Pensionnat de la Ste Famille

1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Les adultes ont vraiment été petits...

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Laura K. Nakajima
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Âge RPG : 14 ans

MessageSujet: Les adultes ont vraiment été petits...   Mar 20 Fév - 21:21

Laura peinait vraiment à retrouver ses marques, des points de repères quelconques lui permettant de ne pas se sentir trop étrangère à cette famille. Il y avait une certaine ambiance, un air caractéristique des maisons japonaise d’après le peu qu’elle avait pu voir jusqu’à présent, qui ressemblait à l’ancienne maison de monsieur Nakajima, à Gray. Mais elle ne se sentait pas à l’aise malgré tout, ne le montrant pas et tâchant de sourire, de se comporter comme d’habitude. Autant avec son frère qu’avec la famille Nakajima, même si Jasper devait ressentir la même chose qu’elle. Lorsqu’ils avaient parlé du Japon, Genji et elle, il était prévu qu’ils sortent tous les trois pour visiter le coin, voir un peu du pays afin de ne pas rester cloîtré à la maison durant deux semaines. Seulement, entre-temps, il y avait eu le sérieux accident de son… cousin qui l’empêchait légèrement de bouger. Et puis, cela ne faisait que trois jours qu’ils étaient arrivés, Laura décomptant mentalement les jours restant avant de revenir en France. Ce n’était pas par envie de rentrer parce qu’elle n’était pas à l’aise ici mais parce qu’elle ignorait ce qu’il se passait là-bas.

Et il y avait ce message dont le maître Shigeyuki avait parlé… Le message qui serait diffusé le 24 décembre, et que Laura ne pouvait s’empêcher de redouter, comprenant bien mieux les réactions de son tuteur. Elle faisait tous les efforts du monde pour le dissimuler, essayant de s’entraîner comme il le lui avait ordonné mais cela restait très difficile. Mais, pour l’instant, elle était restée bloquée, n’y parvenant pas, sortant dans le jardin pour « ressentir » comme il le lui avait dit sans que son esprit ne se laisse porter. Maintenant, la fatigue devait jouer aussi même si elle avait dormi autant que Solène, émergeant encore la veille lors du repas un peu… Non, très spécial avec l’ancien professeur de monsieur Nakajima. A vrai dire, elle se cherchait sûrement des excuses mais ne cessait de se dire que ce n’était pas très grave, pour un ou deux jours, qu’elle allait encore essayer mais qu’elle devrait peut-être demander à Eisen, son oncle donc, comme il le lui avait conseillé… En attendant, c’était le silence complet sur tout cela. Tout était trop intimidant ! Laura l’avait repéré dès le début, pourtant, lors des présentations, mais elle n’avait, tout simplement, pas encore pris le temps de lui parler comme il travaillait aussi. Seuls Jasper, Genji, Océane et elle étaient en vacances, en fin de compte.

Pour s’occuper, Laura avait demandé à la mère de Genji si elle pouvait aider à nettoyer la maison avec eux, demandant quelle tâche elle pouvait accomplir sans risquer de les gêner. Et puis, c’était aussi une manière de visiter un peu sous un autre angle, étant plus hésitante pour mener une véritable exploration comme ils en avaient l’habitude avec Jasper lorsqu’ils arrivaient quelque part. Lui aussi était occupé, d’ailleurs, s’entraînant avec son don dans un coin tranquille comme il faisait plutôt beau, dehors, mais très froid aussi. La matinée était relativement bien avancée, maintenant, la collégienne nettoyant un meuble dans une des pièces devant servir d’atelier ou de débarras ou… elle ne savait pas trop, en réalité. Voilà maintenant une heure qu’elle était agenouillée ici à tout nettoyer correctement, tombant sur des objets dont elle ne connaissait pas le nom, encore moins la définition, cheveux attachés en une queue de cheval pour ne pas avoir trop chaud. La mère de Genji lui avait prêté une tenue pour l’occasion pour éviter qu’elle ne se salisse, un genre de tablier un peu trop grand pour elle mais qui la protégeait bien. Avec un chiffon, elle termina de frotter, en tirant un peu la langue, un genre de vase assez imposant, très lourd, comme une jarre, qu’elle remit difficilement en place, manquant de la faire tomber, avant de souffler en se passant le bras sur le front.

Laura – Doucement, ce n’est pas le moment de casser des choses…

A genoux, à demi-redressée, elle lâcha très doucement le vase sans bouger pendant quelques secondes afin de s’assurer qu’il tienne bien, qu’il reste droit sans risque de tomber. Avec le vent qu’elle ne maîtrisait pas, elle ignorait si elle pouvait le renverser déjà maintenant ou non et préférait jouer la carte de la prudence – pour une fois. C’est aussi pour cette raison que Laura pensait de plus en plus à sa promesse de s’entraîner, chaque heure qui passait la faisant culpabiliser en repensant à la discussion avec son tuteur. Mais, pour l’instant, elle avait autre chose à faire et devait encore nettoyer certaines choses. Se relevant pour de bon, assurée que le vase ne bouge plus, l’adolescente déposa son chiffon sur un coin de meuble qu’elle n’avait pas encore frotté pour quitter la pièce. Son intention première était de boire un peu d’eau mais sa curiosité l’emporta lorsqu’elle tomba, sur le chemin, sur une porte un peu entrouverte. L’ouvrant complètement, bénissant le système du Japon qui faisait que l’ouverture des portes était silencieuse ici, Laura jeta un coup d’œil à gauche et à droite, à l’extérieur, pour être sûre de ne pas se faire surprendre avant de risquer un œil à l’intérieur.

Il s’agissait d’une chambre, avec des photos posées çà et là et un lit – ou un futon… c’était comme ça qu’ils appelaient les lits ici, non ? – dans la pièce ainsi qu’une décoration plutôt épurée à l’image du reste de la maison. Laura aurait pu tout regarder pour détailler un maximum la pièce et essayer de découvrir qui dormait ici mais, avant même qu’elle n’en ait le temps, une image attira son attention. Se rapprochant, elle attrapa le cliché, la bouche légèrement entrouverte, choquée. C’était… C’était monsieur Nakajima ? Il était tellement jeune, sur cette photo ! Pourtant, c’était lui, elle aurait pu le jurer, sinon que feraient ses frères de part et d’autre de lui ici ? Il lui ressemblait, c’était sûr, tous les trois devaient avoir… à peine vingt ans. En tout cas, son tuteur ne les avait pas, clairement, mais il lui était extrêmement difficile de juger l’âge à partir d’une photo, cette famille avait l’air de ne pas être marquée par les années. Ou plus lentement, en tout cas.

Et s’il y en avait d’autre ? La curiosité de Laura touchée, ses yeux se mirent à chercher presqu’aussitôt un endroit où elle aurait pu trouver un album ou d’autres photos, quelque chose qui les rassemblerait toutes pour voir comment était son tuteur avant. Et le père de Genji, aussi ! Et puis, si elle trouvait des photos de son professeur plus jeune, à l’époque où il était agité ? Trouvant une commode, elle en ouvrit le premier tiroir pour tomber sur des vêtements, le délaissant sans fouiller puisque cela ne la regardait pas, ouvrant le deuxième puis le troisième sans plus de succès. Se baissant, Laura regarda en-dessous du meuble, ses lèvres s’étirant en un immense sourire lorsqu’elle trouva une petite boîte noire aux bords usés par le temps, en bois, similaire à celles qu’elle avait aussi trouvées chez monsieur de la Valière en faisant plusieurs explorations avec son frère, boîtes qui contenaient différents articles de journaux ou photos anciennes. Comme celle-ci.

S’asseyant à même le sol, elle ouvrit la boîte précautionneusement en soulevant le couvercle qu’elle déposa à côté d’elle pour tomber, d’abord, sur des… papiers de… qui parlaient de… Heu. Problème. Elle ne parlait pas un mot de japonais, le lisait encore moins. Frustrée, Laura fit une moue en sortant ce qu’elle ne pouvait pas déchiffrer pour le mettre dans le couvercle avant d’arriver à ce qui l’intéressait véritablement. Un album à la couverture cartonnée avec une inscription qu’elle ne pouvait pas déchiffrer et… Des photos. Plein de photos ! Ses yeux s’illuminèrent immédiatement et elle ouvrit l’album pour découvrir une photo de trois garçons de cinq ou six ans, dans ces environs-là, en train de jouer ensemble autour d’une petite table. Ensuite, c’était dehors, tout simplement. Ils se couraient l’un après l’autre, un peu salis d’ailleurs, mais tellement différents d’aujourd’hui. Ils riaient et étaient assez petits et, même si Laura ne savait pas lire ce qui était écrit, elle devinait qui était sur ces photos. Monsieur Nakajima et ses frères… Ils étaient si petits, si jeunes ! Et ils avaient joué dehors, eux aussi, avec une taille plus comme la sienne avant, des cheveux moins bien « coiffés » à force de courir, des photos de sortie…

Sur l’une, elle vit un genre d’entraînement, les postures indiquant qu’ils s’entraînaient déjà assez jeunes. Quel âge avaient-ils, tous les trois, sur ces clichés… ? Pas plus de dix ans, Laura en était convaincue. Jetant un œil à la photo encadrée où ils étaient plus âgés, tous les trois, près du lit, elle resta un moment à relever et rabaisser la tête pour chercher des similitudes, des traits communs et fut bien obligée d’admettre que c’étaient bien eux. Quelque chose dans leurs yeux avait changé cependant, surtout dans ceux de son professeur… Il semblait moins… plus… Comment qualifier cela ? Sans doute était-ce l’événement dont il lui avait parlé avant les vacances. C’était à ce moment qu’il avait quitté la maison ? Songeuse, elle essaya de trouver d’autres informations pour comparer, restant sur la photographie des frères jouant ensemble qu’elle posa à côté d’elle, se tournant légèrement pour apercevoir sans le voir un des adultes de la famille avant de revenir à ses fouilles… pour réaliser ce que ses yeux venaient de voir. Laura eut un moment d’arrêt, se tournant juste pour vérifier, et constata qu'un des frères de son tuteur était là, à l’observer près de la porte, celui qui restait toujours avec le père de Genji. Problème en vue… Elle n’était pas censée être ici et n’avait rien entendu, rien du tout ! Désolée, désolée, désolée !

Frère de M. Nakajima – C'est la révélation qu'on a été petits, nous aussi ?

Laura – Je… Non, non, je savais que vous aviez été petits, dit-elle très vite, un peu gênée malgré tout. Je suis désolée, je n’aurais pas dû fouiller dans vos affaires, j’ai juste vu la photo de notre tuteur et je… J’ai été attiré, puis j’ai voulu chercher des informations ou… Pardon, c’est à vous. Je n’aurais pas dû.

Evidemment, Laura savait qu’ils avaient été petits, c’était logique ! Mais… Bon, d’accord, dans sa tête, elle avait réellement du mal à voir son tuteur comme un ancien enfant, il était si… Plus intimidant, non, mais il avait quelque chose qui la poussait à ne pas le contredire ni lui mentir. Surtout depuis leur discussion au presbytère. Elle se redressa, frottant un peu ses vêtements par réflexe puis tendit l’album au frère de monsieur Nakajima, promettant de tout ranger, vraiment tout. Elle avait seulement été curieuse et savait que ce n’était pas bien, ce qu’elle ajouta aussi à mi-voix.

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Munemori Nakajima
Peintre
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Âge RPG : 43 ans

MessageSujet: Re: Les adultes ont vraiment été petits...   Mer 21 Fév - 10:38

Ce client avait définitivement un terrible manque de goût, à moins qu’il n’aime tout simplement dépenser son argent à tord et à travers dans des objets de décoration tapageurs, trop gros et trop colorés. Enfin, tant qu’il était payé… Munemori termina de déposer le tout avec soin dans les emballages et les boîtes en bois, avec du papier de soie pour protéger le tout, ficelant ensuite les boîtes. Cette commande lui avait pris un temps fou, c’était le genre difficile à refuser, quand bien même le commanditaire avait des goûts artistiques particulièrement affreux. Une fois fait, il prit soin d’inscrire l’adresse, la sienne, les mentions légales, les prix puis quelques conditions d’ouverture des boîtes, avant d’entreposer le tout à l’arrière de la maison, quelqu’un devait passer le soir venu pour récupérer le tout et l’expédier. Maintenant, nettoyer son atelier, heureusement que plus personne ne se formalisait qu’il y ait eu tellement de tâches de peinture sur le parquet que ce dernier avait fini par en perdre sa couleur d’origine, même à force d’être nettoyé et re-nettoyé. Bon, au boulot. Il commença par mettre son tablier à tremper dans un baquet d’eau chaude, puis rangea, au moins soulagé d’avoir enfin achevé ce travail-ci.

On arrivait bientôt à la période où chacun allait cesser le travail et l’école pour se consacrer vraiment au grand nettoyage rituel de fin d’année, d’ici là, seuls ceux à la maison qui étaient déjà en repos ou n’avaient pas d’emploi à l’extérieur participaient à l’effort collectif. Munemori avait bien hâte d’être au Nouvel An, c’était une fête très importante et elle aidait chacun à se mettre de bonne humeur et détendue. Oh, il devait aussi songer aux kimonos à faire porter aux enfants de Kimmitsu, à Solène et à Océane, cette nuit-là. Lorsqu’on en était capable, on prenait soin de coudre soi-même les étoffes, mais bon, il doutait que leurs compétences en coutures aillent aussi loin, sans vouloir les dénigrer, ce n’était pas la même culture, par ailleurs, coudre un habit traditionnel d’un pas étranger était aussi plus difficile. Emmener tout ce petit monde en magasin sera plus simple. Pour Solène… Mmh, mieux valait voir ça directement avec un tailleur, pour ajuster une tenue qui lui plaira, avec sa grossesse, qu’elle ne se sente pas oppressée. Pour les enfants, il pensait trouver ce qu’il fallait en ville.

Tout en réfléchissant à ça, il remontait le couloir pour aller vérifier si les petits n’avaient besoin de rien, et aussi trouver les enfants pour les courses, lorsqu’il remarqua au passage un peu de mouvement dans la chambre de Josuke. Mmh ? Poussant avec douceur la porte coulissante en plus grand, il s’appuya contre le chambranle en souriant, lorsqu’il vit la petite Laura le regard plongé dans un album photo, assise par terre. Josuke aimait bien regarder les vieilles photos, de temps en temps, là où sa femme passait bien du temps à en prendre des nouvelles, ces deux-là étaient faits pour s’entendre. Parfaitement silencieux, il se contenta d’attendre et de l’observer, sans la déranger pendant son exploration, voyant juste qu’elle avait dû s’interrompre en plein ménage. A un moment, elle releva vaguement les yeux sur lui, sans doute perdue dans ses pensées car elle ne réagit pas tout de suite. Il faillit éclater de rire lorsque l’information lui tilta brusquement au cerveau et qu’elle sursauta à moitié. Son fils aîné avait exactement la même réaction lorsqu’il était plongé dans un sujet et qu’il ne voyait pas tout de suite qu’il n’était plus seul. C’était mignon quand les enfants faisaient ça.

Munemori – C'est la révélation qu'on a été petits, nous aussi ?

Laura – Je… Non, non, je savais que vous aviez été petits, dit-elle très vite, un peu gênée malgré tout. Je suis désolée, je n’aurais pas dû fouiller dans vos affaires, j’ai juste vu la photo de notre tuteur et je… J’ai été attiré, puis j’ai voulu chercher des informations ou… Pardon, c’est à vous. Je n’aurais pas dû.

Il n’y avait pas de mal, tous les jeunes faisaient ça tôt ou tard, de chercher des photos ou des albums, pour voir comment étaient leurs parents, leurs familles ou même la vie, plus simplement, avant qu’ils ne viennent au monde. C’était naturel, pour ainsi dire. Il s’approcha lorsqu’elle se redressa et tendit l’album, tout en bafouillant qu’elle était désolée, qu’elle allait tout ranger, et qu’elle savait que ce n’était pas bien d’être curieuse. Le lui reprochait-il ? Il lui posa une main sur l’épaule en lui disant de se détendre un peu, il ne lui avait rien reproché.

Munemori – Ce ne sont pas des secrets d’état, tu sais. Mes deux plus grands enfants adorent aussi mettre le nez là-dedans, dès qu’ils le peuvent. Enfin, « grands », ils sont beaucoup plus jeunes que toi. Tu as parfaitement le droit de regarder.

Assis par terre, il ramassa la photo, posée près du couvercle de la boîte et de quelques lettres, où ils jouaient tous les trois dans le jardin. C’était il y a une éternité… Quel âge avait-il là-dessus, cinq ans ? Peut-être six, tout de même. Le même âge que sa fille aujourd’hui, voilà qui ne le rajeunissait pas du tout. Il ne se souvenait même plus de l’endroit où avait été prise cette photo, le coin ne lui était pas familier… Ce devait être chez un des amis de son père, dans un autre village, il n’était pas certain. L’autre photo, où ils jouaient à l’intérieur, était chez eux, cette fois-ci, il reconnaissait la pièce à vivre, où ils avaient l’habitude de s’installer. Munemori souriait doucement, assez attendri, en revoyant ces clichés, c’était parfois incroyable comme on sentait que tout ça appartenait à une autre vie, les enfants en eux partaient loin pour qu’ils puissent se consacrer à leurs vies d’adulte. Il donna la photo à Laura en lui disant qu’elle pourra en garder quelques unes, si elle voulait, comme il savait que Kimmitsu n’avait absolument rien emporté en quittant le pays. Il n’avait pas pris grand-chose tout court, d’ailleurs. Il tapota du doigt une des photos dans les premières pages de l’album, montrant six hommes, près d’un couple plus âgé, puis mit le doigt sur l’homme le plus à droite. Un cliché bien vieux, celui-ci, jauni par le temps.

Munemori – Tiens, c’est lui notre père. Avec tous nos oncles. Ils sont morts à la guerre, tous.

Le ton restait neutre, il était dans leur culture d’honorer leurs morts et d’être fiers de leurs ancêtres qui avaient trouvé une fin honorable au combat. Il ne se souvenait pas beaucoup d’eux, cela remontait à loin. Un autre cliché, dessous, plus grand et moins abîmé, montrait leurs deux parents, debout dans une petite cour et tenant un bébé dans leurs bras. Si leur mère souriait à pleines dents en serrant son enfant contre elle, les traits tirés de fatigue mais rayonnante, leur père était toujours aussi sérieux et ferme, dans son attitude, sourire était définitivement trop lui demander. Il expliqua à Laura que cette photo datait de quelques jours après la naissance de Josuke, il y a de cela 45 ans, maintenant. Bon sang, dit comme ça, le coup de vieux était bon pour leur pomme. La photo prise à sa propre naissance suivait, puis celle avec Kimmitsu, puis leurs sœurs, etc. Chacune dans l’ordre. Sur la photo de naissance de Kimmitsu, ses deux frères étaient là, tous les deux. Josuke était debout, du haut de ses trois ans, lui-même était dans les bras de son père, âgé d’un an à peine, et le bébé dormait dans ceux de sa mère.

Munemori – J’ai su que ça se faisait aussi en France, de photographier la famille lors de la naissance d’un nouvel enfant, avec ses frères et sœurs s’il en a. On prend aussi des « photos officielles », si on peut dire ça, aux passages importants de la vie. Et des photos avec les mentors importants. Là, c’étaient ceux de ton père.

Il lui montra un cliché où Shigeyuki, parfaitement reconnaissable malgré ses trente ans ans de moins, était debout, bien droit et les mains dans le dos, regardant le photographe très formellement. Il avait bien plus de cheveux qu’aujourd’hui et était vêtu de l’habit traditionnel de son dojo. A ses côtés, assis sur un muret de pierre, un homme bien plus âgé avait les mains posées contre lui et souriait avec douceur. La photo était en noir et blanc et parvenait tout de même à rendre la douceur de son regard. Il souriait avec un air très serein, peut-être même légèrement amusé. Sa tenue était simple, un kimono léger, recouvert d’un manteau noir, des sandales et des chaussettes.

Munemori – Il s’appelait Ogai, c’était lui qui a enseigné la maîtrise du vent à notre frère. Un homme très… Il était patient, il avait vraiment un don pour écouter les autres et leur faire dire ce qu’elles avaient sur le cœur. Dans sa jeunesse, il a beaucoup voyagé, puis il est revenu s’installer au village et travailler avec les jeunes élémentaires. Il est décédé, de vieillesse, en 1911, quelques mois après le départ de Kimmitsu pour la France, puis il a été inhumé au cimetière du village. Kimmitsu l’aimait beaucoup, je crois qu’il le voyait comme un véritable père. Il aurait été curieux de vous voir, discuter avec toutes les personnes venant d’autres pays et cultures le fascinait beaucoup.

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Laura K. Nakajima
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Âge RPG : 14 ans

MessageSujet: Re: Les adultes ont vraiment été petits...   Ven 23 Fév - 22:36

Contrairement à ce qu’elle pensait, son nouvel oncle n’était pas énervé ni vexé, au contraire, puisqu’il posa une main sur son épaule en lui disant de se détendre un peu, il ne lui avait rien reproché… Et ne comptait pas le faire, visiblement. Laura s’adoucit, se détendant d’un coup en entendant ces paroles, rassurée, son regard se reportant immédiatement sur l’album et les photos découvertes que le frère de son tuteur tenait dans les mains, une moue aux lèvres. C’était bizarre, quand même. Normal qu’ils aient été jeunes mais bizarre malgré tout, elle ne les imaginait pas… comme eux, en fait. Comme s’ils étaient devenus sérieux et adultes directement sans vivre les mêmes choses qu’eux – même si, en un sens, ce dernier point était vrai puisqu’ils avaient grandi au Japon. Et, peut-être était-ce une impression, mais il avait l’air d’être le plus jeune des trois. Peut-être. En tout cas, plus doux, ou alors habitué aux enfants, ou plus joueur, ou… Difficile à décrire. Qu’il soit un oncle était moins dur à accepter, pour Laura, même si c’était bête à dire alors qu’elle n’avait fait que l’observer, sans vraiment lui parler. C’était même lui qui était près de Jasper lors de leur dispute, elle-même était entre monsieur Nakajima et Solène.

Oncle – Ce ne sont pas des secrets d’état, tu sais. Mes deux plus grands enfants adorent aussi mettre le nez là-dedans, dès qu’ils le peuvent. Enfin, « grands », ils sont beaucoup plus jeunes que toi. Tu as parfaitement le droit de regarder.

Oh… C’est vrai ? Laura le remercia alors qu’il venait de s’asseoir à côté d’elle, ramassant les photos et documents qu’elle avait retiré de la boîte. Pendant qu’il les rangeait, elle l’observa, remarquant dans son air la même chose que chez certains adultes plus âgés qui croisaient de petits enfants occupés à courir dans la rue. Il souriait en les regardant, sans doute empreint de nostalgie parce qu’il ne les avait pas souvent sous les yeux. D’ailleurs, pourquoi toujours ranger les vieilles choses dans des boîtes ? S’il s’agissait d’un moyen de les préserver du temps qui passe, au moins un peu, Laura trouvait dommage de les mettre dans un coin caché et non en évidence. Mais, étant donné le passé de son tuteur, cela se comprenait… Ne pas regarder le passé et toujours se tourner vers l’avenir, sauf que c’était paradoxal puisque le passé les avait construits et menés à ceux qu’ils étaient aujourd’hui. C’était très étrange et compréhensible à la fois, rester dans le passé ne permettait pas d’avancer, son professeur le lui avait déjà fait comprendre cet été, tout comme Antoine lors de la dispute avec Jasper.

Son oncle la tira de ses pensées en lui donnant une des photos qu’elle avait déjà vues, celle où ils jouaient ensemble, à trois, dans une pièce, enfants, en lui disant qu’elle pourrait en garder quelques-unes si elle le voulait. Oh… Vraiment ? Mais pourquoi ? Laura ne comprenait pas, faillit d’ailleurs demander pourquoi il l’autorisait à prendre certaines photos, mais se ravisa en songeant qu’il la considérait sûrement comme faisant partie de sa famille à part entière comme son frère. C’était encore nouveau, pour elle, jamais elle n’aurait pensé que leur… nouvelle famille les accepterait aussi vite et sans aucun a priori. Pourtant, depuis qu’elle était ici, Laura n’avait ressenti aucune animosité, aucun rejet, comme si leur présence était naturelle. Le frère de son professeur continua à tourner les pages de l’album jusqu’à tapoter, sur une photo, l’homme le plus à droite dans une photo de groupe. Il y avait un couple, de ce qu’elle pouvait voir, et le cliché semblait très vieux, un peu jauni par le temps qui passe. La collégienne se pencha un peu par-dessus la main de son oncle pour voir la personne qu’il désignait, un homme… qu’elle aurait pu dire jeune mais estimer son âge était difficile. Son air, lui, était très dur, ou distant, mais pas de la même manière que le maître Shigeyuki.

Oncle – Tiens, c’est lui notre père. Avec tous nos oncles. Ils sont morts à la guerre, tous.

Laura ne put s’empêcher de lever le regard, quittant la photo des yeux, prête à dire qu’elle était désolée avant de se raviser. Ils ne voyaient pas la mort de la même manière qu’eux, en France, ni même en Europe d’ailleurs, alors lui présenter ses condoléances serait malvenu. Son ton était resté neutre, en plus de cela, ils ne considéraient pas les décès comme des « événements » malheureux mais comme la suite de quelque chose, d’après ce que la collégienne avait pu comprendre. Elle reporta son regard sur les photos suivantes, ce dernier tombant sur un cliché bien plus grand et en meilleur état, présentant deux personnes, un couple, avec un bébé dans les bras. Qui était-ce ? La femme souriait, bien qu’apparemment épuisée, tandis que l’homme restait impassible et distant, dur… Oh. C’était le père de son tuteur, le grand-père de Genji.

Mais qui était le bébé ? A quand remontait cette photo ? Laura n’eut pas le temps de demander que son oncle devança sa question, précisant la date à laquelle elle avait été prise et l’identité du bébé. C’était… C’était le père de Genji ? Vu comme ça, il était bien plus fragile, moins intimidant, l’air moins… moins père de Genji. Quarante-cinq ans… Wow. Ouvrant les yeux un peu plus grands, elle essaya de retenir le plus de détails possible pendant que le frère de monsieur Nakajima tournait les pages, chacune montrant une naissance dans l’ordre. Naturellement, celle de son professeur retint davantage son attention… Il était entouré de ses frères, l’un debout et l’autre dans les bras de leur père. C’était… bizarre. Si petit ? Un bébé ? C’était vraiment lui ? Eux ? Il avait l’air si fragile, si bébé, si… différent d’aujourd’hui.

Oncle – J’ai su que ça se faisait aussi en France, de photographier la famille lors de la naissance d’un nouvel enfant, avec ses frères et sœurs s’il en a. On prend aussi des « photos officielles », si on peut dire ça, aux passages importants de la vie. Et des photos avec les mentors importants. Là, c’étaient ceux de ton père.

Laura eut un léger temps d’arrêt sur la dernière phrase de son nouvel oncle mais tâcha de le dissimuler approuvant ce qu’il venait de dire et regardant les personnes qu’il lui désignait. Un des mentors, donc, de son tuteur était un visage qu’elle connaissait, même si plus jeune : maître Shigeyuki. Droit, mains dans le dos, sans doute jointes, beaucoup plus de cheveux qu’aujourd’hui. Il portait le même habit qu’eux, à peu près d’après ce qu’elle put voir, lorsqu’ils avaient cours d’arts martiaux au dojo au Pensionnat. Elle commençait à comprendre d’où son tuteur avait tiré ses exemples pour se construire et devenir celui qu’il était aujourd’hui, qui avaient été les personnes à influencer sa vie et celles qui lui avaient donné la force d’avancer malgré les coups durs. Enfin… Laura identifiait sans problème maître Shigeyuki avec qui elle avait déjà parlé, mais l’autre homme ? Assis sur un muret en pierre, à côté, il avait un air bien plus doux que les personnes qu’elle avait vues en photos jusqu’à présent, plus âgé aussi, mais serein et calme d’après son sourire. Il portait un kimono avec un manteau noir, des sandales et des chaussettes. Tenue sobre et simple. Non, elle ne l’avait jamais vu…

Oncle – Il s’appelait Ogai, c’était lui qui a enseigné la maîtrise du vent à notre frère. Un homme très… Il était patient, il avait vraiment un don pour écouter les autres et leur faire dire ce qu’elles avaient sur le cœur. Dans sa jeunesse, il a beaucoup voyagé, puis il est revenu s’installer au village et travailler avec les jeunes élémentaires. Il est décédé, de vieillesse, en 1911, quelques mois après le départ de Kimmitsu pour la France, puis il a été inhumé au cimetière du village. Kimmitsu l’aimait beaucoup, je crois qu’il le voyait comme un véritable père. Il aurait été curieux de vous voir, discuter avec toutes les personnes venant d’autres pays et cultures le fascinait beaucoup.

Laura – J’ai l’impression que c’est le cas de toute votre famille… Vous agissez tous avec nous comme si c’était normal que nous soyons là alors que vous êtes le seul à nous avoir vus, Jasper et moi, avec votre frère et sa femme.

C’était bizarre, désolée, elle ne comprenait pas comment il pouvait faire. Elle faisait beaucoup d’efforts pour ne pas se sentir étrangère, vraiment, mais qu’ils les intègrent aussi vite sans se poser de questions ? C’était la première fois que Laura parlait avec cet « oncle » aussi longtemps et lui la voyait, sans aucun problème, comme sa nièce ! Il y avait quelque chose qui clochait, non ? Bon, pas « clochait », mais c’était à croire qu’ils vivaient des événements similaires tous les jours, ou très régulièrement, et que l’accueil était dans leurs habitudes. Alors qu’eux, en France, rejetaient toute personne différente, même un tout petit peu… C’était ridicule. Stupide. Alors qu’ils pouvaient découvrir beaucoup s’ils se refermaient un peu moins sur eux-mêmes.

Oncle – Parce que c'est normal, oui. Même si c'était la première fois qu'on vous voyait, nous aussi, ça n'y changerait rien, vous faites partie de la famille, c'est un fait. Et puis on a gagné un neveu et une nièce en plus, comment refuser ?

Et il termina avec un sourire en lui frottant les cheveux, tirant presqu’immédiatement une moue à Laura qui détestait ça. Elle avait toujours l’impression d’être une petite fille, hyper jeune, lorsque quelqu’un d’autre lui frottait la tête comme ici ! Elle ne réagit, cependant, pas avec une réaction vive pour ne pas vexer son nouvel oncle et avoir, réellement, un comportement d’enfant. En plus, ses paroles ne répondaient pas vraiment à ce qu’elle avait dit, c’était très étrange de considérer de nouvelles personnes comme membre de leur famille à part entière sans jamais les avoir vues. A en croire ce qu’il disait, c’était eux qui éprouvaient le plus de difficultés à se faire à l’idée de faire partie de la famille… Ce qui n’était pas faux mais c’était perturbant, surtout que leur tuteur avait longuement réfléchi d’après Solène, il n’avait pas pris la décision à la légère.

Alors que Jasper et elle n’étaient pas des adolescents faciles, bougeant tout le temps et restant dans leur coin. Laura le savait et le réalisait, elle ne se l’était jamais caché puisque c’était précisément leur but jusqu’à présent. Ennuyer le plus possible leurs parents, être dans le rejet constant et ne jamais les écouter, surtout. Son frère s’était renfermé sur lui-même, petit à petit, uniquement dans le but de la préserver de leur père et ils n’avaient jamais parlé plus que nécessaire à un autre adulte… Enfin, jusqu’à ce que monsieur Nakajima se mette en tête de les faire parler. Et son frère venait de dire que Ogai, sur la photo, arrivait à faire parler tout le monde et à écouter lorsqu’il le fallait ? Pas de problème, Laura voyait de qui son tuteur avait tiré cette faculté, aussi frustrante et horrible était-elle pour eux sur le moment.

Laura – Monsieur Nakajima fait comme Ogai, finit-elle par dire au bout d’un moment. Lorsque vous êtes venus, avec votre frère, et que vous avez… qu’on est rentré pour manger, il avait tout compris aussi. Alors qu’on ne lui avait rien dit du tout, même pour la dispute et même quand on disait que tout allait bien. Et puis, il arrive toujours à nous faire parler, il annonce toujours que le mensonge est exclu des cours, en tout cas dans ceux que j’ai suivis avec lui. Un jour, un élève a essayé de lui cacher qu’il était blessé et… Votre frère l’a vu.

Oncle – Il se plaignait parfois que son maître arrivait à faire ça avec lui, mais au final, ça sert beaucoup. On aurait aimé avoir cette capacité-là, nous aussi, ça nous aurait aidé dans pas mal de situations. Ne fais pas la tête, tu le feras aussi sûrement, dans quelques années.

Laura n’était pas sûre de vouloir le faire aussi, ce qu’elle ajouta tout bas, mais le fait que son tuteur se soit plaint de cette « capacité » était perturbant. Lui aussi avait cherché à cacher des choses lorsqu’il était plus jeune ? Mais pourquoi est-ce qu’il mettait tant d’énergie à ce qu’eux ne le fassent pas, alors ? Elle réfléchit un moment, cherchant à comprendre pourquoi il agissait de cette manière, essayant d’imaginer ce qu’avait été sa vie avant de partir pour la France à partir de cette photo. Les mentors… Ils étaient importants pour lui et il avait été très agité, plus que Jasper et elle réunis. C’était à cause du vent, tout ça ? Pourtant, ils imposaient aussi de la discipline, et beaucoup, la photo parlait d’elle-même. Et puis, il y avait le sport, le dojo, tout ça… C’était forcément cadré, non ? Laura releva à nouveau la tête vers son oncle, une moue aux lèvres pendant qu’elle essayait de remettre de l’ordre dans ses idées pour ne pas tout demander dans le désordre.

Laura – Comment est-ce qu’il était quand il était tout petit ? Il m’a dit qu’il était plus agité que Jasper et moi réunis mais son maître est en tenue pour le sport, comme nous quand on va au dojo, donc il s’entraînait aussi. S’il avait un cadre, comment est-ce qu’il pouvait être… plus agité ? Son maître a dit qu’il était étonné qu’il soit professeur, en plus. J’ai du mal à imaginer comment vous étiez ou… ce que vous faisiez, enfants. Mais si je ne peux pas demander, vous n’êtes pas obligé de répondre.

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Munemori Nakajima
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MessageSujet: Re: Les adultes ont vraiment été petits...   Ven 2 Mar - 11:07

Laura – J’ai l’impression que c’est le cas de toute votre famille… Vous agissez tous avec nous comme si c’était normal que nous soyons là alors que vous êtes le seul à nous avoir vus, Jasper et moi, avec votre frère et sa femme.

Munemori – Parce que c'est normal, oui. Même si c'était la première fois qu'on vous voyait, nous aussi, ça n'y changerait rien, vous faites partie de la famille, c'est un fait. Et puis on a gagné un neveu et une nièce en plus, comment refuser ?

Il tendit la main pour lui frotter les cheveux avec un large sourire, ravi en voyant qu’elle avait exactement la même réaction que sa fille, à savoir une moue boudeuse et un petit mouvement de recul. Ils comprendront plus tard que c’était le genre de petits gestes que les parents faisaient tout le temps, avec leurs enfants, c’était juste affectueux et qu’ils aient vingt ou soixante ans n’y changera rien ! Il la laissa ensuite regarder plus longuement la photo, comme elle se penchait à moitié dessus, tenant l’album entre ses genoux, assis en tailleur par terre. Cette photo-la avait bien failli ne pas être prise, le maître du dojo n’aimait pas particulièrement se poser pour être photographié, même pour les grandes occasions, il y avait eu du mal à le convaincre. Ogai, lui, avait été beaucoup plus doux et patient. Ils n’avaient su que beaucoup plus tard que c’était en réalité chez lui que leur frère avait passé les quelques jours ayant séparés son éjection de la maison de son départ du Japon, le vieil homme était resté très discret, là-dessus, ils n’avaient pu l’apprendre que grâce à un voisin, par pur hasard, près de cinq ans après la mort du vieil homme. Il était bon de savoir qu’il existait de telles personnes, dans le monde, capables de vous tendre aussitôt la main sans jugement, sans poser la moindre question, sans vous faire sentir mal à l’aise ou plus rejeté que vous ne l’étiez déjà, et sans, c’était le plus important, avoir de pitié pour vous mais juste de la compassion.

Laura – Monsieur Nakajima fait comme Ogai, finit-elle par dire au bout d’un moment. Lorsque vous êtes venus, avec votre frère, et que vous avez… qu’on est rentré pour manger, il avait tout compris aussi. Alors qu’on ne lui avait rien dit du tout, même pour la dispute et même quand on disait que tout allait bien. Et puis, il arrive toujours à nous faire parler, il annonce toujours que le mensonge est exclu des cours, en tout cas dans ceux que j’ai suivis avec lui. Un jour, un élève a essayé de lui cacher qu’il était blessé et… Votre frère l’a vu.

Munemori – Il se plaignait parfois que son maître arrivait à faire ça avec lui, mais au final, ça sert beaucoup. On aurait aimé avoir cette capacité-là, nous aussi, ça nous aurait aidé dans pas mal de situations. Ne fais pas la tête, tu le feras aussi sûrement, dans quelques années.

Même si elle ne le voulait pas aujourd’hui, ce qu’elle ajouta dans un murmure. Lorsqu’on s’occupait d’enfants ou d’adolescents, c’était un don très précieux, difficile d’en réaliser la valeur, par contre, lorsqu’on était encore jeune. Il sentit qu’elle avait d’un coup pas mal de questions lorsqu’elle releva la tête avec une petite moue aux lèvres. Tiens donc, cette expression-là était donc commune à tous les enfants, peu importe le continent où ils étaient nés ? C’était plus drôle, il ne l’aurait jamais réalisé sans l’arrivée de sa nouvelle nièce tout droit venue d’Europe. De toute manière, Munemori jugeait bien plus normal et agréable de pouvoir parler librement avec les enfants et répondre à leurs questions, la société avait évolué dans le bon sens, sur ce terrain. Lorsqu’ils étaient petits, ça ne se faisait pas de trop questionner les adultes. Il attendit qu’elle mette un peu d’ordre dans ses idées, sans rien dire, tout en terminant de ranger les papiers et les lettres correctement. Une fois fait, il remit l’album en place, qui commençait à glisser, les photos mal accrochées avec.

Laura – Comment est-ce qu’il était quand il était tout petit ? Il m’a dit qu’il était plus agité que Jasper et moi réunis mais son maître est en tenue pour le sport, comme nous quand on va au dojo, donc il s’entraînait aussi. S’il avait un cadre, comment est-ce qu’il pouvait être… plus agité ? Son maître a dit qu’il était étonné qu’il soit professeur, en plus. J’ai du mal à imaginer comment vous étiez ou… ce que vous faisiez, enfants. Mais si je ne peux pas demander, vous n’êtes pas obligé de répondre.

Munemori – Déjà, il faut te mettre dans le contexte. Quand nous étions enfants, le Japon peinait à sortir de la guerre et de crises assez violentes, beaucoup de choses étaient remises en question et dans le même temps, les traditions étaient plus ancrées que jamais car elles rassuraient tout le monde, le cadre de vie ramenait une stabilité dont tout le monde avait besoin.

Il lui montra une photo de la maison telle qu’elle était il y a une quarantaine d’années, en lui expliquant au passage que des gros travaux étaient faits tous les vingt ans, environ, pour changer les matériaux et les bases, car tout était fait pour durer une période donnée avant de restaurer, à cause des matériaux. C’était le cas pour une majeure partie des habitations, au Japon, on utilisait pas la pierre ou très peu. Elle était trop chère, le béton n’était pas non plus utilisé pour les habitats. Il lui montra ensuite une photo assez grande de leur mère, assez jeune et souriante à pleine dents. C’était au village, un soir de fête, sans doute le Nouvel An d’après sa tenue et le décor atour, avec tous les luminaires, les lampions, les échoppes… Il indiqua à sa nièce que le bébé que mère tenait dans les bras, une fillette âgée d’à peine un an, était Mustoko, leur petite sœur. Kimmitsu était juste à côté, s’accrochant au kimono de sa mère, à trois ans. Lui et Josuke portaient chacun lampion et regardaient ailleurs, au moment où la photo avait été prise.

Munemori – A cette époque, la vie était très simple. Nous allions à l’école, jouions dehors avec les copains et copines, apprenions à lire, à écrire… Le Nouvel An est la fête principale de l’année, dans ce pays. Jusqu’à ses sept ans, huit ans, Kimmitsu était plutôt calme, encore. Peut-être même plus timide que nous, maintenant que j’y pense. Il avait commencé ses cours au dojo à cinq ans, avec Shigeyuki. Josuke était déjà destiné à devenir chef de famille et avoir certaines responsabilités, moi, j’étais trop naïf et rêveur donc père ne savait pas trop ce que j’allais devenir. Kimmitsu, lui, arrivait à se concentrer longtemps et apprendre vite. Une vie complètement normale et cadrée… Puis il y a eu la naissance de son don, à sept ans, de mémoire. Et c’est à partir de là que tout est parti de travers, pour lui.

Il ne put s’empêcher de grimacer, tout en soupirant, feuilletant les pages avec lenteur jusqu’à trouver la photo qu’il cherchait. Sur celle-ci, leur frère devait avoir dix ou onze ans, déjà. Il était en tenue d’entraînement, en position de garde, son maître était juste derrière, les bras croisés, sa posture et son air montrant qu’il devait être occupé à lui expliquer quelque chose.

Munemori – Notre grand-père avait perdu ses deux dons, il avait le vent et le feu, depuis longtemps et ne vivait pas encore avec nous. Notre père détestait les élémentaires, surtout le vent pour être honnête, car c’était à cause de ça qu’il avait été blessé et que ses frères étaient morts, surtout. Nous étions enfants, on ne comprenait pas bien la situation… Ce n’est que maintenant, en réalité, que je réalise à quel point notre frère a dû se sentir de plus en plus isolé et que la cassure s’est faite plus profondément chaque jour. Son comportement a évolué, d’abord doucement, puis ça a « éclaté », si je peux dire ça, à ses dix ans. Il n’écoutait plus personne, à la maison, plus ça allait et plus les règles de vie lui pesaient. Puis les disputes ont commencé, entre lui et notre père, tous les jours, parfois plusieurs fois par jour, c’était juste infernal. Maître Shigeyuki a eu un mal de chien, au dojo, à le canaliser mais au final, c’est lui qui l’a beaucoup aidé. Il lui a fait contrôler son énergie, et Ogai lui a appris à s’en servir.

La tête tournée vers Laura, il lui expliqua comment ça s’était déroulé, plus en détails. A la maison, ce n’était pas possible de tenir, l’ambiance était trop mauvaise entre lui et leur père. Il aurait voulu que son fils ne se serve jamais de ce pouvoir, voire le fasse disparaître, et de son côté, Kimmitsu avait répondu clairement et dès le début, du haut de ses dix ans, qu’il était hors de question qu’il abandonne ce don et encore moins qu’il le cache. La pratique des arts martiaux l’avait énormément aidé à retrouver sa concentration, durant des périodes plus longues, et à se contrôler. Maître Ogai, ensuite, avait commencé à l’entraîner alors qu’il avait treize ans. A eux deux, ils avaient été pour lui bien plus formateurs et pédagogues que tous les professeurs de l’école primaire puis du collège réunis, sans parler de leurs propres parents. Néanmoins, cette période avait été très houleuse pour tout le monde… Il expliqua aussi à Laura que pour tout le monde, y compris pour lui et Josuke à cette époque, c’était clairement la faute de Kimmitsu s’il était ainsi avec leur père, qu’il ne le respectait pas assez. Son ton devint amer lorsqu’il dit que seuls les mentors de leur frère, sans aucun doute, avaient compris qu’il partira.

Munemori – A dix-neuf ans, il n’était pas encore prêt à vraiment enseigner et Shigeyuki a sans doute cru qu’il allait emprunter une autre voie. Je ne suis pas capable de te dire ce qu’il a vraiment vécu en France, les dix années suivantes. Mais c’est là-bas qu’il s’est construit peu à peu, ou reconstruit, plutôt. En étant embauché au pensionnat, je suppose que c’est là qu’il a enfin trouvé sa place. Il y est arrivé à peu près au même moment où Gabriella est revenue, de ce qu’on en a compris. J’ai l’impression que plus de la moitié des professeurs de cette école ont eu des histoires similaires et que le pensionnat leur a servi de refuge autant que de nouveau départ.

Il eut un petit rire un peu nerveux, ignorant totalement si cette affirmation pouvait avoir un fond de vérité ou si ce n’étaient que des conclusions farfelues, auxquelles il était arrivé en écoutant son frère ou en glanant des informations ci et là. Ça devait être normal, aussi, on ne pouvait que se sentir mieux entouré de personnes capables de vous comprendre car elles avaient vécu les mêmes choses.

Munemori – Il y a tellement de crises qui peuvent être évitées si on prend la peine ou le temps de s’intéresser au noyau du problème et de le comprendre. A mon avis, c’est pour ça qu’il s’efforce de vous faire dire ce que vous avez sur le coeur, il n’a pas envie de vivre avec vous ce qu’il a vécu avec son père. C’est comme ça aussi pour pas mal de ses collègues, de ce que j’en ai compris. On ne combat jamais sans une très bonne raison.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Les adultes ont vraiment été petits...   Lun 9 Avr - 17:25

Oncle – Déjà, il faut te mettre dans le contexte. Quand nous étions enfants, le Japon peinait à sortir de la guerre et de crises assez violentes, beaucoup de choses étaient remises en question et dans le même temps, les traditions étaient plus ancrées que jamais car elles rassuraient tout le monde, le cadre de vie ramenait une stabilité dont tout le monde avait besoin.

Laura regarda attentivement la photo que lui montrait son oncle. Elle montrait la maison dans laquelle ils étaient, apparemment, toujours dans ce même style typique des maisons d’ici d’après ce qu’elle avait pu remarquer depuis leur arrivée au Japon. Son oncle lui expliqua alors qu’ils faisaient de gros travaux tous les vingt ans à cause du matériau pour prolonger la durée de vie de l’habitation. C’est vrai, ça… Laura n’y avait pas pensé, mais ils n’utilisaient pas la brique, ni le béton, encore moins le métal. Tout était en bois, en tout cas à première vue. Et le bois n’était pas éternel, il était même très fragile. Mais c’était comme cela pour beaucoup de choses ? Et les traditions, les métiers qu’ils exerçaient… ? A la fois patiente et curieuse, Laura ouvrit de grands yeux étonnés, se mettant un peu mieux pour bien voir les photos et entendre ce que son nouvel oncle lui racontait, soudain bien plus attentive, silencieuse.

Il lui montra un autre cliché représentant une femme tenant un bébé, une petite fille, dans ses bras et de jeunes garçons assez à ses côtés, lampions à la main et regards ailleurs. Tout autour, il y avait des lampions, des échoppes, une ambiance apparemment assez festive mais conservant une certaine solennité sans que Laura ne puisse en expliquer la raison. Le pays sortait de crises violentes, d’une guerre et les habitants avaient besoin de stabilité, de repères… Sans doute ce contexte contribuait-il à donner une telle impression de respect dans cette photo, comme si l’ambiance festive restait fragile malgré tout. Ce n’est que lorsque son oncle lui renseigna l’identité des enfants que la collégienne ouvrit légèrement la bouche, choquée, peinant à se représenter son tuteur aussi jeune. Il était tout petit ! Et presque un enfant, comme le père de Genji. Elle lança un petit regard à la photo puis à son oncle, essayant de faire des liens. Mais il était si jeune ! Et si… Il semblait tellement… Pas lui. Pas professeur, encore moins adulte. Comme eux, en fin de compte.

Oncle – A cette époque, la vie était très simple. Nous allions à l’école, jouions dehors avec les copains et copines, apprenions à lire, à écrire… Le Nouvel An est la fête principale de l’année, dans ce pays. Jusqu’à ses sept ans, huit ans, Kimmitsu était plutôt calme, encore. Peut-être même plus timide que nous, maintenant que j’y pense. Il avait commencé ses cours au dojo à cinq ans, avec Shigeyuki. Josuke était déjà destiné à devenir chef de famille et avoir certaines responsabilités, moi, j’étais trop naïf et rêveur donc père ne savait pas trop ce que j’allais devenir. Kimmitsu, lui, arrivait à se concentrer longtemps et apprendre vite. Une vie complètement normale et cadrée… Puis il y a eu la naissance de son don, à sept ans, de mémoire. Et c’est à partir de là que tout est parti de travers, pour lui.

Laura leva à nouveau la tête vers son oncle au moment où il soupira, reportant ensuite le regard sur les feuilles de l’album qu’il tournait lentement sans donner d’explication, comme s’il cherchait une photo précise. Donc, en fin de compte, le père de Genji avait vécu la même chose que Jasper… Sauf que son frère possédait l’élément feu, ce qui avait engendré une rébellion bien plus dure et décisive. Enfin… Elle ignorait si le père de son tuteur frappait ses enfants, peut-être était-ce le cas, peut-être pas. Dans tous les cas, elle imaginait un peu mieux ce qu’avait été l’enfance de monsieur Nakajima, comprenant sans trop de problème que son don ait tout fait basculer. C’était… un peu comme Genji, au final, non ? Lui aussi était très calme et discret, c’était seulement avec son père et sa famille qu’il s’était souvent disputé. C’était comme cela avec tous ceux qui avaient le vent en premier élément ? Mais… Et ceux qui grandissaient dans des familles moins fermées, traditionnelles, ils s’en sortaient sans dispute, sans révolte ? Adeline lui a dit que c’était normal, à son âge. Tous connaissaient sûrement cette phase, les élémentaires de vent la subissant à plus grande échelle…

Pensive, elle observa la photo que son oncle lui montrait, celle qu’il recherchait apparemment. Maintenant qu’elle avait vu son tuteur plus jeune, il lui était bien plus simple de le reconnaître ici, en tenue d’entraînement, un peu plus âgé, avec son maître derrière, bras croisés, lui parlant avec un air plus concentré. Difficile d’estimer son âge, en revanche, elle savait que c’était quelques années plus tard puisque son oncle venait de dire que tout avait commencé à mal tourner à partir des sept ans de son frère. Pour lui aussi, cela avait dû être difficile… Être pris au milieu de tout cela sans aucun avenir précis, d’après son propre père. S’il avait développé un don, comme il était « au milieu », il aurait subi la même chose ? Bon, stop les hypothèses, Laura recommençait à partir dans tous les sens et elle le savait. Son tuteur avait eu une vie normale et « simple » au début, avant le développement de son don. Mais le côté traditionnel du pays et de sa famille s’était violemment heurté à celui-ci…

Oncle – Notre grand-père avait perdu ses deux dons, il avait le vent et le feu, depuis longtemps et ne vivait pas encore avec nous. Notre père détestait les élémentaires, surtout le vent pour être honnête, car c’était à cause de ça qu’il avait été blessé et que ses frères étaient morts, surtout. Nous étions enfants, on ne comprenait pas bien la situation… Ce n’est que maintenant, en réalité, que je réalise à quel point notre frère a dû se sentir de plus en plus isolé et que la cassure s’est faite plus profondément chaque jour. Son comportement a évolué, d’abord doucement, puis ça a « éclaté », si je peux dire ça, à ses dix ans. Il n’écoutait plus personne, à la maison, plus ça allait et plus les règles de vie lui pesaient. Puis les disputes ont commencé, entre lui et notre père, tous les jours, parfois plusieurs fois par jour, c’était juste infernal. Maître Shigeyuki a eu un mal de chien, au dojo, à le canaliser mais au final, c’est lui qui l’a beaucoup aidé. Il lui a fait contrôler son énergie, et Ogai lui a appris à s’en servir.

Sentant le regard de son oncle posé sur elle, la collégienne releva à nouveau la tête, se détachant de la photo pour l’écouter expliquer comment cet « épisode » s’était déroulé. Elle savait déjà quelques éléments, son professeur lui en ayant parlé au presbytère, mais ce n’était pas le même point de vue. Et elle ne pouvait s’empêcher de comparer Genji à monsieur Nakajima en écoutant son oncle, trouvant des ressemblances incroyables, mais horribles, entre eux deux. D’un coup, elle commençait à comprendre pourquoi son père avait demandé à son frère, vivant en France, de l’aider comme lui n’y arrivait pas. Si les disputes étaient aussi féroces qu’à l’époque et si Genji se renfermait sur lui-même sans aucune aide extérieure… Mais pourquoi n’était-il pas allé trouver maître Shigeyuki, alors ? Peut-être son père en avait-il gardé un mauvais souvenir à cause de sa propre enfance et n’en avait-il donc pas parlé à son fils… C’était possible. Mais ils avaient perdu tant de choses et provoqué tant de disputes, à cause de cela. Laura essayait de comprendre les réactions, comme son tuteur le lui avait dit dans ce presbytère à la fin du voyage scolaire, mais c’était encore très difficile. Cependant, cette histoire et cette explication le rendaient plus… accessible. Moins étranger.

Monsieur Nakajima avait été un enfant comme eux, il avait vécu seul à cause de sa famille et s’était isolé très jeune à cause de son don et de l’incompréhension totale de ses proches. Le ton de son oncle changea un peu lorsqu’il lui expliqua alors qu’à l’époque, tout le monde pensait que c’était de la faute de leur frère s’il s’entendait si mal avec leur père, si la situation était aussi tendue, si… S’il y avait tous ces problèmes entre eux, au final. Plus amer, il ajouta que seuls les mentors de monsieur Nakajima avaient compris qu’il partirait. Comment ne pas le comprendre ? Il n’avait plus rien à perdre, au Japon, et toute cette distance, tout ce secret dans son passé se comprenait sans problème. Qui aurait voulu raviver d’anciennes blessures ? Généralement, ces sujets, on les évite. Il s’était retrouvé tout seul, dans un pays inconnu en pratique, sans aucune aide sur place… A cause de sa famille. Laura ne put s’empêcher de serrer très légèrement les poings, en entendant cela, même si la situation avait évolué depuis. Alexis avait connu la même chose, d’après son tuteur, Genji aussi… Et bon nombre d’autres élèves connaissaient la même situation depuis que les élémentaires et le Pensionnat étaient ciblés directement.

Oncle – A dix-neuf ans, il n’était pas encore prêt à vraiment enseigner et Shigeyuki a sans doute cru qu’il allait emprunter une autre voie. Je ne suis pas capable de te dire ce qu’il a vraiment vécu en France, les dix années suivantes. Mais c’est là-bas qu’il s’est construit peu à peu, ou reconstruit, plutôt. En étant embauché au pensionnat, je suppose que c’est là qu’il a enfin trouvé sa place. Il y est arrivé à peu près au même moment où Gabriella est revenue, de ce qu’on en a compris. J’ai l’impression que plus de la moitié des professeurs de cette école ont eu des histoires similaires et que le pensionnat leur a servi de refuge autant que de nouveau départ.

Ah ? Il eut un petit rire, sûrement nerveux, sans que Laura ne puisse confirmer ce qu’il avançait. A vrau dire, elle ne connaissait que l’histoire de sa tante, et encore. Quant à celle de monsieur Nakajima, elle venait de l’apprendre et constatait qu’ils avaient, effectivement, tous les deux eu un passé très mouvementé mais, de là à dire la même chose de tous les professeurs… Madame Martin était toute seule, maintenant, avec ses enfants. Mais de son passé, en dehors de certaines rumeurs, la collégienne n’en connaissait rien. D’ailleurs… C’était la même chose pour tous leurs professeurs. Bon nombre de rumeurs et ragots circulaient, surtout sur le professeur de mathématiques et de musique comme il s’était absenté très longtemps – et qu’en plus, elle avait vécu chez lui quelques temps. De là à affirmer que tout ce qu’elle avait entendu était vrai… Ah, si, il y avait leur infirmier aussi comme il avait eu beaucoup de problèmes l’année passée et le remplaçant de la directrice, très peu. Ils avaient tous des histoires difficiles, alors ? C’était pour cela qu’ils étaient ici et qu’ils avaient accepté de travailler dans une école dirigée par une femme ? Mais et monsieur Redfire ? Il n’avait rien, lui, si ? Ses parents semblaient gentils et lui-même était toujours de très bonne humeur, il les avait même beaucoup aidés cet été.

Oncle – Il y a tellement de crises qui peuvent être évitées si on prend la peine ou le temps de s’intéresser au noyau du problème et de le comprendre. A mon avis, c’est pour ça qu’il s’efforce de vous faire dire ce que vous avez sur le cœur, il n’a pas envie de vivre avec vous ce qu’il a vécu avec son père. C’est comme ça aussi pour pas mal de ses collègues, de ce que j’en ai compris. On ne combat jamais sans une très bonne raison.

Laura – Sauf que ce n’est jamais aussi important…, répondit-elle plus bas en faisant la moue. Je… comprends mieux, mais ça n’empêche pas la frustration de ne pouvoir rien garder sans qu’il ne s’en doute. Même si on doit « bien grandir », que c’est mauvais de tout garder pour soi, et tout le reste, ce sont toujours des choses sans importance par rapport à tout ce qu’il a vécu avec vous. On ne se dispute pas avec lui, on ne remet même rien en question… Puis, on ne fait pas de bêtises, maintenant.

Enfin, sauf à l’école où ils étaient un peu plus agités, mais Laura se garda bien de le souligner, ajoutant simplement un « Enfin pas trop » dans un murmure. Elle ne comprenait pas, c’était surtout cela. Il voulait bien faire, oui, mais ils restaient sages, surtout depuis qu’ils étaient chez lui. Laura avait bien fugué une fois, la nuit, pour aller sur la tombe d’Alexis, où elle s’était fait prendre. Mais l’autre fois, avec Genji… Non. Il n’en avait jamais été au courant, n’avait jamais rien su. Et puis, s’il était plus agité qu’eux deux réunis, pourquoi être aussi attentif à leurs réactions ? Laura garda cette question pour elle, cependant, se doutant que son oncle ne pourrait pas lui répondre comme son frère avait surtout forgé son identité durant son absence. Or, comme il venait de le lui dire, il ne savait pas grand-chose de ce qu’avait vécu monsieur Nakajima en France pendant tout ce temps… Mais ils n’avaient vraiment aucun contact ? Et comment cela se faisait-il, qu’aujourd’hui, ils aient l’air si… proches ? Si on s’éloignait de sa famille pendant dix longues années pour les retrouver après, rien n’est perdu ?

Pour Laura, l’imaginer était presque impossible, elle n’avait que quatorze ans. Mais c’était comme si… Comme si elle ne voyait plus Jasper du jour au lendemain pour ne le retrouver que dans dix ans. L’imaginer lui nouait la gorge. Elle ouvrit légèrement la bouche pour la refermer quelques secondes après, cherchant ses mots, commençant même une phrase avant de s’excuser. Elle ne comprenait pas tout, quelque chose restait comme flou dans son esprit, surtout cette absence et ces retrouvailles. D’après les longues discussions avec Genji, il apprenait aussi à connaître son oncle maintenant, n’avait eu que de brefs moments avec lui jusqu’à présent et ne le connaissait pas trop. Pourtant, son père l’avait envoyé avec son frère en Europe sans hésiter une seconde… Laura leva les yeux vers son nouvel oncle, expliquant qu’elle avait une question mais qu’elle ignorait s’il pouvait répondre, s’excusant d’avance si cela ne se faisait pas.

Laura – Comment est-ce que… vous avez fait pour rester aussi proches de votre frère après toutes ces années ? Vous venez de dire qu’il est parti pendant dix ans, il a beaucoup changé et… On dirait que vous êtes tous les trois très proches, malgré tout. Si vous vous êtes laissés dans un climat de disputes, vous pouviez tout de même vous parler, parfois ? J’ai parlé avec Genji et la famille semble être très importante donc j’ai du mal à… imaginer le quotidien après une séparation telle que celle-là. Vous avez pu parler à son maître ? C’est pour ça que vous êtes venus en France ?

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Munemori Nakajima
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MessageSujet: Re: Les adultes ont vraiment été petits...   Jeu 12 Avr - 11:41

Laura – Sauf que ce n’est jamais aussi important…, répondit-elle plus bas en faisant la moue. Je… comprends mieux, mais ça n’empêche pas la frustration de ne pouvoir rien garder sans qu’il ne s’en doute. Même si on doit « bien grandir », que c’est mauvais de tout garder pour soi, et tout le reste, ce sont toujours des choses sans importance par rapport à tout ce qu’il a vécu avec vous. On ne se dispute pas avec lui, on ne remet même rien en question… Puis, on ne fait pas de bêtises, maintenant.

Bah, peu importe, ce n’est pas le degré d’importance des disputes ou des bêtises qui comptaient vraiment, le plus important, c’était de savoir comment on voulait élever ses enfants et quelle relation avoir avec eux, qu’ils soient de votre sang ou adoptés. Munemori posa l’album devant eux le temps de s’asseoir un peu mieux que ça, il commençait à avoir des fourmis dans les jambes, puis reprit le tout. Des photos mal accrochées glissaient un peu, il prit soin de les remettre en place pour ne pas les abîmer. Il ne fit pas vraiment attention quand Laura s’excusa de deux autres trucs qu’il ne comprit pas, sur le moment. Elle était du genre à demander pardon pour tout et pour rien, dès lors qu’elle ouvrait la bouche pour discuter, il laissait donc couler sans y prendre garde. Il y avait des gens comme ça, qui se sentaient comme obligés de demander pardon dès qu’ils ouvraient la bouche, comme si le simple fait de parler était un crime. Il comprendra peut-être un jour pourquoi, d’ici là, autant laisser tomber la question. En tout cas, niveau caractère, le jeune Jasper était beaucoup plus assuré que sa sœur, même s’il était aussi dix fois plus renfermé qu’elle. Mais ce n’était peut-être qu’avec eux, dans cette maison, il l’ignorait. Il avait parfois les mêmes réactions que Genji, ça aidait à le cerner.

Laura – Comment est-ce que… vous avez fait pour rester aussi proches de votre frère après toutes ces années ? Vous venez de dire qu’il est parti pendant dix ans, il a beaucoup changé et… On dirait que vous êtes tous les trois très proches, malgré tout. Si vous vous êtes laissés dans un climat de disputes, vous pouviez tout de même vous parler, parfois ? J’ai parlé avec Genji et la famille semble être très importante donc j’ai du mal à… imaginer le quotidien après une séparation telle que celle-là. Vous avez pu parler à son maître ? C’est pour ça que vous êtes venus en France ?

Munemori – Non, pas du tout. C’est notre père qui se disputait avec lui, pas nous. On est plus proches simplement parce qu’on passait tout notre temps ensemble, enfant. Nos sœurs jouaient entre elles, petites. Puis on a une grande différence d’âge avec nos plus jeunes frères, forcément, la relation ne peut pas être la même. Surtout, on étaient déjà adultes et mariés, quand notre père est mort, alors que Eisen et Akinori avaient quoi… sept et huit ans, je crois. On aidait notre mère à s’occuper d’eux et nos petites sœurs. Avec Kimmitsu et Josuke, notre différence d’âge est faible. On était les seuls à qui il parlait normalement, après la naissance de son don.

Il lui montra une des photos, prise par Josuke sans doute, où Munemori et Kimmitsu étaient assis cote à côte au bord d’une rivière, en train de préparer visiblement du matériel de pêche. C’était une activité que le peintre aimait toujours beaucoup faire, il y emmenait parfois ses enfants, il y allait parfois seul. Rien de mieux, un matin très tôt, pour se vider la tête, s’amuser et se détendre. Là-dessus, il devait avoir quinze ans et son frère quatorze, l’âge de Laura aujourd’hui. D’un ton posé, il raconta dans les grandes lignes qu’ils étaient rarement séparés, lorsqu’ils étaient jeunes, et que ça créait des liens solides, comme elle avec Jasper, somme toute. Ce qu’on vivait durant l’enfance marquait durablement votre existence toute entière, même si la vie décidait ensuite de vous séparer de vos proches. Elle-même n’oublierait jamais son frère même si elle devait être séparée de lui, pas vrai ? Il lui posa la question puis sourit, connaissant déjà la réponse. Munemori lui glissa le doigt sur la joue dans un geste affectueux, avant de reprendre l’album en mains. Il lui raconta ensuite que la vie, après ce départ, avait continué comme si de rien n’était, en apparence. Le sujet était évité, à la maison, surtout devant leur père et les plus jeunes, qui ne comprenaient pas vraiment. Tel un voile jeté sur un épisode douloureux, qu’on ne voulait plus soulever.

Munemori – On a gardé une relation à distance en pointillés. Lettres échangées, parfois téléphone. Puis on a entendu des rumeurs de plus en plus graves, sur la France, on a essayé de le contacter plus souvent. On ne savait pas encore qu’il faisait exprès de nous maintenir à distance et de ne pas avoir de femme dans sa vie, pour ne pas mêler d’autres personnes à ce qu’il vivait. Mais sinon, oui, il a énormément changé et on a dû se… « retrouver », si je peux dire ça. Rebâtir une partie de notre lien. Il parle si peu de ses premières années en France, peu de lettres, peu de photos envoyées.

Ils en avaient quelques unes, peut-être dix, voire moins. Le peintre en sortit une que son frère avait prise de l’école, la salle des professeurs visiblement. L’infirmier du pensionnat, enfin le docteur, était déjà là, nettement plus souriant et aussi avec un air de prime jeunesse triomphante, il devait avoir vingt-cinq ans, là-dessus. Munemori commençait à dire d’un ton perplexe que Solène était là, tiens, avant de s’interrompre, réalisant que ce n’était juste pas possible. Il pencha la photo entre lui et Laura pour la mettre à la lumière, puis comprit que c’était Gabriella, en fait. Elle riait en compagnie d’un autre homme, un grand rouquin musclé comme jamais qu’il n’avait jamais vu, qui lui souriait aussi, à moitié penché vers elle. Pour le coup, elle ressemblait beaucoup à Solène. Et le gars devait être un de ses anciens collègues, sans doute. L’autre photo qu’il avait sous la main était un qui devait dater d’il y a cinq ou six ans. Kimmitsu y posait avec la mère d’Océane, devant le dojo du pensionnat, en plein soleil. Tous deux souriaient paisiblement au photographe, le visage bien moins marqué par la fatigue ou les tensions. L’école, en arrière-plan, semblait elle aussi exempte de problèmes.

Munemori – Ah, et tant que j’y pense, je te cherchais aussi car toi, Océane et Jasper, vous avez besoin d’une tenue, pour le Nouvel An. Il y a un tailleur, au village, enfin en ville maintenant, qui pourra prendre vos mesure, tu dois juste choisir le tissu qui te plaît. Il est grand temps d’y penser, on arrive bientôt au 31. File chercher ta veste, je vais récupérer les autres.

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MessageSujet: Re: Les adultes ont vraiment été petits...   Ven 4 Mai - 19:14

Oncle – Non, pas du tout. C’est notre père qui se disputait avec lui, pas nous. On est plus proches simplement parce qu’on passait tout notre temps ensemble, enfant. Nos sœurs jouaient entre elles, petites. Puis on a une grande différence d’âge avec nos plus jeunes frères, forcément, la relation ne peut pas être la même. Surtout, on étaient déjà adultes et mariés, quand notre père est mort, alors que Eisen et Akinori avaient quoi… sept et huit ans, je crois. On aidait notre mère à s’occuper d’eux et nos petites sœurs. Avec Kimmitsu et Josuke, notre différence d’âge est faible. On était les seuls à qui il parlait normalement, après la naissance de son don.

Laura hocha la tête, comprenant mieux, avant de reporter le regard sur la photo que lui montrait son oncle. Dessus, elle y voyait son tuteur et Munemori assis au bord d’une rivière, l’un à côté de l’autre, en train de… pêcher ? Ils étaient très jeunes par rapport à maintenant mais, si la collégienne se fiait aux clichés précédents, ils devaient avoir plus ou moins le même âge que Jaz et elle aujourd’hui, au moment de cette partie de pêche. La pêche… Jamais fait, jamais pris le temps. Antoine dirait qu’elle était trop impatiente pour, tout comme son frère. Rester des heures assis au bord d’une rivière pour attraper un poisson… Autant Laura aimait l’eau, autant Jasper en deviendrait très vite malade et lassé. Donc, non, jamais fait. Mais il ne s’attarda pas sur cet épisode, lui racontant qu’ils étaient rarement séparés, durant l’enfance, et que ça avait créé des liens solides, comme elle et Jasper. L’enfance et les événements marquaient une relation, la construisant et la solidifiant ou non selon ce qui se passait. Or, ici, les deux adolescents avaient déjà vécu des choses très fortes, c’est même ce qu’avait dit indirectement son père adoptif : Laura avait cherché à sauver ce qui lui restait de sa famille en demandant à avoir un tuteur. Donc, des liens solides, ils en avaient, un peu comme eux trois.

Il lui demanda, soudain, si elle pouvait oublier son frère même s’ils étaient séparés à l’avenir, ce à quoi Laura répondit vivement par un « Non ! » offusqué et convaincu. Comment pourrait-elle l’oublier ? Impossible ! Ils se disputaient, parfois, évidemment, mais elle ne pourrait jamais oublier et ne plus parler à son frère. Surtout pendant dix ans… Elle en souffrirait trop. Même si lui refuserait de lui parler pour une raison quelconque, elle chercherait à le retrouver. Aussitôt après sa réponse, Munemori glissa un doigt sur sa joue, encore comme si elle était toute petite, Laura ayant un léger sursaut, une moue aux lèvres. Il se sentait vraiment obligé de faire ça… ? Elle n’était pas une enfant ! Elle avait quatorze ans et même Jasper n’avait plus ce genre de gestes, sauf pour l’ennuyer ou lorsqu’il voulait la rassurer. Mais soit, ne rien dire. Son oncle avait repris l’album entre ses mains, lui racontant ensuite que la vie, après le départ de leur frère, avait continué comme si rien ne s’était passé. Le sujet était tabou, personne ne l’évoquait et eux n’avaient plus de contact… Comment avaient-ils fait pour supporter ce silence ? Il lui avait expliqué, oui, bien sûr, mais Laura peinait à imaginer un quotidien sans contact avec un frère si proche.

Oncle – On a gardé une relation à distance en pointillés. Lettres échangées, parfois téléphone. Puis on a entendu des rumeurs de plus en plus graves, sur la France, on a essayé de le contacter plus souvent. On ne savait pas encore qu’il faisait exprès de nous maintenir à distance et de ne pas avoir de femme dans sa vie, pour ne pas mêler d’autres personnes à ce qu’il vivait. Mais sinon, oui, il a énormément changé et on a dû se… « retrouver », si je peux dire ça. Rebâtir une partie de notre lien. Il parle si peu de ses premières années en France, peu de lettres, peu de photos envoyées.

Laura réprima un frisson, imaginant la même relation avec Jasper et les conséquences que cela engendrerait. Ils étaient aussi proches qu’eux, apparemment, donc tout était possible… Sauf que le Japon était bien plus calme, moins habitué aux guerres comme celle qui se déroulait actuellement en France. C’était pour cette raison que son tuteur n’avait rien dit, d’après Munemori, les ménager était sa priorité et il ne voulait pas les inquiéter, sûrement. Honnêtement, la collégienne ne se voyait pas cacher de telles choses à son frère… Elle avait essayé mais l’agression avec Clémence n’était rien en comparaison à de tels événements. Et puis, même à distance, elle était sûre que Jasper finirait par tout savoir. Impossible de dire comment, par contre, mais il le saurait, il n’y avait aucun doute possible là-dessus. Peut-être à cause de leur enfance, comme l’avait souligné son nouvel oncle…

Il lui tendit une photo, soudain, interrompant le fil de ses pensées, Laura découvrant une grande salle avec des tables, fauteuils et adultes occupés à travailler. Elle fronça les sourcils, ne reconnaissant pas l’endroit mais… Eh ! C’était l’infirmier, là-bas ? Monsieur de Sora était là, souriant et plus jeune aussi, elle était sûre que c’était lui. Munemori dit, ensuite, que Solène était déjà là, Laura portant directement son regard sur elle avant de faire un rapide calcul mental. Heu non, pas possible, si monsieur de Sora était aussi jeune… C’était sa tante, là-dessus, elle la reconnaissait pour l’avoir vue sur d’autres photos de la même époque, ce qu’elle n’eut pas besoin de confirmer lorsqu’il plaça la photo entre eux, à la lumière pour mieux voir. Et puis, à ses côtés, il y avait un des professeurs qu’elle reconnaissait entre mille, à présent, pour avoir vécu sous son toit plusieurs jours. Et pour s’être fait prendre bêtement face à lui… Monsieur de la Valière. Laura le dit à Munemori avant qu’il ne montre un autre cliché représentant, cette fois, son tuteur et la mère d’Océane devant le dojo, plus jeunes eux aussi. Ils étaient souriants et plus… calmes. Pas un seul militaire en arrière-plan, un grand soleil et même des élèves au loin qui jouaient dans le parc. C’était… très bizarre, comme venant d’un autre monde. Elle comprenait bien mieux pourquoi monsieur Nakajima n’avait pas parlé à sa famille ces derniers temps, avant qu’elle-même ne reprenne le contact ; il suffisait de voir les souvenirs partagés…

Oncle – Ah, et tant que j’y pense, je te cherchais aussi car toi, Océane et Jasper, vous avez besoin d’une tenue, pour le Nouvel An. Il y a un tailleur, au village, enfin en ville maintenant, qui pourra prendre vos mesures, tu dois juste choisir le tissu qui te plaît. Il est grand temps d’y penser, on arrive bientôt au 31. File chercher ta veste, je vais récupérer les autres.

Ah ? Heu, d’accord. Laura n’avait même pas pensé à ce détail, à vrai dire, elle pensait simplement à… Heu. Mais elle n’avait pas pris de tenue spéciale pour le Nouvel An, c’est vrai ! Un peu prise de court, elle hocha la tête avec un léger temps de retard, se redressant avant de s’arrêter un court instant à l’endroit où elle avait posé ses affaires pour nettoyer. Ramener tout pour ne pas laisser traîner, ce serait déjà bien. Descendant les escaliers avec le tout dans ses bras, elle croisa la mère de Genji et lui dit que Munemori les emmenait choisir une tenue pour le Nouvel An, ce à quoi elle répondit qu’il était plus que temps, en effet, avant de la débarrasser de ses affaires pour tout ranger elle-même. Oh, merci ! Laura fila chercher sa veste, sortant devant la maison pour attendre les autres. Les essayages n’avaient jamais été son activité préférée, elle détestait même tout ce qui y ressemblait de près ou de loin, en France. Toute petite, acheter des vêtements était même devenu un véritable sport pour sa mère comme elle faisait absolument tout pour rendre ce moment le plus pénible possible. Jusqu’à ce que son frère lui fasse réaliser que c’était stupide parce qu’ils duraient plus longtemps. Peut-être, sauf que c’était plus amusant !

Après quelques minutes, le temps de les trouver sûrement, Jasper, Océane et Munemori la rejoignirent alors qu’elle se frottait les mains, un peu refroidie d’avoir attendu dehors sans bouger. Il faisait frais, bien plus qu’en France, et elle n’était pas habituée encore. Ils étaient tous habillés plus chaudement que lorsqu’ils restaient à l’intérieur, histoire d’éviter d’attraper froid bêtement. D’ailleurs… Où allaient-ils ? Son oncle avait parlé de « prendre ses mesures », cela signifiait que tous les vêtements plus festifs étaient faits sur mesure, comme pour les mariages ? Ils n’avaient pas de tuniques, des modèles qui correspondaient à toute occasion, etc. ? Quelles étaient les couleurs portées pour les fêtes, si le Nouvel An était aussi important qu’ils le répétaient depuis plusieurs semaines maintenant ? Elle s’interrogeait aussi sur la taille du village, ou de la ville plutôt comme il s’était corrigé, sur ce qu’ils y trouveraient, les types de magasins, les marchands… Tout, en fait, sa curiosité éveillée maintenant qu’il avait parlé d’aller en ville. Mais Laura garda ces dernières questions pour elle, sachant qu’elle aurait ses réponses une fois sur place.

Laura – Si les tenues sont faites sur mesure, on doit choisir certaines couleurs ou il y a des modèles ? En France, les femmes portent une robe, les hommes un costume, pour le Nouvel An mais il ne dure pas aussi longtemps qu’ici.

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MessageSujet: Re: Les adultes ont vraiment été petits...   Ven 25 Mai - 15:37

Allez, on était parti, il aurait dû y penser bien plus tôt, Josuke allait encore lui dire qu’il n’avait pas de tête et qu’il pensait toujours à ça au dernier moment, même pour ses propres enfants. Il ramassa assez vite l’album et les papiers qui traînaient, rangeant le tout dans le placard, pendant que Laura récupérait ses propres affaires de ménage puis filait hors de la chambre. Une fois fait, il descendit puis prit sa veste, avant d’enfiler ses chaussures, dans le petit hall. Le père de famille glissa la bandoulière de son sac par-dessus son épaule et prit de l’argent, avant de sortir avec les enfants. Océane lui avait déjà dit avoir tout ce qu’il fallait, par contre, elle pourra peut-être aider les deux autres à choisir et ça lui fera une petite sortie. Une fois quitté l’enceinte de la maison, il les entraîna à pieds sur la route menant au village. Dire « ville » était encore un peu tendu, dans sa tête, quand bien même il avait vu cet endroit grandir, pour lui, ça restait le village de son enfance. Il y avait plus de voitures, par contre, ils ne pouvaient plus marcher au milieu du chemin comme avant, c’était un peu dommage. Par contre, il trouvait drôle ceux qui dévisageaient Jasper, au passage, les cheveux blonds étaient une rareté infinie, dans ce pays.

Laura – Si les tenues sont faites sur mesure, on doit choisir certaines couleurs ou il y a des modèles ? En France, les femmes portent une robe, les hommes un costume, pour le Nouvel An mais il ne dure pas aussi longtemps qu’ici.

Munemori – Les hommes et les femmes portent un kimono. Dans des couleurs vives, avec certains motifs, on évite le blanc et le noir. Vous allez choisir les tissus, avec les couleurs, la ceinture du kimono, puis comment vous coiffer, enfin, surtout toi, Laura, les femmes peuvent mettre des accessoires dans leurs chignons. Vous allez faire tous les essayages aujourd’hui, puis le marchand fera les finitions si besoin.

Il expliqua pour les trois jeunes que dans ce pays, la tradition voulait que tous les membres de la famille se réunissent chez l’aîné de la fratrie, pour cette fête, du 1er janvier au trois, ou bien à partir du 31 décembre pour certaines familles, et ce pour des questions de pratique le plus souvent. Le nettoyage qui se déroulait depuis mi-décembre avait lui aussi lieu partout, c’était aussi un symbole, on nettoyait la maison de toutes les peines d’une année pour faire place neuve à l’année suivante et souhaiter qu’elle soit meilleure. Il leur expliqua également que le kadomatsu installé aux portes de la maison était destiné à recevoir les kamis et esprits portant chance à la famille pour cette nouvelle année. On pouvait dire que c’était la fête la plus importante, dans le pays, celle qui réunissait les familles, plus dispersées en ville qu’ils ne l’étaient ici, dans ces régions de campagne. C’était d’autant plus important cette année, comme il le murmura à voix plus basse, comme leur frère était en pleine guerre, en France, et que ce conflit s’étendait à d’autres pays. L’Autriche, l’Angleterre, l’Allemagne, des pays où le ton montait.

Munemori – Le soir du réveillon, on mange en famille en famille un bouillon de soba, c’est un genre de pâtes, puis on fait des jeux en famille. A minuit, c’est la visite au sanctuaire. Là, on prie en sonnant la cloche, on tire une prédiction, il y a aussi quelques autres activités, on vous montrera. Après ça, c’est le retour à la maison où on fait le vrai repas du réveillon, toujours avec la famille au complet. Le matin du 1er janvier, on se lève tous à l’aube pour assister au premier lever de soleil de l’année.

Tout en parlant, ils marchaient à un bon pas et arrivèrent bientôt aux portes de la ville. Il y avait pas mal de monde, évidemment, entre ceux faisant les courses pour la fête, les membres des familles qui arrivaient d’un peu partout retrouver leurs proches… Quelques moines se pressaient dans les rues, les bras chargés et l’air affairés. Munemori fit éviter aux enfants les rues les plus bondées puis les fit passer par les petites ruelles, plus apaisées, pour atteindre la boutique. A leur entrée, le gérant les salua d’une légère courbette puis leur demanda ce qui les amenait. La boutique était grande, des centaines de rouleaux de tissus, draperies et autres couvraient es murs, remplissaient les étagères ou étaient empilés sur des présentoirs. Le patron commença par pousser Laura dans une cabine et la faire se mettre en tee-shirt et culotte pour prendre ses mesures et vérifier sa taille. Pendant ce temps, Munemori promena le regard sur les tissus proposés, commençant à discuter avec Jasper des couleurs qui lui plaisaient. Il ne semblait pas très enjoué à l’idée des essayages et commença par dire quelles étaient les couleurs favorites de sa petite sœur. Au même instant, le gérant repassa dans la boutique et lui demanda de bien vouloir faire la traduction, s’étant visiblement rendu compte que sa jeune cliente ne parlait pas un mot de Japonais.

Munemori passa dans la cabine à son tour, avec plusieurs pièces de kimono dans les couleurs que Jasper avait indiqué, puis en fit essayer une première à Laura. Pour les kimonos et yukatas simples, on pouvait enfiler tout seul l’habit, pour les kimonos plus complexes, à plusieurs couches ou de fêtes, il fallait de l’aide, impossible de s’en sortir autrement. Il lui fit lever les bras pour passer un pan autour de la taille et le ramener dans le dos, tenant à une main avant de croiser l’autre pan. Ce-tissu-là était d’un rose léger, avec des motifs d’oiseaux plutôt délicats. Il indiqua à Laura où tenir le tissu le temps qu’il passe et repassa le ceinture épaisse autour de la taille et l’ajuste, avant de s’occuper de l’arrière. Bon sang qu’elle était petite, finalement… Le gérant revint puis vint l’aider à ajuster comme il fallait, pliant puis arrangeant les manches larges, tombant presque jusqu’au sol, tout en émettant quelques commentaires en Japonais sur la taille de crevette de sa jeune cliente et qu’il allait falloir des retouches pour que le tout lui aille bien. Oui, bon, elle n’avait que quatorze ans, après tout.Bientôt quinze ans, non ? Il ignorait sa date de naissance.

Munemori – Le rose te donne un air un peu maladif, jugea-t-il en Français en la faisant un peu tourner sur elle-même. Marche un peu, pour qu’on voit au moins la longueur, au niveau des jambes. Quelles couleurs aimes-tu porter, pour les fêtes ?

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MessageSujet: Re: Les adultes ont vraiment été petits...   Sam 14 Juil - 23:29

Oncle – Les hommes et les femmes portent un kimono. Dans des couleurs vives, avec certains motifs, on évite le blanc et le noir. Vous allez choisir les tissus, avec les couleurs, la ceinture du kimono, puis comment vous coiffer, enfin, surtout toi, Laura, les femmes peuvent mettre des accessoires dans leurs chignons. Vous allez faire tous les essayages aujourd’hui, puis le marchand fera les finitions si besoin.

Laura était curieuse de nature, les nombreuses explorations avec Jasper le prouvaient, elle aimait donc entendre les histoires des autres pays ou familles. Mais la perspective de faire « tous les essayages » aujourd’hui ne l’enchantait pas plus que cela. Au contraire… Avec sa mère, elle ne pouvait rester immobile très longtemps lorsqu’il s’agissait de lui faire une coiffure plus travaillée, ses longs cheveux le permettant. Ce n’était qu’au fil des années que son frère, même pas sa mère, avait réussi à l’occuper suffisamment pendant ces quelques minutes de manière à ce qu’elle arrête de bouger pendant le moment « coiffure ». Et ici, ils risquaient d’y passer le reste de la journée, et même encore une heure un autre jour… Faisant une légère moue, Laura observa distraitement le paysage, promenant ses yeux partout tout en écoutant ce que son nouvel oncle leur expliquait.

Apparemment, le Nouvel An était une fête extrêmement importante, sinon la plus importante de toutes d’après ce que la collégienne entendait. Pour le grand nettoyage, ils avaient eu les informations et aidaient autant que possible, donnant un coup de main pour telle ou telle pièce lorsque le reste de la famille était au travail. Avec les imprévus en France, ils avaient sans doute pris un peu de retard sur leur planning, surtout si le nettoyage commençait à la mi-décembre. Mine de rien, sans le père et la mère de Genji en plus de son oncle, cela faisait trois personnes en moins pour aider… Laura retint une grimace, se concentrant sur l’explication des traditions au Japon pour le Nouvel An, trouvant incroyable ce lien familial aussi poussé mais ne faisant aucun commentaire à ce sujet. Pour eux, c’était parfaitement normal. Elle échangea un simple et rapide regard avec Jasper qui pensait peut-être la même chose qu’elle. Rien que l’idée de passer plusieurs jours en tête à tête avec leurs parents…

Leur oncle parla ensuite du kadomatsu, quelque chose que les familles installaient aux portes des maisons pour recevoir les kamis et esprits portant chance à la famille pour la nouvelle année. Ils en croisèrent quelques-uns sur le chemin, qu’il leur désigna à chaque fois, Laura les observant au passage alors que le frère de leur tuteur ajouta, dans un murmure, que tout ceci était encore plus important cette année étant donné la situation mondiale. La guerre en France, avec son frère, guerre qui emportait plusieurs pays dans sa suite… La tension, les problèmes, l’année qui se termine très mal et cela risquait de ne faire qu’empirer en 1932. Elle garda cette pensée pour elle, cependant, refusant de le dire tout haut malgré le fait que tous le pensaient déjà.

Oncle – Le soir du réveillon, on mange en famille en famille un bouillon de soba, c’est un genre de pâtes, puis on fait des jeux en famille. A minuit, c’est la visite au sanctuaire. Là, on prie en sonnant la cloche, on tire une prédiction, il y a aussi quelques autres activités, on vous montrera. Après ça, c’est le retour à la maison où on fait le vrai repas du réveillon, toujours avec la famille au complet. Le matin du 1er janvier, on se lève tous à l’aube pour assister au premier lever de soleil de l’année.

Marchant en pressant le pas, Laura peinait parfois à suivre le groupe, ses jambes n’étant pas très grandes, arrivant bientôt aux portes de la ville. Et, sur place, il y avait énormément de monde. Elle ne comprenait pas un mot de ce qui se disait autour d’eux, suivant de très près Jasper dont elle tenait la main pour ne pas se perdre, réflexe qu’ils avaient adoptés lorsqu’ils étaient dans une foule. C’était automatique et cela l’obligeait à avancer plus vite et à ne pas être distanciée des autres, lui laissant ainsi l’occasion d’observer un peu plus la ville. Tellement différente de celles qu’ils avaient l’habitude de voir en France… L’ambiance était différente, les genres des magasins aussi, tout comme les étals des marchands ou les manières de procéder pour vendre un produit. Par chance, ils quittèrent très vite les rues bondées pour passer par des ruelles plus calmes dans lesquelles Laura put relâcher la main de son frère, avançant aux côtés des autres jusqu’à un magasin à la devanture remplie de tissus de toutes les couleurs et matières. Oh, c’était là ?

La boutique en elle-même était très grande, débordante de tissus de toutes les couleurs et textures quel que soit l’endroit où se posaient les yeux. Le gérant les salua en faisant une courbette très polie, Laura restant un peu en arrière avec un air plus timide que d’habitude. Aussitôt après les premiers mots échangés entre leur oncle et le commerçant, elle se fit kidnapper dans une cabine sans comprendre ce qu’elle devait faire, se déshabillant seulement sans répondre aux indications de l’homme par la suite. Il lui parlait en japonais, comment voulait-il qu’elle comprenne ?! Lui lançant un regard perdu, elle resta droite, les mains jointes devant elle jusqu’à ce que le gérant ressorte de la cabine sans qu’elle n’en comprenne la raison. Elle avait fait quelque chose de mal… ? Mais non, très vite, il revint avec monsieur Nakajima qui lui expliqua, en français, ce qu’attendait le commerçant. Oh, c’était pour traduire…

L’écoutant après qu’il a reçu les instructions du gérant, elle leva les bras, se laissa faire, ne bougeant plus quoi qu’un peu pudique de se retrouver dans cette tenue ici, même si c’était normal. Des tissus de plusieurs couleurs et cousus ou mis autour d’elle de plusieurs manières différentes dans des tons rosés qu’elle aimait bien. Jasper avait dû les prévenir, elle-même n’avait rien dit. Mais c’était normal que ces tissus soient aussi lourds et grands ? Il fallait toujours recouper énormément, de ce qu’elle ressentait au fur et à mesure des essayages, et elle comprenait bien mieux pourquoi leur oncle avait insisté pour prendre du temps et choisir leurs tenues. Celle-ci ne la convainquait pas tellement, pour être honnête… Son reflet était très doux mais elle avait l’air très fatiguée, là-dedans. Sauf si elle l’était et que son image était celle-ci depuis ce matin ? Une petite moue aux lèvres, elle leva le regard vers son nouvel oncle, attendant son avis.

Oncle – Le rose te donne un air un peu maladif, jugea-t-il en Français en la faisant un peu tourner sur elle-même. Marche un peu, pour qu’on voit au moins la longueur, au niveau des jambes. Quelles couleurs aimes-tu porter, pour les fêtes ?

Laura – Heu… Pour les fêtes, je porte très souvent du rouge, du noir et des couleurs assez…, commença-t-elle en faisant quelques pas, réfléchissant. Je ne sais pas comment dire, ce sont des couleurs différentes de la vie de tous les jours, on porte aussi des tenues qui font « habillé » pour marquer l’importance de la date. On peut peut-être essayer des mélanges de bleu, violet, rouge ou… De ce genre-là ?

Laura fit une légère moue, perdue. Des couleurs, des tissus… Elle n’en avait aucune idée, elle ! Les kimonos étaient très grands, elle avait l’impression de porter des couches et des couches, le tout était très lourd. Et il y avait plusieurs séances d’essayage… ? Lorsque leur oncle avait parlé de passer la journée ou le reste, du moins, à aller en ville pour choisir leurs tenues, il ne plaisantait pas. Détail qui refroidissait très franchement la collégienne, peu habituée à passer des heures et des heures dans les essayages. Cependant, elle se plia aux demandes et continua à enfiler des tenues les unes à la suite des autres, optant pour un genre de kimono avec plusieurs couches dans des tons colorés et rouges mais sans ressembler à un clown pour autant. Comme pour les autres tenues essayées, le gérant devait raccourcir celle-ci et prit ses mesures avant qu’elle ne sorte de la cabine, soufflant un peu, rejoignant Océane qui les accompagnait alors que c’était au tour de Jasper de passer aux essayages avec autant d’enthousiasme qu’elle. L’encourageant du regard, elle patienta, discutant avec son amie comme elles étaient toutes seules.

L’essayage de Jasper parut beaucoup moins long que le sien, mais ce n’était sûrement qu’une impression comme ce n’était pas elle qui faisait l’essayage. Jetant parfois des regards vers la cabine, elle se releva, attendant que monsieur Nakajima termine sa discussion avec le commerçant dans leur langue avant de sortir pour regagner une des rues principales, apparemment. Donc, maintenant… Si elle avait bien suivi, ils allaient dans un autre endroit pour les coiffures, c’est cela ? Enfin, Jasper y échappait, mais Océane et elle y auraient droit. Parce qu’Océane avait une tenue mais pas de coiffure, si ? Donc elle devait se préparer et en choisir une. Cela irait vite, au moins, une coiffure est moins difficile à choisir qu’une tenue, surtout qu’elles n’auraient pas besoin d’autant de temps pour chaque test. Laura n’avait pas les cheveux très longs, cela réduisait la quantité de coiffures possibles, et elle n’était pas bien difficile. La première serait sûrement la bonne. Par contre, après, ce serait effectivement terminé… Ils allaient rentrer directement, sans rien voir d’autre ? La collégienne leva la tête vers le frère du prof, une demande à lui faire en tête. S’il voulait bien, du moins.

Laura – Excusez-moi mais… Est-ce qu’on sera obligé de rentrer immédiatement à la maison ? Il n’y aurait pas possibilité de visiter un peu le coin, peut-être certains endroits que vous m’avez montrés sur les photos ? Comme certaines avaient été prises en ville.

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Munemori Nakajima
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MessageSujet: Re: Les adultes ont vraiment été petits...   Lun 16 Juil - 13:05

Laura – Heu… Pour les fêtes, je porte très souvent du rouge, du noir et des couleurs assez…, commença-t-elle en faisant quelques pas, réfléchissant. Je ne sais pas comment dire, ce sont des couleurs différentes de la vie de tous les jours, on porte aussi des tenues qui font « habillé » pour marquer l’importance de la date. On peut peut-être essayer des mélanges de bleu, violet, rouge ou… De ce genre-là ?

Oh, le violet ne lui irait pas tellement au teint, selon lui, et le gérant de la boutique était d’accord là-dessus, lorsqu’il le lui répéta en Japonais. Ils prirent d’autres tissus pour faire des essais de couleur, Munemori veilla à rester dans un coin de la cabine, autant pour ne pas déranger le patron dans son travail que pour ne pas gêner Laura lorsqu’elle était en plus petite tenue, pour ne pas la mettre mal à l’aise. Vers ces âges, les filles n’aimaient pas qu’un adulte les regarde et c’était bien ordinaire. Ils finirent par trouver ce qui conviendra, le peintre souriant discrètement en entendant le patron marmonner dans sa barbe qu’il faudrait la nourrir plus que ça, cette enfant, car elle n’avait que la peau sur les os. Elle mangeait bien, pourtant ! Même leur mère et quelques autres femmes de la maison l’incitaient toujours à en reprendre, lors des repas, mais rien à faire, elle ne prenait pas un peu de poids, ça ne lui ferait pourtant aucun mal. Une fois les mesures prises, elle put reprendre ses vêtements plus classiques, puis ils passèrent aux essayages avec Jasper. Les tenues des hommes étaient plus simples, ce sera beaucoup plus rapide. C’était toujours ainsi, on préférait laisser le regard dériver sur les femmes, qui méritaient plus d’attention.

Lorsque les deux enfants eurent ce qu’il fallait, Munemori s’occupa de régler puis de discuter des derniers détails avec le patron, au comptoir du magasin. Pour le garçon, il y aura peu de retouches, c’était surtout concernant Laura. Océane, de son côté, avait déjà ce qu’il lui fallait, bien pratique, quand les cultures se rapprochaient ainsi. Une fois les derniers détails faits, ils allaient pouvoir sortir un peu, se balader, et ensuite, ils verront bien, on improvisera. En sortant de la boutique avec les jeunes, il les fit se pousser sur le côté pour éviter toute une bande de jeunes enfants qui courraient derrière un ballon, leur faisant prendre ensuite par d’autres petites rues. Les avenues principales étaient bondées, comme toujours, à l’approche du réveillon, pour les achats et préparatifs de dernière minute. Ah là là, où était passé le petit village de leur enfance… ? Celui où rien ne venait jamais troubler le quotidien, le village tranquille, sans énormément d’habitants ? Il aimait moins les grandes villes, depuis toujours, à moins qu’il ne simplement trop habitué à vivre à la campagne, depuis sa naissance. C’était sans doute plutôt ça, oui, difficile de se détacher des décors auxquels on était habitué depuis la plus tendre enfance.

Laura – Excusez-moi mais… Est-ce qu’on sera obligé de rentrer immédiatement à la maison ? Il n’y aurait pas possibilité de visiter un peu le coin, peut-être certains endroits que vous m’avez montrés sur les photos ? Comme certaines avaient été prises en ville.

Munemori – Ne t’inquiète pas, c’est prévu. Et vous n’êtes pas obligé de dire « vous », j’ai l’impression d’avoir quatre-vingt ans.

Il avait lancé cette dernière phrase d’un ton faussement dramatique, sans pouvoir s’empêcher de sourire, tout en les conduisant dans le dédale des petites rues.Pour la coiffure, ce n’était pas si loin. La boutique était tenue par Qira-chan, une toute jeune femme d’à peine vingt-cinq ans qui avait la réputation de faire saliver tous les hommes du coin. Elle avait un visage plutôt commun mais des yeux bridés d’un bleu profond comme personne ne les avait ici, où on était accoutumé aux yeux noirs ou marrons, un bleu comme le ciel d’été qu’elle tenait d’on ne savait où. Un petit détail qui surprenait vraiment, quand on la voyait, et qui lui donnait un charme particulier, ainsi qu’un attrait certain à l’égard des jeunes hommes. Plutôt timide, quoi que très souriante, elle s’occupa de ses deux nouvelles clientes après en avoir terminé avec un homme entre deux âges, l’air un peu triste, qui quitta la boutique avec un au revoir discret. Munemori s’assit sur une chaise dans un petit coin, en attendant que les filles soient prêtes, Qira pouvait communiquer avec elles en Anglais, lisant un magazine qui traînait dans le coin.

Une fois terminé pour cette partie-là, il était temps de profiter un peu des alentours, comme prévu. Shiromizu était encore désigné comme un village alors qu’il s’agissait d’une petite ville, maintenant. Il fallait une petite heure de route, avant d’arriver à la gare où il avait récupéré les enfants et Solène, au début des vacances. Pour commencer, il les emmena se promener sur les petits chemins, non loin de la forêt, pour qu’ils aient une vue plus d’ensemble sur le village, puis leur fit emprunter un autre chemin, s’éloignant. Au bout de cinq ou six minutes, ils arrivèrent dans une minuscule prairie, dont les hauts arbres recouvraient entièrement d’ombre le coin, avec quelques rayons de soleil ci et là. La rivière formait une grosse courbe, ici, il avait toujours trouvé cet endroit très beau et apaisant.

Munemori – Quand j’étais petit, je venais souvent pêcher ici, avec mes frères. Une fois toutes les semaines, au moins, le dimanche. Notre père nous avait appris très jeunes. On revient parfois de temps en temps, Josuke et moi.

Moins souvent, à vrai dire, le départ de leur frère avait comme creusé un trou et jeté pas mal de froids. C’était bizarre, au début, de ne revenir ici que tous les deux, d’autant plus que leurs autres frères et sœurs n’aimaient pas vraiment pêcher. Il parla un peu des espèces de poissons qu’on trouvait dans le coin, sans s’étendre là-dessus, puis poursuivit. Plus loin, en revenant vers le village, on trouvait un petit Temple Shintoïste secondaire, laissé il y a longtemps car manquant d’espace mais il n’avait jamais été détruit pour autant. Ça participait au charme de la région, comme on dit. Il revint ensuite vers le village, dans un style très traditionnel et « pur » encore. Ils passèrent, au loin, devant le collège et le lycée, où Genji était avant de partir pour la France, des bâtiments entièrement refaits à neuf il y a un ou deux ans, et ça se voyait, le tout rendait un air récent. Tout en marchant, Munemori leur racontait parfois des petits anecdotes, selon ce qui lui revenait en mémoire. Comme la fête qu’il y avait au village il y a une dizaine d’années, pour le mariage de la fille du maire, ce dernier avait invité tout le monde, ils s’étaient bien amusés, ce jour-là.

Munemori – On va faire un détour par le cimetière, déposer une offrande. Kimmitsu aurait aimé le faire lui-même, s’il avait pu venir. Enfin bon…

Il acheta en chemin une petite offrande puis partit vers l’Est, avec les enfants, dans le cimetière. La tombe qu’il cherchait était dans la troisième rangée, tout au fond. Une petite dalle blanche, surmontée d’une autre perpendiculaire plus grande, où était gravé « Ogai Tanaka, 12 juillet 1839 – 23 décembre 1922 ». Une photo, assez grande d’ailleurs, était encastrée dans la pierre perpendiculaire, dans un cadre noir. Elle montrait un très vieil homme, que Laura avait d’ailleurs déjà vu plus tôt en photo, un homme qui souriait paisiblement à l’objectif. Munemori s’agenouilla, déposa l’offrande à deux mains, puis les joignit devant lui, bien à plat, avant d’incliner la tête, les yeux fermés. Sur la photo, on avait le sentiment que le vieux maître riait de les voir là, à rendre visite sur une tombe où plus rien ne se trouvait, à part peut-être quelques os, son âme était déjà partie vers d’autres cieux. Le jeune père reposa les mains contre ses genoux, souriant en regardant la photo.

Munemori – Il était un élémentaire vent et foudre, mais très respecté malgré tout. Il a voyagé, dans quelques autres pays, et a recueilli chez lui, plus ou moins longtemps, plusieurs jeunes qui avaient besoin, disons, de changer d’air. C’est lui qui a a entraîné Kimmitsu, il l’avait aussi hébergé une semaine avant qu’il ne quitte le Japon. C’est dommage qu’il n’ait pas pu être présent pour l’enterrement, il devait savoir avant de partir qu’il n’allait plus jamais le revoir.

On s’attache bien plus aux personnes qui vous forment durant des années qu’aux personnes qui ne vous enseignent une matière que durant un an ou deux, c’était très naturel. Il resta un instant à regarder la photo puis se releva, époussetant un peu la poussière de sa tenue avant de quitter le cimetière.

Munemori – A quoi vous occupez-vous, en France, pendant les congés, d’habitude ?

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