1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Ne pas se laisser aller

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Estelle Martin
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MessageSujet: Ne pas se laisser aller   Mer 12 Aoû - 11:33

Estelle interrompit tout mouvement pour souffler, s'appuyant d'une main contre le plan de travail et l'autre dans son dos, respirant un grand coup. Ah là, les joies infinies de la grossesse, elle avait de plus en plus souvent mal au dos et ce déménagement était loin d'arranger les choses. Surtout que François venait de partir pour deux semaines d'un voyage d'affaires aux Seychelles. Avec une nouvelle assistante et son patron, si elle avait bien compris. Elle jeta un regard un peu découragé à tout ce qu'il restait à ranger et mettre en place. Pourquoi devaient-ils avoir autant d'affaires... ? Elle soupira, passant une main dans ses longs cheveux pour les remettre derrière elle puis baissa le regard sur son ventre gonflé. Le terme approchait à grand pas et elle allait sans doute accoucher ici, dans cette maison. Elle eut un petit sourire, ravie, bien qu'exténuée. Encore un peu de patience, petit bout, et tu verras la lumière du jour ! Elle s'assit, prenant une pause, voyant son fils dans son parc, dans un coin du salon, jouer avec ses peluches, assis sur les fesses sur un gros tapis. Il ne parlait pas encore vraiment, mais il disait quelques mots, ce qui remplissait Estelle de bonheur.

Se relevant, elle alla chercher les cartons de la vaisselle puis commença à ranger la cuisine. Elle avait bien d'autres raisons d'être très inquiète... Cette histoire avec Sarah l'avait bouleversée. D'un côté, elle était pire qu'effarée qu'elle ait put faire ça, s'en prendre à un bébé innocent, de l'autre, elle avait pitié, car elle restait une amie, la femme d'Adrien. Elle avait... simplement perdu l'esprit, elle était malade, il fallait juste qu'elle soit soignée ! Elle n'était pas très bien mais si elle se reposait, cela ira mieux, n'est-ce pas ? Au fond, elle n'était pas mauvaise... Estelle se hissa pour mettre des assiettes dans le placard au-dessus de sa tête, très angoissée pour Adrien. Il avait déjà tant subi et voilà que Sarah succombait à une crise et perdait l'esprit... Le pauvre, il ne méritait pas ça. Mais il ne devait pas perdre espoir, sa femme pourra être soignée et pourra aller mieux, Estelle en était convaincue. Elle prit les verres pour les ranger à leur tour, prenant d'abord le soin de les laver pour les débarrasser de la poussière. C'était en ne faisant pas attention à ce genre de détails qu'on attrapait des maladies.

Allumant la radio d'un geste, posée sur le comptoir non loin, elle prit une éponge pour nettoyer et essuyer la vaisselle avant de la ranger. Un petit air classique envahi la pièce avec douceur, couvrant le bruit de l'eau et des verres qui s'entrechoquaient parfois. Wyatt était lancé dans une sorte de bataille fantastique avec ses doudous. Elle le couva d'un regard attendri, souriante. Il ne jouera plus seul lorsqu'il aura son petit frère ou sa petite sœur. Elle nota mentalement d'aller chez le photographe après la naissance pour prendre une belle photo de famille, à quatre. Elle dira à François de prendre un beau costume et elle habillera ses enfants. La photo pourra ensuite être agrandie et mise dans un beau cadre dans le salon, n'est-ce pas ? Elle ouvrit le placard pour ranger d'autres verres propres, se penchant pour prendre les biberons et les laver aussi.

Radio – A présent, notre bulletin météo. Le soleil est revenu sur toute la France, les orages de ces deux dernières semaines ont quitté notre pays. Nos experts...

Estelle soupira un peu, sans écouter la suite. Les orages, oui... Bien sûr qu'ils étaient terminés. S'essuyant les mains, elle alluma le chauffe-biberon pour stériliser ceux de son fils, après les avoir lavé. Ce sera bientôt l'heure du déjeuner, elle se demandait ce qu'elle allait bien pouvoir cuisiner... Par chance, son fils adorait les légumes, elle pourrait peut-être faire une jardinière ? Elle rangeait les biberons lorsqu'on sonna à la porte. Hum ? Allant ouvrir, elle écarquilla les yeux en voyant Adrien, mal habillé, les yeux cernés, très pâle, les yeux rouges, comme s'il venait de pleurer. Elle était très surprise de le voir, ne s'y attendant pas du tout, mais avant qu'elle ne puisse ouvrir la bouche, il fit soudain un effort visible pour sourire et lui dit qu'il pourrait l'aider à déménager, comme elle était seule, il pouvait monter des meubles ou faire ce qu'elle avait du mal. Elle resta muette, la bouche entrouverte, profondément touchée par ce geste alors qu'il était déjà bien malheureux.

Estelle – Tu es vraiment adorable ! s'exclama-t-elle avec un grand sourire. C'est très gentil d'être venu, c'est vrai que toute seule, c'est assez long. Du coup, tu mangeras avec nous, j'étais en train de réfléchir à ce que j'allais faire au déjeuner.

Il vint avec elle dans la cuisine, puis aida à installer la table puis à monter quelques meubles pour le salon, surtout la grosse commode. Pendant qu'ils 'attelait à la tâche, Estelle prépara le déjeuner, chantonnant une vieille comptine qu'elle chantait souvent à son fils pour l'endormir. Une fois que tout fut à cuire, à elle revint aider Adrien comme elle le put, pas très à l'aise avec les clous, les marteaux et ces plans.

Estelle – Comment te sens-tu ? lui demanda-t-elle en l'aidant à tenir les planches de bois. Tu tiens le coup ? Si tu sens que ça ne va pas, ma porte te sera toujours ouverte, tu sais.

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Adrien de Sora
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MessageSujet: Re: Ne pas se laisser aller   Lun 17 Aoû - 11:59

Plusieurs bouteilles jonchaient le sol, certaines goutant un peu sur le parquet et dégageant une odeur d’alcool très fort et bon marché. La lumière du jour éclairait une pièce mal rangée, avec des affaires qui traînaient, beaucoup de bouteilles vides, les restes d’un maigre repas de la veille et de la poussière sur les meubles. Adrien s’appuya sur les coudes pour se lever, avec bien des peines, inspirant dans un râle. Il était sur le parquet du salon, allongé de tout son long, lâchant une flasque de rhum lorsqu’il se redressa. Il se traîna jusqu’aux toilettes pour y vomir, les yeux à moitié fermés. Il resta ainsi presque vingt minutes à rendre tout ce qu’il avait bu cette nuit, en se tenant la tête d’une main et en s’aidant de l’autre pour ne pas basculer en arrière. Il avait bu toute la nuit, beaucoup. Trop, sans doute. Se rendant malade. Il inspira profondément pour se reprendre, tout en se frottant les yeux, appuyé contre le mur derrière lui.

Se levant, titubant, il réussit à se rendre de nouveau dans le salon, s’effondrant à moitié sur le canapé où il avait bu. Le téléphone gisait encore par terre… Il était tombé durant la nuit, lorsqu’Adrien avait frappé dedans de rage et de désespoir. Sarah l’avait rappelé, elle qui refusait de le joindre depuis leur dispute, où il l’avait suppliée de rendre l’enfant. Elle était à l’hôpital, dans un état critique, après avoir résisté lorsqu’on était venu l’arrêter. Elle lui avait juste dit, au téléphone, qu’elle lui en voulait de ne pas avoir voulu enlever puis tuer ce bébé avec elle. Les médecins avaient ensuite pris ce téléphone pour l’informer qu’elle sera jugée dès que son état le permettra, puis sans aucun doute bouclée dans une prison pour femmes, voire dans un asile psychiatrique. Adrien avait envie de vomir de nouveau. Il frémit violemment, replié sur lui-même, sa main cherchant à tâtons une autre bouteille. Il finit par en dénicher une à moitié pleine puis porta le goulot à sa bouche, se brûlant la gorge.

Ne voulant passer la journée comme une parfaite loque, il parvint à se traîner sous la douche, y restant longtemps pour tenter de se réveiller, puis grogna en sortant, s’habillant comme un zombie. Il ne voulait pas rester ici, seul, ne pas rester ici à ne penser qu’à Sarah… Cherchant presque désespérément une occupation, il se souvint alors qu’Estelle était en plein déménagement à Gray, seule avec son fils pour deux semaines. Il pouvait aller lui proposer de l’aide, la laisser galérer toute seule alors qu’elle était enceinte serait bien mal. Se passant encore de l’eau sur le visage, il prit une profonde inspiration avant de sortir. Le soleil était bien haut dans le ciel, à présent. Il eut de la peine à se souvenir du chemin qu’elle lui avait indiqué mais trouva finalement sa maison. C’était un cottage agréable, déjà couvert de fleurs avec des cartons au-dehors. Une voiture était garée près du portail, sur le bord du chemin. Il prit de nouveau une longue inspiration avant de se rendre jusqu’à la porte et frapper.

Lorsqu’Estelle lui ouvrit, il fut de nouveau frappé par son air très doux. Cette jeune femme avait toujours été la plus paisible et maternelle, de toute l’équipe, être à côté d’elle vous faisait du bien. Il fit un effort pour sourire et lui dit qu’il était venu l’aider à s’installer, si elle le voulait bien, qu’il pouvait monter des meubles ou ce genre de chose. Il se sentait gauche, mal à l’aise, mais elle parut très touchée.

Estelle – Tu es vraiment adorable ! s'exclama-t-elle avec un grand sourire. C'est très gentil d'être venu, c'est vrai que toute seule, c'est assez long. Du coup, tu mangeras avec nous, j'étais en train de réfléchir à ce que j'allais faire au déjeuner.

Il lui rendit son sourire lentement puis l’aida à pousser la table dans la cuisine avant de prendre une caisse à outil appartenant à François puis commençant à monter une commode. Ce travail manuel l’aidait à se vider la table, il avait juste à se concentrer sur les endroits où devait enfoncer les clous et serrer les vis. Juste à regarder si tout était droit et d’équerre. Mais malgré cela, il ne pouvait empêcher ses pensées de revenir sur Sarah. La façon dont elle lui avait menti pour quitter la maison, puis l’enlèvement du fils de la directrice, ces orages si violents, les appels de sa femme qui en était venue à le traiter de lâcher car il avait refusé de l’aider, qui lui avait reproché de ne pas l’aimer, et enfin, son arrestation, la résistance qu’elle avait opéré… Elle avait perdu l’esprit… Au bout d’un moment, Estelle revint s’agenouiller près de lui pour l’aider. Elle ne devrait pas, elle ferait mieux de se reposer un peu, étant enceinte jusqu’au fond des yeux.

Estelle – Comment te sens-tu ? lui demanda-t-elle en l'aidant à tenir les planches de bois. Tu tiens le coup ? Si tu sens que ça ne va pas, ma porte te sera toujours ouverte, tu sais.

Adrien – M… Merci…

Il n’ajouta rien de plus sur le moment, le cœur au bord des lèvres. Il avait peur d’un seul coup. Peur qu’on l’associe à l’acte de Sarah, qu’il devienne, aux yeux des gens, aussi responsable qu’elle dans cette affaire. Il n’avait pas envie de perdre la confiance des rares à qui il parlait encore régulièrement. Kimmitsu était distant, mais c’était sans doute habituel. Et Cyprien, à qui il parlait beaucoup auparavant, passait absolument tout son temps libre avec Céleste, pour faire il ne savait quoi. Elle-même ne lui adressait la parole que lorsqu’un élève de son groupe était blessé. Alice et Daniel étaient toujours là, heureusement. Estelle aussi. Tous qui avaient une vie de famille et… Il éclata d’un seul coup en sanglots, se rendant à peine compte qu’Estelle s’était aussi mise près de lui pour le prendre dans ses bras. Il pleura contre son épaule, secoué de gros tremblements. Il avait l’impression de revenir à ces heures si noires, après l’enterrement de sa femme et de son fils.

Adrien – Pourquoi a-t-elle fait ça ? murmura-t-il d’une voix rauque. Et notre… Bébé… Nous aurions pu être heureux… Tout est gâché…

Il ferma les yeux, les lèvres pincées pour ne pas gémir. Il s’en voulait de craquer comme ça, malade, ne voulant pas inquiéter Estelle, qui était l’une des dernières personnes à qui il pouvait parler librement. Ses amis lui avaient tourné le dos, depuis quelques mois, sans qu’il comprenne ce qu’il avait bien pu faire de mal.

Adrien – Je n’en peux plus… Depuis des mois… J’ai l’impression d’être beaucoup plus isolé… J’aide les élèves autant que je le peux mais on ne me fait pas confiance pour autant… Qu’est-ce que je dois faire… ? Si tout ça ne sert à rien… Autant en finir…

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Estelle Martin
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MessageSujet: Re: Ne pas se laisser aller   Lun 7 Sep - 9:57

Adrien – M… Merci…

Il semblait vraiment mal… Estelle se rapprocha un peu de lui tout en travaillant, le couvant du regard. Elle comprenait à quel point il devait se sentir seul. Lui qui était déjà fragile, voilà que sa femme venait de commettre un acte horrible et il n’avait plus personne près de lui. Elle voulait l’aider, vraiment, il avait déjà bien assez souffert pour en rajouter maintenant. Estelle ne pouvait pas expliquer l’acte de Sarah, ce qu’elle avait bien pu penser, comment elle en était arrivée là. Pour elle, la jeune femme avait tout simplement perdu l’esprit, mais était-ce une bonne idée de le dire à Adrien ? Elle craignait qu’il ne s’en veuille alors que ce n’était pas de sa faute, il avait toujours été un mari exemplaire ! Il éclata tout à coup en sanglots, comme elle s’y attendait, et le pris doucement contre elle, l’entourant de ses bras. Là, tout va bien, elle était là, il n’était pas tout seul… Il posa sa tête contre son épaule et elle lui glissa la main dans les cheveux pour le réconforter. Heureusement qu’il était venu, l’imaginer pleurer seul dans sa maison lui donnait mal au cœur. Elle lui frotta doucement les épaules en le serrant contre elle, voulant lui montrer qu’il n’était pas seul.

Adrien – Pourquoi a-t-elle fait ça ? murmura-t-il d’une voix rauque. Et notre… Bébé… Nous aurions pu être heureux… Tout est gâché…

Sarah, elle… C’était tout de même terrible… Estelle embrassa Adrien sur le sommet du crâne tout en continuant de le serrer contre elle, très inquiète pour lui. Il n’avait pas de chance avec les femmes, c’était sûr… Et pourtant, c’est vrai, il aurait pu être heureux avec Sarah. Il avait besoin, près de lui, d’une femme aimante, qui voulait aussi fonder un foyer, qui ne voulait pas l’accompagner à se battre, il aurait du mal à le supporter. Un foyer stable et heureux, voilà ce dont il avait besoin. Comment le lui offrir maintenant ?

Adrien – Je n’en peux plus… Depuis des mois… J’ai l’impression d’être beaucoup plus isolé… J’aide les élèves autant que je le peux mais on ne me fait pas confiance pour autant… Qu’est-ce que je dois faire… ? Si tout ça ne sert à rien… Autant en finir…

Estelle – Je t’interdis de dire ça ! s’écria-t-elle aussitôt, horrifiée. Tu traverses une passe difficile mais jamais, au grand jamais, personne ne souhaite ta mort, surtout pas moi. Attends une petite seconde.

Elle se leva puis courut dans la cuisine, ouvrant un placard pour ne tirer une boîte de mouchoirs et une petite lotion à la lavande. Elle revint près d’Adrien, se mettant à genoux par terre devant lui. Elle le fit se redresser et lui essuya elle-même le visage avec un mouchoir, attentive, en prenant ensuite la lotion pour lui mettre quelques gouttes de lavande sous les narines puis sur les tempes. Elle fabriquait ce petit filtre elle-même, avec la lavande qui poussait dans son jardin, c’était une vieille recette bien efficace contre le chagrin et l’anxiété. On mettait une ou deux gouttes sur les tempes ou la nuque, parfois le visage puis on massait doucement. Elle dit à son ami de fermer les yeux, massant les tempes avec la décoction. Elle faisait ça pour son fils après une grosse crise de larmes, pour le calmer et l’apaiser. Une fois fait, elle s’assit avec son ami, toujours par terre sur le parquet, entourant ses épaules de son bras.

Estelle – Beaucoup n’aimaient pas beaucoup Sarah car elle avait un caractère un peu fort, c’est vrai, mais je te jure qu’à toi, tout le monde fait confiance, lui sourit-elle. Ça se ressent, quand j’entends les élèves parler de toi ! Quand à nos collègues, si certains te repoussent u font en sorte que tu sois isolé à cause de Sarah, c’est que ce sont des abrutis finis, ajouta-t-elle d’une voix ferme. Et il faudra le leur dire, s’ils sont encore méfiants avec toi à cause de ce qu’a fait ta femme. Tu n’y es pour rien du tout, si certains agissent mal avec toi tout de même, c’est qu’ils sont vraiment mauvais et ignorants.

Elle lui frotta l’épaule, lui prenant une de sa main dans la sienne. Si des professeurs cherchaient encore à le mettre à l’écart, elle ira leur dire un mot, elle aussi, c’était un comportement infect, surtout en pareille période ! Elle resta silencieuse, le temps qu’Adrien puisse respirer doucement, expirer, puis se reprendre un peu. Une fois qu’il fut un peu plus calme, elle lui sourit doucement, serrant sa main dans la sienne.

Estelle – Pense à ce petit bout que porte ta femme. Tu vas le récupérer, à sa naissance, tu vas l’élever avec tout l’amour possible. Il a besoin de son papa, cet enfant. Je pourrai t’aider à préparer sa chambre, si tu veux. Pense à lui, à ce petit bébé. Tu pourras être heureux, je te l’assure. C’est une mauvaise passe à surmonter.

Elle l’incita à se lever, déclarant qu’ils devaient préparer à manger, un bon repas allait lui faire le plus grand bien.

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Adrien de Sora
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MessageSujet: Re: Ne pas se laisser aller   Ven 2 Oct - 11:27

Estelle – Je t’interdis de dire ça ! s’écria-t-elle aussitôt, horrifiée. Tu traverses une passe difficile mais jamais, au grand jamais, personne ne souhaite ta mort, surtout pas moi. Attends une petite seconde.

Ah non ? Mais qui ça pourrait encore déranger, aujourd’hui ? Il renifla en se frottant les yeux alors qu’elle se levait, courant vers la cuisine. Une simple passe difficile… Il ne savait plus… Tout s’était passé trop vite et il avait envie de hurler. Sarah… Il trembla de plus belle, alors qu’Estelle revenait à genoux devant lui. Il ouvrait la bouche pour s’excuser de la déranger et de la faire courir alors qu’elle était enceinte lorsqu’elle lui passa tout à coup un mouchoir en tissu sur la figure, qui sentait la lavande. Il lui lança un regard un peu hébété pendant qu’elle lui essuyait ses larmes, ses gestes étant d’une douceur si infinie que le contraste était assez choquant. Elle ferma les yeux lorsqu’elle le lui dit, la laissant passer une sorte de parfum ou de lotion, parfumé à la lavande, sur ses tempes et le visage. Il se concentra sur l’odeur, s’appliquant à respirer doucement sans bouger. Ça faisait du bien, mine de rien. Pour une fois, se laisser faire, comme un enfant, ne pas se débattre. Estelle avait toujours eu ce don incroyable d’apaisement, elle était capable de réconforter n’importe qui et d’aider tout le monde, même parfois avec un simple sourire. Elle se rassit ensuite à côté de lui en passant un bras autour de ses épaules. Il voulait la remercier, vraiment, elle était un soutien précieux, comme à son habitude.

Estelle – Beaucoup n’aimaient pas beaucoup Sarah car elle avait un caractère un peu fort, c’est vrai, mais je te jure qu’à toi, tout le monde fait confiance, lui sourit-elle. Ça se ressent, quand j’entends les élèves parler de toi ! Quand à nos collègues, si certains te repoussent u font en sorte que tu sois isolé à cause de Sarah, c’est que ce sont des abrutis finis, ajouta-t-elle d’une voix ferme. Et il faudra le leur dire, s’ils sont encore méfiants avec toi à cause de ce qu’a fait ta femme. Tu n’y es pour rien du tout, si certains agissent mal avec toi tout de même, c’est qu’ils sont vraiment mauvais et ignorants.

Elle lui prit une main pour la serrer, lui frottant un peu l’épaule. Il hocha doucement la tête, les yeux fixés sur le plancher. Un petit silence s’installa, durant lequel il observa un nœud dans le bois, sans bouger, l’esprit un peu embrumé. En réalité, Adrien avait une impression de plus en plus forte d’avoir été trahi. Il avait toujours tout fait pour protéger sa femme, la réconforter, faire en sorte qu’elle soit heureuse ! Il l’avait écarté des combats. Il avait dû aller jusqu’à mentir pour qu’elle ne vive pas dans la peur ou le stress permanent, qu’elle ne soit pas mêlée à la guerre. Mais elle s’était retournée d’un bloc, elle avait agressé un enfant, un bébé, elle… Il avait essayé de la raisonner mais elle l’avait rejetée en hurlant qu’il ne la comprenait pas. Une fois de plus, son couple était brisé. Que ce soit par la mort ou la folie, il y avait toujours une chose pour venir détruire le bonheur qu’il avait pu construire. Il avait téléphoné à l’hôpital puis à la prison, Sarah avait refusé de lui parler. Et le directeur de la prison commençait même à évoquer l’hôpital psychiatrique. Il devait y réfléchir, étant son mari, mais pouvait-il vraiment… Elle était peut-être juste un peu fatiguée ou… Il grimaça, se mordant les lèvres.

Estelle – Pense à ce petit bout que porte ta femme. Tu vas le récupérer, à sa naissance, tu vas l’élever avec tout l’amour possible. Il a besoin de son papa, cet enfant. Je pourrai t’aider à préparer sa chambre, si tu veux. Pense à lui, à ce petit bébé. Tu pourras être heureux, je te l’assure. C’est une mauvaise passe à surmonter.

Il essaya de lui sourire mais n’y parvint pas. Elle le poussa à se lever puis à la suivre dans la cuisine. Il la regarda un instant préparer le repas puis mit le couvert avant de monter la chaise haute de Wyatt, s’assurant qu’elle était bien solide. Il pensait régulièrement à son propre enfant, encore abrité par sa mère, essayant d’imaginer le futur avec lui. Il savait déjà qu’il pourra le récupérer, on lui avait demandé, après l’arrestation de sa femme, s’il voulait garder l’enfant ou le placer dès la naissance dans un orphelinat. Quant à sa femme, le courrier attendait toujours chez eux. Le directeur lui avait proposé également de d’abord rencontrer le dirigeant de l’asile, s’il voulait avoir plus de détails. Il ne savait pas. Se penchant, il récupéra des couverts dans un carton puis les lava avant de les mettre sur la table, reniflant l’odeur bien agréable qui envahissait la cuisine.

Adrien – Estelle, heu… Je… Je pourrai revenir te voir de temps en temps ?

Estelle – Comme si tu avais besoin de poser la question, sourit-elle en tournant la tête vers lui. Tu peux même venir dormir ici la nuit si tu sens trop seul, François n’y verra aucun mal. On a une chambre d’amis.

Merci, mais il n’en demandait pas tant ! Il eut un sourire en retournant la viande dans une autre casserole, songeant qu’Estelle, même si elle ne sen rendait pas compte, n’avait pas plus de chance que lui en amour. Son mari la trompait, tout le monde le savait, même Adrien l’avait surpris, une fois ! Il était à Paris pour se rendre dans un laboratoire d’analyse et il avait vu le mari d’Estelle embrasser avec passion une autre femme dans la rue, sans même se cacher, en la pelotant sans aucune gêne. Mais Estelle ne voyait rien, ne comprenait pas. Il pouvait lui raconter ce qu’il voulait, elle le croyait. Il ne vivait même plus avec elle, revenant seulement de temps à autre car « il avait beaucoup de travail », profitant d’elle et de son corps avant de repartir. Et elle se retrouvait seule avec ses enfants. Adrien était toujours furieux et malade de voir un type comme lui profiter d’Estelle et se payer sa tête, elle ne méritait pas ça. Mais il ignorait comment lui faire ouvrir les yeux et avait peur de la blesser. Il n’avait pas envie de la faire pleurer.

Il fila dans le salon, se penchant pour soulever le petit Wyatt contre lui, attendri devant sa bouille d’ange et ses mèches blondes bouclés qui partaient en tout sens. Cet enfant était un petit ange. Il l’installa sur sa chaise haute pendant que sa mère servait le repas et lui donnait une petite assiette. Ce petit bout allait fêter ses un an dans un mois, d’ailleurs. Il ne marchait pas mais commençait à dire quelques mots. Il l’embrassa sur le front avec tendresse avant de s’asseoir, remerciant sa collègue pour le repas. Il essayait de plus penser à ses problèmes, se concentrant sur le moment présent. Il était avec ne amie, dans une maison accueillante, sous un soleil magnifique qui entrait par les fenêtres ouvertes, devant un bon repas. Voilà ce que devait être le bonheur. Une bonne compagnie, un moment simple, un enfant qui vous montrait que la vie était belle, malgré tout. Il avait envie de soutenir Estelle comme elle le soutenait lui. Lui apporter ce que son mari ne lui offrait jamais, des moments simples comme celui-là, de la compagnie, la faire rire, faire en sorte qu’elle ne soit jamais isolée, elle non plus.

Adrien – Il y aura une fête de village, le 31 août, pour la fin des travaux. Que dirais-tu d’y aller avec moi ?

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Estelle Martin
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MessageSujet: Re: Ne pas se laisser aller   Mar 13 Oct - 21:58

La jeune mère se pencha sur les casseroles qui commençaient à dégager une odeur bien agréable. Voilà ce qu’il fallait à un enfant en pleine croissance et à un adulte ayant besoin de se remettre en forme, une nourriture saine et équilibrée ! Elle prit le sel dans le placard et un petit pot d’herbes aromatiques de son jardin, notamment un peu de gingembre. Pendant ce temps-là, Adrien mit le couvert, lavant d’autres assiettes avant de les mettre sur la table. Elle retourna les bouts de viande dans la seconde casserole, remuant la sauce avec une grande cuillère en bois. Encore une ou deux minutes et ce sera bon, selon elle. D’ailleurs, il faudra aussi qu’elle invite Céleste et son petit frère à déjeuner ou dîner ! Dès qu’elle aura terminé de s’installer, elle pourra les inviter et les recevoir correctement. Hum, Céleste ne lui avait jamais vraiment parlé de ses goûts culinaires, qu’aimait-elle ? Elle pourrait aussi faire des frites, avec des cuisses de poulet au four, le petit Lucas appréciera certainement. Avec des légumes aussi, bien évidemment, un enfant doit manger de tout pour devenir grand et fort. Son petit garçon avait toujours du mal avec les lentilles mais Estelle tenait à ce qu’il mange de tout, même s’il aimait moins certains légumes. De toute façon, on ne sort pas de table tant que l’on n’a pas fini son assiette.

Adrien – Estelle, heu… Je… Je pourrai revenir te voir de temps en temps ?

Estelle – Comme si tu avais besoin de poser la question, sourit-elle en tournant la tête vers lui. Tu peux même venir dormir ici la nuit si tu sens trop seul, François n’y verra aucun mal. On a une chambre d’amis.

Elle lui sourit, le laissant tourner la viande penchant qu’elle sortait de l’eau fraîche du réfrigérateur et coupait du pain. François ne dira rien, bien évidemment, il avait un cœur en or et connaissait bien Adrien, il sera sûrement ravi de l’aider à traverser cette épreuve. Elle se pencha pour pousser quelques cartons et libérer le passage, pendant que son ami se chargeait d’aller chercher son fils et l’installer dans la chaise haute. C’était gentil, ça, elle avait plus mal au dos, en ce moment, lorsqu’elle le portait, elle était bien plus vite fatiguée. Prenant la casserole avec prudence, elle la posa sur la table puis déposa aussi la viande sur un dessous-plat en bois, préparant une petite assiette pour son fils. A table, mon ange ! Adrien se pencha pour l’embrasser sur le front, arrachant un sourire attendri à Estelle qui prit son assiette pour le servir. Elle s’assit après avoir rempli aussi sa propre assiette, donnant une serviette à son ami. L’infirmier avait l’air d’un peu meilleure humeur que toute à l’heure, en tout cas, il faisait un effort pour sourire et discuter. Elle était touchée qu’il en prenne la peine, très sincèrement, et était convaincue qu’il saura se sortir de cette sale histoire. Avec le temps, Sarah ira sans doute, mieux, non ? Du moins, elle l’espérait.

Elle coupa sa viande et goûta un bout, rajoutant un peu de sel, en discutant de tout et de rien avec son ami. Ils parlèrent un peu de la rentrée, aussi, des élèves d’Estelle, des cours, avant de revenir sur le village et les événements qui étaient prévus cette année. La jeune mère avait hâte d’être à Noël, Wyatt sera sûrement ravi de l’aider à décorer le sapin ! Et les petits bouts de Gaby seront assez grands pour jouer un peu avec lui aussi. Il y aura aussi al chorale qui chantera à l’église du village, le soir du 24 décembre, ce sera magique. En attendant, elle n’avait pas prévu beaucoup de sorties, les premiers mois de l’année étaient déjà bien remplis, en charge de travail dans ses différentes classes. Le premier sujet de l’année était, comme de coutume, la Grande Guerre. Très peu joyeux mais indispensable, ne serait-ce que pour le travail de mémoire. Elle s’interrogea à haute voix, se demandant si elle aura le temps de visiter un cimetière militaire avec ses élèves. Elle eut une moue perplexe en avalant le morceau de viande qu’elle tenait, parlant des nouvelles constructions à Gray avec Adrien.

Adrien – Il y aura une fête de village, le 31 août, pour la fin des travaux. Que dirais-tu d’y aller avec moi ?

Estelle – Pourquoi pas ! lui sourit-elle en se versant un verre d’eau. Par contre, je ne dois pas rentrer trop tard, je vais coucher Wyatt de bonne heure, comme je dois l’emmener tôt à la crèche, à cause de la rentrée. Tu veux d’autres légumes ?

Elle lui prit son assiette pour le resservir, vérifiant que son fils mangeait bien. Elle était soulagée qu’il ait un meilleur appétit, maintenant, il ne mangeait pas beaucoup, depuis sa naissance, mais ça commençait à venir. Elle prit la serviette pour lui essuyer la bouche avant de reprendre sa fourchette. Le soleil était à pleine hauteur, à cette heure-ci. Après le repas, son ami l’aida à nettoyer et ranger, regardant ensuite les cartons d’un air un peu découragés. Elle eut un petit rire, les mains appuyées dans le dos, s’étirant comme elle pouvait.

Estelle – Et si on allait faire un tour au village, avant de s’y remettre ?

Autant profiter de leurs derniers jours de vacances, non ? Estelle prit son fils dans ses bras, débordante d’amour, en l’embrassant sur la joue avec tendresse, avant de le mettre dans sa poussette. Adrien lui proposa de la pousser et elle sourit, le laissant ainsi conduire Wyatt, qui s’agitait déjà, voyant qu’ils sortaient. Elle ne marchait pas trop vite, se sentant aussi lourde que deux éléphants, ne voyant même plus ses pieds. Elle n’était pas bien grosse, à la base, heureusement que le terme approchait. Le village était assez calme, quelques habitants flânaient sur la place, trois anciens jouaient aux boules et une femme toute jeune lisait un roman sur un banc, à l’ombre d’un arbre. Estelle vit tout à coup Cyprien passer, se dirigeant dans le petit immeuble où vivait Céleste. Il était déjà rentré ? Alors Gaby devait sans doute être à l’école.

Estelle – Je m’assois dix minutes, si tu permets, dit-elle en s’installant sur un banc de la place.

Elle se frotta les reins puis posa les mains sur son ventre, déjà essouffle alors qu’ils avaient marché dix minutes. Elle mit la poussette de Wyatt près d’elle puis se laissa aller contre le dossier du banc, songeant que la rentrée allait assez dure, si elle se fatiguait aussi vite.

Estelle – J’espère vraiment que les élèves ne vont pas être trop pénibles, sourit-il. Je ne peux pas leur courir après pour le moment. Dis-moi, tu as déjà prévu des choses, pour cette année ? Je suppose que tu tiens à rester au front avec Gaby.

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Adrien de Sora
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MessageSujet: Re: Ne pas se laisser aller   Dim 8 Nov - 22:34

Estelle – Pourquoi pas ! lui sourit-elle en se versant un verre d’eau. Par contre, je ne dois pas rentrer trop tard, je vais coucher Wyatt de bonne heure, comme je dois l’emmener tôt à la crèche, à cause de la rentrée. Tu veux d’autres légumes ?

Non merci, il... Bon, pas grave, ce ne devait pas être une vraie question puisque Estelle s'était déjà emparée de son assiette pour lui en remettre, le jugeant sans doute trop maigre. Il la remercia, songeant à toutes les fois où elle avait fait un sermon, au réfectoire, à des élèves mais aussi des collègues qui ne faisaient que grignoter sans vraiment manger, leur balançant tout un discours sur la bonne santé, la condition physique à entretenir, la forme, l'alimentation saine et compagnie. Elle était comme leur seconde maman, aussi bien pour les collègues que pour beaucoup de jeunes du pensionnat, qui voyaient en elle la figure maternelle par excellence. Il lui sourit, toujours rasséréné à son contact. Elle était vraiment une très bonne idée, il pouvait lui parler de tout et elle avait le don de l'apaiser, il se sentait vraiment en confiance. Après le repas, il l'aida à débarrasser la table puis tout nettoyer et ranger. Un début d'après-midi tout à fait ordinaire, dans un village de campagne en été, qui aurait pu croire qu'autant de problèmes étaient survenus, en cet instant ? Quand il regardait autour de lui, il ne voyait qu'une maison tranquille, le lac scintillant au loin, par la fenêtre, des peluches à traîner, une odeur de cuisine flottant autour d'eux, des rideaux fleuris voleter sous l'effet du vent. Adrien était conscient que ce n'était que la calme avant la tempête mais il voulait en profiter. C'était grâce à des moments comme ceux-là qu'on pouvait conserver sa santé mentale. S'essuyant les mains, il jeta un regard assez découragé à la montagne de cartons restante, pendant qu'Estelle riait en s'étirant.

Estelle – Et si on allait faire un tour au village, avant de s’y remettre ?

Bonne idée, et oui, c'était très lâche, mais tant pis. Estelle souleva son bambin dans ses bras en l'embrassant sur la joue, l'installant ensuite dans la poussette. Il lui proposa de s'en occuper ensuite, afin qu'elle puisse marcher librement. Le petit garçon s'agitait déjà avec force, retenu par le harnais, sa peluche dans son petit poing serré. Adrien lui sourit avec tendresse, fondant devant la petite bouille très mignonne de cet ange blond, qui avait déjà le sourire de sa maman. Ils remontèrent le chemin vers le village sans se presser, bavardant de tout et de rien. Estelle ne pouvait guère aller très vite, étant proche du terme, à présent. Il lui parla un peu de l'accouchement, lui demandant si elle avait déjà pris ses dispositions. Elle était suivi par un bon pédiatre et mettra sans doute au monde son second enfant chez elle, que ce soit dans sa maison à Gray ou son appartement au pensionnat. Il espérait qu'elle prenne ses congés au moins quelques jours avant le terme, histoire de ne pas avoir les premières contractions au beau milieu d'un cours, ce serait gênant. Comme Wyatt qui avait failli voir le jour au beau milieu d'un excursion scolaire aux ruines de Sallat. Il eut un sourire en y songeant, se souvenant qu'elle était arrivée dans le réfectoire avec Wyatt dans les bras et en embrassant tous ses collègues un par un, tout en présentant son fils, et ce à peine relevée de ses couches. Il avait l'impression que c'était dans une autre vie.

Poussant un peu plus fort la poussette pour passer des pavés récalcitrants, il se détendit en voyant la place du village si calme, en ce début d'après-midi. Il y avait peu de monde, l'été plus l'heure n'incitaient pas à beaucoup de passage. Profiter, oui, ce genre de moments devenait rare et l'infirmier avait bien conscience d'être en train de ruiner seul sa propre santé, en plus de sa vie toute entière. Comment pourrait-il aider qui que ce soit si lui-même ne tenait plus debout ? Peu importe que ce soit dur, il fallait se reprendre. Trouver un moyen pour cesser de boire ou... Pouvait-il vraiment arrêter de boire ? Son estomac se tordit à cette seule pensée et il eut honte, culpabilisant d'être aussi accro, dépendant, malade à la seule idée de ne plus approcher un verre d'alcool. C'était minable... Vraiment pathétique. Voilà des années qu'il se foutait en l'air à petit feu, sans aucune volonté. Pourtant, il avait vraiment envie d'arrêter, véritablement, ne serait-ce que pour offrir une vie convenable à son fils ou sa fille lorsqu'il ou elle viendra au monde. Comment condamner un enfant à vivre avec un père alcoolique ? Pour lui, il devait... Mais il ignorait s'il en avait assez de volonté. A ce stade, c'était une véritable maladie et Adrien ne savait plus comment s'en sortir. Il faisait un bien piètre médecin. Estelle ralentit tout à coup, se rapprochant d'un des bancs de la place du village, sous un grand hêtre.

Estelle – Je m’assois dix minutes, si tu permets, dit-elle en s’installant sur un banc de la place.

Adrien lui fit un sourire compatissant alors qu'elle se frottait le dos puis les reins, avec une légère grimace et le souffle plus court. Il ne pouvait pas se rendre compte, réaliser le poids que devaient porter les femmes enceintes, la gêne que ça devait représenter, à un stade aussi avancé de la grossesse. Elle rapprocha la poussette de son fils près d'elle puis se laissa aller contre le dossier du banc, pendant que lui-même s'installait confortablement. Allez, le terme approchait ! Dans peu de temps, elle pourra de nouveau couvrir tout le monde de bisous en présentant son second enfant, fière et si heureuse. Il la voyait déjà faire le tour de la salle des profs, son fils aîné fourré dans ses jupons, à sourire largement et montrer son bébé, tout e le couvrant de baisers attendris. Il espérait faire un bon parent, mieux protéger cet enfant à venir qu'il n'avait pu protéger son fils et Anna. Jamais il ne les oubliera, tous les deux, ils resteront gravés à jamais au fer rouge dans sa mémoire.

Estelle – J’espère vraiment que les élèves ne vont pas être trop pénibles, sourit-elle. Je ne peux pas leur courir après pour le moment. Dis-moi, tu as déjà prévu des choses, pour cette année ? Je suppose que tu tiens à rester au front avec Gaby.

Adrien – Oui, bien sûr, je ne peux pas tout laisser tomber, sourit-il faiblement. L'année passée, j'ai pu espionner, traduire certains documents, faire des analyses de médicaments volés et suivre de très près des élèves qui voulaient en tester certains pour découvrir les effets et m'aider à concevoir des antidotes ou des contre-poisons. Cinq élèves m'aidaient, comme ça, tous des lycéens, en bonne santé et très motivés. J'ai veillé à ce qu'ils le restent.

Il souffla que cela n'avait pas toujours été très simple, se penchant pour récupérer d'un geste souple la peluche de Wyatt par terre et la lui rendre, alors que sa petite frimousse commençait déjà à se tordre pour une solide crise de larmes. Là, voilà mon poussin, pas de pleurs. L'infirmier se pencha en avant pour lui caresser la joue avant de se redresser, posant un bras sur l'accoudoir en fer du banc.

Adrien – Je veux arrêter de boire, souffla-t-il un ton plus bas. Je le veux vraiment, mais j'ignore comment m'en sortir, si j'en ai la force, assez de volonté et... Comment m'y prendre, somme toute. Je sais que c'est minable, le médecin alcoolique... Voilà ce que je veux le plus cette année, réussir à sortir de mon addiction.

Estelle lui prit tout à coup la main pour la serrer, lui déclarant d'un ton encourageant qu'il le voulait, c'était déjà un très bon départ. Elle était vraiment gentille. Restant silencieux un moment, il promena le regard sur la place, s'attardant sur trois grand-pères qui jouaient au boule en bavardant, puis sur deux enfants qui se pourchassaient en riant, jouant apparemment à chat. Comme si, là encore, il n'y avait jamais eu le moindre malheur. Le patron du petit bar était appuyé contre le chambranle de la porte, discutant avec des clients assis en terrasse, une cigarette à la bouche. Un de leurs collègues, Frédéric, passa non loin d'eux, les bras chargés de paniers de course et du pain sous le bras, sortant de l'épicerie, chantonnant un vieil air. Tournant la tête, Adrien observa la silhouette du pensionnat, dressé fièrement sur sa colline. Dans quel état allaient-ils tous le revoir ? C'était peut-être idiot, mais il serait détruit de voir cette école anéantie. Elle était un refuge, l'endroit où il s'était caché après la mort de sa famille. La directrice l'avait embauché sans lui poser la moindre question, elle lui avait tendu la main et donné la possibilité de refaire sa vie, alors qu'il était arrivé comme un clochard, sans preuve de ses diplômes ni aucune référence, incapable de parler plus de dix minutes sans fondre en larmes. Elle lui avait offert cette seconde chance et il ne voulait pas la gâcher, ni abandonner.

Adrien – Sinon, en projets, je ne sais pas vraiment... Me soigner, me reconstruire, c'est déjà beaucoup, dans mon cas. Je veux continuer à lutter pour cette école. la directrice ne m'a pas rejeté, je ne peux que lui rendre la pareille. Continuer à m'occuper des enfants, les soigner, les écouter lorsqu'il le faut.

Agir en médecin plutôt qu'en loque pathétique, somme toute. Il ne l'avait pas dit tel quel mais le sous-entendu était très évident.

Adrien – Et toi, quels sont tes projets ? Par exemple, tu as prévu de voyager avec François, cette année, quelque part ? Ou une fête pour la naissance de votre second bébé ?

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Estelle Martin
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MessageSujet: Re: Ne pas se laisser aller   Dim 24 Jan - 11:48

Adrien – Oui, bien sûr, je ne peux pas tout laisser tomber, sourit-il faiblement. L'année passée, j'ai pu espionner, traduire certains documents, faire des analyses de médicaments volés et suivre de très près des élèves qui voulaient en tester certains pour découvrir les effets et m'aider à concevoir des antidotes ou des contrepoisons. Cinq élèves m'aidaient, comme ça, tous des lycéens, en bonne santé et très motivés. J'ai veillé à ce qu'ils le restent.

C’était dangereux, tout de même ! Pour les élèves, pour lui, cette situation portait sur les nerfs de la jeune femme, bien qu’elle veille à ne pas le montrer. Adrien souffla que tout n’avait pas été toujours simple, ce qu’elle voulait bien croire, en effet. Il n’avait pas une existence simple, lui non plus, cependant, il travaillait beaucoup et était très méritant, peu de leurs collègues parvenaient à le voir. Elle avait bien qu’il était souvent mis à l’écart par la majorité des professeurs, se retranchant derrière les excuses « Je n’aime pas ta femme » ou bien « Bah, oui, mais on ne se connaît pas très bien, pourquoi je perdrai mon temps à venir te parler ? ». Estelle en était toujours profondément agacée. Ne pas bien connaître un collègue était donc suffisant pour ne jamais partager trois minutes de conversation, durant les pauses ? C’était une mentalité profondément immature. Wyatt fit tout à coup tomber sa peluche, commençant à pleurer. Adrien fut plus rapide qu’elle, interrompant son mouvement lorsqu’il se pencha avec souplesse pour récupérer le doudou et le rendre au petit garçon, lui caressant la joue avec tendresse. Elle lui sourit, touchée de le voir toujours aussi attentif aux autres.

Adrien – Je veux arrêter de boire, souffla-t-il un ton plus bas. Je le veux vraiment, mais j'ignore comment m'en sortir, si j'en ai la force, assez de volonté et... Comment m'y prendre, somme toute. Je sais que c'est minable, le médecin alcoolique... Voilà ce que je veux le plus cette année, réussir à sortir de mon addiction.

Bien sûr qu’il avait assez de force pour s’en sortir ! Elle lui saisit la main et la lui serra, déclarant d’un ton confiant et encourageant qu’il pouvait y parvenir, s’il en avait la volonté, n’était-ce pas le plus beau des départs ? Relâchant sa main, elle les ramena contre son ventre, le laissant y réfléchir à son aise. Elle avait confiance en lui, il n’y avait aucune raison pour qu’il n’y parvienne pas, ce serait illogique. Il pouvait compter sur elle, venir la voir autant de fois qu’il en avait envie ou besoin, sa porte lui sera toujours ouverte. Il y avait aussi Alice et Daniel, Valentin, tous ses amis ! Valentin avait beaucoup de détermination et savait comment pousser les autres et les encourager, leur interdisant de baisser les bras et les lançant en avant, qu’ils fassent toujours au mieux. Comment Adrien pourrait-il échouer s’il avait tous ses amis autour de lui ? Il pouvait avoir confiance, elle croyait en lui. Le soleil fut un bref instant dissimulé pour revenir briller sur eux, faisant sourire un nouveau sourire sur ses lèvres. Elle se sentait toujours mieux dès qu’elle était au soleil et tâchait d’en profiter dès qu’elle le pouvait. Ils étaient bien, ici, non ? Sur une place tranquille, au soleil, installés sur un banc, avec Wyatt qui jouait avec sa peluche dans sa poussette, que demander de plus ? Son bébé ne remuait qu’à peine, aujourd’hui, à l’opposé des jours où il ne cessait de lui donner des coups de pied, bien plus agité que son grand frère lors de la grossesse.

Adrien – Sinon, en projets, je ne sais pas vraiment... Me soigner, me reconstruire, c'est déjà beaucoup, dans mon cas. Je veux continuer à lutter pour cette école. La directrice ne m'a pas rejeté, je ne peux que lui rendre la pareille. Continuer à m'occuper des enfants, les soigner, les écouter lorsqu'il le faut.

Ce ne sera pas un luxe, cette année, Estelle se doutait bien que beaucoup allaient avoir bien peur, en revenant au pensionnat, que les ennuis ne recommencent. Il fallait rester positif ! Il y avait bien des choses qu’eux, en tant qu’adultes et professeurs, pouvaient faire pour soutenir et accompagner leurs élèves tout au long de cette nouvelle année. D’abord en cours, en les aidant à comprendre les différentes matières et en soutenant un peu plus ceux qui en éprouvaient le besoin. Puis en-dehors, en écoutant les petits qui voulaient parler de leurs soucis ou simplement partager leurs joies, en les poussant à s’investir dans leurs passions et leurs loisirs, en les aidant à en découvrir d’autres. Ils pouvaient tous êtres parfaitement heureux et insouciants si les adultes y veillaient, Estelle avait vraiment à cœur de réussir cela cette année, loin des troubles qui avaient secoué l’année précédente.

Adrien – Et toi, quels sont tes projets ? Par exemple, tu as prévu de voyager avec François, cette année, quelque part ? Ou une fête pour la naissance de votre second bébé ?

Estelle – François est très occupé, tu sais, dit-elle avec un petit sourire triste en massant un peu son ventre. Il a tellement de travail, c’est fou, surtout depuis quelques mois. En ce moment, il est en voyage d’affaires, il a dû partir avec son assistante. Nous voulions voyager mais je dois attendre d’accoucher. Peut-être plus tard, car voyager avec un bébé et un tout petit garçon, ce n’est pas très simple. François craint qu’il n’y ait des problèmes, il n’est pas rassuré de voyager avec de si jeunes enfants.

Elle se pencha un peu pour chatouiller la joue de son fils avec un sourire très tendre. Papa avait raison, il était plus simple de partir lorsqu’ils seront un peu plus grands, lui et son petit frère à venir. Wyatt lui rendit son sourire, où fleurissaient déjà deux petites dents de lait, faisant fondre Estelle. Il était si adorable, il grandissait si vite ! Il allait bientôt avoir un an, son chérubin, elle l’aimait tant. Et dire qu’elle l’avait tenu si tout petit et bébé dans le creux de ses bras, si minuscule et fragile. Le voilà déjà un beau petit garçon, qui allait bientôt marcher, s’essayer à ses premiers mots.

Estelle – J’espère que nous aurons le temps de prendre un peu de temps pour fêter la naissance du petit, continua-t-elle en s’appuyant contre le dossier du banc. Et qu’il pourra venir assister à l’accouchement ! Je comprends qu’il ne puisse pas avoir de temps qu’il le voudrait, le pauvre, pourvu qu’il ne se surmène pas.

Tirant une petite gourde de son sac à main, elle proposa de l’eau à Adrien avant de boire elle-même, donnant aussi un biberon rempli d’eau à son fils pour qu’il ne déshydrate pas, remettant en place le petit bob en coton qu’il avait sur la tête.

Estelle – Tout va bien se passer, pour toi, pour tout le monde, sourit-elle à Adrien. Ai confiance.

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