1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
AccueilCalendrierFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Journée de tension

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Invité
Invité
avatar


MessageSujet: Journée de tension   Dim 1 Fév - 15:13

[Premier post écrit avec le Général Karinof]

Il y avait beaucoup de monde à traîner, ce matin, l'heure du déjeuner approchait, et les élèves profitaient du soleil pour lire ou s'installer au-dehors, sur la pelouse et les bancs. Comme tous les samedi, ils profitaient d'un peu de temps libre pour se retrouver, jouer, discuter. Daniel était resté près des deux grandes portes, ouvertes largement pour laisser entrer la chaleur, voyant que peu d'élèves osaient s'aventurer loin dans le parc à cause des militaires. Mais ils ne craignaient rien ! Maintenant que presque tous les professeurs avaient capitulé, les soldats ne feront plus de mal aux élèves. Ils pouvaient se promener dans tout le parc ou à Gray sans aucun risque, le danger était écarté. Daniel était convaincu de ça, même si, au fond de lui, il gardait un certain malaise. Chaque jour, au réfectoire, il sentait deux groupes, celui où il se trouvait, et l'autre, avec les professeurs qui continuaient de soutenir la directrice. Et la tension était très lourde.

Il surveillait toujours la cour lorsqu'il vit arriver le Général Karinof, toujours impeccable dans son uniforme. Il semblait tendu, quoi que c'était sans doute habituel chez lui. Daniel ne dit rien et ne bougea pas, bien qu'il avance dans sa direction. Il y avait beaucoup de monde et il ne voulait pas déclencher un conflit. Il jouait machinalement avec son alliance toute neuve, passé à son doigt. Il s'était marié avec Alice en toute discrétion, car organiser une vraie fête avec leurs collègues, vu l'ambiance actuelle, cela aurait été impossible. Il aurait voulu, oui, un beau mariage, avec de la musique et pleins d'amis, mais comment le faire sachant que la plupart de ses collègues auraient boycotté toute fête, voire l'aurait gâchée ? Il s'était donc contenté du minimum, mais du moment qu'Alice était devenue sa femme, ce n'était guère un problème. Il souriait légèrement lorsqu'un de ses collègues, de l'autre camp, passa en lui jetant un regard absolument dégoûté, comme s'il n'était qu'une vulgaire tâche de boue sur ses chaussures, avant de lâcher une réflexion tout à fait désobligeante. Vexé, il se redressa vivement.

– Je n'ai fait ça que pour le bien de l'école !

Général Karinof – Vraiment ? lança tout à coup le militaire d'une voix forte et glaciale. J'avais cru comprendre que c'était pour le bien de votre petite peau.

Daniel se crispa et tourna la tête vers le soldat. Le niveau sonore s'était bien atténué, d'un seul coup, la plupart des élèves se tournaient pour observer la scène. Le jeune professeur prit une longue inspiration, bien décidé à ne pas se laisser troubler. Il avait fait son choix, et il était persuadé que c'était le bon. Il fit donc face au général, bien qu'un peu plus pâle, mais le regard ferme.

– Pour le bien de cette école, oui. Je ne veux plus voir d'autres de ces enfants martyrisés car nous essayons de nous rebeller. Nous savons ce que vous êtes capables de faire dans ces cas-là... Donc pourquoi refuserions-nous de coopérer ? Pour mieux faire souffrir nos élèves et nos enfants ? On peut nous accuser d'avoir abandonné la directrice, oui, mais nous suivons la voie de la raison.

Le général le regarda de haut en bas, lèvres pincées, puis sortit tout à coup son pistolet avant de le lui coller sur le front, lui arrachant un hoquet de terreur. Non mais oh, stop, il était fou ! Il recula et se retrouva contre le mur derrière lui, les mains à moitié levées, et n'osant plus bouger d'un pouce. Cette fois, un très grand silence s'était fait, et on entendit très nettement le déclic du pistolet lorsque le Général se rapprocha. Daniel avait le cœur qui battait si vite qu'il crut qu'il allait exploser. Le froid du métal de l'arme le glaçait, alors même que le soleil était brûlant. Il se voyait déjà mourir là, d'une balle en pleine tête.

Général Karinof – La voie de la raison revient, pour vous, à poignarder son supérieur hiérarchique dans le dos, n'est-ce pas ? Vous n'avez aucune notion de la Loyauté !

La loyauté... Cela ne signifiait pas aller jusqu'à la mort et la torture... Il était un simple civil, un professeur, il ne s'était pas engagé ici pour mener la guérilla contre l'armée de son pays ! Il n'était pas assez fort ni assez courageux pour cela, il n'était qu'un simple citoyen de ce pays, monsieur tout le monde, il n'était pas un héros ! Il resta d'abord silencieux, plus blême que jamais, puis entrouvrit la bouche, toujours figé contre le mur.

– Je suis juste professeur, pas soldat, et la notion de loyauté est différente quand à mon cas. Je ne peux aller jusqu'à la mort pour un simple travail. Votre boulot, c'est de faire la guerre, le mien, c'est d'enseigner.

Il se tut deux secondes, la gorge sèche, prenant bien garde à ne pas remuer le petit doigt.

– D'ailleurs, je pensais que ça vous arrangeait, vous, cette situation ?
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité
avatar


MessageSujet: Re: Journée de tension   Sam 7 Fév - 18:38

La matinée s'était éternisée, rendant encore plus longue par l'impatience du général d'obtenir enfin des nouvelles de l'équipe qu'il avait envoyé aux frontières, pour une longue enquête. Avaient-ils enfin trouvé quelque chose ? Même un simple indice serait le bienvenue ! D'ordinaire, on laissait ce genre de boulot aux flics, mais l'entente entre les corps d'armée et les corps de garde civils n'étaient pas au beau fixe, ces derniers temps. Les policiers reprochaient aux militaires leur conduite actuelle et clamaient que la démocratie Française virait à la dictature pure et simple. Ces simplets devaient oublier qu'un soldat, peu importe son rang, doit obéir sans discuter les ordres de son supérieur. Mais soit, s'ils étaient stupides... Il marcha dans le parc sans conviction, ne pensant pas avoir de nouvelles fraîches aujourd'hui. On disait souvent qu'il était impatient, ce qui était bien vrai, mais l'impatience poussait aussi à travailler plus dur pour obtenir des résultats. Il n'était pas arrivé à ce grade en se contentant de se tourner les pouces et regarder les autres travailler. Il en était arrivé là en se démenant, en donnant tout ce qu'il avait, et il avait réussi. Il eut un mince sourire en voyant un collègue passer, au même grade, mais de dix ans de plus que lui. Cela, oui, il avait réussi.

Il avait toujours su qu'il voulait entrer dans l'armée, c'était l'évidence même. Il aimait diriger, monter des stratégies, et passer à l'action. Il aimait l'esprit des corps militaires, la discipline, le goût du travail, l'honneur. Il avait grimpé rapidement les rangs de la hiérarchie, grâce à ses efforts, son insolence, son envie d'aller au plus haut. Tout cela avait toujours été prioritaire à ses yeux. Avant sa femme, qu'il aimait pourtant. Avant ses enfants, qu'il n'avait pas élevé lui-même ou très peu. Son véritable amour était sa patrie, cette terre de France, à qui il attachait une importance cruciale, d'autant plus après l'enfer des tranchées. Il pouvait faire n'importe quoi pour ce pays et sa protection, même employer des méthodes inhumaines, créer des armes effroyables. Il était soldat, il devait défendre ce pays, et cela seul comptait à ses yeux, cela passait bien au-dessus de toute notion d'amitié ou de famille.

D'ailleurs, certaines qualités humaines étaient plus importantes que tout. En tête de liste, le courage et l'honneur. Ne jamais plier de bon gré face à un ennemi. Ne jamais gémir lorsque vient l'heure de votre propre mort. Ne jamais se cacher ni avoir peur. Les ennemis qu'il respectait étaient ceux qui présentaient ces qualités. Comme sa chère "belle-sœur". Il la respectait et la haïssait. Comme d'autres, aujourd'hui ou appartenant au passé. Mais pas comme lui... Comme ce petit jeune répugnant, ce petit professeur, là, près des portes, qui faisait parti des lâches qui avaient changé de bord en un clin d'œil. Il était un être absolument répugnant et abject, aux yeux du général. Il n'avait pas hésité à vendre son honneur, sans hésitation, ce qui était pire que méprisable !

Lâche – Je n'ai fait ça que pour le bien de l'école !

– Vraiment ? lança tout à coup le militaire d'une voix forte et glaciale. J'avais cru comprendre que c'était pour le bien de votre petite peau.

Il le toisa, d'un regard bien lourd, méprisant, acide. Ce... ridicule blanc-bec n'avait pas plus de courage qu'un nouveau-né ! Comment pouvait-il se comporter ainsi ? Se permettre de bafouer son propre honneur, sa propre dignité, sans se soucier des conséquences ? C'était si ridicule ! Il ne se rendait même pas compte de la honte qui le recouvrait. Mais le général comptait bien lui remettre les idées en place. Même si cela devait le conduire à revoir sa trahison et regagner les rangs du pensionnat. Au moins, il aura gagné un peu de plomb dans la cervelle, et ce pays ne souffrira plus d'un tel naïf en son sein.

Lâche – Pour le bien de cette école, oui. Je ne veux plus voir d'autres de ces enfants martyrisés car nous essayons de nous rebeller. Nous savons ce que vous êtes capables de faire dans ces cas-là... Donc pourquoi refuserions-nous de coopérer ? Pour mieux faire souffrir nos élèves et nos enfants ? On peut nous accuser d'avoir abandonné la directrice, oui, mais nous suivons la voie de la raison.

Georges se retint à très grande-peine de lever les yeux au ciel, détailla le simplet un bref moment, puis sortit son pistolet d'un geste négligent avant de coller le canon de l'arme sur le front du morveux. Il était définitivement stupide ! Le général perdit toute trace d'amusement, le forçant à reculer jusqu'au mur derrière lui, pas du tout gêné par le silence de mort qui était tombé. Il avait un souci, le morveux ? Il venait de découvrir que non, la vie n'est ni rose ni gentille ? Bien, on progressait ! Il enleva soigneusement le calot de sécurité de son arme, le déclic froid du métal résonnant dans le silence absolu qui s'était fait. Plus il regardait ce morveux, plus il était dégoûté et avait envie de vomir.

– La voie de la raison revient, pour vous, à poignarder son supérieur hiérarchique dans le dos, n'est-ce pas ? Vous n'avez aucune notion de la Loyauté !

Et la Loyauté avec un grand L, s'ils vous plaît ! Ce type ne devait avoir absolument aucune idée de quoi il s'agissait. C'était désespérant ! Mais voyons voir s'il arrivait à mieux réfléchir avec le canon glacé d'un pistolet collé sur le front. Voyons voir s'il restait tout de même une petite once de courage au fond de ses tripes. Il n'avait même pas honte d'être encore moins fort que des gamins de quinze ou seize ans ? Jasper avait sans doute plus de courage dans l'ongle de son petit doigt gauche que ce type dans le corps tout entier. Il voudrait l'abattre, mais bon, soyons raisonnables, et cela lui ferait trop de papiers à remplir ensuite. Il avait toujours eu horreur de la paperasse.

Lâche – Je suis juste professeur, pas soldat, et la notion de loyauté est différente quand à mon cas. Je ne peux aller jusqu'à la mort pour un simple travail. Votre boulot, c'est de faire la guerre, le mien, c'est d'enseigner.

Même maintenant, il en comprenait toujours pas... Le général envisagea de plus en plus sérieusement la possibilité de mettre fin à ses souffrances, ici et maintenant. Mais après, il faudrait qu'il remplisse un dossier complet, fasse un rapport, sans compter qu'il recevra sûrement du courrier indigné de la part de la famille, et qu'il faudra encore fournir d'autres papiers... Tss... Cela le fatiguait d'avance...

Lâche – D'ailleurs, je pensais que ça vous arrangeait, vous, cette situation ?

– Ce qui m'arrangerait, ce serait de vous voir partir au ciel, vous et votre lâcheté, mais je ne peux hélas pas accélérer votre départ. Il faudrait que je fasse un rapport, ensuite, et je n'aime pas remplir des formulaires.

Il lui sourit d'un air tout à fait dangereux, appuyant un peu plus fort son arme contre son front. En revanche, rien ne l'empêchait de lui tirer dans la jambe ou le bras, n'est-ce pas ? Ça se soignait ! Bien sûr, c'était assez douloureux, mais pas de quoi en mourir.

– J'ai bien envie de vous planter une balle dans la cheville, mais je dois d'abord vous dire une chose... La loyauté, ce n'est pas une affaire de travail, juste une question d'honneur et de courage. Cette situation n'a rien d'ordinaire, vous devriez vous en douter. On a largement dépassé le cadre de votre "travail", blanc-bec.

Il baissa l'arme et recula d'un pas, mais en le gardant en joue. Qu'il ne s'avise pas de faire le moindre geste...

– A votre place, savoir que je recule alors qu'une femme, toute jeune mère, continue à faire front, cela me ferait demander si je suis encore un homme.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité
avatar


MessageSujet: Re: Journée de tension   Lun 9 Fév - 12:52

Général Karinof – Ce qui m'arrangerait, ce serait de vous voir partir au ciel, vous et votre lâcheté, mais je ne peux hélas pas accélérer votre départ. Il faudrait que je fasse un rapport, ensuite, et je n'aime pas remplir des formulaires.

Daniel blêmit si fort qu'on aurait pu croire que toute goutte de sang avait définitivement déserté son visage. Il sentit à peine que l'arme était plus fortement appuyée, la peur l'assourdissait, l'étouffait, il cru qu'il allait s'évanouir sur place dans moins d'une minute. Il ne le tuait parce qu'il... Ne voulait pas s'embêter ensuite avec un rapport ? Sa vie ne tenait qu'à quelques bouts de papiers ? Une goutte de sueur brûlante glissa sur sa tempe, alors qu'il luttait de toutes ses forces pour ne pas s'évanouir, incapable de dire s'il se réveillera ou non. La terreur balayait toute pensée un peu rationnelle, son corps était si tend qu'il en avait mal. Il était persuadé qu'il allait mourir là, sous le regard d'une cinquantaine d'élèves, ce jour de Mai. Tué par un militaire qui haïssait la lâcheté. La lâcheté... Il ne savait même plus ce que cela signifiait vraiment, ni comment il en était arrivé à être tenu en joue par ce type. Jamais il n'avait eu aussi peur d'y rester, de passer le pas, de disparaître à son tour. La mort lui avait toujours paru un peu irréelle, loin de lui... Et pourtant, ici, il la sentait plus proche que jamais, il était violemment conscient de sa présence.

Général Karinof – J'ai bien envie de vous planter une balle dans la cheville, mais je dois d'abord vous dire une chose... La loyauté, ce n'est pas une affaire de travail, juste une question d'honneur et de courage. Cette situation n'a rien d'ordinaire, vous devriez vous en douter. On a largement dépassé le cadre de votre "travail", blanc-bec.

Daniel ne bougea pas lorsque le militaire recula d'un pas, l'arme toujours pointée sur lui. Sa gorge et sa bouche étaient très sèches. Les paroles du soldat venaient brûler son esprit oppressé par la peur. Même si la situation n'avait rien d'ordinaire... Il... Pour avoir le courage de faire face... Était-ce juste un travail ? Un simple travail ? Des professeurs avaient démissionné, quitté l'école en voyant la situation empirer de jour en jour. D'autres avaient fait mine de rien, détournant le regard, ne réagissant plus. D'autres s'étaient battus. Deux de ses collègues avaient disparu à jamais sous les mains des militaires, arrêtés, emmenés à Gray, jamais revenus. Il ne voulait pas terminer comme eux. Il y avait Alice. Cet enfant qu'ils voulaient tous les deux voir naître. Cette vie qu'ils désiraient passer ensemble. Il ne voulait pas mettre tout cela en péril pour lutter contre une force qui le dépassait. Il avait une famille, des parents, des frères, une sœur, une épouse, il espérait avoir un enfant. Comment balayer tout cela ? Tout mettre en danger, comme ça ? Il avait peur.

Général Karinof – A votre place, savoir que je recule alors qu'une femme, toute jeune mère, continue à faire front, cela me ferait demander si je suis encore un homme.

Le cœur de Daniel rata un battement, alors qu'il fixait le Général, lèvres serrées. Pour la première fois, il réalisa que la directrice avait aussi tout cela. Elle avait des parents, des frères, sans doute des neveux et des nièces. Elle avait un mari, deux enfants. Mais elle continuait à se battre tout de même. D'un coup, il eut honte, le sang revenant d'un coup pour colorer ses joues. Il rougit considérablement, après avoir blêmi si fort. Il pouvait sentir à nouveaux les regards accusateurs de la plupart de ses collègues. Il visualisa la directrice, ce matin au petit-déjeuner, bien droite dans le réfectoire. Pourquoi continuait-elle, alors qu'elle avait autant à perdre ? Pourquoi tant d'autres persistaient à la suivre ?

– Pourquoi vous...

Non. Pour lui, il le savait. Ou du moins, il pouvait le deviner. Mais qu'est-ce que le général voulait qu'il fasse ? Qu'il regagne les rangs du pensionnat ? Ce serait lui, ennemi déclaré dans cette situation, qui le pousserait à faire ça ? Mais pourquoi ?! Haïssait-il tant la lâcheté que même renvoyer des nouveaux alliés dans leur premier camp ne le gênait pas ?

– Mais qu'est-ce que vous voulez que je fasse ?
Revenir en haut Aller en bas
Victor Rochard
Invité
avatar


MessageSujet: Re: Journée de tension   Dim 15 Fév - 12:25

Georges était écœuré. Peut-être n'étaient-ils que des civils, qui n'avaient jamais appris à se battre, trop jeunes pour avoir fait leur service militaire lors de la Grande Guerre, pensant qu'un travail n'engageait aucune responsabilité ni loyauté envers leur supérieur hiérarchique, mais il n'arrivait pas à écarter ce sentiment profond de rejet. Cette chose qui l'avait toujours répugné, dans la société civile, où chacun agissait pour soit sans se préoccuper des autres ! La force d'une équipe résidait dans on unité, et chacun pouvait devenir plus fort s'il embrassait une cause. Pour le général, cette cause était la protection de la France. Il était devenu militaire par amour pour sa patrie, et parce qu'il s'en sentait le devoir ! Et là, ce qu'il avait face à lui, c'était un jeune homme pire que naïf, qui ne comprenait rien à rien, et qui voyait son travail comme un simple moyen de gagner sa vie, sans plus. Il était l'un de ces innombrables citoyens simplets, qui vivaient avec famille et amis, ignorant de la grandeur du monde et de tous ses dangers. Ignorant de la guerre qui approchait, qui faisait peser sa menace sur toute l'Europe....

La colère le céda peu à peu à la résignation et au dégoût. Que faire face à ce genre de mentalité ? Le peuple en comprendra sans doute jamais ce genre de rouages, ni à quoi servait véritablement l'armée d'un pays. A quoi servaient certains sacrifices, au nom de la Sécurité Nationale. Il se retint de soupirer, la main crispée sur son arme. Ce ridicule petit vermisseau n'avait qu'à rester dans l'ignorance s'il en était heureux ! Après tout, il est vrai que personne ne lui demandait de réfléchir ni d'utiliser son cerveau. Il n'avait qu'à se contenter de suivre la masse, tout bêtement, sans chercher plus loin. Il était de ceux qui ne résistaient pas à un envahisseur, pire, qui collaboraient avec lui ! Le général devra tourner son regard en d'autres lieux s'il voulait voir des personnes capables de tenir tête. Oh, il y en avait, dans cette école. Même son propre fils en avait ainsi dans le ventre. Seul trait de caractère que son père appréciait.

Lâche – Pourquoi vous...

Pourquoi prenait-il la peine de lui parler ? Excellente question, en effet, pourquoi ? C'était un perte de temps. Georges haussa les sourcils d'un air dédaigneux. Il perdait son temps et son énergie à bavarder avec "ça". Les personnes ainsi lâches ne valaient pas la peine qu'on s'intéresse à elles.

Lâche – Mais qu'est-ce que vous voulez que je fasse ?

– Rien dont vous soyez véritablement capable, maintenant que j'y songe, répliqua-t-il d'un ton incroyablement blasé.

Il remit la sécurité sur son arme, puis la rangea, avec un regard résigné. La tension autour d'eux baissa d'un seul coup une fois que l'rame ne fut plus pointée sur le professeur. Certains auraient sans doute aimé qu'on lui tire dessus, mais tout bien réfléchi, ce serait une balle gaspillée. Après tout, quand on veut tuer un lapin, on ne lui tire pas dessus, ça ne servait à rien. Il soupira légèrement, tout en fixant le professeur.

– Il existe des personnes à qui on ne peut pas demander de faire preuve d'un peu de courage ou de volonté. Cela me donne envie de vomir.

Il lui jeta un regard noir, puis rajusta sa veste d'uniforme avant de partir à grands pas. Respirer plus longtemps le même air que ce type allait lui donner des maladies, à coup sûr ! Il ne servait à rien...
Revenir en haut Aller en bas
 
Journée de tension
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Une journée en Afrique
» Une journée à Soissons
» ATTENTION ,HAUTE TENSION...
» La journée internationale de l'alphabétisation sera célébrée ce 8 septembre en H
» Un journée presque comme les autres.../ PV électrique/

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Pensionnat de la Ste Famille :: Pensionnat de la Sainte Famille :: Pensionnat :: Rez-de-chaussée et Etages-
Sauter vers: