1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Camps d'entraînement en plein été

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Isabelle Robin
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Âge RPG : 37 ans

MessageSujet: Camps d'entraînement en plein été   Ven 6 Fév - 22:01

Ses foulées étaient longues et régulières, elle frappait durement le sol à chaque fois, ce qui se répercutait dans tout son corps, piétinant le sable et la terre de ses talons de cuir et de caoutchouc, des chaussures à semelles épaisses et solides, réglementaires, pouvant frapper des années toutes sortes de sols avant de s'user et de devoir être remplacées. Son souffle était rapide, maîtrisée, sous les battements rythmées de son cœur. Ses cheveux attachés en une queue-de-cheval volaient derrière elle à chaque mouvement, ses bras suivaient le rythme de son corps. Elle courait depuis trente minutes sur la plage, les chemins de la forêt qui bordait la côte, depuis son départ du camps avec un petit groupe de militaires, soldats de rang, sous-officiers, officiers. Regardant droit devant elle, vêtue d'un pantalon, de chaussures noires et lourdes, et d'un débardeur, à la façon des hommes. Elle savait que cela agaçait certains, et en portait donc plus fréquemment, durant ses entraînements à la belle saison, pour le simple plaisir de les énerver.

Ils passèrent le long de la route, sous le regard tantôt surpris, tantôt amusé des touristes. Il était notoire que cette région de l'Ouest abritait une grande caserne, près d'une station balnéaire, et la nouvelle et émergente classe moyenne de France croisait des soldats chaque été, lors des vacances. Mais Isabelle n'était as là pour profiter de la plage. Cette caserne n'était pas un lieu de détente mais de formation. On y allait pour plusieurs raisons. Les jeunes y passaient systématiquement, en guise de stage pratique, lorsqu'il n'y avait pas de guerre. Quelques têtes brûlées venaient ici, ou y étaient envoyées plutôt, par leur responsables d'unité afin qu'on leur remette les points sur les i. Et d'autres, comme elle, venaient de leur plein gré sur une période définie avec la hiérarchie, pour se remettre à niveau, s'entraîner, etc. Isabelle était là surtout pour la nouvelle formation des snipers de France. Elle était l'une des rares femmes, ce qui lui valait régulièrement des ennuis.

Courir faisait du bien. Ils y passaient de une à deux heures chaque jour, tous les matins, et parfois le soir, une heure supplémentaire. Courir était un excellent exercice pour rester en forme, maîtriser son souffle, forger ses muscles et rester souple. Ils revinrent à la caserne en passant par l'axe de la plage, klaxonnés parfois par les voitures. Deux policiers en patrouille les regardèrent aussi en fronçant les sourcils. Evidemment, les policiers, des civils, n'aimaient guère les gendarmes et soldats, soumis au régime militaire. Chacun d'un bord, allons-nous dire. Bizarrement, il y avait bien plus de femmes dans la police qu'il n'y en avait dans l'armée. Ou elles n'étaient souvent que secrétaire, ce genre de choses. Elle retint un sourire en passant les barrières qui définissaient le terrain militaire.

Instructeur – Allez, les bleus ! s'écria un grand barbu en passant auprès, suivi par une dizaine de jeunes hommes. On se bouge plus que ça !

Isabelle s'étira consciencieusement, puis s'approcha d'un autre atelier, installé en marge du camps. Deux ateliers, en fait. Un pour le tir avec armes à feu, l'autre réservé aux tirs avec armes blanches. Elle fila derrière la table où étaient alignés des couteaux et poignards de toutes les tailles, et en pris six dans chaque main, les soupesant pour évaluer leur poids. Les couteaux légers étaient faciles à manier mais n'avaient aucun poids face au vent. Ceux très lourds ne déviaient pas mais n'allaient pas loin. Trouver le bond poids était important pour la maniabilité. Elle en fit sauter dans sa main, pour s'habituer à leur maniement, et prit place derrière la ligne de tir, face à des cibles en forme humaine, quatre mètres devant elle.

Un souffle. Un regard. Un mouvement du poignet. L'acier de la lame brilla au soleil avant d'aller se ficher dans la cible, en plein sur le cœur. Un autre suivit, dans la nuque, puis elle visa chacun des points névralgiques du corps à tour de rôle, avec différentes sortes de couteaux. A l'école militaire, on leur donnait des cours de médecine. Pour être capable de soigner d'urgence un camarade blessé au front, et aussi pour savoir où se trouvaient les points vitaux et les points sensibles du corps. En tant que sniper, néanmoins, Isabelle se posait rarement cette question. Elle ne tirait qu'une fois sur son ennemi et devait l'abattre dans ce seul coup. Pour cela, elle ne visait que la tête ou le cœur.

Elle allait chercher d'autres couteaux lorsqu'elle vit passer une tête familière un peu plus loin. John ? Il était là, lui aussi ? Elle ne l'avait plus revu depuis trois mois, depuis qu'il était parti pour une mission d'espionnage en Allemagne. Elle lui fit signe de la rejoindre, contente de le revoir, mais intriguée. Pourquoi personne de l'équipe ne savait qu'il était revenu en France, et pourquoi se trouvait-il aussi ?! Elle lui donna une brève accolade lorsqu'il arriva près d'elle, et grimaça en le regardant de la tête aux pieds.

– Tu as maigri, constata-t-elle en reculant et en revenant vers les tables où se tenaient les armes avec lui. Tu n'aurais pas pu nous prévenir que tu étais déjà rentré, non ? Surtout si tu viens ici ! Vous saviez tous que je passais deux semaines au camp, avec d'autres snipers.

Elle était assez fâchée qu'il n'ait absolument rien dit, d'autant plus que ce n'était pas son habitude. Elle s'empara d'un fusil de précision, puis d'une boîte de munitions, chargeant les balles. John n'avait vraiment as le même air que d'habitude. Voyant que d'autres attendaient encore leur tour pour tirer, elle recula un peu avec lui, le fusil chargé sur son épaule.

– Comment s'est passée ta mission ? Tu es parti longtemps, on se demandait quand tu allais revenir en France.

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MessageSujet: Re: Camps d'entraînement en plein été   Dim 8 Fév - 21:33

"Je ne suis pas un traître..."

John s'écrasa à moitié au sol puis roula souplement sur le côté pour éviter le coup de poing de son adversaire, un homme plein de muscles monstrueux qui n'avait rien à envier au commandant. Avec lui, chaque combat au corps-à-corps virait à un duel serré qui tournait au combat à mort. Ce type était juste un fou furieux, comment avait-il pu être admis dans l'armée ?! Il n'avait jamais été plus que soldat de rang, et traînait une réputation de gros gorille sans cervelle. Pas étonnant qu'il passa se sa vie dans cette caserne, rien de tel que ce genre de bourrin pour effrayer les nouvelles recrues et secouer les autres. Il fit une autre roulade, passant entre les jambes du gorille, et le frappa au mollet, mais eut l'impression d'heurter un mur. Le géant lui attrapa la jambe et l'envoya brutalement valser à l'autre bout de la pièce dans un magnifique vol plané. Gyaaaah ! Il s'écrasa comme une merde contre le mur, tout son souffle s'échappant de sa poitrine. Ouch... C'était plus de son âge, tout ça...

Il se releva en grimaçant, à quatre pattes, et constata que son adversaire quittait la salle de gym, s'étant totalement désintéressé de lui, le pensant sans doute évanoui. Ou mort. Humph, autant pour sa fierté. Un des assistants courut vers lui en lui tendant une main, que John attrapa, en lui demandant s'il allait bien. Pff, à quand la retraite ? Encore deux ans, au moins, pour attendre les 50 ans, si ce n'est pas plus, pour un officier. Il se releva et rajusta son uniforme, sans essayer de calculer le nombre de bleus. Il n'en pouvait plus. Quittant la salle à son tour, il récupéra sa veste et la referma en route, remettant son col en place. Il avait espéré un peu de repos en revenant d'Allemagne, mais il fallait croire qu'il n'en avait pas le droit... C'était dur. Plus ses missions étaient couronnées de succès, et moins on lui faisait confiance, au sein de l'armée. Il ne récoltait que la méfiance, encore et encore ! Sauf au sein de l'équipe du Colonel... Il eut un rire nerveux en allant dans la cour. Voilà qu'il devait se mettre sous les ordres d'un gamin de 14 ans de moins que lui pour conserver un minimum de fierté, où allait le monde ? Mais il le respectait ce gamin, même s'il était naïf et très idéaliste.

Beaucoup de militaires, surtout des jeunes, étaient venus s'entraîner ici. Il soupira, marchant sous le soleil de plomb de ce mois de Juillet. Lui était là pour une "remise en forme" après cette longue mission. Mais son corps allait bien, merci, c'était le moral qui était au plus bas. Il en avait assez qu'on ne le voit que comme un espion, un traître, un... Il cessa de marcher lorsqu'il vit un éclat de métal briller au soleil et une silhouette éblouie par la lumière un bref instant. Une silhouette qu'il connaissait bien. Merde. Il avait totalement oublié que le lieutenant était là aussi, dans ce camps, en Juillet ! Il chercha par instinct le Colonel dans les alentours, car là où on voyait le lieutenant, lui n'était jamais loin, mais il ne le trouva pas. Ah, juste, il était encore à Paris. Il retint un soupir, passant une main dans ses cheveux. Bon, repartir, maintenant... Il ne voulait parler à personne, et encore moins au lieutenant, elle devenait encore plus effrayante quand on essayait de lui mentir. Sauf qu'elle le vit. Lui fait signe. Gloups. Il n'eut d'autre choix que d'avancer vers elle, et lui rendit son accolade. Il ne voulait pas qu'elle voit qu'il voulait être seul, l'inquiéter ne servirait à rien.

– Tu as maigri, constata-t-elle en reculant et en revenant vers les tables où se tenaient les armes avec lui. Tu n'aurais pas pu nous prévenir que tu étais déjà rentré, non ? Surtout si tu viens ici ! Vous saviez tous que je passais deux semaines au camp, avec d'autres snipers.

Elle était sûrement en colère, mais John n'avait pas pu les appeler, ou plutôt, il n'avait pas voulu. Il avait voulu encore un peu de temps pour se reconstruire, redevenir lui-même et quitter le rôle qu'il avait eu en Allemagne, accepter qu'on le voit comme un traître, ne pas leur rajouter ce poids alors qu'ils avaient tous autre chose à gérer. Il allait répondre lorsqu'il vit le lieutenant s'emparer d'un fusil d'assaut et le charger vite et un peu sèchement, puis s'éloigner avec lui en le jetant sur son épaule. Eh, doucement, il était chargé !

– Comment s'est passée ta mission ? Tu es parti longtemps, on se demandait quand tu allais revenir en France.

– Je suis revenu depuis une semaine, marmonna-t-il. Ma mission s'est très bien passée, comme d'habitude. Je me suis fais passer pour un officier Allemand, et j'ai infiltré les endroits qui m'étaient assignés. Leur uniforme est très sombre,mais plus classe que le nôtre, rien à dire là-dessus.

Il gardait un ton détaché, s'efforçait de sourire, mais le cœur n'y était pas. Peut-être devraient-il rater ses missions... Peut-être qu'on arrêterait ainsi de l'accuser de mener un double-jeu... C'était un coup à vous détruire, à vous ronger la cervelle jusqu'à ne plus en laisser une seule petite miette.

– Ça se passe trop bien à chaque fois, en fait, avoua-t-il un ton plus bas. Tout le monde me voit comme un traître, car je suis trop bon espion, sans vouloir me vanter. Et aujourd'hui, tout ce qui me redonne un peu de fierté et de confiance en moi, c'est de suivre un blanc-bec de 34 ans ! Un blanc-bec qui continue de me donner des cheveux blancs, d'ailleurs...

Tss, pourvu qu'il n'arrive rien d'autre, il était bientôt à la retraite, lui ! ... Ou pas mais il pouvait au moins l'espérer.

– Mais bon, dit-il en souriant. Laisse tomber, ce n'est pas si grave. Tu es ici pour t'entraîner ?
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Isabelle Robin
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MessageSujet: Re: Camps d'entraînement en plein été   Mar 10 Fév - 13:13

John – Je suis revenu depuis une semaine, marmonna-t-il. Ma mission s'est très bien passée, comme d'habitude. Je me suis fais passer pour un officier Allemand, et j'ai infiltré les endroits qui m'étaient assignés. Leur uniforme est très sombre, mais plus classe que le nôtre, rien à dire là-dessus.

Mais pourquoi un tel regard morne, si tout s'était bien passé ? Il devrait être fier, au contraire ! Il faisait parti de ceux qui avaient les missions d'espionnage les plus dangereuses. Et Isabelle le savait doué. Fin tacticien, il parlait plusieurs langues, et pouvait passer des mois isolé, dans un autre pays, à prendre des risques incroyables pour rapporter des informations à la France. Chaque soir, il devait s'endormir en ignorant s'il allait un jour se réveiller. Tous les jours, il devait se comporter à la perfection, jouer son rôle sans un seul faux pas, sous peine d'être arrêté et exécuté. Il devait manipuler, dissimuler, se lier d'amitié avec ses cibles sans éveiller le moindre soupçon, se cacher pour communiquer avec l'état-major. Il était un pilier de leur équipe, et de l'armée. Mais, depuis quelques temps déjà, elle le trouvait plus fatigué, plus... Comme s'il commençait à tout remettre en doute. Son travail se passait mal ? Il pouvait lui parler, leur parler, ils étaient capables de l'écouter et de le comprendre ! C'était cela, une équipe, ils se devaient de s'entraider.

John – Ça se passe trop bien à chaque fois, en fait, avoua-t-il un ton plus bas. Tout le monde me voit comme un traître, car je suis trop bon espion, sans vouloir me vanter. Et aujourd'hui, tout ce qui me redonne un peu de fierté et de confiance en moi, c'est de suivre un blanc-bec de 34 ans ! Un blanc-bec qui continue de me donner des cheveux blancs, d'ailleurs...

Oh.. D'accord, elle comprenait mieux, maintenant. Ceux qui étaient trop bons étaient pris pour des traîtres, on se méfiait toujours de la réussite, dans ce pays. Elle eut un maigre sourire lorsqu'il précisa "blanc-bec de 34 ans". Il est vrai qu'il avait tout de même 14 ans de différence avec le Colonel, et qu'il était à bien des gardes en dessous de lui. Et pourtant, Isabelle savait qu'au fond de lui, John aimait beaucoup le Colonel, une affection un peu paternaliste, sur les bords. Il s'inquiétait toujours pour lui, et le lieutenant le soupçonnait d'être parfaitement au courant, pour le don du Colonel... Il n'en avait jamais rien dit, mais elle le ressentait ainsi. Elle n'en parlait cependant pas non plus. Et puis, certaines choses, bien souvent, n'ont pas besoin d'être prononcées pour qu'on les comprenne.

John – Mais bon, dit-il en souriant. Laisse tomber, ce n'est pas si grave. Tu es ici pour t'entraîner ?

– Oui, sourit-il en regardant si la queue avait un peu diminuée. Tu devrais aussi, d'ailleurs, sauf si tu as abandonné ton objectif de mieux viser que moi.

Elle récupéra un autre fusil de précision et le lui donna, avec quelques cartouches. C'était presque devenu un jeu, entre eux, un rituel. Elle s'entraînait, commençait à tirer, viser ses cibles, et John, la plupart du temps, s'armait et venait la rejoindre dans cet entraînement, voulant s'améliorer. Un jour, elle lui avait dit en rigolant que le jour où il la surpassera dans cet art, elle lui offrira le champagne, à lui, sa femme, et ses quatre enfants. Elle était déjà marraine du dernier enfant du couple, une petite fille qu'elle avait tendance à bien trop gâter lorsqu'elle la voyait.

– Ne t'en fais pas, pour l'armée, lui dit-elle ne vérifiant son arme soigneusement. Tu sais que tu as toute la confiance de l'équipe du blanc-bec, non ? Le reste est un détail.

Elle se demandait d'ailleurs ce que pouvait bien faire le "blanc-bec" en question à cette heure-ci. Il avait obtenu des congés, et devait sûrement en profiter pour trouver un coin tranquille en pleine campagne pour s'entraîner avec son don. Il pouvait faire des murs de feu incroyablement hauts et puissants lorsqu'il le voulait. C'était un spectacle qu'elle aimait toujours admirer, en restant toutefois à une distance prudente.

– En tout cas, tu ne devrais pas hésiter à nous parler, ça ne nous embêtera pas. Et puis, tu connais le commandant, s'il voit que tu es mal et que tu ne dis rien, il ne va plus te lâcher. Avec ça, c'est pas le moment de te relâcher ! Tu ne veux plus gagner ton champagne ?

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MessageSujet: Re: Camps d'entraînement en plein été   Jeu 12 Fév - 22:14

– Oui, sourit-elle en regardant si la queue avait un peu diminuée. Tu devrais aussi, d'ailleurs, sauf si tu as abandonné ton objectif de mieux viser que moi.

Son objectif de mieux viser qu'elle, il pouvait sans doute l'enterrer. John avait toujours visé comme un cochon, il avait du mal à atteindre un éléphant dans un couloir, alors mieux viser que le lieutenant ? Voilà bien un rêve inaccessible... Déjà, à l'école militaire, lorsqu'il était formateur, il avait déjà entendu parler d'elle. On en parlait comme un as du tir, avec un œil exercé et très fin. Il l'avait observé, une fois, lors d'un exercice. Tous les étudiants étaient au champ de tir, couchés sur des tissus blancs par terre, fusils de précision en main. Lors des premiers tirs, cela avait été catastrophique. Puis on avait remarqué qu'une étudiante sur tout le tas avait touché sept foi sa cible, pour une moyenne de deux ou trois pour les autres étudiants. Il en était resté soufflé, lui comme tous les autres. C'était une des plus jeunes étudiantes, les cheveux blonds très longs, le regard aiguisé. Très bonne tireuse... Elle n'avait pas tardé à en faire sa spécialité, ce qui n'avait étonné personne. Il ne s'était plus intéressé à elle ensuite, mais il en avait souvent entendu parler. Sa technique était excellente, et pour cela, on l'envoya plus vite en "stage" pratique que les autres jeunes sur le front.

– Ne t'en fais pas, pour l'armée, lui dit-elle en vérifiant son arme soigneusement. Tu sais que tu as toute la confiance de l'équipe du blanc-bec, non ? Le reste est un détail.

Pour ça, oui... Il chargea son propre fusil en retenant un long soupir. La première fois qu'il avait vu le Colonel, il était âgé de vingt-neuf, ce qu'il avait su plus tard, et il venait tout juste d'être promu à ce grade. Lui-même n'était même pas sous-lieutenant ! Et il l'avait vu, ce jeune homme de même pas trente ans, alors que John en avait quarante-trois, arriver, comme ça, dans son champ de vison, tout innocent encore. Co-lo-nel.... Argh. Et il avait décidé de le suivre, ce blanc-bec à peine sorti des couches ! Ridicule, et pourtant si évident, à ses yeux. Si jeune, déjà si haut... Pourquoi le Colonel l'avait-il accepté comme coéquipier ? Et surtout, pourquoi John avait-il demandé à être son subordonné ? Aujourd'hui encore, il serait incapable de l'expliquer précisément. Tous ceux de leur équipe avaient un passé plutôt lourd et chargé, difficile à porter. Au début, il n'avait pas compris tout de suite qu'Isabelle était l'étudiante prodige des armes de précision, en la revoyant. Il avait saisi en la voyant toucher à cinq mètres de distance une cible de la taille d'une pièce de monnaie. Le genre de choses qui vous font comprendre gentiment d'éviter de trop contrarier la jeune femme, somme toute. Il glissa le doigt sur le fusil pour vérifier qu'il n'y avait pas d'accroc. Cela avait l'air bon.

– En tout cas, tu ne devrais pas hésiter à nous parler, ça ne nous embêtera pas. Et puis, tu connais le commandant, s'il voit que tu es mal et que tu ne dis rien, il ne va plus te lâcher. Avec ça, c'est pas le moment de te relâcher ! Tu ne veux plus gagner ton champagne ?

Il rit un peu malgré lui, secouant la tête. Son champagne, il n'en verra jamais la couleur, ce n'était pas la peine de rêver ! Il prit son tour avec Isabelle, puis lorsque de la place se fit, il s'allongea à son tour, calant son fusil au sol. Il était en train de viser lorsque le lieutenant tira coup sur coup trois balles dans la tête de la cible. Très encourageant... Il tira à son tour, touchant juste au dessus de l'épaule de la silhouette peinte. La la la... Gros moment de solitude, me voilà.

– Tu pourras garder ta solde, je ne suis pas près de boire du champagne.

Il tira à nouveau, mettant une balle dans le ventre, puis dans la nature, derrière les cibles, et grogna. Il tirait dans le vide, parfois dans la cible, sûrement par hasard, et ainsi de suite, essayant toutes les combines pour viser un peu mieux. Cependant, lorsqu'on s'entraînait à côté d'Isabelle, toutes les prestations, même ridicules, passaient inaperçues, puisque tout le monde la fixait elle. Pratique. Il rechargea son arme, jetant un coup d'œil au lieutenant, qui était très concentrée. Ils tirèrent ainsi un bon moment, sous un soleil de plomb, qui frappait assez fort pour vous donner le tournis, jusqu'au moment où l'instructeur leur fit signe de stopper et laisser la place aux suivants. Il se releva, raide et les mains moites, et rendit son arme brûlante. Voilà qui était fait... Il s'éloigna avec le lieutenant, sans chercher à s'entraîner aux armes blanches.

– Je te remercie, dit-il comme si rien ne les avait interrompus. C'est vrai que j'ai du mal à parler, mais vous tous, vous me remontez toujours le moral.

Il marcha dans la caserne à ses côtés, observant l'agitation qui y régnait. Il y avait beaucoup de monde, car pas mal de formations étaient organisées en juillet et en août. Séances de lutte,c ourses, gym, tir... Tout y passait. Dans un bâtiment, on enseignait quelques langues étrangères et coutumes d'autres pays. Même si l'armée ne lui vouait aucune confiance, il était heureux malgré tout d'en faire parti. Il aimait ce sentiment d'être utile à quelque chose, de faire parti d'un groupe solide et uni. Il s'arrêta près d'un autre atelier, où on s'entraînait au combat au corps-à-corps. Lui, hum, merci, il avait déjà donné. Il grimaça en touchant ses côtes encore endolories. Il repensait de nouveau à la façon dont il était entré dans l'équipe du Colonel. Il l'inquiétait, mais vraiment ! John n'était pas idiot, il avait remarqué certaines choses, chez lui, des choses qui pourraient lui causer de graves ennuis si les Hautes Instances de l'armée venaient à les apprendre. Il s'éloigna de l'atelier avec le lieutenant, pensif.

– Comment va le Colonel, d'ailleurs ? Je n'ai pas eu le temps de reprendre des nouvelles de vous tous en revenant en France. J'ai cru comprendre que l'ambiance était tendue, en ce moment. On m'a dit que l'armée faisait le ménage, dans ses rangs. Le Colonel doit avoir pas mal de boulot en plus, si des affaires viennent se greffer comme ça.

Il s'arrêta de nouveau, près d'un coin "de détente" plus tranquille. Un groupe de petits jeunes jouaient aux cartes dans l'herbe, plus loin, bavardant fort et riant. Ici, personne ne pouvait les entendre, ni épier leur conversation. Réflexe d'espion, il ne disait jamais rien de compromettant ou susceptible de l'être dans un endroit non sécurisé. Il croisa le regard du lieutenant, qu'il vit un peu plus sombre, et eut un maigre sourire.

– Il peut faire confiance à son équipe. On a tous nos secrets. Et je me doute que la situation actuelle doit être un peu dure pour lui.

Elle ne dira rien à haute voix, pas plus que lui, il le savait. mais il restait malgré tout assez inquiet, quand à tout ce qui se passait. Prendre garde où on mettait les pieds était une des règles de base, en particulier quand on faisait parti de l'armée.
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Isabelle Robin
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MessageSujet: Re: Camps d'entraînement en plein été   Dim 15 Fév - 16:23

Il eut un petit rire, secouant la tête d'un air résigné. Quoi, il avait déjà abandonné l'idée ? D'eux tous, il était celui qui visait le moins bien, mais pas la peine de partir défaitiste ! Elle était certaine qu'avec beaucoup de pratique et un peu de volonté, il arrivera à un très bon niveau. Elle-même n'en était pas arrivée à ce stade juste en claquant des doigts. Petite, déjà, elle aimait lancer des objets en cachette pour atteindre des cibles. A cinq ans, elle passait son temps à chaparder le lance-pierre d'un de ses frères car elle adorait la sensation qui la prenait au ventre lorsqu'elle touchait une cible éloignée, fière de sa dextérité. Elle adorait le pouvoir dont elle disposait, entre ses mains, lorsqu'elle se concentrait, visait, puis tirait. Adolescente, elle s'échappait le soir pour se rendre à un stand de tir tenu par le père d'un de ses amis, qui avait accepté de la laisser pratiquer avec les "armes" factices, des jouets pour les foires, qui amusaient les garçons de son quartier. A l'école militaire, elle eut alors des armes en main, et en fit une spécialité.

Ce fut leur tour, et elle s'allongea sur le tapis de mousse, plantant son arme dans le sol, puis se concentra, visa sa cible, appuya sur la détente, tirant trois fois, coup sur coup. Les balles percèrent la silhouette peinte, en pleine tête, et ce sentiment l'envahit à nouveau. La joie de savoir viser ainsi, de toucher très précisément où elle le voulait, la puissance que procurait le fait de tenir une telle arme entre ses mains. Elle adorait les fusils de précision, véritables chef-d'œuvre de l'arsenal de guerre ! L'année dernière, à son anniversaire, le Colonel lui en avait offert un, tout neuf, équipé de la dernière lunette de tir, un bijou. Elle avait bien failli lui sauter au cou pour le remercier.

John – Tu pourras garder ta solde, je ne suis pas près de boire du champagne.

Elle eut un petit rire, puis continua à tirer, retrouvant toute sa concentration. Fermer un œil, viser, appuyer, reprendre l'arme en main, recommencer, charger les munitions, faire abstraction de tout ce qui se déroulait autour pour en voir que la cible. Elle adorait l'odeur de la poudre brûlée lors de chaque détonation, le frémissement du fusil, le claquement des balles que l'on chargeait. Ces armes qu'elle pourrait démonter et remonter les yeux fermés. Cependant, leur temps alloué pour cet exercice fut court. Très court. Trop court. Elle rendit le fusil, un peu frustrée, et s'essuya les mains. Elle pourrait tirer ainsi toute la journée ! Elle s'éloigna avec John, se promettant de revenir plus tard. Ils étaient ici pour s'entraîner, n'est-ce pas ? Ils avaient encore le temps, la nuit tombait tard, en Juillet. A partir d'une certaine heure, ils stoppaient ce genre d'entraînements, par respect pour les voisins qui en avaient assez d'entendre des coups de feu toute la journée. Ils ne savaient pas apprécier la poésie et le chant d'une rafale. Elle eut un sourire en regardant les autres militaires, saluant de la tête d'autres snipers qu'elle connaissait et appréciait. Uniquement des hommes, bien sûr.

John – Je te remercie, dit-il comme si rien ne les avait interrompus. C'est vrai que j'ai du mal à parler, mais vous tous, vous me remontez toujours le moral.

Elle lui sourit, tout en continuant de marcher près de lui, comme deux vieux amis. Ce qu'ils étaient sans doute, d'ailleurs... Elle avait du mal à qualifier l'amitié, car elle était bien plus liée aux autres par la loyauté. Elle n'avait jamais été amoureuse non plus, maintenant qu'elle y songeait bien. Peut-être un flirt durant son adolescence, mais rien de concret ni de sérieux. Famille, amis, amour, réussite sociale, toutes ces préoccupations étaient loin d'elle. Elle observa un autre atelier de combat, les yeux dans le vague. Famille et armée n'étaient pas incompatibles, très loin de là. Le commandant, par exemple, était papa d'un petit garçon de sept ans, dont il était complètement gaga et qui était son sujet de conversation préféré. John, lui, avait quatre beaux enfants, encore jeunes, tous. Nombreux étaient ceux qui avaient une famille, une femme, un mari, des enfants... Mais certains faisaient d'abord passer leur carrière avant tout cela. Personnellement, ce n'était pas pour sa carrière, mais plutôt parce qu'elle n'avait jamais rencontré d'homme pouvant la faire frissonner.

John – Comment va le Colonel, d'ailleurs ? Je n'ai pas eu le temps de reprendre des nouvelles de vous tous en revenant en France. J'ai cru comprendre que l'ambiance était tendue, en ce moment. On m'a dit que l'armée faisait le ménage, dans ses rangs. Le Colonel doit avoir pas mal de boulot en plus, si des affaires viennent se greffer comme ça.

Elle stoppa près de lui, effleurant l'herbe. Il avait déjà entendu parler de cette histoire ? C'était vrai que la situation rendait tout le monde un peu nerveux. Son regard s'assombrit, alors qu'elle retenait un soupir. Elle se doutait que John était au courant, pour le supérieur. Et lui devait se douter qu'elle le savait aussi. Mais ni lui ni elle n'en avaient jamais parlé ouvertement, non par crainte, mais certaines choses n'ont pas besoin d'être prononcées pour êtres comprises. Le Colonel était très sous pression, en ce moment. Il voyait passer plusieurs cas, des jugements, et savait qu'il suffirait d'un rien pour que lui-même se retrouve accusé, malgré sa prudence. Elle croisa le regard de John, vit son sourire un peu triste. Combien de temps le jeune militaire pourra-t-il encore tenir ? Il était très prudent, mais il suffirait d'un faux pas pour le perdre. Juste un faux pas... Personne ne savait ce qu'étaient vraiment devenus certains soldats arrêtés. Ils n'étaient pas en prison, et leurs familles n'avaient aucun nouvelles. Ils avaient juste disparus, et des rumeurs affreuses couraient. Elle ignorait si elle devait en croire ne serait que la moitié.

John – Il peut faire confiance à son équipe. On a tous nos secrets. Et je me doute que la situation actuelle doit être un peu dure pour lui.

– Il en est conscient, dit-elle dans un murmure. Même si parfois il ne comprend pas qu'on veuille le suivre, il est heureux que nous le fassions.

Elle le savait, il le lui avait dit. Et chacun d'entre eux pouvait de toute façon le voir, s'en rendre compte, dans tous ces moments de complicité, ou les fois où ils lui avaient tendu une main, comme lui-même ne cessait de le faire. Certaines personnes donnaient envie de les suivre, parfois pour des raisons inexplicables, et le Colonel en faisait parti. Grâce au charisme, au caractère, à la personnalité, à l'aura dégagée, à la manière de vivre, de se comporter, d'agir. Parfois pour tout cela à la fois. C'était à cela qu'on reconnaissait les leaders.

– Tu devines la tête qu'il tirerait en te voyant t'en faire pour lui ? dit-elle avec un petit rire en lui donnant un coup de coude. Il nous reproche déjà de trop le materner, parfois ! Ne t'en fais pas, il est solide, et nous sommes tous là.

Elle alla s'asseoir dans l'herbe, ramenant ses genoux contre elle. Elle vouait une entière et totale confiance au Colonel, quoi qu'il arrive, quoi qu'il se passe, quoi qu'il fasse. Elle regarda à nouveau l'agitation de la cour, les instructeurs qui passaient, les jeunes qui couraient et luttaient.

– Ai juste confiance, tout va bien se passer.

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