1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Une caserne bien trop grande

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Laura K. Nakajima
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Âge RPG : 14 ans

MessageSujet: Une caserne bien trop grande   Mer 19 Aoû - 22:36

Laura regarda son frère s’éloigner avec le Colonel, une grosse boule dans l’estomac. Il était tout pâle et vraiment pas bien, elle ne pouvait pas… Et si c’était une mauvaise idée ? Serrant ses bras autour d’elle, debout sur le petit porche de la maison, elle se sentit soudainement frissonner alors qu’il y avait un grand Soleil dehors, le regard fixé sur son frère et le Colonel Gavin. Il faisait cela uniquement pour elle… Pour elle, et elle l’obligeait à rester ici, dans cette maison. Laura entendit vaguement son professeur de SVT parler avant de rentrer mais ne répondit rien, hésitant de plus en plus. Il y avait forcément une autre solution… Jasper avait peur de leur tante et elle ne pouvait lui en vouloir après ce qui s’était passé, sachant que cela n’allait pas s’arranger avec les orages. Ils pouvaient peut-être trouver quelqu’un d’autre, non ? Elle ne voulait pas être séparée de son frère, mais elle pouvait faire un effort, trouver un plan B, ne pas l’obliger à rester ici…

Laura lança un regard par-dessus son épaule vers monsieur Redfire avant de faire la moue. Lui demander conseil n’était peut-être pas une bonne idée vu son état… Peut-être pouvait-elle aller trouver la directrice ? Après tout, c’était elle qui était directement visée par la tutelle, elle qui rendait cela possible, alors pourquoi pas ? Leur ex-tante connaissait beaucoup de personnes maintenant et était sûrement capable de trouver une solution là où Laura n’en trouvait pas. Certainement. N’est-ce pas ? Sinon ils pourraient… Ou… Elle n’en savait rieeeen, elle ! Tout ce que la collégienne souhaitait, c’était ne pas être séparée de son frère, ne pas quitter le Pensionnat, quitter tous ses amis, quitter leur vraie maison pour se retrouver enfermée chez leurs parents à apprendre des choses inutiles. Elle eut un nouveau frisson et fronça les sourcils, portant une main à son front sans avoir de fièvre pour autant. C’était sans doute un courant d’air ou elle avait dû attraper froid.

Se redressant d’un air décidé, Laura avertit son professeur qu’elle allait faire un tour et qu’elle avait besoin d’air, sachant qu’il refuserait de la laisser sortir pour aller à la caserne principale de Paris. Il fallait qu’elle parle à la directrice, qu’ils trouvent une autre solution, rester ici ne ferait qu’ennuyer plein de monde en même temps. Et puis, elle connaissait le chemin, elle savait lire une carte et leur père leur avait déjà parlé de cet endroit, ça ne devait pas être sorcier. La collégienne prit sa veste et ses papiers pour éviter d’être prise pour une délinquante et descendit les quelques marches du petit porche, referma le portail derrière elle avant de s’enfoncer dans le dédale des rues de Paris. Elle marcha longtemps, très longtemps, reconnaissant certaines rues mais pas d’autres, se sentant de plus en plus bizarre. Ce n’était pas normal, ça, la caserne ne devait pas être aussi loin ! Elle l’avait déjà vue quelque part. Par là. Ou par ici… ?

Laura – Pardon, dit-elle en s’écartant pour laisser passer une femme hautaine trois fois plus grande qu’elle.

La passante lui lança un regard noir avant de relever la tête et de se frotter comme si elle tentait de retirer une saleté de sa veste. Laura la dévisagea avec des yeux ronds, ayant presque oublié la sympathie des parisiens, surtout envers une adolescente marchant seule dans la rue avec un air perdu. Parce que oui, elle devait bien l’admettre, elle était complètement perdue. Bon, peut-être pas complètement. Elle avait fugué des centaines de fois, elle pouvait retrouver son chemin ! Elle s’adossa à la façade d’un grand immeuble, étant même incapable de retrouver le chemin pour revenir chez la directrice et monsieur Redfire, et ferma les yeux quelques secondes pour se reprendre. Ce n’était pas son genre de paniquer, pas aussi vite. Il fallait qu’elle se reprenne. On respiiire ! Pour Jasper. Elle devait continuer, se reprendre, retrouver son chemin et filer vers la caserne. Respirer et se reprendre. Elle sentit, au même moment, des gouttes de pluie lui tomber dessus, de plus en plus fortement, lui faisant ouvrir les yeux… en découvrant un grand Soleil un peu plus loin.

Laura – Qu’est-ce que… Stop. Concentre-toi, Laura !

Laura se reprit en soufflant un grand coup et, immédiatement, la pluie diminua jusqu’à s’estomper complètement. Elle fronça les sourcils en levant la tête, de plus en plus perdue, puis se secoua et avança droit devant elle vers un grand carrefour dans l’espoir de trouver des indications. Et elle en trouva. La caserne était dans la direction opposée à la sienne, à quatre kilomètres apparemment, confirmant qu’elle s’était perdue et éloignée. Oups. Bon, soit, maintenant, elle avait la direction et devait simplement suivre les panneaux. Il lui fallut presque une heure pour arriver, se faisant arrêter par un policier qui lui demanda si elle s’était perdue, qui elle était, et lui réclama ses papiers. Puis par une vieille dame qui insista un bon moment avant de la laisser partir, plus ou moins convaincue par les paroles de Laura. Il y avait des jours où elle détestait être aussi jeune et aussi petite…

Épuisée, elle arriva tout de même à la caserne. Du moins, elle se trouvait à présent devant des murs très hauts qui la surplombaient mais la rue en elle-même donnait directement sur un grand portail. Elle se sentait mal à l'aise, soudain, se demandant si elle avait bien fait de venir, ayant l'impression qu'entrer ici pourrait l'empêcher de ressortir. Mais non, chut ! C'était stupide. Laura se rapprocha du portail en fer avec un poste de garde où le militaire la regarda de haut en bas en lui demandant si elle ne s'était pas perdue. Elle demanda si elle était à la caserne principale de Paris et, lorsqu'il le lui confirma, elle répondit à son tour que non, elle ne s'était pas trompée. Il lui demanda alors ses papiers d'identité et le motif de sa visite avant de la laisser entrer.

Laura dut marcher encore un bon quart d'heure sur une route en très bon état, sans doute pour la circulation des chars ou autres, mais put bientôt apercevoir la caserne tant attendue. Un immense bâtiment aux allures importantes, prestigieuses, où l’on pouvait deviner au moins un peu ce qui se passait ici. Cette caserne était impressionnante, imposante, et lui donnait l’impression d’être insignifiante et beaucoup trop petite pour entrer là-dedans. Surtout habillée comme cela… Une simple jupe bleue marine et un t-shirt blanc, les cheveux attachés mais des mèches rebelles… Bon, tant pis. De toute manière, elle était là, alors autant aller jusqu’au bout. Laura avança timidement jusqu’à l’entrée de la caserne, s’arrêtant à ses pieds avant de retirer l’élastique qui retenait ses cheveux pour se les attacher à nouveau en essayant de les arranger un minimum. Les militaires, autour d’elle, lui lançaient le même regard que cette femme qui l’avait bousculée, se demandant sans doute ce qu’elle faisait ici. Si Jasper savait qu’elle était venue jusqu’ici…

Avalant sa salive, Laura poussa la porte très haute et très lourde à l’instant même où quelques gouttes de pluie recommençaient à tomber, tâchant d’oublier les conséquences de son « escapade ». Elle allait se faire tuer et le savait pertinemment, mais il fallait qu’elle le fasse, au moins pour son frère. Elle s’avança jusqu’à ce qui devait être l’accueil, ou son équivalent dans l’armée, et se hissa sur ses pieds pour être à hauteur du bureau et de la jeune femme qui y était assise. Mais aucune réaction de sa part. Comme s’il n’y avait personne en face d’elle, comme si Laura était transparente. Elle se racla donc la gorge en l’appelant poliment, disant qu’elle voulait voir la générale de Lizeux. Ce à quoi la femme lui répondit en lui lançant un regard à la fois soupçonneux et dégoûté avant de lui répondre réellement.

Femme – La Générale de Lizeux ? Une gamine n’a pas à la voir, les généraux ont d’autres préoccupations que…

Laura – Mais elle me connaît ! protesta-t-elle. Je m’appelle Laura Karinof, il faut que je lui parle, c’est très important ! Tenez.

Laura sortit ses papiers d’identité de sa veste et les posa sur le bureau, soutenant le regard de la réceptionniste ou… peu importe ce qu’elle faisait. Elle y jeta un regard encore plus dégoûté, fronçant les sourcils, puis composa un numéro de téléphone en parlant tout bas et très vite dans le combiné. En raccrochant, elle avait l’air encore plus furieuse mais annonça à la collégienne qu’elle pouvait monter, que la générale l’attendait. Laura la remercia avec un grand sourire hypocrite et avança dans les couloirs, grimpant le premier étage avant de se retrouver devant un nombre incalculable de portes. Heu… Et maintenant ? Elle ne savait pas où était la directrice, elle ! Et elle ne pouvait pas tout ouvrir comme ça… Le couloir avait l’air somptueux et était décoré finement sans que cela ne donne une impression de « trop », tout s’accordant parfaitement. De plus en plus mal à l’aise, Laura avança dans le couloir en s’écartant précipitamment lorsqu’une porte s’ouvrit à la volée à sa droite, marmonnant des excuses et avançant un peu plus vite. Pourquoi n’avait-elle pas demandé où était le bureau de la directrice ?

Cette caserne était beaucoup trop grande ! Laura avait beau parcourir des couloirs et des couloirs, passer devant un nombre de portes s’agrandissant à chaque pas, aucun nom ne lui semblait familier, pas de « générale de Lizeux » sur les portes, rien du tout… Elle avait été complètement stupide ! Cet endroit grouillait de soldats en uniforme, d’hommes en costume tiré à quatre épingles, alors qu’elle était en t-shirt et en jupe avec une veste. Une nouvelle bouffée de panique l’envahit lorsqu’une autre foule d’officiers sortit d’une énième salle alors qu’un frisson la parcourut… et son don lui échappa. Une grosse vague d’eau se répandit sur le sol du couloir, une telle quantité d’eau comme elle n’en avait jamais vue. Pas chez elle, du moins… Laura entrouvrit la bouche, choquée, alors que les cinq officiers la fixaient mais elle fila immédiatement au détour d’un autre couloir, et encore un autre. Ce n’était pas normal ! Comment avait-elle pu faire ça ? Son don était faible, elle peinait déjà à faire des animaux, y arrivait avec Antoine grâce à ses conseils, elle ne pouvait pas faire ça ! Laura continuait à courir, indifférente aux pas qu’elle entendait derrière elle, bousculant en s’excusant les soldats et autres officiers qui s’écartaient précipitamment sur son passage avec un regard inquiet vers l’arrière. Jusqu’à ce qu’elle sente deux mains l’agripper par derrière, la soulevant dans les airs alors qu’elle se débattait en hurlant qu’elle n’avait pas fait exprès.

Directrice – Du calme ! cria-t-elle en resserrant son étreinte. C’est moi.

Laura tourna la tête et constata, en effet, que la personne qui la tenait n’était autre que la directrice. Soulagée, elle cessa de se débattre d’un coup, prenant de petites bouffées d’air pour se calmer et se reprendre jusqu’à ce que son ex-tante la repose par terre en la tournant vers elle, la tenant par les épaules. La collégienne baissa la tête en se mordant les lèvres, se tenant les mains devant elle. Elle n’avait pas fait exprès ! C’était sorti… tout seul… Elle n’avait vraiment pas voulu faire de mal à ces officiers, ni inonder le couloir, ni quoi que ce soit du genre. Elle avait seulement… paniqué.

Laura – Je suis désolée, je ne voulais pas, je vous assure, je vous cherchais et je… Comme je n’ai pas trouvé votre bureau, j’ai commencé à paniquer. Ca ne m’arrive pas, d’habitude ! dit-elle en relevant la tête. Mais je… C’est sorti tout seul. Je suis désolée, cela ne se reproduira plus.

La directrice ne répondit rien et lui prit le poignet en se redressant, emmenant Laura avec elle en repoussant les personnes qui posaient des questions ou essayaient de comprendre en chemin. Beaucoup murmuraient sur leur passage mais elle était bien obligée de constater qu’ils la respectaient tous et qu’aucun n’allait lui poser la moindre question si elle les repoussait comme elle le faisait ici. Laura suivit son ex-tante, grimpant deux volées d’escaliers en marchant un peu plus vite pour suivre le rythme, nettement plus rassurée. Elle la croyait vraiment ? La directrice savait qu’elle n’avait pas fait exprès, que ce n’était qu’un accident et qu’elle n’allait plus recommencer cela ? Il fallait seulement qu’elle se repose, rien de plus, elle était peut-être un peu malade comme elle frissonnait parfois depuis ce matin.

Elles arrivèrent très vite devant une porte semblable à toutes les autres de ce bâtiment, ornée de lettres qui indiquaient qu’il s’agissait du bureau de la Générale de Lizeux. Entrant, Laura balaya la pièce du regard, la trouvant très spacieuse mais se sentant encore moins à sa place ici. Il y avait des livres, des piles de feuilles, des éléments tels que ceux qui se trouvaient dans le bureau de son père… N’osant pas bouger, se mordant les lèvres, Laura joignit à nouveau les mains devant elle sur sa jupe et attendit une parole de la directrice, le verdict pour ce qu’elle avait dit dans le couloir ou… Quelque chose. N’importe quoi. Elle lui dit enfin de s’asseoir et se tourna vers elle, la collégienne s’exécutant en s’asseyant timidement sur un des sièges posés devant le bureau, mains jointes sur sa jupe alors qu’elle-même était toujours debout.

Directrice – Je peux savoir pourquoi vous êtes mise à courir toute seule ici au lieu de demander le chemin directement ?!

Laura – Je…

Laura s’interrompit en baissant à nouveau la tête. Elle n’y avait pas pensé, la femme qui l’avait « accueillie » avait eu l’air si désagréable qu’elle s’était précipitée vers les escaliers, s’éloignant du hall le plus vite possible sans réfléchir. Elle s’était sentie tellement mal à l’aise, là-bas, qu’elle n’avait qu’une envie : celle de fuir. Entre tous les militaires et sa tenue, la collégienne avait eu l’impression d’être incroyablement petite et insignifiante. Elle avait voulu prouver qu’elle pouvait y arriver et… Bah… Elle s’était plantée. Mais elle ne pouvait pas dire cela à la directrice, ce serait puéril. Un simple « je n’y ai pas pensé » pouvait convenir, non ? Sans oublier qu’elle était venue ici en mentant à monsieur Redfire et en profitant de l’absence de son frère. Elle redressa la tête, sans pouvoir soutenir le regard de la directrice cependant.

Laura – Je n’y ai pas pensé… Je… Je voulais seulement vous trouver et la personne dans le hall voulait me voir partir, donc je pensais pouvoir me débrouiller seule.

Directrice – Seule, dans cet endroit, bien sûr..., dit-elle avant de soupirer en se frottant les yeux. Pourquoi êtes-vous venue ? Une discussion ne pouvait vraiment pas attendre ce soir ? Surtout si votre frère porte plainte aujourd'hui, je pensais que vous alliez l'attendre.

Laura – Jasper ne rentrera pas directement après sa plainte, il voudra sûrement prendre l’air… Je l’attendrai jusqu’à ce qu’il revienne, mais je le connais et je sais qu’il va vouloir être un peu seul pendant au moins deux heures. Si pas plus. C’est pour cela aussi que je suis venue…

Laura avait parlé plus vite mais était certaine de ce qu’elle avançait, malheureusement. Évidemment, elle aurait voulu accompagner son frère, être à ses côtés, le soutenir réellement. Mais il aurait besoin d’être seul, surtout après ce qu’il était en train de faire. Elle comprenait son choix et ne voulait pas l’obliger à la supporter, pas maintenant, pas avec ce qu’il allait faire pour qu’ils ne soient pas séparés. C’était précisément pour cette raison qu’elle avait pris la décision de venir jusqu’ici. Si Jasper avait accepté de porter plainte, de revoir le Colonel et de subir tout cela juste pour leur éviter la séparation à cause de leurs parents, Laura ne pouvait pas l’obliger à rester ici. Bon, elle ne pouvait pas non plus dire qu’il avait peur de la directrice, mais les événements récents pouvaient servir d’arguments, non ? Laura hésita un moment, évitant franchement le regard de la directrice, ne voulant pas vendre son frère en disant qu’il avait peur. Elle finit par se décider à parler, sachant que leur ex-tante n’était pas réputée pour sa patience. Inutile de l’énerver…

Laura – Je sais que ça risque de prendre un peu plus de temps, mais… Je me suis dit que ce serait peut-être mieux si… Si on changeait de tuteurs. On a confiance en vous et en monsieur Redfire ! Mais vous êtes très occupés, surtout avec les jumeaux, et je ne veux pas que l’on soit un poids pour vous. Avec ce qui se passe encore au Pensionnat, vous risquez tous les deux d’avoir encore plus de travail. Je pensais donc qu’il y aurait peut-être une autre solution… D’autres tuteurs possibles. Mais moi-même, je n’en trouve pas, je ne vois vraiment pas qui le pourrait, on ne connait personne. Je pensais que vous auriez une idée…

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Gabriella de Lizeux
Directrice
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MessageSujet: Re: Une caserne bien trop grande   Ven 28 Aoû - 20:48

Chez Gabriella, le don de l'eau n'était pas aussi puissante que la foudre, elle ne s'en servait pas au même niveau, mais elle restait tout de même assez entraînée pour percevoir et ressentir celui d'une autre personne en train de produire un carnage tout près d'elle. Elle repoussa les deux jeunes paniqués qui criaient que c'était une gamine brune minuscule qui avait déclenché ça, marchant dans l'eau à toute vitesse en ravalant sa colère. Pourquoi Laura était-elle venue ici ?! Pourquoi ?! Elle ne pouvait pas attendre bien tranquillement à la maison, ce soir, si elle avait besoin de lui parler ?! Elle était revenue à Paris hier soir ! Et déjà... Ce n'était pas possible ! Une caserne, ce n'est pas un terrain de jeu ! Surtout ici ! On pouvait très bien l'arrêter et la faire enfermer ! Quand elle avait reçu le coup de téléphone de la secrétaire, elle avait été bien agacée, mais soit, puisqu'elle était là... Sauf que Gaby ne pensait pas qu'elle allait inonder tout le premier étage en cours de route ! C'était si difficile que ça, de demander son chemin à l'accueil ?! Elle avait perdu sa langue en plus de perdre complètement le contrôle de son don ?! Et elle n'avait même pas l'excuse d'avoir eu seize ans ! En parlant d'excuse, tiens, elle avait intérêt à en avoir une excellente, sur ce coup-ci.

Elle accéléra l'allure, après qu'un sous-officier lui ait indiqué le couloir où il avait vu la petite filer. Beaucoup criaient et juraient à cause de l'eau qui s'était répandue partout et qui continuait encore. Bon sang... Largement de quoi rassurer l'armée sur les dons, bravo ! Avec ce genre d'histoire, tout le monde était convaincu qu'il n'y avait pas de danger si on laissait les possesseurs d'éléments en toute quiétude. Il allait falloir encore des jours et des jours pour remettre les choses à plat et prouver que ce n'était qu'un incident isolé ! Elle finit enfin par la repérer, courant pour la rattraper puis la soulevant sèchement en lui tombant dessus, afin de l'arrêter. Elle hurla aussitôt qu'elle n'avait pas fait exprès, comme s'il n'y avait pas assez de bordel... Qu'elle se calme ! Elle avait de la chance de ne pas avoir été prise par quelqu'un d'autre ! Bradley aussi était dans ces locaux, aujourd'hui, elle tenait vraiment à faire connaissance ?

– Du calme ! cria-t-elle en resserrant son étreinte. C’est moi.

Elle la redéposa doucement à terre, la faisant ensuite tourner vers elle en la tenant par les épaules. Elle s'empêcha de justesse de la jeter dehors aussi sec, pour ne pas en rajouter, il y avait déjà bien assez d'ennuis pour la journée entière. Mais elle était venue, tout de même, jusqu'ici, alors que son frère portait plainte aujourd'hui, donc ça devait être un minimum important. Il y avait intérêt à ce que ce soit important. Venir ici ! On n'était pas au pensionnat, avec juste quelques bureaux et un peu d'installations ! C'était le QG central de l'armée, ici, le siège principal de tous les généraux et du chef de cette armée ! L'endroit d'où partait toutes les décisions les plus importantes ! Et pas une cour de jeu ni un endroit où on pouvait venir les mains dans les poches, ce n'est pas possible ! Gabriella était exaspérée, n'en revenant de voir toujours les mêmes se mettre sciemment dans des situations trop dangereuses pour eux.

– Je suis désolée, je ne voulais pas, je vous assure, je vous cherchais et je… Comme je n’ai pas trouvé votre bureau, j’ai commencé à paniquer. Ça ne m’arrive pas, d’habitude ! dit-elle en relevant la tête. Mais je… C’est sorti tout seul. Je suis désolée, cela ne se reproduira plus.

Donc c'était une tâche insurmontable de demander par où passer ? Gaby parvint à ne pas répliquer tout de suite, dans un suprême effort de volonté, puis lui attrapa le poignet avant de la tirer avec elle. Bien, maintenant que tout le monde était en état d'alerte, Bradley était sûrement au courant. Elle repoussa sur le chemin ceux qui voulaient lui parler ou qui regardaient Laura de trop près. Elle allait devoir passer le reste de la journée à calmer les esprits sur cet incident, bien joué, comment gâcher du temps et de l'énergie pour rien. Elle accéléra l'allure, sans tenir compte de ceux qui essayaient de les arrêter. Plus tard, mesdames et messieurs. Il y avait moins de monde à l'étage où elle avait son bureau mais cette histoire avait déjà sûrement fait le tour de toute la caserne. Elle poussa la lourde porte en bois de son bureau, relâchant Laura à l'intérieur avant de refermer avec soin. Voilà, un peu de tranquillité, mais ça n'allait pas durer. Elle enleva sa veste, ayant soudain trop chaud, la reposant sur une chaise près de la porte avant de soupirer.

Se retournant vers Laura, elle la vit debout près du bureau en chêne, tête baissée, mains jointes comme si elle était en pleine prière. Elle avait au moins conscience de l'extrême stupidité de ses actes ?! Qu'elle soit venue ici était déjà grave, mais si en plus elle jouait à inonder toute une aile du bâtiment ! Gabriella lui dit de s'asseoir, les  bras croisés, les joues assez rouges à cause de la colère. Elle n'avait sûrement pas été assez claire, tout au long de l'année, en répétant aux gamins d'être prudents avec l'armée ? Le message n'était pas assez bien rentré, sans doute ? Laura s'était imaginée qu'elle pouvait venir courir ici comme si c'était un jardin ouvert au grand public ?

– Je peux savoir pourquoi vous êtes mise à courir toute seule ici au lieu de demander le chemin directement ?!

– Je…

"Je" quoi ?! J'ai voulu tester mon sens de l'orientation, je me suis dit que je pouvais y arriver, j'ai cru que j'allais deviner comme ça le chemin par la volonté du Saint Esprit ?! Qu'elle en s'amuse pas en plus à tester sa patience, elle n'en avait qu'une très limitée de base alors dans ce genre de moments, il valait mieux ne pas la pousser à bout. Elle prit une profonde inspiration pour se calmer, soufflant ensuite avec lenteur. Si elle était venue... Ne pas la jeter dehors tout de suite en lui promettant une engueulade pour le soir, c'était encore un poil trop tôt.

– Je n’y ai pas pensé… Je… Je voulais seulement vous trouver et la personne dans le hall voulait me voir partir, donc je pensais pouvoir me débrouiller seule.

Et c'était stupide, terriblement stupide ! La personne de l'accueil n'avait pas été gentille avec elle donc elle avait cru pouvoir se débrouiller ? Toute seule au milieu de la plus grande caserne de Paris et accessoirement de la France ? Sachant qu'elle avait quatorze ans et qu'en plus elle ne se contrôlait plus ? Ça, elle allait en ré-entendre parler dès ce soir. Enfin, pour le moment, se concentrer sur le reste.

– Seule, dans cet endroit, bien sûr..., dit-elle avant de soupirer en se frottant les yeux. Pourquoi êtes-vous venue ? Une discussion ne pouvait vraiment pas attendre ce soir ? Surtout si votre frère porte plainte aujourd'hui, je pensais que vous alliez l'attendre.

– Jasper ne rentrera pas directement après sa plainte, il voudra sûrement prendre l’air… Je l’attendrai jusqu’à ce qu’il revienne, mais je le connais et je sais qu’il va vouloir être un peu seul pendant au moins deux heures. Si pas plus. C’est pour cela aussi que je suis venue…

Et donc ? Elle avait beau parlé plus vite, cela n'empêchait pas Gabriella de tapoter plus impatiemment du pied. Elle entendait des pas pressés dans le couloir et des ordres lancés à la volée pour nettoyer le bazar et comprendre ce qui s'était passé. Il faudra que Gaby raccompagne Laura jusqu'à la sortie pour qu'elle ne se fasse pas arrêter en cours de route. Puis calmer tout le monde, expliquer, apaiser... Elle allait perdre un temps fou à ça ! Alors qu'elle était en pleine préparation de la prochaine réunion dont elle avait demandé la tenue, avec Bradley et les autres généraux. Si jamais Laura était venue pour dire que la plainte avec Gavin était une mauvaise idée... Il était fiable et même si Jasper le craignait, c'était un détail mineur, comparé à l'enjeu de l'histoire.

– Je sais que ça risque de prendre un peu plus de temps, mais… Je me suis dit que ce serait peut-être mieux si… Si on changeait de tuteurs. On a confiance en vous et en monsieur Redfire ! Mais vous êtes très occupés, surtout avec les jumeaux, et je ne veux pas que l’on soit un poids pour vous. Avec ce qui se passe encore au Pensionnat, vous risquez tous les deux d’avoir encore plus de travail. Je pensais donc qu’il y aurait peut-être une autre solution… D’autres tuteurs possibles. Mais moi-même, je n’en trouve pas, je ne vois vraiment pas qui le pourrait, on ne connait personne. Je pensais que vous auriez une idée…

– Et c'est pour ça que vous êtes venue ici ? s'écria-t-elle d'un ton incrédule. Ça ne vous a même pas effleuré l'esprit que Bradley se trouve aussi dans ce bâtiment et que vous auriez pu avoir de graves ennuis ?!

Elle leva les yeux au ciel, prodigieusement agacée. Bravo, c'était de mieux ne mieux ! Comment pouvait-on manquer de réflexion à ce point ?! La colère et la lassitude se disputaient en elle alors qu'elle retenait un profond soupir. Laura bafouilla quelque chose d'incompréhensible en jetant un regard vers la porte puis se tut, se faisant soudain toute petite. Bon, soit... Gabriella alla s'asseoir à son bureau, débarrassant un peu ce qu'il y avait dessus, roulant un grand plan de Gray avant de le déposer plus loin. Son bureau était bien encombré de dossiers, de plans, de livres et de fichiers, sur une petite foule de personnes. Elle prit un bottin assez épais qu'elle gardait dans son bureau puis le feuilleta, pensive. Donc, d'autres tuteurs. S'ils voulaient, peu importe, du moment qu'ils s'éloignaient du sale type qui leur servait de père. Gaby aurait pensé à Estelle mais elle devait déjà élever ses propres enfants seule, étant donné que son mari était un pervers lâche et infidèle, toujours parti au loin.

– Que s'est-il passé, pour votre don ? reprit-elle sans lever la tête du bottin, comparant en même temps avec un fichier qu'elle avait ouvert pour regarder les données récoltées sur ses contacts. Vous vous contrôlez beaucoup mieux que ça, d'habitude, même paniquée. Il a évolué, lui aussi ?

Elle releva brièvement la tête, puis la reporta sur le bottin, regardant les numéros de ses contacts au pensionnat et à Gray, les personnes avec qui elle parlait régulièrement.

– Et il y avait une raison particulière pour que ça ne puisse pas attendre ce soir ?

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Une caserne bien trop grande   Mar 1 Sep - 16:18

Directrice – Et c'est pour ça que vous êtes venue ici ? s'écria-t-elle d'un ton incrédule. Ça ne vous a même pas effleuré l'esprit que Bradley se trouve aussi dans ce bâtiment et que vous auriez pu avoir de graves ennuis ?!

… B… Bradley ? Mais elle ne savait pas qu’il se trouvait ici, elle ! Pour Laura, Bradley travaillait à Gray, et voilà, il n’avait aucune raison de se trouver à Paris. Même s’il était maréchal… Oui, bon, d’accord, il était tout à fait logique qu’il se trouve ici mais elle n’y avait pas pensé. Pas du tout. Pour elle, il fallait seulement qu’elle trouve et parle à leur ex-tante pendant que Jasper porte plainte et sans son mari parce que parler d’un tel sujet devant lui… Non, elle aurait été plus mal à l’aise que jamais. La collégienne bafouilla quelque chose avant de jeter un regard vers la porte, terrorisée à l’idée que Bradley ne vienne ici. Elle plaisantait, n’est-ce pas ? Il n’allait pas vraiment venir ? C’était un accident, elle ne l’avait pas fait exprès ! Il ne pouvait rien lui faire, en plus, la directrice était là et la protégerait. Non ? Prise d’un monstrueux doute, Laura se ratatina sur le siège sans oser ajouter quoi que ce soit, se mordant les lèvres tant elle était mal à l’aise. Elle n’y avait pas pensé ! Vraiment pas…

Mais son ancienne tante n’ajouta rien et alla s’asseoir à son bureau alors que Laura constatait qu’il était vraiment encombré. Plus que celui de leur père, d’après ses souvenirs assez vagues… Des dossiers, des rouleaux, des fichiers, des livres… Elle fronça les sourcils en la regardant feuilleter un gros livre plus épais qu’elle devinait être un bottin, préférant garder ses yeux dessus plutôt que sur la directrice. Elle savait qu’elle avait fait une bêtise en venant sans demander son chemin, mais elle connaissait Paris ! Et elle n’imaginait pas que la caserne serait aussi grande… Ce n’était pas de sa faute, Laura avait seulement agi sans réfléchir. Comme le lui avaient déjà reproché quelques profs… Oui, bah, elle était jeune, elle apprenait, voilà tout. Et puis, elle se sentait bizarre depuis quelques jours, surtout ce matin, alors oui, elle s’était un peu précipitée sans réfléchir…

Directrice – Que s'est-il passé, pour votre don ? reprit-elle sans lever la tête du bottin, comparant en même temps avec un fichier qu'elle avait ouvert. Vous vous contrôlez beaucoup mieux que ça, d'habitude, même paniquée. Il a évolué, lui aussi ?

… Hein ? Son don avait évolué ? Laura dévisagea la directrice, choquée, devenant de plus en plus pâle et ne bougeant même plus sur son siège. Mais elle ne… Mais… C’était impossible, elle n’avait même pas seize ans ! Et elle se sentait très bien, même si elle était un peu fatiguée. Oui, peut-être avaient-ils connu quelques changements pendant les vacances, son frère et elle, mais cela ne signifiait rien du tout. Ils n’avaient jamais aimé leurs parents, Jasper encore moins qu’elle, alors le fait qu’ils les quittent enfin ne devait pas les atteindre à ce point. Elle se sentait très bien, elle devait seulement être malade. Même si Laura devait bien avouer que ce qu’elle avait fait dans le couloir était… très loin de son niveau. Peut-être que c’était normal quand même et que, sous l’effet de la panique, un don pouvait voir ses effets être augmentés considérablement sans pour autant que ce don lui-même soit fort ?

Directrice – Et il y avait une raison particulière pour que ça ne puisse pas attendre ce soir ?

Laura – Je ne v… Heu… Je… Je me suis dit que changer de tuteurs prendrait du temps et je voulais y aller dès aujourd’hui, et je… Je me suis dit que vous n’auriez pas le temps en rentrant ce soir.

Réponse plus pourrie que jamais. La directrice l’avait prise par surprise, aussi ! Laura ne pouvait pas dire qu’elle n’avait pas prévenu monsieur Redfire, qu’elle avait fait la démarche dans son dos et dans celui de Jasper et que c’était pour cette raison qu’elle était venue la trouver à la caserne de Paris. Cela équivaudrait à signer son arrêt de mort et à une belle engueulade maintenant, puis une autre ce soir devant son frère et le mari de la directrice. Non, non, non, définitivement non, c’était impossible. Laura triturait ses mains nerveusement en baissant la tête, n’osant pas soutenir le regard de son ancienne tante trop longtemps, à l’instant même où cette dernière releva la tête en la foudroyant du regard. D’accord, excuse pourrie…

Directrice – Pas le temps ce soir ? Alors que je serai chez moi ?! Vous pensez que j'ai le temps, ici, au travail, sans doute ?!

… Oups. Oui, excuse pourrie, elle aurait difficilement pu faire pire. Mais Laura n’arrivait pas à réfléchir ! Elle se mordit les lèvres, s’abaissant encore plus sur son siège avec l’espoir de voir un trou assez grand dans lequel elle pourrait se réfugier. Elle ne savait pas, voilà. Elle avait menti à son professeur, caché son intention à son frère, mais elle n’avait pas eu le choix !

Laura – Je… Je ne… Je suis désolée, je n’ai… pas réfléchi. J’ai eu quelques difficultés à réfléchir et je… Mais ce n’est pas mon don, je vais très bien. Je… Je peux rentrer si vous voulez pour ne pas vous déranger.

Mais raaaaah, elle devait se calmer ! Bafouiller comme cela, buter à chaque mot en parlant… Ce n’était pas son habitude, sauf lorsqu’elle avait quelque chose à se reprocher ou lorsqu’elle était mal à l’aise. Si la directrice l’ignorait, elle allait très vite le savoir et Laura avait intérêt à fuir et à se faire toute petite tout le reste de leur séjour à Paris. Elle n’avait vraiment pas fait exprès, tout s’était déroulé trop vite, sans qu’elle réfléchisse… Elle ferait mieux de rentrer en expliquant elle-même à son professeur qu’elle était partie voir sa femme à la caserne pour lui demander d’autres tuteurs, qu’elle y était arrivée sans problème mais qu’elle avait eu un petit accident sur place. Il ne l’engueulerait pas, quand même… Lui était calme et il en fallait beaucoup pour l’énerver, non ?

Directrice – On en discutera ce soir..., dit-elle en soupirant. Pour votre don aussi. Juste une dernière chose, comment vous faites pour ne jamais réfléchir à ce qui peut menacer votre vie ?

Laura – Ce… Ce soir ? demanda-t-elle, plus pâle, en relevant la tête. Je vous promets d’être plus calme et de ne plus sortir comme ça, de réfléchir, je n’ai juste pas réfléchi cette fois, et je ne… Je ne savais pas que le maréchal était ici, je… Je suis désolée.

La directrice pinça les lèvres et Laura sentit un poids énorme lui tomber dans l’estomac. Elle s’était grillée toute seule à réagir aussi vite… Il fallait qu’elle parle à monsieur Redfire. Absolument. Elle avait le temps, non ? Il ne lui faudrait que quelques minutes, quand il sera tranquille, et elle lui expliquerait qu’elle avait menti pour aider son frère, qu’elle ne voulait pas qu’ils soient un poids, et voilà. Bon, autant passer sous silence le « Jasper a peur de votre femme », même s’il devait comprendre… Ce n’était peut-être pas le meilleur plan pour ne pas se faire engueuler.

Directrice – C'est une caserne ici, on ne vient pas comme ça les mains dans les poches. Et avec ce qui s'est passé, je vais en avoir pour la journée entière à calmer les esprits. Mais bon, on verra ça ce soir aussi. En attendant, s'il faut changer de tuteurs... Je pourrais demander à Kimmitsu.

Monsieur Nakajima… ? Laura n’y voyait aucun inconvénient, elle, tous les élèves savaient qu’il vivait seul et que sa famille était au Japon. Par contre… Savait-il pour Jasper ? Pas sûr… Elle ne l’avait jamais vu louper un seul cours et, pourtant, son frère était souvent revenu blessé au Pensionnat en le cachant aux autres. Elle avait dû le tirer pour qu’il accepte de se faire soigner et encore, elle l’avait piégé cette année, ne supportant plus qu’il pense qu’elle ignorait tout et refuse de se faire vraiment soigner par quelqu’un. Laura avait donc ouvert légèrement la bouche, prête à acquiescer en disant que ce serait vraiment gentil, et tout cela, mais ne répondit pas tout de suite en réalisant pour les blessures de son frère.

Laura – Il… Il accepterait ? Mais… Madame, il ne sait rien pour Jasper. Pour… Pour notre père, je veux dire. Il pensait que j’ignorais tout jusque cette année et je pense que le seul au courant était son meilleur ami. Donc il a… Il a sûrement participé aux cours de monsieur Nakajima en étant blessé.

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Gabriella de Lizeux
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MessageSujet: Re: Une caserne bien trop grande   Mar 22 Sep - 19:29

– Je ne v… Heu… Je… Je me suis dit que changer de tuteurs prendrait du temps et je voulais y aller dès aujourd’hui, et je… Je me suis dit que vous n’auriez pas le temps en rentrant ce soir.

Gabriella releva aussitôt la tête en foudroyant la jeune fille du regard, excédée d'entendre ce genre de réponses. Elle prenait tout cela pour un jeu ?! Elle pensait qu'on ne travaillait pas, ici, qu'elle pouvait venir comme ça, se présenter comme une fleur, comme si de rien n'était, et en dérangeant tout le monde ?! Mais bien sûr ! Il était tout à fait logique que Gaby ait plus de temps à lui consacrer sur son lieu de travail que chez elle, le soir, bien tranquillement ! elle tapota des doigts sur le lourd bottin en pinçant le nez, essayant de ne pas crier, se calmer, même si elle aimerait avoir quelque chose sous la main pour se défouler, tant elle était sur les nerfs. La fatigue mêlée à la tension la rendait encore plus à cran que d'ordinaire et voir Laura ici alors qu'elle n'avait rien à y faire n'arrangeait rien du tout ! Surtout après la charmante petite scène de toute à l'heure et qu'elle ne l'ait pas fait exprès ne changeait strictement rien à la donne. Comment pourrait-on s'en sortir si tout le monde faisait le même genre de conneries ? Elle ne leur avait aps assez répété en long et en large d'être un minimum prudents, enfin ?!

– Pas le temps ce soir ? Alors que je serai chez moi ?! Vous pensez que j'ai le temps, ici, au travail, sans doute ?!

Elle leva les yeux au ciel, exaspérée, alors que Laura se tassait encore un peu plus sur son siège en baissant la tête. C'était vraiment si difficile que ça, de songer aux évidences ?! On ne rentre pas dans une caserne, surtout celle-ci. On ne s'aventure pas dans un endroit qu'on ne connaît sans plan ni indications. On ne fait pas n'importe quoi avec un élément, surtout en parcourant des lieux où vous risquiez la mort pour cela. Et Cyprien ! Il l'avait laissé venir ici toute seule ! Il était complètement inconscient, lui aussi ! A moins qu'elle en lui ait pas dit où elle se rendait... Elle cessa de tapoter sur le bottin, son regard s'assombrissant un peu plus. Là, mademoiselle, il faudra aussi régler cela ce soir, car si on ajoutait le mensonge à l'inconscience et au fait de se mettre en toute conscience en danger, la liste devenait longue. Elle prit une longue inspiration, tout en vérifiant que personne ne semblait vouloir venir dans son bureau pour le moment. Peu de personnes passaient à cet étage mais elle ne voulait pas qu'on vienne les déranger maintenant. D'autant plus que le général Karinof était là, il y aurait beau jeu qu'il apprenne que la gamine responsable du dérangement était sa fille.

– Je… Je ne… Je suis désolée, je n’ai… pas réfléchi. J’ai eu quelques difficultés à réfléchir et je… Mais ce n’est pas mon don, je vais très bien. Je… Je peux rentrer si vous voulez pour ne pas vous déranger.

C'est ça, essayer de retraverser une caserne en ébullition alors que tout le monde était sous tension, elle se ferait arrêter avant même d'attendre la porte. Gabriella se retint de lever à nouveau les yeux au ciel, croisant les mains sur son bureau, son regard accrochant vaguement les noms inscrits sur le carnet noir épais. Elle n'arrivait pas à comprendre comment Laura pouvait avoir un aussi faible instinct de survie, comment elle faisait - son frère aussi d'ailleurs - pour toujours trouver le moyen de se fourrer dans les pires ennuis. Dès qu'il y avait la plus petite occasion de se mettre en danger, elle devait sauter aussitôt dessus, c'était hallucinant.

– On en discutera ce soir..., dit-elle en soupirant. Pour votre don aussi. Juste une dernière chose, comment vous faites pour ne jamais réfléchir à ce qui peut menacer votre vie ?

– Ce… Ce soir ? demanda-t-elle, plus pâle, en relevant la tête. Je vous promets d’être plus calme et de ne plus sortir comme ça, de réfléchir, je n’ai juste pas réfléchi cette fois, et je ne… Je ne savais pas que le maréchal était ici, je… Je suis désolée.

Donc elle avait vraiment menti. Gaby pinça les lèvres, fulminant. C'était de mieux en mieux, cette petite conversation ! Il y avait des gifles qui se perdaient, parfois, ça pouvait vous remettre les idées en place. Elle n'avait pas réfléchi "cette fois", donc ? Et pour toutes les autres fois où elle s'était enfoncée dans les problèmes par pure stupidité ? Résultat, des sueurs froides pour tout le monde, beaucoup de temps perdu, souvent des blessures, voire pire. Gabriella ne l'empêchait pas de se comporter comme une gamine à l'école, avec ses amis, en vacances ou dans des lieux sécurisés, mais pas dans une caserne ! Si elle voulait faire n'importe quoi, elle pouvait aller à la piscine, au parc, où elle voulait mais pas ici. Elle serra un instant les dents, se raidissant un peu en entendant une voix familière mais désagréable, dans le couloir. Elle allait la raccompagner dehors, ce sera plus sûr, elle ne voudrait pas que certaines personnes lui tombent dessus.

– C'est une caserne ici, on ne vient pas comme ça les mains dans les poches. Et avec ce qui s'est passé, je vais en avoir pour la journée entière à calmer les esprits. Mais bon, on verra ça ce soir aussi. En attendant, s'il faut changer de tuteurs... Je pourrais demander à Kimmitsu.

Elle venait de glisser sur son nom, dans le bottin. Avec lui, ce ne serait pas une mauvaise idée. C'était une personne très sérieuse et mature, il arrivera peut-être  fourrer deux ou trois notions de prudence dans le crâne de ces deux gamins. Très bien, elle allait lui en téléphoner pour lui expliquer la situation et en discuter avec lui, mais il y avait de bonnes chances qu'il accepte. Il vivait seul à Gray, dans une maison assez agréable, en bordure du village, pas très loin du lac. Laura pourra aussi s'y entraîner le week-end, avec son don. Gaby pinça les lèvres en feuilletant son agenda, cherchant où elle avait noté les décalages horaires entre les pays, afin d'être sûre de ne pas appeler au Japon à deux heures du matin. Kimmitsu lui avait donné le numéro de la maison familiale avant les vacances, afin qu'elle puisse le joindre en cas de problème. Il rentrait en août, de mémoire, cela laissait le temps de s'organiser, s'il acceptait. Elle griffonna une heure acceptable pour le contacter dans un coin, notant mentalement de lui faire aussi un rapide topo de ce qui s'était passé en juillet.

– Il… Il accepterait ? Mais… Madame, il ne sait rien pour Jasper. Pour… Pour notre père, je veux dire. Il pensait que j’ignorais tout jusque cette année et je pense que le seul au courant était son meilleur ami. Donc il a… Il a sûrement participé aux cours de monsieur Nakajima en étant blessé.

– Vous croyez encore qu'il y a des professeurs qui ne sont pas au courant, concernant votre père ? soupira-t-elle en la regardant. Surtout le sous-directeur ? Il y a de bonnes chances qu'il accepte, oui, j'ai confiance en lui.

Elle se leva, juste au moment où on frappait à la porte. Elle se tendit mais alla ouvrir, soulagée en voyant James derrière la porte. Il était son assistant et son aide de camp depuis le tout premier jour et bien qu'il ait d'abord eu un peu de mal, il remplissait à la perfection son rôle aujourd'hui, c'était un jeune homme attachant, qui apportait toujours une bouffée d'air frais lorsqu'il venait. Elle prit le dossier qu'il lui tendait en le remerciant, faisant signe à Laura de se lever aussi.

– Raccompagnez-la dehors, jusqu'à la rue, lui dit-elle en désignant Laura d'un geste. Et sans traîner, merci.

Il hocha la tête et fit un bref salut avant de partir avec la petite. Une fois seule, Gabriella jeta un regard à ses notes et dossiers sur le bureau puis soupira ne rajustant son uniforme. Au boulot, maintenant... Elle passa toute le reste de la journée à calmer le jeu sur la venue surprise de Laura et le petit incident qui en était découlé. Bien évidemment, l'histoire était déjà remontée jusqu'au Maréchal... La général Derrar l'aida beaucoup, heureusement. Il avait pris les choses avec humour et fut d'un très grand soutien pour apaiser tout le monde et faire oublier l'accident. Elle prit un café avec lui avant de quitter la caserne, le soir, fatiguée. Elle prit un taxi pour rentrer, un léger mal de tête commençant à pointer le bout de son nez. Arrivée chez elle, elle commença par aller se changer, filant sous une douche brûlante. Elle dénoua ses cheveux, tendue, les yeux fermés sous l'eau chaude. On respire et on se détend... Sortant de la douche, elle enfla un corsage blanc et une jupe longue, laissant ses cheveux blonds flotter dans son dos. C'est dans ce moments-là qu'elle se sentait le plus épuisée.

Elle installa Julien et Aurore à jouer dans un parc en bois mobile qu'avait fabriqué leur grand-père, dans un coin de la cuisine, avant de prendre des légumes frais pour faire une soupe. Cyprien devait être à lire u écouter la radio, elle ne l'avait pas vu. Installant ce dont elle avait besoin sur la table, elle passa dans le couloir en appelant Laura d'une voix forte, pour lui dire de venir un instant. Qu'elles s'expliquent. La petite arriva au moment où Gaby s'asseyant, en s'arrangeant pour garder facilement un œil sur les jumeaux, qui jouaient avec une peluche.

– Asseyez-vous, dit-elle en commençant à éplucher les légumes. Pour commencer, comment avez-vous pu avoir cette idée brillante de vous rendre à la caserne principale de Paris toute seule ? Votre père y travaillait, aujourd'hui, il aurait pu tomber sur vous ! Sans oublier le Maréchal, qui est tout de même le chef de cette armée et avait donc toutes les raisons du monde de se trouver là-bas. Pourquoi ne réfléchissez-vous jamais ? Vous faites exprès de vous mettre en danger ?

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Une caserne bien trop grande   Dim 27 Sep - 0:15

Directrice – Vous croyez encore qu'il y a des professeurs qui ne sont pas au courant, concernant votre père ? soupira-t-elle en la regardant. Surtout le sous-directeur ? Il y a de bonnes chances qu'il accepte, oui, j'ai confiance en lui.

... Oui ? Laura grimaça en réalisant qu’elle avait raison, que le sous-directeur était sûrement au courant pour leurs parents même s’il n’avait jamais rien dit. Elle ne répondit rien, baissant un peu la tête avant que quelqu’un ne frappe à la porte. Son cœur rata un battement et elle se ratatina dans son fauteuil, se faisant aussi petite que possible après avoir lancé un regard paniqué à son ex-tante. Elle s’était levée, l’air tendu, se dirigeant ensuite vers la porte pour ouvrir sans que Laura ne bouge de son fauteuil. Elle était terrorisée à l’idée que ce soit le maréchal, un militaire ou n’importe qui d’autre venu ici pour la chercher à cause de son don. Elle ne bougea pas, attendant l’autre voix, un pas, n’importe quoi, prête à se sentir partir vers l’arrière brusquement parce qu’on venait l’emmener. Mais la directrice ne réagit pas. Elle ne hurla pas et aucune autre voix ne se fit entendre. Curieuse, Laura ouvrit les yeux et se redressa très légèrement avant d’apercevoir l’homme qui restait tout le temps à côté de son ancienne tante. Oh. Rassurée, un peu du moins, elle se releva immédiatement lorsqu’elle lui fit signe, se rapprochant.

Directrice – Raccompagnez-la dehors, jusqu'à la rue, lui dit-elle en désignant Laura d'un geste. Et sans traîner, merci.

Laura regarda l’homme qui lui faisait face un moment puis se décida à le suivre en courant un peu comme il avançait bien plus vite qu’elle. Dans les couloirs, elle se pressait derrière lui pour être toujours à sa hauteur, évitant de regarder les soldats qui se tournaient en murmurant sur son passage. Elle baissa la tête pour regarder ses pieds en avançant, tâchant de se contrôler pour ne pas recommencer la même bêtise. Son don... Elle n’avait même pas senti qu’il avait évolué ! Depuis quand, en plus ? Elle se sentait bizarre depuis quelques jours, oui, mais ça n’avait rien à voir !

Ils descendirent les escaliers, Laura suivant toujours son « guide » pour ressortir, prête à lui dire qu’il n’était pas obligé de l’accompagner jusqu’à la rue et qu’elle pouvait se débrouiller. Cependant, voyant son air, elle se ravisa en imaginant la réaction de la directrice ce soir, lorsqu’elles « parleraient »... Blêmissant un peu, la collégienne se contenta d’avancer sans regarder devant elle, jusqu’à ce qu’elle sente l’air frais sur son visage. Le vent. Ca y est, ils étaient sortis. Elle releva la tête, s’arrêtant un instant devant le haut bâtiment qui se dressait derrière eux avant de se retourner vers le soldat.

Laura – Me... Merci beaucoup de m’avoir raccompagnée.

Soldat – Viens, je te raccompagne jusqu'à la rue.

... Jusqu’à la rue ? Elle ouvrit légèrement la bouche, choquée, dévisageant le soldat quelques secondes. Mais elle était assez grande pour sortir d’ici toute seule ! Il pouvait lui faire confiance là-dessus, Laura n’allait certainement pas s’attarder dans le coin. Elle avait compris et retenu la leçon, la caserne était dangereuse, trop grande, et elle s’était fait remarquer avec l’incident de tout à l’heure. D’ailleurs, il avait sûrement du travail à cause de ça aussi, il ne devait pas rester ici et l’accompagner, ce serait une perte de temps.

Laura – Jusqu... Mais ce n’est pas nécessaire, ce n’est pas très loin, vous avez du travail et je ne veux pas vous ralentir. Je vais marcher vite, je vous le promets.

Soldat – Cela vaut mieux, il y a encore le poste de garde et c'est mon travail pour le moment, de te raccompagner. Allez, suis-moi.

Bon... Ce n’était pas comme si elle avait vraiment le choix. Laura suivit le soldat qui la raccompagna jusqu’à la rue, comme il l’avait dit, avant d’enfin daigner la laisser toute seule. Il ne restait vraiment rien, en plus ! Mais soit, ne rien dire, elle s’était déjà fait assez remarquer pour aujourd’hui. Maintenant, retourner à la maison... en priant pour que monsieur Redfire ne soit pas au courant. Jasper ne reviendrait sûrement que le soir, il ne saurait donc rien, mais elle ne voulait surtout pas que son escapade se sache. Elle voulait bien faire ! Ce n’était pas si grave, en plus, et elle n’était pas censée savoir que son don allait évoluer pile à ce moment-là. Ce n’était pas du tout prévu.

Laura avança en essayant de se remémorer le chemin, revenant sur ses pas d’après ses souvenirs. Elle ne devait pas être très loin, elle en était sûre ! C’était par ici... Ou par là. Non, par là, elle reconnaissait ce panneau. Toutes les rues se ressemblaient mais c’était peut-être aussi parce qu’elle s’était perdue, avant d’arriver à la caserne, et qu’elle avait tourné dans les environs pendant un bon moment. Et son don... La collégienne regarda ses mains, ses bras, peinant à croire qu’elle n’avait pas changé, comme si quiconque la regardait pouvait comprendre et voir qu’elle possédait un don. Mais non, extérieurement, Laura ressemblait seulement à une adolescente perdue. Et pourtant, son don avait évolué. Elle ne l’avait pas contrôlé dans la caserne et avait fait quelque chose qui était totalement hors de sa portée jusqu’à présent. Comment était-ce possible ?

La gorge serrée, Laura referma ses bras sur elle, frissonnant encore sans se l’expliquer alors qu’elle marchait toujours vers la maison de la directrice et de Cyprien. Elle reconnaissait certaines rues, ce n’était pas un problème, elle était sûre que c’était par là. Plus ou moins. Elle n’avait même plus la tête à marcher, en fait, tant l’évolution de son don la préoccupait. Jusqu’où pouvait-il évoluer ? Les autres collégiens pouvaient-ils faire la même chose qu’elle ? Ou était-ce un niveau encore plus élevé ? Laura continuait de marcher tout droit, tournant à droite au coin de la rue, puis à gauche, ses pas la menant sans qu’elle n’y fasse attention. Ce n’est qu’après une bonne marche qu’elle reconnut vraiment certains endroits qu’elle parcourait souvent avec son frère, ces derniers jours, pour se changer les idées.

Dans la précipitation, elle courut pour traverser la rue... avant d’entendre un brusque klaxon retentir juste à côté d’elle. Terrifiée, voyant la voiture lui foncer dessus, elle porta les mains à ses yeux sans être capable de bouger tout de suite, prise de court, alors que le conducteur virait pour l’éviter. Elle entendit un léger bruit de tôle froissée et ouvrit les yeux, voyant que la voiture qui l’avait évitée avait foncé dans un lampadaire sans rien avoir de bien grave grâce à la faible vitesse à laquelle elle roulait. Laura reprit ses esprits en entendant un autre klaxon et se jeta sur le côté, glissant contre le bord du trottoir en voulant aller trop vite. Prenant ses jambes à son cou, tremblante, le son cœur battant à cent à l’heure, la collégienne fila dans la rue adjacente pour se cacher, le temps de se reprendre. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’elle sentit quelque chose couler le long de sa jambe, baissant la tête. Me***... Elle s’était blessée ! Redressant la tête, elle essaya de se repérer et de respirer calmement sans réussir à arrêter de trembler, l’image de la voiture lui fonçant dessus toujours gravée dans son esprit.

Cependant, Laura parvint à retrouver la maison de la directrice et son mari mais n’entra pas tout de suite. Elle devait absolument éviter monsieur Redfire, se soigner et enfiler un pantalon ou... un short ou... Quelque chose, n’importe quoi pour camoufler son genou et en-dessous. Et ses mains... Pourquoi fallait-il toujours qu’elle soit maladroite à ce point-là dans ce genre de situation ?! La collégienne passa le petit portail de la maison, se rapprochant prudemment de la porte, la gorge serrée. Ne pas faire de bruit. Elle entra sur la pointe des pieds en fermant tout doucement la porte derrière elle avant de s’arrêter quelques instants pour écouter, guetter le moindre bruit. Déjà, monsieur Redfire n’était pas dans la pièce voisine, sinon elle l’aurait entendu. Laura avança prudemment vers la cuisine avec l’objectif de se soigner pour ne pas devoir expliquer ce qui s’était passé. Arrivée dans la cuisine, la collégienne regarda partout autour d’elle pour repérer le placard où était rangée la pharmacie et s’en approcha lorsqu’elle le trouva, se hissant sur la pointe des pieds pour l’atteindre. Sans succès.

Laura – Fichue taille ! Pourquoi je ne suis pas plus grande ?! Bon...

Laura jura entre ses dents et alla chercher une chaise pour la coller contre le meuble, la faisant glisser sur le sol, faute de choix. Elle grimaça en entendant le bruit que la chaise venait de faire et se dépêcha de monter sur la chaise pour atteindre le placard, l’ouvrant. Elle trouva la boîte qui contenait tous les médicaments, pansements, bandages, etc. et chercha de quoi se soigner en plus de ciseaux, le coeur battant un peu plus vite à l’idée que monsieur Redfire ne la surprenne dans cette position. Alleeez, vite, plus vite ! Il pouvait arriver à tout moment !

M. Redfire – Ça va, tu es tombée ? Attends, je vais t'aider.

... Laura blêmit en entendant la voix de son professeur, baissant tout de suite les bras pour se retourner en essayant, bêtement, de cacher ses blessures. Elle bafouilla que ce n’était rien, que oui, elle était tombée, et se laissa soigner sans rien dire, nerveuse. Se contrôler, il ne savait rien, sinon il lui aurait déjà dit quelque chose et n’aurait pas réagi de cette manière. Dès que monsieur Redfire eut terminé de la soigner, Laura le remercia et fila dans la chambre qu’elle partageait avec Jasper pour récupérer un livre et lire le reste de la journée. Plus bouger. Il fallait qu’elle se détende, qu’elle pense à autre chose, surtout pas à son don. Ce n’était pas si grave, après tout, peut-être que c’était juste une conséquence de la panique. Non ? Mais si, c’était sûrement ça et rien d’autre. De la panique sur le moment, les émotions pouvaient décupler la puissance d’un don, elle le savait.

Jasper arriva plusieurs heures après, l’air fatigué et complètement secoué par ce qu’il avait vécu. Cette image la perturba, n’étant pas habituée à voir son frère dans un tel état même s’il avait pris l’air. Ne voulant pas être un poids et ne surtout pas le déranger, la collégienne resta à l’écart, lui laissant la chambre et demanda à son professeur si elle pouvait lui préparer un chocolat chaud ou... quelque chose pour le réconforter. Elle ne pouvait se résoudre à le laisser tout seul après ce qu’il avait vécu à cause d’elle. Remontant après une vingtaine de minutes avec un bol de chocolat chaud, Laura frappa timidement à la porte de leur chambre en déposant le bol près de Jasper, sur la table de nuit.

Laura – Si... Si tu as besoin de quelque chose, je suis en bas. Pour... Pour te laisser la chambre.

Laura descendit dans le salon, s’enfonçant dans un fauteuil avec le premier livre qui lui tomba sous la main, plus pour avoir quelque chose à faire que pour lire vraiment. Elle ne cessait de penser à son frère, à son propre don et à la journée qu’elle avait vécue, elle aussi. Est-ce qu’elle pouvait toujours rester près de Jasper sans lui faire de mal ? Si son don à elle aussi évoluait... Mais non, c’était stupide, c’était à cause de la panique, elle le savait. De la panique et rien d’autre. Elle ne sut combien de temps passa mais Laura parvint à se plonger dans le livre, oubliant ce qui l’entourait, seulement attentive à la voix de Jasper pour réagir s’il l’appelait – bien qu’elle sache qu’il ne le ferait sans doute pas. Cependant, ce ne fut pas la voix de son frère qui l’appela mais une autre, bien plus terrifiante en cet instant... La directrice. Depuis quand était-elle revenue ? Elle ne l’avait même pas entendue ! La gorge nouée, Laura se leva du fauteuil en laissant son livre, se dirigeant vers la cuisine où elle trouva son ex-tante occupée à préparer le dîner. Adieu.

Directrice – Asseyez-vous, dit-elle en commençant à éplucher les légumes. Pour commencer, comment avez-vous pu avoir cette idée brillante de vous rendre à la caserne principale de Paris toute seule ? Votre père y travaillait, aujourd'hui, il aurait pu tomber sur vous ! Sans oublier le Maréchal, qui est tout de même le chef de cette armée et avait donc toutes les raisons du monde de se trouver là-bas. Pourquoi ne réfléchissez-vous jamais ? Vous faites exprès de vous mettre en danger ?

Laura – Mais je ne l’ai pas fait exprès ! Je... Pardon, je voulais dire que...

Laura s’interrompit, baissant le regard vers la table qu’elle trouvait, soudain, incroyablement intéressante. Elle n’aurait jamais dû s’asseoir, rester debout lui aurait permis de partir plus facilement. Or, ici, elle était coincée. Le pire, dans tout cela, est qu’elle n’avait même pas fait exprès de foncer vers la caserne de Paris. La jeune adolescente n’avait pensé à rien d’autre que son frère, voulant l’aider et l’épauler du mieux qu’elle le pouvait. Après tout, c’était de sa faute si Jasper était dans cet état maintenant... Elle pensait simplement qu’il fallait qu’elle se bouge, elle aussi. Au moins un peu. Et puis, le principal était qu’elle était vivante et entière, non ?

Laura – Je ne... Je suis désolée, dit-elle d’une petite voix, tête toujours baissée. Cela ne se reproduira plus, je n’ai pas réfléchi et j’ai foncé sans... sans prendre de précautions.

Directrice – C'est bien ça qui m'inquiète, que vous ne preniez jamais de précautions. Et vous n'avez pas répondu, pourquoi avoir foncé aussitôt comme ça ? Être ici vous rend si mal à l'aise que ça ? Vous n'allez pas me dire que vous avez peur, vous aussi.

Laura – Je n’ai pas peur de vous.

Laura avait parlé très vite, d’un coup, redressant la tête pour regarder son ancienne tante. Elle n’avait pas peur, non, mais Jasper si et c’était uniquement pour cette raison qu’elle avait voulu changer de tuteurs. Elle voyait bien qu’il était mal à l’aise depuis quelques jours et ne voulait pas qu’il soit comme cela toute sa vie. La collégienne chercha ses mots, une excuse pour justifier ce changement. Pourquoi reposer ces questions ? Elle l’avait déjà fait lorsqu’elle était venue à la caserne... Et puis, en plus, c’était vrai, en tant que directrice et générale, elle était beaucoup trop occupée pour se charger de deux adolescents en plus. Surtout s’il y avait des problèmes avec monsieur Redfire.

Laura – Je ne... Je vous l’ai déjà dit, c’est parce que je ne veux pas que nous soyons un poids pour vous, mon frère et moi. Vous... Vous avez beaucoup de travail et je pensais que ce serait mieux si... Si on vous laissait tranquille.

Directrice – Et vous avez donc couru tout droit dans le dernier endroit au monde où vous auriez dû vous trouver, c'est brillant... Vous ne vous êtes pas rendue compte que votre don évoluait et que vous balader dans des endroits dangereux pour vous n'allait rien arranger ? Avec ça, vous n'êtes pas un "poids" pour moi.

Laura entrouvrit la bouche sans qu’aucun son ne sorte, n’osant pas avouer que non, elle n’avait pas réalisé que son don évoluait. Et ne le réalisait toujours pas, d’ailleurs. La directrice semblait convaincue de ce qu’elle avançait, ce qui achevait de terrifier un peu plus la collégienne mais elle essayait de ne pas paniquer. Et puis, elle n’y avait pas pensé, ce n’était pas sa faute ! Quant au poids... Peut-être. Mais la directrice avait du travail, il était inutile de lui en rajouter alors qu’elle défendait déjà toute l’école. Elle baissa à nouveau la tête sans rien dire par peur de s’enfoncer.

Directrice – Donc vous n'y aviez pas pensé... Bon, on ne va pas crier, je vais mettre ça sur le compte de votre âge. J'appellerai le sous-directeur toute à l'heure pour lui demander s'il accepte pour vous. Autre chose, vous allez me faire le serment de ne plus jamais approcher de la caserne.

Laura – Je... Je vous le promets, je ne m’approcherai plus de la caserne.

La directrice lui lança un regard, que Laura soutint sans trop de problème, n’étant pas pressée de revenir près de la caserne. Elle savait que c’était dangereux et l’avait retenu, elle n’allait pas y remettre un pied de sitôt et l’éviterait autant que possible. Elle n’osa pas bouger, ne sachant que faire, ignorant si son ex-tante voulait dire autre chose ou si elle pouvait s’en aller. Restant silencieuse, Laura attendit donc sans rien dire jusqu’à ce que la directrice lui demande de l’aide pour préparer le repas. Hochant la tête, elle se mit au travail en tâchant de camoufler ses quelques blessures. Pas besoin de lui parler du léger « accident ».

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