1932. La Guerre Civile est déclarée ! Une spirale de violence s'engage dans un Etat totalitaire.
 
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 If only you knew...

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Estelle Martin
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Estelle Martin

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MessageSujet: If only you knew...   If only you knew... EmptySam 7 Juil - 16:52








Mademoiselle,



Je me permets de vous écrire aujourd'hui pour vous demander s'il vous plairait que nous puissions tous deux lier connaissance. Nouveaux collègues à présents, nous allons bientôt être accaparés par le travail dans ce pensionnat et par le Devoir, pour la France. Ainsi, avant que tout ne reprenne à pleine vitesse, je me demandais si vous accepteriez que nous allions nous promener un peu dans ce domaine, aujourd'hui, et discuter.

Si cela vous agréé, je vous invite donc à nous retrouver cet après-midi à 16 heures dans le hall de l'école, puis aller ensuite nous promener sous la fraîcheur des arbres. Si cette invitation vous ennuie, inutile d'y prêter attention, je peux très bien le comprendre. Je ne suis qu'une personne cherchant à s'intégrer dans cette nouvelle épique, je ne veux importuner personne.

Je sais bien que les enfants ont déjà investis pas mal de lieux, en attendant la rentrée de demain, mais ceci ne devrait pas être gênant. Le domaine est très grand, nous pourrons nous balader là où les jeunes gens de l'école ne viendront pas courir et ne pas être dérangés. Et sans gêner l'installation des petits commerces que montent nos confrères et consœurs dans le domaine.

A bientôt, peut-être, mademoiselle.

Nicolas Marcoh

©️ Jawilsia sur Never Utopia



Estelle relut plusieurs fois la lettre avec étonnement, la retournant ensuite comme si elle s'attendait à voir "C'était une blague !" au verso. Elle avait bien sûr déjà vu son nouveau collègue cette semaine, dans la salle des professeurs ou au détour d'un couloir, depuis leur arrivée ici, mais elle en s'était pas attendue à ce qu'il lui glisse cette lettre sous sa porte, tôt ce matin. Debout dans la cuisine, un tablier protégeant sa robe, elle relut encore la courte missive en se demandant pourquoi Nicolas l'invitait tout à coup, et de cette façon, alors qu'il devrait faire connaissance avec tout le monde de manière plus approfondie, pas juste elle. Enfin, pourquoi pas, après tout ? Elle avait déjà prévu de faire garder ses enfants, cet après-midi, pour pouvoir travailler une dernière fois sur ses cours de rentrée, mais rien ne l'empêchait de prendre cette pause à seize heures. Leur nouveau collègue avait l'air agréable, en plus de ça, ce n'était pas plus mal d'effectivement se rapprocher des membres de leur nouvelle équipe. Elle replia la lettre puis la posa non loin, sur le plan de travail, avant de terminer de faire la vaisselle puis l'essuyer.

Lorsque l'heure approcha, elle se changea pour mettre une robe plus chaude, ils n'étaient qu'au mois de janvier après tout, puis son manteau, un chapeau léger toujours sur la tête, avec les cheveux attachés lorsqu'elle sortait dehors. Nouvelles lois ou non, nouvelles conventions ou pas, elle avait été élevée ainsi et respectait la façon dont les femmes devaient s'habiller, pour sortir et se déplacer. C'était juste une question de respect, à ses yeux, le respect de la société et des autres, attention à ne pas faire n'importe quoi. Elle avait des principes. En arrivant dans le hall de l'école, elle adressa un petit signe de main à Nicolas avant de s'approcher, le saluant avec son sourire habituel. Elle esquiva de justesse deux élèves de onze et douze ans qui se poursuivaient en courant et riant. Un des deux cria "pardon madame !" avant de disparaître au loin avec son ami. Les enfants... Ici, ils seront plus heureux, elle n'en doutait pas. le domaine était bien protégé du monde extérieur, plus rien ne pouvait les atteindre.

Estelle – Beaucoup doivent être occupés à explorer tous les coins possibles, sourit-elle, attendrie.

L'air frais du domaine lui arracha un petit frisson, il avait neigé encore récemment et le vent ne tombait que rarement, dans cette région. Mais c'était si beau... La forêt, car on pouvait vraiment appeler ça une forêt, qui les accueillait dès la porte franchie, la neige scintillante sur les arbres et qui craquait sous leurs pas, les enfants qu'on voyait aussi se promener un peu partout et qui découvraient le domaine. Parfois, ils entendaient des bruits plus loin, les entraînements des adultes... C'était étrange, d'être ici, après tant d'années à Gray, même si elle ne regrettait pas du tout de s'éloigner de tout ce stress. Pour ses enfants et elle-même, c'était une nouvelle vie sans avoir à craindre le danger en permanence, dès que l'on sortait de chez soi. Elle ne voulait pas que ses fils soient exposés à la guerre, aux menaces et à la peur, ils étaient si petits ! Elle lança un regard curieux à Nicolas, qui marchait à côté, la tête débordante de questions.

Estelle – Dites-moi donc, d'où venez-vous ? Et que faisiez-vous avant d'être pris dans la Résistance ?

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Nicolas Marcoh
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MessageSujet: Re: If only you knew...   If only you knew... EmptyDim 8 Juil - 12:16

– Passent les années dures et grises à servir, chantonna Nicolas pour lui-même tout en prenant sa douche. Une vie de peines et si peu de plaisirs. Mais ce trouble-là brûlant ses souvenirs…

La sonnerie de son réveil le tira de sa petite chanson et il se souvint qu’il l’avait programmé pour lui rappeler qu’il devait garder une bonne heure pour terminer sa préparation de rentrée, avec les classes des petits, en primaire. Il coupa l’eau puis tâtonna pour attraper sa serviette, se séchant avec rapidité avant d’aller s’habiller. Une fois prêt, il s’assit au bureau de son petit appartement dans le salon, repoussant d’abord les nombreuses lettres entamées et qu’il ne terminera sans doute jamais, à l’attention de sa mère, pour se mettre au travail. Il n’y aura pas beaucoup d’enfants, il comptait faire des groupes, en fonction des âges et des facultés, pour travailler au mieux. Ce sera un peu particulier, comme année scolaire, enfin, il valait mieux ça qu’être mort, pas vrai ? Près tout, on ne choisit pas l’époque dans laquelle on vit, il faut juste s’adapter.

Après cette heure de travail, il reprit les lettres débutées et les parcourut assez vite du regard, en modifiant parfois certaines d’un ou deux mots, les laissant de nouveau ensuite. Si sa mère arrivait à ne pas être trop soûle pour réussir à les lire en entier, arrivera-t-elle à répondre ? Ou en aura-t-elle envie ? La lettre mettra certes longtemps à parvenir, à cause des règles de sécurité, mais là n’était pas le problème. Nicolas n’avait jamais vraiment compté, à ses yeux. Il était le fils du « raté » qu’elle avait épousé et donc un raté lui aussi. Un loupé de plus dans la vie parfaite qu’elle s’était longtemps imaginé et qui lui avait échappé. Elle serait bien plus heureuse s’il lui envoyait une bouteille de porto à la place d’une lettre. Comme si l’alcool servait vraiment à arranger les problèmes ! Ça en rajoutait, rien de plus.

Son père lui avait fait parvenir un petit colis, récemment. Une longue lettre, une photo d’eux deux, sa mère tirant bien sûr sa mauvaise tête dessus, une montre qu’il avait acheté peu de temps avant son mariage et que Nicolas portait maintenant au poignet, et enfin, un petit carnet où il pourra glisser les photos des personnes qu’il aimait. « Prend soin de toi », comme il écrivait. Et tout le long, il sous-entendait qu’il serait bon qu’il reprenne contact avec sa mère. Tu parles… Elle détestait son propre époux et ne restait que parce divorcer ne se faisait pas. Comment son père supportait-il ça ? Si c’était dans son caractère, alors ils n’avaient définitivement pas le même ! Nicolas estimait que la vie n’en valait pas la peine si on se forçait à faire des choses sans valeur à nos yeux. Laissant tomber son courrier inachevé, il se leva, attrapa son manteau, puis sortit, partant vers le hall de l’école à grands pas.

Sa nouvelle collègue avait accepté son invitation, il s’était demandé si elle le ferait. Elle arriva peu de temps après lui dans le hall, esquivant de justesse deux jeunes collégiens qui se poursuivaient en riant et ne regardaient pas vraiment où ils mettaient les pieds. Qu’ils explorent, oui, tant que les cours n’avaient pas encore repris, il allait falloir du temps avant qu’on arrête de les voir courir et fouiner partout. Nicolas fourra les mains dans les poches, en sortant, pour les protéger du froid, comme il n’avait pas de gants. D’ailleurs, en parlant d’enfants, qui gardait les deux petits bouts d’Estelle ? Il devait y en avoir, ici, qui jouaient les nourrices. En tout cas, il était content de pouvoir lui parler tranquillement. Son sourire lui avait donné envie de mieux la connaître, dès lors qu’il l’avait rencontrée. Bien plus, en tout cas, que deux autres collègues qu’il venait de rencontrer. Les gens qui vous regardent d’un air méfiant ou ceux qui se baladent en permanence avec un air « Je suis un glaçon qui n’a pas envie de se mêler aux autres », très peu pour lui.

– Dites-moi donc, d'où venez-vous ? Et que faisiez-vous avant d'être pris dans la Résistance ?

– De Normandie, sourit-il en lui rendant son regard. J’étais instituteur, tout ce qu’il y a de plus classique, et de temps en temps, j’apprenais aux gens à se servir de l’élément feu. J’ai été pris dans la Résistance car j’ai certaines, disons, compétences qui peuvent être utiles aux personnes qui ont besoin de disparaître ou changer de vie.

Les pièces d’identité étaient un peu longues à fabriquer mais il aimait bien ça, on se défait pas comme ça des mauvaises habitudes et il assumait être un faussaire. Il parla un peu de son ancienne vie à Estelle, lui décrivant la ville industrielle où il avait grandi puis travaillé, un des ces cités coulées dans le béton qui avaient fleuri un peu partout durant l’âge d’or de l’ère industrielle puis qui étaient tombées en déclin avec la crise des années vingt et trente. Des villes où chômage et pauvreté se faisaient un festin de ces toutes ces vies, où le simple fait d’y naître vous condamnait déjà à moitié à la misère. Il était passé à deux doigts de très mal tourner, mais ça, il ne le mentionna pas. C’était son passé et personne n’était encore assez proche de lui pour qu’il évoque cette jeunesse peu glorieuse.

– Ne répondez pas si cela vous gêne ou chagrine, mais où est le père de vos enfants ?

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Estelle Martin
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MessageSujet: Re: If only you knew...   If only you knew... EmptyMar 10 Juil - 7:42

Nicolas – De Normandie, sourit-il en lui rendant son regard. J’étais instituteur, tout ce qu’il y a de plus classique, et de temps en temps, j’apprenais aux gens à se servir de l’élément feu. J’ai été pris dans la Résistance car j’ai certaines, disons, compétences qui peuvent être utiles aux personnes qui ont besoin de disparaître ou changer de vie.

C’est à dire, il était passeur, il connaissait les petits chemins et les sentiers discrets à emprunter, ce genre de choses ? Ou il pouvait simuler des accidents pour que la police croit à la mort des personnes qu’ils poursuivaient ? Néanmoins, elle ne put approfondir la question car il passa assez vite le sujet, lui décrivant l’endroit d’où il venait plus précisément. Celui lui rappelait le quartier où elle-même avait grandi, avant d’être « enlevée » par la police et les services sociaux, la protection de l’enfance… Des quartiers, parfois villes entières, défavorisés, où la pauvreté, les trafics en tous genres et les problèmes se mêlaient sans aucun sens, pourrissant un peu plus la vie des habitants. Ces endroits où on se trouvait littéralement abandonné à soi-même, pas de repères, pas de lois, pas de travail stable, pas d’avenir. La misère pure et dure. Elle imaginait très bien, oui… On parlait de ces « cas sociaux » avec mépris, ailleurs, d’enfants qui ne feront jamais rien de leurs vies, oubliant que ces enfants étaient venus au monde dans un quartier sans école valable ni repères.

Estelle ne parlait jamais de ce passé car elle en avait quand même un peu honte, au fond d’elle. Un autre point dont elle n’avait jamais parlé était qu’elle ignorait même si « Estelle » était son véritable prénom. Martin, qui était aussi le nom d’un Saint, était le nom de famille qu’on lui avait donné au foyer religieux, par les services sociaux, car elle n’en avait tout simplement pas. Quant à son prénom, elle ignorait tout… Ce n’était pas un prénom « de gitane » mais elle ne pouvait se rappeler que de celui-là. Sa vie avant le foyer était très flou, dans sa mémoire, mis à part des scènes particulièrement vives et colorées, dont elle rêvait parfois quelques nuits. Elle savait par quoi son nouveau collègue avait dû passer pour s’en sortir, même s’il ne le mentionnait pas. La rue, les trafics, les bandes, puis la prise de conscience, parfois tôt, parfois tardive, parfois qui ne survenait jamais. Finalement, ils avaient eu un bout de parcours très similaire, elle ne l’aurait pas cru… Elle ne connaissait personne d’autre, dans ses collègues, qui avaient vécu ce genre de chose, mis à part Emma, elle aussi fille de squats et de clans. Cette école était une sorte de brassage social.

Nicolas – Ne répondez pas si cela vous gêne ou chagrine, mais où est le père de vos enfants ?

Estelle – Parti.

Une moue autant furieuse que peinée lui vint, durant un moment, chaque fois qu’elle repensait à cet homme, elle avait autant envie de hurler que de pleurer. Elle serra un peu les bras contre elle tout en marchant, silencieuse durant deux ou trois minutes, le temps de contrôler ses émotions et ne pas se mettre à crier. C’était… du passé, à présent. Ses garçons étaient avec elle, tous les deux, ils ne risquaient plus rien. Avec un soupir marqué, elle finit par expliquer, dans les grandes lignes, à Nicolas ce qui était arrivé et pourquoi elle était maintenant seule avec ses fils. Quelle importance, de toute façon ? Il entendra cette histoire tôt ou tard. Avec des collègues ou avec les rumeurs, chez les enfants. Et puis… Elle s’en voulait d’y penser encore, alors qu’elle devrait se concentrer sur l’avenir, peut-être qu’accepter d’en parler pourrait la soulager. De nouveau silencieuse, elle remit ses mains dans ses poches, marchant en regardant au loin les petits commerces que les familles des résistants terminaient de préparer, plus loin, près du centre de formation. Ce sera comme un mini-village, à l’intérieur même du domaine, c’était plutôt amusant. Ils étaient dans une sorte de château médiéval, avec sa place du marché, sa cour, ses bâtiments… Beaucoup d’enfants devaient beaucoup aimer.

Estelle – Enfin… Pas la peine de vivre dans le passé, comme on dit. Nous avons de la chance, d’être ici, l’ancienne école devenait très dangereuse. Surtout avec cet effondrement, c’était une horreur. Le Gouvernement qui harcelait, les villageois qui avaient peur… Avec un peu de recul, je me dis que, finalement, c’était une bonne chose, que l’école s’écroule. Nous pouvons tous passer à autre chose et nous concentrer sur l’avenir. Si plus rien ne nous attend à Gray.

Pour le coup, elle n’était pas sûre que son ressenti soit très clair, ayant expliqué du mieux qu’elle pouvait. C’était dans le sens où, à partir du moment où vraiment rien n’était encore possible dans un endroit, on pouvait se permettre de ne garder que les bons souvenirs et partir sans remords vers un autre endroit. Après tout, ce n’était pas le lieu qui importait vraiment mais ce qu’on y avait vécu, qui on y avait rencontré et de quelle façon on s’y était construit.

Estelle – Quand vous avez dit aider les personnes à disparaître, toute à l’heure, c’était dans quel sens ?

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Nicolas Marcoh
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MessageSujet: Re: If only you knew...   If only you knew... EmptyVen 20 Juil - 21:42

Parti ? Mort ? Il lui jeta un coup d’œil et compris très vite à sa moue que non, ce n’était pas la mort mais plutôt le divorce, en cause ici. Curieux, ça, tiens, c’était si rare les femmes qui divorçaient ! Parce que ça ne se faisait pas, ensuite, impossible de se remarier, aucun homme ne voulait s’afficher ouvertement avec une femme divorcée, car cette dernière était jugée au mieux comme une personne dont on ne pouvait avoir confiance, au pire comme une pute. Si sa propre mère avait été certaine de ne pas devoir subir ça ensuite, elle aurait divorcé après quatre jours à peine de mariage. Il retint un sourire cynique à cette pensée, puis écouta sa collègue quand elle lui raconta cette histoire. Il y aura toujours des personnes qui voudront profiter des autres, ce n’était pas nouveau. Pour s’amuser, retirer des avantages ou simplement par pure méchanceté, ça arrivait sans cesse… Il en connaissait un paquet, des comme ça, il y en avait partout.

En tout cas, maintenant, il comprenait mieux pourquoi une femme seule se retrouvait ici avec deux petits garçons en bas âge, si son mari était toujours là, il l’aurait sûrement empêché de se rendre ici ou de suivre ses collègues, si on se fiait à ce brillant caractère qu’elle lui décrivait. A la fin du récit, le silence retomba de nouveau entre eux et il lui sourit, pour la réconforter. Des abrutis, elle allait en rencontrer encore d’autres, après tout, inutile de s’en faire pour ça. En tout cas, il voyait les choses ainsi, ne pas s’attacher inutilement aux personnes qui n’en valaient pas la peine ! Perdre sa vie avec elles serait d’un triste, une fois vieux et aux portes du Grand Départ, que pouvait-on se dire, en y repensant ? « Bravo pour tout ce temps perdu ? » Et bien, non, ce serait le comble de la stupidité, d’en arriver là, alors qu’ils avaient des années pour réaliser ce qui avait de la valeur pour eux.

– Enfin… Pas la peine de vivre dans le passé, comme on dit. Nous avons de la chance, d’être ici, l’ancienne école devenait très dangereuse. Surtout avec cet effondrement, c’était une horreur. Le Gouvernement qui harcelait, les villageois qui avaient peur… Avec un peu de recul, je me dis que, finalement, c’était une bonne chose, que l’école s’écroule. Nous pouvons tous passer à autre chose et nous concentrer sur l’avenir. Si plus rien ne nous attend à Gray.

– C’est sûr.

De toute manière, rester dans un endroit où l’ambiance se dégradait de jour en jour, ça ne servait à rien, personne ne dira le contraire là-dessus. Il lança un coup d’œil par-dessus son épaule en entendant des gamins courir en s’appelant les uns les autres à grands renforts de cris. Ils allaient jouer à la balle au prisonnier ? Avec autant d’arbres partout, il leur faudra une sacré adresse pour réussir à se toucher. Allez les gamins, c’était aussi ça, l’école, l’apprentissage à n’importe quel instant, même pendant les périodes de jeux. Avec celui-là, eux croyaient s’amuser, les grands savaient que c’était pour leur apprendre à bien viser travailler l’adresse, courir sans s’essouffler et surtout jouer en équipe.

– Quand vous avez dit aider les personnes à disparaître, toute à l’heure, c’était dans quel sens ?

– Disparaître aux yeux de l’Etat. Leur créer une nouvelle identité pour ceux et celles qui devront toujours vivre au grand jour et faire perdre complètement leur trace à ceux dont le visage est trop connu des forces de l’ordre pour qu’ils puissent se contenter de vivre sous un faux nom. Ça passe par créer des faux papiers, par exemple. Je me débrouille bien, là-dedans. Mes talents d’artiste refoulé, sans doute.

Il éclata de rire, en lançant ça, secouant un peu la tête. Artiste refoulé, bien sûr, le crime était aussi un art, non ? Et loin d’être glorieux, qui plus est. Mais c’était ainsi, que voulez-vous qu’il y fasse ? Au détour d’un des chemins, il vit au loin une des petites boutiques qui s’étaient montées, près du QG, et demanda à sa collègue si un thé bien chaud l’intéresserait. Il n’en avait plus chez lui, hélas, il faudra qu’il pense à faire des petites courses avant la rentrée.

– Pour certains collègues, il faudra leur refaire des papiers. Créer une toute nouvelle identité prend du temps, pour que ce soit crédible, mais c’est souvent la seule façon de protéger une personne et sa famille. J’imagine que pour ceux qui ne combattent pas, ça doit être compliqué de vivre avec cette tension, partout.

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MessageSujet: Re: If only you knew...   If only you knew... EmptyVen 17 Aoû - 20:57

Nicolas – Disparaître aux yeux de l’Etat. Leur créer une nouvelle identité pour ceux et celles qui devront toujours vivre au grand jour et faire perdre complètement leur trace à ceux dont le visage est trop connu des forces de l’ordre pour qu’ils puissent se contenter de vivre sous un faux nom. Ça passe par créer des faux papiers, par exemple. Je me débrouille bien, là-dedans. Mes talents d’artiste refoulé, sans doute.

Il était faussaire, alors ? Il éclata de rire, alors qu’Estelle le regardait avec des yeux ronds. Oui, évidemment, c’était logique que des personnes fassent ça mais elle ne l’aurait pas imaginé de la part d’un instituteur ! Ils étaient censés être des personnes très droites pouvant enseigner la bonne morale aux enfants. Dans le même temps, ce qu’il faisait aidait des personnes à échapper aux sbires de l’Etat et donc à la persécution… Pour le coup, Estelle ne savait pas vraiment quoi en penser. D’un côté, c’était le genre de pratique parfaitement illégale qu’elle désapprouvait farouchement, d’un autre côté, c’était le seul moyen d’échapper pour de bon à un Etat totalitaire qui pouvait décider de vous faire assassiner comme si vous n’étiez rien. Il lui demanda tout à coup si elle serait intéressée par un thé, en désignant une des petites boutiques installées dans le domaine, plus loin. Oh, pourquoi pas ? Voilà qui allait les réchauffer. Même si le parc était très beau, sous la neige, avec le glace cristallisée sur les branches des arbres et des sapins, elle n’était pas contre se mettre au chaud.

Nicolas – Pour certains collègues, il faudra leur refaire des papiers. Créer une toute nouvelle identité prend du temps, pour que ce soit crédible, mais c’est souvent la seule façon de protéger une personne et sa famille. J’imagine que pour ceux qui ne combattent pas, ça doit être compliqué de vivre avec cette tension, partout.

Estelle – Même si ça l’est, je préfère ne pas en parler, c’est bien plus dur pour ceux et celles qui vont sur le terrain.

Pour elle, c’était une simple question de respect, elle en pouvait juste pas s’imaginer ne serait-ce que penser à se plaindre alors que d’autres, pour les protéger, pouvaient vivre des horreurs sans nom. Il existait une très nette différence entre vivre avec cette tension et vivre dans cette tension, vivre sans savoir si on sera encore en vie le lendemain. Elle retrouva son sourire habituel en le regardant, ne voulant pas se laisser avoir par la peine ni inquiéter qui que ce soit, puis entra dans la boutique avec lui. La propriétaire était la femme d’un de leurs nouveaux collègues, qui travaillait à la cuisine du pensionnat. Elle avait monté une petite boulangerie, qui servait aussi de salon de thé, et leur sourit d’un air affable en leur disant de s’installer. Il y avait déjà trois ou quatre autres personnes à se reposer et deux collégiens, venus avec leur argent de poche pour s’acheter des cookies et les grignoter sur place. Une fois assis, Estelle commanda un thé aux fruits rouges, reposant enfin manteau, écharpes et gants. Même si elle n’était pas spécialement frileuse, elle détestait avoir froid.

Elle repensait à tout ce qu’ils avaient bien pu se raconter sur leurs futurs collègues, chez elle, lorsqu’ils s’étaient retrouvés pour déjeuner avant de quitter le village pour de bon. Nicolas était bien loin de l’image qu’ils s’étaient faite, quand bien même il avait effectivement des « talents » très particuliers et utiles dans cette guerre, qu’elle ne lui aurait pas imaginé une seule seconde. Curieuse, elle poussa un peu plus loin la conversation sur le sujet, tout en sirotant son thé, pour savoir comment il s’y prenait. Quel genre de photos fallait-il, comment modifiait-on les informations, jusqu’où le détail était-il poussé ? Comment faire pour que cette identité soit crédible et résiste aux contrôles ? Ce n’était tout de même pas rien, recréer ainsi toute une existence, de façon à ce qu’elle apparaisse la plus réaliste possible. Une part d’elle se révoltait toujours contre l’idée qu’on foule ainsi les lois aux pieds, et une autre part approuvait cette aide apportée aux résistants. A circonstances exceptionnelles, réactions exceptionnelles, comme on disait.

Estelle – Vous avez pu mettre votre famille à l’abri, avant de vous engager dans la Résistance ?

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Nicolas Marcoh
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MessageSujet: Re: If only you knew...   If only you knew... EmptyMer 3 Oct - 19:18

– Même si ça l’est, je préfère ne pas en parler, c’est bien plus dur pour ceux et celles qui vont sur le terrain.

Pas faux non plus, ça. Il posa son manteau contre le dossier de la chaise puis tourna la tête vers la propriétaire des lieux lorsqu’elle vint leur demander ce qui leur ferait plaisir. Et bien… Un bon thé vert, ils avaient ça, n’est-ce pas ? Un truc pour se réchauffer, en tout cas, étant un élémentaire feu, Nicolas n’était pas un des plus à l’aise avec le froid, la neige, l’eau et tous ces trucs-là ! Ils étaient au chaud, ici, et bien tranquille, seules quelques autres personnes étaient aussi occupées à boire une boisson chaude ou grignoter des cookies. On se serait cru dans n’importe quel café de village ou un petit salon de thé de ville, si ce n’est les si grands murs qu’on voyait au loin, entre les nombreux arbres. Ils étaient en sécurité, ici… Un havre qu’ils quitteront sans doute très vite pour poursuivre le combat mais un havre tout de même.

Nicolas se demandait ce que pensaient ceux qui ne se battaient pas et qui allaient passer la majorité de leur temps entre ces murs, s’ils n’allaient pas leur prendre l’envie de sortir tout de même, malgré les risques. Et ce serait dangereux, pour qui n’est pas un minimum entraîné ! Même en étant bien préparé, les excursions à l’extérieur pouvaient très vite devenir mortelles, il suffisait de tomber au mauvais moment au mauvais endroit. C’était bien le genre de vie où on ne pouvait pas vraiment réaliser la brutalité de la réalité jusqu’au moment où elle venait vous frapper en plein visage. Répéter des conseils des prudences, c’était bien beau, mais si c’était suffisant, alors il n’y aurait jamais d’accidents. La propriétaire vint leur apporter leurs thés, un vert et un aux fruits rouges pour madame, avant de repartir servir un autre client.

Tout en agitant son thé pour y faire fondre le sucre qu’il venait d’y mettre, il assouvit la curiosité de sa nouvelle collègue sur son « travail », parfaitement illégal, et la façon dont il s’en occupait. Pour fabriquer de faux papiers réalistes, c’était une question d’expérience et de coup de main, en plus de posséder une certaine précision, tout à fait indispensable pour préparer des numéros assez fins, gravés et fidèles sur les cartes. Les photos aussi étaient importantes ! Créer une toute nouvelle identité prenait plus ou moins de temps, selon ce que la personne devait cacher, c’était très long pour ceux ayant un lourd passif. Et pour d’autres, impossible sans pouvoir changer d’apparence. Les personnes comme leur nouveau directeur ne pouvaient pas juste changer de nom, leurs visages étaient trop connus.

– Vous avez pu mettre votre famille à l’abri, avant de vous engager dans la Résistance ?

– Mes parents ont dû quitter leur ville natale, pour s’installer à Barcelone. Je n’ai pas d’autres famille proche, c’est au moins un « problème » de moins. Mine de rien, je n’avais pas trop à me soucier de ça, je ne suis pas proche du tout de ma mère et mon père a compris très tôt qu’il valait mieux quitter la France.

Il n’avait plus de nouvelles depuis longtemps et curieusement, n’en était pas tant affecté que cela, même si père au moins lui manquait. Après tout, ils allaient bien finit par être réunis un jour alors où était le problème ? Ils étaient en vie, tous les deux, lui-même menait son existence comme il l’entendait. Son caractère ne le portait pas à rester gentiment dans un coin à attendre que les troubles passent, d’autant plus qu’il doutait que ça s’arrête de sitôt. La France n’était pas la seule à s’embraser, un vent de nationalisme puissant soufflait sur l’Europe toute entière, sans compter la montée des partis d’extrême-droite en tous genres. Des groupes ethniques, sociaux ou religieux étaient stigmatisés, dans tous les coins grognait une colère sourde et aveugle, portée par la peur que les gouvernements alimentaient, pour maintenir les populaces sous contrôle.

Nicolas but doucement une longue gorgée de thé, grignotant un des bons déposés par la serveuse à leur attention, en parlant avec sa collègue des dernières lois totalitaires qui étaient passées en France. A l’heure actuelle, la population devait bien réaliser qu’elle avait voté pour un parti d’extrême-droite, tout de même, pas uniquement « conservateur » ! Les droits des femmes avaient pris un sacré coup de plomb dans l’aile, on se croirait de retour en 1900, comme chier sur trente années d’évolutions sociales. Fallait bien avouer aussi que voir, ces derniers temps, des femmes très émancipées et fortes, ça n’avait pas plu à une grosse partie de la population. Ah là là, ces femmes étaient trop en avance sur leur temps, aussi. Il lâcha un petit rire ironique en disant cela, s’interrompant pour boire une longue gorgée.

– Les pouvoirs religieux sont très contents, eux, depuis le temps qu’ils attendaient ce « retour à des normes et valeurs plus saines pour la Fille Aînée de l’Eglise ». C’est ridicule. J’en parlais avec un ami, l’autre jour, on file droit vers un second cauchemar à grande échelle. Je n’ai passé que quelques mois dans les tranchées, en 1918, mais ça m’a suffit pour craindre le retour d’une si large guerre. En 1914, l’Eglise prônait le courage et la valeur des soldats en partance, mais les mères savaient très bien que ce n’étaient pas des trains à bestiaux mais des cercueils roulants qui emmenaient leurs fils. Je sens qu’on se dirige vers ça.

Peut-être pas un conflit si grand, mais un conflit tout de même ! Il le sentait, à quoi d’autre pouvait bien mener un continent sous une telle tension ? Tôt ou tard, la fissure se produira, l’union affichée se brisera, les pays se déchireront de nouveau.

– S’il faut se battre, soit. Autant que ce soit ceux qui ont déjà connu la guerre qui poursuivent, pas les jeunes. Ces gosses, ici. Ils sont là pour ne pas être plongés dans le combat.

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MessageSujet: Re: If only you knew...   If only you knew... EmptyMer 23 Jan - 13:13

Nicolas – Mes parents ont dû quitter leur ville natale, pour s’installer à Barcelone. Je n’ai pas d’autres famille proche, c’est au moins un « problème » de moins. Mine de rien, je n’avais pas trop à me soucier de ça, je ne suis pas proche du tout de ma mère et mon père a compris très tôt qu’il valait mieux quitter la France.

Estelle – Oh…

Il ne disait même pas cela sur un ton bien triste, plutôt comme un simple fait qui n’avait pas une réelle incidence sur sa vie actuelle. Soit il était moins proche, au moins de son père, qu’elle ne le pensait, soit il ne se laissait pas affecté par ça pour ne pas perdre le fil ou être déconcentré par le manque et l’éloignement. Pour sa part, si ses fils étaient loin d’elle, prendre les choses avec le sourire lui serait complètement impossible, même avec la meilleure volonté du monde. Il n’avait donc pas d’épouse ni d’enfants, pour sa part, c’était effectivement un souci de moins. Penser ça était assez… cruel, pourtant, c’était la vérité, plus vous étiez exposé dans ce combat, plus votre famille le devenait avec vous, s’en prendre aux membres de votre famille pour les utiliser comme otages était une technique aussi vieille que le monde, qui fonctionnait presque à chaque fois. Si les vôtres se trouvaient au loin, à l’étranger, inaccessibles, vous pouviez vous permettre de combattre comme vous le souhaitiez sans craintes ni retenue. Estelle pouvait comprendre ça, même si elle doutait d’en être capable personnellement. Même au cour de la guerre, avoir les siens près de soi était plus que réconfortant, c’était vital.

Une faiblesse très humaine dont des ennemis déterminés pouvaient jouer contre vous. Tout en buvant son thé, elle parla ensuite des récentes lois qui venaient de passer, depuis la promulgation du nouveau gouvernement, et des dérives sécuritaires qui les accompagnaient déjà. Pour le moment, le plus flagrant était le retour aux « bonnes mœurs », comme ils disaient, des lois contraignant les choix vestimentaires, l’apparence, le comportement dans la société et les relations sociales d’une façon générale. Dans le fond, Estelle ‘avait rien contre le fait qu’une femme devait porter des robes, des jupes, garder les cheveux attachés en public, car c’était ainsi, après tout, c’était une part de la bonne éducation et de leur société. Mais pourquoi l’imposer par une loi alors que tout le monde le faisait déjà ? Par ailleurs, la mixité dans les écoles ne posait réellement aucun problème, elle l‘avait bien vu dans ses classes, là où elle avait d’abord douté un peu. Nicolas, lui, semblait trouvait ça drôle, elle-même jugeait ça lassant. Ce pays avait littéralement voté pour qu’on lui enlève sa liberté. Connaissant ce peuple, dès qu’il allait le réaliser et se réveiller, cela fera très mal.

Nicolas – Les pouvoirs religieux sont très contents, eux, depuis le temps qu’ils attendaient ce « retour à des normes et valeurs plus saines pour la Fille Aînée de l’Eglise ». C’est ridicule. J’en parlais avec un ami, l’autre jour, on file droit vers un second cauchemar à grande échelle. Je n’ai passé que quelques mois dans les tranchées, en 1918, mais ça m’a suffit pour craindre le retour d’une si large guerre. En 1914, l’Eglise prônait le courage et la valeur des soldats en partance, mais les mères savaient très bien que ce n’étaient pas des trains à bestiaux mais des cercueils roulants qui emmenaient leurs fils. Je sens qu’on se dirige vers ça.

Un brusque frisson secoua la jeune femme, elle comprenait à merveille quelle douleur avaient du ressentir les mères en question en voyant leurs fils partir en guerre. Cette horreur… Il y a encore deux ou trois mois, elle aurait trouvé ridicule qu’on puisse craindre l’arrivée d’une seconde guerre mondiale, aujourd’hui, elle ne pouvait plus être aussi catégorique, pas alors que les tensions et nationalismes de tous bords grimpaient dans l’Europe entière. Combien d’années faudra-t-il avant que le feu ne soit assez vif pour que ça dégénère à nouveau ? Elle surprit à espérer être morte de vieillesse avant de voir ça, tout comme ses fils, même si elle se doutait qu’elle le verra sans doute. Dans un an, deux ans, dans dix ans, elle l’ignorait, mais elle le verra, ils le verront tous ici. Le coeur lourd, elle serra les mains autour de la tasse dans l’espoir de se réchauffer un peu.

Nicolas – S’il faut se battre, soit. Autant que ce soit ceux qui ont déjà connu la guerre qui poursuivent, pas les jeunes. Ces gosses, ici. Ils sont là pour ne pas être plongés dans le combat.

Estelle – Ils le connaissent déjà, d’une certaine manière. Ce qui va compter, c’est de leur éviter de découvrir par eux-mêmes une autre guerre mondiale.

Une guerre où, étant donné leurs âges, ce serait cette fois eux qui partiraient pour le front. Elle en avait les larmes aux yeux, à imaginer ses élèves prendre à leur tour les armes et partir au combat… Leurs parents, qui avaient traversé l’horreur et la mort, avaient-ils donc faits des enfants pour qu’eux aussi partent se battre et mourir trente ans plus tard ? Posant une main contre sa bouche en pensant à ça, elle renifla un peu et murmura à Nicolas que ce n’était rien, cette histoire-là la bouleversait un peu. Tous ceux qui avaient survécu à l’enfer des tranchées n’avaient pas mis des bébés au monde pour les voir partir vers un autre conflit mondial, ce serait le comble de l’horreur.

Estelle – Désolée, je n’aime juste pas penser que mes élèves puissent subir ça. Ils sont si petits encore. Je déteste qu’on touche à des enfants.

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Nicolas Marcoh
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MessageSujet: Re: If only you knew...   If only you knew... EmptyDim 21 Avr - 10:19

– Ils le connaissent déjà, d’une certaine manière. Ce qui va compter, c’est de leur éviter de découvrir par eux-mêmes une autre guerre mondiale.

Ah ça, c’était encore un autre problème, et Nicolas voyait peu comment on pourra leur éviter ça, peu importe la manière de s’y prendre. En tout cas, ça affectait grandement sa collègue… Les larmes aux yeux et une main posée contre la bouche, elle murmura que ce n’était rien, mais était sur le point de craquer. Il avait très bien compris qu’elle n’aimait pas qu’on touche aux enfants ! Il tendit la main pour serrer celle qu’elle avait laissé posé contre sa tasse, en lui dédiant un sourire réconfortant. Puisqu’ils étaient tous nés pour suivre cette époque, ils apprendront à vivre avec, jeunes ou vieux, c’était comme ça. Il attendit qu’elle se calme un peu tout en continuant à lui serrer la main, sans faire attention aux regards qu’on leur jetait parfois. Allez, ça ira ? Il lui tendit ensuite un mouchoir, si elle en avait besoin, la laissant récupérer sa seconde main.

Pour lui changer les idées, il dévia la conversation sur la nouvelle rentrée à venir, sujet déjà beaucoup plus innocent et bien pratique, le cas présent. Parler des élèves et des cours, c’était tout de suite plus facile et ça restait un des sujets préférés des profs. Beaucoup râlaient souvent sur leurs élèves, parce qu’ils n’étaient pas sages, parce qu’ils bavardaient, parce qu’ils avaient dits ceci ou cela, alors qu’au fond, ils les aimaient bien quand même et étaient tristes lorsqu’ils devaient s’en séparer pour de bon. Ça marchait à tous les coups ! Quand il s’y mettait, Nicolas avait un certain don pour faire rire ou sourire les autres, détendre l’atmosphère. Il avait appris ça très jeune, car le rire était le meilleur moyen de débloquer une situation ou de créer une diversion. Avec ça, il trouverait bien trop dommage de voir une femme aussi jolie pleurer, ça ne lui allait pas au teint.

Après cette pause dans ce petit café, il repartit avec elle se balader dans le parc, au froid, tout en continuant à bavarder. Autant en profiter autant que possible, ils ignoraient tous quand il faudra repartir, et avec les plus grosses alertes, ça pouvait arriver à n’importe quel moment. Il devrait faire pareil avec tous ses nouveaux collègues, prendre véritablement le temps de discuter avec et lier connaissance, pendant qu’il en avait l’occasion. Après tout, la vie était courte, très courte, elle pouvait s’achever en une seconde sans crier gare, demain, dans dix jours ou dans un an. Ce n’est que pas que Nicolas ne craignait pas la mort, il en avait peur, comme tout le monde, mais il ne se posait pas tant de questions, trop conscient que ça pouvait arriver. Enfin, plus que la peur de mourir, c’était la peur de souffrir avant de mourir, qui le prenait au ventre. En tant que Résistant, la perspective de la capture était bien pire que celle de recevoir une balle en pleine tête sans crier gare.

– Qu’en est-il de nos autres collègues, d’ailleurs, ils sont sympas ? J’avoue, je n’ai pas pris encore le temps de saluer correctement tout le monde. On pourrait aussi se faire une soirée pour ça, tous ensemble, nouveaux avec anciens.

Ça ne l’inquiétait pas vraiment, de ne pas s’entendre avec tout le monde, par contre, il comptait faire des efforts. AU moins au niveau sociable.

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Estelle Martin
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MessageSujet: Re: If only you knew...   If only you knew... EmptyJeu 16 Mai - 16:18

Un des points importants à travailler, ce sera le moral, le contrôle des sentiments, comment gérer son sang-froid, ses attentes, peurs, faiblesse et aspirations. Estelle était très consciente d’avoir beaucoup de travail à effectuer sur elle-même et comptait vraiment progresser. Ce sera important, non seulement pour elle mais aussi pour mieux s’occuper de ses fils et leur apprendre comment se débrouiller dans la vie. Nicolas ne lui fit aucune remarque sur le sujet, cependant, au contraire, il prit soin de détourner la conversation et lancer sur toute autre chose. Un effort de tact qu’elle appréciait beaucoup, il était vraiment agréable. Se laisser porter, être soi-même sans avoir besoin d’accomplir d’immenses efforts ou de prendre garde à ses paroles et mouvements, c’était… nouveau, très doux. Le père de ses deux fils ne lui avait jamais donné ce sentiment. Même si elle en avait été folle amoureuse, elle avait toujours ressenti le besoin de faire attention, pour ne pas soit le gêner, soit lui déplaire. Sa trahison lui pesait encore bien lourd, sur le cœur… L’avait-il seulement aimée ? Avait-il su aimer ses enfants ?

Divorcer ne se faisait pas, et pourtant, si elle ne l’avait pas fait, sa vie aujourd’hui aurait été bien plus difficile. Peut-être même que ses fils ne seraient pas en sécurité. Elle chassa cette pensée de son esprit en se levant puis en remettant son manteau et gants, pour affronter le froid hivernal. Tout cela était passé, ses petits garçons étaient avec elle, dans un endroit sécurisé au maximum, on ne pouvait avoir mieux pour le moment. A moins, bien sûr, de changer de pays, voire de continent. Douloureux à imaginer, car même si la guerre faisait rage, la France restait son pays. Se déraciner n’était pas aussi simple. Beaucoup l’avaient fait, pourtant, il suffisait d’observer le nombre d’élèves inscrit qui avait drastiquement chuté, suite à ce « déménagement » forcé. Les familles avaient voulu mettre leurs enfants à l’abri et c’était plus que compréhensible. Sans un endroit comme celui-ci, Estelle aurait fait de même, partir avec ses deux garçons pour qu’ils n’aient pas à vivre dans la peur. Cet endroit, au moins, était sûr… Du moins, plus sûr que l’ancienne école.

Nicolas – Qu’en est-il de nos autres collègues, d’ailleurs, ils sont sympas ? J’avoue, je n’ai pas pris encore le temps de saluer correctement tout le monde. On pourrait aussi se faire une soirée pour ça, tous ensemble, nouveaux avec anciens.

Estelle – Ce n’est pas une mauvaise idée, ça, tiens.

Très honnêtement, la jeune mère doutait que la communication passe très bien dans la nouvelle équipe, entre tous, car les mentalités étaient souvent bien plus éloignées qu’elles ne pouvaient l’être autrefois, dans un groupe de professeurs « ordinaires ». Mêler des professeurs purs et durs, avec comme principal souci du quotidien la réussite de leurs élèves, à des professeurs qui étaient également soldats et résistants, dont le principal souci consistait en trouver comment survivre jusqu’au lendemain matin, c’était prendre le risque évident de gros écarts de pensées et d’un manque de compréhension entre les uns et les autres. A la question « Quel est le plus important pour un élève ? », un professeur ordinaire comme Céleste, Cyprien ou elle-même répondra « Leur réussite à l’école, la bonne préparation de leur avenir ». Un professeur résistant, lui, répondra plus spontanément « La survie et comment se défendre dans une guerre, comment soigner des blessures et combattre ». L’échelle de valeurs n’était pas du tout la même, pas plus que les priorités. Il fallait pourtant songer aux deux, si on voulait un équilibre sain. Car la guerre passera et les enfants ne pouvaient pas non plus perdre ces années de préparation intellectuelles, sous peine d’être plus tard perdus dans leurs vies.

Elle se fit néanmoins un devoir de décrire leurs collègues à Nicolas, puis de discuter de l’idée d’une soirée qu’ils pourraient passer tous ensemble. La seule chose impossible à prendre en compte dans leurs plans, par contre, était la nécessité, pour les résistants, de partir tout d’un coup sans prévenir, pour une urgence ou une autre. C’était arrivé hier… Ils déjeunaient, ensemble, et David, un des nouveaux enseignants, s’était joint à eux pour discuter. Au beau milieu du repas, un militaire était entré en trombe, lui avait chuchoté elle ne savait quoi à l’oreille, puis était ressorti. Leur collègue avait posé son déjeuner dans un coin, lancé un « au revoir » rapide, puis il était parti, prenant juste le temps de leur dire à tous qu’il faudra un remplaçant pours on cours d’élément eau à quatorze heures. Personne ne l’avait revu de l’après-midi, ni même ce matin. Personne ne posait trop de questions, même si ces départs en vitesse en stressaient beaucoup. Ils n’osaient rien dire, en réalité, il ne fallait que se taire et l’accepter. Même si ces départs se faisaient au détriment des élèves et de leurs cours. La guerre passait avant et certains ne l’acceptaient cas, estimant qu’un professeur avait des responsabilités vis-à-vis des élèves avant de les avoir vis-à-vis des soldats.

Estelle – Nous pouvons aller à leur rencontre dès à présent, si vous voulez. Ce sera sans doute beaucoup plus facile que de réunir tout le monde.

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