1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Le calme avant la tempête

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Gabriella de Lizeux
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Âge RPG : 33

MessageSujet: Le calme avant la tempête   Dim 23 Nov - 15:42

Ce fut un rayon de soleil sur son visage qui la réveilla. Gabriella ouvrit lentement les yeux, à la fois hébétée et prise d'un profond sentiment d'insécurité. Elle ne se redressa pas tout de suite, essayant de remettre ses idées en place, son cerveau pris dans une sorte de brume qui l'empêchait de réfléchir. Elle avait du mal à se souvenir... Ce qui s'était passé ces dernières heures... Elle referma les yeux, faisant un effort pour se concentrer, se remémorer sa semaine. Elle se souvenait des premiers jours à la station, de l'altercation entre ce militaire et un de ses collègues enseignant, puis ce qu'elle avait fait avec d'autres collègues. Puis... Une histoire de lettre lui revint, alors, et elle voulut se redresser, retombant presque aussitôt dans son lit, le souffle coupé. Une lettre. Oui, elle avait reçu une lettre ! Il y avait un problème au pensionnat, et ensuite elle avait... Un brusque vertige la pris soudain, alors q'elle posait une main sur son ventre. Ses enfants. le jour où elle avait reçu la lettre, elle avait... Ses enfants... Ils étaient nés... Julien... Aurore... Ses bébés...

Elle parvint à se redresser, se rendant compte qu'elle était en chemise de nuit, dans une autre chambre que celle où elle dormait à la station. Elle eut un temps d'arrêt, allumant la lampe de chevet, regardant autour d'elle, clignant des yeux comme si elle n'état pas réveillée. C'était son ancienne chambre, chez ses parents ! Que fichait-elle ici ? Elle regarda partout, le souffle court, s'arrêtant sur l'armoire en chêne, ses vieux livres de cours, les romans qui avaient bercé toute son adolescence, la boîte où elle avait rangé ses lettres, une veste oublié sur une chaise, qu'elle portait tous les dimanches pour aller à la messe. Stop, là, pause, comment était-elle arrivée ici ? Elle était en Auvergne la veille ! Avec l'école ! Et ses élèves ? Que leur étaient-ils arrivés ? Se levant, elle tituba d'abord puis se reprit, toute son attention attiré d'un coup par un berceau de bois. Elle s'en approcha, se pencha, et vit deux bébés, endormis l'un contre l'autre.

Elle les prit tous les deux contre elle, un dans chaque bras, avec une légère maladresse au début, puis s'assit dans le petit fauteuil près du berceau. Elle les couva du regard, profondément émue de les sentir contre elle, leurs jeunes corps chauds, tous deux plongés dans des rêves qui n'appartenaient qu'à eux. Elle n'arrivait pas à se souvenir de son accouchement... La panique l'aurait envahi toute entière si ses petits n'avaient pas tout à coup ouvert les yeux. Elle sourit en voyant leurs yeux, si semblables aux siens, et leurs petites frimousses, si tendres. Elle les rehaussa contre elle, émue, et se sentant fondre. Elle eut du mal à défaire le devant de sa chemise, tout en les tenant, pour pouvoir allaiter. Elle n'avait jamais fait ça, mais avait déjà vu Estelle le faire, et l'imita donc. Ils tétèrent un peu, sans doute plus par réflexe que par véritable faim.

- Tout va bien, mes chéris, murmura-t-elle. Maman est là...

Elle les tint encore un très long moment contre elle avant de les recoucher, puis les regarda se rendormir. Un coup d'œil à une pendule lui indiqua qu'il était près de seize heures de l'après-midi. Elle se passa de l'eau sur le visage puis s'habilla, essayant de comprendre comment elle avait bien pu atterrir chez ses parents, ce qui s'était passé à la station, pourquoi ses souvenirs lui échappaient, et où étaient ses élèves ! Elle mit des chaussures légères, puis sortit de sa chambre, laissant la porte ouverte pour entendre ses enfants s'ils se réveillaient et pleuraient, puis entreprit de descendre, doucement. Elle arriva dans le salon, et se figea en voyant sa mère en larme dans le canapé, son père qui lui frottait le dos, puis Laura et son frère dans un autre canapé, l'un près de l'autre. Qu'est-ce que... Elle les regarda tous, choquée, puis demanda ce qui s'était passé. Sa mère releva brusquement la tête, la fixant, alors que Laura, au contraire, se détournait.

- Gaby ! s'écria son père en se levant. Comment te sens-tu ? Tu viens de te lever ?

- Non, ça fait un moment, je... J'étais avec mes enfants... Qu'est-ce je fais ici ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

Il y eut un gros moment de flottement, où elle sentit clairement le malaise. Son père la couva du regard, puis regarda sa mère. Bizarrement, la jeune mère sentait de moins en moins la suite... Son père se racla la gorge, puis lui dit de s'asseoir d'abord, lui proposant un café. Elle refusa de la main, soupçonneuse. Sa mère ne la rassurait pas non plus, à la fixer comme si elle couvrait une grave maladie. Elle finit par dire les dernières choses dont elle se souvenait, à savoir les contractions, l'accouchement, puis tout s'estompait. Le silence se fit encore plus lourd, si c'était possible. Son père lui prit les deux mains, puis lui dit ce qui s'était vraiment passé à la station. Elle se sentit blêmir au fur et à mesure de son récit, la gorge serrée, se souvenant, maintenant, de ce qu'avait fait le médecin en la faisant accoucher. La façon dont il l'avait touchée. Violée. Elle resserra son haut contre elle, tremblante d'un seul coup.

- C'est monsieur Nakajima qui t'a ramené ici, avec tes enfants, ton neveu et ta nièce. Tu as dormi toute la nuit et ce matin. Nous avions appelé un docteur, qui t'a donné des sédatifs pour que tu te reposes. Tout va bien se passer, ma chérie, tu verras. Nous allons nous occuper de toi, tu vas te remettre. Tout ira bien !

- Mais non, justement, rien n'ira bien ! Ce n'est pas ce salaud le pire problème... Il s'est passé quelque chose, au pensionnat. Ils ont profité de notre absence ! Il faut que j'y retourne.

- Dans ton état ?!

- Peu importe mon état ! Ce sont mes élèves qui risquent gros, ils...

Un nouveau vertige la saisit et elle s'effondra à moitié dans les bras de son père. Il la rattrapa avec une petite exclamation, et elle le sentit la bercer, murmurant des paroles apaisantes. Elle ferma les yeux, sentant sa mère lui caresser la nuque, debout près d'elle. Elle resta silencieuse un long moment, blottie contre ses parents, reprenant son souffle. Kimmitsu l'avait emmené ici, donc... Elle fut un peu rassurée, sachant que lui au moins n'allait pas laisser l'école sans surveillance ni protection. Sa mère se redressa et déclara qu'un bon thé allait faire du bien à tout le monde. Gabriella prit une longue inspiration se frottant les yeux.

- Franchement, Gaby, reste tranquille... Tu es complètement surmenée.

- Si ce n'est que du surmenage, papa, je vais très bien m'en remettre. J'ai connu pire.

- Oui... Peut-être un jour saurons-nous où tu étais lorsque tu avais disparu, et ce qui t'étais arrivé.

Elle baissa la tête, passant les mains dans ses cheveux, puis se redressa, avec une grande inspiration. Dire tout cela, non. Il ne servait à rien d'inquiéter un peu plus sa famille, et c'était déjà du passé. Elle eut un rire nerveux, fourrant sa tête entre ses mains, retenant ses larmes de toutes ses forces. Ne pas craquer, pas ici, pas maintenant... Son père eut un grognement, mêlé d'un soupir, puis se leva, pour aller aider sa mère à servir le thé. Elle l'imita, faisant quelques pas dans le salon, essayant de se calmer. Se retournant, elle vit alors la petite mine de sa jeune nièce.

- Tu vas bien ?

Elle hocha la tête, toute timide, et encore bien pâle.

- Oui... Moi, ça va... mieux. Mais vous ?

Elle eut un faible sourire, puis se rapprocha et le serra tous les deux dans ses bras, les yeux fermés, en leur murmurant merci. Elle relâcha enfin ses larmes, contenant ses tremblements, la respiration lourde. Elle se doutait qu'ils devaient être très choqués, tous les deux. Ils n'étaient que des enfants, après tout... Mais des enfants très courageux, et qui ne se laissaient pas faire. Mais des enfants tout de même, et elle était désolée qu'ils aient été mêlés à cette histoire lamentable. Laura lui tapota un peu maladroitement le dos, alors que Gabriella retenait un long soupir.

- On ne le laissera pas s'en tirer comme ça, je suis sûre que Monsieur Nakajima s'en est déjà occupé, il a tout fait très vite quand on l'a appelé à l'aide.

- J'espère qu'il va s'occuper de l'école...

Elle les relâcha, alors que son père revenait avec un plateau en lui sifflant d'oublier un peu son école, au moins pour aujourd'hui ! Elle se rassit, sans répliquer, car il savait bien que non, elle ne pourra pas oublier son travail. Sa mère servit du thé à toute le monde, et elle tint d'abord la tasse dans ses mains sans boire, pour en apprécier la chaleur, essuyant ses larmes.

- Oui, soupira-t-elle à sa mère qui la harcelait quasiment pour qu'elle passe cette semaine à se reposer, plus la semaine des vacances qui venait derrière. Je vais juste me promener dans Paris, manger avec vous, et dormir comme il faut, c'est promis, rien de plus.

Elle but un peu de thé, reprenant peu à peu ses esprits.

- Donc, nous avons deux semaines, que voulez-vous faire ? demanda-t-elle à Laura et son frère.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Le calme avant la tempête   Sam 29 Nov - 19:33

Laura était exténuée. Ils étaient dans le train pour rentrer à Paris, chez les parents de leur tante, et son frère et elle portaient leurs valises et les espèces de paniers pour transporter les bébés. Toutes les images se mélangeaient dans sa tête, le visage de l’homme en particulier, leur tante, son état, les paroles de Monsieur Nakajima… Jetant un regard fatigué à Jasper, Laura constata qu’il était dans le même état qu’elle, aussi choqué et épuisé, tous les deux incapables de sourire. Elle n’avait qu’une seule envie : dormir. Et pas toute seule. Tant pis si on la jugeait trop grande, trop vieille pour dormir avec quelqu’un, mais cette fois, elle avait une excuse. Elle rêvait d’un lit bien chaud, d’une nuit remplie de rêves bien loin de tout ce qu’elle avait vu cette nuit. Mais bon, c’était sans doute trop demandé…

Arrivant à destination, après avoir pris le train, le bus, et marché un peu, ils se retrouvèrent devant la maison des parents de la directrice. Une grande maison assez belle, avec un jardin, l’air accueillant. Enfin, toute maison autre que la leur était accueillante pour Laura, du moment que ses parents ne s’y trouvaient pas et qu’ils étaient à des kilomètres d’eux. Ou pas dans la même pièce, en tout cas. Mais Laura eut à peine le temps de passer le portail qu’un homme assez grand, avec des cheveux blancs, courut vers eux en serrant leur tante dans ses bras. C’était son père ? La collégienne écarquilla les yeux, comme étonnée de voir que la directrice avait des parents. Eh bien oui ! C’est comme ça à chaque fois, on n’imagine pas que les « grandes personnes » aient été comme nous…

M. Nakajima – Monsieur de Lizeux, dit-il en inclinant la tête pour le saluer.

Suivant leur professeur et le père de leur tante, ils entrèrent à l’intérieur de la maison, passant dans ce qui devait sans doute être le salon. Laura, mal à l’aise, se contenta de déposer le panier du bébé dans un coin en même temps que son frère pendant que monsieur et madame de Lizeux observaient leur fille sous toutes les coutures. Voir leur tante couvée à ce point était étrange, attendrissant et normal mais étrange. Peut-être était-ce le contraste de la situation qui la choquait le plus, lorsque l’on pense à ce qui s’était passé quelques heures auparavant…

Mme de Lizeux – Ils sont magnifiques... Et vous, mes deux chéris, comment vous appelez-vous ?

Madame de Lizeux avait pris les bébés, les regardant, s’en extasiant. Une fois encore, la douceur de la situation avait perturbé Laura un bref instant, avant qu’elle ne se reprenne en entendant la question. Pouvait-elle répondre ? Lançant un regard à son frère, comme pour avoir sa permission, la collégienne répondit d’une voix timide :

Laura – Je m'appelle Laura... Et voici mon grand frère, Jasper.

Phrase terminée par un sursaut lorsqu’ils entendirent, d’un seul coup, le père de la directrice crier contre l’homme qui avait fait ça à sa fille en frappant dans le mur. Laura s’était, instinctivement, rapprochée de son frère en se réfugiant dans ses bras. Bon, d’accord, peut-être était-elle un peu sur les nerfs, un peu terrorisée et choquée, mais avec ce qu’elle avait vu cette nuit, elle avait le droit ! Jasper lui-même était choqué et mal, elle le voyait bien, alors qu’on les pardonne. Ils étaient des enfants, ils avaient une excuse, non ?

Après le départ de leur professeur, juste après cet excès de rage, Laura resta sans bouger avec son frère, hésitant à demander s’ils pouvaient aller se coucher. Heureusement, ce fut la mère de la directrice qui leur dit d’aller se coucher, qu’il y avait une chambre déjà prête à l’étage avec deux lits si dormir ensemble ne les dérangeait pas. Oh non, pas du tout, au contraire ! Montant ses affaires avec Jasper, ils ouvrirent la porte de la chambre. Petite, assez belle, et deux lits qui semblaient incroyablement confortables, dans lesquels elle mourait d’envie d’aller s’effondrer. Mais… dormir toute seule ? Faisant la moue, elle demanda :

Laura – Je peux dormir avec toi ?

Question stupide qui appelait une réponse stupide, naturellement, mais elle préférait demander. Retrouver cette sécurité, les bras de son frère, son souffle… Peut-être était-ce stupide, mais cela lui fit plus de bien que n’importe quelle autre chose. C’était fini, la journée était passée, la nuit aussi. Ici, ils ne risquaient rien, ils étaient protégés, ensemble, loin des militaires. Toute la pression retombait d’un coup, les images revenant dès qu’elle fermait les yeux. Du caaalme, c’était fini ! Laura enfouit sa tête contre Jasper en respirant pour ne pas l’inquiéter même si lui ne devait pas être dans un meilleur état qu’elle.

Le lendemain, ils descendirent pour prendre leur petit-déjeuner, la mère et le père de la directrice étant déjà réveillés sans doute au cas où leur fille se lèverait avant. La nuit avait, sans doute, dû être très agitée pour tout le monde entre les rêves et les cauchemars, l’inquiétude, les conséquences de cette longue nuit… Peut-être même ses parents n’avaient-ils pas dormi de la nuit et s’étaient-ils relayés pour être auprès d’elle ? Ca aussi, c’était possible. Ressentir un tel amour pour sa fille… Laura n’aurait pas cru une telle chose possible lorsque l’on voyait leur tante si survoltée, surmenée, si… Elle avait un caractère assez fort, allons-nous dire.

Quelle heure était-il ? Neuf heures ? Dix heures ? En tout cas, ils purent manger à leur rythme même si, la concernant, la collégienne ne mangeait que du bout des lèvres. Elle n’avait pas faim, les images de la veille toujours omniprésentes dans son esprit. Ils allèrent ensuite s’installer dans le salon, attendant, Laura à côté de Jasper avec, toujours, ce besoin de sécurité. Et… maintenant ? Elle entendit alors des pleurs, redressa la tête vers… la mère de leur tante. Elle était en train de pleurer, son mari lui frottant le dos. Ils… Que devaient-ils faire ? Au même instant, la directrice entra dans le salon en demandant ce qui se passait. Hum. Détournant immédiatement la tête, Laura se borna à ne pas regarder ni écouter. Elle ne voulait pas entendre, elle ne voulait pas se replonger dans tout ça, elle voulait juste oublier. Elle était jeune ! Une histoire pareille… Oui, la collégienne connaissait tout ça, oui, elle savait comment naissaient les enfants, mais ça… Cet acte…

M. de Lizeux – C'est monsieur Nakajima qui t'a ramené ici, avec tes enfants, ton neveu et ta nièce. Tu as dormi toute la nuit et ce matin. Nous avions appelé un docteur, qui t'a donné des sédatifs pour que tu te reposes. Tout va bien se passer, ma chérie, tu verras. Nous allons nous occuper de toi, tu vas te remettre. Tout ira bien !

Tante – Mais non, justement, rien n'ira bien ! Ce n'est pas ce salaud le pire problème... Il s'est passé quelque chose, au pensionnat. Ils ont profité de notre absence ! Il faut que j'y retourne.

M. de Lizeux – Dans ton état ?!

Tante – Peu importe mon état ! Ce sont mes élèves qui risquent gros, ils...

Laura sentit un énorme poids tomber dans son estomac et baissa la tête en évitant de regarder son frère. Elle savait tout ça, madame Robin le lui avait dit. Les militaires préparaient quelque chose au Pensionnat, tout serait méconnaissable, et ils devaient « frapper à la tête » pour détruire l’institution… Il était évident qu’ils profiteraient de leur absence pour tout mettre en place. La directrice avait raison, mais elle ne pouvait pas. C’était dangereux, un vrai piège. Et Laura ne pouvait rien lui dire maintenant parce qu’elle n’était pas censée être au courant. Jasper lui avait interdit de parler aux militaires…

Leur tante venait de s’effondrer dans les bras de son père, ses parents la soutenant et l’aidant. Elle était encore tellement faible… Comment pouvait-elle espérer rivaliser face aux militaires ? C’était précisément ce qu’ils voulaient ! La militaire le lui avait dit, elle était une arme humaine et devait faire attention ! Mais comment la prévenir ? Sa mère annonça qu’elle allait faire du thé, alors que son père essayait encore de convaincre sa fille de rester ici, de se reposer. Très sincèrement, Laura ne croyait pas une seule seconde qu’elle les écouterait, mais s’ils voulaient tenter le coup… Il fallait que Jasper et elle se préparent, qu’ils fassent quelque chose pour contrer les militaires. « Ca va bouger un peu ». Qu’est-ce que ça voulait dire ? Laura avait besoin de son frère pour comprendre, mais là…

Tante – Tu vas bien ?

Laura leva la tête vers la directrice, hallucinant un peu de la voir poser une telle question. Si elle allait bien ? Mais oui ! Un peu choquée, certes, mais elle allait très bien comparé à elle. Et puis… Si elle allait bien… Heureusement, ses parents n’avaient pas entendu la question, le père de leur tante était parti aider dans la cuisine et il ne restait plus que Jasper, elle, et leur tante dans le salon. Hochant la tête sans oser parler tout de suite, Laura répondit après un court moment :

Laura – Oui... Moi, ça va... mieux. Mais vous ?

Ce qui se passa ensuite dénotait avec l’image que la directrice montrait au Pensionnat. Tout le monde savait qu’elle n’était pas une brute, bien sûr, mais elle était sévère et froide, sans cesse à penser à son école. Même le fait qu’elle ait des enfants était… étrange. Elle prit Laura et son frère dans ses bras, les serrant, alors que la collégienne était un peu crispée par manque d’habitude. Vint s’ajouter à cette scène inédite un « merci » et des larmes. Des larmes… La directrice pleurait sans les avoir relâchés. Laura ignorait ce qu’elle devait faire, n’osait pas le demander et se contenta de tapoter le dos de leur tante maladroitement. Cette situation était, définitivement, bizarre… Ce ne sont pas les adultes qui consolent les enfants, d’habitude ? En plus, Gabriella de Lizeux, quoi !

Mais elle la comprenait. Vivre tout cela, ne pas s’en souvenir… C’était cette drogue injectée par l’homme dans sa chambre qui lui avait tout fait oublier, Laura en était convaincue. Mais pourquoi ? Pourquoi vouloir faire… ça ? Pourquoi avoir un tel comportement et faire en sorte que la directrice oublie tout de ce qu’il s’était passé ? Laura était naïve, oui, elle le savait, elle était jeune et ne connaissait rien à la vie et tout ce que l’on veut. Mais là, où est l’intérêt de faire une telle chose ? L’adolescente repensa alors aux paroles du lieutenant. C’était ça, frapper à la tête pour tout anéantir ? Mais où était l’intérêt ?

Laura – On ne le laissera pas s'en tirer comme ça, je suis sûre que Monsieur Nakajima s'en est déjà occupé, il a tout fait très vite quand on l'a appelé à l'aide.

Tante – J'espère qu'il va s'occuper de l'école...

Laura l’espérait aussi. Elle avait peur. Peur depuis sa discussion avec la militaire, peur depuis ce qu’elle avait vu la nuit passée, peur depuis ce que venait de leur dire leur tante. Elle était au courant, c’était déjà bien, mais cela ne changeait rien. Elle pensait à retourner à l’école et, si ses parents n’avaient pas été là, la collégienne était sûre qu’elle y serait retournée aussitôt… Mais pour l’instant, elle était là. Assise dans un fauteuil, les ayant relâchés, alors que son père et sa mère avaient le même discours, à savoir : qu’elle se repose, qu’elle oublie le Pensionnat et qu’elle pense à elle pendant ces deux semaines. Oui, bonne idée, qu’elle oublie tout ça ! Jasper et Laura pouvaient s’en occuper, ils trouveraient un plan plus discret, quelque chose pour l’aider. Mais son frère la laissait en dehors de toute cette histoire… Et s’il avait besoin d’elle ? Comme le colonel avait besoin du lieutenant ?

Tante – Oui, soupira-t-elle à sa mère. Je vais juste me promener dans Paris, manger avec vous, et dormir comme il faut, c'est promis, rien de plus.

Laura fit de gros yeux en entendant cette promesse. Elle… Elle allait sérieusement rester ici, se promener, dormir, manger et rien de plus ? Vraiment ? C’était… Elle ne put se retenir de lancer un regard ahuri aux parents de leur tante. Ils avaient réussi à la convaincre ? Ou peut-être était-ce simplement pour leur faire plaisir et être tranquille ? Buvant une gorgée du thé que leur avait servi madame de Lizeux, Laura resta muette, profitant simplement de la chaleur, du bien-être, du liquide chaud coulant dans sa gorge et la réchauffant petit à petit.

Tante – Donc, nous avons deux semaines, que voulez-vous faire ? leur demanda-t-elle.

Ce qu’ils voulaient faire ? Heu… Bonne question. Pour l’instant, Laura voulait juste oublier et penser à autre chose que cette nuit, elle voulait que sa tante se rétablisse au plus vite et qu’elle se calme. Ce qu’ils pouvaient faire… Se promener, des choses basiques, normales. Mais sinon ? Ce fut Jasper qui répondit le premier, demandant si Olivia allait venir et ce qu’elle comptait faire pour le Pensionnat comme elle a dit qu’ils étaient tous en danger. Ouille. Première partie, ok. Mais le Pensionnat… Laura lança un regard inquiet aux parents de la directrice, convaincue qu’ils allaient hurler. Pas qu’elle avait peur, hein, mais presque. Un peu quand même.

Laura – Mais si vous ne voulez pas nous en parler, on comprendra, dit-elle précipitamment. On est seulement inquiets pour le Pensionnat et nos amis. Sinon, on peut simplement sortir… Quand vous serez rétablie. Et si Olivia vient, on jouera ensemble pour ne pas vous déranger.

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Gabriella de Lizeux
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MessageSujet: Re: Le calme avant la tempête   Ven 5 Déc - 15:33

Si elle était en meilleure santé, et si elle avait pu tenir debout et courir sur trois mètres sans s'effondrer, Gaby aurait déjà attrapé sa veste;, de l'argent pour acheter un billet de train, et aurait connu sans plus attendre jusqu'à son école. Et une fois sur-place... Hurler, détruire les installations, électrocuter les médecins ? Tout était possible et envisageable. Elle ne se freina que pour deux raisons. Un, elle était trop épuisée, deux, elle ne voulait pas laisser ses enfants derrière elle. Elle reprit son souffle, serrant la tasse entre ses mains, couvée du regard par son père qui devait s'attendre à ce qu'elle s'évanouisse d'un instant à l'autre. Mais elle allait bien ! Ou presque bien. Mieux qu'hier soir, au moins, ça comptait. Et elle n'allait plus s'évanouir, plus maintenant, elle s'était reposée, et... Bon, peut-être fallait-il qu'elle dorme encore un peu avant de faire quoi que ce soit d'autre. Ses parents ne devaient pas s'inquiéter pour elle, ça ira, elle n'était pas non plus en sucre. C'était eux qui lui avaient appris à ne jamais baisser les bras, non ? Aujourd'hui, plus que n'importe quand, c'était le moment de mettre en pratique toutes ses leçons. Dès qu'elle pourra se lever et courir... Kimmitsu devait être au pensionnat, à cette heure, elle espérait qu'il allait s'en sortir, et sans prendre de coups au passage.

Elle se retourna vers ses élèves, alors que Jasper lui demandait si Olivia allait venir et ce qui allait se passer plus précisément, pour le pensionnat, comme il l'avait entendu s'écrier qu'ils étaient tous en danger. Elle faillit soupirer. Elle ne pensait qu'à ça, à chaque seconde, quoi faire ! Et elle n'en avait toujours aucune idée, quoi qu'on en dise. Elle repensa à la lettre qu'elle avait reçu, aux mots que cet odieux médecin avait prononcé, à ce qu'elle avait compris par elle-même. Elle avait de plus en plus l'impression de sombrer dans un cauchemar irréversible. Comment s'en sortir ? Dans quel état allait-elle retrouver l'école à son retour ? Et ses élèves... Si seulement elle pouvait tous les soustraire de la vue des militaires ! Même un peu, juste de quoi les préserver, les empêcher de foncer dans la gueule du loup.

– Mais si vous ne voulez pas nous en parler, on comprendra, dit-elle précipitamment. On est seulement inquiets pour le Pensionnat et nos amis. Sinon, on peut simplement sortir… Quand vous serez rétablie. Et si Olivia vient, on jouera ensemble pour ne pas vous déranger.

Gaby ne répondit pas tout de suite, fermant les yeux tête baissée, le visage fourré dans ses mains. Elle ne pleurait pas, réfléchissant simplement, à ce qu'elle pouvait faire dans l'immédiat. La réponse lui vint assez vite. Rien. Strictement rien. Absolument rien. Bon. Elle se redressa, sursautant légèrement lorsque sa mère déposa une veste sur ses épaules avec un air soucieux. Mais elle allait bien ! Enfin, elle allait mieux. Un peu mieux ? Elle ne fit aucun commentaire, cependant, tournant plutôt la tête vers son neveu et sa nièce.

– Le type qui m'a... Le médecin qui travaille pour les militaires, j'ai reçu un courrier de sa part, pour m'annoncer qu'ils sont en train de transformer l'école en ce moment-même, et qu'ils voulaient que j'y participe. C'est ce qui a déclenché l'accouchement, entre parenthèses, j'étais un peu... Aucune importance. Mais l'école...

Elle se tut à nouveau, frissonnante, alors que son père grommelait que la France n'avait décidément pas honte de s'en prendre ainsi à des enfants et à une femme enceinte. Il jouait avec son couteau de poche, taillant presque mécaniquement un morceau de bois, comme il le faisait à chaque fois qu'il était énervé. Cela le détendait, et il lui avait sculpté beaucoup de ses jouets d'enfant, à elle et à ses frères. Même un grand cheval à bascule pour Noël, alors qu'elle avait quatre ans.

– Ils vont mettre un coup de fouet à tout ce qui se passe, c'est même sûr ! Et mes élèves risquent de souffrir. Il faut absolument faire quelque chose.

– Oui, dit son père en relevant la tête. Tu pourrais, par exemple, laisser ton poste à un autre et rentrer chez toi, devenir femme au foyer, et t'occuper de tes bébés sans plus te soucier du pensionnat.

– Femme au foyer... Moi ?! Tu me vois être femme au foyer ?

– Je sais que tu ne le feras jamais, mais laisse-moi le luxe d'essayer ! Ta mère et moi, on s'inquiète, et tes frères aussi. Avec tout ce qui se passe dans cette école... Et je ne veux pas que tu termines comme cobaye de laboratoire, que ce soit pour le bien de la France ou non ! Bon, soit, tu as épousé le frère ou le beau-frère, je ne sais plus, de ce gros connard, qui traîne son arrogance à toutes les fêtes de Paris, mais tout de même, ce serait plus raisonnable, parfois, d'abandonner.

Il ne devait pas savoir que Laura et Jasper étaient les enfants du gros connard en question... Et autant ne pas lui dire, juste au cas où. Elle ne voulait pas qu'il s'énerve contre eux aussi, alors qu'ils n'avaient rien fait de mal. Elle se contenta donc de répondre qu'elle ne pouvait pas abandonner son école, militaires ou non. Son géniteur eut un immense soupir, continuant à sculpter le morceau de bois, pour en faire, à vu d'œil, une petite licorne. Il taillait avec beaucoup de soin, pour rendre des détails très fins et précis. Petite, elle avait toujours adoré le regarder travailler, lorsqu'il faisait ça.

– Tu comptes vraiment retourner là-bas ?

– Oui.

Elle n'ajouta rien de plus, et lui non plus, se contentant de secouer la tête en continuant de manier son couteau suisse. Elle but le reste de son thé, essayant de sourire à Laura et Jasper pour détendre un peu l'atmosphère. Bizarrement, jasper ne semblait pas don son assiette... Il était très pâle, bien plus que de coutume, et son regard avait changé. Il était malade ? Ils finirent leur thé, puis ses parents l'embrassèrent avant d'aller prendre leurs vestes, disant qu'ils étaient invités chez des amis, mais qu'il y avait de quoi déjeuner ce midi avec les enfants. Elle hocha vaguement la tête, alors qu'ils sortaient, puis se tourna vers son neveu et sa nièce.

– A la rentrée... Ne faites surtout pas de vague, vous avez dû être inscrit sur leur liste noire, à présent, même si je ne sais pas exactement ce qu'ils ont prévu. En attendant, Jasper, qu'est-ce que tu as ? Tu es malade ?

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Jasper K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Le calme avant la tempête   Dim 7 Déc - 22:17

Laura – Je peux dormir avec toi ?

Il hocha la tête en enfilant son pyjama,s ans un mot, la tête légèrement baissée. il n'en pouvait plus, et aurait dormi par terre s'il l'avait fallut ! Entre l'agression de la directrice, le colonel, le voyage, ce qu'ils avaient vu... Il voulait se reposer, oublier juste un instant, le temps d'une nuit, ne plus penser à rien. La mère de Gaby, revint, laissant des affaires de toilette et fermant les volets. Il la remercia du bout des lèvres, encore étonné de la voir sourire si doucement alors qu'elle leur souhaitait la bonne nuit. Elle avait tout de la gentille femme au foyer, proche de ses enfants, toute douce et en sucre. Si différente de leur propre mère, qui était elle de glace. En vérité, la directrice avait tout pris de son père, au niveau du caractère, tant elle était de feu et de flammes. Il se glissa dans le lit, ouvrant la couverture pour que sa petite sœur s'y glisse à son tour. Il mit cependant du temps avant de réussir à s'endormir, sombrant par la suite dans un sommeil très agité.

Le lendemain, ils prirent leur petit-déjeuner avec les parents de Gabriella, puis passèrent dans le salon. Il ignorait quoi dire, et resta donc bien calme et coi, surtout que la mère à Gabriella pleurait... Voir ses parents étaient toujours aussi choquant. C'était comme si elle était née comme ça, adulte et forte, qu'elle n'avait jamais eu leur âge, n'avait jamais été enfant. Comme si elle était venue sur terre, directrice, et maintenant mère à son tour. Sa gorge se noua lorsqu'il songea à ce qu'il avait vu. Il n'arrivait pas à effacer tout ça de son esprit, ni à s'empêcher de s'imaginer leur tante gisant là, nue et vio... Il secoua la tête, sa petite sœur blottie contre lui. Il sursauta d'un coup lorsque la directrice entra dans la pièce, marchant toute seule, avec un air étrange. Très gêné, il se mordit les lèvres en baissant la tête.

Il ne voulait pas entendre la suite. mais il écouta malgré lui. Et la scène se faisait omniprésente, ramenant chaque détail à la surface. Il garda la tête baissée tout du long, ne voulant plus rien voir, n'osant même plus regarder la directrice. Elle aussi était sur leur liste. S'ils avaient fait ça, c'était pour mieux la piéger, elle faisait parti de ceux que les militaires visaient... L'air du colonel lui revint aussitôt en mémoire et il frissonna malgré lui. Une boule se forma dans son ventre, alors qu'il regardait d'un air désolé la directrice s'effondrer dans les bras de son père. Il se mordit un peu plus les lèvres, ayant envie de crier que ça ne servait à rien, que les militaires allaient quand même leur tomber dessus, quoi qu'il arrive. Et surtout lui. Le colonel...

Non, il ne devait pas penser à lui, ou il allait être malade. Il était loin, très loin de Paris, aucune chance de le croiser dans le coin ! Il pouvait sortir et se balader dans la capitale sans aucun problème, il ne lui tombera pas dessus. Ce qui ne l'empêcha pas de couler un regard nerveux vers la porte alors que leur tante se levait à son tour. Et si jamais il venait jusqu'ici ? Non, tout de même pas... Il ne ferait pas ça. Il se massa les poignets, presque machinalement, le regard dans le vide. Il ne voulait plus jamais recroiser sa route, ça non. Le seul fait de penser à lui suffisait à le faire trembler. Il reprit discrètement son souffle, alors que leur tante demandait à Laura si elle allait bien. Il lui jeta un coup d'œil, en ayant l'impression de voguer à des kilomètres d'ici.

Laura – Oui... Moi, ça va... mieux. Mais vous ?

La suite fut encore plus bizarre, et il ne comprit pas tout. La directrice qui... pleurait... C'était possible, ça ? Il fit de son mieux pour garder un air normal, même s'il ne comprenait absolument plus rien. Enfin, c'était directrice, quoi ! L'imaginer pleurer, c'était comme imaginer le pape se servir de ce qu'il avait entre les jambes. Impossible, autrement dit. Mais il dû biens e rendre à l'évidence. Avec ce qu'elle avait vécu, cependant, il ne devrait pas s'en étonner. Il fit de son mieux pour suivre la conversation, ensuite, même si ce que dit leur tante ne fit que confirmer ses pires peurs. Ils allaient rentrer, tout aura changé, et ils ne seront plus en sécurité ! Et lui sera là-bas. Il sera bien présent... Bon sang. Comment cela pouvait-il être pire ? Il aimerait encore mieux passer toute une semaine en tête-à-tête avec son cher père que de le croiser lui, ou de revoir ce type, celui qui avait agressé leur tante.

Gabriella – A la rentrée... Ne faites surtout pas de vague, vous avez dû être inscrit sur leur liste noire, à présent, même si je ne sais pas exactement ce qu'ils ont prévu. En attendant, Jasper, qu'est-ce que tu as ? Tu es malade ?

Hein ? Il releva la tête, la regardant comme s'il la voyait pour la première fois, puis secoua la tête pour dire non, faire genre que tout allait parfaitement bien. Aucun problème ! Il marmonna qu'il allait très bien, qu'il n'était pas du tout malade, mais qu'il n'avait juste pas assez dormi, puis se leva, disant qu'il avait besoin d'un peu d'air. Il voulait juste être seul, pendant un petit moment. Quittant le salon presque en courant, il retourna dans leur chambre, dans le noir, puis s'affaissa contre le mur. Il posa son front contre ses genoux repliés, ses bras serrés autour de ses jambes, tremblant. Du calme... Le colonel n'était pas là, il ne risquait rien. Il soupira, les larmes coulant de nouveau, brûlantes, sur ses joues, comme s'il était de nouveau face au colonel, menotté, affaibli, sous le feu de ses remarques et de ses questions. Avec son air, son don, sa façon de parler, tout ce qui lui avait dit, la manière dont il l'avait traîné dans un coin plus "discret" pour discuter... Il s'était senti rabaissé, humilié, et tout ce qui s'ensuit. Il pleurait toujours lorsque la porte de la chambre s'ouvrit à nouveau, laissant passer un rayon lumière, avant de se refermer. Il ne bougea pas d'un pouce, puis soupira.

– Va-t-en, Laura.

Loin de s'en aller, alors qu'il voulait juste être seul, elle se rapprocha, il l'entendit, puis refusa, en lui répondant qu'il n'était pas bien, avant d'appuyer sur ses genoux. Qu'est-ce qu'elle voulait ? Il releva la tête, puis renifla, essuyant ses yeux d'un revers de la manche. Pas la peine de venir le harceler, il se sentait parfaitement bien, il suffisait d'un moment pour qu'il retrouve ses esprits, rien de plus. Quelques minutes, pas plus, c'était promis.

– Ça va très bien ! souffla-t-il, avec un mélange de colère et de peine. Laisse-moi, c'est bon, je vais très bien.

Laura – Bien sûr, c'est pour ça que tu pleures et tu es tout blanc... Tu me laisses m'asseoir ?

Elle continua à appuyer sur ses genoux. Il la regarda, hésitant un moment, puis grogna et étendit les jambes, la recevant presque aussitôt dans les bras. Il ne dit plus rien ensuite, fermant les yeux en tremblant de plus belle. Il aimerait bien s'évanouir, tiens, histoire de ne plus penser à rien pendant un moment. Elle se blottit contre lui, alors qu'il tentait d'arrêter ses larmes, pour ne plus embêter personne avec ses états d'âme, pour ne plus gêner qui que ce soit. Il ne voulait pas non rajouter du soucis à la directrice, elle était assez mal comme ça. Laura releva tout à coup la tête et lui fit un bisou sur la joue. Il sursauta légèrement, pris par surprise.

Laura – Tu me dis ce qui ne va pas ? S'il te plaît ?

– J'ai peur, murmura-t-il. Du colonel...

Laura – Du colonel ? Mais il avait l'air... Qu'est-ce qu'il t'a fait ? Il t'a blessé ? Il a été méchant avec toi ?

Il secoua la tête, le cœur au bord des lèvres. Il la prit d'un coup dans ses bras et la serra contre lui avec force, les yeux fermés, ne pouvant s'arrêter de pleurer. Il finit par bafouiller que non, il ne l'avait pas blessé, qu'il lui avait juste parlé, car les militaires savaient que c'était lui, l'auteur des actes contre eux. Il lui dit juste qu'il avait été arrêté, et qu'il avait dû parler avec le militaire, avant de se taire, pleurant de plus belle. Il n'avait plus envie d'y repenser, il l'avait en horreur ! Simplement songer qu'il risquait de le croiser à la rentrée était une torture. Il renifla, essayant de calmer les battements effrénés de son cœur comme il le pouvait.

Laura – Jasper, respire, il n'est pas là. On est tous les deux, seuls, dans cette chambre. Il est à des kilomètres d'ici. Qu'est-ce qu'il t'a dit ? Pourquoi es-tu dans cet état ?

– Rien de... faux, en soi... Il est bizarre... Il a l'air de se foutre qu'on le haïsse, il dit ce qu'il pense être bon... Et je sais que ce qu'il a dit est vrai, même si ça me rend malade.

Laura – Mais qu'est-ce qu'il t'a dit, Jaz' ? Je sais déjà qu'il s'en fiche, on a bien vu sa réaction face au professeur...

– Peu importe, souffla-t-il. Ça va aller, je dois juste digérer.

Il passa une main devant ses yeux, respirant un grand coup pour se calmer, puis soupira longuement.

– Je ne peux pas être comme notre père.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Le calme avant la tempête   Ven 12 Déc - 23:28

Leur tante ne répondit pas tout de suite, ce qui fit penser à Laura qu’elle n’aurait pas dû poser cette question. Surtout devant sa famille qui voulait lui faire penser à autre chose, à Paris, aux promenades, aux enfants, à tout le reste. Sauf au Pensionnat. Mais là, sa réaction, sa fragilité, tout montrait que leur tante était vulnérable et fragile pour l’instant. Madame de Lizeux la fit même sursauter en lui posant simplement une veste sur les épaules… Et elle assurait qu’elle allait bien ? Ou pas. La directrice, dans un état pareil… Si on le lui avait dit un jour, Laura ne l’aurait pas cru. Pas elle.

Tante – Le type qui m'a... Le médecin qui travaille pour les militaires, j'ai reçu un courrier de sa part, pour m'annoncer qu'ils sont en train de transformer l'école en ce moment-même, et qu'ils voulaient que j'y participe. C'est ce qui a déclenché l'accouchement, entre parenthèses, j'étais un peu... Aucune importance. Mais l'école...

Laura ne répondit rien, le père de leur tante réagissant le premier. Il jouait avec un couteau et taillait un bout de bois qu’elle regardait, fascinée. Tellement fascinée qu’elle n’écoutait même pas ce qu’il disait, en fait… Oups. Oui, bon, qu’on l’excuse, mais la fatigue et tout le reste avaient eu raison d’elle et il lui faudrait sans doute quelques heures de calme encore pour être sur pieds. Donc… Mais ce n’était pas pour cela qu’elle devait totalement décrocher. Se ressaisissant, Laura se concentra sur la discussion en cours, entre monsieur de Lizeux et la directrice, essayant de comprendre le sujet de la conversation.

M. de Lizeux – …par exemple, laisser ton poste à un autre et rentrer chez toi, devenir femme au foyer, et t'occuper de tes bébés sans plus te soucier du pensionnat.

Tante – Femme au foyer... Moi ?! Tu me vois être femme au foyer ?

M. de Lizeux – Je sais que tu ne le feras jamais, mais laisse-moi le luxe d'essayer ! Ta mère et moi, on s'inquiète, et tes frères aussi. Avec tout ce qui se passe dans cette école... Et je ne veux pas que tu termines comme cobaye de laboratoire, que ce soit pour le bien de la France ou non ! Bon, soit, tu as épousé le frère ou le beau-frère, je ne sais plus, de ce gros connard, qui traîne son arrogance à toutes les fêtes de Paris, mais tout de même, ce serait plus raisonnable, parfois, d'abandonner.

Heu… Il savait que Jasper et elle étaient les enfants de « ce gros connard » ? Lançant un regard à son frère sans réussir à le croiser, Laura se fit toute petite, soudain mal à l’aise. Elle avait une curieuse envie de quitter la pièce pour faire… elle ne savait trop quoi. Mais voir cet homme avec un couteau à sculpter quelque chose dans du bois, alors qu’il venait de traiter leur père de « gros connard » - ce qu’elle approuvait à cent pourcent – n’était pas très rassurant. Laura priait la directrice de toutes ses forces pour qu’elle ne dise rien, juste au cas où. Déjà que c’était elle qui avait relancé le sujet, alors si ce détail était révélé…

Mais ne pas paniquer. Leur tante répondit à son père qu’elle resterait à l’école, avec ou sans militaire, ce qui n’étonna même pas Laura. A vrai dire, elle imaginait très mal la directrice du Pensionnat rester sagement dans une maison à s’occuper de ses enfants… Elle s’ennuierait comme un animal enfermé en cage, sans pouvoir bouger ou s’énerver, sans électrocuter qui que ce soit. N’importe qui le savait, à l’école. Alors, oser dire une telle chose…

M. de Lizeux – Tu comptes vraiment retourner là-bas ?

Tante – Oui.

Et ils restèrent silencieux, sans plus ajouter un seul mot. Laura avait reporté son regard sur son frère qui semblait toujours ailleurs. Quelque chose clochait, mais il lui était impossible de le demander maintenant. Attendre encore quelques minutes, le temps de pouvoir s’éclipser avec lui pour parler, ou pour se renseigner, ou… N’importe quoi, mais il n’était pas bien. Ses réflexions furent interrompues par le départ des parents de leur tante qui annonça qu’ils étaient invités chez des amis et qu’il y avait de quoi déjeuner ici. Laura se contenta de sourire sans bouger lorsqu’ils embrassèrent leur fille, les regardant partir jusqu’à ce qu’on entende la porte se refermer. Ce fut la directrice qui brisa la première le silence.

Tante – A la rentrée... Ne faites surtout pas de vague, vous avez dû être inscrit sur leur liste noire, à présent, même si je ne sais pas exactement ce qu'ils ont prévu. En attendant, Jasper, qu'est-ce que tu as ? Tu es malade ?

Laura hocha la tête avant de regarder son frère. Et elle fut frappée par son état. Il avait l’air mal en point, déprimé, choqué, ou elle ne savait trop quoi. Sans surprise, comme si elle s’y était attendue, Jasper nia tout en bloc en disant qu’il allait très bien, le marmonnant plus qu’autre chose… Et il sortit de la pièce en courant à moitié. Du moins, c’était l’impression qu’avait l’adolescente en le regardant et cela suffit à l’alarmer. Qu’il ne vienne pas dire que tout allait bien, on ne va pas bien quand on tire une tête pareille ! Ni une ni deux, Laura emboîta le pas à son grand frère, ouvrit la porte de leur chambre, et le retrouva dans le noir. Mais pas dans le lit… Non, par terre. Contre le mur. C’est bon, cette fois, elle paniquait. Qu’est-ce qu’il avait ?

Jasper – Va-t-en, Laura.

C’est ça. Il pensait sérieusement qu’elle allait le laisser tout seul, comme ça ? Il ne l’abandonnait jamais quand elle était mal, quand elle avait un coup de blues, ou même quand elle se faisait une petite égratignure de rien du tout. Alors, même pas en rêve, elle resterait à côté de lui et lui prêtait même ses vêtements en mouchoirs s’il en avait besoin. Laura se rapprocha de son frère en refusant, affirmant qu’il n’était pas bien, et se mit à genoux devant lui en appuyant sur les siens pour pouvoir s’asseoir et être à côté de lui, dans ses bras. S’il ne pouvait pas parler tout de suite, ce n’était pas grave, mais elle voulait être là. Dans le noir, Laura discernait mal ses traits mais entendit qu’il pleurait. Il pleurait… Mais, il pleurait ! Combien de fois l’avait-elle vu pleurer, dans toute sa vie ? Une fois ? Deux ? Il pleurait…

Jasper – Ça va très bien ! souffla-t-il, avec un mélange de colère et de peine. Laisse-moi, c'est bon, je vais très bien.

Laura – Bien sûr, c'est pour ça que tu pleures et tu es tout blanc... Tu me laisses m'asseoir ?

Laura avait levé les yeux au ciel même si son frère ne le voyait pas. Elle était exaspérée par sa réaction. Quand allait-il comprendre qu’ils étaient frère et sœur et que cela impliquait qu’elle resterait à ses côtés toute sa vie, qu’elle le soutiendrait, que le fait qu’il soit son grand frère ne signifiait pas qu’il était un héros qui n’a aucune faiblesse ? Laura le savait, tout cela. Ce n’était pas parce que son frère ne pleurait jamais qu’elle l’admirait, l’adorait, l’aimait et tenait à ce point à lui, mais parce qu’il était son grand frère, toujours là pour elle malgré la situation.

Appuyant sur ses genoux, la collégienne attendit qu’il la laisse s’asseoir… et sourit en constatant qu’il cédait enfin. Certes, il avait grogné, mais ses jambes étaient étendues ! Elle se blottit immédiatement dans ses bras, nichant sa tête dans son cou, le sentant trembler de plus en plus, mouillée par les larmes de Jasper. Qu’est-ce qu’il avait ? Que s’était-il passé en dehors de ce qu’ils avaient vu pour qu’il soit comme cela ? Ce n’était pas uniquement dû à l’agression de leur tante, qu’il ne vienne pas dire une telle chose. Il y avait un autre événement. Mais quoi… Laura voulait l’aider, le calmer, l’apaiser. Faire quelque chose pour qu’il n’ait plus ce poids intérieurement. Mais il n’accepterait jamais de parler. Sauf si… Bon, c’était bas, mais elle pouvait, non ? Relevant la tête, Laura donna un bisou sur la joue de son frère avant de demander :

Laura – Tu me dis ce qui ne va pas ? S'il te plaît ?

Jasper – J'ai peur, murmura-t-il. Du colonel...

Du… Du colonel ? Mais le colonel que lui avait décrit madame Robin était gentil ! D’accord, avec un sale caractère, une mission ou elle ne savait quoi qu’il devait accomplir, mais il restait gentil ! Et il était de leur côté, en plus… Alors, pourquoi en avoir peur ? Que lui avait-il fait ? Il l’avait blessé ? Puni ? Dit quelque chose d’horrible ? Se retenant de détailler son frère pour ne pas lui mettre la pression, Laura répondit :

Laura – Du colonel ? Mais il avait l'air... Qu'est-ce qu'il t'a fait ? Il t'a blessé ? Il a été méchant avec toi ?

A peine Laura eut-elle posé sa question que Jasper secoua la tête et la prit dans ses bras… Se mettant à pleurer sans pouvoir s’arrêter. Mais eh ! Qu’il parle, elle s’inquiétait vraiment là ! Que s’était-il passé ? Au bord de la panique, l’adolescente allait insister comme elle n’avait pas de réponse lorsque son frère se décida à répondre. Il bafouilla que le colonel et lui n’avaient fait que parler, que les militaires savaient que Jasper était l’auteur de leurs problèmes, qu’il avait été arrêté pour parler avec le colonel. C’était juste ça ? Mais que signifiait « parler » ?

Et Jasper pleurait de nouveau… Paniquée, Laura voulut le prendre dans ses bras, chercha des yeux un récipient pour mettre un peu d’eau, mais aussi bien le premier geste que le deuxième était impossible. Elle ne l’avait jamais vu dans un tel état… Jamais. Il lui cachait le plus important, elle le savait, et cette tendance à vouloir la protéger commençait sérieusement à l’agacer. Il était mal, enfin ! Quand allait-il se décider à lui parler ?! Etape n°1, le calmer et le rassurer, l’aider à respirer. Il avait peur du colonel, elle l’avait compris. Mais il était loin, là, donc il n’avait aucune peur à avoir.

Laura – Jasper, respire, il n'est pas là. On est tous les deux, seuls, dans cette chambre. Il est à des kilomètres d'ici. Qu'est-ce qu'il t'a dit ? Pourquoi es-tu dans cet état ?

Jasper – Rien de... faux, en soi... Il est bizarre... Il a l'air de se foutre qu'on le haïsse, il dit ce qu'il pense être bon... Et je sais que ce qu'il a dit est vrai, même si ça me rend malade.

Mais raaaah ! Laura le savait déjà, tout ça ! Le lieutenant le lui avait déjà dit, c’était son caractère, alors oui, il se fout de tout, mais c’est normal. Jasper ne lui apprenait rien du tout, là, il esquivait simplement la question. Qu’avait-il dit ? « Rien de faux », oui, mais encore ? En quoi est-il bizarre ? Si son frère pensait s’en tirer comme ça, il pouvait toujours courir… Ils étaient ici pour deux semaines, Laura aurait largement le temps de le cuisiner s’il ne se décidait pas. Elle voulait simplement l’aider.

Laura – Mais qu'est-ce qu'il t'a dit, Jaz' ? Je sais déjà qu'il s'en fiche, on a bien vu sa réaction face au professeur...

Jasper – Peu importe, souffla-t-il. Ça va aller, je dois juste digérer.

Mais digérer quoiiiii ?! Il n’allait pas s’en tirer comme ça ! Pourtant, il y croyait, vu qu’il venait de s’essuyer les yeux et de prendre une longue respiration avant de soupirer. S’il croyait s’en tirer comme ça…

Jasper – Je ne peux pas être comme notre père.

Laura – Tu ne deviendras jamais comme lui, répondit-elle immédiatement.

Jasper – C'est possible.... Ou pire, comme le colonel.

Pire que leur père ? Mais… Laura ne comprenait même pas pourquoi Jasper disait une telle chose. Que lui avait dit le colonel ? Pourquoi réagissait-il de cette manière ? Oui, ils avaient parlé, mais pour dire quoi ? Peu importe qu’il veuille la préserver, elle ne le lâcherait pas. Elle n’avait plus dix ans ! Et, en regardant la situation actuelle, le Pensionnat, les problèmes, elle n’était plus aussi innocente qu’avant. D’accord, peut-être serait-elle choquée, mais il ne pourrait pas la préserver éternellement. Soupirant, Laura rajouta en regardant son frère dans les yeux – plus facile maintenant que ses yeux s’étaient habitués au noir :

Laura – Pire ? Mais… Bon, Jasper, explique-moi. Je ne te comprends pas. En quoi serais-tu pire que notre père et en quoi serait-ce « comme le colonel » ? Que t’a-t-il dit ?

Laura fit une pause, cherchant ses mots. Elle voulait faire comprendre à son frère qu’il ne l’effraierait pas, qu’elle pouvait tout comprendre, qu’il ne pouvait pas juger pour elle. Elle était là pour lui, quoi qu’il pense, et ne voulait pas l’abandonner. Laura demanda d’une petite voix triste :

Laura – Pourquoi ne me fais-tu pas confiance ? Jasper… Je sais que je suis ta petite sœur, mais ça ne signifie pas que tu ne peux pas être plus faible à un moment ou à un autre. Je veux être là, moi aussi. Etre là pour toi, pour t’aider, pour que tu ne sois pas tout seul. Tu es toujours là pour moi, tu veux toujours que je te dise ce qui ne va pas… Et tu ne me laisses même pas mentir, dit-elle avec un sourire. Alors, tu veux bien m’expliquer ? S’il te plaît…

Oui, c’était du chantage. Oui, peut-être était-ce encore un coup bas de sa part. Mais, très sincèrement, Laura avait-elle un autre choix ? Son frère lui répondit, peut-être sans tout lui dire, mais il lui répondit, c’était un début.

Jasper – Je vais avoir seize ans. C'est l'âge où un don bouge. Et c'est bon pour eux, s'ils veulent recruter. Depuis très longtemps.

Laura – Mais si tu ne veux pas ? Ce n’est pas la faute du colonel, en plus, alors je ne vois pas pourquoi il te fait si peur… Tu ne seras pas comme notre père si tu ne veux pas être dans l’armée, ils ne gardent pas ceux qui ne le veulent pas.

Et ça, Laura en était certaine. C’était la militaire qui le lui avait certifié, comme elle était terrorisée, comme elle s’était inquiétée pour son frère au point de lui mentir.

Jasper – Il me fait peur parce qu'il n'hésite pas ! Pour rien. Car il manipule les gens comme moi je respire. Et parce qu'il est...

Parce qu’il est ? L’adolescente attendit, ne voulant pas interrompre son frère, pour une fois qu’il parlait. Son frère poussa un soupir avant de reprendre, alors qu’elle le regardait toujours, essayant d’assimiler ce qu’il lui disait. Il manipule les gens, il n’hésite pas… Oui, ça, Laura l’avait compris vu qu’il avait un don en étant si bien placé dans l’armée. Et il les aidait, eux, alors qu’il était dans le camp adverse. Mais Jasper non plus, n’hésitait pas…

Jasper – Lui-même a aussi une ascension comme notre père. Et ce qui se prépare, ça sent mauvais. Tous ces gens, à Gray, ils ne sont pas là par hasard.

Laura grimaça dans le noir, même si elle se doutait de toute cette histoire. Madame Robin l’avait prévenue en disant que les choses allaient changer, et elle-même savait qu’il se passait quelque chose là-bas depuis qu’elle avait vu tous ces papiers, depuis qu’elle avait entendu son frère parler, les rumeurs, les médicaments… Non, les gens n’étaient pas à Gray par hasard, mais ce n’était pas une surprise. Une ascension comme leur père… Donc il était comme… Oui, mais Jasper ne voulait pas entrer dans l’armée. Le colonel, lui, si. Pour échapper à sa famille. En cela, ils étaient différents. Faisant la moue, Laura répondit :

Laura – Je sais… On s’en doutait, toi-même, tu le dis depuis le début. Mais je ne comprends pas ce qui t’effraie à ce point-là… Toi non plus, tu n’hésites pas, tu fonces, même si ça t’a attiré des ennuis. Peut-être que le colonel a… des ressemblances avec toi, mais il faut voir pourquoi il est entré dans l’armée.

Laura se mordit les lèvres, voulant rassurer Jasper, lui montrer que le colonel et lui ne se ressemblaient pas autant qu’il le pensait. Il lui avait parlé, comme le lieutenant l’avait conseillé à la collégienne, donc c’était déjà un début, non ? Seulement, si elle-même voulait le consoler, faire en sorte qu’il ne panique plus comme il le faisait, elle devait lui dire pour sa discussion. Pour tout ce qu’elle savait. Cela l’aiderait… Du moins, elle l’espérait. Se blottissant dans les bras de son frère, Laura resta silencieuse un moment puis l’appela d’une petite voix et dit :

Laura – Je ne veux pas que tu t’énerves. Mais je veux que tu saches que si j’ai fait ça, c’est pour t’aider. Parce que je m’inquiétais, pour les mêmes raisons que toi maintenant, commença-t-elle. Et si je te le dis, c’est parce que je veux te rassurer, et je ne veux pas te mentir. Donc laisse-moi parler, tu hurleras après si tu veux.

Laura savait que ce n’était pas la meilleure manière du monde pour commencer une discussion aussi délicate, mais tant pis. Elle voulait que son frère réalise que non, elle n’était pas aussi fragile qu’il le pensait, qu’il ne devait pas la ménager, qu’elle pouvait se débrouiller s’il le fallait. En d’autres mots, qu’il ne prenne pas tout pour lui lorsqu’elle est coupable aussi. Sans se dégager de ses bras, préférant ne pas le regarder dans les yeux pour l’instant, Laura reprit :

Laura – Je… J’ai parlé au lieutenant Robin, la femme de l’équipe. Elle m’a raconté une partie de la vie du colonel, pour me rassurer. Et je peux t’assurer que le colonel et toi ne vous ressemblez pas tant que ça. Enfin, moins que prévu. Il est entré dans l’armée pour échapper à son père et veut nous aider, il a même demandé à madame Robin de… de le tuer si jamais il déviait de son chemin. Son père le battait à cause de son don, donc pour ça, oui, vous êtes… Enfin, plus ou moins. Mais lui veut entrer dans l’armée, à la différence de toi.

Laura s’interrompit un bref instant, rassemblant toutes les informations qu’elle avait eues lors de cette discussion et qui pouvaient aider Jasper à se calmer, se rassurer, à y voir plus clair sans être terrorisé à l’idée de ressembler au colonel. Oui, il y avait des ressemblances… Mais pas que.

Laura – Je le sais parce que… Je… J’avais peur que tu entres dans l’armée. J’ai demandé à madame Robin si quelqu’un qui ne veut pas y entrer reste là-bas, elle m’a dit que non. Il faut vouloir servir le pays. C’est pour ça que le colonel se fait haïr et se montre comme ça… Il peut agir dans l’ombre, sans qu’on ne le soupçonne. Mais il est bien obligé d’exécuter les ordres…

Laura se redressa pour affronter le regard de son frère et terminer en le regardant dans les yeux pour lui prouver que, non, elle ne regrettait en aucun cas sa « désobéissance ». Si elle était amenée à le refaire pour être rassurée et pour être sûre qu’il ne risquait rien, elle le ferait. Parce qu’au final, la collégienne s’en était bien tirée, sans une seule égratignure, rien du tout. Alors il ne devait pas être en colère, n’est-ce pas ?

Laura – Je sais que tu es furieux… Mais si j’ai fait ça, c’était pour en apprendre plus sur le colonel. Je veux t’aider et ne pas être un poids pour toi, contre les militaires. Ces… Ceux qui… Je regrette de ne pas avoir pu faire plus pour te couvrir quand ils m’ont frappée et je voulais t’aider. Je suis ta petite sœur mais tout le monde a besoin de quelqu’un pour se battre. Tu nous as, Antoine et moi, comme le colonel a son équipe. Et crois-moi, sans le lieutenant, il ne serait pas là où il est maintenant…

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Jasper K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Le calme avant la tempête   Mar 30 Déc - 12:19

Laura – Tu ne deviendras jamais comme lui.

– C'est possible.... Ou pire, comme le colonel.

Il ne savait pas ce qui serait le pire, tant il avait du mal à cerner le colonel. Devait-il être impressionné, le haïr, avoir peur ? Que devait-il penser de lui ? Ou non, la question était plutôt que pouvait-il bien en penser ? Et comment se décider ? Comment faire ? Laura croyait qu'il ne pouvait pas ressembler à son père, mais aujourd'hui, il crevait les yeux que si. Pire, il lui ressemblait déjà, depuis des années, sans même s'en rendre compte. L'évidence lui prenait à la gorge, maintenant qu'il prenait le temps d'y réfléchir sérieusement. Son attitude, ses gestes, son comportement, ses paroles, ses façons de faire. L'engrenage était bien lancé, il était pris dedans, plus de moyens de s'en tirer. Il devait jouer avec tout ça, apprendre les nouvelles règles du jeu avant qu'il ne soit trop tard.

Laura – Pire ? Mais… Bon, Jasper, explique-moi. Je ne te comprends pas. En quoi serais-tu pire que notre père et en quoi serait-ce « comme le colonel » ? Que t’a-t-il dit ?

Oh, d'arrêter de se comporter comme un enfant, tout simplement. De se servir de son cerveau avant de passer à l'attaque. Simple, non ? Mais pas pour tout le monde... Jasper était très impulsif et régissait par instinct, sous le coup de ses émotions et ressentis. Il n'était pas un grand stratège, détestait perdre trop de temps, comme Antoine, à monter des plans compliqués là il suffisait de foncer et d'improviser. Oui, d'accord, l'improvisation n'était pas toujours la meilleure des solutions, mais il n'avait pas fait d'études pour devenir un bon stratège militaire, navré.

Laura – Pourquoi ne me fais-tu pas confiance ? Jasper… Je sais que je suis ta petite sœur, mais ça ne signifie pas que tu ne peux pas être plus faible à un moment ou à un autre. Je veux être là, moi aussi. Etre là pour toi, pour t’aider, pour que tu ne sois pas tout seul. Tu es toujours là pour moi, tu veux toujours que je te dise ce qui ne va pas… Et tu ne me laisses même pas mentir, dit-elle avec un sourire. Alors, tu veux bien m’expliquer ? S’il te plaît…

– Je vais avoir seize ans. C'est l'âge où un don bouge. Et c'est bon pour eux, s'ils veulent recruter. Depuis très longtemps.

Laura – Mais si tu ne veux pas ? Ce n’est pas la faute du colonel, en plus, alors je ne vois pas pourquoi il te fait si peur… Tu ne seras pas comme notre père si tu ne veux pas être dans l’armée, ils ne gardent pas ceux qui ne le veulent pas.

Les militaires normaux, peut-être. Mais Jasper, selon ce qu'il avait compris, ne serait pas un soldat "comme les autres", il n'entrera pas dans le cycle habituel. Il sera une sorte de... de... de garde en plus, une section spéciale de l'armée, composée de personnes lui ressemblant, adultes comme plus jeunes. Des personnes possédant un don ayant atteint un certain niveau, un degré de maturité qui intéressait l'armée. Il était loin d'être le seul, mais il faisait parti du noyau qui s'acharnait et refusait de se laisser faire. Quels avantages pouvaient trouver les jeunes et adultes qui acceptaient tout de leur plein gré ? Le statut social ? la protection ? L'argent ? Ou bien le pouvoir ? C'était peut-être ça. Une question de pouvoir. Augmenter le sien, grâce à l'armée, et devenir une sorte d'arme humaine, toujours plus puissante. Quand au colonel... Il était...

– Il me fait peur parce qu'il n'hésite pas ! Pour rien. Car il manipule les gens comme moi je respire. Et parce qu'il est...

Une arme humaine lui-même ? Ou faisait-il semblant de l'être ? Essayait-il de le manipuler ou se préoccupait-il vraiment des personnes qui étaient comme lui ? Tout était envisageable, à ce stade ! Il pouvait très bien se servir de lui, lui faire croire qu'il était de son côté, alors qu'il œuvrait bel et bien au profit de l'armée. Et lui aussi ressemblait au général. Même si Jasper ne connaissait pas grand-chose au fonctionnement interne de l'armée, il était néanmoins conscient qu'être déjà Général aussi jeune était très exceptionnel. Tout comme il était incroyable que le colonel le fut déjà, à son âge.

– Lui-même a aussi une ascension comme notre père. Et ce qui se prépare, ça sent mauvais. Tous ces gens, à Gray, ils ne sont pas là par hasard.

En combien de temps les militaires "cassaient" une personne qui ne voulait pas leur obéir de suite ? En combien de temps pouvaient-ils briser une personne ? Et surtout, comment s'y prenaient-ils pour augmenter artificiellement la puissance d'un pouvoir ? Il se doutait que ce devait être très dangereux, autant pour la personne possédant le don que pour l'entourage. Un don mal contrôlé et naturel était déjà très dangereux. Mais un don qui avait été modifié, de cette façon, qu'est-ce que cela donnait ? Certains élèves participaient déjà, il le savait, mais pouvait-on les repérer grâce à leur pouvoir ? Il avait beau réfléchir, il n'arrivait pas à voir qui pourrait être à la botte du Gouvernement.

Laura – Je sais… On s’en doutait, toi-même, tu le dis depuis le début. Mais je ne comprends pas ce qui t’effraie à ce point-là… Toi non plus, tu n’hésites pas, tu fonces, même si ça t’a attiré des ennuis. Peut-être que le colonel a… des ressemblances avec toi, mais il faut voir pourquoi il est entré dans l’armée.

Qu'il y soit entré de gré ou de force importait peu, maintenant. Ce qui comptait, c'est ce qu'il fichait aujourd'hui, et où allait son allégeance. Jasper devait savoir s'il fallait, oui ou non, le considérer comme un ennemi. C'était vital, au vu de la situation actuelle, et il ne pouvait plus se permettre de faire la moindre erreur. Ce qui s'était passé avec la directrice... Et s'ils le tenaient déjà ? Ce type lui avait-il injecté autre chose, en plus de la drogue ? Qu'allait-elle faire, avoir ? D'autres présentaient des symptômes bizarres... Dimitri, et aussi Adrien, bien que le jeune homme ne sache pas si tout était dû à ses problèmes avec la hyène. Et le temps qu'il s'en assure, il sera sûrement trop tard.

Laura rajouta quelque chose, mais il revint à la réalité qu'après un temps d'arrêt et ne comprit pas ce qu'elle dit. Il était bien trop soucieux en imaginant les conséquences de toute cette histoire. Le colonel ne lui avait pas vraiment sur quoi ils se basaient pour juger qui fera parti ou non de leur "groupe". Qui était assez puissant à leurs yeux et pourquoi ? Bon, d'accord, pour la directrice, il ne fallait pas chercher trop loin pour comprendre. Elle était puissante, et l'avait prouvé bien des fois. Mais lui ? Il avait de bons résultats en cours d'élément, mais des élèves plus âgés se débrouillaient bien mieux que lui. Quels étaient les critères pour déterminer le potentiel de chacun ? Le Pensionnat ne lui avait jamais paru si incertain et si peu sécurisant... Il l'avait toujours adoré, adoré sa scolarité là-bas, et aujourd'hui, il avait peur d'y retourner.

Laura – Je… J’ai parlé au lieutenant Robin, la femme de l’équipe. Elle m’a raconté une partie de la vie du colonel, pour me rassurer. Et je peux t’assurer que le colonel et toi ne vous ressemblez pas tant que ça. Enfin, moins que prévu. Il est entré dans l’armée pour échapper à son père et veut nous aider, il a même demandé à madame Robin de… de le tuer si jamais il déviait de son chemin. Son père le battait à cause de son don, donc pour ça, oui, vous êtes… Enfin, plus ou moins. Mais lui veut entrer dans l’armée, à la différence de toi.

Elle avait... parlé... à cette femme... sans même savoir ce qui se tramait ! Il fronça les sourcils, la colère venant se mêler avec joie aux émotions qui l'étouffaient déjà depuis deux jours. Elle avait été lui parler alors qu'elle ignorait ce qui se tramait vraiment ? Alors qu'elle ne pouvait pas être sûre qu'on lui raconte la vérité ? Alors que le lieutenant et le colonel pouvaient très bien tous les manipuler ?!

Laura – Je le sais parce que… Je… J’avais peur que tu entres dans l’armée. J’ai demandé à madame Robin si quelqu’un qui ne veut pas y entrer reste là-bas, elle m’a dit que non. Il faut vouloir servir le pays. C’est pour ça que le colonel se fait haïr et se montre comme ça… Il peut agir dans l’ombre, sans qu’on ne le soupçonne. Mais il est bien obligé d’exécuter les ordres…

Elle se redressa, alors qu'il essayait vainement de contenir sa colère. Si lui se comportait comme un enfant, alors comment pouvait-on qualifier le comportement de sa sœur ? Comment ?! Il n'en revenait pas de voir une telle naïveté, c'était bien trop inconcevable, jamais il n'aurait pu croire cela d'elle ! Il croyait qu'elle avait mûrit, grandit, mais définitivement non, elle était beaucoup trop naïve et inconsciente pour se rendre compte dans quoi elle se fourrait ! Et après il faudrait qu'il lui confie tout ça ? Ah ! Si c'était pour qu'elle se fourre dans des ennuis beaucoup trop gros pour elle, des clous !

Laura – e sais que tu es furieux… Mais si j’ai fait ça, c’était pour en apprendre plus sur le colonel. Je veux t’aider et ne pas être un poids pour toi, contre les militaires. Ces… Ceux qui… Je regrette de ne pas avoir pu faire plus pour te couvrir quand ils m’ont frappée et je voulais t’aider. Je suis ta petite sœur mais tout le monde a besoin de quelqu’un pour se battre. Tu nous as, Antoine et moi, comme le colonel a son équipe. Et crois-moi, sans le lieutenant, il ne serait pas là où il est maintenant…

– Et je peux savoir comment tu peux être sûre q'elle ne t'a pas menti ni manipulé ? s'écria-t-il en se redressant, s'éloignant d'elle. Enfin, Laura ! Je te croyais plus mature que ça ! Ou au moins plus responsable ! Ça t'aurait tué de vérifier avant de faire une connerie ?! Tu crois vraiment que les règles normales de l'armée vont s'appliquer à nous ?!

Il poussa un soupir exaspéré, se frottant les yeux puis les tempes. Ne pas crier, ne pas crier, ne pas crier... Rester calme, respirer, même s'il était furieux, reprendre son souffle, se poser. Trop difficile pour le moment. Il frappa le mur d'un coup de poing pour évacuer sa colère, la tête baissée et le souffle court.

– Même si je ne veux pas entrer dans l'armée... On ne sera pas dans une troupe régulière. Une troupe qui existe déjà, Laura, depuis longtemps ! Des élèves du pensionnat en font partis. Peut-être même des professeurs ! Et on ne sait pas qui, ni depuis combien de temps. Comment peux-tu être sûre que le Colonel ne travaille pas pour former et entraîner ce fameux groupe ? Et attraper tous ceux qu'ils jugent apte à y entrer ? Tu crois peut-être qu'à trois, on a la moindre chance de se défendre, si on continue comme avant ?!

Il s'interrompit pour se relever, respirant plus vite, puis entendit des cris de bébés monter de la chambre d'à côté. Il avait dû réveiller les enfants... Presque aussitôt, des pas se firent entendre dans les escaliers et la voix de leur tante s'éleva, lorsqu'elle rassura ses enfants. Il eut un regard perdu, vacillant légèrement. Elle était déjà prise dans leurs filets. Peut-être portait-elle déjà leurs "produits" dans son sang... Et peut-être même dans celui de ses bébés. Il s'appuya contre le mur avec un immense soupir, une main sur les yeux.

– Et le pire, c'est que je ressemble bel et bien à notre père. On n'est pas des adultes, pas encore, et on n'a pas été formés à ça ! C'est juste ridicule... Comment la directrice va faire pour protéger l'école ? Ils ne lui ont pas injectés que de la drogue, c'est évident.

Il marcha jusqu'à la porte, l'entrouvrant légèrement. Il entendait leur tante, finalement très proche, qui rassurait ses enfants. Oui, qu'allait-elle faire, à présent ?

– Et toi, ma très chère sœur, tu es priée à l'avenir de réfléchir avant de faire des conneries.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Le calme avant la tempête   Dim 4 Jan - 0:07

Jasper – Et je peux savoir comment tu peux être sûre qu’elle ne t'a pas menti ni manipulé ? s'écria-t-il en se redressant, s'éloignant d'elle. Enfin, Laura ! Je te croyais plus mature que ça ! Ou au moins plus responsable ! Ça t'aurait tué de vérifier avant de faire une connerie ?! Tu crois vraiment que les règles normales de l'armée vont s'appliquer à nous ?!

Laura pinça les lèvres, s’attendant à ce que Jasper soit furieux. Il avait poussé un soupir pendant qu’elle-même ne bougeait pas, restant immobile à l’endroit où elle était quelques instants auparavant. Il était furieux, oui, mais ça allait passer. Peut-être avait-elle pris un risque, d’accord, mais qu’avaient-ils comme autre solution ? En plus, le lieutenant n’allait rien lui faire, pas en plein jardin ! Pourquoi Jasper refusait-il l’aide et les informations qu’on lui apportait ? Pour une fois qu’elle arrivait à faire quelque chose, à l’aider plutôt qu’à l’enfoncer !

Depuis le début, Laura avait l’impression d’être un boulet, le point faible de son frère qui le faisait plier à coup sûr. Et maintenant, Jasper lui reprochait d’avoir tenté quelque chose… Mais il n’était pas le seul à vouloir se battre ! Pas le seul à pouvoir riposter, se rebeller, chercher des informations ! En gros, lui avait le droit de se mettre en danger, de risquer sa liberté tous les jours sans écouter Laura mais elle-même n’avait pas le droit de parler à quelqu’un ? Elle était sûre que le lieutenant Robin était de leur côté ! Pourquoi Jasper refusait-il de faire confiance en sa propre sœur ?!

Son frère frappa tout à coup dans le mur d’un coup de poing, la faisant sursauter. Bon… D’accord, il était furieux. Elle l’avait déjà énervé, mais à ce point-là ? Peut-être pas… Mais cela ne changeait rien. Laura ne céderait pas comme elle en avait l’habitude, elle savait qu’elle avait pris des risques, mais elle ne pouvait pas se contenter de rester sagement dans son coin sans rien faire alors qu’ils n’avaient pas grand monde derrière eux. La gorge serrée, partagée entre l’envie de hurler ce qu’elle pensait à son tour et l’envie de pleurer en voyant l’état de colère de son frère, Laura se contenta de garder la tête baissée sans rien dire.

Jasper – Même si je ne veux pas entrer dans l'armée... On ne sera pas dans une troupe régulière. Une troupe qui existe déjà, Laura, depuis longtemps ! Des élèves du pensionnat en font partie. Peut-être même des professeurs ! Et on ne sait pas qui, ni depuis combien de temps. Comment peux-tu être sûre que le Colonel ne travaille pas pour former et entraîner ce fameux groupe ? Et attraper tous ceux qu'ils jugent apte à y entrer ? Tu crois peut-être qu'à trois, on a la moindre chance de se défendre, si on continue comme avant ?!

Mais elle n’avait jamais dit qu’ils y arriveraient à trois ! Est-ce que Jasper l’écoutait, parfois, ou pas ?! Le Colonel n’allait jamais former une telle troupe de sa propre initiative, il serait incapable de faire une telle chose ! D’accord, il était odieux, mais de là à faire ça… Non. Non, elle ne le croyait pas. C’était précisément à cause de leur nombre que Laura voulait réagir, agir plus doucement, comme le Colonel, sans se montrer comme ils l’avaient fait jusqu’ici. Maintenant que des élèves aidaient les militaires, c’était beaucoup plus dangereux, elle l’avait vécu récemment et ne voulait pas que cela se reproduise. Raison pour laquelle la collégienne comptait demander au sous-directeur s’il n’y avait pas des cours pour apprendre à se défendre, d’ailleurs.

Laura allait répondre, riposter, rajouter ce « détail » lorsqu’elle entendit des cris de bébés dans la pièce voisine, suivis des pas de leur tante. Bah voilà, en frappant ainsi contre le mur, Jasper avait réveillé les jumeaux… Mais elle ne pouvait pas le lui reprocher puisqu’il ne s’agissait que de sa faute. Peut-être aurait-elle dû dire les choses autrement, d’une manière plus douce, plus lente ou… Peu importe, autrement qu’ici vu la réaction de son frère. Ayant redressé la tête pour tendre l’oreille, juste au cas où il y avait eu un problème, Laura avait réprimé son envie de parler et Jasper put reprendre la parole, appuyé contre le mur.

Jasper – Et le pire, c'est que je ressemble bel et bien à notre père. On n'est pas des adultes, pas encore, et on n'a pas été formés à ça ! C'est juste ridicule... Comment la directrice va faire pour protéger l'école ? Ils ne lui ont pas injecté que de la drogue, c'est évident.

Laura frissonna, préférant oublier cet épisode. Elle ne comprenait pas en quoi Jasper ressemblait à leur père, pourquoi il disait cela alors qu’il faisait tout pour ne pas lui ressembler. Son frère n’était pas comme lui, il ne frappait pas les gens, n’était pas prétentieux, ne traitait pas les femmes comme des moins que rien. Il était impulsif, protecteur, un peu borné c’est vrai, mais autrement ? Non, définitivement, Laura ne voyait pas en quoi Jasper et leur père se ressemblaient.

Quant à la directrice… Elle ne savait pas. Avec tout ce que leur tante avait subi jusqu’à présent, vu son état mental et physique, Laura ignorait totalement comment ils allaient faire pour protéger l’école. D’accord, il y avait leur professeur d’arts martiaux, monsieur Nakajima, et puis sans doute leurs professeurs, certains du moins, qui soutiendraient leur collègue et l’aideraient. Mais cela allait-il suffire ? Aucune idée. Jasper marcha jusqu’à la porte pour l’entrouvrir et on entendit la voix de la directrice, non loin de leur chambre.

Jasper – Et toi, ma très chère sœur, tu es priée à l'avenir de réfléchir avant de faire des conneries.

Laura – Ce n’était pas une connerie, répondit-elle immédiatement.

Peut-être cette réponse allait-elle énerver Jasper, mais Laura persistait à croire qu’elle avait eu raison et que le lieutenant Robin ne lui aurait rien fait. Si son frère n’avait pas confiance aux militaires, d’accord, pas de problème, mais qu’il lui fasse au moins confiance à elle ! Ils étaient frère et sœur, oui ou non ? Laura lui faisait bien confiance, chaque fois qu’il était sorti, qu’il avait recherché des informations ou autre. Il s’était même fait prendre plusieurs fois, et pourtant, la collégienne gardait confiance en son frère. Mais lui, non. Juste parce qu’elle était jeune, Laura devait rester sagement dans son coin pour rester entière. Eh bien, non !

Laura – Je t’aime. Vraiment, je t’aime Jasper, tu es mon grand frère et je te fais confiance, une confiance aveugle. Mais j’aimerais que tu me fasses confiance, toi aussi. Oui, je suis plus jeune, je suis plus petite, je sais que tu resteras surprotecteur avec moi à jamais… Mais par pitié, je te demande juste de me faire confiance !

Laura regardait Jasper, les bras le long du corps, déterminée à dire ce qu’elle pensait. Elle voulait l’aider, arrêter d’être un boulet, elle voulait participer à tout cela et non plus se terrer dans l’ombre comme d’autres professeurs qui avaient peur – simple exemple : leur professeur de maths. Elle voulait agir !

Laura – Je ne te demande pas de m’envoyer dans le camp des militaires, « sur le terrain », ou de m’envoyer faire des choses dangereuses. Je sais que ce serait trop… Mais je veux aider. Toi, tu as peur quand il m’arrive quelque chose. Ici, si tu avais su que j’étais partie retrouver cette femme, tu aurais été terrorisé. Mais moi, à chaque fois que tu sors pour chercher des informations, à chaque fois que tu es parti mettre des bâtons dans les roues des militaires, je n’ai rien dit. J’avais peur, oui, mais je te faisais confiance ! Donc je ne t’ai jamais empêché d’y aller, parce que je sais que l’on doit se bouger. Et pourtant, j’aurais pu… Avec tout ce qui t’est arrivé, jusqu’ici, les occasions ne manquaient pas.

L’adolescente fit une pause sans baisser les yeux, consciente que ce qu’elle disait en cet instant allait passer ou casser. Si cela échouait, si Jasper ne changeait pas d’avis, elle le ferait quand même et mènerait ses enquêtes et apprendrait à se défendre toute seule, en cachette, pour ne donner ce qu’elle aurait trouvé que par après. A partir de là, elle aiderait son frère même s’il ne le voulait pas.

Laura – Tu as dit toi-même qu’on n’y arrivera pas à trois. Alors arrête de me ménager ! Je vais apprendre à me défendre pour ne plus être une entrave, pour vous aider, et tu pourras moins t’inquiéter pour moi si j’arrive à me défendre. Je ne te demande pas de ne plus jouer ton rôle de grand frère, Jaz… Juste d’accepter de l’aide. Tu es à bout de nerfs, je le vois, et je veux t’aider. Mais on n’y arrivera pas si on ne reste pas soudés, ensemble.

Joignant le geste à la parole, Laura s’était rapprochée timidement pour attraper la main de son frère, priant pour qu’il se calme. Elle voulait l’aider. Juste l’aider. Elle ne demandait pas un grand rôle, elle ne voulait pas non plus perdre son frère, mais elle voulait faire quelque chose de plus constructif.

Laura – Si tu as si peur pour moi, apprends-moi ce que tu sais. Comment savoir si on peut se fier ou non à quelqu’un, comment se cacher… Je t’écouterai, promis ! Au moins à mon échelle. Mais je veux t’aider. Je peux le faire, je suis ta sœur, alors je veux être utile et ne pas regarder les militaires nous prendre tout ce qu’il nous reste. Le Pensionnat est notre seul véritable foyer, je veux me battre avec toi.

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