1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Tirs au matin

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Isabelle Robin
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Âge RPG : 37 ans

MessageSujet: Tirs au matin   Mar 23 Juin - 15:24

La nuit était tombée depuis déjà quelques heures et la pluie violente ne semblait pas encore vouloir s’arrêter. Un temps d’apocalypse idéale, pourrait-on dire, on y voyait pas à deux mètres et les nuages lourds cachaient la lune et les étoiles. Isabelle était déjà trempée jusqu’au os, malgré le long poncho noir qui la recouvrait jusqu’au dessous la taille. Ses cheveux étaient attachés de façon très serrés en un chignon strict et son émetteur radio faisait comme un serre-tête autour de ses joues, le micro calé près de sa bouche. Elle portait la radio sur le dos, attachée elle aussi fermement et son fusil en travers des épaules. Des lunettes de protection, l’un des derniers modèles mis au point par l’armée, recouvraient ses yeux et protégeait au moins un peu sa vision de la pluie. Très utile, alors que la nuit était si noire qu’on ne pouvait de toute façon rien y voir. Elle se faufila entre les arbres, avec lenteur, afin d’atteindre la position qu’elle avait en cible. Ne pas se faire repérer. Tel était le credo des snipers lorsqu’ils devaient se mettre en place. Avancer était long, laborieux, difficile, mais ils ne devaient pas être repérés.

La pluie violente et la nuit aidaient à la couvrir mais l’empêchaient d’avancer bien vite. Il lui fallut encore plus d’une heure avant d’atteindre le promontoire rocheux, sur une falaise, après avoir marché dans de la boue presque jusqu’aux genoux, après avoir reçu des litres et des litres d’eau glacée, après avoir grimpé une pente très raide au milieu d’un bois où n’y voyait goutte. Elle était parvenue dans le creux d’une falaise, enfin abritée du vent et de la pluie, mais aussi du soleil lorsque le matin arrivera. Elle s’allongea sur la pierre et les graviers, chassant un insecte qui grimpait tranquillement sur elle, puis prit soin de se camoufler du mieux possible grâce à la poussière et la végétation avant de mettre son fusil en place. C’était comme si son instructeur était de nouveau au-dessus d’elle, à crier « Un tir, un mort ! ». Elle se mit en place, plaçant ses mains et ses coudes, calant la crosse du long fusil dans le creux de son épaule. Son émetteur radio grésilla soudain et elle porta la main à la molette du câble près de sa joue.

– Lieutenant Robin, vous êtes en place ?

– Oui, commandant, quels sont vos ordres ?

– Tout le monde est prêt. Ces types vont sortir dès qu’il fera jour. Vous êtes en couvert, si vous en voyez un qui arrive à fuir, tirez.

La communication fut coupée et elle se recala sa position, détendant sa respiration, le regard fixe. C’était littéralement une chasse à l’homme, un groupe d’évadés de prisons militaires, dangereux, qui avaient subi de longues expériences. Ils possédaient tous des dons très puissants, à présents, mais ils s’étaient enfuis. Et il fallait les abattre. Elle ne bougea plus, patiente, se vidant complètement l’esprit. Peu à peu, la pluie cessa, devenant moins forte au fur et à mesure que les dernières heures avant l’aube défilaient. Ce fut un soleil pâle et un vent frais qui annoncèrent ce samedi matin. On la contacta et elle répondit qu’elle avait bien la cible en visuel, une ancienne église et sa chapelle, en ruine et abandonnées dans les bois, qui avaient servi de refuge au petit groupe. Ils allaient sortir. Ils allaient mourir. Il se passa encore presque une heure sans que rien ne bouge puis le premier coup de feu claqua dans l’air, déchirant l’atmosphère si belle et paisible de la forêt après un lourd orage et un matin clair. L’intervention était rapide et inattendue pour les évadés mais ils se reprirent très vite. Elle en vit s‘écarter et lever les bras, gestes qu’elle connaissait, elle savait qu’il faire pleuvoir des vagues de feu.

Un doigt pressant la détente, un nouveau claquement violent dans l’air. L’homme s’effondra, le visage couvert de sang et défiguré. Un autre homme tomba sous le coup d’un second sniper. Elle vit l’un des évadés, un jeune, se mettre à l’abri puis courir soudain à l’abri des arbres. Elle déplaça son angle de tir, se positionnant sur le bord du fleuve en contrebas, seul moyen de s’échapper du coin rapidement. Elle le voyait courir, il apparaissait brièvement ci et là sous le couvert des arbres. Elle tira. Ils ‘effondra au moment où il atteignait le fleuve, prêt à se jeter sur une des barques. Sa chemise blanche froissée et sale se teinta du rouge de la mort alors qu’elle revenait sur le champ de bataille. Son collègue en avait abattu deux autres. Elle tira une troisième fois, tuant sur le coup l’un des derniers survivants. Un tir, un mort. C’était fini. Elle activa la radio, en ne bougeant qu’à peine, balayant la forêt de ses yeux perçants.

– Daniel, d’autres fugitifs en vue ?

– Il n’y a pas de survivants.

De nouveaux ordres arrivèrent bientôt. C’était fini, ils levaient le camp. Elle quitta sa position, remettant son fusil sur le dos puis refit le chemin qu’elle avait tracé cette nuit, en sens inverse. Son équipe la récupéra un peu plus loin et elle grimpa dans la voiture, couverte de boue, d’eau, de poussière et de saleté, encore silencieuse après avoir passé des heures seul dans la concentration la plus absolue. Elle ôta son émetteur et la radio qu’elle portait, passant une main sur son visage en soupirant. Daniel grimpa avec eux un peu plus loin sur la route, dans le même état. Elle rêvait d’un bon bain long et chaud, enfiler des vêtements propres et civils, puis profiter de la journée qu’elle avait ensuite. Arrivés à la caserne, elle passa chez eux pour se laver et se changer, mettant à tremper son uniforme qui avait pas mal subi cette nuit. Quand elle fut prête et rafraîchie, elle sortit pour quelques courses au village, essayant de se vider la tête.

Un tir, un mort. Cette maxime tournait en boucle dans ses pensées, sans qu’elle puisse y échapper. Un tir, un mort. Elle mit son sac sur son épaule, marchant tranquillement, en chemisier avec un léger gilet et une jupe longue, coiffe d’un chignon un peu lâche. Personne n’aurait pu croire, en la regardant, qu’elle sortait d’une longue mission où elle avait tué méthodiquement trois hommes à distance. C’était l’armée. Elle regarda l’avancée des travaux, les commerces qui avaient pu rouvrir, les familles qui commençaient à se réinstaller. Les travaux avaient été très rapides grâce aux dons, même si tout n’était pas terminé, loin de là. Elle voudrait bien faire un petit cadeau au Colonel pour lui remonter le moral. Elle regardait vite fait ce que proposaient les différents commerces lorsqu’elle croisa Adrien, non loin de la boulangerie. Elle lui disait bonjour avec un sourire poli, contente de le revoir, lorsqu’une femme brune sortit tout à coup de la boulangerie et se mit aussitôt à l’insulter de « salope qui n’avait pas à toucher à son mari ! ». Isabelle en resta bouche bée pendant trois secondes, se demandant même si elle n’était pas brusquement tombée dans un étrange monde parallèle ou si elle n’était pas en train de rêver.

– Je vous demande pardon ? dit-il d’un ton moitié choqué moitié furieux.

L’espèce de folle se mit tout à coup à déverser contre elle un tombeau d’insulte en la traitant de garce, de voleuse de mari, de traînée et elle ne savait quoi encore. Adrien était rouge vif, essayant vainement de couper la parole à l’hystérique, alors qu’une autre femme au regard très bleu regardait aussi la scène, un peu plus loin. Isabelle en avait assez, après une telle nuit, elle n’était pas d’humeur à supporter les cris de cette sale hystérique ! Sa main vola, tirant son arme de sous sa veste puis elle tira d’un coup aux pieds de la folle pour la faire reculer contre le mur puis deux fois juste autour de sa tête, à un centimètre de ses yeux, le visage fermé. Elle avait arrêté tout net de hurler, pâle comme la mort, les bras levés.

– C’est ta « femme », Adrien ? lança-t-elle dans un silence de mort en remettant le calot de sécurité. Je te souhaite bon courage et pense à la faire soigner.

Il balbutia un truc qu’elle ne comprit pas puis attrapa la cinglée par les épaules avant de partir avec elle en courant. Isabelle rangea son pistolet puis croisa le regard de la femme aux yeux très bleus, lui faisant un sourire d’excuse. Elle aussi était très pâle et ne semblait pas très bien.

– Désolée, madame, je ne voulais pas vous choquer, lui dit-elle poliment. Ce genre d’altercation arrive. Vous avez besoin d’un médecin ?

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Céleste Dumoulin
Professeur de l'élément foudre
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Âge RPG : 25 ans

MessageSujet: Re: Tirs au matin   Lun 29 Juin - 17:55

Céleste – Mais allez, tu peux au moins ne pas être aussi récalcitrante !

Céleste s’interrompit, portant sa main valide à son visage, à moitié habillée. Voilà qu’elle parlait à sa robe, maintenant… Elle voyait difficilement comment se débrouiller seule pendant un mois avec ce plâtre. Heureusement, cette folle de Sarah avait été renvoyée… Par chance, elle n’avait pas le bras gauche dans le plâtre, ce qui ne lui ôtait pas toute sa mobilité, mais avoir un bras immobilisé était handicapant, surtout en vivant seule. Cependant, la jeune professeure refusait d’admettre qu’elle avait besoin d’aide pour cela, elle pouvait se débrouiller, elle était seulement un peu fatiguée mais cela allait passer. Entre les entraînements avec Cyprien, les cours qu’elle donnait à Alexis et l’organisation des deux premières semaines de vacances, elle reconnaissait avoir besoin de repos.

Heureusement, le médecin lui avait donné quelques conseils après avoir appris qu’elle vivait seule. Après cela, Céleste avait demandé au sous-directeur si elle pouvait porter des robes sans manche pour s’habiller plus facilement, s’excusant mille fois parce que ce n’était peut-être pas réglementaire, qu’ils devaient montrer l’exemple. Aujourd’hui, premier essai ! Cela faisait maintenant une bonne demi-heure qu’elle essayait d’enfiler sa robe, serrant les dents et fulminant toujours plus contre Sarah. Au moins, elle n’était plus là, elle n’allait plus terroriser qui que ce soit… Le résultat était cher payé, mais elle avait été renvoyée. Plus aucun problème là-dessus.

Céleste – Ah ah ! s’exclama-t-elle en brandissant un poing victorieux.

Infirmière – Madame, il y a un problème ?

Heu… Oups. L’infirmière l’avait entendue hurler un peu trop fort et avait frappé puis ouvert la porte, regardant Céleste avec un air ahuri. Ensuite, elle la contempla un moment en lui répétant que c’était de la folie, qu’elle aurait dû appeler pour qu’on l’aide à s’habiller, que c’était la première fois. Mais elle n’était pas en sucre, la jeune professeure pouvait se débrouiller sans aucun souci. Seulement, l’infirmière ne semblait pas être du même avis… Avec un regard exaspéré, elle lui annonça qu’un professeur du Pensionnat était là et l’attendait pour la ramener, puis prit immédiatement son sac dans lequel se trouvaient ses vêtements de la veille, l’empêchant de le faire elle-même. Mais eh ! Une minute… Quelqu’un était venu la chercher ? Surprise, elle eut l’air à la fois choqué et outré, s’apprêtant à dire quelque chose.

Infirmière – Pas de discussion, venez.

Suivant sagement, Céleste descendit les escaliers, bras droit dans le plâtre, et retrouva… Cyprien dans le hall de l’hôpital. Oui, c’était évident, en fin de compte. Elle laissa l’infirmière lui dire encore quelques mots, affichant un air angélique lorsqu’elle lui lança un regard désespéré. Elle suivit ensuite son ami jusqu’à sa voiture, s’y installant en évitant de justesse de se cogner à nouveau. Faire attention, d’accord, elle avait retenu, il lui fallait juste quelques jours pour s’habituer, quelques jours de repos aussi, et ce serait bon. Céleste appuya sa tête contre le siège de la voiture, prise d’un coup de fatigue mais heureuse d’être sortie. Elle n’aimait pas les hôpitaux, se sentant mal à l’aise dedans avec les appareils électroniques et les souvenirs qu’ils évoquaient pour elle.

Céleste – Merci pour être venu, je ne pensais pas que quelqu’un viendrait me chercher, je pensais appeler un taxi.

Cyprien – C'est ça, Estelle t'aurait cassé l'autre bras si t'avais fait ça. Elle vient de passer deux jours à emballer toutes affaires chez toi pour faire des valises et elle t'a cuisiné assez de trucs pour tenir un siège.

Céleste – Pardon ?! dit-elle d’un air ahuri. Mais ce n’était pas nécessaire, je peux me débrouiller, je vais très bien, je vous assure ! J’ai réussi à m’habiller et je peux encore me servir de mon bras gauche, je peux donc écrire, et tout ça…

Estelle avait… Elle avait vraiment tout emballé ? Céleste était touchée, elle ne pouvait le nier, mais elle était loin d’imaginer que sa collègue ferait une telle chose pour elle. Elle avait ses copies à corriger, en plus ! Et puis, elle devait préparer son propre départ, elle n’aurait pas dû perdre son temps à faire tout cela. Cyprien éclata de rire, d’un coup, alors qu’elle lui lançait un regard perdu. Eh bien ? Elle n’avait rien dit de spécial, là ! Et c’était vrai, elle s’était débrouillée seule durant des années, alors pourquoi cela changerait maintenant ?

Cyprien – Tu ne la connais pas ou quoi ? Elle ne te laissera toucher à rien jusqu'aux vacances, ce n'est pas la peine de rêver. Elle est tellement maternelle... T'es devenue la petite de l'équipe à protéger tant que tu seras blessée, ma pauvre. Je compatis.

… Pardon ? Mais elle se portait très bien ! Céleste devint toute pâle, entrouvrant légèrement la bouche tant elle était choquée. C’était Daniel, le petit à protéger, c’était comme cela depuis le début ! Pourquoi ça devait changer maintenant ? Elle s’était seulement opposée à Sarah, rien de plus, elle n’en était pas morte et n’avait pas besoin d’aide, elle avait juste un bras dans le plâtre. Bon, relativiser, il ne restait que quelques jours avant les vacances. Estelle n'habitait pas à Paris et serait occupée toutes les vacances, donc Céleste pourrait "toucher à tout ce qu'elle voulait" dans quelques jours. Mais tout de même ! Dernière arrivée, d'accord, mais c'était Daniel le petit de l'équipe !

Céleste – Ca ne peut pas être moi, c’est Daniel le petit de l’équipe, tu le répètes depuis le début de l’année. Puis, je dois vous aider à corriger les examens, j’ai déjà pris du retard ce matin, j’aurais dû rentrer plus tôt. Je vais bien, j’ai juste voulu défendre les élèves…

Cyprien – Ce n'est pas faux, c'est lui le petit de l'équipe, mais bon, tu es blessée, donc la place de petite sœur te revient de droit pour Estelle. Et comme elle n'arrive pas à materner Gaby, même si elles sont amies, elle se reporte sur toi. Tout est quasiment terminé, pour les corrections, de toute façon ! T'as des médicaments à prendre à la pharmacie ? Je peux te déposer à Gray si tu as besoin.

Les… Ah. Oui, oups. Céleste avait complètement oublié les médicaments, l’esprit obnubilé par les corrections et l’aide qu’elle ne donnait pas au Pensionnat. Le médecin lui avait bien prescrit plusieurs médicaments, oui, mais elle pouvait attendre, ce n’était pas urgent. La jeune professeure prit un moment pour répondre, ayant du mal à camoufler le petit oubli à ce propos. Ce n’était pas sa faute ! Elle avait comme l’impression qu’aller travailler était synonyme de « rêve éveillé »… Cyprien allait la remballer vite fait bien fait. Ou pas ?

Céleste – Heu... C'est-à-dire que... Je pensais rentrer au Pensionnat pour corriger et aller les chercher plus tard. Mais tu ne me laisseras pas faire, j'imagine ?

Cyprien – Bon, je te dépose à Gray, profite du soleil, le village est plus calme en ce moment, les travaux avancent vite.

Bah voilà… Céleste marmonna un moment, essayant tout de même de convaincre son chauffeur du moment sur le chemin, mais autant dire que c’était peine perdue. Ils arrivèrent à Gray assez vite et elle dut descendre à contrecœur, laissant Cyprien démarrer pour retourner au Pensionnat. Au pire, elle pouvait toujours revenir à pied… ? Non, non, mauvaise idée. Se résignant, Céleste se balada un moment dans Gray, cherchant une pharmacie et constatant, qu’en effet, les travaux avançaient vite. Elle avait aidé mais seulement pour les opérations de déblayage et de construction, n’utilisant évidemment pas son don pour tout reconstruire.

Au coin d’une rue, la jeune femme reconnut Adrien qui venait de saluer une femme blonde… au moment où sa folle de femme sortit en furie de la boulangerie derrière lui, insultant l’interlocutrice de « salope qui n’avait pas à toucher à son mari ! ». Elle avait… Elle avait mal entendu. Céleste fit des yeux ronds en dévisageant l’infirmier, l’ex-professeur de maths et la jeune femme. Elle venait de l’insulter parce qu’elle avait dit bonjour à son mari ? Non mais qu’ils fassent quelque chose, là, elle était bonne à enfermer ! Ou alors, elle avait mal entendu. C’était possible, aussi.

Femme – Je vous demande pardon ? dit-il d’un ton moitié choqué moitié furieux.

Céleste recula malgré elle, n’ayant clairement pas envie de croiser Sarah aujourd’hui. Elle avait donné, c’était bon, qu’elle aille se faire soigner. En soi, son état n’était pas étonnant, elle venait de se faire renvoyer de l’école. Pensant à ce « détail », la jeune professeure ne put s’empêcher de sourire, jubilant intérieurement, portant un intérêt soudain pour la scène. Si elle osait toucher à un cheveu de cette femme parce qu’elle avait parlé à Adrien, Céleste jurait qu’elle allait lui coller la police sur le dos.

Naturellement, Sarah s’excita pendant que son pauvre mari essayait, en vain, de la calmer. Elle déblatéra un flot d’insultes tout à fait injustifiées à l’encontre de cette femme qui n’avait rien fait, seulement coupable d’avoir dit bonjour à Adrien. Céleste compatissait, si c’était cela la vie qu’il voulait vivre… En plus d’être insupportable, elle ne tolérait pas que son époux ait des amis, une vie sociale, des personnes sur qui compter ?

Cependant, plutôt que de se laisser faire, la nouvelle victime de Sarah sortit une arme sans crier gare et l’on entendit distinctement un coup de feu être tiré… aux pieds de la dangereuse-psychopathe, puis deux fois autour de sa tête. Oh oh, raté cette fois, elle était tombée sur quelqu’un qui savait se défendre ! Au moins, elle avait eu le mérite de la faire taire, la faisant devenir plus pâle que la mort. Céleste, elle, regardait la scène d’un air surpris mais n’avait même pas sursauté, ayant appris à vivre avec ce genre de bruits au quotidien depuis un an maintenant. Et puis, avec les cours d’élément…

Femme – C’est ta « femme », Adrien ? lança-t-elle dans un silence de mort en remettant le calot de sécurité. Je te souhaite bon courage et pense à la faire soigner.

Oui… Du courage, il allait en avoir besoin. Céleste n’avait pas bougé d’un pouce, tandis qu’Adrien semblait marmonner un truc puis s’éloigner en courant avec sa folle d’épouse. Le pauvre, vraiment… Comment pouvait-il rester avec elle après tout ce qu’elle faisait subir aux autres ? Non, définitivement, elle ne le comprenait pas. Cette femme était invivable ! Comment pouvait-on être jalouse et hystérique à ce point-là ? Encore une fois, savoir qu’elle était renvoyée de Pensionnat rassura Céleste, surtout après avoir assisté à une telle scène.

L’interlocutrice d’Adrien rangea son pistolet avant de croiser son regard, qu’elle lui rendit sans gêne, admirative même si la fatigue l’empêchait de le montrer. Elle lui fit un sourire d’excuse, mais il n’y avait vraiment pas besoin, elle avait très bien fait de se défendre comme cela. Ce n’est qu’à ce moment que Céleste put réellement voir son visage. Visage étrangement familier, d’ailleurs… Mais non, elle devait halluciner, ici encore. Où aurait-elle pu la croiser ? Elle n’était pas professeure au Pensionnat.

Femme – Désolée, madame, je ne voulais pas vous choquer, lui dit-elle poliment. Ce genre d’altercation arrive. Vous avez besoin d’un médecin ?

Céleste – Je ne suis pas choquée, dit-elle en s’efforçant de sourire. Et je sors de l’hôpital, je n’ai pas besoin de médecin, je vais bien.

Pour appuyer ses paroles, Céleste désigna son bras plâtré d’un signe de tête, essayant toujours de sourire pour rassurer son interlocutrice. Elle allait bien, c’était de la fatigue, rien de plus, pourquoi tout le monde la traitait comme si elle était fragile ? D’abord l’infirmière, ensuite Estelle, même Cyprien s’y était mis en l’obligeant à passer par Gray ! Elle avait presque peur de rentrer au Pensionnat et de croiser ses autres collègues… Alors, pitié, en dehors de l’école, ils pouvaient faire comme si elle n’avait rien.

Céleste – Vous avez bien fait de répondre à Sarah. C’est elle qui m’a fait ça, pour les mêmes raisons que vous. Je « menaçais son couple »… Pauvre Adrien, il ne sait pas dans quoi il s’engage s’il veut vraiment passer toute sa vie avec elle.

Céleste eut un regard vers l’endroit où s’étaient dirigés Adrien et Sarah, compatissant vraiment pour lui. Elle reporta ensuite son attention sur la jeune femme qui lui faisait face, ne réalisant seulement que maintenant qu’elle avait sorti une arme. C’était plutôt rare, pourquoi cela ne l’avait-il pas choquée plus tôt ? En plus, elle tirait très bien… Elle savait viser et avait assez de sang froid pour le faire sans hésiter et sans blesser spécialement. Mais où l’avait-elle vue ?! Un visage familier, une femme qui tire très bien… Non. Cela ne lui disait vraiment rien. Des cheveux blonds attachés…

Céleste – Excusez-moi, mais nous ne nous sommes jamais rencontrées ? J’ai l’impression de vous avoir déjà vue, mais je pense qu’une personne qui tire aussi bien que vous m’aurait marquée. Vous n’êtes jamais allée à Ste Famille ? C’est un Pensionnat situé à quelques minutes à pieds d’ici, les élèves ont aidé à reconstruire le village. Je suis professeure là-bas, aujourd’hui en congé forcé à cause de l’autre f… de la femme d’Adrien.

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Isabelle Robin
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MessageSujet: Re: Tirs au matin   Lun 29 Juin - 23:28

– Je ne suis pas choquée, dit-elle en s’efforçant de sourire. Et je sors de l’hôpital, je n’ai pas besoin de médecin, je vais bien.

Elle lui sourit en lui désignant son bras dans le plâtre, alors qu'Isabelle rangeait son arme dans son sac. Elle avait un peu de mal quand on prononçait le mot "hôpital" devant elle, s'inquiétant d'autant plus pour la personne qui en sortait, mais il ne fallait pas tout mélanger, les hôpitaux civils n'étaient pas dangereux. Elle lui rendit donc son sourire, à moitié rassurée. En tout cas, elle sera toujours moins débile que l'autre hystérique qui servait de femme à Adrien ! Comment faisait-il pour la supporter ? D'accord, elle ne le connaissait que très peu mais assez pour savoir qu'il n'était pas du genre névrosé à cracher son venin sur tout le monde. Alors que cette femme était... Comment dire... Semblait avoir deux ou trois problèmes. Il devrait l'envoyer consulter un psychologue, pour qu'elle redevienne à peu près normale, non ? Enfin... S'il la supportait comme elle était, c'est qu'il avait une patience en or. On pouvait l'admirer pour cela, d'ailleurs, quelqu'un devrait lui remettre une médaille.

– Vous avez bien fait de répondre à Sarah. C’est elle qui m’a fait ça, pour les mêmes raisons que vous. Je « menaçais son couple »… Pauvre Adrien, il ne sait pas dans quoi il s’engage s’il veut vraiment passer toute sa vie avec elle.

Humph. On devrait enfermer ce genre de tarés à double tour ! C'était eux qu'il valait mieux liquider, au lieu de courir la nuit derrière des prisonniers politiques pour les achever. Elle repensa aux trois qu'elle avait abattu cette nuit, qui ne méritaient sans doute pas la mort. Eux y étaient passé, alors que des êtres comme cette femme odieuse continuaient de vivre. Comment fonctionnait ce monde ? Elle eut un regard pour son interlocutrice, se souvenant de l'avoir vu passer dans les couloirs du pensionnat, les fois où elle s'y était rendue. Elle ne s'y rendait pas souvent, ne faisant parti d'aucun des programmes ou affectation de l'école. Mais elle avait déjà vu chacun des professeurs, gravant par réflexe leurs noms et leurs visages dans sa mémoire. Elle pouvait repérer et se souvenir très rapidement, réflexes acquis par les années, question de survie. Elle fouilla sa mémoire un bref instant pour retrouver le nom de son interlocutrice. C'était une des petits jeunes de l'équipe. Il y en avait quelques uns, dans le tas, peu nombreux mais ils se remarquaient très vite, ils étaient moins attentifs à leur environnement que les autres. A moins que ce ne soit elle qui ait trop l'habitude de surveiller et scruter.

– Excusez-moi, mais nous ne nous sommes jamais rencontrées ? J’ai l’impression de vous avoir déjà vue, mais je pense qu’une personne qui tire aussi bien que vous m’aurait marquée. Vous n’êtes jamais allée à Ste Famille ? C’est un Pensionnat situé à quelques minutes à pieds d’ici, les élèves ont aidé à reconstruire le village. Je suis professeure là-bas, aujourd’hui en congé forcé à cause de l’autre f… de la femme d’Adrien.

– J'ai dû m'y rendre une fois ou deux pour le travail, pour accompagner mon patron, dit-elle plus doucement en s'écartant de la route pour laisser passer un camion de chantier. Sinon, je me souviens d'avoir croisé quelques professeurs de cette école lorsque j'étais en vacances en Auvergne.

Elle savait comment réagissaient les personnes en apprenant ce qu'elle accomplissait comme "travail" et était donc nettement moins encline à l'avouer d'emblée, à présent, gardant ses distances. L'armée n'inspirait plus que la haine et elle en avait assez de devoir sans cesse se justifier et expliquer pourquoi elle ne voulait pas rendre son uniforme. C'était son choix et elle assumait d'avoir du sang sur les mains, elle assumait de tuer et de devoir tuer encore. La jeune professeur sembla réfléchir, se remémorant sans doute ce fameux voyage. Et l'altercation au déjeuner, le premier jour ? Le Colonel l'avait aussitôt défendu mais c'était son rôle de prendre la parole dans ce genre de cas.

– Oui... Je suis allée en Auvergne avec l'école, c'était pour un voyage avant les vacances. Mais où avez-vous appris à manier une arme ? C'est rare pour une femme, sauf si on travaille au Pensionnat.

– C'est mon travail qui l'exige, répondit-elle avec un léger sourire. Je ne suis pas censée tirer sur tous les hystériques qui passent mais cette cinglée m'avait porté sur les nerfs, navrée.

Elle aurait d'ailleurs voulu tirer juste entre les deux yeux au lieu de se contenter de tirer près de son visage mais tant pis. Voilà le genre de personnes pour qui elle n'aurait guère de remord si elle se retrouvait dans son viseur. La jeune femme eut un faible sourire, ce qui la fit apparaître encore plus fragile qu'elle ne l'était déjà. Dieu qu'elle était jeune, quel âge pouvait-elle avoir ? Isabelle se rendait compte du temps qui défilait en voyant d'autres femme de cet âge. Elle-même approchait de la quarantaine et ne s'était jamais soucié de rien d'autre que sa carrière. Mais aujourd'hui... Avec le Colonel... Ah, bon sang, rien n'était simple.

– Ce n'est pas grave, j'aurais sans doute fait la même chose à votre place... J'aurais d'ailleurs dû le faire avec mes propres moyens, ça lui aurait peut-être remis les idées en place.

– Vous possédez un don aussi ? demanda-t-elle en s'approchant du magasin derrière elle pour voir ce qui était exposé, cherchant ce qui pourrait faire plaisir au Colonel.

Elle ne pouvait s'empêcher de rester en alerte, comme si elle pouvait se faire attaquer à tout instant. La nuit avait été très longue et éprouvante, elle n'était pas encore sortie de la phase "état d'alerte". C'était comme si elle tenait encore son long fusil entre ses mains, comme si elle avait encore l'œil collé à la lunette de tir, comme si ses doigts effleuraient encore la détente du fusil, prêts à arracher un nouvel être humain à cette terre. Un tir, un mort. Toujours. Elle redressa la tête alors que son interlocutrice prenait un air bizarre.

– Oui, je suis professeur d'élément depuis deux ans.

Elle devait sûrement se méfier, cette question était loin d'être anodine, à présent. Isabelle retint un soupir, les bras croisés, regardant ce que proposait le magasin. Elle finissait par ne plus savoir comment avoir des conversations normales avec les gens qu'elle rencontrait, en ayant assez d'être dévisagée avec peur ou haine. C'était peut-être horrible à entendre mais elle n'avait pas honte de ce qu'elle faisait. Elle avait appris à se détacher de beaucoup de principes, sans quoi elle ne pourrait jamais exercer son métier. La vie et la mort étaient de simples notions, pour elle. On naissait, on vivait, on mourait. Un cycle qui se répétait éternellement, sur la terre entière. Des notions, rien de plus. Elle ne s'émouvait pas de la fin de sa propre vie, puisqu'elle ne devait pas y accorder trop d'importance. La mort était une amie quotidienne.

– Moi je travaille dans l'armée, de carrière.

Elle s'attendait aux réactions habituelles, stupeur, choc, peur, colère, dégoût. Regard qui vous montre à quel point vous étiez un être indésirable. Haine, alors que personne ne pouvait comprendre à quel point la menace d'une autre guerre mondiale était réelle et que personne ne voulait revoir les atrocités de la Grande Guerre. Elle jeta un regard à la professeur qui s'était figée en la dévisageant.

– Vous étiez à côté du militaire qu'un des professeurs a agressé, en Auvergne. Je me rappelle maintenant... Je suis professeur de l'élément foudre. Ce n'est pas quelque chose que l'on avoue immédiatement, vu la nature de cet élément.

– Vous pourriez, pourtant, soupira-t-elle. Vous êtes une civile. La foudre n'est pas l'élément le plus destructeur, vous savez...

Elle regarda autour d'elle avec une légère moue aux lèvres. Le feu filait bien plus vite et dévorait tout sur son passage, il suffisait d'un rien pour l'alimenter et augmenter sa puissance. Il pouvait détruire sur un très large périmètre et mortellement. L'eau pouvait se gonfler en raz-de-marée dévastateurs. La vent pouvant devenir ouragan ou tornade. La terre pouvait se déchirer et s'ouvrir, engloutissant des villes entières. La foudre ne frappait que sur un périmètre restreint, en une attaque vive mais peu large. C'est un élément qui exigeait une maîtrise de très haut vol pour qu'il soit aussi destructeur que le feu ou la terre. En résumé, les personnes qui n'étaient pas très puissantes avec cet élément ne pouvaient pas en faire grand-chose, à part s'amuser avec.

– Peut-être... Mais la foudre ne sert qu'à détruire, et à rien d'autre. Il suffit parfois de presque rien pour détruire beaucoup... L'eau, le feu, la glace, la terre et le vent peuvent aider dans bien des domaines là où la foudre ne peut rien faire de constructif.

– La foudre est un élément de pouvoir... Si son porteur n'est pas très puissant lui-même, ça ne sert à rien, en effet. Mais ce n'est pas un élément "inutile". Tout dépend de qui l'utilise et comment.

C'était l'élément le plus puissant, l'un des plus dangereux, l'un des plus vifs. S'il était correctement nourri, on pouvait s'en servir pour accomplir de grandes choses. Isabelle croyait à la théorie affirmant que les éléments avaient des "âmes", liées à celles de leurs porteurs. Plus le porteur était confiant et fort de caractère, plus le don saura se développer et grandir. Les exemples ne manquaient pas, même des enfants avec une forte volonté pouvaient progresser très vite ainsi, même s'ils n'avaient pas encore seize ans. Elle an avait déjà vu, à douze, treize ou quatorze ans, devenir aussi puissants que des adultes par la simple volonté. C'était rare mais cela arrivait. Leur générale était aussi un parfait exemple de ce qu'on pouvait accomplir avec ce pouvoir, de son potentiel. Et d'autres encore.

– En tant que prof, vous pensez que les dons ont une âme ?

Elle était assez curieuse de savoir ce qu'une personne enseignant cet élément pouvait bien en penser. Que pouvait-on dire des dons, étaient-ils "vivants, avaient-ils vraiment une conscience propre ? Elle n'en possédait pas et ne pouvait pas vérifier par elle-même, avec ses propres ressentis. Le colonel n'en parlait que très peu et elle n'avait pas voulu l'interroger plus avant là-dessus. Il avait déjà assez de mal à gérer ce qu'il ressentait vis-à-vis de son pouvoir, inutile de lui rajouter ce genre de questionnement sur le dos. La jeune femme réfléchit un moment, la bouche entrouverte.

– Je pense que oui. De nombreuses personnes ont déjà voulu lâcher leur don ou... le retourner contre elles sans jamais y arriver , comme si le don le refusait.

– Je connais aussi une personne qui l'a tenté... Qui l'a relâché, sans aucun contrôle ni peur, de façon si violente. Mais ni mort ni blessure ne s'est ensuivi. Alors peut-être les éléments ont ne conscience propre, c'est possible. Mais un don sera toujours plus épanoui et puissant si son porteur est lui-même fort.

Elle songeait à la directrice et au colonel, les deux personnes qu'on pouvait sans doute qualifier "d'armes humaines" sans erreur. Elle eut un petit sourire assez triste, reportant son regard sur la vitrine du magasin.

– Donc vous vous souvenez de ce charmant déjeuner en Auvergne ? Votre collègue a été choqué par le fait que je sois une femme, et par l'âge de mon supérieur hiérarchique. Il devrait savoir que l'âge ne fait pas le talent, pourtant, n'est-ce pas ?

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Tirs au matin   Lun 6 Juil - 15:41

Femme – J'ai dû m'y rendre une fois ou deux pour le travail, pour accompagner mon patron, dit-elle plus doucement en s'écartant de la route pour laisser passer un camion de chantier. Sinon, je me souviens d'avoir croisé quelques professeurs de cette école lorsque j'étais en vacances en Auvergne.

En Auvergne… C’était possible, oui, il y avait eu un voyage en Auvergne avec les élèves pour leur changer les idées et profiter un peu d’une autre ambiance, profiter d’un peu de repos avant la période « examens ». A chaque fois, avant la dernière ligne droite, les élèves avaient tendance à se relâcher, Céleste l’avait déjà remarqué l’année précédente par des résultats moins bons que d’habitude. Elle s’était renseignée, croyant avoir mal fait quelque chose, mais ses collègues lui avaient dit qu’elle ne devait pas s’inquiéter, que les élèves étaient tous un peu plus « mous » dans la dernière ligne droite. Grâce au voyage en Auvergne, ils avaient évité cette conséquence, la directrice avait eu une très bonne idée. Céleste hocha la tête, resserrant un peu son bras contre elle, mal à l’aise avec ce plâtre.

Mais il y avait quelque chose qui l’intriguait encore. Si cette femme était allée en Auvergne, qu’elles s’étaient croisées, la jeune professeure l’aurait reconnue, aurait retenu son visage… Elle manie les armes à la perfection, d’après ce qu’elle avait pu voir. Elle-même n’avait pas fait la démarche pour apprendre à tirer avec une arme lorsque la directrice le leur avait proposé, ayant déjà une peur bleue de son don et étant malade à l’idée de blesser quelqu’un. Elle savait se défendre, c’était suffisant. Enfin… Cela dépendait de la personne qui se trouvait en face. En l’occurrence, pas quelqu’un maniant l’élément vent comme Sarah…

Céleste – Oui... Je suis allée en Auvergne avec l'école, c'était pour un voyage avant les vacances. Mais où avez-vous appris à manier une arme ? C'est rare pour une femme, sauf si on travaille au Pensionnat.

Femme – C'est mon travail qui l'exige, répondit-elle avec un léger sourire. Je ne suis pas censée tirer sur tous les hystériques qui passent mais cette cinglée m'avait porté sur les nerfs, navrée.

Céleste eut un faible sourire, voulant faire un signe de la main pour montrer que ce n’était rien mais fut incapable de le faire à cause du plâtre. Elle n’arriverait jamais à s’y faire ! Et Estelle qui comptait la couver… Il fallait bien qu’elle s’habitue à son plâtre, à faire les gestes quotidiens seule si elle voulait s’en sortir seule pendant les vacances. Il y aurait Alexis, bien sûr, mais il ne resterait que deux semaines. Après, ce serait à elle de s’en sortir, et hors de question de réclamer de l’aide. Un mois entier dans le plâtre… Céleste ferma son poing valide en pensant à Sarah. Cette femme était folle. Complètement cinglée… Elle aurait vraiment dû utiliser son don. Une petite décharge lui aurait remis les idées en place. Et puis, Cyprien voulait qu’elle s’entraîne, non ? Quoi de mieux qu’une cible vivante ? Hum, bref, ce n’était pas très sérieux.

Céleste – Ce n'est pas grave, j'aurais sans doute fait la même chose à votre place... J'aurais d'ailleurs dû le faire avec mes propres moyens, ça lui aurait peut-être remis les idées en place.

Femme – Vous possédez un don aussi ? demanda-t-elle en s'approchant du magasin derrière elle pour voir ce qui était exposé.

Céleste ne put s’empêcher de réagir instinctivement, immédiatement sur la défensive malgré elle, et perdit son sourire en regardant la jeune femme. Oui, elle avait un don, mais lui dire lequel… Apprendre que la personne en face de soi maîtrise la foudre n’est pas des plus rassurants, surtout avec la directrice qui était très puissante et ne faisait pas la meilleure publicité de ce don aux yeux des autres. D’accord, ce n’était pas son cas, loin de là, elle devait encore travailler et continuer pour le perfectionner, le retrouver comme il l’était avant. Mais cela, les passants ne pouvaient pas le deviner en apprenant seulement qu’elle possédait la foudre. En dehors de ce détail, posséder un don n’était pas la meilleure caractéristique dans la région… Même si ce village était plus sûr, maintenant, comme les villageois leur devaient une fière chandelle. Cependant, Céleste devait rester courtoise, cette femme n’avait rien fait, c’était une question normale, il était logique qu’elle se méfie aussi. Tâchant de reprendre un air normal, décontracté alors que son interlocutrice la regardait, la jeune professeure finit par répondre, sans trop donner de précision tout de même.

Céleste – Oui, je suis professeur d'élément depuis deux ans.

Militaire – Moi je travaille dans l'armée, de carrière.

Mil… Mais oui ! Céleste se figea en dévisageant la femme qui lui faisait face. Elle travaillait avec le militaire qui s’était querellé avec Vincent, dévoilant qu’il avait un don implicitement sans le dire ou montrer, le sous-entendant simplement. Il les aidait de l’intérieur, comme il le pouvait. Voilà où elle l’avait déjà vue ! Comment ne l’avait-elle pas reconnue avant ? Cette dispute avait pourtant fait le tour de tous les élèves et professeurs, y compris toutes les personnes présentes dans la salle à ce moment-là. Bon, elle était peut-être encore un peu fatiguée, avait l’esprit un peu embrouillé, voilà tout. Elle comprenait, d’un coup, pourquoi elle tirait aussi bien et pourquoi elle n’avait pas osé donner sa vraie profession… Mais si elle était de leur côté, Céleste n’avait pas à avoir peur.

Céleste – Vous étiez à côté du militaire qu'un des professeurs a agressé, en Auvergne. Je me rappelle maintenant... Je suis professeur de l'élément foudre. Ce n'est pas quelque chose que l'on avoue immédiatement, vu la nature de cet élément.

Lieutenant – Vous pourriez, pourtant, soupira-t-elle. Vous êtes une civile. La foudre n'est pas l'élément le plus destructeur, vous savez...

Son interlocutrice regarda alors autour d’elle, appuyant ses paroles. Peut-être la foudre n’était-elle pas aussi destructrice que le feu, en effet, mais elle pouvait provoquer des accidents tragiques. Et puis, elle ne servait qu’à détruire… Détruire, et rien d’autre, là où le feu pouvait réchauffer, consolider, autant que l’eau, la terre, la glace et le vent. Evidemment, tous les dons avaient une part de destruction, ils pouvaient être dangereux, mais ils pouvaient également être utiles. Là où la foudre ne l’était pas… Céleste baissa un peu la tête, un voile de tristesse passant sur ses yeux.

Céleste – Peut-être... Mais la foudre ne sert qu'à détruire, et à rien d'autre. Il suffit parfois de presque rien pour détruire beaucoup... L'eau, le feu, la glace, la terre et le vent peuvent aider dans bien des domaines là où la foudre ne peut rien faire de constructif.

Lieutenant – La foudre est un élément de pouvoir... Si son porteur n'est pas très puissant lui-même, ça ne sert à rien, en effet. Mais ce n'est pas un élément "inutile". Tout dépend de qui l'utilise et comment.

Céleste ne répondit rien, pensive. Pour elle, cet élément était plus destructeur qu’autre chose, même si elle travaillait à revoir sa vision de la foudre avec Cyprien. Elle n’y pouvait rien, il lui fallait du temps, beaucoup de temps pour oublier. Elle faisait vraiment des efforts ! Mais c’était difficile, on n’oublie pas la mort d’une personne aussi chère en un claquement de doigts. Surtout après être arrivée au stade où elle avait voulu le voir disparaître et, qu’au lieu de cela, elle avait développé un autre don, opposé au premier… L’ironie du sort pour elle qui avait seulement voulu tirer un trait sur tout cela. Uniquement parce que ce don faisait « partie d’elle », et qu’elle ne pouvait pas l’éviter. Céleste regarda distraitement une vitrine face à elle, magasin récemment ouvert apparemment, sur laquelle le ou la propriétaire avait placardé une affiche de remerciement à l’égard de toutes les personnes qui avaient aidé à la reconstruction du village même si ce n’était pas terminé. Les dons… Elle resserra sa main gauche sur la hanse de son sac, toujours silencieuse.

Lieutenant – En tant que prof, vous pensez que les dons ont une âme ?

Céleste tourna la tête vers son interlocutrice, bouche entrouverte, décontenancée par sa question, avant de le reporter progressivement sur la vitrine qu’elle regardait. Il était rare d’entendre des personnes poser ce genre de question sur les dons. Généralement, elles ne voyaient que la face non-immergée de l’iceberg, ne cherchaient pas plus loin, surtout aujourd’hui. Enfin, cette femme était différente. Son supérieur était un militaire et maniait le feu… Comment pourrait-elle choquée ? S’il y avait bien un militaire qui pouvait se poser ce genre de questions, c’était bien elle. Avec son supérieur, bien sûr. Ce détail ne lui revenait que maintenant, mais il avait voulu défendre sa coéquipière et il s’était clairement présenté avec le salut militaire et tout cela. Céleste ne put camoufler un léger sourire en repensant à cet épisode, toujours tournée vers la vitrine du magasin.

Si les dons ont une âme… Malheureusement, pour elle en tout cas, oui. Ou heureusement ? Ils en avaient une, bon nombre de professeurs en étaient convaincus. Elle-même avait déjà eu la preuve, ou s’en doutait du moins, car son propre don était resté actif et avait même réagi en fonction de ce qu’elle vivait. Il ne s’était jamais éteint alors que c’est ce qu’elle avait recherché durant des mois, qu’elle ne le relâchait plus depuis deux ans. Enfin, presque, vu que Cyprien était intervenu entre-temps. Et puis, il y avait le jeune Alexis… Lui avait fait tout le contraire d’elle-même, relâchant son don aussi fort qu’il le pouvait dans l’espoir de se faire tuer. Chose qui n’était jamais arrivée. Céleste eut un frisson qu’elle tenta de maîtriser, reportant son regard sur la militaire.

Céleste – Je pense que oui. De nombreuses personnes ont déjà voulu lâcher leur don ou... le retourner contre elles sans jamais y arriver, comme si le don le refusait.

Lieutenant – Je connais aussi une personne qui l'a tenté... Qui l'a relâché, sans aucun contrôle ni peur, de façon si violente. Mais ni mort ni blessure ne s'est ensuivi. Alors peut-être les éléments ont une conscience propre, c'est possible. Mais un don sera toujours plus épanoui et puissant si son porteur est lui-même fort.

Restait à savoir comment évaluer la force du porteur en question, ce qui la terrifiait en un sens. Les professeurs de leur directrice savaient-ils qu’elle serait forte, aussi puissante aujourd’hui, à l’époque ? Ou était-ce un événement particulier qui avait tout déclenché par la suite ? Bien sûr, le vécu d’une personne pouvait l’endurcir, comme elle-même avait été endurcie et avait considérablement changé depuis ses études au Pensionnat. Mais était-ce seulement la force de la personne qui influençait le don ? Ou était-ce le don qui influençait la personne ? Ou encore les deux… Il n’y avait qu’à regarder la directrice et ce militaire qui possédait le don du feu. S’il avait le surnom que Vincent avait mentionné, il devait être puissant…

Lieutenant – Donc vous vous souvenez de ce charmant déjeuner en Auvergne ? Votre collègue a été choqué par le fait que je sois une femme, et par l'âge de mon supérieur hiérarchique. Il devrait savoir que l'âge ne fait pas le talent, pourtant, n'est-ce pas ?

Céleste – Oui, dit-elle avec un petit sourire. Je ne sais pas ce qui lui a pris… Il s’emporte très facilement et je pense que voir des militaires rester à côté d’élèves ne lui a pas plu. Moi-même, je ne l’apprécie pas beaucoup, je pense qu’il a du mal à tolérer que les femmes travaillent… J’espère que vous ne l’avez pas pris pour vous.

Céleste se tourna vers la militaire, s’écartant un peu et se remettant à marcher en la suivant, devant « profiter » d’après Cyprien. La propriétaire les regardait avec un drôle d’air et semblait avoir désespéré de les voir regarder la vitrine sans rien acheter. C’est vrai que rester comme cela devant un magasin sans avoir spécialement l’intention d’acheter n’était pas discret. Mais qu’allait-elle faire d’autre ici, toute la journée… ? Il était drôle, Cyprien, mais se balader sans rien avoir à faire, c’était une perte de temps. Elle devait acheter ses médicaments, oui, mais après ? Elles arrivèrent d’ailleurs en face d’une pharmacie, en tournant au coin de la rue. Celle-ci devait avoir reçu un stock tout nouveau récemment, Céleste y trouverait sûrement tous les médicaments dont elle avait besoin. Elle se tourna vers le lieutenant, essayant d’attraper l’ordonnance fournie à l’hôpital dans son sac.

Céleste – Je dois acheter des médicaments, cette pharmacie a l’air plus fournie que les autres et je pense tout trouver dedans. Est-ce que vous aviez des projets pour la journée ? J’aurais aimé vous offrir un café pour vous remercier d’avoir remis Sarah à sa place comme je n’ai pas pu le faire.

Lieutenant – Je suis en repos, aujourd'hui, donc pourquoi pas. C'est l'hystérique qui vous a blessée ? Cette femme a vraiment de sérieux problèmes.

Céleste – Oui… Mais je suis fautive aussi.

Céleste lui dit d’attendre, qu’elle allait lui expliquer, et entra dans la pharmacie déserte à cette heure-ci pour prendre les médicaments. Elle se battit contre son sac pendant deux bonnes minutes avant que le pharmacien lui propose son aide mais elle parvint, au même instant, à extirper le bout de papier tant convoité de son sac. Elle lança un petit regard d’excuse à l’homme qui étouffa un rire et lui tendit l’ordonnance, précisant qu’elle était sortie de l’hôpital ce matin.

Pharmacien – Je vois… Attendez-moi une minute.

Le pharmacien alla à droite et à gauche dans la boutique emplie d’odeurs de médicaments, compresses et autres produits. Elle détestait cette odeur presque autant que les hôpitaux, même si c’était complètement stupide. Se tenant le bras qui lui lançait soudainement, mais c’était sans aucun doute psychologique et pas réel, Céleste attendit le retour du pharmacien qui ajoutait des grosses boîtes. Sarah allait le lui payer… Elle ignorait comment, mais elle était cinglée, il fallait vraiment l’enfermer !

Pharmacie – Eh voilà ! Veillez à bien respecter les instructions que j’ai marquées sur les boîtes, je me suis dit que ce serait plus simple pour vous. Il vous fallait autre chose ?

Céleste – Non… Merci, dit-elle d’un ton boudeur.

La jeune professeure régla la note, prenant le sac et saluant le pharmacien. Elle sortit de la pharmacie en faisant un mince sourire à la militaire qui était toujours là, les joues un peu plus rouges. Un mois avec ce bras dans le plâtre… Elle n’allait jamais y arriver sans se ridiculiser ! Bon, relativiser, Alexis serait là les deux premières semaines du mois de juillet, celles qui seraient les plus difficiles niveau adaptation. C’était toujours cela de gagné, non ? Céleste recommença à marcher, cherchant un café du regard tout en essayant de faire rentrer les médicaments dans son sac, bataillant encore une fois avec tout cela.

Céleste – Je disais donc… Mais allez !

La jeune femme demanda de l’aide à son interlocutrice pour ouvrir un peu plus son sac et y glisser les médicaments. Elle n’avait déjà qu’un bras de valide, hors de question qu’elle monopolise le deuxième avec les médicaments. La remerciant, elle vit un peu plus loin une petite terrasse remise à neuf avec une offre spéciale « réouverture », des couleurs rouge et orange bordant l’écriteau du nom du café, « A l’Ancienne ». Céleste le désigna d’un signe de tête, le rejoignant avec la militaire en quelques pas. C’était calme, apaisant, et surtout reposant. Le café était rebâti à l’aide de briques beiges, grossières mais qui faisaient tout le charme de l’endroit. Céleste sourit en reconnaissant le style des élèves du Pensionnat, ceux maniant la terre et l’eau ayant sans doute aidé à reconstruire ce café. Se retrouver assise faisait du bien, malgré ce qu’elle maintenait à Cyprien depuis qu’il l’avait déposée. Oui, elle était un peu fatiguée, mais c’était normal. A peine furent-elles assises qu’un serveur arriva, les cheveux courts et blonds, yeux gris avec un grand sourire. Il prit leur commande et repartit aussitôt, leur demandant de patienter quelques minutes.

Céleste – Je suis désolée, je ne suis pas habituée à… être comme ça. Je n’aime pas dépendre de quelqu’un, et Sarah a agi comme une cinglée. Je lui reprochais de faire pleurer tous les élèves, certains ont même jeté l’éponge à cause de son examen parce qu’elle est sévère, très sévère, et qu’ils savent qu’un examen raté signifie l’échec de l’année. Elle n’a pas apprécié et m’a projetée contre le mur avec son don.

Céleste se laissa retomber contre la chaise, essayant de mettre son bras sans qu’il ne la gêne. Elle ne voyait pas comment faire pendant un mois entier, mais elle persévérerait et y arriverait, elle le savait. Il lui fallait juste un peu de temps, rien de plus. Elle reporta un regard fatigué sur le lieutenant, voulant progresser mais manquant de patience. Elle le savait mais ce n’était pas son genre, elle ne demandait d’aide à personne, sauf en cas d’urgence. Comme avec Kimmitsu, Cyprien et son don… Si le sous-directeur ne lui avait rien dit, elle n’aurait jamais parlé.

Céleste – Mais je suppose que je l’ai cherché…, dit-elle avec un geste blasé. Je n’aurais pas dû provoquer Sarah près du réfectoire avec tous les élèves. Ils n’ont pas besoin de tension supplémentaire, seulement les professeurs devraient les soutenir. Ou, au moins, ne pas les enfoncer. Je n’ai pas supporté de voir cette élève s’effondrer en larmes après son examen d’élément alors qu’elle s’était très bien débrouillée…

Mais elle n’avait pas réfléchi, n’avait pas attendu, et là était son erreur. Elle aurait dû attendre jusqu’au soir, même si les choses se seraient sans doute déroulées autrement. Si Céleste était allée trouver Sarah dans son appartement et qu’elle l’avait attaquée, cela aurait été sa parole contre la sienne. Alors qu’ici, il y avait des témoins… Enfin, elle n’avait pas menti. Donc peut-être aurait-elle réagi de la même manière. Ou pas ? La jeune professeure ne savait pas, sentant un gros coup de fatigue arriver. Au même instant, on leur apporta leur commande, dont un café bien noir pour Céleste qui en but une longue gorgée après avoir remercié le serveur. Redéposant sa tasse, elle reporta à nouveau son regard sur la militaire.

Céleste – Comment faites-vous pour ne jamais craquer ? Pour nous, c’est difficile, mais je n’ose même pas imaginer votre situation… Je pense que vous avez redonné espoir à pas mal d’élèves, ce jour-là, en Auvergne. Et pourtant, vous avez l'air extrêmement calme et vous êtes toujours là, malgré ce qui se passe au Pensionnat.

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Isabelle Robin
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MessageSujet: Re: Tirs au matin   Lun 6 Juil - 21:00

– Oui, dit-elle avec un petit sourire. Je ne sais pas ce qui lui a pris… Il s’emporte très facilement et je pense que voir des militaires rester à côté d’élèves ne lui a pas plu. Moi-même, je ne l’apprécie pas beaucoup, je pense qu’il a du mal à tolérer que les femmes travaillent… J’espère que vous ne l’avez pas pris pour vous.

Elle secoua légèrement la tête, rajustant son sac sur son épaule avant de se remettre en marche. Le prendre pour elle ? Elle n’aurait même pas eu le temps, le Colonel était intervenu si vite ! Les joies de la hiérarchie, ou quand vous deviez parler pour d’autres sans vous tromper. Enfin, pour être honnête, il était bien plus choquant, pour beaucoup, de voir des femmes dans l’armée qu’en voir à travailler dans des bureaux ou ce genre de chose. On ne pouvait tolérer qu’une femme puisse manier une arme et pourtant ! Avoir de la poitrine ne vous empêchait pas de bien savoir viser et elle aimait cela, malgré tout. Elles s’arrêtèrent tout à coup près d’une pharmacie, alors que la jeune femme se débattait pour sortir quelque chose de son sac. Elle avait besoin d’aide ? Isabelle avait déjà eu des os cassés bien des fois, entraînement oblige, et ce n’était pas toujours simple lorsqu’on était touché au bras ou à la jambe.

– Je dois acheter des médicaments, cette pharmacie a l’air plus fournie que les autres et je pense tout trouver dedans. Est-ce que vous aviez des projets pour la journée ? J’aurais aimé vous offrir un café pour vous remercier d’avoir remis Sarah à sa place comme je n’ai pas pu le faire.

– Je suis en repos, aujourd'hui, donc pourquoi pas. C'est l'hystérique qui vous a blessée ? Cette femme a vraiment de sérieux problèmes.

– Oui… Mais je suis fautive aussi.

Elle l’attendit au-dehors, promenant le regard sur le village qui renaissait de ses cendres. Chaque fois qu’elle marchait dans ces rues, elle se revoyait, cette nuit où tout brûlait, couverte pour se protéger des flammes, son fusil sur les dos, grimpant les marches du clocher alors que tout brûlait. Elle se revoyait coller l’œil à la lunette du fusil, chercher l’homme, l’abattre. Sans lui laisser la moindre chance, sans la moindre compassion. Et elle ne le regrettait pas. Oui, c’était immonde, mais elle ne regrettait rien de ce qui pouvait protéger son supérieur hiérarchique. Bradley savait tout, oui, mais pas les habitants du village, pas le reste de l’armée. Elle continuera à l’aider et le soutenir, même si elle était prise comme otage. Elle rougit un peu en repensant au moment où s’ils étaient embrassés. Elle n’y avait pas encore vraiment repensé, trop prise par le reste, et ne savait plus où elle en était. Mais elle était certaine de vouloir le protéger, jusqu’au bout, d’être un soutien de chaque instant.

La jeune femme sortit finalement de la pharmacie et elles se remirent en route. Isabelle trouvait toujours un peu étrange de marcher tranquillement comme cela dans la rue après ce genre de nuit. Elle était un assassin. Un tir, un mort. Ceux qui disaient qu’être armé était bien pour se protéger se trompaient. On pouvait se protéger de bien des façons différentes mais un pistolet ne servait qu’à tuer. Ce n’était pas un bouclier ni un moyen de défense, c’était une arme, faite pour attaquer. Une arme et rien d’autre, ce devait rester ainsi. Elle revint à la réalité en voyant Céleste se battre avec ses boîtes, pour les mettre dans son sac. Toujours pas d’aide, elle voulait se débrouiller seule ? Si c’était juste une question de fierté, qu’elle ne s’inquiète pas, Isabelle n’était pas du genre à se moquer ou quoi que ce soit du genre.

– Je disais donc… Mais allez !

Elle lui demanda de l’aide, ce qu’Isabelle accepta avec un petit sourire. Ce devait être la première fois qu’elle avait un bras cassé, elle ne connaissait pas encore les bons gestes, mais ça venait très vite, tout le monde trouvait intuitivement comment se positionner au mieux pour ne pas avoir mal. Elle lui désigna ensuite un café avec une terrasse. Isabelle haussa un sourcil devant les couleurs absolument affreuses qui recouvraient la façade. Oh mon dieu, une telle faute de goût, on n’appelait pas ça un crime ? Même les murs étaient à moitié roses… Dieu que c’était moche, vu d’ensemble. Elle s’assit en face de sa jeune interlocutrice, évitant de grimacer devant cette charmante « décoration ». Enfin, les tables et les chaises en bois aidaient à sortir de cette atmosphère de bonbon à moitié mâché et recraché au sol. Un serveur vint à leur table et elle commanda un café bien noir, sentant les conséquences de sa nuit blanche retomber un peu, à présent qu’elle était assise. Elle accrocha son sac à la chaise, afin de saisir son arme rapidement en cas de besoin. Réflexe de sniper.

– Je suis désolée, je ne suis pas habituée à… être comme ça. Je n’aime pas dépendre de quelqu’un, et Sarah a agi comme une cinglée. Je lui reprochais de faire pleurer tous les élèves, certains ont même jeté l’éponge à cause de son examen parce qu’elle est sévère, très sévère, et qu’ils savent qu’un examen raté signifie l’échec de l’année. Elle n’a pas apprécié et m’a projetée contre le mur avec son don.

Il y a des élèves qui pleuraient car un de leur professeur était trop sévère… ? Et jeter l’éponge juste pour cela… Ah, Dieu, ce n’était décidément pas du tout la même mentalité, elle ne s’en rendait vraiment compte que lorsqu’elle discutait avec des civils, qui ne côtoyaient pas vraiment des soldats au quotidien.

– Mais je suppose que je l’ai cherché…, dit-elle avec un geste blasé. Je n’aurais pas dû provoquer Sarah près du réfectoire avec tous les élèves. Ils n’ont pas besoin de tension supplémentaire, seulement les professeurs devraient les soutenir. Ou, au moins, ne pas les enfoncer. Je n’ai pas supporté de voir cette élève s’effondrer en larmes après son examen d’élément alors qu’elle s’était très bien débrouillée…

Heureusement que la fin de l’année arrivait, tout le monde devait être à cran, dans cette école. Et cela n’allait pas s’arranger l’année suivante. Elle remercia le serveur lorsqu’il vint déposer une tasse devant elle, faisant glisser un sucre dedans avant de touiller. Elle n’avait entendu de rumeurs sur cette agression, mais il fallait dire qu’à sa décharge, elle avait bien eu autre chose à penser. Les disputes étaient humaines, personne n’y échappait, perdre le contrôle était facile lorsqu’on ne prenait pas garde. Elle but une gorgée avec soulagement, sentant encore le poids du lourd fusil peser contre elle. Un tir, un mort, cette rengaine ne cessait de tourner en boucle dans son esprit.

– Comment faites-vous pour ne jamais craquer ? Pour nous, c’est difficile, mais je n’ose même pas imaginer votre situation… Je pense que vous avez redonné espoir à pas mal d’élèves, ce jour-là, en Auvergne. Et pourtant, vous avez l'air extrêmement calme et vous êtes toujours là, malgré ce qui se passe au Pensionnat.

– De… l’espoir ? répéta-t-elle avec surprise. Je ne vois pas comment, nous n’avons rien fait, en Auvergne, à part nous prendre la tête avec votre collègue idiot.

Elle tira une boîte de métal de son sac puis l’ouvrit, en ôtant les biscuits donnés dans les rations de l’armée, enveloppés dans une serviette. Elle avait faim et ces biscuits étaient confectionnés spécialement pour tenir au corps. Elle en proposa un à la jeune femme puis les remit dans la petite boîte de fer, le trempant dans son café. Ils étaient assez gros et très nourrissant, peut-être avec un goût un peu étrange lorsqu’on n’était pas habitué. Elle reprit après une courte pause, touillant sa tasse.

– Pour la question de craquer ou non, c’est différent… L’armée impose une certaine façon de penser et de fonctionner, lorsqu’on en fait partie. La notion de loyauté, surtout, change profondément. La vie et la mort ont une valeur différente, aussi. Comment expliquer cela… Je suis toujours là car j’en ai le devoir, voilà tout. Abandonner m’est inconcevable, il y a certaines choses pour lesquelles il fat être prêt à donner son honneur, sa fierté ou sa vie. Des choses pour lesquelles on peut tout sacrifier, même sa vie de famille ou ses relations sociales.

Elle ne retournerait jamais vers sa famille, aujourd’hui. Ils avaient une fois proposé de tout repartir à zéro si elle quittait l’armée mais elle avait refusé. Elle avait donné son cœur et son âme au Colonel et ne le lui retirera pas, quoi qu’il arrive. Elle eut un faible sourire pour son interlocutrice, qui ne devait peut-être pas comprendre, ou du moins accepter, ce mode de pensée, mais telle était la vie dans leur armée, pour ceux qui désiraient bouger et agir, au lieu de suivre simplement.

– Je suis et protège le colonel car je sais ce qu’il peut faire pour atteindre ses buts et que j’ai foi en lui. Et ceux, dans l’armée, qui ont choisi de suivre la générale ont foi en elle, tout simplement. Voir une personne capable de vous guider vous donne confiance et vous aide à rester calme. La générale n’a pas l’air d’avoir conscience de ça, mais elle a cet effet sur les gens, elle donne envie de la suivre les yeux fermés. Si elle s’en rendait compte…

Elle pourrait agir avec plus de force. Isabelle trempa un bout de biscuit dans le café, le portant à ses lèvres pour grignoter. Oui, il faudrait que leur générale ouvre enfin les yeux et réalise ce qu’elle pouvait déclencher. Ce n’était pas une question de pouvoir mais aussi de caractère. Au final, le gros article qui avait été fait sur elle n’était pas en faute. Elle était vraiment meilleure militaire que professeur, elle avait ça dans le sang.

– J’imagine que ce genre de discours doit vous paraître un peu fou, sourit-elle. Ou fanatique. Je n’approuve pas les méthodes du maréchal, mais il a le sens de l’honneur et il est très loyal. Le lien qui l’unit à la générale est très spécial, un peu malsain, mais fort, je pense. Mais ses méthodes sont juste odieuses… Enfin, je ne veux pas vous ennuyer avec ça. Vous n’avez jamais approfondie le sujet avec la géné… Enfin, votre directrice ?

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Tirs au matin   Dim 12 Juil - 0:02

Lieutenant – De… l’espoir ? répéta-t-elle avec surprise. Je ne vois pas comment, nous n’avons rien fait, en Auvergne, à part nous prendre la tête avec votre collègue idiot.

Céleste hocha la tête avec un petit sourire, portant son café à ses lèvres. Bien sûr. Les élèves avaient compris, ce jour-là, que certains militaires étaient avec eux et qu’ils les aidaient, les soutenaient, étaient comme eux malgré les apparences. Peut-être pas tous, certes, mais ceux qui doutaient et mettaient tous les militaires dans le même panier savaient, à présent, qu’ils avaient tort. Du moins, elle l’espérait… Les professeurs n’étaient pas nombreux à les soutenir, étant minoritaires depuis les dernières vacances, alors comment les élèves pouvaient-ils continuer à sourire et vivre leur scolarité au Pensionnat comme cela ?

La militaire tira une boîte en fer avec des énormes biscuits emballés dont elle en tira un. Ils avaient l’air un peu spéciaux, Céleste n’en avait vu que très rarement, lorsque son propre père étaient revenu de la guerre. Il avait gardé l’habitude d’en manger pendant une bonne semaine, lui en ayant même proposé une fois. Mais non, la jeune fille avait laissé la place à sa sœur qui était d’une nature beaucoup plus curieuse qu’elle. Et, vu la grimace qu’elle avait faite après… Non, merci. Céleste refusa d’un geste de la main le biscuit que lui proposa son interlocutrice, n’ayant vraiment pas faim pour le moment. Elle était surtout fatiguée, mais ce café lui faisait du bien, le liquide chaud coulant dans sa gorge la requinquait et lui donnait au moins l’impression d’être en pleine forme. Si elle Céleste avait eu du mal à réfléchir dans la rue, lorsqu’elles parlaient, ce café l’aidait clairement à se concentrer.

Lieutenant – Pour la question de craquer ou non, c’est différent… L’armée impose une certaine façon de penser et de fonctionner, lorsqu’on en fait partie. La notion de loyauté, surtout, change profondément. La vie et la mort ont une valeur différente, aussi. Comment expliquer cela… Je suis toujours là car j’en ai le devoir, voilà tout. Abandonner m’est inconcevable, il y a certaines choses pour lesquelles il faut être prêt à donner son honneur, sa fierté ou sa vie. Des choses pour lesquelles on peut tout sacrifier, même sa vie de famille ou ses relations sociales.

La jeune professeure hocha à nouveau la tête pour montrer qu’elle suivait et essayait de comprendre. Elle faisait tourner la cuillère dans sa tasse distraitement de sa main libre, sans même s’en rendre compte, pensive. D’une certaine façon, une telle discipline et acception de suivre les règles était admirable. Elle-même en aurait été incapable, écouter et exécuter les ordres envers et contre tout alors que sa conscience allait à l’encontre de ce qui se passait… Non. Non, Céleste n’aurait pas pu. Elle ne comprenait pas comment les militaires faisaient, en particulier maintenant. S’ils le voulaient, s’il n’y avait pas cette notion de loyauté, ils pourraient se retourner et les aider ! Jusqu’à présent, elle pensait qu’ils étaient tous lâches ou qu’ils avaient peur, qu’ils partageaient les idées du Maréchal. Du moins, c’est ce qu’elle pensait. Mais, aujourd’hui, maintenant qu’elle avait le point de vue d’un militaire, elle comprenait mieux ce qu’ils devaient se dire. Plus ou moins.

Lieutenant – Je suis et protège le colonel car je sais ce qu’il peut faire pour atteindre ses buts et que j’ai foi en lui. Et ceux, dans l’armée, qui ont choisi de suivre la générale ont foi en elle, tout simplement. Voir une personne capable de vous guider vous donne confiance et vous aide à rester calme. La générale n’a pas l’air d’avoir conscience de ça, mais elle a cet effet sur les gens, elle donne envie de la suivre les yeux fermés. Si elle s’en rendait compte…

Non, la directrice n’avait pas conscience de cela. Elle ne réalisait même pas le pouvoir qu’elle détenait et elle avait pris des années à voir l’amour que Cyprien lui portait, alors comment pourrait-elle réaliser une telle chose ? Et encore, c’était parce qu’il lui avait fait sa demande, parce qu’il avait tenu bon et patienté pendant tout ce temps, parce qu’il n’avait jamais abandonné. Autrement, Céleste était certaine que leur supérieure serait toujours célibataire aujourd’hui et ne disposerait pas de cette aide morale. Ils étaient conscients de l’influence qu’elle avait, sinon comment expliquer que les professeurs soient toujours là ? D’accord, ils ne la soutenaient plus, mais ils ne la trahissaient pas au sens propre où ils aidaient franchement les militaires sans se cacher. Et puis, ils restaient. Alors qu’ils auraient pu laisser tomber l’école, tout simplement, voyant que les choses s’aggravaient.

Si la directrice réalisait tout cela… ? Céleste but une nouvelle gorgée, regardant un couple de passants se disputer à côté du café pour savoir si, oui ou non, ils allaient venir ici ou s’ils allaient ailleurs. Oui, peut-être les choses seraient-elles différentes, mais penser à cette option l’effrayait. Depuis que le Maréchal avait ramené sa supérieure dans ses bras et expliqué la nature de leur relation, elle avait l’impression que tout changeait, que le Pensionnat avait été impliqué dans un projet beaucoup plus grand que ce qu’ils avaient imaginé initialement. Cela commençait à les dépasser. La directrice s’impliquait beaucoup dans son rôle de générale, le faisait même volontairement, travaillait très dur mais pas seulement pour l’école comme au tout début. Et si elle laissait tomber l’école ? Ou si elle devenait vraiment militaire ?

Lieutenant – J’imagine que ce genre de discours doit vous paraître un peu fou, sourit-elle. Ou fanatique. Je n’approuve pas les méthodes du maréchal, mais il a le sens de l’honneur et il est très loyal. Le lien qui l’unit à la générale est très spécial, un peu malsain, mais fort, je pense. Mais ses méthodes sont juste odieuses… Enfin, je ne veux pas vous ennuyer avec ça. Vous n’avez jamais approfondie le sujet avec la géné… Enfin, votre directrice ?

Céleste – Vous ne m’ennuyez pas, assura-t-elle en souriant faiblement. Nous l’avons vue revenir dans les bras du Maréchal, blessée, elle l’avait appelé à l’aide. Il nous a expliqué, à son mari et moi, le… lien qui les unissait. Aucun des deux ne veut que l’autre meure, mais tous les deux veulent arriver à leurs fins…

Céleste avait encore du mal à comprendre ce détail, ce lien, mais elle essayait vraiment. Elle essayait pour aider Cyprien et le soutenir, sachant que cela ne devait pas être simple pour lui. La directrice était accro au boulot, quoi qu’ils disent, alors ils devaient faire avec et essayer de penser comme elle pour l’aider du mieux qu’ils le pouvaient plutôt que de la contrer ou la freiner. En soi, ce qu’elle voulait était normal, compréhensible… Mais c’était gros. Beaucoup trop gros. Surtout pour le Pensionnat, simple école destinée à former des adolescents dotés de dons qu’ils ne comprennent pas et ne connaissent qu’à peine. Oui, la mentalité de l’armée lui échappait, seulement elle n’allait pas commencer à remettre en question un système qui fonctionnait ainsi depuis des années. Céleste ne comprendrait sans doute jamais ce mode de pensée, mais cela ne l’empêchait pas d’agir pour autant. Quant à parler du sujet avec la directrice… Non. Elle porta une main à son bras plâtré, le regardant un court instant avant de reporter son regard sur le lieutenant.

Céleste – Je n’ai jamais parlé de cela avec la directrice et je préfère éviter pour le moment. Elle a… d’autres choses à faire, à penser, mon seul souci est de la soutenir du mieux que je le peux avec les moyens dont je dispose. Et d’aider les élèves qui viennent apprendre à connaître leur don. Nous avons eu la chance d’avoir de l’aide, du soutien, alors je pense qu’ils en ont aussi droit… Même si le projet du Maréchal et de la directrice est louable, je crois qu’il est trop ambitieux pour le Pensionnat. Je lui fais confiance. Mais les élèves ne sont pas des soldats… Ils ne comprennent pas tout ce qui se passe et ont besoin de repères.

Céleste fit une pause en prenant une nouvelle gorgée de café, plus longue cette fois, repensant aux regards perdus de certains élèves de sa classe ayant commencé leurs études cette année. Si la petite Rosalie s’était très bien adaptée, ce n’était pas le cas de tous et elle regrettait vraiment de ne pouvoir les aider réellement, les rassurer alors que certains de leurs condisciples étaient morts à cause des militaires. Les rassurer alors qu’il y avait des barreaux aux fenêtres, un couvre-feu plus sévère, des hommes en uniforme et une carte qu’ils devaient garder en permanence au cas où il y avait un contrôle d’identité. Comment pouvoir les rassurer et leur expliquer ce qui se passait lorsque la situation leur échappait à eux aussi ? Et puis, il y en avaient d’autres qui avaient tout compris mais se sentaient piégés… Jamais Céleste n’aurait pensé faillir à son rôle de professeur autant que cette année.

Céleste – Je ne peux pas dire que je comprends vraiment la mentalité et la discipline militaire… Je serais incapable de faire ce que vous faites. Si je voulais être enseignante, c’était pour accompagner les élèves, les aider, les rassurer, leur fournir les clefs qui leur permettraient de vivre normalement avec leur don. Mais jamais je n’aurais pensé que cette mission se révélerait aussi difficile que cela… Surtout cette année.

Elle essaya de sourire mais ne fit qu’une grimace, l’air triste. Comment cette femme faisait-elle pour continuer ? La loyauté était vraiment sa seule motivation ? L’armée avait changée, et Céleste le savait. Tout changeait, cette année, de près ou de loin… La jeune professeure fronça légèrement les sourcils, regardant son interlocutrice en tenant la hanse de sa tasse posée sur la table.

Céleste – Est-ce que je peux savoir pourquoi vous êtes entrée dans l’armée ? Ne répondez pas si c’est trop personnel, c’est une simple question. J’aimerais vraiment comprendre. Vu tout ce qui change et ce que l’on vous oblige à faire, j’imagine que c’est bien plus qu’une simple histoire de discipline ou de patriotisme.

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Isabelle Robin
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MessageSujet: Re: Tirs au matin   Dim 19 Juil - 12:46

– Vous ne m’ennuyez pas, assura-t-elle en souriant faiblement. Nous l’avons vue revenir dans les bras du Maréchal, blessée, elle l’avait appelé à l’aide. Il nous a expliqué, à son mari et moi, le… lien qui les unissait. Aucun des deux ne veut que l’autre meure, mais tous les deux veulent arriver à leurs fins…

Oui, c'était assez particulier, sans doute plus aux yeux des civils. Un lien de "je t'aime moi non plus", du "je te hais mais j'ai besoin de toi". Des relations forcées qui se tissaient sans qu'on ne s'en rende compte mais qui devenaient indispensables pour la survie. Elle rajouta un peu de sucre dans son café, le trouvant trop amer, touillant pensivement. Ils n'étaient qu'au début de cette affaire mais la guerre n'éclatera pas tout de suite. l'Allemagne n'était pas encore prête, ils étaient encore en train de régler la violente crise économique qui frappait le pays en ce moment. L'Angleterre s'en sortait déjà mieux mais ils restaient assez frileux pour partir dans une autre conflit. L'Espagne bloquaient toutes les informations sur l'état du pays, impossible de savoir ce qui s'y passait depuis la fin de la guerre civile. Elle grignota un bout de biscuit, évaluant mentalement les forces de la France, les moyens dont ils disposaient pour se défendre et attaquer. Les Guetteurs étaient encore bien loin d'être prêts ! Ils avaient des volontaires, bien sûr, mais on ne devient pas un soldat en deux jours. La Grande Guerre avait fait assez de ravages, ils devaient se tenir prêts.

– Je n’ai jamais parlé de cela avec la directrice et je préfère éviter pour le moment. Elle a… d’autres choses à faire, à penser, mon seul souci est de la soutenir du mieux que je le peux avec les moyens dont je dispose. Et d’aider les élèves qui viennent apprendre à connaître leur don. Nous avons eu la chance d’avoir de l’aide, du soutien, alors je pense qu’ils en ont aussi droit… Même si le projet du Maréchal et de la directrice est louable, je crois qu’il est trop ambitieux pour le Pensionnat. Je lui fais confiance. Mais les élèves ne sont pas des soldats… Ils ne comprennent pas tout ce qui se passe et ont besoin de repères.

Isabelle leva le regard pour la fixer, retenant un faible sourire, tout en buvant une gorgée de café. Bien sûr que ce "projet" dépassait complètement le pensionnat, et pourtant, cette école restait un atout dans le plan. C'était le seul endroit de France où on pouvait trouver des personnes avec autant de dons et les compétences pour les entraîner. De plus, l'école était si près des frontières que l'armée devait s'assurer qu'aucune puissance étrangère ne puisse venir ici un jour, ne serait-ce qu'avec une mission d'espionnage ou autre. Elle mordit dans le biscuit, les yeux plissés. Les élèves n'étaient pas des soldats mais ils allaient connaître la guerre, elle arrivait déjà sur eux tous. Dans une telle époque, il faut oublier tout ce que l'on tient pour acquis et apprendre très vite de nouvelles règles, ne serait-ce que pour la survie. Les repères volaient en éclat, remplacé par d'autres. Triste époque où les enfants ne pouvaient plus se permettre de se comporter comme tels.

– Je ne peux pas dire que je comprends vraiment la mentalité et la discipline militaire… Je serais incapable de faire ce que vous faites. Si je voulais être enseignante, c’était pour accompagner les élèves, les aider, les rassurer, leur fournir les clefs qui leur permettraient de vivre normalement avec leur don. Mais jamais je n’aurais pensé que cette mission se révélerait aussi difficile que cela… Surtout cette année.

Qu'elle se rassure, Isabelle avait aussi du mal, à présent, à comprendre la mentalité des civils, certains jours. Elle était prise depuis trop longtemps dans l'armée et ses responsabilités, trop habituée à cette vie, elle ne pouvait plus faire autre chose et le savait. Elle croisa le regard de la jeune professeur en s'essuyant les mains, poussant les miettes par terre pour les moineaux qui venaient picorer. C'était horrible à dire, mais personne n'aura une vie "normale" durant les prochaines années. Ce siècle était tâché de sang et elle ignorait quand les choses allaient s'apaiser. Mais c'était aussi à l'armée de partir au front et de porter le plus lourd tribut de sang et de morts. Céleste vivait pour aider des jeunes à grandir et évoluer. Isabelle vivait pour tuer et éliminer ceux qui menaçaient son pays.

– Est-ce que je peux savoir pourquoi vous êtes entrée dans l’armée ? Ne répondez pas si c’est trop personnel, c’est une simple question. J’aimerais vraiment comprendre. Vu tout ce qui change et ce que l’on vous oblige à faire, j’imagine que c’est bien plus qu’une simple histoire de discipline ou de patriotisme.

– C'était bien uniquement du patriotisme il y a des années, dit-elle avec un soupir en remettant un peu de café dans sa tasse.

Elle lui en proposa, si elle en voulait d'autre, puis reposa le tout sur le petit plateau, les yeux dans le vague. C'était une époque dont personne n'aimait se rappeler.

– Lorsque la grande Guerre a éclaté, j'étais déjà engagée dans l'armée. Vous deviez être une enfant, à l'époque... Oui, c'était juste par patriotisme, je ne voulais pas rester chez moi, dans un foyer rempli d'enfants et un mari qui partirait sans moi. C'est évident, pour moi, que nous plus nous réussirons à porter les poids des morts, plus le reste de la population pourra oublier la guerre. C'est à cette époque que j'ai forgé tous mes principes. La mort nous accompagnait à chaque pas. J'étais très jeune, plus jeune que vous l'êtes aujourd'hui.

Sa voix s'était faite plus vague, à mesure qu'elle revivait ses souvenirs, qu'elle entendait les bombes et les obus, les coups de canon, les hurlement des soldats, de chaque côté des tranchées, le claquement des fusils que l'on chargeait, les pleurs, les gémissements de souffrance, qu'elle revoyait les dizaines de corps au sol, alignés et recouverts de draps blancs, le Père Vilette procédant aux sépultures, l'hôpital de fortune débordé, ses camarades tomber, qu'elle ressentait de nouveau la terreur qui vous prenait au ventre, alors que vous couriez en espérant ne pas être le suivant. Elle regarda à nouveau la jeune femme droit dans les yeux, sa tasse en main.

– Aujourd'hui, je continue par loyauté pour le Colonel Gavin, mais aussi pour votre directrice. Je reste parce que cette armée peut changer et parce qu'il faut préparer les défenses de ce pays. parce qu'abandonner aujourd'hui serait un insulte pour tous nos camarades qui ont péris durant la Grande Guerre, pour les millions de morts qui sont tombés pour ce pays, notre pays. Parce que je ne peux rien faire d'autre, aussi, je suis juste un soldat. Vous avez dit toute à l'heure que ce projet est trop ambitieux pour le pensionnat... C'est vrai, mais il en est indissociable.

Elle but une longue gorgée de café puis reposa sa tasse, s'essuyant la bouche avec sa serviette. Autour d'elle, les conversations étaient anodines, à des kilomètres de ce dont elles parlaient.

– Notre époque empêche d'avoir une vie ordinaire ou banale. C'est triste à dire, mais les élèves de cette école doivent aussi l'accepter, comme tout le reste du pays. Il y a des militaires qui se battent avec la directrice pour faire évoluer les méthodes mais rien n'est gagné. Et nous n'allons pas tous quitter l'armée si nous ne sommes pas d'accord. Fuir serait lâche et cela nous empêcherait d'aider, même à une petite échelle. La générale ne cessera jamais de défendre ses école mais il est certain qu'elle sait entraîner les troupes. Beaucoup sont rassurés et préfèrent la suivre elle. Et donc à prendre pus de risques. Elle a sa place dans l'armée. Mais elle ne vous abandonnera pas, vous ne devriez pas vous en faire.

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Tirs au matin   Ven 24 Juil - 12:52

Lieutenant – C'était bien uniquement du patriotisme il y a des années, dit-elle avec un soupir en remettant un peu de café dans sa tasse.

Céleste hocha la tête en la remerciant lorsque la militaire lui proposa du café, ayant vraiment besoin d’un remontant. Elle savait que ce n’était que la conséquence de l’opération et des séances d’entraînement, mais elle détestait être aussi molle. Depuis combien de temps n’était-elle pas restée à discuter comme cela, assise à une table, avec quelqu’un ? Des mois… Facilement, oui. Elle porta sa tasse à ses lèvres, attendant que son interlocutrice poursuive, l’écoutant avec attention. C’était une vraie question : pourquoi ? Pourquoi rester avec tout ce qui se passait, qu’est-ce qui l’avait poussée à continuer malgré les événements ?

Lieutenant – Lorsque la grande Guerre a éclaté, j'étais déjà engagée dans l'armée. Vous deviez être une enfant, à l'époque... Oui, c'était juste par patriotisme, je ne voulais pas rester chez moi, dans un foyer rempli d'enfants et un mari qui partirait sans moi. C'est évident, pour moi, que nous plus nous réussirons à porter les poids des morts, plus le reste de la population pourra oublier la guerre. C'est à cette époque que j'ai forgé tous mes principes. La mort nous accompagnait à chaque pas. J'étais très jeune, plus jeune que vous l'êtes aujourd'hui.

La jeune professeure resta silencieuse, se remémorant la Grande Guerre en même temps qu’elle mais d’un autre point de vue. Elle n’avait que huit ans, à l’époque, et avait développé son don au tout début de la guerre tant elle avait eu peur de perdre sa sœur. Elles rentraient tout juste de l’école et avaient été séparées par la foule de passants, les cris et la panique. Elle avait eu tellement peur, en voyant sa sœur qui risquait de se faire piétiner, qu’elle avait ressenti son don naissant à l’époque. Mais pour le lieutenant, militaire engagé sur le front, c’était autre chose. Elle voyait, dans ses yeux, cette guerre avait été très dure à supporter. Imaginer marcher parmi les morts, perdre ses proches, des amis… Elle avait risqué sa vie à chaque pas qu’elle faisait, alors qu’elle avait le même âge que Céleste aujourd’hui. Regardant pensivement le liquide noir de sa tasse, elle ne dit rien, sentant un frisson lui parcourir le dos en repensant à cette guerre. Elle releva le regard en sentant celui de la militaire sur elle, comprenant ses motivations de l’époque mais celles d’aujourd’hui restant toujours un peu floues. Le pays n’était pas encore en guerre, alors pourquoi continuer ?

Lieutenant – Aujourd'hui, je continue par loyauté pour le Colonel Gavin, mais aussi pour votre directrice. Je reste parce que cette armée peut changer et parce qu'il faut préparer les défenses de ce pays. Parce qu'abandonner aujourd'hui serait une insulte pour tous nos camarades qui ont péris durant la Grande Guerre, pour les millions de morts qui sont tombés pour ce pays, notre pays. Parce que je ne peux rien faire d'autre, aussi, je suis juste un soldat. Vous avez dit toute à l'heure que ce projet est trop ambitieux pour le pensionnat... C'est vrai, mais il en est indissociable.

Céleste se mordit la lèvre supérieure sans rien dire alors que le lieutenant buvait son café, son bras reposé contre son plâtre. Ce projet était indissociable, admettons, mais que pouvaient-ils faire, alors ? S’il est trop ambitieux, il est évident qu’il allait échouer, que cela causerait de nombreuses morts pour rien, au final. Pourquoi pas une autre école, pourquoi ne pas former des gens pour cela, des gens qui le voulaient ? Ce n’était pas au Pensionnat que les militaires allaient réussir à mener à bien ce projet. Les élèves étaient terrorisés et n’osaient plus s’entraîner, ils avaient peur d’avancer. Préparer les défenses de ce pays… Mais à quel prix ? Céleste ne voyait pas en quoi terroriser des élèves et les martyriser allait aider à préparer les défenses de la France.

Lieutenant – Notre époque empêche d'avoir une vie ordinaire ou banale. C'est triste à dire, mais les élèves de cette école doivent aussi l'accepter, comme tout le reste du pays. Il y a des militaires qui se battent avec la directrice pour faire évoluer les méthodes mais rien n'est gagné. Et nous n'allons pas tous quitter l'armée si nous ne sommes pas d'accord. Fuir serait lâche et cela nous empêcherait d'aider, même à une petite échelle. La générale ne cessera jamais de défendre ses école mais il est certain qu'elle sait entraîner les troupes. Beaucoup sont rassurés et préfèrent la suivre elle. Et donc à prendre plus de risques. Elle a sa place dans l'armée. Mais elle ne vous abandonnera pas, vous ne devriez pas vous en faire.

Céleste – Je ne peux pas ne pas être inquiète, répondit-elle avec un sourire triste. Je n’ai pas… Non, c’est faux. J’ai peur pour la directrice, pour les élèves, parce que je vois les conséquences de ce que fait l’armée.

Elle ne voulait pas critiquer, Céleste comprenait ce qui les motivait à rester, à présent, et c’était mieux que d’abandonner, en effet. Seulement, combien de temps les élèves et l’école tiendraient-ils avant de lâcher ? Un projet trop ambitieux doit être amené avec douceur et pas comme le Maréchal le faisait, l’imposait au Pensionnat actuellement. Elle allait rajouter quelque chose lorsque le serveur passa à côté d’elles en leur demandant si elles avaient besoin de quelque chose. Céleste le remercia en disant qu’elle-même n’avait besoin de rien d’autre, que c’était très bien pour elle, puis attendit qu’il reparte après la réponse de son interlocutrice. Buvant une nouvelle gorgée de café, elle reporta son regard sur le lieutenant avant de reprendre la discussion en reposant sa tasse.

Céleste – Je comprends mieux pourquoi vous restez, quelles sont vos motivations. Moi-même, je suis restée pour la directrice, les élèves, cette école qui représente tant… Donc je ne vais certainement pas blâmer les militaires. Seulement, ce projet ne risque-t-il pas de mener la directrice et le Pensionnat à leur perte ? Les élèves ont peur et ne s’entraînent plus autant qu’avant, j’en suis persuadée. Or, vous avez besoin des élèves puisque vous venez dans cette école et pas une autre. Quant à la directrice…

Céleste fit un geste vague de la main, les paroles de Cyprien en tête comme s’ils avaient eu leur discussion dans les ruines hier. Sans oublier les coups de poignard, la grossesse et le viol, les blessures… Peut-être le mental suivait-il plus ou moins, mais qu’en était-il de son corps ? Eux aussi essayaient d’aider, Cyprien et elle avaient déjà cherché des idées qu’ils comptaient mettre en place dès la rentrée, mais la directrice était déjà épuisée et Céleste était convaincue qu’elle le serait encore plus d’ici la rentrée, malgré les vacances. Surtout qu’à cause d’elle, il leur manquait un professeur de maths… Elle poussa un soupir en regardant une petite fille sortir de la maison d’en face, une poupée à la main, avant de s’asseoir sur les marches de la maison pour jouer.

Céleste – Tiendra-t-elle vraiment jusqu’au bout ? Elle a déjà appelé le Maréchal à l’aide et, même si nous cherchons des idées pour l’aider, elle en fait trop et s’épuise un peu plus tous les jours. Elle a changé. Mais elle change plus que le Pensionnat et ses élèves. Et, si même elle commence à lâcher malgré ce qu’elle montre… Ce projet ne risque-t-il pas d’échouer ? Pour moi, il faut que tous soient prêts, et pas seulement l'armée ou la directrice. Même si vous la suivez. J'ai peur pour les élèves, la directrice, et leur avenir.

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Isabelle Robin
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MessageSujet: Re: Tirs au matin   Sam 25 Juil - 13:45

– Je ne peux pas ne pas être inquiète, répondit-elle avec un sourire triste. Je n’ai pas… Non, c’est faux. J’ai peur pour la directrice, pour les élèves, parce que je vois les conséquences de ce que fait l’armée.

Tout le monde avait peur. Comment être joyeux, après la guerre qui avait déjà secoué leur monde ? Bien sûr, en 1914, tout le monde avait pris la nouvelle dans la joie, car on croyait que ce serait une revanche sur l'Allemagne, une guerre facile. Personne n'avait cru que le conflit s'enliserait si vite, si fort, si longtemps, avec autant de soldats et de civils impliqués. Elle eut un petit soupir puis but une petite gorgée de café, repensant à ce qui avait construit sa vie jusqu'ici. Oui, elle avait peur aussi, elle n'avait pas honte de l'avouer, mais il serait assez horrible de sa part de ne pas accepter sa propre mort lorsqu'elle arrivera à elle, pas après tous les morts qu'elle avait causé. Celui qui a tant de sang sur les mains ne peut décemment refuser sa propre mort quand celle-ci arrive. Elle remercia le serveur d'un signe lorsqu'il vint leur demander si elles commandaient autre chose. Elle prit un autre café, ayant vraiment besoin de se réveiller et de ne pas se laisser emporter par les idées noires. Avoir congé, discuter de la situation avec une personne extérieure à l'armée lui donnait un effet un peu étrange.

– Je comprends mieux pourquoi vous restez, quelles sont vos motivations. Moi-même, je suis restée pour la directrice, les élèves, cette école qui représente tant… Donc je ne vais certainement pas blâmer les militaires. Seulement, ce projet ne risque-t-il pas de mener la directrice et le Pensionnat à leur perte ? Les élèves ont peur et ne s’entraînent plus autant qu’avant, j’en suis persuadée. Or, vous avez besoin des élèves puisque vous venez dans cette école et pas une autre. Quant à la directrice…

La peur de l'échec. La peur de tout perdre. Céleste mettait le doigt, sans le savoir, sur la seule chose qui pouvait véritablement mener l'armée et son pays à leur perte. La Défaite. La perte, la fin d'une guerre, la défaite complète et irréversible. Se retrouver soumis à l'autorité d'un autre pays. C'était quitte ou double, comme dans chaque guerre secouant ce monde. Et aussi l'une des raisons pour lesquelles le maréchal et la générale se battaient si forts. Elle touilla son café, bien qu'elle n'ait pas rajouté de sucre, simplement pour s'occuper les mains, alors que son regard dérivait sur les autres clients, le serveur qui passait entre le stables, les passants, une femme qui sortait de la boulangerie, Céleste qui se concentrait sur sa tasse puis sur ce qui se passait autour d'elles. Ce n'était simple pour personne. Les enjeux étaient énormes ! Peut-être bien trop gros, pour certains, mais c'était aussi à chacun de se connaître et savoir quelle place il était capable d'occuper. Tout le monde ne pouvait se battre, diriger, commander, protéger. Certains devaient rester à l'arrière sans rien faire. D'autres pouvaient se charger de petites missions. D'autres étaient capables de transporter des messages, prendre des risques. D'autres encore pouvaient prendre les armes et monter au front en suivant ceux qu'ils voulaient. Et enfin, certains devaient coordonner, ordonner, commander, mener à la victoire sans dévier.

– Tiendra-t-elle vraiment jusqu’au bout ? Elle a déjà appelé le Maréchal à l’aide et, même si nous cherchons des idées pour l’aider, elle en fait trop et s’épuise un peu plus tous les jours. Elle a changé. Mais elle change plus que le Pensionnat et ses élèves. Et, si même elle commence à lâcher malgré ce qu’elle montre… Ce projet ne risque-t-il pas d’échouer ? Pour moi, il faut que tous soient prêts, et pas seulement l'armée ou la directrice. Même si vous la suivez. J'ai peur pour les élèves, la directrice, et leur avenir.

– Mais tout le monde a peur, soupira-t-elle. Vous, moi, même le maréchal.

Elle lui jeta un coup d'œil plus long et appuyé, ses yeux reflétant sa crainte pour l'avenir mais aussi la détermination qui l'habitait. Quitte ou double. Un tir, un mort. Des maximes qui marquaient sa vie au même titre que la discipline de l'armée.

– Nous avons vu changer la directrice aussi. Depuis le jour où elle a été nommée jusqu'à aujourd'hui. Oui, elle a évolué, mais oui, elle tiendra. Elle est loin d'être seule, à présent, je ne sais pas si vous réalisez le nombre de personnes qui la soutiennent et ça continue d'augmenter. Elle tiendra mais elle continuera de changer, plus le temps va passer, plus elle va rentrer dans le rôle, car elle ne peut pas se permettre de rester une simple directrice d'école. A voir ensuite si sa famille et ses amis vont accepter ce qu'elle deviendra ou si elle en trouvera du soutien que dans l'armée. J'ai souvent vu ça, avec nos dirigeants. La plupart d'entre eux finissent par se détacher de leurs familles car ils ne sont pas compris, car les amis ne voient pourquoi ils font cela, pourquoi ils sont prêts à donner leur temps, leurs vies. Pourtant, il faut des personnes pouvant diriger.

Elle s'interrompit à nouveau en poussant un soupir plus las. Le Maréchal lui-même passait bien plus de temps dans son bureau et occupé avec les affaires de l'armée qu'avec sa femme, peut-être ses enfants s'il en avait. Même le général Karinof avait fait passer l'armée avant le reste, lui qui, selon ce qu'on lui avait raconté lorsqu'il était plus jeune, passait pas mal de temps à imaginer quelles têtes auront ses futurs enfants. On changeait en prenant des responsabilités, c'était une loi universelle. Elle regarda son interlocutrice droit dans les yeux, réalisant qu'au fond, même si elle ne comprenait, Isabelle n'y pouvait rien et ne pouvait perdre trop de temps à expliquer. Il fallait juste avancer.

– De toute façon, tout le monde ne peut pas combattre ou diriger, certains doivent rester derrière. Mais les élèves de cette école apprendront eux aussi. Cela va passer ou se briser, si nous perdons cette guerre, le pensionnat sera comme le reste du pays, brisé. Il faut se décider maintenant, se battre ou rester derrière. Si vous choisissez de rester en arrière, veillez seulement à ne pas être en travers du chemin. Je dis ça pour votre sécurité. Il y a des dizaines de façons différentes de combattre mais je en vous apprend rien, pas vrai ? La générale tiendra. Elle est puissante.

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Tirs au matin   Mar 28 Juil - 22:51

Lieutenant – Mais tout le monde a peur, soupira-t-elle. Vous, moi, même le maréchal.

Céleste aurait pu en douter, mais c’était sans compter le regard que son interlocutrice lui lança. S’ils avaient peur, s’ils n’y croyaient pas à ce point, pourquoi continuer et sacrifier la vie d’autant de personnes ? Elle pensait surtout aux élèves morts, traumatisés, aux amitiés brisées à cause de cela et à l’enfance de ces adolescents volée. Peut-être l’époque ne leur permettait-elle plus de les préserver, mais ils devaient le faire au maximum selon elle… Au moins pour les préparer à vivre cette guerre si elle était si proche, au moins pour leur donner des souvenirs auxquels s’accrocher lorsque tout se déclencherait. Construire des amitiés solides, c’était le plus important, non ? Endurcir les caractères était peut-être un autre point de vue, mais Céleste ne le défendait pas.

Lieutenant – Nous avons vu changer la directrice aussi. Depuis le jour où elle a été nommée jusqu'à aujourd'hui. Oui, elle a évolué, mais oui, elle tiendra. Elle est loin d'être seule, à présent, je ne sais pas si vous réalisez le nombre de personnes qui la soutiennent et ça continue d'augmenter. Elle tiendra mais elle continuera de changer, plus le temps va passer, plus elle va rentrer dans le rôle, car elle ne peut pas se permettre de rester une simple directrice d'école. A voir ensuite si sa famille et ses amis vont accepter ce qu'elle deviendra ou si elle en trouvera du soutien que dans l'armée. J'ai souvent vu ça, avec nos dirigeants. La plupart d'entre eux finissent par se détacher de leurs familles car ils ne sont pas compris, car les amis ne voient pourquoi ils font cela, pourquoi ils sont prêts à donner leur temps, leurs vies. Pourtant, il faut des personnes pouvant diriger.

La jeune professeure ne put s’empêcher de penser à Cyprien, portant sa tasse à ses lèvres pour boire une gorgée de café. Si la directrice allait encore changer, elle ne savait pas si leur couple allait durer… Il avait déjà du mal à ne pas la brusquer, à la suivre, alors comment pourrait-il continuer si elle changeait encore ? Reposant sa tasse, Céleste resta silencieuse, s’appuyant un peu plus confortablement contre le dossier de sa chaise. Les paroles du lieutenant ne la rassuraient pas, loin de là. Peut-être de nombreuses personnes étaient-elles en train de suivre la directrice, ou générale dans ce cas, mais elle n’en était pas consciente. Si tous ses amis la laissaient tomber petit à petit, elle se sentirait seule et ne verrait pas l’immense soutien qu’elle avait à côté. Pour cela, il aurait fallu qu’elle le sache, qu’elle le voit… Et ce n’était pas le cas. Or, Cyprien, lui, voyait qu’elle s’éloignait, qu’elle changeait, et il ne la suivait plus. Dans ce cas, comment se passeraient leurs vacances ensemble, cet été… ? Céleste se mordit légèrement la lèvre inférieure, inquiète pour son ami.

Lieutenant – De toute façon, tout le monde ne peut pas combattre ou diriger, certains doivent rester derrière. Mais les élèves de cette école apprendront eux aussi. Cela va passer ou se briser, si nous perdons cette guerre, le pensionnat sera comme le reste du pays, brisé. Il faut se décider maintenant, se battre ou rester derrière. Si vous choisissez de rester en arrière, veillez seulement à ne pas être en travers du chemin. Je dis ça pour votre sécurité. Il y a des dizaines de façons différentes de combattre mais je en vous apprend rien, pas vrai ? La générale tiendra. Elle est puissante.

Céleste – Je ne sais pas…, dit-elle en soupirant, posant son bras valide sur le bras de la chaise. Je sais qu’il y a différentes manières de combattre, mais je ne veux pas rester en arrière. Enfin, pour l’instant, oui, je n’ai… pas vraiment le choix.

Elle ne pouvait s’empêcher d’hésiter, faisant une pause en repensant aux paroles de Kimmitsu. Elle voulait aider mais savait qu’elle ne le pouvait pas, qu’ils ne la laisseraient de toute façon pas faire tant qu’elle n’était pas rétablie et plus solide moralement. Céleste avait seulement un passage à vide, beaucoup de choses ayant changé sans qu’elle ne le contrôle en l’espace de quelques semaines, quelques jours. Elle ajouta un peu de sucre à son café, le trouvant trop amer d’un coup, avant de reprendre en mélangeant avec sa cuillère.

Céleste – Mais dès la rentrée, je serai prête à agir. Je suis consciente de ce que ce rôle va entraîner pour la directrice, je sais qu’elle change et je continuerai à la suivre même si je ne comprends pas tout. Je lui fais confiance et je lui dois beaucoup. Mais son mari…

Céleste fit un nouveau geste pour exprimer son impuissance, déposant sa cuillère. Elle ne savait pas comment lui faire comprendre, comment « amorcer » les choses pour que la chute soit moins dure, pour qu’il ait moins à encaisser. Et, dans l’histoire, autant Cyprien que la directrice risquaient de souffrir…

Céleste – Il ne comprend pas et ne le voit pas. Et si, comme vous le dites, ses amis risquent de l’abandonner, comment réagira-t-elle ? La directrice n’a pas conscience du soutien de l’armée, ou elle le voit sans le voir, sans l’intégrer véritablement. Nous le savons, nous, mais si elle voit qu’elle est seule, que ses amis l’abandonnent… Je ne sais pas si elle résistera. Elle a été très affectée par l’abandon des profs, de ses collègues, et a mis un bon moment avant de s’en remettre. Et je ne sais pas si elle s’en est totalement remise… Si, vraiment, leur couple commence à battre de l’aile, je ne sais pas comment les choses vont se passer.

Elle fit une pause, prenant une nouvelle gorgée de café avant de redéposer sa tasse, pensive durant un instant. Céleste devait sûrement s’attendre à voir Cyprien débarquer chez elle, un jour, pendant l’été. Il lui dirait qu’il ne comprenait plus sa femme, qu’il avait peur, et lui répéterait encore ce qu’il lui avait dit lorsqu’ils avaient mangé à l’extérieur ensemble. Au fond, ils s’étaient très bien trouvé, sa femme et lui : il fallait, à tous les deux, leur ouvrir les yeux. Si elle ne pouvait arrêter de changer, il n’y avait plus que cela à faire… Céleste voulait seulement éviter de perdre son ami et de voir la directrice s’éloigner encore plus et ne plus croire en un réel soutien au Pensionnat. Rien de plus. Elle avait peur pour eux, voilà tout.

Céleste – Je suis d’accord avec ce que vous dites, mais si vous dites vrai et qu’elle doit vraiment changer, il faut leur ouvrir les yeux. A elle comme à son mari. Seul le soutien lui permettra de tenir, l’aidera réellement en plus de notre manière de combattre. Mais comment ? Les vacances vont bientôt arriver, ils vont passer deux mois ensemble, sans école, et j’avoue ne pas savoir comment je vais les retrouver, dans quel état. Après tout ce qu’elle a déjà traversé… Contrairement à vous, elle n’a pas été formée pour devenir militaire, elle n’a pas appris, ce rôle lui a été imposé et s’impose à elle aujourd’hui. Il la transforme, mais peut-elle vraiment suivre mentalement, dans ses manières d’agir et de penser ? Je doute qu’elle voit, un jour, le soutien qu’elle a réellement…

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Isabelle Robin
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MessageSujet: Re: Tirs au matin   Mer 29 Juil - 12:41

– Je ne sais pas…, dit-elle en soupirant, posant son bras valide sur le bras de la chaise. Je sais qu’il y a différentes manières de combattre, mais je ne veux pas rester en arrière. Enfin, pour l’instant, oui, je n’ai… pas vraiment le choix.

Bien sûr que si, elle avait le choix. Isabelle eut un mince sourire, les deux bras sur la table, faisant tourner sa cuillère entre ses doigts. Elle avait encore le choix car elle était libre d’agir comme elle l’entendait. Le Colonel, lui, n’avait pas le choix. On tenait ses coéquipiers en otage et il devait donc continuer, suivre es ordres, il ne pouvait pas se désengager de quoi que ce soit. Voilà ce qui s’appelait ne pas avoir le choix. Mais cette jeune femme, elle, était libre d’abandonner. Il fallait faire attention à ce qu’on disait, surtout dans ce genre de situations. Elle resserra les doigts sur la petite cuillère en fer, observant les motifs qui étaient gravés, sur le bout. Elle se concentrait souvent sur ce genre de petits détails lorsqu’elle avait besoin de se vider l’esprit ou lorsqu’elle était fatiguée et voualit se détendre.

– Mais dès la rentrée, je serai prête à agir. Je suis consciente de ce que ce rôle va entraîner pour la directrice, je sais qu’elle change et je continuerai à la suivre même si je ne comprends pas tout. Je lui fais confiance et je lui dois beaucoup. Mais son mari…

Elle fit un geste assez vague, ce qui légèrement froncer les sourcils à Isabelle. Là, elle ne comprenait pas. Quoi, « son mari » ? Qu’avait-il ? S’ils étaient mariés, c’est qu’il l’aimait et la connaissait bien, non ? Donc elle ne voyait guère où était le problème. Elle repensa au baiser échangé avec le Colonel, la façon dont il lui avait tenu la main, rougissant un peu. On ne pouvait pas aimer une personne qu’on ne comprenait pas ou qu’on ne connaissait pas, c’était lipide pour elle. Elle réalisait qu’elle aimait le colonel, parce qu’elle le connaissait très bien, qu’elle acceptait toutes les facettes de sa personnalité, parce qu’elle le voyait tel qu’il était réellement, avec ses défauts et ses qualités. Donc ce devait être la même chose pour le mari de la directrice, il l’avait épousé pour la femme qu’elle l’était.

– Il ne comprend pas et ne le voit pas. Et si, comme vous le dites, ses amis risquent de l’abandonner, comment réagira-t-elle ? La directrice n’a pas conscience du soutien de l’armée, ou elle le voit sans le voir, sans l’intégrer véritablement. Nous le savons, nous, mais si elle voit qu’elle est seule, que ses amis l’abandonnent… Je ne sais pas si elle résistera. Elle a été très affectée par l’abandon des profs, de ses collègues, et a mis un bon moment avant de s’en remettre. Et je ne sais pas si elle s’en est totalement remise… Si, vraiment, leur couple commence à battre de l’aile, je ne sais pas comment les choses vont se passer.

Ah… Mais… Quoi ? Isabelle écarquilla les yeux, assez choquée d’entendre ça. Il l’avait épousé alors qu’il ne la comprenait pas ? Mais il était stupide … ? Elle baissa un instant le regard sur sa tasse avant de le relever, dévisageant Céleste pour être sûre qu’elle ne plaisantait pas. Bon, d’accord, cette donnée remettait pas mal de choses en question, en effet. Il fallait vraiment que la générale ouvre les yeux, qu’elle voie enfin tous ceux qui voulaient la suivre et la soutenir, pour ce qu’elle était et représentait. Comment faire ? Elle devait en discuter avec le reste de l’équipe car si la générale flanchait, ce serait mauvais pour bien des personnes. Voyons voir… Il y avait bien quelques solutions, certaines un peu brutales, d’ailleurs. Elle épingla plusieurs idées mentalement, pensive, raisonnant parfois comme le Colonel sans même s’en rendre compte. Pure déformation professionnelle.

– Je suis d’accord avec ce que vous dites, mais si vous dites vrai et qu’elle doit vraiment changer, il faut leur ouvrir les yeux. A elle comme à son mari. Seul le soutien lui permettra de tenir, l’aidera réellement en plus de notre manière de combattre. Mais comment ? Les vacances vont bientôt arriver, ils vont passer deux mois ensemble, sans école, et j’avoue ne pas savoir comment je vais les retrouver, dans quel état. Après tout ce qu’elle a déjà traversé… Contrairement à vous, elle n’a pas été formée pour devenir militaire, elle n’a pas appris, ce rôle lui a été imposé et s’impose à elle aujourd’hui. Il la transforme, mais peut-elle vraiment suivre mentalement, dans ses manières d’agir et de penser ? Je doute qu’elle voit, un jour, le soutien qu’elle a réellement…

Isabelle soupira un peu, remettant une mèche rebelle derrière son oreille. Si s’en était rendu à ce point, il faudra sans doute utiliser des méthodes un tantinet plus agressives que prévu. Céleste n’avait pas tord, sur bien des points, la situation était tendue.

– Ce n’est que mon avis, mais pour moi, elle est capable de suivre mentalement et d’évoluer dans le bon sens, elle le prouve depuis le jour où elle entrée dans l’armée. Nous le voyons bien, à la caserne. Maintenant, c’est vrai qu’elle n’a aucune conscience ni de son pouvoir ni de son influence sur les gens. Il y a bien quelques moyens pour lui montrer la vérité en face mais ce sera un peu brutal. Pour son mari, en revanche, j’ignore comment faire. Je ne le connais pas.

Elle prit une autre gorgée de café, ayant besoin de garder les yeux bien ouverts et rester éveillée. Quelques autres clients avaient finalement décidé de déjeuner ici, commandant des plats au serveur qui passait entre le stables, sur la terrasse.

– On sait que le Maréchal lui a déjà dit clairement que des personnes la suivent et lui sont loyaux mais elle a du mal à le réaliser. Mais elle pourrait enfin le voir grâce à des missions avec ses subordonnés ou même nous, notre équipe. S’en rendre compte à la caserne, ce genre de choses. En revanche, ce que vous dites sur son mari est sacrément inquiétant. Comment a-t-il pu l’épouser s’il ne la comprend et ne l’aime pas pour ce qu’elle est ? D’ailleurs, tant que j’y pense, ce n’était pas lui qui l’avait accompagné à cette fameuse conférence, en novembre.

Elle soupira un peu, reposant sa tasse.

– Si son mari essaye de la freiner, il va la perdre. Et ça ne sert plus à rien. Vous ne lui en avez jamais parlé ?

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Tirs au matin   Mer 29 Juil - 15:51

Le lieutenant soupira sans que Céleste ne baisse le regard. Elle voulait vraiment aider Cyprien, lui faire ouvrir les yeux, mais ignorait comment s’y prendre. Elle ne pouvait pas lui dire platement les choses, non plus ! Lui, il y était allé doucement pour elle, ne l’avait pas brusquée, alors elle-même devait se montrer patiente. Et puis, elle avait peur. Peur de sa réaction en réalisant que la femme qu’il avait aimée jusqu’ici n’était plus la même alors qu’il s’était battu pour la conquérir durant tout ce temps…

Lieutenant – Ce n’est que mon avis, mais pour moi, elle est capable de suivre mentalement et d’évoluer dans le bon sens, elle le prouve depuis le jour où elle entrée dans l’armée. Nous le voyons bien, à la caserne. Maintenant, c’est vrai qu’elle n’a aucune conscience ni de son pouvoir ni de son influence sur les gens. Il y a bien quelques moyens pour lui montrer la vérité en face mais ce sera un peu brutal. Pour son mari, en revanche, j’ignore comment faire. Je ne le connais pas.

Le problème était que, même en le connaissant, elle ne voyait pas comment faire. Bon, d’accord, Céleste ne le connaissait que depuis deux ans, mais ils passaient beaucoup de temps ensemble et il était, actuellement, le seul à qui elle s’était confié sur son passé. Elle avait suivi toutes ses tentatives pour conquérir Gabriella, la séduire, être à ses côtés, elle l’avait même encouragé en le prévenant de ne pas le freiner. Il avait réussi puisqu’il était marié à elle, mais entre-temps, la directrice avait beaucoup changé. Rah, comment devait-elle faire ?! Admettons, pour sa supérieure, peut-être restait-il quelques méthodes. Mais à quoi pensait son interlocutrice en disant « un peu brutal » ? Si elles pouvaient fonctionner et ne pas la faire craquer… Seulement, pas tout de suite, pas après ce qui s’était passé. Elle avait besoin de repos, de deux semaines pour respirer avant de repartir, c’était primordial. Peut-être Cyprien ouvrira-t-il les yeux durant leurs vacances ?

Céleste ne répondit rien, regardant distraitement un serveur porter deux plats aux clients assis juste à côté d’eux, reposant son bras gauche sur son plâtre. Oh, il était déjà midi ? Elle n’avait même pas réalisé que le temps était passé si vite, totalement prise dans la discussion et préoccupée par ce qui se passait au Pensionnat, pour la directrice et Cyprien aussi. Et puis, elle était fatiguée, alors il lui en fallait beaucoup pour se concentrer sur les paroles de quelqu’un sans paraître impolie. La situation en elle-même semblait irréelle, étrange : voir deux femmes discuter, officiellement opposées dans leur métier pour l’instant, mais échangeant leur point de vue respectif sur ce qui se passait… En tout cas, Céleste comprenait beaucoup de choses, grâce à cette discussion, même si elle était encore moins rassurée pour l’avenir.

Lieutenant – On sait que le Maréchal lui a déjà dit clairement que des personnes la suivent et lui sont loyaux mais elle a du mal à le réaliser. Mais elle pourrait enfin le voir grâce à des missions avec ses subordonnés ou même nous, notre équipe. S’en rendre compte à la caserne, ce genre de choses. En revanche, ce que vous dites sur son mari est sacrément inquiétant. Comment a-t-il pu l’épouser s’il ne la comprend et ne l’aime pas pour ce qu’elle est ? D’ailleurs, tant que j’y pense, ce n’était pas lui qui l’avait accompagné à cette fameuse conférence, en novembre.

Céleste haussa les épaules, perdue. Il l’aimait sincèrement mais n’avait pas vu qu’elle avait changé, ou du moins l’acceptait-il difficilement. Pour lui, c’était seulement une « passe armée » ou… Quelque chose du genre. Comme si elle n’était plus la même uniquement parce qu’elle pensait beaucoup trop aux problèmes actuels alors qu’intérieurement, elle ne changeait pas. Il ne réalisait pas qu’elle avait changé intérieurement aussi… Mais il l’aimait. Cyprien ne lui nuisait pas et était amoureux d’elle, Céleste le voyait bien, seulement il risquait de souffrir et de faire souffrir sa femme s’il ne se rendait pas vite compte de ce qui était en train de se produire. En revanche, c’était vrai, il ne l’avait pas suivie en novembre… Pourquoi ? S’il l’aimait et la soutenait, pourquoi être resté en arrière ? Céleste fronça les sourcils en reprenant sa tasse, regardant le liquide noir en réfléchissant. Pourquoi… Ils n’en avaient jamais parlé, n’avaient jamais abordé le sujet, les choses s’étant très vite enchaînées. Mais, pour le coup, elle était incapable de le défendre. La jeune femme releva la tête lorsque son interlocutrice soupira en reposant sa tasse, tirée de ses pensées.

Lieutenant – Si son mari essaye de la freiner, il va la perdre. Et ça ne sert plus à rien. Vous ne lui en avez jamais parlé ?

Céleste – Vous pensez bien que si, mais il ne m’écoute pas… Il n’est pas méchant, il a un bon fond et est toujours volontaire, il aime la directrice et a essayé de la conquérir pendant des années. Ce n’est que maintenant qu’il y est arrivé… Je lui ai dit de faire attention et de ne pas la freiner, mais cela n’a rien changé. Je l’ai déjà retrouvé, il n’y a pas si longtemps, complètement dépassé et perdu par les événements, comme vous venez d’en parler à l’instant avec les personnes qui peuvent se battre ou non.

Céleste soupira avant de prendre une nouvelle gorgée, plus petite cependant, réfléchissant aux solutions qu’elle avait pour ne pas perdre, ni la directrice, ni Cyprien. Elle avait besoin d’un soutien, de quelqu’un sur qui compter, sur qui s’appuyer en toute confiance et qui la comprenait. Or, même si son mari était à côté d’elle, il était incapable de l’aider, ne trouvait pas d’idée et était perdu. Elle voulait le défendre, vraiment, mais Céleste ne comprenait pas pourquoi il s’entêtait à ne pas voir la vérité en face, pourquoi il refusait de voir que Gabriella avait changé. Même elle qui n’était là que depuis deux ans le voyait ! Elle ne pouvait pas lui dire les choses platement, non plus, elle ne voulait pas le blesser…

Céleste – Je ne sais pas pourquoi il s’entête à la voir comme avant. Elle-même a accepté de l’épouser tel qu’il est aujourd’hui, mais j’ignore si elle sait ce qu’il pense… Elle doit être trop préoccupée par l’armée pour se soucier de sa vie privée et n’a rien vu. Heureusement, d’un côté, ça nous donne un peu de temps. Mais je ne peux pas dire à son mari qu’elle a changé et qu’elle va continuer à changer, qu’il ne l’aime pas pour ce qu’elle est devenue mais ce qu’elle était, ce serait… cruel. Il y a sûrement un autre moyen, quelque chose qui leur ferait ouvrir les yeux à tous les deux.

Ce n’était pas seulement un espoir, Céleste ne voulait vraiment pas aborder ce sujet avec lui, lui parler de ce qu’il ressentait pour sa femme alors qu’elle-même ne connaissait rien à l’amour. Ce serait mal vu et elle ne voulait pas perdre le seul ami qu’elle avait, qui l’acceptait comme elle était. Lorsqu’elle y repensait, c’était très ironique… Il voyait que les autres changeaient, les soutenaient, mais pour sa femme… Preuve qu’il en était parfaitement capable. Ce qui était encore plus exaspérant. Il y avait bien une autre solution mais mieux valait, pour elle, que les principaux concernés ne l’apprennent jamais. Jamais. Jamais. Jamais. Elle ne voulait pas les perdre, c’est tout !

Céleste – Je pense qu’il sera plus simple de faire ouvrir les yeux à la directrice, ajouta-t-elle, pensive. Je ne vois pas comment faire ouvrir les yeux à Cyprien sur ce qu’il ne veut pas voir… Vos méthodes sont-elles si brutales que cela ? On ne peut pas trouver une solution à mettre en place du côté de l’armée et du côté du Pensionnat ? Je verrai probablement assez souvent les professeurs en vacances, y compris eux deux. Je suis prête à vous aider pour cela si on évite le pire en les perdant tous les deux… Qui sait ? Peut-être que si sa femme ouvre les yeux, il verra qu’elle a changé et qu’elle va changer.

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Isabelle Robin
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MessageSujet: Re: Tirs au matin   Jeu 30 Juil - 11:48

– Vous pensez bien que si, mais il ne m’écoute pas… Il n’est pas méchant, il a un bon fond et est toujours volontaire, il aime la directrice et a essayé de la conquérir pendant des années. Ce n’est que maintenant qu’il y est arrivé… Je lui ai dit de faire attention et de ne pas la freiner, mais cela n’a rien changé. Je l’ai déjà retrouvé, il n’y a pas si longtemps, complètement dépassé et perdu par les événements, comme vous venez d’en parler à l’instant avec les personnes qui peuvent se battre ou non.

Beaucoup de personnes n’étaient pas méchantes » et faisaient pourtant bien plus de mal que de bien, sans même le vouloir. Isabelle ne doutait pas un seul instant que cet homme ne voulait que le plus grand bien pour sa femme, elle en était fermement convaincue, mais il se fourvoyait. Elle tapota pensivement des doigts sur la table, pensant à quelques solutions. Beaucoup risquaient de ne pas plaire à son interlocutrice et à tout le reste de l’école, d’ailleurs, s’ils avaient déjà peur qu’elle se consacre moins au pensionnat et plus au pays tout entier. Et pourtant, c’était un fait, Gabriella de Lizeux avait vraiment un mental de leader, bien plus qu’un mental de professeur. Qui pourrait nier cela, même si elle-même avait du mal à l’admettre ? Les personnes possédant la foudre étaient moins nombreuses que pour les autres éléments, mais ce sont majoritairement des personnes avec un caractère plutôt fort et combattif. L’élément de naissance est conditionné par l’hérédité mais aussi par le caractère, c’était prouvé depuis longtemps. Elle ramena les doigts sur la cuillère, suivant les motifs avec légèreté, tout en réfléchissant. La générale n’avait en effet pas été formée, elle agissait à l’instinct, ce qui expliquait qu’elle ne voit pas encore de nombreuses choses. Cependant, si elle voyait ses soutiens s’envoler sans voir tous ceux qui voulaient la suivre, le danger était critique.

– Je ne sais pas pourquoi il s’entête à la voir comme avant. Elle-même a accepté de l’épouser tel qu’il est aujourd’hui, mais j’ignore si elle sait ce qu’il pense… Elle doit être trop préoccupée par l’armée pour se soucier de sa vie privée et n’a rien vu. Heureusement, d’un côté, ça nous donne un peu de temps. Mais je ne peux pas dire à son mari qu’elle a changé et qu’elle va continuer à changer, qu’il ne l’aime pas pour ce qu’elle est devenue mais ce qu’elle était, ce serait… cruel. Il y a sûrement un autre moyen, quelque chose qui leur ferait ouvrir les yeux à tous les deux.

Isabelle faillit rire, mettant une main devant sa bouche pour dissimuler son sourire et ne pas paraître vexante. Voilà, Céleste avait mis le doigt, sans le vouloir, sur un « mal » assez étrange qui touchait les plus hauts gradés de cette armée, leur difficulté à se préoccuper de leurs vies sentimentales et personnelles, faisant passer leur devoir d’abord. Elle-même en avait souffert, avec le Colonel, et n’avait ouvert les yeux que très récemment. Cependant, contrairement au mari de la générale, elle avait très bien vu comment le Colonel avait évolué, depuis toutes ces années, et la réciproque était vraie également. La vie était plus aisée ainsi, quand les deux personnes d’un couple pouvaient agir sur le même plan. Qu’il y en ait un qui doive protéger l’autre et s’en faire pour lui sans que l’inverse soit vrai déséquilibrait fortement la relation. Ce problème pouvait beaucoup affecter… Dans l’armée, soit les soldats se mariaient entre eux, soit ils épousaient des hommes ou femmes qui n’étaient pas troublés à l’idée d’être protégés sans pouvoir le rendre, ou bien ils quittaient l’armée, allaient dans la gendarmerie ou dans la vie civile, et seulement là, se mariaient, tout simplement.

– Je pense qu’il sera plus simple de faire ouvrir les yeux à la directrice, ajouta-t-elle, pensive. Je ne vois pas comment faire ouvrir les yeux à Cyprien sur ce qu’il ne veut pas voir… Vos méthodes sont-elles si brutales que cela ? On ne peut pas trouver une solution à mettre en place du côté de l’armée et du côté du Pensionnat ? Je verrai probablement assez souvent les professeurs en vacances, y compris eux deux. Je suis prête à vous aider pour cela si on évite le pire en les perdant tous les deux… Qui sait ? Peut-être que si sa femme ouvre les yeux, il verra qu’elle a changé et qu’elle va changer.

– Possible, murmura-t-elle.

Repoussant sa tasse vide devant elle, elle sortit une montre pour vérifier rapidement l’heure puis la remit dans la poche de sa veste. Le serveur, qui passait, lui jeta tout à coup un regard noir, il avait dû voir la crosse de son pistolet, lorsqu’elle avait bougé sa veste. Il allait lancer une réflexion lorsqu’on l’appela d’une autre table. Isabelle était habituée à ce genre de réactions et ne fit donc pas le moindre commentaire. Il était évident qu’elle ne sortait jamais désarmée, juste au cas où, et aussi par habitude. De plus, on pouvait l’appeler à n’importe quel moment s’il y avait un problème, congés ou pas, elle devait rester perpétuellement sur ses gardes.

– Vous avez mis le doigt sur deux problèmes qui nous affectent, reprit-il avec un faible sourire. Plus nous sommes hauts gradés, plus il y a des problèmes à se préoccuper de la vie personnelle. Le Maréchal s’occupe à peine de sa femme et n’a pas d’enfants. Autrefois, le général Karinof n’avait qu’une envie, c’était d’être père, puis il a changé en prenant des responsabilités. Moi-même, j’ai… Hum… Mis assez longtemps avant de réaliser que j’étais amoureuse et que c’était réciproque.

Elle eut un sourire gêné en rougissant un peu. C’était idiot, décrit comme cela, mais tellement vrai ! Ils devaient faire attention à ce type de difficultés, tout de même. Elle haussa un peu les épaules, pour dire que ce n’était rien, le regard un peu plus brillant.

– L’autre problème est lié à celui-là, finalement. Il est difficile d’être en couple avec une personne qui ne peut pas agir au même niveau, que l’on veut protéger et qui ne peut pas le rendre à la même échelle. Ou plus simplement, une personne qui pense et agit trop différemment. C’est ce qui se passe pour la générale et son mari, actuellement. Pour nous, il est plus facile d’aimer un autre soldat. Ou une personne sensible aux mêmes valeurs.

Elle s’interrompit lorsque le serveur revint par ici et lui jeta un long regard appuyé, comme pour lui faire comprendre qu’elle ferait mieux de quitter cette terrasse, maintenant. Elle se retint de mettre son second pistolet sur la table bien en évidence, pour le simple plaisir de l’agacer.

– Quand je vous parle de méthodes « brutales », ce n’est pas au sens physique. En résumé, cela reviendrait à lui dire tout platement en lui mettant des preuves sous le nez, des preuves concrètes. Je réfléchis encore à ce qui serait le plus efficace… Après ses congés avec son mari, à Paris, si elle pouvait revoir le général Derrar, ce serait bien, il la soutient depuis le début. Sinon, avec certaines missions, ça aiderait aussi. Je ne sais pas trop. Vous avez déjà des idées, vous ?

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Tirs au matin   Jeu 6 Aoû - 15:57

Lieutenant – Possible, murmura-t-elle.

Céleste termina son café et reposa sa tasse sur la sous-tasse avec sa cuillère à côté. Au même moment, elle vit nettement le regard noir sur serveur vers elles, plus précisément vers son interlocutrice qui venait seulement de regarder l’heure. Elle avait le droit ! A moins que… Ah. La jeune professeure grimaça légèrement en lui lançant un regard, prête à la défendre en disant qu’elle n’avait rien fait de mal et qu’elles ne faisaient que discuter. Mais le serveur fut appelé à une autre table, au loin, et ne put donc rien dire. Mal à l’aise, Céleste ne répondit rien, ignorant comment elle l’avait pris ou si elles devaient changer de café. Cela ne la dérangeait pas, elle-même n’aurait pas été mieux traitée si l’école n’avait pas aidé à la reconstruction du village…

Lieutenant – Vous avez mis le doigt sur deux problèmes qui nous affectent, reprit-elle avec un faible sourire. Plus nous sommes hauts gradés, plus il y a des problèmes à se préoccuper de la vie personnelle. Le Maréchal s’occupe à peine de sa femme et n’a pas d’enfants. Autrefois, le général Karinof n’avait qu’une envie, c’était d’être père, puis il a changé en prenant des responsabilités. Moi-même, j’ai… Hum… Mis assez longtemps avant de réaliser que j’étais amoureuse et que c’était réciproque.

Et elle lui sourit en rougissant, apparemment gênée de ce qu’elle disait et non pas de ce qui s’était produit. Ah. Bon… Bah, elle n’avait pas à l’être, Céleste pouvait comprendre que le travail lui prenne beaucoup de temps, elle-même ne se préoccupait pas de sa vie privée même si c’était loin, très loin d’être au même niveau que la militaire. Elle était lieutenant, après tout, alors oui, les responsabilités et le manque de temps réduisaient fortement le temps passé à ne rien faire ou à profiter d’un moment avec la personne qu’on aimait. Elle le savait et y avait été sensibilisée lors de la Grande Guerre. Mais oui, par conséquent, elles avaient un gros problème… Céleste s’adossa contre sa chaise, posant son bras valide sur le bras gauche et laissant son bras droit tel qu’il était. Elle avait déjà mis un moment avant de trouver une position, inutile de bouger pour rien.

Lieutenant – L’autre problème est lié à celui-là, finalement. Il est difficile d’être en couple avec une personne qui ne peut pas agir au même niveau, que l’on veut protéger et qui ne peut pas le rendre à la même échelle. Ou plus simplement, une personne qui pense et agit trop différemment. C’est ce qui se passe pour la générale et son mari, actuellement. Pour nous, il est plus facile d’aimer un autre soldat. Ou une personne sensible aux mêmes valeurs.

Peut-être… Mais c’était sans doute possible si cette personne acceptait de ne pouvoir se battre au même niveau, de rester en arrière sans arrêter toute action pour autant. Or, ce n’était pas le cas de Cyprien qui se sentait dépassé par ce qui se passait et qui, par conséquent, était dans la situation évoquée ici… Et elles ne pouvaient rien faire. Selon ce que disait le lieutenant, oui, c’était un problème et tout était lié. Mais comment le résoudre ? Si les paroles ne fonctionnaient pas… Céleste pinça ses lèvres, furieuse de ne rien trouver pour aider les deux personnes qui lui avaient tendu la main au moment où elle en avait eu le plus besoin, comme elles maintenant.

La jeune professeure redressa la tête en fronçant les sourcils, attendant la suite, puis vit le même serveur que tout à l’heure lancer un regard appuyé à la militaire assise à cette table. Mais enfin ! Elles consommaient, rien ne leur interdisait de rester ici ! C’était même lui qui provoquait la dispute, certains clients avaient remarqué son manège, autour d’elles, et les regardaient sans comprendre ce qui se passait, outrés de voir comment il traitait une cliente qui n’avait rien fait de particulier. Naturellement, ils n’avaient pas vu l’arme comme le serveur, mais cela ne changeait rien au fait qu’elles avaient parfaitement le droit de rester ici. Sauf si cela dérangeait vraiment son interlocutrice.

Lieutenant – Quand je vous parle de méthodes « brutales », ce n’est pas au sens physique. En résumé, cela reviendrait à lui dire tout platement en lui mettant des preuves sous le nez, des preuves concrètes. Je réfléchis encore à ce qui serait le plus efficace… Après ses congés avec son mari, à Paris, si elle pouvait revoir le général Derrar, ce serait bien, il la soutient depuis le début. Sinon, avec certaines missions, ça aiderait aussi. Je ne sais pas trop. Vous avez déjà des idées, vous ?

Céleste – Autres que l’option « parler platement » ? Je ne sais pas…

Céleste baissa la tête vers sa tasse vide, la contemplant en réfléchissant, absorbée. Lui parler, simplement, en lui mettant des preuves sous le nez suffirait et fonctionnerait sans aucun doute. Mais c’était un peu brutal, oui, et elle n’avait pas vraiment envie d’être celle qui dirait tout à la directrice. Quant à ses hommes… Était-ce vraiment une bonne idée ? Seulement, elle ne voyait pas comment faire. Il y avait eu les articles de journaux, les militaires qui la suivaient, son grade dans l’armée alors qu’elle venait d’y entrer. Autant d’éléments qui prouvaient son influence et son importance, y compris sa manière de penser. Mais cela ne suffisait pas, Gabriella n’ouvrait toujours pas les yeux. Céleste poussa un soupir après un moment sans être plus avancée. En général, les proches aidaient à ouvrir les yeux, mais lorsque le proche lui-même refuse de voir la vérité…

Céleste – Je ne vois pas, dit-elle, désespérée. En temps normal, j’aurais dit qu’une personne proche aurait pu lui en parler, mais Cyprien est très proche d’elle et la voit dans son quotidien, ce qui aurait fait un argument de choix, sauf qu’il ne voit rien. Je suis sûre qu'il veut défendre l'école, mais il se sent incroyablement inutile et est complètement perdu. Sinon, il y a bien certains profs au Pensionnat qui pourraient lui parler mais je ne sais pas si elle les écouterait… Il reste toujours votre idée, mais oui, ce serait brutal, et j’ai un peu peur pour la santé physique de la personne qui devra le faire.

Serveur – Hum, hum. Voici l’addition que vous aviez demandée.

L’addition ? Quelle addition ? Céleste leva la tête vers le serveur, déconcentrée. Elle n’avait rien demandé, elle parlait ! Elle lança un regard au lieutenant pour savoir si c’était elle qui l’avait demandée, mais visiblement, elle n’y était pour rien non plus. Alors comm… Oh. D’accord. Il voulait la jouer comme cela et la jeter dehors avec l’addition comme il ne pouvait, vraisemblablement, pas lui dire ce qu’il pensait et que ça la dérangeait ? C’est vrai, il y avait des clients à côté, ce serait mal vu. Eh bien non, cette fois, il était hors de question qu’elle laisse quelqu’un d’autre se faire traiter comme cela. Elle se racla la gorge, tournant la tête vers le serveur qui attendait qu’elles paient pour vider les lieux le plus vite possible.

Céleste – Nous n’avons jamais demandé l’addition, vous avez dû vous tromper de table. Au contraire, nous pensions même manger ici, ce que vous avez servi à la table voisine me fait vraiment envie. A moins que vous n’ayez un problème avec nous ?

Céleste avait parlé un peu plus fort, le café aidant à se réveiller, ce qui avait poussé les clients autour d’elles à se tourner en mettant le serveur visiblement mal à l’aise. Elle afficha un air sincèrement perdu et plaça son bras cassé en évidence d’une manière on ne peut plus naturelle avec le malin plaisir de faire enrager cet homme. Il fulminait, cela se voyait au regard qu’il leur lançait. Il les regarda toutes les deux successivement et dit, au prix d’efforts immenses sans aucun doute, qu’il s’excusait de cette méprise et qu’il apportait la carte du déjeuner dans quelques secondes pour que « son amie » puisse choisir également. Lorsqu’il repartit, Céleste se tourna à nouveau vers « son amie », donc, avec un petit sourire aux lèvres.

Céleste – Désolée, je ne pouvais pas m’en empêcher, même si je sais que vous êtes capable de vous défendre, dit-elle un ton plus bas. Je ne l’aurais pas fait si vous aviez eu quelque chose à faire après, bien sûr, mais si on peut lui donner une bonne leçon au passage…

Oui, c’était parfaitement puéril, et alors ? Au même instant, le serveur revint vers elles pour leur donner une carte avec une étrange amabilité et repartit pour servir une autre table. Il fallait bien s’amuser de temps en temps et Céleste avait compris que la force ne servait à rien, qu’ils pouvaient très bien se battre avec des paroles comme dans le cas présent. Et puis, désolée, mais vu la manière de cet homme pour traiter les clients, militaires ou pas, elle avait eu envie de lui donner une bonne leçon, voilà tout. En plus, elles n’auraient pas à se déplacer, c’était parfait ! Elle était blessée, non ? Il ne pouvait pas la jeter comme cela, autant que sa blessure serve à quelque chose. Le serveur revint quelques minutes après en leur demandant ce qu’elles voulaient manger, au final, et Céleste changea naturellement de plat, histoire d’enfoncer un peu plus le clou, sachant qu’il n’avait pas transmis la commande. Il reprit les cartes et s’en alla en leur disant de patienter, que ce serait prêt très rapidement.

Céleste – Que disions-nous ? Ah, oui, les preuves et les idées… Je crois que ce que vous avez dit est la seule échappatoire, mais il faudrait préparer les arguments et les preuves en avance. On pourrait en rassembler chacune de notre côté ? Ensuite, envoyer quelqu’un qui n’a pas peur d’elle. Ou… Pourquoi ne pas faire parler un professeur et un militaire à quelques jours d’intervalle pour que cela la fasse réfléchir ? Vous avez déjà des preuves en dehors des missions ou autres ? Quant à moi, je pourrais essayer de parler à Cyprien en plus des preuves à trouver mais j’ai vraiment peur de sa réaction… Je vous assure que j’ai tout essayé, j’y ai vraiment cru, jusqu’au bout.

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Isabelle Robin
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MessageSujet: Re: Tirs au matin   Mer 2 Sep - 14:55

– Autres que l’option « parler platement » ? Je ne sais pas…

Si c'était la seule option envisageable, tant pis, il faudra en passer par là. Elle devait en parler au Colonel, il était capable de tout lui dire ainsi sans prendre de gants. Elle se mordilla un ongle en songeant aux nouveaux plans du pensionnat qu'elle avait vu, avec un sentiment d'urgence. Il fallait que la générale réalise ce qu'elle pouvait et devait faire, il n'y avait pas d'autre solution. Avec tout ce qui se passait, en plus, c'était malsain de laisser traîner les choses. Céleste soupira, pendant qu'Isabelle laissait son regard dériver sur la place, notant malgré elle les endroits stratégiques pour se placer et viser correctement. C'était ici qu'elle avait abattu ce retraité, lors de l'incendie. Hum... Elle devrait cesser d'y penser, même si elle était assez malade de voir que ça n'avait pas suffit à protéger son chef. Le maréchal savait tout et s'en servira toujours contre lui, à présent, c'était horrible. Que pourrait-elle faire de plus ? Elle baissa le regard sur la table, suivant du doigt les lignes du bois avec lenteur. La fatigue commençait à reprendre le dessus, elle avait les muscles noués et très crispés. Mais il était hors de question de le montrer, surtout en sachant pourquoi elle était fatiguée.

– Je ne vois pas, dit-elle, désespérée. En temps normal, j’aurais dit qu’une personne proche aurait pu lui en parler, mais Cyprien est très proche d’elle et la voit dans son quotidien, ce qui aurait fait un argument de choix, sauf qu’il ne voit rien. Je suis sûre qu'il veut défendre l'école, mais il se sent incroyablement inutile et est complètement perdu. Sinon, il y a bien certains profs au Pensionnat qui pourraient lui parler mais je ne sais pas si elle les écouterait… Il reste toujours votre idée, mais oui, ce serait brutal, et j’ai un peu peur pour la santé physique de la personne qui devra le faire.

Oh, allons... Elle n'était pas dangereuse pour ceux qui la soutenaient ! Quant à son mari, forcément, il n'était pas un soldat, n'en avait pas le mental ni la carrure et sil ne comprenait pas sa propre femme, c'est que la situation était grave. Elle allait lui répondre lorsque le serveur vint tout à coup à leur table, son plateau en main, avec une petite coupelle contenant une feuille de note. A moins que ce en soit une lettre fleurie d'insultes car il avait vu son arme.

– Hum, hum. Voici l’addition que vous aviez demandée.

Ah tiens, non, elle devenait paranoïaque. Mais restait le fait qu'elle n'avait jamais demandé l'addition. Oh, jolie manière de leur faire comprendre de dégager, du moins, de lui faire comprendre à elle qu'uns soldat n'avait rien à foutre à la terrasse d'un café, même vêtu en civil, ça ne se faisait pas. Elle pouvait le comprendre mais avec son caractère, elle ne se supportait guère de se laisser faire. Elle esquissait un moment pour plaquer bien en vue son arme sur la table et déclarer qu'elle n'avait pas l'intention de partir comme ça parce qu'il était dérangé par sa présence mais Céleste la devança en se raclant la gorge pour attirer l'attention du serveur. Le lieutenant stoppa son geste, un peu frustrée néanmoins. Mettre son pistolet près de la tasse de café aurait impacté bien proprement l'esprit de ce type, c'est fou ce que la vue d'une arme pouvait produire comme effet sur les idiots. Mais bon, soit, ne pas déclencher de conflits de ce genre, d'accord.

– Nous n’avons jamais demandé l’addition, vous avez dû vous tromper de table. Au contraire, nous pensions même manger ici, ce que vous avez servi à la table voisine me fait vraiment envie. A moins que vous n’ayez un problème avec nous ?

En fait, Isabelle avait des réflexes trop agressifs... Elle y réfléchit pensivement, sans écouter ce que répondait le serveur. C'était peut-être normal, étant donné qu'elle était dans l'armée, mais tout de même. Elle termina son café en sortant de sa courte rêverie, voyant le type repartir.

– Désolée, je ne pouvais pas m’en empêcher, même si je sais que vous êtes capable de vous défendre, dit-elle un ton plus bas. Je ne l’aurais pas fait si vous aviez eu quelque chose à faire après, bien sûr, mais si on peut lui donner une bonne leçon au passage…

Isabelle hocha vaguement la tête en guise de réponse, alors que le serveur revenait pour leur donner les menus. Voilà longtemps qu'elle n'avait pas pris le temps de s'asseoir à une table de restaurant pour déjeuner bien tranquillement, elle était plutôt du genre à déjeuner sur le pouce à la caserne puis s'entraîner, lors de ses journées de repos. C'était une impression très... étrange, pour elle, que de prendre son temps, à une table au soleil, avec une personne extérieure à l'armée. Elle lut rapidement puis commanda un plat simple au sale type, n'ayant pas vraiment très faim, mais voulant profiter de cette pause. D'autres clients les reluquaient discrètement pour vérifier ce qu'elles pouvaient avoir de choquants mais Isabelle avait vu que certains avaient déjà compris, ils avaient dû la reconnaître, elle était passée en uniforme bien assez souvent dans ce village. Avec ça, il y avait très peu de femmes, dans l'armée, elles étaient repérables. Isabelle eut un maigre sourire, un peu amer. Elle avait l'impression d'avoir une mentalité à l'opposé même des femmes qui se trouvaient sur cette terrasse.

– Que disions-nous ? Ah, oui, les preuves et les idées… Je crois que ce que vous avez dit est la seule échappatoire, mais il faudrait préparer les arguments et les preuves en avance. On pourrait en rassembler chacune de notre côté ? Ensuite, envoyer quelqu’un qui n’a pas peur d’elle. Ou… Pourquoi ne pas faire parler un professeur et un militaire à quelques jours d’intervalle pour que cela la fasse réfléchir ? Vous avez déjà des preuves en dehors des missions ou autres ? Quant à moi, je pourrais essayer de parler à Cyprien en plus des preuves à trouver mais j’ai vraiment peur de sa réaction… Je vous assure que j’ai tout essayé, j’y ai vraiment cru, jusqu’au bout.

Donc des preuves... La militaire réfléchit un instant puis hocha la tête, en se remémorant ce qu'elle avait pu voir à la caserne, ce qui se disait, les rumeurs, et ainsi de suite. Certaines choses pouvaient apparaître comme des détails mais c'était important, on en avait besoin pour comprendre.

– Le premier jour où elle est s'est rendue à la caserne, au réfectoire, presque tous ceux qui étaient là l'ont saluée spontanément. Elle a déjà été acceptée comme l'une des nôtres, dès le début, malgré malgré tout ce qui s'est passé. Le commandant Beauvais a demandé à être son subordonné très vite, de lui-même, également. Et même les réactions de Bradley, à elles seules, sont suffisantes. La relation entre eux est plutôt malsaine, à mes yeux, mais aussi fascinante. C'est un mélange d'opposition et de dépendance... Ils se ressemblent peut-être trop pour leur propre bien.

Elle s'interrompit lorsqu'une jeune fille toute mignonne, avec ses tâches de rousseur, vint leur apporter les plats et une carafe d'eau avec un grand sourire aimable, en leur souhaitant bon appétit. La sniper la remercia, dépliant sa serviette avant de la poser sur ses genoux. La petite prit même soin d'ouvrir le parasol au-dessus de leur table avant de filer servir d'autres clients.

– Bradley l'a déjà aidé, avant le coup de l'hôpital, vous savez. Une fois, elle a été beaucoup trop surmené et elle a eu une petite crise d'asthme. Il a besoin d'elle, c'est évident, et elle ne peut pas se défaire de lui. C'est assez compliqué... S'ils ne s'opposaient pas sur les méthodes, je suis certaine qu'ils s'entendraient à merveille. Mais Bradley n'est pas mauvais à ce point. Il se bat toujours à la loyale et va sur le front avec ses hommes. C'est un homme patriote, même s'il a des idées brutales ou dangereuses. Avec la générale, cela donne un bon équilibre, à la tête de l'armée. Si elle prend conscience de cela, les choses deviendront plus aisées et plus efficaces.

Même si ça ne facilitera sans doute pas les affaires du pensionnat... Isabelle soupira un peu en coupant sa viande, jetant un petit coup d'œil à son interlocutrice. Elle parlait de ce qu'elle connaissait mais ignorait ce que faisait la générale au pensionnat, elle ne pouvait pas trouver de preuves sur ce terrain-là.

– Puisqu'on en est à parler de ça, il faudrait que vos collègues et les élèves comprennent que faire du sabotage ou ce genre de trucs ne mène à rien, en plus d'être dangereux. Un soldat raisonne en soldat, face à une personne venue lui mettre des bâtons dans les rues, même si cette personne à quatorze ans. Je n'ai pas la moindre envie de tuer des enfants mais si j'ai pour ordre de les arrêter, je le ferai. Les gamins se sont calmés, ce mois-ci, mais faites attention à eux à la rentrée de septembre. Personne ne veut en arriver là.

Elle but une petite gorgée d'eau, avec un regard aigu pour son interlocutrice.

– Enfin. La situation va beaucoup évoluer, cet été. J'espère que la générale va changer de point de vue... Ça fait longtemps que vous enseignez à Ste Famille, d'ailleurs ?

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Tirs au matin   Jeu 17 Sep - 22:41

Céleste avait conscience que Cyprien prendrait son comportement comme une trahison, en tant qu’amie. Mais elle ne faisait cela que pour aider ! Le sous-directeur ne voulait pas qu’elle agisse pour l’instant, il la jugeait trop fragile et peut-être l’était-elle. Elle s’était juré de travailler là-dessus pendant les vacances afin d’être prête à agir concrètement à la rentrée. Elle avait cherché des idées et comptait mettre ces fameuses séances d’entraînement en place pour les éléments glace et foudre, refusant de voir les élèves s’empêcher de s’entraîner à fond alors qu’ils le devaient. Mais que pouvait-elle faire d’autre ? Pour l’instant, la jeune professeure ne voyait pas et n’avait aucune idée en dehors d’aider à ouvrir les yeux à la directrice. Au pire, Cyprien n’avait pas à savoir qu’elle avait aidé là-dessus... Le lieutenant n’avait toujours rien dit, seulement hoché la tête, semblant réfléchir. Elle avait sûrement plus de preuves que Céleste, elle vivait à la caserne, y allait tous les jours.

Lieutenant – Le premier jour où elle est s'est rendue à la caserne, au réfectoire, presque tous ceux qui étaient là l'ont saluée spontanément. Elle a déjà été acceptée comme l'une des nôtres, dès le début, malgré tout ce qui s'est passé. Le commandant Beauvais a demandé à être son subordonné très vite, de lui-même, également. Et même les réactions de Bradley, à elles seules, sont suffisantes. La relation entre eux est plutôt malsaine, à mes yeux, mais aussi fascinante. C'est un mélange d'opposition et de dépendance... Ils se ressemblent peut-être trop pour leur propre bien.

Fascinante... Très sincèrement, Céleste faisait des efforts pour suivre et comprendre ce qui se passait, elle avait plus ou moins réalisé l’importance de Gabriella dans cette guerre et ce que lui disait son interlocutrice ne faisait que confirmer ce qu’elle pensait. Cependant, il y avait bien une chose qu’elle ne comprenait pas, une seule et unique chose : la relation entre la directrice et le maréchal. Elle était malsaine, terrifiante, incompréhensible... Mais certainement pas « fascinante ». Enfin, comme l’avait si justement dit Bradley, ils ne pouvaient pas comprendre tous les enjeux de cette « guerre ». Céleste voulait aider et suivre mais elle était dépassée à certains niveaux, ce qui l’obligeait à rester en arrière pour ne pas se faire avoir bêtement.

Elles furent interrompues par la serveuse, souriante elle, qui vint leur apporter ce qu’elles avaient commandé avant d’ouvrir le parasol. Le contraste avec l’autre serveur était flagrant mais cela faisait du bien. Autour d’elles, les clients avaient commencé à manger même si certains leur jetaient des regards suspicieux et un peu perdus, cherchant sans doute à savoir ce qu’elles avaient de particulier. Enfin, elles allaient manger et partir, Céleste comptait bien rentrer au Pensionnat avant la fin de la journée, quoi que Cyprien lui ait dit. Elle n’avait pas spécialement faim et lança un regard découragé à son assiette, imitant le lieutenant en mettant une serviette sur ses genoux. Premier repas hors de l’hôpital, cela allait être laborieux. Mais elle comptait le déguster, celui-là, profiter surtout, même si elle n’avait pas faim. Prenant son couteau, elle analysa comment découper sa viande avant d’opter pour le reste d’abord, prenant sa fourchette pour commencer à manger après avoir souhaité un bon appétit à son interlocutrice, elle aussi.

Lieutenant – Bradley l'a déjà aidé, avant le coup de l'hôpital, vous savez. Une fois, elle a été beaucoup trop surmené et elle a eu une petite crise d'asthme. Il a besoin d'elle, c'est évident, et elle ne peut pas se défaire de lui. C'est assez compliqué... S'ils ne s'opposaient pas sur les méthodes, je suis certaine qu'ils s'entendraient à merveille. Mais Bradley n'est pas mauvais à ce point. Il se bat toujours à la loyale et va sur le front avec ses hommes. C'est un homme patriote, même s'il a des idées brutales ou dangereuses. Avec la générale, cela donne un bon équilibre, à la tête de l'armée. Si elle prend conscience de cela, les choses deviendront plus aisées et plus efficaces.

Peut-être Bradley n’était-il pas mauvais à tous les niveaux mais Céleste avait franchement du mal à le voir comme le décrivait le lieutenant pour l’instant. Elle ne le voyait que comme un soldat qui torturait des élèves inutilement, qui les traumatisait et utilisait des méthodes odieuses pour arriver à ses fins. Elle ne le supportait pas, voilà tout. Non, ce n’était pas objectif mais elle s’en fichait complètement. Piquant dans son assiette, la jeune professeure porta sa fourchette à sa bouche sans rien dire, pensive, écoutant simplement son interlocutrice. Elle ne savait pas ce qu’il fallait faire... Oui, la directrice se battrait vraiment à armes égales contre son adversaire si elle ouvrait les yeux mais quelles seraient les conséquences directes à cela ? Que deviendrait le Pensionnat, sans oublier les élèves ? Céleste redressa la tête, prenant son verre pour boire un peu d’eau, réfléchissant. Ce qu’elle lui disait était vrai, la directrice était déjà une militaire, même si elle l’ignorait pour l’instant. Par conséquent, ils ne pouvaient rien empêcher, c’était trop tard. Mais elle ne voyait aucune preuve, à l’école, d’un quelconque agissement qui témoignait d’un côté militaire existant en elle... Pas tout de suite, du moins.

Lieutenant – Puisqu'on en est à parler de ça, il faudrait que vos collègues et les élèves comprennent que faire du sabotage ou ce genre de trucs ne mène à rien, en plus d'être dangereux. Un soldat raisonne en soldat, face à une personne venue lui mettre des bâtons dans les rues, même si cette personne à quatorze ans. Je n'ai pas la moindre envie de tuer des enfants mais si j'ai pour ordre de les arrêter, je le ferai. Les gamins se sont calmés, ce mois-ci, mais faites attention à eux à la rentrée de septembre. Personne ne veut en arriver là.

Céleste se mordit les lèvres, baissant la tête sur son assiette. Elle savait tout cela mais ne pouvait pas dire aux élèves de laisser les militaires envahir l’école sous leurs yeux alors que la situation dégénérait depuis plusieurs mois. Ils le leur répétaient, bien sûr, mais ne pouvaient pas le leur reprocher. Après tout, elle aussi aurait réagi de la même manière à leur âge. Pour certains, cette école représentait leurs rêves, un refuge, un avenir... Et l’armée leur prenait tout. Peut-être Bradley avait-il des raisons de faire cela mais personne ne pouvait le comprendre s’il continuait à agir ainsi. Et la rentrée n’allait rien arranger... Céleste réprima un frisson, jouant distraitement avec sa fourchette, craignant de plus en plus l’année qui s’annonçait.

Lieutenant – Enfin. La situation va beaucoup évoluer, cet été. J'espère que la générale va changer de point de vue... Ça fait longtemps que vous enseignez à Ste Famille, d'ailleurs ?

Céleste – Non, seulement deux ans, dit-elle en redressant la tête après avoir bu un peu d’eau. Mais je n’ai jamais vraiment quitté l’école, j’ai fait une année supplémentaire au Pensionnat avant de me lancer dans des études de professeur. Je suis une des plus jeunes de l’équipe enseignante si je ne me trompe pas.

La discussion dériva sur le quotidien d’avant l’occupation militaire du Pensionnat et autres sujets du même genre, toujours dans l’optique de trouver des idées pour s’en sortir sans trop de mal. Elle voulait vraiment aider mais ne voyait pas comment en dehors des cours. Après le repas, elles partirent en payant l’addition, Céleste ne pouvant s’empêcher de faire un grand sourire bien hypocrite au serveur qui avait voulu les mettre dehors. L’après-midi commençait tout juste mais, la caféine ne faisant plus effet, elles furent obligées de se séparer, le lieutenant pour faire ses courses et elle-même pour rentrer au Pensionnat. Juste avant de la quitter, elle se tourna vers la militaire en la rappelant.

Céleste – Pour les élèves, je ferai ce que je peux mais je ne vous promets rien. Mettez-vous à leur place, l’armée leur prend tout, j’aurais réagi exactement de la même manière à leur place... Mais je ferai tout mon possible pour les préserver. Je vous recontacte très vite pour ce dont on a parlé. Bonne journée et merci pour votre aide.

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