1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Tour à l'hôpital

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Magister
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Âge RPG : 314 ans

MessageSujet: Tour à l'hôpital   Mar 19 Jan - 0:17

Ses frères devaient rentrer tôt, ce matin-là, ce qui expliquait pourquoi Eisen était parti à son travail, au village, avec une avance certaine, pour ne pas prendre le risque de les croiser. Il savait très bien que Josuke allait être furieux et n’avait pas envie de l’affronter tout de suite, encore moins si c’était pour se faire insulter d’imbécile inconscient puis traîner chez un médecin dans la foulée. Que voulait-il qu’il lui dise, en plus ?! Peut-être qu’il n’aurait pas dû cacher qu’il s’était blessé, peut-être… Il n’avait pas pu faire autrement, voilà tout. Il n’avait pas pu aller vers sa famille en expliquant ce qui arrivait. Sa mère détestait ce genre de pouvoirs, elle n’était satisfaite de lui que parce qu’il n’en servait quasiment pas, parce qu’il le cachait, agissait comme s’il n’en possédait pas. Son père… Mieux valait ne pas y songer. Toutes ses sœurs avaient quitté la maison pour vivre chez leurs époux, avec leurs enfants, il n’avait pas voulu leur rendre visite pour se plaindre. Kimmitsu aurait sans doute pu le comprendre mais il n’était plus là. Il en restait, à la maison, que ses deux frères aînés avec leurs femmes, leurs enfants, ainsi que Akinori, le plus jeune de leur fratrie, qui avait déjà deux jeunes enfants. Eisen s’était marié bien tard, lui aussi, même s’il n’avait pas battu le record de Kimmitsu.

Le jeune homme travailla toute la matinée dans un silence quasi-complet, étonnant beaucoup son patron, à l’ébénisterie, qui lui demanda plusieurs fois s’il allait bien, ajoutant qu’il pouvait rentrer chez lui s’il était malade, comme il n’y avait que peu de travail aujourd’hui. Surtout pas ! Il le rassura comme il le put, occupé à nettoyer puis s’occuper des finitions d’un vieux meuble, qu’on leur avait confié pour une restauration. Il n’avait pas la moindre envie de rentrer, il déjeunera au village, ce midi. C’était ridicule, mais au fond, son frère aîné lui faisait un peu peur. De la peur, mais aussi d’autres sentiments assez emmêlés qu’il avait du mal à définir. Eisen ne gardait qu’un très vague souvenir de son père, il était encore tout jeune lorsqu’il était décédé. Après sa mort, sa mère avait perdu une partie de sa force, également, plus aigrie et fatiguée de la vie. C’était Josuke qui l’avait surtout élevé, ils avaient dix-sept ans de différence et Eisen ne s’était jamais senti aussi proche de lui qu’il pouvait l’être avec son petit frère, par exemple, ou ses sœurs. Il y avait une trop grande différence d’âge, de goûts, de façon de penser, d’attitude, personne n’aurait cru qu’ils étaient frères s’ils n’avaient pas le même nom.

Et il y avait Kimmitsu, le « frère disparu ». Ironiquement, c’était sans doute de lui qu’Eisen aurait pu être le plus proche, s’il était resté. Eisen lui en voulait d’être parti comme ça alors qu’il aurait pu les aider, Himako et lui, et en même temps, il comprenait ce qui l’avait poussé à partir et pourquoi il ne revenait plus. Il ne savait plus où il en était, ce qu’il devait ressentir, qui avait tord, qui avait raison, où était le juste milieu. Penché sur le meuble, il serra les lèvres en inspirant profondément pour se reprendre, le cœur serré. Au fond, peut-être avait-il eu peur d’être rejeté, lui aussi. Josuke avait beau affirmer le contraire, Eisen avait du mal à y croire. Kimmitsu était parti de la maison, pire, du Japon, en laissant tout derrière lui. Himako avait claqué la porte avec beaucoup de violence, était en froid avec leur mère et ne venait plus jamais leur rendre visite, restant avec son mari, chez eux, au village. Genji était parti avec son oncle… De force, soit, mais on dirait qu’il allait mieux. Et Eisen restait là, se sentant complètement lâche de rester à la maison sans vouloir admettre que bien des choses lui pensait et qu’il avait envie d’aller voir ailleurs. C’était lâche, il refusait d’avouer qu’il en avait envie, il refusait de partir lui aussi et de blesser sa mère par la même occasion, sa mère déjà trop marquée par les départs violents de deux de ses enfants.

– Eisen, franchement, rentre si ça ne va pas, lui lança son employeur en passant la tête à la porte de l’atelier. Tu es blanc comme un linge.

– Ça va aller, merci, sourit-il faiblement.

– Hum… C’est l’heure de déjeuner, va donc prendre l’air.

Oui, oui, il y allait. Eisen enfila sa veste puis prit son bentô, sortant dans le village pour marcher un peu. Il déambula un moment avant de finalement s’asseoir, commençant à manger à petites bouchées lorsque Kyle, l’ancien professeur d’Himako, passa sur le chemin en le saluant avec un grand sourire. Eisen y répondit avec un temps de retard, hochant la tête lorsqu’il lui demanda s’il pouvait s’asseoir avec lui. Qu’il ne se gêne pas. Le jeune père avait déjà pris quelques cours avec lui, il y a cinq ou six ans. C’était aussi lui qui l’avait aidé, l’année dernière, lorsque son don l’avait blessé. Eisen était chez lui à l’aider à transporter des affaires lorsqu’il s’était effondré d’un bloc en hurlant de douleur, son propre don « explosant » dans son corps, des lames de vent fendant ses os. Il restait encore quelques lésions aux jambes, sur les os brisés qu’il avait eus sur le coup. Pour sa famille, c’était un accident de travail, il n’avait pas pu leur expliquer que c’était son propre pouvoir qui lui avait brisé les deux jambes. Kyle lui jeta un long regard, un sourire bienveillant éclairant son visage maintenant bien ridé.

– Tu as l’air d’avoir des soucis. C’est pour Kimmitsu ? Votre sœur m’a expliqué ce qui était arrivé. Il va mieux, non ?

– Je pense.

– Qu’est-ce qui te travailles ?

– Josuke est au courant… Pour l’année dernière. Mon don.

– Je vois… Ne fais pas une telle tête, enfin, il ne va pas t’assassiner.

Alors ça, ce n’était pas dit. Il lui avait déjà lancé au téléphone qu’il n’avait pas intérêt à se défiler et c’était très précisément ce qu’Eisen faisait depuis ce matin. Il avait fuit au travail plus tôt exprès pour ne pas le croiser et n’était pas rentré déjeuner chez lui, comme à son habitude, préférant rester au village. Il envisageait même d’y traîner ce soir pour ne pas rentrer trop tôt. Est-ce que Josuke sera assez furieux pour venir le chercher lui-même … ? Mieux valait ne pas trop tenter le diable. Il avait déjà bien peur de le voir débarquer, là, tout de suite, d’une minute à l’autre. Il parla peu avec le professeur, échangeant des banalités, tout en déjeunant, préférant ne pas penser à ce soir. Il avait vraiment peur, c’était plus fort que lui, voulant à tout prix retarder la confrontation.

– Ton frère est plus ouvert d’esprit, quand même. Par rapport à votre père.

– Tu l’as connu ?

– Oui, à la guerre, puis par la suite, je l’ai vu assez souvent. C’est à cause de l’élément vent qu’il a été blessé si durement à la jambe, tu le savais ? C’est pour ça qu’il hait autant ce genre de pouvoirs… C’est pour ça qu’il a été aussi furieux quand il a vu que Kimmitsu le possédait, ce fameux élément. Furieux et dégoûté. Il lui ressemble beaucoup, au niveau du caractère. Ce même entêtement, ce même refus d’abandonner, même ce qu’il le faudrait. Une certaine tendance à ne pas vraiment s’ouvrir et se dévoiler aux autres, un tempérament secret, rigide, très droit et fort de principes. Ils se seraient bien entendu sans ce pouvoir.

Voilà qui expliquait certaines choses… Si son père avait été blessé à cause d’un don, à cause de l’élément vent, il ne pouvait accueillir avec le sourire le fait que son fils et sa faille puissent l’utiliser. En revanche, il s’était tant habitué à l’idée que Daisuke avait complètement rejeté son troisième enfant qu’il n’avait absolument jamais réalisé que Kimmitsu puisse lui ressembler, ne serait-ce qu’un peu. Il avait grandi dans l’idée qu’ils étaient opposés en tout alors imaginer qu’ils puissent se ressembler, c’était complètement impossible ! Perplexe, il essaya de rassembler ce qu’il savait de son père pour comparer avec ce qu’il savait de Kimmitsu. Ce qui tenait en peu de choses. Il n’avait vraiment connu si son père ni son grand frère, c’était triste à avouer mais c’était ainsi. Kimmitsu était presque un inconnu, pour lui, il l’avait vu au maximum quinze fois depuis ses six ans et n’avait vraiment pu prendre le temps de lui parler, apprendre à mieux le connaître. Son propre frère était un inconnu, à ses yeux. Lamentable… Il se prit la tête entre les mains après avoir reposé les restes de son déjeuner, le cœur au bord des lèvres.

– Est-ce que ça va ?

– Oui, très bien...

En réalité, non, ça n’allait pas du tout, et peu importe. Il se releva puis salua le professeur, retournant au travail d’un pas lent. L’après-midi se déroula bien trop vite à son goût, bien qu’il traîne au maximum pour ne pas terminer son travail trop tôt. Mais vint bien un moment où il n’eut plus de raison de rester. La mort dans l’âme, il se résigna à partir, quitter le village pour rentrer chez lui, très peu pressé. Il ne pouvait pas se défiler encore un peu … ? Il poussa le portail de la maison avec une boule au ventre, rentrant ensuite avec lenteur. Tout ça pour une histoire qui commençait à dater, maintenant, ce n’était pas la peine d’en faire un tel drame ! Laissant son sac de travail dans le placard de l’entrée, il grimaça en voyant son frère dans la grande pièce qui servait de salon, regrettant profondément les jours où ils se contentaient de « bonjour, au revoir, il va neiger cette nuit », ce genre de choses. Il se retint de justesse de faire demi-tour, le teint assez pâle. Munemori était là aussi, ce qui accentua un peu plus le malaise. Ils n’avaient quand même pas attendus tous les deux la journée entière exprès, non ?!

– Ce n’est pas la peine d’aller à l’hôpital, je me suis soigné l’année dernière.

– Et les lésions que tu as encore ? Tu n'as pas pu te soigner comme il faut, alors je t'emmène à l'hôpital, je t'avais prévenu.

Comme si c’était si grave. Eisen détourna le regard en soupirant, se mordant les lèvres. C’était loin, en plus ! L’hôpital plus accessible était à une heure de route et rester enfermé dans une voiture avec deux frères en colère pendant une heure n’était pas une perspective très réjouissante. Ils ne pourront rien lui faire, là-bas, il avait soigné ce qu’il avait pu, tant pis pour le reste. Se renfrognant un peu plus, il les suivit jusqu’à la voiture, Munemori prenant le volant. C’était formidable, vraiment, ils auraient pu oublier ce qui s’était dit au téléphone. Eisen ouvrit la bouche pour demander des nouvelles de Kimmitsu puis la referma, ignorant comment poser la question maintenant. Lui au moins avait eu le courage de partir… Il baissa la tête, le regard dans le vague, en se traitant de lâche. « Tout ça à cause d’un don », comme dirait leur mère. Un don qui avait blessé leur père, fait fuir Kimmitsu et Himako, rendu Genji malade, oui, c’était du beau. Josuke lui lança sur un ton lourd de reproches qu’il n’aurait jamais dû mentir, il devait leur faire confiance comme ils étaient ses frères. C’était si grave que ça ? Au moins, il avait pu éviter les conflits, à venir jusque là.

– Fous-moi la paix, marmonna-t-il.

– T’as pas un peu fini de faire ta mauvaise tête ? grinça Munemori. Je te rappelle que c’est de ta faute, si on en arrive là.

Pour ça, oui, c’était de sa faute, parce qu’il n’avait pas eu le courage de dire merde à tout le monde, comme Himako, pour partir et pouvoir utiliser son pouvoir comme bon lui semblait. Donc oui, c’était de sa faute, entièrement de sa faute, il n’aurait jamais dû vouloir rentrer dans le moule à tout prix en essayant d’ignorer un pouvoir dont il ne pouvait même pas se débarrasser. C’était de sa faute s’il avait choisi de baisser la tête et faire comme s’il n’avait absolument rien de particulier. Sa famille n’y était pour rien. Il repensa à ce que Kyle lui avait dit, songeant ensuite que Kimmitsu s’étoufferait pour de bon si quelqu’un lui balançait cela. Il ne put retenir une petite grimace, imaginant déjà la réaction de son frère. Il aurait sans doute dû profiter de cet été pour lui parler, pour… Essayer de voir comment réagir maintenant.

– Tu vas faire la tête comme ça encore longtemps ?

– Oui.

– Et t’es conscient d’avoir joué avec ta vie ?!

– C’était joué par avance ! Je savais très bien que j’allais avoir des emmerdes tôt ou tard ! C’était tellement prévisible, ce n’est pas comme si il y en avait eu deux autres avant moi.

Comment cela aurait-il pu se passer autrement, on se le demande ?! Il avait le droit d’avoir peur, droit de refuser de voir sa propre mère lui hurler dessus pour ça comme elle l’avait fait avec sa fille, droit de vouloir garder certaines choses pour lui.

– C'est justement pour cette raison que tu aurais dû nous en parler ! Nous n'avons pas rejeté Kimmitsu ni Genji ni Himako, alors pourquoi l'aurions-nous fait avec toi ?! Réfléchis un peu.

– Je ne peux pas juger, pour Kimmitsu, c’est mon frère et je ne le connais même pas, au fond. Le père Kyle m’a dit qu’il ressemblait beaucoup à notre père, au niveau du caractère. Que le seul problème était son pouvoir. Il aurait pu faire n’importe quoi, ça n’aurait pas marché.

Mais au moins, il avait eu le courage de partir, lui. Se sauver, loin de la maison, du village, de la région, du pays, du continent tout entier pour en rejoindre un autre. C’était ça qu’Eisen aurait dû faire, lui aussi, sans doute au même âge. Filer au loin sans se retourner, vivre par ses propres choix, avec ses propres expériences, vivre sans avoir qui que ce soit sur le dos, sauf s’il choisissait volontairement d’être sous les ordres de quelqu’un. Munemori avait refermé la bouche, se ravisant alors qu’il allait répondre quelque chose. Ça l’étonnait ?! Pourtant, il devait très bien connaître leur père et Kimmitsu, il avait bien de quoi les comparer.

– Comment tu as su, pour mon don ? marmonna-t-il en tournant la tête vers Josuke. C’est Kimmitsu qui en a expliqué le fonctionnement ?

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Dernière édition par Magister le Lun 22 Fév - 14:30, édité 1 fois
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Josuke Nakajima
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MessageSujet: Re: Tour à l'hôpital   Lun 25 Jan - 18:11

Josuke échangea un regard avec Munemori, assis dans le salon en attendant leur frère. Il s’était défilé, naturellement, ayant mangé à son travail là où, habituellement, il rentrait pour déjeuner. Il avait si peur que cela… ? Tant pis, il n’avait qu’à assumer ! Ne pas dire de telles choses… Il avait été dingue ! Sans le Père Vilette, jamais Josuke n’aurait réalisé qu’Eisen était aussi mal, qu’il avait dû souffrir et qu’il n’était pas du tout heureux contrairement à ce qu’il montrait et voulait faire croire. Il aurait pu perdre la vie ! Le réalisait-il seulement ? Avait-il conscience des conséquences d’un don trop longtemps étouffé, d’un don qui pouvait le blesser plus qu’il ne l’était déjà pour finir par le tuer ? Avec ça, il lui restait des blessures, les lésions qu’il avait mentionnées… Et Josuke n’avait rien vu. Absolument rien. Il se sentait idiot, coupable et dépassé par les événements récents. Jamais il n’aurait cru que les dons pouvaient bouleverser leur quotidien à ce point. Si seulement Eisen avait parlé…

Munemori et lui patientèrent dans le salon, tantôt faisant les cents pas en attendant, tantôt tâchant de se calmer pour ne pas hurler d’emblée lorsqu’ils verraient leur frère. Josuke savait qu’hurler ne servait pas à grand-chose, il avait retenu des nombreuses disputes avec Genji que cela n’amenait rien de bon. Seulement, son frère avait risqué sa vie ! Et pourquoi ? Pour vivre une vie qu’il ne supportait pas, qui le rendait malade… Il était si stupide ! C’était précisément pour cette raison que, dès qu’ils eurent mis pied à terre en rentrant de France, ils s’étaient dirigés vers la maison pour attendre Eisen de pied ferme. Et il n’était pas venu. La fatigue jouant aussi à cause du décalage horaire, Josuke doutait de pouvoir conserver son calme avec Eisen, tout comme Munemori. Ils avaient vu un autre monde avec la France, quelque chose de complètement différent qui les avait épuisés alors qu’ils n’y étaient pas restés très longtemps. Juste le temps pour que Kimmitsu se sente mieux et qu’il n’ait plus besoin d’eux. Et les voilà, à présent, à attendre leur autre frère qui ne devrait plus tarder…

Josuke porta une main à son visage pour se frotter les yeux d’un air fatigué, sachant d’avance qu’Eisen n’accepterait sans doute pas facilement d’aller à l’hôpital. Tout comme il refuserait de parler et d’écouter… Depuis qu’il lui avait répondu au téléphone, l’envoyant littéralement balader, le chef de famille ne cessait de se répéter que c’était pire que ce qu’il ne pensait, que le don de son frère risquait de causer de nouveaux dommages s’il ne faisait pas attention à lui, sans même qu’il ne le réalise. Son caractère parlait pour lui ! Avec la réponse et les paroles prononcées par Eisen, c’était clair comme de l’eau de roche : il ne tiendrait plus longtemps comme cela. Et, heureusement, ils entendirent du bruit au dehors, signe que leur frère était enfin rentré même s’il n’avait pas l’air très pressé de les voir. Dès qu’il ouvrit la porte, il tomba sur eux... et était incroyablement pâle.

Eisen – Ce n’est pas la peine d’aller à l’hôpital, je me suis soigné l’année dernière.

Josuke – Et les lésions que tu as encore ? Tu n'as pas pu te soigner comme il faut, alors je t'emmène à l'hôpital, je t'avais prévenu.

Le salon, à la décoration très sobre et épurée, contrastait énormément avec la discussion qui débutait en cet instant précis. La tension, mêlée au soulagement de retrouver leur frère entier, ajoutée à la fatigue, donnait un mélange explosif qu’aucun des trois ne contrôlait réellement. Heureusement, Eisen ne rétorqua rien, détournant simplement le regard en soupirant. Oui, qu’il se taise, cela valait mieux pour lui. Ils avaient une heure entière à passer ensemble, dans la voiture, ils auraient largement le temps de discuter et de mettre les choses à plat. Josuke et Munemori ne voulaient que l’aider ! Était-il conscient de cela ou comptait-il râler durant des jours, des semaines, des mois, sans plus jamais leur parler parce qu’ils avaient ouvert les yeux ? Ah mais oui, il oubliait, il aurait dû tout deviner de lui-même… Laissant Munemori prendre le volant, jugeant cela plus prudent, Josuke s’installa à côté d’Eisen pour le garder à l’œil. Il avait vraiment l’impression qu’il allait tomber là… Et puis, ils avaient une petite discussion à avoir. Ce qu’il commença au bout de quelques minutes avec un ton lourd de reproches, Josuke insistant sur la mauvaise idée qu’avait eue son frère en voulant leur mentir. Ils étaient ses frères ! Ne connaissait-il pas la définition de ce mot ? Curieux, pourtant, il était convaincu du contraire. Le mensonge devait lui avoir grillé quelques neurones au passage.

Eisen – Fous-moi la paix, marmonna-t-il.

Munemori – T’as pas un peu fini de faire ta mauvaise tête ? grinça Munemori. Je te rappelle que c’est de ta faute, si on en arrive là.

Eisen ne répondit rien alors que Josuke levait les yeux au ciel, désespéré. S’entraînait-il au moins, maintenant, ou continuait-il de retenir son don ? A quel point était-il blessé, à quel point avait-il ignoré ce que son don lui imposait ? Il lui lança un regard, le dévisageant presque en le regardant de haut en bas comme pour essayer de voir s’il n’avait rien. C’était parfaitement stupide, oui, mais il ne pouvait s’en empêcher. Il aurait pu mourir ! Mourir comme cela, sans qu’ils ne comprennent quoi que ce soit ! Ils l’auraient retrouvé, un jour, allongé ou mutilé alors que rien ne témoignait d’une quelconque attaque… Chassant ces horribles images de sa tête, Josuke regarda à l’extérieur, essayant de se calmer, au moins un peu. Ne pas hurler. Cela ne servirait à rien. Des paysages défilaient sous leurs yeux, quelques voisins leur faisant signe avec un grand sourire, des familles jouant pour profiter encore un peu de la lumière du jour et du temps qu’elles avaient pour elle en dehors du travail. Ce paysage l’apaisait. Rien à voir avec la France, même s’ils n’avaient pas vécu dans une grosse ville d’après ce qu’ils avaient pu comprendre.

Munemori – Tu vas faire la tête comme ça encore longtemps ?

Eisen – Oui.

Munemori – Et t’es conscient d’avoir joué avec ta vie ?!

Eisen – C’était joué par avance ! Je savais très bien que j’allais avoir des emmerdes tôt ou tard ! C’était tellement prévisible, ce n’est pas comme si il y en avait eu deux autres avant moi.

Mais c’était justement ce qu’ils lui reprochaient ! Savoir qu’il allait avoir des ennuis, savoir qu’il n’était pas le seul, savoir… Savoir tout cela et ne rien dire ! Il avait été complètement stupide, pire qu’un enfant qui se brûle en mettant sa main dans une flamme et qui ne recommençait pas par la suite. Oui, pire que cela parce que lui avait mis sa main dans un feu, s’était brûlé, en avait souffert et avait recommencé sans jamais avoir demandé d’aide. Un enfant, lui, court vers ses parents pour se soigner… Eisen avait laissé les choses telles quelles sans jamais rien dire, sans jamais rien faire. Josuke ne put se retenir, cette fois, et tourna la tête vers son frère, complètement désespéré, lui lançant un regard noir, oubliant sa résolution de ne pas crier. Il était… Mais enfin, le savoir et ne rien dire ! S’il le savait, pourquoi ne pas leur avoir expliqué ?! Ils auraient compris beaucoup plus de choses, ils auraient pu l’aider comme ils avaient essayé d’aider Kimmitsu, ils auraient pu le soutenir.

Josuke – C'est justement pour cette raison que tu aurais dû nous en parler ! Nous n'avons pas rejeté Kimmitsu ni Genji ni Himako, alors pourquoi l'aurions-nous fait avec toi ?! Réfléchis un peu.

Eisen – Je ne peux pas juger, pour Kimmitsu, c’est mon frère et je ne le connais même pas, au fond. Le père Kyle m’a dit qu’il ressemblait beaucoup à notre père, au niveau du caractère. Que le seul problème était son pouvoir. Il aurait pu faire n’importe quoi, ça n’aurait pas marché.

Josuke échangea un regard avec Munemori, mal à l’aise. Oui, il n’avait pas vraiment eu l’occasion d’apprendre à le connaître… Mais Kimmitsu était en vie et les problèmes de santé qu’il avait n’étaient pas liés à son don mais aux problèmes du Pensionnat. Il vivait, il avait refait sa vie au loin et avait trouvé la femme avec laquelle il voulait passer la fin de sa vie. Il avait pris confiance en lui, s’était affirmé, n’étant plus du tout l’homme qu’il était avant de quitter le Japon. Cependant, cela ne changeait rien : ils auraient pu aider et soutenir Eisen, l’aider à partir s’il en avait besoin, l’encourager pour qu’il ne soit pas traumatisé et mal en point comme il l’était aujourd’hui. Les choses devaient changer, les dons existaient dans leur famille et ils devaient les comprendre pour éviter à d’autres d’être malheureux.

Eisen – Comment tu as su, pour mon don ? marmonna-t-il en tournant la tête vers Josuke. C’est Kimmitsu qui en a expliqué le fonctionnement ?

Josuke – Kimmitsu n’a fait que confirmer ce que je pensais. C’est le Père Vilette, le prêtre du village où vit Kimmitsu, qui a dit ce que ressentaient les possesseurs d’un don. Et il a bien insisté sur l’influence de certains dons, notamment le vent, ainsi que les dangers d’un don trop longtemps retenu. J’ai immédiatement pensé à toi.

Le ton qu’employait Josuke était lourd de sous-entendus, montrant à quel point Eisen avait été stupide de cacher une telle chose. Il avait été trahi par un homme qu’il ne connaissait même pas et qui ne le connaissait pas, qu’il ne rencontrerait même probablement jamais. En un sens, c’était malheureux parce que leur frère ne leur avait même pas fait confiance pour un sujet aussi délicat… Non, c’était un parfait inconnu qui leur en avait parlé, comprenant mieux un membre de leur famille sans même connaître son don. Eisen détourna la tête, à un moment, marmonnant qu’il ferait mieux de penser à son fils.

Munemori – Il n’a pas menti, lui…, dit-il en grinçant des dents.

Josuke – Et je n’ai pas eu besoin d’un inconnu pour apprendre qu’il n’allait pas bien, contrairement à certaines personnes. Je pensais que le mensonge était banni de notre culture depuis des années. Surtout pour des sujets aussi graves.

Même les enfants avaient retenu ce principe, ce n’était pas compliqué ! Mentir impliquait que l’on trahissait la confiance de quelqu’un, de nos proches dans le cas présent, surtout en affirmant que tout va bien alors que ce n’est pas le cas. Eisen leur avait menti durant des années et Josuke était sûr qu’il aurait continué encore longtemps, qu’ils ne l’auraient jamais su, ne découvrant peut-être la raison que lors de sa mort. Ce qui se confirma lorsque leur frère répondit en évitant de croiser son regard.

Eisen – Si tu veux que je sois honnête, je peux t'avouer que j'aurai continué à la boucler encore longtemps, là-dessus.

Josuke – Ce que je trouve malheureux, dit-il d’un ton sombre. On aurait appris ta mort sans comprendre ce qui s’était passé alors que l’on aurait pu t’aider. Même les enfants savent qu’il ne faut pas mentir, que parler aide énormément. Les adolescents dont Kimmitsu s’occupe ont déjà retenu et intégré ce principe alors qu’ils sont chez lui depuis peu de temps. Toi, tu baignes dans cette culture depuis des années ! C’est surtout cela qui nous choque et qui nous blesse. Je ne pense pas me tromper en avançant cela, Munemori, si ?

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Munemori Nakajima
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MessageSujet: Re: Tour à l'hôpital   Lun 25 Jan - 23:32

– Kimmitsu n’a fait que confirmer ce que je pensais. C’est le Père Vilette, le prêtre du village où vit Kimmitsu, qui a dit ce que ressentaient les possesseurs d’un don. Et il a bien insisté sur l’influence de certains dons, notamment le vent, ainsi que les dangers d’un don trop longtemps retenu. J’ai immédiatement pensé à toi.

Il était le seul à leur avoir menti ! Kimmitsu n'avait jamais refréné son envie de partir, bien au contraire, il n'avait pas fait les choses à moitié, à ce niveau-là, quittant leur continent pour s'exiler à des centaines de kilomètres pour y refaire sa vie. Himako n'était pas partie aussi loin mais elle non plus n'avait jamais refoulé son besoin de prendre l'air et l'avait bien hurlé à leur mère sans la moindre gêne avant de partir de la maison en claquant la porte et ne remettant plus jamais les pieds dans la maison familiale depuis. Munemori avait essayé de lui rendre visite, elle lui avait ouvert puis aussitôt claqué la porte au nez en lui criant de dégager. Charmante petite sœur un peu colérique. Genji, lui, n'avait rien dit, par contre, il l'avait montré qu'il n'était pas bien, bien que personne en comprenne pourquoi. Mais Eisen, lui, non, il leur cachait tout depuis son enfance ! Qu'il soit mal à l'aise, qu'il se blesse, peu importe, faisons comme si de rien n'était ! Il répliqua dans un marmonnement que Josuke ferait mieux de s'occuper de son fils, visiblement encore très peu disposé à coopérer. Genji n'avait pas essayé de tout cacher, lui, au moins ! Il était honnête, on ne pouvait pas lui reprocher d'avoir voulu dissimuler ce qu'il pensait ou de cacher quoi que ce soit, il n'avait jamais camouflé son mal-être, ce qui lui permettait d'aller un peu mieux avant que les choses ne s'enveniment trop. Munemori crispa les mains sur le volant, jetant un regard noir à son petit frère dans le rétroviseur.

– Il n’a pas menti, lui…, dit-il en grinçant des dents.

– Et je n’ai pas eu besoin d’un inconnu pour apprendre qu’il n’allait pas bien, contrairement à certaines personnes. Je pensais que le mensonge était banni de notre culture depuis des années. Surtout pour des sujets aussi graves.

Et surtout si cela concernait l'un des plus jeunes de leur fratrie, leur petit frère, qui n'avait jamais causé le moindre trouble, qui ne se faisait jamais remarquer, d'ordinaire. Le frère tranquille, qui menait sa vie, qui acceptait toutes les traditions sans rechigner, qui avait toujours pris soin à respecter toutes les coutumes, qui avait accepté d'épouser dès le premier rendez-vous la jeune femme que Josuke lui avait fait rencontrer, qui souriait à tout le monde et aidait beaucoup à la maison. L'enfant qui ne parlait que peu aux autres mais qui était toujours là quand on avait besoin de lui. Il avait si bien caché son jeu et c'était précisément ça qui énervait Munemori à un point incroyable, qu'il leur ait menti, tout dissimulé, qu'il ait joué la comédie à ce point-là, prouvant ainsi qu'il ne leur vouait sans doute aucune confiance ! Cela dit, eux aussi auraient dû s'en douter... Leur petit frère si apaisé, qui possédait le même don que Himako et Kimmitsu, pourquoi aurait-il été le seul à avoir échappé à absolument tous les tourments qui avaient touchés ses aînés ? Don moins puissant, moins envahissant, caractère plus posé et serein, voilà ce que son frère avait très longtemps cru. La vérité était bien cruelle et particulièrement blessante. Il leur avait simplement menti, durant des années, sans le moindre remord.

– Si tu veux que je sois honnête, je peux t'avouer que j'aurai continué à la boucler encore longtemps, là-dessus.

Un mensonge qui aurait alors continué des années... Munemori soupira en freinant pour s'arrêter au stop, regardant si personne n'arrivait avant de redémarrer et s'engager sur la grande-route, menant vers la ville. Donc non, leur propre frère ne leur faisait même pas confiance, constat qui le blessait terriblement. Ils l'avaient donc perdu, lui aussi, comme Himako ?! Encore qu'avec leur sœur, il y avait un fort espoir d'arranger les choses. Elle était partie furieuse mais une fois que sa rancœur et sa susceptibilité se seront calmés, elle reviendra vers les siens, elle n'était guère du genre à rester en froid avec ceux qu'elle aimait durant des mois et des mois. En revanche, pour Eisen, ils étaient en droit de creuser un peu le sujet pour savoir ce qui se passait vraiment dans sa petite tête. Pour commencer, Munemori ne comprenait définitivement pas pourquoi il s'était obligé à supporter tout ce qu'il détestait, au point de le rendre malade, au lieu de simplement leur parler !

– Ce que je trouve malheureux, dit-il d’un ton sombre. On aurait appris ta mort sans comprendre ce qui s’était passé alors que l’on aurait pu t’aider. Même les enfants savent qu’il ne faut pas mentir, que parler aide énormément. Les adolescents dont Kimmitsu s’occupe ont déjà retenu et intégré ce principe alors qu’ils sont chez lui depuis peu de temps. Toi, tu baignes dans cette culture depuis des années ! C’est surtout cela qui nous choque et qui nous blesse. Je ne pense pas me tromper en avançant cela, Munemori, si ?

– C'est exactement ça, grinça-t-il en accélérant un petit peu. Maintenant qu'on a bien assimilés que tu ne nous fais pas confiance pour un sou, j'aimerai comprendre pourquoi ? Ce qu'on t'a fait pour en arriver là ?! Tu as été maltraité, étant petit ? Je n'ai pas cette impression mais on ne sait jamais, après tout.

– Ce n'est pas ça du tout, marmonna-t-il un ton plus bas. Je vous fais confiance...

Bien sûr, c'était pour ça qu'il leur mentait depuis toujours, bien évidemment, ce que rétorqua Munemori d'un ton devenu glacial. Dans le fond, c'était même assez douloureux d'apprendre tout cela tant il n'aurait jamais cru ça possible venant de lui. Eisen et Akinori, étant les deux plus jeunes et donc les petits protégés, en quelque sorte, avaient cette petite aura d'innocence qui les accompagnait depuis que leurs frères et sœurs les avaient tous les deux élevés, après la mort de leur père, en les couvant, parfois trop. Alors apprendre aujourd'hui qu'Eisen avait caché tout cela... Qu'il savait très bien qu'il jouait avec sa santé et n'en semblait pas plus perturbé que cela. Pire encore, qu'il aurait voulu continuer à leur mentir !

– Donc tu avais vraiment peur de te faire rejeter, reprit-il en serrant les mains sur le volant un peu plus fort. Brillant. Tu réalises que tu peux perdre la confiance de ta famille, en mentant comme ça ?! Ce problème-là est bien rentré dans ta petite tête ?!

Jetant un œil dans le rétroviseur, il vit rapidement qu'Eisen fixait ce qu'il y avait au-dehors, les bras serrés autour de lui, sans plus les regarder, ni Josuke ni lui. Il tremblait légèrement et Munemori le soupçonna de pleurer, tout en veillant à ce qu'ils ne le remarquent pas. Il respirait toujours d'une façon égale mais ça ne voulait rien dire, on pouvait pleurer silencieusement, lorsqu'on était à bout et que rien ne pouvait retenir les larmes. La nuit tombait peu à peu, laissant naître une certaine obscurité dans l'habitacle de la voiture.

– Utilises-tu plus ton don, au moins ? On ne te voit jamais t'en servir.

– Des fois, oui, quand j'ai du temps à perdre. Puis le vieux Kyle me pousse à le faire, lorsque que je suis au village. Avec Himako aussi, lorsqu'on se voit.

Ah, bien, leur jeune sœur veillait donc elle aussi à ce problème ! Tout espoir n'était donc pas perdu, o,n pouvait avancer un peu. Munemori eut un sourire satisfait en hochant la tête, remerciant mentalement Himako de faire attention là où ses deux frères aînés n'avaient jamais réalisé qu'il pouvait y avoir des problèmes. Dans le même temps, si on ne leur expliquait rien, comme il l'avait déjà dit à Solène, ça ne pouvait pas fonctionner !

– Et comment as-tu cru que tu pouvais être rejeté ? Tu as déjà eu des conversations sur le sujet avec le reste de la famille ?

– Je... Non.

– Eisen... Tu as décidément du mal à nous dire la vérité...

Il lui jeta un nouveau regard, par-dessus son épaule, lèvres pincées, voyant son frère tressaillir, comme s'il pouvait le sentir sur sa nuque. Il avait un peu baissé la tête en s'appuyant contre la banquette arrière, serrant un peu les bras autour de lui. Très bien, qui lui avait parlé, au juste ? Personne n'était très enjoué quand à ces différents pouvoirs, dans leur famille, c'était déjà un fait bien établi. Peur, incompréhension, rejet, ces pouvoirs effrayaient et repoussaient, ils étaient mal vus et souvent détestés. Ils le savaient très bien, Josuke et lui, leur frère ne devrait pas avoir peur de les choquer ou quoi que ce soit du genre, ce n'était pas nouveau ! Et ils n'allaient pas non plus se mettre en froid avec qui que ce soit, peu importe ce qu'il pourra leur avouer, là, tout de suite. Josuke secoua la tête à son tour, sûrement désespéré. Ou déçu, étant donné la tête qu'il tirait à l'instant.

– Je ne te comprends pas. Pourquoi continuer à nous mentir ? Nous ne t'avons pas prouvé que nous ne voulions que ton bien ? Qu'est-ce qui te bloque ? Dis-nous ! Je ne veux pas perdre un frère de plus parce que j'ai fermé les yeux...

– Justement, dit-il d'une voix nouée en tremblant un peu plus, tournant enfin la tête vers eux. En ne disant rien, ça... Il n'y a pas de conflit à cause de cet élément, maman a l'esprit en paix et... C'est mieux comme ça. Ce n'est pas important, pour le reste.

Pas important, pas important, pas important ! Munemori grogna en évitant de faire un écart sur la route, la fureur revenant d'un seul bloc, heureusement, Josuke entendit son appel mental car il lui donna un petit coup sur l'épaule, pas assez pour lui faire vraiment mal mais sans doute assez pour lui faire rentrer dans le crâne à quel point sa connerie pouvait être phénoménale.

– Ta santé n'est pas importante, peut-être ?! Il y a des conflits à l'intérieur de toi, ce qui est bien pire. Je n'ose même pas imaginer comment tu te sens...

– Je vais très bien, parfaitement bien, c'est bon. Vous ne pouvez pas me lâcher un peu ?!

Le lâcher, hin hin, dans ses rêves, petit, dans ses rêves les plus fous ! Une fois encore, on atteignait ses limites, celles qui, une fois franchies, le poussaient à se braquer et à ne plus rien écouter de nouveau. Son élément, son caractère, un mélange des deux, qu'est-ce qui le poussait à ça ? Munemori haussa les épaules en lançant d'un ton tout aussi froid que précédemment qu'il n'en était bien sûr pas question et qu'il pouvait toujours y croire si cela l'amusait.

– C'est notre mère qui t'a dit qu'elle ne voulait pas que tu deviennes comme ton grand frère, je suppose ?

Eisen ne répondit rien mais son air était parlant. Humph. Leur mère ne portait effectivement pas ces pouvoirs dans son cœur et ils avaient appris qu'elle avait même refusé de voir son troisième enfant présent à l'enterrement de son père, il était donc très crédible qu'elle ait déjà parlé à Eisen pour l'encourager à ne pas suivre les traces de Kimmitsu, surtout après les disputes avec sa fille.

– Bon, je ne vais pas te dire de prendre exemple sur tout, concernant Kimmitsu. Il a une fâcheuse tendance à ne pas savoir lever le pied lorsqu'il le faudrait. Il ne sait rien lâcher, ça peut être dangereux ou usant, pour lui. Par contre, il y a des choses où tu aurais dû ne pas écouter maman et faire selon ce que tu ressentais. Faudrait t'envoyer en stage chez ton frère, ça te ferait du bien, pour certaines choses. Tu n'es vraiment forcé à ne jamais rien dire que pour ne faire de la peine à personne ?!

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MessageSujet: Re: Tour à l'hôpital   Mar 26 Jan - 17:47

– Kimmitsu n’a fait que confirmer ce que je pensais. C’est le Père Vilette, le prêtre du village où vit Kimmitsu, qui a dit ce que ressentaient les possesseurs d’un don. Et il a bien insisté sur l’influence de certains dons, notamment le vent, ainsi que les dangers d’un don trop longtemps retenu. J’ai immédiatement pensé à toi.

Un prêtre d’un village français qui l’avait vendu… D’accord… Eisen baissa un peu plus la tête, marmonnant que Josuke ferait mieux de penser à son fils plutôt qu’à lui. C’est bon, il était juste son frère, pas son enfant, même si c’était surtout lui qui l’avait élevé. En plus, c’était plus important pour Genji comme il était plus jeune, il avait encore la possibilité d’être plus heureux et avoir une vie qui lui plaisait. Tout cela n’était pas si grave ! Même s’il n’était pas toujours très à l’aise, quelle importance, il était prêt à faire plus d’efforts et à ne pas laisser échapper ce qu’il ne fallait pas. Il s’en sentait presque obligé, pour ne pas infliger encore de nouveau problèmes et ne pas blesser sa mère. C’était tellement évident qu’elle avait beaucoup souffert de ce qui s’était passé avec Kimmitsu et Himako, il ne devait pas en rajouter et se révéler lui aussi un problème. Tout le monde pouvait comprendre ça, non ? N’est-ce pas ? Il n’en était plus aussi certain, d’un seul coup.

– Il n’a pas menti, lui…, dit-il en grinçant des dents.

– Et je n’ai pas eu besoin d’un inconnu pour apprendre qu’il n’allait pas bien, contrairement à certaines personnes. Je pensais que le mensonge était banni de notre culture depuis des années. Surtout pour des sujets aussi graves.

– Si tu veux que je sois honnête, je peux t'avouer que j'aurai continué à la boucler encore longtemps, là-dessus.

Ça ne servait décidément à rien de perdre du temps pour lui en mode « Tu vas bien, tu nous caches ton don et que ça ne va pas, tu caches tout ». Croisant les bras, le jeune père, tourna la tête vers l’extérieur, les lèvres serrées, très peu disposé à vraiment expliquer ce qu’il pensait en réalité. Il devait rester sans faire d’histoires, voilà tout, afin de ne pas blesser leur mère ni salir la mémoire de leur père en lui infligeant un enfant de plus, dans le style perturbateur et incapable de se conformer aux règles. Ne pas faire honte à leurs ancêtres, rester calme, comme le voulait leur mère. Elle lui en avait déjà beaucoup parlé, contente qu’il fasse des efforts pour camoufler son pouvoir, ne pas s’en servir à la maison et faire attention à ne pas déshonorer son père, ni cracher sur sa mémoire. Elle avait un air si apaisé, lorsqu’elle lui parlait ainsi, si soulagé. Il n’avait pas le cœur à lui infliger un départ de plus, des violences en plus, des disputes en plus, ce n’était pas humain. Il pouvait sans doute être très heureux s’il faisait plus d’effort pour calmer certaines envies ! Il venait d’avoir un fils, un bébé qui le comblait déjà de bonheur, avec une femme qu’il respectait profondément et pour qui il avait une affection grandissante. Tout allait bien, pour lui, tout pouvait aller mieux.  Il ne partira pas, pas lui aussi. C’était trop tard et il ne pouvait pas se permettre d’en arriver là.

– Ce que je trouve malheureux, dit-il d’un ton sombre. On aurait appris ta mort sans comprendre ce qui s’était passé alors que l’on aurait pu t’aider. Même les enfants savent qu’il ne faut pas mentir, que parler aide énormément. Les adolescents dont Kimmitsu s’occupe ont déjà retenu et intégré ce principe alors qu’ils sont chez lui depuis peu de temps. Toi, tu baignes dans cette culture depuis des années ! C’est surtout cela qui nous choque et qui nous blesse. Je ne pense pas me tromper en avançant cela, Munemori, si ?

– C'est exactement ça, grinça-t-il en accélérant un petit peu. Maintenant qu'on a bien assimilés que tu ne nous fais pas confiance pour un sou, j'aimerai comprendre pourquoi ? Ce qu'on t'a fait pour en arriver là ?! Tu as été maltraité, étant petit ? Je n'ai pas cette impression mais on ne sait jamais, après tout.

Mais ça n’avait rien à voir avec eux ! C’était juste lui qui devait faire attention, avec ce don qui le poussait parfois à des choses qu’il ne comprenait pas. Ils étaient peut-être furieux qu’il leur ait menti mais il n’y avait aucune autre solution valable si tout le monde voulait vivre en paix sans jamais subir de conflits supplémentaires à cause d’un pouvoir dont personne ne voulait entendre parler. Eisen se mordit un peu les lèvres, toujours en regardant au-dehors, même si on y voyait de moins en moins, à mesure que le temps passait. Ses frères devenaient franchement agaçants et lourds avec leurs accusations, il ne leur reprochait rien du tout et ce n’était pas la peine de s’étendre sur ce sujet ! A lui, oui, ils pouvaient lui reprocher d’avoir menti tant qu’ils le voulaient, quelle importance ? Il devait continuer s’il voulait vivre tranquille sans blesser qui que ce soit, mentir afin que certains désirs restent profondément enfouis au fond de son âme, afin de ne pas dire ce qu’il pensait, selon les jours, ne pas créer de problèmes supplémentaires. Leur mère en voulait beaucoup à Kimmitsu, même si elle ne le montrait pas forcément. Il ne pouvait juste pas…

– Ce n'est pas ça du tout, marmonna-t-il un ton plus bas. Je vous fais confiance...

Munemori répliqua que c’était pour ça qu’il leur mentait depuis toujours, bien évidemment, sur un ton glacial. Très bien, ce point-là, ils allaient le lui seriner durant des mois, message reçu. D’accord, c’était débile, horrible, jamais il n’aurait dû avoir ne serait-ce que l’idée de faire ça, ses frères mouraient sûrement d’envie de lui donner des baffes et de lui hurler dessus des heures et des heures, sans aucun doute, en lui reprochant sur tous les tons d’avoir menti et d’être un parfait abruti. Il appuya sa tête contre le dossier derrière lui, lèvres pincées, serrant ses bras autour de lui, comme pour se défendre, se protéger des accusations. Il savait très bien qu’il allait en prendre pour son grade, s’y attendant depuis une semaine.

– Donc tu avais vraiment peur de te faire rejeter, reprit-il en serrant les mains sur le volant un peu plus fort. Brillant. Tu réalises que tu peux perdre la confiance de ta famille, en mentant comme ça ?! Ce problème-là est bien rentré dans ta petite tête ?!

Oui… Et il ne voyait vraiment pas comment faire autrement. Il tourna la tête vers l’extérieur, respirant profondément pour ne pas se mettre à pleurer, tremblant juste un peu. Oui, il le savait, il en était parfaitement conscient. D’ailleurs, c’était sans doute trop tard, il doutait que ses frères lui accordent la moindre confiance après ça. De toute manière, ce n’était pas une confiance qu’il méritait. Après cette altercation, chacun continuera sa vie comme si de rien n’était et ils n’auront plus besoin de se soucier de lui. Il n’embêtera plus personne, c’était promis, que ce soit avec son ou quoi que ce soit d’autres. Même s’il avait assez peur de se faire rejeter, ça n’avait aucun intérêt pour personne, en parler serait complètement ridicule.

– Utilises-tu plus ton don, au moins ? On ne te voit jamais t'en servir.

– Des fois, oui, quand j'ai du temps à perdre. Puis le vieux Kyle me pousse à le faire, lorsque que je suis au village. Avec Himako aussi, lorsqu'on se voit.

Elle était, pour le moment, la seule avec qui il se sentait assez à l’aise et serein pour manier ce pouvoir en toute liberté, étant de bon conseil et patiente dans ses enseignements. Lorsqu’il lui rendait visite, à elle et son mari, ils passaient toujours au moins une heure à se servir du vent pour soulever de lourds objets, faire s’envoler les feuilles pour former des formes précises, l’utiliser pour rendre les choses plus belles ou faire de petits spectacles, c’était toujours amusant et assez beau. Leur professeur les poussait à des exercices plus sérieux, la plupart du temps, testant la limite de leurs pouvoirs. Eisen aimait bien ces leçons, bien qu’il ne porte pas son don dans son cœur. C’était assez… libérateur. Il se sentait bien, entouré de toutes parts par un vent léger, doux, puissant, fort ou emporté. Il avait honte de l’avouer, bien que cela lui fasse du bien. Il risqua un rapide coup d’œil vers ses frères, voyant leurs airs bien noirs et raides avant de reporter le regard au-dehors, très vite. Il devait donc s’attendre à subir des reproches matin, midi et soir pendant encore un mois ou deux, vu leur état.

– Et comment as-tu cru que tu pouvais être rejeté ? Tu as déjà eu des conversations sur le sujet avec le reste de la famille ?

– Je... Non.

– Eisen... Tu as décidément du mal à nous dire la vérité...

Le jeune homme tressaillit, serrant plus fort ses bras autour de lui, baissant un peu la tête. Il n’allait quand même pas leur reporter tout ce qu’avait déjà dit maman, ils risquaient d’être en froids avec elle, ensuite, s’ils étaient vexés par ce qu’elle avait déjà dit sur Kimmitsu. Leur frère ne réalisait peut-être même pas à quel point son départ avait marqué la famille. Leur père meurtri puis affaibli, au point d’en mourir peu de temps après, leur mère profondément blessée, leurs sœurs, à l’exception d’Himako, qui ne comprenaient pas et voyaient cela comme une trahison, tous comme leurs époux. Akinori qui, lui non plus, ne voyait aucune raison valable à un départ si brusque et définitif, ou presque, et voyait ce pouvoir comme l’unique responsable. Josuke et Munemori savaient tous les deux que les dons n’étaient pas bien vus, dans la famille, et ils lui reprochaient aujourd’hui de ne pas s’en servir assez ou de cacher certaines envies ? On marchait sur la tête ! Ce n’était pas comme si cette rancœur contre l’élément vent était une nouveauté.

– Je ne te comprends pas. Pourquoi continuer à nous mentir ? Nous ne t'avons pas prouvé que nous ne voulions que ton bien ? Qu'est-ce qui te bloque ? Dis-nous ! Je ne veux pas perdre un frère de plus parce que j'ai fermé les yeux...

– Justement, dit-il d'une voix nouée en tremblant un peu plus, tournant enfin la tête vers eux. En ne disant rien, ça... Il n'y a pas de conflit à cause de cet élément, maman a l'esprit en paix et... C'est mieux comme ça. Ce n'est pas important, pour le reste.

Josuke lui flanqua aussitôt une tape sur l’épaule, comme s’il venait de sortir une énorme connerie. Mais enfin, c’était la vérité ! Que voulait-il qu’il lui dise de plus ?! Eisen lui jeta un regard de reproches, à son tour, l’agacement montant en flèche. Il disait lui-même qu’il avait déjà « perdu un frère » ! Il ne pouvait quand même pas lui reprocher d’avoir peur d’être le prochain.

– Ta santé n'est pas importante, peut-être ?! Il y a des conflits à l'intérieur de toi, ce qui est bien pire. Je n'ose même pas imaginer comment tu te sens...

– Je vais très bien, parfaitement bien, c'est bon. Vous ne pouvez pas me lâcher un peu ?!

Ils étaient vraiment lourds ! Munemori ricana qu’il pouvait y croire si ça l’amusait, le faisant se renfrogner un peu plus. Ils n’allaient pas le lâcher durant des mois pour avoir menti, ils n’allaient pas le lâcher non plus pour son don, ils n’allaient le lâcher sur rien, somme toute. Retenant un juron, Eisen ferma les yeux un moment avec un soupir,  désespérément de leur faire comprendre qu’ils n’avaient pas besoin de se soucier de lui, peu importe ce qu’il fichait. Ils pouvaient très bien l’oublier et le laisser dans son coin ! Faire comme s’il n’était pas là ! Comme s’il n’existait pas, c’était pourtant très simple. Non ? Non…

– C'est notre mère qui t'a dit qu'elle ne voulait pas que tu deviennes comme ton grand frère, je suppose ?

Le jeune père se sentit rougir, ses pommettes prenant une teinte cramoisie, à peine camouflée par l’obscurité ambiante. Plus perspicace que ce qu’il ne croyait, le cher frère… Comment avait-il deviné ça ? Eisen se frotta un peu les bras, gêné, espérant que maman ne sache jamais rien de cette petite conversation.

– Bon, je ne vais pas te dire de prendre exemple sur tout, concernant Kimmitsu. Il a une fâcheuse tendance à ne pas savoir lever le pied lorsqu'il le faudrait. Il ne sait rien lâcher, ça peut être dangereux ou usant, pour lui. Par contre, il y a des choses où tu aurais dû ne pas écouter maman et faire selon ce que tu ressentais. Faudrait t'envoyer en stage chez ton frère, ça te ferait du bien, pour certaines choses. Tu ne t’es vraiment forcé à ne jamais rien dire que pour ne faire de la peine à personne ?!

Et bien, il… Oui … ? Il hocha la tête avec lenteur, la gorge on ne peut plus serrée, jouant avec ses mains, les tordant un peu, tout en entortillant un fil de sa tunique marron autour de son majeur. En gros, oui, c’était ça, c’était pour ça. Munemori poussa tout à coup un soupir exaspéré en le traitant de crétin. Ce n’était quand même pas si grave que ça ! Il allait répliquer ça puis préférant finalement se taire, pour ne pas ajouter à la mauvaise ambiance déjà bien pesante. Il aurait dû traîner plus longtemps au village… Le silence revint alors qu’ils continuaient de filer vers l’hôpital, Eisen luttant contre la colère de s’y faire traîner comme ça pour rien. Du calme ! Il ne devait plus rien dire, sinon sa famille allait encore en rajouter. La boucler et suivre, ce n’était tout de même pas si compliqué que ça, il pouvait très bien y arriver, avec des efforts. Il avait déjà accepté pas mal de choses, ça en plus, ce n’était rien. L’air de plus en lourd était gênant à un point incroyable, enfin… On se calme, on ne fait pas d’histoire, on ne râle pas, on suit en silence. Il devait penser à des choses positives, comme la naissance de son fils. Il ne sortit plus un mot jusqu’à arriver à l’hôpital, en bordure de la ville. Eisen marmonna un juron entre ses dents, tout en suivant ses frères à l’intérieur.

– C’est complètement ridicule, murmura-t-il en regardant Munemori expliquer la situation, à l’accueil.

Ils s’installèrent dans la petite salle d’attente, attendant qu’un médecin vienne le chercher pour l’examiner. Perte de temps, perte d’énergie, autant pour eux que pour les médecins. La salle d’attente était vide, hormis eux, la nuit était bien tombée et l’heure des visites terminée depuis longtemps. Assis entre ses deux frères, Eisen fixait le carrelage avec un très grand intérêt, refusant catégoriquement de redresser la tête pour croiser le regard de ses aînés. Le traîner ici pour rien, alors qu’il était déjà tard et qu’ils pourraient se contenter d’oublier et faire comme s’ils n’avaient jamais rien entendu. Comme pour en rajouter une couche, Josuke lança qu’ils faisaient ça pour son bien et se seraient contentés de lui parler s’il avait été plus intelligent. C’est ça. Eisen secoua la tête, le regard sombre.

– Et après ? marmonna-t-il. Je peux espérer que tu ne m’adresses plus la parole, à la maison ?

– Pardon ? Et pourquoi ? Ça ne ferait que te convaincre de la bêtise comme quoi on te rejette à cause de ton don.

Non, juste pour avoir un minimum de tranquillité, voilà tout. Il marmonna qu’il voulait juste qu’on arrête de lui parler de ce don, juste au moment où un médecin l’appela. Se levant, il évita le regard de ses frères, suivant le docteur jusqu’à la salle d’examen, en lui expliquant brièvement ce qui s’était passé. Il n’y avait pas grand-chose à faire, de toute façon, à part tâcher de vivre avec en faisant attention lorsqu’il portait des choses lourdes, ne pas courir trop longtemps pour ne pas appuyer sur les lésions et se soigner tout de suite en cas de coup dur pour éviter de fragiliser encore plus les os. Le médecin était très professionnel, travaillant sans commentaires inutiles. Il passa un bon quart d’heure à lui donner des conseils sur la façon de se préserver plus facilement, avant de le laisser repartir. Une heure de route juste pour ça. En sortant de la salle d’examen, Eisen fut très fortement tenté de planter ses frères là et de se débrouiller pour rentrer, le lendemain, fatigué par avance du trajet du retour. Soupirant, il revint les voir de très mauvaise grâce, disant très vite le verdict du médecin avant de se diriger vers la sortie, avec un air morne.

– Tu penses que ça blesserait notre mère, si tu cédais à certains besoins ? demanda tout à coup Munemori en s’installant au volant, après leur avoir ouvert la portière au passage.

– Evidemment, tu ne l’as pas entendue, toi, soupira-t-il en s’asseyant à l’arrière, à côté de Josuke. « Ton frère a déshonoré sa famille et provoqué le déclin puis la mort de son père, il est parti et ne donne jamais de nouvelles, il a renié tous les principes et les valeurs que nous lui avons enseigné, il ne doit même plus se considérer comme un homme de ce pays. J'ai peur que tu fasses comme lui, oui, si seulement il n’avait jamais eu ce maudit pouvoir, si seulement il était né comme ses autres frères et sœurs, de façon normale. »

Elle rendait Kimmitsu responsable de la mort de son propre père, ou du moins, de l’avoir accéléré. Sauf qu’on ne choisissait pas de aître ou non avec un pouvoir, on le possédait, c’est tout. Josuke soupira à son tour, avec un air pensif, alors que Munemori démarrait pour quitter l’hôpital et reprendre la route. Eisen se frotta un peu les yeux, épuisé d’un seul coup, un peu secoué lorsqu’ils reprirent la grande route et filèrent en sens inverse vers la maison.

– Il suffirait d’allier les deux… Ton besoin d’utiliser le vent sans t’éloigner de la famille. Donner des nouvelles et venir souvent. Eviter de faire ce qu’elle reproche à Kimmitsu, en somme.

– C’est sûr, on ne peut pas me reprocher d’avoir accéléré la mort de mon propre père, aussi stupide que ça puisse paraitre, dit-il d’un ton amer. Si je pars vraiment, j’imagine déjà sa réaction. Kyle m’a dit que c’était à cause du don vent que papa avait été blessé, que c’est pour ça qu’il le haïssait autant.

Eisen ferma les yeux, la tête tournée vers la fenêtre de la portière de la voiture, les bras croisés. Il songeait à leur père, les souvenirs qu’il gardait de lui, au don qu’il possédait, à son grand frère et à Himako, à ce qu’il ressentait lorsqu’il s’entraînait avec elle, à la guerre qui avait brutalement secoué le Japon, au passé, à l’avenir, à ce qu’il pourrait faire maintenant. Ce qui se résumait à peu de choses… Continuer à vivre comme avant, en faisant autant abstraction possible de son pouvoir, en oubliant les conflits et en vivant comme s’ils étaient une famille ordinaire, comme tant d’autres. En oubliant que même sa propre femme trouvait répugnant ces pouvoirs manipulant et blessant la nature. En craignant que son propre fils ait lui aussi un don. Partir pourrait achever sa mère… Et il n’avait pas envie de la blesser. Rouvrant les yeux, il se demanda si Kimmitsu aurait une idée pour effacer ou diminuer son pouvoir, sans ne mourir.

– Josuke, est-ce que Kimmitsu saurait comment atténuer ou faire disparaître un don comme ça sans y laisser la vie ?

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Dernière édition par Magister le Lun 22 Fév - 14:30, édité 1 fois
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Josuke Nakajima
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MessageSujet: Re: Tour à l'hôpital   Ven 19 Fév - 0:44

Josuke peinait toujours à y croire. Eisen. Eisen ! Il souffrait depuis des années, avait eu de nombreux soucis de santé et il ne leur avait rien dit ! Heureusement que Munemori conduisait, lui-même aurait déjà dû s’arrêter à cause de la colère qu’il ressentait. Pourquoi leurs frères ne leur disaient rien ?! C’était à croire qu’ils préféraient souffrir en silence, dans leur coin, alors que Josuke avait veillé à ne pas reproduire les mêmes erreurs que son père par rapport aux membres de leur famille possédant un don. Naturellement, les plus « âgés » avaient déjà subi les conséquences de cette mentalité mais les plus jeunes seraient aidés et accompagnés. Rien ne les obligerait à quitter le foyer familial, même s’ils le devraient probablement à cause de leur don. Et dire qu’ils ne l’avaient appris qu’en France, par un prêtre, au beau milieu d’un cimetière… Sans lui, jamais Josuke n’aurait pu savoir qu’Eisen leur cachait son mal être. Il aurait pu en mourir ! Quoi qu’il dise, il n’était pas en bonne santé et devait faire quelque chose. Comme partir… S’il le voulait. Personne ne l’en empêcherait et il pourrait toujours revenir.

Ils arrivèrent enfin à l’hôpital, Josuke surveillant toujours son frère de très près en lui lançant un regard noir lorsqu’il marmonna que c’était complètement ridicule après être entré dans l’hôpital. Il avait laissé le soin de tout expliquer à l’accueil à Munemori pour garder un œil sur Eisen qui semblait toujours vouloir s’échapper. Oh, non, mon petit, pas cette fois. Il devait se faire examiner ! D’accord, il avait réussi à se soigner un minimum et à apporter les soins urgents sans devoir aller à l’hôpital mais cela ne l’en dispensait pas pour autant. Josuke voulait savoir et en avoir le cœur net, il voulait connaître l’état de leur frère pour savoir à quel point il s’était retenu, depuis combien de temps il leur cachait qu’il allait mal précisément. S’il avait été tué à cause de son propre don uniquement parce qu’il n’avait rien dit, le chef de famille aurait été capable de le pourrir jusqu’à sa propre mort. On ne joue pas avec sa vie !

Mais ne rien dire. Rester calme, posé, courtois, ne pas exploser en plein milieu de l’hôpital. Josuke, Munemori et Eisen allèrent s’installer dans la salle d’attente complètement vide étant donné l’heure tardive, s’asseyant à gauche de son frère et Munemori à sa droite. Voilà, comme cela, il ne pourrait pas se défiler. Josuke était convaincu qu’il en était capable et qu’il pourrait même utiliser son don pour les retarder et s’échapper. Ce qui était parfaitement débile ! Réalisait-il qu’ils ne faisaient cela que pour son bien et parce que monsieur avait jugé inutile de devoir leur en parler ? Dans le doute, juste pour s’en assurer, Josuke le dit à Eisen qui se bornait à fixer le sol sans daigner lever les yeux vers eux. Il aurait pu leur parler ! Mais non… Il secoua la tête, toujours regard baissé.

Eisen – Et après ? marmonna-t-il. Je peux espérer que tu ne m’adresses plus la parole, à la maison ?

Josuke – Pardon ? Et pourquoi ? Ça ne ferait que te convaincre de la bêtise comme quoi on te rejette à cause de ton don.

Eisen marmonna qu’il voulait qu’on arrête de lui parler de ce don au moment où le médecin vint le chercher sous le regard de ses deux frères. Josuke le suivit des yeux jusqu’à ce qu’il disparaisse derrière une porte, pensif. Ce don le rendait malade… Ce qu’il avait dit juste avant de partir le perturbait, il y avait quelque chose qui n’allait pas. Kimmitsu et Genji n’aimaient pas être couvés non plus, certes, mais ils ne semblaient pas détester leur don, loin de là. Pas comme Eisen… Ils attendirent donc un bon moment, s’angoissant pour leur frère sans rien dire, échangeant peut-être quelques mots de temps à autres mais rien d’inutile. Josuke avait l’horrible impression que, en effet, ils ne pourraient rien faire. Eisen avait souffert des conséquences d’un don trop longtemps retenu, il avait des lésions et Josuke ne voyait pas comment cela pourrait s’arranger. Il n’avait rien dit… Absolument rien. Crétin ! Garder toute cette histoire pour lui durant des années… C’était vraiment ça qu’il n’arrivait pas à avaler. Que son frère ne dise pas qu’il souffre, qu’il s’éloigne même s’il était très proche en apparence. C’était un sentiment affreux.

Eisen finit par revenir vers eux, le visage plus sombre encore que lorsqu’il les avait quittés, répétant le verdict que lui avait donné le médecin. Qui ne différait pas tellement de ce qu’ils pensaient… Pourquoi tirait-il une telle tête ? En soi, heureusement, ce n’était pas plus grave que prévu. Et il n’irait pas leur mentir à ce sujet. N’est-ce pas ? Mais non, il ne le ferait pas, pas après ce qu’ils lui avaient reproché, pas après tout ce trajet. De plus, il était facile de vérifier la véracité de ses dires, le médecin n’était pas très loin. Eisen se dirigea immédiatement vers la sortie, les obligeant tous les deux à le suivre sans qu’ils ne comprennent ce qui se passait vraiment. Josuke échangea un regard avec Munemori, de plus en plus inquiet. Il y avait quelque chose qu’il ne disait pas. Et cela n’avait rien à voir avec le médecin. Pourquoi faire une tête pareille ? A quoi pensait-il ? Lui lançant un regard suspicieux tout en avançant, le chef de famille ne quitta pas son plus jeune frère des yeux, cherchant à comprendre.

Munemori – Tu penses que ça blesserait notre mère, si tu cédais à certains besoins ? demanda tout à coup Munemori en s’installant au volant, après leur avoir ouvert la portière au passage.

Eisen – Evidemment, tu ne l’as pas entendue, toi, soupira-t-il en s’asseyant à l’arrière, à côté de Josuke. « Ton frère a déshonoré sa famille et provoqué le déclin puis la mort de son père, il est parti et ne donne jamais de nouvelles, il a renié tous les principes et les valeurs que nous lui avons enseigné, il ne doit même plus se considérer comme un homme de ce pays. J'ai peur que tu fasses comme lui, oui, si seulement il n’avait jamais eu ce maudit pouvoir, si seulement il était né comme ses autres frères et sœurs, de façon normale. »

Josuke soupira, pensif et désespéré en entendant les paroles de leur mère. Ils auraient dû s’en douter… Elle partageait les convictions de son mari, c’était normal, et elle en voulait amèrement à Kimmitsu d’être parti en provoquant la mort de son père. Mais il n’y était pour rien ! Bon, en réalité et en toute objectivité, ils ne pouvaient pas réellement l’affirmer. Cependant, accuser leur frère qui n’avait fait que suivre son instinct, imposé par un don qu’il ne contrôlait qu’à peine à l’époque, était ignoble. Il avait perdu tous repères, devait tout reconstruire ! Comment pouvoir le lui reprocher alors que son propre père l’avait renié ? Ils se détestaient, pire, Kimmitsu le méprisait aujourd’hui. Son départ n’était pas une mauvaise chose… Leur père aurait été beaucoup plus atteint autrement. Peut-être. Sûrement.

Et puis, de toute façon, ce n’était pas de la faute d’Eisen, Kimmitsu, Genji ou Himako ! Leur don se développait indépendamment de leur volonté, ils ne pouvaient rien contrôler et devaient le subir comme bon nombre d’autres personnes. Josuke l’avait compris en vivant quelques jours en France, il avait compris l’importance de ces dons, leurs conséquences… Comment en vouloir à leurs frères et leur sœur ? Reportant son regard sur la route pendant que Munemori quittait enfin l’hôpital, il resta silencieux un moment, réfléchissant. Il y avait forcément une solution… Eisen pouvait toujours utiliser le vent sans s’éloigner vraiment de sa famille, non ? Ou… Non, c’était impossible. Le prêtre leur avait bien dit qu’ils avaient besoin de bouger, d’écouter ce don, que la rigueur était leur ennemie. Il ne serait bien que loin d’ici… Comme Kimmitsu et Himako. Et Genji.

Josuke – Il suffirait d’allier les deux… Ton besoin d’utiliser le vent sans t’éloigner de la famille. Donner des nouvelles et venir souvent. Eviter de faire ce qu’elle reproche à Kimmitsu, en somme.

Eisen – C’est sûr, on ne peut pas me reprocher d’avoir accéléré la mort de mon propre père, aussi stupide que ça puisse paraitre, dit-il d’un ton amer. Si je pars vraiment, j’imagine déjà sa réaction. Kyle m’a dit que c’était à cause du don vent que papa avait été blessé, que c’est pour ça qu’il le haïssait autant.

… Oh. Josuke tourna la tête vers Eisen, ouvrant légèrement la bouche en entendant cela. Il l’ignorait. Leur père n’avait jamais rien dit à ce sujet, se comportant uniquement comme un père et un « enseignant » dur, sévère, et exigent depuis la fin de la guerre. Ce comportement expliquait pas mal de choses… Mais comment pouvait-il en venir à détester ses enfants ? Comment pouvait-il les obliger à retenir leur don alors qu’ils ne le pouvaient pas ?! Josuke lui-même n’avait jamais empêché Genji d’utiliser son don malgré l’atmosphère plus tendue à la maison. Il avait toujours aimé voir Kimmitsu utiliser le sien, il trouvait cela… magique, là où d’autres pensaient que ce n’était pas normal, pas naturel. Au contraire, pour lui, les possesseurs de ces dons avaient compris bien plus de choses à la nature qu’eux tous réunis. Ils devaient la comprendre pour la maîtriser, la dompter, ils devaient l’écouter et la respecter. Oui, eux aussi le faisaient. Mais dans une moindre mesure, à un niveau nettement moins élevé.

Eisen – Josuke, est-ce que Kimmitsu saurait comment atténuer ou faire disparaître un don comme ça sans y laisser la vie ?

Josuke – … Pardon ? J’ai dû mal entendre, tu plaisantes, n’est-ce pas ? Tu veux faire disparaître ton don ? J’ai mal entendu ? Enfin, Eisen, comment peux-tu demander une chose pareille ?!

Ces questions n’attendaient pas de réponses. Josuke foudroyait son jeune frère du regard, choqué, croyant halluciner, bouche entrouverte. Il voulait supprimer son don… Le faire disparaître ! Voilà pourquoi il était bizarre et se comportait de manière étrange depuis tout à l’heure. Parce qu’il pensait à cela. Et ne voyait aucune solution. Atténuer ou supprimer un don… Josuke tourna à nouveau la tête pour regarder devant lui, gorge serrée. Leur père avait réussi, au final, il avait réussi à dégoûter d’un don son propre possesseur… Uniquement à cause de leur famille, leur mentalité et la vie qu’Eisen avait connue. Dehors, des paysages se succédaient les uns aux autres, tantôt arbres, tantôt simple verdure sans relief spécifique. Il faisait très sombre, à présent, ce qui collait parfaitement à l’ambiance régnant dans la voiture.

Eisen – Ce n'est pas si choquant que ça !, répondit-il d’une voix enrouée. Je n'ai jamais demandé ça ! Et si ça évite d'autres conflits, c'est... Je ne sais pas si Kimmitsu saurait comment faire.

Josuke – Tu n’as pas intérêt à le lui demander, dit-il d’un ton catégorique. Je te l’interdis, tu l’entends ? Kimmitsu n’a pas besoin de ça, pas maintenant. En plus, faire disparaître un don ne doit pas être possible. Tu vas aller demander pour abandonner ton don à quelqu’un qui s’est battu pour garder le sien ?! Ce n’est pas une question d’éviter les conflits ou non, Eisen, c’est une question de vie ou de mort !

C’était une stratégie complètement odieuse. Oui, il le savait. Son frère ne supportait pas les ordres à cause de son don, il allait forcément réagir et s’emporter, ce qui prouverait que ce que disait Josuke était vrai. Mais Eisen devait ouvrir les yeux, réaliser à quel point ce don était important pour lui. Kimmitsu n’avait pas besoin d’ennuis supplémentaires, il devait se rétablir et reprendre des forces et non pas apprendre que son frère, vivant encore au Japon, cherchait un moyen pour se débarrasser de son propre don. Pendant que lui enseignait à des élèves comment les utiliser avec ses collègues pour qu’ils ne soient pas démunis et ne prennent pas de risques inutiles… Il sut que sa stratégie avait réussi lorsqu’il vit Eisen le regarder en rougissant puis pincer les lèvres en lui lançant un regard noir.

Eisen – Qu'en sais-tu, que ce n'est pas possible ?! Tu peux comprendre, au moins, ce qu'on doit faire pour vivre avec ça ?! Si je trouve un moyen de m'en débarrasser, il n'y aura pas à hésiter ! Je très heureux que Kimmitsu se soit battu pour garder le sien, très bien, ce n'est pas mon cas ! Faut sans doute plus de courage pour partir... J'en parlerai avec Himako.

Josuke – Merci, tu viens de me prouver que j’avais raison.

Josuke n’ajouta rien de plus avant un moment, un mince sourire étirant ses lèvres alors qu’il échangeait un regard avec Munemori. Il laissa un silence pesant et lourd s’installer dans la voiture pendant de longues minutes, réfléchissant, avant d’enfin reprendre la parole en fixant Eisen.

Josuke – Tu ne supportes plus les ordres. Tu réagis immédiatement lorsque l’on t’en donne un. A cause de quoi cela est dû, à ton avis ? Ton don. Toute ta vie a été construite autour de son don, tu t’es construit en fonction de ce don, tu as été influencé par son existence, que tu le veuilles ou non. Ton caractère aussi. Il ne suffit pas de l’atténuer ou de le « supprimer » pour que tout change, surtout à ton âge. Il fait partie intégrante de toi et est lié à tout ce qui fait que tu existes. Le supprimer n’est pas possible. C’est comme si l’on essayait de dissocier le Soleil et ses rayons. L’un a besoin de l’autre pour exister.

Eisen ne répondit pas tout de suite, rougissant plus fort avant de tourner la tête dans la direction opposée sans que Josuke ne fasse le moindre commentaire. Désolé. Il devait l’entendre, c’était essentiel, même si cela ne lui faisait pas plaisir. C’était comme ça.

Eisen – Je chercherai tout de même, s'il existe un moyen. Il doit bien en avoir. Quelqu'un dans ce monde soit bien savoir comment ! Et en attendant, laissez-moi dans mon coin.

Bon… Ils n’en tireraient plus rien aujourd’hui. Silencieux jusqu’à la fin du trajet, ils arrivèrent assez tard et n’eurent pas l’occasion de discuter davantage puisque tout le monde dormait. Il devait être environ minuit et chacun alla se coucher, rejoignant leur femme sans faire de bruit pour ne réveiller personne. Nuit courte. Très courte. Mais Josuke se leva tout de même le lendemain, très tôt, avec une idée en tête. Il ne pouvait pas laisser Eisen comme ça… C’était son frère ! Il fallait qu’ils le calment, l’apaisent, le rassurent. Comme… Oh. Oui, pourquoi pas ? Il avait un don, lui aussi. Ou en avait eu un. Bon, ce n’était pas très clair mais ils ne l’avaient découvert que très récemment, en France, grâce à Kimmitsu. Josuke se leva donc, faisant son rituel habituel du matin pendant une bonne heure avant d’aller retrouver son grand-père, lui demandant s’il pouvait lui parler, que c’était important, tout en s’inclinant très respectueusement.

Josuke – Eisen a besoin d’aide… Je m’inquiète vraiment pour lui. Il… Il veut supprimer son don et compte chercher tous les moyens possibles pour y parvenir.

Il lui expliqua tout ce qu’il avait appris en France sur les dons ainsi que leurs conséquences sur ceux qui les possédaient, ajoutant ensuite ce qu’avait dit le médecin à l’hôpital pour Eisen qui avait failli y laisser la vie. Il ne pouvait pas laisser son frère comme cela, prendre le risque de le voir dépérir parce qu’il ne trouverait pas de moyens pour « perdre » son don. C’était beaucoup trop dangereux. Et, bien que le sujet soit particulièrement délicat pour leur grand-père, Josuke ne voyait aucune autre solution. Seul lui pouvait calmer Eisen, lui parler… Le raisonner.

Josuke – Je ne vois que cette solution… Je n’ai pas de don, j’avance sans vraiment savoir ce que je dois faire. C’est pour ça que j’ai pensé à vous. Eisen m’inquiète vraiment.

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MessageSujet: Re: Tour à l'hôpital   Mer 24 Fév - 15:25

Voilà bien longtemps que ces différents cartons et caisses attendaient, dans le fond des placards de la chambre où il dormait. Cela faisait des années qu'il songeait à cette tâche, sans jamais avoir véritablement le courage de la faire, car c'était très douloureux. Remuer ses souvenirs étaient douloureux, tant que l'on n'était pas vraiment prêt à les affronter. Au fond, il trouvait cela ridicule, lui qui avait passé sa vie entière à combattre et était tétanisé, aujourd'hui, par des souvenirs. Il savait très bien que c'était l'apanage de la vieillesse, lorsque vous aviez longuement vécu, votre mémoire était pleine de joies et de peurs, de colères passées, de mélancolie, d'amour. Il le savait... mais ce n'était pas la vie qu'il regrettait, très loin de là. Il regrettait d'avoir dû traverser les années pour voir ses fils partir avant lui. C'était cela qui lui avait brisé le cœur, il avait été déchiré de voir ses enfants quitter cette terre avant lui. Ce n'était pas dans l'ordre naturel des choses, ce n'était pas ainsi que cela devait se passer. Les parents vivaient, mettaient au monde leurs enfants, les élevaient, les lançaient dans la vie, puis partaient avant eux. Naoki avait eu six fils, six merveilleux garçons, dont aucun ne lui aura survécu. Il en était blessé, accablé d'un chagrin si profond que même voir ses petits-enfants et arrières petits-enfants vivre et grandir près de lui ne suffisait pas à combler la peine profonde qu'il ressentait.

Levé assez tôt, il commença donc à trier les photos et souvenirs, conservés précieusement. Il préférait le faire lui-même, manipulant chacune de ses lettres et photos avec un très grand soin, souriant parfois devant certaines d'entre elles. La lumière du jour arrivait peu à peu, les adultes de la maison se levaient et se préparaient pour partir au travail, lançant aux enfants de venir manger avant d'aller à l'école. L'agitation habituelle du matin. Josuke et quelques femmes travaillaient à la maison, aux champs lors des beaux jours, puis ici à préparer les produits qu'ils vendaient ensuite, à tisser, coudre, préparer moult affaires. Naoki émit un léger soupir, souriant lorsqu'un de ses arrières petites-filles vint frapper à la porte pour lui amener un bol de riz en répétant qu'il fallait déjeuner, le matin, c'était maman qui le disait. Il la remercia avec un doux sourire, prenant une pause pour déjeuner, avant de reprendre sa tâche. Il était occupée à relire une des premières lettres que lui avait adressé sa compagne défunte, sa douce Mai, lorsqu'on frappa de nouveau à la porte. Son petit-fils entra puis s'inclina respectueusement, demandant s'il pouvait lui parler, que c'était important. Qu'il fasse donc... Naoki fit un geste de sa main ridée, bougeant désormais plus lentement et faiblement.

Josuke – Eisen a besoin d’aide… Je m’inquiète vraiment pour lui. Il… Il veut supprimer son don et compte chercher tous les moyens possibles pour y parvenir.

Le supprimer... Naoki entrouvrit la bouche, pendant que son petit-fils expliquait ce qu'on lui avait raconté sur les dons en France, y ajoutant le verdict du médecin qu'avait vu son jeune frère, la veille au soir. Eisen était donc de ceux qui ne supportaient plus de vivre avec ce genre de pouvoirs... Ils étaient nombreux, ainsi, très nombreux. Lui-même n'avait jamais eu de tels soucis, un pouvoir de ce genre lui avait été utile à la guerre. Un pouvoir qu'il avait perdu à jamais... Il s'en souvenait très bien. Le dernier de ses fils encore en vie, le père de Josuke, était décédé, tous comme ses frères, décédé alors que lui-même était toujours là pour les voir partir. Il en avait été malade, durant de très longs jour, puis un matin, alors qu'il se relevait à peine, il s'était senti très étrange, comme si un très grand vide l'habitait. Il avait l'impression d'avoir perdu une part de lui, une part qui lui était très chère, sans qu'il ne l'ait réalisé jusqu'ici. De longues heures lui avaient été nécessaires pour accepter la vérité. Eisen ne se rendait pas compte de ce qu'il voulait.

Josuke – Je ne vois que cette solution… Je n’ai pas de don, j’avance sans vraiment savoir ce que je dois faire. C’est pour ça que j’ai pensé à vous. Eisen m’inquiète vraiment.

Naoki – Ton frère ne réalise pas ce qu'il veut, souffla-t-il, le regard dans le vague. Perdre un don est comme... perdre une part de nous-même. On ne peut vivre sans laisser cette part s'exprimer. Ta sœur et ton frère sont partis pour exprimer librement leur don et ont bien fait. Il est... douloureux de se priver de son pouvoir. Et encore plus de le perdre à jamais.

Un sourire très triste effleura ses lèvres, alors qu'il levait un regard assez humide vers son petit-fils. Il ne leur avait jamais vraiment parlé de tout cela, jamais. Certains n'aimaient pas ce genre de pouvoir, d'autres en avaient peur, le vieillard ne voulait pas amener le sujet sur le tapis, à la maison. Il n'avait jamais non plus participé aux discussions dirigées contre Himako et Kimmitsu, contre leurs départs assez brusques. Pour la simple raison que lui les approuvait, tous les deux. Il était même très fier de Kimmitsu qui avait osé se dresser face à son propre mère, fier d'Himako qui avait fait de même à son tour. Il soupira puis dit d'une voix douce que Himako et Kimmitsu avaient très bien agi en partant, même contre l'avis de tous.

Naoki – Je parlerai à Eisen lorsqu'il rentrera de son travail. Merci de m'avoir prévenu, mon garçon.

Il hocha la tête pour le saluer, ne le retenant pas trop longtemps alors qu'il devait se mettre à son travail, lui aussi. Le grand-père s'occupa de ses propres affaires durant le reste de la journée, silencieux, assailli par de trop nombreux souvenirs. Il put avancer assez vite, triant et classant ce qu'il avait conservé, satisfait de s'y adonner enfin, après autant d'hésitation. Lorsque la fin d'après-midi arriva, on vint de nouveau le voir, Eisen était rentré. Il l'invita à s'asseoir près de lui, assis en tailleur au sol, entouré par de nombreux cartons. Naoki l'observa avec attention lorsqu'il s'installa, après avoir refermé la porte. Il commença par lui dire que son grand frère était venu lui demander de lui parler, car il était inquiet à son sujet. Il y avait bien de quoi, par ailleurs. La seule façon d’annihiler un pouvoir était de subir un choc si profond qu'une vie entière ne suffisait guère à en effacer le souvenir et la douleur, encore moins le regret. On passait toute notre existence à rêver de ce pouvoir perdu et pleurer sur sa perte, parfois, au cœur de la nuit. Ce n'était pas un simple pouvoir dont on pouvait user puis jeter ainsi.

Naoki – Je maniais le feu et j'ai perdu ce pouvoir... Ce jour-là, je me suis réveillé avec une impression de très grand vide, comme si m'avait brutalement arraché quelque chose de précieux, au cours de la nuit. J'ai mis des heures avant d'accepter la réalité, des heures à essayer, encore et toujours, à l'utiliser de nouveau. Jusqu'alors, je n'avais jamais réalisé à quel point j'y étais attaché, vois-tu... Je ne m'en préoccupais pas, je l'avais et voilà tout. En le perdant... J'ai eu mal, aussi mal que si la mort venait de frapper ma famille encore une fois. Qu'on aime ou déteste notre pouvoir, il est en nous. Ce n'est pas un simple pouvoir, mais une entité propre, obéissant à des règles et des lois, possédant une forme, assez étrange, de volonté. On ne peut pas se suicider avec son propre pouvoir, sais-tu ? Se blesser, oui, mais pas le pousser consciemment à nous tuer.

Il tendit la main pour prendre celle d'Eisen et la serrer entre les siennes. Des mains ridées sur une main plus jeune et forte. Il tremblait un peu, à cause de l'âge, mais aussi à cause de ce qu'il évoquait. Même si cela faisait vingt ans.

Naoki – Pourquoi veux-tu le faire disparaître ? A quoi songes-tu ?

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MessageSujet: Re: Tour à l'hôpital   Ven 25 Mar - 16:20

[PNJ Eisen]

Se plonger dans son travail toute la journée avait beaucoup aidé Eisen à ne plus songer à la charmante conversation de la veille. Il n'avait pas recroisé ses frères ce matin et n'en avait pas la moindre envie, travaillant assez vite et ne parlant que peu. Il ne savait même plus où il en était, ce qu'il aurait dû faire, s'il avait vraiment été trop lâche pour parler à qui que ce soit et se confier, ou partir, partir loin d'ici, comme Kimmitsu. Himako aussi était partie avec pas mal de violence, de brusquerie. Il y songea toute la journée, réfléchissant à ce qu'il aurait dû faire ou non, ce qu'il devait faire maintenant, la façon dot il devait se comporter à la maison. Éviter sa famille pour ne pas entendre parler de cette histoire et se faire oublier ? Se forcer à plus leur parler, trouver une façon de mieux utiliser son don sans choquer ni blesser personne ? Il ne se voyait absolument pas faire ça. Lorsque le soir arriva, il s'étira longuement puis rangea ses outils, saluant son patron qui ferma l'atelier avant de partir. Au moins, ici, personne ne lui parlait de pouvoirs où il ne savait quoi, personne ne venait sur son dos. Sortant de l'atelier à son tour, maussade, il accrocha son sac à son vélo, combattant les idées noires.

En arrivant chez lui, il alla tout d'abord retrouver sa femme, installée avec leur fils et occupée à l'allaiter. Il fila s'agenouiller près d'elle pour l'embrasser sur les lèvres puis leur bébé sur le front, les regardant tout les deux un moment. Sa femme était adorable, ainsi, ses cheveux noirs détachés et sa bouche dessinant un sourire très doux et fin. Les laissant pour aller grignoter quelque chose, il tomba sur Munemori à la cuisine qui l'informa que leur grand-père voulait leur parler et qui l'attendait dans sa chambre. Pourquoi ? Il lui coula un regard interrogateur puis alla retrouver son grand-père, apparemment plongé dans le rangement et le classement de ses souvenirs. Eisen éprouva toujours un sentiment de profond malaise lorsqu'il voyait une personne accorder un soin si minutieux à ça, c'était comme si elle se préparait à partir ou mourir. Le jeune homme vint s'asseoir en tailleur près de lui, après avoir refermé la porte. Son grand-père commença par lui dire que Josuke était venu lui parler de lui, car il était inquiet, ce qui renfrogna Eisen directement. Il ne pouvait pas juste l'oublier ? Avait-il besoin d'embêter leur grand-père pour si peu ?

– Je maniais le feu et j'ai perdu ce pouvoir... Ce jour-là, je me suis réveillé avec une impression de très grand vide, comme si m'avait brutalement arraché quelque chose de précieux, au cours de la nuit. J'ai mis des heures avant d'accepter la réalité, des heures à essayer, encore et toujours, à l'utiliser de nouveau. Jusqu'alors, je n'avais jamais réalisé à quel point j'y étais attaché, vois-tu... Je ne m'en préoccupais pas, je l'avais et voilà tout. En le perdant... J'ai eu mal, aussi mal que si la mort venait de frapper ma famille encore une fois. Qu'on aime ou déteste notre pouvoir, il est en nous. Ce n'est pas un simple pouvoir, mais une entité propre, obéissant à des règles et des lois, possédant une forme, assez étrange, de volonté. On ne peut pas se suicider avec son propre pouvoir, sais-tu ? Se blesser, oui, mais pas le pousser consciemment à nous tuer.

Eisen resta parfaitement silencieux, se laissant faire lorsque son grand-père lui prit les mains. Perdre un pouvoir faisait-il le même effet à tout le monde ? Après tout, son grand-père ne le détestait pas et ne l'aimait pas, il était resté très neutre. Peut-être ce don faisait-il parti de lui mais cela ne l'empêchait pas de vouloir s'en débarrasser. Il ne voulait pas vivre avec encore des année s'il devait toujours veiller à ne pas s'en servir devant témoins, à ne pas en parler, à toujours prendre garde à son comportement et sa conduite, il en avait assez. S'il vraiment il devait le faire, d'accord, pour autant, ça ne l'empêchera de chercher un moyen, même s'il devait y passer des années. Il y avait forcément une solution.

– Pourquoi veux-tu le faire disparaître ? A quoi songes-tu ?

– Je suis juste fatigué de me cacher et de contrôler la moindre de mes paroles, souffla-t-il en haussant les épaules. Ce n'est rien, ça va bien finir par passer, personne n'a besoin de s'inquiéter.

Sa voix était très légèrement étranglée alors qu'il parlait, tâchant de sourire. Il ne voulait qu'on s'inquiète pour lui, tout allait bien, il devait simplement se remettre les idées en place. Il ira mieux dans quelques heures ou demain matin, tout ira très bien. Parfaitement bien. Respirant profondément, il n'osa pas retirer ses mains comme ça, aussi sèchement, cherchant une façon polie de s'esquiver et s'occuper de ses propres affaires. Et aussi faire comprendre à Josuke qu'il ne devait pas le couver ni mêler d'autres personnes à cette affaire. Son grand-père ne semblait guère rassuré, de son côté, son air était parlant.

– Tout va bien, je vous assure, sourit-il faiblement. Je peux vivre comme cela.

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MessageSujet: Re: Tour à l'hôpital   Lun 11 Avr - 18:45

[PNJ Naoki]


Eisen – Je suis juste fatigué de me cacher et de contrôler la moindre de mes paroles, souffla-t-il en haussant les épaules. Ce n'est rien, ça va bien finir par passer, personne n'a besoin de s'inquiéter.

Au contraire, il y avait bien de quoi s'inquiéter, car refouler ainsi votre propre pouvoir pouvait vous mener à une dépression profonde, son jeune petit-fils devait en être conscient. Ici, ne serait-ce que par le temps de sa voix, il était très facile de voir que le sujet le troublait bien plus profondément qu'il ne voulait bien l'admettre. Il ne parvenait pas à sourire ni à camoufler ce qu'il ressentait... D'un côté, Naoki pouvait comprendre pourquoi il avait tant de mal à en parler... Les dons n'étaient pas bien vus, lorsqu'on en avait un, on ne le criait pas sous tous les toits, très rares étaient ceux qui avaient su conserver le respect, comme le vieux docteur du village, décédé il y a quelques années, qui avait entraîné Kimmitsu et un peu Eisen lui-même. Le vieil homme serra doucement ses mains ridées et faibles sur celles vigoureuses de son petit-fils, navré pour lui. Bien entendu, après ce qui s'était déjà déroulé dans leur famille, il devait avoir encore bien du mal à penser positivement, se sentir bien, alors que son frère et sa sœur n'étaient plus là pour en parer avec lui, l'aider à aller bien. Même Genji avait fini par quitter la maison, sous l'impulsion de ses parents, le vieil homme avait cru comprendre qu'il allait mieux, aujourd'hui, depuis qu'il était entouré par des personnes lui ressemblant. Peut-être qu'Eisen... S'il le voulait et le pouvait... Peut-être devrait-il lui aussi trouver un endroit où il y aura bien plus de personnes ayant un ou des dons, sans crainte ni angoisse. Le village était resté sur l'ancienne mentalité, tout comme le pays entier, il n'y avait même plus d'école comme celle où travaillait son autre petit-fils.

Eisen – Tout va bien, je vous assure, sourit-il faiblement. Je peux vivre comme cela.

Naoki – Cela ne pourra pas durer si longtemps, mon petit, soupira-t-il. Détester une part de nous amène à la déprime et l'angoisse.

Il ignorait comment le réconforter s'il en était déjà rendu à ce point. Des mots ne suffisaient plus, il fallait passer à autre chose, à des actes. Il allait ajouter quelque chose lorsqu'on les appela pour le repas du soir. Le vieillard s'aida de son petit-fils pour se lever, les muscles bien raides et douloureux, par ce temps plus froid et humide. Il était au crépuscule de sa vie, conscient qu'il partira bientôt rejoindre sa chère Mei, dans la mort, partie bien avant lui d'une longue maladie l'ayant marquée après la naissance de leur petit dernier. Il faiblissait à son tour, sa famille savait qu'un matin, elle ne retrouvera plus qu'un corps glacé dans un lit, son esprit sera parti vers ses ancêtres, c'était le cours naturel de l'existence. Cependant, il n'était guère rassuré de partir en laissant derrière lui trois petits-enfants souffrant à cause d'un pouvoir qui leur avait légué. Kimmitsu et Himako étaient tous deux très solides, mais Eisen... Il était encore plus fragile, non pas à cause de son âge, mais parce qu'il s'était imposé un surcroît de contraintes à respecter afin de vivre selon la façon qu'on attendait de lui et pas celle qu'il désirait. S'asseyant à table, Naoki posa un regard assez triste sur lui, souriant à son arrière petite-fille qui lui servit un verre d'eau.

Naoki – Il faudra que je te parle, pour ton petit frère, murmura-t-il doucement à Josuke en posant une main sur son bras.

Il se tut ensuite, écoutant sa famille parler, réconforté en la voyant si grande et souriante. Il tenait à agir au mieux avant de quitter cette terre à son tour, afin d'observer les siens en paix, depuis l'au-delà, main dans la main avec son épouse. Mangeant peu, il écouta les enfants raconter leur journée à l'école, détailler précisément leurs différentes activités. Son regard passa sur les jumelles, les filles de Josuke, se disant qu'elles non plus n'auront guère de pouvoirs de la nature, elles arrivaient sur leurs dix ans, toutes deux auraient déjà développé un élément s'il l'avait fallu. Les autres enfants également ne manifestaient toujours aucun signe. Ce seront sans aucun doute les descendants de Kimmitsu, Himako et Eisen, qui perpétueront son héritage, ce pouvoir n'existait plus dans le reste de la famille. Après avoir terminé de manger, il s'appuya sur son petit-fils pour aller s'asseoir dans un coin plus calme de la grande maison et lui parler en paix. Vieillir était parfois dur, lui qui pouvait courir des heures autrefois peinait aujourd'hui à marcher sans aide. S'asseyant contre un mur, il ramena sa veste contre lui, ayant un peu froid.

Naoki – Merci. J'ai pu un peu parlé à Eisen, cependant, les mots ne suffisent plus, lorsqu'on en arrive à penser ainsi. Le vent et le feu sont des dons particuliers, sais-tu, ils modèlent l'esprit de leur possesseur de différentes façons. J'ai perdu mon propre pouvoir après avoir vu tous mes fils quitter cette terre avant moi.

Il s'interrompit un bref instant, la voix brisée, un lourd voile de tristesse passant dans son regard, un chagrin qui ne s'était jamais atténué avec le temps. Aucun parent ne devrait voir mourir son enfant.

Naoki – Ton frère et ta sœur ont bien fait de partir. J'étais soulagé de voir Kimmitsu quitter ce pays, même, car la mentalité à propos des pouvoirs ne vaut rien. Ce n'est pas mieux en France, mais au moins, il reste des lieux d'apprentissage, alors qu'il n'y a plus aucune école au Japon. Eisen est... Disons plus fragile que Kimmitsu et Himako, il s'est obligé à vivre trop longtemps en gardant tout pour lui. Ce n'est pas en parlant que cela va s'arranger, je pense qu'il devrait partir, lui aussi. Au pire au village, au mieux loin de ce pays. J'aurai aimé qu'il rejoigne son frère en France... Mais au-delà des ennuis qu'il y a là-bas, il reste d'autres problèmes ici. J'apprécie beaucoup l'épouse d'Eisen, cependant, je crois savoir qu'elle hait ce genre de pouvoirs... J'imagine mal ton jeune frère lui demander de partir avec lui à cause de cela.

Le vieil homme tourna son regard vers son petit-fils, assez bouleversé, bien qu'il restait extérieurement plutôt serein. Il gardait ses mains croisées, posées sur ses genoux, alors qu'ils 'était assit en tailleur afin d'être plus à l'aise.

Naoki – Je ne veux pas quitter cette terre en sachant que mes petits-enfants souffrent pour un pouvoir que je leur ai légué, ajouta-t-il. Penses-tu qu'il y a une façon de convaincre Eisen et son épouse de partir, sans qu'ils aient l'impression d'être chassés ici ? Ce pays ne lui vaut plus rien, à l'heure actuelle. La France, l'Irlande, même la Chine seraient déjà mieux, pour lui. Tu dois m'aider à trouver des idées, pour cela, si tu en as. Je pensais que Kimmitsu pourrait en avoir mais ce n'est guère le moment de lui rajouter ça.

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Josuke Nakajima
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MessageSujet: Re: Tour à l'hôpital   Sam 21 Mai - 23:51

Grand-père – Il faudra que je te parle, pour ton petit frère, murmura-t-il doucement à Josuke en posant une main sur son bras.

Josuke hocha la tête sans rien dire de plus avec un regard rapide vers Eisen, assis un peu plus loin avec son épouse. Il n’était pas bien, c’était visible à présent, mais comment l’aider ? Leur petit frère était mal en point et l’avait caché durant tant d’années que Josuke avait peur qu’il ne soit trop tard pour tenter quoi que ce soit. Il avait sa femme, leur bébé, il avait retenu son don pendant un bon moment et dissimulé son malaise à presque tout le monde… Que pouvaient-ils faire, aujourd’hui ? Ils n’avaient rien vu. Absolument rien vu. Parce qu’ils ne pensaient pas que les dons pouvaient avoir de telles conséquences sur leurs porteurs… Et aujourd’hui, c’était Eisen qui en souffrait. Josuke poussa un très léger soupir, faisant un sourire qui se voulait rassurant à Emiko pour qu’elle ne s’inquiète de rien. Il tâcha de discuter pendant le repas, laissant ses soucis de côté pour se consacrer à sa famille et écouter ses enfants et neveux. En dehors d’Eisen qui affichait toujours son air habituel, tout était normal. Non, rien ne montrait qu’il n’allait pas bien. Pourtant, il savait. Josuke ne comptait pas le laisser tomber.

A la fin du repas, ils débarrassèrent la table ensemble, chacun allant ensuite vaquer à ses occupations avant de se préparer pour la nuit. Une soirée apparemment tranquille, y compris pour Eisen même s’il devait ressasser encore et encore intérieurement. Pourquoi n’avait-il pas parlé… ? Quel est l’intérêt de se faire du mal pour un don alors qu’il fait partie de soi ? Josuke prêta son bras à son grand-père pour l’aider à marcher jusqu’à un coin plus tranquille, à l’écart, afin de discuter d’Eisen comme il l’en avait averti avant le repas. Le chef de famille l’aida également à s’asseoir, s’installant à ses côtés sur le tatami en attente d’explications, de paroles. Qu’avait-il donc à dire à propos de leur frère ? S’il était inquiet, ce n’était pas bon signe…

Grand-père – Merci. J'ai pu un peu parler à Eisen, cependant, les mots ne suffisent plus, lorsqu'on en arrive à penser ainsi. Le vent et le feu sont des dons particuliers, sais-tu, ils modèlent l'esprit de leur possesseur de différentes façons. J'ai perdu mon propre pouvoir après avoir vu tous mes fils quitter cette terre avant moi.

Josuke tourna la tête droit devant lui, respectant la tristesse de son grand-père au moment où il évoquait la perte de ses enfants. Il savait qu’il s’agissait d’un événement douloureux, lui-même ignorait quelle serait sa propre réaction s’il perdait ses filles et son fils… Il ne pourrait peut-être plus jamais sourire, bien que le reste de la famille se porte bien. Être incapable de protéger ses propres enfants, ne pas les voir grandir. Quel père pouvait supporter cela ? Pour cette raison, Josuke respectait son grand-père, l’estimant énormément, bien plus encore que n’importe qui. Pourtant, les paroles qu’il venait de prononcer se frayaient un chemin dans son cerveau. Eisen était bien plus déprimé que ce qu’ils ne pensaient si les paroles ne suffisaient pas. Les dons modèlent l’esprit du possesseur… Oui, il l’avait appris en France grâce à ce prêtre. Ils influençaient toute la vie d’une personne, l’obligeant à faire des choix. Choix que n’avait pas pu faire Eisen à cause de sa famille.

Grand-père – Ton frère et ta sœur ont bien fait de partir. J'étais soulagé de voir Kimmitsu quitter ce pays, même, car la mentalité à propos des pouvoirs ne vaut rien. Ce n'est pas mieux en France, mais au moins, il reste des lieux d'apprentissage, alors qu'il n'y a plus aucune école au Japon. Eisen est... Disons plus fragile que Kimmitsu et Himako, il s'est obligé à vivre trop longtemps en gardant tout pour lui. Ce n'est pas en parlant que cela va s'arranger, je pense qu'il devrait partir, lui aussi. Au pire au village, au mieux loin de ce pays. J'aurai aimé qu'il rejoigne son frère en France... Mais au-delà des ennuis qu'il y a là-bas, il reste d'autres problèmes ici. J'apprécie beaucoup l'épouse d'Eisen, cependant, je crois savoir qu'elle hait ce genre de pouvoirs... J'imagine mal ton jeune frère lui demander de partir avec lui à cause de cela.

En effet… Josuke voyait mal Eisen demander à sa femme de tout quitter à cause de son don, il ne le ferait jamais. Il ne l’avait pas fait avant et semblait bien vivre, pourquoi changerait-il aujourd’hui ? Qui plus est, ils avaient un bébé, Eisen n’allait pas l’abandonner ni le prendre avec lui, son fils avait besoin de sa mère. A partir de ce moment… Comment faire ? Son grand-père avait raison, il était bien plus fragile qu’Himako et Kimmitsu. Lui-même avait pu sauver Genji in-extremis en l’envoyant en France pour son bien – même s’il avait du mal à le comprendre pour l’instant – mais il ne pouvait obliger son frère à faire de même. Il n’avait aucun droit sur lui et risquerait des conflits avec la famille de la femme d’Eisen, ce qu’il ne pouvait pas se permettre. Partir dans le village ou loin dans le pays… Oui, mais sa femme ? Pourra-t-il vraiment se sentir mieux ainsi ? Elle n’était peut-être pas prête à tous ses sacrifices pour un don qu’elle ne tolérait pas. Josuke sentit le regard de son grand-père posé sur lui, tournant donc la tête pour le regarder lui aussi. Il le sentait bouleversé, quelque chose le montrait, bien qu’il ignore quoi précisément. Il ne savait donc pas comment l’aider…

Grand-père – Je ne veux pas quitter cette terre en sachant que mes petits-enfants souffrent pour un pouvoir que je leur ai légué, ajouta-t-il. Penses-tu qu'il y a une façon de convaincre Eisen et son épouse de partir, sans qu'ils aient l'impression d'être chassés ici ? Ce pays ne lui vaut plus rien, à l'heure actuelle. La France, l'Irlande, même la Chine seraient déjà mieux, pour lui. Tu dois m'aider à trouver des idées, pour cela, si tu en as. Je pensais que Kimmitsu pourrait en avoir mais ce n'est guère le moment de lui rajouter ça.

Josuke – En effet, Kimmitsu est… assez occupé pour le moment. Mais j’avoue ne pas voir ce que nous pourrions faire pour aider Eisen. Le pousser à quitter le pays, voire seulement la maison serait la meilleure solution. Seulement… Pourquoi maintenant ? Sa femme risque de refuser, surtout qu’il a toujours eu l’air bien dans sa peau, à l’aise, heureux parmi nous. Comment expliquer ce changement ? Il faudra lui dire que c’est à cause de son don, ce qui la poussera à le haïr encore plus.

Josuke fit une pause, dépité, les solutions s’amenuisant à mesure qu’il parlait. Il ne voyait pas ce qu’il pouvait faire, vraiment pas. Si les paroles ne suffisaient pas… Comment inciter Eisen à tout quitter, tout abandonner pour un don qu’il semblait déjà détester ? Il voulait aider son grand-père, le rassurer, mais le déménagement de son petit frère était compromis d’après ce qu’il constatait. Il ne savait pas. Demander à Kimmitsu… ? Non, pas maintenant, pas avec tous les problèmes qu’il vivait au Pensionnat. Un voile sombre passa devant ses yeux, lui faisant tourner la tête tout en restant droit. Il ne savait pas… Il ne voyait pas comment aider son petit frère. En fin de compte, il en était au même stade qu’avec Himako et Kimmitsu : il n’avait pas pu les aider, n’ayant réagi qu’avec Genji – un peu tard – pour qu’il ne souffre pas à cause de son don.

Josuke – Je ne sais pas ce que nous pourrions faire… Mais je vais l’aider. Je trouverai une solution, je veillerai sur Eisen de manière à ce qu’il ne soit pas malheureux. Je peux toujours l’épauler, surveiller son moral et l’emmener faire quelques promenades pour relâcher son don. Ce… n’est pas grand-chose mais c’est un début. Et puis… Quand les choses iront mieux pour Kimmitsu, nous pourrions peut-être lui demander des idées. Ou nous pourrions demander à Himako… Je ne sais pas, il faut essayer. Mais je ne laisserai pas Eisen seul, pas maintenant que je connais son état, vous pouvez comptez sur moi. Soyez en paix, il ne sera pas isolé.

C’était une promesse, il ne voulait pas abandonner son petit frère et mettrait tout en œuvre pour réussir à le faire aller mieux. Les promenades étaient une solution, même si Eisen allait le détester pour cela. Il devait relâcher son don, prendre conscience de ce qu’il était, de son importance. Et, si Josuke devait se faire détester pour cela… Il le serait. C’est un mal pour un bien.

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