Pensionnat de la Ste Famille

1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Conversation téléphonique

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AuteurMessage
Munemori Nakajima
Peintre
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Récits : 45

Âge RPG : 43 ans

MessageSujet: Conversation téléphonique   Mer 13 Jan - 23:50

[C'est mon idée ! Laura est innocente.]

Munemori fouilla cinq bonnes minutes dans son sac avant d'enfin retrouver le numéro de la maison, sous le regard blasé de Josuke. Non, il ne rangeait toujours pas ses affaires correctement et non, il n'avait toujours pas appris le numéro par cœur ! En plus, ça venait de changer il n'y a pas longtemps, ce n'était pas de sa faute. Enfin, peu importe, c'est bon, il l'avait. Revenant dans le salon, il demanda à Genji où était le téléphone, se mettant un peu à l'écart pour ne déranger personne. Le carnet failli lui échapper trois des mains le temps qu'il retrouve la bonne page, le coinçant sur le bout du buffet pour faire le numéro. Il y eut quelques tonalités, Munemori augmentant le son et déposant le combiné sur le buffet, pour que Josuke puisse entendre aussi. Ce fut Akinori qui décrocha le premier, ayant à peine le temps de lâcher un "allô" qu'une petite voix jeune et stridente cria aussitôt "Papaaaaa, Jan m'a pris ma peluche !". Leur frère soupira en leur demandant à qui ils voulaient parler, tout en demandant à sa fille d'arrêter de hurler. Eisen arriva trois ou quatre minutes plus tard, leur demandant d'attendre une seconde, fermant la porte pour être tranquille. Munemori lui donna des nouvelles puis s'il allait bien, lui. Leur petit frère eut comme un temps d'arrêt, silencieux une seconde.

– Bah, moi oui, très bien. Pourquoi ?

– Pour savoir, t'as pas mal de choses qui ont changé dans ta vie, récemment, à la maison aussi il y a eu du mouvement. Donc on se posait la question, Josuke et moi. Kimmitsu aussi a demandé de tes nouvelles. Donc tout va bien ? Tu te sens comment, ces derniers mois ?

– Evidemment, que tout va bien, il n'est rien passé de particulier pour moi, cette année. Pourquoi vous me demandez ça, d'un seul coup ? Qu'est-ce qui se passe ?

Il est vrai que demander ça de but en blanc ainsi n'était sans doute pas très rassurant. Pourtant, il n'y avait vraiment pas de quoi ! Eisen et Akinori, étant les plus jeunes de la fratrie, avaient été beaucoup couvés par leurs frères et sœurs plus âgés, au cours de leurs vies. Les deux frères aînés avaient nourris, lavés, biberonnés leurs frères plus jeunes pendant des années, c'était le cours de la vie, particulièrement après la mort de leur père.

– On se pose seulement la question. Après ce qui s'est passé cet été, l'état de Kimmitsu, de Genji... On a le droit de s'inquiéter, non ?

Il y eut un nouveau moment de silence, leur confirmant que leur frère, lui aussi, avait compris ce qui arrivait à Genji exactement. Ce qui sous-entendait qu'il avait vécu la même chose mais était parvenu à le cacher. Pas bête, le frangin, il était meilleur comédien que certains. Il y eut une bonne minute de silence avant que leur frère ne fasse du mouvement, laissant deviner, au bruit, qu'il venait de s'asseoir. Il n'avait toujours pas répondu, on entendait, derrière lui, le bruit que faisaient les enfants en jouant. Munemori perçut aussi la voix clair et fluette de sa fille, écho étouffé dans le couloir.

– Désolé mais je ne vois pas le rapport entre ce qui est arrivé à Kimmitsu et moi. Pour Genji, tu viens de dire qu'il allait un peu mieux.

Josuke lui murmura que leur frère avait raison, finalement, Munemori hochant la tête pour l'approuver. En effet, leur petit frère n'était pas clair, et en même temps, il l'avait beaucoup mieux caché que les trois autres, jusqu'ici. Kimmitsu n'avait jamais pu dissimuler qu'il n'était pas bien, Himako n'avait même pas essayé et Genji avait sombré dans une crise.

– Il avait surtout besoin de parler, changer d'air... Ne plus être "enfermé", si on peut parler comme ça. J'imagine que tu peux comprendre ça.

– Ou... Oui, répondit-il d'un ton plus hésitant. Enfin... Je peux imaginer. On a besoin de repères, à cet âge.

Exactement. Munemori hocha la tête, même si Eisen ne pouvait pas le voir, l'imaginant très bien assez nerveux, assis seul contre le mur de la petite pièce, à côté de la cuisine, où le téléphone était installé.

– D'ailleurs, on parlait du don de Genji, toute à l'heure. Sa crise pourrait être dû à ça, il paraît que ça bouge beaucoup, à son âge. Je n'avais jamais fait attention, comme toi, tu n'avais pas eu de soucis à ce niveau-là. Pas vrai ?

Nouveau silence. Eisen ne répondit même pas, marmonnant un début de phrase inintelligible avant de se taire, une fois de plus. Il était vraiment meilleur comédien, Munemori n'aurait jamais cru que lui aussi avait traversé une passe plus difficile à cause de cela. D'accord, ils avaient une forte différence d'âge et étaient sans doute moins proches à cause de ça, mais tout de même ! Josuke soupira, fixant le téléphone. Eisen avait bien de la chance de ne pas être à côté d'eux, il se serait pris un beau sermon, en direct, face à face. D'ailleurs, c'était sûrement ce qui l'attendait, lorsqu'ils reviendront.

– Pourquoi ne nous en as-tu jamais parlé ? Nous ne t'aurions pas rejeté, jamais...

– Ce n'est pas très important. Et puis, Kimmitsu est revenu douze fois à la maison en un peu plus de vingt ans... Après avoir entendu maman me répéter en boucle de ne pas faire comme lui, c'est normal d'avoir quelques réserves à parler de ça.

– Pas "très important", hein ? Eisen, si tu retiens trop ton pouvoir, si tu le gardes enfermé sans jamais t'en servir, tu peux en mourir. Tu le savais ?

– Oui, je sais, souffla-t-il. L'année derrière, je l'ai su, quand je... Je fais attention.

"Quand je" ? Quand je quoi ?! Il le savait et continuait pourtant à le cacher comme ça, à ne jamais s'en servir, à faire comme s'il n'en possédait pas ?! Et il n'avait jamais daigné leur en parler, il aurait très bien pu y rester sans que personne ne le sache ! Munemori bondit littéralement sur-place en pointant le téléphone du doigt et en traitant son frère de crétin fini, l'insultant de tous les noms pendant dix bonnes minutes, à toute vitesse, les joues soudain très rouges.

– Tu es complètement con ! Et tu n'as jamais rien dit ! Qu'est-ce qui s'est passé l'année dernière ?!

– J'ai, je... J'ai été assez malade et... C'est en parlant avec l'ancien professeur d'Himako que j'ai compris... J'ai quelques lésions internes... Co... Comment vous avez su, pour ça ?

"Quelques lésions internes". Ça non plus, il n'avait pas jugé utile de leur dire, les prévenir ?! Munemori n'en revenait pas, jamais il n'aurait cru ça de leur petit frère ! Il était d'un naturel assez calme et doux, pourtant, depuis toujours, ne se faisant pas remarquer et menant sa vie de façon très tranquille et apaisée. Et là, ils apprenaient qu'il leur avait menti des années sur son état, allant jusqu'à leur dissimuler qu'il avait été en danger de mort.

– Tu aimerais bien savoir, n'est-ce pas ? Evidemment, qui aurait pu nous en parler vu que le principal intéressé n'en a rien dit ! Comment on aurait dû réagir, dis-moi, en découvrant ce qui se passait réellement depuis toutes ces années si tu étais mort à cause de ton don ?! Comment ?! Tu sais ce qui s'est passé avec Kimmitsu, on l'a soutenu, on aurait fait la même chose avec toi ! Sache que tu es mort dès qu'on sera rentrés au Japon, et ne tâche pas de te défiler, on aura une conversation en face à face.

Très calme et glacial au début, sa voix avait pris plus de force et de vitesse en arrivant vers la fin, l'énervement le gagnant en parallèle. Que Eisen ai fait ça... Il ne devait pas en mener large, à présent, c'était incroyable ! Il bafouilla tout à coup, d'une voix plus blanche, qu'il n'avait jamais juste jamais réussi à avouer ce qui se passait, c'était devenu tabou, secret, il ignorait comment en parler. Mais ce n'était pas une raison, si son pouvoir avait menacé sa santé mentale et physique !

– Tu crois qu'on t'aurait repoussé, si t'avais essayé d'en parler ?! Comment t'es-tu soigné ?!

– Je n'ai pas pu... J'ai toujours les lésions, sur certains os.

De pire en pire. Munemori fit un immense effort pour ne pas s'étrangler, fermant les yeux en inspirant profondément. Ne pas hurler, enfin pas tout de suite, ne pas s'effondrer devant tant de bêtise. Il échangea un regard désespéré avec Josuke, n'en revenant toujours pas. Il leur avait menti durant des années, leur avait caché des choses aussi graves, et s'ils n'étaient jamais venus en France, si Kimmitsu n'avait jamais soulevé ce point, ça aurait pu continuer ainsi des années de plus ! Le père de famille se sentait presque trahi, blessé que leur frère en soit arrivé là.

– Quand on rentre, on t'emmène directement à l'hôpital. On t'engueulera sur le chemin puis on avisera selon la gravité de tes blessures.

– A l'hôpi... Mais je peux très bien vivre avec, si je fais attention, ça ira, d'autres ont vécu comme ça avant moi. Ce n'est pas la peine d'en faire toute une histoire ! Je ne suis pas à l'article de la mort.

Mais bien sûr, évidemment que ce n'était pas la peine d'en faire toute une histoire, c'est vrai, après tout, pourquoi s'angoisser ?! Entre lui, Kimmitsu et Genji, il n'y en avait pas un pour avouer que son don lui causait des problèmes.

– J'ai dit que c'était une suggestion ? Tu n'as pas le choix, Eisen. Tu iras, quitte à ce que je te porte sur mon dos jusqu'à l'hôpital.

Leur frère soupira dans le téléphone, très nettement, avec une certaine amertume. Sur quoi trouvait-il à râler, c'était pour son bien, pour qu'il soit soigné ! Déjà qu'il ne leur avait rien dit, il n'était pas vraiment ne position de protester, c'était très grave. Mensonge, dissimulation... Il y en avait d'autres qui avaient bien menti, dans cette famille, et qui avaient tous un gros point commun.

– Très bien, "chef", marmonna tout à coup Eisen d'un ton cynique en insistant sur le chef. Je suppose qu'il ne me reste qu'à la boucler, comme d'habitude.

Munemori avait une curieuse impression de déjà-vu, il avait déjà entendu ce genre d'arguments, il y a longtemps. Il secoua la tête avec un regard à la fois blasé et agacé au téléphone, qui n'y était pour rien dans toute cette histoire. Cette réponse avait sûrement dû agacer Josuke un peu plus, il ne supportait que l'un d'eux se mette en danger, surtout aussi bêtement.

– Je n'aurais pas eu à jouer au chef si tu nous avais tout dit ! Tu réalises la gravité de la situation ?! Nous sommes en France et notre petit frère, qui est au Japon, a des lésions internes depuis je ne sais combien de temps et ne nous a rien dit du tout !

– Et pourquoi je devrais toujours tout dire ?! s'écria Eisen d'un seul coup, perdant son sang-froid. Une bonne fois pour toutes, merde ! C'est ma vie, si j'ai envie de la foutre en l'air, ça ne regarde que moi ! Tu n'es pas foutu de comprendre ça ?!

Il criait vraiment ! Choqué, Munemori fixa le combiné, se souvenant plus de l'avoir déjà entendu hurler et encore renvoyer balader Josuke comme un malpropre. Il était bien le premier, de la famille entière, à oser d'ailleurs.

– Évite d'insulter ton frère, pour commencer. Ensuite, tu penses qu'on veut te voir mourir ?! C'est pour te soigner !

– Je vais me soigner, oui, très bien ! Arrêtez simplement avec vos "Tu dois faire ci et ça", je n'ai plus quatre ans et c'est étouffant ! Ça fait des années que je la ferme pour ne créer aucun conflit alors, juste, oubliez ça, je peux très bien me débrouiller.

Ah ça, pour la fermer, il l'avait très bien fermé ! A tel point que personne n'avait jamais pu voir qu'il avait eu des soucis à l'adolescence et d'autres encore l'année précédente. Même si Genji fournissait une belle diversion, ce n'était pas une excuse pour justifier que personne n'ait rien vu.

– Oublier que notre frère est en danger de mort... Bien sûr, c'est tellement facile. Surtout en apprenant que les seules personnes au courant sont celles qui l'ont vécu. Je n'ai pourtant rejeté personne de la famille, tu aurais dû nous le dire ! Tu te sentais rejeté à ce point-là ?

– Je ne me sens pas rejeté, non. Ce n'est pas ça... On se sent différents, c'est tout. Il ne faut pas en parler, ne rien dire à nos enfants, faire comme rien ne s'était jamais passé. Toujours la boucler, cacher ce maudit pouvoir. J'ai vraiment essayé de m'en débarrasser et je n'ai pas réussi.

On ne pouvait pas se débarrasser d'un don ! N'est-ce pas ? Il interrogea Josuke du regard, soudain hésitant, se retenant d'aller demander à Kimmitsu, il se reposait, pas la peine de le déranger. De mémoire, il pensait que non, c'était impossible, on naissait avec, comme on naissait avec deux bras ou deux jambes, cela faisait parti intégrante de votre être. Mais il n'était pas un expert et pouvait très bien se tromper, peut-être qu'il était possible de laisser son don de côté.

– Tu ne peux pas t'en débarrasser, reprit-il plus doucement. Il fait parti de toi. Tu as très bien caché ton jeu, je n'aurai jamais cru à tout ça.

– C'est le seul moyen de vivre sans déclencher de conflits, dans cette maison. Donc oui, j'ai menti, je ne peux même pas affirmer être désolé. Au final, ce sont Himako et Kimmitsu qui ont raison, je devrai les imiter, si je savais où aller. Puis il y a le bébé, maintenant, c'est trop tard.

Il restait à la maison juste pour sa femme et son fils ? Mais il voudrait partir, lui aussi ? Munemori prit une légère inspiration, se sentant profondément mal à l'aise. Le pire était qu'ils auraient dû s'en douter, Himako avait affirmé si fort qu'elle n'en pouvait plus et devait partir au plus vite, concluant seule son mariage sans plus perdre de temps, contre toutes les traditions. Kimmitsu avait sacrifié toute la vie qu'il avait construite dans son pays natal, partant au loin et recommençant depuis le début. Sachant cela, ils auraient dû se douter qu'il y a une chose qui clochait, avec Eisen. Il y eut un bruit d'une porte qui s'ouvrait, puis la voix paisible d'Akinori s'éleva à son tour.

– Pourquoi tu hurles comme ça ? On t'entend depuis le jardin. Il y a un problème ?

– Ouais, c'est moi le problème, grinça leur frère. Moi, Himako, Kimmitsu, tous ceux qui sont nés d'une certaine façon. Est-ce que vous pouvez tous, simplement, me foutre la paix ?

– Ça va pas, qu'est-ce qui te prend ?!

– Laisse-moi tranquille ! C'est... Qu'est-ce que tu fais ?

– Laisse-toi aller, imbécile, rit Akinori sur un ton affectueux, après un certain mouvement. Tu peux bien accorder un câlin à ton petit frère, j'ai parfaitement le droit d'en réclamer, je suis le plus jeune du tas. Depuis quand tu crois que tu es un problème ? On croirait entendre Kimmitsu, quand il revient ici.

Sous-entendu, Kimmitsu s'était déjà considéré comme un problème ? Il fixa Josuke un moment, cherchant de l'aide du regard. Au téléphone, Eisen marmonnait qu'ils n'avaient qu'un an de différence et que ça ne comptait donc pas, ce à quoi à quoi le cadet répondit que c'était important, au contraire, il était encore dans le ventre de leur mère quand Eisen apprenait à marcher. Oui, si on voulait... Tu parles d'un argument. Josuke eut un petit sourire, à la fois triste et attendri, debout à côté de lui.

– T'as fait une connerie, pour te faire crier dessus au téléphone ?

– Mouais...

– Quel sérieux, dis-moi, t'es censé devenir mature, pour ton fils. Jouske, comment va Kimmitsu ?

Leur aîné eut une longue hésitation, cherchant ses mots, couvé du regard par son petit frère. Que devait-on dire, dans ce genre de cas ?

– Il va s'en remettre... Il est solide, mais il a besoin de repos et de soutien.

– Ils savent se reposer, en France ? La sœur de Solène avait paru un peu... Heu... Peu importe.

Un peu dangereuse et effrayant, en même temps d'être au bord de l'effondrement ? Si c'était cela qu'il voulait dire, et bien oui, tout à fait. Il soupira puis dit à Eisen qu'ils parleront à leur retour du Japon, car ce n'était pas une histoire qu'ils allaient laisser couler comme ça. Il s'était mis en danger de mort, leur avait menti et ne s'était même pas soigné ! Raccrochant, il poussa un long soupir, voyant qu'il sera bientôt l'heure de déjeuner. Josuke devait aussi s'occuper de Genji, cet après-midi...

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