1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Tu nous dois des explications

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Magister
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MessageSujet: Tu nous dois des explications   Ven 4 Sep - 16:07

[PNJ Josuke Nakajima]


Josuke prit une profonde inspiration, assis jambes croisées, dehors, dans le jardin, observant le Soleil se lever. Il était calme et serein extérieurement mais réfléchissait à une manière de faire parler son frère. Kimmitsu lui cachait quelque chose, il en était certain. Pourquoi n’avait-il pas donné plus de nouvelles que cela durant l’année scolaire ? Pourquoi, maintenant qu’il était revenu, était-il aussi silencieux sur ce qui s’était passé en France ? Il avait des projets avec Solène, fort bien, mais cela n’expliquait pas tout. Son frère était différent, distant, plus nerveux, et cela n’avait rien à voir avec sa compagne. Josuke n’avait rien contre elle, tous savaient, ici, qu’il se marierait avec une Française tant il adorait ce pays. Non, ce qu’il lui reprochait était qu’il ne disait rien. Ou plutôt : il disait ce qui l’arrangeait…

Le chef de famille se redressa, entendant du bruit à l’intérieur de la maison. Ils devaient être réveillés, maintenant, et il était bien décidé à parler à Kimmitsu sans lui laisser l’occasion de s’esquiver une nouvelle fois. Ils étaient de la même famille, ne comprenait-il pas qu’ils s’inquiétaient ?! Ils ne l’empêcheraient pas d’agir pour ce qu’il pensait être juste, mais ils avaient le droit de savoir, le droit d’avoir des nouvelles. Kimmitsu s’éloignait d’eux malgré ce qu’il disait en refusant de parler et en les tenant hors de sa vie en France. Et ils étaient de la même famille, du même sang, de la même culture. Alors pourquoi ne parlait-il pas ? Il n’avait aucune excuse, aucune raison logique et c’était bien cela qui exaspérait Josuke. Il rentra dans la maison, constatant que tout le monde était déjà prêt pour partir aux champs. Oh, très bien.

- Allons-y, dit-il d’une voix forte et calme.

Ils se mirent en route pour aller travailler dans les champs en même temps que d’autres familles voisines les saluant d’un signe de la tête respectueux. C’était une tâche familiale que tout le monde prenait à cœur, même Genji n’avait pas riposté – mais cela devait être dû à sa fatigue et à sa difficulté à se réveiller le matin. Ils arrivèrent après une petite marche achevant de les réveiller et se mirent tous au travail, consciencieux et calmes. Ce n’est qu’une fois chacun concentré sur son travail que Josuke prit discrètement Munemori par le bras pour l’attirer à part. Les autres membres de la famille étant concentrés sur leur tâche, ils ne faisaient pas attention à eux comme les deux frères travaillaient côte à côte, comme si rien ne se passait. Peut-être était-ce un coup bas, mais Josuke n’avait pas le choix. Son frère lui cachait quelque chose et il n’était sûrement pas le seul à penser ainsi. Il désigna Kimmitsu des yeux à Munemori avant de baisser à nouveau la tête, l’incitant à faire de même.

- J’aurais besoin de toi pour pousser notre frère à parler. Il nous cache quelque chose et cela m’inquiète, j’ignore ce qu’il vit en France et je ne compte pas l’empêcher d’y retourner mais nous sommes sa famille, il ne peut pas nous écarter comme cela de sa vie, il est beaucoup trop distant.

- Tu peux compter sur moi, je m’inquiète pour lui aussi. Mais je ne pense pas que cela suffira à le pousser à se confier à nous…

- Nous devons essayer, dit-il en se redressant. S’il a des problèmes et que nous pouvons faire quelque chose pour l’aider, même en restant au Japon, nous devons le faire.

Son frère hocha la tête en approuvant et ils se turent, sa femme se rapprochant d’eux. C’était donc convenu, après le petit-déjeuner, ils parleraient à Kimmitsu. Concentré sur ce qu’il faisait, le temps s’écoula très vite et il ne le vit pas passer qu’ils devaient déjà rentrer. Rassemblant tout le monde, vérifiant que Genji était bien là et ne faisait pas un énième caprice, Josuke signifia qu’ils pouvaient y aller d’un geste de la tête et ils rentrèrent un peu plus lentement. Il posa un regard sur Kimmitsu durant quelques secondes, réfléchissant à ce qu’il pouvait bien leur cacher et à la manière de lui parler sans le braquer pour autant. Il ne le blesserait pas mais dirait la vérité, ce qu’il pensait avec son frère et les inquiétudes qu’ils avaient à son égard.

Aidant à mettre la table et à préparer le petit-déjeuner, une fois rentré, tout allait plus vite et les discussions étaient un peu plus vives maintenant qu’ils étaient bien réveillés. Le travail avait aidé et ils pouvaient commencer la journée sainement sans aucun stress. C’est à partir de ce moment-là qu’il décida de faire comprendre à Kimmitsu qu’ils devaient parler, et maintenant. Il lui lança de longs regards lourds de sous-entendus en mangeant et discutant comme si de rien n’était, lui faisant comprendre parfois qu’il n’allait pas s’échapper, cette fois. Ce n’est qu’à la fin du repas que Munemori suggéra à Solène et aux filles de faire une balade avec Genji dans les environs, qu’il y avait de très beaux coins à voir, alors qu’ils étaient tous en train de ranger et nettoyer avant de partir. Très bien. A nous deux, mon cher frère.

- Kimmitsu, attends s’il te plaît. Nous avons des choses à te dire, Munemori et moi.

- Et cette fois, tu ne t’échapperas pas. Il faut qu’on parle. Tu nous caches quelque chose et on veut savoir ce que c’est.

Munemori venait de poser sa main sur l’épaule de son frère pour le retenir, Josuke le fixant des yeux. Ils étaient seuls, à présent, le reste de la famille vaquant à ses occupations et Solène, ainsi que Victoire et Adeline, était partie pour cette fameuse balade. Oui, c’était un coup monté, mais il était nécessaire. Le chef de famille croisa les bras en restant silencieux, regardant son frère comme si cela lui suffirait à découvrir ce qu’il cachait. Il était évident qu’il était nerveux et mal à l’aise, il devait sûrement s’attendre à ce qu’ils l’abordent comme cela. Il était leur frère ! Lui laissant encore une petite chance de s’exprimer le premier, cherchant ses mots pendant ce temps, Josuke poussa un soupir avant de se lancer. Bien…

- Que se passe-t-il en France pour que tu refuses de nous en parler ? Tu nous donnes beaucoup plus de nouvelles que cela, en temps normal. Or, cette année, nous n’avons rien eu de concret, nous ne nous attendions pas à te voir dans cet état. Nous sommes tes frères, Kimmitsu, nous avons le droit de savoir ce qui t’arrive. Je ne vais pas t’empêcher de faire ce que tu crois juste, je te fais confiance, mais comprends que l’on s’inquiète. Tu es distant, mal à l’aise, assez vague sur certains points de ta vie là-bas… Alors, je t’en prie, nous t’écoutons. Que nous caches-tu ?

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Dernière édition par Magister le Lun 22 Fév - 14:31, édité 1 fois
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Kimmitsu Nakajima
Sous-directeur
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Âge RPG : 42 ans

MessageSujet: Re: Tu nous dois des explications   Ven 4 Sep - 22:43

Le retour en France se fera dans un peu plus d'un mois. Kimmitsu se pencha pour attacher les sacs avec une ficelle solide, le regard fixe mais l'esprit en ébullition. Il avait beau être en vacances, il ne cessait de se demander dans quel état il allait retrouver l'école à son retour. Comment réagir si le pensionnat était vraiment devenue une école militaire ? Il était hors de question qu'il laisse tout tomber mais il était assez anxieux. C'était dangereux, encore plus maintenant, et il ignorait s'il devait déjà... faire en quelque sorte ses adieux à sa famille. Il n'avait aucune attention de se laisser tuer si facilement mais on ne pouvait pas savoir ce qui allait se passer. Si ce pays devenait à son tour un Etat totalitaire, si... Il soupira en se redressant, portant le sac pour aller le déposer dans la charrette, puis poursuivit le travail en regardant longuement sa famille, autour de lui. Il était plus affecté qu'il ne l'aurait cru, à tous les revoir vivant paisiblement pour devoir les quitter moins de deux mois plus tard pour le combat qu'il avait choisi de mener. Au moins, ils étaient en sécurité, personne ne pouvait se servir d'eux pour le menacer lui, comme on avait déjà tenté plusieurs fois de le faire avec Gabriella-sama. C'était déjà cela de gagné.

Après le travail, il resta un peu en arrière des autres, sur le chemin, les mains dans les poches, regardant ces paysages de son enfance. Il sourit doucement en voyant les collines, dans cette lueur matinale, apaisé. Il aimait autant son pays natal que son pays d'adoption, détendu de se retrouver ici, près des siens. Une de ses nièces le dépassa en courant avec un grand rire, allant s'accrocher à la main de sa mère. Il l'observa doucement en rentrant, regardant ensuite Solène, plus loin. Il aimerait devenir père à son tour mais ne pensait pas que ce serait très... prudent. Il était très facile de s'en prendre à vos proches pour vous nuire. Serait-il capable de protéger un enfant ? Même s'il devait grandir à Gray ? Il en avait envie, il avait rêvé bien des fois de devenir père, son seul frein était de savoir si ou non cet enfant pourra tout de même vivre heureux. Il enleva ses chaussures avant de rentrer, s'installant à table avec les autres. Il devait déjà réfléchir à la façon de garder Solène en sûreté, une fois revenus en France. Hors de question qu'elle tombe entre les griffes de l'autre psychopathe. Finalement, ils auraient dû laisser la directrice lui régler son compte, dans le réfectoire, ou dehors dans le parc. C'était peut-être horrible de penser ainsi mais il regrettait qu'on ne l'ait pas laissé le tuer.

Il mangeait en silence, agenouillé entre une de ses sœurs et Solène, lorsqu'il remarqua que ses deux grands frères ne cessaient de lui jeter de longs regards appuyés. Il reposa son gobelet de thé avec lenteur, se retenant de lever les yeux au ciel. Il se disait ce matin qu'il était étrange que ses frères n'aient encore rien dit, il se doutait que ça n'allait plus tarder. S'ils voulaient parler... Il prit une longue inspiration, repensant malgré lui au médecin fou et ce qu'il avait fait. Kimmitsu aurait dû se défendre mieux que ça, il avait été lamentable, c'était de sa faute. Un mélange de colère, de honte et de culpabilité lui tordit l'estomac et il détourna le regard. A la fin du repas, Solène et les filles partirent et il retint un soupir. Il n'avait pas envie de raconter "ça", il s'en voulait et... Puis dire ça à ses grands frères ? Il n'avait pas envie de perdre leur confiance ! Ils allaient lui en vouloir s'il leur racontait précisément ce qui s'était passé. Ou lui dire qu'il avait jeté la honte sur toute leur famille.

– Kimmitsu, attends s’il te plaît. Nous avons des choses à te dire, Munemori et moi.

– Et cette fois, tu ne t’échapperas pas. Il faut qu’on parle. Tu nous caches quelque chose et on veut savoir ce que c’est.

Kimmitsu se tourna à moitié vers eux deux quand Munemori lui posa une main sur l'épaule. C'était pourtant avec Munemori et Josuke qu'il avait toujours été le plus proche, avec eux qu'il avait passé le plus clair de son temps, enfant, à jouer et s'entraîner. Ils avaient eu la même éducation, avant la mort de leur père. Mais il ne pouvait pas leur raconter le coup du médecin fou, tout simplement, il n'avait pas envie de les décevoir ni d'être rejeté. Personne ne savait exactement ce qui s'était produit, il ne l'avait raconté à personne. Son frère aîné croisa les bras, finissant par soupirer.

– Que se passe-t-il en France pour que tu refuses de nous en parler ? Tu nous donnes beaucoup plus de nouvelles que cela, en temps normal. Or, cette année, nous n’avons rien eu de concret, nous ne nous attendions pas à te voir dans cet état. Nous sommes tes frères, Kimmitsu, nous avons le droit de savoir ce qui t’arrive. Je ne vais pas t’empêcher de faire ce que tu crois juste, je te fais confiance, mais comprends que l’on s’inquiète. Tu es distant, mal à l’aise, assez vague sur certains points de ta vie là-bas… Alors, je t’en prie, nous t’écoutons. Que nous caches-tu ?

C'est vrai qu'il en avait moins donné... Sans oublier qu'il était resté parfaitement injoignable au téléphone presque trois semaines. Il ne répondit pas tout de suite, hésitant, évitant le regard de son frère, lui qui avait l'habitude de le regarder dans les yeux. Que pouvait-il leur dire ? C'était du passé, maintenant, il avait pu continuer à vivre, se remettre. Son second don était une... trace, seulement. Il soupira à son tour, reportant le regard sur eux, les poings serrés.

– Il s'est passé beaucoup de choses, cette année, répondit-il enfin, un peu plus pâle. J'ai dû gérer quelques problèmes et j'ai eu moins de temps pour écrire ou téléphoner, voilà tout.

Des enlèvements, des menaces, des agressions, des élèves tués, des professeurs qui disparaissaient, des enfants battus, un village entier parti en cendre, des élèves qui se mettaient en danger... Mais mis à part ces menus détails, tout allait bien. Il ne s'était jamais étalé sur les détails dans ses lettres, pris par les affaires courantes et songeant bien moins, cette année, à écrire régulièrement à sa famille. Il avait un peu parlé de tout ça à sa mère en rentrant, mais très peu. Il croisa le regard de Munemori, qui le tenait toujours et qui ne semblait pas très convaincu. Leur frère s'était rapproché encore... La discussion risquait d'être plus longue que prévu.

– Moins de temps au point de délaisser ta famille, chose que tu ne faisais jamais avant ? On a le droit de savoir ce qui s'est passé, ce qui t'a pris tout ton temps. Tu n'as plus été joignable pendant presque un mois, on a le droit de se poser des questions. On ne va pas te blâmer, Kimmitsu, on veut juste comprendre...

– Il y a eu des problèmes dans l'école où je travaille, dit-il un peu plus vite en prenant le poignet de son frère pour enlever sa main de son épaule. Des agressions et... Des morts. Je ne cherche pas à vous oublier, Josuke. On est juste une poignée à défendre l'école et les enfants, c'est assez dur, donc j'ai moins pensé à vous écrire cette année.

Il avait plutôt pensé à des plans, des stratégies... C'est vrai, il avait beaucoup moins songé à sa famille. Il avait pensé à entraîner Océane pour qu'elle ne se fasse pas prendre, surveiller les élèves qui se bougeaient pour leur éviter un destin funeste, essayer de repérer les disparus, aider la directrice, surtout après les agressions contre elle, puis il avait dû se remettre lui-même de son agression, avant de poursuivre son travail, tenter de booster les professeurs qui restaient à l'écart. Son frère pâlit à son tour, comme s'il n'avait jamais envisagé cela.

– Cela n'explique pas ton absence d'un mois.

– Trois semaines à peine, n'exagère pas.

Son frère l'attrapa tout à coup par les deux bras puis le poussa contre le mur derrière lui, le tenant. Kimmitsu avait eu un léger sursaut, pinçant les lèvres. Ça non, désolé, mais il ne pouvait pas en dire plus ! Il ne l'avait jamais avoué, il ne pouvait pas. La culpabilité revint en force alors que la scène se rejouait une fois de plus dans son esprit. Cette pièce blanche le psychopathe, ce qu'il lui avait fait, les produits qu'il lui avait injecté, puis les jours qui avaient suivi, le fièvre dévorante, le feu... Et il ne s'était même pas défendu.

– Arrête de te moquer de nous ! Ce n'est pas le moment de plaisanter, tu es mon petit frère, je m'inquiète pour toi, on s'inquiète pour toi ! C'est la première fois que tu restes injoignable aussi longtemps. Je ne vais pas t'empêcher de défendre tes valeurs, je ne vais pas te pousser à trahir tes amis, mais comprends que c'est difficile pour nous aussi de ne rien savoir de ce que tu vis lorsque l'on sait ce que devient la France ! Ce que je trouve honteux, là-dedans, est que tu ne nous dises même pas si tu as un problème, et tu en as un.

Il entrouvrit la bouche, la gorge serrée, en regardant son frère dans les yeux. Il aurait encore plus honte s'il savait ce qui s'était passé. Techniquement, il n'avait plus aucun problème, juste des souvenirs. Adrien lui avait dit que ce nouveau don était encore instable et peu fiable, qu'il devait l'utiliser au minimum, car il n'était pas né correctement. Mais c'était un souci mineur comparé aux souvenirs.

– J'ai... commença-t-il doucement. J'ai eu... un problème, moi aussi... Je n'étais pas joignable car je ne pouvais pas répondre au téléphone. Mais c'est du passé.

– Et on peut savoir ce que c'était ? On voit bien que ça te ronge, surtout avec tes réactions... On veut seulement t'aider, on ne te jugera pas tant que tu n'as pas trahi ce que tu défends.

– Je ne peux pas vous raconter ça, souffla-t-il. Je ne l'ai dit à personne.

Il sentit son cœur battre plus vite, s'efforçant d'écarter les souvenirs. Ses aînés lui en demandaient trop, cette fois, il ne voulait plus repenser à tout ça, il avait commis une faute, il n'aurait pas dû réagir aussi faiblement... A cause de lui, Océane avait dû se débrouiller seule avec les "exercices" de l'armée pendant plus d'une semaine et avait bien failli en être brisée. Josuke resserra la pression sur ses bras mais il n'en dit pas plus pour autant. Ils étaient peut-être ses frères mais leur avouer tout... Ils se sentiront juste trahis.

– C'est le moment d'en parler. Tu ne pourras pas continuer éternellement à garder ça pour toi, ce n'est pas sain.

– J'ai été agressé, moi aussi, murmura-t-il. Puis je suis resté alité pendant trois semaines. Au cause de ça, mon élève s'est retrouvée toute seule face à l'armée...

Oui, il s'en voulait. C'est pour cela qu'il s'était levé tout de même, malade ou pas, pour retrouver une Océane qui s'était effondrée en larmes au dojo. Au moins avait-il pu la réconforter un peu avant de s'effondrer lui-même, peu de temps après, à cause de la fièvre. Océane n'avait pas à payer pour ses propres erreurs, il aurait dû être plus attentif, se remettre plus vite.

– C'est pour ça que tu culpabilises ?

Pourquoi, ce n'était pas assez, à ses yeux ? Il se rapprocha tout à coup puis le serra dans ses bras, le prenant de cours. Pourquoi... Il n'était même pas en colère ? Kimmitsu ne réagit qu'avec un temps de retard, surpris, alors que son frère s'écartait un peu. Il venait de lui avouer qu'il avait abandonné son élève à elle-même trois semaines et ça ne l'énervait pas ? Ou alors, il avait mal compris.

– Ton élève s'en est très bien sortie, non ? Si tu es resté alité trois semaines, petit frère, c'est que c'était très grave... Nous n'allons pas te blâmer pour un courage tel que celui-là.

– Non, ce n'était pas grave, marmonna-t-il en essayant de se dégager. Je n'étais pas blessé, juste malade. Et j'ai bien de quoi culpabiliser, j'aurai dû me défendre plus que ça ! Parce que moi, je n'avais encore personne là-bas que l'on pouvait menacer pour me contraindre.

Ce qui n'était plus le cas. Maintenant, il avait Solène. Il devait la préserver autant que possible, elle était si jeune, douce, fragile, loin du caractère enflammé de sa grande sœur. Josuke lui reprit mieux les bras et il retint un long soupir. C'est bon, il leur avait dit ce qu'ils voulaient, maintenant ! Le reste n'avait aucune importance. Ni le fou, ni son nouveau don déjà dénaturé, ni rien.

– Oh, Kimmitsu, s'il te plaît, si c'était trois semaines, c'était forcément grave ! Que s'est-il passé précisément ?

– A moins que ce ne soit qu'un simple rhume ou autre maladie bénigne, d'accord, mais là, tu ne nous dis pas tout.

Kimmitsu se mordit les lèvres, silencieux. Il détourna le regard, le souffle court. Raconter ça... Il se doutait que ses frères ne le lâcheront pas tant qu'ils n'auront pas obtenu une réponse mais il ne parvenait pas à s'y résoudre. Ils savaient qu'il possédait le don du vent, mais pour le feu... On ne développait pas ce genre de don par hasard, il ne correspondait pas à son caractère ni à la vie qu'il menait, il était donc impossible qu'il l'ait obtenu naturellement, d'autant plus que personne ne le maniait, dans sa famille. Il avait vu passer la terre, le vent, l'eau, mais jamais le feu ou la foudre. Aucune hérédité, rien ne pouvait justifier l’apparition de ce pouvoir chez lui. Il craignait aussi la réaction de ses frères s'il leur racontait la scène. Sans intervention extérieure, il aurait pu y rester.

– On a fait des expériences sur moi, finit-il par avouer, sans plus les regarder. Un médecin psychopathe, qui travaille pour l'armée. Il m'a v...

Il s'interrompit tout net, ne pouvant décemment pas avouer ça comme ça, puis reprit, la voix plus basse.

– Il a provoqué la naissance d'un second élément, dénaturé, chez moi, le feu. J'ai été malade à cause de ça.

Voilà, c'est bon, il l'avait dit. Contents ? Son frère pouvait le lâcher, maintenant ? Il n'osait plus relever la tête pour le regarder en face, par peur d'y lire de la colère, du dégoût, un rejet. De s'entendre dire qu'il aurait dû mieux réagir et se défendre. Qu'il avait jeté l'opprobre sur leur famille. Il l'entendit soupirer, nettement, son cœur battant toujours à un rythme très rapide, alors que son aîné soupirait qu'il aurait dû leur en parler avant. Kimmitsu songeait plutôt qu'il aurait dû ne pas leur en parler du tout. Ils n'avaient pas besoin d'être mêlés à tout ça, eux aussi, il y avait déjà bien assez de problèmes. Il était capable de gérer, il arrivait à ne plus penser à tout ça et se concentrer sur ses objectifs.

– Et... Ton second don n'est pas dangereux, pour toi ? Tu ne risques rien ?

– Je ne sais pas, dit-il en le regardant à nouveau. Je dois le manier le moins possible. Le docteur du pensionnat, Adrien, m'a déjà averti de ne pas m'en servir, comme ce n'est pas un élément naturel chez moi. Je ne sais pas ce qui va arriver. Mais ce n'est pas très grave, je suis vivant, d'autres n'ont pas eu cette chance.

Il prit une longue inspiration, alors que son frère le relâchait enfin. Il ne savait pas s'ils avaient compris ce qu'il gardait bien au fond de lui, ayant failli le lâcher, mais il n'avait aucune envie de creuser le sujet. Il savait ce qu'il avait à faire et comment il devait le faire, c'était le plus important.

– Ce n'est pas la peine de vous en faire, reprit-il. Je suis plus prudent. L'école va avoir quelques problèmes de plus à la rentrée mais nous pouvons gérer ça. Je ne peux pas abandonner, même si c'est dangereux, il y en a déjà trop qui ont tout laissé tomber, par peur ou je ne sais quoi. De toute manière, même si je ne vais pas bien un moment, ce n'est pas très grave. Vous avez vraiment besoin de vous inquiéter pour ça ?

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Munemori Nakajima
Peintre
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MessageSujet: Re: Tu nous dois des explications   Ven 25 Sep - 23:20

Munemori arrêta sa plus jeune fille, âgée de tout juste cinq ans, en pleine course en lui enlevant vite fait la petite serpe qu'elle tenait dans les mains. Pas question qu'elle touche à ça, elle était beaucoup trop petite ! Surtout à courir avec ! Il la gronda pour qu'elle ne recommence plus, agenouillée à sa hauteur, en lui disant que c'était très dangereux et qu'elle aurait pu se blesser gravement. Elle fit la moue lorsqu'il la laissa repartir près de sa mère, se relevant avec un petit soupir. Impossible de les lâcher des yeux plus de cinq minutes ! Il reprit son travail, après avoir jeté un regard autour de lui. Travailler avec toute sa famille l'aidait à se réveiller, de bon matin, même s'il était toujours assez inquiet. Voilà presque une semaine que leur frère était revenu mais il avait un peu trop changé pour que cela passe bien. Munemori était à la fois agacé et effrayé par ça, il ne comprenait pas. Il s'apprêtait à désherber les alentours du champs avec la serpe en question quand son frère aîné l'attrapa tout à coup par le bras en le tirant à l'écart. Quoi, il s'était passé quelque chose ? Il lui désigna Kimmitsu du regard, après l'avoir un peu tiré à l'écart.

– J’aurais besoin de toi pour pousser notre frère à parler. Il nous cache quelque chose et cela m’inquiète, j’ignore ce qu’il vit en France et je ne compte pas l’empêcher d’y retourner mais nous sommes sa famille, il ne peut pas nous écarter comme cela de sa vie, il est beaucoup trop distant.

Ah, ça, oui, d'accord. Il hocha la tête, après avoir jeté un plus long regard à leur frère.

– Tu peux compter sur moi, je m’inquiète pour lui aussi. Mais je ne pense pas que cela suffira à le pousser à se confier à nous…

– Nous devons essayer, dit-il en se redressant. S’il a des problèmes et que nous pouvons faire quelque chose pour l’aider, même en restant au Japon, nous devons le faire.

Oui, très bien. Il se remit au travail, tout comme son frère, avec le reste de la famille, comme si de rien n'était. Enfin, le travail des champs était moins fatiguant que de garder un œil en permanence sur les petits bouts de la famille qui couraient partout. Ils les aidaient un peu mais le matériel agricole était souvent pointu et dangereux, Munemori s'inquiétait surtout pour sa fille qui avait l'air très attirée par tout ce qui était coupant, à son grand malheur. Il finit par lui dire de rester près de lui et de l'aider, elle revint aussitôt avec un sac qu'elle gardait ouvert pour qu'il y mette les légumes récoltés. Voilà, c'était beaucoup mieux, déjà. Après le travail, il frotta ses mains pour en enlever la terre puis souleva sa fille dans ses bras, appelant ses autres enfants pour qu'ils ne restent pas à traîner derrière. Allez ! Ils furent rentrer tout ce beau monde à la maison, prêts à prendre le petit-déjeuner en famille. Il aida son jeune frère à mettra la table, s'installant ensuite à côté de sa femme. Il eut un petit sourire en voyant Solène réfléchir une minute avec un air perplexe avant de saisir ses baguettes correctement. Il avait été très surpris, étant donné qu'elle était très blonde aux yeux bleus, mais elle était vraiment jolie.  Un peu timide, peut-être, mais il l'aimait bien. Qu'elle soit si jeune n'avait aucune importance.

Il reporta son attention sur Kimmitsu pendant le repas, espérant qu'il allait accepter de leur parler. C'était avec lui et Josuke que Munemori avait passé le plus clair de son temps, enfant. Il n'avait qu'un an de différence avec lui, deux ans avec son aîné. Très proches depuis toujours, il leur téléphonait souvent, écrivait beaucoup, mais depuis quelques mois, c'était quasiment le silence radio. Il avait cessé de leur raconter son quotidien, restait vague, distant, et il lui avait eu cette absence totale de presque un mois ! Il en était encore malade, ils avaient tous cru qu'il était peut-être mort. Il s'étrangla un peu en mangeant, se rappelant ce soir-là, après trois semaines de silence, où il avait enfin appelé et que leur mère avait pleuré, longuement, dans la soirée. Il s'était forcément passé quelque chose de grave et il ne supportait pas qu'il refuse de leur en parler. A la fin du repas, il suggéra à son neveu d'emmener les trois Françaises faire un tour dans les collines et dans les environs, il y avait de beaux paysages à voir. Une fois tout le monde parti, il revint vers ses frères, bien décidé à savoir.

– Kimmitsu, attends s’il te plaît. Nous avons des choses à te dire, Munemori et moi.

– Et cette fois, tu ne t’échapperas pas. Il faut qu’on parle. Tu nous caches quelque chose et on veut savoir ce que c’est.

Il posa une main sur son épaule pour qu'il ne file pas, sourcils un peu froncés. Ils ne voulaient pas crier, juste parler ! D'autant plus qu'il n'avait pas daigner le faire depuis une semaine qu'il était revenu. Josuke croisa les bras, le regard équivoque, attendant qu'il se lance, mais ça n'avait pas l'air dans les intentions de leur frère. Mais enfin ! Il n'avait quand même pas peur ?

– Que se passe-t-il en France pour que tu refuses de nous en parler ? Tu nous donnes beaucoup plus de nouvelles que cela, en temps normal. Or, cette année, nous n’avons rien eu de concret, nous ne nous attendions pas à te voir dans cet état. Nous sommes tes frères, Kimmitsu, nous avons le droit de savoir ce qui t’arrive. Je ne vais pas t’empêcher de faire ce que tu crois juste, je te fais confiance, mais comprends que l’on s’inquiète. Tu es distant, mal à l’aise, assez vague sur certains points de ta vie là-bas… Alors, je t’en prie, nous t’écoutons. Que nous caches-tu ?

Munemori sourcilla en le voyant serrer les poings et hésiter. Bon, là, oui, c'était grave. Jamais ils ne l'avaient vu hésiter devant eux, il était très franc, d'habitude, et pas du genre nerveux. Il avala sa salive, resserrant un peu sa prise. Allez, qu'il parle, c'était déjà assez stressant comme ça ! Il pouvait absolument tout leur dire, et comme Josuke l'avait souligné, ils lui faisaient entièrement confiance, ils savaient très bien, par avance, qu'il n'avait rien à se reprocher. S'il voulait ne pas les inquiéter, c'était déjà bien raté.

– Il s'est passé beaucoup de choses, cette année, répondit-il enfin, un peu plus pâle. J'ai dû gérer quelques problèmes et j'ai eu moins de temps pour écrire ou téléphoner, voilà tout.

Ah oui, moins de temps, tout simplement ? Il ne leur expliquait rien du tout, là, restant toujours aussi vague, c'était exaspérant. Il croisa son regard, sans cacher son agacement, alors que leur frère se rapprochait, devant être lui aussi énervé par cette réponse. Ils étaient seuls et avaient tout leur temps, le reste de la famille avait compris qu'il valait mieux les laisser pour le moment. Avec ça, s'ils n'arrivaient à rien, leur mère risquait d'être malade, en sachant qu'un de ses enfants avait de graves problèmes mais qu'il refusait de s'en ouvrir à sa propre famille. Il allait ouvrir la bouche mais se rétracta, laissant son aîné parler pour le moment. C'était lui le chef de famille, après tout, c'était à lui de mener ce genre de conversation, il était le garant de la bonne santé physique et mentale des siens. Munemori n'avait pas à lui couper la parole ou interférer lorsqu'il ne devait pas, c'était une question de respect.

– Moins de temps au point de délaisser ta famille, chose que tu ne faisais jamais avant ? On a le droit de savoir ce qui s'est passé, ce qui t'a pris tout ton temps. Tu n'as plus été joignable pendant presque un mois, on a le droit de se poser des questions. On ne va pas te blâmer, Kimmitsu, on veut juste comprendre...

– Il y a eu des problèmes dans l'école où je travaille, dit-il un peu plus vite en prenant le poignet de son frère pour enlever sa main de son épaule. Des agressions et... Des morts. Je ne cherche pas à vous oublier, Josuke. On est juste une poignée à défendre l'école et les enfants, c'est assez dur, donc j'ai moins pensé à vous écrire cette année.

Des morts... dans une école ? Il pâlit un peu, tout comme son frère, n'ayant pas imaginé ça. Que se passait-il pour qu'il y ait des morts ? Ils n'avaient quasiment aucune information sur la France, juste les nouvelles que donnait Kimmitsu. Ils savaient que l'armée était sur-place mais pas grand-chose de plus. Mais ce n'était quand même pas l'armée qui tuait des enfants ! Ou si ? Vu l'air de leur frère, si... Il serra les poings à son tour, écœuré. Lui qui adorait littéralement les gamins, étant fou d'amour pour sa fille et son fils, il avait beaucoup de mal à avaler qu'on puisse leur vouloir le moindre mal.

– Cela n'explique pas ton absence d'un mois.

– Trois semaines à peine, n'exagère pas.

Munemori sursauta un peu lorsque son frère poussa tout à coup Kimmitsu contre le mur, assez brutalement, en le tenant par les bras pour qu'il reste immobile. Oh, doucement, quand même, ils allaient ameuter tout le monde ! Il jeta un regard vers la porte en s'approchant d'eux, inquiet en voyant l'air de son frère, qui avait bondi d'indignation entendant ça.

– Arrête de te moquer de nous ! Ce n'est pas le moment de plaisanter, tu es mon petit frère, je m'inquiète pour toi, on s'inquiète pour toi ! C'est la première fois que tu restes injoignable aussi longtemps. Je ne vais pas t'empêcher de défendre tes valeurs, je ne vais pas te pousser à trahir tes amis, mais comprends que c'est difficile pour nous aussi de ne rien savoir de ce que tu vis lorsque l'on sait ce que devient la France ! Ce que je trouve honteux, là-dedans, est que tu ne nous dises même pas si tu as un problème, et tu en as un.

Exactement, voilà qui était très bien dit ! Il croisa les bras à son tour en approuvant d'un hochement de tête, lèvres pincées. Ils n'étaient même pas en train de le pousser à revenir au Japon mais juste à se confier à eux ! Il menait une vie dangereuse, oui, mais ils avaient assez confiance en lui pour ne pas avoir peur qu'il se jette dans le danger sans réfléchir, preuve de plus qu'il pouvait tout leur raconter sans aucune crainte ! Avec ça, qu'il s'obstine à ne rien dire les angoissait encore plus ! Il n'avait jamais fait ça ! Mais bon, ne pas hurler, se calmer, respirer. Ça ne servira à rien de crier, à part inquiéter toute la famille, et ça ne poussera pas leur petit frère à parler.

– J'ai... commença-t-il doucement. J'ai eu... un problème, moi aussi... Je n'étais pas joignable car je ne pouvais pas répondre au téléphone. Mais c'est du passé.

– Et on peut savoir ce que c'était ? On voit bien que ça te ronge, surtout avec tes réactions... On veut seulement t'aider, on ne te jugera pas tant que tu n'as pas trahi ce que tu défends.

– Je ne peux pas vous raconter ça, souffla-t-il. Je ne l'ai dit à personne.

Son niveau d'angoisse venait d'atteindre des sommets, avec cette phrase. Voir Kimmitsu aussi vulnérable, c'était franchement inédit. Munemori ne pouvait s'empêcher de se faire des centaines de films, maintenant, imaginant tout et n'importe quoi. Il avait eu des problèmes avec l'armée ? Ou avait été agressé ? Mais non, enfin, il savait très bien se défendre ! Ils étaient bien placés pour le savoir, c'était avec eux qu'il s'entraînait, depuis toujours, ils connaissaient son niveau. Et il enseignait la défense, avec ça.

– C'est le moment d'en parler. Tu ne pourras pas continuer éternellement à garder ça pour toi, ce n'est pas sain.

– J'ai été agressé, moi aussi, murmura-t-il. Puis je suis resté alité pendant trois semaines. Au cause de ça, mon élève s'est retrouvée toute seule face à l'armée...

Une minute... Il s'en voulait parce qu'il avait dû laisser son élève seule alors qu'il était resté au lit trois semaines ... ? Mais c'était forcément grave, s'il était resté malade si longtemps, ce n'était pas de sa faute ! Il leva les yeux au ciel, aussi exaspéré qu'ébahi en entendant ça. S'il avait été agressé, ce n'était quand même pas de son fait, il ne l'avait pas voulu !

– C'est pour ça que tu culpabilises ?

Munemori se frappa le front du plat de la main en fermant les yeux, tombant des nues. Franchement, il y a des jours où il était à tuer.

– Ton élève s'en est très bien sortie, non ? Si tu es resté alité trois semaines, petit frère, c'est que c'était très grave... Nous n'allons pas te blâmer pour un courage tel que celui-là.

Evidemment ! Il rouvrit les yeux, secouant la tête. On ne restait pas trois semaines au lit pour le plaisir ! Bon, ne pas hurler, on a dit. Rester calme. Il s'en voulait car il avait été agressé... Mon Dieu, il avait dû bien être malade pour en arriver à penser ça, leur père devait s'en retourner dans sa tombe.

– Non, ce n'était pas grave, marmonna-t-il en essayant de se dégager. Je n'étais pas blessé, juste malade. Et j'ai bien de quoi culpabiliser, j'aurai dû me défendre plus que ça ! Parce que moi, je n'avais encore personne là-bas que l'on pouvait menacer pour me contraindre.

Il soutenait que ce n'était pas grave ? Non mais... Munemori prit une grande inspiration, pour ne pas s'étrangler, expirant ensuite doucement. Il avait envie de le frapper, d'un seul coup, exaspéré. Que leur cachait-il ? De quoi avait-il été malade ? Que lui avait-on fait ? Il avait été empoisonné ou un truc du genre ? Pas la peine de se taire, ils n'allaient pas lui reprocher d'avoir été agressé, ils n'étaient pas crétins à ce point ! Josuke resserra sa prise pour l'empêcher de se dégager, pendant que lui-même lâchait un très gros soupir.

– Oh, Kimmitsu, s'il te plaît, si c'était trois semaines, c'était forcément grave ! Que s'est-il passé précisément ?

– A moins que ce ne soit qu'un simple rhume ou autre maladie bénigne, d'accord, mais là, tu ne nous dis pas tout.

Leur frère se mordit les lèvres puis détourna les yeux. Munemori fronça les sourcils, échangeant un long regard avec son aîné. Et là, il avait le droit de paniquer ? Un petit peu ? Ou c'était trop tôt ? De nouveau, son imagination s'enflamma et il dû faire un effort surhumain pour se calmer. Désolé mais voir son petit frère dans cet état, c'était à la fois nouveau et effrayant. C'était vraiment la toute première fois que Munemori le voyait fragile. Ou démuni. Ou... Il ne savait pas mais c'était très angoissant, dans tous les cas. Il le couva du regard, attendant q'il parle enfin, ouvre la bouche et leur raconte tout. Allez, ils étaient ses frères, ils n'allaient pas crier, s'énerver, hurler, se moquer ni quoi que ce soit de ce genre, bien au contraire.

– On a fait des expériences sur moi, finit-il par avouer, sans plus les regarder. Un médecin psychopathe, qui travaille pour l'armée. Il m'a v...

Il l'avait... Le cœur de Munemori rata violemment un battement alors qu'il se mordait les lèvres jusqu'au sang. Il avait mal compris. Non ? Il redressa la tête, blême d'un seul coup, échangeant un long regard avec son frère. Son expression aussi était parlante, il avait compris aussi. Bon... Il prit une petite inspiration, l'estomac renversé, alors qu'une bouffée de haine le prenait contre celui qui avait fait ça. Il comprenait un peu mieux pourquoi leur frère n'avait pas osé leur parler, même s'il aurait dû le faire.

– Il a provoqué la naissance d'un second élément, dénaturé, chez moi, le feu. J'ai été malade à cause de ça.

Munemori croisa les bras avec lenteur, tremblant un peu, alors que son frère soupirait qu'il aurait dû leur en parler avant. Kimmitsu gardait la tête baissée, toujours, comme s'il allait pleurer. Donc c'était ça. Torture et... Il ferma les yeux un moment, la haine le faisant trembler un peu plus fort. S'il avait l'agresseur en face de lui, il ne répondrait d'aucun de ses actes. C'était leur petit frère ! Il voudrait hurler, frapper, courir jusqu'en France pour exploser la tête de ce malade psychopathe complètement taré, au bord de la crise de nerfs. Et dire que Kimmitsu se sentait coupable, c'était le monde à l'envers ! Il n'avait rien fait ! Il prit une profonde inspiration, rageant de n'avoir rien su, de n'avoir même pas été là. Il aurait demander à quelqu'un de les appeler, durant ces trois semaines, de les prévenir !

– Et... Ton second don n'est pas dangereux, pour toi ? Tu ne risques rien ?

– Je ne sais pas, dit-il en le regardant à nouveau. Je dois le manier le moins possible. Le docteur du pensionnat, Adrien, m'a déjà averti de ne pas m'en servir, comme ce n'est pas un élément naturel chez moi. Je ne sais pas ce qui va arriver. Mais ce n'est pas très grave, je suis vivant, d'autres n'ont pas eu cette chance.

Il était vivant mais il avait encore des choses qui le bouleversaient... C'était très bien de sa part de continuer à vivre et ne pas se laisser aller, mais ça n'empêchait pas qu'il ne devait pas les écarter de sa vie comme ça ! Une autre personne aurait pu les contacter. Sa mère l'avait cru mort ! Il n'allait pas abandonner, oui, mais ce n'était pas une raison pour les laisser au loin, ils avaient le droit de savoir, ils étaient sa famille. Josuke le relâcha, pendant que son frère se frottait les tempes.

– Ce n'est pas la peine de vous en faire, reprit-il. Je suis plus prudent. L'école va avoir quelques problèmes de plus à la rentrée mais nous pouvons gérer ça. Je ne peux pas abandonner, même si c'est dangereux, il y en a déjà trop qui ont tout laissé tomber, par peur ou je ne sais quoi. De toute manière, même si je ne vais pas bien un moment, ce n'est pas très grave. Vous avez vraiment besoin de vous inquiéter pour ça ?

– Evidemment que oui ! hurla-t-il aussitôt, coupant net Josuke. Evidemment qu'on va s'inquiéter, qu'est-ce que tu crois, bon sang ?!

Il porta les deux mains au visage avec un immense soupir exaspéré, furieux qu'il ose même leur poser cette question. C'était pas encore assez évident ?! Il enleva ses mains en prenant une grande inspiration, alors que son frère lui jetait un regard choqué, sans se soucier d'un poil, maintenant, d'inquiéter tous ceux qui se trouvaient encore dans la maison. Josuke avait juste approuvé d'un signe de tête, alors que Munemori pointait un doigt sur leur frère, les joues plus rouges.

– On a grandi ensemble, on a été élevé ensemble, et toi, tu penses qu'aujourd'hui, on a plus besoin de s'en faire ! continua-t-il à hurler,ses nerfs cédant complètement. Mais tu rêves debout ! Tu es toujours notre petit frère, pour ta gouverne ! Tu penses que ça ne nous touche pas, qu'on s'en fiche que tu ais été malade et même pire ?! Ou qu'on pourrait t'en vouloir pour ça ?! Tu...

Il s'interrompit, avec une grimace affreuse, réalisant que justement il avait pu croire qu'ils lui en voudront. Tout de même pas, il... Il... Il aurait très bien pu, s'il avait honte. Il laissa retomber son bras, le cœur au bord des lèvres. Oui, il avait pu croire ça, c'était même quasiment certain. Il allait continuer à hurler lorsque Josuke lui posa une main sur l'épaule, le stoppant alors qu'il ouvrait la bouche. Il criait trop fort ? Désolé, ça lui échappait.

– Nous étions terrorisés à l'idée que tu aies été tué, là-bas. S'il t'était arrivé quelque chose de plus grave encore, tu crois vraiment que nous n'aurions pas pris le premier avion vers la France pour en apprendre plus ? Tu es notre frère, Kimmitsu, tout ce qui te touche nous touche aussi, que nous soyons près ou loin de toi.

Voilà, c'était exactement ça, mais il était plus calme que lui. Munemori reprit son souffle, tremblant encore, avec un petit geste pour faire signe à son aîné que c'est bon, ça allait, il s'était calmé. Kimmitsu souffla tout à coup qu'il était désolé, essuyant d'un geste les larmes qui avaient commencé à couler sur ses joues. Munemori ouvrit grand la bouche, choqué de le voir pleurer, ça n'avait plus dû se produire depuis bien des années. Il pleurait... Il voulut aller le réconforter mais n'arrivait pas à bouger, tant le choc était grand. Heureusement, son frère réagit, le prenant dans ses bras pour le serrer contre lui. Il les poussa ensuite à sortir sur la terrasse, sous l'auvent, prendre l'air. Il s'installèrent tous les trois en tailleur, abrités du soleil par l'auvent. Il faisait un peu frais mais ça leur faisait du bien.

– Promets-nous d'en parler la prochaine fois. Au moins pour nous tenir au courant, sans nous négliger.

– Et dis-nous aussi... Tu avais au moins une personne pour t'aider, chez toi ? Qu'avais-tu exactement ?

Il s'appuya contre un poteau en cuvant son frère du regard, qu'ils avaient fait asseoir entre eux deux. Kimmitsu le leur promit puis croisa les bras, regardant le paysage devant lui. C'était au moins ça et Munemori se sentit enlevé d'un poids, à tel point qu'il se surprit même à sourire un peu en voyant le soleil recouvrir leurs collines, avec de légers nuages blancs. Ils ne resteront plus sans savoir, au moins... Plus jamais, leur frère tenait toujours ses promesses.

– Oui, j'avais des amis qui m'ont aidé. J'ai eu de la fièvre pendant deux semaines et quelques.

– Et tu t'es bien soigné, au moins ? Tu n'as pas essayé de te lever quand même ?

– Je me suis levé une fois, car mon élève avait eu des problèmes. Et ne hurlez pas pour ça, c'est normal de réagir comme ça. Gabriella-sama était épuisée et malade elle aussi, elle ne pouvait pas gérer ça.

Mouais... Gabriella, c'était bien la directrice de l'école où il travaillait, non ? Il devait vraiment beaucoup l'estimer et la respecter. Il avait la désagréable impression de en pratiquement rien savoir de la vie que menait son petit frère en France, rien sur ses amis, son quotidien, ses collègues, la façon dont il passait ses journées, rien non plus sur son élève, alors que c'était tout de même un lien très important. Ils auraient parler de tout cela beaucoup plus tôt. Là, il avait le sentiment d'avoir perdu son frère durant des années alors qu'il était parti dix mois. Il faudra vraiment qu'il revienne plus souvent au pays, pendant d'autres vacances dans l'année ou à Noël. Ou eux pouvaient aussi se déplacer pour le Nouvel An !

– Tu estimes beaucoup ta supérieure, n'est-ce pas ? Tu pourrais nous parler un peu d'elle ?

– Je la respecte beaucoup, oui... C'est elle qui mène la bataille où je participe. Elle protège l'école et ses élèves, depuis le tout début. Beaucoup ont peur d'elle mais c'est une personne très respectable. Elle est puissante et très droite dans ses principes, elle donne envie de la suivre à la guerre. Elle va bientôt avoir trente-trois ans, si je ne me trompe pas. Solène est sa petite sœur.

Alors... La femme qui menait la guerre et qu'il suivait à la guerre, c'était la directrice de son école ? Sa supérieure hiérarchique ?! Et elle était la grande sœur de... Ah. Ah d'accord. Il lui demanda une photo, afin de se faire une idée plus clair. Le cliché qu'il lui tendit montrait Solène, très souriante et levant la main ver le photographe, à côté d'une femme visiblement plus âgée, les cheveux très longs et blonds, le regard absolument glacial, qui ne souriait pas et portait un uniforme militaire. Ah oui... Il tendit la photo à Josuke, se raclant un peu la gorge. Il aurait pensé à un visage un peu plus ouvert, enfin... Un air un tantinet plus aimable, comme Solène qui portait sa gentillesse sur la figure.

– Elles sont... très différentes. Elle est militaire ? Tu ne nous avais pas dit qu'elle était directrice d'école ?

– Et aussi générale d'armée. Elle cumule les deux, depuis quelques mois. Elles n'ont pas du tout le même caractère et presque rien en commun, mais Solène n'a pas été élevée par sa véritable famille, elle avait été enlevée à la naissance. Ça fait peu de temps qu'elle a retrouvé ses vrais parents. Si on a des enfants un jour, j'espère pouvoir les protéger.

Enlevée... Elle avait été enlevée à la naissance ?! Il en resta bouche bée, jamais il n'aurait pu deviner ça, elle... Elle était toujours souriante, depuis son arrivée ici, un peu naïve mais fraîche comme une rose, il n'aurait jamais cru ça. Josuke lui lança un regard, choqué lui aussi, alors qu'il essayait de se reprendre.

– Je suis sûr qu'elle fera une bonne mère, reprit-il avec un peu de peine. Comme toi. On a tendance à toujours trop nous en faire pour nos enfants. Ma petite puce n'arrête pas de jouer avec des couteaux, en ce moment, je passe ma vie à la surveiller. Et toi, Josuke, ça va mieux avec Genji, en ce moment ?

– Pas vraiment, non... Je ne comprends pas ce qu'il a, il passe son temps à contester tout ce que je dis. Je ne sais pas quoi faire, je dois bien l'avouer.

Il avait soupiré, avec un vague geste de la main. C'est vrai que c'était vraiment ennuyeux... Munemori se redressa, expliquant assez vite pour Kimmitsu, qui n'était pas au courant, que Genji était en pleine crise, en ce moment. Très indiscipliné, rebelle, il n'écoutait plus personne et pouvait parfois disparaître des heures de la maison sans qu'on sache où il allait. Il ne progressait plus dans les arts martiaux et n'en faisait qu'à sa tête. Un vrai problème.

– Il y a son don, aussi, s'il continue comme ça et qu'il ne s'exerce pas bien, ça va causer très vite des problèmes. Mais on n'arrive à rien, j'ai essayé de lui parler une fois, mais je ne comprend pas, il n'écoute plus personne. Peut-être que s'il changeait un peu d'environnement quelques temps, ça irait mieux ? Il a besoin d'être cadré, ce gamin, il n'en fait plus qu'à sa tête. Tu as essayé quoi pour le moment, Josuke, pour qu'il se calme ?

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Josuke Nakajima
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MessageSujet: Re: Tu nous dois des explications   Ven 2 Oct - 18:42

Kimmitsu – On a fait des expériences sur moi, finit-il par avouer, sans plus les regarder. Un médecin psychopathe, qui travaille pour l'armée. Il m'a v...

Il avait été... Josuke blêmit en même temps que son frère, échangeant un regard avec lui sans savoir que dire. Il ressentit une brusque bouffée de colère, une envie de frapper cet homme qui avait osé s’approcher de Kimmitsu, une envie de lui faire comprendre la nature de ses actes. Il n’avait pas le droit de faire cela ! De quel droit osait-il ?! Le chef de famille se maîtrisa, cependant, tâchant de ne pas montrer la colère qu’il ressentait pour ne pas mettre son petit frère mal à l’aise. Et il s’en voulait... Il n’avait pas voulu leur en parler par peur qu’il les juge, c’était complètement stupide ! Ils étaient là pour le soutenir, l’aider à traverser ce genre d’obstacles, le conseiller et lui apporter un réel soutien moral. Mais non, au lieu de cela, Kimmitsu n’avait rien dit. Absolument rien...

Kimmitsu – Il a provoqué la naissance d'un second élément, dénaturé, chez moi, le feu. J'ai été malade à cause de ça.

Un second élément... ? Mais il ne le leur en avait pas parlé, là non plus ! Il aurait dû leur dire, au moins, qu’il avait eu un second élément. Pendant trois semaines, ils avaient tous imaginé le pire, ne comprenant pas pourquoi il ne disait plus rien, les laissant sans nouvelles alors que ce n’était pas dans ses habitudes, loin de là. Pendant un mois entier, ils s’étaient demandé ce qui se passait, pourquoi il les avait appelés ensuite sans donner plus d’explications, pourquoi il se faisait de plus en plus discret... Kimmitsu s’éloignait d’eux, complètement, et cela ne plaisait pas du tout à Josuke. Il perdait de vue sa famille, préférant sans doute les préserver, alors qu’eux-mêmes voulaient le préserver, le soutenir, même s’ils ne pouvaient peut-être pas tout comprendre. Mais ne pas hurler. Se concentrer sur ses paroles, tâcher de digérer cette nouvelle. Son frère... Son petit frère avait subi tant de choses, là-bas. Josuke ne l’avait pas encore relâché, le regardant longuement sans rien dire, comme si son regard allait le renseigner sur son état physique et mental. Un don dénaturé et une humiliation...

Josuke – Et... Ton second don n'est pas dangereux, pour toi ? Tu ne risques rien ?

Kimmitsu – Je ne sais pas, dit-il en le regardant à nouveau. Je dois le manier le moins possible. Le docteur du pensionnat, Adrien, m'a déjà averti de ne pas m'en servir, comme ce n'est pas un élément naturel chez moi. Je ne sais pas ce qui va arriver. Mais ce n'est pas très grave, je suis vivant, d'autres n'ont pas eu cette chance.

Ce n’est pas très grave... Bien sûr que si, ça l’était, puisqu’il était encore affecté par ce qui s’était passé. C’était précisément pour cette raison que Josuke lui en voulait de n’avoir rien dit : à cause de cela, il subissait encore les conséquences de cet horrible épisode et culpabilisait pour quelque chose de parfaitement stupide. Son élève était en parfaite santé, d’après ce qu’il leur avait dit, elle s’en était sortie même si elle était ébranlée ou fragilisée. Il devait lui faire confiance et comprendre que, si lui s’inquiétait pour les autres, il était tout à fait normal que les autres s’inquiètent pour lui. Surtout si ce don n’était pas né naturellement... Josuke espérait que le médecin du Pensionnat allait faire attention à lui et bien s’occuper de leur frère, veiller sur lui comme lui n’avait pas l’air de le faire. Au moins pour eux comme ils n’étaient pas à ses côtés. Et, cette année, il avait intérêt à les appeler bien plus souvent, hors de question de rester sans nouvelles plus longtemps. Il daigna le relâcher à présent qu’ils savaient tout et que leur frère avait enfin parlé, le laissant respirer un peu.

Kimmitsu – Ce n'est pas la peine de vous en faire, reprit-il. Je suis plus prudent. L'école va avoir quelques problèmes de plus à la rentrée mais nous pouvons gérer ça. Je ne peux pas abandonner, même si c'est dangereux, il y en a déjà trop qui ont tout laissé tomber, par peur ou je ne sais quoi. De toute manière, même si je ne vais pas bien un moment, ce n'est pas très grave. Vous avez vraiment besoin de vous inquiéter pour ça ?

Munemori – Evidemment que oui ! hurla-t-il aussitôt, coupant net Josuke. Evidemment qu'on va s'inquiéter, qu'est-ce que tu crois, bon sang ?!

Non mais... Il avait parlé sérieusement, là ?! Ne pas s’inquiéter... Il ne manquait plus que cela ! Josuke regarda Kimmitsu d’un air choqué, hésitant entre l’exaspération et le désespoir sans le quitter des yeux, hochant la tête pour approuver les paroles de Munemori qui semblait être furieux à son tour. Comment pouvait-il penser qu’ils n’allaient pas s’inquiéter pour cela... Ils étaient ses frères ! Ses frères, sa famille ! Kimmitsu devait être plus touché que ce qu’ils ne pensaient pour oser dire une telle chose. Evidemment qu’ils allaient s’inquiéter, qu’ils devaient s’inquiéter lorsque leur frère ne donnait plus signe de vie durant une période aussi longue ! Surtout avec ce qui se passait en France, actuellement... Peut-être n’avaient-ils pas insisté lorsqu’il leur envoyait des lettres mais ils avaient bien senti une différence dans ses mots, ses récits, l’expression sur papier de ce qu’il vivait là-bas. Il cachait des choses, trop de choses pour que cela représente un portrait fidèle de ce qu’il vivait en France.

Munemori – On a grandi ensemble, on a été élevé ensemble, et toi, tu penses qu'aujourd'hui, on a plus besoin de s'en faire ! continua-t-il à hurler, ses nerfs cédant complètement. Mais tu rêves debout ! Tu es toujours notre petit frère, pour ta gouverne ! Tu penses que ça ne nous touche pas, qu'on s'en fiche que tu ais été malade et même pire ?! Ou qu'on pourrait t'en vouloir pour ça ?! Tu...

Josuke tourna la tête vers son frère, voyant qu’il craquait et ne pourrait s’empêcher de hurler davantage. Il avait raison, complètement raison mais hurler à ce point ne servirait à rien. Kimmitsu avait sûrement retenu la leçon, cette fois-ci, et ne recommencerait pas. Du moins, il l’espérait. Josuke ne se faisait pas d’illusions et comptait bien vérifier plus souvent, cette année, si tout allait bien pour son petit frère mais il n’allait pas le lui dire tout de suite pour éviter de le braquer. Il fallait trouver une méthode plus... subtile. Crier ne servirait donc à rien. Le chef de famille posa sa main sur l’épaule de Munemori pour le calmer, voyant qu’il ouvrait à nouveau la bouche pour hurler. Du calme. Ils allaient trouver un moyen pour veiller sur leur frère, il allait en trouver un et le lui promettait. Il reporta ensuite son regard sur Kimmitsu avec un air sérieux, le fixant avec l’espoir qu’il retienne au moins ce qu’il allait dire.

Josuke – Nous étions terrorisés à l'idée que tu aies été tué, là-bas. S'il t'était arrivé quelque chose de plus grave encore, tu crois vraiment que nous n'aurions pas pris le premier avion vers la France pour en apprendre plus ? Tu es notre frère, Kimmitsu, tout ce qui te touche nous touche aussi, que nous soyons près ou loin de toi.

Munemori sembla se reprendre et lui fit comprendre qu’il pouvait le lâcher sans craindre un nouveau débordement, il s’était calmé et n’allait plus hurler. Parfait, il était inutile d’inquiéter davantage leur famille et de mettre encore plus de pression à Kimmitsu. Qui venait d’essuyer ses yeux en s’excusant... Il... Il pleurait ? Josuke lança un regard à son frère, aussi choqué que lui mais incapable de bouger, visiblement, voulant s’assurer qu’il n’avait pas mal interprété ou halluciné en voyant leur petit frère pleurer. Il pleurait... Cela n’était plus arrivé depuis des années ! Naturellement, Josuke se rapprocha de Kimmitsu très doucement avant de le prendre dans ses bras, le serrant contre lui, posant une main sur sa tête. Du calme, c’était terminé, ils étaient là et ils savaient tout, à présent. Il ne serait plus seul pour tout affronter. A condition d’en parler.

Josuke poussa son petit frère à le suivre, sortant avec lui et Munemori pour prendre un peu l’air et respirer. Il s’installa en tailleur à l’ombre sous l’auvent, sans rien dire pendant un moment, laissant à Kimmitsu l’opportunité de se calmer et de se reprendre un peu. Il ne serait plus tout seul, à présent, il lui en faisait la promesse. Il savait qu’il pouvait tout leur dire, maintenant, n’est-ce pas ? Ce n’est pas sain de garder tout cela pour soi, et il le savait autant qu’eux.

Josuke – Promets-nous d'en parler la prochaine fois. Au moins pour nous tenir au courant, sans nous négliger.

Munemori – Et dis-nous aussi... Tu avais au moins une personne pour t'aider, chez toi ? Qu'avais-tu exactement ?

Kimmitsu leur fit la promesse d’en parler, ce qui allégea considérablement l’esprit de Josuke en l’espace de quelques secondes. Il tenait ses promesses et ne trahirait pas celle-ci, d’autant plus qu’elle était faite à ses frères, des membres de sa famille, et que cela était d’une grande importance pour eux. Qu’il vive en France n’allait pas changer cela, il le savait. Il resta sans rien dire durant quelques secondes, tous les trois regardant devant eux le soleil qui grimpait toujours plus haut, recouvrant, à présent, les collines. Ce paysage avait le don d’apaiser Josuke, quelle que soit la situation, et rien que cela suffisait à le pousser à penser qu’ils étaient bien, ici. C’était un endroit paisible, calme... Que demander de plus ? Josuke ne dit rien, attendant la réponse de son frère, voulant connaître la vérité sur ce « rhume ». Que s’était-il passé, exactement ? Surtout pour être obligé à rester au lit durant autant de temps...

Kimmitsu – Oui, j'avais des amis qui m'ont aidé. J'ai eu de la fièvre pendant deux semaines et quelques.

Munemori – Et tu t'es bien soigné, au moins ? Tu n'as pas essayé de te lever quand même ?

Kimmitsu – Je me suis levé une fois, car mon élève avait eu des problèmes. Et ne hurlez pas pour ça, c'est normal de réagir comme ça. Gabriella-sama était épuisée et malade elle aussi, elle ne pouvait pas gérer ça.

Josuke – Tu estimes beaucoup ta supérieure, n'est-ce pas ? Tu pourrais nous parler un peu d'elle ?

Josuke tourna la tête vers Kimmitsu, le couvant du regard un moment sans rien dire, attendant sa réponse bien qu’il la connaisse déjà. Si leur frère s’était levé et suivait cette jeune femme, il devait, en effet, beaucoup l’estimer et la respecter. Il leur avait déjà parlé d’elle et, bien que le reste soit très vague dans ses lettres, les termes qu’il utilisait pour parler de sa supérieure témoignaient d’un profond respect pour elle. Cependant, ils ne savaient rien... Kimmitsu les avait tant tenus à l’écart, ces derniers mois, que Josuke avait l’impression qu’ils avaient énormément de temps à rattraper. Cela ne le préoccupait pas, cependant, ils avaient le temps de parler pendant ses vacances ici. Même si un mois, ça passait si vite... Ils devaient trouver une solution. Un moyen pour garder contact et l’appeler sans lui donner l’impression d’être surprotégé.

Kimmitsu – Je la respecte beaucoup, oui... C'est elle qui mène la bataille où je participe. Elle protège l'école et ses élèves, depuis le tout début. Beaucoup ont peur d'elle mais c'est une personne très respectable. Elle est puissante et très droite dans ses principes, elle donne envie de la suivre à la guerre. Elle va bientôt avoir trente-trois ans, si je ne me trompe pas. Solène est sa petite sœur.

La directrice était aussi chef de guerre ? Elle dirigeait tout cela depuis le début ? Ah... D’accord, là oui, Josuke comprenait énormément de choses. Les valeurs qu’elle défendait à ce point, le fait qu’elle tienne autant à la justice, qu’elle prenne à cœur de défendre ses élèves. Si elle était militaire en même temps, tout s’expliquait. Munemori demanda une photo à Kimmitsu, qui lui en tendit une après un bref instant. Et parut choqué, refroidi, comme s’il avait pris une douche froide en regardant la photo. Hum ? Josuke prit le cliché que lui tendit ensuite son frère... et comprit immédiatement sa réaction. Elle était vraiment la sœur de Solène ? Sa sœur ?! En dehors de la ressemblance physique, ces deux femmes n’avaient rien en commun. L’une avait le cœur sur la main, que ce soit sur la photo ou en vrai, tandis que l’autre avait l’air plus... fermée. Froide. Distante. Elles étaient sœurs... ? Sentant que Munemori n’allait rien dire et ne voulant pas que leur frère se sente mal à l’aise, préférant éviter de le vexer alors qu’il estimait sa supérieure, Josuke lui rendit la photographie en lui posant une question, tâchant de dissimuler son choc. Comment un tel écart de caractère était-il possible ?

Josuke – Elles sont... très différentes. Elle est militaire ? Tu ne nous avais pas dit qu'elle était directrice d'école ?

Kimmitsu – Et aussi générale d'armée. Elle cumule les deux, depuis quelques mois. Elles n'ont pas du tout le même caractère et presque rien en commun, mais Solène n'a pas été élevée par sa véritable famille, elle avait été enlevée à la naissance. Ça fait peu de temps qu'elle a retrouvé ses vrais parents. Si on a des enfants un jour, j'espère pouvoir les protéger.

Enlevée à la naissance ?! Josuke regarda Kimmitsu un long moment, choqué, essayant d’assimiler, d’intégrer ce qu’il venait de leur dire. Solène avait été enlevée dès le berceau... Et la directrice était militaire et générale... A l’image de la Solène douce et pétillante qu’ils connaissaient se substitua celle d’une Solène au regard dur et distant, plus sévère et déterminée, en uniforme militaire, dans les bras de Kimmitsu. Il réprima un frisson, échangeant un regard avec Munemori qui avait l’air aussi choqué que lui. Enlevée à la naissance pour l’une et générale d’armée pour l’autre... Allez, hop, on se reprend ! Il secoua un peu la tête pour reprendre ses esprits, chassant l’image de Solène en habits militaires de sa mémoire. Le point positif, dans tout cela, était que Kimmitsu l’aimait vraiment et qu’il semblait vouloir fonder une famille avec elle. Là-dessus, Josuke n’avait aucune appréhension, même si lui avait l’air de douter de ses capacités à protéger leurs futurs enfants.

Munemori – Je suis sûr qu'elle fera une bonne mère, reprit-il avec un peu de peine. Comme toi. On a tendance à toujours trop nous en faire pour nos enfants. Ma petite puce n'arrête pas de jouer avec des couteaux, en ce moment, je passe ma vie à la surveiller. Et toi, Josuke, ça va mieux avec Genji, en ce moment ?

Si ça allait mieux avec Genji... Non, pas du tout. Il soupira en faisant un geste vague de la main, le regard plus sombre. Il ne le comprenait plus. Pourtant, il faisait des efforts ! Il essayait de lui parler en permanence, de l’observer, d’essayer de comprendre pourquoi il ne s’améliorait pas en arts martiaux. Mais la situation semblait s’empirer jour après jour et il avait l’impression d’être complètement impuissant. Il savait qu’il était impuissant, Genji ne s’entendait qu’avec sa mère, rejetant en bloc tous les autres adultes... Sauf Kimmitsu, apparemment, mais il ignorait pourquoi. Sans doute parce qu’ils étaient plus proches, parce qu’ils avaient le même caractère ou... Il ne savait pas.

Josuke – Pas vraiment, non... Je ne comprends pas ce qu'il a, il passe son temps à contester tout ce que je dis. Je ne sais pas quoi faire, je dois bien l'avouer.

Munemori se redressa, expliquant ce qui se passait à Kimmitsu, ce qui confirma qu’il ne devait pas s’être encore disputé avec son neveu. Pourquoi rejetait-il aussi fort son autorité ? Josuke ne faisait rien, pourtant, il essayait seulement de le protéger ! Ou alors était-ce parce qu’il était son père... En tout cas, rien ne s’améliorait et il ne voyait vraiment pas comment faire pour que la situation ne devienne pas grave au point de les séparer pour toujours. Il tenait à lui, il l’aimait, mais il leur était impossible de rester dans la même pièce plus de dix minutes sans que cela ne dégénère en dispute. Ce qu’il ne comprenait pas, quel que soit l’angle sous lequel il regardait la situation et l’analysait. Pourtant, Genji ne pouvait pas avoir un caractère si différent du sien, c’était impossible ! Kimmitsu venait de leur parler, de tout leur expliquer et se sentait sans doute mieux. Or, il ressemblait énormément à son fils et s’entendait avec lui comme avec Genji... Ce n’était donc pas une question de caractère. Mais que se passait-il ?

Munemori – Il y a son don, aussi, s'il continue comme ça et qu'il ne s'exerce pas bien, ça va causer très vite des problèmes. Mais on n'arrive à rien, j'ai essayé de lui parler une fois, mais je ne comprend pas, il n'écoute plus personne. Peut-être que s'il changeait un peu d'environnement quelques temps, ça irait mieux ? Il a besoin d'être cadré, ce gamin, il n'en fait plus qu'à sa tête. Tu as essayé quoi pour le moment, Josuke, pour qu'il se calme ?

Josuke – Absolument tout ! dit-il d’un air désespéré. J’ai essayé de lui parler, de lui enseigner les arts martiaux plus calmement, d’être plus explicite et patient... Mais rien n’y fait. J’essaie d’être ouvert, je lui ai même dit qu’il pouvait me critiquer, me parler à coeur ouvert, un soir, mais il s’est contenté de me hurler dessus et s’est enfui sans dire un mot. Sincèrement, je ne sais pas quoi faire. Il part et vient comme cela lui chante et conteste sans cesse ce que je lui dis. Il écoute seulement sa mère, mais là encore, ce n’est qu’occasionnel et pas à propos de tout. Tu dois être le seul avec lequel il s’entend bien, Kimmitsu. Même si je ne comprends pas pourquoi...

Josuke fit une pause, lançant un regard par-dessus son épaule avant de regarder à nouveau devant lui. Les rayons du soleil baignaient entièrement les collines, à présent, alors que le regard du chef de famille s’était considérablement assombri en l’espace de quelques secondes à peine. La seule personne que Genji écoutait et tolérait était son oncle, Kimmitsu, mais il vivait en France et il ne pourrait jamais comprendre ce qui se passait en l’espace de quelques semaines à peine... C’était impossible. Qui plus est, il était venu ici pour se ressourcer, se reposer, parler à sa famille et la retrouver. Et non pas jouer les psychologues avec son neveu. Surtout avec ce qu’il vivait au Pensionnat... Comment pouvaient-ils faire ?!

Josuke reporta son regard sur son petit frère, essayant de sourire sans y parvenir. Munemori avait sans doute raison... Il avait besoin d’être cadré, surtout avec son don qui continuait d’évoluer. Il avait peut-être aussi besoin de changer d’environnement, d’être véritablement détendu pour parler, se livrer enfin à quelqu’un en toute confiance. Mais la seule personne susceptible de jouer le rôle de confident était Kimmitsu. Qui vivait en France et travaillait dans un Pensionnat actuellement en guerre contre l’armée pour une histoire de don. De... Mais oui ! Josuke tourna la tête vers son frère, le visage soudainement éclairé.

Josuke – Kimmitsu, ton... école forme les élèves qui possèdent des dons, c’est bien cela ? Je suppose que... la discipline est de rigueur, là-bas ? Tu vas peut-être me prendre pour un fou, mais...

Le chef de famille fit une pause, réfléchissant, cherchant ses mots et la meilleure manière de poser cette question. Genji avait besoin d’un cadre, d’un changement d’environnement et d’une personne à qui se confier. Or, Kimmitsu vivait en France, dans un Pensionnat qui formait les élèves possédant des dons comme Genji, et il était la seule personne à qui son fils acceptait de parler. A côté de cela, si son frère acceptait... Ce serait un prétexte pour l’appeler régulièrement pour « avoir des nouvelles de Genji » et prendre, au passage, celles de Kimmitsu sans qu’il ne se sente surprotégé pour autant.

Josuke – Est-ce que tu accepterais d’emmener Genji avec toi pour qu’il... se forme ? Je suis obligé d’admettre que je n’arrive à rien, aucun d’entre nous n’arrive à lui parler et je m’inquiète pour lui. Si... Si tu acceptais de le prendre avec toi, il changerait d’environnement et pourrait peut-être... se détendre. Plus qu’ici, en tout cas. Et s’il est plus ouvert, il te parlera peut-être... Je sais que le Pensionnat est dangereux mais je te fais confiance, nous te faisons tous confiance et je suis sûr que tu arriveras à le protéger. Si tu es d’accord.

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Kimmitsu Nakajima
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MessageSujet: Re: Tu nous dois des explications   Lun 12 Oct - 23:34

– Evidemment que oui ! hurla-t-il aussitôt, coupant net Josuke. Evidemment qu'on va s'inquiéter, qu'est-ce que tu crois, bon sang ?!

Kimmitsu lui jeta un regard choqué, par pour ce qu'il venait de dire, mais parce qu'il venait de crier. Il en s'énervait jamais à ce point, état bien plus dans la diplomatie et la discussion, d'ordinaire, pas du tout colérique. Il ne pensait que... La gorge serrée, il ne sortit pas un seul mot. C'était normal d'avoir honte ! Stupide, peut-être, très certainement même, mais normal, quoi qu'en dise. Ils n'étaient pas là, ce jour-là, ils ignoraient ce qui s'était produit exactement. Kimmitsu ne voulait pas les laisser à l'écart parce qu'il ne les aimait plus, il voulait simplement ne pas les mêler à cette affaire, ne pas les forcer à vivre chaque jour avec cette peur qu'il ne meure.

– On a grandi ensemble, on a été élevé ensemble, et toi, tu penses qu'aujourd'hui, on a plus besoin de s'en faire ! continua-t-il à hurler,ses nerfs cédant complètement. Mais tu rêves debout ! Tu es toujours notre petit frère, pour ta gouverne ! Tu penses que ça ne nous touche pas, qu'on s'en fiche que tu ais été malade et même pire ?! Ou qu'on pourrait t'en vouloir pour ça ?! Tu...

Oui... Il y avait en effet toutes les raisons qu'ils puissent lui en vouloir "pour ça", en effet. Il se mordit les lèvres et l'intérieur des joues, luttant pour ne pas craquer. Depuis des mois, les enseignants qui se battaient encore devaient rester "forts", de marbre, toujours droits, devant tout surveiller, rester attentif, travailler beaucoup plus et protéger l'école. Il n'avait guère eu de soucis à gérer tout cela jusqu'aux mois de mai et juin, jusqu'à cette accumulation de problèmes et cette agression, qui avaient réussi à briser ses nerfs avant qu'il ne puisse se relever. Il était épuisé, voilà tout, même s'il ignorait comment il pourrait expliquer ça à ses frères, qui n'avaient pas vu l'évolution du pensionnat et de la situation en France. Les heures entières passer à chercher des plans, surveiller les élèves, tenir ses fonctions dans l'école, voir des élèves mourir malgré leurs efforts, tenir alors que des collègues abandonnaient très clairement et refusaient d'admettre la vérité, le fou de Rochard, puis les expériences qui continuaient, encore et encore. La fièvre, puis la peur de voir Solène être agressée à son tour, Kimmitsu avait accumulé un tel niveau de pression qu'il n'arrivait plus à le relâcher. Plus aucun exercice de respiration ou relaxation n'était plus efficace, en ce moment, il avait l'impression de devenir fou. Et comment le dire ?! Ses frères ne l'avaient jamais vu comme ça, jamais.

– Nous étions terrorisés à l'idée que tu aies été tué, là-bas. S'il t'était arrivé quelque chose de plus grave encore, tu crois vraiment que nous n'aurions pas pris le premier avion vers la France pour en apprendre plus ? Tu es notre frère, Kimmitsu, tout ce qui te touche nous touche aussi, que nous soyons près ou loin de toi.

Désolé... Il n'aurait pas dû tout leur cacher à ce point, ne sachant plus comment réagir, à force de pression. Il murmura des excuses, réalisant avec un temps de retard que des larmes coulaient sur ses joues. Il les essuya assez vite de la main, au moment où Josuke se rapprochait de lui puis le prenait dans ses bras, posant une main sur sa tête. Comme lorsqu'il était enfant, après un cauchemar. Fermant les yeux, Kimmitsu se laissa faire sans rien dire, luttant pour contenir ses tremblements. Leur frère les poussa au-dehors, sous l'auvent, peu de temps après. L'air était un peu frais mais en étant assis au soleil, ils étaient réchauffés. Kimmitsu s'assit puis se frotta les yeux avec un long soupir, avant de redresser la tête, observant le paysage très familier. La pression était un peu descendue mais il doutait de la faire disparaître entièrement un jour. Cela faisait des mois qu'il vivait avec la peur permanente d'entendre, un matin, qu'un nouvel élève était mort. La tombe de la petite Emilie, à Gray, était un rappel glaçant qu'ils ne pouvaient pas protéger les enfants comme ils le voudraient. Elle avait dix ans ! Il la revoyait, dans les couloirs, avec ce regard si vide, comme aucune enfant ne devrait l'avoir en ce monde. Un regard qui hurlait que son âme était déjà morte et qu'elle le savait très bien, qu'elle savait ce que sera le reste de sa vie. Puis elle était morte. Ils ne pouvaient pas les protéger comme ils le voulaient, c'était impossible. Emilie, leurs élèves... Des enfants. Serrant les dents, il se focalisa sur le paysage, la gorge toujours très serrée.

– Promets-nous d'en parler la prochaine fois. Au moins pour nous tenir au courant, sans nous négliger.

– Et dis-nous aussi... Tu avais au moins une personne pour t'aider, chez toi ? Qu'avais-tu exactement ?

Il le leur promit à voix basse, ajoutant qu'il avait eu des amis près de lui pour l'aider, se cantonnant dire ensuite qu'il avait eu de la fièvre pendant un peu plus de deux semaines. Il passa sur les détails, n'ayant pas envie de revenir sur cet épisode. Gbariella-sama avait été forcée de garder le lit sur la même période, et après sa convalescence, il avait entendu dire que beaucoup d'élèves avaient cru à la fin de l'école, ne voyant plus ni la directrice ni lui durant si longtemps. Kimmitsu avait d'abord été abasourdi puis furieux, véritablement furieux contre ses collègues qui se conduisaient comme des lâches, par peur ou ignorance, incapables de rassurer des enfants ! Il retint un petit grognement, alors que Munemori lui demanda s'il s'était au moins bien soigné, s'il n'avait pas tenté de se lever. Pas la première semaine, en tout cas, il aurait été incapable de mettre un pied devant l'autre sans s'effondrer et s'ouvrir la tête sur une marche de l'escalier.

– Je me suis levé une fois, car mon élève avait eu des problèmes. Et ne hurlez pas pour ça, c'est normal de réagir comme ça. Gabriella-sama était épuisée et malade elle aussi, elle ne pouvait pas gérer ça.

Épuisée et malade, bel euphémisme pour dire qu'elle avait été torturée et que ses nerfs, chez elle aussi, avaient complètement cédé, la laissant comme une ombre d'elle-même avant qu'elle ne puisse reprendre des forces. Si Kimmitsu tirait trop sur la corde, que dire pour sa supérieure hiérarchique ? Elle en faisait beaucoup, même trop,elle risquait d'avoir de graves problèmes de santé, à long terme, d'être terrassée par la pression et le stress. Lui aussi risquait ce genre de soucis, mais de toute manière, que pouvaient-ils faire faire à part continuer en espérant que tout aille bien jusqu'à la fin de leur mission ? Kimmitsu était parfaitement conscient de jouer avec sa santé et sa vie mais ne pouvait pas s'arrêter pour autant, c'était impossible. Il ne pouvait pas moins en faire car ils n'avaient pas assez de soutien. Il n'abandonnera pas, pour la directrice, pour la cause qu'elle défendait. Elle lui demanderait de la suivre dans une route sombre et brumeuse d'où jaillissaient des cris d'agonie qu'il le ferait sans même hésiter une seule seconde.Cela n'avait rien à voir avec de l'amour, ni même de l'amitié, d'ailleurs. C'était de la loyauté, la loyauté à 'état pur, parce qu'il croyait vraiment en la voie qu'elle traçait, il al soutenait pour que cette voie touche à son but. C'était plus fort qu'une simple amitié, peut-être même plus fort que les liens familiaux, plus solide que les liens d'amour. Les personnes unies par une cause le restent à vie. Il essuya les dernières larmes qui coulaient, vidé de ses forces.

– Tu estimes beaucoup ta supérieure, n'est-ce pas ? Tu pourrais nous parler un peu d'elle ?

– Je la respecte beaucoup, oui... C'est elle qui mène la bataille où je participe. Elle protège l'école et ses élèves, depuis le tout début. Beaucoup ont peur d'elle mais c'est une personne très respectable. Elle est puissante et très droite dans ses principes, elle donne envie de la suivre à la guerre. Elle va bientôt avoir trente-trois ans, si je ne me trompe pas. Solène est sa petite sœur.

Il ignorait comment expliquer avec précision pourquoi il respectait et suivait Gabriella-sama. C'était à la fois simple et compliqué, elle était comme la représentation des principes auxquels il tenait véritablement. C'était une relation guidée par la guerre et le devoir, somme toute. Avec Solène, la base de leur relation était l'amour, cela n'avait rien à voir. Gabriella était la route qu'il choisissait de suivre et Solène la flamme qui éclairait ce chemin pour lui. Il sortit une photo des deux sœur de son portefeuille lorsque son frère lui en demanda une. Il lui tendit le cliché qui avait été prit un matin, juste avant que la directrice ne parte à la caserne,a lors que Solène vivait encore dans un appartement de l'école, après l'incendie. Physiquement, on ne pourrait douter qu'elles étaient sœurs, la ressemblance était assez évidente. Mentalement, c'était une autre histoire. Josuke regarda la photo à son tour avant de la lui rendre.

– Elles sont... très différentes. Elle est militaire ? Tu ne nous avais pas dit qu'elle était directrice d'école ?

– Et aussi générale d'armée. Elle cumule les deux, depuis quelques mois. Elles n'ont pas du tout le même caractère et presque rien en commun, mais Solène n'a pas été élevée par sa véritable famille, elle avait été enlevée à la naissance. Ça fait peu de temps qu'elle a retrouvé ses vrais parents. Si on a des enfants un jour, j'espère pouvoir les protéger.

Il rangea la photo avec soin, priant les dieux pour être en effet capable de protéger les enfants qui naîtront de leur couple. Mettre des bébés au monde dans ce monde de violence était dangereux, oui, bien qu'il rêve de devenir père à son tour. Il était le dernier de ses frères ne pas être encore marié, ce qui choquait, étant donné son âge déjà bien avancé. D'ailleurs, en parlant de cela, il trouvait curieux que mère n'ait pas déjà lancé le sujet, sur ses projets terriblement tardifs de mariage. Peut-être ne disait-elle rien pour le moment pour ne pas gêner Solène mais il se doutait que le statut quo n'allait pas durer bien longtemps. Elle pouvait lancer le sujet à tout moment... Ou alors, attendait-elle qu'Adeline et Victoire soient rentrées en France avant de provoquer le débat ? C'était bien possible aussi.

– Je suis sûr qu'elle fera une bonne mère, reprit-il avec un peu de peine. Comme toi. On a tendance à toujours trop nous en faire pour nos enfants. Ma petite puce n'arrête pas de jouer avec des couteaux, en ce moment, je passe ma vie à la surveiller. Et toi, Josuke, ça va mieux avec Genji, en ce moment ?

– Pas vraiment, non... Je ne comprends pas ce qu'il a, il passe son temps à contester tout ce que je dis. Je ne sais pas quoi faire, je dois bien l'avouer.

Josuke soupira longuement alors que son frère lui jetait un regard assez surpris. Genji ? Qu'est-ce qui lui arrivait ? Kimmitsu n'avait pourtant pas noté beaucoup de changements chez son neveu depuis son arrivée mais à sa décharge, il n'était là que depuis une semaine à peine. Ce fut Munemori qui se chargea de lui expliquer que leur neveu était en pleine crise d'adolescence. Il n'écoutait rien ni personne, se disputait souvent avec son père ou ceux qui tentaient de lui parler, disparaissait parfois plus d'une heure sans qu'on sache où il allait et ne progressait plus, que ce soit à l'école ou dans les arts martiaux. Une sorte de rupture s'était produite entre lui et sa famille mais personne ne savait pourquoi. D'accord... Et ça durait depuis deux ans ? Mais que s'était-il produit, à la base, pour en arriver là ? Munemori ne semblait pas savoir, leur frère non plus. Kimmitsu ne savait guère quoi leur dire, sur ce sujet-là. Il vivait en France et n'avait donc pas pu voir son neveu évoluer. Absorbé par les problèmes du pays, il n'avait pas non plus suivi les péripéties de sa famille, notamment sur le sujet "enfants rebelles". Genji avait peut-être simplement du mal avec la façon dont la famille était gérée ... ? Il était le plus âgé des neveux et nièces, le fils aîné du chef de leur famille, en plus de ça. Il se sentait peut-être trop contraint par les règles, qui sait. C'était souvent le cas des adolescents mal dans leur peau.

– Il y a son don, aussi, s'il continue comme ça et qu'il ne s'exerce pas bien, ça va causer très vite des problèmes. Mais on n'arrive à rien, j'ai essayé de lui parler une fois, mais je ne comprend pas, il n'écoute plus personne. Peut-être que s'il changeait un peu d'environnement quelques temps, ça irait mieux ? Il a besoin d'être cadré, ce gamin, il n'en fait plus qu'à sa tête. Tu as essayé quoi pour le moment, Josuke, pour qu'il se calme ?

– Absolument tout ! dit-il d’un air désespéré. J’ai essayé de lui parler, de lui enseigner les arts martiaux plus calmement, d’être plus explicite et patient... Mais rien n’y fait. J’essaie d’être ouvert, je lui ai même dit qu’il pouvait me critiquer, me parler à coeur ouvert, un soir, mais il s’est contenté de me hurler dessus et s’est enfui sans dire un mot. Sincèrement, je ne sais pas quoi faire. Il part et vient comme cela lui chante et conteste sans cesse ce que je lui dis. Il écoute seulement sa mère, mais là encore, ce n’est qu’occasionnel et pas à propos de tout. Tu dois être le seul avec lequel il s’entend bien, Kimmitsu. Même si je ne comprends pas pourquoi...

Peut-être, Kimmitsu n'avait pas vraiment remarqué de gros soucis, pas en une semaine, et il avait l'habitude de parler à des adolescents en pleine crise, c'était peut-être pour cela qu'il na'avait pas remarqué de problème notable chez son neveu. Pas pour le moment, du moins. Son frère s'était tut, avec un air assez désespéré. S'il voulait des conseils sur ce terrain, ce n'était pas au sous-directeur qu'il fallait les demander. Il n'avait pas d'enfants et ignorait comment réagir dans ce genre de situations pour améliorer les choses. Josuke sourit tout à coup en le regardant, prenant un air plus inspiré. A quoi pensait-il ? Kimmitsu n'avait rien dit, il serait incapable de l'aider là-dessus. Genji n'était pas un de ses élèves ayant besoin de parler, c'était son neveu, un neveu dont il n'avait pas assisté aux changements, d'ailleurs.

– Kimmitsu, ton... école forme les élèves qui possèdent des dons, c’est bien cela ? Je suppose que... la discipline est de rigueur, là-bas ? Tu vas peut-être me prendre pour un fou, mais...

Il ne voulait quand même pas... Après ce qu'il venait de leur avouer sir le pensionnat, Josuke pensait vraiment à envoyer son fils là-bas ?! Il se sentit pâlir un peu, la tête tournée vers lui, espérant avoir mal compris, se faire des films. On parlait de son fils, il ne pensait quand même pas sérieusement l'envoyer étudier dans un pays au bord de la guerre civile ! Soit, les choses évoluaient très vite et la directrice prenait peu à peu le contrôle de plusieurs points-clés, mais tout de même, cela restait extrêmement dangereux ! Et si Genji ne se sentait déjà pas bien... Son oncle voyait très mal comment il pourrait bien s'épanouir dans ce genre d'environnement.

– Est-ce que tu accepterais d’emmener Genji avec toi pour qu’il... se forme ? Je suis obligé d’admettre que je n’arrive à rien, aucun d’entre nous n’arrive à lui parler et je m’inquiète pour lui. Si... Si tu acceptais de le prendre avec toi, il changerait d’environnement et pourrait peut-être... se détendre. Plus qu’ici, en tout cas. Et s’il est plus ouvert, il te parlera peut-être... Je sais que le Pensionnat est dangereux mais je te fais confiance, nous te faisons tous confiance et je suis sûr que tu arriveras à le protéger. Si tu es d’accord.

Kimmitsu en resta parfaitement interdit pendant trois ou quatre minutes. De un, parce que son propre frère voulait envoyer son fils aîné dans un pays sous une tension incroyable, de deux parce qu'il avouait – fait incroyable quand on le connaissait – qu'il n'arrivait pas à régler une situation, de trois parce qu'il le pensait capable de protéger son neveu alors qu'il ne pouvait même pas se protéger lui-même, de quatre parce qu'il avait l'air sincèrement convaincu qu'un départ en France pourrait faire du bien à son fils. Le tout en sachant que l'école était devenu l'endroit le plus dangereux de toute la France et que des élèves y étaient morts.

– Tu es désespéré à ce point-là ? lâcha-t-il, choqué, sans pouvoir s'en empêcher. Comment peux-tu penser à me confier ton fils alors que je ne peux déjà pas me protéger seul ? Comment peux-tu avoir confiance pour ça ?

Il était scié que son aîné puisse en arriver là, à quel point ses relations avec son fils s'étaient-elles dégradées ? Était-ce si mauvais et irréversible qu'il en arrive là ? Tout de même... Il... Mais enfin ! Josuke parut choqué à son tour, en le dévisageant, alors qu'il était l'évidence même de poser cette question. Quoi de plus légitime ?!

Comment ? Parce que tu es mon frère, Kimmitsu ! Mon frère qui est sous-directeur d'une école, qui est un des seuls à qui Genji accepte de parler et une des seules personnes à avoir subi tout ce que tu as vécu là-bas en gardant la tête haute. Tu protèges tes élèves, tu veilles sur eux, tu veilles sur tes amis, sur ta famille... Qui mieux que toi pourrait remplir une telle tâche, dis-moi ?

– Je ne sais pas, soupira-t-il en détournant le regard. Si c'est vraiment la dernière chose qui peut l'aider, d'accord... Même si je vois mal comment il pourrait se détendre là-bas. On a plutôt une forte tendance à devenir méfiants et paranoïaques.

Il secoua légèrement la tête en regardant l'horizon, pensif. Autrefois, il voyait l'existence avec bien plus de calme et d'optimisme. Aujourd'hui, il se levait chaque matin en se demandant quelle catastrophe allait bien pouvoir leur tomber sur le nez aujourd'hui, quel nouveau coup du destin allait pouvoir se jouer avant la tombée d'une nouvelle nuit. Tous les jours, en donnant cours ou en travaillant à son bureau, ils 'attendait à être interrompu par l'annonce d'une nouvelle terrible, découvrir qu'un de ses élèves avait été torturé, apprendre qu'un autre avait été enlevé et il ne savait quoi encore. Fourrer Genji là-dedans l'effrayait très sincèrement, il n'avait pas l'habitude, risquerait de ma vivre les choses. C'était très différents des jeunes qui étaient fourrés dans ces problèmes depuis bientôt un an.

– Peut-être... Tout ce que je vois, aujourd'hui, c'est mon fils s'éloigner. Je suis en train de le perdre, il n'est pas à sa place ici pour le moment et il me le répète assez souvent comme cela... Il ne se sent pas bien et je ne veux pas qu'il soit malheureux. Je te fais confiance, je sais que tu pourras le protéger. Et je serai toujours là pour t'aider s'il le faut, bien sûr. Mais n'accepte que si tu es vraiment d'accord, je ne veux rien t'imposer.

L'impression de ne plus être à sa place, Kimmitsu l'avait déjà eue, oui. Beaucoup plus jeune qu'aujourd'hui, ce qui l'avait finalement conduit à quitter le Japon pour la France. Mais c'était alors un choix volontaire et réfléchi. Comment Genji prendrait un tel départ ? Son oncle réfléchit un long moment, pesant le pour et le contre, puis accepta finalement, voulant aussi agir pour que son neveu se sente un peu mieux, si vraiment il n'était pas bien ici.

– Comment se fait-il qu'il ait cessé de progresser ou qu'il soit dans cet état ? demanda-t-il ensuite. Il y a eu un élément déclencheur ? Son don a évolué ?

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Josuke Nakajima
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MessageSujet: Re: Tu nous dois des explications   Mar 3 Nov - 12:20

Kimmitsu resta silencieux de longues minutes, choqué par ce que Josuke venait de lui demander. Il savait que c’était une solution extrême, que la France était un pays dangereux, le Pensionnat aussi... Mais il y avait tout de même une chance pour que Genji soit heureux là-bas, non ? Le temps de se poser, de se trouver, de se comprendre. Le temps de comprendre son père, aussi... Et que lui-même comprenne son fils. Parce que non, pour l’instant, rien n’allait et, pire que cela, les choses s’empiraient. Il avait peur de voir Genji faire une connerie, une vraie un jour, sans qu’il n’ait eu le temps de la prévoir, de l’anticiper des jours à l’avance. Son fils était malheureux et ça l’effrayait.

Kimmitsu – Tu es désespéré à ce point-là ? lâcha-t-il, choqué, sans pouvoir s'en empêcher. Comment peux-tu penser à me confier ton fils alors que je ne peux déjà pas me protéger seul ? Comment peux-tu avoir confiance pour ça ?

Comment ?! Le chef de famille dévisagea son frère un moment sans rien dire, véritablement choqué à son tour. Mais Kimmitsu était son frère, il était normal qu’il pense à lui pour le protéger ! Qui plus est, il manquait cruellement de confiance en lui et s’occuper de Genji allait l’aider, Josuke en était convaincu. Il voulait seulement garder un œil sur son petit frère, donner une occasion à son fils d’aller mieux, de changer d’air, et en savoir un peu plus sur ce pays qui rendait malades tant de personnes. Ce n’était pas trop demander, si ? Dans le pire des cas, Kimmitsu renverrait Genji au Japon, il allait revenir durant les vacances pour les revoir. Et toutes ses vacances, pas question qu’il s’isole une nouvelle année entière sans donner de nouvelles une seule fois !

Parce que non, Josuke ne considérait pas qu’appeler une fois tous les mois était vraiment donner des nouvelles. On veille sur la famille, tous le savaient ici. Kimmitsu aussi. Et tous savaient également qu’il ferait n’importe quoi pour protéger son neveu, ils avaient confiance. Oui, la situation était très tendue en France mais si cela pouvait aider Genji... Il avait confiance. Kimmitsu avait tenu jusqu’ici, il s’était défendu et avait défendu ses élèves. Qui, mieux que lui, pourrait défendre son neveu ? Il avait seulement besoin de soutien, du soutien de sa famille, de ne plus tout garder pour lui comme il le faisait. Peut-être la présence de Solène l’aiderait-il...

Josuke – Comment ? Parce que tu es mon frère, Kimmitsu ! Mon frère qui est sous-directeur d'une école, qui est un des seuls à qui Genji accepte de parler et une des seules personnes à avoir subi tout ce que tu as vécu là-bas en gardant la tête haute. Tu protèges tes élèves, tu veilles sur eux, tu veilles sur tes amis, sur ta famille... Qui mieux que toi pourrait remplir une telle tâche, dis-moi ?

Kimmitsu – Je ne sais pas, soupira-t-il en détournant le regard. Si c'est vraiment la dernière chose qui peut l'aider, d'accord... Même si je vois mal comment il pourrait se détendre là-bas. On a plutôt une forte tendance à devenir méfiants et paranoïaques.

Josuke grimaça en entendant ces paroles, réalisant à quel point son frère était tendu et changé. Arrivait-il encore à se détendre ? A prendre du temps pour lui ? A respirer, comme ils l’avaient appris dès leur enfance ? Il n’avait pas l’impression... Peut-être la présence de Genji l’aiderait-il, c’était tout ce qu’il espérait. Josuke regardait son frère, le détaillait, voyait son état physique, sa pâleur, ses cernes, les années qu’il semblait avoir pris en l’espace de quelques mois. Il s’inquiétait pour lui, énormément, mais ne pouvait pas l’empêcher d’aider sa supérieure et ses élèves. Il suivait ses principes, n’avait pas abandonné. En cela, il restait toujours une petite part du frère calme, posé et réfléchi que Josuke avait vu partir en France. Ajouté à cela son fils qui se renfermait sur lui-même, il avait l’impression de n’avoir jamais aussi mal pris soin des siens...

Josuke – Peut-être... Tout ce que je vois, aujourd'hui, c'est mon fils s'éloigner. Je suis en train de le perdre, il n'est pas à sa place ici pour le moment et il me le répète assez souvent comme cela... Il ne se sent pas bien et je ne veux pas qu'il soit malheureux. Je te fais confiance, je sais que tu pourras le protéger. Et je serai toujours là pour t'aider s'il le faut, bien sûr. Mais n'accepte que si tu es vraiment d'accord, je ne veux rien t'imposer.

Le vieil homme gardait le regard fixé vers l’horizon, s’étant retourné à son tour, priant intérieurement pour que Kimmitsu accepte. Il savait qu’il réfléchissait, pesait le pour et le contre afin de ne pas prendre de décision hâtive. Mais qu’il ne se presse pas, Josuke n’attendait pas de réponse directement, il pouvait prendre son temps et ne lui donner la réponse que dans quelques jours s’il le souhaitait. Genji n’allait pas apprécier cette idée, il le savait... Mais cela l’éloignerait de ses parents, de son père, et même si cette idée lui serrait le cœur, se retrouver à des milliers de kilomètres allait peut-être aider son fils. Cependant, contre toute attente, Kimmitsu répondit et accepta d’emmener son neveu avec lui, en France. Josuke hocha la tête en la tournant vers son frère, le regard grave et l’air impassible même si une pointe de tristesse perçait tout de même sa carapace.

Kimmitsu – Comment se fait-il qu'il ait cessé de progresser ou qu'il soit dans cet état ? demanda-t-il ensuite. Il y a eu un élément déclencheur ? Son don a évolué ?

Josuke – Je ne sais pas..., soupira-t-il. Je ne comprends pas. Il a commencé à... Nos disputes ont commencées sans raison, d’abord sur des futilités et puis sur des choses plus importantes. Cela dure depuis... deux ans je pense. Mais je ne sais pas pourquoi, je n’arrive pas à trouver l’origine de ce changement. Son don n’a pas l’air d’avoir évolué mais il n’est plus aussi concentré, il est maladroit et en veut à tout le monde.

Josuke fit une pause, poussant un nouveau soupir avant de tourner la tête vers son frère. Il ne savait pas ce qui se passait, voilà tout. Genji était son fils aîné, il l’aimait, mais rien n’allait comme il le souhaitait. Il se sentait perdu et maladroit à son tour, ce qui le déstabilisait complètement. Ses frères et sœurs n’agissaient pas comme lui ! Alors pourquoi ? Pourquoi avait-il tant changé ? Comment son père devait-il réagir ? Que pouvait-il faire, autre que l’envoyer en France avec son oncle qui avait l’air de le comprendre ? Il détourna son regard de l’horizon, se redressant un peu avant de se tourner vers la maison. Il posa ensuite sa main sur l’épaule de Kimmitsu en le couvant d’un regard inquiet.

Josuke – Nous ferions mieux de rentrer, tu as besoin de repos. Merci d’avoir accepté... Nous en parlerons davantage plus tard, tu veux bien ? Tu es ici pour te reposer et te ressourcer, trop d’émotions ne sera pas bon pour toi.

Ils rentrèrent ensuite, Josuke couvant toujours son frère du regard tandis qu’il s’éloignait d’eux. Munemori n’avait pas l’air plus rassuré mais que pouvaient-ils faire de plus ? Ils s’inquiétaient, oui, seulement leur frère ne leur parlait pas de tout et cela semblait lui peser. Ils voulaient seulement l’aider ! Qui sait ? Peut-être qu’avec Genji, les choses changeraient...

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