1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Rencontre renversante

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MessageSujet: Rencontre renversante   Dim 19 Avr - 22:31

Serait-ce possible qu’elle change ? Qu’elle soit moins timide et, espérons qu’un jour elle puisse devenir encore plus ouverte. Tout ça devenait de plus en plus difficile. Pourquoi n’arrivait-elle donc pas à aller vers les autres ? À détruire cette démoniaque timidité ? Marguerite devait avoir raison. Peut-être avait-elle compris ce que même Victoire ignorait jusque là. Elle venait de sortir de la bibliothèque, voulant simplement faire ses devoirs en paix tandis qu’un seul mot tournait en boucle dans sa tête. Un simple mot, mais qui voulait tout dire. « Boulet ». Elle savait qu’elle pouvait se montrer naïve, même totalement idiote, par moment, mais... Elle ne cessait de se poser des questions sur toute cette histoire. Comment ne pas douter après ce que Marguerite lui avait dit ? Elle avait été violente, l’avait attaquée... Mais peut-être n’avait-elle pas eu tort de le faire ? Peut-être qu’elle devrait apprendre à réagir. Et se défendre.

Victoire referma le livre qu’elle avait pris, puis laissa tomber sa tête sur le bureau, mal à l’aise, triste et définitivement nerveuse, timide, aussi. Cette même timidité qui l’empêchait désormais de se sentir heureuse. Peut-être à cause de ça que tout lui paraissait différent, que, même si toute cette histoire de militaire la rendait malade, elle n’arriverait probablement jamais à s’extérioriser. À sortir de sa bulle, à devenir de moins en moins timide et à réussir à montrer tout ce qu’elle était. À montrer à quel point elle n’aimait pas cette situation. Mais peut-être aussi serait-elle totalement incapable de changer ? D’être la jeune adolescente que secrètement tout le monde voulait qu’elle soit ? Peut-être aussi serait-elle incapable de se battre, de se défendre. Elle soupira à nouveau, puis se redressa. Elle s’essuya les yeux parce qu’elle avait commencé à pleurer et prit ses livres tout en se dirigeant vers la sortie.

Victoire reniflait tout en sortant de la salle, mais elle ne fit pas plus d’un mettre. Elle s’appuya contre le mur, comme pour se reprendre et se laissa tomber au sol, faisant tomber ses livres au passage. Sa gorge se noua tandis qu’elle réfléchissait à toute cette histoire. Elle se mit à réfléchir à toute allure, se demandant comment elle pourrait sortir de sa coquille si, à chaque fois qu’elle tombait sur Margueritte, elle ne cessait de se poser mille et une questions. Après tout, comment pourrait-elle y arriver sans la moindre aide ? Comment trouver un moyen de s’extérioriser sans faire d’activités qui le lui permettrait ? Elle posa son regard sur ses livres puis la seconde d’après laissa tomber sa tête sur ses genoux, qu’elle avait ramenés contre elle, ayant trop peur de faire tomber quelqu’un.  Elle n’arrivait pas à penser à autre chose, n’arrivait pas à réussir à supprimer cette envie de fondre en larmes, mais elle savait qu’elle finirait bien par pleurer, n’étant pas le moins du monde convaincu par la possibilité que Marguerite ait pût dire ça juste pour lui faire du mal, juste parce qu’elle ne pouvait pas la supportée.

Elle serra encore plus ses bras contre ses jambes, puis commençait à pleurer en silence  tandis qu’elle entendit des pas se rapprocher d’elle, des pas d’adulte.  Elle se redressa en vitesse, les larmes coulant encore sur ses joues puis ramassa ses livres en vitesse avant de se diriger vers les dortoirs en regardant le sol, réfléchissant à la suite de la journée.

Victoire entendait les pas se rapprocher, mais elle n’y prêta pas plus attention que ça... Jusqu’au moment où elle se fit heurter de plein fouet par quelqu’un, la faisant ainsi tomber à terre tout en entrainant également ses livres avec elle. Ceux-ci se heurtèrent avec fracas contre le sol, la laissant sans mot dans les premiers temps.

-Je... Désolée, dit-elle. J’aurais dû regarder devant moi.

Elle posa ses yeux sur ses livres qui gisaient tristement par terre tout en essayant de se relever. Avant de fixer la personne devant elle et de blêmir dès qu’elle vit l’uniforme.
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Fabrice Gavin
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MessageSujet: Re: Rencontre renversante   Lun 20 Avr - 12:16

Fabrice avait passé toute la nuit à ressasser tous les moyens d’échapper à la surveillance du Maréchal, résultat, il avait passé une nuit épouvantable. La journée qui avait suivi n’avait pour ainsi rien arrangé… Le monde entier semblait s’être ligué pour l’emmerder, aujourd’hui ! Assis dans une des salles réquisitionnées au pensionnat, il essayait vainement de se réveiller grâce à un bon café, face à Sébastien qui griffonnait sur un journal pour faire un jeu de stratégie. Assis près d’eux, Enrick venait de démonter un transistor et fouinait dans les câbles, sifflotant, armé de toute une batterie d’outils de bricolage. La fin de la journée approchait, l’ambiance aurait pu être détendu si le Colonel n’avait pas à l’attendre sur son bureau une invasion de dossiers pour préparer ce qu’elle allait devenir l’école au mois de Septembre. Il était épuisé par avance, d’autant plus qu’il était déjà bien fatigué aujourd’hui. Savoir qu’on avait une personne qui vous surveillait portait sur les nerfs. Comment faire pour s’en débarrasser ?

Il porta la tasse de café à ses lèvres avec une moue dépitée, regrettant de ne pas avoir plutôt une bouteille d’alcool sous la main. Là, il mourrait d’envie de se défoncer à la vodka jusqu’à en oublier son propre nom. Ce soir, quand il sera rentré et tranquille… Quand plus personne ne sera là pour le voir, qu’il pourra se débarrasser de son uniforme et s’effondrer comme une merde sur le tapis avec sa bouteille… La perspective d’être une loque ne le gênait même pas. Pourquoi s’en soucier, après tout ? Tant qu’il n’était pas en service, ça ne gênera personne, il pouvait bien se mettre plus bas que terre sans déranger qui que ce soit. Douce perspective de pouvoir tout oublier durant une nuit… Tant pis si des espions rapportaient ça à Bradley ensuite. Sa hiérarchie savait très bien qu’il buvait, ça ne changera pas des habitudes. Il finit par se lever, s’étirant un peu. Il devait aller récupérer des papiers à la bibliothèque de l’école, maintenant. Puis rentrer et boire. Sébastien leva vaguement les yeux pour le saluer, concentré. Enrick, lui, n’avait même pas remarqué le mouvement, encore plus concentré.

Il passa rapidement à la bibliothèque pour récupérer ce qu’il lui fallait, gardant ses livres sous un bras et détendant un peu le col de son uniforme de sa main libre, soupirant. Il salua de la tête ceux qu’il croisait, envoyant au diable le protocole pour le moment. Sa seule vocation de la soirée était de rentrer, boire et dormir, rien de plus. Il réfléchira demain, pour le moment, pas envie de travailler. Plongé dans ses pensées, le regard dans le vague, il ne remarqua qu’au dernier moment la silhouette à trois centimètres de lui et lui rentra dedans avec force, se cassant la figure avec très peu de dignité. Se prendre le sol en pleine face le réveilla brusquement, son nez n’ayant pas trop apprécié cette rencontre brutale avec le parquet en bois. Aïïïïïe… Mais sur quoi il était tombé ? Il se redressa un peu, à quatre pattes sur le plancher, ses livres et papiers éparpillés autour de lui. Il y avait une fille à côté de lui, probablement une lycéenne vu sa taille. Jamais vu, donc elle ne faisait pas parti des Guetteurs. Il avait fini par repérer la tête des gamins qui venaient à la caserne.

Lycéenne – Je... Désolée, dit-elle. J’aurais dû regarder devant moi.

Non mais il n’y avait pas de mal, ça l’avait un peu réveillé, au moins. Il se frotta le nez en essayant de lui sourire pour la rassurer, à genoux par terre. Son interlocutrice semblait en aussi bonne forme que lui, avec le teint blême, les yeux rouges et encore humides, décoiffée et l’uniforme froissé. Lui-même avait une sale tête avec son col mal mis, ses yeux cernés et son air épuisé. Il fallait croire que c’était la journée pour tout le monde.

Fabrice – Ne t’en fais pas, je ne regardais pas non plus où j’allais. Tu ne t’es pas fait trop mal, j’espère ?

Il commença à rassembler en vrac les livres et papiers autour d’eux, toujours par terre avec elle, et triant au fur et à mesure ce qui était à lui et ce qui était à elle. Rien de tel qu’une bonne chute pour vous remettre les idées en place, il était plus réveillé maintenant. Avec ça, il s’en voulait en peu d’avoir ainsi bousculé une jeune fille qui n’était déjà pas très en forme de base.

Fabrice – Ne pleure pas, hein, dit-il d’un ton plus doux en voyant ses yeux. Je ne mange pas les enfants et je suis désolé de t’être tombé dessus. Ou c’est autre chose qui te tracasse ? Je peux t’aider ?

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MessageSujet: Re: Rencontre renversante   Dim 26 Avr - 17:22

Elle venait de bousculer un militaire... Victoire posa les yeux timidement sur ce dernier, alors qu’il se frottait le nez et qu’il lui sourit, semblant légèrement se forcer quand même, la laissant septique dans un premier temps. Il n’allait pas la frapper ? Ou... mais... Elle s’était redressée entre-temps, posant son pied droit à terre et son genou gauche sur le sol. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux mais se retint. Elle devait arrêter de pleurer, arrêter d’y penser si elle espérait pouvoir un jour sortir de sa coquille... Mais elle n’y arrivait pas. En plus, le fait d’avoir bousculé un militaire n’aidait pas vraiment, d’autant plus qu’elle ne cessait de douter depuis son altercation avec Margueritte.

-Militaire- Ne t’en fais pas, je ne regardais pas non plus où j’allais. Tu ne t’es pas fait trop mal, j’espère ?

Elle fronça les sourcils par réflexe puis observa ses genoux et touchant son front pour finir par faire non de la tête, en réponse à sa question le tout en quelque secondes, pour finir par ramasser et trier leurs affaires respectives. Elle prit ses livres, là où il prit ses feuilles et ses propres livres. Le tri fut plus rapidement fait qu’elle ne l’eût cru et elle se redressa tout de suite après.

-Militaire- Ne pleure pas, hein, dit-il d’un ton plus doux. Je ne mange pas les enfants et je suis désolé de t’être tombé dessus. Ou c’est autre chose qui te tracasse ? Je peux t’aider ?

Que... ? Oh... Ses yeux. Elle devait s’être tellement précipitée qu’elle n’avait même pas pris la peine d’essuyer les larmes qui avaient coulé sur ces joues. Elle frotta son uniforme, pour essayer d’arranger son apparence alors qu’il était tout froissé et se mit à regretter de ne pas s’être essuyé les yeux plus tôt... Elle ne s’attendait pas à voir quelqu’un, elle pensait arriver au dortoir avant...

Victoire se raidit dès qu’il évoqua une « autre chose ». Était-elle aussi lisible ? Cela se voyait-il autant sur son visage ? Ou... non, impossible. Il n’avait pas pût le savoir comme ça, et... peut-être même qu’elle se faisait des films. Elle ne pleurait pas quand on lui tombait dessus, et... Elle ne se faisait pas de soucis à propos de ça ! Après, elle n’était pas aussi gamine pour pleurer à cause d’une chute... Victoire poussa un soupir qu’elle voulut discret avant de retirer toute trace de larmes de son visage. Elle avait pleuré, oui. Mais... cela ne voulait pas dire qu’elle pouvait faire confiance à n’importe qui non plus.

-Je... C’est autre chose, finit-elle par dire. Mais je...Je ne crois pas que quiconque pourrait m’aider.

Pessimiste ? Pas du tout, voyons ! Elle serra ses livres contre elle tout en regardant l’homme en face d’elle, sentant ses joues qui commençaient à la brûler, à devenir chaudes signe imposant de sa timidité. Cette timidité qui commençait d’ailleurs à l’agacer au plus haut point.

-Je suis un cas désespéré.

En tout cas, c’était l’impression qu’elle avait. De n’être qu’un boulet, aussi. Un boulet incapable d’aider et de s’imposer pour donner son avis. Victoire ferma les yeux avant de n’en dire trop. Elle venait tout juste de le rencontrer, alors... Naïve, oui... Mais quand même ! Elle ne l’était pas à ce point... Elle éviterait aussi de dire qu’elle se méfiait des militaires. Mieux valait rester prudente, même s’il avait l’air gentil. Et puis... Elle n’oserait pas, elle l’importunait déjà, si ça se trouvait. Bon, il se montrait gentil, mais... Et s’il ne faisait ça que pour faire bonne figure ?

-En plus, je ne veux pas vous déranger avec mes problèmes, dit-elle finalement. Vous avez surement des choses plus importantes à faire que de vous occuper de mes problèmes.

Elle continuait de rougir, même si c’était assez faible. Elle n’était qu’une simple Lycéenne, alors il était tout à fait logique que toutes ses histoires gênent le militaire, non ? Elle se mordit les lèvres pour s’empêcher de pleurer, pour s’empêcher de penser à toute cette histoire, même si elle se posait encore des questions vis-à-vis de ça. Elle se mit à réfléchir à toute allure après une solution.

Vouloir devenir moins timide était une chose, mais... L’appliquer était une toute autre chose et bien plus difficile à réaliser. Après, le fait qu’elle pleure à cause d’une histoire pareil la rendait encore moins crédible et il serait dès lors beaucoup plus difficile de la prendre au sérieux, non ? Victoire n’arrêtait pas d’être rongée par le doute, par la peur et par la tristesse. Sans oublier le fait qu’elle se sente incapable et irrécupérable. En deux mots ? Un boulet. Boulet qui devait sans doute agacer toutes les personnes qui passaient sur sa route.
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Fabrice Gavin
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MessageSujet: Re: Rencontre renversante   Lun 11 Mai - 14:36

Il n’aurait peut-être pas dû lui poser la question, ceci dit… Il oubliait un peu trop vite, étant donné sa situation personnelle, que le plus gros problème de la plupart des élèves ici était bien évidemment l’armée. Et il était militaire. Un militaire qui venait de lui tomber littéralement dessus, sans doute en lui faisant mal au passage, et qui lui demandait ensuite tout naturellement si elle avait des soucis et s’il pouvait l’aider. Non seulement ça ne le regardait absolument pas, mais comment pourrait-elle avoir la moindre confiance ? Il faisait parti de l’armée qui avait envahi son école, même pire, il en était un de ses hauts gradés. Double raison de ne pas avoir confiance… Et pourtant. Il aimerait bien l’aider tout de même, même si ça ne rachetait rien du tout, juste parce qu’elle lui semblait un peu fragile. Peut-être à cause de ses yeux rouges et gonflés ou avec son air vulnérable, il ne savait pas. Ou bien, étant fatigué, il se laissait attendrir plus vite que d’habitude.

Lycéenne – Je... C’est autre chose, finit-elle par dire. Mais je...Je ne crois pas que quiconque pourrait m’aider.

Quiconque ou juste un soldat ? Il était un peu surpris par cette réponse, elle s’était braquée presque aussitôt alors qu’il avait voulu se montrer gentil et ne pas l’effrayer. Elle serrait ses livres contre elle, à présent, comme pour se faire un bouclier. Lui-même avait terminé de ramasser ses affaires, cherchant quoi lui dire pour la rassurer. Terroriser les gamins de l’école dans les couloirs n’était pas le but suprême de son existence, très loin de là ! Il était vraiment navré de lui être tombé dessus et de lui avoir fait peur, vraiment, il voudrait bien se rattraper. Il n’avait pas envie que les élèves, ici, ne gardent de lui qu’une image de bourrin sauvage. Il avait bien des défauts, mais pas celui d’être sadique avec les enfants.

Lycéenne – Je suis un cas désespéré.

Ouh là, mais elle déprimait complètement. Il n’était pas un expert confirmé dans ce domaine, mais pour le coup, cela sautait aux yeux ! Il resserra un peu ses affaires contre lui, se demandant s’il pouvait l’aider, au moins un peu. Il n’aimait pas voir les filles pleurer, depuis tout petit, cela lui faisait mal au cœur. Il avait du temps devant lui, donc il pourrait essayer de lui remonter un peu le moral. Et lui-même, cela l’empêchera de rentrer directement pour boire, une pierre deux coups. Sauf qu’il ne savait pas encore quoi faire ou dire… Heu, lui proposer de l’écouter autour d’un café ou d’un thé ? Comment on faisait, avec les adolescents déprimés ? Il n’avait strictement aucune expérience dans le domaine, n’ayant jamais eu à prendre en charge de jeunes gens, n’ayant pas d’enfants non plus. Il marchait à l’aveuglette, espérant trouver une idée pas trop mauvaise ou efficace.

Lycéenne – En plus, je ne veux pas vous déranger avec mes problèmes, dit-elle finalement. Vous avez sûrement des choses plus importantes à faire que de vous occuper de mes problèmes.

Autre chose à faire ? Huum… Il pouvait se coucher et boire comme un trou, écouter la radio, mariner dans ses souvenirs… Alors autre chose à faire, non, pas vraiment. C’était le soir, il avait fini sa journée et n’avait pas envie d’en rajouter une couche pour le moment. Un peu de calme de temps en temps, cela faisait du bien ! C’était même vital, car le calme dans cette école devenait une denrée extrêmement rare et ce n’était pas toujours la faute de l’armée. Les cours d’élément à eux seuls produisaient une agitation incroyable, sans parler des entraînements des élèves qui allaient avec. Du matin au soir, on entendait des craquements, de gros souffles, des grincements, des explosions, etc. Il se releva puis tendit la main à la jeune fille pour qu’elle fasse de même, époussetant ensuite sa veste, plus par habitude que par besoin.

Fabrice – Je n’ai rien de mieux à faire, ne t’en fais pas, j’ai fini ma journée, moi aussi. Ne t’en fais pas, ce n’est pas parce que je porte un uniforme que je suis obligatoirement un monstre sans cœur. Tu me suis ? Un café te fera du bien. Ou du thé si tu préfères.

Il lui demanda ensuite son prénom, avant de reprendre la route avec elle, au premier étage de l’école, où une petite pièce avait été désignée comme son bureau, étant donné qu’il passait beaucoup de temps au pensionnat. Dieu que cette école était grande, vraiment, Fabrice n’était même pas certain que la moitié des pièces soient utilisées aujourd’hui. Il y avait dû y avoir beaucoup plus d’étudiants, autrefois… La taille de l’école le laissait supposer sans peine. Il la fit entrer dans son bureau, déposant ses affaires en lui disant de s’asseoir où elle voulait. Il enleva sa veste d’uniforme pour la poser sur sa chaise, restant en chemise, puis mit de l’eau à chauffer, dans le petit coin qu’il avait aménagé.

Fabrice – Dis-moi, comment peux-tu penser être un « cas désespéré », comme tu dis ? Si tu étudies ici, c’est que tu as les capacités pour, non ? Tout le monde n’est pas obligé d’être un maître avec son élément, bien au contraire. Tu veux du thé ou du café ?

Il lava une tasse avant de la lui donner, s’asseyant à son tour pendant que le tout chauffait. Il dégrafa aussi un bouton de sa chemise pour être plus à l’aise, essayant de ne pas succomber à l’endormissement.

Fabrice – Je ne vais t’obliger à parler, mais tu peux le faire, si tu veux, dit-il avec un sourire. Après tout, je en suis pas là pour pourrir à fond la vie des élèves.

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MessageSujet: Re: Rencontre renversante   Mar 12 Mai - 23:50

Le  militaire se releva pour finir par lui tendre la main afin qu’elle puisse se lever aussi, elle baissa la tête avant de se lever avec son aide. Toute cette histoire l’avait beaucoup retournée. Elle voulait changer, évoluer et sortir de sa boule de cristal. Elle le voulait plus que tout au monde. Vraiment. Mais... Elle ignorait tout simplement comment elle pourrait faire pour changer ça, comment pourrait-elle modifier cet état d’esprit qui la hantait ? Elle ignorait aussi comment se changer les idées et comment évoluer en dehors de sa bulle. Elle voulait changer tout ça. Mais... Elle s’en pensait incapable. Comment le faire si on ne s’en croyait pas capable ? Si on se prenait pour une loque, un déchet, un cas désespéré et désespérant ? Irrécupérable et impossible à modifier ? Elle porta son regard vers le sol, honteuse tout en se sentant mal, très mal.

-Militaire- Je n’ai rien de mieux à faire, ne t’en fais pas, j’ai fini ma journée, moi aussi. Ne t’en fais pas, ce n’est pas parce que je porte un uniforme que je suis obligatoirement un monstre sans cœur. Tu me suis ? Un café te fera du bien. Ou du thé si tu préfères.

Il... Mais... bon, ça devait être sans doute prévisible, vu qu’ici beaucoup d’élèves se méfiaient et n’appréciaient pas les militaires. Mais... donnait-elle vraiment cette impression ? Était-elle aussi lisible que ça ? L’adolescente se mit à rougir tandis qu’il lui demanda son prénom, pour finalement continuer son chemin avec elle. Ils se rendirent au premier étage et arrivèrent dans une petite pièce qui semblait être un petit endroit de travail, comme si on l’avait emménagé exprès pour en faire un bureau, mais ce bureau ne semblait pas être comme ça depuis bien longtemps...

La pièce était petite, mais elle n’en avait pas l’air moins confortable pour autant. Elle le regarda alors qu’il rentrait dans ladite pièce et resta interdite tandis qu’il y entrait. Elle n’entra finalement que lorsqu’il le lui autorisa, bien qu’hésitante. Il se dirigea vers le bureau de la pièce et y déposa ce qu’il portait tandis qu’il l’invita à s’installer où elle le souhaitait. Elle posa son regard sur toute la pièce et finit par aller s’asseoir sur une chaise qui se trouvait face au bureau.  Le regard de Victoire se posa sur la pile de documents qu’il venait de déposer au moment où le militaire se dirigeait vers un coin aménagé. Elle fixa le militaire tandis qu’il faisait chauffer quelque chose, de l’eau, probablement. Pour du café ou du thé, vu qu’il le lui avait proposé avant de l’invitée dans son bureau. La jeune fille baissa la tête et posa ses mains jointes sur ses cuisses avant de se triturer les doigts, nerveuse.

-Militaire- Dis-moi, comment peux-tu penser être un « cas désespéré », comme tu dis ? Si tu étudies ici, c’est que tu as les capacités pour, non ? Tout le monde n’est pas obligé d’être un maître avec son élément, bien au contraire. Tu veux du thé ou du café ?

... Elle murmura « Thé » avant de sentir sa gorge se nouer, ne sachant pas vraiment comment justifier ça. Pourquoi ne s’était-elle pas contentée de s’enfuir dès qu’elle avait vu qu’il s’agissait d’un militaire ? Ç’aurait été une bonne excuse, non ? Après... Pour le peu qu’elle avait pût constater, elle supposait qu’il ne pourrait pas comprendre. Qui le pourrait, mis à part les gens timides ? Il lui tendit une tasse et elle le remercia alors qu’il s’asseyait à son tour.

-Militaire- Je ne vais t’obliger à parler, mais tu peux le faire, si tu veux, dit-il avec un sourire. Après tout, je ne suis pas là pour pourrir à fond la vie des élèves.

Elle leva les yeux vers lui et retint un léger soupir, mais essaya quand même de s’expliquer. Après tout, que pourrait-il bien faire de plus que la manipulée ? Il venait de dire qu’il n’était pas là pour lui pourrir la vie. Il l’avait sous-entendu, en évoquant les élèves. Après, c’était probablement un mensonge, mais elle en doutait sans vraiment savoir pourquoi. Elle le croyait sincère.

-Victoire, finit-elle par dire en constatant qu’elle ne l’avait pas encore dit. Je m’appelle Victoire.

Elle commença à triturer la tasse qu’elle tenait entre ses mains, commençant à se demander si on lui avait bien choisi son prénom. Parce que tout ce qu’elle faisait se finissait par un échec cuisant. Elle commença à fixer sa tasse, comme si sa vie en dépendait et que, si, par malheur elle venait à la lâcher des yeux une tuile lui tomberait sur la tête. Ou... Un truc dans ce goût-là.

- Et, à vrai dire... Ce n’est pas vraiment une question de don, finit-elle par dire au bout de quelques secondes. Si je suis dans cette école, c’est pour apprendre à gérer mon don, à aider mes parents.

Sa voix chancelait et elle finissait sa phrase en montant de plus en plus dans les aigus. Plus elle parlait, et moins elle se sentait capable d’expliquer ce qu’elle ressentait. D’expliquer à quel point elle se sentait pesante, devenant même un poids. En plus, elle commençait à se sentir idiote, d’avoir pleuré pour ça...

- Mais ce n’est pas du tout pour ça que j’ai pleuré. C’est... Plus compliqué que ça.

Dire que l’on est timide est une chose, dire que l’on a pleuré parce que l’on est timide en est une autre... En plus, avouer ça à un militaire... Bon, après, tout ne se résumait pas à une caractéristique que l’on possède. Ce n’est pas parce que l’on est timide que l’on ne peut pas se défendre, se n’est pas parce qu’on est militaire que l’on est méchant ou antipathique... Tout ne se résumait pas qu’à de simples traits et données. C’était bien plus compliqué que ça. Timide, gênée, stupide, boulet, incapable. Voilà comment elle se voyait, en se moment même. Elle faisait des pauses, réfléchissant à ce qu’elle voudrait ou pas dire. Elle pourrait dire tout ce qu’elle avait dans la tête, pourrait lui dire aussi qu’elle était tout simplement incapable de s’imposer ou quoi que ce soit d’autre et qu’elle était idiote d’avoir pleuré pour une histoire pareille. Elle soupira.

- C’était stupide, dit-elle en fermant les yeux. Je suis stupide et timide. À vrai dire, je ne sais pas vraiment lequel est le pire, constata-t-elle avec un sourire amer. Être timide ou être stupide ?

Elle s’arrêta un instant en constatant qu’elle recommençait à pleurer silencieusement, cette fois. Elle porta la tasse à ses lèvres et la serra au point ou ses articulations devinrent jaunes sous l’effort.

- C’est sans importance. De toute manière, je ne suis qu’un boulet qu’il faut traîner, supporter et... je...

Elle posa sa main libre sur ses yeux, et essaya de se reprendre tout en bégayant. POURQUOI racontait-elle tout ça ? Peut-être devait-elle le dire à quelqu’un ? Peut-être qu’elle en avait trop gros sur le cœur ? Mais elle se dévoilait aussi. Et bientôt, elle dévoilerait sa peur de décevoir ses parents, sa peur de ne pas être assez forte pour subir tout ça, pour soutenir le pensionnat face aux militaires. Et l’absence de ses parents. Elle les aimait, mais il ne venait jamais la voir, même lorsqu’ils y avaient une possibilité de visite. Même le jour de son arrivée au pensionnat.

Son manque d’ami pour se confier, son manque d’assurance ou de confiance en soi pour sortir de sa coquille de diamant incassable. Elle avait bien des connaissances et faisait confiance à beaucoup d’entre elles. Seulement... Elle ne disait jamais réellement tout. Comment le pourrait-elle, d’ailleurs ? Elle n’avait déjà pas confiance en elle-même... Alors aux autres ? Elle ne pourrait probablement pas faire totalement confiance en qui que ce soit d’autre tant qu’elle ne supprimerait pas cette timidité qui la handicapait et l’empêchait d’être sûre d’elle, bien que l’un n’allait pas sans l’autre.

Elle voulait trouver un moyen. Un moyen irréfutable et possible. Qui l’aiderait à évoluer, à sortir de son mal-être. Elle ne s’imaginait pas que ce serait facile ni qu’elle y arriverait du premier coup... Sans oublier que ça ne partirait probablement jamais complètement ! Mais... Elle voulait atténuer cette prison, à défaut de la détruire. Peut-être serait-il capable de l’aider ? Ou peut-être pas... Elle poussa un soupir avant de finalement boire un peu de son thé. Elle hésitait à lui poser directement la question. Plus par honte qu’autre chose, d’ailleurs. Son instinct lui intimait la confiance tandis que sa tête lui disait de se méfier quand même. Elle continua de boire son thé, attendant une réaction du militaire –dont elle ne connaissait rien.
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Fabrice Gavin
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MessageSujet: Re: Rencontre renversante   Lun 18 Mai - 12:56

Elle releva le regard alors qu’il tournait la cuillère dans sa tasse. Elle se méfiait sans aucun doute, ce qui était parfaitement légitime, même si cela avait le don de plomber le moral de Fabrice. Il ne s’était pas engagé pour faire la guerre dans un collège, ni pour assassiner des soi-disant terroristes, ni pour emmener des prisonniers à des expérimentations douteuses, ni pour terroriser des gamins, ni pour rien de ce genre ! Il avait eu sa place dans les tranchées de la Grande Guerre mais ne l’avait pas ici, dans cette école. Il en souhaitait bien évidemment pas l’arrivée d’une autre guerre, mais un soldat est fait pour protéger le peuple, pas l’enfoncer ni l’écraser. Ce pays n’était pas une dictature ! Du moins, pas encore… Cela virait de plus en plus vers cela, il en avait peur. De quoi vous dégoûter de vous engager.

Victoire – Victoire, finit-elle par dire en constatant qu’elle ne l’avait pas encore dit. Je m’appelle Victoire.

Oh, elle avait un joli nom. Un prénom qu’on avait donné à beaucoup de petites filles nées durant la Grande Guerre ou un peu avant en espérant cette victoire contre l’ennemi. Qu’elle n’ait pas l’air aussi gênée en le donnant ! C’était un très beau prénom, elle pouvait être fière de le porter. Enfin, c’était sans doute à cause de lui qu’elle était aussi mal à l’aise. Jamais il n’aura eu aussi honte de porter cet uniforme… Il aurait dû prendre dix minutes pour se changer, pour ne plus être juste « un soldat ». Même si parfois, ça ne changeait rien, comme en Auvergne. Il n’avait pas beaucoup recroisé l’autre abruti de professeur, d’ailleurs. C’était assez dommage, Fabrice aimerait bien le revoir un jour d’énervement, histoire de se défouler un bon coup. Mais bon, il s’égarait. Ce n’était pas le moment de songer à ce profond imbécile, il avait mieux à faire.

Victoire – Et, à vrai dire... Ce n’est pas vraiment une question de don, finit-elle par dire au bout de quelques secondes. Si je suis dans cette école, c’est pour apprendre à gérer mon don, à aider mes parents.

Et elle n’en était donc pas fière ? Il ne comprenait pas ce qui pouvait la traumatiser, si elle était ici pour cela. Soit ses parents étaient comme le propre père de Fabrice, soit c’était elle qui avait peur de les décevoir en ne parvenant pas à se contrôler. Dans le premier cas, il fallait qu’elle réussisse très vite à laisser tomber ce qu’ils exigeaient et à les effacer de sa vie. Dans le second cas, il fallait qu’elle gagne en confiance. Il avait eu le même problème, lorsqu’il s’était échappé… Il n’osait rien dire, il cachait ses blessures, il en se confiait à personne, gardant tout pour lui, jusqu’à en devenir fou. Jusqu’au moment où son meilleur ami l’avait tiré vigoureusement du silence et l’avait poussé à s’ouvrir aux autres, dans la mesure du possible.

Victoire – Mais ce n’est pas du tout pour ça que j’ai pleuré. C’est... Plus compliqué que ça.

Si elle apprenait à avoir plus confiance en elle… Il savait bien sûr que c’était beaucoup plus difficile pour les personnes timides par nature, mais si ces personnes possédaient un don, elles étaient obligées de se forcer et de gagner en confiance afin d’apprendre à se maîtriser et progresser. Telle était la loi de la nature, la loi des dons. C’était encore plus vrai pour les personnes possédant des dons dangereux, comme le sien, car les conséquences étaient plus graves. Tout dépendait aussi de la puissance du don. Il ignorait quel était celui de Victoire, s’il était puissant ou non, comment elle le maniait. Avait-elle déjà confié ses doutes et ses peurs au professeur de son élément ? Si elle ne l’avait pas encore fait, elle devrait y songer, elle trouvera sans doute des conseils, ou au moins une écoute attentive. Il le ferait même lui-même si elle possédait le feu. Cela n’avait rien de très compliqué, après tout, le plus dur consistait à accepter de sortir de sa coquille et prendre le risque de se faire secouer un peu avant d’arriver à son but. Ceci étant, tout le monde n’était pas capable de faire cela, ou alors, pas seul.

Victoire – C’était stupide, dit-elle en fermant les yeux. Je suis stupide et timide. À vrai dire, je ne sais pas vraiment lequel est le pire, constata-t-elle avec un sourire amer. Être timide ou être stupide ?

Elle pleurait à nouveau, ce qui lui fendit le cœur. Il n’avait pas de mouchoir, sur lui ? Il porta le regard sur son bureau mais n’en trouva plus. Il avait bien une serviette pour essuyer les tasses à café mais elle était trempée, pas très pratique, ni très décent de lui proposer cela. De toute façon, qu’en savait-elle, d’être stupide ? Si elle l’était vraiment, elle aurait quitté cette école depuis longtemps, elle n’aurait même pas essayé d’apprendre à contrôler son pouvoir. Les gens idiots n’ont aucun courage. Mais cette jeune fille en avait, puisqu’elle n’avait pas fuit l’école comme d’autres, puisqu’elle était là à lui parler alors qu’elle savait qu’il était un soldat, puisqu’elle osait avouer qu’elle avait des faiblesses mais qu’elle voulait y remédier. Ce n’était pas être stupide que d’être conscient qu’il y a toujours à faire pour s’améliorer.

Victoire – C’est sans importance. De toute manière, je ne suis qu’un boulet qu’il faut traîner, supporter et... je...

Il finit par trouver un mouchoir en tissu propre dans un tiroir, qu’il lui tendit lorsqu’elle ôta sa main de ses yeux, avec un petit sourire. Désolé, il n’avait pas mieux sous la main pour le moment. Il attendit qu’elle reprenne un peu ses esprits, buvant une longue gorgée avant de reposer sa tasse.

Fabrice – Je pensais comme toi quand j’avais seize ans, lui dit-il en jouant avec sa cuillère. Je venais d’entrer à l’académie de l’armée… J’étais très renfermé et en parlais à personne, par peur de décevoir les gens ou de trop en dire. Puis j’ai changé en tombant sur un autre engagé, plus vieux que moi, qui m’a secoué à sa façon. Je ne pensais qu’il était possible de changer comme ça, de gagner en assurance, il m’a prouvé le contraire. Je suis la preuve vivante que l’on peut gagner en confiance assez vite du moment qu’on vous aide.

Il lui sourit plus franchement en reprenant sa tasse en main, sentant la chaleur traverser la paroi pour réchauffer ses paumes. Comme tous ceux maniant le feu, il aimait la chaleur, même très forte. Il était l’aise dans les fournaises et les brasiers, à l’aise en pleine canicule.

Fabrice – Tu as déjà essayé de vraiment parler à quelqu’un ? Ou de t’entraîner avec une autre personne ? Cela t’aiderait sûrement… Quel don possèdes-tu ? Si tu te poses, réfléchis à tes projets et vois à qui tu peux parler autour de toi, tu devrais régler déjà la moitié de tes ennuis.

Il s’interrompit pour boire une gorgée de thé, souhaitant qu’elle se mette en confiance.

Fabrice – Mais n’ai pas peur, je neveux pas te manipuler. Je me suis engagé par vocation, pas pour aller frapper des enfants. Ah, et je ne me suis même pas présenté ! Je suis le Colonel Fabrice Gavin. C’est avec moi qu’un de vos profs s’est pris la tête en Auvergne, si tu te souviens.

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MessageSujet: Re: Rencontre renversante   Mer 3 Juin - 20:28

Lorsque le militaire lui tendit un mouchoir en tissus propre avec un petit sourire, elle prit le mouchoir qu’il lui tendait et s’essuya les yeux avec, le remerciant du regard dès qu’elle eut fini pour être sûre qu’il le voit. Elle respira un grand coup, essayant de reprendre ses esprits tandis qu’il buvait tranquillement son thé puis reposa sa tasse tandis que Victoire se taisait et la serrait dans ses mains, jusqu’à avoir l’impression qu’elle allait la casser. Ce ne fut qu’après quelques longues minutes qu’il reprit la conversation :

-Militaire- Je pensais comme toi quand j’avais seize ans, lui dit-il en jouant avec sa cuillère. Je venais d’entrer à l’académie de l’armée… J’étais très renfermé et en parlais à personne, par peur de décevoir les gens ou de trop en dire. Puis j’ai changé en tombant sur un autre engagé, plus vieux que moi, qui m’a secoué à sa façon. Je ne pensais qu’il était possible de changer comme ça, de gagner en assurance, il m’a prouvé le contraire. Je suis la preuve vivante que l’on peut gagner en confiance assez vite du moment qu’on vous aide.

Il était... Comme elle ? Ses yeux s’écarquillèrent d’étonnement sans qu’elle ne pût le retenir tandis qu’il continuait de parler. « Du moment qu’on vous aide »... Qui pourrait l’aider elle ? Qui tiendrait assez à elle pour l’aider, la soutenir ou... qui ? Elle ferma les yeux tandis un instant prenant en compte chaque mot qu’il lui disait. Tout rentrait dans sa mémoire et elle prenait un outil pour les graver à jamais. Elle devait s’en sortir. Et si quelqu’un pouvait l’aider, parce qu’elle savait qu’elle n’y arriverait jamais seule, elle serait heureuse et le remercierait même si elle ignorait comment, selon la personne. Adeline lui en avait parlé, elle se souvenait encore de ce qu’elle avait écrit sur le papier.

Mais... Son manque de confiance en elle-même la handicapait à ce niveau-là, l’empêchait d’oser demander de l’aide. Et elle n’osait pas, se retrouvait seule. Elle avait peur de décevoir, de faire un faux pas pour blesser un être humain, un être doté de passion, d’amour, de sentiments et de rancœur. Ca pouvait très vite être une lame à double tranchant, évoluer voulait dire faire des efforts, et accepter de prendre des risques. Parce que continuer comme ça, avec autant de peur, d’angoisse et de timidité était tout bonnement impossible.

-Militaire- Tu as déjà essayé de vraiment parler à quelqu’un ? Ou de t’entraîner avec une autre personne ? Cela t’aiderait sûrement… Quel don possèdes-tu ? Si tu te poses, réfléchis à tes projets et vois à qui tu peux parler autour de toi, tu devrais régler déjà la moitié de tes ennuis.

Elle se mit à se gratter l’arrière du crâne, gênée. Mis à part avec Océane et Adeline... Pas vraiment. Quant à s’entraîner, elle le faisait en cours et s’entraînait seule en dehors. Elle n’avait pas peur de son don mais... Il y avait certaines choses qui l’en empêchaient. Le Colonel s’interrompit pour boire et elle en fit de même. Qui pourrait l’aider ?

-Colonel Gavin- Mais n’ai pas peur, je neveux pas te manipuler. Je me suis engagé par vocation, pas pour aller frapper des enfants. Ah, et je ne me suis même pas présenté ! Je suis le Colonel Fabrice Gavin. C’est avec moi qu’un de vos profs s’est pris la tête en Auvergne, si tu te souviens.

Oui, elle s’en souvenait vaguement. Tout le monde en avait parlé pendant longtemps, de cette prise de tête et... comment pouvait-on oublier ce genre de chose ? Elle ne put s’empêcher de sourire à l’évocation de son identité et de cette dispute. Le peu de tensions qui lui restait s’était évanoui à cette phrase.

-Quand vous dites « Vraiment parler » vous entendez « Se confier » ? Si oui, pas vraiment. Sauf peut-être une fois. Mais... Je ne dis jamais vraiment tout. Et je m’entraîne seule. J’ai le don de l’eau, donc m’entraîner seule reste « facile ».

Elle s’interrompit un peu avant de reprendre alors qu’elle commençait à avoir confiance comme rarement auparavant. Elle avait eu un meilleur ami, petite. Mais avait perdu contact avec lui et ne lui avait plus parlé depuis sa venue au Pensionnat... Perdant ainsi la personne qui lui était jadis la plus chère mais qui était devenue une inconnue avec le temps.

-De toute manière, je ne fais jamais confiance entièrement. Pas assez pour parler comme je le fais ici, avoua-t-elle sans s’en rendre vraiment compte. Je n’ai déjà pas confiance en moi-même... Comment peut-on se faire aider si on a des difficultés à se laisser aller entièrement ?

Il avait été comme elle. Elle pouvait donc supposer qu’il puisse l’aider et lui répondre à ses questions, non ? Elle se mordit la lèvre avant de finir son thé en silence. Lui, il pouvait l’aider ? Peut-être qu’il pourrait, non ?

- Vous pouvez m’aider ? Vous m’avez dit être comme moi, quand vous aviez mon âge... Et... Je... Enfin...

Elle baissa la tête, puis jouait avec ses pieds, se sentant honteuse de demander cela. Elle venait de le rencontrer et lui demandait déjà de l’aide... En plus, il était militaire. Il lui avait dit ne pas vouloir faire de mal aux enfants, ne pas s’être engagé pour ça... Demander à ses professeurs serait gênant et humiliant, même si c’était un professeur qu’elle appréciait. Et demander à des connaissances revenait à avouer qu’elle n’avait trouvé personne, qu’elle voulait changer, qu’elle avait une faiblesse. Et revenait à devoir leur faire suffisamment confiance pour tout leur révélé...

Elle était dos au mur, mais voulait progresser, ne plus avoir à être gênée à tout bout de champ, savoir s’exprimer librement, vivre. Oublier l’absence de ses parents, viser l’obtention de son diplôme et maîtriser son don. Devenir Médecin ou... Bref, sortir de sa bulle. Bien qu’avouer avoir des faiblesses revenait à prouver que l’on était humain, que l’on avait des sentiments, des tracas, des envies d’évoluer. Elle ne voulait pas décevoir quelqu’un, ni blesser qui que ce soit. Mais elle devait briser la bulle en mille morceaux puis les ramasser, et les garder pour se souvenir de cet handicap à vie. Ne plus se laisser aller à pleurer, à avoir peur des autres. Sourire, rire et s’épanouir, enfin.
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MessageSujet: Re: Rencontre renversante   Jeu 4 Juin - 9:54

Fabrice avait recroisé ce crétin de prof, quelques fois, depuis qu’il travaillait dans le coin. Ce type le considérait comme un ennemi déclaré, ce qui avait fait beaucoup rire le militaire. S’attirer la haine des gens ne le dérangeait pas, non. Peu importe ce qu’on pensait de lui, il ne commençait à s’en soucier que lorsque cela portait atteinte à ses subordonnés. Sinon, les gens pouvaient le détester, le prendre pour un arriviste, un crétin, un blanc-bec où il ne savait quoi encore, peu importe. Bien sûr, il n’en était pas arrivé à cette mentalité du jour au lendemain. Il avait eu une prise de conscience après la Grande Guerre, il avait compris que s’il voulait arriver à ses fins, il devait se détacher de beaucoup de choses. Il n’était pas très… honorable de se battre en sacrifiant réputation et honneur, mais il s’en moquait. Il pouvait s’asseoir sur son honneur sans aucun problème si la situation l’exigeait. Il pouvait jeter son amour-propre aux ordures sans hésiter dès lors que cela servait ses buts, et ça ne l’empêchait même pas de dormir.

Victoire – Quand vous dites « Vraiment parler » vous entendez « Se confier » ? Si oui, pas vraiment. Sauf peut-être une fois. Mais... Je ne dis jamais vraiment tout. Et je m’entraîne seule. J’ai le don de l’eau, donc m’entraîner seule reste « facile ».

Il hocha la tête, tout en continuant à jouer avec sa cuillère, la faisant tourner entre ses doigts. Il ne lui demandait pas de tout dire d’un seul coup ! Mais au moins de quoi se sentir moins mal, d’être capable de mieux dormir la nuit, sans être sans cesse harcelé par des cauchemars. Il parlait de ce qu’il connaissait, cette fois, il était passé par là. Son meilleur ami ne l’avait pas lâché, au point d’en devenir très pénible parfois, jusqu’au moment où il avait remonté la pente. Pour son don, c’est vrai que s’entraîner seul avec l’eau, même sans être plus facile, était en tout cas moins dangereux. Pas de risque de se tuer par accident par une technique non maîtrisée, comme avec la foudre, le feu ou le vent, qui étaient les plus dangereux à ce niveau-là.

Victoire – De toute manière, je ne fais jamais confiance entièrement. Pas assez pour parler comme je le fais ici, avoua-t-elle sans s’en rendre vraiment compte. Je n’ai déjà pas confiance en moi-même... Comment peut-on se faire aider si on a des difficultés à se laisser aller entièrement ?

Par force… Ou par manque de choix… Lorsqu’on vous surprenait dans une situation où vous n’auriez pas cru qu’on puisse vous voir et que la personne refusait ensuite de vous lâcher. Dans ce cas, cela s’était passé le premier soir, lors de son arrivée à l’école militaire. Son père l’avait frappé violemment durant des jours. Le soit, la nuit, il s’était glissé au-dehors pour rejoindre les sanitaires et se soigner tat bien que mal, afin d’être en forme le lendemain. Christophe l’avait surpris… Et l’avait ensuite littéralement traîné de force jusqu’à l’infirmerie, sans tenir compte une seule seconde des ses protestations. Les jours suivants, il l’avait harcelé pour savoir ce qui l’avait mis dans cet état, puis au fil des semaines, ils étaient devenus extrêmement proches. Comme quoi, parfois, il ne fallait pas grand-chose pour vous tirer de votre coquille. Un coup du destin, qui pouvait vous sembler horrible sur le moment, puis qui vous devenait très cher ensuite.

Victoire – Vous pouvez m’aider ? Vous m’avez dit être comme moi, quand vous aviez mon âge... Et... Je... Enfin...

Il réfléchit un instant, mordillant sa cuillère. Il n’avait jamais aidé quelqu’un dans cette situation, il n’en avait jamais eu l’occasion. Il se voyait mal agir de la même façon que Christophe, car Victoire était plus fragile que lui au même âge, elle n’apprécierait guère la technique. Que pouvait-il faire ? Il ne savait pas qui étaient ses amis, comment elle pouvait s’en faire de nouveau. Il faudrait au moins une personne de son âge près d’elle, garçon ou fille, avec qui elle oserait parler et se confier.

Fabrice – J’ai eu l’aide d’une personne très précieuse pour moi aujourd’hui, quand j’avais ton âge, sourit-il. Une personne à qui je n’aurai jamais osé parler de moi-même si elle ne m’était pas tombée dessus sans crier gare… J’étais en première année à l’école militaire, j’étais blessé, il m’a surpris un soir alors que je me soignais seul et n’a pas apprécié. Parfois, tu vois, les rencontres arrivent un peu brusquement et on ne peut rien prévoir. Ça peut t’arriver aussi, à n’importe quel moment.

Il ignorait si elle trouvait rassurant ou non ce qu’il lui disait là, mais elle devait en être consciente. Jamais, au grand jamais, Fabrice n’aurait cru que ce grand dadais à lunettes allait le surprendre comme ça. Il avait eu la peur de sa vie, sur le moment, avait été très gêné, rouge de honte, et l’avait détesté pour l’avoir traîné comme ça à l’infirmerie. Il reposa sa tasse en lui demandant si elle voulait d’autre thé, attrapant la théière.

Fabrice – Si tu veux progresser, il faut que tu te trouves un but, quelque chose que tu veux vraiment obtenir, atteindre, peu importe le prix, et t’y accrocher. A partir de là, tu pourras aller de l’avant car tu sauras quoi faire. Demande-toi juste ce que tu es prête à sacrifier. Qu’est-ce qui est le plus important pour toi ? Être à l’aise avec tout le monde ou seulement certaines personnes choisies ? Est-ce que tu accordes de l’importance à ce qu’on va penser de toi ? C’est ce genre de questions qu’il faut se poser… Tout dépend de tes objectifs.

Il rajouta un morceau de sucre dans sa tasse, tout en lui proposant un.

Fabrice – En fait, il ya deux types de personnes dans ce monde… D’abord les leadeurs, qui vont naturellement vers l’avant en entraînant les autres avec eux. Des personnes qui ne sauraient pas rester sur le côté sans agir, quel qu’en soit le prix. Puis les personnes plus lambda, qui ont besoin d’une personne à suivre. Tu peux te choisir un modèle. Choisis un camp et fais de ton mieux pour y progresser.

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MessageSujet: Re: Rencontre renversante   Lun 8 Juin - 23:41

[HJ: Hésites pas si t'as besoin de réac' :p]

-Colonel- J’ai eu l’aide d’une personne très précieuse pour moi aujourd’hui, quand j’avais ton âge, sourit-il. Une personne à qui je n’aurai jamais osé parler de moi-même si elle ne m’était pas tombée dessus sans crier gare… J’étais en première année à l’école militaire, j’étais blessé, il m’a surpris un soir alors que je me soignais seul et n’a pas apprécié. Parfois, tu vois, les rencontres arrivent un peu brusquement et on ne peut rien prévoir. Ça peut t’arriver aussi, à n’importe quel moment.

Mais... Si certaines rencontres pouvaient vous changer un homme et vous aider à devenir moins renfermé... Victoire ne voyait pas où était le mal. Si cette personne lui était devenue précieuse, ce n’était certainement pas pour une mauvaise raison, après tout. Redressa la tête, elle posa à nouveau son regard sur le Colonel, écoutant attentivement tout ce qu’il lui disait. Après tout, s’il pouvait l’aider, alors qu’il avait été comme elle à son âge, pourquoi pas ? Elle ne voyait plus rien de négatif, après tout, il lui aurait déjà fait du mal s’il l’avait réellement voulu. Ensuite, si le Colonel lui racontait cela, ce n’était sûrement pas pour la distraire ou pour se dévoiler sans raison, surtout si ça pouvait être compromettant, non ? Après, il ne précisait pas vraiment, donc...

Le Colonel reposa sa tasse et lui demandait si elle voulait un autre thé, ce à quoi elle hochait positivement de la tête, pour ne pas l’interrompre, tandis qu’elle l’observait toujours aussi attentive prendre la théière. Elle le fixait du regard, comme s’il allait s’échapper si elle arrêtait de le regarder ou... qu’elle manquerait des informations qui lui seraient utiles pour s’extérioriser par la suite.

-Colonel- Si tu veux progresser, il faut que tu te trouves un but, quelque chose que tu veux vraiment obtenir, atteindre, peu importe le prix, et t’y accrocher. A partir de là, tu pourras aller de l’avant car tu sauras quoi faire. Demande-toi juste ce que tu es prête à sacrifier. Qu’est-ce qui est le plus important pour toi ? Être à l’aise avec tout le monde ou seulement certaines personnes choisies ? Est-ce que tu accordes de l’importance à ce qu’on va penser de toi ? C’est ce genre de questions qu’il faut se poser… Tout dépend de tes objectifs.

De ses objectifs... Ses objectifs... Hum... Déjà, se débarrasser de cette timidité. Tandis qu’il lui proposa un sucre, elle réfléchissait. Mais après ? Eh bien... Elle aimerait bien être à l’aise avec tout le monde, et ne plus rougir sans cesse et ressentir un malaise étouffant dès qu’elle parlait avec qui que ce soit. Mais peut-être était-ce aussi parce qu’intérieurement elle se centrait toujours sur le regard que les autres avaient sur elle, sur ce qu’ils allaient penser d’elle.

Mais elle voulait réussir, atteindre son objectif, devenir à l’aise avec les autres et ne plus rougir inutilement. Maîtriser son don, pouvoir aider ses parents et peut-être après, bien après devenir médecin. Prouver à ses parents qu’ils n’avaient pas eu tort de l’envoyer ici. Enfin... Elle voulait se prouver que ses parents avaient eu raison. Qu’elle le méritait! Qu’ils ne suaient pas sang et eau pour qu’elle puisse obtenir son diplôme pour rien. Elle savait qu’ils étaient occupés, elle savait aussi que s’ils ne venaient pas la voir c’était pour une bonne raison... Mais son cœur n’était finalement pas du même avis que ce que son esprit lui disait. Après tout... Après tout, elle aimerait bien les voir de temps à autre.

-Colonel- En fait, il ya deux types de personnes dans ce monde… D’abord les leadeurs, qui vont naturellement vers l’avant en entraînant les autres avec eux. Des personnes qui ne sauraient pas rester sur le côté sans agir, quel qu’en soit le prix. Puis les personnes plus lambda, qui ont besoin d’une personne à suivre. Tu peux te choisir un modèle. Choisis un camp et fais de ton mieux pour y progresser.

Elle reprit ses esprits assez rapidement, dès qu’il eut repris la parole, en fait. Elle ne faisait pas partie des leadeurs, mais ne voulait pas rester sur le côté sans agir. Et ne pouvait pas le faire. On ne lui avait jamais appris à rester sur le côté, à laisser quelqu’un sur le bas-côté de la route. Après tout, elle faisait peut-être partie du peuple, mais... Elle refusait de laisser quelqu’un de côté. Préférant de loin le rester elle-même plutôt que de rejeter quelqu’un.

-Mais faire un choix signifie aussi qu’on abandonne quelqu’un. Qu’on vole sa place et qu’on l’empêche de progresser de son côté. J’aimerais ne plus avoir à rougir sans raison, ne plus être aussi... Aussi gênée. Mais le fait de sortir de ma bulle, de dire ce que je pense pourrait blesser les autres. Et... Si jamais je me plantais en beauté, si jamais on se moquait de moi ? Se choisir un modèle peut aussi signifier que l’on préfère quelqu’un aux autres. Non ?

Bon, Victoire admettait qu’elle réfléchissait de trop, qu’elle se posait encore beaucoup trop de questions. Mais... Elle ne voulait abandonner personne. Et ne voulait voler la place de personne. En plus, elle ne pouvait s’empêcher d’avoir peur de ce pourraient penser les autres. Peut-être avait-elle tort ? Peut-être ne devait-elle plus se soucier de cela. Et elle n’excluait pas cette option. Acceptant ainsi d’avoir tort, de se tromper. Choisir un modèle pouvait être péjoratif, selon elle. Et elle pourrait ainsi blesser quelqu’un, même sans le vouloir. Après, il était impossible de faire plaisir à tout le monde, impossible de ne blesser personne... Mais pourquoi ne pas faire tout ce qui était dans ses capacités pour éviter de blesser qui que ce soit le plus possible ? Seulement... Comment pouvait-elle sortir de son cocon si elle ne cessait de voir les côtés négatifs des conseils que lui donnait le Colonel ?

Elle n’arrivait pas à être elle-même avec les autres, et craignait leurs réactions. Qu’allaient-ils penser d’elle si elle s’habillait ainsi ? Que penserait-on d’elle si elle se mettait à danser en plein cours ? Quelle image cela donnerait si jamais elle laissait quelqu’un en danger sans réagir ? –en admettant qu’elle ne s’en voudrait pas elle-même, et qu’elle ne rebrousserait pas immédiatement chemin pour l’aider...- Après, elle ne cessait de craindre la réaction des autres, en plus d’avoir peur de leur faire du tort, de les blesser aussi bien physiquement que psychologiquement... Ça la bloquait, l’empêchait d’avancer. Et le fait qu’elle ait débarqué au milieu de l’année n’arrangeait rien, bien qu’elle se soit inscrite depuis très longtemps à présent. Elle le réalisait.

-Et peut  impliquer de devoir blesser quelqu’un... Je ne doute pas de ce que vous dites, que du contraire. Mais...

« J’ai peur. » Voilà ce qu’elle aurait voulu dire. Sa gorge se noua et elle posa son regard sur le bureau en face d’elle, ne cessant de se poser des questions. Et se poser autant de questions l’envahissait, lui empoisonnait la vie. Pourquoi fallait-il qu’elle ait si peur et soit si gênée en présence des autres ? Pourquoi fallait-il qu’elle ait peur de faire le moindre faux pas, la moindre erreur ? N’apprenait-on pas de nos erreurs ? N’évoluions-nous pas grâce à elles ?
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MessageSujet: Re: Rencontre renversante   Mar 16 Juin - 15:39

Fabrice ne le rajouta pas pour ne pas faire trembler un peu plus la jeune élève, amis intérieurement, il songeait que la place de chef n’était pas très enviable lorsqu’on arrivait dans une situation un peu tendue. Viser le chef pour abattre son camp, c’était le principe de base, tout le monde savait cela ! Et tout le monde n’était pas non plus fait pour gagner cette place. Il fallait posséder un certain caractère pour être un bon dirigeant, surtout en temps de guerre. Ne pas avoir peur, ne pas être timide, savoir imposer ses idées et une ligne de conduite. Cela pouvait s’apprendre mais il y avait des personnes qui n’étaient tout simplement pas faites pour ça, voilà tout.

– Mais faire un choix signifie aussi qu’on abandonne quelqu’un. Qu’on vole sa place et qu’on l’empêche de progresser de son côté. J’aimerais ne plus avoir à rougir sans raison, ne plus être aussi... Aussi gênée. Mais le fait de sortir de ma bulle, de dire ce que je pense pourrait blesser les autres. Et... Si jamais je me plantais en beauté, si jamais on se moquait de moi ? Se choisir un modèle peut aussi signifier que l’on préfère quelqu’un aux autres. Non ?

Ouh là, mais cette fille était complètement névrosée, en réalité, il avait un peu de mal à le croire. Et il ne comprenait pas non plus par quelle machination de la nature elle avait bien pu arriver à penser de cette façon. Il lui jeta un long regard perplexe, réfléchissant à tous les scenarios pouvant faire qu’une personne de cet âge puisse penser voler la place d’un autre en progressant elle-même. Heu, une éducation ratée ? Elle n’avait pas l’air de sortir d’un quartier miséreux, pourtant, elle était polie et bien élevée, quoi que d’une timidité maladive. C’était même un handicap, à ce point-là. Ou bien des moqueries en primaire ? Ça ne tenait pas la route. Un enlèvement à l’âge de dix ans par des extraterrestres venus envahir la terre en affaiblissant déjà leur race grâce à leur pouvoir de « névrosation » sur les petits enfants ? Huum, non. Il devrait arrêter de boire du thé, c’était très mauvais pour son cerveau, surtout lorsqu’il était déjà fatigué. Il jeta discrètement le reste de sa tasse dans l’évier, un peu gêné.

– Et peut impliquer de devoir blesser quelqu’un... Je ne doute pas de ce que vous dites, que du contraire. Mais...

Il sourcilla légèrement reposant sa tasse miraculeusement vide sur le bureau, s’essuyant la bouche avec un mouchoir propre.

– Tu penses que ta propre progression va empêcher une autre personne de progresser aussi ? Pardon, mais c’est vraiment très tordu, comme idée, comment peux-tu penser ça ?

Il retint un rire, reprenant son souffle. Ah là là, les gamins pouvaient avoir de ces idées, parfois ! Il n’avait absolument aucune idée de la façon dont elle était arrivée à songer cela, mais elle devait ce sortir cette idiotie de la tête si elle voulait vivre en paix ! Il lui dit de reprendre du thé, si elle voulait, avec un signe en direction de la théière.

– Et bien sûr que choisir un modèle signifie que tu préfères une personne à une autre, mais ça, la miss, c’est l’ordre naturel des choses. Tu ne pourras jamais aimer tout le monde et tu auras forcément des personnes qui ne t’aimeront pas. Soit, qu’y faire ? C’est la vie, comme on le dit souvent. Blesser les autres fait aussi parti de la vie. Le tout est de réussir à s’excuser si tu blesses une personne à qui tu tiens vraiment. Mais il ne faut pas s’empêcher de parler ou agir pour autant, tu sais, seules les personnes trop susceptibles se vexent facilement.

Il se leva pour aller déposer sa tasse dans l’évier puis revint s’asseoir, la considérant d’un air très sérieux. Il avait très envie de lui conseiller d’aller consulter un psychologue mais ne savait pas comment le faire sans être vexant. En plus de ça, ce n’était pas son rôle, il n’était pas son père ni un membre de la famille.

– Tu as le droit de faire des erreurs, comme tout le monde, et de faire tes propres choix. Avec ça, je ne pense pas que tu sois si renfermée que tu le dis. Regarde-toi, tu es en train de discuter avec un militaire, seule, alors que tout le monde nous cache dessus et tu n’as pas peur pour autant ! A moins que tu ne le caches très bien.

Il eut un petit rire puis reprit son sérieux, se rencognant dans son fauteuil.

– Tu pourrais essayer de participer à des activités ou des options, pour te faire des amis ? En tout cas, tu pourras revenir me parler, s’il t’en prend l’envie, tu sais où je travaille dans cette école, maintenant.

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MessageSujet: Re: Rencontre renversante   Dim 19 Juil - 18:41

Ne nous permettaient-elles pas de changer pour voir les choses différemment suivant les conséquences ? Victoire retint un soupir, tandis qu’elle vit le Colonel reposer sa tasse, vide. Il avait déjà fini ?

-Colonel- Tu penses que ta propre progression va empêcher une autre personne de progresser aussi ? Pardon, mais c’est vraiment très tordu, comme idée, comment peux-tu penser ça ?

Faisant un signe en direction de la théière, le colonel lui dit qu’elle pouvait reprendre un thé si elle le voulait, ce à quoi elle refusa poliment par un geste. Elle réfléchissait, se replongeant dans son raisonnement afin de savoir comment elle avait pût arriver à une conclusion pareille. Elle avait cherché à faire comprendre un raisonnement qui lui avait paru tout à fait logique, à la base. Mais maintenant qu’il relevait ce point... Elle ne savait plus.

-Colonel- Et bien sûr que choisir un modèle signifie que tu préfères une personne à une autre, mais ça, la miss, c’est l’ordre naturel des choses. Tu ne pourras jamais aimer tout le monde et tu auras forcément des personnes qui ne t’aimeront pas. Soit, qu’y faire ? C’est la vie, comme on le dit souvent. Blesser les autres fait aussi parti de la vie. Le tout est de réussir à s’excuser si tu blesses une personne à qui tu tiens vraiment. Mais il ne faut pas s’empêcher de parler ou agir pour autant, tu sais, seules les personnes trop susceptibles se vexent facilement.

Mais à partir du moment où l’ont ne voulait pas blesser les autres ? Comment pouvait-on faire pour éviter de le faire le plus possible ? S’excuser était une option, mais cela changeait-il le résultat ? Bien sûr que non... Victoire ne voulait pas blesser qui que ce soit, même si elle n’appréciait pas la personne. Cela ne lui donnait pas pour autant le droit de la blesser... Mais elle devait admettre qu’il n’avait pas tort.

L’être humain est un être qui possède beaucoup de défauts, défauts qui se comblent par ses qualités... Mais des défauts quand même. On ne pouvait pas apprécier tout le monde, on ne pouvait pas ne jamais blesser qui que ce soit, c’était impossible. Elle resserra sa prise sur sa tasse parce qu’elle savait qu’elle avait tort de s’empêcher de parler avec cette peur. Mais... C’était un genre de blocage qu’elle avait. Elle regardait le Colonel se lever pour aller déposer sa tasse dans l’évier. Elle savait, tout ça. Seulement, elle avait visiblement besoin qu’on le lui rappelle.

-Colonel- Tu as le droit de faire des erreurs, comme tout le monde, et de faire tes propres choix. Avec ça, je ne pense pas que tu sois si renfermée que tu le dis. Regarde-toi, tu es en train de discuter avec un militaire, seule, alors que tout le monde nous crache dessus et tu n’as pas peur pour autant ! À moins que tu ne le caches très bien.

Les erreurs entraînaient la déception. Et elle ne voulait pas décevoir ses parents. Elle ne voulait pas décevoir ses proches. Si elle était venue ici, si elle avait aussi peur, peut-être était-ce parce que, justement elle ne voulait pas être décevante ? Parce qu’elle ne voulait pas être un boulet, parce qu’elle savait qu’une erreur pouvait avoir des conséquences... Qu’elle préférait éviter. Mais une fois de plus, elle devait avouer qu’il avait raison et qu’il touchait dans le mille.

Bien qu’elle n’était pas d’accord avec lui lorsqu’il disait qu’elle n’était pas renfermée. Elle l’était, la situation était différente étant donné qu’il l’avait rassurée et mise en confiance... Tout était différent. Le fait qu’il ne l’ait pas attaquée, le fait qu’il l’ait retrouvé en pleure, aussi. Qu'il l'ait bousculée... Sans oublier le fait qu'elle l'ait vu en Auvergne ! Enfin, elle avait plus entendu parler de lui qu'autre chose. Et puis... Elle savait quand même ce qu’elle disait ! Sauf peut-être pour l’histoire d’empêcher les autres d’évoluer, admettons. Le rire du colonel la fit sortir de ses pensées, puis il reprit son sérieux tandis qu’elle se renfrognait sur son fauteuil. Elle ne voyait pas vraiment ce qui était drôle... Naïveté à part.

-Colonel- Tu pourrais essayer de participer à des activités ou des options, pour te faire des amis ? En tout cas, tu pourras revenir me parler, s’il t’en prend l’envie, tu sais où je travaille dans cette école, maintenant.

Elle hocha de la tête alors qu’il parlait encore. Elle participera à des activités, oui. Même si elle participait déjà aux cours d’arts martiaux. Et puis, elle irait plus souvent avec Adeline et Océane, maintenant. Sans oublier qu’elle pouvait revenir ici... À moins qu’il ne dise ça par politesse ? En tout cas, elle n’hésiterait pas.... Enfin, pas beaucoup. Bon, d’accord, elle hésiterait de peur de le déranger. Mais... Il ne fallait pas oublier qu’il s’agissait de Victoire, quand même. Et puis, il pouvait très bien dire ça par gentillesse, ou politesse, plutôt.

-Je suis renfermée, dit-elle. Seulement... Vous m’avez mise en confiance, même si j’ignore pourquoi je parle autant ici alors qu’en général je n’y arrive pas... Enfin, pas aussi facilement, ni sans gêne. Je sais que les militaires ont une mauvaise réputation. D’ailleurs, je ne les vois pas du bon œil. Seulement vous êtes gentil... Et puis je vous ai déjà vu en Auvergne, aussi. Donc ça aide, surtout que tout le monde parlait de vous, après ça.

Elle fit une courte pose, essayant maintenant de comprendre comment elle en était arrivée à cette conclusion... C’était illogique, maintenant qu’elle y repensait. Sauf si...

-Et mon propre raisonnement m’échappe. Autant quand je l’ai dit, ça me paraissait logique, autant maintenant... Je ne vois même plus comment j’en suis arrivée à penser à ça. J’ai voulu faire un lien avec une liste d’inscription limitée dans une école, je pense. Comme si... En m’inscrivant moi, j’empêche quelqu’un de le faire, donc de progresser à cause de ça...

Voilà, mais elle avait l’impression de s’être encore plus enfoncée qu’autre chose... Peut-être devrait-elle arrêter de dire des idioties à voix haute. C’était dangereux lorsqu’elle essayait de se justifier par après, voir encore pire que l’idiotie qu’elle essayait de justifier, vu qu’elle ne la comprenait pas. Elle ne savait plus si c’était une aussi bonne idée de sortir de sa bulle... Pourquoi avait-elle cherché à comparer quelque chose qu’on ne compare pas ? Elle soupira, réalisant qu’elle s’enfonçait encore davantage.

-Désolée, ça n’à aucun sens...

Elle sentit le feu lui monter aux joues, se sentant mal à l’aise, tout d’un coup. Elle serra ses doigts contre la tasse, la déposant sur le bureau pour finir par chercher à changer de sujet.

-Je participe déjà au cours d’Arts martiaux, dit-elle pour changer de sujet. Seulement je n’ose pas parler avec les autres. Même si je sais que vous avez raison, et que j’ai le droit à l’erreur, j’ai peur de décevoir mes parents ou mes proches, comme j’ai peur de décevoir qui que ce soit. Ni blesser qui que ce soit... Je sais que c’est difficile, voir même impossible de ne blesser ni décevoir personne, qu’il y a toujours quelqu’un de lésé dans l’histoire. Toujours des personnes qui sont déçues ou blessées. Mais... enfin, voilà.

Elle baissa la tête et se repositionna dans le fauteuil. Elle soupira. Il était militaire, ce qui voulait dire qu’il avait probablement déjà tué ou... blesser des êtres vivants. Pourquoi n’avait-il pas l’air d’avoir peur ? Pourquoi... Et comment faisait-il ? Elle, de son côté, elle n’arrêtait pas d’avoir peur de ce que pourraient bien penser les autres... Elle ne comprenait pas.

- Comment faites-vous pour ne pas avoir peur de ce que les autres vont penser de vous ? Si vous les blessez, par exemple. Ou si vous tuez quelqu'un ?

Elle baissa la tête en réalisant que ça ne la regardait pas et rajouta

-Désolée, je sais que ça ne me regarde pas, mais je me le demandais vu... Vu ce que vous avez dit en Auvergne.
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Fabrice Gavin
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MessageSujet: Re: Rencontre renversante   Mer 29 Juil - 10:11

– Je suis renfermée, dit-elle. Seulement... Vous m’avez mise en confiance, même si j’ignore pourquoi je parle autant ici alors qu’en général je n’y arrive pas... Enfin, pas aussi facilement, ni sans gêne. Je sais que les militaires ont une mauvaise réputation. D’ailleurs, je ne les vois pas du bon œil. Seulement vous êtes gentil... Et puis je vous ai déjà vu en Auvergne, aussi. Donc ça aide, surtout que tout le monde parlait de vous, après ça.

Fabrice se mordit la lèvre, peinant à comprendre ce qu’il avait bien pu dire de spécial dans ce charmant voyage…. C’était bien la première fois qu’une personne extérieure à son équipe lui disait qu’il mettait en confiance, car d’ordinaire, c’était plutôt l’inverse, on se méfiait de lui très naturellement. Et voilà qu’il mettait une lycéenne en confiance ? Mais il y avait cette histoire avec l’Auvergne. Il nota mentalement d’en parler avec son équipe, au moins pour comprendre ce qui avait bien pu déclencher cette confiance ». Parce qu’à part se prendre la tête avec un crétin immature et incohérent… Sérieusement, qu’est-ce qui s’était passé ? Il se refit toute la scène vite fait en essayant de retrouver un élément, un détail, qui ferait toute la différence, mais il était toujours aussi perdu. Il ne pouvait quand même pas poser la question à Victoire, avec ça.

– Et mon propre raisonnement m’échappe. Autant quand je l’ai dit, ça me paraissait logique, autant maintenant... Je ne vois même plus comment j’en suis arrivée à penser à ça. J’ai voulu faire un lien avec une liste d’inscription limitée dans une école, je pense. Comme si... En m’inscrivant moi, j’empêche quelqu’un de le faire, donc de progresser à cause de ça...

Hein ? Ce qu’elle venait de dire tira le Colonel de ses pensées et il la regarda avec des yeux ronds. Ila avait dû laisser tomber un truc pas très net dans le thé, car elle disait des choses sans logique et lui-même ne comprenait plus rien. A moins que ce ne soit la fatigue, tout simplement. Il avait l’impression d’avoir la gueule de bois alors qu’il n’avait pas bu une seule goutte d’alcool, c’était parfaitement injuste. Bon, on se calme, on se reprend, on remet le cerveau en état de marche ! Il savait qu’il était fatigué, mais tout de même, pas à ce point-là. La journée avait été longue pour elle comme pour lui donc ils devraient en revenir à des sujets de conversation un peu plus basiques et normaux. Il n’avait aucune idée, lui, de la façon dont il pourrait faire une psychanalyse pour Victoire ni comment la convaincre de sortir de sa bulle. On l’avait pour lui mais il ne l’avait jamais fait pour une autre personne. Et il n’était pas sûr, de toute façon, que la même méthode fonctionne pour elle. Elle s’évanouirait si on lui demandait d’entrer à l’école militaire.

– Désolée, ça n’à aucun sens...

Ah ça, ils étaient d’accord, ça n’avait en effet aucun sens, mais il mettait sur le compte du thé, de la fatigue, de sa crise de larme et de son manque de confiance en elle. Elle reposa la tasse sur le bureau, vide, juste au moment où il allait lui conseiller d’arrêter d’en boire. Bon, trop tard, mais il songeait de plus en plus sérieusement à faire examiner ce thé. Il devait y avoir un truc dedans.

– Je participe déjà au cours d’Arts martiaux, dit-elle pour changer de sujet. Seulement je n’ose pas parler avec les autres. Même si je sais que vous avez raison, et que j’ai le droit à l’erreur, j’ai peur de décevoir mes parents ou mes proches, comme j’ai peur de décevoir qui que ce soit. Ni blesser qui que ce soit... Je sais que c’est difficile, voir même impossible de ne blesser ni décevoir personne, qu’il y a toujours quelqu’un de lésé dans l’histoire. Toujours des personnes qui sont déçues ou blessées. Mais... enfin, voilà.

Ah, d’accord, il comprenait mieux. Voilà pourquoi il n’avait pas décelé de suite son problème, puisqu’il pensait très exactement l’inverse. La peur de décevoir les autres, vouloir renvoyer une image positive, ne pas blesser qui que ce soit, ne pas décevoir, ne pas faire d’erreurs, autant de concepts qu’il avait jeté derrière lui comme si ça ne valait rien. Et ça ne valait effectivement rien, à ses yeux, ce qui était la première des raisons pour lesquelles il était assez haï, dans l’armée. Une majeure partie des troupes le détestait pour cela, pour son manque de tact, d’inhibition, parce qu’il faisait ce qu’il voulait sans se préoccuper si c’était « bien » ou « mal », car il ne se posait pas de barrière. En résumé, car il était beaucoup trop franc et ne se souciait pas d’être blessant. Certains aimaient ce caractère mais ils n’étaient pas nombreux. Fabrice se comportait souvent comme un immonde salaud, il le savait très bien, mais il était loyal.

– Comment faites-vous pour ne pas avoir peur de ce que les autres vont penser de vous ? Si vous les blessez, par exemple. Ou si vous tuez quelqu'un ? Désolée, je sais que ça ne me regarde pas, mais je me le demandais vu... Vu ce que vous avez dit en Auvergne.

Encore l’Auvergne, il devait vraiment savoir ce qui s’était passé là-bas, au juste, ce qu’il avait dit qui ait été si marquant. Il haussa légèrement les épaules, se doutant qu’elle n’allait pas comprendre son mode de pensée, comme lui avait du mal à comprendre le sien, mais ça ne coûtait rien de lui dire, qu’elle sache au moins à quoi s’en tenir.

– C’est juste un mode pensée. Pour moi, les opinions des autres, à part certaines personnes choisies, sont juste un frein. Je me fiche de ce que le monde peut penser de moi, tout le monde pour me prendre pour une ordure ou je ne sais quoi, ce n’est pas mon problème. Je peux même passer volontairement pour le pire des salauds si ça m’aide à atteindre mes objectifs. Peu importe qu’on me haïsse. J’ai appris à me détacher de l’opinion des autres pour ne pas être freiné, ne plus avoir peur, pouvoir agir comme je le voulais tout simplement.

Il fit un vague geste de la main avec un petit sourire. Oui, ça pouvait paraître bizarre, voir malsain, mais chacun sn mode de vie. Il était loin d’être un ange et un soldat avait forcément l’étiquette d’assassin. On ne prenait pas une arme en main pour la paix dans le monde ou soigner des maladies, on ne portait pas non plus cet uniforme pour le simple plaisir ou il ne savait quoi encore. Une arme était faite pour trouer la peau d’un autre être humain, point final.

– Pour le reste, si je tue quelqu’un… Bien sûr que je l’ai déjà fait, ne serait-ce que durant la Grande Guerre, puis ensuite, pendant mes missions. Non, je ne pleure pas à chaque mort, je ne regrette pas non plus. C’est mon métier, je sais pourquoi je le fais, je sais que ça n’engendre que le chagrin et la haine. Je ne sais pas si tu peux vraiment comprendre cela, mais… Chacun de nous a une raison, pour rentrer dans l’armée. Nous avons une façon de penser très différente de celle des civils, tu sais.

Il retint un rire, bien que ce qu’il venait de dire n’avait absolument rien de drôle. Il soupira légèrement ensuite en regardant Victoire, se demandant ce qu’une lycéenne aussi timide pouvait bien penser de tout ce qu’il venait de lui dire.

– Honnêtement, je ne sais plus ce que j’ai bien pu dire en Auvergne qui facilite la confiance. Enfin, peu importe. Tu as d’autres questions ? Sinon, je vais te laisser, tes amis vont finir par croire que je t’ai kidnappée.

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MessageSujet: Re: Rencontre renversante   Jeu 20 Aoû - 22:47

Le Colonel haussa les épaules tandis que Victoire le regardait encore, attendant une réponse de sa part. Pour elle, c’était une véritable épreuve à parcourir. Elle ne comprenait pas comment on pouvait devenir militaire… Bon, le fait de vouloir protéger son pays était sans doute une bonne raison à ça. Vouloir fuir sa famille lorsqu’on en avait peur aussi. Il y avait bien des raisons possibles, mais la jeune Collin ne pouvait pas s’imaginer entrer dans l’armée, elle. Pas alors qu’elle était terrifiée à la seule idée de blesser quelqu’un aussi bien physiquement que mentalement. Si les êtres humains avaient été créés, alors c’était sans doute pour une bonne raison. Et pas pour s’entre-tuer. En tout cas, pour elle s’était évident. Alors elle voulait savoir comment il faisait pour ne pas avoir peur.

-Colonel- C’est juste un mode pensée. Pour moi, les opinions des autres, à part certaines personnes choisies, sont juste un frein. Je me fiche de ce que le monde peut penser de moi, tout le monde pour me prendre pour une ordure ou je ne sais quoi, ce n’est pas mon problème. Je peux même passer volontairement pour le pire des salauds si ça m’aide à atteindre mes objectifs. Peu importe qu’on me haïsse. J’ai appris à me détacher de l’opinion des autres pour ne pas être freiné, ne plus avoir peur, pouvoir agir comme je le voulais tout simplement.

Victoire comprit qu’il voyait les choses d’une manière complètement différente d’elle. Elle le vit faire un vague geste de la main avant de sourire. L’opinion des autres, un frein ? Dans un sens, oui. Mais elle était comme ça, elle pensait plus aux autres qu’à elle-même. Si on la détestait, elle cherchait à en savoir la raison. Si on l’aimait… Elle voulait aussi comprendre pourquoi. Mais elle ne pouvait pas se moquer de ce que pensaient les autres d’elle. Elle n’y arrivait tout simplement pas. D’une certaine façon elle ne pouvait s’empêcher d’admirer son détachement. Mais de l’autre, elle trouvait ça malsain. Mais il avait une autre vision des choses, ce qui rendant la situation différente pour lui, probablement. Elle ne pouvait pas supporter l’idée même de décevoir quelqu’un, alors que lui ne se laissait pas aller à se « freiner » par les autres.

-Colonel- Pour le reste, si je tue quelqu’un… Bien sûr que je l’ai déjà fait, ne serait-ce que durant la Grande Guerre, puis ensuite, pendant mes missions. Non, je ne pleure pas à chaque mort, je ne regrette pas non plus. C’est mon métier, je sais pourquoi je le fais, je sais que ça n’engendre que le chagrin et la haine. Je ne sais pas si tu peux vraiment comprendre cela, mais… Chacun de nous a une raison, pour rentrer dans l’armée. Nous avons une façon de penser très différente de celle des civils, tu sais.

Elle pouvait comprendre que les militaires pensent différemment qu’eux, après tout, elle n’avait pas participé à une guerre, elle ne pouvait pas savoir ce qui se passait sur le champ de bataille. Peut-être que rentrer dans l’armée demandait d’avoir une bonne raison. Peut-être aussi qu’il fallait accepter de faire certaines choses sans rechigner… Mais tuer quelqu’un ? Elle ne savait pas vraiment comment réagir. Tuer revenait à accepter le fait de faire souffrir quelqu’un, de lui enlever un être cher… Elle ne comprenait pas. Ne pas regretter est une chose, ne pas pleurer en est une autre. Et lui le faisait sans remords, d’après ce qu’il lui disait. Cela impliquait alors qu’il accepterait de faire n’importe quoi ? Où était la limite, dans ce cas ? Il soupira légèrement alors que Victoire regardait dans le vide avant de sentir le regard du Colonel sur elle.

-Colonel- Honnêtement, je ne sais plus ce que j’ai bien pu dire en Auvergne qui facilite la confiance. Enfin, peu importe. Tu as d’autres questions ? Sinon, je vais te laisser, tes amis vont finir par croire que je t’ai kidnappée.

Elle réfléchit un instant, constatant que ce n’était pas tant l’Auvergne qui la mettait en confiance, c’était le tout. Visiblement, il lui aurait déjà fait du mal s’il l’avait voulu. Elle avait confiance sans vraiment pouvoir expliquer pourquoi, au final. Elle pensait tellement de choses qu’il était difficile pour elle de mettre des mots sur ses idées. En clair, il ne voulait pas de mal aux enfants et n’était pas rentré à l’armée pour ça. Alors, pourquoi travailler ici ? Pourquoi avoir accepté de venir à Ste Famille, dans ce cas ?

-Plus vraiment, dit-elle. Merci de m’avoir accordé un peu de votre temps.

Victoire se leva du fauteuil tout en reprenant ses affaires. Elle sourit, reconnaissante même si elle ne pouvait pas vraiment comprendre sa vision des choses. Elle ne pleurait plus, même si elle ne savait pas vraiment comment faire pour parer à son problème… Elle devait changer et veillerait à faire des efforts tout en allant vers les autres. Elle savait qu’elle avait le droit à l’erreur, mais… Elle ne voulait décevoir personne. Enfin…

- Je vais vous laisser à vos occupations, finit-elle par dire. Je ne veux pas vous prendre plus de temps que nécessaire, je vous remercie pour vos conseils… Et de m’avoir écoutée.

Elle sourit, reconnaissante avant de finir par le saluer comme il se doit. Ce ne fut que lorsqu’elle fut sûre qu’il n’avait rien à rajouter qu’elle s’en alla. Elle suivrait les conseils qu’on lui donnait et savait maintenant qu’elle pouvait trouver une oreille attentive ici, les militaires n’étaient visiblement pas tous méchants. Elle sourit une fois qu’elle eut refermé la porte derrière elle. Sa journée s’était peut-être mal commencée, mais elle commençait à bien tourner. Elle retourna étudier dans son coin, parce que les examens n’allaient pas se faire tous seuls. Après, elle pourrait probablement rejoindre Océane et Adeline… Cela restait à méditer.
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