1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Tête droite et regard fier

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Albert J. Bradley
Maréchal
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MessageSujet: Tête droite et regard fier   Lun 18 Jan - 15:52

Le maréchal avait l’habitude de voir des morts et d’en supporter la vue, il n’avait pas autant d’années de guerre derrière lui pour rien. Beaucoup de ces morts avaient été des blessures à vives, car il s’en était senti responsable, d’autres, lorsqu’elles touchaient des amis, avaient été une déchirure. Certaines l’avaient laissé indifférent ou soulagé, d’autres simplement amer, lorsqu’ils s’agissaient de soldat dont il ne connaissait rien sinon le grade et parfois le nom. D’autres, enfin, lui laissaient de l’agacement, de la colère, de la lassitude. C’était le cas pour Rochard, dont on venait de lui montrer le corps, au fond d’un long tiroir dans la morgue glacée. Le maréchal avait pressenti depuis bien longtemps qu’il se ferait descendre par un de ses patients ou ex-patients. Il avait eu besoin de son intelligence et de ses capacités, las, c’était son caractère immonde qui s’était retourné contre lui. Personne ne doutait de qui l’avait tué. Elle ne s’était même pas cachée, fouillant les laboratoires un par un jusqu’à trouver Rochard et lui coller une balle en pleine tête à bout portant. Où était passée la petite directrice qui ne voyait pas ce que l’armée pouvait bien trouver d’intéressant chez elle ?

Derrière lui, les discussions allaient bon train et un de ses généraux, le plus hostile à la jeune femme, le bombardait de questions, exigeant de savoir pourquoi il ne la faisait pas exécuter sur-le-champ. Parce qu’il avait besoin d’elle, abruti ! Besoin d’elle vivante et en bonne santé, besoin qu’elle garde ce caractère emporté mais stratégique, besoin qu’elle garde ce contrôle étrange qu’elle possédait sur presque la moitié de l’armée, besoin de cette influence, besoin de ses pouvoirs, était-ce si difficile à comprendre ?! Même sa propre femme commençait à dévoiler des signes de jalousie, lui reprochant de trop souvent penser ou parler de la jeune blonde. Elle ne comprenait pas qu’il n’y avait rien de sexuel là-dedans, qu’il n’y avait rien de l’amour, ni même de l’amitié. Rien à voir avec ces niaiseries… Il s’agissait plutôt d’une relation incroyablement oppressante, malsaine, dangereuse, qui pourrait les rendre fous l’un comme l’autre, dévorer jusqu’à la dernière parcelle de leur être, tout cela dans un seul et même but. Bien des barrières avaient cédé, chez elle… Au fil des mois, elle s’était fondue dans un rôle taillé pour elle depuis la naissance et dont il avait vu dès le départ qu’elle s’y fera rapidement. Eux deux… Oui, c’était très malsain. Compliqué, également. Dangereux. Mais si fascinant, un jeu doucereux et mortel qui parvenait à le faire vibrer, du plus profond de son âme.

– Maréchal, cette femme est trop dangereuse pour rester l’une des nôtres plus longtemps. Elle a assassiné le docteur Rochard !

Ce qui n’allait guère servir à grand-chose, d’ailleurs, le militaire n’était pas fou au point de ne faire travailler qu’un médecin sur un projet de cette ampleur, les expériences pourront continuer, avec ou sans lui. Elle avait agi avec une grande impulsivité pour sauver son ami, voilà tout, cela n’aura aucun effet de plus. Et Rochard avait eu le temps de consigner ce qu’il avait découvert sur le don feu, en travaillant sur le Japonais. Ils allaient avoir d’autres soucis à gérer si les modifications chimiques sur un pouvoir rendaient les personnes aveugles, des soldats estropiés ne servaient à rien sur un champ de bataille. Albert fit signe qu’il avait entendu à son adjoint en le voyant ouvrir de nouveau la bouche avec un air furieux. Le médecin de garde à la morgue referma le tiroir avec soin après avoir reposé la fiche du mort sur lui, bouclant le tout à clé avant de repartir. Albert envoya quelques hommes chercher la générale et la ramener à Paris. Il avait passé la nuit du samedi à dimanche à travailler, une ou deux de sommeil et le voilà de nouveau sur pied. Ce dimanche matin était pourvu d’un soleil encore faible, la brume s’attardait sur la capitale.

– Faites venir la femme au laboratoire numéro six, ordonna-t-il d’un ton neutre.

– Le… Mais monsieur, c’est celui où…

Il ne prit même pas la peine de répondre, quittant la morgue à grands pas puis s’installant dans sur la banquette arrière de la voiture qui l’attendait, juste devant l’entrée, claquant la porte. Assez ri, maintenant. L’Allemagne n’était pas encore prête… pour le moment. La guerre qui surviendra n’aura sans doute rien à envier. La voiture fila à travers Paris, avançant sans trop de peine dans les longues avenues durant trente bonnes minutes avant de parvenir à sa destination. Les locaux devant lesquels ils s’arrêtèrent étaient encerclés par de hautes grilles et de longs murs de pierre, protégeant ainsi plusieurs bâtiments d’un blanc cassé assez vieillot et de grandes fenêtres, très hautes, telles qu’on les trouvaient dans les demeures de la Renaissance, ainsi que dans les maisons de maîtres et les demeures de Noblesse d’aujourd’hui. Des bandes et petits carrés de verdures, pourvu de quelques arbres abritant des bancs en fer forgés, étaient dispersés entre les différents petits immeubles, rarement occupés, excepté un médecin ou une infirmière, ici et là, y prenant quelques minutes de repos en fumant une cigarette avant de retourner à l’abri.

Cette installation était l’épicentre des recherches sur les dons, menées depuis un peu plus de dix ans par l’armée de ce pays, associée à un large groupes de chercheurs, de médecins, de scientifiques, d’historiens et autres spécialistes, dans tous les domaines possibles et inimaginables. Le centre de Gray, dans le lycée qu’ils avaient racheté, était une annexe de cet endroit, une annexe plus portée sur la pratique que le laboratoire numéro six qui menait en premier lieu l’avancée de la théorie. Le laboratoire de toutes les connaissances passées et actuelles, de toutes les théories, le siège du savoir, bien plus que ne l’était le pensionnat lui-même. La directrice ignorait encore tout de cet endroit, elle ne s’y était jamais rendue… Certains élèves, qui avaient beaucoup fouiné, avaient relevé une adresse, à Paris, qui pourrait avoir un lien avec leurs expériences. Cette adresse, la voici, c’était leur laboratoire. Albert quitta le véhicule, son manteau sur les épaules, marchant dans le hall d’entrée, sur un carrelage fin et dallé. Bien, bien, bien. Rejoignant le bureau du médecin-chef, il déposa son manteau puis repartit le long des couloirs, jetant un vague coup d’œil aux installations qu’il connaissait si bien.

Il se passa quelques longues heures avant que la voiture qu’il avait envoyée à Gray ne revienne. Le soir commençait lentement à tomber, Paris s’essoufflait un peu, les habitants du jour laissant place aux énergumènes habituels de la nuit, peuplant les cafés, les bars et autres lieux. Il descendait les escaliers pour parler à la générale de la mort de Rochard lorsqu’il entendit tout à coup trois coups de feu puis plusieurs cris, dont celui d’une femme. Le maréchal bondit aussitôt, courant au-dehors, voyant un de ses généraux se faire maîtriser par trois officiers et sa collègue à terre, du sang commençant à s’écouler. Il jura en se précipitant sur elle, la retournant pour voir la blessure et stopper l’hémorragie. Un autre soldat vint vite l’aider, à eux deux, ils s’occupèrent de la jeune femme. Elle était livide, respirant mal, touchée dans le dos et à l’épaule. Des médecins arrivèrent avec un brancard, la soulevant avec précaution, en prenant garde à ses blessures. Elle fut aussitôt emmenée à l’intérieur du centre, pendant que Bradley se tournait lentement vers l’agresseur.

– Vous connaissez déjà la sentence pour la trahison, général, murmura-t-il d’une voix glaciale.

Il fit signe qu’on l’emmène, comme on se débarrasse d’un vulgaire détritus. Après cela, il retourna dans le bâtiment, attendant qu’on soigne sa subordonnée. Il attendit dans le couloir des chambres, entrant dans celle où on installa la jeune femme. Entrant dans la chambre, il referma la porte derrière lui avec un long soupir, s’approchant du lit, au centre de la petite pièce. Elle était en chemise d’hôpital, la poitrine et une partie du dos largement bandés, terriblement pâle. Il ouvrait la bouche pour parler lorsqu’elle fondit tout à coup en larmes, lui faisant écarquiller les yeux, sous le choc. Ce n’était pas le moment de craquer ! Il grommela puis s’assit au bord du lit avant de la prendre dans ses bras pour la réconforter, sans rien dire. Là, là, tout va bien ! Leur pays n’était pas sorti de cette crise, très de loin, elle devait conserver ses esprits ! Allez, on se reprend ! Il lui tapota un peu le dos, sans savoir quoi faire. Il avait besoin qu’elle soit en forme et en bonne santé mentale, lui, pas qu’elle vire à la folie.

– Je ne savais même pas que vous saviez pleurer, lança-t-il d’un ton léger, c’est très étrange.

Il la fit se rallonger, lui donnant un mouchoir pour qu’elle essuie un peu les larmes sur son visage. Là, c’est fini ? Ou pas. Il secoua la tête, s’asseyant un peu mieux au bord du lit, en la regardant.

– C’est normal de craquer, parfois, mais conservez votre santé mentale, siffla-t-il. Ce n’est pas terminé ! Je vous avais déjà prévenu que vous avez des ennemis assez remontés qui veulent vous tuer. Ne montrez jamais à personne votre faiblesse ou ils s’en serviront contre vous. Relevez la tête ! Vous êtes capable de mieux que ça.

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Gabriella de Lizeux
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MessageSujet: Re: Tête droite et regard fier   Mer 27 Jan - 18:39

Une sensation de brûlure venait s'ajouter à la douleur extrême, le tout couplé à un état de fatigue avancé qui la fit sombrer plusieurs minutes dans une léthargie sombre et compacte, dont elle était incapable de sortir, sentant à peine que des personnes l'allongeaient sur un brancard. L'odeur de sang flottait jusqu'à son nez, son sang, il coulait à son épaule et encore ailleurs, la douleur s'était diffusée dans tout son dos et elle ignorait où la blessure était localisée exactement. Son cœur battait bien trop vite dans son corps là et presque éteint, propulsant le sang et l'adrénaline dans ses veines à une vitesse folle. Gabriella garda les yeux fermés le temps qu'on la soigne, sans même être gênée qu'on la déshabille pour la soigner, n'écoutant pas ceux qui essayaient de l'appeler pour lui faire ouvrir les yeux oui parler. Qu'on lui fiche la paix. Elle était épuisée, ils pouvaient bien la laisser dormir un peu, non ?! Juste une heure, deux heures... Toute la journée. Allongée sur une table d'examens, elle ne remuait pendant qu'on la soignait, pas d'un pouce, comme si ce n'était pas son corps et qu'elle se contentait d'observer la scène depuis l'extérieur. Une infirmière banda avec soin les blessures en l'informant qu'elle devait prendre garde à ne pas trop bouger.

On l'emmena dans une petite chambre d'hôpital pour « qu'elle se repose ». Bien sûr, se reposer dans un endroit inconnu au milieu de médecins de l'armée après qu'un homme ait voulu la tuer, c'était tellement facile ! Le bras coincé en écharpe, vêtue d'une chemise d'hôpital et si pâle qu'elle en aurait fait frémir un cadavre, elle n'eut même pas le courage de renvoyer balader le maréchal lorsqu'il entra dans la chambre, malgré son envie d'être seule. Il était prêt à parler lorsque Gaby fondit tout à coup en larmes, incapable de se contrôler, ne pouvant pas s'en échapper. Elle pleura encore plus fort lorsqu'ils 'assit au bord du lit puis la prit dans ses bras. Tant épuisée que même la situation actuelle ne parvint pas à la sortir de son hébétude. Il lui tapota le dos alors qu'elle posait la tête contre lui, tremblante comme une feuille, cherchant presque désespérément quelque chose à quoi se raccrocher pour ne pas virer à la folie. N'importe quoi ferait l'affaire, elle était à deux doigts de sombrer dans une crise de nerfs, elle devait se raccrocher à une chose, au moins, juste une chose.

– Je ne savais même pas que vous saviez pleurer, lança-t-il d’un ton léger, c’est très étrange.

Évidemment qu'elle savait ! Elle lâcha une petite exclamation, à mi-chemin entre le soupir et le grognement, reniflant lorsqu'il l'aida à se rallonger. Elle marmonna un vague merci lorsqu'il lui donna un mouchoir, s'essuyant assez vite les yeux avec sa main valide. Il s'était assit au bord du lit, lui faisant réaliser à ce moment-là qu'il l'avait prise dans ses bras pour la réconforter. Ah... Elle secoua la tête, clignant des yeux pour réunir toutes ses idées et rester à peu près concentrée et en forme, au moins un peu. Le maréchal était toujours là, la regardant, attendant elle ne savait quoi. Gabriella avait la gorge serré, l'esprit fiévreux, toujours en quête de quelque chose qui puisse l'aider à conserver sa santé mentale. C'était peut-être à cause du choc ou de l'épuisement, elle ne savait pas. Il lui fallait un peu de repos. Elle s'efforça de cesser de trembler, respirant profondément, les larmes aux yeux. Voir un visage aimé aurait pu aider un peu, bien qu'elle ne soit pas très enthousiaste à l'idée que ses proches la voit comme ça.

– C’est normal de craquer, parfois, mais conservez votre santé mentale, siffla-t-il. Ce n’est pas terminé ! Je vous avais déjà prévenu que vous avez des ennemis assez remontés qui veulent vous tuer. Ne montrez jamais à personne votre faiblesse ou ils s’en serviront contre vous. Relevez la tête ! Vous êtes capable de mieux que ça.

– Qu'est-ce que vous en savez ? Marmonna-t-elle.

– Je le sais, répliqua-t-il en se penchant sur elle. Je le sais car je vous connais, sans doute mieux que personne. Je vous ai vu dès les premiers temps, je savais même qui vous étiez alors que vous n'êtes que sous-directrice, lorsque nous avions rencontré votre supérieur. Puis il y a eu cette fameuse conférence puis tout ce qui s'est passé par la suite, jusqu'à la mort de Rochard, les orages de cet été, ce que vous avez comme effet sur une bonne moitié de cette armée. Et aujourd'hui, vous allez vous laisser abattre ? J'ai du mal à y croire ! Où est passé celle qui a su écraser le pays entier sous une technique de foudre pour retrouver un enfant ?

Elle n'en savait rien, voilà, elle avait l'impression que cela appartenait à une autre vie. Gaby se contenta de hausser les épaules, peu disposée à voir quoi que ce soit de positif pour le moment. Ils venaient à peine de passer la rentrée que déjà il y avait un bordel monstrueux, des professeurs étaient agressés, on lui avait tiré dessus et la situation semblait plus grave que jamais. La jeune femme se sentait plus inutile que jamais, incapable de prendre de bonnes décisions et de protéger ceux qui lui étaient chers.

– Vous connaissez ce sentiment, au moins ? Souffla-t-elle. De ne plus savoir ce qu'on doit faire, avoir peur d'être inutile ?

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Albert J. Bradley
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MessageSujet: Re: Tête droite et regard fier   Dim 31 Jan - 21:17

– Qu'est-ce que vous en savez ? Marmonna-t-elle.

Ce qu'il en savait ? C'était si simple ! Il la connaissait par cœur, il savait tout d'elle, de ce qu'elle aimait et détestait, ses habitudes, ses joies, ses peurs, ses peines, absolument tout ! Il était capable de décrire en détail les relations qu'elle entretenait avec chacun des membres de sa famille et chacun de ses collègues et amis, il pourrait citer de mémoire les écoles où elle avait étudié et même les endroits où elle était déjà partie en vacances. Il connaissait à la perfection son caractère et ses goûts, la façon dont elle se comportait si elle en colère, fatiguée, inquiète ou heureuse. Il l'avait tant "étudiée", observée, espionnée, tant regardée et suivie qu'il pouvait se targuer de parfaitement la connaître, comme s'il était son plus proche ami. Elle le savait, il avait déjà fait fouiller chez elle pour voir ce qu'elle lisait étant adolescente, ce qu'elle écoutait comme musique et même les pensées de ses journaux intimes. Puis il avait retracé tout son parcours, depuis le jour où elle était revenu au pensionnat, jusqu'au jour où il l'avait nommé générale. Un long chemin parcouru... Il fallait connaître son ennemi, le cerner à la perfection, sinon on en pouvait le contrer, il devait savoir très exactement toutes les facettes de son âme. Cette femme était à la fois son ennemie jurée et sa meilleure alliée, cette relation malsaine les empoisonnait tous les deux et il était bien trop tard pour faire demi-tour. Il sourit un peu en s'appuyant d'une main sur le lit, près de sa taille, détaillant son air pâle, avec quelques larmes traînant encore.

– Je le sais, répliqua-t-il en se penchant sur elle. Je le sais car je vous connais, sans doute mieux que personne. Je vous ai vu dès les premiers temps, je savais même qui vous étiez alors que vous n'êtes que sous-directrice, lorsque nous avions rencontré votre supérieur. Puis il y a eu cette fameuse conférence puis tout ce qui s'est passé par la suite, jusqu'à la mort de Rochard, les orages de cet été, ce que vous avez comme effet sur une bonne moitié de cette armée. Et aujourd'hui, vous allez vous laisser abattre ? J'ai du mal à y croire ! Où est passé celle qui a su écraser le pays entier sous une technique de foudre pour retrouver un enfant ?

Elle comptait déjà baisser les bras, arrivée jusqu'ici ? Navré, il ne pouvait adhérer à cette théorie, ce n'était guère son genre. Elle se contenta d'hausser les épaules, alors qu'il secouait doucement la tête. Ce n'était qu'un petit moment de faiblesse, voilà tout, tout rentrera dans l'ordre lorsqu'elle se sera remise en forme. Le soldat se redressa avec un léger soupir, cherchant par réflexe le paquet de cigarette qu'il traînait avec lui dans les moments de stress avant de se souvenir qu'on ne fumait pas dans un complexe médical. Tant pis. Il se rassit correctement sur le lit, préparant tout de même une cigarette roulée pour toute à l'heure, lorsqu'il sera dehors. Sa collègue, à côté de lui, avait l'air extrêmement fragile, en cet instant. Le docteur comptait la garder au moins quelques jours pour l'obliger à se reposer, la trouvant trop tendue. Tendus, ils l'étaient tous, la situation internationale n'incitait pas à se reposer, d'autant plus avec les lois édictées en ce moment par le gouvernement. S'il restait encore des idiots pour croire que toute cette histoire ne tournait qu'autour du pensionnat et ses petits élèves, ils se fourraient le doigt dans l’œil. Roulant le papier entre ses doigts, il lui jeta un regard, croisant un air pensif et assez inquisiteur malgré tout. Un autre problème détecté ? Pour une fois, sans doute à cause de la situation, l'ambiance très solennelle et professionnelle était retombée. Il ne tenait pas exactement son image de militaire rigide et coincé, elle ne prêtait plus garde à son image de femme dure et droite. Cette chambre était comme une bulle fragile les protégeant pour le moment, loin du monde extérieur.

– Vous connaissez ce sentiment, au moins ? Souffla-t-elle. De ne plus savoir ce qu'on doit faire, avoir peur d'être inutile ?

– Tous ceux qui doivent diriger connaissent ça, un jour ou l'autre, difficile d'y échapper.

Il prit le minuscule paquet dans la poche intérieure de sa veste, l'ouvrant et libérant du même coup une légère odeur mentholé, venant du tabac que la paquet contenait. Albert ne fumait presque jamais, tous les deux ou trois mois, peut-être, en cas de stress important ou par simple envie ou besoin de décompresser. Il versa un peu de tabac dans la petite feuille, concentré, ramenant une jambe contre lui, dans une attitude plus détendue que ce qu'il affichait habituellement. Passant un doigt sur le tabac pour le répartir dans la feuille, il referma le paquet avant de le glisser à nouveau dans sa poche, prêt à être ressorti dans quelques mois, à la prochaine occasion.

– A la Grande Guerre, c'était fréquent, reprit-il d'un ton neutre en roulant la cigarette. Le gouvernement était instable et ne comprenait rien à la réalité du terrain, nos hommes mourraient par centaines, chaque jour. Dans les tranchées, on ne cesse de se demander si on prend les bonnes décisions, si telle ou telle chose aurait pu être mieux réalisée, si nous ne sommes pas responsable de catastrophes. Je ne dirigeai pas l'armée de terre comme aujourd'hui, mais le nombre de morts était si impressionnant qu'il y avait plus de places à prendre, quelques coups d'éclats suffisaient pour monter en grade. J'ai eu bien des fois un sentiment profond d'inutilité lorsque je voyais les hommes de mon unité tomber comme des mouches sous les obus.

Un peu de tabac glissa hors de la feuille pour tomber sur son pantalon. Il le secoua d'un petit geste pour s'en débarrasser, toujours occupé à rouler la feuille. Une fois qu'elle fut prête, il se tourna de nouveau vers sa collègue, constatant avec satisfaction qu'elle avait cessé de pleurer. Il ne fallait jamais se laisser abattre ! Peu importe le nombre de coups que l'on prenait, même si la terre entière était contre vous, rester droit et garder la tête dressée était absolument nécessaire.

– Et juste pour votre information, vous êtes de nouveau en cloque, l'informa-t-il, toujours de ce ton neutre. Et pas question d'avorter, vous y laisseriez la vie.

Glissant la cigarette dans sa poche, il lui tapota la main avec un large sourire ironique, qui s'agrandit en la voyant devenir très blême, comme un cadavre, alors qu'elle restait complètement figée, la bouche entrouverte et le souffle coupé. Il devait bien la prévenir, pas question qu'elle se tue pour un truc aussi bête.

– Avoir un autre enfant ne vous tuera pas. Vous avez déjà connu pire, non ?

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Gabriella de Lizeux
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MessageSujet: Re: Tête droite et regard fier   Mer 3 Fév - 14:30

– Tous ceux qui doivent diriger connaissent ça, un jour ou l'autre, difficile d'y échapper.

Gabriella ne savait pas si c'était censé être rassurant ou non. Elle retint un léger soupir, ramenant avec difficulté la couverture elle, tremblante et éprouvant un peu de peine à bouger, la douleur de sa blessure irradiant son corps tout entier dès qu'elle remuait un seul muscle. Le maréchal était en train de tirer une feuille de cigarette et du tabac, occupé à en rouler une assez longue. Il comptait fumer ici … ? Elle avait toujours eu odeur de cette odeur qui lui soulevait le cœur et lui donnait envie de vomir. Trop fatiguée pour faire un commentaire, seulement, elle se contenta de le regarder préparer son affaire sans remuer d'un pouce, ni même ouvrir la bouche. Même discuter était fatiguant, en cet instant précis, elle avait l'impression de ne plus avoir la moindre énergie, que plus rien ne pourrait lui permettre de se redresser toute seule et encore moins de marcher. Fermant les yeux un moment, elle fit un effort pour cesser de pleurer, se trouvant pathétique. Il était son ennemi ! Et elle pleurait devant lui comme une enfant, incapable de s'en empêcher. Le soldat rangea le paquet dans sa poche, redressant un peu la tête.

– A la Grande Guerre, c'était fréquent, reprit-il d'un ton neutre en roulant la cigarette. Le gouvernement était instable et ne comprenait rien à la réalité du terrain, nos hommes mourraient par centaines, chaque jour. Dans les tranchées, on ne cesse de se demander si on prend les bonnes décisions, si telle ou telle chose aurait pu être mieux réalisée, si nous ne sommes pas responsable de catastrophes. Je ne dirigeai pas l'armée de terre comme aujourd'hui, mais le nombre de morts était si impressionnant qu'il y avait plus de places à prendre, quelques coups d'éclats suffisaient pour monter en grade. J'ai eu bien des fois un sentiment profond d'inutilité lorsque je voyais les hommes de mon unité tomber comme des mouches sous les obus.

Elle n'avait jamais songé à cela... Jamais songé qu'en effet, il avait participé à la Grande Guerre et avait dû voir tous ses hommes mourir un par un sans savoir quoi faire pour mieux les protéger et cesser l'hécatombe. Toujours silencieuse, elle eut un très gros pincement au cœur en songeant à ce conflit, aux milliers de personnes ayant trouvé la mort dans les tranchées, sous les obus, le gaz, les chars, les missiles. Tous ceux qui avaient été mutilés, rendus fous. Les centaines de familles déchirées, les veuves, les orphelins de guerre, les villages entiers détruits. Dans ces moments, comment ne pas douter... Elle se mordit un peu les lèvres, les yeux de nouveau secs, consciente à présent qu'il savait très bien de quoi il parlait lorsqu'il abordait le sujet du découragement. Comment pouvait-on être sûr à l'avance que la décision prise sera la bonne ? Elle prit une longue inspiration, un peu calmé, ne réagissant pas lorsque le maréchal se tourna vers elle. Il ne devait pas se sentir obligé de rester là, il avait sûrement pas mal de boulot, non ? Elle voudrait bien rester seule, peut-être dormir, ne plus penser ni à la guerre ni à rien, juste pour quelques heures.

– Et juste pour votre information, vous êtes de nouveau en cloque, l'informa-t-il, toujours de ce ton neutre. Et pas question d'avorter, vous y laisseriez la vie.

La jeune mère vit très nettement de gros points noirs flotter devant ses yeux alors qu'elle réussissait d'extrême justesse à ne pas s'évanouir. Un, deux, trois, respire, concentration, calme, ne pas hurler, ne pas tomber dans les pommes, ne pas faire une crise cardiaque ! Elle voulut brusquement poser la main sur son ventre avant que sa blessure ne se rappelle à son bon souvenir et lui arrache un petit hoquet de douleur. Très bien, ne pas bouger non plus. Il lui fallut une bonne minute pour retrouver une vision normale, son cœur battant si vite et fort que s'en devenait douloureux. Respirer... Elle était... Elle baissa le regard sur son ventre parfaitement plat, son corps mince, voire plutôt maigre, croyant halluciner. Elle était enceinte ?! De... De... Auguste. Elle était enceinte à nouveau. Mais les jumeaux n'avaient même pas un an ! Et elle ne voulait pas être enceinte, c'était hors de question ! Pas après la première grossesse qu'elle avait passé.

– Avoir un autre enfant ne vous tuera pas. Vous avez déjà connu pire, non ?

– Foutez-moi la paix ! Cria-t-elle d'une voix suraigu en perdant le contrôle de ses nerfs.

Elle fondit de nouveau en l'arme en lui criant de dégager de là et de la laisser seule. Elle ne voulait pas d'un autre enfant, sa première grossesse s'était beaucoup trop mal déroulée pour qu'elle ait envie de l'être à nouveau, elle ne voulait pas d'un autre bébé alors qu'elle était déjà incapable de préserver correctement Julien et Aurore. Le maréchal se leva tranquillement, poussant la fenêtre, qui donnait sur un petit jardin à l'arrière du bâtiment, puis s'assit sur le rebord en allumant sa cigarette, comme si de rien n'était. Elle le haït encore plus, essayant vainement de se calmer.

– Avorter sera toujours moins dangereux que passer une nouvelle grossesse, balbutia-t-elle. Je ne peux pas garder ce bébé !

En d'autres circonstances, dans une vie normale avec des soucis normaux, un quotidien banal, cette nouvelle l'aurait rempli de joie, elle serait émerveillée, heureuse... Mais en tant que membre de l'armée, se battant pour éviter à ce pays de sombrer dans la dictature, elle ne pouvait décemment pas se réjouir.

– Vous ne pouvez pas sortir de là et me laisser en paix ?!

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Albert J. Bradley
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MessageSujet: Re: Tête droite et regard fier   Sam 13 Fév - 19:07

– Foutez-moi la paix ! Cria-t-elle d'une voix suraigu en perdant le contrôle de ses nerfs.

Il haussa les sourcils en la voyant fondre de nouveau en larmes, soupirant un peu, surtout lorsqu'elle hurla de dégager et de la laisser seule. Pas encore bien remise, alors, il aurait dû s'en douter. Peu importe, il n'était pas à la minute près et elle finira bien par se calmer toute seule, comme d'habitude. Se levant, il se rendit près de la fenêtre et l'ouvrit, s'asseyant sur le rebord en regardant le jardin qui s'étendait devant eux, la chambre était au rez-de-chaussée, entendant un infirmier passé non loin et discutant avec un collègue du dernier match de tennis auquel il avait participé. Reprenant la cigarette qu'il avait préparé, il claqua son briquet pour en faire jaillir une petite flamme puis l'allumer, le remettant ensuite d'un geste nonchalant dans sa poche. Tirant une légère bouffée, il souffla la fumée à l'extérieur, s'appuyant contre le mur en la remettant entre ses lèvres. Le goût n'était pas terrible, enfin, un paquet lui durait presque six mois. Il jeta un nouveau coup d’œil à sa jeune collègue pour voir si elle se calmait, voyant que non, avant de reporter le regard sur le jardin. Au moins, ici, personne ne pouvait la voir pleurer ou l'entendre, c'était déjà ça. Il reprit une petite bouffée, pliant une jambe pour l'appuyer contre le rebord opposé de la fenêtre, l'autre main dans sa poche. A cette heure, l'autre général crétin devait être mort.

– Avorter sera toujours moins dangereux que passer une nouvelle grossesse, balbutia-t-elle. Je ne peux pas garder ce bébé !

Bien sûr que si, elle pouvait très bien le garder ! Où était le problème ? Elle avait peur d'être de nouveau agressée ? Si c'était le cas, il pouvait aussi bien placer des gardes du corps pour la préserver de ça que pour la surveiller et l'empêcher d'essayer d'avorter tout de même. Il devait y réfléchir... De toute façon, cela ne se voyait même pas, pour le moment, alors aucun problème ! Lui-même n'avait jamais eu d'enfants, trop d'emmerdes et trop de tracas, trop de choses à penser, il devait d'abord se concentrer sur l'avenir de ce pays entier avant de celui d'un seul enfant. Mordillant un peu le bout de sa cigarette, il souffla une longue bouffée au-dehors, fermant les yeux en laissant aller sa tête contre le mur derrière lui. Ce n'était pas à cause de la fatigue, juste une certaine lassitude, pour aujourd'hui.

– Vous ne pouvez pas sortir de là et me laisser en paix ?!

Et bien non. Il ne répondit même pas, ne relevant pas non plus le manque de respect abominable, qui aurait envoyé n'importe quel autre personne à la cour martiale, à sa place. Il était plus conciliant pour aujourd'hui, avec elle, étant donné qu'il avait cru la voir morte et donc ses plans s'effondrer comme un immense château de cartes sous un coup de vent. Gardant sa cigarette entre deux doigts, il se contenta de lui dire qu'elle n'avait qu'à se défouler ici en pleurant, une bonne fois pour toute, elle n'avait que cela à faire, dans cette chambre d'hôpital. Il ignora son regard bien noir, à travers ses larmes, souriant même un peu. Inutile de tirer cette tête, enfin, c'était la vérité ! Il rajouta qu'il comptait la mettre en congé, forcé s'il le fallait, le temps qu'elle soit rétablie et assez reposée pour continuer le combat. Pas la peine de lui demander si elle avait l'intention d'abandonner. Au-dehors, un médecin passa en courant en criant d'un ton paniqué qu'il ne fallait surtout pas récolter ces plantes comme ça, disparaissant de leur vue derrière d'épais fourrés. Albert écouta un instant les cris qui arrivaient jusqu'à la chambre avant d'écraser le restant de sa cigarette contre la pierre, se rasseyant un peu mieux.

– Je vous mettrai des gardes du corps, dit-il en jetant la cigarette sur le gravier à l'extérieur, refermant ensuite la fenêtre. Bonne fin de journée, générale.

Il la salua puis récupéra sa veste avant de quitter la chambre, refermant la porte derrière lui avant d'appeler deux de ses hommes pour la garder. Voilà qui était fait. Au travail, à présent, il ne devait pas tarder.

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Tête droite et regard fier
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