1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Expérience après expérience

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MessageSujet: Expérience après expérience   Lun 1 Juin - 11:59

Une légère odeur dissolvant flottait dans le salon et Nicole avait ouvert la fenêtre pour laisser entrer l’air du soir. Alex lui fit un petit sourire d’excuse, occupé à nettoyer son arme avec un chiffon et ses produits. Leur fils écoutait la radio, installé en pyjama dans le canapé du salon. Une soirée en famille qui aurait pu être tout à fait banal et tranquille s’il ne commençait pas son nouveau « service cette nuit… Son estomac se tordit alors qu’il y repensait, fixé sur son arme et les éléments qu’il nettoyait. Il n’avait même pas osé en parler à son épouse. Il n’avait pas pu lui dire que tout recommençait, qu’il allait de nouveau travailler sur des projets impliquant torture et manipulation. Il n’avait pas eu le courage… Sa femme terminait de nettoyer la cuisine, chantonnant une vieille chanson d’autrefois. Elle finit par récupérer leur fils pour qu’il aille au lit. Il le serra dans ses bras pour lui dire bonne nuit, souriant. Jamais il ne montrera anxiété ou tristesse devant lui. Cet enfant n’avait pas à être chargé des soucis des adultes.

Il essuya son arme, rassemblant les éléments, puis dit bonne nuit à sa femme, qui partait dormir, elle aussi. Il l’embrassa longuement avant de la quitter, glissant le pistolet dans sa ceinture, remettant sa veste d’uniforme. Il marchait dans la cour de la caserne mais se revoyait traverser la cour de l’hôpital à Paris, tout jeune, avec un regard d’illuminé. Il monta dans le camion avec les autres, mais fronça les sourcils en voyant qu’ils se dirigeaient vers l’école et pas à l’hôpital. Leur chef sourit et dit qu’ils devaient d’abord récupérer leur cobaye avant de filer. Il eut un sourire de façade pour l’équipe, content que l’obscurité dissimule son teint très pâle. Ils attendirent devant les portes du pensionnat, jusqu’au moment où leur « cobaye » sortit. Il blêmit encore plus en voyant la directrice, à peine habillée, et eut un gros temps de retard avant de suivre le mouvement et se jeter sur elle. Il l’empêcha de hurler en lui plaquant une main sur la bouche, la ceinturant par derrière, pendant que ses collègues la maîtrisaient. Elle se débattait avec rage mais il ignorait si elle l’avait reconnu. Pitié, non… Elle était leur générale ! Et ils… Ils…

Ils l’attachèrent t lui bandèrent les yeux, fourrant chiffon dans sa bouche pour qu’elle ne hurle pas. Elle était affaiblie, cela se voyait… La hissant dans le camion, ils l’allongèrent au sol en la maintenant. Le chauffeur démarra, les faisant cahoter, alors que leur chef ordonna à un petit jeune de l’équipe de la fermer. Alex referma la bouche, révulsé. Ils allèrent à l’hôpital de Gray, et le gamin alla chercher un brancard. La jeune femme se débattait toujours comme elle le pouvait et il enleva un peu du bâillon qu’elle avait dans la bouche pour qu’elle respire mieux. Elle était déjà malade ! Il aida à la coucher puis la sangler sur le brancard, regardant partout autour de lui comme si quelqu’un pouvait le voir, le reconnaître, dénoncer ce qu’il faisait. L’hôpital était fidèle à lui-même, très calme à l’extérieur, mortel à l’intérieur. Combien de personnes étaient enfermées ici ? Il l’ignorait. Il avait peur de le savoir. Mais il devait obéir, il était un soldat.

– Parfait, dit leur chef après avoir testé la solidité des sangles. A vous de prendre la suite, commandant, mon travail est terminé. Je vous souhaite la bonne nuit !

Alex réalisé alors que c’était lui qui était en charge des ces opérations, à présent. « Grâce » à son passé et ses états de service. Il hocha automatiquement la tête, ordonnant à deux personnes de conduire la jeune femme à l’intérieur. Il pria tout du long pour que le médecin affecté aux expérimentations ne soit l’espèce de gros pervers et malade de Rochard mais il en fut pour ses frais. Ce sale type était une maladie à lui seul ! Il se frottait déjà les mains avec un air enjoué, tenant sans doute sa vengeance… Alex posa la main sur la crosse de son pistolet lorsqu’il s’approcha de la jeune femme et se pencha sur elle. Il ordonna qu’on prépare la salle et qu’on allume plus de lumière. Le médecin avait pris le visage de la jeune mère entre ses mains, avec un très large sourire, lui ayant enlevé le foulard de la bouche.

– C’est moi, chérie, murmurait-il avec joie. Ravie de te revoir.

Il l’embrassa tout à coup à pleine bouche, sans crier gare, avec un petit rire. Alex le tira par l’épaule pour qu’il la relâche, exaspéré, en lui disant de ne pas dépasser les limites de son travail, qu’il n’avait pas à l’embrasser ni rien de ce genre. Le docteur lui lança un regard comme pour le traiter de rabat-joie puis haussa les épaules, toujours souriant.

– Je ne la blesse pas, non ? Ne faites pas votre effarouchée ! C’est une femme, il est normal que je la salue comme il se doit… Et je suis en droit de faire ce que je veux avec mes cobayes, commandant.

Il s’amusait à dégrafer le chemisier de la directrice pour dévoiler sa poitrine, mais Alex grogna comme un ours, lui attrapant le poignet pour le tirer à l’écart.

– Et moi je vous dis de ne pas la toucher, c’est clair ?

– Vous pensez pouvoir me donner des ordres alors que vous êtes simple commandant ?

Ils se défièrent du regard, un moment, sous les yeux des infirmiers et soldats présents dans la pièce. Alex n’en fut que plus furieux, d’autant plus qu’il savait que ce type était sous l’autorité direct des plus hauts gradés. Il le relâcha avec dégoût, sèchement, puis fit signe aux autres de s’activer un peu. Le médecin avait recommencé à caresser la poitrine de la directrice en lui souriant pour le narguer. Alex se fit violence pour ne pas sortir son pistolet et lui coller une balle en pleine tête. Il vérifia plutôt les produits qu’ils avaient, tremblant de rage en le voyant continuer à embrasser la directrice à pleine bouche. Sale… Il avait su qu’elle l’avait frappé assez fort en plein réfectoire, il y avait déjà un moment, mais elle aurait dû le tuer. Très sérieusement. Quasiment toute l’armée l’aurait couverte ! Faire passer ça pour accident aurait été très facile. Il ne la relâcha que lorsqu’ils commencèrent. Elle avait toujours les yeux bandés, mais c’était sans doute mieux pour elle…

Ils lui firent une prise de sang, puis Rochard l’examina. Alex faillit de très nombreuses fois l’abattre comme un chien, ne se retenant qu’avec beaucoup de peine. Il prenait visiblement beaucoup de plaisir à la toucher partout où il pouvait, sans aucun respect. Le commandant le fit « accidentellement » reculer d’un bond à un moment en faisant tomber un acide dangereux, le faisant jurer.

– Oh, vraiment navré, docteur, sourit-il.

Il plaça le bras de la jeune femme dans une sorte d’attelle en fer, attachant des capteurs à son poignet. Elle avait la main posée sur un cercle de métal et de fer, qui allait absorber son don. Ils devaient tout d’abord en mesurer la puissance. Si elle refusait de l’utiliser de son plein gré, il faudra l’y amener de force… Le docteur Rochard se tenait déjà prêt, sautillant. Alex se pencha à l’oreille de la jeune femme, le cœur au bord des lèvres.

– Je vous en prie, faites jaillir votre don le plus fort possible, coopérez… Je n’ai pas le pouvoir d’arrêter l’autre malade.

– Bon, on commence ? sifflota le médecin en dévoilant sa cuisse pour la caresser. On est pressés, non ?

Il retint un juron puis enjoignit à la générale de le faire, de ne pas résister. Il y eut un instant de flottement puis elle s’exécuta. Il surveilla les appareils, heureux que personne ne puisse la toucher lorsqu’elle faisait cela. Voilà, pour le moment, tout va bien… Mais c n’était que le début. La suite était plus… Ils devaient voir comment son don réagissait dans certaines situations. Il fit un signe de la tête pour commencer, se contrôlant pour ne pas trembler. Elle hurla lorsque le fou lui brisa le poignet gauche. Il ferma les yeux un instant puis lui mit un bout de bois dans la bouche pour qu’elle ne se morde pas la langue. Il interdit au docteur de la frapper encore, les instruments s’affolant sous la puissance de son don, décuplé par son cœur qui s’affolait et par la douleur.

– Soignez-la tout de suite, dit-il à un infirmier, ça suffira comme ça.

Il la voyait pleurer, sous le bandeau, même si elle ne criait plus. C’est bon, stop pour cette nuit, ça suffit. Il la fit emmener dans une des chambres et des infirmiers l’habillèrent d’une robe d’hôpital bleue assez légère avant de la laisser sur le lit, l’attachant plus souplement à la taille, à la poitrine et aux jambes. Une fois qu’ils furent parti, refermant la porte, il s’approcha et lui enleva le bandeau trempé de larmes, le cœur serré.

– Je… je suis désolé, murmura-t-il en la voyant ramener son poignet contre elle. Vraiment désolé…

Il recula puis quitta la chambre en tremblant, refermant la porte puis s’appuyant dessus, soupirant. On l’appela quelques minutes plus tard pour qu’il vienne travailler sur les premiers résultats. Il s’efforça de se concentrer, se comportant comme d’habitude pour ne pas attirer l’attention. Le matin venu, la directrice fut de nouveau amenée dans la salle, attachée, préparée. Ils la forcèrent à utiliser son don dans l’appareil comme ils l’avaient fait durant la nuit, tandis que le docteur Rochard « testait » l’effet de la douleur sur elle et sur son don. Des tests qui durèrent toute la matinée. A midi, il la fit soigner, ajoutant au poignet brisé une cheville tordue et des coupures sur les jambes. Sans compter que le docteur fou n’avait pas cessé de la toucher et de l’embrasser en lui disant qu’il avait tout le temps pour elle, que personne ne viendra la chercher ici. Alex finit par le jeter dehors, alors qu’il lui mordillait les lèvres en l’embrassant. Ils la firent asseoir dans un fauteuil roulant, juste attachée à la taille, puis il ramena lui-même dans la chambre. Elle l’inquiétait, elle était… Il n’osait pas dire « fragile », mais pour une fois, le mot conviendrait.

– Ecoutez, souffla-t-il en s’agenouillant devant elle, dans la chambre. Vous n’êtes pas en état pour tout ça, vous… Il faut que vous appeliez le Maréchal à l’aide. Lui seul peut ordonner l’arrêt de ces expériences sur vous. Il ne s’occupe, d’ordinaire, pas de qui est emmené ici, mais si vous l’appelez, il interviendra, il ne veut pas vous voir mourir. Je peux vous conduire au réfectoire, il y a des téléphones… Personne d’autre n’aura l’autorisation d’entrer ici et de vous faire sortir de là. Il pourra vous protéger, refuser qu’on se serve de vous. Vous acceptez ?
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Gabriella de Lizeux
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MessageSujet: Re: Expérience après expérience   Lun 1 Juin - 23:07

Elle voulut hurler mais une grosse main se plaqua sur sa bouche. Elle se débattit de plus belle, donnant des coups de pied, tirant pour se libérer, n’arrivant pas à jeter son don sur eux. Elle fit tout pour se libérer, frappant, se débattant, essayant de leur échapper, voulant hurler. Elle put donner un coup de pied pour repousser un de ses assaillants mais un autre la plaqua par terre avant de lui tirer les mains pour l’attacher. Elle se débattait toujours, prise à nouveau de vertiges. Quelqu’un lui fourra un chiffon dans la bouche, qui l’étouffa à moitié, et lui mit un bandeau sur les yeux. Les liens lui rentraient dans la peau, elle avait du mal à respirer à cause du bâillon. Où était le jeune André ? Avait-il pu prévenir quelqu’un ou ces types l’avaient intercepté avant ?! S’ils lui avaient fait du mal… Elle tira sur la corde qui enserrait ses poignets alors qu’ils la soulevaient puis la maintenaient sur une sorte de plaque en bois. Au bruit et au mouvement, elle comprit qu’elle était dans un camion. Elle essaya de crier, de se libérer, frappant dès qu’elle sentait l’un d’eux relâcher la pression. Combien étaient-ils ?

Le camion roula plus d’une dizaine de minutes, selon elle, avant de finalement stopper. Elle se débattit comme elle put en sentant l’air libre puis fut allongée sur ce qui devait être un brancard. Ils la sanglèrent dessus mais l’un de ses ravisseurs retira un peu le foulard, l’aidant à respirer. Où était-elle ? Et le jeune Amouni ? Il allait bien ? Ces types lui avaient fait du mal ? Ils pouvaient très bien aussi aller s’en prendre à ses enfants ou à Cyprien ! Il devait rester sur ses gardes et protéger Aurore et Julien. Ils étaient trop petits, trop fragiles… Cyprien devait absolument se méfier, il risquait d’être pris pour cible ! Solène aussi, comme elle était sa petite sœur, ils pouvaient s’en prendre à elle, elle était si jeune… Elle fit de son mieux pour calmer l’affolement de son cœur, rageant contre la fatigue qui la tenait. Ce n’était pas le moment d’être épuisée ! Elle devait se tirer de là et vérifier si son élève allait bien, si ces types ne lui avaient rien fait, puis prévenir Cyprien de faire attention.

Voix d’homme – Parfait. A vous de prendre la suite, commandant, mon travail est terminé. Je vous souhaite la bonne nuit !

Commandant… Elle eut un frisson lorsqu’ils poussèrent le brancard, devinant où elle était. Elle aurait dû s’en douter et se méfier, elle était tranquille depuis trop longtemps, ça ne pouvait pas durer. Ils rentrèrent, elle sentit la chaleur du bâtiment, l’odeur qui régnait. L’hôpital de Gray. Le fameux « lycée » abandonné il y a des années par manque d’élèves, qui avait été repris par l’armée. Le brancard stoppa dans ce qui devait être une salle. Elle ne pouvait rien voir mais pouvait sentir qu’il y avait quelqu’un penché sur elle. Elle l’entendait, le ressentait. Une voix retentit alors, qui la fit sursauter. C’était lui… C’était lui, c’était le commandant, c’était le subordonné du Colonel ! C’était lui… On lui enleva tout à coup le foulard de la bouche et elle toussa, reprenant son souffle. Presque aussitôt après deux mains vinrent se poser sur son visage. Qu’est-ce que… Bas les pattes ! Il n’y avait que Cyprien qui avait le droit de la toucher !

Connard – C’est moi, chérie, murmurait-il avec joie. Ravie de te revoir.

Elle écarquilla les yeux sous le bandeau lorsqu’il l’embrassa tout à coup sur la bouche, lui donnant envie de vomir de dégoût. C’est à ce moment qu’elle sut qui il était, ce qu’il lui voulait. Elle essaya de lui mordre les lèvres mais le commandant l’écarta tout à coup. Elle cracha aussitôt le côté, furieuse et révulsée. La peur commençait à lui tordre le ventre et elle s’en voulait pour cela, ne voulant pas lui donner ce plaisir. Elle ne pouvait pas se défendre et détestait se sentir si vulnérable. Elle se tendit pour essayer d’arracher les sangles, se forçant à se calmer pour retrouver le contrôle.

Pervers– Je ne la blesse pas, non ? Ne faites pas votre effarouchée ! C’est une femme, il est normal que je la salue comme il se doit… Et je suis en droit de faire ce que je veux avec mes cobayes, commandant.

Elle sentit sa main tirer sur les boutons de son chemiser pour le défaire, ce qui lui arracha un autre sursaut. Elle avait l’impression de revivre le moment où elle avait compris qu’elle avait été violée, après la naissance de ses enfants. Mais cette fois, elle était consciente.

Commandant – Et moi je vous dis de ne pas la toucher, c’est clair ?

Ordure – Vous pensez pouvoir me donner des ordres alors que vous êtes simple commandant ?

Elle serra les dents pour ne pas laisser échapper une seule plainte lorsqu’il caressa sa poitrine, les poings serrés si forts que les jointures devaient en devenir blanches. Il n’attendait que ça, ce sale type ignoble ! Sentir sa main lui donnait envie de vomir, de hurler, de tuer. Elle aurait pu le tuer si elle avait pu, très sérieusement. Tant pis si elle devait ensuite être emprisonnée pour le reste de sa vie ou même être exécutée, elle était prête à cela. Les sangles étaient très solides, elles ne parvenaient pas à les faire bouger ni même remuer un peu. Elle jura entre ses dents, s’acharnant pour se libérer. S’ils s’en prenaient à Cyprien ou leurs bébés… Elle sentit avec un temps de retard la piqûre qu’on lui fit au bras, bien trop occupée à faire abstraction de la sale ordure qui la touchait partout sans la moindre honte. Elle ne pouvait plus nier qu’elle avait peur, c’était comme si tous ses cauchemars prenaient forme. Elle se mordit les lèvres pour ne pas pleurer, se concentrant sur les visages de ses enfants.

Un bruit de verre brisé retentit tout à coupe t une odeur affreuse envahit la pièce. Le psychopathe retira sa main et jura, apparemment furieux. Elle en profita pour reprendre son souffle et rassembler ses idées, luttant contre la peur qui l’avait prise à la gorge. Respirer… Se calmer, respirer, tout allait bien se passer. Quelqu’un… Quelqu’un allait bien finir par la rechercher, au moins se demander où elle était ! Et ce salaud ne pourra plus la toucher, quelqu’un allait venir et le jeter très loin, se débarrasser de lui. Au fond d’elle, elle n’y croyait pas une seule seconde, mais il ne lui restait que cette idée à s’accrocher pour ne pas sombrer dans la terreur. Elle prit une longue inspiration, refermant les yeux sous le bandeau. Elle allait s’en sortir, c’était juste un mauvais moment à passer. Elle devait oublier sa fatigue et sa peur et se concentrer sur autre chose. Elle avait plus urgent à penser, ses élèves aussi étaient en danger.

Commandant – Oh, vraiment navré, docteur, sourit-il.

Ils coincèrent ensuite son bras droit dans un truc en fer, elle n’arrivait pas à déterminer ce que c’était. Chasser la peur, voilà ce qu’elle devait faire. D’accord, elle était enfermée dans un hôpital avec psychopathe de la pire espèce, mais ça pourrait être pire ! Il y avait des élèves qui avaient vécu bien pire. Qui étaient morts. Elle pouvait résister, tout allait bien, elle était en pleine forme. A peu près. Donc elle pouvait se débrouiller, en attendant un éventuel miracle, comme Cyprien qui ferait exploser la tête de ce « médecin » par exemple. Elle devait se préparer mentalement, respirer. Cette fois, elle n’était pas enceinte, elle ne mettait la vie de personne en danger. C’était tout ce qui compatit à ses yeux, elle ne devait pas provoquer la souffrance de qui que ce soit, d’où son souhait que Cyprien soit averti, tout comme Solène, qu’ils se tiennent sur leurs gardes ! Et aussi qu’ils surveillent bien l’école, pour qu’on ne puisse pas s’en prendre aux élèves.

Commandant – Je vous en prie, faites jaillir votre don le plus fort possible, coopérez… Je n’ai pas le pouvoir d’arrêter l’autre malade.

Monstre – Bon, on commence ? sifflota le médecin en dévoilant sa cuisse pour la caresser. On est pressés, non ?

Ne. Pas. Lui. Montrer. Qu’elle avait. Peur. Elle entendit à peine le commandant lui dire de le faire, de s’exécuter, focalisée sur la main posée sur elle. D’accord, d’accord… Elle fit de son mieux pour ne pas faire une crise de nerfs, puis lâcha son don, qui fila dans l’espèce d’appareil qu’elle touchait. Plus vite ce sera termina, plus vite elle pourra mettre elle pensionnat en alerte. Ce n’étaient que des tests, comme faisait l’armée depuis longtemps, elle pouvait le supporter. Elle en tremblait, à nouveau prise par des vertiges, usant de son don alors qu’elle n’avait pas la force qu’il fallait, pas cette nuit. On libéra tut à coup son poignet gauche et elle poussa un hurlement lorsqu’on le lui brisa net sans prévenir. La douleur remonta tout son bras pour vriller son cœur alors qu’elle hoquetait, son don ayant suivit le sursaut et augmentant du même coup. Elle gémit avant qu’on ne lui mette un morceau de bois dans la bouche. Elle mordit dedans, fermant très fort les yeux, ne bougeant plus le bras. La douleur lui tournait la tête aussi bien que la fatigue, elle n’arrivait plus à réfléchir correctement. Elle se rendit compte qu’elle pleurait, ses nerfs craquaient.

Commandant – Soignez-la tout de suite, dit-il à un infirmier, ça suffira comme ça.

Elle ne tenta même pas de se débattre lorsqu’ils lui posèrent une attelle serrée, ni lorsqu’on l’emmena puis que deux personnes la déshabillèrent pour lui faire enfiler une sorte de robe en coton, ni même lorsqu’on l’attacha au lit. Elle avait l’impression de sentir encore les mains du docteur sur elle, d’entendre sa voix horrible, puis la douleur, lorsqu’il lui avait cassé le poignet. Son bandeau tomba soudain et elle vit le commandant debout devant elle, avec un air étrange. Elle ramena son poignet blessé contre elle en tremblant de tous ses membres, malgré ses efforts pour se remettre les idées en place. Elle pleurait toujours, silencieusement, sans pouvoir s’en empêcher. C’était ridicule de craquer ainsi mais elle était épuisée, à bout de nerfs. Elle voudra pouvoir s’évanouir pour de bon et ne plus rien ressentir, ne plus rien voir ni entendre. Elle ne savait pas qui l’emportait en elle, entre la haine et la peur.

Commandant – Je… je suis désolé. Vraiment désolé…

Elle se laissa retomber sur le lit lorsqu’il quitta la chambre, respirant par à coups, cherchant à se calmer. Elle ne put pas s’endormir ni même se reposer, serrant le bras contre elle en regardant le plafond. Lorsque la lumière du matin arriva, elle avait un teint encore plus pâle et cerné. La haine contre le docteur avait perdue la bataille, se tenant retranchée pour laisser toute place à la peur. Lorsqu’ils revinrent la chercher, elle ferma les yeux sur le trajet pour ne rien regarder, terrifiée. Une fois dans la salle, elle se mordit les lèvres pour se reprendre au moins un peu. Il valait bien mieux que ce soit elle plutôt qu’un élève, attaché sur ce brancard. Ils lui remirent le bras dans le truc en fer de la nuit, tandis qu’elle prenait une longue inspiration pour calmer le rythme trop rapide de son cœur. Il devait être encore très tôt, Cyprien avait dû voir qu’elle n’était plus là, il allait la chercher, n’est-ce pas ? Il allait le faire, elle n’était plus seule comme au début, c’était certain. Ce n’était plus comme avant, elle ne luttait plus seule, il allait agir…

Les heures suivantes, elle eut néanmoins du mal à s’accrocher à l’espoir que son mari ou qui que ce soit d’autre arrive dans la salle pour tout stopper. Plus les minutes défilaient et plus elle avait l’impression que tout lui échappait, que ce soit son corps ou son don. Le psychopathe la frappait puis l’embrassait, posant ses mains hideuses sur elle, encore et encore. Elle cria bien souvent, sa cheville craquant à un moment d’une façon sinistre, puis cria encore lorsqu’il lui entailla les jambes. Elle ne contrôlait plus rien. Son don lui échappait, lui aussi, il était comme « aspiré » par cette machine. Elle abandonna l’idée de le retenir, son esprit partant bien loin de là, pour échapper aux sévices du docteur fou. Elle gardait les yeux fermés, criant parfois, les larmes roulant sur ses joues sans qu’elle les empêche. A quoi bon, de toute façon ? Il pouvait la voir pleurer, ça ne changeait rien. Elle préférait qu’il lui fasse subir ça à elle plutôt qu’à un élève.

Elle ignorait combien de temps s’était écoulé lorsque la torture finit enfin. Elle avait du mal à revenir à la réalité, n’arrivant pas à bouger les jambes. Elle se retrouva assise, sans trop savoir comment, puis vit vaguement un chemin flou avant de retrouver la chambre où elle avait passé une partie de la nuit. Elle se força à se concentrer, le souffle court, alors que le commandant s’agenouillait devant elle. Il fallait absolument qu’elle réagisse, elle n’avait pas le droit de se laisser aller comme ça ! Elle n’avait pas le droit de laisser tomber, pas maintenant, il y avait ses enfants, sa famille, Cyprien, tous les élèves… On s e reprend, on respire et on se redresse. Déjà, cesser de pleurer, ce qui plus facile à dire qu’à faire.

Commandant – Ecoutez, souffla-t-il en s’agenouillant devant elle, dans la chambre. Vous n’êtes pas en état pour tout ça, vous… Il faut que vous appeliez le Maréchal à l’aide. Lui seul peut ordonner l’arrêt de ces expériences sur vous. Il ne s’occupe, d’ordinaire, pas de qui est emmené ici, mais si vous l’appelez, il interviendra, il ne veut pas vous voir mourir. Je peux vous conduire au réfectoire, il y a des téléphones… Personne d’autre n’aura l’autorisation d’entrer ici et de vous faire sortir de là. Il pourra vous protéger, refuser qu’on se serve de vous. Vous acceptez ?

Appeler le Maréchal à l’aide… Comme si elle avait le choix. Elle murmura oui d’une voix rauque et se laissa faire lorsqu’il la poussa dans les couloirs. Elle tremblait de froid, à moitié évanouie. Ce fut le commandant qui composa le numéro pour elle puis lui tendit le téléphone. Il se passa un long moment avant qu’il ne décroche. Elle se présenta en bafouillant puis se racla la gorge avec peine pour se reprendre. Elle parvint à expliquer pourquoi elle l’appelait et où elle était, révulsée d’avoir à lui demander de l’aide mais elle n’avait pas le choix.

Bradley – Curieux… Après tout ce que vous avez traversé, vous appelez à l’aide pour ça ? Surtout moi ?

Gabriella – Vous croyez peut-être que je le fais par gaité de cœur ? hoqueta-t-elle en entendant sa voix vaciller. Hier encore, j’aurai préféré crever que ça.

Elle sursauta lorsque le commandant lui posa sa veste sur les épaules, le remerciant d’un regard. Il avait un regard étrange, mais elle ne s’attarda pas dessus. Elle était déjà assez tendue, surtout en devant appeler son ennemi juré à l’aide. Elle s’appuya contre le bureau qui soutenait le téléphone, ayant de plus en plus mal à la tête. Elle se laissa glisser contre la table, le souffle court, entendant à peine ce que le Maréchal lui disait.

Bradley – Allô ? Eh !

Elle lâcha le combiné, sombrant dans un grand trou noir qui l’enveloppa toute entière. D’un coup le silence… Plus rien… Elle ne ressentait plus rien du tout, comme elle en avait rêvé… Plus rien du tout…

Ce fut comme un bercement qui la ramena peu à peu à la réalité. Elle sentit tout à coup deux bras l’envelopper puis la soulever. Elle entendit des voix d’enfants. Elle sentait le vent contre ses jambes nues et ses blessures, sans oublier le poids à son poignet à la cheville, causé par les attelles. Elle rouvrit les yeux avec peine, discernant ce qui ressemblait aux galons d’un uniforme. Il lui fallut deux bonnes minutes avant de réaliser qu’elle était dans les bras d’un militaire. Pire. Du maréchal. Elle gémit, encore dans le brouillard, bougeant son bras valide pour qu’il la redépose par terre. Elle entendit presque aussitôt un cri inquiet et une main se poser sur son front. Ils étaient dans un hall d’entrée, Cyprien était penché au-dessus d’elle.

Gabriella – Tu vas bien ? bredouilla-t-elle.

Céleste était juste derrière lui et elle se demanda un instant pourquoi. Il y avait peut-être eu un drame à l’école et ils étaient prêts à se défendre ? Elle devait aider… Maintenant… Bradley pouvait la poser, elle n’allait plus s’évanouir.

Céleste – Que s'est-il passé ? Qu'est-ce qu'elle a ? Il faut la conduire à Adrien, notre infirmier.

Bradley – Certains médecins ont de bien mauvaises manières, répondit-il en se remettant en route, vers les escaliers. Je viens d’aller la chercher, elle m’a appelé « à l’aide ». Permettez-moi d’être choqué.

Elle ne l’avait pas voulu ! Céleste lui jeta un regard halluciné puis regarda Cyprien, alors que Gaby murmurait qu’elle n’avait pas eu le choix. Il grimpa les escaliers en la tenant toujours, puis soupira.

Bradley – Pas eu le choix, c’est vrai… Ces imbéciles n’avaient rien compris, ça ne devait pas se passer ainsi. Et arrêter de remuer, vous voyez bien que ça ne sert à rien.

Il entra dans l’infirmerie puis la déposa sur le premier, lit, près de la porte. Elle n’arrivait pas à croire qu’il soit vraiment venu la chercher et surtout qu’il l’ait ramené au pensionnat. Cyprien était aussitôt venu son chevet mais elle eut un violent sursaut lorsqu’il caressa sa joue, portant inconsciemment les bras à son visage, se remettant à pleurer. Il ouvrit de très grands yeux, la bouche ouverte, choqué. Elle s’excusa en bafouillant mais… Elle eut un hoquet étranglé, tremblante. Il ne dit rien durant in instant puis lui demanda ensuite, d’une voix tremblante de rage qui l’avait touché.

Gabriella – Le… murmura-t-elle. Le docteur… Rochard…

Il lui prit sa main valide, la serrant doucement, puis s’assit à côté d’elle, après un regard sur ses blessures et les coupures sur ses jambes.

Gabriella – Où sont les jumeaux ? souffla-t-elle.

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Cyprien Redfire
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MessageSujet: Re: Expérience après expérience   Ven 5 Juin - 9:51

Cyprien avait couru aussi vite que possible à la caserne de Gray, mais une fois sur-place, il n’avait reçu que des réponses vagues, dénuées d’intérêt, sans personne pour l’aider. Non, les subordonnés de la générale n’étaient pas là, ils se trouvaient actuellement à paris. Non, personne ne l’avait vu. Non, ils ne savaient rien sur Gray car ils étaient affectés à la caserne du village, pas dans un autre endroit. Oui, ils appelleront l’école s’ils voyaient la générale. Il était revenu au pensionnat, le souffle court, rejoignant Céleste dans le hall d’entrée, prêt à appeler la police, les pompiers, le Samu, lorsqu’on les avait appelés au secrétariat. Sa femme revenait. Elle revenait, elle allait être là. Il avait passé le quart d’heure suivant à faire saigner les oreilles de sa collègue en répétant en boucle que sa femme était sûrement blessée, que les ordures qui l’avaient enlevée allaient payer, qu’il n’en pouvait plus de ce genre d’histoires, qu’ils pouvaient la laisser en paix, une bonne fois pour toute !

Puis elle arriva enfin… Dans les bras du Maréchal. Il ouvrit très grand la bouche en le voyant entrer dans le hall en la portant, se précipitant aussitôt sur elle. Qu’était-il arrivé ?! Il posa une main sur son front pour voir si elle avait de la température, regardant ses yeux, atterré devant l’attelle qu’elle portait au poignet, l’autre à la cheville, les bandages sur ses jambes. Ils l’avaient frappé ! Ces immondes ordures l’avaient frappé ! Elle portait une sorte de robe bleue claire, un peu bizarre, comme une blouse d’hôpital. Il ôta les mèches de son front pour dégager ses yeux, à moitié mort d’inquiétude. Gabriella… Comment se sentait-elle ? Il allait s’occuper d’elle, prendre soin d’elle, c’était juré, il ne la quittera plus jamais, ils dormiront tous les deux à l’infirmerie la prochaine fois pour veiller sur les enfants. Ces monstres allaient finir par la tuer ! Elle l’entendait ? Elle revenait un peu à elle ?

– Tu vas bien ? bredouilla-t-elle.



Oui, en effet, elle était revenue à elle, aucun problème là-dessus ! POURQUOI, par tous les dieux et tous les saints de cette terre n’était pas capable de s’inquiéter juste pour elle dans ce genre de situation ?! C’était ELLE qui avait été enlevée, ELLE qui revenait blessée et à moitié évanouie, ELLE qu’on visait toujours et pourtant c’était à LUI qu’elle demandait si tout va bien ?! Mais bien sûr ! Aucune raison de s’inquiéter, ce n’est pas comme si elle était affaiblie, blessée, portée par son pire ennemi après tout, ce sont des détails ! Comment arrivait-elle à se soucier de savoir s’il lui allait bien, même une seule seconde ?! Elle… Bon, ne pas trop montrer son exaspération, elle était malade, il ne devait pas en rajouter. Elle ne changera jamais…

– Que s'est-il passé ? Qu'est-ce qu'elle a ? Il faut la conduire à Adrien, notre infirmier.

– Certains médecins ont de bien mauvaises manières, répondit-il en se remettant en route, vers les escaliers. Je viens d’aller la chercher, elle m’a appelé « à l’aide ». Permettez-moi d’être choqué.

Hein … ? Elle l’avait appelé à l’aide ?! Il échangea un regard choqué avec Céleste en suivant dans les escaliers. Cette simple phrase avait réussi à l’inquiéter bien plus que tout le reste réuni ! Si Gaby s’était décidée à l’appeler lui à l’aide, c’est qu’elle était arrivée au point de rupture… Pire encore, s’il était venu la chercher, cela voulait dire qu’elle s’était trouvée dans une situation très critique, il savait qu’il ne voulait pas qu’elle meure. Ça voulait donc dire qu’il avait une dette envers ce sale type ? Une violente envie de vomir le saisit mais il le réprima, les poings serrés. Gaby murmura tout à coup qu’elle n’avait pas eu le choix, mais ça, tout le monde s’en doutait. Déjà qu’il était rare qu’elle demande de l’aide en temps normal alors appeler son ennemi juré, cela sous-entendait qu’en effet, elle avait été acculée.

– Pas eu le choix, c’est vrai… Ces imbéciles n’avaient rien compris, ça ne devait pas se passer ainsi. Et arrêter de remuer, vous voyez bien que ça ne sert à rien.

Dès qu’il la déposa sur le lit, il se précipita aussitôt vers elle, lui caressant doucement la joue pour la réconforter. Mais elle sursauta violemment, se cachant le visage, puis fondit en larmes. Non mais… Non ! Il recula à moitié, secouant les mains, paniqué, la bouche très grande ouverte ! Il lui avait fait mal ?! C’était ça ? Elle était blessée ? Elle… Il se figea tout à coup, blêmissant, alors qu’elle balbutiait des excuses, pleurant toujours. Gray… Cet hôpital… Cela lui rappelait une autre scène, dans un autre lieu. Un souvenir qu’il aurait voulu chasser à jamais, étouffer. La colère l’envahit, il vit rouge instantanément, prêt à tuer dans l’instant s’il avait sa victime en face de lui. Il lui demanda qui l’avait touché, sans plus faire attention à Céleste ou Bradley. Il se doutait déjà très fortement de la réponse mais il devait savoir, il devait être sûr.

– Le… murmura-t-elle. Le docteur… Rochard…

Il retint un soupir, s’asseyant au bord du lit en lui prenant la main.

– Où sont les jumeaux ? souffla-t-elle.

– Ta petite sœur s’en occupe, ne t’en fais pas. Repose-toi, tout va bien.

Il avait une très forte envie de pleurer, d’un seul coup, mais se contint. Il prit une longue inspiration puis se tourna vers Bradley, devant s’y reprendre à quatre fois avant de réussir à parler sans avoir l’air dégoûté ou furieux. Ce type était une ordure, mais il avait quand même sauvé la vie de sa femme. Peu importe pourquoi il l’avait fait, elle était là, avec eux, vivante, et il lui en était redevable. Il ne voulait pas connaître ses motivations, il doutait de pouvoir les comprendre, de toute façon.

– Je vous remercie, parvint-il à articuler, bien qu’il soit hautement crispé. Merci d’avoir été la chercher.

On aurait presque dit qu’il venait d’avaler un citron tout entier tant il était tendu. Sentant qu’il frôlait la rupture d’anévrisme, il se força à se détendre, serrant les dents.

– Pourquoi l’avez-vous fait ?

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Albert J. Bradley
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MessageSujet: Re: Expérience après expérience   Dim 14 Juin - 17:10

Albert marcha à pas martial dans le hall de l'hôpital, son manteau sur le bras, suivant l'un des petits chiens du colonel qui semblait au bord de la crise de la panique. Ces pauvres abrutis de médecins n'avaient même pas été fichus de lire les ordres correctement... Cette femme ne devait pas mourir ! Pas tant que l'avenir de ce pays ne sera pas fixé, pas tant qu'ils n'auront pas l'avantage dans la guerre. Elle n'était pas encore entièrement prête, il lui restait des scrupules dont elle devait se débarrasser, il y avait encore bien des choses dont elle devait prendre conscience. Elle devait réaliser l'effet qu'elle pouvait avoir sur les gens et accepter encore d'autres choses. S'il devait mourir avant le terme de ces guerres, il voulait être certain qu'elle pourra prendre sa place et mener leur armée à la victoire. Tout était une question de stratégie, ce qui se déroulait entre elle et lui ne pouvaient être compris que par peu de personnes. Ce n'était pas une simple question de pouvoir ! Chacun en ce monde occupait une place définie et chacun avait des responsabilités différentes. Cette femme avait mis le doigt dans l'engrenage le jour où elle était venu défendre son école à Paris, lors de cette conférence. Ce n'était que la suite de cette histoire.

Il la trouva à moitié couchée sur une table, dans un fauteuil roulant, évanouie. Il la prit sous les épaules pour la redresser, l'appuyant contre son bras comme un enfant afin de voir son visage. Elle était encore plus pâle que la dernière fois, les traits tirés. Tant forcer sur un don alors qu'elle était dans état physique lamentable... Il allait lui falloir des jours pour s'en remettre, voir deux ou trois semaines. Il la rehaussa puis la fit glisser dans ses bras avant de la soulever. Il la porta ainsi jusqu'à sa voiture, avec un léger soupir, quittant l'hôpital. Il avait toujours du mal à croire qu'elle l'ait appelé à l'aide, dans quel état moral se trouvait-elle en prenant le combiné ? Il la déposa sur la banquette arrière puis se ré-installa au volant, claquant la porte avant de démarrer. Bien sûr que leurs méthodes étaient cruelles, il en était parfaitement conscient. Mais après quatre ans d'une guerre meurtrière, d'un génocide, il fera tout pour que cela n'arrive plus jamais, quitte à user de méthodes sauvages, digne d'une dictature. Il acceptait de sacrifier des centaines de personnes si cela pouvait en sauver des millions.

Arrivé au pensionnat, il se gara puis tira de nouveau la jeune mère hors de la voiture avant de la porter. Même consciente, elle ne pourrait pas marcher, de toute façon, pas dans son état, sans oublier qu'elle était blessée. D'aucun la trouverait très belle ainsi, endormie, paisible, mais lui la voyait uniquement comme un nouvel élément de cet immense plan. C'était curieux, en fait, elle était à la fois une ennemie et une alliée. Une gêne et un espoir. Toute guerre exige des sacrifices mais ils pouvaient arriver à la victoire. Il la vit rouvrir les yeux, tandis que son mari courait vers eux en criant, alors qu'il passait les grandes portes du hall d'entrée. Il devait être aux alentours de treize heures, il y avait beaucoup de gamins qui passaient dans le hall ou allaient courir dans le parc pour profiter du soleil. Charmant déjeuner, sortir de table et voir leur directrice évanouie et blessée dans les bras d'un soldat, avec son mari et une autre prof morts d'inquiétude. Les ragots et les rumeurs allaient très vite se répandre, c'était presque un sport national dans les écoles.

– Tu vas bien ? bredouilla-t-elle.

– Que s'est-il passé ? Qu'est-ce qu'elle a ? Il faut la conduire à Adrien, notre infirmier.

– Certains médecins ont de bien mauvaises manières, répondit-il en se remettant en route, vers les escaliers. Je viens d’aller la chercher, elle m’a appelé « à l’aide ». Permettez-moi d’être choqué.

Il resserra sa prise sur elle pour ne pas la laisser tomber lorsqu'elle marmonna qu'elle ne l'avait pas voulu. Il eut un maigre sourire en soupirant, hochant la tête. C'était bien cela, oui. Ils se haïssaient mais avaient besoin l'un de l'autre. Elle le détestait, elle lui portait sur les nerfs, elle voulait le frapper, il voulait la voir réduite à l'impuissance, ils se combattaient, et pourtant, aucun des deux n'avait le moindre intérêt à ce que l'autre soit véritablement hors de course ou mort. Un peu comme du "je t'aime, moi non plus". En d'autres circonstances, il aurait sans doute pu l'apprécier, cependant. Leurs caractères étaient semblables, tout comme leurs façons de penser. Mais aujourd'hui, l'avenir de ce pays se jouait. Tous deux mettaient de côté leurs sentiments, leurs aspirations, leurs propres familles, même, pour ne se concentrer que sur l'essentiel. Car il faut que quelqu'un le fasse.

– Pas eu le choix, c’est vrai… Ces imbéciles n’avaient rien compris, ça ne devait pas se passer ainsi. Et arrêter de remuer, vous voyez bien que ça ne sert à rien.

Poussant la porte, il la déposa sur le premier lit venu, s'écartant alors que son mari se jetait sur elle. Jetant un œil autour d'eux, il constata que l'infirmier était absent. Il laissa le couple discuter, attendant simplement que le docteur de cette école arrive. Il voulait s'assurer qu'on soigne cette femme avant de s'en aller, elle ne sera plus utile à rien sir elle restait dans cet état. Au bout d'un moment, le professeur se tourna vers lui, ouvrant et refermant la bouche, comme s'il ne parvenait plus à s'exprimer. Albert haussa un sourcil, perplexe. Était-il en train de faire une attaque cardiaque ou voulait-il simplement se moquer de lui ? Qu'il se décide à parler, Albert n'aimait pas attendre les personnes qui ne parvenaient pas à trouver leurs mots. Ceux qui n'étaient pas capables de parler franchement feraient mieux de se taire.

– Je vous remercie, parvint-il à articuler, bien qu’il soit hautement crispé. Merci d’avoir été la chercher.

Merci ? C'était parfaitement inutile. Ce type ne devait pas comprendre grand-chose à ce qui se tramait, lui non plus. C'était un peu malheureux mais très naturel, cependant. Albert ne se souvenait plus de son prénom, bien qu'il ait dû l'entendre une fois ou deux et ne s'en souciait guerre. Il se contenta donc d'hocher la tête, d'un air très peu intéressé.

– Pourquoi l’avez-vous fait ?

– Il n'est pas dans mon intérêt que cette femme meure, dit-il d'un ton très posé et courtois. Tout comme il n'est pas dans le sien que j'y passe moi-même, par ailleurs. Nous n'avons pas terminé, loin de là. Pas tant que la guerre ne sera pas terminée.

Il porta le regard sur la directrice de l'école, assez agacé que les choses se soient déroulées de cette façon. Les erreurs sont inévitables mais certaines ne doivent pas être commises, quoi qu'il arrive, il existe des situations où l'échec n'est pas acceptable. Enfin, elle était vivante... Blessée, certes, mais vivante, elle s'en remettra. Il vit l'air perdu des deux professeurs, alors que la générale semblait prête à s'évanouir une seconde fois. La femme avait croisé les bras, semblant très méfiante.

– Qui êtes-vous, d'ailleurs ? demanda-t-il poliment.

– Je suis Céleste Dumoulin, professeure de l'élément foudre.

L'autre prof marmonna son nom, lui aussi, tendu comme jamais, toujours assis près de sa femme. Un petit silence s'installa ensuite, qui ne le gêna pas le moins du monde. Ce ne devait pas être le cas du type mal rasé car il ne cessait de se lever et de se rasseoir, agité comme jamais. Vraiment peu discipliné, cet homme, il ne savait pas rester en place. A côté, le Maréchal restait parfaitement droit, immobile et impassible, comme à son habitude.

– Je ne comprend pas, finit-il par dire en se levant à nouveau. Pourquoi ne voudrait-elle pas que vous disparaissiez, pourquoi n'avez-vous jamais voulu la tuer ?

Ah, les civils... Peu au fait des subtilités de la guerre... Loin de toutes les manœuvres, de la stratégie, de ce qu'il accepter de sacrifier pour parvenir à la victoire... Bien sûr qu'il ne comprenait pas, comment aura-il pu ? Ce qu'il y avait comme relation entre lui-même et la jeune femme était assez compliqué, pour ainsi dire. Ni amour, ni loyauté, ni rejet. Ce n'était même pas de la haine. Plutôt une sorte de dépendance malsaine, contrôlée et rythmée par la crise que traversait le continent. L'autre prof les regardait, comme assistant à un match de tennis.

– Bien sûr que vous ne comprenez pas, dit-il avec un maigre sourire. Essayez seulement d'accepter certains faits pour avoir l'esprit en paix. Votre femme, tout comme moi, a des principes et des valeurs. Nous avons tous les deux des façons différentes de travail, mais pour parvenir à un seul et unique but, la défense de ce pays durant la prochaine guerre. Sur le fond, personne n'est contre le fait de renforcer les défenses de ce pays et d'utiliser les différents dons comme des armes. Ce sont les moyens utilisés pour parvenir à cela qui font tiquer votre épouse.

Il sourit à nouveau, d'un air plus résigné, quoi qu'un peu amusé. Peu importe que ce type comprenne ou non, finalement. Qu'aurait-il à y gagner ? Il n'était pas parti pris de ce combat et n'en comprenait pas les enjeux.

– Pour ma part, je considère qu'il n'y a pas de temps à perdre. Aucune guerre ne se remporte sans sacrifices, je suis prêt à perdre beaucoup si cela permet de préserver ce pays. Peu importe ma vie de famille, peu importe la considération du peuple, peu importe la répression sur le pays, tant que nous marchons vers la victoire. Les pertes de la Grande Guerre ont été suffisantes. Maintenant, pourquoi votre femme, précisément, pourquoi elle, face à moi ?

Il les regarda tous les deux, longuement, avant de s'attarder sur la jeune mère. Il n'avait guère eu besoin de lui expliquer tout cela, elle avait tout compris depuis longtemps, compris et accepté. Le jeu entre eux se poursuivait, rien ne pouvait stopper cela sinon la mort de l'un d'entre eux. Il soupira légèrement, secouant la tête.

– Vous ne comprenez pas... Ce qui importe peu, pour être honnête. Mais avoir du pouvoir implique d'assumer ses responsabilités, et je ne parle pas ici des dons. Vous-même, rajouta-t-il en regardant la prof méfiante, avez-vous enseigné à vos gamins ce principe de vie ? J'ai cru comprendre que ce n'était pas la ligne directrice de la plupart des enseignants, ici... Avec une telle équipe de lâches, je m'étonne peu que votre directrice ait dû défendre cette école à bout de bras seule durant si longtemps.

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Expérience après expérience   Sam 20 Juin - 12:11

Céleste – Cyprien, je t’en prie, calme-toi ! Pour la millième fois, non je ne sais pas où elle est, oui, je suis sûre que cet élève n’a rien dit d’autre et non je ne te dirai pas de qui il s’agit, je ne tiens pas à ce que tu ailles le harceler !

Céleste porta les mains à sa tête, exaspérée. Elle ne savait plus quoi lui dire, quoi faire, ce qu’elle pouvait rajouter de plus que ce qu’elle avait déjà dit. Elle l’avait prévenu ce matin dès que son élève, André Amouni, l’avait prévenue à propos de l’enlèvement de la directrice. Dès qu’elle avait vu Cyprien, sur le temps de midi, elle lui avait tout dit… et avait aussitôt regretté ses paroles. Il était parti dans tous les coins possibles et inimaginables à la recherche de sa femme – ce qu’elle pouvait comprendre, bien sûr – en la harcelant en même temps. Elle n’en pouvait rien, elle ! Céleste lui avait répété encore et encore les paroles du jeune André, refusant catégoriquement de dire qu’il lui avait tout dit parce que, de un, il lui avait fait confiance, de deux, elle voulait lui éviter de se faire harceler à son tour.

Jusqu’à ce coup de téléphone synonyme de libération. Quelqu’un avait appelé le secrétariat du Pensionnat pour dire que la directrice revenait, que quelqu’un la ramenait et que ce n’était plus qu’une question de minutes. Céleste lança un regard à Cyprien, craintive… avant de se faire à nouveau casser les oreilles. Pendant un quart d’heure. Un loooong quart d’heure. A la fin, elle ne répondait plus que par des monosyllabes, regardant l’entrée du Pensionnat, le hall, les environs, tout quoi, avec l’espérance de voir la directrice arriver. Jamais elle n’aurait cru espérer son retour à ce point-là, surtout pas depuis le matin-même où elle avait passé des heures entières à la haïr au plus haut point. Elle avait le droit ! On ne prévient pas un professeur qu’il doit récupérer d’autres heures comme ça, paf, alors que ce n’était pas prévu ! Surtout les classes de foudre au lycée…

Au bout d’un moment qui lui sembla extraordinairement long, la directrice revint dans… dans les bras du Maréchal ?! C’était bien lui, non ? Elle n’hallucinait pas, d’après la description, les images, les scènes… C’était bien lui ? Et la directrice revenait dans… Céleste mit plusieurs secondes avant de rejoindre Cyprien qui avait accouru vers sa femme, blessée au bras et à la jambe, tant elle était choquée. Mais soit, se reprendre. Que lui était-il arrivé ? Son collègue était déjà penché sur elle, sans doute à regarder le moindre détail de son corps pour voir ce qu’elle avait exactement, s’il n’y avait pas d’autres blessures graves, etc. Il fallait la conduire à Adrien. D’accord, elle avait apparemment été soignée, mais si la directrice avait été enlevée par les militaires, rien n’excluait qu’ils en aient profité pour lui injecter un quelconque produit. Sarah ou pas, il fallait qu’Adrien la voie.

Céleste – Que s'est-il passé ? Qu'est-ce qu'elle a ? Il faut la conduire à Adrien, notre infirmier.

Bradley – Certains médecins ont de bien mauvaises manières, répondit-il en se remettant en route, vers les escaliers. Je viens d’aller la chercher, elle m’a appelé « à l’aide ». Permettez-moi d’être choqué.

… Elle l’avait appelé à l’aide ? Céleste et Cyprien échangèrent un regard choqué avant de suivre, de plus en plus inquiets. Ils ne dirent rien, mais elle devinait sans problème les pensées de son ami… Si la directrice avait appelé à l’aide, cela signifiait qu’elle était mal en point, dans une situation critique et qu’elle ne tenait plus. C’était la première fois qu’elle appelait à l’aide. Pire encore, elle appelait le Maréchal à l’aide ! Elle marmonna qu’elle n’avait pas eu le choix, mais cela, ils s’en doutaient déjà. Ils devinaient sa situation, savaient que sa vie avait été mise en danger si elle demandait de l’aide. Céleste voulut réconforter Cyprien du regard mais elle en était incapable. Comment le réconforter, ici ? Sa femme avait bien failli y rester, surtout si ces « médecins » s’en étaient pris à elle.

Bradley – Pas eu le choix, c’est vrai… Ces imbéciles n’avaient rien compris, ça ne devait pas se passer ainsi. Et arrêter de remuer, vous voyez bien que ça ne sert à rien.

Céleste resta en arrière, refermant la porte de l’infirmerie derrière eux, alors que le Maréchal déposait la directrice sur un lit. Cyprien se précipita immédiatement sur elle et, par respect, la jeune professeure évita d’écouter ce qu’ils se disaient. Elle regardait ailleurs, ne pouvant s’empêcher de lancer de fréquents regards à Bradley. Elle ne le comprenait pas. Ne les comprenait pas. Ils se détestaient mais ne pouvaient vivre l’un sans l’autre… Pourquoi ? Justement, si l’un des deux mourait, l’autre gagnait, non ? Céleste n’était peut-être pas un soldat, un militaire, ou quoi que ce soit du genre, mais elle était certaine de ce point-là. La mort de l’adversaire entraîne la victoire de l’autre, c’est de la pure logique ! Au bout d’un moment, comme si Cyprien avait entendu ses pensées, il se redressa, se tournant vers Bradley… Sans rien dire.

Cyprien – Je vous remercie, parvint-il à articuler, bien qu’il soit hautement crispé. Merci d’avoir été la chercher.

Ne pas réagir. Céleste resta de marbre et croisa les bras pour ne pas rendre les choses plus difficiles à Cyprien, tournant la tête vers lui, s’intéressant à nouveau à la discrétion. Elle savait que remercier son ennemi était presque impossible, alors elle devait au moins le soutenir sans l’enfoncer plus que nécessaire. Le Maréchal, lui, ne semblait pas étonné le moins du monde et se contenta de hocher la tête. Cyprien avait déjà l’air suffisamment tendu que pour en rajouter une couche, elle avait l’impression qu’il allait tomber là, devant leurs yeux, sans crier gare.

Cyprien – Pourquoi l’avez-vous fait ?

Bradley – Il n'est pas dans mon intérêt que cette femme meure, dit-il d'un ton très posé et courtois. Tout comme il n'est pas dans le sien que j'y passe moi-même, par ailleurs. Nous n'avons pas terminé, loin de là. Pas tant que la guerre ne sera pas terminée.

Céleste lança un regard au Maréchal, de plus en plus perdue. Comment la directrice pourrait-elle vouloir que cet homme ne meure pas ? Il était son ennemi, enfin ! Celui qui l’empêchait de diriger cette école, de s’occuper de ses élèves, de leur donner la formation dont ils avaient besoin sans les mettre en danger… Comment pourrait-elle ne pas vouloir qu’il meure ? C’était impossible. Il les faisait marcher, voilà tout. Il profitait de la faiblesse de la directrice pour leur dire cela sans qu’elle ne puisse réagir, contredire, le renvoyer balader… Il y avait quelque chose qui clochait.

Bradley – Qui êtes-vous, d'ailleurs ? demanda-t-il poliment.

Céleste – Je suis Céleste Dumoulin, professeure de l'élément foudre.

Céleste ne décroisait pas les bras, cherchant à comprendre pourquoi il avait dit cela, quelle était la nature de leur relation. Cyprien, lui, semblait beaucoup plus réservé, pour une fois, comme choqué ou perdu. Elle le sentait tendu lorsqu’il marmonna simplement son nom avant qu’un silence ne s’installe. La jeune professeure ne cessait de lancer des regards au Maréchal et à la directrice, comme si cela pouvait lui donner des informations supplémentaires, comme s’il lui suffisait d’un petit indice pour tout éclairer. Elle ne bougeait pas d’un pouce contrairement à Cyprien qui, comme à son habitude, ne restait pas en place plus d’une minute. Cela avait le don d’épuiser certaines personnes, mais on s’y faisait, à force de le côtoyer.

Cyprien – Je ne comprend pas, finit-il par dire en se levant à nouveau. Pourquoi ne voudrait-elle pas que vous disparaissiez, pourquoi n'avez-vous jamais voulu la tuer ?

Bradley – Bien sûr que vous ne comprenez pas, dit-il avec un maigre sourire. Essayez seulement d'accepter certains faits pour avoir l'esprit en paix. Votre femme, tout comme moi, a des principes et des valeurs. Nous avons tous les deux des façons différentes de travail, mais pour parvenir à un seul et unique but, la défense de ce pays durant la prochaine guerre. Sur le fond, personne n'est contre le fait de renforcer les défenses de ce pays et d'utiliser les différents dons comme des armes. Ce sont les moyens utilisés pour parvenir à cela qui font tiquer votre épouse.

Personne, personne… Et si les adolescents possédant ces dons ne le voulaient pas ? S’ils voulaient vivre dans leur coin, échapper au destin qu’on leur attribuait à cause de leur don ? Céleste se retint de lever les yeux au ciel, même si ce que le Maréchal lui disait tenait la route. D’accord, peut-être, que les dons pouvaient servir d’arme. Mais que faisaient-ils des enfants qui avaient un tout autre avenir en tête ? Que faisaient-ils des conséquences psychologiques qu’ils subiraient en tuant ou blessant des gens ? Céleste acceptait le principe de défendre le pays, trouver de nouvelles armes, elle comprenait l’objectif commun qu’ils avaient. Cela expliquait un peu leur relation, oui… Mais en quoi la survie de l’autre était-elle indispensable, dans ce cas ? Le Maréchal sourit à nouveau, l’air résigné et amusé alors qu’elle-même fronçait les sourcils.

Bradley – Pour ma part, je considère qu'il n'y a pas de temps à perdre. Aucune guerre ne se remporte sans sacrifices, je suis prêt à perdre beaucoup si cela permet de préserver ce pays. Peu importe ma vie de famille, peu importe la considération du peuple, peu importe la répression sur le pays, tant que nous marchons vers la victoire. Les pertes de la Grande Guerre ont été suffisantes. Maintenant, pourquoi votre femme, précisément, pourquoi elle, face à moi ?

Céleste entrouvrit légèrement la bouche, choquée d’entendre de telles paroles de la bouche du Maréchal. Il parlait comme la directrice qui n’hésitait pas à sacrifier tout ce qui l’entourait pour mener cette « guerre ». Ce fut comme un déclic, pour elle. Ils avaient le même comportement, se battaient pour la même chose, la seule opposition concernant les moyens utilisés pour y parvenir. C’était pour cela que tant de militaires suivaient la directrice… Ils se divisaient selon les moyens, selon leur place et leurs valeurs. Mais tous voulaient éviter l’horreur de la Grande Guerre. Céleste soutint son regard sans ciller, ne répondant rien, tout s’éclaircissant dans son esprit à présent. Ils voulaient tous les deux la victoire de ce pays… Le Maréchal poussa soudain un soupir, après s’être attardé sur la directrice, secouant la tête.

Bradley – Vous ne comprenez pas... Ce qui importe peu, pour être honnête. Mais avoir du pouvoir implique d'assumer ses responsabilités, et je ne parle pas ici des dons. Vous-même, rajouta-t-il en regardant la prof méfiante, avez-vous enseigné à vos gamins ce principe de vie ? J'ai cru comprendre que ce n'était pas la ligne directrice de la plupart des enseignants, ici... Avec une telle équipe de lâches, je m'étonne peu que votre directrice ait dû défendre cette école à bout de bras seule durant si longtemps.

Céleste se sentit blêmir sans, pour autant, baisser la tête et laissa retomber ses bras. Elle n’avait rien à se reprocher là-dessus et avait fait tout son possible pour aider la directrice même si son don l’en empêchait. Bien sûr que si, elle leur enseignait ce principe ! C’était même la base des premiers cours ! Les dangers encourus par la foudre, les éléments qui la conduisaient, les bases de l’élément… Evidemment, ils apprenaient tout cela ! Pour qui la prenait-il ? Surtout elle. Serrant les poings, Céleste ne dévia pas le regard, refusant de voir qu’il mette tout le monde dans le même bateau. Tous les professeurs n’étaient pas comme cela, même si oui, ils étaient nombreux. Trop.

Céleste – Assumer ses responsabilités fait partie des premiers cours que je donne à mes élèves, dit-elle d’un ton dur. Ceux qui possèdent la foudre sont obligés de grandir plus vite et d’être plus matures, je leur répète constamment d’assumer leurs responsabilités. Mais Cyprien et moi n’avons jamais laissé tomber la directrice, elle sait qu’elle peut compter sur nous même si nous sommes moins nombreux à la soutenir.

Sur ces mots, Céleste tourna la tête vers sa supérieure, sachant qu’elle devait encore et toujours penser à ses élèves, surtout en cet instant précis. Il fallait qu’elle se repose, qu’elle se rétablisse une fois pour toutes plutôt que d’accuser les coups, encore et toujours.

Céleste – J’ai donné cours à votre classe de lycéens, ce matin, vous n’avez pas à vous inquiéter pour eux. Je peux m’occuper des cours, maintenant que je suis prévenue. C’est votre élève André Amouni qui m’a prévenue, il n’a pas osé parler lorsqu’il a vu que vous vous étiez fait enlever et je ne l’ai su donc que très tard. S’il vous plaît, écoutez Cyprien… Reposez-vous, nous prenons tout en charge avec le sous-directeur et tout ira très bien. Vous acceptez de nous faire confiance ?

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Gabriella de Lizeux
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MessageSujet: Re: Expérience après expérience   Lun 29 Juin - 14:45

Cyprien – Je ne comprend pas, finit-il par dire en se levant à nouveau. Pourquoi ne voudrait-elle pas que vous disparaissiez, pourquoi n'avez-vous jamais voulu la tuer ?

Hum ... ? Elle rouvrit les yeux avec difficulté, à moitié évanouie. Il fallait qu’elle reste consciente… Au moins un peu. Le monde était comme flou, autour d’elle, elle se frotta les yeux de sa main valide pour que le tout se précise un peu. Elle voudrait se lever mais son corps ne renvoyait plus aucun signal montrant qu’il avait saisit le message. Elle restait inerte, sans pouvoir se redresser. Elle vit Bradley au pied du lit et se demanda pour quoi il n’était pas encore parti… Elle était toujours malade d’avoir dû l’appeler à l’aide mais ce n’est comme si elle avait eu le choix ! Elle referma les yeux un instant, soupirant, frustrée de ne même pas pouvoir se redresser. Elle n’avait jamais pu rester inactive, même en étant malade avec beaucoup de fièvre, étant enfant. Et elle était inquiète pour l’élève qui l’avait prévenu, cette nuit. Les militaires lui avaient-ils fait du mal ? Il était jeune ! Qu’ils lui fichent la paix, il n’avait rien fait de mal, quelqu’un devait aller vérifier s’il allait bien, tout de suite. Quelle heure était-il ? Ils devaient absolument aller voir.

Bradley – Bien sûr que vous ne comprenez pas, dit-il avec un maigre sourire. Essayez seulement d'accepter certains faits pour avoir l'esprit en paix. Votre femme, tout comme moi, a des principes et des valeurs. Nous avons tous les deux des façons différentes de travail, mais pour parvenir à un seul et unique but, la défense de ce pays durant la prochaine guerre. Sur le fond, personne n'est contre le fait de renforcer les défenses de ce pays et d'utiliser les différents dons comme des armes. Ce sont les moyens utilisés pour parvenir à cela qui font tiquer votre épouse.

Gaby redressa la tête, les yeux fermés et la bouche entrouverte pour avoir plus d’air. Pourquoi Bradley expliquait-il cela ? Il n’avait pas besoin, les objectifs étaient plus qu’évidents ! Mais ce n’était pas fini, elle n’était pas encore morte et tout pouvait encore évoluer ! Il le savait, tout comme elle, c’était pour ça qu’il était venu la chercher. Mais elle ignorait combien de temps il leur restait. Combien de jours, de semaines, de mois, d’années. Elle était d’accord avec le chef de l’armée sur ça, le temps se resserrait, ils devaient se préparer avant que ce ne soit trop tard ! Mais pas avec ses méthodes de barbare, ce type ne se rendait pas compte de la souffrance provoquée. Il y avait d’autres moyens. Que des jeunes, assez âgés et matures, participent, sur ce principe-là, elle n’avait plus rien contre. Mais pour le reste, non, ce n’était pas possible. Elle prit une petite inspiration, essayant de se reprendre. Elle pouvait se calmer, elle devait se vider l’esprit.

Bradley – Pour ma part, je considère qu'il n'y a pas de temps à perdre. Aucune guerre ne se remporte sans sacrifices, je suis prêt à perdre beaucoup si cela permet de préserver ce pays. Peu importe ma vie de famille, peu importe la considération du peuple, peu importe la répression sur le pays, tant que nous marchons vers la victoire. Les pertes de la Grande Guerre ont été suffisantes. Maintenant, pourquoi votre femme, précisément, pourquoi elle, face à moi ?

Pour la victoire… Car elle suivait ce mode de pensée, car elle aussi était prête à perdre beaucoup si cela aidait leur pays. Cette histoire dépassait le pensionnat tout entier, elle dépassait leurs petites existences. Gaby rouvrit les yeux, tentant toujours de reprendre son souffle. C’était ironique, sans leur opposition sur les moyens à utiliser, elle aurait pu s’entendre à merveille avec ce type. Quelqu’un devait marcher devant pour emmener ce pays à la victoire, pour encourager tout le monde à suivre sans avoir peur. Il y avait du monde qui la suivait, elle aussi. Elle avait ses subordonnés, un ou deux généraux qui partageaient ses idées. Cette école était au centre de la tourmente à cause des dons qui étaient développés ici mais ils s’en sortiront. Peu importe que personne ne comprenne ce qui se tramait entre le Maréchal et elle, tout ce qui comptait, c’était le résultat final. Lui aussi avait déjà beaucoup œuvré pour la défense de ce pays. Il faudrait qu’il s’en tienne aux forces armées classiques et qu’elle s’occupe vraiment de ceux qui avaient des dons… Il devait rester en vie, il avait bien plus d’expérience qu’elle pour diriger une armée.

Bradley – Vous ne comprenez pas... Ce qui importe peu, pour être honnête. Mais avoir du pouvoir implique d'assumer ses responsabilités, et je ne parle pas ici des dons. Vous-même, avez-vous enseigné à vos gamins ce principe de vie ? J'ai cru comprendre que ce n'était pas la ligne directrice de la plupart des enseignants, ici... Avec une telle équipe de lâches, je m'étonne peu que votre directrice ait dû défendre cette école à bout de bras seule durant si longtemps.

Céleste – Assumer ses responsabilités fait partie des premiers cours que je donne à mes élèves, dit-elle d’un ton dur. Ceux qui possèdent la foudre sont obligés de grandir plus vite et d’être plus matures, je leur répète constamment d’assumer leurs responsabilités. Mais Cyprien et moi n’avons jamais laissé tomber la directrice, elle sait qu’elle peut compter sur nous même si nous sommes moins nombreux à la soutenir.

Mois nombreux dans l’école… Gabriella croisa le regard de sa collègue, respirant faiblement et par à-coups. Quoi qu’il arrive maintenant, il fallait que les professeurs cessent les conflits et resserrent leurs liens, c’était vital. Et qu’ils fassent attention aux élèves.

Céleste – J’ai donné cours à votre classe de lycéens, ce matin, vous n’avez pas à vous inquiéter pour eux. Je peux m’occuper des cours, maintenant que je suis prévenue. C’est votre élève André Amouni qui m’a prévenue, il n’a pas osé parler lorsqu’il a vu que vous vous étiez fait enlever et je ne l’ai su donc que très tard. S’il vous plaît, écoutez Cyprien… Reposez-vous, nous prenons tout en charge avec le sous-directeur et tout ira très bien. Vous acceptez de nous faire confiance ?

Gabriella – Je vous fais déjà confiance, souffla-t-elle.

Elle tourna la tête en voyant Adrien entrer avec sa sacoche puis venir l’examiner. Elle se laissa faire, incapable de bouger de toute façon, croisant le regard du Maréchal, un long moment. Ce n’était pas terminé ! Elle devait se reposer, pour le moment, mais rien n’était fini entre eux deux. Il le savait aussi, c’était pour ça qu’il était venu la chercher. Elle referma les yeux, alors qu’Adrien installait un masque à oxygène sur son visage. C’était loin d’être fini, peu importe ce qui allait arriver à la rentrée, elle sera prête à faire face. Elle refusait que d’autres élèves meurent encore.

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