1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Visite dominicale

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Albert J. Bradley
Maréchal
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MessageSujet: Visite dominicale   Dim 15 Fév - 18:59

– Ce... C'est elle ?

– Oui, répondit très paisiblement Albert, debout devant la fenêtre, les mains derrière le dos, observant les ruines dans le village. Impressionnant, n'est-ce pas ?

– Elle est... C'est... Et elle vient aujourd'hui ? Ici ?!

– Vous avez peur ?

– De me faire tuer ou ensevelir ? Oui !

Albert ne répondit pas, les yeux dans le vague. A quoi bon avoir peur ? Ce n'était pour rien si elle était le chef de file de l'opposition, ni si son don les intéressait temps. Mais ça ne semblait pas être l'avis de son aide de camp qui semblait vraiment très nerveux, songeant sans doute au moment où il allait devoir dire bonjour à leur "invitée" et lui serrer la main. Le Maréchal se détourna, quittant son bureau, suivit par son aide. Un voiture était partie chercher la jeune femme, et la caserne était déjà en ébullition. Le journal paru la veille avait fait son petit effet... Sans compter "l'incident" qui avait frappé la rédaction du journal par la suite. Tous les militaires ne parlaient plus que de ça. Il y avait les terrifiés, ceux qui étaient amusés, ceux qui criaient qu'elle avait bien fait, et ceux qui la traitaient de dingue bonne à enfermer. Albert eut un léger sourire, tout en descendant les escaliers. Quelle agitation... Mais, dans un sens, c'était aussi amusant. On ne recrutait pas souvent de telles personnes dans une armée. Son aide ne semblait pas du même avis, car il ne cessait d'observer l'entrée de la caserne.

– Elle... Elle arrive !

Il s'arrêta devant les portes du bâtiment central, bien droit dans ses bottes. La voiture s'arrêta, puis la jeune femme en descendit. Il la salua de façon martiale, imité par son aide de camp qui était devenu très blême. Madame, bienvenue ! Il lui serra tout de même la main, un léger sourire flottant sur ses lèvres, mais n'obligea pas son assistant à faire de même. Il indiqua plutôt à la jeune mère de le suivre, parfaitement courtois. L'agitation avait brusquement enflé, parmi ceux qui se trouvaient dans la cour, et les murmures allaient bon train. Il la guida à travers les terrains d'entraînement, impassible désormais, en échangeant tout d'abord quelques banalités. Il s'arrêta près du champ de tir que l'on était en train de réparer et nettoyer, bien droit dans son uniforme.

– Cette caserne a été agrandie, saviez-vous ? Depuis deux ans, quand nous avons débuté nos travaux et recherches. Cette région est tranquille et à l'écart, sans être trop éloignée de Paris. Un très bel endroit. Suivez-moi.

Il l'escorta jusqu'aux bâtiments administratifs, où il avait fait réunir les généraux de France. Il l'invita à entrer dans une salle en fond de couloir, où une longue table était installée, entourée de dix chaises, dont neuf étaient occupées par ses généraux. Une onzième chaise, la sienne, siégeait en tête de la table. Le mur derrière supportait une très grande carte du pays, où étaient épinglées les bases de l'armée et divers bâtiments importants. Les généraux se levèrent et saluèrent, alors qu'il refermait la porte. Son aide de camp restait en retrait, surveillant la jeune femme du coin de l'œil.

– Ces messieurs ici présents sont les chefs de l'armée régulière du pays, sous mes ordres, dit-il d'une voix forte et rigoureuse. Une armée qui se doit d'être soudée et unie. Nous devons rallier chaque soldat, chaque habitant de ce pays. Dans toutes leurs opinions.

Il se retourna vers la jeune femme, avec un air grave et sérieux. Cette armée devait être une, devait former un tout, être indestructible. Ils devaient faire front commun. Il croisa son regard soupçonneux, puis elle jeta un regard bien noir aux autres généraux. Fort caractère... Qui ne s'arrangea pas lorsqu'elle couva le général Karinof d'un air encore plus mauvais et glacial. Certains hommes sourirent, conscients qu'elle ne rêvait sans doute que de le liquider sur-place. Voilà qui promettait des jours heureux. Un autre aide de camp frappa à une petite porte latérale, puis entra, un paquet de vêtements dans les bras, avec un manteau noir. Un uniforme complet, réglementaire. L'aide les donna à la jeune femme, avec prudence.

– Voici votre uniforme. Bienvenue dans notre armée. Vous voilà Général de division.

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Gabriella de Lizeux
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MessageSujet: Re: Visite dominicale   Dim 15 Fév - 21:01

Estelle avait accepté de garder les deux petits, aujourd'hui, et était en train de jouer avec eux, penchée sur leur berceau, pendant que Gaby enfilait une chemise et une jupe longue. Des habits parfaitement sobres et passes-partout, car elle ne voulait pas qu'on la remarque plus que nécessaire. Elle laissa ses cheveux flotter librement, levant les yeux au ciel devant Estelle qui faisait des bruits bizarres pour amuser les deux enfants. Pas la peine de leur parler comme s'ils étaient tous les deux débiles ! On pouvait très bien parler normalement à un bébé, il comprenait bien plus de choses qu'on ne pouvait le penser. Elle enfila ses chaussures puis alla vérifier qu'elle avait bien tout préparé pour Estelle. Des biberons, des couches, un numéro où la joindre en cas d'urgence... Urgence autant concernant ses enfants que concernant l'école, par ailleurs. Si jamais il arrivait quelque chose durant le temps où elle sera là-bas... Elle s'inquiétait de partir tout une journée en laissant ses élèves comme ça. Et si les "médecins" en profitaient ? Elle espérait revenir très vite de la caserne, afin de s'assurer elle-même que tout allait bien. Enfin. Kimmitsu, Adrien, et quelques autres étaient là, au moins.

Revenant dans le salon, elle prit son manteau, réfléchit une seconde, puis le reposa. Il faisait encore très chaud, aujourd'hui, inutile de s'encombrer plus que nécessaire, et elle voulait avoir les mains libres en cas de problème. Non qu'elle soit paranoïaque, mais elle se méfiait. Elle tenait à pouvoir réagir très vite sans être gênée par quoi que ce soit une fois sur-place ! Prête, elle regagna sa chambre puis embrassa chacun de ses deux enfants sur le front, trop tendue pour sourire, mais se forçant néanmoins. Au moins pour eux, les rassurer. Elle avait encore l'article de la veille coincé dans la gorge, et ne voulait pas en rajouter. Elle se redressa, après un dernier regard pour ses enfants.

Gabriella – Je vais y aller. Je ne sais pas quand je rentrerais, exactement. Merci de les garder, Estelle.

Elle lui fit signe, puis quitta ses appartements, s'engageant dans l'escalier. Au fur et à mesure qu'elle descendait, elle chassa peu à peu tout sentiment parasite pour ne laisser place qu'à la détermination et au plan qu'elle s'était fixée. Ce n'était surtout pas le moment de se laisser distraire ! Dans le hall d'entrée, un soldat l'attendait déjà, près des portes, et de sa voiture. Elle hocha la tête pour le saluer, sans un mot, et s'assit docilement à l'arrière. Elle aurait pu s'y rendre avec sa propre voiture, ou même à pied, la conduire était ridicule ! A moins qu'ils ne veuillent la kidnapper pour l'emmener autre part ... ? Elle se raidit, puis se força à se détendre en voyant qu'ils allaient bel et bien à la caserne. Très bien, pas de coup bas, cette fois, cela changeait. Les bras croisés, elle regarda les types qui gardaient l'entrée, leur trouvant un air bizarre. Pourquoi la fixaient-ils comme ça ? La voiture fila jusqu'à un autre bâtiment, et elle ne descendit avec dignité. Le Maréchal était là pour l'accueillir, à sa manière, et elle plissa les lèvres en lui serrant la main.

Elle lui suivit lorsqu'il l'y invita, marchant à ses côtés en gardant un air froid et distant. Cette comédie ne rimait à rien, sinon à poursuivre leur petit jeu. Elle n'écoutait que d'une oreille ce qu'il lui disait, déjà bien occupée à repérer chaque bâtiment, leur fonction, la place des sorties et entrées, et les mouvements des patrouilles. Cela pouvait toujours servir. Elle répondait brièvement au Maréchal, notant la tête de certains soldats, qui murmuraient sur leur passage. Quoi, encore ?! La foudre d'hier ne leur avait pas suffit, ils en voulaient un peu plus ? S'il n'y avait que ça pour leur faire plaisir, elle y était toute disposée ! Rien ne la calmait mieux que de griller sur place les imbéciles comme de vulgaires cochons rôtis. Le Maréchal s'arrêta tout à coup, dans son attitude très martiale. Il espérait l'impressionner ainsi ?

Bradley – Cette caserne a été agrandie, saviez-vous ? Depuis deux ans, quand nous avons débuté nos travaux et recherches. Cette région est tranquille et à l'écart, sans être trop éloignée de Paris. Un très bel endroit. Suivez-moi.

Depuis deux ans, n'est-ce pas ? Des travaux et des recherches... Elle retint une remarque acide, marchant tout en jetant un regard de bais, vers l'école qui se dressait au loin. Tout se passait bien, là-bas ? Ses alliés veillaient ? Il n'y avait pas eu de problème ? Elle reporta le regard sur les couloirs où le militaire la guidait, les trouvant bien plus chics, d'un seul coup. Où l'emmenait-il ? Elle croisa quelques hommes, des hauts gradés pour la plupart, puis des femmes avec la tenue réglementaire, sauf qu'elles portaient une jupe et des talons. Des secrétaires ? Ce devait être le cœur de l'administration. Humph. Ils entrèrent dans une autre salle, tout au bout d'un couloir. Elle tiqua en voyant toute une brochette de généraux, se lever de leurs places et claquer des talons en saluant. Même le crétin de Karinof était là... Neuf hommes, autour d'une longue table. Que faisaient-ils ici ? Elle se tendit d'une façon magistrale, sentant son pouvoir courir dans ses veines.

S'ils étaient tous réunis ici, ce ne pouvait être que pour lui faire un simulacre de procès, ou quelque chose de ce genre ! Mais ils ne pourront pas la tuer sans qu'elle combatte. elle avait son arme, ainsi que son don. femme ou non, seule ou pas, elle se défendra jusqu'au bout. Ils n'obtiendront pas les pleins pouvoirs sur l'école et ses élèves si facilement, elle en faisait le serment. Elle les protégera jusqu'à la mort. Tous ces hommes véreux, ils en gagneront pas comme ça ! Comment comptaient-ils attaquer ? A main armée, tous en même temps ? Très délicat de la part du maréchal, de l'avoir attiré ici. Il aurait pu s'en épargner la peine, et tenter de se débarrasser d'elle dans la cour de la caserne. Pourquoi ne pas l'avoir fait ? Cependant, aucun des généraux ne bougeait. Ils restaient là, debout sans rien faire. Elle remarqua alors qu'ils n'étaient même pas armés, pour la moitié d'entre eux, ce qui faillit lui arracher une exclamation de surprise.

Bradley – Ces messieurs ici présents sont les chefs de l'armée régulière du pays, sous mes ordres, dit-il d'une voix forte et rigoureuse. Une armée qui se doit d'être soudée et unie. Nous devons rallier chaque soldat, chaque habitant de ce pays. Dans toutes leurs opinions.

Pourquoi lui dire cela, d'un seul coup ? Qu'en avait-elle à faire, elle, des "chefs de l'armée régulière" ? Même si elle se faisait enrôler comme soldat, elle ne comptait pas les fréquenter pour autant ! Que du contraire, elle comptait bien les éviter autant que possible. Elle coula un regard soupçonneux à Bradley, puis un plus noir aux généraux de la pièce. Ils devaient tous savoir à quel point elles les méprisait et les détestait, mais une petite piqûre de rappel ne fait jamais de mal, n'est-ce pas ? Elle repéra alors le père Karinof, et le lui jeta un regard encore plus mauvais. Roh, que ne donnerait-elle pas pour pouvoir l'achever... Du genre maintenant... Ici... Avec le plus de souffrances possibles ! Rien en pourrait lui faire plus plaisir que ça, en cet instant, qu'il paye pour tous les autres. Elle allait rétorquer à Bradley qu'elle se fichait bien de la façon dont il voyait son armée quand un autre soldat toqua, puis entra, un paquet de vêtements dans les bras. Que voulait-il, celui-là ? Il vint lui donner ce qu'il portait, à savoir un uniforme...

Bradley – Voici votre uniforme. Bienvenue dans notre armée. Vous voilà Général de division.

Si elle parvint à rester impassible, ce ne fut que grâce à un suprême effort de volonté, bien qu'elle ait eut la violente impression que le sol venait de s'écrouler juste sous ses pieds, alors que son cœur se décrochait et tombait dans sa poitrine. Il ne pouvait pas faire ça ! Ses mains se crispèrent sur les vêtements qu'on venait de lui donner, alors que son cœur repartait de plus belle. Ils ne pouvaient pas faire ça ! Elle n'était pas censée être l'ennemie public numéro une ?! Alors... Non... Elle tourna la tête vers le Maréchal, ses yeux chargés de toute la haine de ce monde. Ne pas hurler, ne pas hurler, ne pas hurler. Faire profil bas, ne pas hurler, se détendre, rester calme, ne pas tuer tous ceux qui se trouvaient ici, bien que cela lui ferait le plus grand bien.

Gabriella – Trop d'honneur, réussit-elle à articuler sans parvenir à dissimuler sa colère sourde. Trop d'émotions, aussi, je ne vais pas réussir à m'en remettre.

Bradley – Il y a une pièce à votre disposition à côté pour que vous puissiez vous changer... Voici Kevin Swan, votre nouvel aide de camp. Il vous sera d'une aide précieuse, surtout le temps que vous preniez vos marques.

Il désigna le gamin qui lui avait donné son uniforme. Quel âge avait-il ? Vint-cinq ans ? Ou moins ? Elle retint un grognement, puis le suivit. Il la laissa seule dans un petit salon, indiquant qu'il l'attendait dehors. Elle soupira longuement puis déplia l'uniforme, pour le regarder de plus près. Un pantalon bleu foncé, des bottes, une veste bleue également, une chemise blanche, un col où étaient fixées des galons... Tout à fait charmant. elle se changea avec raideur, résignée à jouer le jeu. Maintenant qu'elle était là... Elle profita de ce moment de solitude pour reprendre ses esprits, et se calmer. Retrouver toute sa concentration. Après tout, ce grade pouvait aussi l'aider à mener ses objectifs, elle devait voir le bon côté des choses. Elle rouvrit à la porte, demandant à Kevin quoi faire de ses autres vêtements. Elle devait afficher un air particulièrement aimable car il recula à moitié avant de se reprendre et balbutier qu'il allait s'en occuper. Trop aimable. Ils revinrent à la salle, ou tout le monde s'était rassit. Bradley lui désigna la chaise vide et elle s'y installa avec une extrême raideur. Elle avait l'impression d'être déguisée, avec cet uniforme.

Bradley – Cela vous change, dit-elle avec un sourire.

Il se foutait d'elle en plus ! Elle serra les dents, le fixant comme s'il n'était rien de plus qu'une tâche de boue sur ses chaussures. Deux généraux eurent l'air amusés, mais reprirent leur sérieux lorsqu'elle leur lança un regard mauvais. Ce n'était pas le moment de trop la chatouiller.

Gabriella – Et quelle est la suite du programme ? Je ne suis guère habituée à ce genre de réunions.

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Albert J. Bradley
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MessageSujet: Re: Visite dominicale   Dim 15 Fév - 23:57

Elle ne bougeait pas. N'avait même pas tiquer. Il l'observait très attentivement, regardant ses yeux, les commissures de ses lèvres, le froncement de ses traits. Elle parvenait à rester impassible, bien qu'une veine palpite à sa tempe, seul signe visible de la colère noire qui l'agitait. Autant l'avouer, il était très étonné qu'elle parvienne à rester coite, sans rien dire, sans bouger, sans faire le moindre geste qui aurait pu la trahir. Mmh, il aimerait savoir ce qu'elle pensait en cet instant précis. Après tout, n'avait-elle pas déjà signé leur accord tacite pour jouer ? Elle ne pliera pas aussi vite, c'était évident, et ne se laissera pas faire non plus. Mais elle devait rentrer dans le jeu, adopter son rythme, suivre ses règles. Et dans un jeu, lorsqu'on voulait gagner, il fallait attaquer afin de prendre l'avantage. Attaquer son adversaire par le revers et déstabiliser. Il venait de remporter la première manche et n'en était pas peu fier. Ils allaient jouer, se battre, et il gagnera. Il arrivera à faire en sorte qu'elle se résigne et devienne un pion important de son échiquier. Il avait déjà imposé le premier rythme du jeu et elle s'est retrouvée piégée. C'était d'un amusement sans pareille mesure. Il savait qu'elle pensait de la même façon, que chacun allait tenter d'avoir l'autre, et à ce premier round, il avait gagné.

Elle tourna la tête vers lui et leurs regards se croisèrent. Furieuse, très chère ? Elle le pouvait, car elle avait raté la première marche. Mais le jeu ne faisait que commencer, la partie venait tout juste d'être engagée. Il resta parfaitement impassible, mais son regard brillait d'amusement. Il adorait cette sensation de contrôle et de puissance que procurait ce genre d'affrontements, c'était un délice. Il était ravi d'avoir enfin un adversaire à sa hauteur, une personne prête à s'engager contre lui. La tension était très grande, en cet instant, mais personne ne pouvait comprendre ce qui se tramait véritablement. Ce duel n'avait aucun besoin d'éléments extérieurs. Ils n'appartenaient qu'à eux deux, et les personnes gravitant autour n'étaient que des pions, des instruments, qui les aideront à remporter la bataille. Elle aussi avait une chance de remporter la partie. Mais pour gagner, elle devait prouver qu'elle en avait la force et la volonté. Pour Albert, la défaite n'était pas une honte lorsque l'adversaire était de valeur.

– Trop d'honneur, réussit-elle à articuler sans parvenir à dissimuler sa colère sourde. Trop d'émotions, aussi, je ne vais pas réussir à m'en remettre.

Il esquissa un mince sourire et fit signe au jeune aide de camp de s'approcher. Allons, la partie n'était qu'à peine engagée, chacun pouvait encore battre ses cartes, bouger ses pions sur l'échiquier. Les généraux pouvaient sentir l'ambiance électrique, et surveillaient la jeune femme du coin de l'œil. Auraient-ils peur ? Risible. Un don n'était pas le plus grand danger. Ce qui comptait, c'était la capacité de l'adversaire à manœuvrer et mener ses affaires.

– Il y a une pièce à votre disposition à côté pour que vous puissiez vous changer... Voici Kevin Swan, votre nouvel aide de camp. Il vous sera d'une aide précieuse, surtout le temps que vous preniez vos marques.

Il alla se rasseoir, alors qu'elle partait, suivant le petit bleu. Les généraux la suivirent du regard, puis tous se mirent à soupirer, parler, échanger. Albert resta sans rien dire, et le général Colin finit enfin par prendre la parole pour tous, se tournant vers lui. Alors, des remarques ou questions ?

– Maréchal, êtes-vous certain qu'elle pliera ? Elle... Enfin, pour tout vous dire, nous ne sommes guère rassurés. Bien entendu, elle sera plus facilement contrôlable te manipulable à cette place, mais c'est risqué.

– Vous avez peur, mon cher Colin ?

– Je vous avoue que oui.

– Ne soyez pas naïfs, mes amis, sourit Bradley en regardant tous ses généraux. Vous savez tous que beaucoup de nos hommes réfutent nos objectifs, et la suivent elle... C'est à nous d'en tirer parti, et nous avons besoin de personnes puissantes.

– Elle est dangereuse.

– Comme le sont les pays qui nous entourent... N'oubliez jamais cela.

Il les laissa débattre entre eux sans plus intervenir, pensif. Oui... Le jeu ne faisait que commencer. Il sentait à nouveau la flamme du défi jaillir dans son vieux cœur, cette ardeur de jeunesse qu'il éprouvait devant un nouveau combat. Cette joie devant de nouvelles énigmes à résoudre, d'autres obstacles à surmonter. C'était si palpitant ! Le silence se fit de nouveau quand ils entendirent la porte. Quelle nervosité, ils avaient donc vraiment peurs ! Qu'allaient-ils en être du reste des troupes ? Il avait secrètement hâte d'observer les réactions de tout le monde, histoire de s'amuser un peu. Leur nouvelle collègue entra, en tenue complète, sa veste bien boutonnée jusqu'au bout, sans un seul pli de travers. Hum, cela lui donnait une toute autre allure... Terminé, la jeune femme avec un dossier sous le bras, civile, directrice d'une école. Il appréciait le changement. Maintenant, la partie n'en devenait que plus intéressante. Il lui fit signe de s'asseoir avec eux, jubilant intérieurement.

– Cela vous change, sourit-il.

Le regard noir qu'il reçut ensuite valait de l'or. Et c'était loin d'être terminé. Elle aura toute la nuit pour réfléchir à la façon dont elle s'était piéger, aujourd'hui, cela lui donnera de quoi penser. Le malaise des autres généraux, surtout les deux qui étaient assis autour d'elle, était palpable. Il ne s'en souciait guère, bien que le général Colin ne cesse de la dévisager comme s'il avait affaire à l'épouse de Satan en personne. Elle était en train de fusiller deux autres généraux du regard, qui pâlirent un peu plus... Mais soit, peut-être finiront-ils par s'entendre ? Il se redressa dans son fauteuil, mains jointes devant lui, sur la table.

– Et quelle est la suite du programme ? Je ne suis guère habituée à ce genre de réunions.

– Je n'en doute guère, répliqua-t-il d'un ton détendu. Mais nous n'allons guère travailler aujourd'hui, nous sommes dimanche, et même nous avons le droit avec un peu de repos. Cette salle est notre lieu habituel de rendez-vous... Nous nous réunissons très régulièrement, depuis deux ans.

Et où elle devra participer, désormais. Elle s'habituera peu à peu à ses nouvelles responsabilités, et elle disposera d'aide. Après tout, étant donné son caractère, sa force, son don, la manière dont elle menait son existence, cela aurait été un gâchis considérable de ne pas l'engager dans l'armée ! Comment laisser ce genre de personnes dans des situations peu enviables ou monotones ? Ce n'était guère le moment, la France avait besoin de toutes les forces dont elle disposait en son sein.

– Passons... Autre sujet, que je désirais aborder. Ce bel orage au-dessus de Gray, hier après-midi, je suppose que c'était vous ? Pourquoi avoir détruit cette rédaction ?

– Vous savez très bien, pourquoi... Mon seul regret est de ne pas avoir touché directement la tête de votre "reporter".

– Il a pourtant très bien fait son travail... Je savais déjà que vous étiez une droguée du travail et que vous ne saviez rien lâcher, mais j'ignorais que vous n'aviez jamais appris à sourire. C'est surprenant, pour une femme.

Elle serra les dents, son regard et son air montrant très clairement qu'elle devait se retenir de toute ses forces pour ne pas lui sauter dessus et l'égorger. Il eut un léger sourire, alors même que tous les autres généraux s'étaient raidis, plus que mal à l'aise, et sentant le danger, comme des lapins face à un loup affamé. L'image lui arracha un bref éclat de rire et il se leva.

– Bien, cette réunion est levée. Je vais poursuivre la visite avec vous, ma chère...

Il eut la nette impression que les généraux furent plus empressés que de coutume à quitter la salle. Il reprit son rôle de guide, souriant. Le jeu continuait. Pour le moment, il menait la partie, et il était très curieux de voir ce qu'elle allait faire pour reprendre l'avantage. Ils passèrent dans les longs couloirs, puis entrèrent dans le réfectoire, alors que beaucoup entamaient le déjeuner. La moitié de la salle se retourna pour fixer ouvertement la jeune femme et sa nouvelle tenue. Ils croisèrent alors un des subordonnés du blanc-bec idiot de Colonel, l'espion assez doué qui avait réussi la mission Zéphir il y a peu, son plateau dans les mains. Les autres membres de l'équipe ne devaient pas être très loin... Il les trouva à la table d'à côté, en effet, tous ayant cessé de manger.

– Bonjour à vous.

Une brave bande de petits chiens, ceux-là... De petits toutous bien obéissants, qui suivaient aveuglément leur maître sans se poser la moindre question. Il fallait de tout, dans une armée, même de ça.

– Je vous présente votre nouveau général de division, annonça-t-il en désignant la jeune femme. Qui a enfin suivi la voie de la raison...

Il s'interrompit lorsque son aide accourut et lui murmura que le petit jeune en isolement avait fait une tentative de suicide, malgré le suivi de son psychologue et d'un prêtre. Hum... C'est bon, il allait voir. Il se tourna de nouveau vers le sous-lieutenant, poussant légèrement sa nouvelle collègue.

– Pourriez-vous lui faire faire le tour de la caserne, après le déjeuner ? J'ai à faire... une petite urgence.

– Ce n'est pas avec vous et ce genre de coups que je vais apprendre à sourire, grinça-t-elle en serrant les dents, furieuse.

Il tourna la tête vers elle, au moment où il commençait à partir, puis eut un nouveau sourire, mais plus sombre, mais qui ne cachait à la fois son amusement et sa fierté d'avoir remporté cette première manche. Il s'amusait de la voir furieuse.

– Il fallait apprendre avant, répliqua-t-il. Profiter de la vie tant que vous le pouviez. Maintenant, vous faites parti des Guetteurs, même pire, vous êtes à leur tête. Tout ça après des mois à nous avoir tenu tête... Des mois à défendre votre si chère école. Vous n'avez pas abandonné, alors ne vous plaignez pas si l'armée a commencé à s'intéresser à vous ! Qui s'intéresserait à une larve, après tout ?

Il se retourna complètement et s'approcha à nouveau d'un pas, toujours souriant. Elle ne bougea pas d'un pouce, le fixant droit dans les yeux. Tension, à nouveau, mais joie. Pour une fois que quelqu'un osait lui tenir tête ! C'est ce qui lui plaisait, ces combats permanents. Le gros commandant imbécile du groupe du Colonel s'était redressé, comme ayant peur qu'un duel éclate. Mais le duel était déjà engagé. Depuis bien des mois.

– Vous auriez dû lâcher dès la première fois où nous vous avons... "hébergée", il y a quelques mois, ma chère. Et vous abstenir de nous combattre. Vous ne l'avez pas fait, au contraire, vous avez aiguisé notre intérêt. Vous avez accepté de jouer à cela... Et ça ne fait que commencer, comme vous le savez. Il n'est plus temps de revenir en arrière, ni pour vous, ni pour nous.

– Vous êtes si sûr de gagner ? répondit-elle d'un ton glacial.

– Vous avez autant vos chances que moi, c'est ce qui fait tout le sel de ce combat. Avoir enfin un adversaire de valeur est agréable. J'ai une certaine avance, c'est à vous de vous rattraper. La première manche est pour moi, à vous de jouer ensuite.

Il recula de nouveau, remettant sa veste sur ses épaules. Puis eut un mince sourire. Les soldats du groupe le regardaient d'un air étrange. Et bien, qu'avait-il dit ? Enfin, peu importe, leur avis ne comptait pas, à ses yeux.

– Je vous reverrais plus tard, sans doute. Les généraux vont sans doute vous fuir un moment, ils vous craignent, mais ce n'est pas le cas de tous, ici, vous avez aussi vos alliés.

Il tourna les talons et repartit avec son propre subordonné, ordonnant au passage d'un ton sec qu'on prévienne le responsable direct du petit en isolement. Retour aux affaires courantes, à présent.

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MessageSujet: Re: Visite dominicale   Lun 16 Fév - 9:24

Adjudant-chef – C'est quand même la meilleure de l'année !

Commandant – Mets-la en veilleuse, Sébastien...

Isabelle – Mettez-la tous les deux en veilleuse !

Alex et Sébastien se turent aussitôt, alors qu'ils étaient prêt à répliquer, et elle soupira. John mit une main sur sa bouche pour dissimuler son sourire, puis continua son ouvrage, alors qu'un petit silence était tombé. Qui pourrait reprocher à leurs équipiers d'être un peu nerveux, après tout ? Le journal était posé sur la table, au milieu d'eux, la couverture exposée en pleine lumière. On y voyait la directrice, dans son école, enceinte de plusieurs mois, postée devant un élève, face à un soldat et un médecin, visiblement furieuse et en train de leur hurler dessus. Les autres photos qui jalonnaient l'article n'étaient pas mal non plus, dans leur genre. La plus récente la montrait dans le hall, face au Maréchal en personne. C'est cette photo-là, surtout, qui avait le plus choqué et soulevé de nombreuses interrogations. Pour tout le monde c'était la preuve que le combat, pour elle, était terminé et perdu. Si le chef en personne s'en occupait... Il tira sur la cordelette pour faire un nœud, alors qu'Enrick relisait l'article, dubitatif.

Enrick – Ils écrivent qu'elle doit venir aujourd'hui... Vous l'avez vu, vous ?

Adjudant-chef – Dans la cour, toute à l'heure, oui, dit-il en allumant une cigarette. Escortée par le Maréchal et son adjoint. J'ai entendu dire qu'ils avaient une réunion avec les huiles. Échec et mat... Ça doit faire mal, après tout ce qu'elle fait contre l'armée.

– Ce n'est pas certain, dit lentement John en se relevant, jetant un regard à l'horloge. Le combat n'est pas encore fini, à mon avis, et qu'elle entre chez les Guetteurs, si elle le fait, ne signera pas sa défaite.

Les autres ne répondirent pas, se contentant de se lever à leur tour pour aller déjeuner. John échangea un long regard avec Isabelle, prenant sa veste avant de quitter la pièce. Ce n'était pas terminé, n'est-ce pas ? Ils pouvaient encore lutter ? Que cette femme entre dans l'unité spéciale était une bonne chose à ses yeux, mais si le Maréchal l'avait déjà piégée ou contrainte à il ne savait quoi... Ils devaient s'attendre à tout ! Si elle était réduite à l'impuissance totale, ce sera un gros coup porté à leurs adversaires, bien qu'il sache que ça ne les dissuadera pas de se battre. Ils allèrent au réfectoire, qui se remplissait peu à peu. John prit la queue avec les autres, en fin de file, les mains dans les poches. Il aurait aimé que le Colonel soit avec eux, qu'il puisse donner son avis. Être privé de son chef était assez dur à avaler, sachant qui fallait agir sans avoir de garanti ni personne pour vous guider. Il se fichait que ça paraisse ridicule, c'était comme ça et voilà tout. Il n'était pas un leader lui-même, préférait suivre plutôt que commander, et ne s'en cachait pas. Il restait encore quelques jours avant que le Colonel ne quitte sa cellule d'isolement.

Il prit un plateau, échangeant un peu avec les autres, mais surtout occupé à réfléchir à la suite des événements. Il ne voulait pas croire que tout pouvait déjà être fini, que le Maréchal avait réussi à porter un coup si dur. Si le Colonel était là, lui aussi leur dirait de ne pas se laisser abattre aussi facilement ! Il se secoua et prit son assiette, décidé. Il allait rejoindre les autres à leur table quand il tomba nez à nez sur le Maréchal, ce qui le fit stopper tout net, tant il était surpris de le voir ici. Il répondit à son salut avec un temps de retard, puis son regard tomba sur la jeune femme qui l'accompagnait. Il pâlit, la bouche entrouverte, dans une attitude on ne peut plus stupide, mais sans parvenir à avaler ce qu'il voyait. C'était elle ! En uniforme, près du Maréchal, qui plus est ! Comment... Ça y est, elle était enrôlée ? Mais elle n'avait pas abandonné pour autant, n'est-ce pas ?

Bradley – Je vous présente votre nouveau général de division, annonça-t-il en désignant la jeune femme. Qui a enfin suivi la voie de la raison...

Sa bouche s'assécha. Général... de... Division... Il en avait fait un général... Mais pourquoi ? Elle était son ennemie et il lui avait donné un tel pouvoir ?! Il ne parvenait pas à comprendre la logique d'une telle décision, bien qu'il sache très bien que le Maréchal n'avait pas fait fait ça sans une excellente raison. Sébastien couvait leur nouvelle supérieure hiérarchique d'un regard qui voulait dire "Et voilà, perdu et pour de bon... Ça valait bien la peine !". Il préférait ne pas imaginer ce que devait penser la directrice en ce moment-même... Choc, humiliation, dégoût, colère ? Un mélange de tout cela ? Depuis qu'il avait lu le journal, il avait assez peur d'elle, autant l'avouer platement Elle lui avait paru un peu tendu, la seule fois où il l'avait vu de près et lui avait parlé, mais le portrait qui avait été fait d'elle la montrait surtout comme une femme très puissante, dangereuse, qui ne lâchait rien et aussi aimable qu'une porte de prison. Non, au final, ce grade n'était pas si choquant, dans le sens où elle avait une âme de chef de guerre. En revanche, al nommer ainsi alors qu'elle était une ennemie déclarée ? Il ne comprenait pas. Bradley se tourna de nouveau vers lui, après avoir échangé quelques mots avec son adjoint.

Bradley – Pourriez-vous lui faire faire le tour de la caserne, après le déjeuner ? J'ai à faire... une petite urgence.

B... Bien sûr... Aucun problème. Il jeta un œil vers la jeune femme, prêt à la saluer plus aimablement, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge lorsqu'il vit le regard qu'elle fixait sur le Maréchal.

Directrice – Ce n'est pas avec vous et ce genre de coups que je vais apprendre à sourire.

Hum, elle s'opposait de front au Maréchal ? Là, il n'était pas sûr que ce soit une excellente idée, surtout si elle venait d'intégrer l'armée ! Mais, contre toute attente, le chef de l'armée sourit. Bizarrement, John le sentait de moins en moins bien. Il se demandait ce qui se tramait véritablement entre ces deux-là, et si elle était bien piégée... Elle ne réagirait pas ainsi si c'était le cas, selon lui. Il échangea un regard avec les autres,q ui avaient relevé la tête et suivaient la scène avec un intérêt accru.

Bradley – Il fallait apprendre avant, répliqua-t-il. Profiter de la vie tant que vous le pouviez. Maintenant, vous faites parti des Guetteurs, même pire, vous êtes à leur tête. Tout ça après des mois à nous avoir tenu tête... Des mois à défendre votre si chère école. Vous n'avez pas abandonné, alors ne vous plaignez pas si l'armée a commencé à s'intéresser à vous ! Qui s'intéresserait à une larve, après tout ?

A la tête des Guetteurs, cela, ils avaient tous compris, maintenant. Elle avait été piégée... Ils avaient été lui parler bien trop tard, et elle-même n'avait pas réagi suffisamment vite. Le résultat était beau, maintenant ! Il reposa le plateau sur la table, toujours debout, alors que la jeune femme fixait son adversaire sans broncher. Elle avait du cran, au moins. Même Sébastien ne semblait plus vouloir se moquer, gardant une expression indéchiffrable. La tension était néanmoins si lourde que la salle toute entière se taisait peu à peu, pour regarder et suivre l'échange. Voilà un "spectacle" qu'on voyait peu souvent. Il fallait dire aussi que personne ne s'opposait ainsi à Bradley. Il imposait un très fort respect, mais aussi de la crainte. Même ceux qui ne l'appréciaient guère reconnaissaient ses qualités de chef et le respectait pour cela, passant outre son caractère et sa façon de travailler, de voir les choses. Mais la nouvelle générale disposait aussi des ces qualités que beaucoup considéraient comme les qualités les plus essentielles. La volonté, le courage, l'abnégation de soi au profit des autres. Et voir ces deux personnalités s'affronter avait quelque chose de fascinant.

Bradley – Vous auriez dû lâcher dès la première fois où nous vous avons... "hébergée", il y a quelques mois, ma chère. Et vous abstenir de nous combattre. Vous ne l'avez pas fait, au contraire, vous avez aiguisé notre intérêt. Vous avez accepté de jouer à cela... Et ça ne fait que commencer, comme vous le savez. Il n'est plus temps de revenir en arrière, ni pour vous, ni pour nous.

Un jeu ? Ils voyaient cela comme un jeu ? Il regarda très vite la salle, soulagé de voir qu'il n'était pas le seul à être perdu. En quoi était-ce un "jeu" ? Et quel sorte de jeu ? Avec quels règles ? Il aimerait bien avoir quelques explications, sur ce coup-là, car il ne parvenait pas à voir ce qui pouvait bien être amusant dans ce genre de situation, ni où était le plaisir.

Directrice – Vous êtes si sûr de gagner ? répondit-elle d'un ton glacial.

Bradley – Vous avez autant vos chances que moi, c'est ce qui fait tout le sel de ce combat. Avoir enfin un adversaire de valeur est agréable. J'ai une certaine avance, c'est à vous de vous rattraper. La première manche est pour moi, à vous de jouer ensuite.

Il les regarda tous les deux, secoué. Alors pour eux, ce qui se passait présentement était une sorte de combat, un duel, afin de déterminer lequel des deux, à la fin, parviendra à imposer sa cause comme étant la meilleure et la plus juste ? C'était un combat entre les deux chefs de file ? Il avala nerveusement sa salive, sans bouger d'un pouce. Lui n'avait jamais vu les batailles de ce genre comme un jeu. Mais pour eux deux, c'était ça. "J'ai une cause à défendre, toi aussi. Nous avons tous les deux des moyens pour l'emporter. A voir qui sera le meilleur de nous deux." Il n'en revenait pas de voir le Maréchal l'exposer ainsi, si simplement, sans aucun détour. Il allait combattre sans faire de coups bas, donc ? Ou plutôt si, mais il ne s'en cachera pas. John était de plus en plus convaincu que non, décidément, il n'était pas fait pour commander, surtout face à ces deux-là. Un chef devait mener des batailles en faisant tout pour gagner, mais en acceptant le risque de perdre, et ne pas reculer pour autant.

Bradley – Je vous reverrais plus tard, sans doute. Les généraux vont sans doute vous fuir un moment, ils vous craignent, mais ce n'est pas le cas de tous, ici, vous avez aussi vos alliés.

Il quitta la salle, dans un silence presque religieux, en la laissant là. Ainsi, c'était engagé. Elle contre Bradley. Chacun son camp et que le meilleur gagne ? mais bon, elle était jeune, peut-être plus encore que le Colonel, et pourtant, elle se lançait là-dedans ! Pourquoi vouloir aller aussi loin ? Il ouvrait la bouche quand un soldat se leva et se mit au garde-à-vous, dans un salut impeccable. D'autres suivirent peu à peu, debout, saluant, imités par presque la moitié de la salle. Des hommes en grande majorité, et quelques femmes, dont le regard brillait de respect. Il eut un petit sourire, alors qu'ils se rasseyaient, et que les conversations reprenaient.

– Donc, hum... Bienvenue, mon Général, dit-il d'une voix hésitante. Je serai bien sûr ravi de vous montrer la caserne après le déjeuner. Mais... Vous... Comptez sérieusement affronter le Maréchal ?
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Gabriella de Lizeux
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MessageSujet: Re: Visite dominicale   Mar 17 Fév - 23:36

Bradley – Je n'en doute guère, répliqua-t-il d'un ton détendu. Mais nous n'allons guère travailler aujourd'hui, nous sommes dimanche, et même nous avons le droit avec un peu de repos. Cette salle est notre lieu habituel de rendez-vous... Nous nous réunissons très régulièrement, depuis deux ans.

Si seulement ils pouvaient vraiment se reposer le dimanche, comme tout le monde, et ne rien faire pour asservir l'école un peu plus ! Personne ne leur en voudrait, ils pourraient très bien se reposer, dormir un peu, et foutre la paix au reste du monde. Mais soit, inutile de lancer une polémique, là-dessus, ou du moins, pas tout de suite. Elle avait déjà assez à faire avec ces crétins de généraux qui la regardaient comme si elle allait les dévorer. Celui en face d'elle avait une moins mauvaise mine que les autres, mais elle ne lui vouait as la moindre confiance pour autant. Mais au fait... Général de Division, c'était bien au-dessus de Général de Brigade, n'est-ce pas ? C'est à dire au-dessus du grade de ce gros imbécile de Karinof. Son regard s'illumina aussitôt. Oh joie ! Elle avait hâte d'avoir le bonheur de le remettre à sa place ! Elle sautera sur la première occasion sans hésiter une seule seconde ! Sa joie fugitive se brisa lorsqu'elle songea au reste de la troupe. L'ennemie publique qui devenait militaire à son tour. Tss... Bah, le premier qui osera rire un peu trop fort en face d'elle, elle l'enverra faire un tour en enfer ! Il était pourtant connu qu'il ne fallait pas trop l'énerver, surtout en ce moment. En attendant, elle devait quand même garder cet uniforme sur le dos. Il n'était pas inconfortable, au contraire, mais tout de même, il marquait un peu trop une personne à son goût. Et c'était bien trop carré, bien trop réglementaire, bien trop... Trop lisse, trop impersonnel.

Bradley – Passons... Autre sujet, que je désirais aborder. Ce bel orage au-dessus de Gray, hier après-midi, je suppose que c'était vous ? Pourquoi avoir détruit cette rédaction ?

Pourquoi lui posait-il une question dont il connaissait déjà la réponse ? Bien sûr que c'était elle ! Six nuages très noirs se rassemblant très exactement autour d'un seul bâtiment pour faire exploser la foudre, ça n'avait rien de naturel, jusqu'à preuve du contraire. D'autres pouvaient le faire, dans les environs, mais qui osait vraiment, hormis elle ? La rédaction avait payé pour les autres, mais le militaire qui l'avait espionné ne perdait rien pour attendre. C'était dans sa tête à lui qu'elle aurait voulu faire un trou.

Gabriella – Vous savez très bien, pourquoi... Mon seul regret est de ne pas avoir touché directement la tête de votre "reporter".

Bradley – Il a pourtant très bien fait son travail... Je savais déjà que vous étiez une droguée du travail et que vous ne saviez rien lâcher, mais j'ignorais que vous n'aviez jamais appris à sourire. C'est surprenant, pour une femme.

Elle lui jeta un regard noirs, dents serrées, avec une brusque envie de lui faire à lui aussi un magnifique trou juste au milieu du crâne. Il éclata alors de rire, ce qui accentua un peu plus sa fureur. Pauvre abruti ! Il n'avait as encore gagné la partie, même s'il menait jusqu'ici. Elle avait encore toutes ses chances de le démolir, en avait-il conscience ? Elle avait horreur d'être sous-estimée, parce qu'elle n'était qu'une femme, et comptait bien lui montrer que lui aussi avait du soucis à se faire.

Bradley – Bien, cette réunion est levée. Je vais poursuivre la visite avec vous, ma chère...

Elle se leva un peu brusquement, comme tous les autres, fermant les yeux une seconde avec une moue de dégoût. Si Cyprien était là, il en ferait sûrement une attaque. Sa main vola jusqu'à l'arme qu'elle portait toujours, la touchant du bout des doigts. Être armé restait rassurant, car on ne savait jamais ce qui pouvait arriver. Elle suivit le Maréchal, tout en lui jetant des regards en biais. Elle réfléchissait à d'autres choses afin de le piéger à son tour. Ils croisèrent quelques soldats qui les saluèrent avant d'arriver au réfectoire, en plein milieu du déjeuner. Il y a deux semaines à peine, elle n'aurait jamais imaginé se retrouver ici, dans cette tenue, avançant au beau milieu d'un territoire qu'elle avait assimilé au septième cercle des enfers. Elle faillit soupirer, observant les lieux. La plupart des hommes et femmes ici présents s'étaient mis plus à l'aise, la scène, dans son ensemble, perdait beaucoup de son allure martiale. Le Maréchal salua tout à coup un œil, et elle haussa un sourcil en reconnaissant le sous-lieutenant. Elle ne l'avait plus revu depuis qu'il était venu dans son bureau avec le lieutenant. Tournant le tête, elle vit le reste de l'équipe attablée à côté. Les dernières personnes au monde qu'elle aurait voulu croiser dans une pareille situation.

Bradley – Je vous présente votre nouveau général de division, annonça-t-il en désignant la jeune femme. Qui a enfin suivi la voie de la raison...

Il cherchait à les choquer ? Ou voulait-il juste s'amuser ? Dans les deux cas, c'était réussi, on dirait ! Le sous-lieutenant semblait d'avoir avalé un citron entier, et le reste de ses équipiers ne réagissait pas vraiment mieux. Elle croisa le regard de l'un d'entre eux, qui semblait terriblement blasé, se fichant sans doute d'elle. Voilà, elle s'était battue, et perdait finalement ? S'il pensait ainsi, c'est qu'il était un abruti. Par principe, personne n'a jamais échoué tant qu'il lui reste un souffle de vie et sa liberté de mouvements ! Elle était peut-être devenue militaire, mais elle restait libre, pouvait se déplacer où bon lui semblait, et elle pouvait continuer le duel. Ce n'était qu'un jeu, entre elle et ce sale type, et il n'était pas question d'abandonner en cours de route. Pas tant qu'elle sera vivante. Tout le monde pouvait comprendre ce genre de raisonnement, non ?! Du moins, tous ceux qui avaient à cœur de défendre leurs proche sou leurs principes pouvaient comprendre cela. Au pensionnat, la moitié des enseignants n'étaient que des imbéciles qui ignoraient ce genre de valeur et préféraient vivre dans l'ignorance. Ravie pour eux, elle ne viendra pas leur tenir la main lorsqu'ils agoniseront après s'être fait avoir, à force de vouloir vivre dans un monde tout rose.

Bradley – Pourriez-vous lui faire faire le tour de la caserne, après le déjeuner ? J'ai à faire... une petite urgence.

Parce qu'il comptait la planter là, avec l'équipe du Colonel, en plus ?! Merci bien ! Elle n'avait pas l'intention de faire joujou avec qui que ce soit aujourd'hui, et encore moins, et encore moins de rester face à des types qui ne cesseront de la fixer en se fichant ouvertement d'elle parce qu'elle "avait perdu". Elle croisa les bras, faisant son possible pour calmer ses nerfs, mais elle sentait son pouvoir pulser fortement, en demandant qu'à sortir de nouveau. Du calme. Il n'attendait que ça pour la faire arrêter.

Gabriella – Ce n'est pas avec vous et ce genre de coups que je vais apprendre à sourire.

Bradley – Il fallait apprendre avant, répliqua-t-il. Profiter de la vie tant que vous le pouviez. Maintenant, vous faites parti des Guetteurs, même pire, vous êtes à leur tête. Tout ça après des mois à nous avoir tenu tête... Des mois à défendre votre si chère école. Vous n'avez pas abandonné, alors ne vous plaignez pas si l'armée a commencé à s'intéresser à vous ! Qui s'intéresserait à une larve, après tout ?

Il avança d'un pas vers elle, alors qu'elle restait à sa place, les lèvres pincées, une veine pulsant de colère à la tempe. Ce n'était pas maintenant qu'elle allait commencer à regretter d'avoir défendu sa "si chère école", et encore moins ses élèves. Elle n'avait aucune vocation à être une "larve", tel qu'il le disait, et encore moins ce qu'on aurait voulu qu'elle soit, depuis des années. Une parfaite petite femme au foyer bien docile et souriante. Sa situation actuelle était fâcheuse, mais on ne peut rien obtenir sans sacrifier autre chose, et même ainsi, elle pouvait toujours agir. Elle imaginait déjà la réaction de sa famille quand ils la verront en uniforme. De quoi leur coller à tous une crise cardiaque, parents, frères, cousins, oncles et tantes. Bon, autant rester à l'écart. Quoi que... Pour voir la réaction de certains de ces Nobles et Grands bourgeois du quartier de ses parents, elle serait parfaitement capable d'aller s'y balader en tenue tout en poussant devant elle le landau de ses deux bébés. Et en ne cachant pas son arme. Idée à creuser.

Bradley – Vous auriez dû lâcher dès la première fois où nous vous avons... "hébergée", il y a quelques mois, ma chère. Et vous abstenir de nous combattre. Vous ne l'avez pas fait, au contraire, vous avez aiguisé notre intérêt. Vous avez accepté de jouer à cela... Et ça ne fait que commencer, comme vous le savez. Il n'est plus temps de revenir en arrière, ni pour vous, ni pour nous.

Il était bien sûr de lui, ce sale type. Elle savait qu'aucun d'entre eux ne pouvait plus revenir en arrière, mais rien n'était encore joué.

Gabriella – Vous êtes si sûr de gagner ? répondit-elle d'un ton glacial.

Bradley – Vous avez autant vos chances que moi, c'est ce qui fait tout le sel de ce combat. Avoir enfin un adversaire de valeur est agréable. J'ai une certaine avance, c'est à vous de vous rattraper. La première manche est pour moi, à vous de jouer ensuite.

Elle haussa un sourcil surpris. Salaud, imbuvable, arrogant, mais loyal, au moins. Il reconnaissait qu'elle aussi pouvait l'emporter ? Et il jouait tout de même ? Il remonta un tantinet dans son estime, alors qu'il enfilait son manteau. Il était assez rare d'affronter une personne qui admettait sans aucune peine qu'elle pouvait être défaite, mais qui n'affichait aucune crainte ou agacement pour autant. Bon, cela devenait un peu plus intéressant... Elle avait toujours adoré les défis, et celui-ci était de taille, les enjeux très importants. Pour le pensionnat, elle devait y arriver, pour ne pas perdre tout ce qui avait été construit depuis des années. Ses élèves ne risquaient rien, elle pouvait se battre et les défendre. Le reste – amour, amitié, loisirs, vie privée – n'était qu'accessoire. Elle n'avait pas le temps de se soucier d'autre chose que de ses objectifs, il n'y avait aucun jour à gâcher.

Bradley – Je vous reverrais plus tard, sans doute. Les généraux vont sans doute vous fuir un moment, ils vous craignent, mais ce n'est pas le cas de tous, ici, vous avez aussi vos alliés.

Trop aimable de lui dire cela... Il quitta la salle, alors qu'elle secouait la tête. Il y eut un instant de flottement puis un mouvement attira son attention. Elle se tourna et vit que d'autres militaires se levaient puis la saluaient, silencieux, mais souriant, très droits et fermes. Elle avait gagné des points, on dirait... Elle leur rendit leur salut avec hésitation, puis laissa retomber sa main. Les conversations reprirent, lui accordant un répit bienvenue. Jusqu'au moment où elle se souvint qu'elle était avec l'équipe du Colonel. Ah, oui, juste, elle allait sans doute devoir supporter des commentaires railleurs, là, non ? Résignée, elle leur fit face à nouveau, fatiguée par avance.

Sous-lieutenant – Donc, hum... Bienvenue, mon Général, dit-il d'une voix hésitante. Je serai bien sûr ravi de vous montrer la caserne après le déjeuner. Mais... Vous... Comptez sérieusement affronter le Maréchal ?

Gabriella – Bien évidemment ! répliqua-t-elle sèchement. Vous croyez peut-être que je porte cet uniforme pour le plaisir ?!

Nouveau soupir. Elle avait peut-être été un peu trop dure, là, mais elle était à cran. Elle passa une main lasse dans ses cheveux, fermant les yeux une minute, et prenant une longue inspiration. S'étant un peu calmée, elle tourna la tête vers le sous-lieutenant.

Gabriella – Navrée, je suis un peu sur les nerfs. Ne vous empêchez pas de déjeuner à cause de moi.

Elle s'assit également, sans rien prendre pour le déjeuner, l'estomac bien trop noué. La petite équipe s'était enfin mise à manger, mais elle sentait sans mal le malaise ambiant. Elle songeait à Bradley, à son attitude, encore surprise de sa façon de voir les choses. Loyal, ce sale type, elle lui reconnaissait enfin cela. Puis ses pensées dérivèrent sur le Colonel, qui devait encore être aux arrêts. Pourquoi avait-il protégé Jasper ? elle ne lui reprochait pas de l'avoir fait, mais s'il avait agi autrement, il ne se serait pas retrouvé enfermé. Un autre homme s'approcha et elle leva la tête. Un des généraux s'était arrêté près de la table, l'un des deux qui avait rit, lors de la réunion. Quoi, encore ?! Il lui fit un sourire qui s'éteignit sous son regard mauvais.

Général – Je ne me suis pas présenté toute à l'heure, dit-il avec une hésitation en lui tendant la main. Je m'appelle Francis Derrad. Je suis général de brigade.

Gabriella – Ravie, répondit-elle en lui serrant la main à son tour.

Il sourit à nouveau, puis lui dit qu'elle était la bienvenue parmi eux et qu'il espérait qu'ils allaient bien s'entendre. Pardon ? Il repartit avant qu'elle ne puisse comprendre ce qui se tramait chez lui, et eut un long soupir. Bon, elle s'occupera de ça plus tard. Elle tourna la tête vers les équipiers du lieutenant, pensive.

Gabriella – Il y a des champ d'entraînement ici ? Au moins pour les armes à feu ? Ça fait un moment que je n'ai pas tiré sur quelque chose, et à défaut de pouvoir le faire sur Karinof...

Elle s'interrompit, puis, lentement, un sourire mauvais étira ses lèvres. Pouvoir lui planter une balle dans la jambe "par accident" serait un cadeau magnifique.

Gabriella – Mais vous pouvez juste me montrer ça, pas besoin de me faire visiter la caserne.

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MessageSujet: Re: Visite dominicale   Sam 21 Fév - 17:12

Générale – Bien évidemment ! répliqua-t-elle sèchement. Vous croyez peut-être que je porte cet uniforme pour le plaisir ?!

Il ne put s'empêcher de reculer d'un pas en tressaillant, alors qu'elle soupirait. D'accord, éviter de poser ce genre de questions, c'était bien noté... Mais même si c'était évident pour elle, ça ne l'était pas pour tout le monde ! Enfin, elle venait d'être engagée dans l'armée, nommée à un grade très élevé, et comptait affronter le vieux loup directement ? Comme ça ? Elle... Mais enfin ! A quoi pouvait-elle penser ? Qu'elle puisse s'infiltrer chez les guetteurs, les espionner, tout cela, d'accord, mais prendre directement leur tête et s'opposer à Bradley... Comment... Il la voyait d'une tout autre façon, d'un seul coup. Chef de file du pensionnat, qui devenait un des chefs du clan ennemi, et qui continuait pourtant de combattre. Elle n'avait pas peur ? Mais vraiment pas ? Même pas une seconde ? Ce n'était pas possible, il serait peut-être temps qu'elle arrive à penser à sa propre survie ! Ce n'était pas un jeu, et le Maréchal ne lâchera pas l'affaire comme ça. A quoi pensait-il ? Et elle ? Il n'arrivait pas à comprendre. N'importe qui d'autre songerait d'abord à sa vie, à tout ce que ça implique... Personne ne pouvait accepter ainsi de mettre en jeu toute son existence, juste comme ça ! Pas vrai ? John, lui, penserait d'abord à l'avenir de sa famille, au sien. Il se demanderait si tout cela en valait vraiment la peine. Il aimait son pays, mais ne pouvait jeter toute sa vie privée pour lui sans même un regard en arrière.

Générale – Navrée, je suis un peu sur les nerfs. Ne vous empêchez pas de déjeuner à cause de moi.

Il s'assit avec prudence, avec l'équipe. Ils se mirent enfin à déjeuner, avec des regards en biais pour leur nouveau Général, plongée dans ses pensées. L'article avait bien expliqué sa personnalité, mais elle n'en restait pas moins incompréhensible à ses yeux. Il prit un morceau de pain, sans oser lui proposer quelque chose pour le déjeuner. Beaucoup l'observaient aussi, surtout Sébastien, qui gardait en permanence le regard fixé sur elle, les sourcils froncés. A quoi songeait-il ? Cette femme était une énigme à elle seule... Il grignota un morceau de viande, l'appétit soudain coupé. Se battre ainsi, exposé pleinement, était-il moins dangereux que de se battre et évoluer au milieu des ombres, comme le Colonel ? Ils étaient comme les deux faces d'une même pièce, chacun se battant avec ses propres armes, mais ils avaient des objectifs communs. Ils avait que le don du Colonel était puissant, lui aussi, qu'il avait déjà réalisé certaines choses comme on ne pourrait le croire. S'ils s'alliaient, tous les deux, cela allait donner un beau spectacle.

Arf, les prochains mois allaient être très perturbés, il le sentait. Il but un peu d'eau, le regard dans le vide, en essayant d'imaginer à quoi ressemblerait un champ de bataille avec les guetteurs en première ligne. Ah, et qu'est-ce que cela donnerait, si la nouvelle générale et le colonel se battaient en duel ? Il imagina un terrain dévasté, sous un ciel très noir, le colonel à moitié noyé sous la pluie, et la directrice devant, en uniforme, les yeux brillant de rage et le poing levé, les dents serrés, entourée par des éclairs. Il se ferait rétamer... Il était puissant, mais face aux deux dons de la jeune femme, il prendrait très cher. Un peu d'eau et hop, il deviendrait impuissant à générer la plus petite flamme ! Il sourit en l'imaginant courir, poursuivi par des tas d'éclairs que lui jetteraient la générale folle de rage, battant des bras alors qu'elle levait les siens pour invoquer la puissance de l'apocalypse. Et pfiouh, il ferait un magnifique vol plané après qu'un éclair ait détruit le sol sous ses pieds. Pauvre colonel. On irait récupérer sa dépouille fumante au milieu d'un champ de ruine, un paysage dévasté. Il secoua la tête, déposant sa fourchette. C'était cruel de penser ainsi.

Il faisait un effort pour reprendre les discussions avec ses équipiers lorsqu'un autre général vint à leur table, tendant la main à la directrice.Tiens, le coup des alliés, ce n'étaient pas des blagues ? Bradley comptait vraiment l'affronter dans les règles de l'art en lui laissant toutes ses chances ? Oh... Du coup, il comprenait encore moins. Et s'il perdait ? Il avait avait songé à cela ? Il acceptait la possibilité de perdre, face à elle ? C'était une femme, et il les méprisait, encore plus si elles portaient un uniforme.

Général – Je ne me suis pas présenté toute à l'heure. Je m'appelle Francis Derrad. Je suis général de brigade.

Générale – Ravie, répondit-elle en lui serrant la main à son tour.

Il échangea deux mots avec elle, puis repartit, comme il était venu. Francis Derrad... John avait déjà entendu parler de lui. Il n'était pas réputé pour être un homme très dur, mais il était honnête et tenait ses engagements. Le genre réservé, mais qui réfléchissait beaucoup, et qui avait de nombreuses relations. Plus dangereux qu'on ne pourrait le croire en le voyant ainsi, somme toute. Il avait été promu général après une mission échouée, ironie du sort... Alors qu'il était Colonel, il avait fait capoter toute une mission en allant conduire deux de ses hommes gravement blessés dans un hôpital civil. Il avait été repéré, et leurs ennemis étaient arrivés en grand nombre. Revenu sur Paris, il avait été jugé en Cour Martiale pour cela, et envoyé en prison. Il en était sorti au bout de deux heures, salué par Bradley pour son courage, et avait été nommé Général.

Générale – Il y a des champ d'entraînement ici ? Au moins pour les armes à feu ? Ça fait un moment que je n'ai pas tiré sur quelque chose, et à défaut de pouvoir le faire sur Karinof...

Un sourire mauvais étira lentement ses lèvres, alors que John tirait nerveusement sur le col de sa chemise. Douce, charmante, si féminine ! Ce poste lui allait très bien, si on acceptait de la voir comme le chef de guerre qu'elle était. Le journal n'avait pas eu tord, là-dessus, et de très loin.

Générale – Mais vous pouvez juste me montrer ça, pas besoin de me faire visiter la caserne.

– Mais ce sont les ordres du Maréchal, madame. Au vu de votre... rang, vous risquez de passer beaucoup de temps ici, vous devez pouvoir vous orienter.

Il ne voulait pas l'éviter en lui rappelant son rang trop souvent non plus.Le commandant approuva vigoureusement, rajoutant que ça ne les dérangeait absolument pas, qu'il était de leur devoir de tout faire pour faciliter la vie de leurs supérieurs hiérarchiques, et qu'à présent qu'elle était officiellement militaire, et à un tel grade, eux, de grades moins élevés, devaient la respecter comme ils respectaient les autres généraux, avant de se lancer dans une longue tirade sur l'honneur du haut commandement. Heeeuu, pas sûr que ce soit une excellente idée, là... Et la traiter comme une jeune femme douce à protéger n'était pas très rassurant non plus ! Doucement, par pitié, ou elle allait s'agacer et faire flamber tout le réfectoire, et eux avec.

– Bon ! le coupa-t-il très vite d'un ton pressant alors qu'il se lançait sur son devoir de protéger les femmes qui avaient le courage de s'engager dans l'armée. Nous allons terminer le repas et y aller ! Merci Commandant.

Il finit son gobelet d'un trait et s'étrangla à moitié avec. Bon, du calme, maintenant, et évitons tout ce qui pourrait être susceptible de raccourcir leurs vies brutalement ! Ils terminèrent de manger, puis sortirent du réfectoire, après avoir déposés leurs plateaux. Comme c'était dimanche, beaucoup se reposaient, jouaient à des jeux collectifs, ou prenaient leur temps avec leurs familles. Près des dortoirs et des appartements, il y avait beaucoup d'enfants qui couraient, jouaient au foot, faisaient du vélo, sautaient à l'élastique, ou jouaient aux billes. C'était la partie "civile" de la caserne, là où la vie privée et familiale se déroulait.

– Nous avons aussi lu le journal d'hier, souffla-t-il en marchant. Ecoutez, même si vos profs sont des couards, ce n'est pas le cas de tout le monde, ici ! Pourquoi ne pas vous allier avec le Colonel ? Si vraiment vous voulez lutter contre Bradley, vous aurez besoin de tous les soutiens possibles.

Il s'arrêta, vérifiant que personne ne les écoutait, puis eut un maigre sourire.

– Vous n'avez aucune conscience de ce que vous représentez... Mais il faut que le voyez, pourtant.
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Gabriella de Lizeux
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MessageSujet: Re: Visite dominicale   Sam 14 Mar - 14:13

Sous-lieutenant – Mais ce sont les ordres du Maréchal, madame. Au vu de votre... rang, vous risquez de passer beaucoup de temps ici, vous devez pouvoir vous orienter.

Tss. Et qu'en avait-elle à faire, des ordres du maréchal, on se le demande ? Elle ne comptait pas passer plus de temps que nécessaire ici, et il était donc inutile de se fatiguer à vraiment lui montrer toutes les installations et tout ce qui pouvait bien se trouver dans cette fichue caserne. Et il n'était pas non plus obligé de changer de ton en lui parlant, comme si elle allait le blesser si jamais il lui manquait de respect. Elle allait lui répondre lorsqu'un autre membre de l'équipe, le grand très musclé qui faisait trois têtes de plus que tous les autres, se lança dans une longue tirade, d'un ton très convaincu, en lui disant qu'ils n'étaient pas dérangés par le fait de la guider, qu'ils lui devaient le même respect qu'aux autre généraux, et que toute la fierté du haut commandement devait être respectée. Elle lui lança un coup d'œil suspicieux, se demandant s'il se fichait vraiment d'elle ou s'il était juste persuadé des conneries qu'il racontait. Elle tapota légèrement des doigts sur la table en bois, hésitant, tout en l'observant. Non, il avait vraiment l'air convaincu. Pire, il se lança ensuite dans tout un discours sur les femmes à "protéger" dans l'armée, ce qui eut le don de l'agacer encore plus qu'elle en l'était déjà. Il ne tenait vraiment pas à la vie, ce type ?! Ou bien il cherchait à tester les limites, ou ses nerfs, ou les deux, et si c'était le cas, peu de chances pour lui qu'il vive encore très longtemps. Elle se redressa, les yeux flamboyants, mais le sous-lieutenant intervint tout à coup, comme s'il avait senti qu'elle s'énervait. Il pouvait la laisser répondre, hein ! Qu'elle puisse expliquer à quel point c'était "courageux" pour une femme de s'engager dans l'armée, et qu'elle ne le faisait que pour une seule et unique raison.

Sous-lieutenant – Bon ! Nous allons terminer le repas et y aller ! Merci Commandant.

Elle secoua la tête alors qu'il s'étranglait avec son verre d'eau. On dirait vraiment qu'il avait peur d'elle. Elle enroula une de ses mèches autour de son doigt, tout en observant les autres militaires présents dans le réfectoire. Pourquoi l'avaient-ils salué, au juste, toute à l'heure ? Elle n'avait rien fait ! Elle était juste entrée ici puis avait "parlé" à Bradley. Hum, il avait au moins un certain sens de l'honneur, ce n'était pas désagréable à voir. Elle eut un frisson en songeant aux semaines qui allaient suivre, un sourire se dessinant sur ses lèvres. Elle avait toujours adoré concevoir des stratégies pour remporter une partie, depuis toute petite. Réfléchir et ainsi trouver le chemin le plus sûr pour arriver à ses fins. Finalement, ce qui arrivait ici n'était qu'une prolongation de ses jeux d'adolescente. Elle savait qu'elle pouvait y arriver, si elle s'y prenait bien. Pour commencer, elle devait d'abord trouver les véritables objectifs de l'armée, avec leurs expérimentations. Avec ce rang, elle pouvait avoir accès à plus de choses, et étant donné que Bradley jouait franc jeu avec elle, cela allait être plus simple. Elle pouvait s'appuyer sur ceux qui la soutenaient, ici, se trouvait des alliés fiables pour mener le combat. Au moins une personne, qui saura surveiller ses arrières, ce serait déjà bien. Ensuite, il faudra mener la contre-attaque. Elle avait déjà quelques idées, pour ça... Bon, admettons-le, ce grade allait vraiment l'aider, au final. Ce cher maréchal avait vraiment été trop aimable... Pourquoi acceptait-il de se lancer là-dedans ? Il désespérait tant de ne pas avoir "d'adversaire à sa hauteur" ? Bref, peu importe ses raisons, tout ce qui comptait, c'était qu'elle puisse agir. Après des mois à se débattre en cherchant vainement une solution, elle pouvait enfin se débrouiller et marcher plus vite.

A la fin du repas, elle suivit le petit groupe au-dehors, son esprit tout entier fixé sur ses objectifs. Monter un réseau allait être la première étape. Fédérer autour d'elle des militaires partageant ses idées et qui pourront la soutenir dans son projet. Avec ça, elle devra aussi "sonder" le groupe des guetteurs. Certains parmi eux pourront sans doute être retournés, en s'y prenant bien. La plupart d'entre eux considéraient comme normal les agissements des militaires, et bien soit, dans ce cas-là, il fallait les amener à une autre vision des choses. Et surtout... Ici, il n'y avait personne pour la gêner. Au pensionnat, la majorité des autres professeurs n'étaient que des freins, qui ne signalaient rien et n'agissaient as lorsqu'ils voyaient un élève se faire emmener ou agresser, qui ne disaient rien s'ils repéraient un comportement suspect. Pire, ils cachaient tout, fermaient les yeux, collaboraient, et l'empêchaient ainsi d'agir pour plus de la moitié des choses qui se déroulaient au sein de l'école. Ils étaient si lâches ! Kimmitsu non plus ne pouvait pas être partout. Mais ici, elle osait espérer que la lâcheté n'avait pas lieu d'être. Peut-être trouvera-t-elle des personnes, hommes ou femmes, qui seront véritablement prêts à la suivre. Elle s'écarta légèrement pour laisser passer un gamin qui faisait du vélo, réalisant au même moment qu'ils se trouvaient près des parties privées de la caserne.

Sous-lieutenant – Nous avons aussi lu le journal d'hier, souffla-t-il en marchant. Ecoutez, même si vos profs sont des couards, ce n'est pas le cas de tout le monde, ici ! Pourquoi ne pas vous allier avec le Colonel ? Si vraiment vous voulez lutter contre Bradley, vous aurez besoin de tous les soutiens possibles.

Il s'arrêta, alors qu'elle lui jetait un coup d'œil. S'allier, oui, mais elle espérait que le colonel allait un peu réfléchir avant d'agir, désormais. Il s'était comporté comme un gamin, face à Karinof ! Et elle ne voulait plus être freinée, encore moins par des personnes ne sachant pas où se trouve leur intérêt. Lorsqu'on mène un combat, il faut laisser de côté les sentiments, le passé, la vie privée, et se concentrer sur son objectif. Ce que n'avait pas fait le colonel en s'interposant de front alors qu'il aurait pu agir d'autres façons. Il aurait pu faire discrètement exploser quelque chose pour détourner l'attention, ou même créer un autre problème, pour que le général court s'en occuper. Mais pas s'interposer comme un crétin sans réfléchir ! Elle espérait que ce n'était qu'une seule erreur, et qu'il n'avait pas pour habitude de se laisser uniquement guider par ses émotions.

Sous-lieutenant – Vous n'avez aucune conscience de ce que vous représentez... Mais il faut que le voyez, pourtant.

Gabriella – Et donc, qu'est-ce que je représente, selon vous ? siffla-t-elle. Ce genre de remarque n'a plus aucun intérêt, aujourd'hui, agir est tout ce qui compte. Et je ne parle pas seulement de l'école. Ce qui arrive n'est que le début, bientôt, toute la France sera touchée. Le Maréchal a été très honnête. Je n'aurais pas cru qu'il puisse vouloir jouer franc jeu sur ce terrain.

Elle continua sa route, sur quelques pas, puis lissa une manche de son uniforme, les yeux dans le vague.

Gabriella – Je rencontrerais le colonel lorsqu'il sera sorti d'isolement. Maintenant que nous pouvons agir, il va falloir accélérer le mouvement.

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