1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Besoin de changement

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Kimmitsu Nakajima
Sous-directeur
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MessageSujet: Besoin de changement   Mer 11 Nov - 21:48

[Partie écrite avec Genji pour les réacs]

– Et je peux savoir comment tu as fait ton compte ? soupira longuement Kimmitsu.

– C'était un acci... Aïe !

Il grimaça assez fort en posant une main sur son bras, pendant que le sous-directeur lui bloquait le poignet sous son propre bras pour avoir ses deux mains libres et désinfecter la plaie, se mordant un peu les lèvres en voyant l'étendue de la blessure. Bravo, voilà ce qui arrivait quand on avait la tête en l'air s'en s'entraînant ! Le vent n'était peut-être pas l'élément le plus dangereux, mais tout de même, s'exercer sans même faire un minimum d'effort pour être concentré. Ils étaient dans son appartement du troisième étage, les cours de la journée venaient tout juste d'être achevés, le temps qu'il monte avec son neveu pour le soigner. Prenant du fil et une aiguille, il s'attela à recoudre la plaie, ayant déjà fait ça de multiples fois. Ils étaient quelques uns dans la famille à manier le vent et les accidents de ce genre étaient déjà arrivé bien des fois, particulièrement lors des périodes plus instables, avec de gros bouleversements émotionnels. Josuke ne savait pas si le don de son fils avait évolué mais Kimmitsu était pratiquement persuadé que si, d'après ce qu'il avait pu observer depuis cet été et lors de leur retour en France. Mais s'il s'entraînait de cette façon, peu étonnant qu'il ne progresse plus et se blesse. Avec ça, la rentrée avait été agitée, beaucoup d'élèves ne comprenaient pas pourquoi les dortoirs avaient disparu et ce qui justifiait les changements dans certains cours.

Tirant un peu sur la peau, il fit les points de suture avec lenteur, s'assurant de la solidité, répétant à son neveu d'éviter de gigoter pendant qu'il le soignait. Ça n'allait pas durer si longtemps que ça alors du calme. Une fois tous les points posés, il rapprocha la trousse à pharmacie près d'eux, en tirant un bandage, pour en faire un autour du bras de Genji, veillant à ne pas le serrer trop fort. Il devra éviter de trop forcer le temps que la cicatrisation soit complète, pour ne pas rouvrir la blessure ou faire céder les fils. Pendant toute la manœuvre, son neveu remua un peu, semblant incapable de tenir trop longtemps en place. Kimmitsu se retint de lever les yeux au ciel en mettant le bandage en place, lui tenant le poignet d'une main, se promettant d'en toucher deux mots à Adrien un peu plus tard, pour que Genji fasse surveiller l'état de sa blessure, que ça ne s'infecte pas. Voilà qui devrait aller, pour le moment, dans tous les cas.

– Tu as appelé ton père, depuis la rentrée ?

– Sûrement pas.

Genji... Kimmitsu lui jeta un long regard, laissant tomber les serviettes souillées dans la poubelle de la salle de bain, se lavant les mains. Il s'était déjà passé du temps depuis leur retour en France, il aurait dû appeler ses parents, déjà, au moins une ou deux fois par semaine, il n'avait pas idée combien sa mère s'inquiétait pour lui. Il lui fit remarquer, ajoutant que son père aussi devait s'angoisser de ne pas avoir de nouvelles, mais son neveu se contenta de marmonner qu'il ne voyait pas comment son père pourrait être inquiet alors qu'il l'avait envoyé ici pour ne plus le voir. D'accord, c'était de mieux en mieux, on dirait, Josuke en ferait une attaque s'il entendait ça ! Se séchant les mains, il tapota l'épaule du jeune garçon pour lui faire relever la tête, retenant un soupir.

– Tu crois vraiment qu'il ne t'aime pas ? Il ne sait juste plus quoi faire, mais tu es son fils. Et Josuke est moins... Rancunier ou irascible que ton grand-père paternel.

– Grand-mère dit toujours que c'est lui qui lui ressemble le plus.

– C'est vrai, mais ça n'empêche pas qu'il est moins colérique. Un peu. Il n'est pas autant borné, c'est certain.

Il ressortit de la salle de bain, poussant son neveu à aller s'asseoir pendant qu'il allait préparer un peu de thé. Solène l'avait prévenue qu'elle rentrait plus tard, ce soir, elle allait à un petit comité des patrons de commerces du village pour organiser le prochain marché de Noël et préparer des animations pour les clients et les touristes. Mettant de l'eau à chauffer, il prit le pot où il mettait ses sachets d'herbes aromatiques maison, pour le thé, prenant aussi du sucre et des cuillères et posant le tout sur un plateau en bois. Tout en surveillant la casserole du coin de l'œil, préparant les grandes tasses, il repensa aux souvenirs qu'il gardait de son père. Son frère ressemblait à leur père, oui, mais tout de même pas à ce point. Il était plus... raisonnable, si on pouvait dire cela. Il essayait de comprendre là où leur père n'avait fait qu'imposer son point de vue et refusait toute autre considération, tout comme la discussion. Il était devenu profondément colérique et irascible, au cours de la guerre. Autrefois, il était beaucoup plus doux et souriant. Fier, autoritaire, cela oui, mais plus raisonnable et ouvert d'esprit. Durant et après la guerre, il était devenu dur, renfermé sur lui-même, colérique et assez tyrannique. Josuke avait tout juste dix-sept ans quand leur père lui avait annoncé de but en blanc qu'il lui avait choisi une fiancée, qu'il se mariera dans quelques années, quand elle sera assez âgée, sans même lui dire le nom de la jeune fille en question. Particulièrement charmant.

Une fois l'eau assez chaude, il amena le tout sur la table, s'agenouillant à son tour et servant le thé. Genji en avait bien besoin, à l'heure actuelle, il était pâle comme un linge. Si sa mère le voyait... L'encourageant à boire, il mit un sucre dans son thé et le touilla en silence, les yeux à moitié fermés, décompressant de la journée. La famille n'allait pas tarder à appeler, de toute façon, s'ils n'avaient pas déjà essayé en journée sans que personne ne puisse répondre. Pourvu qu'ils ne s'angoissent pas, il ne s'était rien passé pour le moment. Aucun mort, pas de crise majeure, aucun accident grave, pas d'enlèvements, l'armée était étonnamment discrète, tout était très calme. Genji touillait aussi son thé en fronçant légèrement les sourcils, le regard dans le vague, sans bouger. A quoi pouvait-il bien penser, encore ? Il pouvait avoir de ces idées, parfois ! Penser que ses parents ne l'aimaient pas... C'était complètement idiot.

– Tu avais mon âge quand tu es parti en France, c'est ça ?

– Non, j'avais vingt ans.

– Mais tu n'étais pas marié, alors, toi aussi ? Maman et papa étaient très jeunes...

– J'avais refusé le mariage.

Son neveu tira une tête assez hallucinée et Kimmitsu soupira doucement, lui expliquant que lui aussi avait été promis à une jeune femme, lorsqu'il était un peu plus âgé que lui aujourd'hui, mais qu'il avait décidé de rompre les fiançailles, refusant tout net de se marier avec une femme qu'il n'aimait pas, même si les mariages étaient avant tout des mariages de commodité, d'intérêts et de confort, pas d'amour, car les mariages d'amour étaient considérés comme irrationnels et très peu fiables. Il ajouta que son grand-père avait extrêmement mal pris la nouvelle, voyant ça comme un déshonneur, en plus d'une faute de désobéissance très marquée. Non, il n'avait pas eu le droit de faire cela. D'un point de vue Français, c'était ridicule, les mariages arrangés étaient réservés aux familles riches et qui devaient trouver de bons partis à leurs gamins. Au Japon, se marier par commodité était sécurisant et un gage d'une union longue et fertile, car on épouse celui ou celle qui vous correspond le mieux, même sans amour. Buvant un peu de thé, il souffla à Genji de cesser de tirer une tête pareille, c'était bien vieux, maintenant. Cette histoire remontait à plus de vingt ans ! Et aujourd'hui, dans le contexte un peu tendu dans lequel ils vivaient, ça n'avait plus aucune importance.

– Grand-père, papa, tout le monde... Ils ont compris pourquoi tu es parti ?

– Notre père, jamais. Il est mort en me maudissant. Ton père... Je ne pense pas non plus, pour être honnête.

Et il ne voulait même plus lui expliquer, en réalité. Il ne voulait refaire une scène comme la veille de son mariage, voir de nouveau leurs mines choquées pour des choses que lui avait fini par trouver normales, même si elles ne l'étaient pas. Pas envie de passer des heures sur ce genre de sujet, d'autant plus qu'aujourd'hui, il ignorait comment il pourrait leur expliquer correctement pourquoi il restait dans ce pays malgré tout ce qui s'était produit. Il y avait Solène, mais il pourrait repartir vivre avec elle au Japon, ça ne suffisait pas pour expliquer son désir de rester dans ce pays. C'était plutôt... Un refus d'abandonner, de la loyauté. Il ne voulait pas laisser tomber Gabriella-sama, ni quitter ce pays juste parce que les choses tournaient mal, il ne pouvait pas fuir. Tout laisser, la vie qu'il avait construite, les enfants de l'école, tous ses rêves, tout ce qu'il avait pu combler en venant dans ce pays.

– Je ne comprends pas non plus... Comment... En laissant tout derrière toi ?

– Je ne me suis pas exilé à jamais, Genji, dit-il en reposant sa tasse, la tenant par l'anse. J'ai moins donné de nouvelles cette année, c'est vrai, il y a beaucoup de raisons à cela. A l'époque, la vie était différente de celle que tu avais connu. Quand j'étais enfant, le Japon était en guerre, tous nos repères ont volé en éclat, en reconstruire d'autres a été long et difficile. Quand la guerre a enfin cessé, j'avais douze ans. Notre père est revenu très... changé. Je ne le reconnaissais même plus. Et ça été de pire en pire, car ses blessures ont mal guéries et ont influencé son caractère.

Rajoutant un peu de sucre, il souffla sur son thé pour le refroidir un peu, reprenant sa cuillère pour le touiller. Son neveu n'avait peut-être jamais parlé de cette époque avec ses parents, c'était bien possible. Tous évitaient de ramener le sujet sur le tapis, afin de ne pas fatiguer leur mère et leur grand-père. La vie avait continué, d'une façon différente, voilà tout, il était inutile d'en faire une polémique. Kimmitsu avait été le seul à ne pas supporter les changements qui s'étaient opérés au fil des années. Leur père était revenu, vivait, mangeait, dormait, donnait d'autres enfants à sa femme, mais ce n'était plus la même chose pour autant. Il était moins ouvert d'esprit... Plus le Japon était forcé à s'ouvrir au monde et perdre la maîtrise de bien des sujets, plus leur père avait contrôlé à l'aspect presque la totalité de la vie de chacun des membres de sa famille, sa femme comme ses enfants. Il passait beaucoup de temps à s'emporter contre les étrangers, peu importe leur nationalité. Lors des heures qu'il passait à les entraîner, Munemori, Josuke et lui-même, tout était devenu plus sec et brutal. Plongeant le regard dans le thé, il finit par décrire à Genji le caractère qu'avait eu son grand-père, durant ses années d'adolescence, après la guerre. Munemori n'en avait jamais fait grand cas, Josuke non plus, pas plus que leurs sœurs.

– Je ne déteste pas ma famille, mais je ne trouvais pas comment être heureux ou vivre sainement, chez moi. Inadmissible ou non, peu m'importait, j'étais décidé à partir. Je voulais voir autre chose car j'étais incapable d'accepter la vie que père avait déjà préparée pour moi. Il m'a renié pour cela.

S'il avait été en meilleur forme, nul doute qu'il se serait également chargé des formalités administratives pour coup tout lien filial officiel, seul le manque de d'énergie l'avait empêché de le faire. Aujourd'hui, Kimmitsu ne pouvait s'empêcher de trouver pathétique une telle colère pour un sujet comme celui-là, alors qu'il y avait bien plus grave dans ce monde. Enfin soit, c'était du passé. Il but une longue gorgée de thé, souriant à Genji qui avait encore pâli.

– Josuke ne te déteste pas, c'est évident, il n'aurait jamais voulu te trouver un endroit où tu serais plus détendu, si c'est le cas. Il se sent juste dépassé car il a peur de te perdre. Même s'il est parfois maladroit... Si les choses se passent mal ici, je te renverrai à la maison, bien sûr, le but n'est pas que tu fasses une dépression. Comment as-tu pu en arriver à croire qu'il ne t'aime pas ?

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Genji Nakajima
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MessageSujet: Re: Besoin de changement   Ven 13 Nov - 13:52

Genji eut une grimace lorsque son oncle prit du fil et une aiguille, détournant le regard, le cœur au bord des lèvres. Il ne se sentait pas très bien, là, ayant toujours eu une sainte horreur des aiguilles et des piqûres. Pour penser à autre chose, il regarda la salle de bain avec une très grande attention, s'attardant sur le rideau entourant la baignoire, puis sur la brosse d'un rouge foncé de Solène, où traînaient encore quelques cheveux blonds. Bref, surtout ce qui pouvait l'empêcher de trop penser à ce que faisait son oncle. Il retint un soupir de soulagement lorsqu'il lui mit un bandage, cachant ainsi la blessure. Même s'il n'était pas trop douillet, d'habitude, les piqûres restaient un truc qu'il avait d mal à supporter, ça le rendait malade. Il en pouvait s'empêcher de gigoter, pressé d'en finir, ayant déjà filé si son oncle ne le retenait pas par le poignet, le temps de le soigner. C'est bon, c'était terminé ? Il pouvait sortir de là ? Il y avait encore une odeur de sang à flotter, même avec la fenêtre entrouverte, c'était dégoûtant. Au moins, il était sûr de ne jamais faire médecin, les blessures lui faisaient horreur. Se blesser comme ça était idiot, oui, désolé. Il remua encore pour vérifier si la blessure l'élançait beaucoup ou si c'était supportable, lorsqu'il bougeait le bras. Ça devrait aller, ce n'était pas si profond que ça.

– Tu as appelé ton père, depuis la rentrée ?

– Sûrement pas.

D'abord parce qu'il en voulait de s'être débarrassé de lui comme un vulgaire détritus encombrant, et ensuite parce qu'au fond, son père lui manquait tout de même et il était hors de question qu'il l'avoue ou que cela se devine, culpabilisant déjà suffisamment d'éprouver ça alors que, près un coup pareil, il devrait le détester. Bref, ces sentiments s'opposaient avec force en lui et le rendaient assez mal, il ne savait plus ce qu'il devait penser. Se lavant les mains, où restait un peu de sang, il remit sa manche en place en gardant la tête baissée, grimaçant lorsque son oncle lui dit que son père devait s'angoisser de ne pas avoir eu de nouvelles, alors qu'il était arrivé en France depuis trois semaines. S'angoisser, c'est ça ! Il répondit qu'il était impossible qu'il s'angoisse alors qu'il s'était débarrassé de lui et ne voulait plus le voir. S'angoisser, hein... Tu parles, il devait être heureux, au contraire, plus de disputes à la maison, plus d'enfant rebelle, plus de soucis, la vie était belle. En ce moment, il devait sûrement en train de convaincre maman que c'était beaucoup mieux ainsi et qu'il valait mieux expédier le plus loin possible ce qui perturbait toute la famille. Et non, il n'était pas question que qui que ce soit sache que ses parents lui manquaient et qu'il mourrait d'envie d'aller se blottir dans leurs bras. Son oncle lui tapota l'épaule et Genji releva la tête, le cœur lourd mais s'appliquant avec beaucoup d'effort à faire mine de rien. Ils 'exerçait beaucoup à cacher ce qu'il ressentait, depuis deux ans.

– Tu crois vraiment qu'il ne t'aime pas ? Il ne sait juste plus quoi faire, mais tu es son fils. Et Josuke est moins... Rancunier ou irascible que ton grand-père paternel.

Ah oui ? Pourtant, lorsque grand-mère leur parlait un peu du passé et de la famille, elle ne manquait jamais de souligner à quel point Josuke avait fait la fierté de leur grand-père, car il avait bien repris le rôle de chef de famille, car il avait toujours fait ce qu'on attendait de lui, car il ressemblait beaucoup à son père, car il avait bien veillé sur ses frères et sœurs, car il menait une vie respectable, car il travaillait dur, car ceci et cela. Et plus elle appuyait là-dessus, moins Genji se sentait à sa place et moins il pensait être assez bien pour sa famille. Si on suivait l'ordre des choses, lui-même était censé devenir à son tour le chef de famille quand son père sera trop âgé, mais ça, il n'en avait pas envie, vraiment pas, ayant peur de ce genre de responsabilités. Surtout depuis le début des disputes, depuis que son père l'avait déjà traité plusieurs fois de fils indigne au cours d'une engueulade.

– Grand-mère dit toujours que c'est lui qui lui ressemble le plus.

– C'est vrai, mais ça n'empêche pas qu'il est moins colérique. Un peu. Il n'est pas autant borné, c'est certain.

Peut-être... Genji ressortit de la salle de bain, poussé légèrement par son oncle qui lui fit signe de s'asseoir pendant qu'il préparait du thé. Genji s'agenouilla à la table, pensif, en observant Kimmitsu de loin. Il croyait vraiment ce qu'il disait ... ? Et si son père était vraiment moins borné, pourquoi l'avait-il envoyé ici, alors ?! Moins borné, ouais, ce n'était pas certain. Genji n'avait pas connu son grand-père mais avec tout ce qu'il avait entendu sur lui, c'était bien suffisant pour comprendre qu'il aurait eu le plus grand mal à bien s'entendre avec. Etant donné le léger malaise qu'il éprouvait face à trop d'autorité, le courant serait sûrement très mal passé. Il s'entendait bien avec sa grand-mère, assez bien avec son arrière-grand-père, mais son grand-père, il doutait de ses chances d'avoir des relations cordiales avec lui. Son oncle aussi avait dû avoir pas mal de problèmes, finalement, quand il y songeait bien. Il avait seize, dix-sept, dix-huit ans lorsqu'il état parti ? Si son grand-père ressemblait vraiment au portrait que maman lui en avait fait, ça n'avait pas dû être très drôle. Alors comment avait-il pu partir ? Le faire accepter ? Qu'en avait pensé la famille ? Et pourquoi avait-il filé aussi loin, à quoi rêvait-il ? Genji le remercia lorsqu'il apporta le thé et s'assit, servant deux tasses avec du sucre. Il touilla sa tasse, pensif, ne comprenant décidément pas comment son oncle avait pu faire admettre ce départ, aussi loin, alors qu'il était encore bien jeune. Ce qu'il l'avait poussé à partir ainsi et prendre le risque de perdre toute sa famille.

– Tu avais mon âge quand tu es parti en France, c'est ça ?

– Non, j'avais vingt ans.

Mais alors, il aurait dû être déjà marié, non ? Maman avait dix-sept ans, son père vingt ! Et son oncle s'était fiancé juste après le mariage de ses parents, cela, il l'avait il y a quelques années, donc Kimmitsu aussi aurait dû marié, à cette époque,ou au moins déjà fiancé. Il y avait eu une autre femme dans sa vie, avant Solène ? Et dans ce cas, pourquoi était-il tout de même parti, sans elle ? Il avait divorcé ... ? Ça aussi, Genji voyait franchement très mal comment cela avait bien pu passer.

– Mais tu n'étais pas marié, alors, toi aussi ? Maman et papa étaient très jeunes...

– J'avais refusé le mariage.

Genji dû tirer une tête on ne peut plus choqué, car son oncle soupira un peu, ajoutant qu'il était bel et bien fiancé, mais qu'il avait décidé de rompre la promesse de mariage. Pour le jeune homme qui avait grandi en entendant son père répéter que la tâche de trouver un époux ou une épouse convenable à son enfant était l'apanage des parents, c'était dur à avaler. Sa mère lui avait expliqué avec soin qu'on devait épouser une personne respectable, possédant les qualités indispensables pour faire un conjoint honorable, du même statut social pour éviter les conflits entre familles, que le contrat entre les deux familles devait être arrangé par les parents afin de s'assurer que ce mariage dure longtemps et soit fructueux. Et voilà que son oncle lui lançait qu'il avait tout bonnement refusé d'épouser une femme car lui mettait dans la balance une notion qui ne trouvait pas sa place dans un mariage raisonnable, c'est-à-dire l'amour. On n'épousait personne par amour mais par commodité et pour avoir les meilleures chances d'avoir une descendance qui réussit. Evidemment que son père avait très mal prit la nouvelle... Le choc avait vraiment du être profond, Genji n'osait même pas imaginer les cris qui avaient dû en découler. Il se força à boire un peu de thé, alors que son oncle lui disait de se détendre, que cette histoire remontait à plus de vingt ans. Même si c'était vieux, Genji n'aurait jamais cru ça. Personne ne lui en avait jamais parlé et il était convaincu qu'aucun de ses cousins et cousines ne le savait non plus. Pas le genre d'histoires qu'on leur racontait le soir avant de les coucher. Déjà que personne ne lui avait expliqué la fameuse disparition de son oncle en juin.

– Grand-père, papa, tout le monde... Ils ont compris pourquoi tu es parti ?

– Notre père, jamais. Il est mort en me maudissant. Ton père... Je ne pense pas non plus, pour être honnête.

Possible... Genji ne comprenait pas non plus, mais il lui fallut un petit moment avant d'oser la question. Non pas qu'il ait peur, mais il se demandait s'il devait vraiment savoir ou si certaines choses devaient rester camouflées, comme quelques sujets tabous que personne n'abordait, jamais. Portant la tasse à ses lèvres, il but une longue gorgée, réconforté en sentant le breuvage très chaud et assez amer couler dans sa gorge et le réchauffer. Il buvait toujours du thé lorsqu'il n'était pas bien ou qu'il avait besoin d'un peu de réconfort. Comme une sorte de peluche. Reposant la tasse sur la table en bois, il regarda un moment son oncle avant de se lancer, hésitant.

– Je ne comprends pas non plus... Comment... En laissant tout derrière toi ?

– Je ne me suis pas exilé à jamais, Genji, dit-il en reposant sa tasse, la tenant par l'anse. J'ai moins donné de nouvelles cette année, c'est vrai, il y a beaucoup de raisons à cela. A l'époque, la vie était différente de celle que tu avais connu. Quand j'étais enfant, le Japon était en guerre, tous nos repères ont volé en éclat, en reconstruire d'autres a été long et difficile. Quand la guerre a enfin cessé, j'avais douze ans. Notre père est revenu très... changé. Je ne le reconnaissais même plus. Et ça été de pire en pire, car ses blessures ont mal guéries et ont influencé son caractère.

Le jeune homme eut un petit frisson, imaginant son pays natal après la guerre, la vie que chacun avait dû mener. Une fois encore, c'était un sujet dont on ne parlait pas, à la maison. Enfant, il avait déjà interrogé ses parents mais on lui avait répondu qu'il était trop jeune. Il avait réessayé à douze ou treize ans mais son père lui avait rétorqué qu'il ne devait pas poser trop de questions, opposant ainsi une fin de non-recevoir. Il ne s'attendait pas à ce que Kimmitsu lui parle de ça aussi librement, en fait, pris de court. Il lui décrit plus en détails le caractère qu'avait eu son grand-père, les changements après la guerre, son besoin de tout contrôler chez lui, son côté colérique, plus ferme et autoritaire. Genji comprenait mieux pourquoi son père était devenu comme ça, maintenant... Il fit tourner sa cuillère entre ses doigts, tête baissée, se demandant pourquoi toute la famille pouvait s’accommoder d'un certains nombre de règles qui vous empêchaient de prendre votre envol, sauf son oncle. Lui-même, aussi. Pourquoi cela devait vous exclure, si vous pensiez différemment. La famille était très importante mais était-ce un crime si grave que de vouloir s'en détacher un peu afin de mener sa propre vie ?

– Je ne déteste pas ma famille, mais je ne trouvais pas comment être heureux ou vivre sainement, chez moi. Inadmissible ou non, peu m'importait, j'étais décidé à partir. Je voulais voir autre chose car j'étais incapable d'accepter la vie que père avait déjà préparée pour moi. Il m'a renié pour cela.

Quoi ?! Il entrouvrit la bouche sous le choc, les mains serrées sur sa tasse, fixant son oncle en écarquillant les yeux. Il l'avait renié ?! Il, lui, il... Son père l'avait renié ?! Pour de bon ?! Pâlissant, il dû faire un effort monstrueux pour camoufler le choc qui l'avait envahi, secoué. Renié ! Alors... Question certes cruelle mais logique, comment pouvait-il revenir au Japon chaque année si son père l'avait chassé de la mémoire de la famille ? Si grand-père avait décrété qu'il n'était plus son fils... Son oncle lui sourit un peu, bien que Genji n'en voit absolument aucune raison, pour le coup. Il restait encore bien des points obscurs, mais il était maintenant conscient que son oncle avait bien plus de force de caractère que lui. Il ne s'était pas contenté de rêver d'un ailleurs mais était vraiment parti, perdant son père du même coup, un prix que Genji aurait lui trouver beaucoup trop élevé, même en échange de la liberté. Quoi que, il était dans ce cas, de force, certes, mais son père l'avait bien jeté dehors la maison.

– Josuke ne te déteste pas, c'est évident, il n'aurait jamais voulu te trouver un endroit où tu serais plus détendu, si c'est le cas. Il se sent juste dépassé car il a peur de te perdre. Même s'il est parfois maladroit... Si les choses se passent mal ici, je te renverrai à la maison, bien sûr, le but n'est pas que tu fasses une dépression. Comment as-tu pu en arriver à croire qu'il ne t'aime pas ?

– Il m'a traité plusieurs fois de fils indigne, marmonna-t-il. Et aujourd'hui, il m'a quand même envoyé de force ici, je ne vois pas quelle preuve serait plus évidente.

Il s'interrompit, la gorge trop serrée pour parler, luttant contre un sanglot qui menaçait de l'étouffer pour de bon. Du calme, du calme, du calme. Son oncle se leva tout à coup puis vint à côté de lui, le prenant dans ses bras pour le serrer contre lui, posant une main contre sa tête. Genji inspira profondément pour se calmer, fermant les yeux, la colère et la honte se mélangeant avec un profond sentiment d'injustice. Un silence s'installa, sans que ni l'un ni l'autre ne le rompe, Genji restant blotti sans rien dire, refusant de pleurer. Ce n'était pas la peine, voilà tout, il voulait changer, évoluer, pas s'attarder sur un passé où plus personne ne l'attendait.

– Pour ton père, tu as plus de chances de mieux vivre ici qu'au Japon, c'est uniquement pour ça qu'il t'a envoyé ici, mais jamais il n'a pensé à se débarrasser de toi ! Il n'est pas fermé d'esprit au point de vouloir absolument te conformer à un seul mode de vie. Tu devrais l'appeler si ça te travaille autant. Même s'il ne comprend pas qu'on ne puisse pas s'insérer dan un style de vie normal pour toute la famille... Au moins, il peut l'accepter. Il m'a dit avoir peu de te perdre, c'est la preuve qu'il t'aime.

En supposant qu'il arrive à croire ça, l'envoyer en France était vraiment le seul moyen que son père avait trouvé ? Oui, il avait rêvé e changement, mais il n'était pas prêt, tout simplement ! Pas encore prêt à laisser ses amis, sa mère, son père, ses sœurs, l'endroit il avait grandi, son pays, tout. Pas encore prêt à vivre à l'autre bout du monde, loin de tout ce qu'il avait connu, devoir se faire à un nouveau mode de vie, une langue différente, même s'il la parlait bien, se faire des nouveaux amis, suivre des cours très différents, apprendre à évoluer dans un monde dont il avait à présent conscience qu'il était dangereux. Être déraciné ne pouvait pas être facile. Donc admettons, oui, que son père n'avait pas voulu le jeter, le fait qu'il l'ait expédié en France restait totalement extrême. Genji n'avait pas la force morale suffisante pour accepter sereinement de perdre absolument tous ses repères et vivre comme ça du jour au lendemain loin de ses parents. Il renifla un peu, la tête posée contre son oncle, toujours blotti dans le creux de ses bras.

– Tu peux m'expliquer ce qui s'est passé ici, dans l'école ? Comment tout a commencé... Ce qui a pu arriver pour que les autres dans ma classe aient si peur de l'armée ?

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Kimmitsu Nakajima
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MessageSujet: Re: Besoin de changement   Lun 16 Nov - 22:48

– Il m'a traité plusieurs fois de fils indigne, marmonna-t-il. Et aujourd'hui, il m'a quand même envoyé de force ici, je ne vois pas quelle preuve serait plus évidente.

Il... Josuke, bon sang... Voyant que son neveu était à deux doigts de fondre en larmes, Kimmitsu se redressa puis alla s'agenouiller à côté de lui, l'attirant contre lui pour le serrer dans ses bras, tête baissée, en lui posant une main derrière la tête, silencieux. Son frère avait vraiment dû être en colère, pour en arriver là, vraiment, dire cela... Genji prit une longue inspiration, n'essayant même pas de le repousser ou de se dégager, ce que son oncle aurait cru, en premier abord. Il lui laissa le temps de se reprendre un peu avant de lui parler, se contentant de garder son neveu dans ses bras, secouant doucement la tête. Bravo, grand frère, tu t'es très bien débrouillé, cette fois-là, il n'était décidément pas le plus doué pour réconforter les gens, et encore moins pour leur parler en cas de besoin. Enfin, soit, c'était du passé, il devait aider à Genji à comprendre que son père ne lui voulait aucun mal malgré tout. Il manquait un peu de tact, oui, mais il n'était pas comme son propre père. Quand Kimmitsu avait été renié, ses frères ne l'avaient même pas rejeté, alors pourquoi Josuke le ferait avec son fils ? Ça n'avait aucun sens. Il lui frotta un peu le dos, tête baissée sur lui, cherchant ses mots, quoi dire pour le convaincre et le réconforter. S'il ne se décidait pas à appeler, Kimmitsu le fera, au moins pour rassurer leur famille. Mais d'abord, Genji devait comprendre que son père l'aimait, vraiment, qu'il s'inquiétait pour lui. Bien sûr qu'il arrivait que des parents rejettent leurs enfants, mais le sous-directeur était convaincu que ce n'était pas le cas de son grand frère. Lorsque Himako était tombée enceinte, Josuke l'avait appelé et tenu une heure au téléphone sur le thème "je vais être papa", il l'avait tellement attendu, ce n'était pas pour le laisser tomber quand il avait besoin d'aide.

– Pour ton père, tu as plus de chances de mieux vivre ici qu'au Japon, c'est uniquement pour ça qu'il t'a envoyé ici, mais jamais il n'a pensé à se débarrasser de toi ! Il n'est pas fermé d'esprit au point de vouloir absolument te conformer à un seul mode de vie. Tu devrais l'appeler si ça te travaille autant. Même s'il ne comprend pas qu'on ne puisse pas s'insérer dans un style de vie normal pour toute la famille... Au moins, il peut l'accepter. Il m'a dit avoir peu de te perdre, c'est la preuve qu'il t'aime.

Kimmitsu ignorait si ce qu'il lui disait était compris ou accepté mais il devait au moins essayer. Il savait à quel point il était difficile d'être rejeté par son propre père, ou croire l'être, pas question que Genji souffre aussi de cette situation, il était encore trop jeune et n'avait pas encore un caractère assez fort pour le supporter, ces choses-là demandaient du temps, lorsqu'en arrivait à de telles extrémités. Josuke avait-il prévu que Genji lui parlerait peut-être, s'il venait vivre en France ? C'était bien possible, il avait l'habitude de réfléchir à tout, sans cesse, afin de prendre soin de la famille. Si Genji lui avait balancé comme ça qu'il était convaincu que son père le détestait... Le pauvre avait dû en faire une attaque. Kimmitsu retint un petit soupir, pendant que son neveu reniflait, blotti contre lui. Il se demandait si revenir au Japon dès les vacances de la Toussaint était une bonne idée. Pour son neveu, peut-être, il n'allait jamais l'avouer mais il était évident que son père lui manquait. Pour lui... Il hésitait mais ce n'était pas à cause de ses frères, plutôt à cause de l'école. Gabriella-sama avait obtenu de faire des tests sur les dons avec des volontaires, afin de savoir quelles méthodes, des siennes ou celles du maréchal, étaient les plus rapides. Tout allait se mettre en place à la Toussaint, les vacances étaient une occasion idéale pour accélérer les choses. Il avait donné sa parole, s'était engagé pour l'aider, ce serait un moment mal choisi pour quitter la France. Genji devait rentrer, mais Solène, Jasper, Laura ? Il fallait s'organiser. Il répugnait à laisser les enfants seuls au village s'il partait avec l'armée, tout comme Solène.

– Tu peux m'expliquer ce qui s'est passé ici, dans l'école ? Comment tout a commencé... Ce qui a pu arriver pour que les autres dans ma classe aient si peur de l'armée ?

– Oh, hum...

Il cligna des yeux pour se tirer de pensées peu joyeuses, revenant à la réalité. Oui, forcément, il avait besoin de savoir cela s'il travaillait et vivait ici, désormais. Mais par où commencer ? Kimmitsu hésita puis commença d'abord, doucement, à lui parler un peu de la Grande Guerre et de ses conséquences. La peur d'un nouveau conflit et les nouveaux moyens octroyés à l'armée avant qu'elle puisse poursuivre ses recherches pour de nouvelles armes et la possible utilisation des six dons en guerre, comme défense ou attaque, contre les nations ennemies.

– L'armée est arrivée à l'école l'année dernière, à la fin du mois d'octobre. Ils ont pris le contrôle des lieux peu à peu, ne rencontrant quasiment aucune résistance, sinon celle faite par Gabriella-sama. Elle en a payé le prix fort... Personne ne comprenait ce que le chef de l'armée, Bradley, voulait obtenir ici. Des élèves ont commencé à disparaître, certains sont morts... La directrice a été agressée de multiples fois, alors même qu'elle était enceinte. Des rumeurs très graves circulaient, l'armée prenait le contrôle partout, surveillait les élèves et leurs dons, les enfants ont commencé à avoir peur de vraiment s'entraîner, car ceux qui se révélaient plus doués pouvaient disparaître plusieurs jours ou à jamais. Nous avons connu une petite fille... Elle s'appelait Emilie, elle avait été prise par l'armée à ses sept ans. Ils ont fait des expériences sur elle, sur son don qui était étonnamment puissant pour son âge. Elle avait un regard... éteint, très vague... Elle est décédée, elle aussi, à l'âge de dix ans.

Sa voix se brisa un peu à la fin de sa phrase et il se racla la gorge, alors que son neveu relevait la tête pour le regarder. Kimmitsu lui fit un faible sourire, bien qu'il ait un peu pâlit, puis tâcha de lui expliquer ce qu'avaient fait et ressenti les élèves durant toute l'année précédente. La peur de disparaître, d'être enlevé, la douleur d'avoir perdu des camarades, la colère face à l'abandon de certains professeurs, la perte de leurs repères, l'incompréhension face à ceux qui rejoignaient les Guetteurs ou pensaient le faire. Il lui raconta la profonde division au sein de l'école entre ceux qui restaient à l'écart, ceux qui résistaient, ceux qui collaboraient. Certaines périodes étaient très lourdes et maintenir une vie la plus saine et ordinaire possible fut d'une immense difficulté pour tout le corps enseignant. Genji avait entrouvert la bouche, sans cesser de le fixer, les yeux écarquillés.

– Il y a eu beaucoup de problèmes, notre principal souci était de limiter les dégâts, au maximum. Aujourd'hui, la majorité de nos élèves sont effrayés à l'idée que cette année soit comme l'année dernière, même si beaucoup de choses ont changé, cet été.

– On... On m'a dit que tu avais... été enlevé par l'armée en juin... C'est pour ça que tu ne téléphonais plus à la maison ? Mes parents en parlaient souvent...

Kimmitsu ne répondit pas tout de suite, soupirant un peu. Il ne risquait pas d'oublier cet épisode, en tout cas. Il avait raconté à Genji ce que ses camarades avaient vécu l'an passé, soit, mais il ne voulait pas non plus le choquer, cette histoire était déjà assez dure. Il devait impérativement savoir où il mettait les pieds mais son oncle tenait à lui éviter le traumatisme complet.

– C'est pour ça, oui, j'ai été malade longtemps, après cette scène. Ça va mieux aujourd'hui, donc laisse cette histoire de côté.

Il s'attendait à ce que neveu pose d'autres questions là-dessus, mais après l'avoir observé fixement deux bonnes minutes, il se contenta d'hocher la tête puis se redresser. Kimmitsu poussa sa tasse vers lui pour qu'il boive et se réchauffe, attrapant aussi la sienne. Tout n'était pas si noir, dans cette école, il fallait apprendre à y vivre. Ne pas oublier de se détendre et respirer, comme ne cessait de lui rappeler Adrien à chaque fois qu'il le croisait dans les couloirs ou au village. Choisir son camp et s'y tenir, savoir quelles étaient les valeurs que l'on voulait suivre, celles pour qui l'on était prêt à tout donner. Buvant un peu, il posa le regard sr son neveu, songeant aux premiers congés de cette année.

– Il y a une semaine de vacances, à la Toussaint, tu pourras rentrer à la maison.

– Le temps de faire le voyage, ça ne vaut pas le coup, grinça-t-il en secouant la tête.

– Je peux aussi inviter ton père ici, tu sais.

Son neveu fit une tête bizarre, le nez quasiment plongé dans sa tasse, la trouvant soudain très intéressante, sans doute. Kimmitsu, lui, réfléchissait à cela. En un sens, cela l'arrangerait... Il pourra partir avec la directrice pour ses tests sur le terrain, avec l'équipe dédiée qu'elle aura constituée. Genji pourra parler avec son père et arranger les choses avec lui. Solène ne sera pas seule non plus, au cas où, ni les deux enfants. Jasper veillera sur sa petite sœur, de toute façon. Il devra en parler à Josuke, car il est vrai que l'aller-retour au Japon mangerait déjà presque la moitié de la semaine, ça ne valait pas le coup.

– Bon, je lui en parlerai au téléphone, la prochaine fois. Tu n'as pas besoin de t'angoisser, Genji. Josuke ne peut pas te haïr ! Lorsque ta mère était enceinte de toi, il a passé tous les mois de la grossesse à crier à tout le monde qu'il allait avoir un enfant, tout le village et les voisins devaient être au courant. Il a toujours veillé à ce que tu grandisses du mieux possible, il n'est pas du genre à vouloir te laisser alors que tu es dans une passe difficile. Tu lui as expliqué d'où la crise était partie, au moins ? Ou tu es persuadé qu'il ne pourra comprendre et tu n'as donc rien dit ?

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Genji Nakajima
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MessageSujet: Re: Besoin de changement   Jeu 19 Nov - 22:29

– Oh, hum...

Il l'avait tiré de ses pensées ... ? Genji releva le nez de sa tasse de thé pour lui jeter un regard, juste à temps pour voir une lueur assez sombre briller dans ses yeux. Il n'aurait peut-être pas dû poser la question... Baisant la tête sur la table en bois sombre, il allait s'excuser et demander à parler d'autre chose mais son oncle reprit à ce moment, parlant de la guerre qui avait ravagé l'Europe il y a des années, et des conséquences de celle-ci. La peur d'autres guerres, la création de nouvelles armes, les moyens donnés à l'armée pour ses recherches. Le jeune homme allait lui demander quel était le rapport avec cette école lorsqu'il devança sa question en lui disant que les différents dons étaient étudiés pour servir d'armes. Pour se défendre ou attaquer. Pour le feu et la foudre, bon, peut-être, mais les autres éléments ? En quoi pouvaient-ils servir comme armes ? L'eau, le vent, c'était stupide ! A moins que ce ne soit lui qui soit incapable d'en voir une autre utilisation que celle qu'il avait étudié jusqu'ici avec tante Himako, seule, avec Kimmitsu, à posséder et maîtriser cet élément. Enfin, Eisen maîtrisait aussi la terre, et il avait deux jeunes cousins qui pouvaient aussi manier le vent et la terre. Mais c'est tout, ces éléments étaient rares, dans la famille, et peu utilisés. Sa grand-mère les voyait d'un très mauvais œil et Genji avait pris l'habitude de ne jamais utiliser le sien devant elle. Son arrière grand-père avait manié la terre et le vent, mais ses deux dons avaient été "effacés", perdus, suite à un grave traumatisme. Ils avaient été légués à deux de ses petits-enfants, Kimmitsu et Himako, puis trois de ses arrières-petits-enfants. Mais s'en servir comme des armes, Genji ne l'avait jamais pensé.

– L'armée est arrivée à l'école l'année dernière, à la fin du mois d'octobre. Ils ont pris le contrôle des lieux peu à peu, ne rencontrant quasiment aucune résistance, sinon celle faite par Gabriella-sama. Elle en a payé le prix fort... Personne ne comprenait ce que le chef de l'armée, Bradley, voulait obtenir ici. Des élèves ont commencé à disparaître, certains sont morts... La directrice a été agressée de multiples fois, alors même qu'elle était enceinte. Des rumeurs très graves circulaient, l'armée prenait le contrôle partout, surveillait les élèves et leurs dons, les enfants ont commencé à avoir peur de vraiment s'entraîner, car ceux qui se révélaient plus doués pouvaient disparaître plusieurs jours ou à jamais. Nous avons connu une petite fille... Elle s'appelait Emilie, elle avait été prise par l'armée à ses sept ans. Ils ont fait des expériences sur elle, sur son don qui était étonnamment puissant pour son âge. Elle avait un regard... éteint, très vague... Elle est décédée, elle aussi, à l'âge de dix ans.

Genji lui rendit un long regard, sentant sa gorge se nouer alors que on oncle se raclait un peu la gorge, pâlissant, bien qu'il essaye de lui sourire. Le ton qu'il avait employé était très lourd et sombre, comme s'il revivait chacun de ses instants dès lors qu'il les évoquait. Et la suite ne fut guère plus plaisante. En écoutant ce qui lui décrivait et expliquait son oncle, il comprenait un peu mieux ce que les élèves qui avaient fait l'année scolaire précédente entre ces murs, avaient pu vivre et ressentir. La peur permanente, le stress et l'inquiétude pour les amis, la mort. La peur, le chagrin, la colère. Ne plus pouvoir se balader librement, prendre garde à toutes les paroles prononcées, aux moindres gestes, craindre de voir ceux qu'on aimait disparaître ou mourir. Le jeune lycéen gardait la bouche entrouverte, les yeux écarquillés, la bouche très sèche, en serrant les mains sur sa tasse fumante. Comment... C'était une école ! Comment pouvait-on vivre avec cette tension permanente ? Comment ? Garder une vie "saine et la plus ordinaire possible", comme Kimmitsu disait, c'était vraiment possible ? Il n'aurait jamais cru tout cela. Les nouvelles que son oncle avaient donné cette année n'avaient jamais détaillé tout cela, cette ambiance pesante, cette guerre, juste quelques échos qui n'avaient absolument rien à voir avec la réalité, rien à voir avec ce qu'il vivait vraiment. Et en juin ? Genji avait presque peur de lui demander, de faire remonter des mauvais souvenirs, même si ne pas savoir ce qui s'était passé le rendait malade. Ce n'était pas la peine qu'il compte sur ses parents pour avoir des explications, il s'était fait renvoyé balader.

– Il y a eu beaucoup de problèmes, notre principal souci était de limiter les dégâts, au maximum. Aujourd'hui, la majorité de nos élèves sont effrayés à l'idée que cette année soit comme l'année dernière, même si beaucoup de choses ont changé, cet été.

– On... On m'a dit que tu avais... été enlevé par l'armée en juin... C'est pour ça que tu ne téléphonais plus à la maison ? Mes parents en parlaient souvent...

Il regretta presque aussitôt d'avoir posé cette question, face au silence qui s'ensuivit et au regard de son oncle, avec son soupir. Désolé, il n'aurait pas dû aborder le sujet ! Il s'inquiétait juste, voilà tout, depuis que Dominique lui avait lancé à la volée qu'il avait été enlevé en juin e que la sœur de Solène avait été le chercher.

– C'est pour ça, oui, j'ai été malade longtemps, après cette scène. Ça va mieux aujourd'hui, donc laisse cette histoire de côté.

Oui, oui, d'accord, il n'aurait pas dû en parler. Hochant la tête, il ne rajouta rien, reprenant sa tasse lorsque son oncle la poussa vers lui en lui faisant signe de boire. Un silence s'installa à nouveau, qu'il n'était pas pressé de rompre tant il était choqué et mal à l'aise. Il le dissimulait, afin de ne pas inquiéter Kimmitsu qui avait bien autre chose à penser, s'efforçant de trouver et se concentrer sur les côtés positifs. Dominique, par exemple, il avait l'air heureux, dans cette école, il gardait même son fils avec lui ! Et si tous les élèves n'étaient pas partis, c'est que ça devait encore valoir le coup, malgré tout. Laura avait l'air de tenir à ses études ici, ça se sentait lorsqu'elle parlait du pensionnat. Et même d'autres, ils étaient contents de revenir, pour leurs amis et les cours. Il y avait quelque chose dans cette école qui poussait les gens à y rester, même si lui-même n'avait pas eu le temps de découvrir quoi.

– Il y a une semaine de vacances, à la Toussaint, tu pourras rentrer à la maison.

– Le temps de faire le voyage, ça ne vaut pas le coup, grinça-t-il en secouant la tête.

– Je peux aussi inviter ton père ici, tu sais.

Son père... Ici ?! Genji garda le regard fermement rivé sur sa tasse, le cœur soudain battant à vive allure. Son père ici... Non ! Il... Pas envie de le revoir si vite, il ne saurait pas quoi lui dire et ça allait encore déboucher sur des disputes, donc non, c'était impossible, il ne pouvait pas. Et puis, son père avait du travail et des "responsabilités", au pays, il ne pouvait pas venir comme ça toute une semaine ! C'était loin, le voyage était fatiguant... Il retint un très long soupir en buvant d'un bloc presque la moitié de sa tasse, se brûlant un peu la gorge au passage.

– Bon, je lui en parlerai au téléphone, la prochaine fois. Tu n'as pas besoin de t'angoisser, Genji. Josuke ne peut pas te haïr ! Lorsque ta mère était enceinte de toi, il a passé tous les mois de la grossesse à crier à tout le monde qu'il allait avoir un enfant, tout le village et les voisins devaient être au courant. Il a toujours veillé à ce que tu grandisses du mieux possible, il n'est pas du genre à vouloir te laisser alors que tu es dans une passe difficile. Tu lui as expliqué d'où la crise était partie, au moins ? Ou tu es persuadé qu'il ne pourra comprendre et tu n'as donc rien dit ?

– Non, marmonna-t-il. C'est... Ça me semblait ridicule, ou juste deux ou trois idées noires, je n'ai pas voulu en parler, au début. Puis avec toutes les disputes, je... Je pensais qu'il croirait encore pus que je suis un fils indigne si je lui disais tout platement.

Il avait eu toutes les raisons de penser comme ça, vu les disputes à la maison ! Il demanda à son oncle si lui avait tout expliqué et il lui répondit qu'il l'avait fait très explicitement pour son père, et que devant sa fureur noire et son incompréhension, il n'avait rien dit à sa fratrie. Genji avait vraiment l'impression qu'ils étaient les moutons noirs, dans cette histoire. Il avait l'impression de ne presque rien savoir de l'histoire de sa propre famille ! On lui avait quasiment tout raconté sur ses grands-parents maternels, son arrière grand-père lui avait aussi longuement parlé de son passé, mais rien sur le père de Josuke, Kimmitsu, Himako... Il ne comprenait toujours pas pourquoi, ça ne pouvait pas juste être car sa grand-mère évitait le sujet, qui la peinait, il suffisait d'en parler lorsqu'elle n'était pas là. A moins que ce ne soit tout simplement pour éviter que les enfants n'abordent les sujets qui fâchent. Hypothèse bien plus probable et qui avait le don de l'agacer. Cacher ce genre de chose sous le tapis pour faire croire que tout va bien n'allait strictement rien arranger et Genji avait découvert plusieurs choses, cet été. Sa grand-mère en voulait à son fils de s'être marié si tard, son oncle avait été renié, etc. Que restait-il encore à savoir ? Très agréable, ce sentiment de ne même plus connaître sa propre famille.

– Heu, dis-moi... Il y autre chose que je ne comprend pas. A la maison, mon arrière-grand-père m'a beaucoup parlé de son passé, déjà, de tous ses fils... Sauf de grand-père. Maman m'a aussi tout raconté sur ses propres parents. En fait, le seul dont on ignore presque tout, nous, les enfants, c'est grand-père. Papa ne m'a jamais rien dit sur lui, ni personne, tu es le premier à en parler un peu et je... Enfin, c'est bizarre.

Il lui jeta un coup d'œil pour vérifier qu'il ne s'aventurait pas en un terrain trop glissant, se méfiant maintenant de la portée que pouvaient avoir ses mots, du mal qu'ils pouvaient faire ou des souvenirs qu'ils pouvaient ramener à la surface. Il avait une idée globale plus précise de la situation mais il avait peur de blesser son oncle par une parole malheureuse.

– Pourquoi personne ne nous raconte rien sur lui, jamais ? Il... Il était... C'est comme un sujet tabou alors que c'est quand même notre grand-père.

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Kimmitsu Nakajima
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MessageSujet: Re: Besoin de changement   Ven 27 Nov - 11:32

– Non, marmonna-t-il. C'est... Ça me semblait ridicule, ou juste deux ou trois idées noires, je n'ai pas voulu en parler, au début. Puis avec toutes les disputes, je... Je pensais qu'il croirait encore pus que je suis un fils indigne si je lui disais tout platement.

Et bien, guère étonnant que Josuke se soit senti si dépassé lorsqu'ils en avaient parlé, si son fils ne lui avait rien dit. Il n'aurait pas cru que la situation en arrive là, heureusement qu'il avait réagi avant. Au moins une chose qu'on ne pourra jamais reprocher à Josuke, il était capable de voir les réalités en face et d'agir avant qu'il ne soit trop tard. Buvant un peu, les coudes appuyés contre la table, il releva le nez en entendant Genji demander d'un ton plus hésitant si lui-même avait tout expliqué à leur famille. Le sous-directeur retint un léger soupir, lui disant qu'il l'avait fait très clairement pour son propre père, mais que devant sa fureur tout à fait admirable et le fait qu'il soit incapable de comprendre, il n'avait pas pris la peine de répéter l'expérience pour ses frères et sœurs. A quoi bon renouveler ce genre de disputes sans cesse, chaque jour ? La situation était suffisamment tendu et Kimmitsu n'avait pas voulu en rajouter, surtout s'il partait l'année suivante. Un petit silence s'installa, au cours duquel son neveu semblait réfléchir, sourcils froncés. Il avait sûrement des dizaines de question en tête, maintenant, ce n'était pas simple d'arriver dans un tel contexte, en perdant ses repères et ses amis, en plus d'entendre de vieilles histoires de famille que personne, à venir jusqu'ici, n'avait mis à la portée des enfants. D'ailleurs, c'était peut-être à cause de lui qu'on évitait certains sujets, pas la peine de remuer les problèmes quand plus personne n'y songeait. Enfin... Il resservit un peu de thé à Genji, entendant vaguement des portes claquer à l'étage du dessous et un cri de bébé. La plupart de ses collègues allaient se reposer un peu chez eux avant de dîner.

– Heu, dis-moi... Il y autre chose que je ne comprend pas. A la maison, mon arrière-grand-père m'a beaucoup parlé de son passé, déjà, de tous ses fils... Sauf de grand-père. Maman m'a aussi tout raconté sur ses propres parents. En fait, le seul dont on ignore presque tout, nous, les enfants, c'est grand-père. Papa ne m'a jamais rien dit sur lui, ni personne, tu es le premier à en parler un peu et je... Enfin, c'est bizarre.

Sujet tabou, mon neveu. Daisuke Nakajima était encore un nom qu'on prononçait avec prudence pour ne pas ramener en surface des histoires que l'on voudrait oublier, ils en avaient eu la preuve flagrante au mariage, lorsque le père d'Imari avait jugé utile de venir lui cracher à la figure en hurlant qu'ils faisaient tous honte à la mémoire de l'ancien samouraï avec cette union. Le vieux Kazuo avait vraiment la mentalité de l'ancien temps, avec la place forte du père, pétri d'honneurs et de principes, mais il avait vraiment eu de la chance que Gabriella ne parle pas Japonais car Kimmitsu doutait qu'elle ait beaucoup apprécié qu'on insulte sa petite sœur de pauvre idiote sans cervelle, ainsi qu'elle-même.

– Pourquoi personne ne nous raconte rien sur lui, jamais ? Il... Il était... C'est comme un sujet tabou alors que c'est quand même notre grand-père.

– Pour éviter de faire remonter certaines histoires, je suppose. Autrefois, ton grand-père était plus détendu et chaleureux, c'est la guerre qu'il l'a changé.

Il termina son thé, disant à Genji de se servir s'il en voulait d'autres, faisant tourner sa tasse entre ses mains, pensif. Par où commencer... Cela faisait un moment qu'il n'avait pas vraiment songé à son père, ayant bien eu autre chose à penser et parce que ce pan de sa vie était rendu loin, maintenant qu'il avait dépassé les quarante ans. Avec ça, dans le contexte actuel de la France et du pensionnat, se remémorer son passé n'avait jamais été une activité primordiale dans l'ordre de ses priorités. Il commença à raconter à Genji comment était la vie lorsqu'il lui-même enfant. C'était une vie plus simple, somme toute, sans radio ni téléphone, sans catastrophes importantes à gérer, dans un pays très fermé, régi par des traditions ancestrales et des codes très stricts. Puis la guerre avait éclaté, leur gouvernement avait volé en éclat, comme le système tout entier. Du jour au lendemain, plus rien n'avait été pareil. La guerre avait été perdue, la caste des samouraïs dissoute, après des siècles d'existence, où ces hommes protégeaient le Japon et leurs Seigneurs. Le pays avait dû s'ouvrir au monde, par force, ce qui s'était fait dans la douleur et une profonde déstabilisation de la population.

– Notre père et notre grand-père en sont revenus brisés. Lui s'en est remis, pas notre père. Sa blessure lui a laissé une jambe raide, des problèmes de santé, des poumons en mauvais état. Il n'a plus jamais été le même. Javais douze ans lorsqu'il est revenu en s'appuyant sur son propre père. A l'époque, je croyais tout naïvement qu'il allait être toujours aussi fort, qu'il s'en remettra, qu'il parviendra à reprendre le cours de sa vie en s'aidant de toute sa famille. Au lieu de ça, il a plutôt commencé à tout contrôler de manière exponentielle, à la maison familiale. Plus le pays était forcé de s'ouvrir et de perdre une partie de sa souveraineté, plus lui-même voulait avoir un contrôle de fer sur sa famille et la maisonnée. Autrefois, il discutait facilement, était pédagogue, encourageant... Il est devenu beaucoup plus dur et exigeant, ne supportant plus qu'on le contredis et imposant un point de vue unique. Il s'était mis à haïr tous les étrangers et tout ce qui pouvait échapper à son contrôle. C'est durant ces premiers mois, à la fin de la guerre, que j'ai commencé à me cacher avec Himako pour pouvoir m'exercer avec mon don.

Il lui détailla un peu la vie qu'ils menaient, devant obéir au doigt et à l'œil, dans une ambiance qui commençait à lui peser de plus en plus. Kimmitsu lui avoua que personne d'autre ne s'était senti autant gêné de ces changements qui survenaient peu à peu, il avait été le seul à ne "pas comprendre" son père, à "être aussi intolérant". Sa mère le lui avait violemment reproché lorsqu'il s'en était ouvert à elle, alors qu'il avait quinze ans, en lui rétorquant qu'il devrait avoir honte de penser de telles choses au sujet de l'homme qui lui avait donné la vie, qu'il l'avait élevé et éduqué, abrité et nourri, qu'il ferait mieux de changer très vite d'attitude. La situation ne s'améliorant pas avec les mois, il avait alors commencé à rêver d'un ailleurs, partir plus loin pour faire ses propres expériences, commençant à étouffer, rêvant de liberté.

– Et le jour de mes dix-neuf ans, je lui ai tout avoué, tout raconté. Je te laisse imaginer sa réaction, jamais il n'avait hurlé si fort, et jamais je n'avais osé lui répondre avant ce jour. Quand j'y songe, finalement, c'est ce jour-là que tout s'est brisé pour de bon. Aujourd'hui, c'est une colère que je trouve pathétique, même si c'est honteux ou ingrat. Quelles souffrances peuvent justifier qu'on s'en serve ensuite comme alibis pour écraser sa propre famille ou s'en draper afin d'apparaître comme le seul ayant souffert ? J'ai mis du temps avant d'arriver à penser ainsi, faire la part des choses, mais après ce que j'ai vu dans cette école, je ne peux plus considérer la colère d'un homme vexé comme grave.

– Il m'aurait haï aussi...

– C'est certain. C'est bien pour ça que je trouve assez hallucinant que tu puisses croire que Josuke te déteste. Il n'est pas comme ça, c'est évident qu'il tient à toi.

Il tendit la main pour frotter légèrement la tête à son neveu, qui avait un peu rougi, avec un faible sourire. Sur ce sujet, c'était tout à fait évident, oui, il ne devait pas s'en faire, tout finira par rentrer dans l'ordre. Il devait simplement être patient puis prendre le temps de vraiment parler à son père et mettre les choses à plat avec lui. Il arrivait à tout le monde d'avoir des passes difficiles, ce n'était pas un drame tant qu'on pouvait en parler.

– Tu as d'autres question, maintenant qu'on est sur ça ?

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Genji Nakajima
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MessageSujet: Re: Besoin de changement   Ven 11 Déc - 11:47

– Pour éviter de faire remonter certaines histoires, je suppose. Autrefois, ton grand-père était plus détendu et chaleureux, c'est la guerre qu'il l'a changé.

Chaleureux, vraiment ? Son oncle lui dit qu'il pouvait se servir mais Genji refusa d'un petit signe de tête, ayant l'estomac un peu noué. Il y eut un moment de flottement puis son oncle lui raconta la vie qu'il avait mené lorsqu'il était lui-même enfant. Genji ne parvenait pas, cependant, à imaginer ses parents, ses oncles et tantes enfants, c en'était vraiment pas possible, surtout son père. C'était comme s'il était né vieux avec cette tête, comme s'il n'avait jamais eu son âge. Il n'y avait même pas la radio, à la maison ? Et le téléphone ? Il était arrivé assez tard, car personne n'en avait encore vraiment besoin, ils trouvaient de tout à proximité. Pour le reste, c'était des choses que Genji connaissait, il avait étudié comment son pays avait vécu avant la guerre, ce n'était pas si vieux que cela et beaucoup de choses étaient restées les mêmes. Les traditions ont la peau dure, bien qu'il y ait de forts signes d'ouverture au monde. Ça plus la fin de l'empire Shogunale, la dissolution des samouraïs... Le lycéen ne parvenait très bien à s'imaginer ce qu'avait dû ressentir sa famille, à l'époque. Il était né quelques années plus tard, alors que le Japon commençait déjà à s’acclimater et à se faire à de nouveaux principes, tout en conservant la majorité de ses traditions. Ses parents ne lui avaient jamais trop parlé de tout ça, le poussant plutôt à s'occuper de son avenir et ne pas s'attarder sur ces événements.

– Notre père et notre grand-père en sont revenus brisés. Lui s'en est remis, pas notre père. Sa blessure lui a laissé une jambe raide, des problèmes de santé, des poumons en mauvais état. Il n'a plus jamais été le même. Javais douze ans lorsqu'il est revenu en s'appuyant sur son propre père. A l'époque, je croyais tout naïvement qu'il allait être toujours aussi fort, qu'il s'en remettra, qu'il parviendra à reprendre le cours de sa vie en s'aidant de toute sa famille. Au lieu de ça, il a plutôt commencé à tout contrôler de manière exponentielle, à la maison familiale. Plus le pays était forcé de s'ouvrir et de perdre une partie de sa souveraineté, plus lui-même voulait avoir un contrôle de fer sur sa famille et la maisonnée. Autrefois, il discutait facilement, était pédagogue, encourageant... Il est devenu beaucoup plus dur et exigeant, ne supportant plus qu'on le contredis et imposant un point de vue unique. Il s'était mis à haïr tous les étrangers et tout ce qui pouvait échapper à son contrôle. C'est durant ces premiers mois, à la fin de la guerre, que j'ai commencé à me cacher avec Himako pour pouvoir m'exercer avec mon don.

Genji pouvait imaginer cette ambiance sans aucune peine. Tel qu'il le racontait, son grand-père apparaissait comme un tyran borné qui refusait qu'on puisse le contredire et qui avait fini par mener toute sa famille à la baguette sans laisser à quiconque le droit de contester ou même de lui répondre. Kimmitsu confirma cette impression en lui parlant de cette vie très réglée où l'obéissance ne se discutait pas. Étrangement, Kimmitsu avait été le seul à ne pas supporter cela avec le sourire. Maintenant, le jeune homme comprenait mieux comment tout avait commencé. Ce qui l'avait poussé à, peu à peu, se couper de son père, de sa mère qui le voyait comme un fils intolérant, d'où était née cette envie de partir et vivre par lui-même sans être soumis à l'autorité d'un autre. Lui aussi avait souvent ressenti ça, bien qu'il n'aurait jamais osé de lui-même franchir le pas si on ne l'avait pas forcé. Le besoin de découvrir autre-chose, au-delà des murs de la maison familiale et du paysage si familier. Voir plus loin, vivre sans qu'une autre personne se dresse devant vous pour vous indiquer le chemin à suivre, ce qu'avait toujours fait son père. Jusqu'à aujourd'hui, jusqu'au moment où l'avait envoyé ici et laissé avancer de lui-même, comme son oncle l'avait fait. Le lycéen rougit un peu en baissant la tête, réalisant que son père n'avait en effet rien avec à voir avec grand-père. Serrant les mains sur son gobelet, il releva doucement le regard sur son oncle en se mordillant les lèvres. De nouveau, cette impression de découvrir sa famille, comme s'il était un étranger venant de débarquer, que tout cela s'était produit dans un autre monde.

– Et le jour de mes dix-neuf ans, je lui ai tout avoué, tout raconté. Je te laisse imaginer sa réaction, jamais il n'avait hurlé si fort, et jamais je n'avais osé lui répondre avant ce jour. Quand j'y songe, finalement, c'est ce jour-là que tout s'est brisé pour de bon. Aujourd'hui, c'est une colère que je trouve pathétique, même si c'est honteux ou ingrat. Quelles souffrances peuvent justifier qu'on s'en serve ensuite comme alibis pour écraser sa propre famille ou s'en draper afin d'apparaître comme le seul ayant souffert ? J'ai mis du temps avant d'arriver à penser ainsi, faire la part des choses, mais après ce que j'ai vu dans cette école, je ne peux plus considérer la colère d'un homme vexé comme grave.

Donc il le méprisait vraiment, aujourd'hui, c'était très clair. Grand-père avait eu une réaction très négative face à la souffrance, il s'en était servi pour  devenir trop autoritaire et voulant tout contrôler, afin de compenser ce qu'il avait perdu. Finalement, mieux valait qu'il soit mort avant sa naissance... Son grand-père aurait eu le plus grand mal à supporter son petit-fils.

– Il m'aurait haï aussi...

– C'est certain. C'est bien pour ça que je trouve assez hallucinant que tu puisses croire que Josuke te déteste. Il n'est pas comme ça, c'est évident qu'il tient à toi.

Ouiii, bon, d'accord, il s'était trompé. Ses joues se colorèrent un peu de rouge et il eut un mouvement gêné lorsque son oncle lui frotta les cheveux avec un petit sourire. Il verra bien, la prochaine fois qu'il verra son père, il faudra qu'il lui parle. Ce ne sera pas tout de suite, heureusement, car il ignorait complètement la façon dont il allait s'y prendre. C'était... super gênant... Après tout ce qu'il lui avait crié à la maison... Soutenu qu'il était convaincu que son père le détestait. Genji se sentait complètement ridicule, en cet instant. Avec une pointe de rancune pour tous ces événements que personne ne leur avait jamais raconté dans la famille, comme s'ils étaient trop idiots pour comprendre.

– Tu as d'autres question, maintenant qu'on est sur ça ?

– Heu, non, c'est bon, sourit-il faiblement, les joues rouges. Merci.

A présent, il devait digérer tout ça puis s'adapter à cette vie, s'adapter à l'école, se faire des amis. Mais il se sentait comme libéré d'un poids, ce soir, il comprenait mieux ce qui était arrivé avec son oncle, sa famille, ce qu'il pouvait vivre à son tour. Il faudra vraiment qu'il parle à Josuke. Heu, plus tard. Dans un mois. Lorsqu'il aura trouvé ses mots.

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