1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Refus d'obtempérer

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Magister
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MessageSujet: Refus d'obtempérer   Sam 28 Nov - 23:10

[PNJ Daisuke Nakajima, 40 ans]

L'ancien samouraï ignorait comment qualifier la lettre qu'il venait de recevoir. Choquante ? Intolérable ? Inadmissible ? De quoi vous plonger dans une fureur noire ? Il ne comprenait pas mais ne pouvait accuser Kazuo d'avoir écrit cela sous le coup d'affabulations, son vieux camarade ne mentait pas, particulièrement sur des sujets aussi graves que celui-ci. Et pourtant, Daisuke aurait tant souhaité que ce ne soit qu'une farce ! Une mauvaise blague, entre deux amis de longue date, avant de revenir à des sujets plus sérieux. Hélas... Relisant la lettre, il porta une main à son torse, où courait une longue cicatrice qui le faisait encore souffrir dans les mauvais jours. C'était comme s'il venait de recevoir un violent coup de poignard dans le dos. Deux mois plus tôt, avec son vieil ami, ils avaient convenu que Imari, la fille de son compère, épouse son troisième fils, Kimmitsu, dès qu'elle sera plus âgée, car elle n'était pas encore dans l'âge légal du mariage. Et voilà que Daisuke apprenait l’inimaginable. Son fils, son propre fils, avait rencontré Imari sans en avertir personne pour rompre ces fiançailles. Sans en parler à lui ni au père de la jeune fille. Une trahison, purement et simplement. Désobéissance mêlée à la trahison, comment était-ce possible de faire pire ? Avait-il au moins une explication à fournir ? On frappa tout à coup à la porte du bureau, sa petite Echiko passant timidement la tête pour lui demander s'il voulait une tasse de thé, comme elle était en train d'en préparer.

– Inutile, va plutôt me chercher ton frère, Kimmitsu. Dis-lui de venir ici et vite.

Sa fille hocha la tête puis referma la porte. Il l'entendit courir dans le couloir, sourcils froncés, coudes appuyés sur son bureau et mains près de sa bouche, très tendu. Il ne parvenait pas à croire cela, de la part de son propre fils, cet enfant qu'il avait pourtant élevé dans l'honneur ! Son ami avait bien de quoi être indigné, tel qu'il le clamait dans sa missive, un tel comportement était inacceptable. Indigne. On frappa de nouveau à la porte et son fils entra, refermant derrière lui avant de s'approcher du bureau. Il s'arrêta, debout, les mains derrière le dos. Daisuke le considéra un long moment du regard, avant de dire d'une voix glaciale qu'il venait de recevoir un courrier pour le moins étonnant de la part de Kazuo, une lettre l'informant que Kimmitsu avait vu sa fille deux jours plus tôt pour rompre leurs fiançailles, sans en avertir qui que soit, agissant dans un total irrespect des valeurs les plus fondamentales.

– As-tu pris un mauvais coup sur la tête ? demanda-t-il d'un ton glacial. Pourquoi as-tu agi ainsi ?! Ce n'est pas à toi de décider qui tu dois épouser mais tes parents, comme cela se passe depuis des générations, comme cela s'est passé pour tes frères aînés avant toi, et ce n'est certainement pas à toi non plus de décider si ce mariage doit avoir lieu ou non !

Il se leva avec un peu de peine, s'appuyant ensuite sur sa canne pour contourner le bureau et se planter face à son fils, qui avait presque la même taille. Ses frères le dépassaient, eux. Il le fixa droit dans les yeux, un tic de fureur l'agitant à la tempe, une main serrée sur le pommeau de sa canne et l'autre serrée en un poing contracté.

– Tu vas partir tout de suite présenter tes excuses à la famille d'Imari et renouer des liens avec elle, afin de vous marier.

– J'irai lui présenter mes excuses, mais je ne compte pas me marier, père.

– Ce n'est pas un conseil que je te donne, hurla-t-il, c'est un ordre ! Pour qui te prends-tu ?! Te crois-tu au-dessus de toutes les coutumes, toutes les lois, toutes les traditions ?! Penses-tu que tu puisses te permettre de ne pas suivre le chemin qui t'es destiné ?! Je me moque que tu sois d'accord ou non pour te marier, ce n'est pas une question de choix mais bien d'honneur !

Des bruits se firent entendre plus loin dans la maison, son cri devait avoir angoissé leur famille mais peu importe pour le moment. Que personne ne s'avise de venir le déranger ! Il couva son fils du regard avec un air profondément indigné et dégoûté, outré que l'un de ses propres enfants se permette de désobéir ainsi, de renier son autorité alors qu'il était leur père et le chef de cette famille. Il n'acceptera jamais que son propre fils bafoue ainsi le chemin que Daisuke avait tracé pour lui, jamais. Très droit et le regard brûlant, il ajouta que ce refus était un déshonneur pour toute la famille et qu'il n'aurait jamais cru que cette trahison vienne de son propre fils, un enfant qu'il avait conçu, éduqué, élevé, afin qu'il devienne un homme droit et respectable.

– Cela se passe ainsi des siècles ! Et cela se passera pour toi aussi. Tes frères sont fiancés avec une femme que je leur ai choisi et en sont-ils mal pour autant ? Non !

– Vous comptez m'amener pieds et poings liés devant l'autel, père ? grinça son fils en levant le regard.

– Faut-il en arriver à de telles extrémités pour te faire obéir ? Tu ne sembles pas comprendre que tu n'as pas le choix.

Son fils n'était donc plus capable de discernement, au point de refuser ce qui était fait pour son bien, sa vie comme son honneur ?! Fils qui lui rendit tout à coup un regard plus noir, pâlissant un point, se tendant. L'ambiance de la pièce s'alourdit encore, d'autant plus lorsque Kimmitsu énonça clairement qu'il préférait quitter la maison dès maintenant et ne plus jamais reparaître ici plutôt que de se plier docilement à un mariage forcé. Daisuke eut un sursaut de colère, sa main volant puis venant s'abattre avec force sur la joue de son fils qui vacilla une brève seconde avant de se reprendre, posant une main sur sa joue qui virait déjà au rouge, avec une pointe de violet. Furieux, le vieil homme s'appuya contre le bord de son bureau, interdisant à son gamin de bouger lorsqu'il le vit esquisser un pas vers la porte. Il ne lui avait pas donné l'autorisation de sortir, à ce qu'il sache ! Il ne quittera pas ce bureau tant que son père n'en avait pas terminé avec lui.

Pourquoi as-tu agi de cette façon ?! Qu'est-ce qui t'a pris ?! Veux-tu à ce point couvrir toute notre famille de honte ?! Et as-tu songé à ta propre réputation ?! Que vont dire les gens de toi, au village et ailleurs ?!

– Peu importe ma réputation au village, grinça-t-il en un ton de défi, j'ai l'intention de partir la construire en France.

Lui aurait-on tout à coup jeté de l'eau glacé au village que cela n'aurait pas eu le même effet. Daisuke se retint de justesse à son bureau et sur sa canne, les yeux écarquillés, fixant son enfant comme s'il venait de lui pousser une seconde tête. C'était impossible, son cerveau lui jouait des tours, il avait dû mal entendre. Mais le regard qu'avait son fils lui confirma qu'il s'agissait bel et bien de l'horrible réalité, il venait bien d'entendre Kimmitsu lui annoncer qu'il avait l'intention de quitter le Japon. Il venait bien d'entendre son propre fils affirmer qu'il comptait partir, après jeté la honte sur toute la famille et bafoué la fierté d'une jeune femme en la répudiant. Il se passa de très longues minutes avant que le vieil homme ne puisse se reprendre, accepter ce qu'il voyait et entendait, ne plus avoir envie de hurler face à cet effroyable sentiment de pure trahison.

– Explique-moi pourquoi tu refuses de te marier, grinça-t-il d'une voix glaciale et noire de colère. Et cette histoire de départ. Tout de suite !
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Kimmitsu Nakajima
Sous-directeur
Professeur d'arts martiaux

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Âge RPG : 42 ans

MessageSujet: Re: Refus d'obtempérer   Mer 2 Déc - 23:47

"Père veut te voir !" Voilà ce que venait de venir Echiko en courant vers lui, de sa petite voix claire. Kimmitsu était en train de chercher comment lui annoncer pour les fiançailles mais il fallait croire qu'il était déjà au courant, d'une façon ou d'une autre... Très bien. Remerciant sa sœur, il se leva, abandonnant ce qu'il était en train de noter pour se rendre dans le bureau de père. Lorsqu'il entra, il vit immédiatement qu'en effet, il était au courant, son regard parlait pour lui. Il aurait voulu lui en parler avant, simplement, il avait ignoré comment le faire, s'était décidé trop tard. Refermant la porte, il approcha du bureau, mettant ses mains derrière le dos. Son père lui inspirait bien des sentiments contraires, surtout lorsqu'il lui faisait ainsi face. Reconnaissance, respect, amour familial, mais aussi crainte, dégoût, de la colère aussi. Des émotions contradictoires à souhait, qui le perdait, le poussait, face à lui, à réagir à l'instinct plutôt qu'en écoutant la raison. Suivre son cœur et sa conscience plutôt que sa raison. Son père le fixa un long moment, une lettre posée devant lui, puis glissa d'une voix aussi froide que l'hiver q'il venait de recevoir un "courrier assez étonnant" de la part de Kazuo-san, le père d'Imari, lui annonçant que Kimmitsu avait rompu les fiançailles, piétinant les valeurs les plus fondamentales dans un irrespect très marqué. Kimmitsu baissa un peu la tête, sachant que son père allait hurler, voire pire. Il ne les convoquait dans ce bureau que lorsqu'il était vraiment furieux, pour leur administrer une correction.

– As-tu pris un mauvais coup sur la tête ? demanda-t-il d'un ton glacial. Pourquoi as-tu agi ainsi ?! Ce n'est pas à toi de décider qui tu dois épouser mais tes parents, comme cela se passe depuis des générations, comme cela s'est passé pour tes frères aînés avant toi, et ce n'est certainement pas à toi non plus de décider si ce mariage doit avoir lieu ou non !

Pardon, mais il s'agissait tout de même de son avenir ! Bien sûr que c'était la tradition mais Kimmitsu n'était jamais parvenu à comprendre comment on pouvait rendre une femme heureuse et l'être soi-même si ce n'était qu'un arrangement pratique pour faire face aux difficultés de la vie. Oui, c'était bien mieux pour garantir la solidité d'un mariage et sa durabilité mais comment pouvoir toucher une femme que l'on aimait pas, lui donner des enfants ? L'amour ne pouvait pas venir comme cela. La confiance, le respect et l'affection, oui, tout cela se gagnaient à force de temps, mais pas l'amour. C'était une tradition importante, ancestrale, cependant, Kimmitsu ne comprenait pourquoi elle serait appliquée de force absolument partout, pourquoi il devrait s'y plier, même si songer ainsi était hautement présomptueux et arrogant. Il se retint de répliquer, cependant, son père attrapant sa canne et s'appuyant dessus pour se lever et contourner son bureau. Il vint se mettre face à lui, le fixant avec un regard noir de fureur. Son fils s'obligea à ne pas baisser les yeux, le cœur battant à vive allure mais bien décidé à ne pas céder, cette fois-ci. Il en avait assez ! Assez de toutes ces règles et brimades, assez qu'on le force à tout accepter "pour son bien". On lui avait imposé un certain nombre de règles nouvelles, au retour de son père. Imposé les personnes qu'il devrait fréquenter, les amis qu'il devait avoir. Imposé les études qu'il avait dû suivre, choisi à sa place le professeur, au village, qui avait approfondi la pratique des arts martiaux avec lui. Aujourd'hui, on voulait lui imposer la femme avec qui il devra passer sa vie et il disait stop.

– Tu vas partir tout de suite présenter tes excuses à la famille d'Imari et renouer des liens avec elle, afin de vous marier.

Non. Il ne pouvait pas. Pas cette fois-ci, il ne baissera plus la tête à son père sans rien dire. La colère venait surmonter la peur, dans on esprit, une colère qu'il avait accumulé durant des mois, des années, depuis ses douze ans, et qui se délitait aujourd'hui, le poussant à enfin répondre, s'affirmer, agir. Il n'avait encore jamais osé, jamais levé la voix, jamais répondu, surtout à son père, mais c'était terminé, il ne parvenait plus à rester le fils bien docile et sage que son père voulait. Depuis plusieurs mois, de nouvelles idées et envies germaient en lui. Il y réfléchissait, les nourrissait, alors qu'il devrait les combattre. Il réalisait aujourd'hui qu'en réalité, il se préparait depuis des mois, sans s'en rendre compte. Voilà des mois qu'il se formait, seul, en cachette, songeant à un avenir qu'on lui refusera mais auquel il s'accrochait malgré tout. Au fond, peut-être n'était-il pas encore décidé, malgré tout. Mais aujourd'hui, tout cela prenait véritablement un sens, il réalisait qu'il voulait vraiment partir, quitter un monde qui l'étouffait. Un besoin irrépressible de liberté fleurissait dans son cœur, le besoin de s'échapper et mener ses propres expériences, choisir seul, assumer ses erreurs et se réjouir de ses victoires. Plus encore lorsqu'il voyait son père ainsi, debout face à lui, rongé par la colère, la rancune et l'enfermement. Kimmitsu était ingrat mais la Liberté était égoïste.

– J'irai lui présenter mes excuses, mais je ne compte pas me marier, père.

– Ce n'est pas un conseil que je te donne, hurla-t-il, c'est un ordre ! Pour qui te prends-tu ?! Te crois-tu au-dessus de toutes les coutumes, toutes les lois, toutes les traditions ?! Penses-tu que tu puisses te permettre de ne pas suivre le chemin qui t'es destiné ?! Je me moque que tu sois d'accord ou non pour te marier, ce n'est pas une question de choix mais bien d'honneur !

Où était donc "l'Honneur" dans un mariage forcé ?! Kimmitsu serra les poings dans son dos, pâlissant et rougissant à la fois, les yeux plus brillants. On pouvait cacher tellement de choses derrière la défense de l'Honneur, c'était si pratique ! Son père pouvait être furieux, dégoûté, ce qu'il voulait, il était pétris d'idées assez anciennes alors que le monde évoluait, s'industrialisait, les codes sociaux et moraux, sur tous les continents, étaient profondément bouleversés. Il entendait à peine les échos de voix plus loin y compris dans le couloir, concentré sur son père qui lui crachait qu'il n'acceptera jamais que son propre fils dénigre le chemin qu'il avait tracé pour lui, que ce refus était un déshonneur, une honte d'autant plus brûlante qu'il n'aurait jamais cru venir de la part de l'un de ses propres enfants, un enfant qu'il avait nourri et élevé. Qu'il avait éduqué afin qu'il devienne un homme respectable. Erreur, sur ce dernier point, songea très fort Kimmitsu en restant bien droit, tendu. Il l'éduquait pour qu'il devienne un homme bien conforme aux traditions, un homme pouvant plier sa tête en obéissant à tout, acceptant qu'on lui dicte sa vie toute entière, un homme qui n'avait pas à prendre de responsabilités puisque cela revenait au chef de famille. Seul Josuke était censé apprendre à réfléchir, dans cette histoire, tous ses frères et sœurs devaient se contenter de le suivre et de vivre sans se poser de question. Ce qui était en opposition forte avec ce à quoi aspirait Kimmitsu. L'envie d'apprendre, de découvrir d'autres modes de vie, de faire ses propres choix et expériences. Envie de partir dans un pays en particulier, dont la liberté faisait parti de la culture, la liberté de choix.

– Cela se passe ainsi des siècles ! Et cela se passera pour toi aussi. Tes frères sont fiancés avec une femme que je leur ai choisi et en sont-ils mal pour autant ? Non !

Et s'il s'obstinait à refuser, comment père allait-il réagir ?! Le menacer ? Ses frères s'étaient pliés aux règles, tant mieux pour eux, grand bien leur fasse ! Kimmitsu en était très heureux et leur souhaitait beaucoup de bonheur mais ne comprenait toujours pas pourquoi lui aussi devrait s'y plier.

– Vous comptez m'amener pieds et poings liés devant l'autel, père ? grinça son fils en levant le regard.

– Faut-il en arriver à de telles extrémités pour te faire obéir ? Tu ne sembles pas comprendre que tu n'as pas le choix.

Donc il était prêt à en arriver là ?! Prêt à tout pour garder le contrôle le plus total ?! Kimmitsu se sentit pâlir, alors même qu'il avait l'impression d'avoir de la avec en fusion au creux de l'estomac. sa raison lui hurlait de la boucler et faire profil bas mais c'était impossible, plus maintenant, plus jamais, quoi qu'il advienne. Il se jurait de ne plus jamais laisser un autre lui dicter sa vie, de ne plus jamais suivre les ordres de qui que ce soit, hormis ceux de la personne qu'il aura voulu suivre, de lui-même, car il se reconnaîtra en elle et ses valeurs, ses engagements. C'est pourquoi il releva la tête, répondant clairement qu'il préférait disparaître de cette maison dans l'heure que de consentir à un mariage forcé. Il vit aussitôt l coup partir partir mais ne put pas esquiver, lâchant un hoquet de douleur en vacillant légèrement lorsque son père le gifla avec force, si fort qu'il allait sans doute lui en rester un bleu. Il grimaça en portant une main à sa joue, la sentant rouge et un peu gonflée. Il voulut quitter ce bureau mais son père lui ordonna sèchement de rester, qu'il n'avait pas à bouger sans sa permission. Pas sans sa permission... Kimmitsu se mordit les lèvres, revoyant ces derniers mois, tout ce qu'il avait fait pour se préparer, sans savoir s'il franchira vraiment le pas ou non un jour. A présent, il le savait, il le fera.

Pourquoi as-tu agi de cette façon ?! Qu'est-ce qui t'a pris ?! Veux-tu à ce point couvrir toute notre famille de honte ?! Et as-tu songé à ta propre réputation ?! Que vont dire les gens de toi, au village et ailleurs ?!

– Peu importe ma réputation au village, grinça-t-il en un ton de défi, j'ai l'intention de partir la construire en France.

Ces mots avaient franchi ses lèvres avant qu'ils ne puissent les retenir, sortant du fond du cœur. Trop tard pour reculer. La réaction de son père ne se fit pas attendre, on aurait juré qu'il venait de se cogner violemment dans un mur, tremblant en se rattrapant à son bureau, le fixant avec un air halluciné. Un silence assez lourd s'installa, que le jeune homme n'était pas prêt de rompre par lui-même. Il partira, oui, il partira vraiment, même si son père devait le haïr, lui en vouloir jusqu'à sa mort, le renier peut-être. Le jeune homme était prêt à payer ce prix, sans penser abandonner ni quoi que ce soit de ce genre. Ce sera difficile, oui, les premières années, puis tout s'enclenchera. Son père resta à le dévisager de longues minutes, sans plus bouger, alors même qu'un certaine agitation avait secoué la maison, chacun devant se demander ce qui se passait. Bien sûr, Kimmitsu n'avait que dix-neuf, aujourd'hui d'ailleurs, il apprendra avec le temps, en vieillissant, en vivant, tout simplement. Il apprendra avec les années, l'âge, ses différentes expériences et les difficultés qu'il rencontrera, dans cinq, dix, vingt ou trente ans.

– Explique-moi pourquoi tu refuses de te marier, grinça-t-il d'une voix glaciale et noire de colère. Et cette histoire de départ. Tout de suite !

– Je ne peux pas épouser une femme pour qui je n'éprouve rien d'autre qu'une amitié d'enfance, répondit-il d'une voix assez forte, bien qu'il tremble un peu. Comment être un époux pour elle, lui donner des enfants ?! Je ne la toucherai pas, même si c'est une tradition vieille comme ce pays. Les mariages arrangés sont la norme, exact, avez-vous songé que ce soit moi qui ne puisse rentrer dans aucune de vos normes ?!

Il ne put retenir un mouvement de recul en voyant son père se redresser vivement, presque brutalement, levant la main, dans un sursaut de peur. Mais il se contint, la baissant en un poing serré, le regard luisant de fureur. Il lui dit d'une voix rauque de colère de s'expliquer pour cette histoire de voyage. Le jeune homme hésita un bref instant, se demandant s'il valait bien la peine de tout lui dire alors qu'il ne pouvait pas comprendre, qu'il refusera de comprendre. Il devait se reprendre, travailler sur lui-même pour ne plus se laisser avoir par la peur, être capable d'avancer en s'appuyant sur ses convictions.

– Je n'ai plus ma place, ici, reprit-il un ton plus bas. Je veux partir dans un pays où je pourrai décider seul de mes choix, de ce que je peux et dois faire de ma vie. La France est un pays avec un esprit plus libre, bien que beaucoup plus agité, indiscipliné, souvent trop colérique. Mais c'est un pays d'on je me sens plus proche.

– Tu parles sans savoir ! Tu ne sais rien de ce pays ! En revanche, ce que je sais moi, c'est que tu deviens un véritable fils indigne !

Kimmitsu avait l'impression d'avoir de la lave à la place du sang, coulant dans ses veines, ses yeux le brûlant mais refusant tout net de ne lâcher ne serait-ce qu'une seule larme devant son père. Rester droit, le plus serein possible, ne rien montrer de ce qu'il ressentait, surtout. Il ne savait pas rien de la France, simplement ce qu'il fallait pour comprendre qu'il avait plus de chances de s'en sortir là-bas qu'en restant ici, même s'il devait en baver. Son père hurla d'un seul à nouveau qu'il était un fils indigne, le faisant sursauter, levant sa canne en la pointant vers lui, rageur, criant encore plus fort qu'il couvrait sa famille de honte qu'il était trahi par son propre sang, par sa chair. Kimmitsu n'essaya pas de le tempérer, attendant qu'il s'apaise de lui-même, le laissant hurler tout son soûl bien qu'il sache que cela allait angoisser gravement toute la maison.

– Va-t-en de cette pièce ! Dehors !

Il pointa la porte du doigt, s'accrochant à son bureau pour se rasseoir, tandis que son fils filait au-dehors, claquant à moitié la porte derrière lui, se laissant ensuite à moitié tomber contre le mur, tremblant de tous ses membres. Il porta une main à son front, le souffle court, s'autorisant enfin à laisser transparaître sa tension. Le silence retomba d'un seul coup, le cernant dans ce couloir, alors qu'il entendait son père se laisser tomber dans sa chaise en maugréant entre ses dents. Appuyé dos au mur, le jeune homme tâcha de se reprendre, de calmer son cœur qui filait à une trop vive allure. Il s'était attendu à une réaction violente mais pas à ce point-là... Pas à un tel emportement, une telle colère. Autre chose, de tout aussi perturbant, il n'était pas entré dans ce bureau en croyant qu'il pourrait répondre, se rebeller, céder à ses nerfs et défier d'autant plus son géniteur. Une main s'empara tout à coup de son poignet pour lui dégager le visage, lui arrachant un nouveau sursaut, mais ce n'était que Munemori, portant des sacs sous son autre bras, près de Josuke, lui aussi assez chargé.

–  Qu'est-ce qui s'est passé ? Père et toi... Tout le monde vous a entendu hurler.

– Rien, marmonna-t-il en se dégageant, rien, tout va bien. Vous... Vous voulez de l'aide ?

– Ne t'inquiète pas, ça ira. Tu es sûr que tu n'as besoin de rien ? Même sortir un peu, qu'on aille se promener ?

Il ne valait mieux pas, Kimmitsu n'avait pas envie de leur prendre la tête ni de les inquiéter, ils devaient déjà être assez sur les nerfs, tous les deux, après avoir entendu des échos de la dispute. Avec ça, sortir se promener... Il craignait assez que ses frères n'en profitent pour essayer de le cuisiner et n'en avait pas vraiment envie. Garder un air paisible, il devait digérer tout à ça, pour commencer, remettre les choses à plat, laisser aussi le temps à son père de réfléchir.

– Merci, non, ça ira.

– Tu cherches à nous éviter ? Ce n'est pas ton genre pourtant.

Munemori, ou l'art de mettre les deux pieds dans le plat et de cibler juste, comme à chaque fois. Son frère se mordit les lèvres, cherchant quoi lui répondre, puis finit par laisser tomber, se contentant de les laisser là et de repartir. Revenant à la place qu'il occupait initialement, il retrouva ses affaires, regardant sans le voir le rapport qu'il avait commencé à rédiger, sur les jeunes que son maître au village commençait à lui confier pour qu'il apprenne comment enseigner à son tour. Prenant le stylo, il trempa la plume de fer dans l'encre, respirant profondément pour se calmer, se concentrer sur son travail et chasser le reste. Se replonger dedans fut ardu mais il y parvint peu à peu, travaillant jusqu'au repas du soir, avant de ranger ses affaires. A table, tout le monde parlait normalement, riant parfois, surtout les plus jeunes de la fratrie. Daisuke, lui, ne sortait pas un mot, semblant toujours furieux. Lui-même ne parlait pas non plus, mangeant avec beaucoup de peine. Leur mère les regardait tous les deux à tour de rôle, semblant inquiète. Il voulut lui sourire pour la rassurer mais ce n'eut aucun effet. Le repas ne dura que peu de temps, heureusement, être dans la même pièce que son père après leur "discussion" était pesant.

– J'arrive pas à grand-chose, avec le vent, marmonna Himako avant d'entrer dans sa chambre avec ses sœurs, regardant ses mains avec un air désappointé.

– A douze ans, c'est normal, sourit-il faiblement. Continue simplement de t'exercer.

– Père n'aime pas ça.

"Il n'aime rien", faillit maugréer Kimmitsu, se retenant de justesse en lui donnant une petite tape encourageante sur l'épaule. Rentrant dans sa propre chambre, il rangea ses affaires de cours dans un coin de la pièce, dans un petit placard, pendant que ses frères se préparaient, refermant la porte. Munemori s'assit en lui demandant s'il allait mieux et s'il avait pu se changer les idées. Kimmitsu crispa un peu les mains sur l'encrier en le déposant au fond du placard, se contentant d'hocher la tête. Son frère ajouta que leur père était "un peu colérique, par moments, mais qu'il allait sûrement se calmer". Kimmitsu leva légèrement les yeux au ciel en refermant le placard, allant ensuite se préparer aussi pour la nuit, son futon entre ceux de ses deux frères. Bien sûr, leur père se calmera dès que Kimmitsu sera revenu sur sa décision, lorsqu'il présentera ses excuses à tout le monde, acceptera de se marier, d'être un gentil enfant bien docile... Autrement dit, jamais. S'appuyant contre le mur, il ramena un peu ses jambes contre lui, joignant les mains avant d'y faire naître une petite tornade, minuscule, qu'il fit courir et valser entre ses doigts et autour des mains, le regard fixé dessus, ses mèches voletant un peu sous son action. Seuls ses deux grands frères le voyaient utiliser son don, de temps en temps, excepté Himako.

– Pourquoi tu nous a fui comme ça, toute à l'heure ? La dernière fois que t'as fait ça, t'avais six ans et tu ne voulais pas qu'on sache que t'étais parti à l'école alors que t'avais beaucoup de fièvre.

– Je n'irai pas courir vous le dire si j'avais de la fièvre, même aujourd'hui, répliqua-t-il en refermant brusquement les doigts sur la tornade, la dissipant du même coup.

Si seulement le problème se résumait à un peu de fièvre, par ailleurs, mais ce n'était pas le cas. Il devait composer entre des envies que personne d'autre n'éprouvait ici, un besoin d'indépendance, un père aux attitudes tyranniques, des frères trop curieux. Peut-être qu'un jour il parviendra à relativiser tout cela, se dire que finalement, cela n'avait aucune importance. Enfin, peut-être pas au point que ça n'ait aucune importance... Kimmitsu ne préférait ne pas imaginer ce qu'on pouvait vivre comme horreurs pour considérer l'opinion et la colère d'un père comme des choses sans aucun poids ni valeur.

– Nous ne voulons que t'aider, Kimmitsu, on est inquiets pour toi. Tu n'as pas vu ton état après votre dispute...

Au fond, le jeune homme doutait que ses frères aient encore la moindre envie de l'aider s'ils apprenaient le contenu de la dispute en question s'ils savaient tout. Eux aussi le verraient comme un fils indigne, sans pouvoir comprendre. Il n'avait pas envie de se disputer avec eux comme il s'était disputé avec leur père.

– Ce n'est pas la peine de vous préoccuper de ça, répondit-il en se glissant sous la couverture, posant un bras sur son front. On verra bien... Vous n'êtes pas obligés d'être toujours inquiets parce que je suis plus jeune.

Et en même temps, il n'enviait pas Josuke, qui devra reprendre tout le travail de leur père et décider de la ligne de conduite que chacun ici devra adopter... Il n'était pas permis que tous puissent décider seul, il fallait une ligne directrice, une voix pour tous, un chef, c'était ainsi que les choses fonctionnaient. Glissant son bras sur ses yeux, il ramena l'autre contre son torse, serrant la couverture dans son poing, attendant que ses frères se couchent eux aussi. Sentant un regard posé sur lui, il déplaça un peu son bras, voyant que Josuke n'avait pas l'air très convaincu.

– Sérieusement... soupira-t-il. Oublie que je suis ton petit frère, au moins quelques jours, tu as du boulot, toi aussi, bien autre chose à te soucier. Ton mariage, ton travail... Tu ne pourras pas t'inquiéter à cause de moi toute ta vie, ça va très bien.

– Tu l'as dit toi-même... J'ai du boulot et mon boulot consiste aussi à veiller sur mes petits frères et à m'inquiéter pour eux. Surtout quand ils ne vont pas bien et qu'ils refusent mon aide.

Argument particulièrement sournois. Kimmitsu rougit assez fortement, détournant le regard pour plutôt fixer le plafond. Il se mordilla les lèvres, sans rien ajouter pendant que ses frères terminaient de se préparer. Josuke avait vraiment le don pour le faire culpabiliser, à certains moments... Lorsque la lumière fut éteinte, il dégagea son visage, se frottant un peu sa joue douloureuse. Il revoyait son père s'emporter, crier, le traiter de fils indigne. Fils indigne car il ne pouvait pas le laisser lui dicter sa vie dans les moindres détails... Il y pensa une bonne partie de la nuit avant de sombrer dans un sommeil assez agité. Il avait l'impression de ne s'être endormi que depuis cinq minutes lorsqu'on lui secoua l'épaule pour le réveiller. Il avait beau être matinal, d'ordinaire, ce matin, ça ne passait pas. Il battit des paupières, dans un effort surhumain pour se réveiller, voyant que la lumière du jour ne filtrait qu'à peine. La voix de Munemori, parfaitement éveillée, lui lança qu'ils avaient prévu d'aller à la pêche, aujourd'hui, ils en avaient parlé le week-end dernier. Juste...

Se redressant, il chercha ses habits à l'aveuglette, sa joue douloureuse se rappelant à son bon souvenir lorsqu'il passa la main dessus. Pour une fois, il aurait voulu rester au lit plus longtemps. L'aube n'était même pas complètement levée ! Trouvant un pull, après avoir mis sa chemise avec peine, il resta deux bonnes minutes à le contempler, cherchant à se souvenir comment on l'enfilait, pendant que Munemori semblait déborder d'énergie. Comment il faisait, il y avait un truc ? Il lui jeta un vague regard avant de revenir sur le pull, forçant son cerveau à se remettre en état de marche. Pull qui disparu tout à coup d'entre ses doigts, lui faisant lever la tête. Josuke venait de lui lui prendre et le lui faisait enfiler lui-même. Kimmitsu ne protesta même pas, se laissant faire comme un enfant, l'esprit un peu embrumé. Les suivant dehors la chambre, il se frotta les yeux, traînant un peu en arrière, se demandant s'il s'agissait vraiment des derniers jours qu'il pouvait ainsi passer avec eux avant de devoir quitter la maison.

– Où va-t-on, déjà ? murmura-t-il en arrivant à la porte d'entrée.

Munemori le lui rappela, prenant ce qu'il fallait pour déjeuner plus tard, puis cherchant leurs affaires pour pêcher. Au-dehors, l'air était assez froid mais vif, sans aucun vent, le ciel se teintant d'une couleur orangée et jaune, à mesure que le soleil se levait. Ils étaient entre chien et loup, ni jour ni nuit, un instant qu'il avait toujours trouvé assez oppressant. Refermant sa veste, il mit son sac sur ses épaules, se contentant de suivre sans rien dire. Ils marchèrent un long moment, descendant les collines pour ensuite contourner le village à peine éveillé puis passer sur d'autres chemins, afin de se rendre au lac, bordé par des forêts assez profonde, où filait la rivière Tao. Ils s'installèrent dans un coin habituel, au bord de la rive, sous la protection de vieux arbres dont les racines plongeaient dans l'eau. S'installant, ils préparèrent le matériel, assis dans l'herbe et sur des rondins.

– Comment ton travail se passe ? demanda-t-il à Josuke en tâchant de bien ouvrir les yeux. Tu retiens tout ce que père veut ?

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Josuke Nakajima
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MessageSujet: Re: Refus d'obtempérer   Ven 11 Déc - 11:46

Munemori – Pourquoi tu nous a fui comme ça, toute à l'heure ? La dernière fois que t'as fait ça, t'avais six ans et tu ne voulais pas qu'on sache que t'étais parti à l'école alors que t'avais beaucoup de fièvre.

Kimmitsu – Je n'irai pas courir vous le dire si j'avais de la fièvre, même aujourd'hui, répliqua-t-il en refermant brusquement les doigts sur la tornade, la dissipant du même coup.

Ce qui était bien dommage… Josuke couva son frère d’un regard inquiet, regardant la mini-tornade se dissiper, cherchant à savoir ce qui avait pu le mettre dans un tel état. Il s’installa à son tour sur son futon, retenant un soupir pour ne pas le vexer. Ils avaient entendu leur père crier, hurler, Kimmitsu riposter et ne pas se laisser faire. Mais, par respect, ils n’avaient pas écouté la discussion et étaient allés faire autre chose pour ne pas entendre des choses qui devaient rester entre leur père et leur petit frère. Seulement, lorsqu’ils l’avaient vu assis, dehors, tout près du bureau… Une telle image lui avait déchiré le cœur, lui rappelant les quelques fois où, tout petit, Kimmitsu s’isolait déjà en pensant avoir fait une bêtise. Mais ici, il ne parlait pas… Sa joue était rouge, oui, peut-être même un peu gonflée, ce qui sous-entendait l’ampleur de la dispute entre leur père et son fils. Mais pourquoi en était-il venu aux mains ? Que s’était-il passé ? Pourquoi Kimmitsu se refermait-il ainsi sur lui-même ? Il pouvait leur parler ! Ils n’avaient certainement pas le juger ou le rejeter, il était leur frère. Qui n’allait pas bien du tout, malgré ses paroles…

Josuke – Nous ne voulons que t'aider, Kimmitsu, on est inquiets pour toi. Tu n'as pas vu ton état après votre dispute...

Kimmitsu – Ce n'est pas la peine de vous préoccuper de ça, répondit-il en se glissant sous la couverture, posant un bras sur son front. On verra bien... Vous n'êtes pas obligés d'être toujours inquiets parce que je suis plus jeune.

Ah bon ? Josuke lui lança un regard très peu convaincu, l’observant pendant un long moment jusqu’à ce qu’il écarte un peu son bras. Désolé mais, là, il ne pouvait croire ce qu’avait dit Kimmitsu. Bien sûr que si, ils devaient se préoccuper de cela ! Il était leur frère et, visiblement, n’allait pas bien du tout. Comment pouvaient-ils ne pas s’inquiéter dans de telles circonstances ?! Josuke était le plus âgé, ici, il était de son devoir de veiller à ce que ses frères aillent bien. Dans quelques années, il allait reprendre le rôle de chef de famille, il allait devoir veiller sur chaque membre de la famille et les guider au mieux pour qu’ils soient heureux dans leur vie. Comment ferait-il pour veiller sur tous leurs proches s’il était incapable de faire attention à son frère ? Ne pas s’inquiéter pour Kimmitsu était impossible, voilà tout. Munemori, lui, parlait déjà beaucoup plus et ne gardait pas ce qui le préoccupait pour lui. Jamais longtemps, du moins, ce qui épargnait des heures d’inquiétude à Josuke. Il resta assis sur son futon, observant toujours son frère d’un air inquiet, jambes croisées.

Kimmitsu – Sérieusement... soupira-t-il. Oublie que je suis ton petit frère, au moins quelques jours, tu as du boulot, toi aussi, bien autre chose à te soucier. Ton mariage, ton travail... Tu ne pourras pas t'inquiéter à cause de moi toute ta vie, ça va très bien.

Josuke – Tu l'as dit toi-même... J'ai du boulot et mon boulot consiste aussi à veiller sur mes petits frères et à m'inquiéter pour eux. Surtout quand ils ne vont pas bien et qu'ils refusent mon aide.

Josuke vit nettement Kimmitsu rougir avant qu’il ne fixe le plafond. Il poussa un léger soupir, se redressant pour terminer de se préparer pour la nuit avant de se mettre au lit. Allez, ils devaient dormir, ils avaient tous besoin de repos pour la journée pêche de demain. Plus que jamais, leur petit frère en avait besoin. Il devait respirer, prendre l’air et penser à autre chose. Quoi qu’il se soit passé avec leur père, ils allaient aider Kimmitsu à sourire au moins un peu pour qu’il cesse de ruminer tout seul dans son coin. A défaut de vouloir parler, ils pouvaient toujours l’occuper… Il leur parlera lorsqu’il s’en sentira le courage, lorsqu’il sera prêt. Peut-être n’était-ce qu’une simple dispute qui allait se tasser avec le temps ? Il l’espérait sincèrement. D’accord, une part, au fond de lui, lui criait que les choses n’allaient pas s’arranger et qu’il devait essayer d’aider Kimmitsu au plus vite, essayer de comprendre ce qui s’était passé, mais il n’en ferait rien. Josuke faisait confiance à son frère et attendrait qu’il parle de lui-même.

La nuit fut courte mais reposante, de son côté, malgré les quelques regards qu’il jetait à son petit frère pour s’assurer qu’il allait bien. Il avait énormément bougé, ne devait pas avoir beaucoup dormi, signe que la dispute de la veille l’avait profondément marqué. Et eux ne pouvaient rien faire tant qu’il gardait tout pour lui… Josuke poussa un soupir, se levant avant de s’étirer longuement puis se préparant. Il réveilla ensuite Munemori en lui disant qu’il devait s’habiller, qu’ils n’allaient pas tarder à partir. Par contre, il laissa Kimmitsu dormir encore un peu, préparant le tout avec son frère pour le laisser se reposer. Maintenant, oui, il s’inquiétait vraiment. Raison pour laquelle il réagissait comme cela… Si leur petit frère pouvait se reposer, au moins quelques minutes, c’était toujours ça de gagné.

Cependant, au bout d’un moment, ils furent bien forcés de le réveiller, Munemori se chargeant de le secouer doucement pour le tirer de son sommeil. Et il avait vraiment mauvaise mine… Kimmitsu semblait épuisé, vidé, comme s’il n’avait pas dormi de la nuit. Il semblait chercher ses vêtements à tâtons, ce qui confirma à Josuke qu’il avait eu raison de le laisser dormir un peu plus longtemps. Impression renforcée lorsqu’il observa son pull pendant deux bonnes minutes comme s’il avait oublié comment on l’enfilait… Bon, d’accord, compris. Josuke déposa le panier près de la porte avant de venir vers Kimmitsu, lui prenant le pull des mains avec un regard mi-inquiet, mi-désespéré pour le lui enfiler lui-même. Voiiilà. Mieux comme ça, non ? Il s’assura que son frère n’avait rien oublié, apparemment tête en l’air aujourd’hui, et put annoncer le départ en lançant de fréquents regards par-dessus son épaule, ouvrant la marche. Pauvre Kimmitsu…

Kimmitsu – Où va-t-on, déjà ? murmura-t-il en arrivant à la porte d'entrée.

Munemori rappela la destination avant Josuke et ils se mirent en marche, contournant le village dont les bruits synonymes de vie commençaient à émerger, profitant de l’air frais du matin. Il inspira profondément, laissant entrer cet air pur dans ses poumons tout en marchant. Le village, encore très calme, fut bientôt derrière eux tandis qu’ils regagnaient les chemins qui les mèneraient au bord de la rivière Tao. Ils devaient marcher un petit moment, oui, mais cela leur permettait de se réveiller. Surtout Kimmitsu… Ils n’avaient rien dit de tout le trajet, profitant de l’atmosphère du matin qui annonçait le lever du soleil. Josuke leva la main, déposant ensuite le sac qu’il portait pour signaler à ses frères qu’ils étaient arrivés. Ils préparèrent ensuite le matériel pour pêcher, lui jetant de brefs regards à son petit frère pour voir s’il allait un peu mieux. Ou était un peu plus réveillé, au moins. Mais ce n’est que lorsqu’ils furent assis sur des rondins que Kimmitsu parla enfin, faisant au moins l’effort d’engager la conversation.

Kimmitsu – Comment ton travail se passe ? demanda-t-il à Josuke en tâchant de bien ouvrir les yeux. Tu retiens tout ce que père veut ?

Josuke – Je n’ai pas le choix, dit-il avec un petit sourire triste. C’est parfois dur de tout assimiler mais je l’ai accepté et, même si père est moins patient depuis la guerre, il hausse seulement le ton de temps en temps mais je lui tiens tête et lui rappelle que je suis en train d’apprendre en corrigeant la seconde d’après. Mais pour moi, ça va, je ne m’inquiète pas, tout se passera très bien.

De toute manière, comme il l’avait dit, il n’avait pas le choix. Etant l’aîné, Josuke allait être chef de famille et devait être prêt et continuer à apprendre vite et bien pour pouvoir succéder à son père le moment venu. La tâche n’était pas si compliquée en soi, il fallait seulement de l’organisation, de la patience et du calme, être diplomate aussi pour ne pas risquer de froisser les familles amies ou les connaissances. Tout cela, il l’apprenait depuis des années, il savait ce qu’il devait faire et savait aussi que certains enseignements de son père seraient adaptés dans sa tête lorsqu’il deviendrait le chef de famille. Regardant ce qu’il faisait pour ne pas faire de bêtises, Josuke s’interrompit quelques secondes avant de relever la tête vers Munemori, l’air un peu plus sérieux.

Josuke – Toi aussi, tu devrais faire attention et être plus concentré pendant tes tâches. Je l’ai remarqué, tu sais, tu ne fais pas toujours attention à tout et laisses passer certaines choses. Comme je sais que père est très… dur, je repasse parfois derrière toi pour t’éviter le sermon mais je ne pourrai pas faire cela toute ma vie. C’est Kimi qui te déconcentre comme cela ?

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Munemori Nakajima
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MessageSujet: Re: Refus d'obtempérer   Mar 15 Déc - 0:33

– Où va-t-on, déjà ? murmura-t-il en arrivant à la porte d'entrée.

Son frère se retourna pour lui rappeler la destination, lui fourrant sa veste dans les mains comme il n'aurait pas eu le réflexe de l'attraper au vol. Ils sortirent sans faire de bruit, leur frère décidément très mal réveillé, il n'avait pratiquement pas dû fermer l'œil de la nuit. Munemori s'interdisait de lui poser la moindre question. Il ne leur répondra pas et ça ne les regardait sans doute pas, de toute façon. Ce n'était pas la première fois que leurs parents criaient sur leur troisième enfant, très loin de là, en revanche, c'était la première fois que l'enfant en question répondait et se rebellait. Le jeune homme retint un long soupir en remontant son sac sur le dos, discutant de tout et de rien avec son aîné sur le trajet, tournant assez souvent la tête pour vérifier que leur frère les suivait toujours. Leur maison et bien d'autres étaient nichées dans les collines, non loin du village qui se tenait replié sur lui-même dans une petite vallée, traversée par la rivière Tao. Une fois la vallée contournée, il reprenait les chemins de la forêt pour arriver aux lacs. Ce n'était pas si loin mais les côtes raides rendaient la marche difficile lorsqu'on était chargé ou que les chemins étaient verglacés.

L'air vivifiant et très froid acheva de parfaitement réveiller Munemori, qui resserra sa veste et son écharpe contre lui, frissonnant. Ils déjeunaient au bord de l'eau, les matins de pêche, profitant de ces moments de calme, juste entre eux trois. Il avait toujours aimé cette complicité entre eux, même si leur aîné était bien trop protecteur, toujours à les couver. Petits, il devait toujours lui tenir la main pour aller à l'école, sans cela Munemori aurait couru partout à droite et à gauche en revenant blessé et les genoux écorchés. Ils marchèrent encore un long moment avant d'arriver à un de leurs coins habituels, au détour d'un chemin plutôt large. Ce petit coin était assez isolé, en bordure du lac et sous l'ombre de grands sapins. C'était leur père qui leur avait montré cet endroit, les y emmenant presque toutes les semaines avant la guerre. Depuis, ils y revenaient juste tous les trois. S'agenouillant, Munemori entreprit de démêler ses lignes pour les accrocher à la canne de pêche, concentré, veillant à ne pas faire de nœud. S'ils attrapaient assez de poissons, ils pourront les faire griller ce midi, les petits adoraient ça. Sauf Himako qui avait du mal, il n'avait jamais compris pourquoi. S'asseyant sur un rondin, il sortit un petit canif de sa poche pour s'en aider, ayant des nœuds dans ses lignes, malgré sa bonne volonté.

– Comment ton travail se passe ? demanda-t-il à Josuke en tâchant de bien ouvrir les yeux. Tu retiens tout ce que père veut ?

– Je n’ai pas le choix, dit-il avec un petit sourire triste. C’est parfois dur de tout assimiler mais je l’ai accepté et, même si père est moins patient depuis la guerre, il hausse seulement le ton de temps en temps mais je lui tiens tête et lui rappelle que je suis en train d’apprendre en corrigeant la seconde d’après. Mais pour moi, ça va, je ne m’inquiète pas, tout se passera très bien.

Arf, voilà bien un truc que son frère ne lui enviait pas, toutes ces leçons. Il fallait avoir un certain sens des responsabilités que Munemori n'avait pas. Il était plutôt du genre rêveur et distrait. Il peignait et sculptait des œuvres qu'il vendait ensuite, en faisant son métier, n'étant pas très organisé ni bien sérieux. Pour lui, c'était bien de parler comme cela, sans cacher ce qu'on pensait. Il se pencha en avant pour prendre des élastiques dans le panier lorsqu'il sentit le regard de son grand frère posé sur lui. Eh, il n'avait fait aucune bêtise ! Il n'avait rien dit non plus.

– Toi aussi, tu devrais faire attention et être plus concentré pendant tes tâches. Je l’ai remarqué, tu sais, tu ne fais pas toujours attention à tout et laisses passer certaines choses. Comme je sais que père est très… dur, je repasse parfois derrière toi pour t’éviter le sermon mais je ne pourrai pas faire cela toute ma vie. C’est Kimi qui te déconcentre comme cela ?

– Heu...

Il se sentit rougir, de plus en plus fort, se mordant les lèvres, très gêné. Depuis quand le surveillait-il, au juste ? Assez cramoisi, il se concentra sur ce qu'il faisait, nouant le bout de la ligne à la moulinette de la canne, sans plus regarder son frère dans les yeux. Il en devrait pas se sentir obligé de repasser derrière lui, en plus, père était moins exigeant avec lui comme il n'était pas l'aîné et comme il ne faisait aucune vague non plus. Il était discret, à la maison, occupé à travailler ou aider leur mère avec ses plus jeunes frères et sœurs, comme Josuke était très occupé avec père et que Kimmitsu suivait ses études. Il hocha la tête, au bout d'un moment, les joues toujours aussi rouges.

– Elle est très mignonne, tu sais, répondit-il en se raclant la gorge. Je ne croyais pas que ce serait comme ça, on passe pas mal de temps ensemble à bavard... Enfin, on ne fait rien, hein ! Je sais que je ne dois pas la voir seul, comme ça. Son père n'est pas au courant. Heu... Le nôtre non plus, d'ailleurs, heureusement.

Ce n'était pas de sa faute, il ne pouvait pas prévoir que Kimi allait lui plaire d'emblée ainsi ! Et que ce serait réciproque. Et qu'elle aussi aimait s'amuser et défier des petites règles. Il releva un peu la tête, voyant son aîné le dévisager en fronçant les sourcils. Ce n'était pas si grave que ça, hein ? En plus, à part quelques bisous et des câlins, ils ne faisaient vraiment rien. Ils riaient ensemble, bavardaient, s'amusaient, c'était très convivial. Se levant, il lança sa ligne puis la planta au sol, voyant le bout de sapin flotter à la surface au bout, signe qu'il y aura une prise lorsqu'il bougera ou s'enfoncera. Son frère n'avait rien ajouté mais son regard parlait pour lui. Oui, bon, ils étaient jeunes et... Enfin, voilà. Pas possible, il avait la même expression que père lorsqu'il réagissait comme ça.

– On se marie après toi, en février, je crois, reprit-il au bout d'un moment. Et toi, Kimmitsu, c'est prévu pour quand ? Vous avez déjà tout préparé ?

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Kimmitsu Nakajima
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MessageSujet: Re: Refus d'obtempérer   Sam 19 Déc - 23:10

– Je n’ai pas le choix, dit-il avec un petit sourire triste. C’est parfois dur de tout assimiler mais je l’ai accepté et, même si père est moins patient depuis la guerre, il hausse seulement le ton de temps en temps mais je lui tiens tête et lui rappelle que je suis en train d’apprendre en corrigeant la seconde d’après. Mais pour moi, ça va, je ne m’inquiète pas, tout se passera très bien.

Sans doute, il avait le "bon" caractère, si on pouvait parler ainsi, pour prendre la place de père lorsqu'il sera trop âgé pour tenir le rôle. Kimmitsu hocha doucement la tête, triturant le fil qu'il tenait en l'emmêlant puis le démêlant de ses doigts, regardant le lac remuer faiblement, par le vent léger, la brume encore stationnaire sur l'étendue d'eau. Leu père moins patient depuis la guerre, bel euphémisme pour dire qu'il était devenu un tyran borné. Il savait très bien que penser ainsi, que considérer son propre père comme ça était honteux et terrible, las, c'était plus fort que lui. Il l'avait admiré, pourtant, profondément respecté... Un respect qui s'émiettait petit à petit, bien qu'au fond, il reste de l'affectation, de la reconnaissance. Il devrait peut-être essayer de profiter de sa famille avant de devoir partir pour de bon, il doutait qu'il faille encore longtemps à père avant de le chasser de la maison, le renier pour de bon. Il pourra travailler au dojo de son maître et vivre au village, en attendant son départ définitif pour la France, laissant là où une famille où il n'aura plus sa place. Rebaissant la tête, il se demanda aussi comment il devra s'y prendre pour faire ses adieux à ses frères, une fois que leur père l'aura chassé d'ici. S'ils voulaient toujours lui parler, ce qui n'était pas sûr. Leur jetant un regard, longuement, il voulut imaginer l'avenir, comment ils allaient évoluer, tous les deux, dans cette maison. Dans ce pays. Avec toute la famille.

– Toi aussi, tu devrais faire attention et être plus concentré pendant tes tâches. Je l’ai remarqué, tu sais, tu ne fais pas toujours attention à tout et laisses passer certaines choses. Comme je sais que père est très… dur, je repasse parfois derrière toi pour t’éviter le sermon mais je ne pourrai pas faire cela toute ma vie. C’est Kimi qui te déconcentre comme cela ?

– Heu...

Au moins aimait-il vraiment Kimi, c'était assez visible. Il avait beaucoup de chance d'être tombé amoureux de la femme que père lui avait désigné, choisi pour lui, le réalisait-il seulement ? Il rougissait, gêné, nouant la ligne sur la canne de pêche en évitant le regard de leur frère. Ils allaient lui manquer, tous les deux. Comme leurs frères et sœurs, sa mère aussi. Il passait le plus clair de son temps avec ses deux grands frères mais aussi avec Himako, sa petite sœur maniant aussi le vent, petite sœur qu'il adorait et dont il était très proche. Il espérait qu'elle ne le déteste pas, lorsqu'il partira, même s'il pensait, au fond, que ce ne sera pas le cas. Elle pouvait mieux comprendre, malgré son âge, car elle savait ce qu'il pouvait ressentir. Avoir un don, ce n'était pas juste jouer avec certaines forces de la nature, c'était aussi être influencé par certaines choses, dans le comportement, les besoins, les peurs. Ceux possédant le feu et la foudre étaient beaucoup plus agités, vivaces. Ceux maniant la terre plus sensible, souvent plus observateurs. Ceux maniant le vent était curieux, partant vers l'avant sans être trop téméraires. Il fallait le vivre pour le comprendre, comme une sorte de "savoir" partagé par ceux qui possédaient un don et ceux qui étudiaient ces pouvoirs et leurs effets. Kimmitsu aimerait trouver un lieu de vie où il n'aurait pas besoin de cacher ce qu'il pouvait faire, avec des personnes acceptant tout cela, pouvant comprendre.

– Elle est très mignonne, tu sais, répondit-il en se raclant la gorge. Je ne croyais pas que ce serait comme ça, on passe pas mal de temps ensemble à bavard... Enfin, on ne fait rien, hein ! Je sais que je ne dois pas la voir seul, comme ça. Son père n'est pas au courant. Heu... Le nôtre non plus, d'ailleurs, heureusement.

Dans l'état actuel des choses, tout se passera bien pour eux deux, oui. Comme pour tous leurs frères et sœurs. Himako finira peut-être par s'éloigner un peu, elle aussi, même sans quitter le pays. Mais elle allait devenir une jeune femme, elle pourra partir dans la maison de son mari, ne pas devoir rester dans la demeure familiale. Personne d'autre n'avait de don, bien qu'il garde un œil sur leurs plus jeunes frères, guettant un signe, juste au cas où. Lorsqu'il en sera plus là, sa sœur pourra guetter elle aussi, il valait mieux rassurer aussitôt un enfant qui découvrait ce genre de pouvoir. Eisen et Akinori allaient bientôt atteindre l'âge où ces pouvoirs se dévoilaient chez un enfant, mieux valait que ce soit lui ou sa sœur qui se charge de l'affaire à ce moment, plutôt que père. Dans son cas, lorsque Kimmitsu avait révélé son don, on lui avait interdit de s'en servir car ce n'était "pas naturel". Il s'était débrouillé seul puis son maître d'arts martiaux au village lui avait appris comment s'en servir, adaptant pour lui les cours que lui-même avait reçu, enfant, pour manier la terre. Son frère vint se rasseoir avec eux, après avoir placé la ligne, sous le regard désapprobateur de leur aîné. Quelle inquiétude pouvait-il avoir ? Munemori n'allait pas sauter sur Kimi comme un sauvage, il savait se contrôler. Il ne la touchera pas avant le mariage, inutile de s'angoisser.

– On se marie après toi, en février, je crois, reprit-il au bout d'un moment. Et toi, Kimmitsu, c'est prévu pour quand ? Vous avez déjà tout préparé ?

Tout préparé... Il se pinça un peu les lèvres en faisant non de la tête, toujours occupé à tordre les fils entre ses doigts, le regard baissé dessus, pensif. Il marmonna que tout n'était pas encore très clair, il y avait encore certaines choses dont il devait parler avec père, se cantonnant à cette réponse alors qu'il aurait pu ajouter "S'il m'adresse de nouveau la parole un jour". Pour cela, rien n'était moins sûr, Kimmitsu avait touché à la corde la plus sensible, sa fierté, jamais il n'acceptera que son propre fils bafoue son autorité, les règles qu'il avait imposé, tout ce qu'il avait réglé dans cette maison pour diriger la vie de chacun de ses enfants, au point de leur imposer, sans même leur en parler au préalable, celui ou celle qui deviendra leur conjoint. De plus en plus de familles présentaient deux jeunes gens l'un à l'autre, avant le mariage, si cela était concluant, très bien, sinon, ils présentaient une autre personne, comme cela, dans le calme et patience, en attendant de négocier un contrat de mariage. Puis il y avait les familles traditionnelles, comme la leur, où le père en rencontrait un autre pour tout arranger. C'était tellement charmant, d'un romantisme à toute épreuve, on pouvait sentir le vent du renouveau soufflant sur ce pays. Et ce vent qui allait l'emporter loin d'ici, ce vent qui le poussait depuis des mois à s'envoler...

– Nous ne pouvons pas t'aider ? Si tu n'oses pas lui parler et que ça te préoccupe, on est aussi là pour ça.

– Mais j'ose lui parler, grinça-t-il d'un ton cynique. Mieux que ça, j'ose lui répondre. Tout le monde a dû l'entendre hier. Enfin, peu importe. Vous n'avez pas besoin de vous préoccuper de mon mariage, ce n'est pas un problème en soi.

Du moins, ça n'allait plus l'être dans très peu de temps... Aujourd'hui, demain, dans une semaine, peut-être, quelle importance ? Son père refusera d'accepter qu'il défie son autorité et Kimmitsu refusera de se comporter comme un gentil enfant bien docile, dans ce cas de figure, il ne restait plus grand-chose à espérer. Il surprit Munemori à jeter un regard assez paniqué à leur frère mais ne releva pas, se contentant de se lever et faire quelques pas, regardant le jour se lever pour de bon et la brume partir peu à peu du lac. Son mariage, qui n'aura pas lieu quoi qu'il arrive, ceux de ses frères, leur père, leur mère, cette vie, son don, tout. S'appuyant contre un arbre, au bord du lac, il ramena les mains contre lui, fermant les yeux, relâchant doucement son pouvoir, avec délicatesse, rouvrant les yeux, le sentant voler autour d'eux puis dans les arbres. Il leva le nez pour regarder les branches s'agiter, faisant s'envoler quelques feuilles au passage. Non, en effet, ce n'était pas naturel, ça ne le sera jamais, c'était même dangereux, si on s'en servait mal ou qu'on voulait l'étouffer. Pourtant, il ne pouvait se débarrasser de ça, ce serait comme lui ordonner de scier sa propre jambe.

– Il faut un professeur à Himako pour ça aussi, murmura-t-il.

Elle avait déjà douze ans, ce n'était pas bon de faire traîner ce genre de choses trop longtemps, ça pouvait devenir dangereux pour elle autant que pour la famille. Kimmitsu n'osait même pas imaginer la réaction de leur père si Himako se blessait ou blessait quelqu'un à cause de ce pouvoir. Il entrerait dans une colère noire, ce serait assez terrible. Il pourrait même lui interdire à elle aussi de s'en servir, ce qui serait encore pire que la laisser prendre le risque de se blesser en le maniant.

– Tu pourrais lui enseigner, elle a confiance en toi et tu la connais mieux qu'un professeur.

– Non, j'apprend encore moi-même, il lui faut un véritable professeur. Il y a deux ou trois personnes au village et dans ceux d'alentours qui pourront lui apprendre à maîtriser son don. Je l'emmènerais cet après-midi.

Dans le dos de leur père, toujours. Dès que leur petite sœur aura terminé l'école, il l'emmènera la présenter au vieux professeur qui vivait en bordure du village. Son maître lui avait déjà parlé de lui, il avait aidé pas mal d'enfants et Himako devait assimiler le nécessaire pour éviter les blessures et pouvoir s'en servir au quotidien. De toute manière, Kimmitsu ne restera pas assez longtemps au Japon pour enseigner quoi que ce soit d'utile à Himako. S'il ne devait pas quitter la maison dans le mois qui arrivait, il le fera au plus tard dans un an. Ce qui lui rappela qu'il n'avait toujours pas trouvé de moyens de dire adieu à ses frères. Il se rassit doucement dans l'herbe, contre le tronc d'arbre, son regard s'assombrissant à nouveau. Il était mort de peur à l'idée de perdre sa famille et tout aussi terrifié à l'idée de rester là en obéissant scrupuleusement à tout ce que voulait leur père. Le plus dur était, qu'au fond, il savait déjà quelle peur l'emportait sur l'autre. Il partira. S'il avait douté, il en était sûr depuis ce qu'il avait dit à son père. Il partira. Sans doute à jamais si son père le reniait... Sa famille ne pourra plus le voir ensuite. Ramenant ses jambes contre lui, il appuya la tête contre le tronc, croisant les bras, puis les décroisant, passant la main dans les brins d'herbe.

Ses pensées filèrent malgré lui vers la France, vers les dizaines d'articles qu'il avait lu, la géographie qu'il avait étudié, leur Histoire, très mouvementée mais incroyablement riche, leurs coutumes et leur mode de vie. Tout ce qu'il avait, lu, entendu, ayant parfois l'impression de respirer l'air de ce pays. C'était si loin, oui, une distance qui contribuait à effrayer mais qui ne l'arrêtait pas. Pourquoi la France ? Il n'en savait rien, c'était un pays dont il se sentait proche, voilà tout. Jouant avec les brins d'herbe, il ressentit un plaisir coupable de penser à la vie qu'il pourrait enfin mener là-bas, à la fois heureux et culpabilisant car cela signifiait abandonner les siens. Il observait le lac sans rien dire lorsque son frère se mit à tout à coup par terre près de lui et le serra dans ses bras, lui arrachant un hoquet de stupeur. Il écarquilla les yeux, lançant un "Heu... Oui ?" sur un ton hésitant. Il ne lui avait rien dit ! Qu'est-ce qui lui prenait ?

– Je n'ai pas le droit de réconforter mon frère ? Tu refuses de nous expliquer ce qui ne va pas. Or, ça te travailles, tu n'es pas heureux... Les gestes valent parfois plus que les mots.

Il resserra son étreinte, à l'instant même où Kimmitsu voulut se dégager. Les gestes... Il n'était pas assez prudent, il faudra qu'il corrige ça. Et il ne pouvait pas tout leur expliquer ! S'il leur disait tout, cela reviendra à les perdre, tous les deux, il ne voulait pas cela, pas maintenant, pas aussi vite. Il était déjà sur le point de perdre à jamais son père et craignait de perdre ses frères dans la foulée. Il ne voulait pas gâcher le peut de temps qu'il lui restait. Tremblant un peu, il prit une petite inspiration pour se forcer à arrêter, la gorge nouée. Même s'il n'était pas très heureux maintenant, il le sera plus tard. Ce n'était qu'une question de volonté. Faire ses propres choix. Il baissa la tête, crispant la main malgré lui sur le bras de son aîné, avec un tremblement infime. Aujourd'hui, demain, dans quelques jours...Il ignorait combien de temps il restait.

– On pourrait parler d'autre chose, non ? marmonna-t-il. Je ne sais pas, moi, de vos projets d'avenir ? Tu as déjà imaginé ce que tu voulais vraiment devenir ?

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Josuke Nakajima
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MessageSujet: Re: Refus d'obtempérer   Jeu 31 Déc - 0:20

Munemori lui donna une réponse… égale à lui-même. Josuke leva les yeux au ciel, désespéré, s’attendant vraiment à ce qu’il ait trouvé autre chose à dire que « oui, elle est très belle, c’est elle qui me déconcentre ». Mais soiiit. Dans doute devait-il se réjouir pour son frère, ne pas désespérer comme cela et se préparer à toutes les bêtises de ce style avec lui. Maintenant, il était prévenu, Josuke n’aurait pas à s’en vouloir si jamais leur père apprenait quoi que ce soit. Il ne pouvait pas tout faire à sa place ! Il devait apprendre, aussi, apprendre comme lui le faisait tous les jours, apprendre comme eux devaient le faire depuis leur plus tendre enfance. Ce n’était pas sorcier, ils étaient habitués, alors pourquoi cela clochait-il aujourd’hui ? Il ne comprenait pas, vraiment, ce n’était pas comme si les choses avaient changées récemment. Ecouter et suivre, point, succéder et honorer leurs ancêtres, tout allait vers cette idée. Seulement, Kimmitsu ne semblait pas penser la même chose que Josuke… Chez lui non plus, quelque chose n’allait pas, mais il était incapable de dire ce qui se passait. Pour que leur père lui hurle ainsi dessus, pour qu’ils se disputent si fort, c’est qu’il avait touché à un sujet très sensible. Fierté, guerre, sa manière de les élever ? Ou cela concernait peut-être sa fiancée ? Vu sa réaction, il pencha plus pour cette hypothèse…

Josuke – Nous ne pouvons pas t'aider ? Si tu n'oses pas lui parler et que ça te préoccupe, on est aussi là pour ça.

Kimmitsu – Mais j'ose lui parler, grinça-t-il d'un ton cynique. Mieux que ça, j'ose lui répondre. Tout le monde a dû l'entendre hier. Enfin, peu importe. Vous n'avez pas besoin de vous préoccuper de mon mariage, ce n'est pas un problème en soi.

Ce n’est pas un problème en soi… ? Mais cela pouvait l’être ? Pourquoi disait-il une telle chose, un mariage était important ! Ils parlaient de son mariage, qui plus est, alors que venaient faire pareilles paroles maintenant ? Munemori échangea un regard avec Josuke, vraisemblablement paniqué, mais il ne répondit rien, cherchant quelque chose à dire. N’importe quoi. Que s’était-il passé pour que leur frère soit dans cet état… ? Et leur père ? Il y avait eu un problème, vraiment, mais lequel ? S’il était aussi sensible sur le mariage, qu’il ne trouvait pas que c’était un problème en soi… Ouhlà. Gros problème à l’horizon. Que se passait-il précisément dans la tête de son petit frère ? Ce n’était pas pour faire le pessimiste, mais Josuke le sentait nettement moins bien. Une dispute entre son père et Kimmitsu, des cris, certaines paroles que leur frère prononçait, son état, cette histoire de « mariage qui n’est pas un problème en soi », le fait qu’il ose lui répondre… Cela ne présageait rien de bon. Qu’est-ce que Kimmitsu avait derrière la tête ?

Josuke regarda son frère se lever sans rien dire, faire quelques pas et rester là à observer le soleil se lever, toujours silencieux. Lui aussi l’observait, essayait de comprendre ce qui avait bien pu se passer, ce qu’ils avaient pu se dire pour en arriver à un tel extrême… Ni l’un ni l’autre ne semblaient vouloir se parler. Pourquoi ? Se murer dans le silence n’était pas leur genre, pourtant. Au contraire, ils parlaient, ne gardaient rien pour eux pour ne pas aggraver la situation. Parler pour éviter l’accumulation et se renfermer sur soi-même, parler pour éviter le pire. C’était un geste pourtant si naturel… Mais lui ne le faisait pas. Plus. Pourquoi ? Josuke devait deviner ce qui n’allait pas, il devait deviner lorsque son frère n’était pas bien depuis quelques temps. Et cela le tuait, ce n’était pas si compliqué ! Kimmitsu s’appuya contre l’arbre juste à côté de lui, au bord du lac, et ils entendirent nettement le vent souffler plus fort, ils purent voir les feuilles bouger et sentir le vent contre leur peau, dans leurs cheveux. Leur frère avait ramené ses mains près de lui, position que Josuke avait appris à identifier comme « je ne suis pas bien ». Il se mordit les lèvres sans bouger tout de suite, toujours occupé à démêler le fil de pêche qu’il avait en main.

Kimmitsu – Il faut un professeur à Himako pour ça aussi, murmura-t-il.

Josuke – Tu pourrais lui enseigner, elle a confiance en toi et tu la connais mieux qu'un professeur.

Kimmitsu – Non, j'apprend encore moi-même, il lui faut un véritable professeur. Il y a deux ou trois personnes au village et dans ceux d'alentours qui pourront lui apprendre à maîtriser son don. Je l'emmènerais cet après-midi.

Pardon… ? Josuke fronça les sourcils, étonné par la réaction de Kimmitsu. Il se défilait, là, il n’avait pas rêvé ? Curieux, ce n’était pourtant pas son genre. Son argument était valable, peut-être oui, mais il ne pensait pas que son frère puisse vraiment avoir peur de mal faire alors que, justement, il apprenait. Il serait proche d’Himako, il saurait ce qu’elle ressentait mieux que quiconque, il la connaissait, la côtoyait… Peut-être pourrait-il aider sa sœur mieux que son professeur, et il devait s’en douter. Il avait relativement bien assimilé les leçons puisqu’il parvenait à maîtriser son don, à le faire sortir lorsqu’il le désirait, à l’utiliser sans l’étouffer, et ce à loisir. Alors pourquoi refuser ? Kimmitsu était patient, attentif, à l’écoute… Il pourrait l’aider les premières années, non ?

Josuke échangea un regard avec Munemori, de plus en plus inquiet, ne comprenant vraiment pas ce qui se passait dans la tête de leur petit frère. Il parlait comme s’il était ailleurs, comme si tout ce qu’il avait sous les yeux pouvait s’envoler du jour au lendemain… Observant à nouveau Kimmitsu, tête posée contre l’arbre, yeux fermés, il resta silencieux un long moment avant de se lever, doucement, appuyant ses mains sur ses genoux après avoir déposé la canne à pêche qu’il tenait en main à côté de lui, par terre. Il se rapprocha ensuite de Kimmitsu, s’installant à côté de lui dans l’herbe, contre le tronc, avant de le serrer dans ses bras, indifférent à sa réaction. Son frère lâcha un petit hoquet de stupeur avant de lancer un « Heu… Oui ? » distinctif mais Josuke ne desserra pas son étreinte, fermant les yeux quelques secondes en lui frottant l’épaule.

Josuke – Je n'ai pas le droit de réconforter mon frère ? Tu refuses de nous expliquer ce qui ne va pas. Or, ça te travailles, tu n'es pas heureux... Les gestes valent parfois plus que les mots.

Josuke resserra son étreinte, sentant Kimmitsu amorcer un mouvement pour se dégager. Eh ! Non, il n’allait pas s’esquiver une fois de plus, certainement pas. Il ne voulait pas parler ? Très bien. Peut-être comprendre son petit frère était-ce mission impossible mais jamais Josuke le laisserait seul, il en faisait le serment. Il ignorait ce qui se tramait dans sa petite tête, il ignorait les pensées que Kimmitsu avait en cet instant précis mais peu importe, il ne le lâcherait pas. Restant ainsi un long moment, il réconforta son petit frère comme il le put, le sentant nettement plus tendu, comme s’il essayait de se maîtriser, de se calmer, ressentant même sa main se crisper sur son bras. Allez, on se calme… Il était là, à côté de lui, Josuke comptait bien rester jusqu’à ce qu’il se calme un peu et se sente mieux.  Il avait raison… Son frère n’était pas heureux. Et le voir comme cela lui brisait le cœur. Pourquoi ne parlait-il pas ? Pourquoi gardait-il tout en lui comme cela ? C’était à n’y rien comprendre…

Kimmitsu – On pourrait parler d'autre chose, non ? marmonna-t-il. Je ne sais pas, moi, de vos projets d'avenir ? Tu as déjà imaginé ce que tu voulais vraiment devenir ?

Josuke – Ce que je veux vraiment devenir ? demanda-t-il, incrédule, en regardant son frère. Mais tu le sais bien, je vais succéder à notre père et m’occuper de notre famille, que veux-tu que je fasse d’autre ? Avoir des enfants, aussi, rendre Emiko heureuse et être heureux moi-même.

Josuke lança un petit regard à Kimmitsu, un peu déstabilisé par sa question. Ce qu’il voulait vraiment devenir… Pourquoi avoir posé une question pareille ? Plus il parlait, plus l’origine de sa dispute avec leur père devenait claire et précise. En tout cas, dans ses limites, pour un ou deux sujets. S’il avait vraiment tenu un discours tel que celui que Josuke imaginait… Retenant une grimace, il resserra un peu son étreinte sur son frère avec un petit sourire, le gardant toujours contre lui pour essayer de le réconforter. Allez, on sourit ! La vie n’est pas si triste, ils ne manquaient de rien, ils étaient heureux et pouvaient l’être, ils avaient toute leur vie devant eux. En fait, ce qui manquait à leur frère, c’était du réconfort. Cette partie de pêche n’allait pas fonctionner s’il n’y mettait pas du sien, c’était couru d’avance. Josuke lança un regard discret à Munemori pour lui faire comprendre son attention, recevant un avis positif en retour. Aussitôt dit, aussitôt fait. Son frère se rapprocha d’eux et se mit de l’autre côté de Kimmitsu, s’installant juste à côté de lui avant de le serrer dans ses bras. Les deux frères se mirent à le serrer dans leurs bras en même temps pour le réconforter, le consoler, lui montrer qu’ils étaient là. Kimmitsu essaya de se dégager, marmonnant qu’ils exagéraient et qu’il allait très bien.

Munemori – Oui, on y croit tellement, surtout vu la façon dont tu t'es agité toute la nuit.

Josuke – Et puis, on est là, à trois, dans un coin tranquille. On veut seulement faire un câlin à notre frère, c’est interdit ? Profite, ce n’est pas tous les jours que ça t’arrivera.

Tout en parlant, Josuke lui avait fait un sourire parfaitement innocent en resserrant sa prise pour l’empêcher de partir. Qu’il se laisse aller, au moins ! Ils étaient juste eux trois, de quoi avait-il peur ? Il ne risquait absolument rien, ici, tout ce qui se passerait dans ce coin resterait dans ce coin. S’il avait envie de pleurer, de hurler, de pester contre son lit, contre les manies de leur sœur ou quoi que ce soit d’autre, il le pouvait. Qu’il se laisse aller, tout simplement, ils ne lui réclamaient rien d’autre. Il allait se rendre malade, à force, chose que refusait Josuke. Seulement, leur « câlin groupé » n’eut pas l’effet escompté. Kimmitsu se calma d’un coup, sans crier gare, affichant une nouvelle fois cet air triste qui ne le quittait plus depuis ce matin. Echangeant un regard avec Munemori, Josuke fit une petite grimace, ne relâchant toujours pas son frère, lui frottant un peu l’épaule pour le réconforter.

Josuke – Que peut-on faire pour t’aider ? Dis-nous… Nous sommes tes frères, non ? Kimmitsu, te voir dans cet état nous inquiète tous les deux. Que tu ne veuilles pas en parler tout de suite, je l’accepte, d’accord. Mais je refuse de te voir te renfermer sur toi-même comme tu le fais.

Munemori – Tu ne devrais pas t’en faire pour ton avenir, ajouta-t-il d’un ton perplexe, tu sais déjà où tu vas travailler et comment. Ton maître t’apprend comment enseigner et tu vas te marier l’année prochaine, donc il n’y a pas de soucis en vue.

Tout à fait, Kimmitsu ne devait pas s’inquiéter, tout se passerait très bien. Seulement, Josuke avait l’impression que c’était précisément avec cette histoire d’avenir que Kimmitsu avait du mal… Quelque chose le dérangeait, il le sentait, même s’il ne parvenait pas à dire précisément ce qui le gênait autant. Pourtant, les sujets de dispute avec leur père, susceptibles de le faire hurler comme la veille, n’étaient pas nombreux… Mais tous justifiaient l’état de leur petit frère. Et cela ne rassurait pas Josuke, loin de là. Si seulement il pouvait faire quelque chose ! N’importe quoi ! Il devrait veiller sur toute leur famille, plus tard, mais était incapable de rendre Kimmitsu heureux, de remplir son rôle correctement et de l’empêcher de déprimer comme il le faisait actuellement. Josuke le regarda avec un petit air triste sans cesser de lui frotter l’épaule, cherchant les mots, attendant que lui-même se décide à parler. Il pouvait tout leur demander, vraiment, ils étaient là pour cela.

Kimmitsu – Je sais que je vais devenir professeur, oui, murmura-t-il. Mais j'ai le droit d'avoir peur de l'avenir, même si je voudrais déjà y être. Pour le moment, tout va bien, ne vous en faites pas. Je dois juste... Parler à père, de nouveau. Pour de bon.

Bon… S’il y tenait. Mais Josuke allait le tenir à l’œil, il ne laisserait pas son frère tout seul, il le jurait. Munemori non plus, il en était sûr. Ils étaient à trois, soudés, et rien ne changerait cela. Voyant que Kimmitsu ne semblait vraiment pas déterminé à parler, Josuke hocha la tête en disant qu’il était temps de pêcher, que les poissons n’allaient pas atterrir tout seuls dans le panier et qu’ils auraient l’air stupide de revenir bredouille.

Josuke – Mais pour pêcher, le cœur doit y être. Tu peux nous sourire, au moins un peu ? On te laisse tranquille, promis, mais montre-moi que je ne fais pas une erreur en acceptant ce délai supplémentaire.

Josuke posa le regard sur son frère, lui souriant pour l’inciter à faire de même et le réconforter au maximum, voulant vraiment qu’il en profite, se laisse aller, ne pense plus à tout ce qui le préoccupait. Et Kimmitsu fit un sourire ! Bon, un sourire qui ressemblait à moitié à une grimace mais il n’en demandait pas plus, connaissant son état. Il se releva avec Munemori, attrapant chacun leur frère par une main pour l’aider à se redresser aussi. Allez, au boulot ! Les poissons n’allaient pas les attendre toute la journée.

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