1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Lâcheté et abandon

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Georges Karinof
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MessageSujet: Lâcheté et abandon   Mer 31 Déc - 18:50

[HJ : J'ai reçu un MP collectif de la part de tous les profs sauf Kimmitsu, Cyprien et Adrien pour leur décision.^^]

Georges regarda d'un air un peu morne les nouvelles installations sans s'arrêter, les lèvres pincées. Il était préoccupé, depuis qu'il avait reçu les dernières nouvelles... Préoccupé n'était pas le bon mot, non, il dirait plutôt... très surpris. Oui, c'était plutôt cela. Surpris, étonné, pris de court, et un peu méfiant. Depuis le début, il avait pensé que les enseignants de cette école étaient quasiment tous un ramassis d'incapables, trop peureux pour prendre la moindre décision, et encore moins résister, mais il s'avérait qu'ils avaient finalement un instinct de survie ! Ou du moins un peu de bon sens. Surprise heureuse et agréable, quoi que tout à fait inattendue. Il monta dans la voiture et claqua la porte, ordonnant au chauffeur de démarrer, vite. Il montait sur Paris. Il avait eu vent de ce qui s'était passé durant le voyage des gamins, mais ça ne l'étonnait qu'à moitié. Il relut la lettre plusieurs fois, durant le trajet, sourcils froncés. Bien qu'il en soit heureux, il était tout de même assez frappé que des membres de votre propre équipe puissent vous lâcher comme ça, peu importe les raisons. La lâcheté à ce point...

En arrivant sur Paris, il passa tout d'abord à la caserne, afin de donner ses nouvelles instructions. Il faisait très beau, et surtout très chaud aujourd'hui, ce qui était un peu étrange pour une fin de mois d'Avril. Il enleva sa veste, restant en chemise alors qu'un de ses subordonnés tapait ses instructions pour la suite des opérations. Une fois fait, il partit à pied vers la maison de son beau-frère et de sa très chère épouse. Leur "pauvre capitaine" avait bien dû prendre son parti des troubles, et bien qu'il tente sans cesse de préserver au maximum sa femme, il ne pouvait pas faire grand-chose, ni agir comme il le voudrait. Il palpa la lettre dans sa poche, sourcils froncés. La lâcheté était une chose qu'il ne pouvait pas supporter ! C'était méprisable... Arrivé à la maison, il traversa le jardin à grand-pas et frappa. Une jeune fille blonde qui ressemblait à Gabriella vint lui ouvrir. Il ne prit pas la peine de sourire en entrant, n'étant pas là pour s'amuser. Il aperçut aussitôt ses propres enfants, assis sur le tapis dans le salon. Il leur dit vaguement bonjour, sans cacher sa lassitude.

- La directrice est là ?

Il sortit la lettre de sa poche de chemise, en un petit geste sec, se demandant comment on pouvait se révéler aussi... aussi... Couards, aussi lâches ! La peur leur tordait les entrailles, et au lieu de s'en servir tel un moteur pour se battre, ils préféraient plier la tête et se cacher. Même si cela arrangeait beaucoup les affaires du Général, il était tout simplement écœuré par une telle attitude. La fille partit dans les escaliers chercher celle qu'il était venu voir. Sa fille, quant à elle, s'était cachée derrière son frère. Il eut un grand soupir en passant une main dans ses cheveux.

- Cesse donc de te cacher ! Il y a bien assez de lâches dans ce monde, c'est méprisable.

Sa fille resta cramponnée à son frère, visiblement sans comprendre. Peu importe. Il tourna la tête lorsque la jeune femme, et jeune mère, arriva. Il la salua d'un geste de la tête, bien droit dans son uniforme. Puis déplia la lettre avec un grand soupir, et sans pouvoir cacher son air navré. C'était... Juste immonde. Elle avait beau être encore un ennemi, si ses propres troupes faisaient cela, il serait bien capable de tous les tuer, sans autre forme de procès.

- Je pourrais rire de la situation, mais cela me fait juste envie de vomir, dit-il avec un léger soupir. Vos "collègues", si on peut appeler ça ainsi, ont réfléchi à beaucoup de choses récemment. Sauf messieurs Nakajima, de Sora et Redfire.

- Ils ont réfléchi à quoi ? Puis parlez vite, je n'ai pas envie de vous voir trop longtemps chez moi.

Il retint un sourire, puis lui annonça que, pour le bien des enfants et pour éviter tout nouveau drame ou agression vis-à-vis des élèves, les professeurs suivants - c'est à dire tous les professeurs sauf les trois cités - décidaient de rendre les armes et de ne plus rien tenter comme acte de résistance, et enjoignaient à la direction du Pensionnat de suivre ce mouvement. Ils clamaient à elle et Kimmitsu de faire de même, et de ne "plus mener l'école au cataclysme". Il n'avait pu dissimuler son ton écœuré, ni son air de mépris. Il replia ensuite la lettre, dégoûté. Des lâches, voilà ce qu'ils étaient ! Qu'on soit pour ou contre le bon sens, il falalit faire front, et se battre jusqu'au bout pour ses propres convictions.

- Ils nous abandonnent ?! Tous ?!

Sa fille avait hurlé. Le Général regarda sa belle-sœur, qui était devenue très blanche, figée, immobile. Il serra la lettre dans ses mains, regardant chacune des personnes présentes.

- Votre sous-directeur, M. Nakajima, a déclaré qu'il vous suivra jusqu'à la mort s'il le faut, dit-il d'un ton détaché, bien qu'il soit en colère. Même chose pour Cyrprien Redfire, et pour votre infirmier alcoolique. Le reste... Je dois avouer que je trouve ça écœurant, une telle lâcheté.

- D'accord... Mon équipe m'abandonne, et ce sont les militaires qui trouvent ce comportement écœurant. Je me sens beaucoup mieux, d'un seul coup...

Il eut un très mince sourire sans joie, alors que sa fille le fixait comme si elle venait seulement de le remarquer. Il remit la lettre dans sa poche, haussant les épaules.

- Je ne supporte pas la lâcheté, voilà tout. Bien sûr, concernant mes propres affaires, cela m'arrange, mais des personnes refusant d'aller jusqu'au bout par peur, c'est très méprisable. Je ne suis pas le seul à juger ainsi, le Colonel Gavin aussi a été furieux, et il n'est pourtant pas du genre à s'émouvoir pour un rien.

- Le Colonel Gavin, c'est celui qui était en permission avec son équipe en Auvergne ?

- Oui... Mais peu importe. Je suis là pour vous informer ceci, et vous avertir. Abandonner serait en effet plus raisonnable, mais je sais que vous n'allez pas le faire... Ceci dit, vous devriez sérieusement y réfléchir. J'ai tenu le même discours à votre sous-directeur,a près qu'il ait été crier sur nos médecins au pensionnat. Il est moins lâche que vos collègues. Une telle équipe de couards, je n'avais jamais vu ça, c'est... Écœurant.

Il pinça les lèvres, avec une brusque envie de vomir, puis la salua.

- Madame...

Il tourna les talons et quitta la maison à grands pas. Il avait beaucoup à faire, à présent Les choses ne faisaient que commencer.
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Gabriella de Lizeux
Directrice
Général de division

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MessageSujet: Re: Lâcheté et abandon   Mer 21 Jan - 14:21

Gabriella remonta doucement la couverture que les deux enfants, dans leur dernière lutte contre le sommeil, avaient repoussée. A présent, ils avaient les yeux fermés, blottis l’un contre l’autre, leurs souffles mêlés alors qu’ils voguaient dans un monde bien à eux, celui des rêves, inaccessible aux autres. Elle eut un tendre sourire en les regardant dormir, restant debout près du berceau. La vie était un peu plus calme, depuis quelques jours. Elle était rentrée chez elle, dans sa propre maison, en emmenant sa nièce qui ne voulait pas revoir si vite ses parents, ainsi que Jasper et Laura, qui n’étaient pas non plus très pressés de retrouver les leurs. Elle avait consacré une bonne journée à préparer la chambre de ses enfants, laissant les trois adolescents s‘amuser ensemble comme ils l’entendaient. Il était préférable qu’ils en profitent, après tout, car quand ils allaient revenir à l’école, les choses risquaient de moins être drôles. Elle-même ignorait encore totalement ce qu’elle allait faire, comment elle allait se débrouiller. Son mari voulait qu’elle prenne un congé maternité et reste sur Paris, et elle ne pouvait pas lui reprocher de trop s’inquiéter… Il savait très bien ce qui se tramait, et n’aimait pas l’idée de la voir, ainsi que les bébés, là-bas, si près de certains de ses « collègues ».

Mais rester à Paris ?

Elle ne se voyait pas vivre ici en sachant son école aux mains de généraux véreux ou de médecins psychopathes. Qu’allaient devenir les élèves ? Elle passa les mains sur son visage avec un léger soupir. Ses collègues étaient là… Ils pourront veiller sur eux, mais elle ne pouvait s’empêcher de se faire du souci. Elle ne voulait pas repenser à ce qui s’était passé durant le voyage, et avait peur de revoir la tête du « médecin » qui l’avait fait accoucher, mais elle ne voulait pas non plus tout laisser tomber maintenant, alors que le danger était encore plus grand ! Et comment allaient-ils trouver l’école en rentrant ? Son mari était resté assez évasif, très gêné, mais elle ne l’avait pas poussé à en dire plus. Elle savait très bien qu’il était partagé entre son envie de protéger sa famille et son devoir envers l’armée. Une position qu’elle ne lui enviait pas, car il devait être assez terrible d’être ainsi coincé, sans savoir quel camp soutenir au maximum, en sachant qu’on devra alors trahir l’autre. Gabriella pinça les lèvres en serrant les bars autour d’elle. Elle devait réfléchir à tout cela, et trouver une solution valable.

Olivia – Gaby ?

Elle tourna la tête, voyant sa nièce à la porte. Apparemment, elle avait un visiteur inattendu… Elle faillit grogner en apprenant de qui il s’agissait. Que lui voulait-il encore celui-là ?! S’il était venu forcer ses enfants à rentrer pendant les vacances, il pouvait se brosser, car c’était hors de question ! Ce serait comme les jeter sans armes dans une arène face à une dizaine de lions affamés. Elle s’assura que ses enfants dormaient toujours puis descendit derrière Olivia. Il était bien là, avec son odieux uniforme, et chez elle, comme si de rien n’était. Elle ne répondit pas à son signe de tête, juste agacée, et pressée qu’il décampe de chez elle. Ils étaient à paris, ici, pas à l’école, il n’allait quand même pas venir jusqu’ici pour lui pourrir la vie, non ?! Avec ça, il avait n air un peu étrange. Comme désespéré. Quoi, monsieur n’était pas bien, sans doute ? Elle n’aurait jamais cru que monsieur fut capable d’exprimer autre chose que de la colère ou du mépris, c’était surprenant. Elle était encore choquée qu’il ait déjà réussi à aimer assez une femme pour lui donner deux enfants. Un amour bien vite évaporé, d’ailleurs, puisqu’il frappait l’un des ces enfants.

Général – Je pourrais rire de la situation, mais cela me fait juste envie de vomir, dit-il avec un léger soupir. Vos "collègues", si on peut appeler ça ainsi, ont réfléchi à beaucoup de choses récemment. Sauf messieurs Nakajima, de Sora et Redfire.

Bon, autre problème en vue, histoire de changer un peu. Elle croisa les bras, imaginant aussitôt le pire. Et qu’on ne vienne pas lui reprocher d’être paranoïaque, elle estimait en avoir bien assez vu et entendu pour rester méfiante ! Ses collègues n’avaient jamais pris clairement position, à l’exception de ceux-là même que le militaire venait de citer à l’instant… Que s’était-il encore passé, depuis le voyage, qui les ait poussés à prendre parti ? Et qu’avaient-ils faits, tous ?

– Ils ont réfléchi à quoi ? Puis parlez vite, je n'ai pas envie de vous voir trop longtemps chez moi.

Elle s’était attendue à quelque chose d’assez choquant, ou surprenant, mais pas à ça. Pas à ce qu’il lui lut ensuite. Elle se sentit blêmir, encore plus frappée que le militaire lui-même avait un air on ne peut plus dégoûté en lui lisant cela, avec un ton écœuré. Et c’est qui la convainquit que ce n’était ni une blague, ni un nouveau piège. C’était réel. Ils avaient… Ils venaient de… Elle ne devait plus « mener l’école au cataclysme », vraiment ! Etaient-ils à ce point aveugles ?! Abandonner ne protégera pas leurs élèves, bien au contraire, ils allaient les jeter en pâture ! Elle ouvrit la bouche pour répondre, crier, gémir, les insulter, mais aucun son n’en sortit, tant elle était sous le choc. Ils abandonnaient. Ils laissaient tomber. Ils acceptaient de coopérer. Tous, sauf quelques uns. Ils… Elle entendit à peine le cri poussé par la petite Laura, pétrifiée. Le choc et la colère se mélangeaient en elle, elle voudrait hurler, mais ne parvenait pas à bouger. Elle croisa le regard du Général, et fut encore plus frappé en voyant dans ses yeux le même dégoût que celui qui l’habitait, elle. Elle ne parvenait pas à y croire, encore moins à l’accepter. Et l’apprendre comme cela, c’était pire que tout ! Pourquoi le général s’était-il déplacé en personne pour lui lire cela ? Elle doutait que ce soit pour s’amuser, vu son air. Et l’école… Qu’allait devenir le pensionnat, à présent ? Ses élèves ?

Général – Votre sous-directeur, M. Nakajima, a déclaré qu'il vous suivra jusqu'à la mort s'il le faut. Même chose pour Cyrprien Redfire, et pour votre infirmier alcoolique. Le reste... Je dois avouer que je trouve ça écœurant, une telle lâcheté.

C’était de mieux en mieux, là ! Ses propres collègues la laissaient tomber, et toute l’école avec, par contre, elle avait le soutien moral des militaires ! Le monde s’était effondré durant la nuit, il n’y avait pas d’autre explication possible, et elle était morte, revivant sa vie en enfer avec le pire scenario du monde. Elle reprit une longue inspiration, ses doigts crispés sur ses vêtements.

– D'accord... Mon équipe m'abandonne, et ce sont les militaires qui trouvent ce comportement écœurant. Je me sens beaucoup mieux, d'un seul coup...

Le Général haussa les épaules, fourrant la lettre dans une poche de son uniforme.

Général – Je ne supporte pas la lâcheté, voilà tout. Bien sûr, concernant mes propres affaires, cela m'arrange, mais des personnes refusant d'aller jusqu'au bout par peur, c'est très méprisable. Je ne suis pas le seul à juger ainsi, le Colonel Gavin aussi a été furieux, et il n'est pourtant pas du genre à s'émouvoir pour un rien.

Le Colonel Gavin… Qui c’était encore, ce type ? Elle se repassa en vitesse les soldats dont elle connaissait le nom, puis finit par se souvenir de celui de la station, qui s’était pris la tête avec un de ses professeurs, lors d’un déjeuner. Lui, être furieux ? Il avait pourtant fait preuve d’un excellent sang-froid, dont très peu de personnes dans le monde étaient capables.

– Le Colonel Gavin, c'est celui qui était en permission avec son équipe en Auvergne ?

Général – Oui... Mais peu importe. Je suis là pour vous informer ceci, et vous avertir. Abandonner serait en effet plus raisonnable, mais je sais que vous n'allez pas le faire... Ceci dit, vous devriez sérieusement y réfléchir. J'ai tenu le même discours à votre sous-directeur, après qu'il ait été crier sur nos médecins au pensionnat. Il est moins lâche que vos collègues. Une telle équipe de couards, je n'avais jamais vu ça, c'est... Écœurant.

Kimmitsu… Lui au moins n’avait pas abandonné. Elle répondit avec une extrême raideur au salut du militaire, le souffle à moitié coupé.

Général – Madame...

Il quitta la maison, comme il était venu, et elle s’efforça de détendre ses muscles et ses nerfs, tremblant comme une feuille. La réalité revenait la frapper de point fouet, et elle crut durant un instant qu’elle allait s’évanouir. Ils étaient. Partis. Ils avaient… Abandonné… Elle s’assit sur une causeuse dans le hall d’entrée, fourrant le visage entre ses mains. Si c’était un cauchemar, elle voudrait se réveiller dès maintenant, avant de devenir folle. Même Estelle… La petite Estelle… C’était sûrement son c**rd de mari qu’il l’avait entraîné là-dedans ! Elle était si influençable qu’il n’avait pas dû se donner beaucoup de peine, ce gros lâche ! Quand elle pensait à toutes les réunions qu’elle avait tenu avec eux pour qu’ils cherchent des solutions, tous ensemble, ce qu’elle avait fait pour les pousser à défendre leurs élèves… Elle eut un rire nerveux, alors que l’angoisse venait s’ajouter au reste. Sauve qui peut, on abandonne le navire dès qu’il commence à chavirer, n’est-ce pas ? Autant le laisser couler que de se battre pour le sauver ! Au moins, les enseignants qui avaient démissionné et qui étaient partis de l’école avaient le mérite d’être honnête. Ils avaient déclaré de face qu’ils ne pouvaient se battre et étaient partis sans se cacher, en l’assumant ! Pas comme les autres, qui avaient fait semblant, et qui l’avaient comme poignardé dans le dos.

Olivia – Heu… Tu vas faire quoi ?

Gabriella se redressa avec un frémissement, alors qu’Olivia était venue dans l’entrée, presque timide. Excellente question, que pouvait-elle faire maintenant ? Continuer à défendre ses élèves, oui, mais comment ? Ce sera comme évoluer au milieu d’un nid de serpent en essayant de ne pas se faire mordre.

– Je ne vais pas laisser tomber, Olivia. Fais-moi confiance.

Elle se leva puis fila vers le petit guéridon où reposait le téléphone, attrapant son carnet d'adresse dessous. Elle sentait le regard des jeunes dans son dos, mais peu importe. Sa nervosité était à son comble, et elle ne pouvait plus se soucier qu'ils écoutent ou non. Tant pis pour le danger, ils devaient apprendre à se défendre. A présent, c'était vital. Elle composa très vite le numéro de son sous-directeur, de son appartement au pensionnat, mais la tonalité résonna dans le vide. Elle allait raccrocher lorsque sa voix grave résonna enfin, lui arrachant un soupir de soulagement.

– Kimmitsu ? C'est moi, Gabriella. Le Général Karinof vient de venir, pour me dire ce qui s'était passé avec nos collègues. Ecoute, pour ce dont on avait parlé avant le voyage, il faut accélérer les choses. Tu pourras m'aider ? Je pense qu'on verra facilement les élèves qui veulent encore se protéger.

Elle tâtonna pour trouver un bloc de papier sur le guéridon, puis prit un crayon pour prendre des notes, notant les adresses que son sous-directeur lui donnait.

– Je peux voir ça très vite, je suis sur Paris... Non, je vis ici. Oui. Je te rappellerais.

Raccrochant, elle revint vers les trois adolescents et s'assit avec eux, les regardant à tour de rôle.

– Ecoutez, à la rentrée, il faudra que vous restiez très prudent. Mais il faut que vous sachiez vous défendre, surtout toi, Jasper. Est-ce que vous voulez que je vous apprenne à vous servir d'une arme ?

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Lâcheté et abandon   Jeu 5 Fév - 12:05

[Ecrit avec Jasper.]


Père – La directrice est là ?

Laura ouvrit de grands yeux avant de se cacher derrière Jasper, par simple réflexe. Il venait les chercher ? Il ne pouvait pas ! Et puis, pourquoi demander à voir leur tante sous le terme « directrice » ? S’il voulait les récupérer, il ne prendrait pas la peine de le demander à la directrice comme cela… Mais le papier qu’il tenait en main ? Qu’était-ce ? Laura jetait des regards inquiets à son frère, cramponnée à lui, sans oser bouger d’un seul pouce. La visite de leur père ne la rassurait pas le moins du monde et n’augurait rien de bon. Maintenant, à savoir : soit pour eux, soit pour le Pensionnat. Son père poussa un grand soupir, en les regardant. Normal qu’elle cherche à se cacher !

Père – Cesse donc de te cacher ! Il y a bien assez de lâches dans ce monde, c'est méprisable.

Hein ? Pourquoi disait-il cela ? Laura le regarda sans comprendre alors que leur tante arrivait, Olivia sur ses talons. Elle était de plus en plus convaincue que leur père ne venait pas pour eux, mais pour le Pensionnat. Sa réaction, ses paroles. Et elle le sentait mal. Très mal. Le Général tourna la tête vers la directrice, salua comme il savait si bien le faire avec son air de militaire que Laura ne supportait plus, qui l’effrayait, et déplia la lettre qu’il avait tirée de sa veste avec un grand soupir. Mais qu’est-ce que c’était ?! Pourquoi cette réaction ? Pourquoi avait-il l’air si dégoûté ? Pourquoi vouloir parler à la directrice ?

Père – Je pourrais rire de la situation, mais cela me fait juste envie de vomir, dit-il avec un léger soupir. Vos "collègues", si on peut appeler ça ainsi, ont réfléchi à beaucoup de choses récemment. Sauf messieurs Nakajima, de Sora et Redfire.

Laura fronça les sourcils en regardant alternativement son père et sa tante, cherchant à collecter des indices d’après ce qu’il venait de dire. Ces professeurs-là étaient gentils, tous à les aider, l’infirmier les soutenait. Mais pourquoi « rire de la situation » ? Pourquoi « envie de vomir » ? Pourquoi avait-il dit « collègue » en hésitant sur le terme, en les dépréciant de la sorte ? Leur tante avait croisé les bras, semblant attendre, impatiente. Laura, elle, était de moins en moins rassurée…

Tante – Ils ont réfléchi à quoi ? Puis parlez vite, je n'ai pas envie de vous voir trop longtemps chez moi.

Si leur père n’avait pas dit cela, Laura aurait pu rire, sourire de la réponse donnée par sa tante en le voyant ici. Mais, dès qu’il s’était mis à parler, la collégienne avait eu l’impression qu’un immense gouffre s’était ouvert sous ses pieds. Plus elle l’entendait lire le contenu de cette affreuse lettre, plus elle avait l’impression qu’un étau lui enserrait la poitrine, l’empêchant de respirer. Inconsciemment, elle avait serré la main de Jasper pour rester « attachée » à la réalité. Ils les abandonnaient… Plus aucun ne les soutenaient, ils les avaient trahis, eux qui les protégeaient pourtant des militaires depuis le début de cette histoire. Plus que du dégoût, c’était de la colère que Laura ressentait.

Laura – Ils nous abandonnent ?! Tous ?! hurla-t-elle.

Tous… Absolument tous… Leur tante était devenue pâle et ne bougeait plus d’un pouce. Et le pire, dans tout cela, était que leur père semblait sincèrement choqué et dégoûté par ce comportement. Pourtant, il avait gagné. Si les professeurs du Pensionnat cédaient et n’aidaient plus les élèves, ne s’opposaient plus aux militaires, il était impossible de tenir plus longtemps, de ne pas se laisser faire. Si, encore, tous les élèves ne formaient qu’un bloc uni et soudé… Mais c’était loin d’être le cas. Non, ils étaient divisés, beaucoup soutenaient les militaires et haïssaient les élèves qui s’opposaient à eux. Dont Jasper et Laura, ainsi que leurs amis « reconnus ». Il ne restait qu’eux. Et les trois adultes qui aidaient encore la directrice. C’était tout…

Père – Votre sous-directeur, M. Nakajima, a déclaré qu'il vous suivra jusqu'à la mort s'il le faut, dit-il d'un ton détaché, bien qu'il soit en colère. Même chose pour Cyprien Redfire, et pour votre infirmier alcoolique. Le reste... Je dois avouer que je trouve ça écœurant, une telle lâcheté.

Tante – D'accord... Mon équipe m'abandonne, et ce sont les militaires qui trouvent ce comportement écœurant. Je me sens beaucoup mieux, d'un seul coup...

Décrit comme ça… Leur père haussa les épaules en rangeant son horrible lettre alors que Laura ne quittait plus des yeux sa tante, convaincue qu’elle allait tomber là, devant eux. Elle ne savait plus quoi faire. Comment résister aux militaires si même les adultes qui les protégeaient depuis le début de l’année venait de les laisser tomber ? En classe, les militaires pourront entrer et emmener un élève sans que les professeurs ne ripostent ? Ils ne réagiraient plus en voyant un élève se faire frapper ou résister face à un militaire ? Ils ne les aideraient plus et s’en accommoderaient sans le moindre remords ? C’était impossible… Madame Chevreuil, Monsieur Morin, Madame… Oui, bon, la professeure de maths, Laura ne s’en étonnait pas trop. Mais les autres ! Les autres…

Père – Je ne supporte pas la lâcheté, voilà tout. Bien sûr, concernant mes propres affaires, cela m'arrange, mais des personnes refusant d'aller jusqu'au bout par peur, c'est très méprisable. Je ne suis pas le seul à juger ainsi, le Colonel Gavin aussi a été furieux, et il n'est pourtant pas du genre à s'émouvoir pour un rien.

Tante – Le Colonel Gavin, c'est celui qui était en permission avec son équipe en Auvergne ?

Le Colonel ! Laura jeta un regard discret à Jasper en lui serrant la main un peu plus fort. Voilà, lui, il ne les abandonnait pas ! Bon, officiellement, il était simplement dégoûté et écœuré par ce comportement, mais officieusement, il les aidait ! Ils n’étaient peut-être pas foutus, après tout. Si quelques militaires les aidaient, en plus des trois professeurs et de quelques rares élèves… Oui, bon. Non, en fait, Laura voyait difficilement comment ils pouvaient s’en sortir, à présent… Pendant toutes les vacances, ils avaient gardé en tête que les professeurs les aideraient, pour garder le moral et ne pas être effrayés. Mais, à présent, comment tenir ? Ils ignoraient comment ils retrouveraient le Pensionnat, maintenant que les professeurs avaient donné carte blanche aux militaires…

Père – Oui... Mais peu importe. Je suis là pour vous informer ceci, et vous avertir. Abandonner serait en effet plus raisonnable, mais je sais que vous n'allez pas le faire... Ceci dit, vous devriez sérieusement y réfléchir. J'ai tenu le même discours à votre sous-directeur, après qu'il ait été crier sur nos médecins au pensionnat. Il est moins lâche que vos collègues. Une telle équipe de couards, je n'avais jamais vu ça, c'est... Écœurant.

Et il les salua, s’en allant comme il était venu. Laura reporta son regard sur leur tante, inquiète, et sur son frère qui était surtout choqué, à présent. Elle-même ignorait ce qu’ils feraient. Ils étaient… perdus. Complètement perdus… Pourquoi les avoir tous abandonnés ? Comment leurs professeurs pouvaient-ils croire que les militaires allaient les laisser tranquilles s’ils capitulaient ? Leur tante s’assit sur une causeuse, le visage dans ses mains, tremblante. Ils devaient faire quelque chose pour l’aider, il restait sûrement une échappatoire, n’importe quoi… Tout n’était pas fini. Si ? Mais non… Laura lança un regard désespéré à Olivia, apeurée, réalisant avec peine qu’ils étaient seuls, à présent. Ils ne pouvaient plus compter sur personne…

Olivia – Heu… Tu vas faire quoi ?

Tante – Je ne vais pas laisser tomber, Olivia. Fais-moi confiance.

Et leur tante se leva pour aller vers le téléphone, apparemment, en l’attrapant sans que Jasper, Olivia ou elle ne comprennent ce qu’elle faisait. Laura n’avait pas bougé d’un pouce, toujours collée à Jasper, et fixait la directrice en essayant de comprendre, en espérant qu’elle avait trouvé une idée, un plan B, ou… Quelque chose ! Ils n’allaient pas rester sans rien faire, n’est-ce pas ? Elle avait un plan, et le mettait en place maintenant. Elle, au moins, n’allait pas se rendre comme le lui avait demandé leur père, elle n’allait pas abandonner sous prétexte qu’elle était toute seule.

Très vite, ils surent que leur tante appelait le sous-directeur et professeur d’arts martiaux, monsieur Nakajima. Laura tendait l’oreille pour essayer de comprendre ce qui se passait, pour essayer de prendre des indications sur leur avenir et l’avenir du Pensionnat dans les prochains jours. Jasper, lui aussi, essayait de comprendre ce qu’elle disait ou notait.

Tante – Je peux voir ça très vite, je suis sur Paris... Non, je vis ici. Oui. Je te rappellerais.

Et elle revint vers eux, s’asseyant à côté et les regardant tour à tour. Donc ? Ils allaient enfin savoir ? Ou alors, elle allait simplement leur répéter ce qu’elle venait de dire et ils n’auraient pas dû écouter ? Mais non, leur tante les connaissait et savait que, de toute manière, ils auraient tout écouté, même sans y avoir été autorisé. Donc, verdict, que se passait-il ?

Tante – Ecoutez, à la rentrée, il faudra que vous restiez très prudent. Mais il faut que vous sachiez vous défendre, surtout toi, Jasper. Est-ce que vous voulez que je vous apprenne à vous servir d'une arme ?

Se… Apprendre à se servir d’une arme ? Longtemps, Laura resta silencieuse, cherchant à déceler un « je plaisante, vous n’y toucherez jamais » dans l’air qu’affichait la directrice. Mais, visiblement, elle était sérieuse. Et cela la perdait encore plus. Toucher à une arme… En serait-elle capable ? Pire encore, tirer ? Tuer quelqu’un, certainement pas, blesser… Si c’était pour se défendre, peut-être ? A vrai dire, la collégienne n’en savait rien, s’étant contentée de son don défensif depuis toujours, agissant en sachant qu’elle ne risquait pas de tuer quelqu’un si elle se trompait. Mais ici… Non. Non, elle ne pouvait pas. Il y avait certainement d’autres moyens, non ? D’autres choses pouvant les aider à se défendre ?

Ou pas… Laura avait beau retourner le problème dans tous les sens, elle ne voyait pas d’autre solution. Même en pesant le pour et le contre, quel pourcentage de réussite avaient-ils s’ils refusaient de se battre à armes égales ? Et puis, elle voulait arrêter d’être un poids pour Jasper, d’être un « boulet » à traîner qui l’handicapait très sérieusement à chaque fois, même s’il n’allait jamais le lui dire. Et elle-même non plus ne comptait pas lui dire clairement comment elle se percevait à ce sujet-là, elle se ferait hurler dessus, ni plus ni moins. Cependant, ça ne changeait pas ce qu’elle pensait. Terrorisée, oui, mais il fallait qu’elle apprenne à se défendre… Et pas seulement avec des gestes, du combat à mains nues. Laura finit par hocher la tête après une hésitation, voulant aider son frère, ne plus être un poids pour lui, en évitant de le regarder dans les yeux.

Laura – Moi, je veux, dit-elle d’une petite voix. Si tous les profs nous ont abandonnés, les militaires ont carte blanche pour nous attaquer et je ne veux pas rester fragile face à eux. Ce n’est pas avec de l’eau que j’arriverai à me défendre…

Laura sentait le regard de son frère sur elle mais elle n’en avait que faire. Il fallait qu’elle apprenne à se défendre, qu’elle soit plus forte et que les autres arrêtent de s’en prendre à elle pour l’atteindre. Il soupira, enfin, et croisa les bras après un moment.

Jasper – On doit devenir comme eux, alors ? Laura, t’es trop jeune pour ça…

Laura – Je suis peut-être jeune, Jasper, mais je dois apprendre à me défendre ! Tu ne pourras pas me protéger tout le temps, je suis une cible trop facile pour toi, je ne veux pas être un point faible aussi simple à atteindre…

Jasper – De là à avoir une arme entre les mains ? Ça ne t'aidera pas... Tu oserais tirer ?

Laura – Mais o… Je…

Laura s’interrompit au moment où elle allait répondre « Oui » d’un ton on ne peut plus convaincu. Elle regarda sa tante, sans rien dire, la bouche légèrement entrouverte, réfléchissant. Ce n’était plus une question de « pouvoir » ou « oser », elle n’avait plus le choix si elle voulait se débrouiller et ne plus être une cible facile.

Laura – Je… Je ne sais pas. Mais je n’ai plus le choix, plus maintenant. Je ne veux pas que tu sois « fragile » à cause de moi, même si ça va me demander des efforts pour… faire ça. Tu dois te protéger aussi, maintenant.

Jasper – Bah voyons. Je suis sûr que tu oseras tirer sur quelqu'un...

Bon sang, il ne l’aidait pas, là ! Non, elle n’oserait sûrement pas, mais voyait-il d’autres solutions ? D’autres options ? Elle avait envie d’avoir d’autres choix que celui-ci, elle voulait que son frère lui dise « oui, on peut faire ça, ça ou ça », qu’il lui prouve par A + B qu’apprendre à manier une arme n’était pas indispensable. Elle était terrorisée et mourait d’envie de se jeter dans ses bras, de laisser ses larmes couler, qu’il la serre fort, mais elle ne pouvait pas. Si Laura cédait à ses instincts de « petite sœur fragile », il refuserait catégoriquement qu’elle apprenne à se servir d’une arme. Elle se tourna vers lui avant de répondre, contenant ses larmes.

Laura – Mais on n’a plus le choix, Jaz ! s’écria-t-elle. Tu vois d’autres solutions, toi ? Les profs nous ont TOUS abandonnés ! Des élèves sont contre nous, contre toi, je me suis déjà fait frapper parce qu’ils ne peuvent t’atteindre que par moi, alors je dois apprendre à me défendre !

Jasper – Pas avec une arme. Des cours d'auto-défense s'il le faut, mais pas avec une arme.

Laura – Des cours d’auto-défense… Et tu m’expliques comment je me défendrai face aux militaires avec des cours d’auto-défense ? Je veux m’apprendre à me servir d’une arme et je le ferai.

Jasper – Tu le feras si tu veux, mais pas moi.

Laura ouvrit la bouche, prête à donner un autre argument pour se défendre, mais aucun son ne sortit. Il… Il acceptait qu’elle se défende ? Qu’elle apprenne à se battre ? D’accord, lui ne voulait pas apprendre, mais ce n’était pas grave. Au moins, elle ne serait peut-être plus aussi fragile et pourrait se battre contre les militaires. Pas contre les élèves, elle ne pouvait pas et ne voulait pas, mais contre les militaires, si jamais ils cherchaient à l’atteindre pour attaquer Jasper, elle serait plus… Moins… Oui, bon, elle s’en sortirait.

Laura – Merci, dit-elle en blottissant dans ses bras. Je te promets de ne pas faire de bêtises, d’être prudente. Peut-être que je serai incapable de tirer ou quoi que ce soit du genre, mais au moins, je ne serai plus aussi… fragile.

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Lâcheté et abandon
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