1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Une école militaire ?

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Adeline Brian
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MessageSujet: Une école militaire ?   Mer 9 Sep - 21:31

Il avait plu toute la nuit, assez fort, marquant ainsi ce début d'août par une certaine fraîcheur, ce matin. Ce qui n'empêchait pas Adeline d'être en débardeur simple, avec son pantalon de course et ses chaussures légères, les cheveux attachés en queue-de-cheval. Accroupie sur le bord du terrain de foot, elle observait ses amis courir derrière le ballon, à grands rires, sur un des terrains du pensionnat. Ils avaient prévus la partie à la caserne, entre enfants de militaires, mais s'étaient faits refouler au dernier moment, à cause de manœuvres ou elle n'avait pas compris quoi. Résultat, ils avaient atterri ici. Mais la jeune lycéenne avait refusé de participer, assez morne, se contentant de regarder. Elle n'était pas revenue du Japon il y a longtemps, juste quelques jours. Le voyage s'était très bien passé, elle était partie fin juillet avec Victoire, elles étaient revenues en France sans le moindre accro. En arrivant à Gray, Adeline s'était présentée à l'entrée "familiale" de la caserne, là où passait les civils qui vivaient là-bas, puis avait couru retrouver son père. C'était après que les choses s'étaient gâtées. Quand il avait commencé à lui raconter les travaux effectués au pensionnat.

Elle avait été furieuse. Pour elle, la rentrée allait se dérouler normalement, même si ceux qui faisaient partis du groupe continuaient de s'entraîner à la caserne, avaient des cours en plus et se formaient ! Elle avait été bien naïve... Car jamais elle n'avait imaginé que le maréchal pousserait le vice à modifier l'école elle-même. Ça n'avait rien à voir avec le reste ! Ou si ? Elle se frotta la nuque, secouant la tête avec un mélange de désespoir et résignation. Pourquoi changer l'école entière, alors qu'ils avaient déjà des installations toutes prêtes et bon nombre d'élèves motivés ? Adeline voulait servir et protéger son pays, mais elle ne voyait pas pourquoi le haut commandement de l'armée voulait impliquer là-dedans des élèves qui n'étaient pas prêts à ça ou qui n'en avaient pas envie. Elle se releva, les bras serrés contre sa poitrine, une moue agacée aux lèvres. Son père n'avait même pas lui répondre. Quand elle avait abordé le sujet, il avait juste paru gêné, ne voulant sans doute pas qu'elle mette cette affaire sur le tapis. Comme si elle n'était pas concernée alors qu'elle était tout de même scolarisée à Ste Famille.

"Tout n'a pas tant changé, ne t'en fais pas," lui avait-il juste dit avant de partir au travail. "Tu es en vacances, profite de ça au lieu de te préoccuper de l'école."

On pouvait ne pas s'en préoccuper ? Elle en doutait... Elle tourna la tête vers les bâtiments, sourcils froncés, puis croisa les bras. Quel militaire pouvait parler, de toute façon ? Elle soupira longuement, marchant au hasard sur les terrains, puis son regard accrocha deux soldats, un géant et une femme... C'était deux subordonnés au Colonel, eux, non ? Son père détestait le colonel Gavin. Il racontait que c'était un type cruel et infâme, qui infligeait toujours la mort la plus atroce à ses victimes... Il ne lui avait pas paru si horrible que ça, pourtant, en Auvergne. Sûr de lui, arrogant, affreusement cynique, oui, mais pas cruel ni ce genre de chose. Pourtant, il avait l'air haï, au sein de l'armée. Elle observa les deux soldats un long moment, sans cesser de marcher, les yeux plissés. On disait aussi qu'ils faisaient parti de ceux qui soutenaient la directrice. Adeline ignorait comment vraiment se positionner. Elle ne voulait pas de violence gratuite mais n'était pas non plus contre l'armée, du moins, pas contre la plupart de ses méthodes.

Elle s'arrêta, pensive, mordillant ses lèvres, comme à chaque fois qu'elle réfléchissait. Eux pourraient peut-être lui en dire un peu plus ? Son père refusait de trop lui en dire mais elle était assez grande pour savoir. Elle était assez grande pour prendre ses responsabilités. Ne sachant pas s'ils comprenaient le langage des signes, elle alla chercher dans son sac, qu'elle avait laissé sur des bancs plus loin, son petit carnet et un crayon. Elle réfléchit un instant, pensive, en mordant dans son crayon, puis s'assit sur son sac, se penchant pour écrire, après avoir noté le "bonjour" de base.

"Savez-vous ce que veut faire le haut commandement de l'armée, en impliquant le Pensionnat tout entier alors que les Guetteurs sont déjà nombreux ? A quoi bon forcer la main à des élèves qui ne pourront pas jouer le jeu ? A quoi devons-nous nous attendre ? Les Guetteurs ne suffisent pas ?"

Elle plia le papier e deux puis se releva, se dirigeant vers les deux militaires. Elle les accosta avec un signe de tête et un maigre sourire, les saluant de quelques gestes rapides avant de leur tendre le morceau de papier. Même s'ils ne voulaient pas répondre, ou pas à tout, elle devait tenter d'obtenir des réponses.

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MessageSujet: Re: Une école militaire ?   Lun 21 Sep - 11:26

Nicole alla chercher des tasses à café pendant qu'Alex disait au lieutenant qu'elle pouvait s'asseoir. Il alla rejoindre sa femme pour l'aider, ouvrant au passage la fenêtre de la cuisine pour aérer et laisser entrer un peu d'air. Le temps s'était rafraîchi, avec la pluie de cette nuit, ça faisait du bien. Ils s'installèrent dans la salle à manger pour prendre le café, discutant de sujets et d'autres. Il avait une inspection à faire avec Isabelle, ce matin, au pensionnat, avant leur travail habituel. Comme s'il y avait besoin d'inspecter quoi que ce soit, l'armée occupait les lieux nuit et jour depuis début juillet. Il s'étira, voyant par la fenêtre une nuée d'enfants partir de la caserne. Ah c'est vrai, Christophe leur avait dit que leurs gamins allaient jouer sur les terrains du pensionnat, aujourd'hui, comme il y avait des exercices importants à la caserne. Louis n'aimait pas vraiment le foot alors il n'avait pas voulu y aller. Sa mère l'emmenait se promener au lac, aujourd'hui, le sac de pique-nique était déjà prêt. Il but presque la moitié de sa tasse en une gorgée, remettant rapidement son uniforme en place.

Nicole – Tu déjeunes ici ou à la cantine, ce midi ? Il faut te laisser du pain ?

Alex – A la cantine, donc c'est bon, sourit-il. Prend ce qu'il te faut, avec le petit.

Il l'embrassa sur les lèvres, puis alla serrer son petit garçon contre lui en lui souhaitant une bonne journée. Au travail, maintenant. Il parla des changements survenus au pensionnat avec Isabelle, sur le chemin. Elle était inquiète, cela se voyait. Alex, lui, ne donnait pas vraiment son opinion. Il n'avait pas encore osé avouer à qui que ce soit le nouveau travail qu'il devait effectuer à l'hôpital de Gray... Il le cachait avec un soin maladif, terrifié à ce que ses coéquipiers découvrent tout, le rejettent, se sentant trahis, ou pire, apprennent son passé. Car il n'avait pas été muté par ce poste par hasard. Et si le Colonel apprenait tout, comment allait-il se débrouiller ... ? Il pâlit un peu en s'imaginant lui faire face, alors que la vérité avait éclaté, qu'il savait ce que le commandant avait commis comme horreurs durant sa jeunesse, ce qui l'avait fait changer. Il fit un effort pour continuer à parler à sa collègue comme si de rien n'était, ne voulant pas qu'elle remarque son trouble. Qu'ils devinent tout le terrorisait trop. Il s'écarta après avoir poussé la grille du pensionnat, la laissant passer avec galanterie.

Ils commencèrent leur tournée, attentifs, comme une patrouille avançant en territoire occupé. Il parlait peu, se sentant de plus en plus coupable, à mesure qu'il voyait les changements apporté. IL participait à ça, pire, il en coordonnait une partie ! Retrouver l'air frais lui évita de s'évanouir pour de bon, tant il était tendu. Il gardait néanmoins son sourire habituel et son air détendu. Tout va bien. Il inspira profondément en se dirigeant vers les terrains de sport. Il vit tous les gamins lancés dans plusieurs matchs de foot, petits comme les grands. Très mignons. Il les observa de loin, pensant que Louis les rejoindra peut-être. Il n'était pas très sportif, mais pour s'amuser avec d'autres enfants, pourquoi pas ? Il parlait des gamins avec Isabelle lorsque la fille d'un de ses voisins s'approcha tout à coup d'eux. Il se rappela de son prénom juste au moment où elle leur dit bonjour avec deux signes. C'est vrai qu'elle ne parlait pas, la pauvre. Il la voyait très souvent avec les Guetteurs, elle en faisait parti. Il entendait souvent les ados dire qu'elle était très mignonne mais le fait qu'elle ne parle pas en freinait beaucoup.

Elle leur tendit un papier, où son regard accrocha d'abord un bonjour, suivi d'une écriture fine et soignée. Qu'est-ce que... Il comprenait très mal le langage des signes donc communiquer par écrit était très bien, mais il se demandait ce qu'elle pouvait bien leur vouloir. Il se pencha en même temps qu'Isabelle pour lire ce qu'elle avait mis, sentant déjà un mauvais pressentiment l'envahir.

"Savez-vous ce que veut faire le haut commandement de l'armée, en impliquant le Pensionnat tout entier alors que les Guetteurs sont déjà nombreux ? A quoi bon forcer la main à des élèves qui ne pourront pas jouer le jeu ? A quoi devons-nous nous attendre ? Les Guetteurs ne suffisent pas ?"

Malaise confirmé. Il releva lentement la tête, essayant de prendre un air rassurant mais ça devait plutôt ressembler à une grimace. Hum, donc, et maintenant ? Il avait les réponses à toutes ces questions, mais le lieutenant était là, elle ignorait sur quoi il travaillait, il ne pouvait pas se dévoiler. Il se racla la gorge, se redressent complètement, en serrant le papier entre ses mains. Comment rassurer la petite et lui expliquer sans trop en dire non plus ? Il avait l'impression qu'on le forçait à marcher sur une corde raide sans entraînement ni protection, alors que cinq mètres de vide l'attendaient en-dessous.

Alex – C'est plus délicat que ça, commença-t-il avec lenteur. En fait... Les Guetteurs suffisent, bien entendu, mais étant donné qu'il y a un fort risque de guerre, le haut commandement doit songer qu'il vaut mieux que toutes les personnes possédant des dons soient à même de défendre le pays en cas d'occupation militaire Allemande, par exemple.

Disons que ça pourrait être en effet une excuse, pour justifier une petite partie de ce qui se passait, mais il savait que ça ne suffira pas. Il rendit le papier à Adeline, haussant à moitié les épaules. Non pas qu'il se moquait de toute cela mais il ignorait quoi lui dire de plus sans se griller lui-même.

Alex – Tu ne dois pas t'en faire, même si le pensionnat change un peu, les élèves ne sont pas en danger, sourit-il avec un peu de peine. Avec ça, tu es bien Guetteuse ? Donc tu dois avoir appris à te défendre, si tu vois un élève ayant des problèmes, tu pourras l'aider, même un peu. Personne ne veut de massacre dans cette école, tu sais. N'est-ce pas, lieutenant ? Vous avez entendu des rumeurs aussi horribles, vous ?
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Isabelle Robin
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MessageSujet: Re: Une école militaire ?   Lun 19 Oct - 10:46

Certains professeurs allaient sûrement trouver le moyen de râler ou protester en voyant qu'on était entré chez eux, déplacé toutes leurs affaires et effectué des travaux. La réunion de tous les enseignants avec la directrice risquait d'être un peu chargée en tension. Isabelle referma la porte de l'appartement derrière eux, l'autre main serrée sur la bandoulière qui retenait son fusil dans son dos. Elle devait toujours l'emmener, en inspection, même si c'était dans une école encore vide d'élèves et sans danger. Alex marchait près d'elle, parlant peu lui aussi, il devait partager ses inquiétudes quand à la rentrée qui attendait les gamins. Leur école avait été passée au crible et modifiée, durant ces deux mois, plus qu'on ne pourrait le croire au premier abord. Elle leva le nez pour observer le plafond blanc, les longs couloirs, les portes devant lesquelles ils passaient, les postes de garde, les ouvriers du bâtiment qui passaient encore ici et là, effleurant du bout des doigts au passage un plan de l'école affiché sur le mur. Elle nota d'ailleurs qu'il n'y avait pas tout mais uniquement les parties "utiles" et habitables. Certaines sections de l'école ou du pensionnat n'étaient pas représentées, de même que des sections des souterrains. Il était impressionnant de voir à quel point cette école était grande, et ses nombreux couloirs étroits, ses multiples escaliers renforçaient cette impression d'être pris au piège ou perdu.

Une fois revenus dehors, ils se dirigèrent vers les terrains de sport, d'où arrivaient des grands cris. Elle fronça légèrement les sourcils, demandant à son collègue ce qui se passait, et il lui expliqua que la plupart des enfants de la caserne jouaient ici pour la journée, comme leurs terrains près des immeubles avait été temporairement pris pour les manœuvres d'essai, aujourd'hui. Elle les observa à distance, avec un léger sourire. Ils couraient pourtant, insouciants, rieurs, de tous les âges. Parfois, Isabelle essayait d'imaginer quelle tête aurait eu son propre enfant, si elle était devenue mère. Blond, brun, petit, grand, souriant, les yeux marrons ? C'était à présent trop tard pour le découvrir un jour. Elle avait trente-sept ans, avoir un enfant aussi tard était dangereux, tous les médecins déconseillaient les grossesses si tardives, à la fois pour la mère et le bébé, la médecine n pouvait garantir leur pleine sécurité lorsqu'une femme tombait enceinte à l'aube de ses quarante ans. Bine sûr, beaucoup de mère accouchaient tout de même jusqu'à quarante-cinq ans, ou un peu moins, mais c'était risqué. Entre les morts en couche, les maladies infantiles et elle ne savait quoi encore... Voilà une étape de la vie qu'elle n'aura jamais connu, être mère. C'était dommage, mais elle avait vécu, elle aussi, il n'y avait pas de regrets à avoir. Elle menait sa vie d'une telle façon qu'elle ignorait si un enfant pouvait y avoir sa place et le désir de maternité qui avait ou l'étreindre il y a des années était à présent étouffé, le temps avait fait son œuvre.

Ils allaient repartir lorsqu'ils virent tout à coup la jeune Adeline s'approcher d'eux, les saluant avec un signe de la main. Isabelle le lui rendit, avec hésitation, ne parlant pas très bien le langage des signes, même si elle connaissait les gestes de base. Curieux qu'elle vienne les voir, d'ailleurs, pourquoi ne jouait-elle pas avec les autres ? Adeline n'était pourtant pas du genre timide. Elle habitait avec son père au même étage que l'appartement d'Isabelle et cette dernière l'avait donc vu bien souvent, dans les escaliers, la cour ou juste en passant. Elle leur tendit un papier, couvert d'une écriture assez fine, qu'Alex réceptionna. Isabelle se rapprocha de lui pour lire ce qui était écrit en même temps, se penchant par-dessus son bras.

"Savez-vous ce que veut faire le haut commandement de l'armée, en impliquant le Pensionnat tout entier alors que les Guetteurs sont déjà nombreux ? A quoi bon forcer la main à des élèves qui ne pourront pas jouer le jeu ? A quoi devons-nous nous attendre ? Les Guetteurs ne suffisent pas ?"

Elle se posait les mêmes questions qu'une majeure partie des militaires de cette armée, somme toute. Pourquoi étaient-ils dans cette école ? A quoi pouvaient servir les élèves ? Comment la prochaine guerre allait-elle être menée ? Quel était le but de Bradley ? Le pays pourra-t-il traverser un second massacre, tel celui de la Grande Guerre ? Isabelle ignorait quoi lui répondre, ne sachant pas comment rassurer la jeune fille. Hésitante, elle porta un long regard sur le commandant, espérant que lui ait une idée. Il était toujours celui qui rassurait les autres, d'ordinaire, là où Isabelle restait d'une nature assez pessimiste et méfiante. Avec ça, en ce moment, elle avait plus de mal à obtenir des informations. La générale en saura peut-être un peu plus, dans les prochains jours.

– C'est plus délicat que ça, commença-t-il avec lenteur. En fait... Les Guetteurs suffisent, bien entendu, mais étant donné qu'il y a un fort risque de guerre, le haut commandement doit songer qu'il vaut mieux que toutes les personnes possédant des dons soient à même de défendre le pays en cas d'occupation militaire Allemande, par exemple.

Isabelle sourcilla légèrement, alors qu'il rendait le papier à Adeline. Peu plausible, comme explication, personne ne savait automatiquement réagir comme il le fallait face au danger, il fallait être entraîné pour ça ! On ne se tenait pas tout naturellement devant une personne qui vous braquait un fusil dessus en gardant le contrôle de ses nerfs et son sang-froid et en sachant par instinct la façon dont il fallait réagir. S'il disiat cela pour la rassurer, pourquoi pas, mais c'était peu probable. Bradley ne plaçait pas ses pions ainsi, n'importe comment, il était passé maître dans l'art de la stratégie. S'il impliquait les élèves, tous, c'est qu'il avait une excellente raison. Si les Allemands débarquaient la semaine prochaine, la réaction normal d'un enfant de quatorze ou seize ans, don ou pas, sera de se cacher ou rester tranquille pour ne pas s'attirer d'ennuis.

– Tu ne dois pas t'en faire, même si le pensionnat change un peu, les élèves ne sont pas en danger, sourit-il avec un peu de peine. Avec ça, tu es bien Guetteuse ? Donc tu dois avoir appris à te défendre, si tu vois un élève ayant des problèmes, tu pourras l'aider, même un peu. Personne ne veut de massacre dans cette école, tu sais. N'est-ce pas, lieutenant ? Vous avez entendu des rumeurs aussi horribles, vous ?

– Pas sur un massacre de l'école, en tout cas...

Elle fit une pause assez longue, grimaçant un peu. En France, les tensions étaient très vives. Le gouvernement était très instable, changeant environs tous les six mois, se renouvelant alors que les citoyens avaient déjà perdu toute confiance en la troisième république. Des scandales politico-financiers éclataient régulièrement, sur divers hommes politiques. L'Etat avait du mal à payer les pensions des veuves et orphelins de guerre, des mutilés des tranchées, bien trop nombreux, ravivant ainsi les tensions et un profond sentiment d'ingratitude. Une déprime générale planait sur tout le pays, la crise démographique ne cessait pas, la croissance était au point mort dans tous les pays d'Europe. Les problèmes sociaux et économiques aggravaient partout le nationalisme. L'Angleterre se renfermait sur elle-même, absorbée par ses propres crises sociales. Il y avait eu des exécutions de masse en URSS, en plus des famines qui ravageaient le territoire en ce moment même. En Allemagne, un dictateur pu et dur avait pris le pouvoir, par voie démocratique qui plus est, instaurant un régime totalitaire, réformant le pays à son image, remilitarisant. Les Juifs commençaient peu à peu à fuir en masse certaines régions. L'Espagne et l'Italie suivaient le même chemin. Quand à la France, elle aussi engluée dans ses soucis, il était difficile d'être optimiste pour l'avenir.

– Nous vivons dans un siècle de tension, Adeline. Tout cela dépasse l'école, cette histoire ne se limite pas aux élèves ou à leurs dons, c'est beaucoup plus large et compliqué que cela. La Grande Guerre a laissé des marques profondes sur le continent, on ajoute à cela les crises politiques, sociales et économiques, l'ambiance est très lourde. J'ignore ce que souhaite le Maréchal, concernant les élèves, peut-être veut-il qu'à terme, tous les élèves soient à même de participer à la défense du pays, même si chacun ne peut pas être sur le front. Je ne sais pas quoi te dire de plus, je suis désolée.

Elle soupira assez fort, avec un vague signe de la main, se sentant complètement dépassée par leur époque et une Europe martyrisée qui criait à la guerre. La Grande Guerre n'avait fait que souffler bien plus fort sur la colère de chacune des nations, l'envie de vengeance, la revanche, la haine, tout cela n'était que plus exacerbé, surtout depuis la montée en puissances des régimes clairement fascistes. Le dictateur Allemand n'avait pas encore les pleins pouvoirs mais ça ne saurait tarder.

– Les autres élèves et toi, essayez de suivre l'actualité internationale, dit-elle avec lenteur. Elle jouera obligatoirement sur la politique de la France et les prochaines manœuvres de l'armée. Mais, tous, prenez bien garde à ce que vous faites, tu comprends ?

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Adeline Brian
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MessageSujet: Re: Une école militaire ?   Jeu 26 Nov - 10:09

Le commandant lui parut très nettement hésitant, ce qui ne contribua pas à rassurer la jeune fille. Elle ne les obligeait pas à répondre, bien sûr, elle se posait simplement des questions. Il se racla la gorge avec un air gêné, cherchant ses mots, le papier dans les mains. Et bien ? Sa collègue ne disait rien non plus, attendant qu'il parle. Soit ils savaient quelque chose et triaient ce qu'ils pouvaient dire ou non, soit ils ne savaient rien, avaient juste certains soupçons, et cherchaient ce qu'il fallait dire pour ne pas l'effrayer, comme si elle était encore une gamin de cinq ans. Pourtant, elle était capable d'entendre beaucoup de choses ! Elle n'était pas si idiote que cela, merci bien, ils pourraient avoir un minimum confiance. Soit, elle était entrée chez les Guetteurs, mais elle réfutait la réputation douteuse qu'on voudrait lui coller sur le dos pour autant. Elle aussi pouvait avoir ses propres idées et opinions, sans se faire complètement manipuler ! Elle était déjà outrée d'avoir perdu certains "amis" qui ne comprenaient pas pourquoi "elle était entrée chez ces fous". Ils ignoraient absolument tout, on ne pouvait pas mettre toute l'armée dans le même sac, chacun était différent. Adeline avait elle aussi des valeurs qu'elle tenait à défendre.

– C'est plus délicat que ça, commença-t-il avec lenteur. En fait... Les Guetteurs suffisent, bien entendu, mais étant donné qu'il y a un fort risque de guerre, le haut commandement doit songer qu'il vaut mieux que toutes les personnes possédant des dons soient à même de défendre le pays en cas d'occupation militaire Allemande, par exemple.

Et c'était cela, son explication... ? Elle reprit le papier qu'il lui tendit avec une légère grimace. Elle trouvait cela particulièrement bancal. Pas crédible du tout, peu plausible, bref, ce n'était pas terrible. Seconde hypothèse confirmée ? Il ne savait rien ou presque et cherchait à la rassurer ? Même sa collègue lui avait lancé un regard signifiant qu'il ne s'était pas très bien débrouillé sur ce coup-là. Adeline confirmait, même un enfant de onze ans n'y croirait pas. Don ou pas don, aucune personne non entraînée à la guerre ne saura avoir d'instinct les attitudes à adopter en ayant une arme braquée sur le front. Il y avait des façons de faire, le stress à gérer, ça ne s'apprenait pas en un claquement de doigt ! Elle se mordit un peu les lèvres, se promettant intérieurement de retrouver Jasper à la rentrée pour remettre tout cela à plat et trouver des explications logiques. Peut-être avait-il eu l'occasion d'en apprendre un peu plus ? Lui aussi fouinait beaucoup, peut-être aura-t-il découvert quelque chose. Adeline n'avait pas entendu grand-chose à la caserne, pour le moment, peu de rumeurs couraient en ce moment. Même Océane en était au point mort, mais bon, elle n'avait pas l'air dans son assiette, pour l'instant. Elle venait de rompre avec Dimitri et était moins enjouée, ors des entraînements, comme fatiguée.

– Tu ne dois pas t'en faire, même si le pensionnat change un peu, les élèves ne sont pas en danger, sourit-il avec un peu de peine. Avec ça, tu es bien Guetteuse ? Donc tu dois avoir appris à te défendre, si tu vois un élève ayant des problèmes, tu pourras l'aider, même un peu. Personne ne veut de massacre dans cette école, tu sais. N'est-ce pas, lieutenant ? Vous avez entendu des rumeurs aussi horribles, vous ?

– Pas sur un massacre de l'école, en tout cas...

Sur l'école peut-être pas, mais les massacres, ce n'était pas ça qui manquait, en ce moment, il suffisait de suivre un peu l'actualité internationale pour le savoir. Entre les exécutions de masses, l'instauration des régimes totalitaires, les famines, les crises sociales, tout était réuni pour un cocktail explosif qui pourrait embraser tout le continent. Chaque soir depuis le mois de juillet, Adeline écoutait la radio avec son père, le bulletin d'information quotidien, afin d'en savoir plus. Et ce n'était pas très joli. L'air qu'affichait la lieutenant prouvait qu'elle songeait aux mêmes problèmes, en France et ailleurs, toute l'Europe était touchée par cette vague de peur et de haine. Combien de temps encore avant que tout n'éclate ? Avant qu'une autre guerre arrive bel et bien ? Des mois, des années ? Elle savait très bien qu'on pouvait très longtemps, en accumulant tensions et pressions, avant que tout n'explose. Une part de cette histoire était liée aux dons, à cette école, et elle voulait découvrir quoi. Des gamins de onze ou quatorze ans étaient inutiles en combat ! Des enfants ne pouvaient pas monter au front. Alors quoi ? A quoi bon ? En quoi intéressaient-ils tout de même l'armée, pourquoi ne pas se contenter des Guetteurs, que voulait le Maréchal ? A quoi s'attendre ? Et qui pourrait vraiment lui répondre ? La directrice devait avoir quelques éléments de réponses, peut-être, ainsi que le reste de l'Etat-Major. Et d'autres bien informées et impliquées.

– Nous vivons dans un siècle de tension, Adeline. Tout cela dépasse l'école, cette histoire ne se limite pas aux élèves ou à leurs dons, c'est beaucoup plus large et compliqué que cela. La Grande Guerre a laissé des marques profondes sur le continent, on ajoute à cela les crises politiques, sociales et économiques, l'ambiance est très lourde. J'ignore ce que souhaite le Maréchal, concernant les élèves, peut-être veut-il qu'à terme, tous les élèves soient à même de participer à la défense du pays, même si chacun ne peut pas être sur le front. Je ne sais pas quoi te dire de plus, je suis désolée.

Elle soupira, avec un vague geste de la main, comme pour appuyer ses propos. En somme, rien de plus n'était dit, ils ne savaient rien, Adeline non plus, et les personnes un peu plus informées ne racontaient rien du tout, volontairement ou non.

– Les autres élèves et toi, essayez de suivre l'actualité internationale, dit-elle avec lenteur. Elle jouera obligatoirement sur la politique de la France et les prochaines manœuvres de l'armée. Mais, tous, prenez bien garde à ce que vous faites, tu comprends ?

Adeline se contenta d'hocher lentement la tête, frustrée de ne pas être plus avancée, mais ne pouvant rien faire de plus pour le moment, surtout seule. Elle se contenta donc de les saluer puis repartir, fourrant le papier dans sa poche. Très bien... Pour tirer au moins quelques éléments au clair, elle avait besoin d'aide. Océane pourra beaucoup aider, c'était certain, dès qu'elle ira un peu mieux. Jasper aussi. Et d'autres. Ne pas baisser les bras était facile à dire mais elle ne lâchera pas avant d'avoir découvert les véritables intentions, concernant cette école.

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