1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Tonnerre et foudre

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Cyprien Redfire
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MessageSujet: Tonnerre et foudre   Jeu 21 Mai - 16:55

Bizarre, Cyprien ressentait comme un léger malaise… Il tourna la tête à droite et à gauche, croisant brièvement le regard de Sarah qui semblait indifférente, Daniel qui était assez rouge, Alice qui baissait la tête, et d’autres qui étaient peu enclins à la discussion. C’était quoi, ces têtes d’enterrement ? Oh, ouh ouuuh, un peu de bonne humeur ! On était vendredi soir, on ne pouvait qu’être heureux, un vendredi soir ! Ils n’aimaient pas être en week-ends ? Il n’aimait pas les dîners déprimants, ses collègues avaient des têtes de morts-vivants atteints de cancers en phase terminale. Qu’est-ce qu’ils avaient, cette fois ? Ras-le-bol de cette ambiance de merde, il voudrait bien que tout le monde essaye de se détendre un tantinet, surtout au réfectoire ! Qu’ils prennent exemple sur Estelle ! Elle souriait en continu, le ventre tout rond par le bébé qu’elle y abritait. Elle était adorable, comme ça, un véritable ange descendu sur terre. Il lui rendit son sourire lorsqu’elle lui passa la carafe, tandis qu’il s‘évertuait, avec elle, à faire tenir la conversation.

Bon, pour Kimmitsu, il comprenait qu’il n’ait pas trop envie de parler, ça ne faisait pas si longtemps que ça qu’il pouvait sortir de chez lui. Même chose pour sa Gaby, elle était encore très épuisée, même si elle refusait de l’admettre. Bah, tout le monde devait être un peu tendu, avec les examens qui approchaient et tout ça. Incroyable ces gens qui ne savaient pas profiter de la vie ! Il termina de manger en gardant cependant tout son enthousiasme habituel, essayant d’entraîne ses collègues dedans, mais rien à faire. Tss, tss, tss. Bon, c’était pas tout ça, mais il avait du boulot, ce soir ! Une fois le repas terminé, il sortit du réfectoire avec Céleste, mais s’arrête avant de sortir pour attraper sa femme au passage et la serrer dans ses bras pour lui voler un long, très long baiser amoureux. Oui, il en profitait, pourquoi ? Il avait parfaitement le droit ! Et c’était sa femme donc crotte aux jaloux. Il la câlina un bon moment avant de la relâcher, tout guilleret et les joues rouges, avant de l’embrasser à nouveau.

– Repose-toi, bien, d’accord ? Tu viens juste de te lever, il ne faut pas que tu forces trop. Passe une bonne soirée. Je t’aime.

Il l’embrassa encore longuement, incapable de s’en empêcher, puis la quitta à regrets, partant avec Céleste. Il avait emprunté la voiture de sa femme pour la journée car la sienne avait rendu l’âme après un accident. Ils partirent à quelques kilomètres seulement du village mais dans un coin de campagne où ils ne pourront déranger personne. Voilà qui sera parfait ! Il faisait jour tard, en cette saison, ils avaient pas mal de temps devant eux. Il descendit avec sa collègue, après avoir garé la voiture sur le bord d’un chemin. Il y avait vraiment de très beaux paysages, dans cette région, il comprenait que Valentin en parle avec tant de passion.

– Bon, ma vieille, c’est simple, dit-il en sautant sur un gros rocher pour s’y asseoir, alors qu’ils étaient installés à côté d’un terrain, avec une belle vue dégagée sur la forêt un peu en contrebas. En résumé, soit tu lâches ton pouvoir de temps en temps, soit il te bouffe et tu meurs, c’est pas plus compliqué que ça.

Il lui dédia un large sourire, s’installant plus confortablement sur le rocher. Il se sentait parfaitement à l’aise en pleine nature, avec ses deux éléments, il n’était jamais si bien qu’au grand air, dans la nature, loin des grandes villes.

– Je vais pas te forcer, tu sais, si tu veux finir en explosant dans des milliers d’étincelles, c’est comme tu veux, mais ce serait quand même pas très propre, comme mort. Ici, tu ne peux blesser personne, à part deux ou trois arbres malchanceux ! Comme j’ai la terre, je me défendrais moi-même sans soucis. Donc aucun risque, pas vrai ? En plus, comme je suis une personne très gentille, je n’aurai même pas peur si tu décide de faire un orage à la même sauce que ma femme, la pluie en moins.

Il lui lança un clin d’œil, un large sourire aux lèvres.

– tu peux te lâcher sans risque, franchement ! Pense un peu à la joie que tu auras quand tu pourras coller la trouille aux élèves trop agités en lâchant ton don sans risque de les blesser.

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Tonnerre et foudre   Jeu 21 Mai - 19:10

Céleste avait essayé. Elle avait vraiment essayé. Mais rien à faire, dès qu’elle avait avoué à Cyprien qu’elle n’arrivait pas à lâcher son don, il avait insisté pour qu’elle l’accompagne dans la campagne, vendredi soir, lui disant qu’il allait l’aider, mais elle ignorait comment et ce qu’il avait précisément en tête. Et vendredi soir, c’était aujourd’hui. Maintenant. Qu’est-ce qui lui était passé par la tête ?! Depuis cette histoire de test avec la directrice, d’escapade à Paris, la veille du mariage de son ami, Céleste avait réussi à l’éviter. Elle l’avait fait volontairement, bien sûr, de peur de devoir s’expliquer sur sa réserve lorsqu’il avait parlé d’assommer des gens ou pire, s’ils rencontraient quelqu’un sur leur chemin.

Oui, mais voilà, cela ne pouvait pas être aussi simple. La jeune femme ne se faisait pas d’illusion et savait qu’il aurait fini par venir la trouver, par lui parler de lui-même, mais elle était venue lui parler avant et l’avait devancé de quelques heures. Ou quelques minutes. En fait, elle ne savait pas trop. A ce moment-là, Céleste réfléchissait surtout aux paroles de Kimmitsu, à son insistance, à son regard… A la peur qui la contrôlait et qui la grillait aux yeux des autres, à ceux de son supérieur qui avait tout compris, tout deviné. Alors qu’elle n’avait rien dit.

« Vous ne vivez pas »… Ces paroles retentissaient sans cesse à ses oreilles, comme une sentence horrible qu’elle avait redoutée durant des années. Et elle voulait vivre ! Mais la peur… Et si elle tuait quelqu’un ? Si son don était trop puissant, incontrôlable ? Céleste s’entraînait dur depuis des années, elle y passait des heures entières, des journées entières, elle parvenait à le contrôler et à contrôler ses émotions. Mais comment contrôler son don en le relâchant ? En se laissant aller ? Pleurer lui arrivait, bien sûr, mais là aussi, elle se contrôlait pour ne pas tout relâcher et risquer de lâcher son don à cause d’une erreur.

Elle avait tenu deux semaines ! Deux semaines avant de lui dire ! Depuis, elle ne cessait de se traiter d’idiote, d’imbécile, s’insultant de tous les noms mentalement en évitant le regard de Cyprien. A table, leurs collègues semblaient mal à l’aise, une ambiance presque malsaine régnait et rendait Céleste encore plus nerveuse. Elle mangeait du bout des lèvres, essayait de participer à la conversation mais la peur lui tordait le ventre. Elle n’arrivait pas à se sortir de la tête les projets de Cyprien et espérait même que sa femme veuille rester avec lui pour la soirée. Espoir inutile, bien sûr, puisque la directrice allait sûrement travailler et vouloir ne pas se laisser trop déborder par le travail… Elle ne l’avait pas dit, mais Céleste en était convaincue, et la perspective de se retrouver une soirée seule sans être couvée devait lui faire plaisir. Quelle idée ! Pourquoi avait-elle été le trouver… ?

Cyprien – Repose-toi, bien, d’accord ? Tu viens juste de te lever, il ne faut pas que tu forces trop. Passe une bonne soirée. Je t’aime.

Céleste eut un sourire en le voyant heureux comme cela, depuis des années qu’il parlait de la directrice, et le suivit jusqu’à une voiture pour aller… elle ne savait trop où. A bien y réfléchir, elle ne savait rien. Où allaient-ils ? Quel était le plan de Cyprien ? Que comptait-il faire ? Dire ? Voyant la route défiler, le paysage aussi, elle constata, cependant, qu’ils étaient à quelques kilomètres du village dans un coin de campagne désert. Il n’y avait que des arbres, une large plaine, et personne dans le coin. Oui… Bon, et alors ? C’était très beau, pas de souci là-dessus, mais que voulait-il faire, maintenant ? Céleste descendit de la voiture avec Cyprien, trainant les pieds, pas du tout rassurée.

Cyprien – Bon, ma vieille, c’est simple, dit-il en sautant sur un gros rocher pour s’y asseoir, alors qu’ils étaient installés à côté d’un terrain, avec une belle vue dégagée sur la forêt un peu en contrebas. En résumé, soit tu lâches ton pouvoir de temps en temps, soit il te bouffe et tu meurs, c’est pas plus compliqué que ça.

Oui, merci, mais tout cela, Céleste le savait déjà. Elle donnait cours d’élément, au cas où il l’avait oublié, alors lui faire un rappel à ce sujet n’était pas nécessaire. Il lui fit un large sourire à la Cyprien, ce qui la rassura encore moins. C’était bon, elle avait retenu qu’il fallait qu’elle lâche son don de temps en temps, mais c’était impossible. Et puis, que voulait-il faire, précisément ? Parler ? Il ne serait pas venu jusqu’ici pour avoir une simple discussion.

Cyprien – Je vais pas te forcer, tu sais, si tu veux finir en explosant dans des milliers d’étincelles, c’est comme tu veux, mais ce serait quand même pas très propre, comme mort. Ici, tu ne peux blesser personne, à part deux ou trois arbres malchanceux ! Comme j’ai la terre, je me défendrais moi-même sans soucis. Donc aucun risque, pas vrai ? En plus, comme je suis une personne très gentille, je n’aurai même pas peur si tu décide de faire un orage à la même sauce que ma femme, la pluie en moins.



Non. Non. Non. Non ! Il croyait vraiment qu’elle allait accepter de lâcher son don comme cela, sur commande, alors qu’il était là paisiblement assis sur un rocher en plein milieu de la campagne ? Mais il était fou ! Dingue ! Jamais elle ne le ferait ! Et si Céleste le blessait, hein ? Oui, il maniait la terre, mais la terre n’était pas son premier élément. Et s’il se trompait de don ? Ou s’il ne réagissait pas assez vite ? Non. Non, non, non, impossible. C’était ça son plan ? La planter en plein milieu d’une plaine, dans la campagne, et lui dire « Vas-y, lâche ton don, je peux me protéger ! » ? Et il souriait toujours… Non mais il parlait de lâcher son dooon, là ! La foudre, il connaissait, non ?!

Céleste lui avait dit qu’elle était incapable de lâcher son don, il ne connaissait pas son histoire précise mais il savait qu’elle maniait aussi l’élément glace, il devait bien se douter que ce n’était pas pour rien ! Lâcher son don alors qu’il était là… Céleste le dévisageait, cherchant le « je blague, ce n’est pas ça mon idée » dans son regard, sa posture. Mais le clin d’œil qu’il lui fit finit de l’achever complètement. Elle avait les bras croisés, était littéralement terrorisée, et lui, il parlait de lâcher de la foudre à côté de lui… Pire, il en plaisantait ! Bon, ça, passons, c’était Cyprien. Mais il devait bien avoir un instinct de survie, non ?!

Cyprien – Tu peux te lâcher sans risque, franchement ! Pense un peu à la joie que tu auras quand tu pourras coller la trouille aux élèves trop agités en lâchant ton don sans risque de les blesser.

Céleste – Cyprien, ce n’est pas le moment de rire avec ça ! dit-elle, excédée.

Il l’énervait à prendre la chose à la légère. Il parlait de la foudre ! La foudre qui avait causé la mort de sa sœur, la foudre qui lui avait tout pris, ses amis, sa famille, sa jumelle, la foudre qui avait tout changé dans sa vie alors qu’elle ne l’avait jamais voulu. Céleste se laissa glisser contre le rocher, mains sur la tête, coude sur les genoux. Il ne devait pas rire avec ça ! Se lâcher sans risque… Il était fou. Complètement fou. Elle ne pouvait pas lâcher son don alors qu’il était là et qu’il était son seul véritable ami. C’était impossible.

Céleste – Je ne peux pas. Tu ne réalises pas ce que ce don signifie ! Imagine que je te frappe par erreur ? Que tu ne réagis pas assez vite ? Que je vise mal ? La foudre m’a déjà tout pris, je ne veux pas qu’elle me prenne aussi mon seul véritable ami !

Céleste avait redressé la tête en parlant, se contrôlant mais désespérant un peu plus à chaque parole qu’elle prononçait. Elle ne pouvait pas se laisser aller aussi facilement que cela, il y avait trop de risques, trop de dangers, trop de « si » qui entraient en compte. Et puis, il maîtrisait l’eau ! L’eau était son principal élément et il ne s’entraînait pas jour après jour avec la terre, ou alors il lui avait caché des choses, ou n’en avait pas parlé. C’était trop risqué. Trop dangereux. Céleste poussa un soupir en posant sa tête contre le rocher assez gros contre lequel elle était adossée. Elle ne pouvait pas. Pas comme cela.

Céleste – Je sais que je dois le lâcher, mais tu maîtrises l’eau en premier élément et tu pourrais te tromper ou… Ne pas bien maîtriser la terre, ou sous-estimer ce qui pourrait sortir si je lâche mon don, ou… N’importe quoi ! C’est trop dangereux, trop… Non, je ne peux pas. Je me contrôle depuis des années !

Comment pouvait-il croire qu’elle allait réussir à lâcher son don comme ça, à partir de quelques mots seulement ? Il la connaissait et Céleste lui avait dit qu’elle retenait son don. Bon, d’accord, peut-être avait-elle oublié de mentionner la peur qui allait avec et la raison qui la poussait à tout retenir, mais c’était un détail. Ce n’était pas important, n’est-ce pas ? Et puis, tout lui dire… Non. Non, non, non. S’il apprenait qu’elle avait tué sa sœur, il ne le lui pardonnerait pas, elle en était convaincue. Ou pas ? Raaah ! Pourquoi n’avait-il pas réagi comme toute personne normale dans pareille situation ?! A savoir : être énervé, râler contre l’ami qui cache quelque chose à ce point et qui nous évite pendant presque deux semaines, le digérer après quelques jours et puis proposer des solutions comme celle-ci.

Céleste – Pourquoi n’es-tu pas simplement furieux parce que je t’ai caché tout ça pendant plus de deux ans, alors que je t’ai même évité après ton mariage pour que tu ne viennes pas me parler de cela ? Je t’ai juste dit, du jour au lendemain, que je retenais mon don et que je n’osais pas le lâcher ! Quelqu’un de censé aurait râlé et m’aurait évité à son tour… Cette technique ne fonctionnera pas. Je ne peux pas. C’est trop dangereux. Sinon, on peut aussi laisser tomber et voir ce qui se passe, ou combien de temps je tiendrai encore…

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Cyprien Redfire
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MessageSujet: Re: Tonnerre et foudre   Mar 26 Mai - 9:50

– Cyprien, ce n’est pas le moment de rire avec ça ! dit-elle, excédée.

Bien sûr que si ! Il faut rire de tout tant que l’on n’est pas mort soi-même, et même à l’agonie, Cyprien serait tout à fait capable de lâcher une dernière blague sur la vie, afin que ceux qui seraient autour de lui ne pleurent pas. Se laisser aller et pleurer toute sa vie, déjà ça n’avançait strictement à rien, et en plus, ça ne se faisait pas. Personne ne peut trouver la moindre solution en se contentant de pleurer, c’est pourtant logique ! Donc si, mademoiselle, il faut pouvoir rire de tout avant qu’il ne soit trop tard, il faut savoir vivre avant qu’on mette votre corps au fond d’un trou, il faut savoir vivre à fond ! Faire ce qu’on l’on a envie de faire, surtout, faire tout ce qu’on peut, toujours, jusqu’au bout, pour ne pas arriver à la fin et avoir des regrets, être aux portes de la mort et se dire « j’aurai pu faire ça », ce qui était la pire chose qui puisse vous arriver ! Il n’avait pas envie d’avoir des regrets, il n’avait pas envie d’arriver au bout en sachant qu’il avait manqué bien des occasions. Et surtout, il n’avait pas envie de se freiner ni de se contraindre, pas envie de se forcer à pleurer, ce serait juste terriblement idiot. Bon, ok, il y en avait à qui ça plaisait de se poser en éternelles victimes pour le plaisir de se faire plaindre, mais il ne les comprenait pas.

– Je ne peux pas. Tu ne réalises pas ce que ce don signifie ! Imagine que je te frappe par erreur ? Que tu ne réagis pas assez vite ? Que je vise mal ? La foudre m’a déjà tout pris, je ne veux pas qu’elle me prenne aussi mon seul véritable ami !

Il plaqua une main sur sa bouche pour ne pas éclater de rire et la vexer, les yeux fermés. Ah non, il ne savait ce que posséder ce don signifiait ? C’est sûr, après tout ce n’est pas comme s’il avait passé toute sa vie à observer et draguer une femme qui maniait la foudre, ce n’est pas comme si l’avait vu bien des fois utiliser ce don, dont des démonstrations particulièrement violentes et dangereuses, ce n’est pas comme s’il côtoyait au quotidien une femme qui produisait des étincelles lorsqu’elle était énervée ! Mais à part ces quelques menus détails, il ne connaissait rien du don de la foudre, c’est vrai, il ne savait pas du tout ce qu’on pouvait bien faire avec ça. Oh, il y avait bien moyen de s’en servir pour un orage ou deux ou pour déduire des bâtiments de trois étages en miettes en moins de quatre minutes, mais ce sont des détails accessoires. Il n’avait jamais vu non plus d’élèves s’entraîner – impossible dans une école aussi normale que celle-là ! – et n’avait jamais eu l’occasion de voir un collègue entraîner les gamins ni s’exercer lui-même. Alors non, elle avait entièrement raison, la foudre était une belle inconnue pour lui, il n’en savait rien, rien du tout, il ne savait même pas ce que le mot « foudre » signifiait ! Et l’orage sous lequel il avait dansé avec Gabriella ? C’était si peu de chose.

– Je sais que je dois le lâcher, mais tu maîtrises l’eau en premier élément et tu pourrais te tromper ou… Ne pas bien maîtriser la terre, ou sous-estimer ce qui pourrait sortir si je lâche mon don, ou… N’importe quoi ! C’est trop dangereux, trop… Non, je ne peux pas. Je me contrôle depuis des années !

Non mais, c’était vexant, là, elle lui balançait qu’il n’était pas capable de se contrôler !

– Pourquoi n’es-tu pas simplement furieux parce que je t’ai caché tout ça pendant plus de deux ans, alors que je t’ai même évité après ton mariage pour que tu ne viennes pas me parler de cela ? Je t’ai juste dit, du jour au lendemain, que je retenais mon don et que je n’osais pas le lâcher ! Quelqu’un de censé aurait râlé et m’aurait évité à son tour… Cette technique ne fonctionnera pas. Je ne peux pas. C’est trop dangereux. Sinon, on peut aussi laisser tomber et voir ce qui se passe, ou combien de temps je tiendrai encore…

– C’est incroyable, ma vieille, tu es capable de débiter plus de conneries à la minute que le plus agité de mes élèves ! Je ne savais même pas que c’était possible, tu défis la science et la logique.

Il se redressa puis sauta du rocher pour allers ‘asseoir en face d’elle, en tailleur, joignant les mains comme s’il allait donner une conférence très importante.

– Je ne réalise pas ce que signifie posséder la foudre, c’est vrai ! Après tout, ce n’est pas comme si je côtoyais depuis bien des années une femme qui utilise cet élément, et à un niveau bien plus élevé que toi, sans vouloir te vexer. Je ne l’ai jamais vu s’entraîner ni l’utiliser, ni aucun prof ou élève, après tout, comment ce serait possible dans une école pareille, dis-moi ? Elle est bien trop ordinaire pour ça ! Et à moins que tu ne vises vraiment comme un cochon, je ne vois pas ce qui pourrait se retourner vers nous si tu lances dans ce vaste espace vide de dizaines de mètres. Si tu penses que ça peut arriver, je te conseille alors de démissionner avant que Gaby apprenne ce petit détail et ne vienne te tuer car tu mets la vie des élèves en danger en permanence.

Il lui sourit à nouveau, s’asseyant plus confortablement dans la terre et les brindilles. Il ne savait pas si elle réussissait à intégrer ce genre de raisonnement logique, mais bon, on verra plus tard pour les questions ! Comme en classe, il expliquait jusqu’au bout d’abord et il répondait aux questions ensuite, afin d’éviter qu’un des gamins soit perturbé par un détail incompris qui sera expliqué deux minutes plus tard dans le cours.

– Maintenant, oui, on peut juste laisser tomber le sujet et « voir ce qui se passe » ! Alors, les conséquences dans l’ordre, huuum… Déjà, il faudrait que tu fuies avant de terminer prématurément ton existence au milieu de ta salle de classe. Comme je te l’ai déjà dit, ma femme supporte assez mal les imbéciles qui mettent les enfants en danger, surtout pour des raisons aussi débiles et inacceptables que « je-me-laisse-aller-comme-une-crétine-pour-tester-mes-limites ». Elle te tuerait, très sincèrement, et je ne plaisante pas, là. Ensuite, si tu échappes à Gaby, tu finiras par mourir, de toute façon, et pas paisiblement dans ton lit. Tu veux peut-être que je détaille ou ça va aller ?

Il se leva à nouveau pour se réinstaller sur le rocher, en lui indiquant le ciel et la vallée en contrebas, devant eux.

– Ah, oui, tu m’as demandé aussi pourquoi je n’étais pas fâché ! Car le seul truc qui pourrait me vexer dans cette vie, c’est de perdre tous mes cheveux avant l’âge de cinquante ans. Mais bon, bref, tu peux te lancer. J’aurai envoyé un autre à ma place si je me contrôlais pas bien, je ne suis pas suicidaire ! Tu vises si mal que ça que tu n’es même pas capable de lancer ton don dans le vide ? Ou alors, c’est que t’es encore plus névrosée que Sarah, ce qui dépasse toutes les compétences médicales du monde, navré.

Il s’étira un bref instant, toujours installé sur son rocher, alors que le soleil entamait sa lente descente à l’horizon. La nuit allait tomber d’un moins d’une heure.

– Bon, tu vas te décider ? Si oui, on peut rester là toute la nuit, si non, bah… Je peux t’aider à rédiger ta lettre de démission, si tu veux, pour ne pas trop appuyer sur le fait que tu ne puisses pas réagir, ça t’évitera des ennuis. Ça m’emmerderait, par contre, que tu préfères partir… Je t’aime bien, moi, et la petite Rosalie t’admire, en plus, elle en pleurerait de te voir quitter le pensionnat.

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Tonnerre et foudre   Dim 31 Mai - 20:01

Cyprien – C’est incroyable, ma vieille, tu es capable de débiter plus de conneries à la minute que le plus agité de mes élèves ! Je ne savais même pas que c’était possible, tu défis la science et la logique.

Céleste ouvrit la bouche sans réussir à répondre, à moitié choquée tandis que Cyprien s’installa en face d’elle, en tailleur. Quoi, encore ? Elle n’avait pas dit de connerie, en plus ! Tout était vrai, bien vrai, et puis il risquait d’être blessé ! Elle lui lança un regard méfiant pendant qu’il joignait ses mains devant lui, comme elle l’avait déjà vu faire lors de nombreuses réunions quand il expliquait quelque chose. Elle se renfrogna, prête à écouter mais de plus en plus énervée. Il ne prenait rien au sérieux !

Cyprien – Je ne réalise pas ce que signifie posséder la foudre, c’est vrai ! Après tout, ce n’est pas comme si je côtoyais depuis bien des années une femme qui utilise cet élément, et à un niveau bien plus élevé que toi, sans vouloir te vexer. Je ne l’ai jamais vu s’entraîner ni l’utiliser, ni aucun prof ou élève, après tout, comment ce serait possible dans une école pareille, dis-moi ? Elle est bien trop ordinaire pour ça ! Et à moins que tu ne vises vraiment comme un cochon, je ne vois pas ce qui pourrait se retourner vers nous si tu lances dans ce vaste espace vide de dizaines de mètres. Si tu penses que ça peut arriver, je te conseille alors de démissionner avant que Gaby apprenne ce petit détail et ne vienne te tuer car tu mets la vie des élèves en danger en permanence.



… Oui, bon, d’accord, Céleste avait peut-être oublié quelques détails. Mais elle avait une excuse, elle était effrayée et loin, très loin d’être rassurée en cet instant précis. Elle s’était fait de plus en plus petite à mesure que Cyprien débitait son explication, se ratatinant sur place près du rocher sans oser bouger. Elle n’avait pas pensé à… C’était… Mais elle ne pouvait pas ! Non, d’accord, elle ne visait pas mal, au contraire, mais Céleste avait peur des conséquences. Et puis, s’il y avait du vent ou n’importe quoi, ou si elle tombait, ou si elle était surprise par quelque chose, ou effrayée, ou un truc du genre ? En vérité, elle avait peur. Peur de ce qui pouvait sortir, peur de voir ce qu’elle allait faire avec ce don. Pendant que Cyprien, lui, continuait à sourire en s’installant confortablement, pas dérangé le moins du monde. C’en était exaspérant… Comment faisait-il ?!

Cyprien – Maintenant, oui, on peut juste laisser tomber le sujet et « voir ce qui se passe » ! Alors, les conséquences dans l’ordre, huuum… Déjà, il faudrait que tu fuies avant de terminer prématurément ton existence au milieu de ta salle de classe. Comme je te l’ai déjà dit, ma femme supporte assez mal les imbéciles qui mettent les enfants en danger, surtout pour des raisons aussi débiles et inacceptables que « je-me-laisse-aller-comme-une-crétine-pour-tester-mes-limites ». Elle te tuerait, très sincèrement, et je ne plaisante pas, là. Ensuite, si tu échappes à Gaby, tu finiras par mourir, de toute façon, et pas paisiblement dans ton lit. Tu veux peut-être que je détaille ou ça va aller ?

Céleste ne put s’empêcher de baisser la tête, le regard posé sur ses mains. Elle ne se laissait pas aller ! Elle ne voulait pas tester ses limites, ce n’était pas son but, pas du tout ! Elle voulait simplement se contrôler et éviter de blesser des gens, voilà tout, ce n’était pas si compliqué à comprendre, pourtant. Et puis, elle se sentait bien, très bien. D’accord, elle était souvent à fleur de peau, elle n’osait toucher personne ou presque, mais c’était un détail. Après tout, la directrice était comme cela aussi et on ne lui disait rien. Céleste souriait, elle, et pas la directrice, alors pourquoi venait-on l’emmerder ? Elle redressa la tête en l’entendant se relever, se mordant les lèvres. La jeune professeure avait l’impression d’être à nouveau élève et de se faire réprimander, comme prise en flagrant délit après une immense connerie. Cyprien lui désigna le ciel et la vallée, immense étendue déserte qui s’étendait en contrebas, avec des arbres, et rien d’autre – du moins, elle essayait de s’en convaincre.

Cyprien – Ah, oui, tu m’as demandé aussi pourquoi je n’étais pas fâché ! Car le seul truc qui pourrait me vexer dans cette vie, c’est de perdre tous mes cheveux avant l’âge de cinquante ans. Mais bon, bref, tu peux te lancer. J’aurai envoyé un autre à ma place si je me contrôlais pas bien, je ne suis pas suicidaire ! Tu vises si mal que ça que tu n’es même pas capable de lancer ton don dans le vide ? Ou alors, c’est que t’es encore plus névrosée que Sarah, ce qui dépasse toutes les compétences médicales du monde, navré.

Céleste lui lança un regard noir en tournant la tête vers lui. Elle n’était pas comme Sarah ! Sarah était mauvaise, méchante, elle se faisait sans cesse manipuler et attirait les autres avec elle, continuant de s’enfoncer et de traîner le Pensionnat dans le mauvais sens. Elle était égoïste et aigrie, s’énervait pour rien, ce qui n’était pas le cas de Céleste. Elle savait, au fond d’elle, qu’il n’y avait peut-être aucun danger. Mais est-ce que lâcher son don, comme cela, une fois suffirait réellement ? Le lâcher une fois de temps en temps et voilà, on n’en parle plus ? Elle était capable de le lancer dans le vide, elle savait viser. Mais quelque chose la bloquait. De la peur, surtout.

Cyprien – Bon, tu vas te décider ? Si oui, on peut rester là toute la nuit, si non, bah… Je peux t’aider à rédiger ta lettre de démission, si tu veux, pour ne pas trop appuyer sur le fait que tu ne puisses pas réagir, ça t’évitera des ennuis. Ça m’emmerderait, par contre, que tu préfères partir… Je t’aime bien, moi, et la petite Rosalie t’admire, en plus, elle en pleurerait de te voir quitter le pensionnat.

Céleste fit des yeux ronds en regardant Cyprien. La petite Rosalie… l’admirait ? Mais pourquoi ? Et depuis quand ? Et puis, comment savait-il cela, lui ? Elle ne l’avait jamais remarqué… Jamais. Pour elle, cette élève était assidue, consciencieuse, très sérieuse, mais jamais elle n’aurait pensé que sa jeune élève l’admirait ! Peut-être Kimmitsu avait-il raison… Peut-être s’empêchait-elle de vivre, peut-être refusait-elle d’accepter qu’elle était toujours en vie alors que sa sœur était morte. Céleste resta silencieuse, sans répondre, sans bouger, les yeux brûlants de plus en plus. Elle ignorait ce qu’elle devait faire… Abandonner ? Rentrer chez elle ? Tout laisser tomber, maintenant, après tout ce qu’elle avait fait pour arriver jusqu’ici ? Amélie ne le lui pardonnerait pas… Elle l’entendait presque lui hurler dessus, la frapper, et aurait pu en rougir si elle n’avait pas ce poids immense qui grandissait minute après minute au fond de son estomac.

Céleste leva la tête vers Cyprien, sur le point de lui répondre qu’elle allait laisser tomber malgré tout, qu’elle n’y arriverait pas, que c’était trop dangereux, qu’elle se voilait la face et qu’elle refusait simplement ce qu’elle avait fait en agissant ainsi. Tourner la page, elle ne pouvait pas. Mais elle était épuisée. Elle voulait vivre, rendre hommage à sa sœur, lui donner la vie qu’elle n’avait pas eue. Seulement, d’un autre côté, elle avait l’impression que c’était égoïste et qu’elle n’en avait pas le droit. Que devait-elle faire ?! Si cela ne tenait qu’à elle, elle abandonnerait sans hésiter. Mais Rosalie… Les enfants… Elle s’était engagée. Pour eux. Pour leur apprendre et leur montrer comment vivre avec ce don. Alors qu’elle-même en était incapable, selon Kimmitsu… Il fallait qu’elle essaie.

Céleste – Je dois essayer…, murmura-t-elle. Au moins pour vous…

La jeune professeure se redressa, se hissant à l’aide de ses mains pour se retrouver debout. Elle tremblait et le sentait, ou alors n’était-ce peut-être qu’une impression. Elle avança un peu sans oser trop se rapprocher du vide, juste au cas où, mais étant le plus loin possible de Cyprien pour ne pas le blesser. Elle ne voulait pas, n’osait pas, mais devait le faire. Céleste regarda l’étendue de ciel actuellement orangée qui s’étendait devant elle, les arbres plus bas, plus loin. Il n’y avait personne. Personne. Personne n’allait être blessé, il lui suffisait de viser le ciel, rien d’autre. Elle poussa un soupir en regardant ses mains, puis prit une grande inspiration et se concentra, levant légèrement les mains.

Céleste se faisait violence et ignorait la peur qui grandissait en elle, fixant le ciel et n’osant garder ses mains à hauteur de l’horizon, par précaution. C’était impossible ! Il voulait vraiment que… ? Elle tourna la tête vers Cyprien mais, naturellement, il l’encourageait et ne semblait pas plaisanter. Il voulait qu’elle lâche son don, ce n’était pas une blague comme elle s’était surprise à l’espérer très sincèrement. Contrainte, la jeune femme se tourna à nouveau vers le vide pour se concentrer sur ce qu’elle devait faire. Du tonnerre, rien de plus, un peu de tonnerre, quelques éclairs, et ils pourraient sûrement rentrer.

Il ne se passa rien avant un moment, le ciel restant définitivement calme, sans aucun bruit, s’assombrissant seulement à mesure que l’heure avançait. Céleste avait peur. Mais elle devait le faire. Le tonnerre n’allait blesser personne, pas plus que les quelques éclairs s’ils restaient suffisamment haut dans le ciel. Ne pas faire attention à la peur. Elle concentrait tout cela devant, loin, bien loin, personne ne pouvait être blessé, c’était impossible. Céleste gardait cette idée à l’esprit, éloignant toutes les hypothèses de danger. Ils étaient en soirée, personne n’allait venir, personne ne se trouverait en bas. Elle se confortait dans cette idée, petit à petit. Jusqu’à ce que l’on entende de timides grondements qui devinrent de plus en plus forts et réguliers. Le tonnerre.

Céleste continua sur sa lancée, les coups de tonnerre se multipliant, pour finalement se transformer en éclairs lointains et très faibles, puis plus présents, éclairant le ciel par endroit alors qu’il faisait presque noir. La foudre, qu’elle essayait de contenir depuis des années maintenant, sortait sans qu’elle ne le retienne trop. Bon, oui, elle le retenait toujours un peu, mais elle ne pouvait pas faire plus que cela dans un premier temps, il fallait y aller progressivement, Cyprien comprendrait. Toujours concentrée, Céleste faisait gronder la foudre haut, très haut dans le ciel, oubliant le reste, pendant de nombreuses minutes. Au bout d’un moment, elle ramena ses bras contre elle et revint vers son ami, toujours assis sur son rocher.

Céleste – Voilà, j'ai lâché mon don, content ? On peut rentrer, maintenant ?

Cyprien – Tu as fini de te moquer de moi ? Je vais demander à ma femme de te faire cours.

… Sa… Mais elle n’avait pas besoin de cours ! Et puis, que voulait-il, à la fin ? Céleste avait lâché son don, comme il le lui avait demandé, elle avait fait apparaître du tonnerre, puis des éclairs, elle avait sorti son don dans un ciel vide ! C’était en dehors d’une classe, pas comme d’habitude, alors que voulait-il de plus ? Céleste était devenue très pâle en entendant cela, n’ayant aucune envie d’avoir des cours avec la directrice. Non pas qu’elle avait peur mais… Si, en fait, elle avait peur. Et puis elle n’en avait pas besoin !

Céleste – Non, c'est bon, dit-elle précipitamment. Mais que veux-tu que je fasse ? J'ai déjà lâché mon don, là, ou alors on n'a pas la même définition…

Cyprien – Le lâcher comme l'a fait Gaby cette nuit d'orage... Sa classe de terminales, ça devrait aller.

Comme… Mais elle en était incapable ! Céleste se figea en dévisageant Cyprien. Il plaisantait, là… Il ne pouvait pas être vraiment sérieux. Le « lâcher comme Gaby »… La directrice était plus vieille et beaucoup plus puissante qu’elle, elle ne pouvait pas faire une telle chose ! Elle retenait son don depuis la mort de sa sœur, elle l’utilisait uniquement en cours, à une puissance beaucoup plus faible seulement, et en dehors assez régulièrement pour s’entraîner, toujours dans un désir de mieux maîtriser ce don qui lui avait échappé une fois. Elle en était incapable…

Oui, d’accord, c’est vrai, elle l’avait lâché quelques fois à fond, lorsqu’elle craquait, lorsqu’elle ne supportait plus son reflet, en particulier la première année où elle s’était détestée et avait voulu mourir. Mais depuis son entrée au Pensionnat en tant que professeure, elle n’osait plus, par peur de blesser les élèves, par peur d’afficher ses faiblesses aux yeux de tous. Et là, Cyprien lui demandait de le lâcher… Le lâcher se sentir vulnérable et puissante à la fois, se laisser envahir par une vague de souvenirs et de douleur. Il n’était pas sérieux… Il ne pouvait pas être sérieux. Céleste mit un moment avant de répondre et de retrouver la parole, refusant de se retrouver à nouveau dans cet état. Il ne pouvait pas lui demander une telle chose…

Céleste – Comme... Mais j'en suis incapable ! J'ai passé les deux dernières années à contenir mon don, il n'est pas aussi puissant que celui de ta femme. En plus, je suis plus jeune qu'elle, ça joue aussi.

Cyprien ne répondit rien, lui faisant simplement signe d’y aller avec un air qui montrait qu’il n’y avait pas de discussion possible. Céleste se renfrogna, sentant sa gorge se nouer, souhaitant lui dire de se protéger, mais étant incapable de dire quoi que ce soit. Si elle devait craquer, autant que ce soit avec lui. Elle hésita sans pouvoir bouger, dévisageant Cyprien, espérant vraiment qu’il lui dise que c’était bon et qu’ils pouvaient rentrer. Mais non, il ne démordait pas de sa position et voulait vraiment qu’elle le fasse. La jeune professeure se tourna vers la vallée à contrecœur, le regard perdu au loin, avant de le reporter sur ses mains. Elle ne l’avait plus fait depuis deux ans ! Ce ne serait pas aussi fort que la directrice, c’était impossible.

Plus vite, cette fois, les coups de tonnerre se firent entendre au loin avant de céder la place à la foudre, de plus en plus forte, que l’on entendait distinctement maintenant que tout dormait, autour d’eux. Cette nuit était horriblement calme et, pourtant, Céleste était tout sauf calme intérieurement. Mais elle sentait qu’elle se retenait encore, elle n’était arrivée qu’au stade de la foudre, plus forte, certes, mais pas comme la directrice. Elle ne voulait pas… Elle n’y arrivait pas, c’était impossible ! Se lâcher… Lâcher son don, se laisser aller, complètement… Les paroles de Kimmitsu retentirent à nouveau à ses oreilles. Il fallait qu’elle le fasse. De toute manière, Cyprien ne la laisserait pas rentrer, pas maintenant.

Comme deux ans auparavant, Céleste se concentra, étendant la zone touchée par la foudre, ne se limitant plus à une petite portion de ciel. Elle prenait garde à garder son don en hauteur pour éviter tout accident, laissant, petit à petit, son don s’exprimer après ces deux longues années. L’endroit, le Pensionnat si proche, Gray à côté… Cette région était chargée de souvenirs, tout lui rappelait tant de choses. La colère, la frustration, la peine, l’horreur de ce qu’elle avait fait, la solitude… Tous ces sentiments si longtemps refoulés qui ne demandaient qu’à être exprimés et non plus contenus, comme elle l’avait fait jusqu’ici. Sa sœur, qui avait perdu la vie. A cause d’elle. Elle se laissait mourir malgré sa promesse de vivre pour elle. Elle prenait conscience, maintenant, de son don qui devait sortir, de la sensation qui l’envahissait, du bien-être que cela lui procurait.

Céleste sentit des larmes couler le long de ses joues, tandis que la foudre se répandait toujours, s’étendant largement dans le ciel, surplombant les arbres et l’endroit où ils étaient. Comme avant, elle se sentait puissante, mais horriblement vulnérable, se laissant gagner par les émotions, la culpabilité prenant le dessus alors qu’une situation similaire à celle de la nuit d’orage provoquée par la directrice se déroulait autour d’eux. Et elle n’était même pas effrayée… Elle était un monstre. Monstre, voilà le mot qui tournait en boucle dans sa tête. Un monstre d’adorer cela, après tout ce qu’elle avait fait, un monstre pour avoir pris la vie de sa sœur alors qu’elle ne pouvait vraisemblablement pas vivre sans son don, alors qu’elle aimait ce qu’elle faisait, la sensation qu’il lui procurait. Chamboulée, dégoûtée, Céleste finit par s’écrouler au sol en pleurant sans cesser la foudre pour autant, plus perturbée qu’autre chose.

Céleste – Je suis un monstre ! hurla-t-elle. Je l’ai tuée… Je l’ai tuée… Comment est-ce que je peux aimer ce don ?!

Elle resta à terre, prostrée, furieuse contre elle-même de s’être laissée aller toutes ces années, furieuse d’être aussi bien en utilisant ce don, furieuse d’être ce monstre et de vivre alors qu’elle ne le devrait pas. Elle n’avait jamais parlé à Cyprien de la mort de sa sœur, ne lui avait jamais expliqué quoi que ce soit, il l’avait acceptée, mais elle s’en fichait. Tant pis s’il était outré, révulsé, dégoûté, s’il la laissait là comme un déchet ou une meurtrière. Elle était toujours à genoux, les mains sur le sol devant elle, l’empêchant de tomber pour de bon à terre. Elle leva un regard vers Cyprien, ne comprenant plus rien.

Céleste – Comment je… Je suis un monstre, c’est elle qui devrait être ici, pas moi ! C’est moi qui me suis énervée, moi qui ai frappé cet arbre avec de la foudre, moi qui l’ai tuée alors qu’on était si proche, moi qui vis en aimant ce don malgré moi… Je… Je suis désolée…

Céleste baissa la tête, des larmes brûlantes coulant toujours le long de ses joues. Elle adorait ce don, cette sensation, et le réalisait vraiment maintenant qu’elle l’avait lâché, maintenant que tout ce qu’elle refoulait depuis deux ans sortait. Lorsqu’elle n’était encore qu’étudiante pour devenir professeure, tout était différent. Elle s’était éloignée, exilée, se bornant à étudier et rien d’autre, adoptant un comportement distant et froid sans qu’elle ne le réalise vraiment. Et maintenant…

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Cyprien Redfire
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MessageSujet: Re: Tonnerre et foudre   Lun 1 Juin - 10:12

Sa collègue lui fit des yeux ronds, comme surprise de l’information. Elle ne s’était jamais rendu compte de ça ? Enfin ! C’était pourtant visible, il suffisait de regarder le visage de la gamine lorsqu’on mentionnait le nom de sa professeur devant elle ou lorsqu’elle lui parlait. Au début de l’année, Cyprien s’était pas mal inquiété pour cette petite, qui était alors très renfermée et craintive, et même si elle s’était très vite intégrée. Il croisa le regard de Céleste, attendant patiemment qu’elle se décide. Elle n’avait pas vraiment le choix, de toute façon, un don contenu trop longtemps était mortel, c’était connu… Il remuait en vous, dans votre sang, dans vos muscles, dans chacune de vos cellules. Cellules qui pouvaient exploser, ou ce genre de chose, perspective très peu agréable, tout le monde en conviendra. Sa collègue devait être consciente de ça, même si elle avait peur, même si elle se sentait coincée, même si elle pensait ne pas pouvoir le faire, elle n’avait tout simplement pas le choix ! La peur ne justifiait pas qu’on sacrifie sa vie comme ça.

– Je dois essayer…, murmura-t-elle. Au moins pour vous…

Elle finit par se lever, s’approchant au bord de la falaise où ils étaient jugés. Lui-même ne bougea pas. Il était prêt à réagir si quoi que ce soit tournait mal, si elle défaillait ou se laisser submerger. Il la regarda prendre une inspiration, lever les mains. Il ne disait strictement rien, ne faisait aucun bruit pour ne pas la déconcentrer. Chacun avait son niveau de maîtrise, il ignorait le sien et devait donc se tenir prêt. S’il reprenait l’exemple de sa femme, elle pouvait déclencher un don à pleine puissance et viser sans regarder ce qu’elle faisait, sans même se concentrer, la nuit où elle avait déclenché l’orage en était le meilleur exemple. Son don avait éclaté longtemps alors qu’elle dansait avec lui, sans vérifier où la foudre tombait, visant sans y penser. Mais c’était un exemple un peu à part… Il n’avait aucune idée du niveau de Céleste, ce qu’elle pouvait faire en le voulant vraiment. Ce qu’elle voulait vraiment. Lui, en tout cas, voulait qu’elle se lâche, entièrement, le plus fort possible. Elle ne pouvait rien toucher à part peut-être un ou deux arbres malchanceux qui n’auraient pas dû pousser là.

Il se passa un long moment avant qu’il n’entende enfin un peu de tonnerre. La nuit était déjà presque tombée, le soleil devenait une fine ligne orangée à l’horizon. Les premières étoiles montaient dans le ciel, il plissa les yeux pour voir s’il y avait un peu d’électricité. Peu à peu, les grondements se firent plus forts, puis il vit quelques éclairs, assez haut. Allez, ma vieille, détends-toi et vas-y à fond… Ce genre d’exercice, pour le moment, c’était de l’échauffement pour collégiens, quand leur faisait faire le matin pour bien les réveiller. Son don avait besoin d’être lâché ! Il suffisait de la garder, voir à quel point elle était tendue. Elle pouvait se permettre de craquer sans risque, il l’avait conduite ici car il n’y avait aucun ville ni village dans les environs, la ferme la plus proche était à des kilomètres, seuls les arbres pouvaient être touchées. Si vraiment ça la gênait, il pouvait se servir de son don pour les faire repousser. Mais elle finit par stopper, revenant vers lui, alors qu’il haussait un sourcil.

– Voilà, j'ai lâché mon don, content ? On peut rentrer, maintenant ?

– Tu as fini de te moquer de moi ? Je vais demander à ma femme de te faire cours.

Si elle pensait que ça, c’était « lâcher son don »… Ouh ouh, on se réveille ! Ça, ça s’appelait s’échauffer avant les choses sérieuses ! Il était venu ici pour l’aider, pas pour perdre son temps. Parce qu’il n’avait pas envie de la voir mourir, parce qu’elle était une amie, parce qu’elle devait se soigner avant d’y rester. Simple, n’est-ce pas ? Et il était très sérieux. Ils ne partiront pas d’ici tant qu’elle n’aura pas fait d’effort. Il était professeur, lui aussi, il refusait de lâcher une personne en difficulté aussi facilement que ça.

– Non, c'est bon, dit-elle précipitamment. Mais que veux-tu que je fasse ? J'ai déjà lâché mon don, là, ou alors on n'a pas la même définition…

– Le lâcher comme l'a fait Gaby cette nuit d'orage... Sa classe de terminales, ça devrait aller.

Oui, si elle allait prendre quelques cours avec les terminales, ça lui ferait beaucoup de bien. Ou même des cours particulier, Gaby acceptera sûrement. Sa collègue s’était figée, pâlissant. Elle ne le croyait pas capable de le faire ? Qu’elle ne pense pas cela… Il le fera s’il y était vraiment obligé. Elle était adulte et capable de saisir l’urgence de la situation, n’est-ce pas ? Donc on y va ! Ça lui fera du bien ! Tout le monde se sentait mieux en se lâchant de temps en temps, c’était comme pleurer un bon coup, ça vous libérait, ça vous détendait, ça vous détendait. Qui n’avait jamais connu cette sensation d’être à la fois épuisé et relaxé après une grosse crise de larmes ? Il se remit correctement sur son rocher, sans montrer la moindre intention de s’en aller d’ici.

– Comme... Mais j'en suis incapable ! J'ai passé les deux dernières années à contenir mon don, il n'est pas aussi puissant que celui de ta femme. En plus, je suis plus jeune qu'elle, ça joue aussi.

Il lui fit signe d’y aller sans répondre. Bien sûr qu’elle était plus jeune, moins puissante, etc. Et ensuite ? Il ne lui demandait pas de dévoiler le même niveau de puissance, il voulait juste qu’elle se lâche. Elle était capable de le faire si elle surmontait la peur. Il se souvenait avoir fait le même genre d’exercice avec un élève qui avait subit un grave traumatisme. Il l’avait accompagné longtemps pour l’aider à utiliser son pouvoir à nouveau, puis l’aider à le libérer, de plus en plus fort, jusqu’à ce qu’il se sente mieux et puisse l’utiliser sans crainte. Il aurait dû faire de même avec Céleste bien plus tôt, pour rendre les choses plus douces, mais soit, ce qui était fait était fait. Le pouvoir, encore et toujours, tout était question de pouvoir, dans ce monde. Et de ce qu’on en faisait. N’avait-elle jamais été heureuse de l’utiliser ? De sentir qu’elle possédait ce don et pouvait le faire jaillir à loisir ? Il était grisant de pouvoir jouer ainsi avec un élément, de se sentir puissant quelques minutes, même si personne ne l’avouait à voix haute. Même si un don puissant est loin d’être un gage de sûreté, particulièrement en ce moment.

Il regarda le ciel, écouta le tonnerre, puis vit enfin les éclairs se multiplier, envahir le ciel. Ils perçaient la nuit, maintenant bien installée. Ils tournaient et fusaient en tout sens, ce qui était très artistique mais très peu naturel. Pour qu’un éclair ait plus de puissance, il devait grossir et tomber en ligne droite ou en biais, avec beaucoup de force. Ceux de Céleste explosaient en tout sens comme un gigantesque feu d’artifice et restaient assez fins, contenus dans une partie du ciel sans aller frapper les arbres, les rochers ou la terre. On aurait dit une immense toile d’araignée qui se répandait dans le ciel dans un grondement d’orage… Rien que ça prouvait que ce don avait été contenu trop longtemps… C’était un don perturbé, comme « compressé », qui se libérait avec peine. Il se dilatait, s’étendait, mais il n’y avait pas de véritables éclats de foudre, comme dans un orage naturel, assez puissant pour détruire un arbre par exemple. Cela viendra. Elle commençait juste à le relâcher pour de bon, il ne pouvait pas lui demander de suite de produire de la foudre condensée et soutenue.

Elle tomba tout à coup à genoux par terre en pleurant, tremblant de tous ses membres. Il glissa du rocher pour venir près d’elle, alors que la foudre continuait de partir en tous sens dans le ciel sans logique ni chemin.

– Je suis un monstre ! hurla-t-elle. Je l’ai tuée… Je l’ai tuée… Comment est-ce que je peux aimer ce don ?!

Il s’agenouilla à côté d’elle alors qu’elle relevait le regard vers lui. Le tonnerre se faisait plus faible, se dissipant car sa créatrice ne s’en souciait plus.

– Comment je… Je suis un monstre, c’est elle qui devrait être ici, pas moi ! C’est moi qui me suis énervée, moi qui ai frappé cet arbre avec de la foudre, moi qui l’ai tuée alors qu’on était si proche, moi qui vis en aimant ce don malgré moi… Je… Je suis désolée…

Cyprien enleva sa veste d’un geste souple pour la lui mettre sur les épaules, puis s’assit à côté d’elle, l’entourant d’un bras pour la rapprocher de lui et la réconforter. Il savait très bien que des accidents arrivaient souvent, qu’on pouvait en être traumatisé ou blessé, amis il savait aussi que, quel que soit ce traumatisme, un don pouvait devenir une question de vie ou de mort. Il ne dit rien pendant un long moment, la laissant pleurer tout son soûl. Il attendit qu’elle se calme un peu, sans la relâcher, avant de lui tendre un mouchoir en tissu. Le grondement d’orage s’était finalement éteint, laissant la nuit reprendre ses droits, les étoiles briller sans accroc. Comme s’il ne s’était rien passé. Alors qu’il y avait déjà eu un grand pas de fait.

– Si cette personne était si proche de toi, je l’imagine bien venir te donner un coup de pied aux fesses pour que tu te relèves et continue à vivre, dit-il sans cesser de lui frotter doucement l’épaule. Si tu étais un monstre, tu n’aurais aucun remord, tu ne pleurerais pas. Un monstre qui pleure, ce n’est pas très sérieux, tu devrais changer de rôle.

Il l’embrassa sur le front pour la réconforter, tenant vraiment à ce qu’elle comprenne qu’il n’allait pas la laisser tomber comme ça, peu importe ce qu’elle avait bien pu faire par le passé. Ils étaient amis, non ? Et Cyprien n’était pas du genre à abandonner ses proches. Il était plutôt du genre tenace, très tenace même, voire obstiné.

– Tu sais quoi ? Comme j’ai la fâcheuse habitude de ne jamais laisser tomber qui que ce soit, surtout pas mes ennemis, je vais t’emmerder jusqu’à ce que tu ailles mieux et que tu retrouves le sourire. Ne me remercie pas, c’est tout naturel. J’ai bien passé vingt ans à courir derrière la femme que j’aime avant de pouvoir la demander en mariage, alors je peux t’accompagner des années s’il le faut pour que tu ailles mieux. Même si tu me renvoies paître, d’ailleurs.

Il lui sourit, la serrant un peu plus fort contre lui, assis au bord de la falaise, les jambes pendant dans le vide.

– Tu n’as jamais vu que la petite Rosalie t’admirait ? J’ai eu sa grand-mère au téléphone, en début d’année. La gamine est orpheline, elle a perdu ses deux parents à cause de la foudre, justement. Un accident… Elle a dû sentir que tu avais vécu le même genre de drame et t’a prise en affection. Souris, ma vieille, tu as une admiratrice, dans cette école, elle serait triste en te voyant comme ça. Je l’ai entendu une fois parler de toi à ses amies. Pour elle, tu es quasiment un héros invincible.

Il eut un petit rire attendri, secouant la tête avec douceur.

– Je n’aime pas voir mes amis malheureux, donc si tu ne respires pas un bon coup, je vais être obligé de t’assommer avec des blagues stupides pour que tu te détendes. Il paraît que c’est mauvais pour le cerveau, en plus, Adrien a déjà failli m’accuser de tentative de meurtre à cause de ça. Mais je peux tester sur toi, si tu veux.

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Tonnerre et foudre   Lun 1 Juin - 20:07

Céleste sentit Cyprien lui déposer quelque chose sur les épaules, sa veste sans aucun doute, puis devina qu’il s’installa à côté d’elle alors qu’elle était toujours à genoux par terre. Elle s’attendait à ce qu’il la rejette, mais son geste fut tout autre et la surprit, même si elle évitait de le montrer, de peur de le vexer. Au contraire, il passa un bras autour de ses épaules pour la rapprocher de lui sans qu’elle n’y oppose la moindre résistance, sans qu’elle ne sursaute comme à son habitude. Elle craquait littéralement, relâchait tout ce qu’elle retenait depuis des années, en parlait d’elle-même, ouvertement, pour la première fois de sa vie. Oui, la directrice le savait, mais Céleste n’avait rien dit. Kimmitsu aussi, apparemment, mais encore là non plus, elle n’avait rien dit.

Elle ne cessait de revoir les images de l’accident, sa sœur qui ne respirait plus, ne bougeait plus. Elle ressentait la peine, la colère, l’horreur de cette soirée qui l’avaient hantée durant des heures, des jours, des semaines, des mois, des années… Encore aujourd’hui, elle ne l’oubliait pas. Son deuxième don le lui rappelait constamment. Et aujourd’hui, elle s’était sentie bien, heureuse d’utiliser son élément, heureuse de le manipuler alors qu’il avait pris la vie de sa sœur. Elle était un monstre, ne méritait pas de vivre et aurait dû continuer à se laisser aller jusqu’à exploser, tout simplement. Céleste n’arrivait pas à se calmer, pleurant contre Cyprien, indifférente au fait qu’il la voie dans cet état alors qu’elle n’avait jamais pleuré en face de quelqu’un, affichant toujours un air impassible et distant. Ce n’est qu’au bout d’un long moment qu’elle se calma un peu, prenant distraitement le mouchoir en tissu que lui tendait Cyprien.

Cyprien – Si cette personne était si proche de toi, je l’imagine bien venir te donner un coup de pied aux fesses pour que tu te relèves et continue à vivre, dit-il sans cesser de lui frotter doucement l’épaule. Si tu étais un monstre, tu n’aurais aucun remord, tu ne pleurerais pas. Un monstre qui pleure, ce n’est pas très sérieux, tu devrais changer de rôle.

Céleste fit un mince sourire, très faible, alors que Cyprien l’embrassa sur le front. Elle ne leva pas encore la tête, essayant de respirer, de se calmer et d’écouter ce qu’il lui disait. Le pire, dans tout cela, était qu’il avait raison. Amélie se serait énervée et l’aurait poussée, lui aurait botté les fesses pour qu’elle se relève et continue. Mais elle souriait, avant ! Elle était la première à proposer les sorties, à vouloir rire, à la pousser… Pour, au final, devenir comme elle l’était aujourd’hui, comme si une partie d’elle-même était morte, ce soir-là.

Cyprien – Tu sais quoi ? Comme j’ai la fâcheuse habitude de ne jamais laisser tomber qui que ce soit, surtout pas mes ennemis, je vais t’emmerder jusqu’à ce que tu ailles mieux et que tu retrouves le sourire. Ne me remercie pas, c’est tout naturel. J’ai bien passé vingt ans à courir derrière la femme que j’aime avant de pouvoir la demander en mariage, alors je peux t’accompagner des années s’il le faut pour que tu ailles mieux. Même si tu me renvoies paître, d’ailleurs.

Il ne… Il ne lui en voulait pas ? Vraiment pas ? Mais elle… Mais elle avait tué sa sœur ! Elle l’avait tuée et, pourtant, aimait son don, aimait l’utiliser, ce don qui avait tué sa sœur ! Comment pouvait-il ne pas la détester ? Il comptait la soutenir, l’aider, même avec tout cela ? Céleste aurait pu faire des yeux ronds mais elle n’en avait pas la force, là, tout de suite. Elle n’arrivait pas encore à sourire normalement, même si Cyprien lui souriait, même s’il la serrait un peu plus fort pour la réconforter. Curieusement, ce contact l’aidait, l’apaisait, la reposait. S’il n’avait pas été là, elle n’aurait rien fait, n’aurait pas essayé de « lâcher son don », aurait continué à vivre comme elle le faisait jusqu’à présent jusqu’à se laisser mourir, tout simplement. Mais là, Cyprien était à côté d’elle et la soutenait.

Cyprien – Tu n’as jamais vu que la petite Rosalie t’admirait ? J’ai eu sa grand-mère au téléphone, en début d’année. La gamine est orpheline, elle a perdu ses deux parents à cause de la foudre, justement. Un accident… Elle a dû sentir que tu avais vécu le même genre de drame et t’a prise en affection. Souris, ma vieille, tu as une admiratrice, dans cette école, elle serait triste en te voyant comme ça. Je l’ai entendu une fois parler de toi à ses amies. Pour elle, tu es quasiment un héros invincible.

Céleste esquissa un mince sourire, petit mais il était là. Une admiratrice… Elle ne savait pas que Rosalie avait connu un tel drame, elle savait seulement qu’elle vivait chez sa grand-mère, avait vaguement entendu des rumeurs disant qu’elle était orpheline, mais rien de précis. Elle ignorait que sa jeune élève avait perdu des parents dans un accident… Alors qu’elle, elle l’admirait. Un héros invincible… Il était loin, le héros invincible, là. Très loin, voire inexistant. Où Rosalie trouvait-elle le « héros » dont elle parlait ? Sincèrement, Céleste ne voyait pas, là. D’un côté, c’était mignon, vraiment, adorable, et tout ce que l’on voulait. Mais d’un autre… Elle risquait de tomber de haut, un jour, si elle découvrait la vérité. Cyprien devait être arrivé à la même conclusion puisqu’il eut un rire attendri tout en secouant la tête.

Cyprien – Je n’aime pas voir mes amis malheureux, donc si tu ne respires pas un bon coup, je vais être obligé de t’assommer avec des blagues stupides pour que tu te détendes. Il paraît que c’est mauvais pour le cerveau, en plus, Adrien a déjà failli m’accuser de tentative de meurtre à cause de ça. Mais je peux tester sur toi, si tu veux.

Céleste – Mais je vais bien, dit-elle d’un ton peu convaincant en essayant de sourire. Tu vois ? Je ne pleure plus.

Comme pour le lui prouver, Céleste passa ses mains sur ses joues pour chasser ses larmes. Elle allait bien, il ne devait pas s’inquiéter, il pouvait même oublier tout d’ici le lendemain et elle irait très bien comme cela. Elle ne devait pas se laisser aller. Pour sa sœur. Ce soir, elle retournerait travailler un peu, dormir, puis aiderait pour le marathon le lendemain comme s’il ne s’était absolument rien passé. Mais pas tout de suite. Elle n’en avait pas la force, là, ils pouvaient rester encore un peu, juste un peu. Céleste allait bien, il fallait juste qu’elle se reprenne, juste un tout petit peu. Elle ne voulait pas qu’il se sente obligé d’être gentil, de la ménager, ou quoi que ce soit d’autre. Elle était juste un peu chamboulée, rien de plus. La jeune professeure baissa la tête sur le mouchoir en tissu qu’elle tenait toujours dans ses mains, les yeux humides. Elle allait bien. Parfaitement bien.

Céleste – Je ne pensais pas que tu… Que la petite Rosalie m’admirait, ni que toi, tu resterais si je te disais pour… pour ça. Je ne comprends pas comment elle peut m’admirer, je suis loin d’être un héros, je suis plutôt la méchante, dans l’histoire.

Céleste leva la tête vers Cyprien, les yeux brillants un peu plus. Elle ne voulait pas qu’il la plaigne, qu’il compatisse alors qu’elle ne le méritait pas. Elle avait entendu pendant des jours, des semaines, même, des paroles cruelles et méchantes, mais vraies, à son encontre. Provenant de sa famille, de ses amis… Et tout était justifié. Ses amis lui en voulaient d’avoir tué sa sœur, elles partageaient tout, ils avaient aussi perdu une amie très importante et avaient le droit de la haïr. Donc non, Cyprien ne devait pas compatir. Il avait raison pour le reste, mais il devait savoir. S’il voulait vraiment la soutenir, il devait connaître l’histoire entière pour pouvoir juger lui-même.

Céleste – Ne compatis pas, s’il te plaît… Tu aurais tort. Tu as raison pour le reste mais je… Si tu veux vraiment me soutenir, je veux que tu saches tout, que tu puisses juger de toi-même. Ta femme est déjà au courant de tout, elle a… fait des recherches, quand je suis arrivée, avant de m’engager. Et Kimmitsu a tout deviné… Je ne sais pas comment, mais il a compris l’essentiel.

La jeune femme prit une profonde inspiration et baissa la tête en serrant ses mains sur le mouchoir en tissu. Elle sentait sa gorge se serrer mais l’ignora. La directrice savait, Kimmitsu aussi, alors il était normal que son plus proche ami soit au courant s’il comptait l’aider comme il venait de le lui dire. Ce n’était pas compliqué… « J’ai tué ma sœur ». Cinq mots. Ensuite, tout s’enchaînerait, tout serait plus simple.

Céleste – J’ai…, commença-t-elle avant de s’interrompre. J’ai… La personne si poche de moi, c’était ma sœur. Ma sœur jumelle. Nous… C’était à la fin de mes études, on voulait fêter ça, on est sorties faire la fête et au moment de revenir, j’ai… On s’est disputées pour une bêtise, je me suis énervée et je… Un arbre s’est écrasé, brisé par un coup de foudre.

Les larmes recommençaient à couler mais Céleste les ignorait, décidée à tout raconter, tout expliquer. Elle ne pouvait pas dire « J’ai tué ma sœur » mais avait trouvé un autre moyen, elle était lancée et avait expliqué le plus gros. A nouveau, elle tremblait, sa voix se brisait par moment, mais il fallait qu’elle le raconte. Maintenant, ou elle ne le ferait jamais.

Céleste – Nos parents, nos amis m’ont rejetée, et ils ont eu raison. Je me suis exilée dans un hôtel pendant un moment jusqu’à ce que… Je… Jusqu’à ce que je développe mon second don. J’étais furieuse, je suis revenue au Pensionnat avec la ferme intention de l’étouffer. Je ne voulais pas de ce don ! Mais je suis tombée sur ta femme qui… qui m’a prise un an de plus pour apprendre à maîtriser les bases de la glace. Je… Je suppose que c’est à ce moment-là qu’elle a fait des recherches.

Céleste se tut, incapable de regarder Cyprien dans les yeux. Elle ne pouvait pas. La suite, il devait sans doute la deviner, la comprendre. Ce n’était pas très compliqué et on ne peut plus logique, lorsque l’on avait tous les éléments de l’histoire… Y compris le soutien qu’elle apportait à la directrice, son envie d’aider les élèves, son incapacité à se regarder très longtemps dans un miroir…

Céleste – Maintenant, tu sais tout…

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Cyprien Redfire
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MessageSujet: Re: Tonnerre et foudre   Mar 2 Juin - 10:31

– Mais je vais bien, dit-elle d’un ton peu convaincant en essayant de sourire. Tu vois ? Je ne pleure plus.

Elle ira mieux plus tard, oui, maintenant qu’elle avait un peu lâché son don et pleuré un bon coup. Une bonne nuit de sommeil, un bain chaud, un chocolat et ce sera reparti ! Pour lui, c’était la formule magique idéale qui fonctionnait à tous les coups et qu’il recommandait chaudement. En revanche, il n’avait jamais réussi à pousser Gaby à suivre cette méthode, au moins en partie. Elle prenait des douches rapides car elle n’arrivait pas à voir l’intérêt des longs bains bien chaud. Il ne l’avait vu pleurer qu’une fois dans sa vie et c’était des larmes de colère et de stress. Elle ne passait jamais de longues nuits entières et réconfortantes depuis des mois. Et il devait presque la menacer pour qu’elle prenne le temps de s’asseoir sans rien faire d’autre que boire un chocolat chaud. Pas étonnant qu’elle soit tombée malade, ni qu’elle soit encore si épuisée. Comme quoi, les remèdes magiques, ça fonctionnait mieux avec certains que d’autres. Mais bon, avec Céleste, ça marchera, elle n’était pas aussi accro au travail.

– Je ne pensais pas que tu… Que la petite Rosalie m’admirait, ni que toi, tu resterais si je te disais pour… pour ça. Je ne comprends pas comment elle peut m’admirer, je suis loin d’être un héros, je suis plutôt la méchante, dans l’histoire.

Pour quoi toujours se demander pourquoi ? Oui, le simple fait de se demander ça était idiot puisqu’il venait de se contredire lui-même, mais peu importe, que les esprits tordus comprennent ce qu’il avait voulu penser. Enfin, aucune importance pour le moment. Elle devrait être flattée que la petite l’admire, non ? C’était très mignon et il n’en fallait pas beaucoup aux enfants de cet âge pour s’attacher à un de leurs professeurs. L’amour d’un élève est très volatile… Un jour, il vous aimera pour une bonne note ou une remarque gentille, le lendemain il vous haïra car vous aurez donné une interrogation difficile. Conclusion, même si Cyprien était content d’apprendre qu’on l’aimait bien, il construisait ses cours et suivait le parcours de ses élèves sans prendre en compte son niveau de popularité. Les enfants, bien souvent, ne réalisaient que tel ou tel cours était utile qu’une fois devenus adultes. Il avait surtout vu ça avec les cours de maths ou d’économie… C’est pénible, c’est horrible, c’est dur, mais une fois chez soit où on doit remplir sa feuille d’impôt, tenir son compte en banque, suivre ses dépenses et son budget, d’un seul coup, ce que vous avez appris autrefois en économe devenait le Saint Graal et on regrettait d’avoir craché sur ces cours.

– Ne compatis pas, s’il te plaît… Tu aurais tort. Tu as raison pour le reste mais je… Si tu veux vraiment me soutenir, je veux que tu saches tout, que tu puisses juger de toi-même. Ta femme est déjà au courant de tout, elle a… fait des recherches, quand je suis arrivée, avant de m’engager. Et Kimmitsu a tout deviné… Je ne sais pas comment, mais il a compris l’essentiel.

Hein ? Quoi ? Hein ? Sa femme et Kimmitsu savaient tout sans même lui avoir demandé … ? Non mais, c’était vexant, là ! Comment ils s’y prenaient, en plus ? Et lui qui croyait jusqu’ici être assez observateur et compréhensif… Ratéééé !

– J’ai…, commença-t-elle avant de s’interrompre. J’ai… La personne si proche de moi, c’était ma sœur. Ma sœur jumelle. Nous… C’était à la fin de mes études, on voulait fêter ça, on est sorties faire la fête et au moment de revenir, j’ai… On s’est disputées pour une bêtise, je me suis énervée et je… Un arbre s’est écrasé, brisé par un coup de foudre.

Il lui serra un peu plus fort l’épaule, la laissant parler sans rien dire ni l’interrompre pour le moment. C’était en grosse partie à cause de ce genre d’accidents, qui arrivaient tous les jours et pas seulement à cause de la foudre, que les gens possédant des dons étaient pointés du doigt comme des animaux sauvages et dangereux. Pourtant, c’était idiot ! Don ou pas, il y aura toujours des accidents. N’importe qui pouvait tomber et se blesser avec n couteau, par exemple, mais aucun journal n’allait lancer un débat public pour faire disparaître les couteaux de la circulation.

– Nos parents, nos amis m’ont rejetée, et ils ont eu raison. Je me suis exilée dans un hôtel pendant un moment jusqu’à ce que… Je… Jusqu’à ce que je développe mon second don. J’étais furieuse, je suis revenue au Pensionnat avec la ferme intention de l’étouffer. Je ne voulais pas de ce don ! Mais je suis tombée sur ta femme qui… qui m’a prise un an de plus pour apprendre à maîtriser les bases de la glace. Je… Je suppose que c’est à ce moment-là qu’elle a fait des recherches.

Possible… A moins qu’elle ne l’ai fait lorsque Céleste avait postulé comme professeur. Il trouvait incroyable de voir à quel point le pensionnat était devenu un refuge pour tant de personnes. Pour Gaby, Adrien, Valentin, même la folle de Sarah, mais aussi certains élèves ! On y ajoutait aussi Céleste, Estelle… A croire que cette école attirait les cœurs brisés ou les personnes en quête de repères solides.

– Maintenant, tu sais tout…

– Je ne comprends pas pourquoi tu penses qu’ils ont raison, avoua-t-il. Si vous vous étiez disputées, que l’une avait trébuché puis était tombée dans l’escalier en se brisant le cou, ta famille et tes amis auraient pleuré longtemps mais ce serait resté un accident. Dramatique, mais un accident, ils auraient pardonné avec le temps. Mais là, s’ils ne l’ont pas encore fait, pour moi, c’est à cause de l’usage d’un don. Qu’est-ce qu’il y a de mieux pour attirer la haine, depuis la fin de la Grande Guerre ?

Il se leva puis l’aida à faire de même en le tirant par les bras, avant de lui sourire et de la raccompagner à la voiture. Ils s’assirent à l’abri du vent qui se levait, éclairés par la lumière des étoiles. Cette nuit était très belle, un peu fraîche, mais elle en valait le coup.

– Faudrait que tu ais des projets ! Et ne plus t’isoler, surtout. Regarde, la majorité des profs vivent à Gray, ça créer des liens. Tu pourrais très facilement passer du temps avec Estelle ou je ne sais qui. Moi, par exemple, je voudrais emménager à Gray avec Gaby et les bébés quand le village sera reconstruit, c’est mieux que Paris. Avoir un enfant avec elle quand ce sera possible. Toi aussi, tu devrais construire des projets, avoir des envies. Tu n’as jamais voulu te marier ?

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Tonnerre et foudre   Dim 7 Juin - 16:48

Cyprien – Je ne comprends pas pourquoi tu penses qu’ils ont raison, avoua-t-il. Si vous vous étiez disputées, que l’une avait trébuché puis était tombée dans l’escalier en se brisant le cou, ta famille et tes amis auraient pleuré longtemps mais ce serait resté un accident. Dramatique, mais un accident, ils auraient pardonné avec le temps. Mais là, s’ils ne l’ont pas encore fait, pour moi, c’est à cause de l’usage d’un don. Qu’est-ce qu’il y a de mieux pour attirer la haine, depuis la fin de la Grande Guerre ?

Céleste ouvrit la bouche, prête à riposter, mais ne trouva aucun argument logique. Il avait raison, là-dessus… Peut-être. Peut-être, oui, que si elle avait simplement fait tomber sa sœur dans les escaliers après une dispute, ses parents et ses amis seraient passés à autre chose et lui auraient pardonné. Peut-être était-ce à cause de son don. Mais pourtant, ils ne l’avaient jamais rejetée ! Ils ne le lui avaient jamais reproché, considérant cela normal comme c’était héréditaire. Un don, on l’a et puis c’est tout, il faut vivre avec, apprendre à le maîtriser, il fait partie de nous. Cela lui faisait du mal de l’admettre, mais après toutes ces années, Céleste ne pouvait nier l’impossibilité de se détacher de son don… Ses dons…

Et il ne la rejetait pas. Il l’acceptait, elle et son don, il continuait à la soutenir malgré la mort de sa sœur. Il voulait vraiment rester. Cette information s’installait difficilement dans son cerveau, comme si cela lui semblait impossible. Céleste avait grandi, depuis la mort de sa sœur, avec l’idée que tout le monde la rejetterait à cause de son don. Mais Cyprien, lui, ne la voyait pas comme meurtrière et voyait la mort d’Amélie en accident. Un accident et rien d’autre.

Cyprien se leva en l’aidant à se relever, elle aussi, la tirant par les bras. Elle n’avait même pas remarqué le vent, ni l’air frais qui s’installait à cause de la glace. La jeune professeure était beaucoup moins frileuse, plus à l’aise lorsqu’il faisait froid depuis la mort de sa sœur et le développement de son deuxième don. Au moins, lui, il ne tuait personne. Cependant, elle suivit son ami dans la voiture par des gestes mécaniques, se sentant beaucoup plus épuisée, vidée, comme si quelque chose était parti avec ses larmes et les paroles prononcées, voire hurlées. Elle s’installa dans la voiture à côté de lui, rassurée d’un côté parce que cela signifiait qu’il n’allait pas lui demander de lâcher une nouvelle fois son don. C’était bon, là, merci, elle en avait assez pour quelques jours. Au moins.

Cyprien – Faudrait que tu ais des projets ! Et ne plus t’isoler, surtout. Regarde, la majorité des profs vivent à Gray, ça crée des liens. Tu pourrais très facilement passer du temps avec Estelle ou je ne sais qui. Moi, par exemple, je voudrais emménager à Gray avec Gaby et les bébés quand le village sera reconstruit, c’est mieux que Paris. Avoir un enfant avec elle quand ce sera possible. Toi aussi, tu devrais construire des projets, avoir des envies. Tu n’as jamais voulu te marier ?

Céleste – Me marier ?! s’écria-t-elle en ouvrant de grands yeux. Avec mon d…

Céleste s’interrompit en réalisant qu’elle risquait de s’enfoncer plus qu’autre chose en réagissant comme cela. D’accord, d’accord, ne pas penser au don. Objectivement, oui, avant la mort de sa sœur, elle y pensait. Elle avait plein de projets, plein de désirs, des rêves plein la tête. Mais depuis qu’Amélie était décédée, c’était comme si tout s’était arrêté. Elle s’était obligée à vivre, avait construit le projet d’être professeure pour ne pas se laisser aller… et y était arrivée. Elle voulait vivre pour sa sœur, vivre pour deux comme elle avait pris la vie d’Amélie à cause de ce don. Ce don qui lui avait tout pris. Céleste poussa un soupir, joignant ses mains sur sa robe, les regardant d’un œil absent.

Céleste – Avant, j’en avais, oui. Quand j’ai quitté le Pensionnat, je voulais rester un an sans étudier pour voyager. Je n’avais pas envie de rester sagement dans mon coin, je voulais découvrir le reste du pays, le monde même. Je voulais me marier, oui, mais… Pas immédiatement. Je ne suis pas du genre à rester sagement dans mon coin, sans travailler, sans rien faire. Enfin… A ce moment-là.

Se projeter était si difficile, maintenant. Elle n’avait jamais réfléchi à tout cela, ne se remémorait que sa dernière discussion avec Amélie. Sa gorge se serra à nouveau, mais elle l’ignorait. Parler de sa sœur avec quelqu’un sans être jugée, en sachant que Cyprien était un véritable ami vu ce qu’il lui avait dit qu’il resterait, vu qu’il n’était pas parti alors qu’il connaissait toute l’histoire. Il était le seul à tout savoir, la directrice et le sous-directeur n’ayant que les détails des rapports ou des hypothèses, rien de plus. Céleste tourna la tête vers Cyprien, les yeux brillants, et essaya de lui sourire.

Céleste – Je n’avais pas du tout le même caractère qu’aujourd’hui. J’aimais sortir, faire la fête, je faisais les quatre cents coups avec ma sœur… Elle me protégeait à cause de la couleur de mes yeux qui me valait quelques moqueries tous les jours. Je me suis libérée grâce à elle et je voulais vraiment profiter de la vie après le Pensionnat. Mais maintenant…

La jeune femme fit un geste las du bras, laissant retomber sa tête contre le haut du siège. Aujourd’hui, elle ne savait pas. Elle n’y avait jamais pensé, jamais réfléchi, vivant au jour le jour et pensant uniquement à son travail. Mais oui… S’installer à Gray, pourquoi pas. Seulement, les autres voudraient-ils vraiment lui parler et la côtoyer alors qu’elle s’était isolée depuis son arrivée au Pensionnat ? En plus, vu certains professeurs…

Céleste – M’installer à Gray serait possible, mais je doute que les autres professeurs changent de comportement pour autant, dit-elle en redressant la tête. Je ne peux pas revenir vers les autres aussi facilement que cela, c’est trop loin, ça ne me ressemble plus. En plus, avec tout ce qui se passe actuellement, le corps professoral est plus divisé que jamais, et tu le sais aussi bien que moi. Je peux attendre quelques mois, encore, je suis très bien toute seule. Enfin… Je veux dire que je ne suis pas pressée de me marier. C’est trop…

Dangereux. Elle se maîtrisait, mais aurait-elle la patience alors qu’elle pouvait craquer comme aujourd’hui avec des enfants ? De toute manière, sa vie était au Pensionnat et elle ne faisait que côtoyer les professeurs sans avoir lié d’amitié avec eux. En dehors de ses cours, elle ne faisait pas grand-chose. Pour rencontrer quelqu’un, aux dernières nouvelles, il faut sortir, voir du monde, rencontrer des gens… Et après, seulement, penser à fonder une famille. En d’autres termes, Céleste avait largement le temps.

Céleste – On a plus urgent à penser que ma vie sociale, oublie tout cela. Je suis très bien maintenant, et je suis loin, très loin du mariage.

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Cyprien Redfire
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MessageSujet: Re: Tonnerre et foudre   Mer 10 Juin - 14:45

– Me marier ?! s’écria-t-elle en ouvrant de grands yeux. Avec mon d…

Hein, qu’est-ce le don venait faire là-dans ? Le pouvoir et l’amour sont deux choses différentes ! Ça ne changeait rien aux histoires de cœur, non ? Il lui sourit en regardant le ciel tout calme, au-dehors, n’ayant pas encore démarré. L’amour, ça vous changeait, ça bouleversait tout ! On était vraiment heureux qu’aux côtés de la personne qu’on aimait. Le mariage, la vie à deux, des enfants… Voilà des désirs simples mais parfois difficiles à atteindre. Cyprien rêvait de gamins, il rêvait d’avoir un enfant avec Gaby. Bien sûr, il y avait déjà les jumeaux, qu’il aimait du plus profond de son cœur, mais ce n’était pas pareil ! Il n’avait aucun droit légal sur eux, n’étant que le « père d’adoption » grâce au mariage avec leur mère. Mais c’était Gaby qui les avait reconnus sur l’état civil et donc il n’avait pas de lien officiel avec eux deux. Ça ne l’empêchait pas de les considérer comme ses propres enfants, cependant, quoi qu’en dise la loi. Ceci dit, il voudrait tellement voir sa femme porter leur bébé, un enfant, rien qu’à eux deux.

– Avant, j’en avais, oui. Quand j’ai quitté le Pensionnat, je voulais rester un an sans étudier pour voyager. Je n’avais pas envie de rester sagement dans mon coin, je voulais découvrir le reste du pays, le monde même. Je voulais me marier, oui, mais… Pas immédiatement. Je ne suis pas du genre à rester sagement dans mon coin, sans travailler, sans rien faire. Enfin… A ce moment-là.

Il ne savait pas si elle regrettait simplement cette époque ou si elle voulait se battre pour la retrouver, mais il espérait que la seconde option était la bonne. A leurs âges, ils pouvaient encore avoir des envies de voyage et de découvert. Enfin, plus à son âge qu’au sien, d’ailleurs. Cyprien avait dépassé la trentaine depuis un moment et pensait plus à fonder un foyer te vivre paisiblement en France. Le plus paisiblement possible, du moins. Ils n’étaient pas nés dans le bon siècle, pour avoir cette vie paisible à laquelle ils aspiraient. La Grande Guerre était passée par là et il croyait aux rumeurs qui annonçaient la venue d’une seconde guerre, d’ampleur mondiale.

– Je n’avais pas du tout le même caractère qu’aujourd’hui. J’aimais sortir, faire la fête, je faisais les quatre cents coups avec ma sœur… Elle me protégeait à cause de la couleur de mes yeux qui me valait quelques moqueries tous les jours. Je me suis libérée grâce à elle et je voulais vraiment profiter de la vie après le Pensionnat. Mais maintenant…

Il retint un sourire, ayant du mal à l’imaginer sortir et faire la fête. Il ne l’avait jamais connu ça et n’arrivait pas à la visualiser en tenue de soirée en train de danser lors d’un bal au bras d’un beau jeune homme. Mais après tout, pourquoi pas ? Il suffisait de peu de choses pour s’amuser, un peu de musique, des personnes ayant envie de faire la fête et c’était parti. Lui-même gardait toujours sa guitare non loin, juste au cas où. Il avait appris à en jouer à seize ans, pour draguer Gabriella, mais il en avait été pour ses frais car il n’avait jamais réussi, quand ils étaient jeunes, la faire se poser cinq minutes pour écouter un morceau.

– M’installer à Gray serait possible, mais je doute que les autres professeurs changent de comportement pour autant, dit-elle en redressant la tête. Je ne peux pas revenir vers les autres aussi facilement que cela, c’est trop loin, ça ne me ressemble plus. En plus, avec tout ce qui se passe actuellement, le corps professoral est plus divisé que jamais, et tu le sais aussi bien que moi. Je peux attendre quelques mois, encore, je suis très bien toute seule. Enfin… Je veux dire que je ne suis pas pressée de me marier. C’est trop…

Il tourna la tête vers elle, une main sur le volant, avec un maigre sourire.

– On a plus urgent à penser que ma vie sociale, oublie tout cela. Je suis très bien maintenant, et je suis loin, très loin du mariage.

– Si peux t’installer à Gray, profite de l’été, justement. La reconstruction du village avance bien, grâce à l’aide deux ceux qui possèdent l’eau, la terre et le vent. Après, pour le reste, ça viendra tout seul ! Il y a beaucoup de profs à qui tu peux parler sans aucun soucis, ne t’en fais pas. Il n’y a pas que des « Sarah » dans les enseignants.

Il éclata de rire avant de mettre le contact, faisant rugir le moteur. Il recula avec précaution avant de revenir sur la route et faire demi-tour pour rentrer à Gray. La radio crachota un moment mais il l’éteignit, n’ayant guère envie d’écouter de la musique à cette heure. Les phares perçaient la nuit, rien ne bougeait à part deux trois chouettes qui passèrent. Il crut aussi apercevoir l’ombre d’un renard mais n’était pas certain.

– On recommencera les exercices demain soir, sans doute au même endroit, dit-il allègrement en s’arrêtant pour mieux lire un panneau directionnel, à un croisement. Puis comme ça tous les jours jusqu’au moment où ça ira mieux !

Il lui dédia un très large sourire, sous-entendant par là qu’elle n’avait pas le choix de toute façon et qu’il était capable de la forcer à el suivre. Il faisait cela pour son bien ! Il chantonna tout le reste du trajet jusqu’au village, roulant plus doucement ensuite pour éviter les engins de chantier. Il passait près du cimetière lorsqu’il vit le Père Vilette en sortir, l’air fatigué. Ils ‘arrêta à sa hauteur, ouvrant la fenêtre.

– Vous travaillez bien tard, mon Père. Il y a eu une sépulture, ce soir ?

– Non, je mettais des fleurs fraîches sur les tombes qui n’ont plus aucune visite, ainsi que sur le monument aux morts.

Il avait soufflé cette dernière phrase d’un ton lourd et triste, se souvenant sûrement des moments qu’il avait passé près des tranchées, à soigner les blessés et enterrer les morts. Cyprien lui dit de monter, pour le ramener au pensionnat, dans son cottage près de la chapelle. Tout était très calme, lorsqu’il se gara derrière le grand bâtiment, près des autres voitures. Le père Vilette les salua tous les deux avant de partir d’un pas lent vers sa maison. Cyprien rentra avec Céleste, arrêtant juste sa collègue au second étage, avant qu’elle n’aille rejoindre son appartement.

– Merci de m’avoir raconté, pour ta sœur, je suis content que tu me fasses confiance. En tout cas, demain, ça sera plus facile, avec ce que tu as fait ce soir. Ton don est complètement détérioré, c’est dingue ! Est-ce que tu voudras que je reprenne avec toi les exercices de base ?

Il ne disait pas ça pour la vexer, hein ! Mais cela lui ferait beaucoup de bien de reprendre au début avant d’augmenter le niveau.

– Tu vas aller mieux, avec le temps, j’en suis persuadé ! Suffit que tu te détendes et que tu vives enfin normalement. Tu me crois, au moins ?

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Tonnerre et foudre   Jeu 11 Juin - 18:15

Cyprien – Si tu peux t’installer à Gray, profite de l’été, justement. La reconstruction du village avance bien, grâce à l’aide deux ceux qui possèdent l’eau, la terre et le vent. Après, pour le reste, ça viendra tout seul ! Il y a beaucoup de profs à qui tu peux parler sans aucun soucis, ne t’en fais pas. Il n’y a pas que des « Sarah » dans les enseignants.

Céleste leva les yeux au ciel en souriant, néanmoins, le rire de Cyprien étant toujours très communicatif. Il mit ensuite le contact et s’engagea sur la route sans qu’elle ne dise rien, perdue dans ses pensées. Elle regarda l’endroit qu’ils venaient de quitter sans vraiment réaliser ce qui s’était passé, ce soir. Le ciel était d’un noir d’encre et ils pouvaient observer les étoiles, tout était calme et pourtant, elle avait l’impression que les choses étaient différentes, ressentant une certaine agitation dans l’air. Mais elle ne se l’expliquait pas…

S’installer à Gray… Pourquoi pas ? Céleste hésitait encore franchement et préférait réfléchir à tout cela plus tard. Si, comme Cyprien le disait, déménager en été était une bonne idée, elle avait encore le temps. Et puis, entre les examens, la reconstruction du village, les problèmes à régler, et tout cela, il y avait nettement plus urgent que son déménagement. Ce n’était qu’une idée, rien de plus, elle avait le temps avant de décider quoi que ce soit.

Cyprien – On recommencera les exercices demain soir, sans doute au même endroit, dit-il allègrement en s’arrêtant pour mieux lire un panneau directionnel, à un croisement. Puis comme ça tous les jours jusqu’au moment où ça ira mieux !

Q… Quoi ?! Céleste voulut riposter en disant que non, le lendemain, c’était trop tôt, mais Cyprien lui fit son sourire qui signifiait clairement qu’elle n’aurait pas le choix. Choix ou non, elle ne viendrait pas. Il ne pouvait pas vraiment la forcer… n’est-ce pas ? En plus, le lendemain, il y avait le marathon. Non, non, et encore une fois non ! Il fallait qu’elle se repose, en plus. Le faire une fois par semaine, c’était amplement suffisant. Elle n’avait pas besoin de plus et pouvait se débrouiller sans devoir lâcher son don tous les jours. Mais bon, si Cyprien voulait vraiment croire qu’elle allait le suivre dès le lendemain… Libre à lui. Mais elle avait du boulot, il fallait préparer les examens, puis se reposer aussi… Non, vraiment, pas tout de suite.

Céleste ne dit rien, cependant, préférant s’esquiver à la dernière minute pour qu’il ne puisse rien préparer et ne pas la piéger par la même occasion. Oui, c’était peut-être puéril, mais il pouvait y aller progressivement ! Tous les jours… Ils pouvaient commencer par toutes les semaines, non ? D’accord, il y aurait les deux mois de vacances, mais cela leur laissait tout de même un mois. Un peu moins, étant donné qu’ils rentraient plus tôt pour préparer la rentrée, eux aussi. Voyant qu’ils avaient ralenti pour finir par s’arrêter, Céleste regarda par la fenêtre et constata que le Père Vilette marchait seul, venant sans doute du cimetière. Beaucoup d’élèves l’appréciaient et semblaient trouver chez lui un soutien, une personne de confiance. Mais elle-même ne lui avait jamais parlé, préférant garder ses démons pour elle.

Cyprien – Vous travaillez bien tard, mon Père. Il y a eu une sépulture, ce soir ?

Père Vilette – Non, je mettais des fleurs fraîches sur les tombes qui n’ont plus aucune visite, ainsi que sur le monument aux morts.

Lui aussi avait ses propres souvenirs, ses habitudes, de l’expérience qui pouvait profiter aux élèves. Et pas qu’à eux, d’ailleurs. Cyprien lui dit de monter pour le ramener à son cottage, comme ils étaient en voiture, même s’il ne devait pas rester beaucoup de chemin à faire. Se faire raccompagner plutôt que de marcher lorsqu’il fait noir est plus prudent, oui, c’était une bonne idée. Lorsqu’ils arrivèrent au Pensionnat, son ami se gara à côté des autres voitures et le Père Vilette les salua avant de partir de son côté. Céleste le regarda, pensive, tandis qu’elle descendait de la voiture. Il était si calme, si posé… Comment faisait-il ? Elle-même ne pourrait être calme à ce point, elle était même incapable de se détendre… Elle suivit Cyprien, détachant son regard du vieux prêtre lorsqu’ils passèrent les portes du bâtiment en silence. Au deuxième étage, cependant, son collègue l’arrêta avant qu’elle n’aille vers son appartement. Heu ? Elle n’avait rien dit, là !

Cyprien – Merci de m’avoir raconté, pour ta sœur, je suis content que tu me fasses confiance. En tout cas, demain, ça sera plus facile, avec ce que tu as fait ce soir. Ton don est complètement détérioré, c’est dingue ! Est-ce que tu voudras que je reprenne avec toi les exercices de base ?

Les exercices de base… Céleste baissa la tête, se mordit la lèvre inférieure et croisa les bras, réalisant que Cyprien voulait vraiment l’aider. Il y croyait et était persuadé qu’elle irait mieux, qu’elle arriverait à libérer complètement son don. Était-il détérioré à ce point ? Elle ne l’avait retenu que deux ans ! Deux années… Mais la base… Non, ça, elle maîtrisait. Après tout, elle donnait cours aux collégiens tous les jours, elle n’avait pas besoin de revoir les bases. Elle faisait des démonstrations, les corrigeait, les aidait… C’était plutôt du côté « lycéen » que cela était plus dur. Sans doute. Elle l’ignorait, elle n’avait jamais essayé.

Cyprien – Tu vas aller mieux, avec le temps, j’en suis persuadé ! Suffit que tu te détendes et que tu vives enfin normalement. Tu me crois, au moins ?

Céleste – Mais je vais bien, dit-elle en redressant la tête. J’ai juste… un petit problème avec mon don, c’est tout. Je l’ai retenu deux ans, ce n’est pas grand-chose, je l’aurais retenu plus longtemps si j’allais vraiment mal. Je t’assure que ça va.

Céleste lui fit un maigre sourire, préférant clairement esquiver la question qu’il venait de lui poser. Elle allait très bien, il n’avait pas à s’inquiéter. Elle vivait avec ce souvenir, elle avait fait son deuil, donc tout allait bien. En plus, avec ce que Cyprien lui avait dit, concernant son don et l’accident, elle arrivait plus ou moins à ne pas se sentir trop coupable. Seulement, la personne qui était morte dans cet accident était sa sœur… Sa jumelle. Un lien fort les unissait, comme si elles avaient la même « âme » distribuée dans deux corps plus ou moins différents. Mais Céleste allait bien, très bien. Son don était mal en point, peut-être, mais ce n’était pas si grave que cela. Décroisant les bras, elle se frotta le bras droit en le laissant retomber contre son corps, sa main gauche le tenant toujours.

Céleste – Je n’ai pas besoin des exercices de base, je les revois tous les jours avec les élèves… Ce sont plutôt les lycéens que je n’ai jamais côtoyés, mais ça ne doit pas être sorcier, tu n’es pas obligé de tout reprendre. Je ne vais pas non plus te monopoliser alors que ta femme a besoin de toi… Profite du temps que tu as avec elle ! Ne t’inquiète pas pour moi. D’ailleurs, tu devrais y aller, elle va t’attendre. Il y a le marathon demain, on devrait dormir, je suis sûre que les élèves vont nous mener la vie dure avec leurs idées de raccourcis, ou autres.

La jeune professeure sourit à Cyprien avant de lui souhaiter bonne nuit, le remerciant pour ce qu’il avait fait. D’être toujours là pour elle. Grâce à lui, elle avait au moins un soutien, quelqu’un qui la connaissait vraiment et à qui elle ne cachait rien. En un sens, c’était reposant. Rassurant. Ils se séparèrent, chacun dans son appartement, et Céleste se changea mécaniquement avant de s’asseoir sur le bord de son lit. Elle ouvrit le tiroir de la table de nuit et attrapa une photographie représentant deux jeunes femmes aux longs cheveux ondulés, bras dessus, bras dessous. Elles souriaient à l’objectif tandis que celle de droite s’accrochait littéralement à celle de gauche, provoquant sans doute sa chute après la prise de cette photo. Céleste garda le cliché dans ses mains et s’allongea sur son lit sans même se couvrir, les événements de la soirée ne cessant de tourner en boucle dans sa tête.

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Tonnerre et foudre
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