1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Une simple escapade

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Genji Nakajima
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Âge RPG : 16 ans

MessageSujet: Une simple escapade   Sam 26 Sep - 18:52

Il entendit vaguement un coq chanter au loin, alors qu'il se retournait sous la couverture, ouvrant les yeux avec un peu de peine. Il avait mal dormi, s'étant encore pris la tête avec sa famille la veille, pour il ne savait trop quoi. Son père passait sa vie toute entière à être de mauvaise humeur ! Rien qu'hier, il avait été d'une humeur affreuse et lui avait pourri sa soirée, comme quoi Genji ne l'écoutait pas assez, qu'il n'en faisait qu'à sa tête, qu'il n'avait aucun respect pour ses parents et ainsi de suite. Mais bien sûr ! Il avait juste besoin d'un petit peu d'air, c'est tout, il ne demandait pas la lune ! Il se redressa avec un petit grognement, se taisant ensuite pour ne pas réveiller ses deux jeunes sœurs. Elles étaient jumelles et allaient fêter leurs dix ans cette année. Akane était légèrement plus grande, on la reconnaissait grâce à un petit grand de beauté au-dessus des lèvres. Sa jumelle, Rina, la suivait toujours partout, toujours souriante. Les deux petites filles parfaites qui obéissaient bien à leur père et ne criaient jamais. Mais c'était ses sœurs, c'était elles qu'il aimait le plus dans cette famille.

Il s'habilla sans faire de bruit, faisant ensuite coulisser doucement la porte pour quitter la chambre, refermant sans bruit derrière lui. Ils se levaient un peu plus tard, le dimanche, comme ils ne se rendaient pas aux champs. Il s'étira, se frottant les yeux, allant dans le vestibule pour enfiler ses chaussures. Il allait passer dans l'arrière du jardin lorsqu'il aperçut son père et ses oncles un peu plus loin, faisant demi-tour aussi sec. Oui, il les évitait ! Il revint vers l'entrée, shootant dans un caillou au passage, les mains fourrées dans la poche de sa veste. Il ne voulait pas rentrer tout de suite, n'ayant pas faim. Il pensa à s'entraîner, mais c'est vrai, il était "trop indiscipliné" pour progresser. Et puis, tout seul, ça ne servait pas à grand-chose tant qu'on n'avait pas un certain niveau. Il leva le nez pour regarder le ciel, serrant sa veste autour de lui car il avait un peu froid. Un bruit derrière lui fit tourner la tête et il vit sa tante Himako sortir, bien habillée, avec un châle serré autour d'elle. Elle devait sans doute passer la journée avec son petit ami. Il la salua d'un signe de tête lorsqu'elle fila, le regard brillant et l'air enjoué. Il voulait sortir, lui aussi. Partir le plus loin possible d'ici. Il entendit tout à coup une voix fluette crier son prénom. Il se retourna, voyant Akane passer la tête dehors.

– Papa et maman disent qu'on va bientôt manger, lança-t-elle.

Il lui fit signe qu'il arrivait et elle referma la porte. Il reporta le regard sur le portail, hésitant puis soupira avant de partir à grands pas à son tour, à pieds, sans regarder derrière lui. Il avait l'habitude de partir comme ça une heure ou un peu moins, même s'il prenait la peine d'avertir sa mère d'abord, d'habitude. Mais il sera vite revenu, c'est bon. Il s'engagea sur le chemin qui dévalait vers le village, un peu plus vite que d'habitude, cherchant à s'éloigner suffisamment pour ne plus voir la maison. Il ne savait même pas où il allait, ayant juste besoin d'air, d'être un peu seul, oublier toutes les engueulades que son père lui collait régulièrement ces derniers temps. Il finit par courir, se lançant sur la route en respirant un grand coup. Il entra dans le village encore endormi en ralentissant un peu, peu de monde était dehors à cette heure-ci. Il salua ceux qu'il connaissait, traversant le bourg, toujours sans but bien défini. Il s'arrêta en bordure du village, s'asseyant sur une barrière de pierre, près d'un champ. C'était très calme, ici, personne pour lui crier dessus ou lui faire la morale, personne pour lui répéter qu'il n'était pas le gentil fils aîné parfait que son père voulait. Il eut la gorge un peu serrée, se frottant les yeux avec une grande inspiration. Allez, on se reprend.

Sautant de la barrière, il reprit sa route, marchant droit devant lui, avant de s'arrêter à nouveau presque deux kilomètres plus loin. Il ne savait plus depuis combien de temps il était parti, peut-être plus d'une demi-heure. Ou plus. Peu importe. Il ne savait pas trop il était, étant donné qu'il ne se rendait jamais dans ces chemins, l'école était à l'opposé du village. Il fronça le nez en réalisant, au fur et à mesure qu'il marchait, qu'il s'était perdu, mais bon, il retrouvera son chemin plus tard. Il continua néanmoins à marcher, plus lentement, en regardant autour de lui. Il était seul, entendant juste quelques oiseaux, voyant des fermes au loin et parfois des paysans dans les champs ou remonter sur des chemins de terre avec des bottes de branchages et de bois. Il s'arrêta dans une petite combe, près de la rivière Tao, qui se jetait dans un torrent plus gros et emportant, s'asseyant sur un gros rocher. Il avait envie de pleurer mais se contint, se contentant de se frotter les yeux puis le visage.

Se relevant, il fit quelques pas pour aller au bord du torrent gonflé et en furie, en cette saison, avec un petit frisson, les bras croisés. Il baissa le regard pour l'observer, un peu penché au bord de la rive, là où les arbres plongeaient leurs racines dans l'eau et la terre. Il s'agenouilla sur le bord, tendant la main pour toucher l'eau vive, s'appuyant ensuite contre le gros arbre à côté de lui. Il laissa sa tête appuyée contre le tronc, fermant les yeux, en écoutant simplement le grondement du torrent et le bruit des feuilles au-dessus de lui alors que le vent les agitait. La torpeur le prit peu à peu, aidée par le silence et le froid de l'hiver, alors qu'il ne bougeait presque plus. Plus envie de bouger, plus envie de rien, d'un seul coup. Tant pis s'il l'air était glacial. Il somnolait, les yeux toujours fermés, blotti contre le tronc, plongeant peu à peu dans le sommeil. Plus du tout envie de bouger. Même le froid était moins contraignant. Il entendait juste le torrent, parfois des charrettes et des voitures passer, au loin. Tout cela se muait en un bruit de fond, presque indistinct. Il avait sommeil.

Encore plus tard, dix ou vingt minutes après, il entendit tout à coup à coup une voix dure hurler son prénom. Il battit des paupières, le corps engourdi, sursautant un peu lorsqu'on se sait tout à coup de lui en le relevant. Il mit un moment avant de reconnaître son père, perdu, l'esprit un peu embrumé. Qu'est-ce qu'il faisait là déjà ? Ah, oui, il était parti... Il y a une heure ou deux... Ou trois ? Le soleil était beaucoup plus haut, à présent, signe que pas mal de temps était passé.

– Debout ! Qu'est-ce qui te prend de dormir ici, au bord du torrent, par ces températures ? Tu es parti avant de manger sans prévenir, ça fait plusieurs heures que je te cherche !

Mais il... Il trembla un peu, sans répondre tout de suite, alors que son père le tenait par les deux bras. Il n'était pas parti depuis si longtemps que ça ! Ou si ? Il faisait froid, oui, mais il s'était endormi dix minutes, pas plus. Ou si ? Il se mordit les lèvres, sans essayer de repousser son père, cependant, le corps un peu engourdi pour le moment. Il n'avait même pas froid, bizarrement, juste pris par une lourde torpeur. Il se serait certainement effondré si son père ne le tenait pas.

– Je ne pensais pas, bafouilla-t-il, que ça sa faisait des heures. Je me suis juste endormi.

Et il ne faisait pas si froid que ça, en plus. Il y avait du soleil, pas de neige ni de verglas, presque pas de vent grâce aux arbres. Non ? Son père ne répondit rien mais l'entoura tout à coup de ses bras, puis le souleva tout à coup sans crier gare. Genji eut un hoquet de surprise et d'indignation, balbutiant qu'il pouvait très bien marcher. Peut-être pas très vite, mais c'est bon, ce n'est pas vingt minutes sans bouger dans le froid... Il se força à ne pas refermer les yeux, demandant à son père de le lâcher. Ce qui ne changea pas grand-chose à l'affaire... Il était vraiment parti si loin ? Il ne l'avait pas réalisé, marchant au hasard jusqu'à se perdre complètement puis s'asseoir près du torrent. Il eut un petit frémissement, peu à peu rattrapé par le froid ambiant, les yeux à demi-fermés. Mais il pouvait marcher, ça allait très bien. Pourquoi son père était venu le chercher ? Qu'il le considère comme un moins que rien, admettons, mais il n'était pas obligé de le poursuivre comme ça. Il aurait très bien pu le laisser là-bas, Genji serait rentré tout seul, plus tard, personne n'aurait eu besoin de se déranger. Il batailla pour ne pas s'endormir de nouveau, le froid étant revenu en force.

Une fois revenus à la maison, son père l'emmena à la cuisine, près de la cheminée, sur le parquet. Il cligna des yeux, l'esprit dans le brouillard, agité par de longs frissons. Il ne comprenait toujours pas pourquoi il était venu le chercher s'il le détestait, s'il était une gêne. Il lui mit une couverture sur le dos, frottant ensuite pour le réchauffer. Pourquoi est-ce qu'il... Hier soir seulement, il lui faisait bien comprendre qu'il était un fils indigne et ce matin il s'occupait de lui ? Il avait l'impression d'halluciner, à moins que ce ne soit une très mauvaise blague.

– Réchauffe-toi, ne bouge pas, je te prépare quelque chose à manger.

Il entrouvrit la bouche, dans l'optique de lui dire qu'il n'avait pas faim ni besoin de manger, mais stoppa avant, en voyant l'expression de son père, mauvaise idée de l'ouvrir, pour le moment. Il baissa la tête, sas rien dire, se forçant ensuite à manger du bout des lèvres ce que son père lui donna. Il avait l'estomac noué, songeant qu'il pourrait s'épargner la peine de faire ça, il était déjà déçu, de toute façon. Mais il était hors de question que Genji laisse apparaître, même une seule seconde, que ça le blessait. Il n'était pas comme il le désirait, très bien, donc il devait se débrouiller pour vivre sans qu'on s'occupe de ce qu'il faisait.

– Pourquoi tu es venu me chercher si tu me dét... Enfin, pourquoi...

Pourquoi il avait perdu du temps et de l'énergie à lui courir après alors qu'il lui avait déjà fait comprendre qu'il était un fils décevant ? Il n'avait pas relevé la tête, la gorge serrée, reposant le bol plus loin. Il tremblait toujours de froid mais était déjà un peu mieux réchauffé que toute à l'heure. Il osa enfin redresser la tête, voyant l'air choqué de son père, assis en face de lui. Mais quoi, il ne pouvait pas dire le contraire, ça faisait des mois qu'ils se prenaient toujours la tête en hurlant ! Au moins, s'il avait disparu toute la journée, il leur aurait foutu la paix. C'était bien ça qu'il voulait, non ? Un peu de paix, de calme. Genji voulait se lever mais il avait l'impression d'avoir du plomb à la place des jambes. Il baissa à nouveau la tête, se mordant les lèvres.

– Je pensais que tu serais soulagé si je disparaissais du paysage une heure ou deux, marmonna-t-il.

– Que je serais soulagé... ?

Il eut l'air encore plus choqué, alors que Genji le regardait dans les yeux, la bouche pincée. C'était quand même normal qu'il pense ça. Il passait sa vie à lui répéter qu'il n'agissait pas comme il faudrait,a lors que le jeune homme n'y pouvait rien s'il avait un caractère plus fort que ses sœurs, s'il était plus agité. Il serra le poing sur un bout de couverture, toujours tremblant.

– Tu es mon fils, Genji, je ne serai jamais soulagé en ignorant où tu te trouves. Il aurait pu t'arriver n'importe quoi, là-bas ! Et si je ne t'avais pas réveillé, tu imagines ce qui se serait passé ?

– Je... Oui...

Il n'avait pas eu l'intention de s'endormir, à la base, juste s'arrêter un peu, faire une pause loin de la maison, loin de sa famille avec laquelle il ne se trouvait plus en phase. Il en avait juste assez des disputes, voilà tout. Il ne trouvait pas sa place, il n'arrivait plus à être en accord avec tout le monde, ayant besoin de se défouler, se dépenser, bouger ! Il avait envie de vivre, avoir un peu plus d'action, des choses concrètes à faire, pas simplement rester là à attendre que le temps passe, dans le train-train quotidien, la routine familiale. Il avait envie de bouger, voire le monde, mais qui pourrait comprendre ça, ici ? Il ne savait pas comment faire pour concilier ses rêves avec la vie qu'il menait. Et savait très bien qu'il décevait ses parents.

– Je suis parti pour laisser de l'air à tout le monde et être un peu seul, ajouta-t-il après un silence. Je n'ai pas envie que tu me détestes encore plus, c'est tout. Je préviendrai la prochaine fois, je ne pensais pas que tu partirai à ma recherche.

Il se mordit un peu plus les lèvres, sans plus regarder son père dans les yeux.

– Ce n'est pas la peine de s'occuper de moi, de toute façon, ça va très bien, marmonna-t-il. Puisque vous... Enfin, si vous pouviez m'oublier, il y aurait déjà moins de cris. J'ai compris que tu en avais assez alors maintenant, tu pourrais faire comme si je n'existais pas, tout simplement.

Au moins histoire de rendre l'air plus supportable et l'ambiance plus vivable. Il allait rajouter quelque chose lorsque son père se redressa tout à coup et lui colla une gifle, le faisant sursauter. Il hurla qu'il racontait n'importe quoi, faisant légèrement reculer son fils. Genji grimaça en portant une main à sa joue, les dents serrées, relevant le regard sur son père.

– Ce n'est pas n'importe quoi, tout ce que je te dis, je le vois ! s'écria-t-il. Qu'est-ce que tu veux que je fasse ?! Je ne veux pas vous décevoir mais je... Je ne peux pas changer à ce point, j'ai besoin de bouger, agir... Je ne fais rien de concret, ici, et plus le temps passe, plus j'ai l'impression de ne plus avoir ma place. Tu me répètes tous les jours que je suis un fils indigne ! Mais que veux-tu que je fasse ? Qu'est-ce que je dois faire ?

Sa voix se brisa légèrement sur la fin alors qu'il secouait la tête, mourant d'envie de fuir de cette pièce mais il n'arrivait toujours pas à se lever. Il tremblait toujours assez fort mais ses muscles semblaient s'être changés en coton. Il était glacé, malgré  le feu et la couverture. Il fit un effort pour essayer d'atténuer les tremblements, les lèvres légèrement bleues. Il détourna le regard, une flamme dans la cheminée brillant un peu avant de lécher le bois, avec un crépitement. C'est bon, il avait sa dose. Puisque son père lui en voulait, de toute façon... Il essaya de se relever et parvint à replier les jambes sous lui, le souffle un peu raide, alors que les tremblements s'accentuaient. Il s'excusa de l'avoir dérangé, les deux mains appuyées au sol. Cette "conversation" ne menait à rien, de toute façon, et il n'avait pas envie de continuer la dispute, continuer de se prendre la tête, une fois de plus, histoire de bien enfoncer le clou. Bon, maintenant, se lever et partir, c'était quand même lui qui commandait à ses muscles, jusqu'à preuve du contraire. Non ?

– Tu t'excuses de m'avoir dérangé... ? Je ne pensais pas que le froid t'avait atteint à ce point-là.

Il ne... Son père se leva tout à coup pour prendre une seconde couverture, Genji lui jetant un regard un peu hagard, puis les en enveloppa tous les deux en se rasseyant puis en le prenant dans ses bras. Le jeune homme se raidit aussitôt, sans plus savoir comment réagir, coupé dans son élan. Il voulait juste partir pour le laisser tranquille, lui ! Mais son père ne lâchait pas. Il ne comprenait plus rien. Il fit un effort pour cesser de trembler, marmonnant que ça allait très bien, même s'il était glacé. Il se demandait si son père pouvait le sentir et espérait que non. Il ne dit plus rien durant un moment, se contentant de se mordre les lèvres avec gêne.

– Je peux partir ?

– Certainement pas, tu es glacé.

Il le serra un peu plus fort alors que Genji retenait un petit gémissement. Et si jamais quelqu'un entrait dans la cuisine pour préparer le déjeuner ou prendre du thé et voyait la scène ? Il remua un peu, toujours très peu à l'aise, tête baissée. Il se sentait épuisé, bien qu'il n'ait rien fait de spécial aujourd'hui à part marcher un peu.

– Comment tu m'as retrouvé, toute à l'heure ? murmura-t-il. Je croyais que personne ne s'inquiéterait...

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Josuke Nakajima
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MessageSujet: Re: Une simple escapade   Sam 3 Oct - 23:48

Josuke – Akane, tu vas dire à Genji qu’on mange, s’il te plaît ?

Josuke sourit en voyant leur fille filer prévenir Genji, l’esprit un peu plus lourd cependant. Kimmitsu avait bien réagi, oui, mais il fallait encore prévenir son fils pour les... quelques changements qu’il allait connaître. Normalement, il devrait bien le prendre. Non ? Après tout, il serait avec son oncle, loin d’eux, dans un autre environnement, sans la pression de la famille pour évoluer... Munemori avait raison, ça allait sans doute très bien se passer. Ils ne pouvaient pas faire autrement ! Il avait peur pour son fils, peur de le voir se renfermer, peur de le voir s’exiler et s’éloigner à cause de pensées qu’il refusait de partager. Ce n’était pas sain mais il avait beau le répéter, rien n’y faisait... Genji refusait de parler, de se calmer, de se poser. Dès qu’ils étaient ensemble, les choses dégénéraient.

Le chef de famille aida à mettre la table, calmement, tandis que les autres membres de la famille arrivaient petit à petit, s’installant autour pour manger. Akane revint sans Genji qui arriverait sans doute dans quelques minutes, avec du retard, comme d’habitude. Mais cette fois, Josuke ne s’inquiéterait pas, ne s’énerverait pas et n’irait pas l’engueuler ou lui faire la morale. Il devait être responsable, un minimum au moins, et il apprendrait la discipline en France, ce qui allégeait un peu l’esprit de son père. Il voulait provoquer, très bien... Josuke devait donc agir en conséquence pour son bien. Il ne voulait pas le laisser tomber ! Ils ne se comprenaient plus, ne s’entendaient plus du tout, et c’était pareil avec le reste de la famille. Alors il devait prendre d’autres mesures, avancer plutôt que d’abandonner son fils qui semblait appeler à l’aide sans que personne ne le comprenne. Ajoutons à cela son incapacité à s’expliquer clairement... Autant dire qu’ils étaient dans une impasse, et une belle.

Ils commencèrent à manger, Genji n’arrivant toujours pas. Josuke lança un regard à sa femme qui ne cessait de regarder par la porte, visiblement inquiète. Il hocha la tête et se leva pour aller chercher Genji, prêt à l’affronter à nouveau même s’il aurait préféré éviter cette situation. Il pouvait râler tant qu’il le voulait mais ne pas se nourrir, il en était hors de question. Un esprit sain dans un corps sain, ne le lui avait-il pas assez souvent répété ?! Tout le monde le savait, lui le premier. La situation ne pouvait pas s’améliorer s’il se laissait aller, Genji devait bien s’en douter, non ? Josuke se dirigea vers la chambre de son fils, l’appelant une fois sans entendre de réponse. Une deuxième fois. Une troisième. Toujours rien. Il ouvrit la porte... pour trouver la chambre vide. Il avait encore filé... Bon, ce n’était pas comme si c’était inhabituel, il serait revenu dans une heure et aurait intérêt à s’expliquer. Il ne l’empêchait pas de sortir mais partir comme cela sans même manger... Et s’il lui arrivait quelque chose, hein ? Josuke se pinça l’arrête du nez, poussant un soupir avant de se retourner en fermant la porte derrière lui. Il revint avec les autres membres de la famille, avertissant sa femme que Genji avait filé d’un regard.

Emiko – Tu es sûr qu’il ne risque rien ? demanda-t-elle, inquiète.

Josuke – Ne t’inquiète pas, ce n’est pas la première fois qu’il part sans prévenir. Il sera revenu dans une heure.

Mais cela ne sembla pas la rassurer... Pourtant, elle n’avait pas à s’inquiéter, Genji partait de plus en plus souvent, ces derniers temps, ce n’était pas une nouveauté. Il allait revenir, même si oui, il y avait toujours cette angoisse d’apprendre qu’il lui était arrivé quelque chose... Seulement, il ne pouvait rien faire. Ils ne savaient pas où il était parti, par où, ni depuis combien de temps. Le repas était déjà bien avancé et, s’il avait couru, il pouvait très bien être à deux bons kilomètres de la maison à l’heure qu’il était. Josuke serra la main de sa femme pour la rassurer, terminant de manger comme les autres en discutant, jetant parfois un regard à la place de Genji. D’habitude, il ne s’inquiétait pas à ce point mais, avec Emiko... Elle le rassurait, ne semblait pas morte d’inquiétude comme ici. Pourquoi ? Etait-ce l’instinct maternel qui lui criait que son fils était en danger ? Le repas se termina sans qu’il ne revienne, Josuke aidant à ranger sans rien dire, de plus en plus inquiet. Ce qui n’échappa à ses frères, surtout après la discussion qu’ils avaient eue la veille... Du coin de l’oeil, il vit Emiko sortir, sans doute pour guetter le retour de son fils. Cela faisait bien plus d’une heure qu’il était parti, à présent. Ce qui n’était pas dans ses habitudes...

Josuke – Emiko, dit-il en la rejoignant dehors, la prenant dans ses bras. Je vais aller le chercher, cesse de t’inquiéter, d’accord ? Je vais revenir avec lui.

Emiko hocha la tête et il déposa un baiser sur son front avant de se détacher d’elle, prenant son visage en coupe pour la regarder dans les yeux dans le but de la convaincre de ce qu’il avait dit. Josuke allait revenir avec leur fils, il le lui promettait. Il se mit en route, partant par derrière comme Genji l’avait sûrement fait, puis remonta un long chemin sans voir une seule trace. Il s’arrêta, n’ayant absolument aucune idée du chemin à suivre. Où s’était-il caché... Il n’avait pas pu aller bien loin ! Où avait-il l’habitude de se réfugier ? Peut-être avait-il voulu rester dans son coin tranquillement sans personne pour venir le déranger, auquel cas il ne risquait rien et reviendrait seul. Mais, dans le doute... Bon, mieux valait demander à quelqu’un. Il remonta encore un peu le chemin, croisant un de leur voisin qui restait souvent dehors, et le salua, lui demandant s’il n’avait pas vu son fils ce matin.

Voisin – Ah non, désolé, il n’est pas passé par ici aujourd’hui. Et je me suis levé très tôt donc je l’aurais aperçu.

Josuke – D’accord, merci beaucoup, ce n’est pas grave. Bonne journée à vous.

Josuke fit un signe de la main en souriant puis s’en alla, revenant vers la maison. Si le voisin n’avait pas vu Genji, il n’était pas parti par derrière mais par devant, par le portail... Il était parti devant leurs yeux sans qu’ils ne s’en doutent une seule seconde. Avec ce détour, son fils avait dû avoir le temps de bien s’éloigner, ajoutant de l’espace entre eux deux. Et s’il s’était perdu ? S’il s’était blessé ? Le vieil homme pressa le pas dans la direction opposée, repassant devant la maison, la passant avant de reprendre le chemin normal. Il avança encore et encore, croisant d’autres voisins qui lui confirmèrent que Genji était passé par ici il y avait quelques heures, qu’ils ne l’avaient pas revu depuis et qu’ils pensaient, sur le moment, que c’était lui qui lui avait demandé de chercher quelque chose. Mais non... Josuke n’avait absolument rien demandé. Il traversa le village, marchant droit devant lui en se fiant aux indications des personnes qu’il croisait. Seulement, plus il avançait, plus il se rapprochait de la fin du village, de la fin des endroits que Genji était supposé connaître...

Il dut marcher encore une bonne heure, suivant le chemin, s’éloignant toujours un peu plus de la maison en se disant qu’il s’était trompé. Ce n’était pas possible, Genji n’avait pas pu s’éloigner à ce point... Il y avait la rivière Tao, un peu plus loin, si son fils s’était perdu, il se serait sans doute dirigé vers elle. C’était un principe de base, une question de survie, un instinct que toute personne possède. Parce que, près d’une rivière, on croise logiquement un village... Priant pour que son raisonnement soit celui que Genji avait adopté, Josuke continua son chemin, avançant tout droit vers la rivière pendant une demi-heure encore. Cela faisait plus de trois heures qu’il était parti... Mort d’inquiétude, Josuke pressa le pas, entendant le son de la rivière s’accentuer à mesure qu’il s’en rapprochait. Il y arriva très vite, cette fois, s’arrêtant au bord et baladant du regard les environs. Genji était forcément ici...

Josuke – Genji ! hurla-t-il.

Josuke se précipita sur son fils, allongé contre un arbre, profondément endormi. Il dormait ! Il dormait dehors par des températures pareilles, il avait perdu l’esprit ! Il le saisit par les bras pour le secouer et le réveiller, espérant ne pas être arrivé trop tard. Il était gelé... Dormir près de l’eau, avec le vent, sans rien dans le ventre, alors qu’il marchait depuis plusieurs heures... Il avait voulu se tuer, ou quoi ?!

Josuke – Debout ! Qu'est-ce qui te prend de dormir ici, au bord du torrent, par ces températures ? Tu es parti avant de manger sans prévenir, ça fait plusieurs heures que je te cherche !

Josuke le frotta ses bras, son dos, essayant de le réchauffer comme il le pouvait alors que Genji semblait se réveiller et reprendre ses esprits. Non mais depuis combien de temps dormait-il exactement ? Il aurait pu en mourir s’il ne l’avait pas retrouvé ! Etre trop gelé pour marcher et appeler à l’aide et devoir rester là, attendre des heures jusqu’à ce qu’on le retrouve et tomber gravement malade. Est-ce qu’il le réalisait, cela ?!

Genji – Je ne pensais pas, bafouilla-t-il, que ça sa faisait des heures. Je me suis juste endormi.

C’était justement ce que Josuke lui reprochait. De s’être endormi ! En plus de cela, oui, il s’était perdu et avait complètement perdu la notion du temps... S’il s’était endormi, c’était qu’il était fatigué, épuisé, vidé de ses forces et qu’il avait donc beaucoup marché. Par chance, il avait de petites jambes et n’était donc pas allé très loin, épargnant à Josuke de faire des kilomètres et des kilomètres pour le retrouver. Il ne répondit rien, fixant son fils toujours gelé. Ils devaient absolument rentrer... Et vite pour lui éviter d’attraper la mort. Cependant, marcher autant qu’à l’aller dans cet état alors qu’il n’avait rien mangé n’était pas prudent. Il ne restait qu’une solution... Josuke serra Genji dans ses bras, le portant ensuite, indifférent à ses protestations. Non, il n’allait pas bien, qu’il arrête de dire des bêtises. Il était mal, que ce soit moral ou physique. Passer du temps chez son oncle, en France, lui ferait énormément de bien. Même si le lui dire maintenant n’était peut-être pas la meilleure idée qui soit... Il attendrait quelques jours, au moins pour voir si son comportement s’améliorait ou non.

Josuke marcha lentement, portant son fils sur tout le trajet du retour. Il somnolait à moitié, sans doute abruti par le froid, la marche et la faim. Quelle idée saugrenue avait-il eue... C’était stupide ! Le sentant frissonner parfois, il accéléra la cadence pour rentrer à la maison assez vite. Sa femme devait être morte d’inquiétude, et elle avait raison, étant sans nouvelle depuis tout ce temps. Heureusement, le soleil, haut dans le ciel à présent, les réchauffait et évitait que Genji ne prenne encore plus froid. Josuke s’inquiétait de le sentir si glacé, il n’avait vraiment pas bonne mine et devait se réchauffer, manger, et dormir un peu pour se remettre de ses émotions. Il poussa le portail à l’aide de son pied, tenant toujours son fils bien contre lui pour qu’il ne tombe pas, et entra dans la maison après avoir ôté ses chaussures en se dirigeant directement vers la cuisine où la cheminée devait être allumée, l’installant devant pour qu’il se réchauffe. Josuke posa ensuite une couverture sur ses épaules, frottant ses bras et son dos. Voilà, il allait très vite se sentir mieux maintenant.

Josuke – Réchauffe-toi, ne bouge pas, je te prépare quelque chose à manger.

Voyant l’expression de Genji, il lui lança un regard pour lui faire comprendre qu’il ne lui laissait pas le choix et s’attela à la tâche, lui préparant quelque chose de bien chaud et consistant. Il devait manger quelque chose, se réchauffer avant de dormir dans son lit sans y bouger avant qu’il ne se sente mieux. Lorsque ce fut prêt, Josuke s’agenouilla à côté de lui, lui donnant le bol et l’encourageant à manger. Au moins un peu pour reprendre des forces, sa pâleur l’effrayait de même que la couleur de ses lèvres. Depuis combien de temps dormait-il au bord du torrent ? Il l’ignorait et préférait ne pas le savoir, se concentrant sur le présent, soulagé de le voir ici. Peut-être lui faisait-il souvent la morale mais c’était précisément parce qu’il tenait à lui qu’il agissait ainsi ! Et cela, Genji ne semblait pas le comprendre... Josuke le regarda manger sans rien dire, assis à côté de lui, les mains jointes sur ses genoux, le couvant du regard sans voir ses yeux. Il avait vraiment eu peur, aujourd’hui. Le comprenait-il ?

Genji – Pourquoi tu es venu me chercher si tu me dét... Enfin, pourquoi...

... Josuke entrouvrit légèrement la bouche, choqué, incapable de dire quoi que ce soit tant ces pensées étaient hallucinantes, incroyables. Il pensait qu’il le détestait ? Mais c’était idiot ! Ce n’était pas parce qu’ils se disputaient qu’il ne l’aimait plus, au contraire ! Oui, d’accord, ils ne se comprenaient plus. Mais il faisait des efforts, il cherchait des solutions et en avait, d’ailleurs, trouvé une qui lui ferait le plus grand bien. Jamais, ô grand jamais, il ne détestait son fils. C’était parfaitement idiot, comment pouvait-il penser une telle absurdité ? Genji n’avait pas encore relevé la tête, ce qui confirmait qu’il devait penser cela depuis un certain temps. Comment était-il arrivé à ce stade... Il redressa enfin la tête, le regardant sans qu’il n’ait eu le temps d’effacer son air choqué. Il peinait à croire à ce qu’il avait entendu. Genji ne pensait pas vraiment cela... Si ?

Genji – Je pensais que tu serais soulagé si je disparaissais du paysage une heure ou deux, marmonna-t-il.

Josuke – Que je serais soulagé... ?

De mieux en mieux... Le choc surplomba toute autre émotion tant cette déclaration était impensable, le vieil homme ouvrant la bouche et faisant des yeux ronds tout en dévisageant Genji. Il pensait qu’il serait soulagé en ne voyant pas son propre fils pendant plusieurs heures ? Encore plus stupide que la réflexion précédente. Josuke avait l’impression qu’un fossé s’était creusé entre eux deux, les séparant de plusieurs kilomètres malgré leur proximité actuelle. Non, il ne comprenait plus Genji et il était en train de le perdre un peu plus tous les jours. Son propre fils ! Comment pouvait-il sincèrement penser qu’il serait soulagé ?! Evidemment que non ! Naturellement, il s’inquiétait, il s’était fait un sang d’encre en imaginant le pire ! Et s’il n’était pas arrivé à temps... Sa gorge se serra à cette idée mais il chassa toute image macabre de son esprit. Genji était là, en face de lui. Ebranlé, secoué, mais il était là.

Josuke – Tu es mon fils, Genji, je ne serai jamais soulagé en ignorant où tu te trouves. Il aurait pu t'arriver n'importe quoi, là-bas ! Et si je ne t'avais pas réveillé, tu imagines ce qui se serait passé ?

Genji – Je... Oui...

On reeespire. De toute évidence, la « sieste » au bord du torrent n’était pas prévue, Genji avait été complètement irresponsable et semblait avoir compris la leçon. Lui faire la morale maintenant n’était pas une bonne idée, il voulait arranger les choses, pas les aggraver. Même si cela le démangeait de plus en plus... Il aurait très bien pu lui arriver quelque chose ! Sans qu’il ne le réalise, avec ça, c’était le comble. Et tout ce qu’il trouvait à répondre était « Je... Oui » ? Vraiment, Josuke faisait un effort surhumain pour ne pas le brusquer et être ouvert, pour une fois, surtout avec ce qu’il avait dit quelques secondes plus tôt, mais il ne fallait pas trop lui en demander. Soulagé... Soulagé ! Il regarda Genji de haut en bas, s’adoucissant en le voyant trembler, restant silencieux. Il avait besoin d’un père, pas d’un moralisateur, alors on se calme.

Genji – Je suis parti pour laisser de l'air à tout le monde et être un peu seul, ajouta-t-il après un silence. Je n'ai pas envie que tu me détestes encore plus, c'est tout. Je préviendrai la prochaine fois, je ne pensais pas que tu partirai à ma recherche.

Mais bien sûr que si ! Il partait sans prévenir pendant plusieurs heures, sans avoir mangé quoi que ce soit, sans donner signe de vie alors que sa sœur l’avait prévenu qu’ils mangeaient. A quoi pensait-il sérieusement en partant comme cela ? Il était logique que son père parte à sa recherche, surtout en imaginant le pire comme il l’avait fait ! Genji ne le regardait plus mais Josuke, lui, ne parvenait pas à détacher son regard de son fils, partagé entre la tristesse et l’exaspération. Ils s’étaient éloignés à un point inimaginable...

Genji – Ce n'est pas la peine de s'occuper de moi, de toute façon, ça va très bien, marmonna-t-il. Puisque vous... Enfin, si vous pouviez m'oublier, il y aurait déjà moins de cris. J'ai compris que tu en avais assez alors maintenant, tu pourrais faire comme si je n'existais pas, tout simplement.

Quoi ?! Cette fois, Josuke se redressa et gifla Genji, lui hurlant qu’il racontait n’importe quoi. Comment pouvait-il penser une chose pareille ?! L’oublier ! Faire « comme s’il n’existait pas » ! Mais il était son fils, son sang coulait dans ses veines et Josuke l’aimait plus que tout, quoi qu’il pense. Il fixa Genji, les joues un peu rouges, soufflant. La situation était bien plus dramatique que ce qu’il ne pensait, il était urgent de tout arranger. Le plus vite possible. Heureusement que Kimmitsu était là, prêt à l’aider... Plus que jamais, il avait besoin de son frère, de cette aide qu’il pouvait lui apporter. Comment Genji en était-il arrivé à une telle conclusion... ?

Genji – Ce n'est pas n'importe quoi, tout ce que je te dis, je le vois ! s'écria-t-il. Qu'est-ce que tu veux que je fasse ?! Je ne veux pas vous décevoir mais je... Je ne peux pas changer à ce point, j'ai besoin de bouger, agir... Je ne fais rien de concret, ici, et plus le temps passe, plus j'ai l'impression de ne plus avoir ma place. Tu me répètes tous les jours que je suis un fils indigne ! Mais que veux-tu que je fasse ? Qu'est-ce que je dois faire ?

Josuke resta bouche-bée, mal à l’aise, cherchant les mots qu’il fallait pour éviter que cette discussion se termine mal, une fois encore. Il ne savait pas quoi faire. Il s’énervait souvent, beaucoup trop souvent sur Genji et lui-même n’en faisait qu’à sa tête mais jamais il n’aurait pensé qu’il gardait autant de choses pour lui. Pourquoi ne lui disait-il pas ce qu’il ressentait, à chaque dispute ? Josuke n’avait pas réalisé lui avoir dit tous les jours qu’il était un fils indigne, ou le lui avoir fait comprendre ainsi. Il ne l’avait jamais pensé ! D’accord, il était déçu et désespéré mais de là à penser qu’il était un fils indigne... Bien sûr que non. Genji restait son fils, qu’il soit en pleine crise d’adolescence ou non, et rien ne changerait cela. Mais comment le lui faire comprendre si ces pensées étaient ancrées à ce point dans son esprit ? Il ne faisait pas assez attention à ses paroles, à son comportement, et cela avait affecté le moral de Genji sans qu’il ne le voie.

Comme pour en rajouter une couche, Josuke l’entendit s’excuser de l’avoir dérangé alors qu’il bougeait légèrement, sans doute pour se réchauffer comme il le pouvait. Il s’excusait... Il pensait vraiment être un boulet qu’ils devaient traîner ? Il était son fils ! Leur fils ! Il faisait partie de leur famille, y avait sa place comme toute autre personne et ne devait certainement pas se sentir de trop ou avoir cette impression de déranger. C’était absurde et malsain, jamais Josuke n’aurait cru l’entendre dire cela un jour. Et pourtant, il s’excusait...

Josuke – Tu t'excuses de m'avoir dérangé... ? Je ne pensais pas que le froid t'avait atteint à ce point-là.

Le plus urgent était de le réchauffer, oui, le froid ne devait pas l’aider à réfléchir calmement, à penser correctement ses paroles avant de les dire. Josuke se leva donc pour aller chercher une seconde couverture, plus chaude, et la passa par-dessus ses propres épaules en revenant vers Genji, s’installant juste à côté de lui avant de le soulever, le prenant dans ses bras. Il l’enroula ensuite dans la couverture, passant un bras derrière lui pour l’entourer et le frotter dans le but de le réchauffer. Il était glacé et tremblait encore plus que lorsqu’ils étaient arrivés... Evidemment, son fils s’était raidi, comme s’il était mal à l’aise, mais Josuke n’y prêta pas attention et resta à côté de lui, déterminé à lui prouver que non, il ne le détestait pas. Loin de là. C’était justement parce qu’il l’aimait qu’il réagissait de cette manière, qu’il passait son temps à s’inquiéter pour lui et qu’il avait fait tout ce chemin dans l’unique but de le retrouver.

Genji – Je peux partir ?

Josuke – Certainement pas, tu es glacé.

Josuke le serra un peu plus fort pour appuyer ses paroles, refusant catégoriquement que Genji se lève pour partir. Il était frigorifié, hors de question qu’il s’en aille ! Il remua un peu mais n’avait aucune force, apparemment, comme s’il était vidé. Ce qui n’était pas très étonnant vu la matinée qu’il avait passée... Peut-être devait-il le mettre au lit ? Au moins le temps d’une sieste, pour qu’il dorme un peu et se repose bien au chaud. Etre par terre devant un feu de cheminée n’était pas l’idéal, surtout vu son état. Il avait besoin de repos et Munemori ou lui-même allait veiller sur lui le temps de sa sieste. Mieux valait laisser Kimmitsu tranquille, il avait bien assez de choses à faire pour l’instant...

Genji – Comment tu m'as retrouvé, toute à l'heure ? murmura-t-il. Je croyais que personne ne s'inquiéterait...

Josuke – Et ta mère ? Tu l’oublies ? demanda-t-il en baissant la tête vers lui. Nous t’aimons, Genji, même si tu sembles penser le contraire. J’ai interrogé toutes les personnes que je croisais pour te suivre puis je me suis dit que tu aurais, logiquement, été guidé par le bruit de la rivière comme tu étais perdu. Contrairement à ce que tu penses, je m’inquiétais, on s’est fait un sang d’encre pour toi.

Josuke retint un soupir, tenant toujours son fils dans ses bras en le couvant d’un regard inquiet. Il avait réellement interrogé tous les gens du village, toutes les personnes qu’il croisait, même celles qui sortaient tout juste de chez elle pour aller il ne savait où. Peut-être ses paroles allaient-elles choquer Genji mais ce n’était pas grave. Il devait réaliser que si, ils tenaient à lui, et non, il n’était pas un boulet. Certainement pas. Cependant, il ne dit rien, ne répondant pas à ce que Josuke lui avait dit, soupirant seulement. Oh, il ne s’attendait vraiment pas à ce qu’il dise une telle chose ? Il demanda, ensuite, s’il pouvait partir, maintenant, en se frottant les yeux. C’est cela, il allait plutôt partir pour aller dans son lit, oui...

Josuke – Non, tu vas aller dormir un peu. Et pas de discussion, tu as besoin de repos, surtout après ce que tu as vécu ce matin. Allez, debout et au lit !

Le vieil homme se releva, poussant d’abord doucement Genji pour pouvoir se remettre debout, et le poussa à le suivre jusqu’à sa chambre. Il n’y avait pas de problème, le sol était plat. Il pouvait marcher ou pas encore ? Josuke lança un regard à son fils... qui peinait véritablement à marcher. Bon, d’accord, hop, dans les bras. Sans lui laisser l’occasion de riposter, il passa un bras dans son dos et le porta, le tenant fermement, pour le mettre dans son lit. Là, il le borda, à la fois pour éviter de laisser l’air passer, et à la fois pour lui rendre les choses plus compliquées s’il essayait de sortir. Voilà, c’était mieux, non ? Là, il n’aurait pas froid et pourrait se reposer. Qu’il dorme, il en avait vraiment besoin.

Genji – Je n’ai pas sommeil ! marmonna-t-il.

Josuke – Bien sûr, c’est pour cette raison que tu somnoles depuis que je t’ai retrouvé, je suppose ? Tu dois te reposer.

Josuke se redressa, indifférent au regard noir que devait lui lancer Genji, puis passa ensuite la tête hors de la chambre, appelant Munemori pour qu’il vienne veiller sur lui pendant que lui-même irait rassurer Emiko et aider à la préparation du déjeuner. Il ne lui avait pas encore parlé, même si elle avait dû le voir revenir depuis longtemps. Seulement, ils avaient une petite discussion à avoir et il fallait aussi qu’il parle à Kimmitsu pour lui dire ce que pensait son neveu sans le dire depuis des mois, sans aucun doute. Dès que son frère fut dans la chambre, Josuke se tourna vers Genji, s’agenouillant ensuite à côté de lui. Il dégagea une mèche qui lui retombait devant les yeux avec un petit regard d’excuse. Désolé, mais il n’avait pas le choix.

Josuke – Ne m’en veux pas, je ne fais ça que pour ton bien. Tu as besoin de quelque chose d’autre ? Demande-moi, n’hésite pas. On t’apportera aussi ton repas au lit pour que tu puisses te reposer.

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Genji Nakajima
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MessageSujet: Re: Une simple escapade   Jeu 8 Oct - 22:18

– Et ta mère ? Tu l’oublies ? demanda-t-il en baissant la tête vers lui. Nous t’aimons, Genji, même si tu sembles penser le contraire. J’ai interrogé toutes les personnes que je croisais pour te suivre puis je me suis dit que tu aurais, logiquement, été guidé par le bruit de la rivière comme tu étais perdu. Contrairement à ce que tu penses, je m’inquiétais, on s’est fait un sang d’encre pour toi.

Donc c'était sa mère qui avait voulu qu'il parte le chercher... Elle au moins n'était peut-être pas trop déçu. Il ne répondit pas, tête baissée, une grosse boule se formant dans sa gorge. Il mourrait d'envie de lâcher quelques larmes mais hors de question de le faire dans les bras de son père. Il se battit donc pour ne rien montrer, tête baissée, se contentant de soupirer. Il tremblait toujours mais le froid s'atténuait peu à peu, remplacé par une fatigue extrême. C'est bon, maintenant, la conversation était terminée, il pouvait s'en aller ? Il ne savait pas encore où il allait se réfugier mais il n'avait pas envie de poursuivre plus que ça la conversation, pas alors que son père était déçu ou il ne savait quoi. Il se frotta les yeux pour ne pas pleurer, prenant une longue inspiration. Voilà, du calme, il pouvait gérer, tout va bien. Son père pouvait le laisser là, il allait attendre cinq ou dix minutes le temps de pouvoir marcher correctement et tout ira pour le mieux. Il inspira, expira doucement, tremblant encore, bien qu'il tâche de le dissimuler. Du calme... Il n'avait pas envie de se confronter aux autres, ayant peur de craquer bêtement, alors qu'il allait parfaitement bien. Il se frotta à nouveau les yeux en demandant à nouveau s'il pouvait partir, pensant se réfugier dans un coin du salon et ne plus bouger.

– Non, tu vas aller dormir un peu. Et pas de discussion, tu as besoin de repos, surtout après ce que tu as vécu ce matin. Allez, debout et au lit !

Au... lit ? Mais non, il allait très bien, il n'allait quand même pas filer se coucher ! En plus, toute la famille allait se poser des questions s'il allait dormir en plein jour... Il marmonna entre ses dents que ce n'était pas la peine, se levant doucement. Trembla encore plus. Manque de se casser la figure après un pas, les muscles en coton. Il ouvrait la bouche pour dire à son père qu'il valait mieux qu'il reste là lorsqu'il le souleva à nouveau. Eh ! Il referma la bouche, s'accrochant à lui par réflexe, le rouge aux joues. Son père le porta jusqu'à la chambre où il dormait avec ses sœurs, puis le poussa à se glisser dans son lit. Il prit même le soin de le border, alors que Genji se retenait de répliquer qu'il pourrait aussi l'attacher contre le sol, pendant qu'on y était. De toute façon, il n'avait pas besoin de dormir. Il voulait juste être un peu seul, c'est tout, rien de plus, il ne comptait même pas sortir à nouveau de la maison. Rester seul, lire, jouer à un truc, il ne savait pas, juste agir tranquillement pour se vider la tête. Il avait beau adorer sa famille, s'isoler était difficile. Il pinça les lèvres en voyant tous les efforts de son père pour qu'il ne puisse sortir que la tête et u peu les mains. C'est bon, il ne comptait pas rester au lit, non plus, il n'était pas malade.

– Je n’ai pas sommeil ! marmonna-t-il.

– Bien sûr, c’est pour cette raison que tu somnoles depuis que je t’ai retrouvé, je suppose ? Tu dois te reposer.

Nouveau soupir. Genji avala difficilement sa salive, se battant toujours pour ne pas craquer. Son père était en train d'appeler son oncle, sûrement pour éviter qu'il ne veuille fuguer ou même juste sortir de la chambre. Genji tourna la tête, la joue posée contre l'oreiller, le regard dans la vague. Il allait bien, ce n'était pas pour une matinée à marcher dans le froid que ça ira mal. Il ne salua même pas son oncle lorsqu'il entra, en mode du parfait associable pour le moment, les poings serrés ramenés contre lui. Ne pas pleurer, ne pas pleurer, ne pas... Il redressa les yeux lorsque son père s'agenouilla de nouveau près de lui puis repoussa une mèche de ses cheveux. Genji se retint de justesse pour ne pas fondre en larmes, convaincu qu'au fond de lui, il était bien déçu et n'agissait ainsi que pour ne pas enfoncer le clou et déclencher encore une dispute.

– Ne m’en veux pas, je ne fais ça que pour ton bien. Tu as besoin de quelque chose d’autre ? Demande-moi, n’hésite pas. On t’apportera aussi ton repas au lit pour que tu puisses te reposer.

– Pas faim, bafouilla-t-il en fermant les yeux, lèvres serrées.

Ni faim, ni soif, ni rien, tout allait bien, tout ira bien... Il entendit son père soupirer puis se lever, sans qu'il ne rouvre les yeux ou ne bouge d'un millimètre. Respirer doucement, ne pas craquer, respirer... La chaleur l'aida à s'endormir peu à peu, tremblant légèrement. Il somnola, passant de phases comateuses à quelques sursauts après des cauchemars. Il devait bien s'être passé vingt minutes lorsqu'il se réveilla avec un petit cri puis fondit en larmes, sans pouvoir s'en empêcher, ne se souvenant qu'après que son oncle était toujours là. Oncle qui vint s'asseoir plus près puis lui essuya les joues en lui murmurant de respirer, que tout allait bien. Genji se mordit les lèvres jusqu'au sang, les yeux fermé et le cœur au bord des lèvres. Il avait rêvé que sa mère déclarait qu'elle ne voulait pas de lui et qu'elle ne voulait plus le voir, qu'il devait partir le plus loin possible. Qu'il ne pouvait plus voir ses petites sœurs. Il renifla, avec un effort surhumain pour cesser de trembler.

– Tu as de la fièvre ?

Il secoua la tête, pendant que son oncle posait une main sur son front pour vérifier. Il ne devrait pas se sentir obligé de rester là, vraiment, ce n'était pas la peine. Il entendait des bruits, un peu plus dans la maison, tout le monde se réunissait pour manger, sans doute. Il fixa un point sans le voir, l'esprit tournant à vide. La peur d'être rejeté ne l'aidait pas à réfléchir... S'il décevait top sa famille... Il ne comprenait pas ce qui avait bien pu pousser son oncle à partir pour la France en laissant absolument tout derrière lui, famille, amis, patrie. Comment on pouvait ainsi tout laisser derrière soi. Il posa un bras sur ses yeux, complètement vidé de ses forces, les sons autour de lui se muant en un vague écho, comme si on lui avait bouché les oreilles. Il resta ainsi un long moment, n'ayant plus froid du tout, voire même ayant assez chaud, maintenant. Son oncle se leva tout à coup ne lui disant de ne pas bouger. Pas de problème... Il revint quelques minutes plus tard avec un verre d'eau et un cachet, lui donnant pour qu'il l'avale. C'était quoi ? Genji se redressa avec un peu de peine, les yeux brillants et les joues un peu rouges. Assis dans son lit, il prit le cachet sans protester, buvant ensuite un peu d'eau. Au même moment, son père entra de nouveau dans la chambre.

– Il est bourré de fièvre, marmonna son oncle en se redressant. Et il ne fait que des cauchemars, apparemment.

Genji faillit bien s'étouffer, ne s'attendant pas le moins du monde à ce que son oncle le trahisse comme ça sans crier gare. Il n'était pas obligé de le dire, ça ! Il reposa son verre vide près du lit, indigné, rageant de ne pas pouvoir crier, sur ce coup-là. Et bien merci ! Comme si c'était indispensable de préciser ça ! Il se sentait complètement ridicule, maintenant, encore plus rouge qu'il y a une minute. Et le pire fut quand son père hocha la tête pour le remercier, venant ensuite s'asseoir, avant de poser une main sur son front. Ce serait puéril de se cacher sous les draps, là, tout de suite ? Bon, peut-être un petit peu.

– Tu n'as pas cru un seul mot de ce que je t'ai dit tout à l'heure, je suppose ?

Il baissa la tête sans rien dire, les poings serrés sur la couverture. Quelle importance ça pouvait avoir, de toute façon ? Il était très sérieux quand il disait qu'on pouvait l'oublier, il en avait marre des cris et des disputes, marre que ça finisse toujours mal, marre de ne plus se sentir à sa place dans cette maison, comme s'il ne pouvait plus être à l'aise avec sa propre famille. Il avait envie de partir mais en même temps, craignait de s'éloigner. Il ne se sentait plus à sa place mais ne voulait pas perdre sa famille ni la vie qu'il menait ici. Il sentit avec un temps de retard les larmes couler à nouveau, les essuyant assez vite d'une main.

– Ce n'est pas grave, marmonna-t-il.

– Genji...

Il le rapprocha tout à coup de lui puis le serra dans ses bras, lui frottant le dos. Trop fatigué pour se débattre, le jeune homme se contenta de se laisser aller, pour une fois, s'en voulant de pleurer devant son père et son oncle, il avait toujours évité de le faire depuis des mois et il craquait aujourd'hui. Il frémit un peu, répétant en boucle les petites techniques de relaxation et respiration qu'il avait apprises, enfant, afin de se calmer et s'éclaircir les idées. La fièvre le faisait passer d'une idée à l'autre sans aucun cohérence, tout comme la fatigue.

– Pourquoi Kimmitsu est parti en France ? demanda-t-il tout à coup d'une voix plus faible, sans réfléchir.

– Parce qu'il est très attaché à ce pays. Encore plus aujourd'hui, avec Solène et son travail.

Aujourd'hui, oui, mais avant ? Il ne comprenait pas comment on pouvait partir comme ça en laissant absolument tout derrière... Il ne releva pas, cependant, toujours blotti dans les bras de son père. En un sens, il l'enviait un peu, même s'il ne l'avouera jamais. Il avait eu le courage de partir, lui, au moins. Et il restait là-bas malgré les difficultés. Genji n'aura jamais ce courage-là.

– Je vais bien, c'est bon, murmura-t-il en remuant un peu. Un petit peu de fièvre, ce n'est rien. Et... Pour ce que tu as dit, je... Non, en fait, rien.

Il se tut à nouveau, refermant les yeux sans pouvoir s'en empêcher, vidé mentalement et physiquement. Il voulut se détacher de son père, pour ne pas être encore plus une charge, mais s'endormit dans ses bras avant d'avoir pu vraiment bouger, sans même s'en rendre compte. Un sommeil assez lourd et comateux vint le reprendre, tout comme ses cauchemars qui avaient semblé l'attendre.

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Josuke Nakajima
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MessageSujet: Re: Une simple escapade   Jeu 22 Oct - 23:14

Genji – Pas faim, bafouilla-t-il en fermant les yeux, lèvres serrées.

Josuke leva les yeux au ciel avant de soupirer puis de se lever. Définitivement, envoyer Genji en France avec Kimmitsu semblait être la meilleure option possible, la meilleure chose à faire pour lui. Ils ne se comprenaient plus, n’arrivaient pas à rester dans la même pièce plus de quelques minutes, son fils fuguait à répétition... Pire encore, il avait semblé étonné qu’il le prenne dans ses bras ! Alors qu’il était son père... Mais soit, ne pas relever et le laisser se reposer. Ne pas provoquer de nouvelle dispute, cela ne servirait à rien et Genji avait besoin de dormir au chaud, de fermer les yeux pour se rétablir. Même s’il disait qu’il « allait bien », Josuke avait bien senti qu’il n’avait cessé de trembler de tout le trajet, qu’il tremblait toujours lorsqu’il était dans ses bras, et cela n’avait rien à voir avec le fait qu’il soit avec lui.

Josuke sortit de la chambre, laissant Genji avec Munemori pour aller retrouver sa femme et l’aider à préparer le repas. Peut-être que son frère arriverait à faire parler son neveu, peut-être qu’il se sentirait en confiance et accepterait enfin de se lâcher, de se laisser aller. Le vieil homme voulait seulement le meilleur pour son fils, surtout lorsqu’il voyait à quel point les choses avaient dégénérées... S’il ne l’avait pas retrouvé, Genji se serait retrouvé plus malade que jamais ! Combien de temps aurait-il dormi avant de se réveiller ? Et s’il était mort de froid ? Réprimant un frisson, Josuke rejoignit sa femme dans la cuisine, lui lançant un regard désespéré lorsqu’elle l’interrogea silencieusement. Genji était couché, oui, mais non, il n’avait rien dit... Pas grand-chose, pas tout ce qu’il avait sur le cœur, apparemment.

Josuke – Je sais que l’envoyer en France ne te rassure pas, mais je ne vois que cette solution... Il m’inquiète vraiment, il ne va pas bien. On peut faire confiance à Kimmitsu pour le protéger, il a réussi à vivre dans ce pays et à revenir vivant.

Emiko – Je sais... Mais tu ne peux en vouloir à une mère qui va voir son enfant s’éloigner à des milliers de kilomètres. Dans un pays qui s’avère être très dangereux. Mais je te fais confiance.

Le chef de famille fit un maigre sourire un peu fatigué, s’attelant à la tâche tout en discutant avec sa femme. Oui, l’envoyer aussi loin était dur, lui-même ignorait comment le lui annoncer. Cependant, cela ferait d’une pierre deux coups : permettre à Genji d’aller mieux, peut-être pas au début mais par la suite, et avoir des nouvelles de Kimmitsu beaucoup plus régulièrement. C’était un coup bas, il le savait, mais c’était le seul moyen, là aussi. Son frère était en danger tous les jours et il refusait de tout leur expliquer ! D’accord, il avait le droit de garder certaines choses pour lui... Mais pas ce qui le minait, le travaillait en permanence en lui donnant cet air. Il était nettement plus calme et serein, avant, cette année l’avait changée, quelque chose s’était éteint en lui. En envoyant Genji vivre avec lui, Josuke espérait intérieurement qu’ils pourraient s’entraider, se soutenir et ne pas oublier leur vie au Japon. Qu’ils sachent qu’ils pourraient toujours compter sur eux, quelle que soit leur situation tant qu’ils suivaient leurs principes et les valeurs qu’ils défendaient.

Perdu dans ses pensées, Josuke aida Emiko à mettre la table, discutant encore sur la meilleure manière de dire à Genji qu’il allait partir vivre en France à partir du mois d’août. Cela signifiait tout quitter, tout recommencer dans un autre pays, quitter ses amis et ses repères. Il savait que cela serait difficile, que leur fils allait sûrement le détester, voire le haïr, penser qu’il voulait se débarrasser de lui peut-être. Mais il ne voyait aucune autre solution... La fugue de ce matin était la sonnette d’alarme, ils devaient réagir vite. Et entre lui et Kimmitsu, ils étaient servis...

Josuke – Je vais aller voir  comment il va. Et essayer de lui parler...

Josuke sortit de la cuisine, se dirigeant vers la chambre de son fils d’où il n’entendait aucune voix. Après un bref moment d’hésitation, il entra dans la chambre, trouvant Genji assis dans son lit avec un verre vide dans les mains, bien plus rouge que lorsqu’il l’avait laissé. Munemori se leva, le rejoignant, l’informant que son neveu était fiévreux. Il fallait s’y attendre... Entre la « sortie », le temps qu’il avait passé à dormir sans bouger dans le froid, le repas qu’il avait sauté et les pensées qu’il avait... Genji ne pouvait pas aller bien, c’était impossible. Si son corps ne suivait pas, son esprit non plus, comment pourrait-il être vraiment en bonne santé ? Josuke remercia son frère d’un hochement de tête, se rapprochant ensuite de son fils pour s’asseoir à côté de lui, sur le bord du lit. Il porta sa main à son front pour prendre sa température, avoir au moins une idée, et se retint de grimacer en sentant à quel point Genji était brûlant. Bon...

Josuke – Tu n'as pas cru un seul mot de ce que je t'ai dit tout à l'heure, je suppose ?

Ce n’était pas une vraie question, Josuke savait que Genji ne l’avait pas cru. Ce qu’il confirma lorsqu’il baissa la tête... et finit par commencer à pleurer. Il pleurait... devant eux... Le vieil homme savait que son fils devait pleurer, parfois, mais qu’il craque ainsi sous ses yeux était inquiétant. Il était à bout, et pas seulement au niveau physique. Il s’essuya les yeux d’un geste de la main mais cela ne changeait rien, il avait vu, compris, et s’inquiétait encore plus. Ils devaient faire quelque chose... Mais comment faire pour que Genji ne se rebute pas à cette annonce ? D’accord, la décision était prise, mais s’il le prenait mal et se renfermait davantage sur lui-même, cela n’allait pas fonctionner. Ils voulaient l’aider ! Faire en sorte qu’il aille mieux, qu’il se sente mieux, qu’il soit... à sa place, quelque part. Pas comme ici où il se sentait obligé de se cacher pour pleurer, apparemment. Sans oublier ce qu’il pensait sincèrement les ennuyer...

Genji – Ce n'est pas grave, marmonna-t-il.

Josuke – Genji...

Josuke se rapprocha de Genji et le serra doucement dans ses bras, lui frottant le dos. Il était là... Peut-être se disputaient-ils souvent mais cela ne signifiait pas qu’il ne l’aimait pas. Son fils ! Comment pourrait-il le détester, le renier alors qu’il traversait une mauvaise passe ? Certains adolescents grandissaient difficilement, il en avait déjà entendu parler grâce à l’un de leurs voisins. Et si, jusqu’ici, leur famille n’avait pas connu de vraie crise comme celle de Genji, Josuke ne se décourageait pas et était prêt à faire des efforts pour que son fils se sente mieux et s’épanouisse. Seulement, ils étaient arrivés à un point de non-retour, Genji s’était refermé sur lui-même et refusait toute discussion. La preuve aujourd’hui.

Genji – Pourquoi Kimmitsu est parti en France ? demanda-t-il tout à coup d'une voix plus faible, sans réfléchir.

Josuke – Parce qu'il est très attaché à ce pays. Encore plus aujourd'hui, avec Solène et son travail.

Josuke le tenait toujours contre lui pour l’aider à se calmer, content qu’il change de sujet pour essayer de penser à autre chose. Pourquoi... Il n’en savait rien. Intérieurement, il n’avait jamais compris pourquoi son frère était parti, il l’avait plus ou moins accepté mais ne comprenait pas. C’était le choix de Kimmitsu, oui, mais partir aussi loin... Aimait-il la France à ce point ? Pourquoi s’exiler alors que toute leur famille était au Japon ? Non, Josuke ne comprenait pas et ne comprendrait sans doute jamais. Enfin, aujourd’hui, il avait trouvé quelqu’un qu’il aimait et qui l’aimait, il allait s’épanouir là-bas. S’il ne revenait pas traumatisé de la France une nouvelle fois... L’aîné de la famille frémit en repensant à l’état de son petit frère, craquant dans leurs bras lui aussi. Il avait peur de son état la prochaine fois qu’il reviendrait mais préférait éviter d’y penser tout de suite. Genji.

Genji – Je vais bien, c'est bon, murmura-t-il en remuant un peu. Un petit peu de fièvre, ce n'est rien. Et... Pour ce que tu as dit, je... Non, en fait, rien.

Josuke retint un nouveau soupir, gardant toujours son fils dans ses bras en resserrant un peu son étreinte. Il n’allait pas bien mais irait mieux, il en était certain. Peut-être l’idée d’aller en France allait-elle le réconforter ? S’il était loin de son père... Penser cela lui pinçait le cœur mais il était obligé de le constater : leur relation s’empirait jour après jour et nuisait à Genji. Il s’agissait d’une solution un peu extrême, surtout qu’il serait loin d’eux, perdrait tous ses repères, mais peut-être était-ce un mal pour un bien. Et puis, il reviendrait pendant les vacances... Et cela leur permettrait d’avoir des nouvelles de Kimmitsu. Il sentit alors le souffle de Genji ralentir, devenir plus profond. Oh... Il dormait ?

Attendri, Josuke déposa délicatement sa tête sur son oreiller, s’installant à côté de lui. Il le couva d’un regard un long moment pendant qu’il dormait, réfléchissant encore et encore à la manière la plus douce de lui annoncer qu’il partait vivre en France. C’était impossible ! Il risquait de mal le prendre, vu ce qu’il pensait déjà. S’il avait sincèrement en tête l’idée qu’il les dérangeait... Dieu sait quelle serait sa réaction en entendant qu’il allait en France à partir du mois d’août. Mais comment lui dire... Avant qu’il n’ait l’occasion de réfléchir davantage, tournant et retournant la situation sous tous les angles, Genji commença à s’agiter dans son sommeil, murmurant des paroles inintelligibles. Des cauchemars. Immédiatement, Josuke se rapprocha du lit, s’agenouillant à côté de son fils en le secouant.

Josuke – Genji, du calme, réveille-toi, je suis là ! Tu es à la maison, dans ton lit, ce n’est qu’un cauchemar.

Josuke considéra son fils du regard, le trouvant incroyablement pâle. Il sursauta et se cacha le visage avec son bras, apparemment à fleur de peau. Il fallait qu’il mange... Son état ne s’améliorerait pas s’il ne mangeait pas quelque chose de plus consistant que ce qu’il avait préparé à la hâte pour lui. Ou au moins qu’il boive un peu d’eau, quelque chose pour qu’il se sente mieux. Il soupira avant de se relever, se tournant vers Genji.

Josuke – Je vais te chercher quelque chose à manger. Reste au lit, je reviens.

Sortant de la chambre, il pressa le pas vers la cuisine, craignant une nouvelle fugue de Genji même s’il ne pourrait pas aller bien loin dans cet état. Il servit une assiette encore fumante sur un plateau, portant ensuite le tout dans la chambre de son fils qui était toujours là, bien sagement assis dans son lit. L’air toujours aussi pâle... Mais il était assis, c’était déjà cela. Josuke poussa un léger soupir et posa le plateau sur les genoux de Genji, l’incitant à manger. Il s’installa à côté de lui, le regardant, décidé à attendre jusqu’à ce qu’il termine son assiette.

Josuke – Mange, tu en as besoin. Je sais que tu dois me détester, Genji, mais je t’aime et je ne vais pas te laisser dépérir à cause de nos disputes.

Genji – Je ne sais pas si tu m'aimes mais je n'ai pas envie de crier, là, tout de suite.

Josuke – Tu ne...

Josuke dévisagea son fils un moment, l’incitant ensuite à manger d’un geste de la main. Il doutait même de cela... Il resta silencieux un moment, le regardant manger sans rien dire ni faire. Il avait agi bien trop tard, ils auraient dû prendre cette décision depuis des semaines, quelque chose s’était brisé entre Genji et lui et ne se rétablirait pas avant des semaines, des mois, des années. Il le haïrait. Oui, il allait le détester, mais à quoi bon ? De toute manière, il le détestait déjà et n’irait pas mieux en restant ici. Il devait le lui dire mais pas avant qu’il ne termine son assiette, il devait manger. Josuke patienta jusqu’à ce qu’il finisse tout, insistant encore et encore lorsque Genji faisait mine de ne pas vouloir manger. Ce n’était pas un conseil, ici, il devait reprendre des forces. Ce n’est que lorsque son assiette fut vide que le vieil homme la posa à côté de lui, préférant éviter les catastrophes vu ce qu’il devait lui dire.

Josuke – Genji... Il faut que je te parle, commença-t-il. Tu t’entends bien avec Kimmitsu, n’est-ce pas ?

Genji – Je l'évite aussi. Pourquoi ?

Il l’évitait... ? Josuke fronça les sourcils, perdu, ne comprenant pas pourquoi Genji évitait même son oncle. C’était à n’y rien comprendre, il parlait au moins à Kimmitsu, depuis des années, il l’adorait. Et aujourd’hui, il se refermait sur lui, s’isolait, refusait de parler... Mais pourquoi ?

Josuke – Pourquoi l’éviter ? Je pensais que tu t’entendais très bien avec lui, tu lui parlais toujours.

Genji – Parce que... Pour rien. Et je ne vois pas comment, en plus, il ne revient qu'en été.

Ah... C’était donc cela le problème. Josuke leva la tête vers son fils, posant son regard sur lui en prenant soin de bien choisir les mots qu’il allait prononcer. Il s’agissait de jouer fin, de ne pas le brusquer. Mais... Peut-être Genji n’allait-il pas réagir mal ? Après tout, il venait de dire que, justement, Kimmitsu ne revenait qu’en été. Qu’il ne pouvait pas lui parler. S’il pouvait lui parler, le voir tous les jours, ce serait plus facile. Et surtout, il serait loin de ce pays. Josuke soupira, joignant les mains sur ses genoux.

Josuke – J’ai parlé à Kimmitsu, justement en pensant à cela. Ecoute... Toi et moi, nous savons tous les deux que la situation s’empire. Tu n’es pas bien et je ne veux que ton bien, je veux que tu t’épanouisses, que tu sois heureux. Et il est évident que l’ambiance, ici, te pèse de plus en plus.

Josuke fit une pause, improvisant à moitié comme il n’aimait pas le faire, jamais, étant habitué à réfléchir et à penser avant d’agir. Mais ici... Comment réagir avec un adolescent en crise avec lequel il ne s’entendait plus ?

Josuke – Ton oncle est d’accord pour que tu... l’accompagnes en France. Pour suivre des études là-bas, améliorer ton don, et que tu restes avec lui. Ainsi, tu pourras lui parler, changer d’air, ne plus être avec nous à longueur de journée comme tu ne supportes pas cela. Je ne veux pas te rejeter ! Mais regarde ce que tu as fait... Si je ne t’avais pas retrouvé, tu aurais pu mourir ou attraper quelque chose de grave. Je ne veux pas que tu sois mal à cause de moi.

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Genji Nakajima
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MessageSujet: Re: Une simple escapade   Jeu 29 Oct - 13:53

C’était un cauchemar qui revenait inlassablement, depuis chaque nuit ou presque, depuis des mois, om il était seul, dans une pièce, toute sa famille était là mais il n’arrivait pas à s’approcher d’eux ni à les atteindre, il essayait, il voulait courir, mais personne ne le voyait ou l’entendait, il se retrouvait seul. Sa mère partait, quittait la maison, il criait pour l’appeler mais elle ne se retournait pas. Il tendit la main pour la retenir, prêt à pleurer lorsqu’il se fit brusquement arracher du rêve. Clignant des yeux, le cœur battant à une allure folle, il sursauta dans son lit, reconnaissant avec beaucoup de peine son père à côté de lui. Son oncle était parti, ils étaient seuls. Genji se sentait mal, brûlant, avec l’impression d’avoir tous les nerfs à vif.

– Genji, du calme, réveille-toi, je suis là ! Tu es à la maison, dans ton lit, ce n’est qu’un cauchemar.

Le jeune homme se cacha le visage de son bras, tremblant comme une feuille, la bouche entrouverte. Juste un cauchemar, non… C’était réel, il était vraiment coupé de sa famille en ce moment, il ne les comprenait plus et n’arrivait plus à se conformer à ce mode de vie, alors qu’il n’avait connu que ça depuis sa naissance, alors que cela ne lui avait pourtant jamais posé de problème avant l’adolescence, alors qu’il avait toujours été heureux, et il ne savait pas comment l’expliquer, craignant de perdre tout le monde ou de se faire détester, comme c’était déjà le cas avec son père. Peut-être n’était-il tout simplement pas assez bien pour eux. Son père se leva tout à coup et Genji crut vraiment qu’il allait lui dire qu’il en avait assez, qu’il le laissait une bonne fois pour toute et qu’il devait se débrouiller seul. Ce serait légitime, après ces mois où ils ne faisaient que crier quand ils restaient plus de cinq minutes côte à côte dans la même pièce, mais Genji avait peur, il ne voulait pas être rejeté par sa propre famille.

– Je vais te chercher quelque chose à manger. Reste au lit, je reviens.

Il quitta la chambre, Genji poussant un soupir en s’asseyant avec un peu de peine. C’est vrai qu’il avait parlé avec maman, peut-être ne voulait-elle pas encore le rejeter… Peut-être. Il se frotta le front en se mordant les lèvres, la gorge sèche, ayant de plus en plus chaud, maintenant. Son père revint assez vite, lui mettant un plateau sur les genoux. Genji fixa l’assiette avec un air découragé, se sentant incapable d’avaler tout ça. Il n’avait pas faim, ni soif, ni envie de rien en fait. Surtout pas d’une nouvelle dispute. Il savait qu’il avait fait une connerie ce matin, que s’endormir comme ça dans le froid était dangereux, désolé, il n’avait pas réfléchi. Pour autant, si es parents pouvaient attendre une heure de plus avant de lui crier dessus, ce serait aussi bien. De toute façon, qu’est-ce que son père pouvait en avoir à faire … ? Il s‘était rassis à côté de lui, près du futon, apparemment peu décidé à repartir. Toute la famille allait savoir qu’il y avait un problème, à ce rythme. Si les jumelles voulaient revenir dans la chambre pour jouer, qu’allait-il faire ? Ses petites sœurs étaient bien les seules personnes de cette maison avec qui il s’entendait encore très bien, pas question de les impliquer dans ses problèmes.

– Mange, tu en as besoin. Je sais que tu dois me détester, Genji, mais je t’aime et je ne vais pas te laisser dépérir à cause de nos disputes.

– Je ne sais pas si tu m'aimes mais je n'ai pas envie de crier, là, tout de suite.

– Tu ne...

C’était légitime de douter de ça ! Peut-être stupide, il n’en savait rien, mais légitime, bon sang. Il prit ses baguettes en retenant un long soupir, peinant à manger ses légumes encore fumants, dans son assiette, mais son père resta bien à côté en le forçant à continuer à manger dès qu’il faisait mine d’arrêter. Tss… Même s’il était un peu malade, ce n’était pas un drame, ça passera, comme tout le reste, il suffisait de ne plus en parler. Genji s’en voulait déjà bien assez d’avoir craqué et pleuré devant lui alors qu’il avait toujours réussi à ne pas le faire depuis plus d’un an, allant se cacher où il pouvait lorsqu’il n’en pouvait vraiment plus et revenir apaisé. Combien de temps pourra-t-il encore tenir à ce rythme ? En y prenant garde, ça ira très bien encore longtemps. Et ensuite… Ensuite… Que fera-t-il, une fois adulte ? Une fois de plus, l’angoisse vint lui serrer la gorge. Il rêvait de découvrir autre chose mais cette envie était brimée par sa peur de tout perdre et de voir tous ses repères s’effacer. Il n’était pas prêt à franchir le pas, il ignorait ce qu’il pourrait faire et où, ce dont il avait envie en réalité. Il termina son assette avec beaucoup de peine, son père la prenant ensuite avec le plateau pour poser le tout plus loin.

– Genji... Il faut que je te parle, commença-t-il. Tu t’entends bien avec Kimmitsu, n’est-ce pas ?

Plus depuis des années… Quand il était petit, oui, tout se passait bien. Aujourd’hui, c’était beaucoup plus compliqué que ça. Genji ne lui parlait guère, ne voulant pas se disputer avec lui comme avec ses oncles, ses tantes, ses parents, il ne voulait pas en rajouter.

– Je l'évite aussi. Pourquoi ?

– Pourquoi l’éviter ? Je pensais que tu t’entendais très bien avec lui, tu lui parlais toujours.

Autrefois, oui, mais c’était compliqué ! Genji n’arrivait juste plus à lui parler, comme avec ses parents. D’un côté, il ne comprenait pas comment il avait pu partir et tout quitter, et d’un autre côté, il l’enviait d’avoir eu le courage de le faire, à peine plus âgé que lui aujourd’hui. Quand il le revoyait, Genji avait encore plus l’impression d’être un gamin qui ignorait absolument tout de la vie, sans courage ni volonté. Partir le terrorisait, même s’il avait envie de découvrir autre chose. Comment concilier les deux sans devenir fou ? C’était un manque de courage, ou de volonté, voilà tout, il était juste trop lâche pour aller jusqu’au bout et oser bouleverser la vie qu’il menait, il ne voulait pas être seul. Cela aussi, il ignorait comment l’avouer, effrayé que cela ne donne une plus mauvaise image encore de lui aux yeux de ses parents. Il y réfléchit, pourtant, mais il ne voyait pas, c’était impossible à exposer, son père ne fera que le traiter de lâche.

– Parce que... Pour rien. Et je ne vois pas comment, en plus, il ne revient qu'en été.

Faible excuse, fausse en plus, mais son père parut ne pas s’en rendre compte, ce qui le soulagea, étant donné qu’il n’avait pas la moindre envie de creuser le sujet. Son père ne pouvait as, tout simplement, laisser tomber et tout oublier ? Continuer comme si de rien n’était pas ? Son fils ne fera plus de conneries comme celle de ce matin, c’est bon, il tâchera de se faire oublier. Il ne dérangera plus personne, c’était promis, alors on pouvait faire comme si rien ne s’était jamais passé. Au moins, tout le monde pourra se détendre, il n’y aura plus de disputes et tout se passera bien, ce n’était pas bien compliqué à mettre en œuvre. Il ne voulait pas angoisser sa mère pour rien, ou fatiguer sa grand-mère et son arrière grand-père, qui étaient tous les deux bien fatigués de ces disputes en série.

– J’ai parlé à Kimmitsu, justement en pensant à cela. Ecoute... Toi et moi, nous savons tous les deux que la situation s’empire. Tu n’es pas bien et je ne veux que ton bien, je veux que tu t’épanouisses, que tu sois heureux. Et il est évident que l’ambiance, ici, te pèse de plus en plus.

Et alors ? Genji soupira un peu, serrant la couverture entre ses mains, tête baissée. Il ne croyait pas aux miracles, doutant que ça s’arrange, mais ce n’était pas grave, de toute façon. Sale ambiance ou pas, tout se calmera à force de temps, comme d’habitude, c’était à lui de ne plus pleurer devant son père ou sa mère pour qu’ils puissent oublier cette histoire. Encore un effort et se sera bon, il arrivera à se contrôler et ne plus répondre.

– Ton oncle est d’accord pour que tu... l’accompagnes en France. Pour suivre des études là-bas, améliorer ton don, et que tu restes avec lui. Ainsi, tu pourras lui parler, changer d’air, ne plus être avec nous à longueur de journée comme tu ne supportes pas cela. Je ne veux pas te rejeter ! Mais regarde ce que tu as fait... Si je ne t’avais pas retrouvé, tu aurais pu mourir ou attraper quelque chose de grave. Je ne veux pas que tu sois mal à cause de moi.

Le cœur de Genji rata brusquement un battement avant de repartir de plus belle, tandis qu’il blêmissait à vu d’œil en relevant la tête vers son père, la bouche entrouverte et les larmes aux yeux. Voilà, c’était dit, il l’avait dit, il le chassait de la maison. Il avait eu raison de s’y attendre. Il serra plus fort les poings sur la couverture, les jointures blanches, à deux doigts de faire une belle crise de nerfs. Se contrôler représenta un effort quasiment surhumain, il n’avait jamais eu autant de mal à se maîtriser et ne pas craquer tout de suite, alors qu’il venait de se jurer de ne plus pleurer devant son père. Et son oncle avait accepté… Il avait accepté de l’emmener et de le séparer de tout… Ce qu’il avait fait ce matin était donc le bon prétexte pour se débarrasser de lui, il aurait mieux valu qu’on ne le retrouve jamais.

– Voilà qui est fait, souffla-t-il en repoussant ses couvertures. Arrête un peu de dire que ça t’inquiètes ! Que je sois un fils indigne, oui, ça doit inquiéter, mais ce n’est pas la peine de faire semblant pour le reste !

Il parvint à se lever puis quitta la chambre, marchant doucement à cause de la fièvre, jusqu’à l’arrière de la maison où il s’arrêta dans le petit salon près de la bibliothèque, les jambes coupées et incapable d’aller plus loin. Il se laissa glisser contre le mur dans un coin puis fondit en larmes, posant sa tête contre ses genoux, les jambes repliées contre lui, ses bras serrés autour. Il avait autant envie de vomir que d’hurler, ignorant ce qui le soulagerait pour le moment. S’évanouir aussi serait bien, là, tout de suite, mais cette délivrance ne s’offrit pas à lui. Il se contenta donc de pleurer un long moment, à moitié sonné par la fièvre, entendant parfois des membres de sa famille passer à côté ou des brides de discussion. Son père le chassait de la maison… Pourquoi son oncle avait-il accepté ? Pour aider son grand frère ou pour autre chose ? Genji n’avait donc même plus le droit de vivre près de sa mère ni de voir ses petites sœurs grandir, son père en avait décidé autrement. Relevant la tête, il vit par une des fenêtres Himako revenir, au bras de son fiancé, qu’elle embrassa avant qu’il ne reparte. Genji n’eut même pas le courage de se cacher pour éviter sa tante, gardant la même position lorsqu’elle passa dans la pièce et lui jeta un long regard surpris.

– Qu’est-ce qui t’arrive, mon grand ?

– Rien, bafouilla-t-il en haussant les épaules.

Elle vint s’agenouiller à côté de lui, posant une main sur son front avant de froncer les sourcils. Il la suivit sans résister lorsqu’elle le poussa à se lever et le raccompagna jusqu’ à sa chambre, se recouchant sans rien dire. Il referma les yeux lorsqu’elle courut chercher sa mère, recommençant à pleurer avec la peur d’entendre qu’elle était d’accord pour l’envoyer en France. Lorsqu’elle entra, elle vint s’agenouiller près de lui, lui faisant poser sa tête contre ses genoux en lui disant de respirer, que tout se passera bien. Ou pas… Il s’accrocha à elle du bout des doigts, le regard dans le vague en pleurant sur sa jupe.

– Ton père veut ton bien, tu sais, ne lui en veux pas trop. Je te téléphonerai souvent et tu nous écriras. La vie pourra sûrement te plaire, là-bas, tu te feras des amis, ton oncle veillera sur toi.

Genji ne répondit pas, convaincu à présent que son père ne voyait là qu’une belle occasion de se débarrasser de lui en le laissant avec son oncle le temps qu’il soit assez âgé pour se débrouiller seul et ne plus être un poids pour personne. Himako revint tout à coup avec des serviettes et un bloc d’eau froide, le donnant ensuite à sa mère qui lui appuya les serviettes trempées sur le front pour tenter d’atténuer la fièvre. Il resta dans les bras de sa mère et de sa tante tout le reste de l’après-midi, se sentant un peu mieux le soir, après avoir pris des médicaments. Il mangea un peu avec sa famille le soir, après s’être assis le plus loin possible de son père, discutant un petit peu avec ses sœurs, qui racontaient avec animation comment leur oncle Eisen leur avait appris à faire de la pâte à sel. Au moins, elles étaient heureuses. Il fit un effort pour leur sourire, surtout lorsque Akane courut chercher ce qu’elle avait fabriqué et peint pour le lui montrer. Ces moments-là allaient donc finir, par le bon vouloir de son père. Père qui voulait l’envoyer loin de ses sœurs et de sa mère. Il termina de manger, toujours en évitant son regard, sous l’air peiné de sa mère qui les regardait l’un et l’autre.

Après avoir mangé et aidé à débarrasser, il fila dans la salle de bain pour se passer de l’eau sur le visage et lutter contre la fièvre. S’appuyant contre le lavabo, il fit de son mieux pour respirer profondément, tremblant comme une feuille. Il se frotta les yeux avec lenteur, essayant de ne plus pleurer, de se concentrer sur le positif. Il pourra toujours écrire à ses sœurs, il… Soupirant, il retint une grimace en voyant son père dans le miroir, alors qu’il entrait.

– Je ne t’ai pas demandé si tu préférais que je change de nom de famille, aussi, grinça-t-il, ça doit être agaçant que je porte le tien.

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Josuke Nakajima
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MessageSujet: Re: Une simple escapade   Sam 14 Nov - 19:22

Genji – Voilà qui est fait, souffla-t-il en repoussant ses couvertures. Arrête un peu de dire que ça t’inquiètes ! Que je sois un fils indigne, oui, ça doit inquiéter, mais ce n’est pas la peine de faire semblant pour le reste !

Josuke – Gen...

Mais son fils fut hors de son lit et de la chambre en moins de temps qu’il n’en fallut pour le dire, laissant son père désespéré avec l’impression d’avoir fait une bêtise qui le tiraillait de plus en plus. Pourtant, il avait eu raison d’agir comme cela ! Genji devait savoir, se préparer, être mis au courant du voyage qu’il allait effectuer. Même s’il semblait penser, un peu plus à chaque seconde, que Josuke le prenait pour un fils indigne et ne l’aimait pas... Cette discussion lui rappelait vaguement une autre discussion du même genre, où les mêmes paroles avaient été prononcées mais avec Kimmitsu. Ces deux là se ressemblaient bien plus que ce qu’ils ne voulaient admettre, ils s’entendaient à la perfection et... Oui, l’idée de ne plus voir son fils lui déchirait le cœur, il l’aimait et avait besoin de lui. De son côté, le vieil homme ne pouvait s’empêcher de penser à ce qui était le mieux pour Genji, ce qui lui ferait vraiment du bien plutôt que de l’enfermer ici, dans cette ville, dans cette maison, dans cette pièce, sans que son état ne s’améliore.

Josuke poussa un soupir mais ne poursuivit pas son fils, sachant qu’il allait seulement se faire remballer. Il devait se reposer, oui, mais dans cet état... Le père de famille s’occupa comme il le put, discutant avec sa femme de la réaction de Genji et cherchant une solution pour qu’il ne les déteste pas. Il n’en pouvait rien ! Qu’aurait-il pu faire d’autre ? Il ne les écoutait plus, se mettait en danger, avait risqué sa vie en dormant ainsi près de l’eau en étant à peine couvert. C’était de la folie pure et, pourtant, Genji l’avait fait... Parce qu’il n’allait pas bien. Il ne réfléchissait pas, agissait comme bon lui semblait, sur instinct principalement, et cela ne lui réussissait pas. Pas du tout, même. Josuke avait agi de manière logique ! Il ne pouvait pas garder son fils ici alors que cela le rendait malade, il ne supportait plus de vivre dans ce milieu et Josuke était bien forcé de le reconnaître. Genji allait donc sûrement accepter et comprendre son point de vue, se réjouir de partir en France quelques mois pour ne plus les voir comme il cherchait sans cesse à le faire.

Cependant, au repas, le chef de famille ne fut pas convaincu par ses théories. Son fils s’installa le plus loin possible de lui, visiblement furieux ou rancunier, comme s’il l’avait trahi en agissant comme cela. Mais il n’avait pas eu le choix ! Genji le réalisait-il seulement ? D’accord, peut-être Josuke aurait-il dû dire les choses autrement, avec plus de délicatesse, mais un adolescent de seize ans pouvait comprendre certains faits sans que l’on passe des heures à les expliquer, les justifier. Alors, oui, Genji pouvait tout à fait comprendre pourquoi son père agissait comme cela avec lui. Il l’aimait et ne voulait que son bien ! Même si ce dernier n’en semblait pas particulièrement convaincu... Avec ça, il était pâle, très pâle, et semblait plus mal en point que jamais. Josuke lança un regard inquiet à Emiko, impuissant, ignorant ce qu’il devait faire cette fois. Ce n’était pas facile ! Pour elle, les mots venaient naturellement et ils ne se disputaient jamais. Mais entre Genji et lui, c’était une toute autre histoire... Au moins, la fin du repas se déroula sans dispute et Josuke fut même surpris en voyant leur fils aider à débarrasser comme d’habitude alors qu’il les détestait avant d’aller se réfugier il ne savait où.

Emiko – Tu devrais aller lui parler, dit-elle d’une voix douce en posant brièvement sa tête sur son épaule. Il ne t’écoutera peut-être pas mais t’entendra... Et c’est le principal, le plus important

Josuke – Peut-être... Je ne sais pas s’il va m’écouter mais tu as raison, ça ne me coûte rien d’essayer.

Peu enthousiaste, cependant, Josuke se dirigea d’abord vers la chambre de son fils en pensant toujours aux paroles de sa femme. Oui, il devait parler, non, il ne devait pas hurler. Genji avait besoin d’aide, de soutien, il avait sûrement envie de hurler et de dire tout le bien qu’il pensait de son père. Et bien soit, il l’écouterait, l’entendrait et ne hurlerait pas pour le laisser déverser sa rage, vider son sac après ces deux longues années où tout allait de mal en pis. Josuke ne voulait que l’aider ! L’aider, le guider, le soutenir comme doit le faire un vrai père... Mais là, il abandonnait et avait peur de le perdre. Seule véritable raison qui le poussait à l’envoyer aussi loin, avec son oncle. Il frappa à la porte sans obtenir de réponse, chose prévisible, et la fit donc coulisser... pour tomber sur une chambre vide. Fronçant les sourcils, Josuke réfléchit quelques secondes et tourna les talons pour aller vers la salle de bains. Connaissant Genji, il s’était réfugié là pour être tranquille, personne n’entrait lorsque l’on y était. Le vieil homme poussa un soupir, marchant vers la salle de bains avant de s’annoncer en frappant trois très brefs coups contre la porte, l’ouvrant ensuite. Il y avait quelqu’un à l’intérieur, il entendait de l’eau couler et personne n’avait répondu à son appel. Et Genji était là, effectivement, tremblant comme une feuille et encore plus mal en point que tout à l’heure...

Genji – Je ne t’ai pas demandé si tu préférais que je change de nom de famille, aussi, grinça-t-il, ça doit être agaçant que je porte le tien.

Josuke – Pardon ? demanda-t-il d’un air incrédule. Tu dois vraiment être malade pour balancer des âneries pareilles. Assieds-toi, tu vas t’évanouir.

Genji – Si seulement, oui.

Mais il ne bougea pas d’un millimètre, comme décidé à tout faire pour contrer ce que lui disait son père. Très bien, il voulait rester debout, soit, il n’allait pas tenir très longtemps de toute manière. Et il ne sortirait pas d’ici, certainement pas. Josuke se tenait bien droit devant la porte en le fixant droit dans les yeux, bras croisés, lui barrant le chemin pour qu’il ne se défile pas une fois de plus. Ses paroles n’avaient rien fait... Genji était convaincu qu’il le détestait, qu’il ne voulait plus de lui comme fils et qu’il en avait honte. C’était parfaitement stupide ! Comment pouvait-il penser cela ? Parce que monsieur ne veut pas aller en France, il fait un caprice en réagissant de manière exagérée ? Bon, soit, ne pas hurler. De toute manière, la décision était prise et il ne reviendrait pas dessus, surtout avec ce qu’il venait d’entendre.

Josuke – Si tu t’évanouis, je m’occuperai de toi, peut-être cela t’ouvrira-t-il les yeux sur certaines choses. Tu as raison, reste debout mais tu ne sortiras pas de cette pièce. Il y a des choses que tu dois comprendre et je ne vais pas te laisser te défiler une fois encore.

Genji – Il n'y a pas grand-chose à comprendre, là, il faut juste que je parte à l'autre bout du monde, marmonna-t-il après avoir baissé la tête.

Josuke – Mais c’est pour ton bien que je fais ça, Genji, comment peux-tu être aussi aveugle ?!

Désolé mais non, Josuke ne pouvait rester de marbre face à tant de stupidité. Genji ne réfléchissait pas, ne regardait jamais plus loin que le bout de son nez, comment son père était-il censé réagir ?! Il se rapprocha puis fit lever la tête à son fils en lui tenant le menton, voulant qu’il le regarde dans les yeux. Il tremblait et était bouillant de fièvre, il devait absolument se reposer, se recoucher. Mais il devait aussi faire entrer certaines choses dans sa petite tête de mule, sinon il ne se reposerait jamais.

Josuke – Quand comprendras-tu que si je t’envoie en France, c’est pour ton bien ? Tu crois que ça me fait plaisir de voir mon fils partir à l’autre bout du monde, peut-être ?! Tu es malade, Genji, et pas seulement physiquement ! Cet endroit te rend malade, cette maison aussi, tu n’es pas bien ici alors pourquoi t’obligerais-je à rester, dis-moi ? Donne-moi une seule bonne raison qui ne ferait pas de moi un mauvais père en connaissant ton état moral !

Genji repoussa sa main pour détourner le regard et Josuke se mit aussitôt àx à côté de lui pour l’attraper par les épaules, le faisant se retourner vers lui. Qu’il ne se dérobe pas ! Le sujet était important, plus encore si son fils pensait une telle chose. L’honneur de la famille n’était pas à prendre à la légère, penser que l’on a trahi notre père est pire que tout et Josuke savait de quoi il parlait. Kimmitsu avait pensé la même chose le jour où il avait annoncé qu’il voulait aller vivre en France, son père l’avait renié et il avait été impossible de les réconcilier avant sa mort. Josuke fixa son fils un long moment sans rien dire, le tenant fermement entre ses mains pour l’empêcher de filer comme il avait coutume de le faire ces jours-ci. Cependant, il faisait attention à ne pas le serrer trop fort pour lui éviter les bleus, il le soutenait plus qu’autre chose tout en l’empêchant de partir.

Josuke – Tu es pire que ton oncle. Je t’aime, est-ce que tu le comprends, cela, au moins ? Je refuse de te laisser quitter cette pièce si tu gardes l’idée stupide selon laquelle je te considère comme indigne, est-ce que c’est clair ? Pourquoi penses-tu cela ? Dis-moi ! Dis-moi tout ce que tu penses, tout ce qui te passe par la tête. Je ne veux que ton bien, ton bien et rien d’autre. Tu resteras mon fils éternellement, rien ne changera cela, peu importe nos disputes et nos divergences d’opinion.

Genji – Mais on s'en moque, de ce que je pense !

Josuke – Ah oui, et depuis quand ? Genji, enfin ! C’est bien ce que je pensais, tu as de la température.

Josuke poussa un soupir, ôtant sa main du front de son fils, et attrapa un tabouret d’une main pour l’obliger à s’asseoir dessus, avançant un autre à proximité pour s’y installer lui-même. Oui, il s’était un peu moqué, mais tant pis. Il bloqua le tabouret entre ses jambes, tenant à nouveau Genji par les épaules pour le dévisager d’un regard intense et furieux. Il disait de telles bêtises ! Aussi énormes que lui, si pas plus, alors que son père peinait vraiment à le comprendre. Comme d’habitude, ces derniers temps. Par où commencer ? Comment lui parler ? Comment Genji avait-il pu en arriver à penser de telles absurdités ? Ce n’était pas que la fièvre qui le faisait délirer, non, il était convaincu de ce qu’il avançait, sûr de lui et semblait ne pas en douter une seule seconde. Ce qui effrayait Josuke plus que n’importe quoi d’autre...

Josuke – Ecoute-moi bien, dit-il après un long moment en pesant bien chaque mot. Ce que tu penses a son importance, même si tu sembles penser que je suis un monstre qui ne t’aime plus et qui se fiche bien de ton opinion. Tu es malade ici, tu enchaînes les bêtises, cherches constamment à te faire remarquer... C’est bon, j’ai compris le message, mais maintenant, mets-y du tien, toi aussi ! Que veux-tu que je fasse, Genji ? As-tu une autre solution ? Si j’avais pu, je serais parti moi-même en France pour que tu n’aies pas à subir tout cela mais je ne peux pas. Comment feront les autres ? J’ai des responsabilités et je sais que tu parleras à Kimmitsu. Lui peut t’écouter, changer d’air te fera du bien. Sauf si tu as une autre idée, une autre solution, je suis ouvert, mais dis-moi plutôt que de me blâmer !

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Genji Nakajima
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MessageSujet: Re: Une simple escapade   Dim 15 Nov - 22:41

– Pardon ? demanda-t-il d’un air incrédule. Tu dois vraiment être malade pour balancer des âneries pareilles. Assieds-toi, tu vas t’évanouir.

Genji marmonna que ce serait mieux s'ils s'évanouissait, en effet. Au moins, il pourrait échapper dix minutes ou vingt aux sermons ! Pourquoi son père venait-il le relancer jusqu'ici, c'est bon, ils avaient déjà tout dit ! Genji était un fils indigne, son père était venu le chercher car sa mère s'était inquiétée, il voulait l'expédier en France avec son oncle, ce dernier avait accepté, pour il ne savait quelle raison, et voilà, fin de l'histoire, rien à dire de plus. S'appuyant d'une main contre le lavabo, il se frotta le front, prêt à quitter la pièce mais son père s'était planté devant la porte. Allez, c'était reparti pour une énième dispute... A quoi bon en rajouter ?! Il se retint de lever les yeux au ciel, serrant les dents, sans bouger de sa place. Combien de temps cela allait-il durer, cette fois ? Il en avait marre, la journée avait été bien assez longue comme ça et il était lassé par avance de ce qui allait se passer maintenant. Une part de lui l'enjoignait de demander pardon puis de se réfugier dans ses bras, l'autre lui criait de ne pas bouger te de la boucler. Comment pourrait-il comprendre, de toute façon ? Au fond, tout était parti d'un besoin de liberté et d'un caractère trop éloigné de ce qu'on attendait de lui. Du sentiment d'étouffer dans un cadre trop serré, trop de règles et de contraintes. Et tout cela alors qu'il pouvait juste la fermer, son père était le chef de famille, ce qui pesait comme double-autorité sur lui.

– Si tu t’évanouis, je m’occuperai de toi, peut-être cela t’ouvrira-t-il les yeux sur certaines choses. Tu as raison, reste debout mais tu ne sortiras pas de cette pièce. Il y a des choses que tu dois comprendre et je ne vais pas te laisser te défiler une fois encore.

– Il n'y a pas grand-chose à comprendre, là, il faut juste que je parte à l'autre bout du monde, marmonna-t-il après avoir baissé la tête.

– Mais c’est pour ton bien que je fais ça, Genji, comment peux-tu être aussi aveugle ?!

Son bien, son bien, il l'envoyait en France pour son bien ! La France, un pays accessoirement si dangereux en ce moment que même son oncle, pourtant exemple de calme et de sang-froid, en était revenu épuisé et très nerveux, malade même. Alors oui, pas de problème, on pouvait l'expédier là-bas pour son bien ! C'était aussi pour son bien que son père voulait le séparer de sa mère et ses petites sœurs ? Le couper de son pays, de ses racines, loin de ses amis ?! Il se braqua un peu, encore plus lorsque son père s'approcha. Genji crispa la main sur le lavabo, regrettant de ne pas pouvoir filer dans un endroit où son père ne pourrait pas le suivre. Il n'était plus question qu'il pleure devant lui, de toute façon, il le prenait déjà pour un idiot, ce n'était pas la peine d'en rajouter. Son père lui prit tout à coup le menton pour lui faire relever la tête, le forçant à croiser son regard. Genji se mordit un peu plus les lèvres, les yeux brûlants mais luttant pour ne plus rien laisser paraître et ne pas se griller bêtement. Il ne voulait pas lui parler ni l'écouter ! Pas après avoir appris qu'il avait décidé, comme ça, de le jeter loin de son pays ! IL n'avait rien de mieux à faire ? S'occuper des comptes de la famille, veiller sur son grand-père, coucher les jumelles, parler à qui il voulait ou n'importe quoi, pourquoi que d'être là à le harceler ? Il devrait plutôt aller s'occuper  des invitations pour le mariage, ça l'occuperait beaucoup.

– Quand comprendras-tu que si je t’envoie en France, c’est pour ton bien ? Tu crois que ça me fait plaisir de voir mon fils partir à l’autre bout du monde, peut-être ?! Tu es malade, Genji, et pas seulement physiquement ! Cet endroit te rend malade, cette maison aussi, tu n’es pas bien ici alors pourquoi t’obligerais-je à rester, dis-moi ? Donne-moi une seule bonne raison qui ne ferait pas de moi un mauvais père en connaissant ton état moral !

Ce n'était pas cette maison qui le rendait malade mais la façon dont y vivait, nuance. C'était exactement cela qu'il ne supportait plus et bien ça que son père lui reprochait depuis deux ans, son manque de discipline, son caractère, tout. Repoussant sa main, il détourna la tête, se retenant de crier ou de l'envoyer balader, même s'il en avait de plus en plus envie. A quoi bon tout raconter, hein ? Après tout, ce n'était qu'une bête et simple crise d'adolescence, beaucoup passaient par là. Il allait partir quand son père l'attrapa par les épaules, assez fort pour le contraindre à rester sur-place. Mais c'est bon, que voulait-il dire, encore ? Il n'avait même plus le droit de se déplacer, maintenant, il devait tout le temps rester dans le champs de vision de son géniteur ?! Il se braqua, avec un mouvement de recul, clignant des yeux pour chasser la fièvre. Ce manège le fatiguait, il en avait assez. Son père ne changera pas d'avis et l'enverra en Europe, quoi qu'il arrive, alors à quoi bon continuer d'en "discuter" ? Il voulait le convaincre que c'était vraiment pour son bien ? Peut-être regrettait-il de ne pas avoir fait cela plus tôt, de se débarrasser de lui plus vite que cela.

– Tu es pire que ton oncle. Je t’aime, est-ce que tu le comprends, cela, au moins ? Je refuse de te laisser quitter cette pièce si tu gardes l’idée stupide selon laquelle je te considère comme indigne, est-ce que c’est clair ? Pourquoi penses-tu cela ? Dis-moi ! Dis-moi tout ce que tu penses, tout ce qui te passe par la tête. Je ne veux que ton bien, ton bien et rien d’autre. Tu resteras mon fils éternellement, rien ne changera cela, peu importe nos disputes et nos divergences d’opinion.

– Mais on s'en moque, de ce que je pense !

– Ah oui, et depuis quand ? Genji, enfin ! C’est bien ce que je pensais, tu as de la température.

Il avait posé une main sur son front, avant de tirer un tabouret vers eux et le forcer à s'asseoir dessus. Il s'assit aussitôt en face de lui puis le reprit par les épaules, un peu penché. Mais quoi... Le jeune homme poussa un long soupir en baissant la tête, les mains serrées sur les rebords du tabouret, observant un pli sur la tenue de son père, pour ne pas le regarder dans les yeux. Ils devaient faire un beau spectacle, en tout cas, c'était risible. Son père ferait mieux de l'oublier et faire comme si de rien n'était. Genji avait juste oublié de prévenir sa mère, ce matin, c'était la première fois ! La "sieste" au bord de la rivière n'était pas prévue dans le programme, et ses autres sorties n'avaient jamais été des fugues, il devait juste partir pour ne pas pleurer devant sa famille et être seul, respirer, se reprendre en main. Il pouvait très bien continuer comme ça jusqu'à devenir adulte ! Puis... Il fera... Il fera... Il ne savait quoi. Travailler ici ou au village, se marier, puis reprendre la place de son père un jour. Son estomac se tordit à cette seule idée, il ne pouvait pas respecter assez les règles pour être capable de ça. Redevenir un enfant pour ne plus devoir songer sans cesse à l'avenir serait réconfortant mais impossible. Se tordant les mains pour ne pas pleurer bêtement, il inspira profondément, se concentrant sur la fièvre plutôt que sur le regard de son père.

– Ecoute-moi bien, dit-il après un long moment en pesant bien chaque mot. Ce que tu penses a son importance, même si tu sembles penser que je suis un monstre qui ne t’aime plus et qui se fiche bien de ton opinion. Tu es malade ici, tu enchaînes les bêtises, cherches constamment à te faire remarquer... C’est bon, j’ai compris le message, mais maintenant, mets-y du tien, toi aussi ! Que veux-tu que je fasse, Genji ? As-tu une autre solution ? Si j’avais pu, je serais parti moi-même en France pour que tu n’aies pas à subir tout cela mais je ne peux pas. Comment feront les autres ? J’ai des responsabilités et je sais que tu parleras à Kimmitsu. Lui peut t’écouter, changer d’air te fera du bien. Sauf si tu as une autre idée, une autre solution, je suis ouvert, mais dis-moi plutôt que de me blâmer !

– Je n'ai jamais dit que je ne voulais plus jamais te voir ! répliqua-t-il aussitôt, sans réfléchir, redressant la tête, les larmes aux yeux. Et je ne suis pas malade, tout va très bien, je vais juste attendre que ça passe et point. Tu peux me lâcher, maintenant ?

Il perdait son temps, là, ça ne servait à rien... Genji s'essuya vite fait les yeux, se répétant sa promesse en boucle, il ne voulait plus craquer, c'était lamentable. Un peu de volonté, il n'avait plus deux ans, il n'allait quand pas se remettre à pleurer pour si peu, ce n'était rien, il devait tenir. Son père se contenta de soupirer en secouant la tête, sans le relâcher. Ils n'allaient quand même pas y passer la nuit...

– Tu ne réponds pas à ma question. Dis-moi tout ce que tu as sur le cœur, Genji, je suis là, prêt à t'écouter ! Je ne veux pas me disputer, seulement comprendre... Comprendre pourquoi tu réagis comme ça.

Nouveau soupir. Genji réfléchit à un moyen de s'esquiver, n'ayant pas la moindre envie de parler ni de dire "ce qu'il avait sur le cœur". Trop long, trop fastidieux, trop inutile. En plus de ça, s'il avait le malheur de le faire, il risquait de décevoir un peu plus son père, de lui prouver qu'il n'était vraiment pas le fils qu'il voulait et donc le pousser à le renier pour de bon. Il tourna un peu la tête, la bouche entrouverte, sans rien dire. Au fond, il s'en voulait de ne pas pouvoir penser de la même façon que le reste de la famille, de ne pas accepter un style de vie qu'il connaissait pourtant depuis sa naissance. C'était stupide et irrationnel, il était chez lui, avec une grande famille, il devrait être heureux. Le problème venait juste de lui, il devait se calmer, s'éclaircir les idées, accepter qu'on ne pouvait pas tout changer comme cela, c'était impossible, l'herbe n'était pas forcément plus verte ailleurs. Il reposa le regard sur son père puis baissa la tête presque aussitôt, incapable de parler. Son père soupira à nouveau, se levant, puis esquissant un geste, que Genji stoppa aussitôt en reculant.

– Je peux marcher, c'est bon.

– Pour t'enfuir dès qu'on sortira de cette pièce ? Si tu marches, c'est jusqu'à ta chambre. Et je t'accompagne.

Oui, oui, c'est bon... Il se retint de répondre ou de soupirer, se contentant de sortir de la salle de bain. Il ne pouvait pas parler à son père, les mots se coinçaient dans sa gorge tant il avait peur d'être rejeté pour de bon. En quoi serait-ce mieux avec son oncle ? Pouvait-il mieux comprendre ou deviner ? Peut-être. Dans tous les cas, Genji était loin d'être prêt à digérer cette histoire.

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