1921] Nouvel An   Mer 8 Fév - 23:33

Munemori – Non, pareil que toi, il va bien, répondit leur frère d’un ton tranquille. On se pose plus la question à ton sujet, à vrai dire. Comment as-tu laisser passer dix années comme ça ? Tu n’as jamais eu envie de revenir au Japon ?

Josuke tourna la tête vers son frère, fronçant les sourcils en le voyant réfléchir. S’il hésitait, cela signifiait que cette vie ne lui avait pas manqué le moins du monde. D’un côté, comment le lui reprocher ? Il haïssait leur père et tout ce qui le lui rappelait de près ou de loin. Et il leur était impossible de le sermonner à ce sujet après ce qu’il avait vécu. Le père de famille se rappelait encore les journées durant lesquelles ils avaient dû le réconforter, Munemori et lui, parce qu’il s’était fait disputer. Rien, ici, n’avait ressemblé de près ou de loin à une vie de famille. En dehors de certains d’entre eux qui étaient différents et qui comprenaient qu’il ne faisait pas exprès d’être comme cela, qu’il ne pouvait pas se retenir ni retenir son don, qu’il l’aimait. C’était… à peu près la seule chose que Josuke avait réussi à intégrer, ne pouvant pas comprendre pourquoi ni comment. Il acceptait les faits, voilà tout. Donc la réponse de Kimmitsu ne le surprit pas, même si elle le peina un peu malgré tout. Entendre son frère dire que le Japon ne lui manquait pas… Il ne reviendrait sûrement pas tous les ans, ou plus régulièrement en tout cas, que maintenant.

Leur mère entendit sa réponse, ce qui fit grimacer un peu Josuke qui voulait éviter les disputes pour le retour de Kimmitsu. Il n’était plus venu depuis des années, alors on reste civilisé et on se calme ! Lorsqu’il l’entendit discuter avec un manque d’enthousiasme évident à son interlocuteur, lui-même se détendit un peu, se concentrant à nouveau sur la discussion avec ses petits frères. Munemori demandait où Kimmitsu était allé en premier, en France, question qui intéressait également Josuke lorsqu’il l’imaginait tout seul dans un pays inconnu. Il ne connaissait pas la langue aussi bien que le japonais, ni les villes, ni la mentalité de la population, ni… rien du tout, en fait. Ce que l’on pouvait lire dans les livres n’était pas toujours représentatif de la réalité.

Kimmitsu – Je suis resté à Paris le temps de mieux apprendre à parler Français, j’y ai trouvé un travail et j’ai vécu là-bas jusqu’en 1914. Quand la grande Guerre s’est déclenchée, je suis parti vivre dans les régions plus au Sud, où j’ai continué de bouger ci et là. L’année prochaine, à la fin de mon contrat, je compte repartir vers l’Est, j’ai entendu parler d’une autre école où je pourrai rester, elle est plus… adaptée à ce que je cherche.

Munemori – Plus adaptée ? Comment ça ?

Kimmitsu – C’est une école qui enseigne aux enfants à maîtriser leurs éléments. Et à ne pas en avoir peur. Il paraît qu’elle compte un nombre très élevé d’orphelins, parmi les élèves, mais ça, ce n’est pas très étonnant, les parents à ne supporter d’avoir un enfant différent d’eux sont nombreux dans tous les pays.

Kimmitsu… Josuke ne put s’empêcher de sursauter lorsque leur mère reposa violemment sa cuillère sur la table, personne ne s’y attendant, avant de reprendre sa conversation là où elle l’avait laissée comme si rien ne s’était passé. Franchement, il pouvait au moins éviter ce genre de remarque lorsqu’il revenait. D’accord, leurs parents avaient mal agi avec lui, lui-même le reconnaissait. Mais, de là à le montrer dès qu’il le pouvait par ce genre de réflexions… Il faillit dire quelque chose pour calmer son frère et le tempérer au moins un peu mais s’abstint à la dernière seconde en voyant Himako sourire et hocher la tête tout en buvant son thé. Donc, elle cautionnait sa réaction… Soupirant, Josuke but son propre thé avec un air exaspéré, ignorant comment il devait réagir. Il ne voulait pas protéger sa mère ni son père, même si l’usage le réclamait dans ce genre de situation, mais il ne pouvait pas non plus faire un scandale à cause de Kimmitsu qui avait toutes ses raisons d’agir ainsi.

Himako – La population n’aime pas non plus ce genre de pouvoirs, en général ?

Kimmitsu – Tout dépend des régions, mais globalement, ça reste mieux accepté. Tant que tu respectes certains sujets, tu peux t’intégrer facilement.

C’était une autre mentalité… Peut-être la France était-elle moins traditionnelle que le Japon, elle faisait partie d’un autre continent. Avec cela, elle était le pays dans lequel Kimmitsu avait choisi d’aller, le pays dans lequel il avait pris le rythme de vie qu’il voulait sans être lié à personne. Le fait qu’il l’ait choisi faisait toute la différence, pour Josuke, même s’il ne comptait pas lui en faire la remarque. Comment le reprocher à son frère qui avait si mal vécu sa vie ici, enfance comme adolescence ? C’était impossible et cela aurait été cruel de le faire. Surtout venant de Munemori ou lui, qui avaient assisté aux conséquences des disputes avec leur père sur Kimmitsu…

Himako – Oui… Et ça n’empêche pas que personne ne devrait se sentir étranger chez lui par la faute de principes idiots et rétrogrades.

Mais enfin, stop ! Les remarques et autres disputes pouvaient être reportées à plus tard, non ? Ils voulaient seulement passer une bonne soirée ensemble, aussi élevée la tension soit-elle. Ils pouvaient faire un effort, non ? Un simple effort ! Rien d’autre ! Josuke lança un regard noir à Himako, s’apprêtant à faire une remarque pour couper court à tout ceci mais Akinori fut plus rapide et diplomate que lui. Déjà, il chuchota, ce que ne comptait clairement pas faire Josuke. Ensuite, il leur rappela seulement la soirée, ce qui était plus intelligent que dire qu’il comprenait les rancœurs mais qu’ils devaient attendre pour régler leurs comptes – ce que lui-même comptait dire.

Akinori – C’est pas vraiment le moment pour des règlements de compte, chuchota tout à coup Akinori, leur plus jeune frère, en se penchant vers eux. Détendez-vous, on est tous là pour fêter le Nouvel An.

Kimmitsu – Ne t’en fais pas, sourit Kimmitsu. Je ne reste que quelques jours et on se reverra dans dix ans.

Josuke eut l’horrible impression que Kimmitsu disait vrai, même s’il souriait. Il ne comptait peut-être même pas revenir du tout, sauf s’il tirait un trait sur le passé et acceptait de renouer des liens avec sa famille. Même si lui-même doutait que cela soit possible un jour… En le voyant partir et en proposant son aide pour préparer son départ, Josuke était loin d’imaginer qu’il disait adieu à son petit frère. Pourtant, aujourd’hui, il avait l’impression de l’avoir perdu pour toujours, ce qui le rendait triste et le désespérait de trouver une solution qui convienne à tout le monde. Au moins pour les enfants qui allaient naître et qui avaient le droit de connaître leur oncle, comme Genji, au moins pour éviter de répéter les erreurs du passé. Il était chez lui, ici, même s’il ne le ressentait plus comme tel.

Josuke – Tu sais… Tu n’es pas obligé de repartir pendant dix ans. Tu peux revenir ici quand tu le veux, tu es notre frère et cet endroit est autant ta maison que la nôtre, même si tu ne le ressens pas de cette manière.

Kimmitsu – C’était comme ça il y a longtemps, Josuke, on ne vit pas dans le passé, répondit Kimmitsu, alors que le reste de la famille ne leur prêtait plus garde. Ce pays n’est plus le mien.

Pourtant, il ne reniait pas ses origines et revenait tout de même les voir… Après dix ans, certes, mais il était revenu. Qu’il le veuille ou non, ce pays était le sien. Ce qu’il avait vécu en tant qu’enfant et adolescent l’avait à jamais éloigné d’eux et le comportement de leur famille n’aidait pas à changer les choses. Pourtant, Josuke ne voulait pas voir son frère éviter le Japon à cause de tout cela, il s’était efforcé de limiter les dégâts en prévenant tout le monde qu’il ne tolérerait aucune dispute, aucun acharnement sur Kimmitsu avant qu’il arrive. Ce qu’il avait soigneusement évité de lui dire, évidemment… Et ce n’était peut-être pas plus mal étant donné la situation.

Kimmitsu – Je vous écrirai lorsque je serai parti pour l’école de Gray. Je vais rencontrer son directeur en février. Je m’y suis rendu une fois, c’est un bel endroit, même s’il est un peu agité, je pense y rester longtemps, cette fois. Tu auras une occasion de venir en France si je m’y marie, un jour.

Josuke – Kimmitsu, s’il te plaît…

Josuke avait poussé un long soupir, cherchant ses mots. Il ne voulait pas blesser son frère mais cette comédie avait assez duré. Dix ans ! Dix longues années qu’il n’était plus venu, il avait dit lui-même qu’il allait bientôt se poser, il était devenu mature, il avait grandi et évolué. Le temps lui-même avait changé un peu certaines mentalités dans leur famille, surtout depuis le départ de Kimmitsu. Bon, d’accord, certains lui en voulaient énormément, beaucoup, même. Mais Josuke travaillait dur pour essayer de réparer les choses, d’apaiser les tensions. Il jeta un regard à sa mère par-dessus son épaule, puis à Himako avant de le reposer sur Kimmitsu. Par où commencer ? Il ne pouvait pas avoir tout simplement renié son pays, c’était impossible.

Josuke – Tu n’es pas obligé de nous éviter, d’éviter le Japon. Ce pays est le tien, quoi que tu en dises, et je suis presque sûr que tu en conserves certains aspects dans ta vie quotidienne, dit-il enfin en reposant sa tasse. Ce n’est pas possible… Je sais que tu as en horreur certaines coutumes de la vie, ici, de la routine instaurée par notre père durant toute notre enfance. Mais je refuse de croire que tu as tout oublié, comme ça, d’un claquement de doigt.

Le père de famille avait accompagné ses paroles du geste, ne quittant pas son frère des yeux. Il voulait lui éviter de s’isoler, de repousser sa famille alors qu’elle faisait partie intégrante de leur vie dans leurs coutumes. Qu’il n’en aime pas certains membres, Josuke pouvait l’accepter et le comprenait parfaitement – surtout lorsqu’il voyait certaines réactions encore aujourd’hui. Il n’avait pas pu l’aider lorsqu’il était adolescent, il voulait au moins l’accompagner en tant qu’adulte, ne pas dire au revoir à son frère une nouvelle fois sans savoir ce qu’il devenait, s’il allait bien, s’il était heureux. Tel qu’il le voyait aujourd’hui, Kimmitsu avait l’air plus sûr de lui, épanoui, plus déterminé que le jour de son départ. Restait à savoir si c’était vrai ou s’il portait un masque…

Josuke – On ne comprenait pas quand on était enfants, Munemori et moi, ce qui t’arrivait. On ne pouvait que te soutenir de loin sans t’apporter de véritable aide. Et on s’en est toujours voulu, même si tu ne vas sans doute pas nous croire. Que tu habites en France, nous l’avons accepté, et depuis longtemps, nous le comprenons sans problème.

Qui pouvait lui reprocher, en effet, de quitter le père qui l’effrayait à ce point ? Qui pouvait lui reprocher de claquer la porte à la personne qui l’avait le plus maltraité à cause d’un don qu’il ne contrôlait pas ? Enfant, il était incapable de comprendre, ne pouvant s’empêcher de jouer avec son pouvoir. Josuke se rappelait les heures passées à trois durant lesquelles leur petit frère leur montrait parfois son pouvoir sous leurs regards émerveillés. Ils voyaient qu’il était heureux, en l’utilisant, raison pour laquelle ils le poussaient tant à l’utiliser dans le dos de leur père. Ce n’était pas très bien, mais ça lui faisait du bien. Et, aujourd’hui, ces moments lui manquaient.

Josuke – Mais je ne veux pas te voir encore partir, t’éloigner, et ne plus avoir de tes nouvelles pendant dix ans, ajouta-t-il plus bas d’un ton plus sombre. Imagine, s’il t’arrive quelque chose, là-bas ? Ou si tu oublies encore ta famille, que tu ne t’en rappelles que dans vingt ans ? Tu as dit toi-même que la vie à Gray était agitée… Je ne veux pas avoir à dire à mon fils que l’oncle qu’il a vu une fois est mort en l’oubliant tout simplement. Tu pourrais commencer par envisager de te marier ici, par exemple.

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Kimmitsu Nakajima
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MessageSujet: Re: [Décembre 1921] Nouvel An   Dim 26 Fév - 15:17

– Kimmitsu, s’il te plaît…

Il était exaspéré d’entendre ça ? Soit, le jeune homme n’était pas venu pour relancer les hostilités ni quoi que ce soit, par contre, il ne pouvait pas la boucler bien gentiment lorsqu’il était face à certaines réactions. Son frère soupira assez longuement, incitant Kimmitsu à lui lancer un regard un peu blasé. C’est vrai, il ne devrait pas souffler sur les braises et Akinori avait raison, ce n’était ni le lieu ni le moment pour parler de tout ça ou régler ses comptes. S’ils en arrivaient vraiment là, cela dit, lui avait plutôt le sentiment que tout allait rester enfoui très profondément et qu’aucun sujet plus tendu n’allait être abordé avant qu’il ne reparte à nouveau, une fois de plus pour longtemps. Echangeant un bref regard avec Himako, il lut sur son visage qu’elle pensait exactement la même chose et qu’il vaudra mieux que tous deux s’isolent pour échanger de vraies nouvelles sur certains sujets. Il voudrait surtout savoir comment elle vivait ici malgré son pouvoir, si elle pouvait le montrer ou non, comment elle se débrouillait pour s’entraîner. Son gobelet de thé en main, il croisa de nouveau le regard de son rand frère, qui arborait sa tête des mauvais jours, comme à chaque fois qu’il voulait sermonner quelqu’un ou faire une leçon de morale. Incroyable de voir à quel point il avait le même regard que leur mère, dans cette situation.

– Tu n’es pas obligé de nous éviter, d’éviter le Japon. Ce pays est le tien, quoi que tu en dises, et je suis presque sûr que tu en conserves certains aspects dans ta vie quotidienne, dit-il enfin en reposant sa tasse. Ce n’est pas possible… Je sais que tu as en horreur certaines coutumes de la vie, ici, de la routine instaurée par notre père durant toute notre enfance. Mais je refuse de croire que tu as tout oublié, comme ça, d’un claquement de doigt.

– Je n’ai rien oublié, ce n’est pas ça.

Même sans tout laisser de côté, oublier, ne plus y penser, il pouvait conserver beaucoup de coutumes et façons de vivre sans pour autant considérer le Japon comme « son » pays, un endroit où il avait envie de revenir régulièrement, voir de nouveau y habiter durablement un jour. Josuke lui avait aussi claqué des doigts sous le nez, ne semblant lui pas suivre le même cheminement de pensées. Pour lui, ça semblait sans doute évident qu’on ne pouvait rien oublier comme ça, alors que si, pourtant, il était facile d’oublier lorsqu’on y prenait passage et qu’on était plongé au cœur d’un système radicalement différent. Dans tous les cas, son frère n’avait pas besoin d’en être exaspéré, vexé ou encore autre chose, c’était juste la vie, voilà tout. Il ajouta ensuite que même s’ils ne pouvaient pas comprendre lorsqu’ils étaient enfants, ils acceptaient et comprenaient aujourd’hui qu’il vive en France, « sans problème ». Qu’ils aient fini par l’accepter, soit, Kimmitsu voulait bien le croire, en revanche, qu’ils l’aient accepté, le professeur avait un sérieux doute sur le sujet. Les quelques nouvelles échangées parfois ne penchaient pas dans ce sens, ni même leurs conversations depuis le début de cette soirée. Il y avait simplement eu une… cassure entre eux, comme s’ils ne vivaient même plus sur la même planète. La distance y jouait beaucoup, bien sûr, mais aussi les préoccupations différentes. Eux étaient mariés, pères de familles, ils n’avaient plus les mêmes joies et soucis.

– Mais je ne veux pas te voir encore partir, t’éloigner, et ne plus avoir de tes nouvelles pendant dix ans, ajouta-t-il plus bas d’un ton plus sombre. Imagine, s’il t’arrive quelque chose, là-bas ? Ou si tu oublies encore ta famille, que tu ne t’en rappelles que dans vingt ans ? Tu as dit toi-même que la vie à Gray était agitée… Je ne veux pas avoir à dire à mon fils que l’oncle qu’il a vu une fois est mort en l’oubliant tout simplement. Tu pourrais commencer par envisager de te marier ici, par exemple.

– Un argument vraiment bas, siffla-t-il d’un ton plus bas à son tour. Une vie « plus agitée » quelque part ne veut pas forcément dire qu’il y a des dangers mortels à esquiver tous les jours. Que veux-tu qu’il m’arrive ? C’est une simple école, la plus grave chose qui pourrait arriver serait un accident en chutant dans les escaliers. Quant à me marier ici, ça me semble la pire idée au monde. Et ce ne sera pas avant longtemps, j’éprouve encore une certaine allergie au mot mariage.

Se marier ici et permettre au minimum à une trentaine de personnes de pointer sa femme du doigt en faisant resurgir les vieilles histoires, non merci, il n’avait guère envie de remuer le couteau dans la plaie. De toute manière, il n’avait pas encore envie de se marier ou fonder un foyer. Malgré son âge, il ne se sentait pas encore capable d’abriter des enfants sous son toit et de les éduquer, les protéger, les aimer, les rassurer quand ils auront peur et les conseiller en cas de besoin. Himako lui demanda s’il avait déjà fréquenté une femme, au moins, et il hocha la tête. Deux, en réalité, dont une relation qui avait tout de même dura trois bonnes années puis qui s’était terminée plusieurs mois auparavant. Il précisa à sa sœur qu’ils s’étaient séparés car les sentiments étaient partis, tout simplement, comme ils étaient venus. La vie continuait. Elle le questionna ensuite sur le pensionnat où il devait avoir son entretien, sa grandeur, les méthodes d’éducation, la façon dont on apprenait aux enfants à contrôler leurs pouvoirs, et ainsi de suite. La fin du repas fut du même coup beaucoup plus apaisée, comme le début de la soirée qui s’ensuivit.

Ils continuaient d’échanger des nouvelles dans le salon lorsque le petit Genji revint, les yeux encore embués de sommeil en traînant sa peluche avec lui, puis vint grimper sur les genoux de son père en murmurant qu’il avait fait un cauchemar. Il était vraiment mignon. Himako aussi souriait, visiblement toujours aussi attachée aux enfants. C’était toujours assez bizarre, pour Kimmitsu, de voir ses frères avec des enfants dans les bras, même si ça restait parfaitement logique. Il l’observa avec le petit durant un court moment, en silence, son regard s’assombrissant un peu sans qu’il n’y prenne garde. Au fond, ce n’était pas tant qu’il ne voulait pas de femme ou d’enfants, mais plus qu’il avait peur de mal faire avec un petit être si fragile dans les bras. La jeune femme avec qui il avait vécu durant trois ans ne voulait pas d’enfants, lui non plus, ils n’en avaient finalement parlé qu’une fois ensemble, peu de temps avant de se séparer. Peut-être avait-elle senti qu’il en voulait sans pour autant oser l’exprimer. C’était sans doute stupide, une peur irrationnelle, pourtant, elle était bien là. Il avait l’impression d’être très en retard, en étant âgé d’un peu plus de trente ans et ayant toujours aussi peur de devenir père.

– Comment as-tu réagi lorsque ta femme t’a annoncé qu’elle était enceinte ? demanda-t-il à Josuke en relevant les yeux. Vous aviez déjà prévu de puis un moment d’avoir plusieurs enfants ?

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Josuke Nakajima
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MessageSujet: Re: [Décembre 1921] Nouvel An   Lun 3 Avr - 22:49

Kimmitsu – Un argument vraiment bas, siffla-t-il d’un ton plus bas à son tour. Une vie « plus agitée » quelque part ne veut pas forcément dire qu’il y a des dangers mortels à esquiver tous les jours. Que veux-tu qu’il m’arrive ? C’est une simple école, la plus grave chose qui pourrait arriver serait un accident en chutant dans les escaliers. Quant à me marier ici, ça me semble la pire idée au monde. Et ce ne sera pas avant longtemps, j’éprouve encore une certaine allergie au mot mariage.

Oui, enfin, c’était quand même loin… Et il ne pouvait pas tout abandonner comme cela, il pouvait les tenir au courant, leur parler, revenir plus souvent. Il était leur petit frère ! C’était normal que Josuke s’inquiète pour lui, essaie de savoir ce qu’il vivait et comment, essaie d’apaiser les tensions même si le faire était loin d’être facile. Désolé mais il tenait vraiment à Kimmitsu, quoi que ce dernier en pense, et il ne pouvait pas le laisser filer une nouvelle fois sans essayer de lui tirer des promesses de visites fréquentes. Depuis qu’il était parti, ils n’avaient que très peu de nouvelles, ne l’avaient plus revu alors qu’ils ne s’étaient pas disputés. Il en avait après leur père, oui, mais pas après ses propres frères ! Si ? Si c’était le cas, qu’il le dise, vraiment, mais qu’il cesse de partir comme un voleur pour ne revenir que dix longues années plus tard. Tout ce qu’il avait manqué, la naissance de ses neveux, les mariages, les promesses… Cela ne lui faisait donc absolument rien ? Josuke refusait de le croire.

D’accord, Kimmitsu ne voulait pas se marier, le vieil homme l’acceptait complètement. Il n’était pas près, connaissait trop de changements pour l’instant, c’était logique. Mais ces changements ne justifiaient pas un tel délaissement de sa famille ! En fin de compte, c’était vraiment cela que Josuke ne parvenait pas à accepter. Il resta silencieux durant le repas, participant à la conversation d’une oreille distraite en essayant d’ignorer le risque de départ pour encore de nombreuses années de Kimmitsu. Qu’il refuse de le promettre simplement était un signe suffisant pour lui, qu’il se défile de cette manière… Il entendait la conversation de son frère avec Himako mais essayait de ne pas l’écouter, par respect, même si quelques phrases filtraient malgré lui. Au moins, leur jeune frère avait une vie en France et ne restait pas isolé, ne fuyait pas le mariage ni les relations qui pouvaient lui être bénéfiques. Il ne se créait pas d’ennuis non plus, l’école dont il parlait ayant l’air plutôt sérieuse d’après les quelques bribes que Josuke put saisir au vol. C’était… déjà rassurant. Un peu.

La soirée se suivit dans une ambiance plus détendue, Josuke parlant avec sa femme, restant à ses côtés au cas où elle avait besoin de quelque chose, prêt à l’aider et à l’épauler. Il fut, cependant, interrompu par Genji qui le tira de sa conversation en traînant sa peluche derrière lui, essayant de grimper sur ses genoux. Oh… Il était fatigué et venait de se réveiller. Que se passait-il ? Un mauvais rêve ? Il était malade ? Le père de famille le serra dans ses bras, l’installant convenablement sur ses genoux en s’écartant un peu pour lui faire de la place. Là, il était mieux assis ? Confirmant ce qu’il pensait, Genji lui murmura qu’il avait fait un cauchemar, ce qui expliquait son réveil alors qu’il avait encore sommeil. C’est fini, il ne risquait plus rien, il pouvait rester avec eux le temps de se calmer. Josuke essaya de le réconforter, de lui dire que tout allait bien et qu’il était protégé à la maison, que rien ne pouvait lui arriver ici et que toute sa famille était là pour lui. Que papa et maman veillaient sur lui, même s’il avait peur, qu’ils n’étaient pas très loin. Les cauchemars… De quoi avait-il eu peur ? Préférant ne pas raviver ce souvenir, il préféra le câliner et l’embrasser sur le sommet du crâne en le berçant un peu pour essayer de le rendormir. Voilà… C’était terminé, plus de cauchemar, il pouvait se calmer.

Kimmitsu – Comment as-tu réagi lorsque ta femme t’a annoncé qu’elle était enceinte ? demanda-t-il à Josuke en relevant les yeux. Vous aviez déjà prévu depuis un moment d’avoir plusieurs enfants ?

Josuke – Absolument pas, dit-il en redressant la tête pour regarder son frère. On ne voulait pas prévoir, prenant ce que la vie nous donne. Cela évite certaines déceptions comme chez nos voisins et, ainsi, nous aimons autant chacun de nos enfants. Si tu commences à imaginer et à envisager le futur alors que tu ne sais rien, alors qu’il est aussi imprévisible, tu as tout à perdre. Alors que si tu profites…

Josuke pensait surtout à une famille voisine qu’ils croisaient souvent, lorsqu’ils allaient vers la ville, et qui s’enthousiasmait à chaque naissance en prévoyant également le sexe de leur futur bébé. C’était une mentalité très étrange, pour lui, mais il savait que ce n’était pas le cas de tout le monde. En plus de cela, tout prévoir et essayer de prédire l’avenir ne faisait qu’aggraver la situation. Leurs voisins étaient nerveux à l’approche de l’accouchement, priant pour qu’ils aient ce qu’ils avaient espéré, attendant une réponse positive et étant, forcément, déçus de ce qu’ils avaient au final. Ils stressaient et oubliaient de profiter du moment présent, de la naissance de leur enfant, se préoccupant immédiatement de la suite et des changements à faire à cause de leur anticipation trop grande et inutile, d’un côté. Alors qu’une naissance, une grossesse, un accouchement… Tous ces moments étaient si rares et précieux ! Comment pouvait-on les gâcher aussi bêtement ? Josuke rehaussa un peu Genji contre lui, lui frottant le bras pour essayer de l’apaiser, tâchant de ne pas parler trop fort et de garder une voix égale pour le bercer un peu.

Josuke – L’annonce d’une naissance prochaine, la grossesse et l’accouchement sont des moments précieux et très rares qu’il ne faut surtout pas gâcher. J’étais au comble du bonheur lorsqu’Emiko m’a dit qu’elle était enceinte, je n’ai pas ressenti le moindre stress parce qu’elle était là et que nous étions ensemble. Si tu as une compagne, une épouse que tu aimes, tu ne peux pas avoir peur, même si c’est une première fois pour tous les deux.

Et, ça, c’était la plus belle expérience de sa vie jusqu’à présent. Affronter cette nouvelle épreuve ensemble, recevoir ce cadeau du ciel et ne surtout pas avoir peur. Lorsqu’il leur arrivait d’être plus effrayé, à l’un ou à l’autre, il y en avait toujours un qui rassurait l’autre en prouvant que c’était inutile pour telle ou telle raison. Ils voulaient bien faire, aimaient leurs enfants et prenaient mille précautions à chaque fois. Alors, comment les choses pourraient-elles mal se passer ? Josuke réprima un petit rire, souriant en repensant à l’épisode qui l’avait le plus marqué lors de la naissance de Genji. Ils avaient passé, Emiko et lui, des jours et des jours à essayer de comprendre comment bien le porter, se fiant à des conseils, essayant de retenir les étapes et les bons gestes. Cela avait été très dur, l’un comme l’autre oubliant sans cesse un élément. Mais ils avaient réussi ! Après de longues heures d’entraînement, certes, mais c’était bon.

Josuke – Le plus dur a été d’apprendre à tenir correctement un bébé dans les bras. Tu n’imagines pas les heures de galère, nous oubliions toujours un élément, un geste, et Genji pleurait parce qu’il était mal mis, mal installé. Mais on s’est soutenus et, à force de se corriger, nous avons réussi à retenir la bonne technique jusqu’à l’intégrer complètement.

Au moins, cela allait leur servir avec les jumelles. Jumelles qui se mirent, presque aussitôt, à pleurer au même moment, toutes les deux… En même temps ?! Sérieusement… ? Emiko fit mine de se relever avec un air un peu fatigué mais Josuke posa une main sur son épaule pour l’inciter à rester assise. Non, elle ne bougeait pas, qu’elle mange et se repose, vraiment. Elle avait bien assez travaillé aujourd’hui, ils savaient tous les efforts que demandait une naissance. Alors, deux… Le seul petit problème était qu’il avait Genji sur ses genoux et il ne pouvait pas le laisser tout seul maintenant, pas alors qu’il n’était pas apaisé. Oh, mais… Une idée lui traversant l’esprit, Josuke appela son frère en se redressant pour se rapprocher de lui, reprenant ensuite Genji dans ses bras pour les mettre dans ceux de Kimmitsu.

Josuke – Est-ce que tu peux le tenir et essayer de le calmer pendant que je m’occupe des filles ? Ce sera l’occasion de faire plus ample connaissance avec ton neveu, ajouta-t-il sans lui laisser l’occasion de riposter, filant aussitôt.

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Kimmitsu Nakajima
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MessageSujet: Re: [Décembre 1921] Nouvel An   Dim 30 Avr - 23:02

Josuke – Absolument pas, dit-il en redressant la tête pour regarder son frère. On ne voulait pas prévoir, prenant ce que la vie nous donne. Cela évite certaines déceptions comme chez nos voisins et, ainsi, nous aimons autant chacun de nos enfants. Si tu commences à imaginer et à envisager le futur alors que tu ne sais rien, alors qu’il est aussi imprévisible, tu as tout à perdre. Alors que si tu profites…

Cela restait assez bizarre de voir son frère avec un enfant dans les bras, alors qu'avant de partir, Josuke était à peine marié et découvrait littéralement la vie en couple. Aujourd'hui, le voir père, avec des moments où il était plus doux que d'autres... Un enfant, c'était si fragile, si petit, si... Lui aurait peur de lui faire mal ne le soulevant ou en s'en occupant. Dans une école ou avec ses élèves, c'était très différent, ils étaient plus grands, apprenaient, il les soignait parfois, c'était tout à fait autre chose. Là, Genji était très jeune. Kimmitsu les regarda tous les deux un petit instant, assez ébahi de voir la tête que tirait son frère en parlant de ça. Il était étrange de le voir aussi... doux, avec son fils, cela cassait complètement son image très sérieuse et rigide. Il n'était pas brutal, enfin, pas bien doux non plus. Kimmitsu ne fit pas de commentaires, cependant, échangeant juste un bref regard avec Himako plus loin, qui elle souriait ouvertement, avec un petit air moqueur. Soit elle pensait exactement la même chose que lui, soit elle se moquait d'eux d'eux dans une pareille situation. Dan sun cas comme dans l'autre, ça devenait gênant.

Josuke – L’annonce d’une naissance prochaine, la grossesse et l’accouchement sont des moments précieux et très rares qu’il ne faut surtout pas gâcher. J’étais au comble du bonheur lorsqu’Emiko m’a dit qu’elle était enceinte, je n’ai pas ressenti le moindre stress parce qu’elle était là et que nous étions ensemble. Si tu as une compagne, une épouse que tu aimes, tu ne peux pas avoir peur, même si c’est une première fois pour tous les deux.

Ne pas avoir peur du tout, c'était vite dit, et il fallait aussi être avec une femme qu'on aimait vraiment, avec qui on était parfaitement à l'aise. Le professeur garda le silence, pour ne pas vexer ou blesser son frère en lui avouant le fond de sa pensée, mais pour lui, il se demandait même comment il était parvenu se trouver assez bien avec Emiko pour la mettre enceinte. Ce n'était pas contre, elle était très douce et aimante, mais enfin, c'était tout de même un mariage arrangé. Cette idée le révulsait il y a dix ans, ça n'avait pas évolué aujourd'hui. Il ne comprenait tout simplement pas comment on pouvait accepter de construire toute une relation et fonder une famille avec une personne choisie pour nous par un tiers, peu importe que cette personne soit très gentille, travailleuse et tout ce que l'on veut. Si ça fonctionnait, et bien, tant mieux. Après tout, c'était aussi une question de culture, et c'est en songeant ça que Kimmitsu réalisa qu'il commençait à ne plus considérer cette culture comme la sienne,a lors qu'il était né et avait grandi ici. Un petit frisson l'agita, heureusement imperceptible, et il reposa sa tasse de thé avant de la renverser. Ce n'était pas si grave, après tout, juste un peu délicat. Il n'était plus revenu ici depuis très longtemps, certaines habitudes s'étaient effacées, certains réflexes aussi. Ce qui n'ira pas en s'arrangeant.

Josuke – Le plus dur a été d’apprendre à tenir correctement un bébé dans les bras. Tu n’imagines pas les heures de galère, nous oubliions toujours un élément, un geste, et Genji pleurait parce qu’il était mal mis, mal installé. Mais on s’est soutenus et, à force de se corriger, nous avons réussi à retenir la bonne technique jusqu’à l’intégrer complètement.

Et dire que cela datait d'il y a déjà quelques années. Au même instant, les pleurs de bébés se firent entendre, les deux petites s'étaient réveillées. Evidemment,s i l'une s'agitait, l'autre aussi, réveillée par sa sœur. Le professeur eut un très faible sourire en entendant ça, sentant bien que les deux ou trois prochaines années allaient être bien mouvementées. Cette naissance ne sera pas isolé, leurs frères et sœurs allaient eux aussi fonder un foyer, mettre des petits au monde, la maison sera très animée. Emiko voulut se lever puis son mari l'arrêta d'un geste, plus décidé à s'y rendre lui-même. Il parviendra à s'occuper des deux petites en même temps ? Il l'appela tout à coup, lui faisant hausser un sourcil car Kimmitsu ne risquait pas de l'aider, là, il n'avait pas d'expérience avec les bébés. sauf que ce n'était pas cela. Il colla tout à coup son fils dans les bras, en ignorant son regarda assez choqué, comme si c'était parfaitement naturel. Non mais, une minute !

Josuke – Est-ce que tu peux le tenir et essayer de le calmer pendant que je m’occupe des filles ? Ce sera l’occasion de faire plus ample connaissance avec ton neveu, ajouta-t-il sans lui laisser l’occasion de riposter, filant aussitôt.

Il se payait sa tête, là ! Gêné, Kimmitsu essaya de le tenir correctement, préférant se rasseoir et cherchant une manière de l'asseoir avec lui. Il pouvait entraîner et soigner des enfants, parfois de très jeunes enfants, mais de là à les tenir dans ses bras, non, il y avait un monde. Comment... Il était tout petit, en plus, très jeune. Mal à l'aise, Kimmitsu l'assit contre lui et passa un bras dans son do, l'autre le tenant par devant, en le poussant à s'appuyer contre lui pour qu'il puisse se rendormir. Voilà, tout ira bien, du calme... Il avait peur de lui faire mal, de trop le serrer ou pas assez, plus mal à l'aise encore que lors de son tout premier jour de travail. Son neveu somnolait à moitié en serrant sa peluche contre lui, visiblement peu gêné d'être dans les bras d'un parfait inconnu, d'un oncle vu pour la première fois il y a deux heures à peine. Kimmitsu l'observa un moment, tâchant de le tenir au mieux, puis sourit en voyant le petit garçon se blottir un peu plus dans ses bras. Il le serra un peu plus contre lui, sans plus faire attention à ce qui arrivait autour, simplement touché de le voir ainsi en confiance alors qu'il ne connaissait pas du tout. Lorsque son frère revint, tout sourire, il n'avait pas bougé, occupé à regarder Genji dormir profondément, la bouche ouverte.

Kimmitsu – Il a vite confiance, en tout cas...

La prochaine fois qu'il le reverra, petit garçon sera sans doute déjà bien grand. Voir jeune adolescent, onze, douze, seize ans. Voire pas du tout. Kimmitsu releva brièvement le regard lorsque leur mère partie se coucher à son tour puis le baissa, le regard dans le vague. Ils verront bien, autant essayer de profiter de voir sa famille maintenant. Au fond, il avait tout de même l'impression de faire une grave erreur. A venir ici, à les revoir, ce sera ensuite encore plus difficile de repartir et faire comme si rien ne s'était passé. Il n'aurait sans doute pas dû écouter Himako. Se pinçant les lèvres, il échangea un long regard avec elle, sourcils légèrement froncés. De son côté, elle fit un signe comme pour lui dire "Oublie, ce n'est rien". Pour ce soir, peut-être pas. Mais pour la suite ? Un peu troublé tout à coup, il remit doucement Genji dans les bras de son père, en lui disant qu'il sera mieux avec lui.

Josuke – Tu es son oncle et tu as dit toi-même qu'il te faisait confiance, il n'a pas l'air si mal que cela dans tes bras.

Kimmitsu – C'est juste moi qui ne suis pas à l'aise.

Pas seulement avec les tous jeunes enfants mais pas à l'aise tout court. Ici, dans cette maison. Il eut un maigre sourire puis dit à son frère qu'il allait prendre l'air, avant de se lever et quitter la pièce. Prendre l'air fera le plus grand bien, en cet instant précis. Il enfila ses chaussures et une veste, sortant ensuite sur le perron en respirant doucement l'air nocturne, les mains dans les poches. Dans quelques jours, il sera de nouveau parti. Sa mère en sera très contente, sans aucun doute. D'ici là, se forcer à se taire, ne pas faire de vagues, ne pas parler à cœur ouvert. Pour quelques jours, il y arrivera sans doute.

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[Décembre 1921] Nouvel An
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