1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Mensonges et gamineries

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Jasper K. Nakajima
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Âge RPG : 16 ans

MessageSujet: Mensonges et gamineries   Lun 25 Jan - 14:11

Jasper jeta un regard derrière son épaule, vers le bureau, avant de descendre les escaliers en bois. Qu’avait-il subi, durant sa disparition, pour être dans cet état ? C’était franchement effrayant de le voir comme ça, aussi… affaibli. Il avait toujours paru tellement solide et fort qu’il semblait impossible que lui aussi puisse avoir des moments de faiblesse ou être malade, s’en devenait même une idée absurde. Et pourtant. Revenant dans le salon, il vit l’autre frère de leur prof, détournant presque aussitôt les yeux en remettant sa veste, par-dessus son uniforme. Malgré leur « explication », il ne parvenait toujours pas à voir cet homme autrement que comme un père indigne, désolé. Envoyer son propre fils à l’autre bout du monde « pour son bien », sans se soucier qu’il ne veuille pas, lui imposer d’un bloc de devoir se faire de nouveaux amis, s’adapter à une autre culture, un autre pays, une autre langue, loin de sa famille et de tout ce qu’il avait connu jusqu’ici, plus cruel encore ? Difficile de croire qu’il s’agissait là du seul et unique moyen. Le seul moyen que lui avait vu, peut-être. Mais le seul moyen tout court, peu de chance.

Sortant au-dehors avec Laura, soulagé que la pluie ait cessé bien que l’air reste lourd, il mit son sac sur ses épaules, en bandoulière, fourrant les mains dans les poches avant de partir avec Laura, retournant au pensionnat. Combien de fois lui avait-il dit de ne pas approcher l’armée, exactement … ? Une petite centaine de fois ou plus ? Et combien de fois le lui avait-il répété ? Mais non, bien sûr, pourquoi faire un minimum attention à ça ! Après tout, ce n’est pas comme si elle restait bien plus grave qu’une heure de colle ou une engueulade avec un prof, non, bien sûr, c’était l’armée, et elle avait quatorze ans, elle devait sûrement penser qu’on ne lui fera rien ! Naïveté ou idiotie, comment savoir ? Dans quelle catégorie placer ça ? Sans oublier qu’elle s’amusait à y aller toute seule alors que leur père et le maréchal devaient être là-bas à la même heure, il s‘agissait tout de même du centre de commandement principal de Paris ! Il n’en revenait pas. Elle hurlait comme une gamine pour qu’on ne lui cache rien et elle-même cachait soigneusement tout ce qui la mettait gravement en danger ! Sa sœur avait-elle était dotée d’un cerveau à la naissance ? Il commençait à en douter. Très raide et furieux, il ne lâcha pas un seul mot lorsqu’ils avancèrent dans le village. Elle voulait se comporter comme une pauvre mioche idiote en voulant être indépendante, et bien soit.

– Tu n’as plus intérêt à t’attendre à ce que je te raconte quoi que ce soit, siffla-t-il. Tu veux te comporter comme une sale gamine capricieuse ? Et bien soit, continue ! Mais il n’est plus question que je te parle comme si tu avais grandi un minimum ou évolué, ni que je t’implique dans quoi que ce soit. Si tu veux te comporter comme une mioche, tu seras traitée comme une mioche, point final. Je passerai le message à Antoine, peu importe ce qu’on pourra faire, ce n’est pas la peine de t’impliquer, tu es trop immature et capricieuse.

Il accéléra le pas dans la rue, sans même la regarder, la gorge serrée. Mademoiselle râlait car on ne la mettait au courant de rien alors qu’elle était tout simplement incapable de se comporter en connaissance de cause ? Pourquoi avait-il cru qu’elle avait grandie ?! Pourquoi ?! C’était stupide, elle avait quatorze ans et avait toujours refusé d’écouter les conseils qu’on lui donnait, peu importe de qui ils venaient. Il soupira longuement en s’arrêtant pour laisser passer deux voitures, reprenant ensuite son chemin en traversant la place du village, sans plus se presser. En rentrant au pensionnat, il ira retrouver Antoine, pour lui parler, raconter ce coup-là, puis se défouler ce soir, s’amuser un peu, se détendre, respirer, somme toute. Laura sera de nouveau impliquée lorsqu’elle aura prouvé qu’elle avait grandi, qu’elle ne mentait plus et qu’elle était capable de se comporter comme une jeune fille responsable et pas une gamine de quatre ans maximum.

– Avance un peu plus vite que ça, soupira-t-il en tournant la tête derrière lui, on ne va pas attendre la nuit avant de rentrer au pensionnat, les grilles vont être fermées.

Il reporta le regard sur la route menant à l’école, le regard fixé droit devant lui, les poings serrés dans ses poches. Il était furieux, n’en revenant pas que Laura ait pu être idiote à ce point. « J’ai grandi, je fais des efforts, je suis patiente, je veux savoir ! ». C’est ça… Tout ce qu’elle entendra en réponse, à partir de maintenant, ce sera « On attendra que tu ais grandie ».

– Tant qu’on est dans les révélations, tu caches encore autre chose ? grinça-t-il. Du genre, tu t’es engagée chez les Guetteurs ? Je m’attends à tout, à partir de maintenant !

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Mensonges et gamineries   Mer 27 Jan - 12:01

Laura était fichue. La fatigue de leur professeur l’avait à la fois sauvée et condamnée, les incitant à quitter son bureau et à rentrer au Pensionnat pour ne pas être une trop lourde charge dont il fallait s’occuper aujourd’hui aussi. Et maintenant, ils marchaient, Jasper toujours aussi furieux. Elle s’attendait à ce qu’il parle, à ce qu’il hurle, à ce qu’il cherche à savoir ce qu’elle n’avait pas dit à monsieur Nakajima. Elle s’attendait même à ce qu’il la gifle comme il le faisait lorsqu’elle dépassait les limites… Mais si elle avait fait tout cela, c’était uniquement pour l’aider ! Pour ne pas le laisser tout subir tout seul, pour l’épauler à sa manière comme lui ne disait rien ! Elle le voyait malade, nerveux comme jamais, et elle aurait dû rester là à attendre qu’il revienne sans bouger le petit doigt ? Laura avait compris qu’elle avait fait une énorme connerie ce jour-là, elle avait compris aussi qu’elle ne devait pas agir sans réfléchir. Sinon pourquoi aurait-elle pris tant de soin à préparer leur entrée et leur sortie du Pensionnat, Genji et elle ? Dieu merci, Jasper l’ignorait…

Courant presque derrière son frère pour arriver à le suivre, Laura restait silencieuse, n’osant pas se mettre à côté de lui sans baisser les yeux. Elle était désolée mais cela avait été plus fort qu’elle. Comment aurait-elle dû réagir en voyant son frère dans cet état par sa faute ? Elle aurait dû se tourner les pouces et attendre alors qu’il était malade ? Lui aussi s’inquiétait pour elle, ce n’était pas à sens unique. Et comment aurait-elle pu lui avouer ça ? « Au fait, je suis allée à la caserne cet été et je culpabilise depuis plus d’un mois » ? Ca n’aurait rien changé du tout. Enfin… Peut-être. Elle ne savait pas ce qu’il pensait de tout cela, en dehors de l’air furieux qui ne le quittait pas depuis qu’ils avaient quitté la maison de leur prof. Et elle-même n’aurait rien dit, le suivant en courant à moitié dans les rues de Gray. Se mordant les lèvres, Laura peinait à marcher assez vite à côté de Jasper, ayant de trop petites jambes par rapport à lui, mais n’osait même pas protester de peur de se faire engueuler.

Jasper – Tu n’as plus intérêt à t’attendre à ce que je te raconte quoi que ce soit, siffla-t-il. Tu veux te comporter comme une sale gamine capricieuse ? Et bien soit, continue ! Mais il n’est plus question que je te parle comme si tu avais grandi un minimum ou évolué, ni que je t’implique dans quoi que ce soit. Si tu veux te comporter comme une mioche, tu seras traitée comme une mioche, point final. Je passerai le message à Antoine, peu importe ce qu’on pourra faire, ce n’est pas la peine de t’impliquer, tu es trop immature et capricieuse.

Quoi ? Mais elle avait compris son erreur à la caserne ! Et elle s’en était tirée ! Il n’était pas obligé d’en parler à Antoine, cette histoire ne les concernait qu’eux deux, elle n’avait pas agi sur « un caprice » en allant à la caserne. Si elle y était allée, c’était uniquement pour l’aider, l’apaiser, pour qu’il soit dans un autre endroit. Mais cela, non, Jasper ne le voyait pas, ne le comprenait pas, refusait de comprendre le sous-entendu de cette démarche. Elle aurait pu être parfaitement discrète ! Comment Laura aurait-elle pu savoir que son don avait évolué ? Elle n’avait que quatorze ans ! Oui, la caserne l’avait terrorisée. Oui, elle avait peur à chaque pas qu’elle faisait. Mais ce n’était que pour son frère qu’elle était allée là-bas. Sa tante ne la terrorisait pas, pas au même point que Jasper…

En plus, lui non plus ne semblait pas avoir retenu quoi que ce soit, leur professeur avait bien insisté sur le « il ne faut pas garder les choses pour soi », il l’avait assez répété. S’il lui avait avoué ce que le Colonel avait dit dès le début, elle aurait pu le rassurer, lui dire qu’ils avaient changé, qu’il réfléchissait beaucoup plus, qu’elle ne lui en voulait plus, que… Que n’importe quoi, mais elle aurait été réellement présente. Laura ouvrit légèrement la bouche pour riposter mais la referma aussitôt en se disant qu’il n’avait certainement pas fini, qu’il allait en rajouter une couche juste après. Elle resta silencieuse, sa gorge se serrant beaucoup plus et sa vue se brouillant légèrement tandis qu’elle se mordait les lèvres. Elle peinait réellement à avancer et à le suivre, cette fois, se retenant franchement de faire demi-tour pour retourner chez leur professeur. Il ne la laissait même pas s’expliquer ! Il ne cherchait même pas à comprendre pourquoi elle était allée là-bas, non, tout ce qui lui importait était qu’elle était allée dans une caserne. Laura trébucha contre une dalle, récupérant son équilibre juste à temps pour ne pas se heurter contre Jasper qui s’était arrêté. Levant la tête, elle constata qu’il avait laissé passer deux voitures et put reprendre son souffle avant de continuer à marcher, toujours sans rien dire.

Jasper – Avance un peu plus vite que ça, soupira-t-il en tournant la tête derrière lui, on ne va pas attendre la nuit avant de rentrer au pensionnat, les grilles vont être fermées.

Laura faillit rétorquer qu’il n’avait qu’à la laisser là, qu’il se débrouillerait bien mieux sans elle, qu’elle ne lui apporterait plus d’autres ennuis comme ça, mais se ravisa à la dernière seconde en pressant le pas. Elle ne l’obligeait pas à la surveiller et à s’inquiéter pour elle, ils n’avaient qu’à arrêter de s’inquiéter l’un pour l’autre et leurs soucis seraient réglés. C’était ce qu’il voulait, non ? Qu’elle ne s’inquiète pas, qu’elle reste tranquille, qu’elle ne cherche même pas à l’aider. Mais il était son frère. Et, même s’il était furieux, même si elle avait envie de lui hurler dessus en cet instant précis, elle s’inquiéterait toujours pour lui. Pour le moment, Laura devait se taire, avancer sans rien dire. Se taire et subir l’engueulade avant de répondre, rassembler ses explications, ses arguments… Sans dire ce qui lui était passé par la tête à propos de la culpabilité. Elle n’osait même pas imaginer sa réaction s’il savait tout ce qu’elle avait pensé…

Jasper – Tant qu’on est dans les révélations, tu caches encore autre chose ? grinça-t-il. Du genre, tu t’es engagée chez les Guetteurs ? Je m’attends à tout, à partir de maintenant !

Laura – Mais si j’ai fait tout ça, c’était uniquement pour t’aider ! répondit-elle aussitôt, larmes aux yeux.

Envolées, les réponses possibles pour éviter de dire que c’était précisément pour lui qu’elle avait réagi comme cela. Laura n’avait pas réfléchi, blessée qu’il puisse penser qu’elle ait rejoint les Guetteurs alors qu’elle faisait tout son possible pour l’aider. Elle passait nettement plus de temps à s’entraîner, travaillait dur les arts martiaux et son don pour être plus forte et ne pas être un poids pour Jasper. Et là, il était en train de sous-entendre tout le contraire… Laura s’était arrêtée en hurlant, emportée par un mélange de colère et de tristesse. Il ne voyait même pas ce qu’elle faisait, comme si tout cela ne comptait pas.

Laura – Si je suis allée à la caserne, c’était pour demander à la directrice un autre tuteur avant ton retour. Je ne supportais pas de te voir dans cet état, de voir à quel point le Colonel te rendait malade sans que tu ne m’expliques pourquoi, de voir que je t’obligeais à subir toute cette histoire à cause de moi. Je n'ai même pas pu t'accompagner, te soutenir sur place, j'espérais t'annoncer une bonne nouvelle après ! Je voulais t’aider, faire quelque chose, et je savais que tu avais peur de la directrice alors je ne voulais pas t’infliger cela en plus.

La voix de Laura tremblait mais elle s’efforçait de regarder son frère, de ne pas abandonner ses explications. Elle savait qu’elle en avait trop dit mais cela lui importait peu. Serrant les poings, elle ne baissait pas la tête, s’étant complètement arrêtée à présent, même s’il ne leur restait pas des masses de chemin à faire. La réaction de Jasper l’avait blessée. Qu’il lui dise qu’elle agissait comme une gamine capricieuse alors que c’était pour lui qu’elle avait fait cela, pour lui qu’elle culpabilisait depuis deux mois, pour lui qu’elle était allée dans cette caserne sans imaginer une seule seconde que son don allait lui échapper… Non, désolée, elle ne pouvait pas.

Laura – Je n’ai rien pu faire pour t’aider sur le moment, tu m’as toujours écartée et tu étais affaibli à cause de ça, j’ai seulement cherché un moyen de t’aider, de t’épauler ! Comment crois-tu que je me sentais, moi, en te voyant dans un état pareil ? C’est à cause de moi que tu as dû porter plainte, à cause de moi que tu as dû plonger dans le lac et à cause de moi que les paroles du Colonel t’ont rendu malade… Je ne voyais pas d’autre solution ! Ce n'est pas pour rien si j'ai passé tous les jours à ton chevet, sortant seulement lorsque j'y étais obligée. Tout ce que tu as subi, c'est à cause de moi... Le prof m'a dit que j'essayais de protéger ce qui me restait de famille, mais est-ce vraiment la protéger en la faisant souffrir ?

Voilà. Elle avait tout balancé, malgré elle. Laura passa une main sur ses yeux pour les essuyer, pleurant à chaudes larmes à présent, n’imaginant pas du tout qu’elle allait avouer tout cela à Jasper. Elle ne voulait pas montrer à quel point elle s’en voulait, à quel point son propre état l’avait touchée. Elle l’avait veillé tous les jours, sauf lorsque leur professeur ou Solène l’obligeait à sortir mais, même dans ce cas-là, elle revenait directement après leur sortie pour vérifier que Jasper ne manquait de rien. Maintenant qu’elle y repensait, c’était sans doute comme cela que leur prof avait compris qu’elle culpabilisait toujours… Essayant de se calmer, elle souffla un « Je suis désolée » à Jasper, serrant ses bras autour d’elle sans plus le regarder, tête baissée.

Laura – Rentre sans moi…, dit-elle en reniflant et en tremblant. Je ne veux pas être un poids, je vais… essayer de me calmer ici… J’irai chez le sous-directeur après.

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Jasper K. Nakajima
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Âge RPG : 16 ans

MessageSujet: Re: Mensonges et gamineries   Lun 1 Fév - 20:22

– Mais si j’ai fait tout ça, c’était uniquement pour t’aider ! répondit-elle aussitôt, larmes aux yeux.

Elle ne pouvait donc pas arrêter de pleurer toutes les cinq minutes comme une gosse en plein caprice ?! C’était soûlant ! Elle comptait l’aider en chialant tous les jours comme une gamine à qui on a refusé un bonbon à la boulangerie ! Il s’arrêta à son tour, se frottant un peu les oreilles avant de remettre les mains dans ses poches. Allez, elle n’avait pas encore hurlé assez fort, les villageois n’avaient sûrement pas dû bien l’entendre ! Qu’elle crie avec encore plus de voix qu’elle s’était mise en danger exprès pour l’aider ! Le tout en faisant un magnifique croche-patte puis égorgement à la logique, tant qu’on y est, pourquoi faire les choses à moitié ?! Et dire qu’elle lui soutenait avoir grandi ! C’est cela, elle avait grandi dans la bêtise et la naïveté mais certainement pas en maturité ! Qu’est-ce qu’il y a de plus mature que de crier toute seule comme une mioche en se mettant à chialer aussitôt, on se le demande ?! Elle avait encore quatre ans, elle voulait qu’il lui prépare un biberon ?! Et après ça, elle allait bouder dans son coin pendant des jours en mode « Bande de méchants, je vous déteste, je suis une incomprise » ? Comme elle le faisait depuis toujours somme toute, aucune raison pour que ça change aujourd’hui.

– Si je suis allée à la caserne, c’était pour demander à la directrice un autre tuteur avant ton retour. Je ne supportais pas de te voir dans cet état, de voir à quel point le Colonel te rendait malade sans que tu ne m’expliques pourquoi, de voir que je t’obligeais à subir toute cette histoire à cause de moi. Je n'ai même pas pu t'accompagner, te soutenir sur place, j'espérais t'annoncer une bonne nouvelle après ! Je voulais t’aider, faire quelque chose, et je savais que tu avais peur de la directrice alors je ne voulais pas t’infliger cela en plus.

Et attendre le soir, que la directrice rentre, elle avait trouvé ça compliqué ou n’y avait juste pas pensé ?! Bravo la réflexion, c’est tellement intelligent, une fois encore ! Elle passait son temps à foncer dans le tas sans réfléchir un quart de seconde et elle s’étonnait ensuite qu’on la considère comme une enfant ! Il la fixa droit dans les yeux, les dents serrées, alors qu’elle restait plantée sur-place. Non, elle ne hurlait pas assez fort, encore, les maisons à l’autre bout du village n’entendaient toujours pas comme il le fallait ! Elle s’était sentie à l’écart et sa seule « idée » pour aider avait été « Tieeens, et si je me mettais volontairement en danger en promenant ma petite personne de quatorze ans dans un endroit rempli de personnes armées et très nerveuses, c’est une bonne idée ! ». Excellent, en effet, en oubliant simplement le fait qu’il y avait dans ledit endroit toutes les personnes de ce monde les plus susceptibles de lui faire du mal ! Comment ça, on s’en moque ? Oh, mais oui, pardon ! Il avait oublié qu’une collégienne était teeellement plus puissante qu’un soldat armé, grâce à son super don si efficace et dangereux ! C’est l’eau, tout de même. Attention, je vais te mouiller ! Plouf ! Han, mais c’est terrible, elle m’a mouillé ! Comment vais-je survivre à pareille attaque ?! Aaaah ! Ouais, j’ai réussi, tout ça grâce au super pouvoir de l’eau, d’un niveau collège, youpi !

– Je n’ai rien pu faire pour t’aider sur le moment, tu m’as toujours écartée et tu étais affaibli à cause de ça, j’ai seulement cherché un moyen de t’aider, de t’épauler ! Comment crois-tu que je me sentais, moi, en te voyant dans un état pareil ? C’est à cause de moi que tu as dû porter plainte, à cause de moi que tu as dû plonger dans le lac et à cause de moi que les paroles du Colonel t’ont rendu malade… Je ne voyais pas d’autre solution ! Ce n'est pas pour rien si j'ai passé tous les jours à ton chevet, sortant seulement lorsque j'y étais obligée. Tout ce que tu as subi, c'est à cause de moi... Le prof m'a dit que j'essayais de protéger ce qui me restait de famille, mais est-ce vraiment la protéger en la faisant souffrir ?

Comment ça, il l’avait toujours écarté ?! Mais il n’y avait aucune raison de faire une chose pareille ! Elle était si mature, et si intelligente, et si rusée, et si bonne en défense, et si apte à attaquer, et si posée, et si réfléchie, pourquoi et comment aurait-il eu la stupide idée de l’écarter ?! On n’écarte pas une femme de vingt-cinq ans comme ça ! Oh, attendez une minute… Mais elle avait treize ans, lors des événements ? C’est tout de suite, c’est plus compréhensible ! Elle pleurait encore plus fort, maintenant. Sa seule défense, ou réaction, était donc bel et bien le mode « Ouiiin, je suis pas contente d’abord ! ». C’était si beau, si brillant, si mature… Trop d’émotions, il allait en tomber par terre.

– Rentre sans moi…, dit-elle en reniflant et en tremblant. Je ne veux pas être un poids, je vais… essayer de me calmer ici… J’irai chez le sous-directeur après.

– A cause de toi que j’ai plongé dans le lac, sourit-il d’un ton cynique, donc je dois comprendre que tu as fait exprès de tomber dedans ? Et maintenant, tu comptes faire quoi ? Comme d’habitude ?! « Ouiiiin, on m’a vexée, donc je vais rester là à chialer pendant des heures puis je ferai semblant d’aller mieux et je ressasserai ma rancœur pendant des jours en me répétant que personne ne me comprend et que je suis malheureuse ! Puis je vais attendre qu’un idiot passe et perdre trois heures à essayer de me consoler parce que je suis tellement une incomprise malmenée par la vie que je ne peux pas parler, faut en baver pour réussir à m’atteindre. Et na, vous l’aurez bien cherché, tous ! » D’accord, vas-y, je m’assois là et je te regarde ! Après tout, j’ai juste à attendre qu’il y ait autre chose qui arrive pour que tu arrêtes de bouder ou de te cacher de tout le monde, car tu es trop immature pour parler aussitôt, comme après l’histoire avec l’autre garce qui s’en était prise à toi.

Il s’installa très tranquillement sur un petit muret, au bord du chemin, posant son sac de cours par terre puis se contenta de croiser les bras en fixant sa petite sœur, sans plus un mot. Allez, boude donc, c’était son activité favorite, il n’allait tout de même pas l’empêcher de pratiquer sa passion ultime ! Bouder, s’énerver, pleurer, voilà ce qu’elle pratiquait comme sport intensif, à tel point qu’il en était à la fois terriblement lassé et très profondément agacé, énervé même. Faut accepter de grandir, à un moment, ils n’étaient pas dans un conte de fées où tout le monde restait gentil et mignon à longueur de temps ! Si elle refusait d’utiliser ce qui lui servait de cerveau et préférait jouer aux grands martyrs, ce n’était pas le problème de Jasper.

– Dis-moi quand tu arrêteras de bouder et pleurnicher, hein, ajouta-t-il sans bouger de place. On aura peut-être la chance d’avoir une conversation intelligente après ! Tu peux même taper du pied ou te rouler par terre, si ça te fait plaisir, au point où on est en est.

A moins qu’elle ne préfère qu’il lui fasse un biberon ? Il haussa légèrement les sourcils, terriblement blasé.

– Remarque, si tu préfères continuer à t’en vouloir pour des conneries en mode martyr incompris de tous, c’est ton choix, chacun ses petits plaisirs. Dis-le juste, que je ne perde pas de temps à attendre en espérant une conversation constructive.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Mensonges et gamineries   Dim 7 Fév - 19:07

Jasper – A cause de toi que j’ai plongé dans le lac, sourit-il d’un ton cynique, donc je dois comprendre que tu as fait exprès de tomber dedans ? Et maintenant, tu comptes faire quoi ? Comme d’habitude ?! « Ouiiiin, on m’a vexée, donc je vais rester là à chialer pendant des heures puis je ferai semblant d’aller mieux et je ressasserai ma rancœur pendant des jours en me répétant que personne ne me comprend et que je suis malheureuse ! Puis je vais attendre qu’un idiot passe et perdre trois heures à essayer de me consoler parce que je suis tellement une incomprise malmenée par la vie que je ne peux pas parler, faut en baver pour réussir à m’atteindre. Et na, vous l’aurez bien cherché, tous ! » D’accord, vas-y, je m’assois là et je te regarde ! Après tout, j’ai juste à attendre qu’il y ait autre chose qui arrive pour que tu arrêtes de bouder ou de te cacher de tout le monde, car tu es trop immature pour parler aussitôt, comme après l’histoire avec l’autre garce qui s’en était prise à toi.

… Et elle ne devait pas mal le prendre ? Il lui reprochait de ne pas avoir été capable de parler de ce qui s’était passé avec Clémence, là ! Il pensait que c’était facile d’avouer une telle chose ? Elle n’avait même pas été capable d’en parler au Père Vilette, c’était lui qui avait tout compris ! Laura avait redressé la tête, se mordant les lèvres très fort et serrant les poings, ne répondant rien sur le moment tandis que son frère s’asseyait sur un muret au bord du chemin. Elle peinait à croire qu’il lui reproche cette histoire après des mois, qu’il lui dise tout cela, qu’il pense vraiment tout ce qu’il avait dit. Elle n’était pas comme cela ! Laura ne cherchait pas à ressasser quoi que ce soit, elle ne répétait pas que personne ne la comprenait et ne pensait pas être malheureuse. Pourquoi pensait-il une telle chose ? Elle n’avait jamais rien dit de tout cela !

Se mordant les lèvres presqu’à sang, la collégienne garda la tête baissée en pleurant faiblement en silence, s’appliquant ensuite à respirer pour se calmer. Comment voulait-il qu’elle ne soit pas blessée avec tout ce qu’il venait de dire… ? Surtout pour ce qui s’était passé avec Clémence… Il n’avait pas le droit. Elle lui avait parlé assez vite, elle avait dit ce qui s’était passé, lui avait tout avoué en prenant sur elle et en faisant un gros effort. Avouer un truc pareil était loin d’être facile, surtout l’avouer à son frère. C’était un argument horrible. Horrible et blessant. Il ne pouvait pas vraiment penser tout cela…

Jasper – Dis-moi quand tu arrêteras de bouder et pleurnicher, hein, ajouta-t-il sans bouger de place. On aura peut-être la chance d’avoir une conversation intelligente après ! Tu peux même taper du pied ou te rouler par terre, si ça te fait plaisir, au point où on est en est.

De mieux en mieux… C’est bon, il pouvait arrêter, là. Laura n’était même pas sûre de vouloir discuter, ne croyant pas encore ce qu’elle avait entendu. C’était de la méchanceté gratuite, jamais il n’avait réagi de cette manière avec elle, jamais il n’avait balancé de tels reproches sur des sujets délicats. Il le savait, en plus. Ou alors, au contraire, il l’ignorait et pensait qu’elle avait caché ce qui s’était passé par plaisir ? Mais non… Non, ce n’était pas ça. C’était impossible. Laura avala douloureusement sa salive, tête toujours baissée et poings serrés. Elle se risqua à jeter un coup d’œil à Jasper… et le regretta aussitôt. Il pensait vraiment tout ce qu’il disait. Et il voulait une discussion intelligente ? Histoire de l’enfoncer un peu plus, c’est ça ? Il avait déjà son point de vue sur elle, apparemment, que voulait-il de plus ?

Jasper – Remarque, si tu préfères continuer à t’en vouloir pour des conneries en mode martyr incompris de tous, c’est ton choix, chacun ses petits plaisirs. Dis-le juste, que je ne perde pas de temps à attendre en espérant une conversation constructive.

Laura – C’est bon, t’as fini ? lâcha-t-elle d’un ton rauque en redressant la tête. Tu crois que tu es mieux, toi, en m’attaquant sur des sujets que tu sais douloureux ? Si c’est pour être méchant sans raison, ça sert à rien… Sinon, ok, parlons puisque c’est ce que tu veux.

Laura resta debout mais regardait son frère, toujours les bras croisés, se contrôlant du mieux qu’elle pouvait pour ne pas montrer à quel point ce qu’il avait dit avait pu la blesser. Elle tremblait toujours un peu mais pouvait écouter puisqu’il tenait tant que cela à ce qu’ils parlent. S’il acceptait. Il voulait qu’elle grandisse et arrête de pleurer, d’accord, mais elle ne pouvait pas faire mieux pour l’instant. Elle avait presque peur de savoir ce qu’il pensait réellement, en cet instant précis, même si c’était stupide… Cependant, Jasper ne hurla pas et finit par soupirer avant de lui répondre, apparemment convaincu par ce qu’elle avait dit. Tant mieux, elle n’aurait pas eu la force d’argumenter, pas maintenant.

Jasper – Fini, non, si tu veux le savoir, je pourrai te dire qu'il y a tellement de problèmes qui auraient pu être évités si tu m'avais écouté les soixante fois où je t'ai demandé de ne pas t'en mêler, enfin, peu importe pour le moment. Pourquoi tu t'en veux toujours quand t'es pas responsable ? T'es masochiste ?

Laura – Sans moi, tu n’aurais pas porté plainte… Tu l’as fait uniquement parce que je ne voulais pas qu’on soit séparés. Je me suis jetée sur toi avec la lettre, tu n’as pas vraiment eu l’occasion de refuser…

Inutile de répondre à sa dernière question. Elle avait retenu que ce n’était pas sa faute pour le lac, c’est bon, retenu aussi pour l’évolution de son don. Mais l’émancipation… Il ne pouvait pas nier ce qu’elle avançait. Il pouvait lui dire s’il lui en voulait, ce n’était pas plus cruel que ce qu’il avait dit à propos de Clémence. Laura ne le regardait de nouveau plus, préférant éviter de croiser son regard s’il disait qu’il lui en voulait pour l’avoir poussé à agir comme cela. Il n’aurait pas pu refuser alors qu’elle s’était jetée sur lui, elle le savait.

Jasper – Et quel putain de rapport ça a avoir avec le reste, bordel ?! Tu t'en veux parce qu'on est plus sous le même toit que nos parents ? Tu te rends compte du délire ?!

Laura – J’ai pas dit ça ! Ca va, j’ai compris, c’est pas de ma faute. J’avais seulement peur que, toi, tu m’en veuilles, tu peux comprendre ça, non ? T’as été malade tout un mois à cause de ça…

Et il n’avait pas pu profiter de ses vacances, même s’ils n’étaient plus chez leurs parents. Maintenant, il devait gérer une évolution plus poussée de son don à cause de ce qu’il vivait. Et il s’en était voulu parce qu’elle avait été en danger l’année passée. Mais mieux valait ne pas remettre ça sur le tapis, la situation risquait de dégénérer… Il pouvait lui dire qu’il lui en voulait, il ne devait pas se sentir obligé de le lui cacher. En plus, il n’avait pas répondu à cette phrase-là, il avait seulement demandé le rapport que cela avait avec le reste… Reste qu’elle avait compris, elle savait que ce n’était pas de sa faute.

Jasper – Donc tu t'es rendue malade parce que tu avais peur que je t'en veuille qu'on ne soit plus chez nos parents... ? Bravo pour la logique..., dit-il d’un ton blasé et désespéré.

Laura – J’avais le droit d’avoir peur, marmonna-t-elle. Tu n’as jamais dit ce que tu pensais de tout ça…

Jasper – Peut-être parce que je trouvais parfaitement évident que tu ne t'en veuilles pas pour ça !

… Oh. Heu. Donc elle avait eu peur que Jasper lui en veuille parce qu’il ne lui avait jamais rien dit alors que lui ne pensait pas qu’elle s’en voudrait ? Laura ouvrit légèrement la bouche sans rien dire, n’ayant jamais envisagé cette hypothèse-là. Elle n’y avait pas pensé ! Comment aurait-elle pu comprendre un truc pareil ? C’était normal qu’elle s’en veuille en voyant son frère malade après une situation pareille, le prof lui-même avait avoué que la situation n’était pas simple ! Elle n’aurait pas pu deviner, pas avec Jasper dans cet état, cette possibilité ne lui avait jamais effleuré l’esprit, Laura était à des kilomètres de penser à cela. Elle murmura qu’elle n’y avait jamais pensé, baissant la tête une nouvelle fois, heureuse qu’il fasse plus sombre pour une fois. Au moins, il ne pouvait pas voir sa gêne. Désolée. Jasper en tomba par terre, s’asseyant directement sur le sol et non plus sur le petit muret, ce qui ajouta une sacrée couche à la gêne que Laura ressentait. Il marmonna ensuite qu’il n’était pas devin pour comprendre des imbécilités pareilles. Ca vaaa, elle avait compris.

Laura – Mais j’ai pas fait exprès ! Ca arrive à tout le monde de… se tromper un peu. Là, ça va, j’ai compris, c’est pas ma faute et je m’en suis voulu pour rien. Je suis désolée.

C’était stupide, elle avait compris et retenu le message, ils pouvaient changer de sujet et rentrer chez leur professeur. En priant pour qu’il dorme, comme Solène, et qu’ils ne se posent pas de question en les voyant revenir alors qu’ils étaient partis depuis un bon moment… Monsieur Nakajima comprendrait qu’ils avaient parlé, Laura ne pouvait pas faire disparaître ses yeux bouffis en un claquement de doigts.

Laura – C’est… C’est tout ce que tu voulais dire ? On peut rentrer, le prof ne dira rien… Je suppose.

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Jasper K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Mensonges et gamineries   Dim 14 Fév - 2:10

– C’est bon, t’as fini ? lâcha-t-elle d’un ton rauque en redressant la tête. Tu crois que tu es mieux, toi, en m’attaquant sur des sujets que tu sais douloureux ? Si c’est pour être méchant sans raison, ça sert à rien… Sinon, ok, parlons puisque c’est ce que tu veux.

Il n'avait même pas été assez "méchant", s'il voulait que tout cela lui rentre dans le crâne ! Elle pouvait bien se remette à chialer comme une gamine, ça n'avait aucune importance ! Il était grand temps qu'elle voit la réalité en face et qu'elle cesse de conduire comme une gamine immature alors que la situation était aussi grave ! C'était comme ça depuis des années, elle avait toujours été comme ça, elle n'avait jamais accepté de grandir ! Pourtant, ce n'étaient pas les occasions d'évoluer un minimum qui lui avaient manqué, au cours de cette année, mais non, elle n'avait fait que preuve d'une incroyable immaturité absolument effroyable, se retranchant toujours derrière la bonne excuse "Mais je n'ai que quatorze ans !", excuse qui ne fonctionnait plus lorsqu'on voulait jouer dans la cour des grands ! Elle n'était même pas foutue de comprendre ça, même aujourd'hui, même après tout ce qui s'était passé, elle ne savait faire que pleurer lorsqu'on la contrariait et faire en sorte de se fourrer dans toutes les emmerdes du monde à la première occasion. Ce n'est pas comme si elle savait faire quoi que ce soit d'autre, après tout. Il leva les yeux au ciel avec un long soupir, brûlant de sortir enfin tout ce qu'il avait sur le cœur à ce propos. Il avait l'impression que son don s'agitait avec force en lui alors même qu'il ne l'utilisait pas et n'avait pas l'intention de le faire sortir. La colère, c'était tout ce qui l'habitait en cet instant.

– Fini, non, si tu veux le savoir, je pourrai te dire qu'il y a tellement de problèmes qui auraient pu être évités si tu m'avais écouté les soixante fois où je t'ai demandé de ne pas t'en mêler, enfin, peu importe pour le moment. Pourquoi tu t'en veux toujours quand t'es pas responsable ? T'es masochiste ?

– Sans moi, tu n’aurais pas porté plainte… Tu l’as fait uniquement parce que je ne voulais pas qu’on soit séparés. Je me suis jetée sur toi avec la lettre, tu n’as pas vraiment eu l’occasion de refuser…

Elle ne comprenait rien, elle ne comprenait définitivement rien, ou elle faisait exprès de ne pas comprendre ! La colère flamba un peu plus en lui, ses joues prenant une teinte plus rouge. Marre, oui, vraiment marre ! Il ne pourra pas la couver toute sa vie, il était temps qu'elle grandisse ! Temps qu'elle se reprenne un minimum !

– Et quel putain de rapport ça a avoir avec le reste, bordel ?! Tu t'en veux parce qu'on est plus sous le même toit que nos parents ? Tu te rends compte du délire ?!

– J’ai pas dit ça ! Ça va, j’ai compris, c’est pas de ma faute. J’avais seulement peur que, toi, tu m’en veuilles, tu peux comprendre ça, non ? T’as été malade tout un mois à cause de ça…

Donc, on récapitule. Elle s'était rendue malade exprès car elle avait cru qu'il allait lui en vouloir parce qu'ils n'étaient plus chez leurs parents ? Mais elle complètement c... Il ravala de justesse l'insulte cinglante qui lui brûlait le bout des lèvres, ravalant sa salive en veillant à se contenir. Ne pas hurler, pas ici, ne pas se lâcher en lui disant tout le bien qu'il pensait de ses "idées" et de sa saleté de logique si minuscule et pitoyable qu'on était en droit de se demander si elle avait bien été dotée d'un cerveau à la naissance. Il était à la fois blasé et en colère, hallucinant devant un comportement aussi bête, seulement acceptable de la part d'un gamin de quatre ans ! Mais non, Laura, qui avait tout de même quatorze ans, songeant qu'elle pouvait encore se permettre une logique du niveau d'une mioche de maternelle naïve sous prétexte que mademoiselle s'estimait plus douée et intelligente que tout le monde, après tout, personne ne pourrait sœur lui faire du mal, même dans une caserne où elle n'avait rien à foutre ! Elle était sii douée, dotée d'un esprit si logique ! La logique qu'un malade cancéreux en phase terminale dont toutes les neurones avaient été détruites. Il pourrait presque en ricaner s'il ne désespérait pas autant de ce comportement, c'était à se demander si elle avait la moindre idée du sens du mot responsable, ou même mature.

– Donc tu t'es rendue malade parce que tu avais peur que je t'en veuille qu'on ne soit plus chez nos parents... ? Bravo pour la logique..., dit-il d’un ton blasé et désespéré.

– J’avais le droit d’avoir peur, marmonna-t-elle. Tu n’as jamais dit ce que tu pensais de tout ça…

– Peut-être parce que je trouvais parfaitement évident que tu ne t'en veuilles pas pour ça !

Il ne trouvait même plus de mots pour qualifier ce genre de conneries. C'était peut-être dans les gênes, après tout. Il grimaça en se laissant tomber par terre, dans l'herbe, les jambes coupées tant il la trouvait parfaitement idiote, ce qu'il souligna avec soin, marmonnant qu'il n'aurait jamais pu comprendre seul ce genre d’imbécillités. Elle lui avait murmuré qu'elle n'y avait jamais pensé, ce qui était tellement débile ! Ne jamais penser à ça, pas comme s'ils 'agissait de l'évidence même, après tout... Ah, mais non, il oubliait, elle ne disposait d'aucune logique ! Même pas la plus petite once, rien ! Quelle tristesse de devoir vivre en ne réfléchissant qu'avec de pures stupidités, il n'aurait sans doute pas la patience. Le pire était que c'était vraiment ancré en elle, maintenant, il était prêt à parier qu'il ne lui faudra pas un mois avant de se lancer dans une énorme connerie sans réfléchir une seule seconde aux conséquences. Et encore, un mois, plutôt deux ou trois semaines ! Ce serait un record mondial, pour elle, tenir trois semaines sans chouiner ni se comporter comme une morveuse, magnifique ! Et complètement illusoire.

– Mais j’ai pas fait exprès ! Ça arrive à tout le monde de… se tromper un peu. Là, ça va, j’ai compris, c’est pas ma faute et je m’en suis voulu pour rien. Je suis désolée.

Se tromper un peu, hin hin. C'était quoi, pour elle, se tromper beaucoup ? Elle pouvait lui expliquer son échelle de valeurs ?! Il eut un petit reniflement, repliant ses genoux contre lui et serrant ses bras autour. C'était ridicule, tout simplement, elle s'était rendue malade un mois parce qu'ils n'étaient plus chez leurs parents ! Plus toutes les autres stupidités et conneries qu'elle enchaînait sans jamais se remettre en question ! Il n'en pouvait plus, tout simplement, il en avait assez de devoir sans cesse repasser derrière elle pour vérifier que personne ne l'avait épiée ou ne lui voulait du mal, réparer le spots cassés lorsqu'il y en avait et toujours surveiller, car elle était incapable de faire preuve de la moindre discrétion, semant toujours des indices aussi gros qu'elle sur son chemin ! Peut-être s'en fichait-elle, mais pas lui ! Que voulait-elle comme épitaphe, "morte à cause de ma connerie" ou quelque chose du même genre ? Elle devrait passer commande tout de suite si elle avait l'intention de persévérer dans la voie de la connerie ultime.

– C’est… C’est tout ce que tu voulais dire ? On peut rentrer, le prof ne dira rien… Je suppose.

Chez le prof... Il consulta vite fait sa montre avant de voir qu'en effet, les grilles du pensionnat seront fermées. Bien, bravo, ils allaient donc devoir retourner chez le prof alors qu'il était épuisé mais risquait de vouloir leur parler quand même en voyant leurs têtes, parce qu'il allait automatiquement s'angoisser ! Même si eux assuraient que ce n'était rien, il n'arrivera pas à se reposer. Puis il y avait l'autre, là, son frère... Jasper l'avait dans le nez, on pouvait invoquer toutes les bonnes raisons du monde pour se débarrasser d'un enfant qui ne rentrait pas dans le monde, c'était facile de garder la face et faire en sorte d'avoir le bon rôle. Il se releva puis secoua un peu son uniforme, fourrant les mains dans ses poches puis repartant en sens inverse sans rien dire. Le jour commençait à baisser, maintenant, ils arrivaient entre chiens et loups. Il faudra trouver un moyen de ne pas inquiéter le sous-directeur pour rien et encore moins Solène, qui était très protectrice. Marchant sans se presser, il formula mentalement plusieurs réponses possibles, pour ne pas terminer la soirée en débat ou discussions, comme toute à l'heure. Au village même, l'air était assez doux, tranquille, paisible. Arrivé chez le sous-directeur, il frappa à la porte, s'excusant auprès de Solène lorsqu'elle vint lui ouvrir, expliquant que les grilles du pensionnat étaient fermées.

Il évita avec un très grand soin le frère aîné de leur prof, contournant même la table pour ne pas passer à côté et allant déposant son sac dans leur chambre, avant de redescendre. Il proposa d'aider Solène pour le repas du soir, le visage fermé, sentant le regard du sous-directeur pointé sur sa nuque, tandis qu'il était installé dans le salon. Mais tout allait très bien, ils avaient discuté et réglé certains points. Solène lavait des légumes et il découpa ce qu'elle lui passait, pendant que leur professeur marmonnait "Vive la politesse...", sans qu'il ne réagisse pour autant. Il continua ce qu'il faisait, pendant que le sous-directeur tournait la tête puis demanda à Laura s'ils s'étaient disputés. Oh, mais non, si peu ! Elle avait hurlé comme une gamine puis pleuré avant de réussir à articuler plus de cinq mots cohérents. Elle se contenta de faire non de la tête et le prof lui tendit la main pour qu'elle vienne le rejoindre. Il n'y jeta qu'un vague coup d’œil blasé, n'ayant toujours pas digéré ce qu'elle avait osé lui sortir, qu'elle s'était rendue malade exprès car ils n'étaient plus chez leurs parents. Pendant un mois ! Un mois entier... Il n'arrivait pas à l'avaler. Elle s'approcha doucement, la prenant, le prof la récupérant aussitôt, l'asseyant sur ses genoux puis l'entourant de ses bras. Tss, peut-être que si elle avait eu un vrai père dès l'enfance, elle ne serait pas comme ça.

Laura s'était mise à pleurer doucement dans les bras du prof. Si elle avait eu un père... Un père qui ne frappait pas ses enfants ou qui ne les jetait pas à l'autre bout du monde, comme certains. Un père qui ne vous reniait pas à cause de votre pouvoir ou qui ne cherchait pas à vous forcer à suivre une attitude ou un chemin qui n'était pas fait pour vous. Un père... Un vrai. C'était trop tard, maintenant, elle ne rattrapera pas quatorze ans de sa vie en seulement dix minutes. Il éprouva tout à coup un besoin urgent de prendre l'air, reposant ce qu'il tenait. S'essuyant les mains, il sortit dans le jardin par la porte de la cuisine, qui donnait sur l'arrière de la maison. S'asseyant dans l'herbe contre le mur, il appuya sa tête contre la pierre et poussa un immense soupir. Tout était de la faute de leur famille, finalement, de leur "père". Pourquoi avait-il voulu des enfants, on pouvait savoir ?! Il ramena ses jambes contre lui, serrant les lèvres, en marmonnant une insulte contre son père. Cet homme arrivait encore à lui pourrir le moral, même à des kilomètres de distance. Cela risquait de durer encore des années, le temps d'oublier toutes les fois où il l'avait frappé. Le temps d'oublier à quel point il était une sale ordure et ne méritait que de crever. Jasper était révulsé d'être du même sang que lui, de lui ressembler.

– Jasper, c'est l'heure de manger, lança Solène au bout d'un long moment, rouvrant la porte, alors que la nuit était tombée.

– Pas faim, marmonna-t-il.

Elle soupira doucement, rentrant en laissant la porte entrouverte. Pas faim, envie de rien, merci, c'est bon. Il resta assis par terre sans bouger, jusqu'au moment où la porte s'ouvrit à nouveau. Le grand frère. Et bah qu'il aille se faire voir. Comment on disait "Pas faim, allez voir ailleurs si j'y suis" en Japonais ? Il se contentera de la version Française ou il voulait vraiment la traduction ?

– Il faut manger, ce n'est pas l'estomac vide que tu iras mieux. On rentre.

– Je vais très bien. Eh !

Le type le tira par le bras, ignorant son grognement de protestation, en le ramenant à l'intérieur. Fort, mine de rien. Jasper ne l'en détesta que plus, sur le moment, lui lançant un regard noir lorsqu'il le poussa à s'asseoir. Tss, de quoi je me mêle ?! Ils ne les connaissaient même pas et ils n'étaient pas de sa famille ! Il ouvrait la bouche pour le lancer lorsqu'il se souvint de l'autre jour, la fameuse discussion. Ah... D'accord, la boucler, mais il n'en pensait pas moins. Solène s'assit à son tour, en remplissant les assiettes, annonçant que ça leur fera du bien de changer d'air, au Nouvel An. Comment ça ? Il lui jeta un regard, ayant peur de comprendre.

– Si on part au Japon, vous venez avec nous, évidemment.

– Pardon ? balbutia-t-il. Mais nous ne sommes pas... Enfin, c'est pas possible !

C'était prévu depuis quand, ça, on pouvait le savoir ?! Ils n'étaient pas de la famille, alors stop, une minute, ce n'était pas du tout prévu ! Lui pensait rester au pensionnat ou n'importe où, pas quitter le pays ! Surtout dans la famille de leur prof ! Comment... Il pâlit assez fort, encore plus que de coutume, en lâchant sans y penser que ce n'était pas possible.

– J'ai pas envie de gâcher la fête, donc, merci, mais non, ça ira très bien, de rester seul ici.

Ce n'était pas bien grave, après tout ! Passer un réveillon sans amis ni famille n'allait pas le tuer, ce n'était pas pour une fois. Solène eut l'air assez choquée, puis peinée, ce qui parut toucher Laura car elle releva la tête, avec une voix hésitante, en regardant Solène. Elle avait craqué.

– Ce... serait chouette de venir, je pense. C'est juste... un peu nouveau et précipité pour nous mais on s'adaptera si on doit vraiment venir.

C'est ça ! Jasper fit la moue, baissant la tête sur son assiette, qu'il n'avait pas touché pour le moment. Le prof faisait même manger Laura, qui avait... lamentablement craqué. Elle était assise à côté de lui, alors qu'il était à côté de Josuke et leur autre frère. Frère qui lui jeta un très long regard, tapotant des doigts sur la table.

– Que d'amour... T'es complètement déprimé.

– Pas du tout, grinça-t-il, ça va très bien.

Le type en rajouta, continuant à le fixer en ajoutant un "Vraiment ?" d'une voix très peu convaincue. Il se mordit les lèvres en hochant la tête, se sentant du coup un peu trop dévisagé. Il jouait toujours avec sa fourchette, sans manger, fixant un bout de poisson qui nageait dans les légumes. L'autre continuait de le fixer, attendant une réponse à sa question. Il pourra attendre longtemps... Jasper n'avait pas l'intention de coopérer. Il voulut se lever pour partir de là, retenu au même instant par l'affreux qui posa une main sur son épaule. Le lycéen voulut repousser sa main, retenant un soupir acerbe.

– On ne quitte pas la table avant d'avoir fini son assiette, je ne pense pas me tromper en affirmant que c'est la même chose dans toutes les cultures.

Il n'avait pas faim ! Il leva les yeux au ciel, reportant ensuite le regard sur l'assiette intacte. Kimmitsu soupira à son tour en lui demandant s'il fallait aussi le faire manger. Jasper rougit, secouant la tête en disant que c'était bon, il pouvait se débrouiller. Pas la peine de faire ça en plus ! Il reprit sa fourchette avec l'impression d'avoir du plomb à la place de l'estomac, les dents serrés.

– Et je ne suis pas du tout déprimé, marmonna-t-il pour Munemori en piquant dans son assiette, toujours sans manger.

– C'est ce que disent ceux qui sont déprimés, on a déjà eu un exemple, dit-il d'un ton léger en lui prenant sa fourchette puis en lui fourrant un morceau poisson dans la bouche, le faisant sursauter.

Il avala avec un peu de peine, s'étouffant à moitié, alors que Laura essayait de se lever à son tour. Kimmitsu la retint à son tour, passant un bras autour de ses épaules. Pour une fois, il lui jeta un long regard, se rencognant dans sa chaise en essayant d'éviter Munemori. C'est bon, il pouvait se nourrir tout seul ! D'autant plus que le frère du prof lui souriait d'un air un eu idiot en lui disant "Allez, ouvre la bouche !", comme s'il n'était pas capable de le faire. Il rétorqua qu'il n'avait plus cinq ans, c'était bon, ce à quoi le Japonais lui répondit d'arrêter un peu de faire la tronche. Sur le coup, il en resta assez saisi, rougissant ensuite très fort, ouvrant la bouche sans réfléchir lorsque Munemori lui fit avaler des légumes. Il était... Il lui jeta un regard assez lourd, récupérant sa fourchette pour manger lui-même. C'est bon, ça ira, merci, tout va bien.

– C'est un complot, marmonna-t-il. Qu'est-ce que ça change, qu'on mange ou pas ?

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Kimmitsu Nakajima
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MessageSujet: Re: Mensonges et gamineries   Sam 20 Fév - 23:08

– Il faut manger, ce n'est pas l'estomac vide que tu iras mieux. On rentre.

– Je vais très bien. Eh !

Doucement, Josuke, il ne maîtrisait pas très bien sa force par rapport aux adolescents. Kimmitsu soupira légèrement lorsqu'il le ramena à table, le faisant asseoir. Solène avait enlevé son tablier puis amener le repas du soir, plus vivace qu'eux tous réunis. Elle s'installa puis prit les assiettes pour les remplir, Laura entre elle et lui, Jasper entre ses deux frères. Au moins, ils ne pourront pas fuir facilement, ils devaient manger pour rester en forme. Le sous-directeur resta près de Laura pour y veiller, la faisant manger lui-même lorsqu'elle renâclait. A son âge, ce n'était pas le moment de sauter des repas. Solène fit passer le pain, lançant que ça fera du bien à tout le monde de changer d'air, pour le Nouvel An. Très juste, leur faire quitter un peu le pays ne pourra leur faire que du bien. Jasper leva aussitôt un regard surpris, comme si l'idée de partir pour la nouvelle année ne lui avait pas effleuré l'esprit une seule seconde. Étonnant ? Non, logique, même si c'était assez triste de voir qu'il n'avait absolument plus aucune confiance en quoi que ce soit ni en qui que ce soit, même avec ceux qui voulaient l'aider. C'était flagrant, ici, même si le professeur se demandait s'il n'y avait pas encore autre chose. Une déprime, peut-être... Ou un manque de confiance en soit. Il souriait beaucoup moins qu'au début de l'année, ou il y a quelques mois à peine.

– Si on part au Japon, vous venez avec nous, évidemment.

– Pardon ? balbutia-t-il. Mais nous ne sommes pas... Enfin, c'est pas possible !

Ce n'était pas possible, vraiment ? Il haussa légèrement les sourcils pendant que Jasper ajoutait que ce n'était pas possible, tout simplement. Kimmitsu soupira doucement, incitant Laura à ouvrir la bouche pour lui faire avaler les légumes qu'il venait de piquer sur la fourchette. Bien sûr, c'était possible, puisqu'ils vivaient chez lui, à présent, rencontrer le reste de la famille était la suite logique et n'allait pas les tuer. De toute manière, il n'était bien sûr pas question de les laisser seuls ici pour le Nouvel An. Déjà parce que ça ne faisait pas, et en plus car on ne laissait des enfants isolés ainsi trop longtemps, il pourrait leur arriver n'importe quoi. Et au Nouvel An ! C'était une fête de famille. Que ce soit avec la sienne ou celle de Solène, cela restait une fête familiale, donc bien entendu qu'ils viendront tous les deux. Josuke n'avait pas l'air de les rejeter... Du moins, pas devant lui, il ne disait rien. Jasper le détestait, c'était visible, mais tout ira bien s'il savait se contenir. Il n'était pas du tout poli avec lui, bien qu'il veille à ne pas trop le faire sentir. Voir un père capable d'envoyer son fils à l'autre bout du monde ne devait pas l'aider à l'apprécier... Difficile d'admettre que Josuke faisait ça pour le bien de son fils. Honnêtement, Kimmitsu aussi, à fond, avait un peu de mal avec ça.

– J'ai pas envie de gâcher la fête, donc, merci, mais non, ça ira très bien, de rester seul ici.

– Ce... serait chouette de venir, je pense. C'est juste... un peu nouveau et précipité pour nous mais on s'adaptera si on doit vraiment venir.

Tiens, il lui suffisait de voir Solène être un peu plus triste pour la faire craquer ? Bon à retenir, ça, au cas où... Il sourit faiblement, pendant que Jasper faisait la moue en baissant la tête sur son assiette. Il n'avait toujours pas commencé, un peu de volonté, enfin. Il but un peu à son tour avant de faire à nouveau manger un peu Laura, comme elle se désintéressait aussitôt de son assiette ds qu'il détournait la tête. Solène avait aussi fait du pain de poisson, en entrée, que Munemori avait d'abord fixé d'un air perplexe pendant deux bonnes minutes avant d'en prendre une bouchée. Suivait une ratatouille avec un peu de poisson. C'était bon pour eux, pourtant, en pleine croissance, il fallait manger de tout. Il reprit un peu du poisson pour le porter à la bouche de Laura, avec un regard encourageant. Allez, ça n'allait pas la tuer. Il eut un maigre sourire, mangeant lui aussi au même rythme. Il avait bien plus envie de dormir qu'autre chose, en cet instant, se sentant capable de faire un tour complet de l'horloge pour une fois. S'effondrer dans son lit et de ne plus en bouger avant plusieurs heures. Il se frotta un peu les yeux en disant à Laura de boire, voyant du coin de l’œil son frère tirer une tête aussi agacée que blasée.

– Que d'amour... T'es complètement déprimé.

– Pas du tout, grinça-t-il, ça va très bien.

Peu convaincant. Il ne devait toujours pas s'être bien remis et ce n'était guère étonnant, pas après avoir passé des années à se faire frapper par son propre père, il en gardait les traces, quoi qu'il dise pour le cacher. Même Laura était moins bien, avec son don et tout le reste. Ils devaient se laisser aider, tous les deux, ce n'est pas en restant dans leur coin à bouder ou refuser de parler qui allait les soutenir. Jasper voulut se lever, tout à coup, retenu par Josuke qui l'empêcha de quitter la table. Très bien, on ne partait pas avant d'avoir fini, ce n'était pas respectueux. Il hocha doucement la tête pour remercier son frère, avec un maigre sourire. Cette semaine était éprouvante pour beaucoup, cela ira mieux avec le temps. Il remit un peu de sel sur la ratatouille, tout en encourageant Laura à continuer à manger. Elle aura bientôt fini, à ce rythme, alors un peu de courage. Elle lui avait fait de la peine, toute à l'heure, lorsqu'elle s'était laissé aller à pleurer dans ses bras, il la voyait rarement aussi affligée, elle se cachait bien. Il y avait bien des jours où Kimmitsu avait envie de hurler en voyant à quel point la situation poussait les jeunes de cette école à se renfermer sur eux-mêmes à un point incroyable et à rester ainsi, sans voir qu'on leur tendait la main. Que pouvait-on faire pour contrer ça, à part leur faire comprendre qu'ils n'étaient pas isolés ? Ni Jasper ni sa sœur ne l'étaient plus, ils devaient le réaliser.

– On ne quitte pas la table avant d'avoir fini son assiette, je ne pense pas me tromper en affirmant que c'est la même chose dans toutes les cultures.

Exact... Kimmitsu tapota légèrement les doigts sur la table, lui demandant d'un ton autant désespéré que blasé s'il était nécessaire de le faire manger, lui aussi, comme sa jeune sœur. Le lycéen rougit, devint cramoisi très vite, avant de marmonner que non, il n'avait pas besoin d'aide, secouant la tête.

– Et je ne suis pas du tout déprimé, marmonna-t-il pour Munemori en piquant dans son assiette, toujours sans manger.

– C'est ce que disent ceux qui sont déprimés, on a déjà eu un exemple, dit-il d'un ton léger en lui prenant sa fourchette puis en lui fourrant un morceau poisson dans la bouche, le faisant sursauter.

Kimmitsu passa un peu de pain à Solène, puis à Laura, la retenant ensuite presque machinalement quand elle voulut à son tour se sauver. Pas question pour le moment. Munemori et Jasper étaient en train de "se battre" pour que ce dernier mette un peu plus de volonté à enfin se nourrir. Les adolescents... Son grand frère n'avait pas tord, Jasper n'était très bien depuis quelques temps et refusait de parler, ce qui aggravait encore son état. Il termina son propre poisson, avant d'en fourrer aussi le morceau restant dans l'assiette de Laura dans sa bouche. Ce n'était tout de même pas si compliqué ! Il secoua légèrement la tête, en marmonnant qu'elle pourrait faire un effort, sur ce plan-là, il voulait simplement qu'elle fasse attention à sa santé. Solène lui sourit doucement aussi, semblant un peu amusée de les voir s'occuper des enfants comme ça.

– C'est un complot, marmonna-t-il. Qu'est-ce que ça change, qu'on mange ou pas ?

– C'est une simple question de bonne santé, répliqua-t-il en soupirant, se frottant un instant la tempe. A votre âge, vous ne devez pas manquer de repas comme ça, surtout dans votre état. Tu déprimes, Laura.

Il lui coula un long regard aigu, pendant que Solène se levait avec un sourire attendri en emportant les plats dans la cuisine, suivie par Munemori qui emporta les assiettes et les couverts. Laura releva la tête, la secoua pour dire non assez vite, affirmant "Je ne déprime pas, je vais très bien, c'est juste de la fatigue.", d'un ton assez convaincu. Hum... De son côté, Jasper amorça de nouveau un moment, se levant avant d'être rattrapé de justesse par Josuke. Jasper lui lança aussitôt un regard indigné, tirant sur son bras pour se dégager. Josuke l'entoura par les épaules, décidé à ne pas le laisser filer. Ce n'est pas avec lui qu'il allait être tranquille, si son frère s'était mis en tête de le retenir et le faire parler. Kimmitsu, lui, continuait de serrer doucement Laura contre lui pour la réconforter, dans une attitude assez protectrice, imitant sans le réaliser Gabriella-sama lorsqu'elle câlinait les jumeaux.

– C'est bon, j'ai fini de manger, merci, au revoir, bonne nuit, fichez-moi la paix.

– Non, tu n'es pas bien, Munemori l'a très bien souligné. On ne va pas vous laisser filer dans cet état.

Il faudra bien trouver un moyen pour qu'ils se sentent mieux, à un moment ou un autre. Jasper finit par repousser Josuke beaucoup plus sèchement en rétorquant que ce n'était pas son problème et qu'il ferait mieux de s'occuper de ses propres affaires, qu'il n'avait pas besoin qu'on s'occupe de lui. Holà, doucement ! Tel qu'il connaissait l'élément feu, il devait brûler avec beaucoup de force en cet instant, dans le cœur du jeune homme, au point qu'il se laisse dicter sa conduite de long en large. C'était... Il leva les yeux au ciel, sachant que c'était normal mais ayant toujours autant de mal à appréhender ce genre d'emportement, si typique des personnes possédant ce don. Comme Himako, qui avait hurlé contre tous les membres de sa famille avant de partir en claquant la porte, folle de rage et très rancunière. Josuke coinça aussitôt la chaise pour empêcher Jasper de filer aussitôt.

– Bien sûr que si, c'est mon problème, vous faites tous les deux partie de la famille, que cela te plaise ou non. Si tu ne m'aimes pas, très bien, mais je ne suis pas le seul à m'inquiéter pour toi !

Il lui jeta un long regard, passant ensuite vers Laura, Solène... Il n'avait pas tord, bien que Kimmitsu devine que ça ne suffira pas pour le calmer. Il secoua un peu la tête, ajoutant que les éléments feux étaient un peu prompts à s'emporter, Josuke ne devait pas le prendre pour lui, personnellement. C'était un pouvoir qui influençait son porteur, au même titre que le vent. En attendant, essayer de calmer les choses, au moins un peu. Jasper n'avait pas l'air prêt à écouter, très loin de là. Quant à savoir quand il sera prêt à le faire... Il était incroyablement perturbé, tout comme sa petite sœur, qui elle était aussi très fragile et sensible.

– Laura... Pourquoi ne parles-tu pas, tout simplement ? Tu caches toujours tout, lorsque ça ne va pas. A ton âge, c'est très mauvais.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Mensonges et gamineries   Mer 24 Fév - 16:57

Jasper ne lui avait même pas répondu. Il n’avait rien dit, s’était remis à marcher sans réagir, apparemment toujours furieux contre elle. Laura suivit donc son frère, la mort dans l’âme, tête baissée en trébuchant parfois sans plus aucune envie de sourire. Une seule phrase résonnait en boucle dans sa tête : il pensait tout ce qu’il lui avait dit. Absolument tout… Elle était une gamine immature qui passait son temps à pleurer, crier, et qui ne réfléchissait pas. Peu lui importait que d’autres personnes pensent une telle chose. Mais Jasper… Jamais elle n’aurait imaginé qu’il puisse penser tout cela. Elle avait essayé de se défendre mais non, il n’avait pas changé d’avis. Elle faisait des efforts ! Laura était plus calme, elle réfléchissait plus même si elle faisait des bêtises. Son frère en faisait aussi, à son âge ! Il ne s’était calmé qu’à la fin de l’année passée, donc à quinze ans, et elle était supposée devenir sage comme lui alors qu’elle venait d’avoir quatorze ans ? Ce n’était pas juste. Et le pire, dans tout cela, était qu’il lui en tenait rigueur alors qu’elle faisait des efforts pour l’aider…

Les paroles de Jasper résonnaient dans sa tête à mesure qu’ils se rapprochaient du village, toujours silencieux, ni l’un ni l’autre n’ayant prononcé un seul mot. Laura refoulait ses larmes pour ne pas l’énerver encore plus, l’horrible impression de l’avoir perdu lui tenaillant l’estomac depuis qu’il lui avait dit tout ce qu’il pensait d’elle. Si cela se trouvait, il regrettait d’avoir tout fait pour rester avec elle, maintenant… Depuis quand pensait-il toutes ces choses ? A partir de quel moment Laura avait-elle commencé à l’énerver ? Elle n’avait rien fait, cet été. Elle était restée calme, très calme, n’avait pas hurlé ni pleuré devant lui. Ou alors il pensait tout cela depuis bien plus longtemps et n’avait rien dit à cause des événements qui s’étaient déroulés pendant les vacances… Comment aurait-elle pu savoir que Jasper ne lui en voulait pas ?! Avec tout ce qu’il avait subi depuis leur émancipation, il était normal qu’elle pense une telle chose. Même si, d’accord, elle avait eu tort, elle avait compris et enregistré que sa réaction avait été complètement stupide.

Seulement, son frère ne lui avait pas reproché que cette histoire. Il avait dit qu’elle était immature, qu’elle se faisait voir en victime, qu’elle pleurait dès qu’elle était vexée, pas contente, hurlant pour se faire entendre, incomprise et… tout le reste. Sans oublier l’histoire avec Clémence… Comment aurait-elle pu parler de ce qui s’était passé directement ? Il ne réalisait même pas ce que cela signifiait, il ne pouvait pas comprendre ce qu’elle avait vécu à ce moment-là, à quel point elle s’était sentie salie et impuissante. Et il ne voulait pas qu’elle garde tout pour elle mais lui le faisait aussi. Et il lui reprochait de pleurer, de se vexer, sauf qu’il lui demandait de parler tout de même. Jasper n’avait pas trouvé les mots pour le Colonel, il avait gardé toute leur discussion pour lui durant des mois ! Mais elle, non, elle ne pouvait pas.

Laura ne releva que très brièvement la tête lorsqu’elle entendit son frère frapper à la porte, réalisant qu’ils étaient arrivés chez leur professeur et Solène. Cette dernière vint leur ouvrir et Jasper expliqua que les grilles étaient fermées sans qu’elle-même ne réagisse, évitant le regard de Solène, entrant sans rien dire, s’appliquant à respirer pour ne pas pleurer devant son frère. Elle ne voulait pas l’énerver. Pas plus qu’il ne l’était déjà. Laura se mordit les lèvres, gardant les mains refermées sur son sac sans savoir ce qu’elle devait faire, lançant un regard à Jasper lorsqu’il monta dans leur chambre, sûrement pour déposer ses affaires. Elle voulut le faire aussi mais vu qu’il était monté… Tant pis, ça attendra. Elle avait juste envie d’aller se coucher et de rester dans son lit jusqu’au lendemain où elle partirait plus tôt pour éviter à Jasper de devoir la supporter trop longtemps. Il fallait aussi qu’elle évite Antoine… Pas envie de lui expliquer. Pas le courage. Et s’il pensait la même chose que son meilleur ami ? S’il lui disait qu’il partageait le même avis mais qu’il n’avait jamais osé le lui dire parce qu’ils étaient ensemble ? Laura se mordit les lèvres un peu plus fort, la gorge de plus en plus nouée.

Ce n’est que lorsque leur professeur lui demanda s’ils s’étaient disputés qu’elle se reprit un peu pour faire non de la tête, les lèvres tremblant malgré elle. Pas la peine de s’inquiéter, c’était une dispute, ça allait… passer tout seul. Il fallait qu’elle change, c’était de sa faute. Ne pas pleurer, ne pas se vexer, ne pas bouder… Ne pas faire de bêtises non plus. C’était un peu trop, d’un coup, mais elle pouvait sûrement y arriver. Peut-être. Ca ne devait pas être bien difficile. Si les autres filles de son âge agissaient comme ça, elle pouvait sûrement le faire aussi. Peut-être. Monsieur Nakajima lui tendit la main, Laura la regardant en hésitant franchement. Elle voulut jeter un regard très furtif à son frère, ne voulant pas passer pour la petite fille capricieuse, mais en fut incapable et se contenta de prendre la main de son professeur… qui la tira doucement vers lui pour la faire s’asseoir sur ses genoux, souhaitant sans doute la réconforter. Laura ne riposta même pas, cachant immédiatement son visage contre lui pour que Jasper ne remarque pas qu’elle pleurait. Même si c’était très peu et très calmement, elle préférait éviter. La collégienne ne bougea pas, tête enfouie dans les vêtements de son professeur, ses mains se refermant sur le pull qu’il portait, tremblant un peu malgré elle sans faire attention à ce qui l’entourait. Il fallait qu’elle se calme, elle ne devait pas pleurer. Elle devait… grandir. C’est tout. Ce n’était pas si compliqué, probablement pas. Elle ne voulait pas énerver Jasper.

Au bout d’un long moment, son professeur finit par se lever, la faisant redescendre de ses genoux pour la pousser jusqu’à la table sans qu’elle n’y oppose la moindre résistance. Elle se sentait épuisée même si elle était calmée. Laura s’assit où son professeur lui disait de s’asseoir, ne réalisant même pas qu’il était à côté, regardant sans y faire attention son assiette encore vide pendant que son frère râlait un peu plus loin. Comme elle, il fut bientôt assis à table aussi, entre les deux frères du sous-directeur alors qu’elle était assise entre lui et Solène. Lorsqu’elle déposa son assiette remplie devant Laura, la jeune adolescente dut réprimer une forte envie de vomir, se mordant les lèvres. Pas faim. Pas du tout. Elle lança un regard à son frère qui ne semblait pas plus affamé qu’elle, puis à son professeur et Solène avant de regarder les frères de monsieur Nakajima. Laura avait au moins pris sa fourchette dans sa main mais ne piquait toujours pas dans son assiette… jusqu’à ce que leur tuteur la lui prenne pour la remplir. Eh ! Mais elle n’avait pas faim, pas du tout. La collégienne tourna un peu la tête, marmonnant qu’elle n’avait pas faim mais cela n’y changea absolument rien.

Solène – Si on part au Japon, vous venez avec nous, évidemment.

Jasper – Pardon ? balbutia-t-il. Mais nous ne sommes pas... Enfin, c'est pas possible !

Pour le coup, Laura partageait le même avis que Jasper. Il l’avait devancée mais elle avait relevé la tête en entendant la « nouvelle », ne s’attendant pas à cela. Aller au Japon pendant les vacances… Et être dans la famille de Genji, loin de la France. En d’autres circonstances, Laura aurait pu accueillir cette nouvelle très bien, mais là, désolée, elle n’avait pas du tout envie de partir. Et puis, ils ne les connaissaient pas ! Et vu la description que lui en avait fait Genji, à propos de sa famille et des dons, elle n’avait pas du tout envie d’aller là-bas. Ils ne pouvaient pas. Ils pouvaient rester ici, ou aller chez des amis, ou heu… N’importe où. Mais pas au Japon avec la famille du sous-directeur. Jasper réagit bien plus vivement que Laura, cependant, annonçant qu’il n’avait pas envie de gâcher la fête et qu’il pouvait rester ici. Aïe… La collégienne regarda Solène, mal à l’aise, ne mangeant plus du tout sans savoir que faire. Il n’avait pas besoin d’être méchant comme ça ! Solène était gentille, elle les avait accueillis et ils avaient beaucoup parlé avec elle. C’était méchant. D’ailleurs, son air choqué et peiné prouvait bien qu’elle avait mal pris les paroles de Jasper…

Laura – Ce... serait chouette de venir, je pense. C'est juste... un peu nouveau et précipité pour nous mais on s'adaptera si on doit vraiment venir.

Elle baissa aussitôt la tête pour éviter de voir la réaction de Jasper, se faisant reprendre par son professeur qui semblait déterminé à la faire manger. Elle n’avait pas faim ! Laura fit la moue, ne mangeant que lorsqu’il le lui imposait, profitant dès qu’il ne faisait plus attention à elle. Seulement, cela ne durait jamais très longtemps… Elle avalait difficilement les bouchées, mangeant incroyablement lentement, réprimant son envie de vomir à chaque bouchée que monsieur Nakajima lui donnait. Pourquoi insistaient-ils autant pour qu’ils mangent ? Ce n’était pas pour une fois, ils n’allaient pas être malades s’ils restaient sans manger aujourd’hui. Pas faim, c’est tout, qu’y avait-il de compliqué à comprendre là-dedans ? Elle n’écoutait qu’à peine ce qui se disait à côté, complètement déconnectée, préférant ne pas regarder Jasper. Ce n’était pas de sa faute, ses paroles l’avaient profondément blessée. Ne plus pleurer, ne pas bouder, réfléchir… Ne même pas se faire entendre lorsqu’elle n’était pas d’accord. Ne plus rien réclamer. C’était possible… Peut-être. Elle essaierait, si cela pouvait éviter que son frère ait une telle opinion à son sujet. Depuis quand retenait-il toutes ces paroles ? Depuis quand, précisément ? Cette question la taraudait, même si… Non. Mieux valait ne pas le savoir, c’était plus sûr. Laura tourna une nouvelle fois la tête, refusant de manger, mais dut céder bien vite comme son professeur la regardait toujours. Il pouvait s’occuper de quelqu’un d’autre ! Ou aller dormir, c’était bien aussi. Il était fatigué, il avait même frôlé le malaise tout à l’heure… Donc il devait se reposer.

Ce n’est que lorsque Jasper se redressa soudain que Laura releva la tête, se demandant ce qui se passait alors que le frère de leur prof l’avait rattrapé pour l’empêché de s’en aller. D’accord… Donc, ils voulaient vraiment qu’ils restent ici, tous les deux, jusqu’à ce qu’ils aient terminé de manger ? Ou alors, c’était surtout pour Jasper parce qu’il avait cherché à éviter le repas. Et puis, il était furieux… Vraiment furieux. Pourquoi leur professeur avait-il tout dit ?! Oui, Laura aurait dû parler, elle aurait dû expliquer plus tôt, mais là, non, ce n’était pas possible. Qui plus est, elle ne s’était pas rendue malade pendant plus d’un mois à cause de sa culpabilité, elle allait mieux et avait un peu intégré ce que monsieur Nakajima avait dit. C’est vrai, elle s’en voulait toujours un peu mais ce n’était rien comparé au tout début ! Et son frère ne voulait pas l’écouter… Laura fixa à nouveau son assiette sans rien faire, se mordant les lèvres, avant que leur tuteur ne lui retombe dessus en l’encourageant à manger. Et à boire. Raaah…

Elle ne pouvait pas sortir, vraiment pas ? Comme s’il avait lu dans leurs pensées, le frère du prof ajouta qu’on ne quittait pas la table avant d’avoir fini son assiette. Flippant. Comment savait-il ? Jasper avait essayé de se lever, oui, mais le dire à ce moment précis… C’était terrifiant. Laura les observa tous les deux un bref moment, craignant la colère de son frère qui n’allait pas apprécier de se faire diriger, mais il ne fit rien de spécial. Sans doute coupé par la réaction de leur professeur qui tapotait sur la table et venait de lui demander s’il fallait lui donner à manger à lui aussi. Evidemment, sa réaction ne se fit pas attendre… La collégienne fit la moue en voyant son frère devenir rouge puis prendre ses couverts, désespérée. Elle avait espéré que son tortionnaire s’occuperait de Jasper. Raté.

Jasper – Et je ne suis pas du tout déprimé, marmonna-t-il pour Munemori en piquant dans son assiette, toujours sans manger.

Munemori – C'est ce que disent ceux qui sont déprimés, on a déjà eu un exemple, dit-il d'un ton léger en lui prenant sa fourchette puis en lui fourrant un morceau poisson dans la bouche, le faisant sursauter.

Autant en profiter. Ni une ni deux, Laura essaya de se lever pour s’esquiver à son tour, profitant de la diversion que faisait Jasper en refusant de manger… et se fit lamentablement arrêter. Pire, leur professeur avait passé un bras par-dessus ses épaules pour la retenir et l’empêcher de filer. Blasée d’avance à l’idée de tout finir, la collégienne fut d’encore plus mauvaise foi pendant que Jasper se disputait avec le frère du prof, se mordant les lèvres mais bien obligée de continuer à manger. Ce n’est qu’à la fin, avec un immense soulagement en voyant son assiette vide, que Laura put enfin espérer être tranquille. Enfin… C’était sans compter sur monsieur Nakajima, assis juste à côté d’elle, qui avait dû la forcer à manger et qui ne loupa pas l’occasion de lui dire qu’elle aurait pu faire plus d’efforts à table. Oui, bah… Pas faim. C’était normal ! Pourquoi tenir tant que cela à ce qu’ils mangent aujourd’hui ? En plus, à quatre contre deux…

Jasper – C'est un complot, marmonna-t-il. Qu'est-ce que ça change, qu'on mange ou pas ?

M. Nakajima – C'est une simple question de bonne santé, répliqua-t-il en soupirant, se frottant un instant la tempe. A votre âge, vous ne devez pas manquer de repas comme ça, surtout dans votre état. Tu déprimes, Laura.

Qu… Hein ? Mais non, elle ne déprimait pas ! Laura était seulement un peu fatiguée, elle allait très bien et il ne devait pas s’inquiéter pour elle. Ce qu’elle affirma vivement d’un ton convaincu en secouant la tête pour contredire son professeur. Ce n’était pas pour une baisse de moral qu’elle déprimait ! C’était normal, en plus, vu sa dispute avec son frère. Alors, merci, mais ils pouvaient la laisser tranquille juste cette soirée-ci, non ? Elle savait se faire discrète, si ce n’était que cela le problème. Et Jasper dut penser exactement la même chose puisqu’il amorça une nouvelle fois un geste pour quitter la table tandis que monsieur Nakajima la serrait contre lui pour la réconforter. Mais elle allait très bien ! Pourquoi tenaient-ils à ce qu’ils restent tous à table ? Même Jasper venait de terminer…

Jasper – C'est bon, j'ai fini de manger, merci, au revoir, bonne nuit, fichez-moi la paix.

S’ensuivit une autre dispute, entre Josuke et Jasper cette fois… Son frère n’aimait pas cet homme, c’était visible et leur propre dispute n’avait pas dû arranger son état. Il était furieux, elle l’entendait dans sa voix, le voyait dans sa manière d’agir. Elle savait que c’était à cause de son don, au fond, mais ce n’était pas tout. Ils ne s’étaient jamais disputés aussi fort, jamais à ce point-là. Laura se tassa sur sa chaise, toujours près de monsieur Nakajima, n’osant plus faire un seul geste ni dire quoi que ce soit. Elle préférait se faire oublier, un peu, ne sentant pas du tout la suite des événements. Si le frère de leur professeur retenait Jasper et qu’elle-même était retenue par leur tuteur, ni l’un ni l’autre ne pouvaient partir… Sa gorge se noua de plus en plus, l’idée d’expliquer précisément ce qui s’était passé suffisant à lui donner envie de pleurer. C’était stupide, ce n’était qu’une dispute. Mais tout ce qu’il avait dit… Laura baissa la tête, sa première mission étant d’éviter le regard de son professeur. Pas question d’expliquer. Elle ne pouvait pas.

M. Nakajima – Laura... Pourquoi ne parles-tu pas, tout simplement ? Tu caches toujours tout, lorsque ça ne va pas. A ton âge, c'est très mauvais.

… Echec cuisant. Laura garda la tête baissée, fermant les yeux et pinçant ses lèvres. Elle secoua la tête, refusant de parler, incapable d’expliquer pour l’instant. C’était une dispute, rien de plus. Cela allait passer, comme à chaque fois, même si elle n’oserait plus agir comme d’habitude en compagnie de Jasper. Il fallait qu’elle se modère, voilà tout. Qu’elle arrête de pleurer, de s’exprimer comme d’habitude. Qu’elle change.

Laura – Ce…, commença-t-elle d’une voix rauque. Ce… Ce n’est qu’une dispute. Tout ira mieux dans quelques jours.

M. Nakajima – Tu sais très bien que non, tu laisses toujours tout s'envenimer et ça prend ensuite des mois à se résorber.

Laura se crispa un peu plus, réitérant son mouvement de la tête même si elle savait que cela ne servait à rien. Elle ne pouvait pas parler, tout simplement. Et elle ne voulait pas devant Jasper, qui était toujours retenu à table tout comme elle. Qu’est-ce que ça pouvait bien faire qu’ils se soient disputés ? Tous les frères et sœurs se disputent un jour, toutes ses amies le lui avaient dit, trouvant incroyable que son frère et elle soient aussi proches. Bah… Elles trouveraient ça moins incroyable, maintenant.

Laura – C’est… différent, cette fois-ci. On a… juste parlé. Tous les frères et sœurs se disputent.

M. Nakajima – Justement, je sais la façon dont ça se termine, lorsque ça va trop loin, répondit-il d’un ton plus fatigué.

Mais les choses n’allaient pas obligatoirement mal se terminer entre eux ! Laura redressa un peu la tête pour jeter un bref regard à Jasper, hésitante, avant de regarder à nouveau le bout de table qui était juste devant elle. Ils n’allaient pas rester en froid éternellement. Ce n’était pas comme la famille de leur professeur, Genji lui avait expliqué à quel point les relations étaient tendues entre certains mais ce n’était pas la même chose ici. Et tous les frères et sœurs qui se disputaient ne se séparaient pas… Ils avaient demandé l’émancipation pour rester ensemble, ils n’allaient pas arrêter de se parler à cause d’une dispute. C’était seulement… quelque chose qu’ils avaient gardé très longtemps en eux, et qui avait dû ressortir. Donc ils avaient parlé, c’était bon, pas besoin de revenir là-dessus.

Laura – On a déjà parlé, ça… ça n’ira pas plus loin. Il fallait seulement… que certaines choses sortent.

Désolée. Mais non, elle ne pouvait pas. Pas cette fois. Laura voulait seulement être tranquille, rien de plus, Jasper avait dit ce qu’il avait à dire, elle aussi, alors c’était bon. Elle ne résistait pas, d’habitude, finissait par parler, mais elle en était incapable ici et avait besoin d’une nuit de sommeil pour digérer leur discussion et les paroles de son frère. Comme l’avaient très bien souligné ses amies, ils ne se disputaient jamais, pas comme cela du moins, alors sa réaction était tout à fait normale. Cependant, contre toute attente et à son plus grand bonheur, son professeur n’insista pas. Il la poussa à se lever, grimpant les escaliers pour l’emmener se coucher. Laura n’y opposa aucune résistance, les joues un peu rouges, et fila se changer dans des gestes mécaniques avec un pyjama de rechange comme toutes ses affaires étaient au Pensionnat. La collégienne se glissa ensuite dans son lit, d’abord tournée vers celui de Jasper avant de se mettre sur le dos et de tourner la tête à l’opposé sans dire un mot.

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