1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Confession de nuit

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Isabelle Robin
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MessageSujet: Confession de nuit   Mar 9 Déc - 14:35

Isabelle ferma un œil et appuya sur la détente. La balle fila se loger presque au centre de la cible, dans un claquement sourd, écho à tous ceux qui résonnaient autour d'elle. Elle tira de nouveau, concentrée, toute entière à ce qu'elle faisait. A l'école des officiers, elle avait beaucoup d'entraînements au tir, et s'était très vite révélée très douée dans ce domaine. Bien sûr, bon nombre de ses supérieurs mirent très longtemps avant de le reconnaître, elle n'était qu'une femme après tout, mais par la force des choses, elle se tailla une renommée parmi les tireurs d'élite. Après quelques coups, elle rechargea son fusil, cartouche en main. Sur le petit stand à côté d'elle, John arrêta aussi de tirer pour changer d'arme, le temps qu'on lui change sa cible. Il aimait tout autant l'exercice qu'elle, bien qu'il ait une nette préférence pour les armes d'un autre calibre. Les pistolets semblaient des jouets entre ses mains de colosse. Il lui lança un clin d'œil, alors qu'il reposait à terre une mitrailleuse avec une lueur d'envie au fond des yeux.

– Quand mon fils sera plus grand, je lui apprendrais à viser, dit-il avec un large sourire.

– Vous voulez lui apprendre à manier une mitrailleuse, commandant ? répliqua-t-elle en lui rendant son sourire. Je ne suis pas certaine que sa mère sera d'accord.

– Pas de soucis, lieutenant, je lui ferais l'amour comme un Dieu avant, j'ai tout prévu !

Elle éclata de rire, puis épaula avant de recommencer à tirer. Elle continua ainsi de s'exercer jusqu'à l'heure du dîner, changeant régulièrement de cible. Une fois terminé, elle laissa le commandant rejoindre la caserne en courant, pour manger avec sa femme et son bambin, et rangea son arme avant de repartir vers les bureaux. La nuit tombait très vite, comme ils étaient en plein hiver, et les lumière s'allumaient déjà partout. Elle rangea sa tenue d'entraînement pour enfiler son uniforme plus standard, désireuse de passer dans les bureaux pour vérifier quels dossiers elle aura à traiter le lendemain. Elle n'avait pas faim, ni envie de dormir, juste de se reposer un peu, car entendre des coups de feu si proches pendant longtemps fatiguait.

Grimpant les escaliers, elle fronça les sourcils en voyant la porte du grand bureau, où elle travaillait avec le colonel et toute son équipe, entrouverte. Il était parti en mission depuis la semaine dernière, et personne n'était venu travailler ici, puisqu'elle venait de croiser tous ses autres coéquipiers partir pour la cafétéria. Elle poussa la porte, prête à chasser un éventuel intrus, mais eut la surprise de découvrir le colonel en personne, dans le noir, assis, ou plutôt affalé, dans le fauteuil derrière son bureau. Pourquoi n'avait-il pas allumé ? Et pourquoi n'était-il pas venu les retrouver puisqu'il était revenu de mission ?

– Bonsoir, colonel. Je suis contente de vous voir de retour, je pensais que vous seriez absent plus longtemps.

Elle s'approcha, devinant que quelque chose n'allait pas. Et ce qu'elle vit en approchant confirma ses soupçons. Il tenait une bouteille d'alcool presque vide, dans sa main crispée, son bras pendant vers le sol. Bouteille qu'elle prit pour la jeter à la poubelle, dégoûtée. Son supérieur hiérarchique restait là, inerte, les yeux fermés, et elle crut un instant qu'il dormait, mais il finit par ouvrir lentement les yeux. Elle alla lui chercher de l'eau et le força à en boire, s'asseyant près du bureau.

– Que vous est-il arrivé ?

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Fabrice Gavin
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MessageSujet: Re: Confession de nuit   Jeu 18 Déc - 18:57

Il n'y avait plus rien à faire. Personne ne penserait que ça irait à ce point, personne n'aurait pu s'attendre à cela. Le colonel entra dans la grande pièce, aussitôt pris à la gorge par la lourde odeur de sang. Le sang qui collait à ses semelles, rendant le sol poisseux et glissant. Cette pièce, aussi grande qu'un salon bourgeois, avec les volets à moitié fermés, était encombrée par des dizaines de corps, pèle-mêle les uns sur les autres, parfois enlacés, les visages figés dans des expressions de peur ou d'horreur, de détresse. Les enfants étaient couchés sous leurs parents, dans une position laissant devinant qu'ils avaient dû vouloir les protéger jusqu'au bout. Jusqu'au dernier moment. Une vieille femme était assise dans une chaise roulante, la tête renversée en arrière, un filet de sang coulant de sa bouche. Près de la porte, un homme était étendu au sol le bras tendu, sans la toucher, vers une femme enceinte. Fabrice tourna le regard vers le fond de la pièce. L'homme qui gisait là-bas était l'un des meneurs du groupe, il l'avait déjà vu en photo.

Tous ces gens s'étaient retranchés dans cette maison de campagne après s'être échappé des prisons spéciales du gouvernement. Tous avaient eu des dons. Tous avaient servit de cobayes. Tous s'étaient regroupés ici, et s'étaient défendus jusqu'à la fin. Le massacre avait été orchestré par l'armée. Les généraux ne voulaient pas que ces gens puissent raconter ce qu'ils avaient vécu, ni qu'ils rejoindre leurs familles. Le massacre avait été orchestré par l'armée, tous ces gens avaient été tués par balle. Officiellement, aux yeux du monde, cela sera présenté comme le suicide collectif d'une secte. Un fait divers sordide, qui sera enterré avec l'histoire. Il en avait la nausée.

– Colonel, faites donc brûler tout ça, lui ordonna un de ses supérieurs. Et vite !

Il hocha lentement la tête, attrapant réflexe le briquet que lui lança le militaire. Il ne s'était pas engagé pour ça. Il ne s'était pas engagé pour tuer des civils. On s'éloignait déjà de la maison. un périmètre de sécurité avait été installé. Il leva la main, et fit prendre le feu aux tapis, au poutres du plafond, et aux corps. Le feu embrasa rapidement la pièce, dévorant le bois, les tissus, et les cadavres. Il ressortit, sa veste sur les épaules. Une voiture l'attendait plus loin pour le ramener à Paris. Il ne regarda pas en arrière, ni en s'éloignant de la maison qui brûlait, ni lorsque la voiture l'emporta avec d'autres officiers. Il resta silencieux durant tout le trajet, et ne dit rien non plus à l'arrivée. Il prit la direction de son bureau, alors que la lumière du jour baissait déjà. Il ne chercha pas à voir qui que ce soit, ne parla à personne.

Il s'installa à son bureau, s'affalant dans son fauteuil, et sortit une bouteille qu'il but à même le goulot, les yeux ferlés, lumière éteinte. L'alcool coula dans sa gorge, la brûlant presque, et il toussa, les dents serrées. Boire était peut-être minable, mais si cela pouvait lui faire oublier... Il prit une autre bouteille, buvant plus lentement cette fois. Lorsque la tête commença à lui tourner, il s'affaissa un peu plus, bras ballants vers le sol, sa main crispée sur sa bouteille. Il aurait pu être parmi ces gens. Ils étaient tous morts comme si leurs vies ne valaient rien. Les yeux fermés, il avait presque envie de pleurer. La porte s'ouvrit tout à coup, et il entrouvrit la bouche, prêt à dire au visiteur de foutre le camps, de le laisser en paix.

– Bonsoir, colonel. Je suis contente de vous voir de retour, je pensais que vous seriez absent plus longtemps.

Isabelle... Il ne bougea pas, l'entendant refermer la porte. A quoi bon, de toute façon ? Il entrouvrit les yeux lorsqu'elle s'approcha, prenant l'alcool pour le jeter. Il ne comprenait pas pourquoi elle agissait toujours ainsi. Comment elle s'y prenait pour toujours apparaître lorsqu'il en avait besoin. Pourquoi elle le veillait comme une mère avec son enfant. Pourquoi elle suivait un type comme lui. Elle s'assit près du bureau, après lui avoir fait boire un verre d'eau. Il aurait renvoyé balader n'importe qui d'autre. Mais elle, c'était différent. Elle était son bras droit, sa subordonnée, la personne en qui il avait le plus confiance en ce monde. Il lui confiait sa vie et son honneur sans hésiter une seule seconde, car elle était finalement la seule à le connaître, avec tous ses secrets, tous ses tords, toutes ses ambitions.

– Que vous est-il arrivé ?

– Le déni, encore une fois, murmura-t-il. Des personnes comme moi ont été tuées, et je n'ai rien fait pour l'empêcher.

Il regardait le plafond, les yeux à demi-fermés, la bouche entrouverte, plus pâle que jamais. Pourquoi n'avait-il rien fait ? Par plaisir de la violence, par intérêt, par peur ? Il avait laissé mourir des gens qui avaient pour seule faute de posséder un don. Il tourna la tête vers Isabelle, prêt, de nouveau, à pleurer comme un enfant.

– Ils s'étaient échappés, ils voulaient vivre en paix. Mais nous devions les empêcher de parler, de tout révéler. Ils sont morts. Tous... Même les enfants... Tués par balles. J'ai brûlé la maison où ils ont péris.

Ses yeux le brûlaient mais aucune larme n'en sortait. Il n'avait plus jamais réussi à pleurer depuis son enfance. Un jour, à huit ans, il s'était juré que plus jamais il ne pleurera devant son père, et s'y était tenu. Une volonté qui l'avait tant contraint qu'aujourd'hui, même en le voulant plus que tout, il ne parvenait plus à libérer ses larmes. Il s'était privé lui-même de ce moyen de libération pour une fierté d'enfant, devant un père violent.

– Je n'ai rien fait, lieutenant, rien pour les aider.

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Isabelle Robin
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MessageSujet: Re: Confession de nuit   Lun 22 Déc - 10:07

– Le déni, encore une fois, murmura-t-il. Des personnes comme moi ont été tuées, et je n'ai rien fait pour l'empêcher.

Des personnes comme lui... Elle retint une grimace, imaginant un peu mieux la "mission" sur laquelle il avait dû travailler ces derniers jours. Depuis quelques mois, le Gouvernement avait beaucoup durcit sa position sur les personnes possédant un pouvoir. Un pouvoir qu'il était maintenant peu prudent d'utiliser en public, même pour aider une autre personne ou quoi que ce soit du genre. Pouvoirs qui commençaient à effrayer. Pouvoirs qui devenaient tabous. Naturellement, beaucoup de régions n'étaient pas encore touchée par cette vague de psychose qui s'instillait peu à peu dans les esprits. Cela faisait si longtemps que les éléments faisaient partis intégrante de leurs existences... Mais certains faits récents, des incidents, des catastrophes, des accidents, avaient changé la donne. Cela s'était traduit, au début, par de la répression pure et simple. Puis peu à peu, le Gouvernement, devant la menace des dictatures, y avait vu un certain potentiel.

Elle croisa le regard du colonel, voyant son air torturé, ses yeux, surtout, qui montraient son désarroi. Il s'en voulait, et elle le savait. Lorsqu'il avait endossé cet uniforme, il ignorait encore tout des véritables plans de l'Etat, et n'avait découvert ce qui se tramait qu'en prenant du grade. Il était alors trop tard. Dieu merci, il avait eu la présence d'esprit de camoufler son don dès le début. Mais aujourd'hui... Que s'était-il donc passé ? Avait-il dû exécuter des personnes en prison ? Ou tué des gens qu'on désignait comme monstres ou incapables de se contrôler ? Elle s'attendait à tout, et savait qu'il finira par le révéler. Il parlait toujours, quand il en avait vraiment besoin, si elle était prête à l'écouter. Elle était honorée de la confiance qu'il lui offrait, tout comme elle était fière d'être placée sous ses ordres. C'était un homme de valeur, malgré tous ses défauts.

– Ils s'étaient échappés, ils voulaient vivre en paix. Mais nous devions les empêcher de parler, de tout révéler. Ils sont morts. Tous... Même les enfants... Tués par balles. J'ai brûlé la maison où ils ont péris.

Parlait-il de cette évasion de masse, de la prison du Maryland ? Si l'armée les avait rattrapé... Elle baissa la tête, imaginant la scène sans que l'ont ait besoin de la décrire. Cette prison était réputée pour être la plus odieuse, mais aussi la plus mal sécurisée. Cette évasion n'avait étonné personne, même si elle concernait un groupe constitué autant d'hommes que de femmes, avec des bébés, des enfants, quelques personnes âgées. Tous avaient eu la malheur de posséder un don soit déjà puissant, soit qui promettait de le devenir. Et tous avaient donc péri. La nuit lui sembla d'un coup plus lourde et plus oppressante. Au-dehors, elle voyait amis et collègues marcher sous les lumières de la caserne, jouer avec leurs enfants et leurs familles. Et eux deux étaient là, dans ce bureau, à parler d'une trentaine de personnes qui avaient été tuées comme un rien, puis leurs corps brûlés, sans enterrement décent, ni même une prière, une simple prière. Personne ne saura jamais la vérité, elle savait que l'Etat fera passer ça pour un attentat ou un suicide collectif. Les familles pleureront et crieront, mais qui les écoutera ? Qui saura entendre leurs arguments ? C'était un combat perdu d'avance. Leur pays avait un féroce besoin de sécurité et de réconfort. Personne ne voudra compatir pour des personnes désignées comme des criminelles.

– Je n'ai rien fait, lieutenant, rien pour les aider.

– Qu'auriez-vous voulu faire ? demanda-t-elle en se levant, marchant vers la fenêtre. Nous ne sommes pas des civils. Nous ne pouvons pas nous opposer comme ça face aux ordres.

Le colonel ne perdait jamais son sang-froid, il n'était pas assez idiot pour cela, elle le savait bien, mais parfois, il était utile de lui rappeler certaines choses. L'indignation était une chose, la bêtise en était une autre. Il ne pouvait pas se permettre de réagir face à ce genre d'exactions. C'était cruel, oui, écœurant, oui, révoltant, oui, encore plus, mais c'était ainsi. Si son supérieur avait protesté ou refusé d'obéir, il aurait été arrêté, sans autre forme de procès, et sans aucun doute exécuté quelques jours plus tard.

– Pensez à votre objectif, mon Colonel. Si vous périssez avant, comment pourrez-vous l'atteindre ? Si vous voulez faire évoluer les lois et faire bouger les choses, vous devez atteindre le sommet. Personne ne vous écoutera sans cela, vous n'aurez pas plus de poids qu'un simple civil qui s'indignerait contre le système, sans moyen de le changer.

Elle revint s'asseoir à sa place initiale, légèrement penchée, les mains jointes sur ses genoux.

– N'oubliez pas pourquoi vous portez cet uniforme. Vous avez toute une équipe qui compte sur vous et vous soutient. Pour vos idées, car nous voulons tous voir comment vous allez vous y prendre. Ne laissez pas tomber tout ça.

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Fabrice Gavin
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MessageSujet: Re: Confession de nuit   Lun 19 Jan - 14:24

Lieutenant – Qu'auriez-vous voulu faire ? demanda-t-elle en se levant, marchant vers la fenêtre. Nous ne sommes pas des civils. Nous ne pouvons pas nous opposer comme ça face aux ordres.

Peut-être, mais il y avait des limites… On ne pouvait pas tout accepter, ni tout faire, sous le couvert de suivre les ordres. Et pourtant, il n’avait rien fait. Rien du tout. Oui, il ne pouvait s’opposer comme cela, mais était-ce une excuse pour laisser des innocents périr, tués quasiment à bout portant, pour la seule faute d’être né avec un don ? Il en doutait fort. Il aura de sévères comptes à rendre, au Paradis… D’ordinaire, il ne songeait pas ainsi, il ne pensait qu’à son devoir et à ses objectifs. Mais les soirs d’alcool et de déprime, il était suffisamment fatigué pour en venir à la fatalité et aux désillusions. A ne plus croire en rien. A ne plus savoir quoi faire ou dire, à être épuisé, à rester là, les bras ballants, tout juste capable de boire. Boire jusqu’à s’en mettre à terre, boire jusqu’à finir à genoux, puis affalé sur le premier tapis venu, sans même pouvoir se souvenir de son propre nom. Boire jusqu’à être pire qu’une loque, et sombrer seul dans le coma éthylique si personne ne prenait la peine de lui tendre la main. Comme tout le monde, il avait des moments de doute et de faiblesse, où il était plus vulnérable que jamais. Des moments où il ne voyait plus aucune lumière, sur cette terre, même pas celle de Dieu.

Mais dans des chacun de ces moments, Le lieutenant et toute l’équipe était là. John, Alex, Isabelle, Enrick… Ils savaient bien sûr que leur supérieur buvait à s’en rendre malade quand il se laissait aller. Mais ils avaient continué à le soutenir, mêmes aux instants où ils l’avaient retrouvé vomissant dans un coin de la pièce, à moitié évanoui. Il songea à ces moments où le bras puissant du commandant avait pris le sien pour le glisser sur ses épaules, et l’aider à se relever. La main plus douce du lieutenant qui avait repoussé les mèches de son visage, comme à un enfant après son cauchemar, pour lui mettre un linge mouillé sur le front. Comment chacun des membres de son équipe avait un jour été là, après un dur moment, après une cuite, pour le relever et l’aider à avancer. Il savait que le lieutenant, tout particulièrement, veillait sur lui. Comme à la façon d’une mère qui surveillait ses pas, afin de lui éviter de trébucher. Il savait ce qu’il devait à son équipe. Sans eux, il était à la fois sourd et aveugle. Sans eux, jamais il n’aurait atteint cette place.

Lieutenant – Pensez à votre objectif, mon Colonel. Si vous périssez avant, comment pourrez-vous l'atteindre ? Si vous voulez faire évoluer les lois et faire bouger les choses, vous devez atteindre le sommet. Personne ne vous écoutera sans cela, vous n'aurez pas plus de poids qu'un simple civil qui s'indignerait contre le système, sans moyen de le changer.

Il la regarda un long moment, alors qu’elle revenait s’asseoir. Il n’avait pas oublié ses objectifs, loin de là, il devait simplement digérer le choc et l’horreur. Pour que, justement, de telles choses n’arrivent plus jamais. Et accepter, une fois de plus, se forcer à accepter qu'il ne pouvait tout arrêter, qu'il ne pouvait pas toujours agir. Qu'il devait prendre sur lui et fermer les yeux devant des histoires immondes et inhumaines. Pour être capable de changer les choses, justement. Il savait qu'il devait atteindre le sommet avant qu'on ne lui donne droit de parole, dans ce pays où le chef des armées était plus écouté que le Premier Ministre ne personne. Il devait réussir, il en avait fait la promesse. Devant son équipe au grand complet, à Paris, dans son bureau. Il leur avait dit ce qu'il comptait faire, et demandé qui allait le suivre. Tous avaient répondu à son appel. Tous étaient avec lui, loyaux, et prêts à tout donner.

Lieutenant – N'oubliez pas pourquoi vous portez cet uniforme. Vous avez toute une équipe qui compte sur vous et vous soutient. Pour vos idées, car nous voulons tous voir comment vous allez vous y prendre. Ne laissez pas tomber tout ça.

– Je ne laisserais jamais tomber, lieutenant, souffla-t-il d'une voix rendue rauque par tout l'alcool qu'il avait avalé. J'ai trop donné jusqu'ici pour abandonner. C'est juste... Il y a des soirs où je ne sais plus ce que je fous ici... Ni comment vous pouvez encore me suivre.

Il n'avait rien fait pour mériter une telle équipe, même s'il leur était infiniment reconnaissant, heureux qu'ils marchent à ses côtés, fier lorsqu'il les voyait. Douter de ses objectifs serait comme les trahir, il le savait, et s'efforçait donc de ne jamais faillir. Son honneur était déjà en miettes, il vivait dans un mensonge permanent, se faisant craindre ou détester, et pourtant, ils étaient là, ils le suivaient. Aujourd'hui comme au premier jour. Il repoussa l'envie de boire de nouveau, considérant qu'il était déjà dans un sale état bien suffisant pour avoir besoin d'en rajouter.

– Les choses bougent très vite, en ce moment, souffla-t-il. J'ignore si une autre guerre va bien venir, mais ce pays est en train de devenir une dictature... Et nous allons être le bras armé de cette dictature. Les libertés individuelles n'ont déjà plus lieu d'être. Pas même le droit à la vie.

Il échangea un long regard avec son lieutenant, puis se redressa, avec une petite grimace, se frottant ensuite le visage des deux mains.

– Lieutenant, pourquoi vous occupez-vous toujours de moi ?

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Isabelle Robin
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MessageSujet: Re: Confession de nuit   Sam 24 Jan - 11:35

– Je ne laisserais jamais tomber, lieutenant, souffla-t-il d'une voix rendue rauque par tout l'alcool qu'il avait avalé. J'ai trop donné jusqu'ici pour abandonner. C'est juste... Il y a des soirs où je ne sais plus ce que je fous ici... Ni comment vous pouvez encore me suivre.

Elle eut un faible sourire. Il était normal qu'il se pose cette question, elle savait que, les soirs de déprime, il remettait absolument tout en cause : son honneur, sa force mentale, sa volonté, toutes les raisons pour lesquelles on pouvait avoir envie de le suivre et de le soutenir. Ces soirs-là, il buvait toujours trop, et se considérait ensuite comme une ville loque bonne à jeter aux ordures. Mais même lui avait le droit à des moments de doute et de faiblesse. Il n'était pas invincible, ni un surhomme, et avait ses instants de faiblesse, comme tout un chacun. Elle n'interrompit pas le cours de ses pensées, surveillant juste qu'il n'essaye pas de recommencer à boire. C'était bien assez pour ce soir, et ils étaient encore dans les bureaux de la Défense. Ils devaient rester discret, étant encore en service, techniquement, et personne ne devait voir, ici, le colonel par terre parce qu'il avait trop bu. Mais il ne semblait pas vouloir reprendre une bouteille dans l'immédiat, ce qui était très bien.

– Les choses bougent très vite, en ce moment, souffla-t-il. J'ignore si une autre guerre va bien venir, mais ce pays est en train de devenir une dictature... Et nous allons être le bras armé de cette dictature. Les libertés individuelles n'ont déjà plus lieu d'être. Pas même le droit à la vie.

Elle croisa son regard puis grimaça à son tour, alors qu'il se frottait le visage. Le bras armé de la nation. Ils l'étaient déjà, plus que jamais, mais il y avait arme et arme. Si jamais ce pays devenait une dictature, comment pourraient-ils encore supporter de faire parti intégrante de l'armée ? Et s'ils quittaient l'armée, comment supporter de tout abandonner sans s'être battu pour freiner ou arrêter le spires abominations ? Elle en voulait pas fuir. Même si ce pays devenait effectivement une dictature, elle en pourra fermer les yeux, rendre son uniforme, et partir ainsi, sans rien faire pour changer les choses. Ce ne serait qu'une fuite, une de plus. Elle n'était pas une lâche, pas le moins du monde, et ne tournera jamais le dos à son devoir. Tout comme le colonel, et tous ses équipiers. Comment pourrait-elle les regarder en face si elle abandonnait sa place par peur ou par lâcheté ? Cela n'arrivera jamais. Elle s'était engagée et s'y tiendra à jamais.

– Lieutenant, pourquoi vous occupez-vous toujours de moi ?

– Je veux voir comment vos idéaux naïfs vont faire évoluer les choses dans ce pays, sourit-elle en le regardant. Ne vous torturez pas en pensant que vous êtes indigne d'être suivi. Si je le fais, c'est parce que je crois que vous allez réaliser de bonnes choses, et qu'il suffit qu'on vous soutienne pour que vous y arriviez. Je vous fais confiance, tout simplement, et je veux vous suivre pour vous aider et voir ce que vous allez réussir à faire.

Elle s'était levée de nouveau, bien droite et debout près de lui. Il pouvait lui faire confiance. Elle lui était loyale, depuis bien longtemps maintenant. Elle en comptait ni le lâcher, ni abandonner, surtout pas quand la route commençait à se faire chaotique. Et pas parce qu'elle était amoureuse, ou même amie. Elle ignorait s'ils étaient amis, ce n'était pas comme ça que cela fonctionnait. Mais elle était loyale envers lui.

– Même si ce pays devient une dictature, je garderais cet uniforme, mon Colonel, et je vous suivrais pour que vous arriviez au sommet, et que vous preniez le pouvoir afin de ré-instaurer la démocratie. Je sais que vous voulez la renforcer, alors je vais rester à vos côtés, Colonel.

Elle quitta son ton très formel et sa raideur pour prendre un ton plus doux, souriant légèrement.

– Voilà pourquoi je "m'occupe" de vous, Colonel. Je vous fais confiance. Vous pourrez compter sur ma loyauté jusqu'au bout.

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Fabrice Gavin
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MessageSujet: Re: Confession de nuit   Sam 7 Fév - 16:09

Peut-être lui avait-il déjà posé la question, il ne se souvenait plus. Il aura les idées plus claires demain, il pourra réfléchir à ses actes, mais pas ce soir. Il était très loin d'être sobre, et cherchait encore le moyen de pleurer un bon coup. Il savait à quel point les larmes pouvaient être libératrices, mais il n'y parvenait pas. Il n'y parvenait plus. Ses yeux restaient vides, secs, froids même, et rien ne lui venait. Comme chaque soir où il buvait et se laisser aller, il était assailli par le doute et les questions. Il se demandait pourquoi il n'avait pas la force de retourner son pistolet contre lui-même. Pourquoi son équipe le suivait malgré ses crimes. Une fois, une fois seulement, il avait retourné son arme puis l'appuyer contre sa gorge. Après avoir tué une famille, des civils, à cause de leurs dons, alors qu'on les jugeait comme des terroristes. Une fois seulement. Un homme, une femme, leur fils de cinq ans. Il se souvenait... C'était il y a déjà des années, une nuit d'hiver.

Ils étaient réfugiés dans une petite maison, tous les trois, dans un coin du salon. Il devait les tuer. Les ordres sont les ordres. Il l'avait fait, il les avait abattus tous les trois, puis il était resté là, debout devant les corps, à les regarder. L'horreur de son acte l'avait étranglé d'un seul coup et il avait retourné le pistolet contre lui-même, en tremblant comme une feuille, pleurant comme un petit enfant. Une main s'était abattue sur le canon de l'arme avant qu'il ne tire et la lui avait arraché. Il avait tourné la tête, découvrant le commandant Alex, qui était à l'époque encore adjudant. Il l'avait pris par le bras et forcé à sortir de la pièce, puis de la maison. C'était la seule fois où il avait craqué et voulu se tuer.

Lieutenant – Je veux voir comment vos idéaux naïfs vont faire évoluer les choses dans ce pays, sourit-elle en le regardant. Ne vous torturez pas en pensant que vous êtes indigne d'être suivi. Si je le fais, c'est parce que je crois que vous allez réaliser de bonnes choses, et qu'il suffit qu'on vous soutienne pour que vous y arriviez. Je vous fais confiance, tout simplement, et je veux vous suivre pour vous aider et voir ce que vous allez réussir à faire.

Elle s'était levée, alors qu'il la regardait, la bouche entrouverte. Il était à la fois choqué qu'elle puisse penser ainsi, et très ému qu'elle le fasse. Il se redressa dans on fauteuil, les yeux dans le vague. Il n'avait rien fait pour mériter d'avoir une telle équipe. Il n'était ni plus mauvis ni meilleur qu'un autre. On pouvait le taxer d'être trop ambitieux, narcissique, et tout ce qu'on voulait, il l'acceptait, conscient de diffuser une aura plutôt malsaine, même si elle donnait envie de le suivre. Il n'était pas dépourvu de qualités, mais ce n'est pas ce qu'il mettait en avant. Il montrait des choses bien différentes, selon la personne qu'il avait en face de lui. mais avec le lieutenant, il pouvait se permettre d'être lui-même. A elle aussi, il lui faisait confiance. Assez pour qu'elle assure ses arrières, assez pour lui confier sa vie. Sans doute ses idéaux étaient-ils "naïfs", comme elle le disait, mais il n'avait que ceux-là, et comptait s'y tenir jusqu'au jour de sa mort.

Lieutenant – Même si ce pays devient une dictature, je garderais cet uniforme, mon Colonel, et je vous suivrais pour que vous arriviez au sommet, et que vous preniez le pouvoir afin de ré-instaurer la démocratie. Je sais que vous voulez la renforcer, alors je vais rester à vos côtés, Colonel.

Il eut un vrai sourire, cette fois, les yeux fermés, et la tête légèrement baissée. Non, il n'avait rien fait pour ça, mais en cet instant, il avait pu retrouver le bonheur, se sachant si bien entouré. Il n'était pas question qu'il les abandonne ou les déçoive, c'était sa seule et unique crainte. Perdre un jour leur confiance. Ne plus être à la hauteur, se révéler indigne. Plutôt mourir que devenir ainsi.

Lieutenant – Voilà pourquoi je "m'occupe" de vous, Colonel. Je vous fais confiance. Vous pourrez compter sur ma loyauté jusqu'au bout.

– J'ai vraiment de la chance d'avoir des subordonnées tels que vous, sourit-il en se levant à son tour et en la saluant. Je vous remercie, lieutenant.

Il sortit du bureau avec elle, se recomposant un air impassible alors qu'ils traversaient les couloirs. Il était temps de s'y remettre. Continuer le travail.

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