1932. La Guerre Civile est déclarée ! Une spirale de violence s'engage dans un Etat totalitaire.
 
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 Changement radical de vie

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MessageSujet: Changement radical de vie   Ven 23 Fév - 11:46


 
  Changement radical de vie
  « La vie ce n’est pas d’attendre que les orages passent, c’est d’apprendre comment danser sous la pluie. »

 
Jamais un matin de Noël n’avait encore paru si triste et éteint, pour la fillette. C’était le tout premier Noël qu’elle passait sans son père, le premier soir du vingt-quatre qu’elle avait passé, terrifiée et angoissée, à attendre, écoutant la radio en espérant qu’on y annonce pas la morte d’une personne qu’elle aimait. Évidemment, c’était la guerre, c’était comme ça, son père avait choisi de combattre et elle le savait. Il lui avait expliqué pourquoi il devait partir, pourquoi c’était si important. Elle comprenait très bien, par contre, ça n’empêchait pas d’avoir peur qu’il ne revienne jamais. Elle s’était assise sur la banquette, sous la fenêtre, appuyée contre ses bras sur le rebord en regardant le cloître. Le ciel était gris et morne, il ne neigeait pas, il y avait juste le vent.

Derrière elle, sur le tapis du salon, ses frères jouaient entre eux sans y mettre vraiment de cœur, eux non plus. Maman était dans la cuisine, elle préparait le repas de ce midi. C’était aussi le premier Noël où ils ne verront pas leurs grands-parents, où ils n’allaient pas passer l’après-midi à jouer à des jeux de société avec papa et maman, puis le soir à écouter des histoires, manger des marrons griller et écouter maman leur jouer un air de Noël au piano, l’écouter chanter. Puis leurs parents dansaient, pendant que les enfants s’amusaient avec leurs cadeaux. Non, à la place, il y avait la guerre. L’attente de ceux qui étaient partis. La peur de recevoir des mauvaises nouvelles et de ne pouvoir rien y changer.

Artémis finit par ne plus y tenir, elle prévint maman qu’elle sortait faire un tour dans la nouvelle école puis quitta l’appartement. Elle avait besoin de faire autre chose, se changer les idées, faire n’importe quoi ! Du moment que ça l’empêchait de penser à ce qui arrivait à Paris. Tournant en rond un bon moment, elle finit par arriver dans la bibliothèque, et jetant un œil, y vit le docteur Adrien à ranger des piles de livre, avec une poussette pas très loin. La fillette avait forcément une relation un peu particulière avec les collègues de son père, la plupart étaient des amis et elle les voyait passer à la maison pour manger, discuter et boire un verre depuis la petite enfance. C’est pour ça qu’elle poussa plus la porte pour entrer, cherchant à se distraire.

« – Tiens, bonjour mademoiselle, lança une voix qu’elle ne connaissait pas. Bon Noël. »

Surprise, elle tourna la tête vers le second homme, qu’elle n’avait pas vu dès l’entrée. C’était sûrement le nouveau bibliothécaire, celui qui avait remplacé mademoiselle Doucet. Assez grand, pas bien gros, les yeux marrons très brillants et sourire aux lèvres, il portait les cheveux assez épais et châtains, une tenue décontractée, avec une très légère barbe. Elle lui rendit son salut, disant aussi bonjour au docteur, puis se présenta à son tour, lorsque le bibliothécaire le fit. Il répéta son nom de famille puis claqua d’un coup les doigts en disant que oui, il avait déjà rencontré son père. Avant de lui lancer qu’elle portait donc le prénom de la déesse de la nature et de la chasse.

« – Oui, maman aime beaucoup ce genre de légendes. Je peux vous aider à ranger ou faire autre chose ? »

 
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Adrien de Sora
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MessageSujet: Re: Changement radical de vie   Lun 26 Fév - 11:29

Le chauffage fonctionnait enfin dans toute l’école ! C’était merveilleux, la technologie. Adrien augmenta un peu tous ceux de la bibliothèque, histoire de réchauffer enfin l’atmosphère et chasser l’humidité, puis ajouta une autre petite couverture sur Maxime, dans son landau. Son fils n’avait pas l’air gêné plus que ça par les mouvements des deux adultes dans toute la bibliothèque, il avait joué un moment à essayer d’attraper ses pieds puis s’était rendormi en serrant son doudou contre lui, bienheureux. C’était beau de n’avoir à se soucier de rien, à cet âge, dommage que personne ne pouvait vraiment en profiter. Quentin s’arrêta un petit instant près de lui pour jeter un regard dans le landau et sourire en regardant le bébé dormir, puis il repartit, une pile de livres presque aussi haute que lui dans les bras. Le docteur regarda un instant Maxime légèrement remuer, plongé dans ses rêves, puis se remit au travail à son tour. Il portait un vieux pull pour ce travail, autant à cause de la poussière que des autres saletés en nettoyant les étagères, les manches retroussées. La bibliothèque tenait sur quatre pièces entières et bien remplies, dont une n’avait que peu de livres, on y avait mis des tables pour que les enfants puissent travailler en groupes.

Personne n’avait encore signalé à leurs collègues restés en Franche-Comté ce qui était arrivé à Eva, ce n’était pas le genre de nouvelles qu’on annonçait par courrier ou par téléphone. Ils l’apprendront lors de la réunion de pré-rentrée, ainsi que beaucoup d’autres choses, et malheureusement, Adrien n’était pas certain que cette nouvelle en attriste beaucoup. Eva avait toujours été très retirée, renfermée, silencieuse, solitaire… Dur de savoir à quoi elle songeait, elle ne se confiait à personne. Et pourtant, tous avaient ignoré jusqu’au dernier moment le courage incroyable qu’elle avait possédé. Lui-même n’y aurait pas cru aujourd’hui et le regrettait. Plus encore parce qu’en rangeant les quelques affaires laissées derrière elle, il était tombé sur un petit journal qu’elle avait tenu. Il n’aurait sans doute pas dû le lire, mais… La curiosité avait été plus forte que tout et il avait ainsi pu comprendre, un peu mieux, qui elle avait été. Renforçant du même coup le regret de n’avoir jamais fait sérieusement un pas vers elle, lorsqu’il était encore temps. Il soupira un peu en y repensant, occupé à nettoyer une étagère encore vide pour en enlever toute la poussière et passer un coup de cire.

Quentin, leur nouveau collègue, avait trente-trois ans et faisait parti du Réseau depuis le début du mois de novembre. Il était alors un passeur, couvert par sa petite affaire de libraire et prêteur de livres, dans un village au bord de la frontière Suisse, il se chargeait de faire traverser la frontière dans un sens comme dans l’autre. Un travail des ombres, vital pour certaines personnes qui devaient absolument quitter le pays, important pour, dans le sens inverse, faire rentrer des armes, des ressources, des alliés. Il reprenait ce travail au pensionnat aujourd’hui après que son identité ait été percée à jour et qu’il ait dû prendre le maquis, disparaître à son tour. Il comptait bien continuer à faire ce qu’il pouvait pour la Résistance, continuant dans le même temps à exercer le métier qu’il aimait plus que tout. Cette guerre finira bien un jour, et chacun repartira alors reprendre le cours de sa vie. Mais ils n’oublieront pas tous ceux et celles qui auront offert leurs vies dans ce conflit. Il y avait déjà eu beaucoup de victimes, à cause des massacres perpétués par le gouvernement, et des sacrifices, comme celui d’Eva.

– Tiens, bonjour mademoiselle. Bon Noël.

Mmh ? Il tourna la tête, souriant doucement à Artémis en la voyant. Il ne l’avait même pas entendu entrer, trop plongé dans ses pensées. Il lui dit bonjour à son tour, puis des présentations rapides furent faites. Pas la peine d’être un génie pour comprendre ce que la petite faisait ici, l’ambiance devait être très lourde pour elle, à attendre le retour de son père. Quentin sembla réfléchir un petit instant puis claque des doigts en lançant qu’Artémis était aussi le nom de la déesse de la nature et de la chasse. Le docteur eut un léger rire, ce détail-là avait déjà été discuté plusieurs fois, il n’était pas commun de donner à ses enfants des prénoms qui ne soient pas issus du calendrier, donc des prénoms Chrétiens. Ni Frédéric ni sa femme n’avaient suivi ce précepte, très ancré dans les mœurs, en choisissant le nom de leur fille aînée.

– Oui, maman aime beaucoup ce genre de légendes. Je peux vous aider à ranger ou faire autre chose ?

– Bien sûr, plus nombreux on sera et plus ça ira vite.

Et surtout, avec une activité, on ne pensait pas trop à ce qui nous travaillait ou nous angoissait. Il la laissa d’abord l’aider à dépoussiérer et nettoyer les étagères vides restantes, pendant que Quentin se chargeait de classer les immenses tas de livres ramenés de l’ancienne école et d’autres encore récupérés ci et là. Il y avait de tout, des ouvrages sur les dons, des romans, des essais, des recueils de poésies, des encyclopédies, des livres spécialisés, des chansons, des partitions, des dictionnaires, des ouvrages de grammaire, des livres dédiés à une matière scolaire en particulier, etc. Ils avaient un peu sous-estimé le nombre d’ouvrages accumulés, sans compter ceux qui avaient été entreposés dans les caves, dans l’ancienne école, faute de place. Ce n’était que lorsqu’on se retrouvait face à un si grand déménagement, et le chantier allant avec, qu’on réalisait tout ce qui avait été accumulé. Tout en travaillant, il se demanda si ce ne serait pas mieux que chacun vienne avec ce qu’ils avaient préparé pour ce midi et qu’ils déjeunent ensemble en un grand repas de Noël. Plutôt que chaque petit groupe ou famille reste dans son coin à attendre des nouvelles de Paris.

– Tu veux bien jouer les messagers avec moi, Artémis ? On pourrait demander à tout le monde et chasser la morosité pendant deux ou trois heures. Il est encore tôt, on continuera de nettoyer et ranger ici, ensuite.

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MessageSujet: Re: Changement radical de vie   Jeu 15 Mar - 11:13


 
  Changement radical de vie
  « La vie ce n’est pas d’attendre que les orages passent, c’est d’apprendre comment danser sous la pluie. »

 
« – Bien sûr, plus nombreux on sera et plus ça ira vite. »

Le docteur, elle l’aimait bien, il avait toujours été gentil, même au avant, elle avait un peu peur de lui car il se comportait de façon bizarre, parfois. Papa lui avait expliqué que c’était comme ça lorsque les adultes buvaient un peu trop la boisson des grands, celle qu’ils prenaient parfois à table, et qu’elle ne devait pas faire attention. Aujourd’hui, le docteur n’était plus bizarre du tout. Il avait même eu un bébé ! Elle le regarda en passant, toujours ravie en regardant les nouveaux-nés, ils étaient tellement mignons. Parfois, maman aussi gardait les bébés de ses amies et elle laissait Artémis jouer avec eux, du moment qu’elle faisait très attention et qu’elle restait près d’elle.

La fillette prit un chiffon et commença à dépoussiérer les étagères, tout en lançant des regards assez curieux vers le nouveau bibliothécaire. Elle aurait voulu lui demander comment il était arrivé ici et pourquoi, s’il avait des enfants lui aussi, mais n’était pas sûre qu’il lui réponde… A la place, elle grimpa sur un carton pour atteindre le haut de l’étagère en bois et continuer à la nettoyer. Il y avait des piles, des caisses et des cartons remplis à ras-bord de livres, partout dans les pièces, tellement que la petite ne pensait pas qu’on puisse tous les lire en une seule vie. Au bout d’un moment, le docteur lança qu’il sera plus sympa que tout le monde déjeune ensemble, ce midi, pour Noël. Faire une pause plutôt que tout le monde attende dans son coin des nouvelles de la capitale.

« – Tu veux bien jouer les messagers avec moi, Artémis ? On pourrait demander à tout le monde et chasser la morosité pendant deux ou trois heures. Il est encore tôt, on continuera de nettoyer et ranger ici, ensuite.

– D’accord. »


Elle reposa son chiffon puis se glissa par terre, avant de sortir avec le docteur et aller d’abord en parler à maman. Elle avait un air triste, lorsqu’elle arriva, comme le jour où elle avait appris que son frère avait un cancer… Artémis lui dit la demande du docteur et sa mère hocha vaguement la tête, après un petit instant de réflexion, en disant pourquoi pas, après tout. Aussitôt après, la fillette continua sa tournée, cherchant ceux qui étaient là aujourd’hui, pour les inviter. Certains parurent enthousiastes, d’autres durent accepter par pure politesse ou parce qu’ils ne voulaient pas être seuls, sans doute. Beaucoup d’adultes tiraient des têtes bizarres, avaient-ils peur ou étaient-ils tristes ?

En repassant par dehors, serrant son manteau contre elle, la fillette ralentit le pas, en regardant le cimetière au loin, tout au fond, près des bois et de l’ancienne chapelle. Elle venait à peine d’arriver ici, avec sa mère et ses frères, lorsqu’il y avait eu la cérémonie, pour mademoiselle Doucet. Artémis ne l’avait presque pas connue, elle n’allait jamais à la bibliothèque de l’école, pourtant, elle en avait quand même eu une boule au ventre lorsqu’elle avait vu des hommes soulever le cercueil pour l’emmener. Et de les entendre dire un « C’est la guerre », d’un ton aussi blasé que triste, comme si on ne pouvait rien y changer. Accélérant le pas, elle vit Adrien plus loin et le rejoignit, glacée tout à coup.

« – Pourquoi il y a la guerre ? » demanda-t-elle tout en marchant. « Et pourquoi les gens ont peur des éléments ? »

 
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Adrien de Sora
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MessageSujet: Re: Changement radical de vie   Jeu 29 Mar - 10:45

– D’accord.

Quentin lança son chiffon dans les airs lorsque la petite sortit la première en trottinant, soufflant du nez « Bon, allez, pourquoi pas », puis lui promit de veiller sur Maxime pendant que son père allait aussi faire le tour de l’école. Juste avant de sortir, Adrien prit une minute pour embrasser son fils sur le front puis fila. Comme on pouvait s’y attendre, l’ambiance était des plus moroses, que ce soit pour ceux qui restaient tranquilles avec leur conjoint ou enfants ou ceux qui s’activaient ici et là dans tout le domaine pour oublier. Ses collègues déjà arrivés ne firent pas grande difficulté avant d’accepter, tout le monde comprenait qu’il était important de se changer les idées, surtout aujourd’hui. Les regards étaient discrètement lancés vers l’entrée arrière du parc, celle aménagée pour les véhicules, les camions… Une route secrète qui serpentait dans les montagnes et les forêts, recouverte après passage volontairement de terre, rochers et arbres grâce aux éléments terre qui y veillaient, et qui donnait un accès direct au QG de la Résistance, en évitant de traverser les routes et chemins de terre et de roc de la « partie » école. C’est justement vers le QG que le docteur se dirigea ensuite, pour y inviter ceux qui étaient là pour le moment.

Au sein du domaine, le monastère et le couvent étaient assez proches l’un de l’autre, servant tous deux pour le nouveau pensionnat, les classes, les dortoirs, l’infirmerie, le réfectoire, la bibliothèque, etc. Les salles de sport étaient un peu en retrait. Et plus loin encore, au fond du parc, étaient aménagés les bâtiments qui allaient accueillir la résistance, le QG, les salles d’entraînement, des chambres où se reposer pour ceux et celles sortant à peine d’une longue cavale. Ambiance scolaire des plus classique près d’une ambiance de guerre pure et dure, le contraste pouvait paraître violent, même pour des élèves. Car ils étaient peut-être habitués à la présence de l’armée, ils n’étaient pas du tout habitués à voir autant de civils que de militaires évoluer non loin d’eux, ils n’étaient pas habitués aux entraînements de plus grand niveau, ni habitués au son des armes. Entendant un petit pas derrière, il tourna la tête puis ralentit l’allure lorsqu’il vit Artémis courir le rejoindre, en serrant son manteau contre elle pour se protéger du froid. Adrien était réconforté de voir ces enfants ici, ils ne risquaient plus rien. Cette nouvelle école était sûre, un lieu aussi sécurisant pour les enfants menacés qu’il l’était pour les membres de la Résistance.

– Pourquoi il y a la guerre ? demanda-t-elle tout en marchant. Et pourquoi les gens ont peur des éléments ?

– La guerre vient pour deux raisons. La première, c’est lorsqu’une nation est menacée par une autre, de façon assez flagrante pour qu’elle doive dresser son armée et sa force de frappe contre elle. Dans ce cas-là, c’est une guerre contre un autre pays, voire dans un même pays, une région importante contre une autre. On appelle ça une guerre militaire car ce sont des armées contre des armées. La seconde raison est lorsqu’au sein d’un même pays, le pouvoir en place devient si menaçant et répressif que la population doit se battre contre lui pour conserver ses droits, ses libertés, et surtout survivre. C’est ce qu’on appelle une guerre civile, car elle dresse l’armée d’une nation contre ses propres concitoyens. C’est ce qui arrive aujourd’hui. Alors qu’en 1914, c’était une guerre militaire.

L’infirmier prit la main de la petite dans la sienne tout en marchant, ralentissant un peu pour s’adapter à son pas. Au final, la situation était « très simple ». Une nation virant à la dictature, les citoyens prenant les rames pour éviter d’être exterminés pour la seule faute d’appartenir à un groupe pointé du doigt comme étant l’ennemi commun. Les raisons poussant au combat étaient toujours si affreusement simples, quand on y réfléchissait bien ! Quand bien même la plupart pourraient être réglés par la diplomatie. Las, l’être humain ne pensait pas toujours à la diplomatie, et dans leur cas, ce stade avait été évincé depuis bien longtemps.

– Les élémentaires sont un outil, poursuivit-il en rentrant à l’abri avec elle. Auparavant, les gens n’en avaient pas forcément peur. Il y avait un manque de compréhension, souvent, mais un don n’était pas considéré comme une chose foncièrement mauvaise. Ça l’est devenu car les hommes à la tête de la nation ont mené durant des années un vaste programme de manipulation de masse, à travers les journaux, médias et hommes influents, pour faire naître la peur. Cette propagande s’est accélérée en 1930 et 1931, pour finalement éclater avec violence aujourd’hui. Lorsqu’un pays veut imposer de plus en plus de sécurité, il doit d’abord convaincre que la population qu’elle est en danger et leur donner un groupe émissaire, comme source de ce danger. Parce que les élémentaires ont ces dons, cette « différence », ils peuvent servir d’ennemis communs.

Ça aussi, c’était très simple. On rassemblait la populace en lui pointant un danger commun, que tout le monde pouvait facilement identifier puis y diriger sa haine. Un principe de manipulation qui avait déjà servi une multitude de fois, dont tout le monde connaissait le principe, et qui, pourtant, fonctionnait encore ! Par quel putain de miracle était-ce possible ? Franchement, ça le dépassait, lorsqu’on s’efforçait de lire un peu entre les lignes, on réalisait vite l’évidence, il suffisait de prendre du recul sur la situation. Oui, voilà bien le problème, savoir prendre du recul… On ne pensait pas à analyser lorsqu’on lisait tranquillement son journal le matin avec un thé ou un café. Ni lorsqu’on écoutait la radio comme ça pendant qu’on travaillait dans un commerce ou ailleurs. Les messages rentraient sans qu’on ne le réalise, la peur était distillée un peu plus chaque semaine, et voilà le résultat. Il serra un peu la main d’Artémis dans la sienne, dans l’espoir de la réconforter un peu. Elle était en âge de comprendre tout ça, les enfants étaient plus intelligents que beaucoup ne voulaient l’admettre, ils comprenaient bien des choses importantes.

– Tant que chacun reste fidèle à ses valeurs et ses principes, tout ira pour le mieux. J’ai toujours vu ton papa suivre les siennes sans jamais dévier. Il s’en sortira.

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MessageSujet: Re: Changement radical de vie   Jeu 12 Avr - 21:07


 
  Changement radical de vie
  « La vie ce n’est pas d’attendre que les orages passent, c’est d’apprendre comment danser sous la pluie. »

 
« – La guerre vient pour deux raisons. La première, c’est lorsqu’une nation est menacée par une autre, de façon assez flagrante pour qu’elle doive dresser son armée et sa force de frappe contre elle. Dans ce cas-là, c’est une guerre contre un autre pays, voire dans un même pays, une région importante contre une autre. On appelle ça une guerre militaire car ce sont des armées contre des armées. La seconde raison est lorsqu’au sein d’un même pays, le pouvoir en place devient si menaçant et répressif que la population doit se battre contre lui pour conserver ses droits, ses libertés, et surtout survivre. C’est ce qu’on appelle une guerre civile, car elle dresse l’armée d’une nation contre ses propres concitoyens. C’est ce qui arrive aujourd’hui. Alors qu’en 1914, c’était une guerre militaire. »

Artémis serra les doigts sur ceux du docteur quand il lui prit la main tout en marchant, réfléchissant déjà à ce qu’il lui expliquait. Pour elle, même si on séparait la guerre en deux « catégories », civile ou militaire, elle ne voyait pas ce que ça changeait vraiment, au fond. Dans les deux cas, il s’agissait de combattre et se taper dessus, non ? Il devait bien y avoir un camp perdant, donc plein de morts, comme on le racontait dans les livres d’Histoire, comme pendant la Grande Guerre, justement… Elle avait peur, c’est tout. Peur d’apprendre, d’ici quelques jours, que son papa était mort à la guerre. Qu’elle allait grandir sans lui. Qu’elle pouvait le perdre du jour au lendemain. Comme madame Eva avait perdu la vie.

« – Les élémentaires sont un outil, poursuivit-il en rentrant à l’abri avec elle. Auparavant, les gens n’en avaient pas forcément peur. Il y avait un manque de compréhension, souvent, mais un don n’était pas considéré comme une chose foncièrement mauvaise. Ça l’est devenu car les hommes à la tête de la nation ont mené durant des années un vaste programme de manipulation de masse, à travers les journaux, médias et hommes influents, pour faire naître la peur. Cette propagande s’est accélérée en 1930 et 1931, pour finalement éclater avec violence aujourd’hui. Lorsqu’un pays veut imposer de plus en plus de sécurité, il doit d’abord convaincre que la population qu’elle est en danger et leur donner un groupe émissaire, comme source de ce danger. Parce que les élémentaires ont ces dons, cette « différence », ils peuvent servir d’ennemis communs. »

Mais pourquoi le pays voulait imposer plus de sécurité ? Pourquoi pointer du doigt un groupe entier, pourquoi faire monter la haine, pourquoi vouloir créer des ennemis communs, c’était le quoi le but final de tout ça ? Puisque le Gouvernement avait déjà le pouvoir, ça servait à quoi de faire peur aux gens ? Pour encore plus de pouvoir ? Mais alors, ils poussaient des gens comme son papa à se battre, du coup, ça n’avait aucun sens, ils pourraient avoir leur pouvoir d’une autre façon. Non ? Tête baissée, elle renifla un peu, sentant à la pression exercée sur sa main que le docteur essayait de la réconforter un peu. Son sourire fut un peu tremblotant quand il lui dit que papa s’en sortira. Elle voulait y croire, s’accrocher à ça. Y croire vraiment.

En rentrant dans la bibliothèque, elle reprit le ménage avec le docteur et le nouveau bibliothécaire, pour se vider la tête un bon coup. De temps en temps, elle allait aussi voir le bébé qui dormait, fondant devant cette petite bouille tellement adorable. Il lui serrait même le doigt quand elle le glissait dans son petit poing ! C’était idiot de sourire pour ça ? Elle ne savait pas trop, elle aimait juste beaucoup jouer avec les bébés. Artémis se redressa puis alla chercher d’autres livres pour les ranger, ses pensées revenant vers la guerre sans qu’elle puisse s’en empêcher, vers madame Eva.

« – Pourquoi madame Eva était toujours triste ? murmura-t-elle. Vous croyez qu’elle avait peur de mourir ? »

 
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Adrien de Sora
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MessageSujet: Re: Changement radical de vie   Sam 21 Avr - 9:58

On ne pouvait pas vraiment dire grand-chose pour réconforter les proches de ceux qui étaient partis, mis à part des paroles creuses du type « Tout ira bien, ne t’en fais pas ». C’était mentir, en plus, qui pouvait être sûr que tout ira bien, réellement ? Finalement, le mieux, c’était ceux et celles qui avaient pris soin de dire la vérité à leurs proches, de leur dire que c’était vrai, qu’ils pouvaient ne jamais revenir et qu’ils devaient se préparer à cette idée, car c’était la réalité, c’était la guerre. En revenant dans la bibliothèque, Artémis fila reprendre sa tâche, tout comme lui, s’arrêtant juste pour confirmer à Quentin que pas mal de personnes étaient d’accord, pour ce midi. Ce dernier lança que c’était bien, sans en faire plus de cas que ça. Difficile de savoir à quoi il pensait, il affichait souvent une désinvolture marquée, et pourtant, il était aussi conscient de la réalité qu’eux tous comme il avait travaillé comme passeur pour la Résistance, en plus de faire rentrer armes, matériel et diverses ressources au sein des cellules Rebelles. Le ton désinvolte pouvait aussi être une façon de ne pas se laisser détruire par la réalité.

Tout en travaillant à nettoyer les étagères et ranger les livres, il y réfléchit, aux moyens utilisés par les uns et les autres pour tenir debout et continuer de combattre. Le plus extrême était sans doute celui de se « perdre » soi-même, comme l’avait fait Bradley. Perdre une partie de soi et de ses sentiments, pour ne pas sombrer dans la dépression la plus pure et pouvoir poursuivre, agir tout de même. C’était le chemin que suivait aussi Gabriella depuis un bon moment. Sinon… Il ya avit ceux qui s’appuyaient sur l’idée qu’ils avaient des proches à les attendre, ceux qui s’aidaient d’un caractère affirmé, du courage ou d’autre chose. Et ne pas oublier la vengeance, non plus, pour la plupart… Haine et envie de vengeance étaient aussi des moteurs puissants pour bien des personnes, au sein de la Rébellion. La loyauté, le courage, la colère, la peur, la haine, la vengeance, la volonté d’agir, le devoir, tant de sentiments et émotions poussaient à combattre. Adrien s’accroupit pour nettoyer le bas de l’étagère, puis passer de la cire en douceur, en silence, aussi. L’ambiance restait lourde, on ne pouvait rien y faire, toute l’attention était tournée vers Paris.

– Pourquoi madame Eva était toujours triste ? murmura-t-elle. Vous croyez qu’elle avait peur de mourir ?

– Honnêtement, non.

Dans ce journal, qu’il avait lu, alors qu’il n’aurait jamais dû, il en avait conscience, la peur de mourir ne transparaissait jamais, bien au contraire… Elle avait toujours su que sa fin serait rapide, qu’elle partirait jeune elle aussi, et que c’était cette dernière ligne à franchir qui pouvait enfin la rendre en paix. Pas heureuse, elle ne pouvait plus, mais au minimum en paix. A présent, Adrien se demandait s’il devait vraiment en parler à quelqu’un, s’il devait avouer ce qu’il avait lu dans ce journal et dévoiler ainsi la vie d’une femme qui ne l’aurait certainement pas désiré. Même si un journal était un témoignage laissée par une personne, rien ne signifiait que cette personne veuille qu’il soit rendu public après sa mort. Ne serait-ce que par respect, envers elle, sa mémoire, il ne pouvait pas raconter qui elle était ni ce qu’elle avait traversé. Il tendit donc la main à Artémis, toujours accroupi, pour la rapprocher de lui et lui sourire, d’un air réconfortant. Il lui dit que mademoiselle Doucet avait eu une vie très difficile et que c’était pour ça qu’elle semblait toujours si triste.

– Mais aujourd’hui, elle en paix. La mort n’est pas toujours source de tristesse, elle peut aussi être un soulagement pour les personnes très lasses de cette vie, qui ont beaucoup souffert, ou même pour les personnes bien âgées, qui ont beaucoup vécu. Pour ces personnes-là, dont faisait partie Eva, il ne faut pas être malheureux mais content pour elles, car elles sont enfin en paix.

Il l’embrassa sur le front puis lui tapota l’épaule en lui disant de ne pas trop penser à ça, aujourd’hui, ils avaient du travail et au déjeuner, il faudra préparer le déjeuner avec tout le monde. Un instant plus tard, lorsque Quentin vint apporter les encyclopédies qui devaient prendre place sur cette étagère, il lui murmura qu’il n’était pas entièrement convaincu qu’une enfant de cet âge puisse entièrement comprendre ce qu’il venait d’expliquer. Peut-être, peut-être pas, ça dépendait beaucoup des enfants eux eux-mêmes, ce qu’ils avaient déjà traversé, connu. C’était naturel que la petite se pose ce genre de questions, son père combattait, elle vivait dans la crainte de le perdre et elle en avait vu d’autres revenir allongés entre quatre planches. Ils ne pouvaient pas épargner aux enfants vivant déjà ici ce genre de visions et ne le devaient peut-être pas, d’ailleurs. C’était la réalité. Brute et nette. Vouloir la cacher aux enfants, sous prétexte de leur âge, ce serait aussi idiot qu’inutile, eux aussi avaient le droit de savoir quel était le monde dans lequel ils vivaient, ils devaient s’y préparer comme les adultes.

C’était ça le plus horrible, finalement, ils en étaient rendus à un point où mêmes les enfants ne pouvaient plus être épargnés par ce qui arrivait, ils le vivaient eux aussi au quotidien et ça n’ira pas en s’arrangeant. Il s’efforça lui aussi de en plus trop y penser pendant l’heure et demie suivante, où ils nettoyèrent, rangèrent, classèrent, firent un maximum en sachant que ça leur prendra encore pas mal de temps. Lorsque midi sonna, Adrien alla se laver les mains dans le petit lavabo, des toilettes de la bibliothèque, puis emmena son fils dans sa poussette, suivi d’Artémis et de Quentin. Ils allaient tous se rassembler dans le réfectoire, pour ce midi. En entrant, on était d’abord frappé par l’odeur de vernis, se dégageant des tables. Les murs étaient en pierre, les nettoyer et consolider avaient suffit, mais toutes les tables étaient d’époque et en bois. Un menuisier les avait raboté, réparé une ou deux, et verni. La plupart des bancs avaient subi le même traitement, ce qui faisait qu’on se croirait vraiment dans un réfectoire du Moyen-Âge. Allez, c’était Noël, autant faire en sorte que le temps d’un repas, la tristesse s’éloigne un peu des âmes.

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