1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Couple brisé

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Cyprien Redfire
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MessageSujet: Couple brisé   Lun 12 Oct - 12:28

C’était dit et fait. C’était ainsi. C’était arrivé. Il devait le faire. C’était essentiel. Impossible de ne pas passer par là. Trop tard pour revenir en arrière ou regretter. C’était fini. Tout pouvait recommencer de zéro, une nouvelle vie, de nouveaux combats, de nouvelles façons de façon, une nouvelle façon de voir les choses, de nouvelles préoccupations, un nouveau départ. Alors pourquoi ne pouvait-il pas s’empêcher de pleurer ? Tout avait volé en éclat, c’était perdu par avance, il aurait dû le savoir, mais il avait essayé, ça n’avait pas fonctionné, comme une gifle violente qu’il aurait prise sur le tard. Il inspira et expira profondément, une main accrochée à la rampe de l’escalier pour ne pas trébucher, le visage couvert de larmes. Il manqua bien de trébucher, se raccrochant de justesse, avant de poursuivre sa course. Atterrissant dans le parc, il marcha plus doucement, le cœur au bord des lèvres, s’arrêtant un moment près du lac avant d’y tomber à genoux, le souffle court, son corps tout entier le brûlant. C’est ce monde de folie qui l’avait changée ! Ce monde de fous, ces combats et ces guerres incessantes qui l’avaient poussée si loin sur cette voie. Loin des sourires et de l’amour, loin du bonheur familial, loin de lui. Ces combats… Ces combats qui l’avaient rendue insensible aux bonheurs simples, paranoïaque, tendue, chef de guerre.

Il resta longtemps à pleurer au bord du lac, par terre, sans bouger, presque assourdi par le calme environnant, jetant parfois de longs regards sur les imposants bâtiments de l’école. Pourquoi tout risquer pour cet endroit ? Pourquoi n’avoir pas décidé de fermer les lieux et renvoyer tous les élèves chez eux, dans leurs familles, apprendre à maîtriser leurs dons avec elle ou des professeurs particuliers ? Pourquoi s’impliquait-elle autant dans un combat qui, à la base, n’était pas le sien ? Pourquoi était-elle passée de simple citoyenne dans un pays sous haute tension à chef militaire, prête à se battre contre les pays ennemis du sien ? Pourquoi se soucier des vastes plans de l’armée et du gouvernement ? Pourquoi accepter d’y laisser sa vie ? Pourquoi… Il ne pouvait pas comprendre pourquoi certains hommes et femmes se levaient ainsi pour la défense de la liberté, ce qui les motivaient à tout sacrifier alors qu’ils pourraient se contenter de vivre en acceptant certaines restrictions, afin d’être en paix. Il ne comprenait pas que, chez certaines personnes, le besoin de défendre la justice soit si fort qu’elles acceptaient d’y laisser jusqu’à leurs vies.

Se relevant enfin, il fila avec lenteur pour quitter le parc, quittant l’école comme un automate, passant sur le chemin qui menait au village. C’était terminé. Il ignorait où aller et que faire maintenant, songeant juste qu’il devait récupérer ses affaires puis… Où aller ? Il ne savait plus, peinant à réfléchir, se poser, se calmer. Il était comme vidé, épuisé, comme si on venait de le rouer de coups avant de le laisser agoniser sur-place. Il s’assit sur un des bancs de la place du village lorsqu’il parvint, à l’ombre du chêne qui le surplombait derrière lui. Gaby n’avait songé qu’à l’école, une fois de plus… Il lui parlait de divorce et tout ce qu’elle trouvait à répondre, c’était lui demander s’il comptait continuer à défendre le pensionnat ! Mais bon sang ! La colère vint se mélanger à la tristesse, lui laissant un goût âcre et amère dans la bouche, alors qu’il serrait les poings. Elle n’était même plus capable de se soucier de sa vie privée, de sa santé, sa vie ! Elle avait tant repoussé la crainte de la mort qu’elle ne réalisait même ce qui pouvait la mettre en danger mortel. Il se frotta le visage des deux mains dans un geste nerveux, tremblant de tous ses membres. Être né dans pareille époque était difficilement supportables mais personne ici n’avait le choix, ils devaient simplement avancer et faire au mieux. Cyprien ne pouvait pas lutter à ce niveau ! Il était simple prof ! Il grogna un peu en regardant le ciel, à travers ses larmes, les bras serrés autour de lui.

– Monsieur, dit à coup une petite fille en s’approchant de lui, un panier rempli de fleurs au bras. Un petit bouquet de violettes ? C’est juste un franc. On en vend avec les gens de la mairie, pour que tous les habitants puissent les accrocher aux portes des maisons pour ce soir, il va y avoir la fête pour la reconstruction du village.

Il la regarda bêtement pendant une minute, essuyant ensuite très vite ses larmes en tâchant de lui sourire. Bien sûr, oui, bien sûr, il pouvait faire ça. Il sortit une pièce de sa poche et la lui tendit, la remerciant pour le bouquet qu’elle lui donna. Elle repartie vers d’autres passants en sautillant et il vit plus loin un jeune garçon faire de même, à la boulangère, sur le palier de son magasin. Ils étaient mignons. Se levant, mettant le bouquet dans sa poche, il décida d’aller voir Céleste, même s’il craignait de la déranger ne débarquant comme ça. Poussant la porte de l’immeuble, il grimpa au premier étage, croisant avec surprise la bibliothécaire de l’école qui descendait les escaliers. Elle habitait là aussi ? Elle ne dit pas un seul mot en passant et il ne dit pas bonjour non plus. S’arrêtant à la porte du nouvel appartement de Céleste, il prit d’abord une très longue inspiration pour faire cesser les larmes, appuyant sur la sonnette. Mais il n’avait pas cessé de pleurer lorsqu’elle vint lui ouvrir.

– Dé… Désolé de te déranger, bafouilla-t-il avec peine. Je viens de… J’ai… rompu…

Il s’interrompit, la gorge incroyablement serrée, secouant la tête pour essayer de se reprendre.

– J’ai rompu, souffla-t-il. Je l’ai quittée… Je... Est-ce que... Je peux dormir sur ton canapé cette nuit ?

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Couple brisé   Mer 21 Oct - 20:02

Céleste regarda par la fenêtre de l’appartement qui donnait sur la rue, observant les passants et collègues qui s’installaient encore en prévision de la rentrée et de la réunion qui approchait. Mais ce qui la préoccupait le plus, pour l’instant, était le ciel et le moment où elle verrait Cyprien revenir. Parce qu’elle le savait : Cyprien allait revenir... Elle l’aimait beaucoup, oui, mais ne pouvait nier qu’il manquait cruellement de tact. Céleste l’avait mis en garde et lui avait dit d’y aller doucement même s’il devait parler avec sa femme mais elle avait de gros doutes quant à sa réaction. A tous les coups, il aura seulement parlé sans y aller par quatre chemins et aura dit le fond de sa pensée sans prendre de pincettes. Comme si cette évidence suffisait à rendre les choses réelles, la jeune professeure regarda le ciel d’un air inquiet, s’attendant presque à voir de nouveaux orages éclater. Elle n’avait pas peur des orages mais de l’état dans lequel elle allait retrouver Cyprien...

Céleste tâcha d’occuper sa matinée comme elle le put, ignorant quand la discussion aurait lieu précisément, sachant seulement que c’était aujourd’hui. Il s’était décidé, avait mis le temps mais avait enfin pris la décision de parler avec Gabriella. Et la réunion de prérentrée qui se déroulerait dans quelques jours... Ambiance, ambiance. Réalisant qu’elle jouait nerveusement avec ses mains, la jeune femme détacha son regard de la fenêtre et s’affaira à préparer le déjeuner pour Alexis et Lucas. Elle devait bouger, faire quelque chose, c’était une question de santé mentale, là. Céleste alla donc s’installer dans la cuisine pour éplucher des pommes de terre et les couper en morceaux, elle éplucha également des carottes pour tout avoir de fines lamelles et, ainsi, s’obliger à se concentrer sur quelque chose d’autre que la discussion entre Cyprien et Gabriella. Elle avait été odieuse... Odieuse de faire ce qu’elle avait fait. C’était la directrice ! La première personne à lui avoir tendu la main ! Et voilà comment elle la remerciait...

A la peur s’ajouta la culpabilité qui croissait à mesure que le temps passait. Et si Gabriella décidait de la renvoyer ? Ou s’ils devaient tous les deux partir à cause de ce qu’ils avaient fait ? Ou si elle venait lui parler dans l’heure qui suivait sa dispute pour mettre les points sur les i à Céleste ? Mais non, du calme ! Elle devait respirer, se détendre. Kimmitsu lui avait déjà donnée quelques heures de cours pour apprendre à maîtriser sa peur, il fallait qu’elle y pense, qu’elle respire et qu’elle se calme. Ses entraînements quotidiens pour son don le lui rappelaient aussi. Céleste dut se faire violence pour se reprendre et terminer le déjeuner. L’heure avançait et toujours pas de Cyprien... Elle appela Alexis et Lucas pour manger, essaya de faire la discussion, les encourageant à sortir pour profiter des derniers jours de vacances. Gray était un beau petit village, qu’ils en profitent ! D’accord, elle se méfiait des militaires mais avec Alexis, Lucas ne risquait rien, elle avait confiance.

Ce n’est que bien plus tard que la sonnette retentit. Céleste, occupée à lire dans son fauteuil près de la cheminée, déposa son livre à côté de la paperasse administrative qu’elle remplissait depuis son arrivée à Gray. Entre ses nouvelles attributions, le programme des cours qu’elle devait vérifier pour voir ce qui allait ou non et son déménagement, autant dire qu’elle avait de quoi faire. Lucas et Alexis étaient sortis pour se promener, prendre l’air, profiter un peu, mais ils ne pouvaient pas déjà être de retour. Ou alors c’était... Se mordant les lèvres, nerveuse, Céleste se leva du fauteuil et alla ouvrir la porte... pour découvrir un Cyprien aux yeux rouges, à l’air abattu, complètement perdu. Elle ne l’avait que rarement vu comme cela, la dernière fois remontant au début de leur « relation ».

Cyprien – Dé… Désolé de te déranger, bafouilla-t-il avec peine. Je viens de… J’ai… rompu…

La déranger... C’était aussi à cause d’elle qu’il avait rompu, alors il n’allait certainement pas la déranger. Surtout pour les nombreuses fois où elle-même l’avait dérangé ! Céleste se retint de lever les yeux au ciel pour ne pas le vexer, se tenant les bras sans savoir ce qu’elle pouvait dire ou faire. Elle savait qu’il allait venir et s’y attendait mais ce n’était pas pour cette raison qu’elle savait comment le réconforter, lui venir en aide. Pire, elle n’avait aucune idée et se sentait bien maladroite, d’un coup tandis que Cyprien secouait la tête...

Cyprien – J’ai rompu, souffla-t-il. Je l’ai quittée… Je... Est-ce que... Je peux dormir sur ton canapé cette nuit ?

Céleste – Comment oses-tu poser la question... Evidemment, entre. Les garçons sont sortis.

Céleste s’écarta pour le laisser passer, refermant la porte derrière eux. Elle guida Cyprien jusqu’à la cuisine, l’incitant à s’asseoir sur une des chaises en posant sa main sur l’épaule. Lui lançant un regard inquiet, elle se pressa de préparer du chocolat chaud, n’ayant aucune autre idée pour l’instant. C’était toujours ça, non ? La jeune professeure craqua une allumette pour allumer la cuisinière, mettant ensuite une casserole de lait chaud à bouillir avant d’aller s’asseoir à côté de son « invité ». Elle resta sans rien dire un moment, réfléchissant, puis posa sa main sur la sienne après avoir hésité brièvement. Que devait-elle faire ? Dire ? Le chocolat ne ferait pas tout...

Céleste – Tu peux rester ici autant de temps que tu le veux..., dit-elle en essayant de sourire. Tu ne me dérangeras pas, je suis fautive aussi dans cette histoire et je ne compte pas te laisser tomber. J’avais seulement peur de l’état dans lequel tu allais revenir...

Céleste exerça une légère pression de la main sur celle de Cyprien, essayant d’être gentille. Comment la discussion s’était-elle passée ? Qu’avait-il dit pour être dans cet état ? Elle leva la tête vers la casserole pour éviter que le lait ne déborde, sachant que le chocolat chaud serait prêt assez rapidement. Elle naviguait au hasard, ignorant quelle direction prendre, ce qu’elle devait faire ni même s’il voulait en parler ou pas. Ou s’il voulait rester avec elle malgré tout, malgré ce qui venait de se passer, malgré les paroles prononcées... Que ressentait Gabriella vis-à-vis de cette rupture ? Elle resserra légèrement son poing sur son genou, en-dessous de la table, préférant éviter de penser à l’hypothèse du « Cyprien ne t’aime pas vraiment, il va vouloir repartir seul ». C’était purement égoïste, elle le savait, raison pour laquelle elle préférait ne rien laisser voir. Mais si lui se sentait aussi mal...

Céleste – Tu... veux en parler ? Ou tu veux que je te laisse seul ? Je ne te jugerai pas, c’est promis, et si cela peut t’aider à te calmer ou... Je ne sais pas, si je peux faire quelque chose, dis-le-moi. Tu sais que je ne suis pas très douée pour réconforter les gens mais te voir dans cet état...

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Cyprien Redfire
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MessageSujet: Re: Couple brisé   Mar 3 Nov - 18:19

– Comment oses-tu poser la question... Evidemment, entre. Les garçons sont sortis.

Les garçons ? Elle... Ah oui, c'est vrai, son petit frère et Alexis. Il hocha la tête pour la remercier, franchissant le seuil de la porte, suivant ensuite Céleste jusqu'à la cuisine. C'était la première fois qu'il mettait les pieds ici, mais elle n'avait pas déménagé depuis longtemps, à sa décharge. Tout était plutôt simple et sobre, rien de très extravagant ni de décoration bizarre comme Cyprien aimait parfois en accrocher, ni de plantes à déborder dans tous les coins. Chez Gabriella, qui vivait dans un des hôtels particuliers de Paris, dans les beaux quartiers, tout en mettait plein la vue, on ne pouvait nier à quelle classe sociale elle appartenait, la maison était immense, sur trois étages, même si la demeure rendait une impression inhabitée, tant sa propriétaire y mettait peu les pieds. Chez Céleste, c'était plus simple, plus normal, comme dans son propre appartement, avant qu'il ne le vende. Il prit place à la table en bois, au milieu de la pièce, lorsqu'elle l'y incita, se frottant les yeux pour essayer d'y voir plus clair. Il observait le décor avec un regard assez hagard, comme s'il pouvait y trouver du réconfort, cherchant des points de repères, cherchant à se sortir de ce trop-plein d'émotions qui l'étouffait. C'était fini. Un hoquet l'étrangla de nouveau alors qu'il portait une main à sa bouche, pleurant sans pouvoir s'en empêcher, à la fois malheureux, soulagé et en colère.

Céleste s'affairait près de la cuisinière pour faire chauffer du lait, venant ensuite se rasseoir à côté de lui. Il n'eut pas le courage de relancer la conversation, ni de dire quoi que ce soit tout court, pour le moment. Il ne craquait que très rarement, désolé ! Quand il était à bout ou que... Trop d'émotions d'un seul coup... L'épuisement lui tombait dessus comme un immense poids, cet après-midi, dont il n'arrivait pas à se défaire. Désolé... Il n'était pas "fort", lui, il était juste ordinaire ! Il n'avait pas un mental en acier, il ne pouvait travailler un nombre d'heures conséquent sans devoir se reposer un peu, il ne pouvait pas encaisser tous les coups comme ça sans réagir, il ne pouvait pas faire plus, c'était... Il n'était pas comme elle... Elle avait déjà craqué physiquement, oui, mais il avait eu une preuve de plus, ce matin, que le mental chez elle s'endurcissait au lieu de faiblir et il ne pouvait plus l'aimer. Il essaya d'arrêter de pleurer, lorsqu'elle posa sa main sur la sienne et lui sourire mais cela ressemblait plus à une grimace qu'autre chose. Il devrait se calmer ! Dans un sens... Rien n'était grave. Il n'y avait pas mort d'homme et des centaines de couples se formaient et se séparaient tous les jours. Mais il ne supportait pas qu'elle... Pleurait-elle au moins sur leur séparation, là, tout de suite ? Ou... Non, il ne voulait pas le savoir. Cette armée lui avait donné un cœur de glace. Il voudrait savoir si elle pouvait encore aimer quelqu'un, mais un véritable amour, où elle ne penserait à rien d'autre qu'à elle et celui qui l'aimait.

– Tu peux rester ici autant de temps que tu le veux..., dit-elle en essayant de sourire. Tu ne me dérangeras pas, je suis fautive aussi dans cette histoire et je ne compte pas te laisser tomber. J’avais seulement peur de l’état dans lequel tu allais revenir...

A nouveau, il tenta de lui sourire, mais autant dire que c'était peine perdue pour le moment. Il devait chercher un appartement, à Gray, car Céleste ne voudra sans doute pas qu'ils se mettent à vivre ensemble si vite. Il s'essuya les yeux avec un mouchoir en tissu blanc qu'il tira de sa poche, reniflant un peu. Du calme, tout allait bien se passer, il n'y avait eu aucune catastrophe ! Juste... Non, en fait, l'une des choses qui le bouffait le plus, c'était bien Auguste. Il était parti presque un an, et cette année, il revenait comme une fleur sans donner d'explication à qui que soit et Gaby l'avait aussitôt accepté ! Pire encore, elle lui avait sourit, elle... Non mais il ne leur avait rien dit sur son absence ! Il revenait comme ça, comme s'il n'était jamais parti, s'engageant dans l'armée sans même se poser de questions alors qu'il n'avait rien vécu des troubles cette année, sans même sembler un instant avoir peur ou inquiet. Même si ça ne devrait plus avoir d'importance pour lui, aujourd'hui, il ne pouvait s'empêcher de se demander si oui ou non, il avait aimé Gaby auparavant. Il ne les avait jamais vu intimes, alors... Il voudrait savoir.

– Tu... veux en parler ? Ou tu veux que je te laisse seul ? Je ne te jugerai pas, c’est promis, et si cela peut t’aider à te calmer ou... Je ne sais pas, si je peux faire quelque chose, dis-le-moi. Tu sais que je ne suis pas très douée pour réconforter les gens mais te voir dans cet état...

– Je devrais m'en moquer, maintenant, mais... Je suis jaloux. D'Auguste. Il est parti des mois, revient comme une fleur sans explication, et, et... Il ne s'est même pas posé la moindre question avant de s'engager dans l'armée ! Et Gaby lui a souri.

Elle n'avait même pas souri à son propre mariage ! Et à peine lors de la naissance des jumeaux ! Elle ne riait jamais, n'était jamais détendue, ne s'amusait jamais, et lui, lui, lui, il était arrivé, et d'un seul coup, son visage s'était éclairci ! Lorsqu'il avait vu ça... Il avait tenu Aurore comme un joyau, lui souriant comme... comme un père... Avait-il été en couple avec Gabriella ? Et si oui combien de temps ? Pourquoi rien n'avait jamais filtré ? Les rumeurs, ce n'était pourtant pas cela qui manquait, tout se savait à une vitesse incroyable dans cette école et Gabriella n'échappait pas aux ragots. Et pourtant. Lorsqu'Auguste avait quitté l'école, il n'y avait pas eu un grand émois, d'autres étaient déjà partis. Et à présent... Il secoua doucement la tête, le regard fixé sur ses mains, sur la table, la bouche entrouverte. C'était peut-être complètement stupide et irrationnel mais il ne pouvait s'empêcher de détester ce mec roux.

– Tu sais le pire ? murmura-t-il. Quand j'ai rompu, elle a commencé par me demander si je comptais abandonner les élèves... L'école... C'est la première chose à laquelle elle a pensé ! Je lui ai hurlé qu'elle était obsédée par ça. L'école, enfin, alors qu'on parlait de notre mariage !

Fallait-il une preuve de plus qu'elle était complètement prise dans le rôle que lui avait imposé l'armée ?! Qu'elle ne pensait plus qu'à ça toute la journée ? Qu'elle se fichait de sa vie privée ?! Céleste afficha un air choqué à son tour, alors qu'il fourrait un instant sa tête entre ses mains en respirant profondément. Il ne voulait plus hurler, n'en ayant ni le courage ni la force, craignant aussi que les enfants ne rentrent à l'improviste.

– Tu... Tu lui as dit qu'elle était obsédée ? Elle... a réagi comment ?

– Que je comprenais rien et qu'elle ne me le demandait pas, de toute façon, répondit-il d'un ton amer. Que je fichais peut-être de ma liberté et ma sécurité mais pas elle et qu'elle n'était pas la seule dans ce pays. Que tout le monde ne peut pas se battre à ce niveau, mais peu importe, elle ne demandait rien à ceux qui ne pouvaient pas la suivre.

Il poussa un énorme soupir en se frottant le visage, tremblant toujours comme une feuille. Elle n'était peut-être plus capable d'aimer... Plus capable de sortir son cœur de cette gangue de glace où elle l'avait emprisonné. Plus capable de se détendre, sourire, rire, aimer.

– Elle sait qu'elle ressemble au maréchal et ça ne la gêne même pas. Elle sait qu'elle a changé pour cette école, mais... Franchement, non, je ne peux pas comprendre sa mentalité... Je suis désolé, je ne suis pas un soldat.

Il lui fit un très faible sourire, teinté d'excuse, espérant qu'elle pourra comprendre ça. Il ne comptait rien abandonner, bien sûr, mais aller plus loin encore était impossible pour lui. Il était malade dès qu'il écrasait un chat par accident et ne pourrait tenir une arme sans se tirer lui-même une balle dans le pied. Il était très à l'aise au milieu d'une classe remplie de gamins, à donner cours, répondre à leurs questions, voir leurs yeux s'ouvrir et s'illuminer lorsqu'ils comprenaient un procédé, il pouvait fondre en les voyant très concentré sur un exercice, c'était son domaine. Les combats... Non.

– Ça dépasse le pensionnat, depuis le début, souffla-t-il. Je ne sais pas qui trafique quoi, pour qui et comment, mais les enjeux nous dépassent complètement. Depuis le tout début ! Tout ce que je veux, c'est que les enfants puissent avoir une scolarité la plus ordinaire possible, cette année. Prévoir des activités et sorties, faire en sorte qu'ils grandissent en paix. La guerre me fait peur. Je suis juste prof... Désolé de venir pleurer comme ça chez toi, je ne veux pas te déprimer. Tu dois avoir pas mal de boulot en plus, avec les deux enfants, non ? Demande si tu veux de l'aide, je peux faire des efforts.

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Couple brisé   Lun 16 Nov - 14:44

Cyprien – Je devrais m'en moquer, maintenant, mais... Je suis jaloux. D'Auguste. Il est parti des mois, revient comme une fleur sans explication, et, et... Il ne s'est même pas posé la moindre question avant de s'engager dans l'armée ! Et Gaby lui a souri.

Céleste regardait Cyprien d’un air impuissant, désespérée à l’idée de ne rien pouvoir faire. Réconforter quelqu’un n’était pas son fort, loin de là, surtout dans une situation pareille. Auguste le rendait malade... Pourquoi, elle n’en savait rien, mais c’était un fait. Il était revenu à Paris, avait revu Gabriella et, depuis ce jour, le moral de Cyprien n’avait cessé de chuter. Il l’avait même appelée à l’aide ! Enfin, indirectement, elle s’était plutôt imposée chez lui en voyant que son meilleur ami était plus mal en point que jamais. Et là... Là, on touchait le fond. Tout, dans son comportement, indiquait qu’il était blessé par sa discussion avec Gabriella, celle qui avait partagé son lit pendant des semaines, celle qu’il avait aimée durant des années en refusant d’ouvrir les yeux. Céleste avait largement sous-estimé l’état de Cyprien et ne pensait pas devoir réellement agir pour l’aider. Tout ce qu’elle trouva à faire était de poser sa main sur la sienne, de la lui serrer un peu pour montrer qu’elle était là, prête à le soutenir. C’était parfaitement ridicule...

Cyprien – Tu sais le pire ? murmura-t-il. Quand j'ai rompu, elle a commencé par me demander si je comptais abandonner les élèves... L'école... C'est la première chose à laquelle elle a pensé ! Je lui ai hurlé qu'elle était obsédée par ça. L'école, enfin, alors qu'on parlait de notre mariage !

Il... Il lui avait lâché qu’elle était obsédée ?! Mais on ne dit pas cela lors d’une rupture ! Evidemment, qu’elle l’avait jeté immédiatement après ! Céleste lâcha la main de Cyprien, choquée, le dévisageant sans rien dire et ouvrant de grands yeux. Comment avait-il pu dire une telle chose... Il était fou ! Il manquait de tact, plus que jamais, et s’étonnait qu’elle ait mal réagi après ? L’information « elle pense à l’école avant tout le reste » ne la choqua même pas, sur le coup, tant le manque de tact de son amant et meilleur ami surplombait tout le reste. Il allait parler à sa femme pour rompre, prononcer le divorce, et il lui lâchait qu’elle était obsédée. Obsédée ! Céleste voulait bien faire preuve de compassion, consoler Cyprien, l’épauler, lui prêter une épaule pour pleurer. Mais là... Désolée, elle ne pouvait rien faire, il méritait la réaction de son ex-femme. Même si elle ne la connaissait pas, elle était sûrement légitime et prévisible.

Céleste – Tu... Tu lui as dit qu'elle était obsédée ? Elle... a réagi comment ?

Cyprien – Que je comprenais rien et qu'elle ne me le demandait pas, de toute façon, répondit-il d'un ton amer. Que je fichais peut-être de ma liberté et ma sécurité mais pas elle et qu'elle n'était pas la seule dans ce pays. Que tout le monde ne peut pas se battre à ce niveau, mais peu importe, elle ne demandait rien à ceux qui ne pouvaient pas la suivre.

Oui... Bon, d’accord, Gabriella y était allée fort mais c’était mérité. Céleste ne répondit rien, se retenant de dire « bien fait », se doutant que Cyprien le prendrait très mal et que cela n’allait pas l’aider. Elle ne pouvait pas cautionner un tel manque de tact, c’était ahurissant et il devait vraiment apprendre à ne pas parler à des femmes comme il le faisait. D’accord, elle-même était habituée à l’entendre parler comme cela, elle le côtoyait depuis deux ans maintenant, mais de là à tout accepter... Il était son seul ami, elle avait bien été forcée d’accepter son côté « spontané ». Enfin, le bon côté des choses était que Gabriella semblait penser la même chose qu’elle. Tous pouvaient se battre, même si c’était à des niveaux différents, et elle l’acceptait aussi. Cependant, Cyprien ne semblait pas avoir enregistré l’information, il tremblait comme une feuille sans pouvoir se calmer... Que devait-elle faire, exactement ? Céleste leva la main avec l’intention de la poser sur son épaule mais se ravisa, se mordant les lèvres. Elle ne savait pas quoi dire. Quoi faire.

Cyprien – Elle sait qu'elle ressemble au maréchal et ça ne la gêne même pas. Elle sait qu'elle a changé pour cette école, mais... Franchement, non, je ne peux pas comprendre sa mentalité... Je suis désolé, je ne suis pas un soldat.

Cyprien lui fit enfin un très faible sourire dans lequel elle sentait une pointe d’excuse. Qu’il ne soit pas désolé, chacun avait ses limites. Et il les reconnaissait enfin après tous ces mois, il ouvrait les yeux sur la personne qu’était Gabriella. Cela avait été long, difficile, mais il avait compris et faisait un pas après l’autre. A présent, il lui fallait seulement du temps pour tout digérer, tout accepter, ne pas se laisser aller. Comme pour elle lorsqu’il l’avait obligée à lâcher son don et à accepter qu’elle avait besoin d’aide, besoin d’un ami pour tourner la page et ne plus se sentir coupable. A elle aussi, il lui fallait du temps et il lui en fallait encore. Les problèmes personnels ajoutés à ceux du Pensionnat... Ils allaient devoir se serrer les coudes, et pas qu’un peu.

Cyprien – Ça dépasse le pensionnat, depuis le début, souffla-t-il. Je ne sais pas qui trafique quoi, pour qui et comment, mais les enjeux nous dépassent complètement. Depuis le tout début ! Tout ce que je veux, c'est que les enfants puissent avoir une scolarité la plus ordinaire possible, cette année. Prévoir des activités et sorties, faire en sorte qu'ils grandissent en paix. La guerre me fait peur. Je suis juste prof... Désolé de venir pleurer comme ça chez toi, je ne veux pas te déprimer. Tu dois avoir pas mal de boulot en plus, avec les deux enfants, non ? Demande si tu veux de l'aide, je peux faire des efforts.

Céleste – Ne t’inquiète pas, il en faut plus pour me déprimer. Je savais que tu aurais besoin de parler, sinon pourquoi est-ce que j’aurais fait des provisions de lait et de chocolat, dis-moi ?

Céleste fit un sourire qui se voulait réconfortant en désignant la casserole d’un geste du bras, se levant en même temps pour aller éteindre le feu et servir le chocolat chaud. Il ne devait pas s’excuser d’être humain, c’était tout à fait normal de craquer de temps en temps, surtout après avoir côtoyé les ennuis du Pensionnat d’aussi près pendant des mois. Tout cela dans le but de se rapprocher de Gabriella, il avait tenu pour être à côté d’elle... Et, finalement, son rêve tombait à l’eau, toute sa motivation de se battre au premier rang avec lui. C’était logique, ils s’y étaient attendus, Isabelle et elle en avaient parlé pendant des heures en priant pour que la chute ne soit pas trop dure pour lui. Et au final, si, c’était dur. Très dur, même. Ne voulant pas qu’il recommence à penser à cela, préférant changer de sujet et le pousser à envisager l’avenir, Céleste apporta deux bols remplis de chocolat chaud avec des madeleines qu’elle avait gardées pour l’occasion, posant le tout sur la petite table en bois.

Céleste – Bois ça, je suis sûre que tout ira mieux après. C’est toi qui me l’avais conseillé, non ? Promis, je n’essaie pas de t’empoisonner, je veux seulement te remonter le moral et te faire sourire, rien de plus.

La jeune professeure fit un grand sourire à son ami pour appuyer ses paroles, buvant même une gorgée – un tantinet trop chaude – pour l’inciter à en faire de même. Elle se contrôla pour ne pas se ventiler la bouche, ayant bu définitivement trop vite, mais finit par céder en faisant des gestes complètement stupides, larmes aux yeux, bafouillant « Trop chaud » pour toute explication. Ce n’est qu’après avoir mangé une madeleine qu’elle respira à nouveau, ressentant une légère douleur dans la gencive cependant.

Céleste – Désolée, j’ai bu un peu trop vite. Changeons de sujet, je ne veux pas que tu te moques ! Qu’est-ce que tu vas faire, maintenant ? Je veux bien un peu d’aide avec les garçons, oui, mais Alexis va bientôt rentrer en cours donc je pense que ça ira. Quels sont tes projets en dehors de donner cours ? On peut agir pour l’école, j’ai envie de le faire, Kimmitsu m’a déjà donné des... cours pour contrôler ma peur, pendant le mois d’août. Donc je t’écoute ! Et interdiction de dire « je ne sais pas », tu me l’avais interdit aussi quand tu m’as posé la question. Je veux tout savoir, même si tu veux juste faire de la pèche ou une balade.

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Cyprien Redfire
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MessageSujet: Re: Couple brisé   Mar 17 Nov - 11:51

– Ne t’inquiète pas, il en faut plus pour me déprimer. Je savais que tu aurais besoin de parler, sinon pourquoi est-ce que j’aurais fait des provisions de lait et de chocolat, dis-moi ?

Il eut un faible sourire, touché par sa réaction. Il lui fallait juste du temps pour... se remettre. Relativiser. Faire la part des choses. Elle se leva pour aller stopper le feu sous le lait, servant ensuite les chocolats chauds. Lui-même en profita pour tirer un mouchoir en tissu de sa poche et s'essuyer les yeux, se mouchant un peu, même s'il éprouvait encore une très forte envie de pleurer. Ça faisait mal, voilà tout, il venait de demander le divorce et Gabriella n'avait réagi que sur l'école, même pas sur leur couple... Il se demandait si elle l'avait véritablement aimée ou si elle avait été avec lui juste parce qu'elle n'y avait pas assez réfléchi, qu'elle croyait seulement l'aimer alors que son cœur était pris par un autre. Et elle aimait Auguste, véritablement, sans doute depuis des mois, sans se l'avouer. Lui l'aimait aussi... Il se sentait complètement ridicule, d'un seul coup, d'avoir été aussi aveugle. Aimer une femme qui ne pleurait même pas après un divorce... Lamentable. Il remercia Céleste lorsqu'elle servit tout ce qu'il fallait sur la table, apportant même des madeleines. Pleurer autant l'avait vidé de ses forces et lui laissait un certain goût de vide. Que faire, maintenant ? Prenant sa cuillère, il la tourna avec lenteur dans le bol en y réfléchissant, avec la curieuse impression d'avoir été jeté dans le vide sans parachute. Il devait se concentrer sur l'avenir, ce dont il avait envie, besoin. Armée ou pas, guerre ou non, la vie poursuivait son cours, quoi qu'il arrive. Il voudrait tant reprendre les cours dès demain, la perspective de revoir les enfants et arpenter sa salle de classe lui réchauffait le cœur.

– Bois ça, je suis sûre que tout ira mieux après. C’est toi qui me l’avais conseillé, non ? Promis, je n’essaie pas de t’empoisonner, je veux seulement te remonter le moral et te faire sourire, rien de plus.

Hochant la tête, il prit une des madeleines pour la grignoter avec lenteur, inspirant profondément pour repousser les larmes et le dégoût. Tout va bien ! Bon, pas vraiment, en fait, mais il en avait assez d'être inquiet, malade, de pleurer, d'être sur les nerfs, la vie simple qu'il menait auparavant lui manquait et il voulait en retrouver quelques miettes. Céleste s'étrangla tout à coup à moitié en reposant son bol, sous son regard éberlué, s'agitant en s'éventant la bouche, rougissant à vu d'œil. Roh, elle ne s'était quand même pas brûlée la langue ? Il retint un sourire pour ne pas la vexer, poussant une serviette vers elle alors qu'elle parvenait à bafouiller que c'était trop chaud. Ah ça, il avait pu comprendre, oui ! Désolé, il avait envie de rire, mais c'était ridicule. Il dissimula son sourire d'une main en poussant un peu le bol pour qu'elle ne le renverse pas, attendant qu'elle se reprenne. Là, ça va un peu mieux ? Et dire qu'on répétait aux enfants le matin, au réfectoire, de faire attention à ne pas boire trop vite pour ne pas se brûler.

– Désolée, j’ai bu un peu trop vite. Changeons de sujet, je ne veux pas que tu te moques ! Qu’est-ce que tu vas faire, maintenant ? Je veux bien un peu d’aide avec les garçons, oui, mais Alexis va bientôt rentrer en cours donc je pense que ça ira. Quels sont tes projets en dehors de donner cours ? On peut agir pour l’école, j’ai envie de le faire, Kimmitsu m’a déjà donné des... cours pour contrôler ma peur, pendant le mois d’août. Donc je t’écoute ! Et interdiction de dire « je ne sais pas », tu me l’avais interdit aussi quand tu m’as posé la question. Je veux tout savoir, même si tu veux juste faire de la pêche ou une balade.

– Donner cours, j'ai très envie d'y être, dit-elle en terminant sa madeleine. Les gamins me manquent ! Voir leurs petites bouilles concentrées quand ils sont en devoir ou leurs yeux s'illuminer quand ils ont la réponse à une question, ça me fait fondre, j'ai toujours adoré être dans une classe pour enseigner. Rien que cela, je pense que ça peut aider l'école, les enfants doivent mener une vie normale, le plus possible. Je peux faire ça, au moins, les aider à grandir.

Il lui détailla d'une voix attendrie l'un des derniers cours, où les enfants s'étaient entraidés pour réviser les examens et se préparer, c'était adorable. S'interrompant, il but une longue gorgée de chocolat chaud, fermant les eux, impatient de retrouver ses élèves. Deux mois sans donner cours, c'était beaucoup trop long, c'était presque une drogue pour lui. Même lorsqu'il avait une cinquantaine de copies à corriger, même lorsqu'ils ne se calmaient pas, même lorsque l'heure était si infernale qu'il en venait à rêver d'en étrangler un ou deux. Enfin soit.

– Je dois me reloger, reprit-il, je ne vais squatter chez toi trop longtemps pour ne pas te déranger. Sinon, je n'ai pas encore refait de projets, ce que j'avais prévu a volé en éclats. Je veux juste... avoir une vie stable, saine, normale. Continuer à te voir, aussi.

Il lui fit un sourire plus timide, doucement, les deux mains serrées sur son bol. Épuisé d'un seul coup, il but un peu, faisant tourner sa cuillère entre ses doigts avec un long regard pour le village, par la fenêtre. Il avait un peu de mal à le reconnaître, en réalité, depuis la fin des travaux. Tout avait changé, c'était si différent. Calme mais couvant une rancœur facile à deviner.

– Dis-moi, reprit-il en tournant la tête vers elle à nouveau. Je sais que c'est encore très tôt mais... Hum... Tu as déjà pensé à nous deux ? C'est un peu sec, dit comme ça, les choses se sont enchaînées très vite. Je me sens perdu, mais je sais que je veux continuer à te voir, tu me plais beaucoup. Sauf si tu n'en pas envie. Comment vois-tu l'avenir ?

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MessageSujet: Re: Couple brisé   Sam 28 Nov - 20:22

Cyprien – Donner cours, j'ai très envie d'y être, dit-il en terminant sa madeleine. Les gamins me manquent ! Voir leurs petites bouilles concentrées quand ils sont en devoir ou leurs yeux s'illuminer quand ils ont la réponse à une question, ça me fait fondre, j'ai toujours adoré être dans une classe pour enseigner. Rien que cela, je pense que ça peut aider l'école, les enfants doivent mener une vie normale, le plus possible. Je peux faire ça, au moins, les aider à grandir.

Céleste sourit à son collègue, attendrie à son tour lorsqu’il lui raconta un de ses cours durant lequel les élèves s’étaient entraidés pour réviser avant qu’il ne s’interrompe pour boire un peu. Elle connaissait, oui, imaginait les élèves dans cette situation sans problème. Ils le faisaient dans son cours aussi même si elle s’arrangeait pour devancer les questions. Pour l’instant, il en restait encore beaucoup, elle n’en était qu’à sa troisième année d’enseignement et rectifiait encore ses leçons, sa manière d’aborder la matière, de l’expliquer, plaçait un exercice plus tôt, un autre plus tard... Elle savait que la plupart de ses collègues, plus âgés, ne devaient presque plus rien changer à force d’avoir donné des cours. Lorsque quelque chose fonctionnait, on le gardait jusqu’à avoir une meilleure idée.

Tout du moins, c’était comme cela que la jeune femme voyait l’enseignement, le concevait, et rien n’avait changé ses positions jusqu’à présent. Céleste voulait leur apprendre des choses, les rassurer, leur donner les clefs pour qu’ils apprennent avant d’être lancés dans la vraie vie. Elle voulait qu’ils soient prêts, plus encore avec cette menace de guerre imminente. L’armée pouvait changer bien des choses mais ne pouvait pas les obliger à enseigner d’une autre manière, alors elle continuerait. Les élèves se dépensaient dans son cours, ils vivaient. Et dieu sait à quel point ils lui manquaient en cet instant précis... Oh, oui, elle comprenait Cyprien. Maintenant, plus que jamais, elle avait envie de voir ce dont elle était capable. Kimmitsu l’aidait avec les cours, Cyprien aussi, elle changeait et le sentait et voulait voir ce que cela donnait « sur le terrain ».

Cyprien – Je dois me reloger, reprit-il, je ne vais squatter chez toi trop longtemps pour ne pas te déranger. Sinon, je n'ai pas encore refait de projets, ce que j'avais prévu a volé en éclats. Je veux juste... avoir une vie stable, saine, normale. Continuer à te voir, aussi.

Oh... Céleste répondit au sourire de Cyprien, rougissant légèrement avant de se replonger dans son bol. Elle en but toute petit gorgée, prudente, avant d’en prendre une plus longue en réalisant que ce n’était plus aussi brûlant que tout à l’heure. Donc, il voulait toujours la voir... ? Elle eut envie de lui répondre qu’il pouvait rester ici le temps qu’il le voudra mais ne répondit rien, à la fois touchée et perdue, avançant à l’aveuglette dans cette relation. Rien n’était officiel, ce qui était normal vu la situation et la relation de Cyprien avec Gabriella. Mais maintenant... Maintenant, plus rien ne les empêchait d’aller plus loin. Il n’y avait plus aucune barrière, sinon le respect de la directrice qui les obligeait à attendre un minimum de temps avant de se montrer vraiment ensemble, en tant que couple. Mais, penser en couple... Oui, Céleste y avait déjà pensé, parfois. Sans oser planifier l’avenir de peur d’être déçue et de se prendre un mur en pleine figure. Pour une fois, elle se sentait nerveuse, ne sachant pas trop comment se comporter ni quoi dire. Elle serrait ses mains sur son bol, se réchauffant en même temps qu’un long frisson la parcourait de haut en bas.

Cyprien – Dis-moi, reprit-il en tournant la tête vers elle à nouveau. Je sais que c'est encore très tôt mais... Hum... Tu as déjà pensé à nous deux ? C'est un peu sec, dit comme ça, les choses se sont enchaînées très vite. Je me sens perdu, mais je sais que je veux continuer à te voir, tu me plais beaucoup. Sauf si tu n'en pas envie. Comment vois-tu l'avenir ?

Céleste – Je..., commença-t-elle, prise de court. Si, j’en ai envie, bien sûr, mais je...

Céleste avait relevé la tête vers Cyprien puis baissée à nouveau, ressemblant à une jeune fille qui vit ses premiers amours alors que ce n’était pas le cas. C’était stupide, complètement stupide. Cependant, Céleste avait passé les huit dernières années, un peu plus même, à s’interdire tout plaisir pour se punir de la mort de sa sœur. Ce n’était que depuis qu’elle avait tout avoué à Cyprien qu’elle s’autorisait, petit à petit, à vivre à nouveau et à goûter à ce qu’elle avait laissé de côté pendant tout ce temps. Donc, non, elle ne savait pas. Elle était perdue, elle aussi, même si elle avait déjà imaginé l’avenir et pensé à eux deux. Seulement, de là à l’avouer et le dire... Mais si ! Cyprien lui avait dit lui-même qu’il voulait continuer à la voir, non ? Et c’était évident que ce n’était pas en simples amis, sinon il ne l’aurait pas dit comme ils travaillaient au même endroit. Elle redressa la tête au bout de quelques secondes, entendant le bruit de la vie quotidienne au dehors, habituée à l’entendre à présent. Elle commençait même à reconnaître les pas dans les escaliers de l’immeuble. Mais là n’était pas le sujet. Céleste se mordit un peu les lèvres, osant enfin regarder Cyprien dans les yeux.

Céleste – J’y ai un peu réfléchi mais sans trop me... projeter, si je peux dire cela. Tu comprends, je... J’ai vécu pendant plus de huit ans en m’interdisant tout plaisir jusqu’à ce que je t’avoue tout. Puis j’ai découvert l’existence de Lucas, la réaction de mes parents, la considération de mes anciens amis... J’ai pensé à nous deux, oui, mais j’apprends encore. Je sais que je veux continuer à te voir, moi aussi, je veux vivre. Et je ne peux pas ne pas y penser avec Lucas qui me demande souvent pourquoi je ne suis pas mariée, pourquoi je n’ai pas d’enfant, et encore plein d’autres questions de ce style-là. Tout comme toi, je suis un peu perdue.

Céleste finit avec un petit sourire mi-triste, mi-compatissant, se disant qu’ils formaient un sacré couple à être tous les deux dans cet état-là. Ils devaient se reconstruire, aussi bien l’un que l’autre, et tous deux devaient recommencer à vivre « normalement » en envisageant une vie de couple. Elle connaissait tout cela, bien sûr, mais ne s’était jamais autorisé à penser être mère être mariée, pas depuis qu’elle était professeure. Avant, oui... Avant l’accident, avant la fin de ses études. Mais aujourd’hui... Que devaient-ils faire ? Que pouvaient-ils faire ? Peut-être commencer par inviter Cyprien à rester chez elle sans l’obliger à chercher un logement... Non ? Céleste se protégeait derrière « Lucas le prendra mal » mais ce ne serait peut-être pas le cas. Il lui demandait souvent pourquoi elle ne se mariait pas, alors justement, s’il voyait Cyprien, cela le rassurerait. Non ?

Céleste – Tu... Tu pourrais peut-être commencer par rester ici, non ? Je... Je veux dire ne pas chercher de logement. Après tout, si tu veux continuer à me voir, et moi continuer à te voir... Mais je ne t’oblige pas, ce n’est qu’une proposition. Les seuls projets que je garde sont ceux que j’avais avant l’accident mais j’ai changé donc je ne sais pas encore s’ils sont identiques ou pas. Sans doute mais... désolée, c’est un peu brouillon. Et puis, j’ai du mal à gérer certaines questions de Lucas, je n’ai jamais osé lui dire la vérité...

La jeune professeure se tut, honteuse, plongeant à nouveau le regard dans son bol. C’était idiot et ignoble, elle le savait. Lucas avait le droit de savoir mais elle avait peur, peur de le perdre, peur de lui montrer ce qu’elle avait fait. Même si Cyprien lui avait dit que c’était un accident et que cela arrivait tous les jours. Son frère n’avait pas peur des dons, il adorait son élément et passait des heures à regarder les orages. Elle avait envie de le préserver, voilà tout... Il n’y avait pas de mal à cela, si ? Céleste relâcha son bol, posant ses mains sur ses genoux en-dessous de la table avant de relever la tête.

Céleste – C’est pour ça que je te propose de rester dormir ici, et puis ça nous permettrait de nous poser, tu ne crois pas ? Sauf si tu ne veux pas... Est-ce que tu as déjà pensé à nous deux ? Que fait-on ? Tu es sûrement plus avancé que moi avec... ce que tu as vécu. Enfin, je veux dire que tu... n’as pas pris ta décision sur un coup de tête, elle était réfléchie. Mais si tu ne veux pas rester ici, que ça te dérange ou que tu penses que c’est vraiment trop tôt, tu peux me le dire.

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MessageSujet: Re: Couple brisé   Lun 7 Déc - 14:38

– Je..., commença-t-elle, prise de court. Si, j’en ai envie, bien sûr, mais je...

Elle n'était pas encore sûre d'elle ? Il lui fit un petit sourire fatigué lorsqu'elle releva brièvement la tête, tournant sa cuillère dans le bol de chocolat dans le sens des aiguilles d'une montre puis dans le sens contraire, avec soin. Ce n'était pas lui qui allait la chercher à la brusquer, pas alors qu'il l'avait ainsi entraîné avec lui, pas après ce qui s'était passé. Il ne voulait pas la rendre triste ou furieuse. Ils ne se connaissaient que depuis deux ou trois ans, soit, mais blesser ses proches était infâme. le professeur de sciences avait envie de retrouver une vie plus normale et cette conversation était, après ces derniers mois, à la fois banale et terrifiante. Lui comme elle étaient des citoyens ordinaires de ce pays, un couple en devenir, qui ne prévoyait pas l'avenir sur dix ans, profitant surtout du moment présent. Ce qui les entourait était tout aussi réconfortant, pour Cyprien, une ambiance simple et posée, loin du luxe écrasant de certaines demeures Parisiennes où vivaient les personnes appartenant à a Noblesse et la Grande Bourgeoisie. Si des personnes étaient à l'aise dans cette ambiance, il en était ravi pour elle, mais ce n'était pas fait pour lui. Céleste releva les yeux à son tour, semblant perturbée, perdue.

– J’y ai un peu réfléchi mais sans trop me... projeter, si je peux dire cela. Tu comprends, je... J’ai vécu pendant plus de huit ans en m’interdisant tout plaisir jusqu’à ce que je t’avoue tout. Puis j’ai découvert l’existence de Lucas, la réaction de mes parents, la considération de mes anciens amis... J’ai pensé à nous deux, oui, mais j’apprends encore. Je sais que je veux continuer à te voir, moi aussi, je veux vivre. Et je ne peux pas ne pas y penser avec Lucas qui me demande souvent pourquoi je ne suis pas mariée, pourquoi je n’ai pas d’enfant, et encore plein d’autres questions de ce style-là. Tout comme toi, je suis un peu perdue.

Lorsqu'on y songeait bien, la situation restait relativement bizarre. Elle s'était interdit d'avoir une relation normale et saine, lui sortait d'une relation basée sur un mirage qui n'avait mené à rien. Pourtant, il n' avait rein de compliqué à construire une vie normale, ordinaire, à être heureux ! Certes, il y avait de nombreux problèmes au pensionnat, pour autant, la France n'était pas en situation de guerre ouverte contre un autre pays, ils étaient, pouvaient vivre comme ils l'entendaient, avaient le droit d'être heureux, de profiter de leur existence. Après tout... On ne demandait pas à tout le monde de partir au front, certains n'en étaient pas capables. Ou du moins, pas au-delà d'un certain niveau. Soulevant le bol, il but une longue gorgée de chocolat assez réconforté en sentant le liquide encore brûlant couler dans sa gorge. C'était aussi le remède du Père Vilette, lorsqu'il récupérait des âmes en détresse pour les consoler. Ce brave homme avait bien du courage, il servait autant de confident que de psychologue, étant aussi un conseiller pour beaucoup, parfois un médiateur. Il ne pouvait plus se battre comme autrefois, et pourtant, il était une des ces personnes agissant dans l'ombre et devenues indispensables pour le bon fonctionnement de l'école. Cyprien le respectait beaucoup, il voudrait pour devenir, li aussi, une des ces personnes pouvant travailler en arrière des lignes du front mais capable de faire du bien, d'aider autant qu'il le pouvait, même sans être exposé. C'était possible, le vieux prêtre leur en donnait l'exemple. Il sourit de nouveau à Céleste, essuyant avec un mouchoir en tissu les traces de larmes restantes sur son visage, s'appliquant à respirer doucement et profondément.

– Tu... Tu pourrais peut-être commencer par rester ici, non ? Je... Je veux dire ne pas chercher de logement. Après tout, si tu veux continuer à me voir, et moi continuer à te voir... Mais je ne t’oblige pas, ce n’est qu’une proposition. Les seuls projets que je garde sont ceux que j’avais avant l’accident mais j’ai changé donc je ne sais pas encore s’ils sont identiques ou pas. Sans doute mais... désolée, c’est un peu brouillon. Et puis, j’ai du mal à gérer certaines questions de Lucas, je n’ai jamais osé lui dire la vérité...

Ça, c'était normal, à huit ans, ou neuf ans, il ne savait plus, Cyprien trouvait normal qu'il ne sache pas encore tout. Soit, il avait l'air assez mature pour comprendre mais il restait un enfant qui venait de subir la perte brutale de ses parents et de tous ses repères. Avant de tout lui raconter, il fallait lui laisser le temps de faire son deuil, de se reconstruire et d'être mieux dans sa peau. Il devait se familiariser avec le village, apprendre à connaître sa sœur, rencontrer les gamins de Gray, voir sa nouvelle école, s'y intégrer, bref, retrouver les repères dont il avait besoin et gagner en force et maturité avant d'entendre l'histoire de l'accident et les conséquences qui s'en étaient ensuivies. Ce qu'avait vécu Céleste ne devait en rien influencer les souvenirs et l'amour que Lucas avait pour ses parents, cela lui ferait beaucoup de mal, voir le détruire, il n'était question qu'il soit mêlé trop fortement à une histoire qui ne le concernait pas, même si cela devait prendre des années avant qu'il ne sache ce qui s'était produit. D'autant plus que tout lui raconter maintenant reviendrait juste à briser net la confiance qui s'instaurait petit à petit entre lui et Céleste.

– C’est pour ça que je te propose de rester dormir ici, et puis ça nous permettrait de nous poser, tu ne crois pas ? Sauf si tu ne veux pas... Est-ce que tu as déjà pensé à nous deux ? Que fait-on ? Tu es sûrement plus avancé que moi avec... ce que tu as vécu. Enfin, je veux dire que tu... n’as pas pris ta décision sur un coup de tête, elle était réfléchie. Mais si tu ne veux pas rester ici, que ça te dérange ou que tu penses que c’est vraiment trop tôt, tu peux me le dire.

– Je veux bien rester ici, sourit-il doucement. On a besoin tous les deux de quelques jours de vacances, tranquillement, sans penser aux problèmes. Surtout avec la réunion de pré-rentrée, si Gaby a l'intention de mettre les choses à plat, ça va être douloureux.

Il grimaça un peu tendu, avant de porter le bol à ses lèvres pour finir le chocolat qui y restait, retenant un soupir. Ils n'étaient pas rendus, après tout, donc un peu de calme, inutile de s'énerver ! Reposant le bol sur la table, il tendit la main pour attraper celle de Céleste dans la sienne, la serrant et jouant un instant avec leurs doigts, comme un enfant, avec un petit sourire.

– Je veux une vie normale, ou à peu près. Un foyer... J'ai envie d'enfants, aussi. Plus que jamais, j'ai envie de devenir papa, d'avoir un bébé que je verrai grandir, que je pourrai élever. Des enfants, c'est que je demande surtout à la vie, être père...

Il s'interrompit, les yeux dans le vague, sa main serrant celle de sa belle. Il était navré mais il n'était finalement pas parvenu à voir les jumeaux comme ses propres enfants. Il avait fait des efforts, pourtant ! Il les avait nourri, soigné, avait joué avec eux, mais... Le cœur n'y avait jamais vraiment été, même si c'était cruel pour eux. Ce qu'il voulait, c'était d'avoir son bébé, de le voir téter dans les bras de sa mère, lui tenir la main, l'aider à grandir, le nourrir, le laver, lui apprendre à faire du vélo, l'accompagner à l'école, s'en occuper jusqu'à ce qu'il devienne adulte et parte à son tour sur le long chemin de la vie, au bras de la femme qui l'aimera.

– Veux-tu des enfants ? lui demanda-t-il doucement.

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MessageSujet: Re: Couple brisé   Jeu 10 Déc - 17:32

Cyprien – Je veux bien rester ici, sourit-il doucement. On a besoin tous les deux de quelques jours de vacances, tranquillement, sans penser aux problèmes. Surtout avec la réunion de pré-rentrée, si Gaby a l'intention de mettre les choses à plat, ça va être douloureux.

En effet… Céleste devint légèrement plus pâle en imaginant la réunion de prérentrée, pas du tout rassurée à l’idée de croiser la directrice maintenant. Ce n’était pas sa faute ! Elle avait l’impression de l’avoir trahie, d’avoir fait quelque chose d’odieux en étant avec Cyprien, qu’ils ne faisaient qu’aggraver la situation en cet instant précis. Et pourtant… Pourtant, elle avait envie d’avancer, de croire en un avenir plus heureux et positif malgré ce qui se passait autour d’eux. Avoir un appui, une personne qui pouvait être un véritable soutien face à la situation du Pensionnat, une personne qui la comprenait et serait capable de la rassurer autant qu’elle le ferait. C’était idiot et utopique, peut-être. Sûrement. Mais Céleste en avait marre d’avoir peur, d’être nerveuse à longueur de temps. Elle se sentait épuisée moralement, n’ayant pas tout à fait – voire pas du tout – digéré le mensonge de ses parents et la découverte de Lucas.

Sans doute avait-elle besoin de vacances, oui. Un peu de repos, quelques jours durant lesquels Céleste pourrait respirer, se poser et penser à ce qu’elle voulait faire maintenant. Tout s’était précipité durant les vacances… Comment planifier les choses calmement avec le décès de ses parents, la venue d’Alexis, les orages, l’enlèvement de l’un des jumeaux et le début de sa relation avec Cyprien ? Ereintant. Aucun autre mot ne convenait mieux que celui-ci, elle se sentait vidée et en même temps impatiente, voulant vraiment vivre enfin malgré la légère peur qui la tiraillait encore de temps à autre.

La jeune professeure avait seulement besoin de se poser et de réfléchir. Ce n’était pas son genre ni dans son caractère, les personnes manipulant la foudre étant connues pour leur tempérament un peu impulsif et « cassant ». Elle-même avait essayé de brider ce côté-là en s’empêchant de vivre depuis le jour où elle avait développé son deuxième don… Cyprien lui prit tout à coup la main après avoir vidé son bol, la serrant dans la sienne en jouant avec leurs doigts. Même ce geste, pourtant anodin, était nouveau et un peu perturbant pour elle. Céleste sourit à son collègue, amant et meilleur ami, regardant leurs doigts sans rien dire, profitant du silence qui régnait dans l’appartement. Il allait un peu mieux ? Curieusement, savoir qu’il allait rester ici l’apaisait, elle aussi, même s’il avait besoin de trouver de nouveaux repères.

Cyprien – Je veux une vie normale, ou à peu près. Un foyer... J'ai envie d'enfants, aussi. Plus que jamais, j'ai envie de devenir papa, d'avoir un bébé que je verrai grandir, que je pourrai élever. Des enfants, c'est que je demande surtout à la vie, être père...

Cyprien s’interrompit alors que Céleste sentait sa gorge se serrer un peu. Elle savait qu’il voulait des enfants, elle connaissait ce rêve, il lui en avait tant parlé… Mais elle-même était-elle capable d’en élever ? De s’occuper d’eux ? De les éduquer correctement ? Elle éprouvait déjà des difficultés avec Lucas, comment pourrait-elle faire avec des bébés, des êtres si fragiles ? La jeune femme ne bougea pas, le regard baissé sur la main de Cyprien et la sienne, entrelacées, tandis qu’elle sentait la sienne devenir un peu plus moite. C’était stupide. Complètement stupide. Mais elle était terrorisée à l’idée d’avoir des enfants. Bien sûr, c’était un rêve… Le rêve de toute femme mariée ou en couple. Mais Céleste avait tenu cette possibilité loin d’elle durant tellement d’années qu’elle ne savait pas ce qu’elle voulait. Des enfants…

Cyprien – Veux-tu des enfants ? lui demanda-t-il doucement.

Céleste – M… Moi ?

La jeune professeure sentit son cœur battre un peu plus vite contre sa poitrine alors qu’elle relevait la tête vers Cyprien, ouvrant la bouche pour dire quelque chose. Sans qu’aucun son ne sorte. Que devait-elle dire ? Elle ne pouvait lui répondre « non », cela l’achèverait, elle en était convaincue. Affirmer un « oui » franc était impossible aussi… Et elle ne pouvait pas dire qu’elle ne savait pas. Que voulait-elle vraiment ? Céleste abaissa à nouveau le regard sur leurs mains, avalant sa salive en réfléchissant. Des enfants…

Au fond d’elle, quelque chose hurlait que oui, elle en voulait, elle voulait avancer, être une bonne mère et ne jamais reproduire ce que ses parents avaient fait avec elle. Elle s’imaginait sans problème rassurer ses enfants à propos des dons, leur dire qu’ils ne devaient pas être effrayés par cela, s’occuper d’eux et veiller à ce qu’ils ne manquent de rien. Comme en cours… Mais à côté de cela, l’époque qu’ils vivaient la terrorisait. Ses capacités à élever un enfant aussi. Le pouvait-elle vraiment ? Y avait-elle réellement droit après tout ce qui s’était passé ? Et si le même schéma se reproduisait avec ses propres enfants, comme entre sa sœur et elle ?

Céleste – J’ai peur…, avoua-t-elle dans un murmure. Peur de ne pas être à la hauteur. Peur de voir le schéma se répéter, comme avec ma sœur et moi… Peur d’être aveuglée par la tristesse comme l’ont été mes parents et mes amis.

Céleste finit par redresser la tête, la gorge de plus en plus nouée, lèvres pincées. Elle ne voulait pas dire non, pas à Cyprien. Mais comment être sûre de ne pas faire d’erreur ? Lui se sentait prêt mais il avait presque dix ans de plus qu’elle… Oui, bien sûr, Céleste avait grandi avec les mêmes rengaines : la femme doit nourrir son enfant, l’habiller, le coiffer, l’éduquer, être à la maison, etc. Mais elle avait dit non à tous ces principes, voulant être une femme indépendante qui travaillerait en même temps qu’elle élèverait ses enfants. Elle savait que c’était possible : Estelle le faisait, Gabriella aussi. Et encore d’autres femmes partout dans le monde, elle en était sûre. Mais en était-elle capable… ?

Céleste – Tu… Tu m’en veux si je te dis que je ne sais pas ? Je sais que ce n’est pas « non » mais je n’ose pas dire oui… Comment on pourrait s’en occuper avec ce qui se passe ? Le Pensionnat, les militaires… J’éprouve déjà des difficultés à m’occuper de Lucas, comment savoir si je suis vraiment capable d’élever un enfant dès le début ? Je… Je ne sais pas, Cyprien. Je ne suis pas comme Estelle, je ne suis pas non plus comme Gabriella. Entre l’une qui est douce et l’autre incroyablement protectrice, qui sait se défendre en plus, moi je ne suis que… Céleste. Une prof de foudre qui a p… qui a eu peur de son don durant des années.

Il fallait bien dire la vérité. Céleste ne ressemblait en rien à Gabriella ou à Estelle, elle était du genre distante et effacée malgré son tempérament plus fort qu'elle contenait autant que possible. S'il s'attendait à tomber sur une femme sûre d'elle, c'était loupé parce qu'elle devait tout reconstruire, elle devait apprendre à vivre sans se mettre des freins tels que ceux qu'elle avait jusqu'ici. Il lui fallait du temps, c'est tout. Quelques mois. Elle ne refusait pas d'avoir des enfants ! Mais, là, tout de suite... Elle ne savait pas. Ce n'était pas une décision à prendre à la légère et, s'ils passaient énormément de temps ensemble depuis son arrivée au Pensionnat, cela ne faisait qu'un peu plus d'un mois qu'ils étaient en couple officieusement. Et décider d'emblée d'avoir des enfants... Céleste n'avait pas fait tout le chemin que Cyprien avait effectué, elle n'avait plus eu de relation depuis des années. Elle devait tout réapprendre, il lui fallait du temps. La jeune professeure détourna le regard, baissant la tête sans oser regarder Cyprien dans les yeux. Désolée.

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MessageSujet: Re: Couple brisé   Sam 16 Jan - 19:36

– M… Moi ?

Elle, oui. Cyprien n'avait jamais dissimulé son désir d'être père, de voir celle qu'il aimait s'épanouir dans la grossesse, son ventre gonfler peu à peu par le petit être qui y sera abrité, voir l'accouchement, prendre le bébé dans ses bras, s'occuper de lui, le choyer, le voir grandir, l'entendre l'appeler « papa » , être là pour lui à chaque instant de sa vie, l'accompagner dans ses peines et ses peurs, le féliciter ou le gronder, l'élever, être un père, somme toute. Céleste avait relevé la tête, laissant voir sa peur, sa panique même, avant de la baisser à nouveau. Il ignorait si elle était prête ou non... Lorsqu'ils en avaient parlé, elle n'avait rien dit pour elle-même, alors que lui-même n'avait rien caché de ce désir. Il voulait un bébé... Être vraiment le père. C'était différent, sinon, cela n'était pas... Certes, ce pouvait apparaître comme très cruel et condescendant, il le savait et en était désolé, c'était plus fort que lui. Passant le pouce sur le dos de la main de Céleste, il respira avec lenteur pour se calmer, empêcher les larmes de couler à nouveau, bien que la culpabilité continue de lui ronger le ventre. Il commence à prendre du recul, à tout réaliser, et plus il comprenait certaines choses, moins il était à l'aise. Et commençait par très fortement craindre de revoir Gabriella. Il n'était pas prêt, pas là, pas tout de suite, dans quelques jours, ce sera déjà beaucoup mieux.

– J’ai peur…, avoua-t-elle dans un murmure. Peur de ne pas être à la hauteur. Peur de voir le schéma se répéter, comme avec ma sœur et moi… Peur d’être aveuglée par la tristesse comme l’ont été mes parents et mes amis.

Peur de voir l'enfant mourir à cause de leurs différents pouvoirs ? Peur que tout ne recommence... Il serra plus fort ses mains sur les siennes, conscient que, quoi qu'il arrive, leur enfant aura obligatoirement un don, ce en pouvait être autrement avec des parents en possédant chacun deux. Céleste avait la foudre et la glace, lui-même possédait la terre et l'eau. Leur petit aura un de ces quatre dons, voire, peut-être, le feu. Elle redressa la tête, semblant si perdue et malheureuse qu'il voulut la prendre de suite dans ses bras pour la câliner et la consoler, comme elle venait de le faire avec lui. Ils devaient avoir l'air idiots, deux adultes perdus dans leurs sentiments, effrayés par l'avenir, à peines capables de monter des projets et des plans pour leur futur en commun. Cyprien approchait de ses trente-cinq mais, en cet instant, il se sentait aussi gamin et inexpérimenté qu'un tout jeune adulte de vingt ans appréhendant à peine l'existence, avec son regard neuf de jeune adulte. Alors qu'il avait déjà réfléchi très longuement à ce genre de choses, qu'il se sentait prêt à être père et qu'il pourrait aider Céleste sur la façon d'éduquer et soigner un bébé. Restait la crainte que Céleste ne veuille pas être mère, ce qui le terrifiait par dessus-tout. C'était son rêve, il cherchait désespérément à le réaliser.

– Tu… Tu m’en veux si je te dis que je ne sais pas ? Je sais que ce n’est pas « non » mais je n’ose pas dire oui… Comment on pourrait s’en occuper avec ce qui se passe ? Le Pensionnat, les militaires… J’éprouve déjà des difficultés à m’occuper de Lucas, comment savoir si je suis vraiment capable d’élever un enfant dès le début ? Je… Je ne sais pas, Cyprien. Je ne suis pas comme Estelle, je ne suis pas non plus comme Gabriella. Entre l’une qui est douce et l’autre incroyablement protectrice, qui sait se défendre en plus, moi je ne suis que… Céleste. Une prof de foudre qui a p… qui a eu peur de son don durant des années.

– Aucune mère n'est semblable à une autre, répondit-il avec douceur et une certaine lenteur. Les pires mères sont celles qui ne se soucient pas de mal faire ou qui n'ont pas envie d'offrir le meilleur à leur enfant. Ce qui compte, c'est l'amour qu'on est prêt à donner à un enfant, pas notre « capacité » à l'élever, il n'y a pas de formation pour ça. Et nous sommes deux.

Il baissa la tête à son tour, caressant les paumes et doigts de Céleste avec les siens, doucement, sans y penser. Très, très peu de femmes étaient comme Estelle, c'est à dire qu'elles avaient cela dans le sang et étaient faites pour aimer des petits, ce qu'il dit à Céleste avec un maigre sourire. Il ajouta avec un petit rire qu'on ne pouvait pas concurrencer Estelle, de toute façon, elle était très douce et maternelle si naturellement que tout le monde avait l'air très brusque et nerveux, à côté d'elle. Elle était la seconde maman de tout le monde, au pensionnat, pour les élèves comme pour les collègues. Céleste mettait la barre bien haute si elle voulait lui ressembler sur ce niveau. Chacun son caractère et sa façon d'agir, chacun sa manière de se débrouiller et de faire au mieux.

– Il n'y a rien qui puisse nous apprendre, à part les conseils donnés par d'autres parents. C'est normal que tu ais peur, avec Lucas, il a déjà huit ans et vient d'arriver. Il est perdu, traumatisé.. C'est un cas très différent. Et tu n'es pas sa mère mais sa sœur. Viens là.

Il l'incita à se lever puis à venir s'asseoir sur ses genoux, repoussant sa chaise pour lui faire de la place. Dès qu'elle fut installée, il l'encercla de ses bras par la taille pour la serrer contre lui et la réconforter, avec force, pour qu'elle puisse sentir qu'il était là et allait l'aider. Céleste se voyait peut-être comme dure et froide mais Cyprien, lui, la voyait comme une jeune femme perdue, qui dissimulait sa chaleur derrière des barrières qu'elle avait édifié pour se protéger et qui ne servaient plus qu'à la freiner aujourd'hui.

– Je n'ai pas dit que je voulais t'en faire un tout de suite, là, sur la table, sourit-il en fermant les yeux, la tête posée contre elle. Simplement que j'en avais envie, avec toi. Élever un enfant n'empêche pas de faire de son mieux dans le travail ou ailleurs, bien au contraire, c'est une raison de plus de ne pas baisser les bras et d'aller de l'avant.

Il lui frotta doucement le dos pour la réconforter, s'apaisant un peu grâce à ce contact, chassant la lourde envie de pleurer qui le tenaillait encore.

– Si on s'installe ensemble... Je voudrai que personne n'en sache rien, si ça ne te dérange pas. C'est encore un peu tendu, je... J'ai peur de la réaction de nos collègues, en fait, je n'ai pas envie que tout se sache trop vite. Sauf si tu ne veux pas le cacher ? Qu'en dis-tu, pour ça ?

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Couple brisé   Mer 20 Jan - 21:15

Cyprien – Aucune mère n'est semblable à une autre, répondit-il avec douceur et une certaine lenteur. Les pires mères sont celles qui ne se soucient pas de mal faire ou qui n'ont pas envie d'offrir le meilleur à leur enfant. Ce qui compte, c'est l'amour qu'on est prêt à donner à un enfant, pas notre « capacité » à l'élever, il n'y a pas de formation pour ça. Et nous sommes deux.

Oui… Peut-être. Céleste écouta Cyprien, les paroles sur Estelle, voulait vraiment se rassurer et croire à ce qu’il disait. C’était vrai, d’un côté, personne ne pouvait concurrencer leur collègue qui était née pour être mère. Certains pouvaient être parents, d’autres non. Comment savoir dans quelle catégorie ils se trouvaient ? Parfois, certains voulaient bien faire et se plantaient lamentablement. Qui sait ce que la peur pousse à faire ? En tant que mère, mère protégeant son enfant, n’importe qui pouvait changer radicalement et faire de mauvais choix à cause de la peur… Et c’était précisément cela qui effrayait Céleste. Qu’elle devienne comme ses parents à cause d’un événement tragique, qu’elle juge au lieu de soutenir ses enfants, qu’elle refuse d’ouvrir les yeux.

Il y avait Cyprien, oui… Mais si lui aussi réagissait comme cela ? S’il était aveuglé à cause d’un quelconque incident ? Elle avait peur. C’était stupide mais elle avait peur de devenir mère, ignorait si elle en était vraiment capable ou non. Evidemment, elle voulait offrir le meilleur à leur enfant s’ils en avaient un ! Mais, là, tout de suite… Céleste reporta son regard sur leurs mains, son attention retenue par les gestes de Cyprien. Il y a quelques mois, ce simple geste, cette caresse, lui aurait été insupportable et l’aurait fait bondir puis reculer. Mais ici… Tant de choses avaient changées depuis son arrivée au Pensionnat.

Cyprien – Il n'y a rien qui puisse nous apprendre, à part les conseils donnés par d'autres parents. C'est normal que tu ais peur, avec Lucas, il a déjà huit ans et vient d'arriver. Il est perdu, traumatisé.. C'est un cas très différent. Et tu n'es pas sa mère mais sa sœur. Viens là.

Céleste fronça les sourcils, perdue, avant de redresser la tête pour comprendre ce qu’il voulait dire par « Viens là ». Elle se leva, s’exécutant comme un automate, pour aller s’asseoir sur les genoux de Cyprien après une grosse hésitation. Et… maintenant ? S’il avait besoin de réconfort, il ne s’adressait pas vraiment à la bonne personne. Mais il le savait déjà, ça. La jeune professeure réprima un sursaut de justesse en sentant son amant et meilleur ami l’entourer de ses bras, la serrant un peu plus fort contre lui. Pour… Il… Il voulait la réconforter ? Céleste entrouvrit légèrement les lèvres pour lui dire qu’elle allait bien, que ce n’était pas nécessaire, que c’était juste un peu de peur et que tout allait très bien.

Cependant, au même instant, il posa sa tête contre elle en étouffant toute protestation. Elle ferma les yeux sans rien répondre, sentant qu’ils la brûlaient tandis que sa gorge se serrait tant ce geste la surprenait. Elle serra un peu les poings sur sa robe, à la fois mal à l’aise, surprise, et touchée. Mais elle ne voulait pas le lui montrer. Il s’était calmé, ce n’était pas le moment de craquer pour cela. S’appliquant à respirer correctement, discrètement, Céleste se mordit les lèvres, toujours silencieuse.

Cyprien – Je n'ai pas dit que je voulais t'en faire un tout de suite, là, sur la table, sourit-il en fermant les yeux, la tête posée contre elle. Simplement que j'en avais envie, avec toi. Élever un enfant n'empêche pas de faire de son mieux dans le travail ou ailleurs, bien au contraire, c'est une raison de plus de ne pas baisser les bras et d'aller de l'avant.

Il voulait… Il voulait vraiment un enfant avec elle ? Malgré ses difficultés, malgré son don, malgré tout ce qui s’était passé ? Céleste entrouvrit à nouveau la bouche, cherchant les mots, mais ils restèrent bloqués dans sa gorge. Elle réprima l’envie de pleurer là, dans ses bras, se bornant à dire que ce n’était surtout pas le moment alors que Cyprien se remettait tout doucement de sa rupture, qu’il pensait vraiment à l’avenir pour une fois. Il devait souffrir, certainement, mais il faisait un effort pour continuer à vivre et ne pas se laisser anéantir par l’effondrement de ce qu’il pensait toucher du doigt depuis des mois, la concrétisation de ce à quoi il rêvait avec Gabriella. Et ils étaient là… Il la tenait dans ses bras, essayait de la réconforter, ne semblait même pas avoir peur d’elle. A cette pensée, elle ne put empêcher une larme de couler sur sa joue, solitaire parce que Céleste ne voulait pas que Cyprien ne le remarque. Elle allait bien. C’était juste… C’était… Elle n’était pas habituée, c’est tout.

Cyprien – Si on s'installe ensemble... Je voudrai que personne n'en sache rien, si ça ne te dérange pas. C'est encore un peu tendu, je... J'ai peur de la réaction de nos collègues, en fait, je n'ai pas envie que tout se sache trop vite. Sauf si tu ne veux pas le cacher ? Qu'en dis-tu, pour ça ?

Ne pas le cacher… ? Si, si, si. Là-dessus, Céleste était parfaitement d’accord avec Cyprien. Elle ne se sentait pas prête à le dire aux autres, personne ne comprendrait et certains risquaient de trouver ça mal vu. Surtout que la directrice était là, très fragile physiquement malgré ce qu’elle montrait. L’école avait besoin d’elle, besoin d’eux, besoin d’une équipe beaucoup plus soudée que l’année précédente. Alors, non, l’officialiser… Mieux valait que cela reste secret. De toute manière, ce n’était pas Céleste qui allait le crier sur tous les toits… Elle faisait des efforts pour se rapprocher des autres, parlait un peu plus à Estelle au moins. Mais, depuis les vacances, elle ne l’avait pas vraiment recroisée, ni parlé avec elle, depuis la réunion de prérentrée. La jeune femme ne bougea pas, essayant de camoufler sa voix un peu étrange, de se calmer, avant de répondre.

Céleste – Je suis du même avis que toi, dit-elle d’une voix un peu rauque. Je… J’ai peur aussi. Il vaut mieux… attendre un peu. Les élèves ont besoin de nous, ce n’est pas le moment de créer un nouveau sujet de discorde au sein de l’équipe enseignante.

Il valait mieux ne rien dire. Patienter, de ce côté-là. Ils avaient le temps, de toute manière… Ils devaient apprendre à vivre ensemble avant tout.

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