1932. La Guerre Civile est déclarée ! Une spirale de violence s'engage dans un Etat totalitaire.
 
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 Un invité au déjeuner

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Solène Nakajima
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Âge RPG : 18 ans

MessageSujet: Un invité au déjeuner   Dim 17 Déc - 21:55

Solène ne s'était levée que ce matin, le voyage avait aspiré toutes ses forces et elle avait passé tout l'après-midi de la veille à dormir, en plus de cette nuit. Personne n'était venu la réveiller, cela dit, sa belle-famille lui avait dégagé un petit bureau pour qu'elle puisse dormir tranquillement et ne pas être gênée non plus, le soir, si les enfants voulaient jouer ou discuter avant de s'endormir. En arrivant, elle s'était endormie sitôt après avoir mangé un peu, à midi, et se sentait beaucoup mieux ce matin. Après un bon bain, du repos, elle tenait bien mieux droite et les yeux ouverts. Assise en tailleur dans le salon, à table, elle était occupée maintenant à écrire une première lettre à son mari, comptant bien sur le réseau que Gaby et les siens avaient fait mettre en place pour ce genre de courrier et éviter toute interception. Habillée d'une robe de grossesse plus chaude que d'ordinaire, un léger châle sur les épaules, elle avait attaché ses cheveux en une queue-de-cheval un peu lâche, ne portant aucun autre bijou que l'alliance à son doigt, plus pâle que de coutume et le ventre maintenant si gonflé que personne ne pourrait manquer le bon avancement de sa grossesse.

Ecrire dans de telles circonstances n'était pas vraiment évident, même si elle pouvait ne pas craindre la censure, elle hésitait souvent sur le choix de ses mots. Elle avait commencé par le rassurer, dès le début de la lettre. Tout était bien arrivé et se portait bien, Genji avait ses parents et sa famille autour de lui pour le soigner et veiller à ce qu'il puisse reprendre des forces, elle-même se sentait plutôt bien, ils étaient tous en sécurité et Kimmitsu n'avait donc plus à s'angoisser pour ça. On l'avait pas mal regardée en coin mais sa belle-famille lui avait expliqué que c'était à cause de la couleur de ses cheveux, il n'y avait aucune blonde dans le coin. Pensive, Solène arrêta encore un instant, puis retrempa son stylo-plume dans l'encre, continuant la lettre en lui décrivant quelques premières impressions, à son arrivée ici. Elle lui demanda comment lui se sentait, le plus sincèrement du monde, et comment se passait sa vie. Elle n'exigeait pas tous les détails mais voulait se faire une idée, savoir au moins comment il tenait le coup, sur quoi il travaillait, dans les grandes lignes. Elle termina sa lettre en notant qu'elle l'embrassait et qu'elle avait hâte de le revoir, qu'ils puissent à nouveau vivre ensemble, tous les deux.

Une fois cette lettre-ci terminée et glissée dans son enveloppe, Solène prit une autre feuille pour débuter celle adressée à Gabriella. Une missive encore moins évidente, et après avoir écrit "Chère Gaby", elle stoppa déjà, ne sachant pas comment commencer. C'était stupide, elle ne savait même plus comment parler à sa propre sœur... Elle nota tout d'abord à peu près les mêmes choses qu'à Kimmitsu, au tout début, décrivant rapidement le voyage et leur arrivée ici, avant de s'interrompre. Lui demander si elle allait bien ? Solène connaissait déjà la réponse. Sa sœur n'allait pas bien, mais elle traçait sa route quand même et il n'y avait rien à redire là-dessus. Elle aussi était enceinte, pourtant. Mordillant le bout de son stylo, elle releva la tête et sourit à Munemori lorsqu'il entra dans le salon en lui disant que leur invité allait bientôt arriver, pour déjeuner. Très bien. Rebaissant le regard sur la lettre, elle réfléchit un instant. Sa sœur ne lui dira sur quoi elle travaillait, inutile de lui demander. Elle ne lui dira pas non plus honnêtement comment elle se sentait. Parler de banalités était tout aussi idiot... Solène finit par se contenter de lui écrire qu'elle pensait à elle et qu'elle devait prendre soin d'elle. C'était tout ce qu'elle pouvait lui dire, dans l'immédiat.

Il y eut du mouvement pendant qu'elle glissait sa seconde lettre dans l'enveloppe et notait le nom de sa sœur dessus, la femme de Josuke et sa belle-mère préparait le déjeuner, Munemori et Josuke devaient sans doute aider Genji à s'installer dans la salle à manger. Les autres étaient au travail ou à l'école, tout le monde n'avait pas de vacances anticipés avec l'effondrement d'une école. Se préparer pour leur inviter, donc. On lui avait juste dit qu'il s'appelait Shigeyuki, qu'il avait enseigné les arts martiaux à Kimmitsu depuis la plus tendre enfance, au village, et qu'il avait voulu la rencontrer, elle ainsi que Laura et Jasper, la famille l'avait donc invité à déjeuner aujourd'hui. Munemori n'avait même pas pu lui cacher à quel point il haïssait cet homme, car il le trouvait trop dur, trop strict, trop sévère, un vrai bloc de glace, sans aucune pitié. Elle ignorait ce que Josuke en pensait, de son côté, ne comprenant pas non plus pourquoi cet homme tenait à la rencontrer. Elle se recoiffa rapidement puis se passa de l'eau sur le visage pour effacer les dernières traces de fatigue, avant qu'on ne sonne à l'entrée. Sa belle-famille ouvrit à un homme qui devait bien avoir soixante-dix ans, environ, plutôt grand, les traits durs, le regard d'un noir soutenu.

Solène – Bonjour, le salua-t-elle en Japonais avec son sourire habituel.

A sa plus grande surprise, il lui répondit en Français, sans sourire mais d'un ton poli. Même sa voix était dure, il lui rappelait un vieux film qu'elle avait lu, où le personnage principal était un moine Taoïste qui avait entraîné un jeune élève à la dure dans les montagnes. Hum, bon, bref. Il lui serra la main en se présentant très formellement, tandis que Solène avait le sentiment que Munemori évitait tout contact un peu rapproché avec leur hôte. S'il le détestait, ça se comprenait. En retournant dans la salle à manger, boire un verre avant de manger, Solène se chargea aussi de présenter les enfants, expliquant brièvement qu'elle et Kimmitsu avait adopté Laura et Jasper au mois de septembre. Tout en disant ça, elle réalisa qu'elle était un peu nerveuse, ce type avait quand même un don pour vous transpercer du regard. Enfin, ils s'assirent tous ensemble, avec Genji bloqué dans ses plâtres, pour boire un verre, Solène mettant un peu plus longtemps à trouver une position inconfortable, à cause de son ventre. Elle ne voyait même plus ses pieds, s'habiller toute seule le matin devenait un véritable sport de combat. Elle commença à balbutier quelques mots en japonais lorsqu'il leva la main pour l'interrompre et dire d'un ton calme qu'il comprenait le Français, pour l'avoir enseigné à Kimmitsu.

Solène – Ah oui ? Je ne savais pas ça, je pensais que vous lui aviez juste enseigné les arts martiaux.

Maître Shigeyuki – Entre autres choses. A ne pas laisser tomber une cause qu'on défend, également. Je suis heureux de constater qu'il suit toujours ce précepte.

Ah ça, pour le suivre, il le suivait très bien. Solène remercia son beau-frère lorsqu'il lui donna du jus d'orange, pas d'alcool lorsqu'on attend un bébé, après qu'il ait servi tout le monde. Le maître lui demanda tout à coup comment ils s'étaient connus, car elle avait l'air bien jeune, la faisant rougir jusqu'à la pointe des oreilles, puis se racler un peu la gorge. Et bien, au... A l'école, finalement, au pensionnat, tout s'était passé si vite. Elle en parla assez peu, dérivant ensuite tout naturellement le sujet sur la façon dont lui avait rencontré son mari et comment il l'avait entraîné. A cette question, Munemori lui lança comme un regard d'alerte, qui la surprit sur le moment. Et bien ? Le vieux maître resta un instant silencieux puis répondit que c'était son père qui le lui avait confié, au dojo, à quatre ans, et qu'il l'avait entraîné à la dure, comme chacun des élèves de son école, car "personne ne peut progresser sans y mettre de la volonté".

Maître Shigeyuki – C'est bien plus compliqué avec les gamins élémentaires, ceux qui ont le vent, la foudre ou le feu. Tellement agités et incapables de se concentrer, il leur faut des mois de plus avant de se concentrer assez pour progresser. Lorsque son don est né, il avait déjà une base mais tout a été démoli en même pas trois semaines, sans doute à cause d'un proche. J'ai dû tout reprendre depuis le début, en parallèle, commencé à lui parler de la façon dont les élémentaires étaient considérés dans les autres pays, je me doutais qu'il allait partir.

Solène – Mais... Il n'avait que huit ans. Comment auriez-vous pu savoir que...

Maître Shigeyuki – Combien d'élémentaires vent et feu quittent leurs pays natal, selon vous ?

Heu... Elle n'en savait rien du tout, elle ne s'était même jamais posé la question, ignorant que tant que ça devaient tout quitter pour partir au loin. Elle répondit donc qu'elle n'en avait aucune idée et ne s'était même jamais doutée que tant que ça partaient. Du coin de l’œil, elle vit aussi Munemori se mordre tout à coup la lèvre inférieure, comme pour s'empêcher de faire une remarque, alors que Emiko avait pris la main valide de son fils entre les siennes avec douceur.

Maître Shigeyuki – J'en ai connu douze, de façon personnelle, dont votre mari. Partis en Europe, pour la plupart, deux aux Etats-Unis, un autre au Canada. Donc pas d'étonnement particulier le jour où il m'a annoncé qu'il partait, lui aussi. C'est pour cela que j'étais curieux de vous rencontrer, j'aime à savoir ce que deviennent mes élèves, même s'ils s'en vont à des milliers de kilomètres.

C'était... gentil. Enfin, plutôt touchant. Josuke lui avait même lancé un regard reconnaissant, qu'elle perçut assez vite en tournant la tête au bon moment. Elle sourit un peu, son verre serré entre ses mains, l'écoutant alors qu'il décrivait un peu plus précisément la façon dont il entraînait ses élèves, au dojo. C'était amusant, la plupart des techniques ou méthodes qu'il décrivait, elle les avait vu employées par Kimmitsu lorsqu'elle l'avait observé, pendant un ou deux de ses cours, ou lorsqu'il s'était entraîné avec la mère d'Océane. Elle l'interrogea sur certains points, la curiosité reprenant le dessus, notant tout de même que Kimmitsu était très loin d'avoir la même dureté en cours. Tout en parlant, il esquissait parfois quelques gestes pour appuyer ses mots, ne souriant jamais. Il restait très intimidant, enfin... Il imposait le respect.

Maître Shigeyuki – Quand je pense qu'il est vraiment devenu professeur, dit-il ensuite d'un ton amusé. C'est fou comme les personnes changent, avec le temps.

Heu... Mmh ? Elle resta bloquée sur cette dernière phrase un moment, peinant vraiment à intégrer ça. Elle était si habituée à voir Kimmitsu si sérieux et serein que, que, que... L'imaginer autrement, ce n'était juste pas possible ! Et elle n'était pas la seule à être choquée, Laura aussi, d'après ce qu'elle voyait, même Jasper et Genji. Le vieil homme dû voir qu'il les avait scié car il rajouta ensuite que Kimmitsu avait encore du mal, à dix-neuf, à rester en place et concentré sur le long terme, bien au contraire, il était très agité, même trop pour son propre bien, emporté par une certaine colère contre son environnement et l'injustice devant ce qu'il voyait, le comportement contre les élémentaires.

Maître Shigeyuki – Partir si loin, seul et à cet âge, ça a dû être une claque que je ne m'imagine pas. Et ça vous change une personne à jamais. Ça et cette fameuse école. Enfin, c'est la vie.

Solène – Je... vois.

Maître Shigeyuki – Je connais un peu les dons, pour avoir observé lesquels ont eu des effets marquants sur mes élèves. Le vent, s'il naît en premier, est juste... terrible. Il vous renverse un gamin la tête la première, c'est une telle gifle qu'ils se prennent à chaque fois. Et ils rempilent en pleine adolescence, et encore parfois à l'âge adulte, si les circonstances sont faites pour. J'ai entraîné trois élémentaires vent, qui sont tous les trois en France d'ailleurs... Ils sont portés sur la rébellion, jamais prêts à baisser la tête face à la guerre. Une fois adultes, ils sont comme les élémentaires foudre, ils ne renoncent pas, même si ça doit leur ruiner la santé, ou la vie.

La future mère ne put pas s'empêcher de répondre qu'elle savait cela et qu'elle avait deux exemples des plus frappant, dans son cercle familial proche. Elle lui demanda s'il suivait l'actualité en France, tout en buvant un peu, et il hocha la tête avec un air grave, précisant juste après qu'un de ses amis élémentaires lui avait signalé que beaucoup de pays avaient reçu des messages, venus des écoles. Solène haussa un sourcil, ne le suivant plus là, et n'était visiblement pas la seule. Des messages de quelles écoles ? Le vieux maître se redressa avec lenteur, tapotant du bout des doigts sur la table.

Maître Shigeyuki – Les écoles comme la vôtre, votre pensionnat. Elles ont diffusé des appels récemment. Dans trois jours, le soir du 24, il faudra se tenir prêt et allumer sa radio. Vous avez dû le manquer à cause de votre voyage jusqu'ici.

Qu'est-ce que la Rébellion comptait diffuser ... ? Solène était complètement passée à côté de cette information, oui, trop préoccupée par l'état de santé de Genji, la sécurité de Jasper et Laura, le voyage vers le Japon, puis leur arrivée ici. Munemori dit d'un ton lent qu'il avait une idée de ce qui allait être diffusé et que ça avait de quoi inquiéter. D'ailleurs, tout le monde était déjà assez inquiet, même si ce n'était "qu'un message", ce n'était pas la forme qui comptait ici mais le fond, les mots, ce qui allait être exposé. Solène penchait pour la déclaration de guerre pure et simple, étant donné l'état du pays. Comme insensible à la tension grandissante, le vieux maître se tourna vers Laura et son frère, et leur dit qu'ils pouvaient être fiers de leur père. La phrase contrastait tellement avec le reste de la discussion que Solène en eut un temps d'arrêt, avant de se ressaisir. Elle sourit puis laissa Laura répondre.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Un invité au déjeuner   Lun 1 Jan - 22:36

Laura s’installa à table, observant l’ancien maître de monsieur Nakajima en repensant à tout ce qu’il lui avait appris durant leurs longues discussions. C’était donc lui… Elle essaya de ne pas trop le dévisager pour se montrer polie mais peinait à imaginer son tuteur écoutant les enseignements de quelqu’un d’autre. Pourtant, c’était logique, oui, tout à fait logique ! Mais, pour elle, c’était lui qui enseignait et leur apprenait des choses… Elle ne pouvait le voir jeune et turbulent, malgré ce qu’il lui avait dit lorsqu’elle lui avait parlé avant de rentrer au Pensionnat, après le voyage scolaire. Et elle n’osait imaginer comment s’étaient déroulés les cours avec un professeur comme cet homme… Non pas qu’il avait l’air cruel ou quoi que ce soit du genre ! Mais il dégageait une impression dure, qui ne laissait pas la place à l’hésitation ou… C’était difficile à expliquer.

En tout cas, il était intimidant, bien plus que monsieur Nakajima, et elle comprenait mieux pourquoi il avait ce comportement. Même si leur dernière discussion avait ôté une barrière, Laura ayant beaucoup moins peur de lui. Solène commença à lui parler en japonais, dès qu’elle fut correctement installée à côté d’eux, mais il l’interrompit en lui disant comprendre le français comme il l’avait enseigné à leur professeur. Tiens, ça aussi, Laura l’ignorait, même si elle ne s’était jamais posé la question pour être honnête. Elle n’avait… jamais cherché à connaître plus de choses que cela sur son tuteur, parlant et répondant à ce qu’il lui disait alors qu’il essayait de la faire parler, d’apprendre à la connaître sans doute. Mais lui… En dehors de leur discussion au presbytère, elle n’avait jamais vraiment discuté avec lui avec un échange tel que celui-là. Et se dire cela maintenant était… perturbant.

Solène – Ah oui ? Je ne savais pas ça, je pensais que vous lui aviez juste enseigné les arts martiaux.

Maître Shigeyuki – Entre autres choses. A ne pas laisser tomber une cause qu'on défend, également. Je suis heureux de constater qu'il suit toujours ce précepte.

Laura échangea un regard avec Jasper, Genji et Océane, ne pouvant s’empêcher de reconnaître son tuteur dans cette phrase. Non, il n’avait abandonné personne et n’avait jamais laissé tomber une cause pour laquelle il avait commencé à se battre. Leur amie en était la preuve, tout comme Genji et même Jasper qui allait, petit à petit, un peu mieux malgré les conditions du pays. Laura non plus n’avait pas été lâchée alors qu’il aurait très bien pu dire à leur tante qu’il laissait tomber après tout ce qu’ils lui avaient fait endurer. Surtout avec cette guerre, ce deuxième don qu’il n’avait jamais cherché à avoir, forcé, et le danger que représentait le conflit pour sa famille. Et pour lui. Il en était tellement malade que… La collégienne réprima un frisson, remerciant son nouvel oncle lorsqu’il lui donna du jus d’oranges, comme à Solène, buvant une petite gorgée. Elle l’avait trouvé si fatigué, épuisé, presque malade lorsqu’elle l’avait vu… Et même lorsqu’ils étaient arrivés chez lui, cet été, pire encore au moment où il avait révélé à Jasper pour l’accident de la caserne. Pourtant, il n’avait jamais abandonné…

Le maître de monsieur Nakajima demanda, tout à coup, comment ils s’étaient connus étant donné la différence d’âge, Solène et lui, réponse très brève par rapport à ce que Laura avait appris mais elle ne fit aucun commentaire. Elle était très rouge, comme gênée, ce qui lui rendit la tâche bien plus compliquée pour s’empêcher de rire ou sourire. Désolée mais… Là, voir quelqu’un d’autre dans la même position qu’eux face à leur monsieur Nakajima, c’était drôle. Méchant, oui, parce qu’elle aimait bien Solène, mais drôle. Pour une fois que cela ne leur tombait pas dessus ! Et puis, c’était mignon, elle rougissait encore de cette rencontre et des circonstances, chose qui lui donnait un air encore plus jeune. Son amie dévia la conversation, dès qu’elle le put apparemment, sur les conditions de rencontre de son tuteur et son maître ainsi que le moment où il avait commencé à l’entraîner, faisant relever la tête à la collégienne. C’est vrai qu’ils l’ignoraient, cela…

Mais c’était, également, un sujet délicat, ce qui fit froncer les sourcils à Laura qui porta son verre à ses lèvres. Elle regarda le maître sans rien dire alors que lui-même était silencieux, ne parlant qu’au bout d’un instant après quelque chose que la collégienne avait sans doute loupé. Que se passait-il… ? Elle avait loupé un épisode ? Il leur dit que c’était le père de monsieur Nakajima qui lui avait confié son enfant, à quatre ans au dojo, et qu’il l’avait entraîné à la dure comme tous les élèves de son école car personne ne peut progresser sans y mettre la volonté. Elle fronça les sourcils, ayant comme une impression de déjà-vu pour avoir déjà entendu la même chose durant les cours d’arts martiaux, ou peut-être pendant une des discussions avec son professeur. En tout cas, ces paroles n’étaient pas étrangères et elle comprenait encore mieux comment monsieur Nakajima était devenu comme cela. Et c’était son père qui l’avait confié à son maître… Repensant à ce qu’il lui avait dit avant de partir, Laura ne put s’empêcher de penser à la véritable intention dissimulée derrière cet acte mais n’en dit rien. Il avait eu peur à cause de la guerre et n’avait pas pu le calmer… C’était cela, non ? Peut-être qu’en le confiant à ce maître, il espérait l’apaiser ou le discipliner.

Ce qui avait fait l’exact opposé, en fin de compte. Mais il n’avait pas de don, à ce moment-là, ils ne se développaient que vers sept ans chez un enfant. Leur tuteur, discipliné et cadré au début de son enfance, avait dû souffrir au moment où son don s’était développé, ce qui expliquait en partie la blessure dont il lui avait parlé dans le presbytère. Et ce que venait de confirmer maître Shigeyuki à propos de la difficulté de concentration des élémentaires de vent, de foudre ou de feu. Il avait commencé lui-même à lui parler de la considération des élémentaires dans les autres pays, lui mettant déjà un peu l’idée de quitter le Japon en tête.

Encore une fois, une impression de déjà-vu, son tuteur lui ayant parlé de tout cela et ayant pris le temps avec elle avant qu’ils n’aient à partir en vacances… En un sens, cela la touchait et montrait qu’il avait véritablement été marqué par les enseignements de son maître, au Japon. Il gardait une trace même à des milliers de kilomètres, comme son maître semblait s’inquiéter pour lui et garder un œil sur sa vie. Parce qu’il connaissait beaucoup d’élémentaires feu, vent ou foudre ayant quitté le Japon… D’un même mouvement, comme la mère de Genji avec Genji, Laura lança un regard à son frère, se mordant les lèvres en même temps que leur nouvel oncle. Lui n’en était pas à ce stade parce qu’il était né dans un pays vivant et très vindicatif, mais les autres…

Maître Shigeyuki – J'en ai connu douze, de façon personnelle, dont votre mari. Partis en Europe, pour la plupart, deux aux Etats-Unis, un autre au Canada. Donc pas d'étonnement particulier le jour où il m'a annoncé qu'il partait, lui aussi. C'est pour cela que j'étais curieux de vous rencontrer, j'aime à savoir ce que deviennent mes élèves, même s'ils s'en vont à des milliers de kilomètres.

Douze enfants sur combien ? Et combien, au final, avaient quitté la famille Nakajima ? N’osant pas le demander, Laura reporta son regard sur son verre, se raclant un petit peu la gorge avant de boire une nouvelle gorgée de jus d’orange. Cet homme était peut-être intimidant mais il faisait attention à ses élèves et restait attaché à ceux qui s’en allaient loin. C’était touchant et inattendu, en fait, tant il avait l’air dur et imperturbable. Pourtant, il restait attentif, témoignant de gentillesse et bienveillance même si ce n’était pas la première impression qu’il dégageait en entrant dans la pièce. Il se lança ensuite dans la description des cours qu’il donnait au dojo, faisant écho aux manières de faire de son professeur, signe qu’il avait vraiment retenu beaucoup de ses enseignements. A la fois attendrie et impressionnée, la collégienne leva son regard pour écouter plus attentivement l’échange entre maître Shigeyuki et Solène, son amie lui posant quelques questions plus précises qui, définitivement, convainquaient Laura de ne jamais suivre de cours avec lui. Il était nettement plus dur, laissait passer moins de choses même s’il lui était difficile de juger la patience sur une simple explication. En tout cas, il semblait très vif malgré son âge, s’aidant de gestes pour s’expliquer sans, toutefois, se détacher de cet air intimidant, imposant.

Maître Shigeyuki – Quand je pense qu'il est vraiment devenu professeur, dit-il ensuite d'un ton amusé. C'est fou comme les personnes changent, avec le temps.

Laura eut un léger temps d’arrêt en même temps que les autres, bien que monsieur Nakajima l’ait prévenu de son caractère plus agité que le sien et celui de Jasper réunis. C’était difficile à intégrer, en réalité, et l’entendre de la bouche de quelqu’un d’autre… Surtout de son maître ! Si lui le disait, c’est que c’était vrai, et à un point difficilement réalisable puisqu’ils n’avaient que leurs points de vue. Maître Shigeyuki ajouta, en voyant leur tête, qu’il avait encore du mal, à dix-neuf ans, à rester en place et concentré sur le long terme, étant trop agité pour son bien, habité par la colère et l’envie de justice. C’est ce qu’il lui avait dit… Enfin, son tuteur n’avait pas été dans le détail et cette explication lui permettait de mieux comprendre l’agitation qu’il avait évoquée. En fait, parler avec son ancien professeur leur permettait d’en apprendre plus sur monsieur Nakajima qui les poussait à parler mais dont eux-mêmes ne connaissaient que peu de choses. Sur le présent, ils en savaient beaucoup, forcément. Mais le passé… Encore que, pour Jasper et elle, c’était normal. Mais Solène… ?

Maître Shigeyuki – Je connais un peu les dons, pour avoir observé lesquels ont eu des effets marquants sur mes élèves. Le vent, s'il naît en premier, est juste... terrible. Il vous renverse un gamin la tête la première, c'est une telle gifle qu'ils se prennent à chaque fois. Et ils rempilent en pleine adolescence, et encore parfois à l'âge adulte, si les circonstances sont faites pour. J'ai entraîné trois élémentaires vent, qui sont tous les trois en France d'ailleurs... Ils sont portés sur la rébellion, jamais prêts à baisser la tête face à la guerre. Une fois adultes, ils sont comme les élémentaires foudre, ils ne renoncent pas, même si ça doit leur ruiner la santé, ou la vie.

Solène fut la première à réagir, répondant qu’elle le savait et qu’elle avait deux exemples des plus frappants dans son cercle familial proche. Ah, ça… Entre leur tante et son mari, elle était servie, c’est sûr. La pauvre ne pouvait même pas se reposer réellement, se dire que tout serait terminé un jour et qu’ils ne penseraient plus à tout ce qui se passait ailleurs. Pas avec un tempérament comme celui de leur tuteur et de leur tante, cette dernière était au bout depuis plusieurs mois et n’avait craqué que récemment, au final, avec un repos forcé. Depuis leur absence, par contre… Elle n’avait aucune nouvelle. Laura but un peu, écoutant Solène demander à maître Shigeyuki s’il suivait l’actualité en France. S’il avait trois de ses anciens élèves là-bas, il y avait des chances… Ce qu’il confirma par un hochement de tête, précisant ensuite qu’un de ses amis lui avait signalé que beaucoup de pays avaient reçu des messages provenant de plusieurs écoles. Heu… De quoi parlait-il, là ? Visiblement, en jetant un œil aux autres assis autour de la table, Laura n’était pas la seule à ne pas suivre. Leur interlocuteur se redressa lentement, tapotant la table du bout des doigts. Que s’était-il passé… ?

Maître Shigeyuki – Les écoles comme la vôtre, votre pensionnat. Elles ont diffusé des appels récemment. Dans trois jours, le soir du 24, il faudra se tenir prêt et allumer sa radio. Vous avez dû le manquer à cause de votre voyage jusqu'ici.

Se tenir prêt pour un message de la Résistance… Laura échangea un regard avec Jasper, sentant que l’ambiance avait radicalement changée en l’espace de quelques secondes. Ce n’était pas le fait de passer un message qui l’inquiétait, non, ils devaient bien se douter que les professeurs et les anciens militaires, en plus de tous les autres les ayant rejoints, n’allaient pas rester sans rien faire face au gouvernement qui se mettait en place malgré eux. Mais le fond du message l’inquiétait, n’osant imaginer ce qu’ils allaient dire par manque de références, imaginant des menaces ou… Une déclaration de guerre, purement et simplement. A cet instant, leur oncle dit, d’un ton lent, qu’il avait une idée de ce qui allait être diffusé. « Lorsqu’il faudra aller plus loin »… Son tuteur avait prononcé ces paroles il y a de cela quelques semaines à peine, lui disant de ne pas rester bloquée s’il lui arrivait quelque chose. A présent, oui, le message était clair. Une déclaration de guerre, pure et dure, sans retour en arrière possible. Laura regarda son verre sans rien dire, fermée et plus pâle, les paroles de monsieur Nakajima et leur longue discussion tournant encore et encore dans sa tête.

La collégienne émergea lorsque maître Shigeyuki leur dit, à Jasper et elle, qu’ils pouvaient être fiers de leur père. Être fiers de leur père… ? Ils… Eux ? C’était… Laura resta interdite, sur le coup, tirée de ses réflexions à propos de la Résistance sans crier gare. C’était un peu… délicat. Elle eut le temps de voir le sourire de Solène qui semblait vouloir la laisser répondre à cette remarque tandis qu’elle espérait, plutôt, que son frère réagisse à sa place. Mais elle avait l’horrible impression qu’il n’en ferait rien… Laura essaya de se ressaisir assez vite, ouvrant la bouche et la refermant légèrement plusieurs fois de suite sans savoir que répondre. Ils ne le considéraient pas comme leur père, c’était beaucoup trop récent. Et être fiers… Elle avait plus peur qu’autre chose, pour être honnête. Mais impossible de dire tout cela à voix haute, surtout au Japon, devant la famille Nakajima. Elle bafouilla quelques mots inintelligibles avant d’affirmer timidement qu’ils l’étaient, hochant un peu la tête avec un sourire forcé malgré tous ses efforts.

Maître Shigeyuki – Tu n'as pas l'air très à l'aise, j'espère que je ne t'effraie pas ?

Laura – Non, pas du tout, dit-elle très vite en toussant un peu après avoir bu pour se reprendre. C’est seulement un… manque d’habitude, avec le voyage, la Résistance et la fatigue.

Maître Shigeyuki – Donc je t'effraie. Ah là là, les enfants.

Mais non ! Laura ne voulait pas dire ça ! Elle s’était un peu étouffée lorsqu’il avait dit l’effrayer mais cette réaction ne la trahissait pas pour autant. N’est-ce pas ? Elle baissa la tête sur son verre, les joues beaucoup plus rouges, détestant Jasper et Solène de l’avoir laissée répondre. Elle n’avait pas peur ! C’était seulement le sujet, voilà tout, rien de plus. Même si le maître de monsieur Nakajima n’avait pas l’air vexé, ayant gardé un ton neutre en parlant, égal à celui qu’il avait depuis le début de la conversation. Désolée, elle n’avait pas fait exprès ! Mais hors de question de dire pourquoi elle avait eu cette réaction, elle n’était pas encore assez confiante pour ça, surtout ici. Son tuteur et Solène, c’était une chose, mais le reste de la famille… Laura but une autre gorgée de jus d’orange, restant silencieuse pour laisser les adultes discuter entre eux. Elle n’avait pas peur mais, de là à discuter ouvertement avec le professeur de son professeur… C’était bizarre.

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Solène Nakajima
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MessageSujet: Re: Un invité au déjeuner   Sam 20 Jan - 21:56

Voilà un moment que Solène se posait la question, est-ce que les deux enfants considéraient vraiment Kimmitsu comme leur père ou le voyaient-ils juste comme un tuteur qu’ils étaient obligés de supporter ? Elle ne lui avait jamais posé la question, sur la façon dont il voyait les choses, comment il ressentait ça, et ne l’avait jamais demandé franchement à Jasper et Laura non plus. Or, sa réaction prouvait qu’elle aurait dû le faire, bien plus tôt, elle était si mal à l’aise et en retrait… Sans doute n’arrivait-elle pas à apprécier Kimmitsu. C’était plutôt triste, de voir ça, car il faisait vraiment tout ce qu’il pouvait pour eux deux. L’ancien professeur de Kimmitsu ne semblait pas éprouver le même malaise, cependant, s’inquiétant juste de savoir s’il l’effrayait vraiment ou non. Il était assez intimidant, en effet, mais de là à effrayer, non, tout de même pas. Solène profita de cet instant pour se reprendre et ne pas laisser paraître à quoi elle venait de songer. Si les enfants n’osaient tout simplement pas en parler, comment pourrait-elle les y inciter ? Elle reporta le regard sur le vieil homme lorsqu'il demanda si elle avait un don, elle aussi, hochant la tête en disant qu'elle maniait la terre et qu'elle avait développé la foudre il y a deux ou trois mois.

Maître Shigeyuki – La foudre ? Comment ? Vous ne semblez pas être une personne prédisposée à cet élément, sans vouloir être vexant.

Solène – Un type m'avait agressée, j'ai agi par... réflexe. C'est sorti tout seul.

D'ailleurs, tout le monde avait aussitôt accusé Gaby, en entendant des coups de tonnerre soudain au-dessus du village, avec une telle violence, puis ils l'avaient vu courir dans le village et en avaient conclu que ça venait de quelqu'un d'autre. Cela dit, ce n'était pas un élément qu'elle utilisait beaucoup, non seulement il était encore naissant, mais elle n'avait pas non plus le caractère adéquat pour le "nourrir" et le renforcer, au contraire de son aînée. Leur invité parut le comprendre car il ne poussa pas le sujet plus loin, parlant ensuite de nouvelles plus générales, sur le pays. Ils parlèrent ainsi assez longuement le temps de boire un verre, puis passèrent à table. Elle allait se lever pour aider ses belles-sœurs à mettre le couvert et apporter les plats mais Emiko la repoussa par terre en lui disant de ne pas bouger, qu'ils allaient très bien s'en sortir comme ça. Solène avait la bizarre impression que sa sœur la couvait de plus en plus, depuis qu'elle avait constaté l'état maintenant bien avancé de sa grossesse. Et elle n'était pas si fatiguée que cela, en plus... Enfin, ne rien dire, surtout lorsque sa belle-sœur avait cette tête. Au même instant, elle sentit ses enfants bouger dans son ventre et grimaça en recevant un brusque coup de pied, mettant les mains sur son ventre. La mère de Kimmitsu remarqua le mouvement, s'arrêtant pour poser une main sur son épaule.

Narumi – Vous vous sentez bien ?

Solène – Oui, souffla-t-elle. Ils bougent beaucoup, en ce moment, c'est tout.

Le vieux professeur sourit tout à coup en disant que ça promettait, pour la naissance, elle allait devoir garder un bon œil sur eux. Et bien, s'ils étaient aussi agités que leur père, à un certain âge, effectivement, ça promettait, effectivement. Une fois le repas installé sur la table avec tout ce qu'il fallait, ils se souhaitèrent bon appétit, joignant tous les mains avec les baguettes entre elles à l'horizontale. Prévoyante, madame Nakajima avait mis des fourchettes pour Jasper et Laura, et prévu également une assiette à part pour Genji, pour qu'il puisse manger avec une cuillère, sa seule main à moitié valide ne lui permettant pas d'utiliser des baguettes. Ils discutèrent d'un peu de tout, au début du repas, la future mère ne pouvait pas s'empêcher de poser pas mal de questions à sa belle-famille car elle avait envie de savoir comment ils vivaient, il y a des années, lorsqu'ils étaient enfants ou jeunes adultes. Son mari n'était pas bavard sur le thème, ce qu'elle comprenait parfaitement, interrogeant donc le reste de sa famille pour assouvir sa curiosité. C'était plus fort qu'elle, ses bouffées d'hormones la rendaient nerveuse, déprimée, enjouée, bavarde, etc., suivant les occasions.

Maître Shigeyuki – Il n'y a plus tellement de grandes familles comme celle-ci, aujourd'hui. Vous avez beaucoup de frères et sœurs, de votre côté ?

Solène – Trois frères et une sœur. Ils sont tous mariés et ont des enfants, ça fait pas mal de monde aussi. Par contre, ils ne vivent pas tous ensemble. Vous-même, vous avez des enfants ?

Maître Shigeyuki – Non... Enfin, j'ai quasiment élevé un de mes premiers élèves, ses grands-parents ne s'en occupaient pas. Sinon, je ne suis pas marié.

Ce fut à l'air de sa belle-sœur que Solène comprit qu'en fait, on ne posait pas ce genre de questions directement et que personne ici n'avait jamais dû le faire. Ses joues prirent une légère teinte cramoisie, même si le vieil homme ne s'en était pas formalisé. Elle ne pouvait pas savoir ! Ce 'était pas le genre de détails qu'elle avait vu dans les quelques livres lus avant leur départ. Pour faire passer ce moment de gêne, elle orienta doucement la conversation vers un tout autre sujet, souriant maladroitement à la mère de Genji, qui le lui rendit. D'accord, pas de questions trop personnelles, ça ne se faisait pas.

Solène – D'ailleurs, demanda-t-elle à Munemori, alors qu'ils passaient au plat de résistance, où avez-vous appris le Français, de votre côté ? A l'école ?

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Munemori Nakajima
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MessageSujet: Re: Un invité au déjeuner   Lun 22 Jan - 20:37

Le petit avait mis du temps à s’endormir, après avoir bu son biberon, Munemori soupçonnait qu’il fasse un peu de fièvre, avec la poussée de ses dents. Il le déposa délicatement dans son couffin, dans un coin de la salle à manger, avant de retourner aider pour apporter tous les plats sur la table et débarrasser l’apéritif. Le fils d’Eisen dormait dans un autre couffin, à côté du sien, tous deux bien calmes, au chaud et en sécurité. Si seulement toute la vie pouvait être comme cet instant ! Blotti dans une petite couverture avec des personnes qui veillaient sur vous, en vous offrant tout l’amour nécessaire, la protection, qui vous nourrissait et venait vous consoler aussitôt si ça n’allait pas. Il sourit en embrassant les deux bébés avec tendresse, sur le front, avant de revoir s’asseoir à table. Si les deux petits anges étaient profondément endormis, ce n’était pas le cas de ceux que Solène portait dans le ventre… Il lui versa de l’eau et lui montra une autre position pour s’asseoir, que sa propre femme avait utilisé lors de sa grossesse pour se mettre plus à l’aise. Eux, les hommes, ne pouvaient pas vraiment comprendre ce que leurs mères et épouses devaient endurer, en portant un enfant, même en le voyant. Ils pouvaient seulement s’assurer qu’elles aient le plus de confort possible.

Mains jointes, il souhaita un bon appétit en cœur avec les autres puis commença à déjeuner. Le fait que leur grand-père ne mange plus avec eux était assez perturbant, Munemori ne pouvait pas s’empêcher de lancer parfois des regards vers la place qui était d’habitude la sienne. Le vieil homme était maintenant trop fatigué pour partager ces moments, leur mère lui apportait un plateau dans sa chambre et l’aider à manger lors des jours où il se sentait plus faible. La discussion porta d’abord sur l’actualité locale, il y avait pas mal de changements au village, depuis les travaux pour agrandir certains carrefours et ouvrir de nouveaux axes routiers. Plus de naissances, plus de personnes venues des villes venant s’installer, leur village de campagne commençait à se transformer en petite ville, le cimetière aussi avait été agrandi récemment. Ils firent surtout la comparaison pour une Solène débordante de curiosité et de questions, à un tel point que le père de famille finit par se demander si leur frère avait déjà abordé le sujet avec elle, ne serait-ce qu’une seule fois. Lui croyait que non, en tout cas. Il ne lui posera pas la question, cela dit, ce n’était pas ses affaires.

Maître Shigeyuki – Il n'y a plus tellement de grandes familles comme celle-ci, aujourd'hui. Vous avez beaucoup de frères et sœurs, de votre côté ?

Solène – Trois frères et une sœur. Ils sont tous mariés et ont des enfants, ça fait pas mal de monde aussi. Par contre, ils ne vivent pas tous ensemble. Vous-même, vous avez des enfants ?

Maître Shigeyuki – Non... Enfin, j'ai quasiment élevé un de mes premiers élèves, ses grands-parents ne s'en occupaient pas. Sinon, je ne suis pas marié.

Ah, oui, personne en lui avait jamais dit qu’on devait éviter d’interroger si directement les aînés sur ces sujets… Heureusement, le maître ne s’en était pas formalisé, sans doute parce que Solène était Française et ne pouvait donc pas être au courant, pour tout ces détails. Il continuèrent sur un autre sujet, comparant aussi les habitudes de vie d’aujourd’hui avec celles d’il y a vingt ans, comme dans tous les pays, pas mal de choses changeaient, même si c’était moins flagrant dans ce pays. Cause de leur culture, sans doute, il ne s’était jamais vraiment posé la question, jusqu’ici. Ou bien, par contraste, la France évoluait, elle, trop vite sur certaines périodes. Une idée qui le fit sourire car cela collait bien à leur mentalité. Lui-même était plus serein lorsque chaque chose était à sa place et qu’il n’y avait pas de gros bouleversements chaque jour, il aimait cette routine familière et rassurante. Avec elle, on se sentait pris dans un cocon protecteur. Solène lui demanda aussi où ils avaient appris le Français, si c’était à l’école. Il secoua la tête, prenant d’abord un instant pour finir ce qu’il avait dans la bouche et boire une gorgée d’eau.

Munemori – Non, c’était beaucoup plus tard, je me suis intéressé à la langue après avoir lu des histoires sur la guerre civile.

Solène – Des histoires de quel genre ?

Munemori – Une histoire qui est arrivée peu avant les années 1900.

Il s’interrompit pour tousser un peu, tournant la tête en mettant sa manche contre sa bouche, puis s’excusa. Il tombait toujours un peu malade ou enrhumé en fin d’année, à la période où le froid était le plus vif, tout particulièrement dans ces collines. Dès qu’il eut fini, il but à nouveau pour calmer la légère irritation de sa gorge puis sourit à Solène.

Munemori – A cette époque, le Japon était en pleine guerre, l’Empereur faisait venir des « conseillers » de plusieurs pays étrangers pour moderniser le pays et faire disparaître pas mal de traditions, dont la caste des samouraïs. Au cours d’une des batailles, un groupe de cinq officiers Français ont été gravement blessés mais épargnés, car le chef des samouraïs, d’un village des montagnes, les avait jugés braves. Ils les ont faits prisonniers et les ont emmenés avec eux dans leur village, alors que l’hiver allait débuter.

Cette histoire-ci était maintenant si connue qu’elle en était devenue une légende locale, à l’image de l’histoire des 47 rônins. Le vieux professeur souriait légèrement, en l’écoutant, lui aussi avait dû la raconter bien des fois.

Munemori – Ils ont passé deux années en captivité. Le chef des samouraïs voulait apprendre à connaître ses ennemis et a longuement discuté avec eux. De leur côté, ils se sont aussi intégrés peu à peu, ont appris à parler notre langue et au fil du temps, ont adopté les coutumes et façons de vivre du pays. Puis lorsqu’ils ont été relâchés, que le temps était venu pour eux de rentrer en France, ils ont déserté et sont revenus se battre aux côtés des samouraïs, jusqu’à la fin de la guerre civile. Deux ont survécu à cette guerre et se sont établis pour de bon dans le village.

Maître Shigeyuki – C’est une belle histoire, une preuve de plus que les peuples peuvent se comprendre grâce aux discussions.

Oui, exactement. Il hocha la tête pour approuver, concluant en disant qu’il avait ensuite appris le Français car avant de comprendre un autre pays, il fallait en parler la langue et apprendre à penser comme lui. Il laissa les autres donner un peu de détails sur cette histoire, pendant qu’il continuait à manger, écoutant juste retracé ce qui était arrivé à ces hommes. Ils avaient été bien traités dès le début, captifs ou non, libres de se déplacer comme ils le souhaitaient dans le village et les alentours, même s’ils étaient toujours accompagnés d’un des samouraïs. Chacun avait été « recueilli » par une famille, vivant avec elle et à son rythme. Et parlant, parlant beaucoup avec le chef des samouraïs, échangeant sur ces deux cultures ressemblantes, en un sens, chacun s’expliquant les coutumes des uns et des autres. Océane demanda si les deux hommes avaient eu des enfants, ici, au Japon, et Munemori hocha la tête.

Munemori – L’un des deux a élevé les enfants de la veuve chez qui il avait été placé à son arrivée dans le village et a fini par l’épouser. L’autre s’est marié avec une femme du coin et a eu un fils avec elle. Ils vivent toujours, tous deux, avec leurs familles. Vous pourrez même les croiser, Okayo n’est pas bien loin.

Il fit un vague geste vers l’Est, vers les montagnes qu’on voyait à quelques kilomètres de là, au-delà des collines. Il ne savait plus exactement où se trouvait le village, mais bon, avec une simple carte, se repérer n’était pas bien difficile.

Munemori – Il y a beaucoup de récits de ce genre, il faudrait des années pour tous les relater.

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Solène Nakajima
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MessageSujet: Re: Un invité au déjeuner   Mer 28 Mar - 11:54

Solène était peut-être trop curieuse, c’était toujours comme ça, elle adorait écouter les histoires du passé car c’était ainsi qu’on comprenait le présent. Et elle avait envie de mieux connaître sa nouvelle famille du bout de monde, comme si comprendre le pays où son mari avait grandi allait l’aider à mieux le comprendre lui, à mieux l’aider, quand bien même il avait fuit ledit pays. C’était peut-être idiot, elle ne pouvait juste pas s’en empêcher. Munemori allait poursuivre ses explications lorsqu’il fut pris d’une brusque quinte de toux, visiblement enrhumé, pendant que sa femme remplissait un verre d’eau qu’elle lui tendit. Le temps n’était jamais bien chaud, par ici, même en plein été, elle avait déjà pu le remarquer. Enfin, pour eux, cela allait, ils étaient au chaud, en parfaite sécurité, si loin des troubles de la France… Elle ne parvenait même pas à imaginer ce que vivaient les autres en ce moment-même. Les lettres qu’elle avait écrite lui semblaient si vides de sens ! « J’espère que vous allez bien », c’était la seule chose qu’on pouvait écrire, quand bien même on savait déjà que ce n’était pas le cas. Qu’est-ce qui poussait tant les gens à aller au combat ? Le désir de protéger sa famille, Solène l’avait aussi, et pourtant, elle serait incapable de tirer sur un soldat ennemi.

Munemori – A cette époque, le Japon était en pleine guerre, l’Empereur faisait venir des « conseillers » de plusieurs pays étrangers pour moderniser le pays et faire disparaître pas mal de traditions, dont la caste des samouraïs. Au cours d’une des batailles, un groupe de cinq officiers Français ont été gravement blessés mais épargnés, car le chef des samouraïs, d’un village des montagnes, les avait jugés braves. Ils les ont faits prisonniers et les ont emmenés avec eux dans leur village, alors que l’hiver allait débuter.

La future mère imaginait un peu le décor, avec les montagnes hautes et couvertes de neige, le village niché dans un creux de la vallée, les chemins et routes qui devenaient vites impraticables, et ces cinq hommes, prisonniers et blessés, épargnés par des ennemis pour le seul fait de leur bravoure au combat. L’Histoire semblait connue, d’ailleurs, à part les trois enfants et elle-même, tout le monde autour de la table avait l’air de l’avoir déjà entendu bien des fois. Même maître Shigeyuki souriait doucement, continuant de manger, le regard baissé sur ce qu’il mangeait. Solène aurait été curieuse de connaître les pensées de ces hommes, lors de leur arrivée dans ce village. Avaient-ils su pourquoi on les avait épargné ? Qu’avaient-ils pensé de tout cela ? La culture était si différente, comme le mode de vie, c’était encore plus vrai à cette époque ! On ne pouvait pas ouvrir les frontières d’un pays comme ça, d’ailleurs, surtout si lesdites frontières étaient fermement closes depuis des siècles. Les habitants du village n’avaient peut-être même jamais vu encore d’étrangers.

Munemori – Ils ont passé deux années en captivité. Le chef des samouraïs voulait apprendre à connaître ses ennemis et a longuement discuté avec eux. De leur côté, ils se sont aussi intégrés peu à peu, ont appris à parler notre langue et au fil du temps, ont adopté les coutumes et façons de vivre du pays. Puis lorsqu’ils ont été relâchés, que le temps était venu pour eux de rentrer en France, ils ont déserté et sont revenus se battre aux côtés des samouraïs, jusqu’à la fin de la guerre civile. Deux ont survécu à cette guerre et se sont établis pour de bon dans le village.

Maître Shigeyuki – C’est une belle histoire, une preuve de plus que les peuples peuvent se comprendre grâce aux discussions.

En effet, comprendre son ennemi à ce point-là… Au point de déserter de l’armée et de revenir se battre aux côtés de ceux qui aviez fait prisonniers ! Munemori ajouta qu’il avait appris le Français car avant de comprendre la mentalité d’un pays, il fallait en comprendre la langue et la façon de pensée. Penser comme les Français, ce n’était pas penser « Paix » mais penser « Comment se préparer à la guerre ». Si vis pacem, para bellum ! Cette maxime s’appliquait entièrement à la France, surtout en ce moment. La discussion continua sur cette histoire, tout le monde donnant d’autres détails. Des hommes toujours sous surveillance, ils étaient prisonniers après tout, mais tout de même libres de se déplacer comme ils le voulaient dans le village, une fois soignés. Chacun vivant dans une « famille d’accueil », comme s’ils étaient adoptés. Puis toujours discuter, malgré des débuts très vifs et froids, toujours parler, toujours échanger, se comprendre les uns les autres. Entendre des histoires pareilles était vraiment très rare… Sur les cinq soldats, trois avaient perdu la vie au cours des derniers combats, donc. Et les deux autres vivaient encore. Océane demanda tout à coup s’ils avaient refaits leurs vies ici, s’ils avaient eu des enfants. L’intégration pleine et entière, somme toute.

Munemori – L’un des deux a élevé les enfants de la veuve chez qui il avait été placé à son arrivée dans le village et a fini par l’épouser. L’autre s’est marié avec une femme du coin et a eu un fils avec elle. Ils vivent toujours, tous deux, avec leurs familles. Vous pourrez même les croiser, Okayo n’est pas bien loin.

Ils devaient beaucoup plus âgés, maintenant. C’était à se demander ce qu’ils pensaient des difficultés traversés par la France aujourd’hui et s’ils n’avaient jamais eu envie d’y retourner. Ils parlèrent un peu de l’éducation à donner aux enfants, de façon plus générale, comparant quelques point entre ce qui se faisait en France et ce qui se faisait ici. Il n’y avait pas tant de différences que cela, finalement, surtout au niveau des écoles, les deux systèmes étaient très élitistes. L’envie de réussir, le Devoir de réussir, de se dépasser. Le vieil homme s’interrogea aussi sur le rôle de l’aîné de la fratrie, en France, si c’était le même genre de modèle ou chef de famille. Oui et non, on allait dire. Il y avait une certaine forme de respect, dans le sens où on écoutait bien sûr plus son aîné et les personnes âgés, et où cet aîné s’occupait des plus jeunes, mais ce n’était pas la même chose. Gabriella aussi s’était occupée de ses frères, jusqu’à un certain âge, puis elle avait arrêté de ne s’occuper que d’eux pour se consacrer à son travail. Leur invité eut l’air perplexe, tout à coup, demandant depuis quand avoir un travail empêchait de s’occuper de sa famille. Solène eut un sourire un peu gêné, en se raclant la gorge.

Solène – Nos parents et frères n’étaient pas encore, à cette époque, prêts à accepter qu’elle veuille continuer à entraîner ses éléments et ne pas se marier tout de suite. Donc elle s’est… enfuie. Enfin, elle a claqué la porte de chez elle et est repartie aussi sec au pensionnat. C’est le directeur de l’époque qui l’a récupérée, il pensait déjà à elle pour reprendre l’école ensuite. Il l’a formée à ça, à continuer de défendre le pensionnat quoi qu’il arrive, puis les choses ont fait que… Elle continue, effectivement, ça juste dépassé le cadre de l’école. Nos parents ont mis du temps à l’accepter par crainte qu’elle n’en meure.

Shigeyuki hocha doucement la tête en disant qu’il comprenait, ajoutant qu’il n’y avait rien d’évident à voir son fils ou sa fille partir au combat en sachant qu’il ou elle pouvait ne jamais en revenir. Oui… La jeune femme ne pensait pas que tout terminera un jour, cela dit. La guerre, oui, sûrement, mais en ce qui concernait sa sœur… Pas le genre à se détendre un jour ni même à oublier, simplement, ce qui était arrivé. En admettant qu’elle survive à tout ça, elle restera sur ses gardes sa vie entière, juste au cas où. L’effort fut fait d’orienter naturellement les discussions vers d’autres sujets, plus légers, pour éviter surtout les pensées noires du style « telles et telles personnes vont mourir ». Ils finirent par en arriver à parler du Nouvel An, des coutumes qui y étaient rattachés, la manière dont on fêtait cet événement.

Solène – Tout ira bien, pour gérer, tu es moins fatigué ? Demanda-t-elle à Josuke. Dis-le, si tu as besoin d’aide ou de… Je ne sais pas trop, mais besoin d’aide.

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Josuke Nakajima
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MessageSujet: Re: Un invité au déjeuner   Jeu 12 Avr - 23:35

Munemori – A cette époque, le Japon était en pleine guerre, l’Empereur faisait venir des « conseillers » de plusieurs pays étrangers pour moderniser le pays et faire disparaître pas mal de traditions, dont la caste des samouraïs. Au cours d’une des batailles, un groupe de cinq officiers Français ont été gravement blessés mais épargnés, car le chef des samouraïs, d’un village des montagnes, les avait jugés braves. Ils les ont faits prisonniers et les ont emmenés avec eux dans leur village, alors que l’hiver allait débuter.

Tout le monde connaissait cette histoire, autour de la table, à part les enfants. Ils avaient tous dû la raconter au moins une fois dans leur vie, elle faisait partie des légendes locales et se transmettait de génération en génération un peu à la manière de l’histoire familiale. Josuke se rappelait l’avoir entendue très tôt, avec son père… Il devait avoir six, sept ans… dix ans au grand maximum mais n’avait pas tout compris à l’époque. Il ne l’écouta donc qu’à moitié, pris d’une soudaine fatigue comme c’était souvent le cas ces jours-ci. Parfois, il se sentait littéralement épuisé au point de rester bloqué à son atelier alors que d’autres fois, il devait bouger. Partout, s’activer, faire mille choses à la fois. Sa soif ne diminuait pas non plus, par ailleurs, mais si elle s’était limitée à quelques verres par-ci par-là en France comme lui avait dit le médecin, son besoin d’eau semblait prendre plus d’ampleur – mais d’une manière différente qu’il ne parvenait pas à décrire.

Maître Shigeyuki – C’est une belle histoire, une preuve de plus que les peuples peuvent se comprendre grâce aux discussions.

Josuke n’avait absolument rien suivi mais tâcha de se reconcentrer, apportant deux ou trois détails à l’histoire comme chacun autour de la table. Uniquement dans le but de se montrer attentif, réalisant qu’il n’était pas du tout à table mais ailleurs. La fatigue et la pression lui faisaient tourner la tête, l’empêchaient d’être présent physiquement et mentalement, et il fallait absolument que cela cesse. Inutile d’inquiéter davantage son frère qu’il savait être occupé à le surveiller. Sans oublier Solène… Depuis ces trois semaines de faiblesse incroyable, en France, c’était comme s’il était devenu plus fragile à leurs yeux et qu’ils pensaient être obligés de veiller sur lui. Alors que non, tout allait parfaitement bien ! Enfin, normalement. Kimmitsu avait parlé de changements et de réactions étranges mais Josuke ne risquait rien, ce n’était que de l’eau.

Pas comme Genji qui avait eu de sérieux problèmes avec le vent… Tâchant de s’impliquer davantage dans la discussion, le père de famille repensa à la légende et à ce que l’on savait des soldats, comme la morale de toute cette histoire, en fin de compte. La discussion qui aidait, désamorçait les conflits, permettait de comprendre les autres… Ça, oui, mais ce n’était pas en France qu’ils verraient cela. Lançant un regard à sa belle-sœur, il en eut la confirmation avant de camoufler un sourire naissant au coin de ses lèvres avec une gorgée d’eau. Désolé, mais à voir la mentalité française… Océane demanda alors si les soldats avaient refait leur vie ici, eu des enfants ou non. Effectivement, l’un avait élevé des enfants déjà présents au village pour épouser la personne qui l’avait hébergée et l’autre… s’était marié aussi et avait eu un fils. De mémoire, en tout cas.

Munemori – L’un des deux a élevé les enfants de la veuve chez qui il avait été placé à son arrivée dans le village et a fini par l’épouser. L’autre s’est marié avec une femme du coin et a eu un fils avec elle. Ils vivent toujours, tous deux, avec leurs familles. Vous pourrez même les croiser, Okayo n’est pas bien loin.

Son frère fit un geste vers l’Est pour désigner plus ou moins la direction à prendre, concluant en leur disant qu’il y avait beaucoup de récits de ce genre. Là-dessus, tout à fait d’accord, ils avaient tous été bercés par ces histoires durant leur enfance avant de bercer eux-mêmes leurs propres enfants avec les légendes ou histoires vraies. Et cela durerait encore bien des années, c’était une manière de continuer la tradition et de ne pas oublier le passé. A cette pensée, Josuke tourna brièvement la tête vers les chambres, pensant à Genji et à cet étouffement qu’il avait ressenti ces deux longues années. La discussion dériva sur l’éducation en générale, comparant le système français au système japonais, trouvant points communs et différences sans se vexer les uns comme les autres. Il prit moins part à la conversation, la fatigue toujours présente, ne suivant que d’une oreille distraite tout en répondant et relançant par l’une ou l’autre information pour ne pas manquer de respect. Désolé, les coups de fatigue, comme ceux-ci, il avait énormément de mal à gérer. Même si la fatigue générale avait sérieusement diminué, ces nouvelles vagues, elles… Ce n’est que lorsque maître Shigeyuki s’interrogea sur le rôle de l’aîné de la famille que Josuke se reprit un peu, buvant une longue gorgée. A la fois pour se réveiller et, à la fois, pour chasser ce léger goût amer qu’il avait dans la bouche tout à coup.

Depuis tout ce qui était arrivé en l’espace de quelques mois, il ne pouvait rester indifférent à ce rôle de « modèle » donné aux aînés au Japon, soulagé que ce soit différent en France, très honnêtement. En tout cas, d’après ce qu’il avait pu comprendre et percevoir en vivant en là-bas durant ces trois semaines, même alité, sans compter ses quelques séjours imprévus d’une semaine au moins à chaque fois, Josuke avait remarqué que l’aîné n’avait pas le même poids sur les épaules dès le plus jeune âge. Naturellement, il prenait la place du guide, du protecteur, comme toutes les personnes plus âgées. Mais pas… comme eux. Pas comme ici. Jasper était très proche de sa sœur, le chef de famille l’avait bien vu de par ses réactions, leur proximité et leur passé. Mais il n’endossait pas le rôle de chef pour autant, l’ayant refusé pour plusieurs raisons dont son futur. Sujet qui fut, justement, mis sur la table au moment où Solène évoqua sa sœur et son éloignement à cause du travail. Maître Shigeyuki eut l’air perplexe, demandant depuis quand le travail empêchait de veiller sur sa famille. Ah, terrain un peu délicat… Ce que confirma le sourire gêné de sa belle-sœur.

Solène – Nos parents et frères n’étaient pas encore, à cette époque, prêts à accepter qu’elle veuille continuer à entraîner ses éléments et ne pas se marier tout de suite. Donc elle s’est… enfuie. Enfin, elle a claqué la porte de chez elle et est repartie aussi sec au pensionnat. C’est le directeur de l’époque qui l’a récupérée, il pensait déjà à elle pour reprendre l’école ensuite. Il l’a formée à ça, à continuer de défendre le pensionnat quoi qu’il arrive, puis les choses ont fait que… Elle continue, effectivement, ça juste dépassé le cadre de l’école. Nos parents ont mis du temps à l’accepter par crainte qu’elle n’en meure.

Leur invita hocha la tête en disant qu’il comprenait, rappelant le danger que couraient Gabriella, Kimmitsu et tant d’autres actuellement restés en France par ce qu’il ajouta. Voir son fils ou sa fille partir au combat en sachant qu’il pouvait ne pas revenir… Et encore, par la suite, les choses seraient différentes. Kimmitsu et Gabriella, notamment, ne seraient plus les mêmes s’ils revenaient vivants de toute cette histoire. Son frère avait déjà tellement changé… En hébergeant Solène et les enfants, au moins, ils les protégeaient. Les gardant loin de toute cette horreur pour au moins deux semaines, même s’ils auraient pu venir bien plus tôt sans cet affaiblissement de Josuke et l’accident de Genji à cause des dons qui n’en faisaient qu’à leur tête. Et le Pensionnat qui s’était effondré, la nouvelle école en préparation… Par chance, la conversation dévia à nouveau sur un autre sujet, plus joyeux cette fois ; le Nouvel An, les préparations, les coutumes, les vêtements… Tout ce qui se rapportait à la fête et à ces jours si particuliers que les nouveaux membres de leur famille allaient bientôt découvrir. Sans oublier Océane qui ne devait pas connaître non plus tout cela sauf si Genji lui en avait parlé.

Solène – Tout ira bien, pour gérer, tu es moins fatigué ? Demanda-t-elle à Josuke. Dis-le, si tu as besoin d’aide ou de… Je ne sais pas trop, mais besoin d’aide.

Josuke mit quelques secondes avant de comprendre pourquoi elle lui posait la question, prenant le temps de terminer ce qu’il avait en bouche mais hochant d’ores et déjà la tête pour rassurer sa belle-sœur. Il ne pouvait pas l’affirmer à cent pourcent, il ne comprenait pas ce qui lui arrivait pour l’instant et les derniers symptômes ne s’expliquaient pas. Parfois, il était pris d’une envie de tout nettoyer, tout faire, de bouger sans pouvoir s’arrêter pendant des heures, sans ressentir la moindre trace de fatigue. Mais… D’autres fois, c’était tout le contraire. Un épuisement général, assez important, l’envahissait, l’empêchant même de bouger, sans qu’il ne comprenne pourquoi et sans qu’il ne puisse réellement le prévoir. Dans ces moments-là, il parvenait à s’éloigner, à s’isoler pour ne pas inquiéter sa famille alors que lui-même ne s’expliquait pas ces symptômes. Et le pire était qu’il ne pouvait rien prévoir…

Josuke – Ne t’inquiète pas pour moi, je vais beaucoup mieux, dit-il avec un sourire rassurant. J’arrive à compenser le retard accumulé pendant mes trois semaines d’absence, c’est une preuve que tout va bien. Tout est une question d’organisation.

Solène – Préviens quand même, si jamais il faut t'aider pour quelque chose. Même pour des courses. Tu étais vraiment mal, en France.

Josuke – Solène, c’est toi qu’il faut aider, pas moi… Tout ça est derrière moi, tu as déjà bien assez fait en France pendant tout ce temps. C’est toi qui dois en profiter pour te reposer, tu as l’occasion de souffler, ici.

Pourquoi devait-elle parler de cela en plein repas, alors qu’il y avait les autres ? Surtout Eisen, en face, et Munemori juste à côté de lui. Il n’avait absolument rien dit de tout cela, était juste resté évasif sur son état même s’il avait dit être tombé malade. Sans préciser la durée de sa convalescence, l’accident de Genji était une raison suffisante, pour ses parents, d’être restés en France le temps qu’il se réveille. Et personne n’avait questionné Josuke, tout s’était passé normalement. Il craignait surtout la réaction d’Eisen… Plus encore celle d’Himako mais il avait moins de chances de croiser sa sœur, elle ne passait jamais et n’avait aucune raison pour venir jusqu’ici ou réclamer de le voir. Sans doute n’en avait-elle pas envie, par ailleurs. Quant à Eisen… Depuis le divorce, il était ailleurs, se renfermait, sombrait dans un mutisme qui ne lui ressemblait pas. Il était… dans sa bulle, comme éloigné d’eux, même s’il ne dérangeait pas. Il lança un regard à Munemori, en montrant discrètement leur petit frère isolé d’une certaine manière. La conversation reprenant plus vivement autour des autres fêtes importantes au Japon ou même au sein du village, Josuke tourna la tête vers son frère pour lui parler, un ton plus bas sans donner l’air de préparer quoi que ce soit.

Josuke – Il m’inquiète… Tu n’as pas une idée pour le pousser à se reprendre ? Lui parler ne sert plus à rien, à ce stade, je pense.

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Munemori Nakajima
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MessageSujet: Re: Un invité au déjeuner   Ven 15 Juin - 17:26

Sûr que ce n’était pas tout à fait la même mentalité en France, même s’il y a des choses qui se rapprochaient, sur le rôle de l’enfant aîné. D’un autre côté, la famille de Solène n’était sans doute pas non plus le meilleur exemple qui soit, pour les rôles et places attribués à chacun et chacune. Bon, en soit, Gabriella protégeait ses frères, sa sœur, ses enfants, ses proches… Tout le pays, en fait. C’était le rôle d’un aîné. Mais elle était aussi une femme et en tant que telle, elle aurait dû faire comme Solène, se marier à dix-huit ou dix-neuf puis s’occuper exclusivement de sa famille, de ses enfants, de son foyer, sans se mêler de combats et encore moins de politique. Comme l’expliqua d’ailleurs Solène, ce qu’elle avait choisi comme voie à suivre n’avait pas été bien vite du goût de tout le monde et c’était bien normal, difficile de faire accepter d’emblée aux autres que vous brisiez toutes les règles établies depuis des dizaines d’années, Kimmitsu en était une preuve supplémentaire. Plus la crainte que ces personnes laissent la vie pour leurs principes, ça… Et ça ne concernait pas que Gabriella et Kimmitsu, ça concernait aussi tous les adultes, hommes et femmes, engagés dans la Résistance à l’heure actuelle. Le soir du 24 marquera un tournant important, à ne pas en douter.

Munemori avait peur de penser à ce qui pouvait arriver et savait que c’était aussi le cas des autres. La peur était encore accentuée parce qu’il savait aussi que leur frère ne reculera pas, même si sa vie ne tenait plus qu’à un fil. Ce devait être la même chose pour Gabriella, peut-être même pire encore. Après tout, elle et ce militaire, là, Bradley… Tous deux représentaient une figure, une image à suivre, les icônes étaient d’une importance capitale dans un tel mouvement, dans n’importe quel mouvement d’ailleurs, et ces icônes étaient en toute logique les premières à visées puis détruites. Si l’ennemi s’y prenait bien et arrivait à atteindre suffisamment tôt ces icônes, cela suffisait à abattre tout le réseau les suivant. Tout le « jeu » était alors de renforcer assez le réseau à temps pour qu’il ne s’effondre pas si jamais les icônes étaient jetées à bas. Dans ce cas précis, il fallait que la Résistance soit assez solide pour tenir si ses fondateurs étaient tués, à savoir Gabriella et Bradley. Qu’avec ou sans eux, la rébellion tienne et progresse. Il ignorait complètement si c’était déjà le cas ou non, ne sachant même pas combien de personnes étaient engagées et comment. Des informations qu’il doutait que quiconque possède, à part les leaders les plus importants.

Il retint un petit soupir en continuant à manger, chassant pour le moment ces idées bien morbides de son esprit pour se concentrer de nouveau sur la conversation. Quoi qu’il arrive en France, maintenant ou d’ici la fin de l’année, ils n’y pouvaient rien du tout. Même avoir des nouvelles là, tout de suite, ne leur servirait strictement à rien. Les discussions étaient revenues sur le Nouvel An et les coutumes qui y étaient attachées, pendant que Solène s’inquiétait pour l’état de santé de Josuke. La grossesse devait lui raviver ses hormones de mère-poule, sans doute. Il sourit faiblement, en les écoutant discuter brièvement, hochant juste la tête lorsque son aîné répondit qu’elle devrait aussi penser à se reposer. Vrai que c’était le moment ou jamais, ce n’est pas en France que son taux de stress et d’angoisse risquait de baisser, quand bien même la prochaine école sera beaucoup plus sécurisée. Munemori buvait de l’eau lorsqu’il remarqua le regard de Josuke se poser longuement sur leur cadet, avec un air pensif, puis se tourner vers lui. Eisen n’avait rien dû voir, de son côté, il ne portait plus attention à grand-chose, ces derniers temps. On aurait parfois dit un zombi.

Josuke – Il m’inquiète… Tu n’as pas une idée pour le pousser à se reprendre ? Lui parler ne sert plus à rien, à ce stade, je pense.

Munemori – Pas avec nous, évidemment, chuchota-t-il à son tour. Mais Himako ?

Bon, il savait que leur petite sœur avait quelques légères crispations à leur encontre, depuis qu’elle était partie de la maison en hurlant contre leur mère. Elle ne les avait pas invité à son mariage, n’était pas revenue leur présenter son fils il y a deux ou trois mois et avait toujours refusé qu’eux-mêmes passent la porte de sa maison, à l’exception d’Eisen. Lorsqu’ils la croisaient au village, enfin en ville, elle changeait de trottoir et faisait mine de ne pas les connaître… Mais elle voyait toujours Eisen, ils avaient un élément tous les deux, et elle était sans doute la seule à pouvoir lui remonter le moral, selon lui. Il faudrait juste qu’elle soit avertie de la situation, car ce n’était pas leur frère qui risquait de lui en parler. Ce qu’il fallait, c’était un moyen de communiquer avec elle sans qu’elle ne les renvoie aussitôt balader. Il grimaça un peu à cette pensée, une moue désespérée aux lèvres. On ne pouvait même pas demander à Kimmitsu de les aider en jouant les intermédiaires, il avait autre chose à faire, de plus urgent.

Munemori – On doit au moins lui parler d’Eisen par lettre, dans un premier temps, même si elle ne nous répond plus. Sinon, on adresse le courrier à son mari en lui demandant de lui en parler ? Après tout, ça concerne Eisen, ils seront plus enclins à y prêter attention.

Allez chez elle en personne serait, pour le moment, une perte de temps pure et simple, elle ne leur ouvrira pas. Mais par courrier, pourquoi ? Il émit un très faible sourire en haussant les épaules, très peu optimiste sur leurs chances de réussite, même s’il tâchait de ne pas le montrer.

Munemori – Sinon, je ne sais pas… Essayer de lui faire rencontrer une jolie fille ?

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Josuke Nakajima
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MessageSujet: Re: Un invité au déjeuner   Ven 20 Juil - 21:58

Munemori – Pas avec nous, évidemment, chuchota-t-il à son tour. Mais Himako ?

Contacter Himako… ? Depuis qu’elle avait hurlé à cause du don perdu de Josuke, il avait une légère tendance à l’éviter. Chose rendue très simple comme elle les évitait à son tour, comme s’ils n’avaient jamais existé. Mais ici, la contacter, lui dire qu’Eisen se sentait mal ? En admettant pouvoir le faire, il faudrait qu’elle accepte de leur parler, au moins le temps qu’eux puissent lui dire que leur frère avait des problèmes, qu’il allait de plus en plus mal. Le connaissant, il n’avait rien laissé paraître et n’en avait pas parlé… A personne. Bien sûr, Himako parviendrait sûrement à le faire parler, à le réconforter ou même à comprendre ce qui lui traversait l’esprit de manière plus précise qu’eux comme ils le voyaient trop pour pouvoir prendre du recul. Et puis… Objectivement, Josuke savait qu’il n’était pas dans son état normal, qu’il ne pouvait pas tout remarquer. Pas maintenant, pas avec tout ce qui le préoccupait. Entre son don, l’état de Genji, les risques que couraient les Résistants et la tension qui continuait de croître un peu partout dans le Monde, il faisait de son mieux pour gérer leur famille et ne rien délaisser. Mais faire preuve de diplomatie avec Eisen, ce n’était vraiment pas dans ses compétences actuelles. Surtout depuis quelques mois…

Munemori – On doit au moins lui parler d’Eisen par lettre, dans un premier temps, même si elle ne nous répond plus. Sinon, on adresse le courrier à son mari en lui demandant de lui en parler ? Après tout, ça concerne Eisen, ils seront plus enclins à y prêter attention.

Par lettre… Pourquoi pas ? Mais si Himako voyait une lettre provenant de chez eux, surtout de Josuke ou Munemori, jamais elle n’acceptera de l’ouvrir et la jettera purement et simplement à la poubelle. Lui-même préférait éviter de s’adresser à leur sœur pour l’instant, mettant le plus de distance possible entre lui et les personnes susceptibles de découvrir pour son don. Seuls ceux venant de France savaient, sauf peut-être Océane et les enfants de Kimmitsu. Genji n’avait pas eu le temps d’en parler, étant donné l’accident… Et cette histoire ne regardait personne, de toute manière. Tant qu’il ne comprenait pas comment gérer cet élément, pourquoi son « don » était aussi incontrôlable, mieux valait le taire et rester un pilier stable dans la famille. C’était d’ailleurs aussi pour cette raison qu’il n’avait pas essayé de parler à Eisen, pas une seule fois depuis leur retour alors qu’il était visiblement de plus en plus mal. Donc une lettre à Himako… Munemori fit un très faible sourire accompagné d’un haussement d’épaule. Pas convaincu non plus ? Pourtant, c’était peut-être la meilleure solution. Elle était extérieure à tout ça. Le seul problème, si elle acceptait de lire ladite lettre, serait de sortir Eisen de son isolement pour qu’il puisse voir sa sœur.

Munemori – Sinon, je ne sais pas… Essayer de lui faire rencontrer une jolie fille ?

Josuke – Si seulement ça pouvait suffire…, dit-il sans même relever la bêtise. Je ne pense pas qu’une jolie fille change quoi que ce soit.

Malheureusement, c’était précisément à cause d’une « jolie fille » qu’Eisen était dans cet état. Une fille qui ne le comprenait pas et n’acceptait pas son don, comme cela est très courant au Japon et partout dans le Monde à l’heure actuelle. Dans leur famille, Kimmitsu avait été le seul à trouver une personne qui l’aimait malgré son don, qui l’acceptait tel qu’il était. A la plus grande surprise de tout le monde… Mais Solène avait été acceptée et intégrée, personne ne semblait la rejeter au sein de la famille. Elle était douce, aimante avec un certain caractère tout de même lorsque l’on grattait un peu. Comment ne pourrait-elle pas plaire ici, au Japon ? Elle avait su se faire aimer de tout le monde. Même Eisen… Josuke interrompit son mouvement alors qu’il allait boire un peu d’eau, jetant un regard à Solène puis Eisen. Mais oui ! Personne ne renvoyait balader Solène, personne ne se méfiait d’elle et elle avait assez de tact pour comprendre et faire parler – comme son mari, tiens… Elle avait compris pour Josuke sans qu’il ne dise rien et ne s’était pas énervée, avait gardé un sang-froid incroyable. Qui plus est, Eisen n’avait rien contre Kimmitsu, il était même allé le rejoindre en France. Il interpella Munemori du regard, lui désignant discrètement Solène pour lui faire comprendre ce à quoi il pensait. C’était possible, non ?

Josuke – Solène, tu pourrais m’aider pour ramener ceci à la cuisine et rapporter à boire ?

Attendant la réponse de sa belle-sœur, il se leva, prenant deux gros bols déjà vides comme tout avait été servi pour faire plus de place sur la table. C’était, à la fois, pour qu’ils puissent tous se parler sans voir un quelconque plat ou une cuillère devant les yeux et, à la fois, pour expliquer à Solène son idée. Ils étaient peut-être discrets mais à trop parler sur ce ton, Eisen risquait de se méfier et de comprendre ce qui se passait. Et puis, rester en retrait alors qu’ils avaient un invité n’était pas poli même si tout le monde parlait avec tout le monde. Même les enfants y avaient mis un peu du leur. Posant un plat sur le plan de travail, il attendit que Solène arrive dans la cuisine et jeta un œil rapide par-dessus son épaule avant de lui expliquer.

Josuke – Ecoute, je… Tu m’as dit que tu pouvais m’aider si j’avais besoin de quoi que ce soit. Et c’est le cas, mais pas pour moi. Eisen, notre petit frère, n’est vraiment pas bien, je suppose que tu l’as remarqué. Mais… Personnellement, je préfère éviter de lui parler à cause de ce qui s’est passé en France et aussi parce qu’il ne nous aime plus trop, ces derniers temps, Munemori et moi. Mais toi, tu es plus douce et diplomate que nous, tu arrives à faire parler et à écouter les autres sans éveiller la moindre méfiance. Tout le monde t’apprécie, ici… C’est pour cette raison que j’avais pensé à toi. Mais tu n’es vraiment pas obligée d’accepter et je répondrai à toutes tes questions, évidemment ! C’est juste que je m’inquiète beaucoup pour lui…

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Solène Nakajima
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MessageSujet: Re: Un invité au déjeuner   Lun 6 Aoû - 18:31

L’effort pour se détendre était sincère et important, la jeune femme savait bien que Kimmitsu se sentait mieux en les sachant ici, en parfaite sécurité, et s’obligeait donc à vivre le plus normalement possible. Elle ne voulait pas qu’il puisse penser qu’ils restaient quand même angoissés à cause de lui et qu’il n’aurait jamais dû les approcher, pour leur éviter tant de soucis et d’inquiétudes. Elle savait qu’il pensait ça, parfois, elle savait que c’était aussi pour cela qu’il avait longtemps hésité avant de vraiment accepter qu’on s’approche de lui et qu’on entre de façon plus intime dans sa vie, que c’était pour ça également qu’il craignait d’être père, autant par adoption que biologiquement. Bien s’occuper d’un enfant ne suffisait pas, savoir le réconforter non plus, il fallait aussi être capable de le tenir loin de la peur, du danger et des différents combats. Difficile, dès lors qu’on était soi-même plongé en pleine guerre civile… Difficile pour ceux qui combattaient, pour leurs proches, pour les personnes devant en subir les répercussions, pour toute la population, en réalité. Une guerre qui n’était que le résultats de mois entiers de tensions et de troubles politiques en tous genres, une guerre qu’on avait craint voir arriver durant des mois sans jamais vraiment accepter que c’était possible.

Qui pouvait accepter si facilement une peur agitée comme une chimère diabolique durant des mois et qui devenait, d’un coup, réelle ?

On avait beau dire qu’elle ferait mieux de ne pas y penser et de profiter de ces moments en famille, ici et maintenant, ça n’avait rien d’évident. Son mari était là-bas, sa sœur aussi, ses frères, ses parents, leurs propres conjoints et enfants. Solène inspira discrètement pour se calmer et vraiment chasser les idées noires de son esprit, regrettant le temps où elle avait encore douze ou quatorze, jeune adolescente avec l’horizon libre de tout nuage et complètement ignorante des dangers réels agitant le monde. Ils parlaient du Nouvel An, des coutumes et traditions qui y étaient attachés, ça semblait vraiment très important, comme fête, même la plus grosse et importante fête de l’année. La future mère était déjà un peu perdue, dans tout ça, essayant de retenir au moins le plus important. Au niveau de la religion, ici, c’était plus particulier, pour une personne habituée à un Dieu Unique. La femme de Munemori les fit rire en leur racontant les déboires d’un malheureux touriste que des amis s’étaient amusés à faire un peu tourner en bourrique, le soir du réveillon, pour s’amuser. La nuit, le Temple, les lampions… Ça donnait envie de découvrir. Le respect des ancêtres était beaucoup plus marqué que ce que son mari lui avait laissé entendre.

Josuke – Solène, tu pourrais m’aider pour ramener ceci à la cuisine et rapporter à boire ?

Oui, elle arrivait. Solène hocha la tête puis se leva avec n peu de difficultés, à cause de son ventre, souriant à Akinori en lui disant que c’est bon, ça allait très bien. Prenant les bols et assiettes en main, elle suivit son beau-frère dans la cuisine, marchant en chaussettes comme presque tout le monde. Voilà une façon de faire à laquelle il était facile de s’habituer, ne pas toujours pas avoir les pieds serrés dans les chaussures et ne pas trop salir le sol de la maison grâce à ça. En France, Kimmitsu ne le faisait plus, même lorsqu’il vivait seul chez lui, au pensionnat. Elle s’était longtemps posé la question avant de comprendre pourquoi, la réponse était aussi affreuse que très logique. Dans un environnement pareil, il fallait réagir au quart de tour si un accident ou des soucis plus graves survenaient, autrement dit, pas de temps pour prendre la peine d’enlever et remettre ses chaussures lorsqu’on était chez soi. Comme quoi, les impératifs de la vie supplantaient souvent les traditions ou modes de vie. Elle déposa les affaires dans l’évier, près de ce que son beau-frère avait amené, elle aidera toute à l’heure pour la vaisselle.

Josuke – Ecoute, je… Tu m’as dit que tu pouvais m’aider si j’avais besoin de quoi que ce soit. Et c’est le cas, mais pas pour moi. Eisen, notre petit frère, n’est vraiment pas bien, je suppose que tu l’as remarqué. Mais… Personnellement, je préfère éviter de lui parler à cause de ce qui s’est passé en France et aussi parce qu’il ne nous aime plus trop, ces derniers temps, Munemori et moi. Mais toi, tu es plus douce et diplomate que nous, tu arrives à faire parler et à écouter les autres sans éveiller la moindre méfiance. Tout le monde t’apprécie, ici… C’est pour cette raison que j’avais pensé à toi. Mais tu n’es vraiment pas obligée d’accepter et je répondrai à toutes tes questions, évidemment ! C’est juste que je m’inquiète beaucoup pour lui…

Solène – Tu sais, tu ne devrais pas penser comme ça, répondit-elle en levant la tête vers lui. Même si on a beaucoup de soucis, il ne faut pas se couper de ses proches tout de même, la vie est très courte. Et elle peut finir brutalement, c’est mieux de partir sans aucun regret. Gabriella m’a dit, avant de disparaître, qu’il fallait vivre chaque jour comme s’il s’agissait du dernier.

Elle lui tapota le bras avec un petit sourire encourageant. Evidemment, parler ainsi n’était pas le plus rassurant, ce n’était que la réalité. Sa sœur avait aussi ajouté qu’elle préférait tout donner avant de mourir d’une balle en pleine tête, mais ça, Solène estimait que ce n’était pas spécialement le moment le plus opportun pour le rajouter.

Solène – Donc pourquoi n’est-il pas bien ? Il a eu un bébé cette année, non ? Son fils est malade ?

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