1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Cuite interrompue

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Fabrice Gavin
Colonel
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Âge RPG : 34 ans

MessageSujet: Cuite interrompue   Mer 23 Sep - 18:15

Le jeune homme poussa un hurlement à vous glacer le sang dans les veines, sous le regard parfaitement impassible du docteur Rochard qui prenait des notes sur un carnet, sans considération aucune pour son cobaye qui se tordait de douleur en hurlant sous les sangles, bien attaché à la table d'opération. Fabrice ramena sa main contre lui, les doigts encore brûlants, après avoir brûlé au troisième degré tout le torse de ce garçon, âgé d'à peine vingt ans. Il regarda du coin de l'œil les deux soldats qui regardaient attentivement la scène, avec lui aussi un air impassible, comme si torturer un jeune adulte ne lui faisait aucun effet. Depuis qu'il participait à ce genre de petites expériences, des rumeurs filtraient, s'échappaient des laboratoires où il travaillait. De plus en plus de militaires comprenaient, pour le don qu'il dissimulait, même si très peu d'entre eux osaient lancer des accusations à voix haute ou dire quoi que ce soit. Mais le Colonel devait se protéger, comme il le faisait depuis toujours. Et protéger ses subordonnés. Obéir et la fermer. Être l'homme cruel et insensible qu'on lui demandait lors de ce genre d'expériences. Obéir et ne pas réfléchir.

Le gamin s'évanouit sous la douleur, sa tête se renversant sur le côté, alors que le psychopathe lui tournait autour en prenant des notes. Dès qu'il se réveilla, Fabrice claqua des doigts, libérant une langue de feu qui saisit le gamin aux deux jambes. Il hurla si fort qu'on devait sûrement l'entendre du village, puis eut un tressautement et retomba, les yeux révulsés. Mort. Seule la force de l'habitude permit à Fabrice de ne rien laisser apparaître, ni peur, ni dégoût, ni colère, ni tristesse. Rien. Il resta parfaitement impassible, montrant un visage lisse de toute émotion, un regard éteint, alors qu'un infirmier emmenait le corps sur un brancard. C'était le troisième qui mourrait, en l'espace de deux heures. Rochard grogna en marmonnant qu'ils n'avaient plus de cobayes de cet âge en stock pour le moment, c'était fâcheux. Il fila dans son bureau et claquant la porte avec beaucoup de jurons, crachant qu'on ne pouvait pas bosser sérieusement dans des conditions pareilles. Fabrice attendit un peu puis sortit à son tour, jetant dans une poubelle du couloir la blouse blanche qu’on lui avait fait enfiler.

Il retourna au petit vestiaire où il avait laissé ses affaires, vide à cette heure de la matinée. Il fila tout au fond de la pièce, dans un coin sombre, ouvrant son casier, puis prit dans son sac une petite flasque de rhum, qu’il vida presque entièrement en quelques gorgées. Il en prit une autre, où il but une autre gorgée, puis se laissa tomber sur le banc, contre le mur, la flasque à la main, tremblant. Le rouge lui était déjà monté aux joues et il respirait plus vite et fort, tremblant. Il essayait d’arrêter. Vraiment. Il essayait sans cesse de diminuer les doses, d’arrêter certains alcools, puis replongeait, toujours plus violemment. Il baissa la tête, les yeux fermés, avec un petit rire à la fois désespéré et blasé. Boarf, qui s’en souciait, de toute façon ?! Il continua à boire, encore et encore, entendant à peine la porte des vestiaires claquer, à un moment. Il releva a tête, voyant le commandant Alric s’arrêter au bout de la rangée, le regardant, avec une expression indéchiffrable. Quoi encore ? Fabrice eut une grimace puis but à la nouvelle bouteille qu’il venait de prendre, s’essuyant ensuite les lèvres avec la manche de son uniforme.

– Foutez-moi la paix, marmonna-t-il.

N’importe quel couillon pourrait comprendre qu’il voulait être seul, non ?! Seul ! Alors qu’il dégage ! Juste le temps de boire assez pour oublier toutes les personnes qui étaient mortes à cause de la douleur qu’il leur avait infligé, victimes d’arrêts cardiaques brutaux à cause d’une souffrance trop élevée. Mais le commandant s’approcha, au lieu de partir. Fabrice ouvrait la bouche pour le renvoyer balader lorsqu’il lui arracha tout à coup la bouteille et la jeta violemment contre le mur, la faisant exploser dans un débris de verre et de vodka, une forte odeur s’élevant aussitôt. Fabrice avait poussé un petit cri indigné, cri qui s’étrangla dans sa gorge lorsque son subordonné le plaqua tout à coup contre le mur des vestiaires en le tenant par les deux bras, serrant si fort qu’il allait sans doute lui laisser des bleus. Il le fixa bêtement, la bouche entrouverte, choqué.

– Vous croyez peut-être que ça vous aider ?! rugit-il d’un seul coup. Vous êtes en train de vous foutre en l’air alors que vous valez mieux que ça ! Vous n’allez quand même pas vous laisser déjà abattre ?!

– Vous savez, commandant, articula Fabrice d’une voix pâteuse, si quelqu’un entre maintenant et vous voit, vous allez finir à la Cour Martiale de Paris.

Le commandant avait une expression bizarre, alors qu’il le fixait, Fabrice ne saurait dire s’il était en colère, ou déçu. Peut-être un mélange des deux. Il avait enfin vu qu’on ne pouvait pas faire confiance à un chef pareil, sans doute ? Il eut tout à coup envie de pleurer, incapable de se dégager de la poigne de son subordonné.

– Et puis, non, je ne vaux pas mieux « que ça », vous n’avez aucune raison valable de le penser, grinça-t-il avec un geste las. Je ne sais faire que ça, boire, rien d’autre. Et vous me suivez… Vous devriez laisser tomber, commandant, je ne suis pas vraiment ce qu’on peut appeler un bon leader mais je m’en fous. Je me fous de tout, vous comprenez ? Je me fous de piétiner ma vie. Et vous devriez vous en foutre aussi, de ce que je peux bien faire.

Il avait un peu balbutié, les idées floues, n’étant plus vraiment en état de réfléchir. Mais attention, il ne déprimait pas du tout ! Il avait juste un léger sur plein d’émotions, en ce moment, rien de grave, il pouvait gérer.

– Pourquoi vous êtes encore là ? soupira-t-il encore, collé contre le mur. Foutez-moi la paix. Tirez-vous d’ici et laissez-moi seul.

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MessageSujet: Re: Cuite interrompue   Ven 25 Sep - 15:21

Alex jeta le journal dans un coin de la table, exaspéré après un énième article sur la venue de la guerre. A quoi s'amuser à faire aux gens ?! Il reprit sa tasse de thé avec un soupir fatigué, pendant qu'un médecin, assis à la même table, jetait un coup d'œil à l'article. La salle de pause de l'hôpital était pleine, à cette heure, il était dix heures du matin. Infirmiers, médecins et militaires bavardaient autour d'un thé ou d'un café, des dernières nouvelles, s'échangeant des ragots ou parlant des patients. Des patients, ouais, des cobayes, plutôt. Il parla un peu avec une infirmière des dernières avancées en terme de chirurgie, un docteur avait présenté sa thèse, le mois dernier, présentant une nouvelle technique pour soigner les fractures. il venait de finir son thé lorsque le docteur entra à son tour, visiblement de mauvaise humeur, et se laissa tomber sur une chaise. Alex ne prit pas la peine de le saluer, détestant ce malade psychopathe et cinglé, cruel comme ce n'était pas permis. Il se mit alors à raconter ses expériences du matin, ce qui crispa encore plus le commandant. Rochard lança tout à coup que "Gavin devait les brûler trop en profondeur, c'est pour ça qu'ils meurent trop vite", faisant blêmir Alex. Il pensait que le Colonel avait cessé de participer à tout ça, qu'on lui foutait la paix.

Il se leva, saluant son interlocutrice puis posant sa tasse dans l'évier avant de sortir de la salle. Où était le colonel, maintenant ? Il se rendit d'abord à la salle d'opération qu'utilisait toujours le psychopathe, où un petit jeune était en train de nettoyer, passant la serpillière. Il haussa les épaules lorsqu'Alex lui demanda s'il savait où était parti le Colonel Gavin, répondant juste qu'il l'avait vu filer dans le couloir vers les vestiaires, toute à l'heure en allant chercher les produits pour le ménage. Le commandant souffla un rapide "merci" avant de repartir, un peu plus vite. C'était peut-être ridicule, mais il avait un mauvais pressentiment... Leur supérieur était bizarre, depuis quelques jours, beaucoup plus sombre et renfermé. Il parlait moins et on ne le voyait plus beaucoup, lui qui passait pourtant pas mal de temps avec son équipe, pour travailler, se détendre, discuter. Il poussa la porte des vestiaires, la claquant involontairement derrière lui. Et bien, il était là ? Il passa pour regarder entre les rangées de casiers, trouvant enfin son chef tout au fond, assis sur un banc, une bouteille d'alcool à la main. Alex serra les poings, en le voyant lever un regard hagard, la gorge serrée. Il ne supportait plus de le voir comme ça. Il ne supportait plus de le voir se détruire à petit feu, après ce qu'il avait déjà fait, ce qu'il était capable de faire !

– Foutez-moi la paix, marmonna-t-il.

C'était hors de question, ça durait depuis trop longtemps ! Alex avança à grands pas décidés et lui arracha sa bouteille des mains avant de la jeter avec le plus de force possible contre le mur, la regardant exploser avec une grande satisfaction. Une bonne chose de faite ! Il s'empara ensuite de son supérieur hiérarchique et le plaqua brutalement contre le mur glacé derrière eux, lui tenant les deux bras avec force pour l'empêcher de se dégager, furieux, alors qu'il avait lâché un petit cri d'indignation. C'est bon, maintenant, il était temps qu'il se secoue un peu et se réveille ! Il valait mieux que ça, il ne devait pas se détruire par l'alcool ou il ne savait quoi ! Il avait donc tout oublié de ses principes ?! Il comptait rejeter les valeurs qu'il défendait ?! Il ne devait pas se laisser aller, bon sang ! C'était sur lui qu'ils comptaient, lui qu'ils avaient choisi de suivre ! Ils comptaient sur lui et le respectaient ! Alors le voir comme ça... Non, non et non ! Alex ne pouvait pas rester sans rien faire, c'était cet homme qui l'avait sortir des griffes de ses années noires et il refusait de le voir plonger de cette façon, sans même tendre la main pour le rattraper.

– Vous croyez peut-être que ça vous aider ?! rugit-il d’un seul coup. Vous êtes en train de vous foutre en l’air alors que vous valez mieux que ça ! Vous n’allez quand même pas vous laisser déjà abattre ?!

– Vous savez, commandant, articula Fabrice d’une voix pâteuse, si quelqu’un entre maintenant et vous voit, vous allez finir à la Cour Martiale de Paris.

Et alors ?! Il devait le regarder crever à petit feu sans rien faire, peut-être ?! Alex resserra encore plus sa prise, inconsciemment, alors qu'il pourrait lui faire bien mal et lui laisser des hématomes, ainsi. C'était cet homme qui l'avait aidé à ouvrir les yeux, cet homme qui avait sauvé plusieurs militaires qui avaient des ennuis à cause de leurs dons, cet homme qui avait aidé les enfants de l'école chaque fois qu'il le pouvait, cet homme qui les protégeait, ses coéquipiers, cet homme qui travaillait pour aider l'armée à prendre un autre chemin, alors non, Alex ne comptait pas le laisser tomber, il se foutait de passer en cour martiale ensuite ! L'odeur de l'alcool répandu au sol les prenait à la gorge, âcre et donnant envie de vomir. Ce né'tait plus possible, il ne pouvait pas continuer à boire autant.

– Et puis, non, je ne vaux pas mieux « que ça », vous n’avez aucune raison valable de le penser, grinça-t-il avec un geste las. Je ne sais faire que ça, boire, rien d’autre. Et vous me suivez… Vous devriez laisser tomber, commandant, je ne suis pas vraiment ce qu’on peut appeler un bon leader mais je m’en fous. Je me fous de tout, vous comprenez ? Je me fous de piétiner ma vie. Et vous devriez vous en foutre aussi, de ce que je peux bien faire.

C'est ça, il rêvait debout ! Alex tourna la tête, regardant autour d'eux, pour voir s'il n'y avait pas un évier, pour qu'il puisse lui passer de l'eau sur la figure, mais il ne voyait rien. Bien dommage. Il reporta le regard sur lui, les dents serrés, se retenant pour ne pas hurler tout de suite, garder son calme, ne pas attirer l'attention sur ces vestiaires. Ils étaient au calme, pour le moment. Dans un coin sombre, lumière éteinte, avec juste une petite fenêtre en hauteur, cachés derrière une longue rangée de casiers au fond de la grande pièce. Parfait pour une petite mise au point urgente.

– Pourquoi vous êtes encore là ? soupira-t-il encore, collé contre le mur. Foutez-moi la paix. Tirez-vous d’ici et laissez-moi seul.

– Est-ce un ordre, Colonel ?! Si c'est le cas, je le refuse, vous pourrez me faire jeter en prison après mais en attendant, vous allez devoir m'écouter ! Regardez-moi !

Il l'appuya encore plus fort contre le mur, parlant d'un ton plus impérieux, pour qu'il redresse la tête. Alex était plus grand d'une bonne tête et avait deux fois plus de muscles. Il était le plus fort de leur équipe, sur le plan physique, mais c'était bien la première fois qu'il jouait de cela contre son supérieur hiérarchique. Alex savait très bien qu'en le plaquant ainsi contre le mur, il ne pourra ni se dégager ni se sauver.

– Où est passé l'homme qui accepte d'être considéré comme un psychopathe pour pouvoir faire évader ou sauver la vie d'un autre soldat ?! Le chef qui peut travailler des heures pour concevoir des plans de contre-attaque et trouver des moyens de servir ses principes ?! Si, vous valez beaucoup mieux que ça ! Ça fait des années que vous vous battez dans l'ombre, des années que vous faites tout pour que cette armée ne prenne pas le chemin de la dictature, des années que vous protégez vos proches et que vous agissez du mieux que vous le pouvez ! Pourquoi vous croyez qu'on vous respecte et qu'on vous suit ?! Parce que vous n'avez jamais trahi vos valeurs ! Parce que vous avez été le seul à tous nous accepter avec nos défauts et nos passés parfois lourds, parce que vous avez confiance en nous ! Et on vous fait confiance ! Alors non, on ne peut pas s'en foutre de vous faites ! Je ne peux pas accepter de vous regarder vous foutre en l'air sans lever le petit doigt !

Il s'interrompit un instant pour reprendre son souffle, le cœur battant maintenant à très vive allure, alors qu'il vidait enfin son sac. Il avait su tout cela mais lui rafraîchir la mémoire n'allait lui faire aucun mal, surtout vu la situation.

– Ce n'est pas vous soûler dans votre coin qui va vous aider, Colonel, reprit-il après cette courte pause, la voix plus rauque. Ça vous tuerait de nous parler, de vous confier ?! Vous croyez peut-être qu'on va vous rejeter si vous le faites ?! Vous êtes complètement crétin, si c'est le cas ! Ce n'est pas comme si ça faisait des années qu'on se soutenaient tous les uns les autres ! Nous sommes une équipe ! Une équipe ! Vous l'avez oublié, ça aussi ?! Répondez-moi !

– N... Non...

– Alors vous attendez quoi, le déluge ?! Ou d'être déjà à moitié mort ?!

Il le relâcha brusquement, reculant d'un pas, le souffle court. Sa colère retomba comme un vieux soufflé alors qu'il s'appuyait contre les casiers, face à son chef.

– Faites-nous confiance, au moins un minimum ! Vous le faisiez, auparavant ! Et aujourd'hui... Aujourd'hui, j'ai l'impression que vous ne croyez plus en rien, même pas en vos coéquipiers. Alors qu'on pourrait vous aider et vous le savez. Mais parlez-nous.
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MessageSujet: Re: Cuite interrompue   Mar 29 Sep - 15:59

– Est-ce un ordre, Colonel ?! Si c'est le cas, je le refuse, vous pourrez me faire jeter en prison après mais en attendant, vous allez devoir m'écouter ! Regardez-moi !

Fabrice releva la tête malgré lui, complètement coincé contre le mur, la bouche entrouverte et le teint livide. C'était bien la première fois qu'il voyait le commandant dans cet état, furieux, si sérieux, et cette image suffisait à repousser les brumes de l'alcool de son cerveau. Il n'essaya même pas de se dégager, stupéfait de le voir ainsi, stupéfait qu'il l'ait attrapé de cette façon, alors qu'il aurait dû juste partir et le laisser seul. Et puis, qu'est-ce qu'il pouvait en avoir à foutre, de ce que Fabrice pouvait bien faire ? Ça ne servait à rien ! Il ne savait plus comment parvenir à son but, comment aider cette armée à changer alors que le maréchal l'avait déjà eu. Il ne savait plus comment être un soutien pour la générale si cela mettait toute son équipe en danger. Il ne savait plus comment s'y prendre. Il ne savait plus rien. Enfin, si, il savait boire, c'était bien tout ce qui restait. Et ensuite ? Qui ça pourrait bien intéresser ? Il jeta un regard un peu hagard à son subordonné, prêt à lui dire qu'il ne devrait pas se sentir obligé de continuer à le suivre, qu'il pourrait trouver un chef plus fiable et le laisser tomber lui. Qu'il s'en aille ailleurs, aider une personne qui le méritait, ce sera plus utile que de rester ici.

– Où est passé l'homme qui accepte d'être considéré comme un psychopathe pour pouvoir faire évader ou sauver la vie d'un autre soldat ?! Le chef qui peut travailler des heures pour concevoir des plans de contre-attaque et trouver des moyens de servir ses principes ?! Si, vous valez beaucoup mieux que ça ! Ça fait des années que vous vous battez dans l'ombre, des années que vous faites tout pour que cette armée ne prenne pas le chemin de la dictature, des années que vous protégez vos proches et que vous agissez du mieux que vous le pouvez ! Pourquoi vous croyez qu'on vous respecte et qu'on vous suit ?! Parce que vous n'avez jamais trahi vos valeurs ! Parce que vous avez été le seul à tous nous accepter avec nos défauts et nos passés parfois lourds, parce que vous avez confiance en nous ! Et on vous fait confiance ! Alors non, on ne peut pas s'en foutre de vous faites ! Je ne peux pas accepter de vous regarder vous foutre en l'air sans lever le petit doigt !

Le Colonel lui jeta un regard où se mêlait choc et culpabilité, toujours sans rien dire ni bouger. Mai sil n'avait pas... Il referma la bouche, pâlissant encore, en baissant la tête. Cet homme-là avait peut-être existé mais il était loin, aujourd'hui. Et quel rapport aujourd'hui ?! Oui, il avait peut-être bien agi autrefois mais il avait l'impression que tout cela appartenait à une autre époque, une autre vie, maintenant révolue. Cet homme qu'il lui dépeignait, ce n'était pas lui. Il resta parfaitement silencieux, tête baissée, son regard dérivant vers la bouteille brisée plus loin, répandant son contenu au sol, dans une odeur très familière et pourtant âcre et nauséabonde. Et le commandant était toujours là. Fabrice hésitait entre pleurer un peu ou s'effondrer, la tête lui tournait et il sentait qu'il perdait pied. Même s'il avait bien agi avant, il... Aujourd'hui... Que pouvait-il faire ?! Ses subordonnés étaient en danger à cause de lui, parce qu'il avait commis une grave erreur et devait en payer le prix. Il ne savait pas comment se relever.

– Ce n'est pas vous soûler dans votre coin qui va vous aider, Colonel, reprit-il après cette courte pause, la voix plus rauque. Ça vous tuerait de nous parler, de vous confier ?! Vous croyez peut-être qu'on va vous rejeter si vous le faites ?! Vous êtes complètement crétin, si c'est le cas ! Ce n'est pas comme si ça faisait des années qu'on se soutenaient tous les uns les autres ! Nous sommes une équipe ! Une équipe ! Vous l'avez oublié, ça aussi ?! Répondez-moi !

– N... Non...

– Alors vous attendez quoi, le déluge ?! Ou d'être déjà à moitié mort ?!

Il le lâcha d'un bloc, reculant jusqu'à presque se laisser tomber contre les casiers. Fabrice tremblait de tous ses membres, ignorant comment réagir, quoi dire, quoi faire. Il avait l'impression qu'n venait de lui écraser plusieurs kilos de pierre sur la tête, tenant à peine debout contre le mur. Il revit les heures passés en compagnie de ses subordonnés, les missions en extérieur, les entraînements et bagarres amicales, les soirées dans le réfectoire de la caserne à jouer aux cartes, les sorties au bar, les heures au bureau à s'occuper des dossiers qui s'accumulaient, tous ensemble, leurs jeux, leurs rires et taquineries, tout ce qu'il avaient vécu, à venir jusqu'ici. Il revoyait tout cela comme une personne extérieure, comme s'il s'agissait d'une vie qu'il observerait, coincé derrière une vitre épaisse. Et il réalisa que tout cela lui manquait cruellement. Les moments simples avec son équipe, ses amis. Les instants où ils se contentaient de rire et s'amuser. Les heures où ils s'installaient au bureau pour travailler, échangeant parfois remarques ou courtes interventions sur les affaires en cours. Les entraînements en commun, les courses d'endurance coude à coude. Les moments simples. Il laissa tête reposer contre le mur glacial, sans pouvoir s'empêcher de trembler. Il avait envie de retrouver tout cela. Envie de retrouver cette époque perdue, depuis le début des troubles.

– Faites-nous confiance, au moins un minimum ! Vous le faisiez, auparavant ! Et aujourd'hui... Aujourd'hui, j'ai l'impression que vous ne croyez plus en rien, même pas en vos coéquipiers. Alors qu'on pourrait vous aider et vous le savez. Mais parlez-nous.

Fabrice se laissa lentement glisser contre le mur, tombant assis au sol, la bouche entrouverte et le teint pâle. Il serra les poings, avec une vague envie de vomir, la tête baissée. Peut-être qu'il déprimait un petit peu mais il ne voulait pas l'admettre à voix haute. Il se sentait juste honteux, en réalité. Même s'il avait pour ordre de ne pas le faire, il aurait tout de même dû parler à son équipe, tout leur confier dès le début, au lieu de tout garder pour lui, accumuler la tension, et finir par s'en rendre malade. Il prit une longue inspiration, puis finit par raconter au commandant ce qui s'était vraiment passé, la nuit où le village de Gray avait brûlé. Il lui avoua ce qu'il avait fait, ce qu'Isabelle avait dû faire pour le protéger, mais ça n'avait servi à rien. Il lui dit que Bradley le menaçait, les avait pris eux, ses subordonnés, en otage. Il parlait à voix basse, en fixant le carrelage sombre des vestiaires, à deux doigts de fondre en larmes.

– Je suis désolé, murmura-t-il. J'ai peur d'être responsable de votre mort, de...

Il s'interrompit, la gorge serrée, mais le commandant vint tout à coups'agenouiller près de lui en lui collant une grande tape dans le dos avec un très grand rire. Fabrice s'écrasa par terre sous le choc, pris de court et si stupéfait q'il aurait pu en faire une attaque. Le géant de l'équipe le releva aussitôt et passa un bras autour de ses épaules avec un large sourire. Fabrice ne comprenait plus rien du tout, si choqué que même son envie de pleurer avait été effacée en un instant.

– Merci, sourit le géant d'un ton plus posé. Enfin je retrouve notre Colonel surprotecteur qui pense trop aux autres, tout espoir n'est pas perdu ! Surtout que des solutions, il y en a pleins.

Ah... ? Fabrice ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Il ne lui en voulait même pas ?! Mais il était... Le commandant se releva tout à coup à toute vitesse en l'entraînant avec lui puis le tira par le bras. Le colonel avait littéralement l'impression d'être un enfant que son père emmenait quelque part, peinant à suivre. Ils sortirent des vestiaires au pas de charge, dans les couloirs vides, à cette heure.

– Où va-t-on ? balbutia-t-il.

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MessageSujet: Re: Cuite interrompue   Lun 12 Oct - 17:45

Son supérieur se laissa doucement glisser contre le mur, puis tomba au sol, l’air perdu et choqué. Alex s’assit par terre à son tour, le souffle court, priant tous les Dieux au monde pour qu’il se décide enfin à l’ouvrir et à se confier. Ouais, il était peut-être mal placé pour exiger ça, mais au diable tous ses soucis de conscience, il ne voulait pas laisser tomber son chef. Il ne les avait jamais laissés tomber, lui ! Alors pourquoi pensait-il que l’inverse pouvait être vrai ?! Il se frotta les yeux puis les tempes, passant une main dans ses cheveux, sur les nerfs. Son chef inspira tout à coup profondément puis avoua enfin tout ce qu’il avait sur le cœur. Alex l’écouta attentivement, sourcils légèrement froncés, en le regardant. Alors il s’en voulait et restait silencieux à cause du connard de maréchal et parce qu’il avait peur pour son équipe ? Il se retint de lever les yeux au ciel, un éclat de rire nerveux menaçant de le saisir. Donc au fond de lui, il était toujours le même colonel a râlé dès qu’ils s’exposaient trop au danger et qui prenait toujours tout sur lui sans réussir à se confier ! Une immense et terrible vague de soulagement secoua le commandant tout entier. Tout espoir n’était pas perdu, il était toujours le même ! Il avait eu si peur que l’armée ne soit parvenue à le biser pour de bon !

– Je suis désolé, murmura-t-il. J'ai peur d'être responsable de votre mort, de...

Alex bondit pour s’agenouiller à côté de lui et lui flanqua une énorme tape dans le dos avec un énorme rire soulagé. Parfait ! Parfait, parfait, parfait, c’était donc une mauvaise passe qui s’était aggravée car il avait refusé de parler ! Oh bon sang, le stress était bien moindre, d’un seul coup. Pas la peine de dramatiser, il y avait un paquet de solutions ! Il aida son supérieur à se relever avec un très large sourire, l’ayant un petit peu envoyé au tapis en le frappant dans le dos. Bah, il manquait d’entraînement, voilà tout, ce n’était absolument pas la faute au géant qui ne contrôlait pas sa force. Mais franchement, il était beaucoup plus léger ! Il se calma un peu, son cœur redescendant à un rythme plus normal et posé, toute trace de colère envolée au loin, comme si elle n’avait jamais existée.

– Merci, sourit le géant d'un ton plus posé. Enfin je retrouve notre Colonel surprotecteur qui pense trop aux autres, tout espoir n'est pas perdu ! Surtout que des solutions, il y en a pleins.

Il se leva d’un bond, plein d’enthousiasme, tirant ensuite le colonel par le bras pour qu’il fasse de même. Il l’entraîna ni une ni deux avec lui, marchant à très grands pas avant de sortir dans le couloir en le traînant toujours. Allez, ce n’était pas tout ça mais ils n’allaient pas perdre de temps dans cet hôpital odieux, en route ! Il avait terminé son service, le colonel aussi, alors pourquoi perdre du temps ici alors qu’ils pouvaient se changer les idées ?

– Où va-t-on ? balbutia-t-il.

– Déjeuner avec toute l’équipe, pour commencer ! Je meurs de faim, pas vous ?

Il éclata de rire sans même écouter la réponse, s’il y en avait une, le tirant en vitesse jusqu’au rez-de-chaussée avant de le pousser sur le siège passager de sa voiture, s’installant aussi sec au volant. Pas question qu’il s’isole dans son coin, il ne les avait que trop évité pour tout le reste de l’année. Alex les ramena à la caserne en présentant sur le trajet toutes les activités qu’il ne faisait plus, avec eux tous, affirmant qu’il fallait rattraper le temps perdu. Il ne le laissera pas déprimer tout seul. A la caserne, il trouva leurs amis se rendant au réfectoire, les prenant à part pour tout leur expliquer en vitesse. Seule Isa semblait déjà au courant mais c’était sans doute normal. Ils discutèrent de cela en allant chercher leurs plateau-repas, avant de s’installer tous ensemble autour d’une table vide, dans un coin. Alex se coupa un morceau de pain avant de boire une grande gorgée d’eau, content d’avoir enfin remis les choses à plat. Ils avaient tous le droit de savoir, non ? Et ils pouvaient être prudents, avec ça, Bradley ne pouvait rien leur faire tant qu’ils faisaient attention.

– On pourrait tous aller manger au restaurant ce soir après le boulot, non ? lança-t-il en agitant sa fourchette piquée d’un bout de viande. Ça fait longtemps que l’on n’a pas fait de vraies sorties.
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Fabrice Gavin
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MessageSujet: Re: Cuite interrompue   Lun 9 Nov - 15:55

– Déjeuner avec toute l’équipe, pour commencer ! Je meurs de faim, pas vous ?

Pas vraiment, mais il doutait sincèrement que ce soit une véritable question, de toute façon, ce qui lui confirma aussitôt le rire du commandant. Fabrice était scié qu'il ait réagi comme cela au lieu de le laisser tomber ou le traiter d'incapable, mais il en pouvait nier qu'il était aussi profondément touché. Le commandant me tira avec lui sans lui accorder même une petite seconde pour respirer, marchant très vite le long des couloirs, puis dans les escaliers. Il suivait tant bien que mal, les idées encore un peu embrumées par la tristesse et l'alcool, même s'il faisait son possible pour garder ses idées. L'air frais lui fit un peu de bien mais pas le temps d'en profiter, étant donné qu'il venait de se faire à moitié jeter sur le siège passager. Le commandant s'installa aussitôt au volant en claquant la porte puis démarra, commençant aussitôt à lui lister toutes les activités que Fabrice faisait autrefois avec eux mais qu'il avait laissé tomber, déclarant qu'il était grand temps de rattraper le temps perdu. Qu'entendait-il par "rattraper le temps perdu", au juste ? Sans vouloir tomber dans la paranoïa, il commençait tout de même à avoir un peu peur, ne voulant pas que son équipe réalise à quel point il se laissait aller en ce moment. Soit, tous savaient qu'il buvait comme un trou et avait des tendances à la dépression, mais tout de même, en rajouter était inutile. Il ne voulait pas les perdre, ils étaient des amis autant que des coéquipiers, à ses yeux, et le colonel avait honte de ce qu'il faisait en ce moment.

Une fois revenus à la caserne et garé près des immeubles, ils filèrent retrouver les autres, le commandant se chargeant de rassembler tout le monde puis de tout expliquer, à voix basse et rapidement. Fabrice sentit ses joues se colorer d'un rouge soutenu et détourna le regard avec beaucoup de soin, avec l'impression qu'on le emplissait peu à peu d'eau bouillante. Il était vraiment désolé. Croisant le regard d'Isabelle, il se rasséréna un peu lorsqu'elle lui fit signe que cela ira, que leurs coéquipiers ne semblaient guère lui en vouloir. Un très faible sourire lui échappa, lorsqu'elle posa une main sur son épaule en y exerçant une légère pression. Ils n'avaient pas encore vraiment pris du temps pour parler d'eux deux, se contentant de gestes et de petites attentions, restant formels, simples, avec la peur sous-jacente qu'un rapprochement trop visible ne se retourne contre eux. Beaucoup jugeraient très idiot de placer ça dans une relation naissante mais ils étaient des soldats, il était logique qu'ils pensent d'abord à ce problème avant d'envisager avec sérieux une quelconque relation, amicale ou amoureuse. D'abord les risques pour celui qui voulait se lier à vous, la façon de protéger cette personne, et ensuite les sentiments. Isabelle pensait ainsi, comme d'autres, qui luttaient en secret.

La discussion continua sur le sujet lorsqu'ils se rendirent au réfectoire. Fabrice se frotta un peu la nuque en marchant, se sentant très raide et mal en point, en suivant ses amis à l'intérieur. Le lieutenant lui remplit son plateau d'autorité en voyant qu'il n'allait prendre qu'un peu de pain et de l'eau et il leva les yeux au ciel avec un petit soupir, sans faire de commentaires, cependant. Elle était toujours en train de le couver, comme s'il avait attrapé une grave maladie. Ils s'installèrent à une table libre, alors que le réfectoire se remplissait peu à peu. Piquant dans son assiette d'entrée, des carottes râpées avec un peu de salade, Fabrice s'obligea à se détendre un peu, manger sereinement. Il avait l'impression de ne plus avoir mangé avec son équipe depuis des semaines... Qu'ils sachent tout lui potait un sacré poids de l'estomac, il avait l'impression de respirer plus librement, sans devoir se soucier en permanence de ce qu'il pouvait leur dire ou non. Ils devaient tous faire très attention, maintenant, afin que personne ne soit surpris ou piégé. On pouvait s'attendre à tout, surtout au pire, tous devaient être sur leurs gardes.

– On pourrait tous aller manger au restaurant ce soir après le boulot, non ? lança-t-il en agitant sa fourchette piquée d’un bout de viande. Ça fait longtemps que l’on n’a pas fait de vraies sorties.

– A Gray ? Si personne ne reconnaît en tant que soldats, pourquoi pas. Les villageois essayent de nous jeter dehors de leurs commerces lorsqu'ils savent qu'on fait parti de l'armée. Mais on ne peut pas vraiment leur jeter la pierre.

La bonne ambiance était plus ou moins revenue, au village, mais cela ne faisait que cacher la méfiance et la rancune extrêmes qui restaient dans le cœur des habitants. La moitié tenait l'école comme responsable de l'incendie et l'autre armée pointait l'armée comme auteure du désastre. S'ils savaient... Fabrice se ferait lyncher sur la place publique, dans ce cas-là, et ce serait mérité.

– Mais bon, ça ferait une sortie, oui. Vous pourrez venir, lieutenant ?

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