1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Nouveau village

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Lucas Dumoulin
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MessageSujet: Nouveau village   Lun 21 Sep - 12:09

Lucas se retourna dans son lit, blotti sous la couette, en ouvrant doucement les yeux. Il mit quelques instants avant de se souvenir où il était. Il repoussa ses draps et la couverture pour se glisser sur la moquette de sa chambre, trottinant jusqu'à la fenêtre. Il l'ouvrit avec un peu de peine, repoussant ensuite les volets pour regarder au-dehors. Le soleil lui fit plisser les yeux et il leva une main pour se protéger, regardant l'église qui faisait face à l'immeuble, avec le cimetière derrière, puis se pencha pour observer la place du village. C'était pavés, avec des arbres qu'on venait de planter, tout autour avec des bancs en bois à côté. Quelques personnes allaient et venaient, avec le journal, du pain, quelques courses. C'était jour de marché aujourd'hui, pleins d'étals s'installaient, il était encore très tôt. Il s'appuya contre le rebord de la fenêtre sa tête posée contre ses bras repliés. Donc c'était ça, Gray. Il n'avait pas pu voir le village, sa nouvelle école, ni rien, ils venaient d'arriver. Il observa un long moment le marché qui s'installait avant de sortir de sa chambre, s'aventurant dans l'appartement. Tout le monde dormait ?

Pieds nus et en pyjama dans le salon, il en fit le tour avec curiosité, s'arrêtant près de la bibliothèque. Il ne lisait pas beaucoup, ayant encore un peu de mal, même s'il avait toujours adoré qu'on lui lise des histoires, le soir. Il voulait aller au marché, il avait encore l'argent de poche que maman lui avait donné pour qu'il s'achète quelque chose qui lui plaisait, pour son anniversaire, aux prochaines courses. Chaque année, il lui faisait un cadeau, puis ils avaient le droit de choisir quelque chose tout seul. Papa lui avait dit que ça lui apprenait la valeur des choses et de l'argent, qu'il fallait faire attention à ce qu'on prenait. L'année dernière, il avait pu trouver un petit jeu en bois. Il sentit sa gorge se serrer en pensant à papa et maman. Il ne voulait pas pleurer, car il avait vu qu'Alexis s'inquiétait à chaque fois, il ne voulait pas qu'il soit triste, c'était son ami. Ayant faim, il prit un biscuit avant de s'asseoir dans la cuisine pour le grignoter, luttant contre ses larmes. Ses pieds ne touchaient même pas le sol, il avait toujours été assez petit et frêle, pour son âge. Il prit une profond inspiration en s'essuyant les yeux, tout pâle. Tout allait bien.

Ne voulant pas rester tout seul, il finit son biscuit puis descendit de la chaise, allant pousser doucement la porte de la chambre de sa sœur. Elle était dans son lit, les volets fermés, dormant encore. Il s'approcha sans faire de bruit, grimpant sur le lit avant de s'y mettre à genoux pour la regarder. Il ne comprenait toujours pas pourquoi papa et maman l'avait rayé de leur vie, ce qu'elle avait bien pu faire. Et elle ne lui avait rien dit non plus. Pourquoi ? Elle ne lui faisait pas confiance ? Pourquoi elle ne lui parlait jamais de la vie qu'elle avait eu avec leurs parents ? Pourquoi l'avaient-ils renié ? C'était très grave ? Entendant son estomac gargouiller un peu, il appuya dessus, comme si ça allait le faire taire. Il fila ensuite sous la couverture puis se blottit contre sa grande sœur en refermant les yeux, s'accrochant à elle comme si elle était sa bouée et lui évitait de se noyer. Il nicha son visage dans son cou, avec un petit soupir, se rendormant presque. Il avait dû la réveiller mais il n'avait pas envie de se détacher d'elle pour autant.

– J'ai rêvé que maman revenait me chercher, murmura-t-il faiblement. Elle volait au-dessus des nuages.

Il avait plus l'habitude de finir la nuit dans le lit d'Alexis mais il ne voulait pas être trop collant et qu'il ne veuille plus de lui ensuite. Il se blottit donc un peu plus contre sa grande sœur, son ventre grondant à nouveau. Le sommeil revenait peu à peu. Il libéra une de ses mains pour sucer son pouce, geste très enfantin mais qui revenait lorsqu'il était vraiment triste ou sur le point de pleurer.

– Tu me racontes une histoire ?

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Nouveau village   Dim 27 Sep - 19:09

Céleste se déshabilla dans la salle de bains, ses traits et muscles épuisés par le déménagement. Mais ça y est, le plus gros était terminé et ils étaient installés à Gray. Pour l’instant, Alexis et Lucas partageaient encore la même chambre comme son élève resterait à l’école le reste de l’année mais ils ne rentraient pas tout de suite. Elle-même se sentait un peu plus légère, plus détendue depuis quelques temps et parvenait à se concentrer bien plus longtemps pour exercer son don, n’ayant plus du tout peur. Elle ne se l’expliquait pas mais n’allait pas s’en plaindre. Pour l’instant, sa seule envie était de se coucher et de dormir, dormir et encore dormir pour se reposer. Se reposer avant de rentrer, profiter du peu de temps qui lui restait de ces vacances avant de se remettre dans le bain. Cette rentrée allait être difficile, Cyprien le lui avait déjà dit et tous les professeurs le savaient. Du moins, ceux qui avaient ouvert les yeux... Céleste poussa un soupir, glissant un bras puis l’autre dans les manches de son peignoir avant de le refermer à l’aide de la petite ceinture en tissu.

La jeune femme sortit de la salle de bains, se dirigeant ensuite vers le salon pour éteindre la lumière et vérifier que son frère était bien au lit. Il devait se reposer, surtout maintenant, il restait très fragile et allait mettre plusieurs mois, voire année, pour se remettre de la perte de ses parents. Elle-même le supportait plus ou moins, évitant d’y penser, le refusant surtout en se concentrant sur la colère qu’elle ressentait à leur égard. C’était plus facile, tout simplement. Elle avait dû récupérer leurs affaires fin juillet, reculant l’échéance le plus possible par peur de faire rejaillir d’anciens souvenirs. Cependant, elle n’avait pas pu les déballer. Tout était resté dans des cartons, Céleste avait seulement demandé à Lucas s’il voulait récupérer quelque chose, très doucement, pour ne pas le brusquer ni le choquer. Depuis, ce carton avait pris la poussière et était resté dans un coin de l’appartement sans qu’elle ne l’ouvre. Elle avait même voulu le laisser à Paris mais, avec son frère...

Céleste n’avait même pas trouvé le courage de lui dire la vérité. Entre Cyprien, son don, Gabriella, son frère, Alexis et l’école, elle avait toujours cherché une excuse pour ne rien lui dire de peur de le perdre, lui aussi. Elle avait évité le sujet, tout simplement, évitant aussi de parler de leurs parents pour ne pas le peiner et le pousser à y penser. Elle l’écoutait lorsqu’il avait besoin de parler, l’avait même prévenu dès le début qu’il pouvait parler avec elle sans problème mais Céleste n’avait jamais rien dit d’elle-même. Elle voulait oublier tout cela, ne se sentait pas prête pour en parler et avait même évité le sujet avec Cyprien, lui assurant qu’elle maîtrisait la situation et qu’Alexis l’aidait énormément. Enfin, techniquement, il savait déjà ce qu’elle ressentait vu qu’elle lui avait tout dit dans la lettre. Mais, par la suite, la jeune professeure avait préféré dire que tout allait bien comme lui-même était au plus bas à cause de son couple et de ses sentiments. Pour l’aider, elle avait tout mis de côté et s’était entraînée beaucoup plus dur pour compenser.

Céleste – Lucas ? Allez, il faut dormir, vous reprenez bientôt les cours, tous les deux.

Céleste avait passé la tête par la porte de la chambre, frappant avant pour ne pas les déranger au cas où, et éteignit la lumière dès qu’ils furent au lit. Il y a quelques années, elle aurait été incapable de réagir comme cela mais, enseignement oblige, elle avait acquis une certaine autorité pour se faire respecter en tant que femme qui travaillait. Il faut dire que son don l’y avait aidée, aussi... Céleste ferma la porte derrière elle et traversa l’appartement, nettement plus grand que celui qu’elle louait à Paris, pour rejoindre sa propre chambre actuellement encombrée de cartons. Elle pouvait, au moins, accéder à son lit sans aucun problème.

La jeune femme laissa tomber son peignoir à côté du lit, s’y affalant littéralement à cause de la fatigue qui la rattrapait d’un coup. Elle sombra très vite dans un profond sommeil qui se devint très agité, habité de cauchemars concernant sa sœur et ses parents, puis le Pensionnat, son frère, son don... Cela faisait un moment qu’elle n’avait pas fait ce genre de rêves et elle se réveilla en sursaut à la moitié de la nuit, en sueurs, tremblante. Céleste mit un moment avant de prendre ses repères et de réaliser où elle était, chez elle, et non pas dans un appartement inconnu. Elle était à Gray, pas à Toulouse. Du calme, ce n’était qu’un cauchemar. Se levant, elle alla vers la cuisine pour prendre un verre d’eau et s’en passer un peu sur le visage, revenant ensuite dans sa chambre. Elle mit plus de temps à se rendormir, cette fois, son cœur battant toujours très vite. Du calme, ce n’était qu’un cauchemar. Un cauchemar...

Céleste dormit sans plus se réveiller jusqu’à ce qu’elle sente un mouvement à côté d’elle, puis un gargouillement distinct dans le noir sans comprendre ce que c’était. Ce n’est que lorsqu’elle sentit un petit corps se faufiler sous la couverture pour se blottir contre elle que la jeune professeure comprit. Son petit frère. Oh... Il avait fait un cauchemar ? D’habitude, ce n’était pas chez elle qu’il venait, mais chez Alexis. Elle baissa la tête vers lui, le regardant avec surprise même s’il ne devait pas le voir. Il avait niché son visage dans son cou et s’accrochait à elle comme si sa vie en dépendait, sans qu’elle ne dise ni ne fasse rien. Il avait dû faire un cauchemar, oui...

Lucas – J'ai rêvé que maman revenait me chercher, murmura-t-il faiblement. Elle volait au-dessus des nuages.

Oh... Céleste se tourna un peu, se mettant sur le côté pour refermer ses bras sur son frère et le calmer, le serrant contre elle. Elle était là, il ne risquait absolument rien. Mais que pouvait-elle dire ? Sa mère était partie, oui, et elle ne pouvait pas la ramener. Elle ne ressentait pas ce qu’il ressentait, loin de là, même si le voir dans cet état la rendait triste, elle aussi. Inconnu ou pas, il restait son frère et elle s’y était attaché, depuis presque deux mois qu’ils se connaissaient maintenant. Il se mit alors à sucer son pouce et Céleste se mordit les lèvres, frottant un peu son dos pour essayer de le calmer, de le réconforter du mieux qu’elle le pouvait. Elle avait remarqué qu’il suçait son pouce lorsqu’il s’apprêtait à pleurer, jamais en dehors de ce moment-là, ce qui était un indicateur assez fiable en soi mais stressant parce qu’elle avait peur de l’intensité de la tristesse de son frère. Il avait tout perdu, ses repères, ses parents, ses amis... Et Céleste ne pouvait pas tout laisser tomber maintenant, pas avec la rentrée qui approchait. Elle comprenait qu’il n’aille pas bien, évidemment... Mais que pouvait-elle y faire ?

Lucas – Tu me racontes une histoire ?

Céleste – U... Une histoire ? Heu... Je veux bien, mais quel genre d’histoires aimes-tu ? Tu as une histoire préférée ?

Lucas – Raconte-moi comment tu étais, quand tu étais élève dans l'école là-haut...

Quand elle était élève... ? Heu... Céleste le dévisagea un moment sans rien dire, ne sachant pas trop s’il la voyait mais soit. Lui raconter comment elle était, avant... Bon. S’il y tenait, d’accord, pourquoi pas. Elle réfléchit un instant pour voir ce qu’elle pouvait dire ou non, par où commencer aussi et comment lui expliquer quelque chose d’aussi lointain que lui ne connaîtrait peut-être pas. Surtout s’il ignorait son existence jusqu’à la mort de ses parents, il ne devait pas se l’imaginer plus jeune et était loin, très loin de connaître son caractère... Céleste avait changé, elle le savait. Et s’il lui posait des questions sur son changement ? S’il lui demandait pourquoi elle n’avait pas continué comme elle le voulait, pourquoi elle était devenue professeure ? Stooop ! Elle ne pouvait pas tout lui cacher, non plus, il était son frère. La jeune femme prit une petite inspiration, décidant d’improviser pour raconter « son histoire ».

Céleste – J’étais une élève normale, rien de bien extraordinaire. Je travaillais beaucoup pour m’améliorer et avoir de bons points, je rêvais d’aventures et de découvrir le monde. Ma... Mes amis me poussaient souvent à sortir faire la fête et j’étais toujours partante. J’adorais me balader dans le Pensionnat. C’est une très grande école, il y a deux bâtiments assez hauts et un très, très grand parc. Je passais des heures à me promener dehors, que ce soit en hiver ou en été.

Céleste fit une pause, un sourire aux lèvres. Elle ressentait presque la chaleur sur sa peau, et le vent froid en hiver. Elle revoyait son souffle lorsqu’il faisait froid et qu’elle s’amusait à dessiner sur les carreaux, se cachant presqu’aussitôt pour ne pas se faire prendre par le concierge qui détestait cela. Et puis, il y avait les lettres. Des centaines de lettres par an, de longues lettres à sa sœur qu’elle passait des heures à rédiger pour tout lui expliquer, tout lui décrire tant elle lui manquait. La jeune femme ressentit un léger pincement au cœur en repensant à cela. Elle passait le plus clair de son temps avec sa sœur et lorsqu’elle n’était pas avec elle, elle pensait à elle...  Se mordant les lèvres, Céleste reprit après un court moment, s’efforçant de ne penser qu’aux souvenirs heureux.

Céleste – J’écrivais beaucoup à nos parents, aussi. Je... Je leur racontais tout ce qui se passait là-bas mais je n’ai jamais été très forte en histoire-géographie. Trop de dates et de données, je préfère ce qui est logique... Un peu comme la SVT, la chimie, tout ça... J’adorais ce genre de cours et je passais des heures à les travailler. Désolée, je n’ai rien de particulier, une élève tout à fait normale, finit-elle avec un très léger rire.

Lucas – T'avais un petit ami ? Tu savais déjà ce que tu voulais faire quand tu seras grande ? Pourquoi t'es devenue professeur ?

... Il avait un détecteur de questions délicates à ne pas poser greffé dans le cerveau, ou quoi ? Céleste entrouvrit légèrement la bouche, prise de court, incapable de camoufler sa surprise et sa gêne cette fois-ci. Heureusement, il faisait assez sombre dans la chambre et Lucas ne devait pas avoir remarqué qu’il l’avait perturbée avec ses questions... La jeune professeure se tourna un peu pour se remettre sur le dos, incitant son frère à rester à côté d’elle pour ne pas qu’il ait l’impression de gêner. S’il était parti pour parler plus longtemps, autant se mettre correctement... Elle le rapprocha un peu d’elle avec son bras, caressant doucement son dos – ou son bras, elle ne savait pas trop – à l’aide de sa main. Bon... Au fond, il n’y avait que pour la dernière question qu’elle allait mentir. Mais que lui dire ? Ne pas réfléchir et improviser, c’était mieux. Si elle restait silencieuse trop longtemps, il allait se douter de quelque chose.

Céleste – J’en ai eu quelques-uns, oui. Mais j’ai rompu avec mon dernier petit-ami un peu avant la fin de l’année, il ne me comprenait plus et avait peur de moi à cause de mon don. S’il ne m’acceptait pas, alors que lui-même en avait un, je n’avais pas besoin de lui. Par contre, non... A l’époque, je ne savais pas ce que je voulais devenir. J’aimais vivre « au jour le jour », j’avais seulement le projet de voyager après avoir quitté l’école, au moins pendant un an. Mais rien d’autre.

Céleste fit une pause, sentant sa gorge se serrer une nouvelle fois. Ce projet, oui, elle l’avait eu, elle se voyait encore en train d’en parler avec sa sœur, allongée dans l’herbe derrière la maison. Jusqu’à ce que tout soit détruit en l’espace de quelques secondes... Elle sentit son cœur battre un peu plus vite et ses yeux lui brûler un peu mais elle se retint et prit une petite inspiration pour se calmer, le plus naturellement possible pour éviter que Lucas ne comprenne qu’il y avait quelque chose qui clochait. La question de son métier... Elle pouvait toujours lui donner la moitié de la vérité, c’était tout à fait possible et ce ne serait pas un gros mensonge. Céleste réfléchit un instant à la formulation, cherchant ses mots, avant de se lancer pour s’expliquer.

Céleste – Je suis devenue professeure pour aider les jeunes qui ont peur de leur don, dit-elle enfin. Avec la Grande Guerre, j’ai réalisé que beaucoup de personnes avaient peur des dons... Y compris ceux qui possédaient des dons destructeurs. Et je ne voulais pas les laisser seuls pour cela, la peur d’un don est la pire des choses à faire. Un don se nourrit de l’état de son porteur et, s’il sent que tu n’es pas bien, tu ne le seras pas, pour de vrai. Surtout que la foudre est dangereuse si on en a peur...

Cette fois, Céleste parlait en connaissance de cause et savait qu’elle ne disait que la vérité, malheureusement, elle l’avait vécu et en subissait les conséquences encore aujourd’hui. Elle n’avait ouvert les yeux que très récemment, grâce à Cyprien et Kimmitsu, et ne voulait pas que d’autres élèves fassent comme elle. Comme Alexis... Même si elle doutait de l’efficacité de ses paroles, pour l’instant. Au moins, il était toujours en vie et entier. Céleste baissa la tête vers son frère pour le regarder à nouveau, essayant de lui sourire pour le rassurer vu la nature du discours qu’elle venait de tenir.

Céleste – Mais ne t’inquiètes pas, personne n’aura peur de toi, tu ne risques rien. Retiens que la peur est le pire des sentiments pour contrôler son don et l’utiliser... Je l’ai découvert en étudiant et en enseignant. Comme quoi, on apprend tous les jours ! Monsieur est satisfait de mon histoire ? Ou peut-être veux-tu que je rajoute des détails quelque part ? Tu peux même m’attribuer une note sur dix, si tu veux, j’apprends à être grande soeur, je sais que j’ai des efforts à faire.

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Lucas Dumoulin
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MessageSujet: Re: Nouveau village   Lun 12 Oct - 11:05

– U... Une histoire ? Heu... Je veux bien, mais quel genre d’histoires aimes-tu ? Tu as une histoire préférée ?

– Raconte-moi comment tu étais, quand tu étais élève dans l'école là-haut...

Lucas essayait de se figurer quelle vie elle avait bien pu mener, si c’était vraiment différent de la sienne, comment tout avait changé. Et puis, c’était comment quand on était élève avec un don ? Il commençait tout juste à appréhender le sien, le découvrir, le toucher. Il n’arrivait pas à le faire jaillir comme il le voulait, ce n’était que des flammèches qui apparaissaient de temps en temps par surprise, lorsqu’il avait envie de pleurer, ou lorsqu’il faisait une crise d’asthme. Cependant, cela le camait toujours, lorsqu’il les voyait, trouvant ça assez fascinant. Est-ce que c’était pareil avec les autres éléments ? Et jusqu’à quel point on pouvait faire grandir les flammes ? C’était dangereux ? Pourquoi ça ne le brûlait pas ? Il pouvait leur donner des formes ou cela restait comme ça ? Et comment ? Il baissa le regard sur sa main, l’ouvrant et la refermant en essayant de comprendre ce qui déclenchait l’apparition du feu. Il suffisait peut-être de le vouloir et d’y penser très fort ? Mais il se sentit juste ridicule en essayant. C’était pas drôle. Reposant la tête contre sa grande sur, il s’accrocha plutôt à elle doucement, refermant les yeux. Il avait toujours aimé se blottir contre quelqu’un comme ça, il se sentait protégé, en sécurité, comme si absolument rien de mal ne pouvait lui arriver. Bien que ne soit probablement pas vrai, ce n’était pas grave, seule l’impression comptait.

– J’étais une élève normale, rien de bien extraordinaire. Je travaillais beaucoup pour m’améliorer et avoir de bons points, je rêvais d’aventures et de découvrir le monde. Ma... Mes amis me poussaient souvent à sortir faire la fête et j’étais toujours partante. J’adorais me balader dans le Pensionnat. C’est une très grande école, il y a deux bâtiments assez hauts et un très, très grand parc. Je passais des heures à me promener dehors, que ce soit en hiver ou en été.

Donc c’était quand même une école normale, alors ? Une école comme son ancienne école primaire ? Là-bas aussi, pendant les récréations, il courait dans toute la cour avec ses amis. Le matin, ils apportaient tous une petite bûchette pour le poêle de la classe, avant de mettre une blouse grise pour travailler en classe. Puis ils mangeaient ensemble le midi, après l’école, ils couraient dans les rues avec des cris de joie. Il rentrait faire ses devoirs, sous la surveillance attentive de sa mère, qui lui expliquait ce qu’il ne comprenait pas, et il avait de nouveau le droit de sortir avant le dîner. Il courait dans le parc avec ses amis pour jouer au foot, à la corde ou la marelle, aux billes et à des jeux de carte. Le soir, quand il revenait à la maison, papa était là, à lire le journal. Ils mangeaient tous ensemble le repas que maman avait fait et après, on lui lisait une histoire. Une vie si simple, qu’il voulait retrouver. Bien qu’il ait encore le temps avant d’aller dans cette école là-haut, il craignait ce qu’il allait y trouver. Avoir un don était mal vu, il le savait très bien. C’était peut-être pour ça que grande sur avait été rejetée par papa et maman ? Son estomac se contracta très douloureusement alors qu’il imaginait sa mère refuser qu’il l’approche parce qu’il avait le feu.

– J’écrivais beaucoup à nos parents, aussi. Je... Je leur racontais tout ce qui se passait là-bas mais je n’ai jamais été très forte en histoire-géographie. Trop de dates et de données, je préfère ce qui est logique... Un peu comme la SVT, la chimie, tout ça... J’adorais ce genre de cours et je passais des heures à les travailler. Désolée, je n’ai rien de particulier, une élève tout à fait normale, finit-elle avec un très léger rire.

Et au quotidien ? Comment elle voyait le futur ? Elle savait déjà comment elle allait vivre ou c’était venu plus tard ? Comment elle se comportait avec les garçons ? Elle voulait se marier ? Il redressa la tête, bien qu’il ne voit pas grand-chose dans l’obscurité de la chambre, toujours blotti contre elle sans avoir envie de bouger le moins du monde.

– T'avais un petit ami ? Tu savais déjà ce que tu voulais faire quand tu seras grande ? Pourquoi t'es devenue professeur ?

Sa grande sur remua pour se remettre sur le dos et il suivit le mouvement pour pouvoir rester contre elle, voulant savoir pourquoi elle n’était pas mariée, elle aussi. Chez lui, il avait vu beaucoup de mariages ! A chaque fois, avec ses copains, ils s’amusaient à regarder passer le cortège, qui allait à l’église, avec beaucoup de commentaires sur le costume du marié et la robe de sa nouvelle femme. Les filles rêvaient toutes d’avoir une robe comme ça et qu’un monsieur beau, grand et fort viennent poser un genou à terre devant elle pour leur demander leur main. Lucas n’avait jamais compris comment on pouvait marcher avec ce genre de trucs, ni pourquoi le monsieur devait mettre un genou par terre et se salir au lieu de rester debout pour demander une femme en mariage. En plus, s’embrasser sur la bouche, c’était pas propre ! Ils devaient attraper des maladies. Non ? Grande sœur avait déjà embrassé quelqu’un sur la bouche, avec la langue et tout ? Peut-être que le garçon e la fille se nettoyaient la bouche avant de s’embrasser, aussi. Il avait déjà embrassé ses copines sur la joue, lui aussi, quand c’était leurs anniversaires.

– J’en ai eu quelques-uns, oui. Mais j’ai rompu avec mon dernier petit-ami un peu avant la fin de l’année, il ne me comprenait plus et avait peur de moi à cause de mon don. S’il ne m’acceptait pas, alors que lui-même en avait un, je n’avais pas besoin de lui. Par contre, non... A l’époque, je ne savais pas ce que je voulais devenir. J’aimais vivre « au jour le jour », j’avais seulement le projet de voyager après avoir quitté l’école, au moins pendant un an. Mais rien d’autre.

Oh, c’était triste… Il fit la moue, n’aimant déjà pas ce garçon qui n’avait pas voulu l’épouser. Mais alors, si elle n’était pas mariée, Alexis n’était pas son fils, alors ? Il entrouvrit la bouche, sourcils froncés, en réfléchissant. On pouvait avoir d’enfants si on n’était pas mariés ou pas ? Puis, Alexis il vivait là, pourquoi il le ferait si ce n’était pas le fils de grande sœur ? Il n’avait plus ses parents, lui non plus ? Alors Lucas devrait lui faire plein de câlins en plus, parce que c’était horrible de ne plus avoir de papa et de maman. Lui, il voulait bien l’adopter comme grand frère, pas de problème là-dessus ! Il acceptera ou pas ? Lucas avait toujours voulu avoir un grand frère pouvant veiller sur lui, l’emmener à l’école et partager ses jeux, il devait demander à Alexis s’il voulait bien être son grand frère, espérant du fond du cœur qu’il dise oui.

– Je suis devenue professeure pour aider les jeunes qui ont peur de leur don, dit-elle enfin. Avec la Grande Guerre, j’ai réalisé que beaucoup de personnes avaient peur des dons... Y compris ceux qui possédaient des dons destructeurs. Et je ne voulais pas les laisser seuls pour cela, la peur d’un don est la pire des choses à faire. Un don se nourrit de l’état de son porteur et, s’il sent que tu n’es pas bien, tu ne le seras pas, pour de vrai. Surtout que la foudre est dangereuse si on en a peur...

Ah bon, le feu était dangereux aussi ? Mais c’était joli, pourtant ! Ça luisait dans sa main et ça volait, il trouvait ça vraiment très beau, lui. Il ne comprenait pas pourquoi les gens avaient peurs de ça, c’était si joli, quand on le voyait dans la nuit. Il ne fit aucun commentaire, cependant, bien que très perplexe. C’était même pas dangereux, en plus, juste des petites flammèches qui ne brûlaient même pas une feuille de papiers.

– Mais ne t’inquiètes pas, personne n’aura peur de toi, tu ne risques rien. Retiens que la peur est le pire des sentiments pour contrôler son don et l’utiliser... Je l’ai découvert en étudiant et en enseignant. Comme quoi, on apprend tous les jours ! Monsieur est satisfait de mon histoire ? Ou peut-être veux-tu que je rajoute des détails quelque part ? Tu peux même m’attribuer une note sur dix, si tu veux, j’apprends à être grande sœur, je sais que j’ai des efforts à faire.

– Moi je croyais qu’Alexis était ton fils, comme il vit avec toi, dit-il en se redressant sur les coudes pour mieux regarder sa sœur. Tu crois qu’il voudra bien être mon grand frère ? J’ai toujours voulu avoir un grand frère, peut-être qu’Alexis acceptera, mais je sais pas, je dois lui demander.

Il se recoucha sur le côté, remontant la couverture jusqu’au menton pour rester bien au chaud. Il attrapa à tâtons la main de sa sœur pour la prendre entre les siennes et la garder contre lui comme s’il tenait une peluche.

– Ton ami, c’était un méchant, s’il n’a pas voulu se marier avec toi, affirma-t-il d’un ton parfaitement convaincu. Dis, je pourrai sortir pour aller au marché, ce matin ? J’ai un peu d’argent de poche et je voulais choisir quelque chose pour mon anniversaire, avec. Et pourquoi Alexis vit là si c’est pas ton fils ? Il n’a plus de maman ?

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Nouveau village   Dim 1 Nov - 14:27

Lucas – Moi je croyais qu’Alexis était ton fils, comme il vit avec toi, dit-il en se redressant sur les coudes pour mieux regarder sa sœur. Tu crois qu’il voudra bien être mon grand frère ? J’ai toujours voulu avoir un grand frère, peut-être qu’Alexis acceptera, mais je sais pas, je dois lui demander.

Céleste ne put dissimuler un sourire, attendrie devant la naïveté de son frère. Qu’il prenne Alexis pour son fils était logique, ils n’avaient rien expliqué à Lucas lorsqu’il était arrivé sur le pourquoi du comment même si la jeune femme était un peu trop jeune, justement, pour avoir eu Alexis. Quant au fait qu’il devienne le grand frère de Lucas... Hum. Elle avait comme un doute là-dessus, il risquait de refuser et allait probablement le faire. De un, parce qu’il avait déjà des parents, si on pouvait les considérer comme tels, de deux parce qu’il était son élève et rester chez un prof par choix, surtout elle alors qu’il ne la portait pas dans son cœur... Enfin, c’était mignon tout de même, Lucas espérait et l’appréciait, il était jeune et naïf donc pouvait se permettre d’espérer à ce niveau-là.

Céleste sentit alors une main attraper la sienne, puis une deuxième la recouvrir en la gardant contre un petit corps tout chaud. Oh. Elle baissa la tête vers son frère, peu habituée à ce qu’on agisse comme cela avec elle. Et dire que ses parents lui avaient caché qu’elle avait un petit frère... Et dire qu’ils lui avaient caché, à lui, qu’il avait une grande sœur. Mais soit, ils étaient ensemble, ils avaient tous les deux été traumatisés mais ils étaient ensemble. Céleste resserra un peu son étreinte sur Lucas, comme si elle avait peur de le voir disparaître, de ne plus le sentir tout contre elle, dans l’atmosphère de cette chambre. Elle ne l’abandonnerait pas, elle en faisait la promesse et ferait tout pour la tenir. Lui-même était sans doute loin de toutes ces réflexions, repensant sûrement à ce qu’elle venait de raconter. Lui cacher ce qui s’était vraiment passé la mettait mal à l’aise mais il était trop petit, trop jeune, trop secoué pour connaître toute l’histoire. Et s’il avait peur d’elle, après ? Non, ce n’était pas une bonne idée.

Lucas – Ton ami, c’était un méchant, s’il n’a pas voulu se marier avec toi, affirma-t-il d’un ton parfaitement convaincu. Dis, je pourrai sortir pour aller au marché, ce matin ? J’ai un peu d’argent de poche et je voulais choisir quelque chose pour mon anniversaire, avec. Et pourquoi Alexis vit là si c’est pas ton fils ? Il n’a plus de maman ?

Céleste – Bien sûr que tu pourras aller au marché. Si tu veux, je peux t’accompagner, ça pourrait faire une petite sortie ensemble, toi et moi. Mais seulement si tu le veux, je ne veux pas t’obliger, tu peux y aller avec Alexis sinon.

Céleste se sentait extrêmement maladroite, n’osant pas imposer sa présence à Lucas si lui ne l’aimait pas plus que cela. Il était son petit frère, oui, mais il n’était pas obligé de l’apprécier ou de tenir à elle comme elle tenait à lui. C’était normal, dans sa tête, qu’il préfère Alexis : un garçon un tout petit peu plus vieux que lui, qu’il connaissait, qui n’était pas un « adulte ». Alors qu’elle-même était venue le récupérer juste après l’enterrement de leurs parents... Parents qui n’avaient jamais parlé d’elle, qui avaient retiré toutes les photos, qui avaient tourné la page. Ce qui était encore plus horrible. Entre ses parents et ceux d’Alexis, Lucas était vraiment mal tombé. Pas d’exemple de famille à suivre, à part celle que lui connaissait mais qui était étrangère à Céleste. Pas de modèle, pas de repère... Rien du tout. Elle laissa passer un court moment, triant ce qu’elle pouvait dire ou non par rapport à Alexis. Cela ne regardait que lui, ce n’était pas à elle d’en parler à Lucas. S’il n’avait rien dit, c’est qu’il ne voulait pas en parler. La jeune professeure poussa un petit soupir, se mettant à nouveau sur le côté pour encercler son petit frère de ses bras, posant son menton contre le sommet de son crâne.

Céleste – Je ne peux pas te dire pourquoi Alexis vit ici, dit-elle enfin d’un ton plus bas. Sa famille est... Disons que ses parents ne s’occupaient pas bien de lui, alors il ne se sentait pas très bien et j’ai accepté de le garder pendant les vacances. Pour qu’il ne soit pas tout seul, tu comprends ? Mais je ne peux pas te donner de détails, c’est sa vie et c’est à lui de voir ce qu’il veut te dire ou pas. Certains parents ne sont pas faits pour l’être, ils font des bêtises qui font du mal à leurs enfants. Donc si jamais tu veux en apprendre plus sur Alexis, attends qu’il t’en parle, montre-lui que tu es là pour lui. D’accord ? Pour qu’il ne soit pas triste mais qu’il sache que tu es là comme lui est là pour toi. C’est aussi ça, un ami.

En cet instant précis, Céleste pensait à Cyprien. Il ne l’avait jamais obligée à parler, n’avait jamais cherché à savoir, ne l’avait jamais forcée en quoi que ce soit. Non, pendant deux ans, il avait été patient et gentil, se montrant comme ami avec qui on pouvait rire, penser à autre chose. Il ne l’avait pas rejetée et avait ignoré son côté distant et froid, cela n’ayant pas l’air de le déranger le moins du monde. Jusqu’à ce qu’elle parle d’elle-même de ce qui s’était passé, de son problème avec son don, de la mort de sa sœur, de la réaction de ses parents. Et là encore, il ne l’avait pas rejetée. Il avait été présent et l’avait écoutée, c’était tout ce dont elle avait besoin. Quelqu’un pour l’épauler, l’écouter, sans la juger. Et elle était convaincue qu’Alexis avait besoin de cela aussi... Surtout s’il avait perdu un ami précieux pour lui.

Se tirant de sa rêverie, Céleste embrassa le sommet de la tête de Lucas avant de dire « Allez, debout ! » d’un ton énergique, précisant qu’ils ne devaient pas trop traîner s’il voulait aller au marché. Des commerçants avaient déjà placé leurs étals et, s’il voulait avoir plus de choix, mieux valait ne pas y aller trop tard. Premiers arrivés, premiers servis, comme on dit. La jeune femme laissa son frère se lever puis quitta le lit à son tour, enfilant un peignoir pour pouvoir faire le petit-déjeuner assez vite. Alexis devait encore dormir, il était tôt et il avait bien le droit de récupérer un peu du déménagement, de profiter des dernières semaines de vacances avant de devoir se lever tôt à nouveau. Traversant l’appartement sur la pointe des pieds, Céleste se mit aux fourneaux et prépara des pancakes pour eux trois.

Céleste – Tu peux mettre la table, Lucas ? C’est presque prêt. Mais ne réveille pas Alexis, on va le laisser se reposer et je vais lui écrire un mot pour qu’il puisse manger tout de même sans s’inquiéter.

Après tout, il en avait bien besoin... Les vacances n’avaient pas permis à Céleste d’en apprendre plus sur l’état moral de son élève mais, au moins, il aura pu s’aérer l’esprit et ne pas être obligé de rester avec ses parents alcooliques pendant deux mois entiers. Elle espérait seulement qu’il ne lui en veuille pas, qu’il réussisse à aller un peu mieux malgré la rentrée qui s’annonçait. D’après ce que lui avait dit Cyprien, les choses n’allaient pas en s’arrangeant et il risquait d’y avoir pas mal de changements. Même si elle-même ne vivrait plus 24h/24 au Pensionnat grâce à Lucas. Elle essaya d’en apprendre un peu plus sur lui pendant le repas, répondant aussi à ses questions dans la mesure du possible pour ne pas l’effrayer ni le choquer. Dès qu’ils eurent mangé, elle l’enjoignit à aller se préparer, faisant de même après avoir débarrassé la table, ne laissant que ce qu’il fallait pour Alexis en protégeant sa portion pour qu’elle ne refroidisse pas trop et qu’aucune mouche ne vienne s’y coller. Refermant sa robe légère, bleue aux manches courtes vu la chaleur dehors, Céleste prit son sac et attendit que son frère la rejoigne devant la porte de l’appartement. Ils n’allaient pas très loin mais, s’ils pouvaient éviter les retours inutiles...

Céleste – Tu as tout ? demanda-t-elle en baissant la tête vers lui.

Elle lui lança un regard interrogateur puis referma la porte de l’appartement, descendant les escaliers avec son frère. Dès qu’ils furent dans la rue, elle avait l’impression que des milliers de senteurs différentes l’entouraient. Ils avaient pris leur temps, finalement, les marchands avaient eu le temps de s’installer même si tous n’étaient peut-être pas encore là. Une foule d’odeurs, de voix, quelques rires, même. Des couleurs, des objets diverses, du poisson, des légumes. Des couverts. Il y avait plein de choses, ce n’était pas un tout petit marché, ils avaient vraiment fait les choses en gros cette fois-ci. Et tous respiraient la bonne humeur. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait plus vu pareille ambiance à Gray et c’était réconfortant de voir que la vie reprenait sans souci. Céleste tendit sa main à Lucas pour éviter qu’il ne se perde même si c’était encore très calme pour l’instant. Il y avait déjà du monde et, avec les militaires pas très loin... Désolée mais non, elle ne pouvait pas être rassurée à cent pourcent ici, c’était impossible. Un accident était vite arrivé, tous ici le savaient.

Céleste – C’est toi le guide, je te suis. Par où veux-tu commencer ?

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Lucas Dumoulin
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MessageSujet: Re: Nouveau village   Mar 17 Nov - 19:40

– Bien sûr que tu pourras aller au marché. Si tu veux, je peux t’accompagner, ça pourrait faire une petite sortie ensemble, toi et moi. Mais seulement si tu le veux, je ne veux pas t’obliger, tu peux y aller avec Alexis sinon.

Il hocha la tête, serrant toujours la main de sa sœur contre lui, y glissant les doigts entre les siens pour vérifier que ça passait bien et si elle avait une main très grande par rapport à la sienne, jeu qui l'occupa deux bonnes minutes. Il était bien, là, sous la couette, préférant dormir près de quelqu'un que seul dans une chambre. C'était dommage qu'Alexis ne pourra plus partager sa chambre après la rentrée... Il ne pouvait pas revenir le week-end ? Comme ça, Alexis pourra li raconter tout ce qu'il avait fait à l'école, il lui demandera de faire pareil, puis ils pourront jouer un peu avant de dormir. Lucas voulait lui montrer ses dessins et lui demander s'il voulait lui apprendre à mieux faire, comment dessiner des personnes comme en vrai, ce genre de chose. Sa sœur lui reprit sa main pour l'entourer de ses bras, le rapprochant d'elle. Elle avait un parfum qui sentait l'été, le matin, mais en y pensant bien, c'était le même parfum que dégageait le savon de le salle de bain.

– Je ne peux pas te dire pourquoi Alexis vit ici, dit-elle enfin d’un ton plus bas. Sa famille est... Disons que ses parents ne s’occupaient pas bien de lui, alors il ne se sentait pas très bien et j’ai accepté de le garder pendant les vacances. Pour qu’il ne soit pas tout seul, tu comprends ? Mais je ne peux pas te donner de détails, c’est sa vie et c’est à lui de voir ce qu’il veut te dire ou pas. Certains parents ne sont pas faits pour l’être, ils font des bêtises qui font du mal à leurs enfants. Donc si jamais tu veux en apprendre plus sur Alexis, attends qu’il t’en parle, montre-lui que tu es là pour lui. D’accord ? Pour qu’il ne soit pas triste mais qu’il sache que tu es là comme lui est là pour toi. C’est aussi ça, un ami.

Pourquoi des adultes pouvaient avoir des enfants s'ils n'étaient pas capables de s'en occuper ? Il ne fallait pas un permis ou quelque chose de ce genre pour avoir le droit d'être papa ou maman ? Si ça existait, personne ne tomberait dans de mauvaises familles et tout le monde serait heureux. Il joua un long moment avec un bouton de la robe de nuit de sa sœur, convaincu que cette idée pourrait aider beaucoup de personnes dans le monde. Alexis devait être malade si ça ne se passait pas bien avec son papa ou sa maman. Comment devaient être les "bons" parents ? Il y avait des critères ? Comme... Comme la capacité à éduquer, donner des leçons, aider à faire les devoirs et jouer ? Une fois, papa lui avait dit qu'être parent était le métier le plus difficile au monde, qu'il y avait toujours des imprévus et des erreurs, parfois très grandes. Il faudrait qu'Alexis ait une autre maman qui l'aime et s'occupe bien de lui, c'était ça la solution ! Céleste ne pouvait être sa nouvelle maman ? Il ouvrait la bouche pour lui poser la question lorsqu'elle le poussa tout à coup à se lever d'un ton plus énergique, l'enjoignant à en pas traîner, après l'avoir embrassé dans les cheveux. Il fit la moue mais se glissa hors du lit, se promettant de lui demander plus tard si elle voulait être la maman d'Alexis pour qu'il puisse être son grand frère, et peu importe si cela n'avait aucune logique aux yeux du monde, il avait juste envie d'avoir une famille. Trottinant jusque dans la cuisine, il escalada une chaise pour ouvrir le rideau devant la fenêtre et jeter un coup d'œil dehors, le nez collé aux carreaux. Sa sœur arriva en peignoir, commençant à sortir des ingrédients, un saladier et une poêle. Elle faisait quoi ? Il l'observa avec curiosité, assis sur le bord de la chaise, en se demandant pourquoi Alexis n'était pas encore réveillé. Il n'avait pas faim ? Il fallait aller le chercher ? Il pouvait, en plus !

– Tu peux mettre la table, Lucas ? C’est presque prêt. Mais ne réveille pas Alexis, on va le laisser se reposer et je vais lui écrire un mot pour qu’il puisse manger tout de même sans s’inquiéter.

Oh, il déjeunait pas avec eux, ce matin ? Bon, ce n'était pas grave. Il alla chercher des assiettes puis des couverts, posant le tout sur la table pendant que sa sœur cuisinaient. C'était la première fois qu'il mangeait des pancakes mais l'expérience fut très agréable, pas de doute là-dessus. Quand il eut fini, il retourna dans la chambre pour s'habiller, mettre ses chaussures et prendre son argent de poche. Une fois son pull enfilé, il s'approcha tout doucement du lit d'Alexis puis se pencha pour lui faire un bisous sur la joue, restant un instant assis par terre près de lui. En revenant, il essayera de faire un beau dessin pour lui montrant, c'était promis, et il lui donnera. Refermant la porte de la chambre, il alla rejoindre sa sœur à l'entrée, remettant en place sa veste et s'assurant qu'il avait tout ce qu'il avait gardé. Il gardait une petite montre-bracelet, offerte par son père en juin, mais il ne savait pas encore trop y lire l'heure, papa n'avait pas eu le temps de terminer de lui apprendre. Est-ce que Céleste savait lire l'heure, elle ? Elle pourra lui apprendre ? Il examina la montre avec un air un peu indécis, déchiffrant vaguement qu'il devait être neuf heures ou un truc comme ça. Il ne savait plus à quoi correspondait la plus grande des aiguilles, celle qui tournait plus vite que l'autre, et la toute petite qui tournait sans cesse sans jamais s'arrêter.

– Tu as tout ? demanda-t-elle en baissant la tête vers lui.

Oui ! Il dévala les escaliers dès qu'elle eut ouvert la porte, courant pour pousser la lourde porte de l'immeuble et enfin arriver au-dehors. Il regarda aussitôt partout où il le pouvait, même si sa sœur lui attrapa très vite la main avant qu'il n'ait eu le temps de courir au milieu de la foule. IL y avait des marchands avec des étalages très longs, pour les légumes ? Sa maman prenait toujours du poisson pour le vendredi car c'était un jour "sein" ou quelque chose dans le genre, il n'avait pas très bien écouté, sur le moment.

– C’est toi le guide, je te suis. Par où veux-tu commencer ?

– Il y a un marchand de musique, regarde ! lança-t-il sans même l'écouter.

Il la tira jusqu'à un étal tenu par un petit papy, en grande conversation avec un monsieur en costume, observant des flûtes en bois, des violons luisant au soleil, avec leurs archets, des instruments à cordes ou à clavier, fasciné. Il ne savait pas jouer lui-même et n'était jamais parvenu à apprendre le solfège, mais il aimait bien écouter les autres jouer un morceau, c'était toujours très joli. Il traîna assez vite sa sœur d'étal en étal pour tout voir, disant bonjour à tout le monde avec un sourire d'ange, simplement content de courir au soleil en voyant des gens nouveaux avec qui il pouvait parler. Il s'arrêta enfin à un étal de mercerie, afin d'acheter un ours en peluche en kit. On avait le canevas, le fil, les aiguilles et il fallait coudre soi-même son nounours en suivant le mode d'emploi. Le vendeur expliqua que c'était un jouet à fabriquer soi-même qui plaisait beaucoup aux enfants aimant les travaux manuels et le bricolage, mais qu'il fallait faire attention à ne pas se piquer les doigts. Il lui mit le kit dans un petit sac bleu et le lui tendit, avec un grand sourire. Ravi, Lucas, regarda à l'intérieur, sachant déjà à quoi il s'occupera cet après-midi. Reprenant son exploration du marché et donc du village, il observait à peu près tout ce qui lui passait sous le nez, à un rythme assez soutenu. Ce fut au détour d'un étalage de draperies qu'il se cogna tout à coup brutalement contre quelqu'un, tombant au sol sur les fesses. Il grimaça en portant une main à son nez, les larmes aux yeux, alors que la personne s'agenouillait devant lui.

– Navré, tu es blessé ?

Lucas ouvrit de grands yeux en voyant qu'il portait un uniforme, c'était un soldat, avec les cheveux bruns courts, un regard plutôt intense et son nom, Colonel truc-quelque-chose, marqué sur sa veste, il ne prit pas le temps de lire, reculant aussitôt pour aller se fourrer dans les jambes de sa sœur dès qu'elle arriva, apeuré, alors que le militaire se redressait avec un soupir. Il était grand, portait des armes à sa ceinture, sûrement en patrouille pour repérer les gens avant de leur tirer dessus.

– C'est un soldat ! chuchota-t-il, effrayé, à sa sœur. Fais attention. On fuit ?

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Nouveau village   Sam 19 Déc - 18:37

Lucas – Il y a un marchand de musique, regarde ! lança-t-il sans même l'écouter.

Céleste n’eut pas le temps de répondre, se retrouvant entraînée avec son frère jusqu’à un premier étal présentant divers instruments de musique. Elle était incapable de jouer d’un quelconque instrument, n’étant pas assez douce et patiente pour cela, mais trouvait toujours la musique réconfortante et apaisante dans certaines circonstances. Elle laissa son petit frère regarder les instruments exposés, souriant faiblement au commerçant qui semblait attendri devant le comportement de Lucas malgré la conversation qu’il avait avec un autre client. Il lui jetait de petits regards fréquents avant de se plonger à nouveau dans sa discussion apparemment très intéressante. Pas étonnant, ils parlaient de musique, d’instruments, de cordes qui allaient mieux sur tel instrument plutôt qu’un autre, de la qualité du bois… Autant de choses qu’elle-même était incapable de discerner. Pour Céleste, une corde était une corde, du bois aussi. Elle reconnaissait les arbres, du moins ceux que sa mémoire avait gardés depuis l’école, mais ça s’arrêtait là.

Lucas l’entraîna une nouvelle fois, passant à côté de tous les étals du marché sans lui laisser le temps de dire quoi que ce soit en dehors des « Lucas ! » auxquels il ne prêtait pas la moindre attention. Il allait beaucoup trop vite ! Comment pouvait-il savoir ce qu’il voulait s’il ne prenait même pas le temps de regarder ce que proposaient les différents marchands ? Moins viiiite ! Elle fit un petit sourire crispé, à bout de souffle, à moitié gênée, aux personnes qu’ils croisaient sur leur passage en s’excusant devant l’impatience de son petit frère. Il les saluait tous, au moins, mais ils n’avaient pas le temps d’échanger plus de deux mots avant qu’il ne coure à nouveau plus loin.

Ce n’est qu’au bout d’un moment interminablement long passé à courir partout que son frère daigna lui accorder un peu de répit, s’arrêtant devant une mercerie. Elle reprit son souffle, lui lâchant la main pour profiter de cette pause. Deux minutes, deux toutes petites minutes, c’était tout ce qu’elle voulait. Céleste n’avait plus l’habitude ! D’accord, les cours pratiques en foudre la faisaient bouger un peu mais rien d’extraordinaire jusqu’ici puisqu’elle avait toujours prôné la prudence et qu’elle n’osait pas aller trop loin à cause de son don. Ce n’était que cette année que la jeune professeure s’était dit qu’elle allait mettre un niveau au-dessus en cours, de façon à former au mieux les collégiens comme la directrice était… plus dure, allons-nous dire.

Marchand – Faites bien attention à ce qu’il ne se pique pas les doigts et il devrait être fou de sa peluche très vite. Au revoir, madame !

Céleste – Merci beaucoup, dit-elle en souriant. Au… Lucas !

Céleste prononça un au revoir précipité et attrapa le devant de sa robe pour suivre son petit frère qui était déjà reparti à la recherche d’elle-ne-savait-quoi. Bon sang, il n’était jamais fatigué ?! Il pouvait au moins l’attendre ! Aucun doute là-dessus, il avait bien le tempérament d’un élève qui maniait le feu… Certes, elle aurait dû se douter qu’il serait aussi excité, qu’il était sûrement très actif, qu’il ne devait pas cesser de bouger en temps normal, qu’il avait été plus calme à cause de la mort de leurs parents. Mais voir la différence était effrayant, elle le voyait tel qu’il était petit à petit et s’était habituée au petit garçon calme et discret. Alors, qu’au final, Lucas semblait être complètement différent… Elle se reconnaissait dans certaines de ses réactions, lorsqu’elle-même était encore toute petite, savait qu’elle avait été exactement comme lui. Ce qui la perturbait plus qu’autre chose.

Céleste – Lucas !

La jeune femme aperçut son petit frère à terre, apparemment tombé sur les fesses après s’être heurté à quelqu’un. En face de lui… un militaire. Son cœur rata un battement lorsqu’il s’agenouilla juste devant Lucas, à quelques centimètres à peine. Pas touche, son frère n’avait rien fait du tout ! Boostée par la peur, Céleste se rapprocha en courant pour le protéger, se concentrant pour lâcher une décharge suffisante qui pousserait le militaire à s’écarter de Lucas… avant de le reconnaître. C’était le Colonel dont Isabelle lui avait parlé, le colonel qui avait à la fois tout révélé et rien pendant le voyage en Auvergne. Celui qui, d’après ce qu’ils avaient compris, était de leur côté. La jeune professeure laissa retomber ses mains, regardant alternativement le militaire et son frère qui venait de se relever. Et qui fila immédiatement vers elle pour se cacher. Ouhlà, du calme ! Celui-là n’allait rien lui faire, il était gentil. Aucun militaire ne lui ferait de mal, elle comptait bien le protéger, comme elle le lui avait promis. Elle rapprocha sa tête près d’elle pour le réconforter et l’inciter à se calmer, posant sa main dans ses cheveux puis sur son épaule. Il ne risquait rien, absolument rien. Aucun militaire ne le toucherait.

Lucas – C'est un soldat ! chuchota-t-il, effrayé, à sa sœur. Fais attention. On fuit ?

Céleste – Fuir ? Lucas, tous les militaires ne sont pas méchants. Ne t’inquiète pas, je veille sur toi, ce militaire est sûrement gentil et ne te fera rien, murmura-t-elle à son tour. Tu te souviens de ce que je t’ai promis ? Personne ne te touchera. En plus, on est sur un marché ! Tu l'imagines vraiment te faire quelque chose ?

Lucas – Mais c'est toi qui m'as dit qu'ils étaient dangereux !

Lucas fit une moue perdue, comme s’il ne comprenait plus rien, faisant réaliser à Céleste qu’elle s’y était vraiment mal pris. Elle lança un regard au colonel, faisant un geste de la main pour lui faire comprendre que tout allait bien et qu’elle se chargeait de rassurer son frère. Bon, comment rattraper ça… Oui, les militaires étaient dangereux mais ce n’était pas pour cette raison qu’ils devaient fuir lorsqu’ils en voyaient un. Certains l’étaient, d’autres non. Cela dépendait des circonstances… Si Lucas se tenait tranquille, il ne risquait absolument rien. Seulement, lui expliquer cela alors qu’elle avait affirmé qu’ils étaient dangereux…

Céleste grimaça, s’agenouillant à son tour près de son frère après l’avoir incité à se mettre sur le côté pour ne pas gêner le passage. Les gens allaient et venaient autour d’eux, le monde affluait dans les rues du village au fur et à mesure que la matinée avançait. A l’heure qu’il était, Alexis devait s’être réveillé et était en train de prendre son petit-déjeuner. Qu’il profite, c’était ses derniers jours de vacances, il pouvait dormir et se reposer. La jeune professeur caressa la tête de son frère, portant une main à ses cheveux tout en cherchant ses mots. Bon… Allez, il était trop tard pour reculer de toute façon.

Céleste – Je sais mais ils ne sont pas tous comme ça. Et puis, regarde la situation, on est sur un marché, un militaire ne va pas s’attaquer à un enfant en pleine foule, les autres personnes le protégeraient ! Tant que tu ne fais rien de mal et que tu ne cherches pas les ennuis, les militaires te laisseront tranquille. Evite-les autant que possible si tu es tout seul mais, s’il y a des gens autour de toi, tu ne risques rien.

Lucas – Comment tu sais que c'est pas un méchant ? demanda-t-il en montrant le colonel du doigt.

Eh ! Céleste fit baisser sa main à Lucas, regardant autour d’elle avec un nouveau sourire gêné tandis qu’elle lui disait qu’on ne montrait pas les gens du doigt. Une vieille dame s’était arrêtée en la traitant de mauvaise mère, qu’elle était incapable d’élever son fils, ce à quoi elle répondit que Lucas était son frère et que le reste ne la regardait pas. Elle s’était redressée, jetant un regard noir à cette femme qui se croyait tout permis. Non mais ce n’était pas elle qui avait élevé son frère et il était perdu ! Céleste lui attrapa la main dès que l’autre vieille mégère avait commencé à s’éloigner, voulant préserver son frère des regards des quelques villageois qui les regardaient. Le spectacle est fini, stop. Elle l’entraîna un peu plus loin, s’arrêtant devant un autre étal qui présentait divers jouets en bois sculpté, des chevaux, des petits soldats, des voitures peintes… Il y avait vraiment de tout. La jeune professeure fit mine de s’y intéresser, essayant de sourire au vendeur qui les regardait d’un mauvais œil pour lui prouver qu’elle restait une cliente comme les autres. Un vieux couple arriva à son tour, demandant des conseils qui furent la meilleure diversion possible pour elle. Bon, allez, c’était un village après tout. Elle savait que les personnes âgées étaient très… à cheval et dédaigneuses. Céleste baissa la tête vers son frère, lui tendant un cheval en bois.

Céleste – Je sais que ce militaire est gentil parce qu’il nous l’a dit et il était sincère, dit-elle pour répondre à sa question. Que dis-tu de ce petit cheval ?

Lucas – Et pour les autres soldats, il y a des gentils ? Et comment t'es sûre ?

… Tentative « distraire Lucas » lamentablement échouée. Il avait ce regard soupçonneux qui lui montrait bien qu’il ne la croyait pas, ou qu’il se posait des questions, que sa justification ne suffisait pas. Mais elle ne pouvait pas lui dire ce qu’avait dit le Colonel pendant le voyage, elle ! Céleste poussa un petit soupir, reposant le jouet en bois, regardant son frère. Il avait le talent pour poser les questions auxquelles elle ne pouvait pas répondre… La jeune professeure se mordit un peu les lèvres, regardant discrètement le colonel comme Lucas venait de le faire. Que devait-elle dire ? Que pouvait-elle dire ? Elle prit un autre jouet, le regardant comme s’il s’était agi d’un merveilleux trésor le temps de trouver ses mots. Une idée. N’importe quoi.

Vendeur – Vous comptez le prendre ? Sinon, je vous prie de bien partir d’ici pour les vrais clients.

Les villageois s’étaient levés du pied gauche ou quoi ? Céleste ne prit même pas la peine de lui répondre, reprenant la main de son frère pour s’éloigner et marcher un peu à travers les étals, regardant ce que proposaient les marchands en espérant que Lucas en fasse de même. Il allait bien finir par penser à autre chose.

Céleste – Je suis sûre qu’il est gentil parce qu’il nous l’a prouvé. On dit souvent qu’il faut des preuves, il en a données pas mal et n’est pas méchant. Ici, il s’est même baissé pour voir si tu n’avais rien.

Du moins, elle espérait que c’était bien cela, sinon toute son argumentation tombait à l’eau. Le Colonel était gentil, oui, il était de leur côté mais elle ne pouvait pas le dire platement et réduire tous les efforts qu’il avait déployés pour le cacher à néant. Avoir un militaire avec eux qui agissait vraiment même s’il devait exécuter les autres, c’était un avantage. Un début. Et maintenant, avec la directrice qui avait conscience de son influence, les autres allaient peut-être bouger, les militaires allaient sûrement la soutenir…

Céleste – Et il y a des soldats qui sont gentils, évidemment. Ce n’est pas parce qu’ils sont soldats qu’ils sont méchants, tu sais ? Comme tous les médecins ne sont pas spécialement gentils, comme tous les enfants ne sont pas des anges, tous tes professeurs ne sont pas patients. Il y a bien des professeurs que tu aimes et d’autres non, n’est-ce pas ? C’est la même chose ici. Mais on ne va pas parler de ça toute la matinée. Tu veux voir autre chose ?

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Lucas Dumoulin
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MessageSujet: Re: Nouveau village   Sam 16 Jan - 19:01

– Fuir ? Lucas, tous les militaires ne sont pas méchants. Ne t’inquiète pas, je veille sur toi, ce militaire est sûrement gentil et ne te fera rien, murmura-t-elle à son tour. Tu te souviens de ce que je t’ai promis ? Personne ne te touchera. En plus, on est sur un marché ! Tu l'imagines vraiment te faire quelque chose ?

– Mais c'est toi qui m'as dit qu'ils étaient dangereux !

Elle lui avait répété plusieurs fois qu'ils étaient dangereux, qu'il ne devait pas les approcher, faire attention et à présent, c'était des gentils ? Il fit la moue, vraiment perdu pour le coup. C'était des gentils ou des méchants, au final ? Tous ou juste une partie ? Et comment on pouvait savoir qui était sympa et qui ne l'était pas ? Certains militaires ne tuaient pas les gens et ne faisaient de mal à personne, alors ? Ou alors, il n'avait rien compris. Sa sœur le poussa sur le côté, agenouillé près de lui et lui caressant les cheveux. Eh, non, il n'aimait pas qu'on le décoiffe comme ça en plein jour. Quand il faisait un câlin dans le canapé ou dans un lit, là, ça allait, mais c'était lorsqu'il était en pyjama, sinon, ça ne faisait pas. Il repassa aussitôt sa propre main dans ses cheveux pour les remettre en place, avec une petite moue, regardant sa sœur. Comme elle savait, alors, comment on distinguait les affreux des autres ? Il y avait peut-être des cours, dans son école, pour savoir ça. Non ? Il était perdu, jetant des regards en biais au militaire, un peu plus loin. Si ça se trouve, il faisait exprès d'avoir l'air gentil pour que les gens baissent la garde et se fassent attaquer ensuite. Il allait prendre son fusil et tirer sur tout le monde, dans le marché, bam, comme dans le film qu'il avait vu avec papa en janvier et que maman avait refusé qu'il regarde la fin parce que ce n'était pas de son âge.

– Je sais mais ils ne sont pas tous comme ça. Et puis, regarde la situation, on est sur un marché, un militaire ne va pas s’attaquer à un enfant en pleine foule, les autres personnes le protégeraient ! Tant que tu ne fais rien de mal et que tu ne cherches pas les ennuis, les militaires te laisseront tranquille. Évite-les autant que possible si tu es tout seul mais, s’il y a des gens autour de toi, tu ne risques rien.

– Comment tu sais que c'est pas un méchant ? demanda-t-il en montrant le colonel du doigt.

Sa sœur lui reprit aussitôt la main pour la lui baisser, sans même répondre. Il avait juste posé une question ! Ah, il ne fallait pas pointer les gens du doigt ? Même les méchants ? Il allait lui demander lorsqu'une mamie s'arrêta en traitant Céleste de mauvaise mère qui éduquait mal son fils. Lucas s'était redressé, ouvrant la bouche pour dire qu'il avait une maman, qu'elle n'était plus là, qu'elle l'avait très bien élevée, d'abord, sans en avoir le temps, sa sœur l'entraînant plus loin après avoir dit qu'il était son frère. Mais, eh, pourquoi elle ne l'avait pas laissé répondre ? Il devait défendre sa maman ! Même si elle n'était plus là... Sa gorge se serra et il crispa la main sur celle de Céleste, regardant derrière lui pour jeter un autre regard au militaire. Et les autres gens, pourquoi ils le regardaient comme ça ? Un certain malaise vint gagner le jeune garçon, qui avait soudain peur que ce soit comme ça à l'école aussi. Il fit un effort pour s'appliquer à respirer, angoissé. Ils s'étaient arrêtés à un autre étalage, avec des jouets et des figurines en bois. Papa lui en avait taillé, lui aussi, il faisait ça le dimanche matin, avant qu'ils ne partent à la messe. Elle se pencha à nouveau vers lui, lui tendant un cheval en bois. Lucas le prit, perplexe, en lui jetant un regard. Qu'est-ce qu'il était censé en faire ?

– Je sais que ce militaire est gentil parce qu’il nous l’a dit et il était sincère, dit-elle pour répondre à sa question. Que dis-tu de ce petit cheval ?

– Et pour les autres soldats, il y a des gentils ? Et comment t'es sûre ?

Elle ne lui disait pas tout ! Il le savait très bien car elle avait exactement le même regard que maman lorsqu'elle cherchait quoi lui dire et cacher d'autres choses, exactement le même, il le connaissait par cœur maintenant. D'habitude, c'était le regard qui accompagnait toutes les questions dont on ne voulait pas lui donner la réponse parce qu'il était trop petit. Il jeta un nouveau regard au soldat plus loin, ayant toujours peur, redonnant le cheval à sa sœur, sans savoir ce qu'il devait dire dessus au juste. Il avait juste demandé comment on repérait les militaires gentils des méchants, ce n'était pas très dur, comme question, pas vrai ? Oh, peut-être qu'Alexis saura, si sa sœur ne voulait pas lui dire ! Il lui posera la question dès qu'ils seront rentrés, promis, juré, craché. Bon, il n'allait pas cracher car c'était malpropre et que maman lui avait interdit de le faire mais l'idée était là. Elle l'avait bien élevé ! Même si la grand-mère méchante disait le contraire.

– Vous comptez le prendre ? Sinon, je vous prie de bien partir d’ici pour les vrais clients.

Lucas écarquilla doucement les yeux en regardant le vendeur, la bouche entrouverte. Mais pourquoi tout le monde les chassait, ils avaient quelque chose de mal ? Et ça allait être comme ça à l'école aussi ? Pourquoi ? Parce qu'il venait d'une autre ville ? Mais ils étaient gentils ! Et puis, et puis... Sa sœur l'entraîna de nouveau plus loin, sans répondre, une fois encore. Donc c'était normal et il ne fallait rien dire ? Lucas sentit les larmes lui monter aux yeux, les essuyant très vite et discrètement de la main pendant qu'ils déambulaient dans le marché. Il n'allait vraiment pas aimer le village si tout le monde était comme ça... En plus, il n'avait aperçu que peu d'enfants de son âge, même l'école primaire semblait toute petite. Se fera-t-il des amis ? Et les autres enfants allaient-ils vouloir jouer avec lui s'il laissait échapper des étincelles sans faire exprès ? Dans son ancienne école, les autres ne jouaient pas avec ceux qui avaient des éléments bizarres, comme ça, parce que c'était dangereux, leurs parents leur disaient de ne pas les approcher. Puis la plupart d'entre eux, quand ils étaient grands, ils avaient un professeur juste pour eux, pour leur don. Puis Camille, une grande onze ans, elle était partie de la ville pour aller dans « une grande école avec plein de gens qui ont des dons ». Elle était très gentille, il ne l'avait plus revue.Aujourd'hui, elle devait avoir douze ans.

– Je suis sûre qu’il est gentil parce qu’il nous l’a prouvé. On dit souvent qu’il faut des preuves, il en a données pas mal et n’est pas méchant. Ici, il s’est même baissé pour voir si tu n’avais rien.

Ah, donc il ne lui avait pas voulu de mal ? Lucas tourna la tête pour essayer de l'apercevoir mais il voyait simplement des sacs, des cabas, des paniers, des jambes, des tous-petits dans des poussettes, ainsi que la vieille grand-mère méchante, là-bas, en train de parler avec le boulanger. Il lui tira la langue, vexé qu'elle ait insulté l'éducation que maman lui avait donné. Il savait très bien se tenir ! Il se lavait les mains, se brossait les dents, disait bonjour, au revoir et merci, s'excusait lorsqu'il bousculait quelqu'un et n'interrompait pas les conversations des adultes.

– Et il y a des soldats qui sont gentils, évidemment. Ce n’est pas parce qu’ils sont soldats qu’ils sont méchants, tu sais ? Comme tous les médecins ne sont pas spécialement gentils, comme tous les enfants ne sont pas des anges, tous tes professeurs ne sont pas patients. Il y a bien des professeurs que tu aimes et d’autres non, n’est-ce pas ? C’est la même chose ici. Mais on ne va pas parler de ça toute la matinée. Tu veux voir autre chose ?

– Non, je veux rentrer, murmura-t-il.

Il avait peur d'être mis de côté à cause de son don, peur qu'il lui échappe, peur de la plupart des ces gens qui le regardaient avec un air méchant, peur de ne pas être à l'aise ici, peur de tout, peur qu'on ne l'aime pas, à l'école ou au village. Il garda la tête baissée et le silence jusqu'au moment où ils rentrèrent, reniflant un peu. Maman l'avait mal élevé, c'est vrai ? Il faisait de son mieux ! Retournant dans la cuisine, sans trouver Alexis qui devait être sorti aussi, il s'installa sur une chaise puis déballa ce qu'il avait acheté pour regarder les explications et commencer à coudre sa peluche. Il savait coudre, son père lui avait appris l'année dernière, ce petit travail manuel le détendait un peu. Il se concentra ainsi sur sa peluche un long moment, regardant parfois sa sœur cuisiner pour ce midi. Il ne cessait de penser à sa nouvelle école et à la rentrée de septembre, à ce qu'aurait dit maman si elle avait entendu qu'on l'accusait d'être mal élevé, à ce qu'il aurait fait pour ces derniers jours de vacances. Créer des étincelles l'amusait mais si c'était dangereux ? Que les autres enfants ne voulaient pas jouer avec lui à cause de ça ?

– Tu sais, dit-il en relevant la tête, regardant sa sœur qui équeutait des haricots. A l'école, il y avait une fille déjà très grande, elle avait dix ans, et elle avait un don aussi. Elle s'appelait Camille, on la voyait dans la cour de l'école des filles, à côté de la nôtre. Elle était gentille. Des fois, elle me parlait et une fois, elle m'a donné un bonbon. Elle avait un don, elle aussi. Ses mains devenaient gelées et quand elle les appuyait sur un objet, ça faisait du givre. Nos parents nous disaient de ne pas jouer avec elle ou lui parler car elle faisait des trucs pas très naturels. Et ses parents à elle disaient qu'elle ne devait pas le montrer à l'école. Elle adorait l'hiver et la neige.

Il s'interrompit un bref instant pour poser le fil et l'aiguille qu'il tenait sur la table, pour ne pas se piquer les doigts. Il ne savait même pas pourquoi il racontait ça à Céleste, peut-être avait-il juste envie d'en parler, de partager des souvenirs.

– Quand elle a eu onze ans, je l'ai vu partir. Elle a dit qu'elle allait dans une autre école avec des gens comme elle où elle pourra montrer son don tous les jours. Elle a dû avoir douze ans en juillet, elle est née deux jours avant moi. Je ne l'ai jamais revu. Par contre, fin juin, j'ai vu ses parents, mais Camille n'était plus avec eux. Son papa était très bizarre, quand il a parlé au mien, tout pâle, on aurait dit qu'il allait pleurer. Il avait les yeux tous rouges. Je voudrai bien revoir Camille mais on ne sait pas où elle est.

Il baissa à nouveau la tête sur les morceaux de peluche qu'il était occupé à coudre, se mordant les lèvres en réfléchissant, puis les serra contre son cœur.

– Qui c'est, tes amis ? Ils viendront manger ici un jour ?

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Nouveau village   Sam 6 Fév - 16:27

Lucas – Non, je veux rentrer, murmura-t-il.

Oh… Céleste se retint de faire une grimace, vraiment mal à l’aise et ignorant ce qu’elle devait faire. Lucas ne faisait que penser à cette altercation… Elle hocha la tête et lui reprit la main pour rentrer, lui jetant des regards fréquents en réalisant qu’il n’était pas bien. Il baissait constamment la tête et elle l’entendait parfois renifler… Que devait-elle faire ? Traversant le marché en sens inverse, souriant faiblement aux personnes qu’elle connaissait et qu’elle croisait. Par chance, le marché n’était pas très grand donc ils arrivèrent assez rapidement à l’appartement, prenant les escaliers comme l’ascenseur était encore bloqué. Une porte, ça se ferme ! Pestant contre le voisin du cinquième, Céleste annonça à son petit frère qu’ils devaient monter à pieds sans qu’il ne lui réponde, apparemment perdu dans ses pensées. Bon… Manger lui fera sûrement du bien, il allait faire sa peluche et irait bien mieux après. N’est-ce pas ?

Céleste – Je vais préparer le déjeuner, dit-elle en refermant la porte derrière eux. Tu peux faire ta peluche, Alexis est sans doute sorti faire un tour.

Lucas ne se le fit pas dire deux fois, il était déjà dans la cuisine avant même qu’elle n’ait terminé sa phrase. Au moins, il était impatient, c’était déjà ça. Rejoignant son frère dans la cuisine, Céleste sortit viande et légumes pour tout préparer, surveillant toujours Lucas du coin de l’œil. Elle l’observait, voyant qu’il se débrouillait très bien avec une aiguille, gorge serrée. Il avait donc appris… Comme leur mère le leur avait appris un jour, puis leur père qui souhaitait voir comment elles se débrouillaient. Céleste avait des gestes souvent trop vifs et se lassait très vite mais elle s’était calmée avec l’âge et avait pu coudre. Dans les gestes de Lucas, elle revoyait son père. Revivait ce souvenir. Mais le chassa en redevenant sérieuse et distante, occupée à cuisiner. Elle équeuta les haricots pour les mettre dans la casserole, puis déposa les steaks dans une poêle avec des gestes automatiques, lui permettant de ne pas réfléchir à ce qu’elle faisait actuellement.

Lucas – Tu sais, dit-il en relevant la tête, regardant sa sœur qui équeutait des haricots. A l'école, il y avait une fille déjà très grande, elle avait dix ans, et elle avait un don aussi. Elle s'appelait Camille, on la voyait dans la cour de l'école des filles, à côté de la nôtre. Elle était gentille. Des fois, elle me parlait et une fois, elle m'a donné un bonbon. Elle avait un don, elle aussi. Ses mains devenaient gelées et quand elle les appuyait sur un objet, ça faisait du givre. Nos parents nous disaient de ne pas jouer avec elle ou lui parler car elle faisait des trucs pas très naturels. Et ses parents à elle disaient qu'elle ne devait pas le montrer à l'école. Elle adorait l'hiver et la neige.

La main de Céleste se crispa sur le haricot qu’elle tenait tandis qu’elle se mordait les lèvres, complètement figée. Ils n’avaient donc rien retenu… Si Céleste avait eu des doutes sur l’amour de leurs parents pour elle, ils venaient de s’envoler en l’espace de quelques secondes. Camille avait connu exactement la même chose et avait été toute seule à un moment crucial de sa vie. Elle avait besoin d’aide, pas de rejet ! Mais non… A croire que les habitants de sa ville natale n’avaient rien retenu du passé. Céleste givra légèrement le saladier dans lequel elle avait mis les haricots à équeuter, observant son second don d’un air absorbé sans comprendre comment on pouvait trouver cela effrayant. Cette petite n’avait rien demandé ! Ce don n’était pas dangereux…

Lucas – Quand elle a eu onze ans, je l'ai vu partir. Elle a dit qu'elle allait dans une autre école avec des gens comme elle où elle pourra montrer son don tous les jours. Elle a dû avoir douze ans en juillet, elle est née deux jours avant moi. Je ne l'ai jamais revu. Par contre, fin juin, j'ai vu ses parents, mais Camille n'était plus avec eux. Son papa était très bizarre, quand il a parlé au mien, tout pâle, on aurait dit qu'il allait pleurer. Il avait les yeux tous rouges. Je voudrai bien revoir Camille mais on ne sait pas où elle est.



Céleste devint toute pâle, mains crispées devant elle, bouche entrouverte. Camille était venue au Pensionnat et… Non, ce n’était peut-être pas ça. Il y avait d’autres explications. Même si, plus elle y pensait, moins elle y croyait. Livide, la jeune professeure ne répondit rien, gorge trop serrée pour dire quoi que ce soit. A cause de ses parents et de son village, Camille était… Mais quand allaient-ils comprendre que ces dons n’étaient pas dangereux ?! Ses propres parents l’avaient rejetée, elle risquait sa vie tous les jours aujourd’hui à cause de son don et n’était pas la seule à en souffrir. Une famille, ça doit être un soutien ! Heureusement, elle tournait le dos à Lucas qui ne devait pas avoir vu sa réaction. Et tant mieux. Elle ne voulait pas qu’il apprenne la vérité de cette manière, pas aussi tôt, pas après ce qu’il avait vécu cet été. Il avait besoin de reprendre ses repères, de retrouver une certaine stabilité avant d’apprendre de nouvelles choses. Céleste essaya de se reprendre, continuant à équeuter les haricots plus lentement cependant.

Lucas – Qui c'est, tes amis ? Ils viendront manger ici un jour ?

Céleste – Heu… Mes… Mes amis ? demanda-t-elle, mal à l’aise, se tournant vers lui. Ce sont mes collègues, je n'ai plus... vraiment d'amis d'enfance. Mais... Oui… Je suppose qu'on pourrait les inviter. Si tu veux. Seulement, pas tout de suite, il faut d’abord qu’on retrouve nos marques dans ce village, surtout toi.

Céleste tenta un petit sourire, plus ou moins réussi, avant de se remettre au travail. Des amis… Elle ne voyait pas qui pourrait venir ici. Cyprien, oui, Estelle aussi. Mais heu… Grimaçant, la jeune femme termina de tout mettre à cuire pendant que son frère se remettait à la confection de sa peluche. Au moins, il allait mieux… Mais ils n’étaient pas sortis de l’auberge, vraiment pas. Elle venait de le récupérer, de découvrir son existence, lui-même venait d’avoir un don, de perdre ses parents et de découvrir l’existence d’une sœur. Qui ne cessait d’esquiver les questions trop délicates… Elle n’était pas sa mère mais sa sœur ! Ce n’était qu’une question de temps… Elle lui expliquerait tout, un jour.

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