1932. La Guerre Civile est déclarée ! Une spirale de violence s'engage dans un Etat totalitaire.
 
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 Au revoir les années passées

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Albert J. Bradley
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MessageSujet: Au revoir les années passées   Sam 2 Déc - 22:45

Avec le temps, on apprenait à reconnaître la taille des obus par le sifflement qu'ils produisaient avant de s'écraser. On avait simplement le temps pour ça, pour les entendre, car lorsqu'ils fondaient sur vous, ou vous étiez assez loin pour en réchapper, ou vous n'aviez plus qu'une ou deux secondes pour souffler un dernier adieu à ce monde avant de rendre l'âme. Dans le second cas, si vous aviez de la chance, vous étiez tué par l'explosion, l'éclat. Sinon, vous étiez enseveli. L'impact soulevait une vague de terre et de débris qui vous écrasait sous elle en retombant, vous enterrant vivant. Cette mort-là était affreuse, vous aviez le temps de comprendre que c'était fini, le temps pour souffrir lorsque vos vaisseaux sanguins éclataient à cause du manque d'oxygène. Vous étouffiez. L'air se raréfiait. Si on ne vous sortait pas de là en moins de deux ou trois minutes, c'était cuit. Mais la vague de terre qui s'était abattue sur vous faisait rarement moins de quarante centimètres de hauteur et tous ceux qui auraient pu vous sauver étaient morts, eux aussi. On ne voyait pas sa vie défiler sous ses yeux, avant de mourir, mais des images, ça oui. Des images fixes, vos fantômes personnels venus vous accompagner à l'approche de la fin...

La mort était partout, omniprésente, tous les hommes crevaient littéralement de peur. On gémissait la nuit, on hurlait le jour en chargeant pour se donner du courage, on pleurait comme des enfants. On se retrouvait blessé et à terre, à serrer dans ses bras en chialant un de ses camarades qui venait de mourir alors qu'on le connaissait à peine. La tranchée de ses pires cauchemars se dressait encore là, il la revoyait, sous un ciel gris des fumées et assourdi du sifflement des balles. Tout le haut commandement était mort, tué par un nouvel obus, ironie du sort alors que ces planqués de Paris étaient venus pour une inspection, loin des lignes et du front, et finalement touchés à leur tour. Plus de haut gradés, que faire ? Se débrouiller. Vivre. Avancer. Marcher. Courir. Pas le temps d'attendre que des bureaucrates trouvent d'autres planqués. Albert avait à peine quarante ans, lieutenant depuis peu, enragé d'une soif de vivre. Il ne voulait pas crever comme un rat coincé dans son tunnel, pas ici, dans cette tranchée. Levez-vous, courez, foncez, ne pensez plus à la mort. Il avait pris le commandement de tous ces hommes, même des plus hauts gradés que lui. Il les avait entraîné, au milieu de la crasse, l'odeur de pourriture se dégageant des morts, de la fumée, des cendres, des derniers cris.

Il revoyait les cohortes d'hommes épuisés, blessés, des Gueules Cassées. L'empressement du pays à cacher tous ces morts et blessés, à glorifier la fin de la guerre et presser à un retour à la normale, alors que ce pays était incapable de s'occuper dignement des survivants et de redonner leur fierté à ces milliers de soldats qui ne pourront plus jamais retourner à la vie civile. Taisez-vous, la guerre est finie, n'en parlez plus, n'évoquez pas les morts, et vous, les Gueules Cassées, cachez-vous, faites profil bas, le peuple est assez démoralisé comme ça, voyons ! On avait promis au départ que cette guerre ne serait qu'une formalité, qu'elle ne durerait que quelques mois. Quelques centaines de soldats y périront, tout au plus. Raté. Un million et demi de morts en France, presque dix millions sur l'Europe. Quinze milles gueules cassées dans le pays. Des milliers d'orphelins, de mutilés, de soldats rendus fous par les bombardements. Bradley revoyait le bureau du général qui lui avait reproché d'avoir ainsi pris le commandement. Il aurait dû être fusillé pour insubordination, mais après l'armistice, ce n'était plus à la mode. Il avait survécu, ceux qui lui avaient alors voué une confiance aveugle, ce jour-là, deviendront plus tard ses généraux. Avancez, soldats, et taisez-vous. La guerre ne sera jamais terminée dans les esprits.


Albert rouvrit les yeux en entendant quelqu'un d'autre quitter la petite pièce, alors que les faibles rayons de l'aurore commençaient à percer. Il se frotta longuement les yeux, entouré par le bruit des respirations encore profondes des hommes endormis autour de lui. Le contraste entre ses songes et cette pièce petite et calme, où dormaient sur de maigres couchettes à même le sol six autres personnes, était très violent. Quinze ans s'étaient écoulés, quinze ans, mais jamais le nombre d'années ne sera assez grand pour oublier. Bradley s'assit sur sa couchette et regarda autour de lui, observant dormir les cinq hommes et la femme qui avaient passé la nuit ici, blottis les uns contre les autres pour se tenir chaud. La guerre approchait à nouveau, il pouvait le ressentir au plus profond de sa chair, mais rien n'était encore perdu. Pour gagner, il fallait deux choses. Que des hommes et femmes se lèvent, puis que des hommes et femmes les suivent. Ainsi, ils gagneront. Il enfila sa veste d'uniforme puis sortit à son tour, d'un pas rapide et silencieux, refermant la porte en douceur. Le couloir était vide et silencieux, comme l'hôpital entier, déserté depuis un mois ou deux, maintenant. Le refuge parfait, qui viendrait les chercher ici ?

Plus loin, dans une pièce servant autrefois de bureaux communs, quelques uns de leurs alliés étaient debout, eux aussi. Au passage, il posa la main sr l'épaule de Gabriella et serra un peu, manière de dire bonjour et aussi, s'il pouvait, donner un peu de courage, de Foi. Il ignorait si elle avait pu dormir, même, ou si elle avait passé la nuit à simplement regarder la silhouette éloignée du village de Gray et celle, plus éloignée encore, de l'école qui s'effondrait. Bradley remercia à voix basse Elona qui venait de préparer un café bien brûlant et très amer, ayant besoin d'un remontant. Ils en avaient tous besoin, d'ailleurs. Il vint s'asseoir sur un petit banc à côté de Gabriella, regardant lui aussi la lointaine silhouette de l'école. Une nouvelle page se tournait, les gamins allaient être évacués cette semaine, c'était la fin pour cette région, ce village, tout ce qui avait été écrit, lu, raconté et fait ici. Mais pas la fin de tout, juste... La fin d'une histoire et le début d'une nouvelle. Il avait déjà connu ça... A la fin de la Grande Guerre, impossible de voir le monde comme autrefois, il en avait tant pleuré avant d'admettre la réalité, le nombre effroyable de morts et accepter, enfin, que plus rien ne sera plus jamais comme avant. C'était très douloureux lorsqu'on en prenait conscience et qu'on regardait notre passé consumer ses dernières braises, puis on avançait.

Albert – Je sais ce que ça fait.

Gabriella – On oublie, avec le temps ?

Albert – Non, jamais.

Il ne voulait pas lui mentir, ça ne servirait à rien. Non, on n'oubliait jamais le passé, pas plus qu'on oubliait les temps où on l'avait vu être peu à peu détruit, embrasé, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien. On oubliait jamais les jours où il avait fallu combattre. On oubliait jamais les moments où notre vie ne tenait plus qu'à un fil, ni les heures passées à crever de peur, celles à pleurer, à se demander pourquoi cela nous arrivait, à nous, ni, surtout, le moment où on acceptait enfin la greffe et où on se tournait vers l'avenir. C'était en nous, cette boule accrochée à la gorge, porteuse du parfum de la guerre, elle se greffait et ne partait plus. Bradley avala deux longues gorgées encore brûlantes de ce café très noir, avec un léger frisson, puis ajouta qu'il valait mieux ne pas trop y penser, de toute façon. C'était comme ça, une fois l'ambiance mêlée au sang, on portait ce poids pour le reste de sa vie. Bien trop de personnes sous-estimaient la lourdeur d'un tel fardeau. Certains pensaient qu'on ressentait juste de la fierté ou de l'héroïsme, à se dresser sur le front, face à l'Injustice. Des personnes pensaient que se battre n'était que force et gloire, que c'était "bien" d'agir, qu'il "le fallait". C'était mignon mais stupide. La guerre était sale et cruelle, peu importe pour quoi on la menait.

Albert – On fait notre travail ici et on s'en va, inutile de traîner trop longtemps dans ce coin. Réunion à la base, puis on continuera sur Paris. Noël sera un moment particulièrement propice pour la diffusion de notre premier message.

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Gabriella de Lizeux
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MessageSujet: Re: Au revoir les années passées   Dim 3 Déc - 13:04

Un léger courant d’air traversa la pièce et fit frissonner la jeune mère, qui serra un peu plus autour d’elle le long châle d’hiver dont elle s’était couverte en venant s’asseoir ici, près des larges fenêtres, pour observer les étoiles, vers le milieu de la nuit. Quelques heures d’un sommeil agité puis le réveil, sans possibilité de se rendormir. Elle était venue s’installer ici et se contentait, depuis, de regarder le ciel nocturne, parfois en somnolant, dans le silence impeccable de cet endroit, depuis qu’il avait vraiment été déserté et abandonné. Ils étaient là depuis deux ou trois jours, le mardi, Kimmitsu s’était rendu à l’école avec eux puis était aussitôt reparti chercher Solène pour la ramener en sécurité avec leurs équipes. « En sécurité », cette expression faisait doucement rire Gabriella, la sécurité était très relative et dépendait beaucoup du point de vue, elle ne pensait plus que qui que ce soit puisse réellement vivre en sécurité dans ce monde, il existait toujours quelque chose pour vous menacer, plus ou moins directement. Refermant les yeux, elle somnola encore, blottie dans la chaise et ne bougeant plus vraiment jusqu’à l’aube. Elle ignorait ce qui l’avait vraiment réveillée, cette nuit, vers trois heures… Elle avait cru ressentir un tremblement éloigné et diffus, accompagné par un mauvais pressentiment, une peur au ventre qui n’était plus repartie ensuite.

Alors que les tous premiers rayons de soleil peinaient difficilement à se frayer un chemin au travers des bas nuages gris, d’autres se levèrent à leur tour et quelques uns vinrent dans la pièce pour grignoter un morceau ou se réchauffer avec du thé et du café. De vagues bonjours, des airs encore très endormis, épuisés par la tension, mais où brillait encore une lueur d’espoir de s’en sortir vite. Gabriella se redressa un peu, voyant à présent mieux la silhouette de l’école, même si ce n’était pas encore ça. Entre chiens et loups, la vue vous trompait. Elle refusa d’un petit geste le thé qu’Elona lui proposa et s’appuya contre le dossier de son siège en fixant les alentours, par les fenêtres. Un étrange d’anticipation lui serrait le ventre, alors même qu’elle savait déjà ce qui allait se produire pour le second tour, c’était la suite qui lui occupait l’esprit. Par quoi le nouveau gouvernement allait-il commencer ? Le pays tout entier était comme suspendu à cette élection, dimanche, et à ses conséquences directes, Paris était en effervescence et bien des personnes à travers les régions étaient convaincues que la Révolution était en marche. Ils ne pensaient pas si bien dire, il y aura effectivement une révolution des comportements et mentalités, restait juste à savoir quel camp en retirera le plus d’avantages pour avoir ensuite la main sur le jeu.

Bradley arriva à son tour dans la pièce, pressant une main contre son épaule eu passage avant d’aller se servir du café. Elle lui rendit un bref regard en guise de salutations, n’ajoutant rien de plus lorsqu’il vint s’asseoir sur le banc en bois à côté. Ils n’avaient jamais besoin de beaucoup de mots, en règle générale, pour se comprendre ou deviner à quoi l’un et l’autre songeaient. Sans doute à force de travailler ensemble. Pour le moment, la suite des événements occupait entièrement son esprit et elle voulait tout faire pour changer la donne et reprendre la main. Ne pas laisser encore plus longtemps Leblanc et ses alliés garder un si grand contrôle sur les événements. Il y avait déjà eu trop de changements sur lesquels ils avaient dû subir au lieu de se battre. Elle inspira un peu pour ne pas se laisser, c’était tout sauf le moment pour perdre courage. Après tout, c’était aussi un nouveau départ, l’occasion de modifier pas mal de paramètres pour que cela fonctionne mieux ensuite. Il fallait simplement surpasser la difficulté à tout voir s’effondrer et ne regarder que ce qui arrivait en face. Et tant pis pour ce qu’ils n’avaient pas pu sauver.

Albert – Je sais ce que ça fait.

Gabriella – On oublie, avec le temps ?

Albert – Non, jamais.

Inutile de lui demander comment il avait su ce qui la travaillait. Cette réponse, elle s’en était doutée, même si elle avait, malgré elle, gardé un minuscule espoir de l’entendre dire qu’avec les années, on parvenait à reléguer tout ça au loin et à oublier. Son confrère ajouta qu’il était préférable de ne pas trop y penser, de toute façon, c’était comme ça et voilà tout. Peut-être bien, elle avait besoin d’un temps pour s’y faire. Au fond, elle s’était déjà résignée à pas mal de choses mais se demandait si elle vivra assez vieille pour voir la fin de cette histoire, et si jamais c’était le cas, comment on pouvait ensuite vivre avec en avoir autant vu et ce qu’on devait penser. Avait-on agi comme il le fallait avait-on fourni tous les efforts nécessaires, qu’aurait-on pu faire d’une autre manière et cela aurait-il changé beaucoup de choses ? Tournant la tête vers Bradley, elle faillit lui demander ce que lui ressentait puis se tut. Il était resté dans l’armée, après la Grande Guerre, c’était bien la preuve qu’il était possible de continuer à vivre et se battre même après avoir connu l’enfer. Evidemment, ce pays était très loin d’être plongé dans une telle horreur que la Grande Guerre, elle n’oserait jamais comparer, mais ce n’était pas non plus le même combat. Cette fois-ci, la lutte était interne et les conflits se disputaient dans l’ombre.

Albert – On fait notre travail ici et on s'en va, inutile de traîner trop longtemps dans ce coin. Réunion à la base, puis on continuera sur Paris. Noël sera un moment particulièrement propice pour la diffusion de notre premier message.

Gabriella – Il ne reste plus grand-chose à faire, répondit-elle en se redressant enfin, courbaturée. Notre contact nous fournira les derniers camions et quelques voitures en milieu de matinée, on emmènera les derniers éléments puis il faudra quitter la région, oui. Les équipes techniques, à Pari, sont prêtes à nous garantir le contrôle des tours radios pour une heure au maximum, les personnes en place aux plateaux télés sont aussi prêtes. Le soir du Réveillon sera parfait, à l’heure de la messe de Noël.

A l’heure ou presque tous les foyers de France étaient près de la radio ou devant leur télé, pour ceux ne ayant une, afin d’écouter l’allocution du pape à l’occasion de Noël. Ils pourront s’adresser au pays tout entier, un message qui sera ensuite repris et traduits par les élémentaires des autres pays qui avaient noué des liens avec eux, répandant ainsi cet effort sur le continent, et ensuite, dans le monde. Toutes les écoles comme Sainte Famille, à travers les différents continents, avaient été contactées, toutes se tenaient prêtes à relayer le message et engager tous les élémentaires de chaque nation dans ce même effort, sur chaque continent. Sur le fond, ce n’était pas une « grosse affaire », un simple message, diffusé à l’échelle nationale, puis continentale, puis internationale, mais sur la forme, c’était tout particulièrement important. Toutes les guerres, les révoltes et les résistances se bâtissaient d’abord sur des messages d’un tel type, qui poussaient les personnes touchées à se soulever et agir, chacune à son niveau. Elle ferma un instant les yeux, autant habitée par l’espoir qu’ils engagent ainsi bien plus de personnes avec eux que la crainte que cela n’ait des répercussions violentes sur le mouvement, de la part du Gouvernement. A cet instant, la radio grésilla un peu puis un de leurs informateurs donna ces codes de sécurité et déclara avoir un message urgent. Gaby fronça un peu les sourcils en écoutant, puis soupira lorsque l’informateur indiqua que cette nuit, à trois heures, l’école s’était en grande partie effondrée, cette fois-ci brutalement, et que tout le monde avait été évacué.

Gabriella – Ça devait arriver… Envoyez cinq ou six personnes pour soutenir, sur place.

Informateur – Juste cinq ou six ? Mais c’est votre éco…

Gabriella – Ce pensionnat est terminé, nos effectifs sont toujours limités, et les professeurs sur place vont aussi s’occuper de tout ça. On doit concentrer nos efforts sur le problème principal, pas sur ses conséquences ni sur ce genre de dommages. Surveillez juste que tout le monde en part et abandonnez cet endroit.

Elle coupa la communication et reposa la radio sur le bord de la table, avant de lancer un regard vers Bradley, mais il ne fit pas le moindre commentaire. Merci. Laissant son châle sur la chaise, elle se leva pour finalement prendre du thé, alors qu’Elona quittait la pièce avec deux autres, qui se tenaient dans un coin à parler depuis une vingtaine de minutes. Si l’annonce avait été comme un douloureux rappel de la réalité, cela signait aussi la fin d’un chapitre. Cette école s’était tenue assez de siècles dans cette région, il ne servait à rien de pleurer sa perte, elle se reconstruira ailleurs, sur de nouvelles bases.

Gabriella – Que pensez-vous des soit-disant promesses du Gouvernement, sur la protection des familles, de nos familles, qu’ils comptent diffuser ? Je sais bien que ça ne tiendra pas, mais ça peut nous servir comme instrument de contre-propagande.

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Albert J. Bradley
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MessageSujet: Re: Au revoir les années passées   Dim 3 Déc - 18:31

Gabriella – Il ne reste plus grand-chose à faire, répondit-elle en se redressant enfin, courbaturée. Notre contact nous fournira les derniers camions et quelques voitures en milieu de matinée, on emmènera les derniers éléments puis il faudra quitter la région, oui. Les équipes techniques, à Paris, sont prêtes à nous garantir le contrôle des tours radios pour une heure au maximum, les personnes en place aux plateaux télés sont aussi prêtes. Le soir du Réveillon sera parfait, à l’heure de la messe de Noël.

A minuit, très précisément, ce sera le point d'orgue de leur travail et de leur annonce. C'était du bon travail, tout avait été organisé et minuté avec un très grand soin, ils n'auront plus qu'à activer la diffusion puis suivre ses effets et conséquences. Déclaration de guerre, déclaration de paix, message d'espoir et appel à la lutte, joyeux Noël à tous ! Et ce ne sera là que le début, si ce Gouvernement voulait la guerre, il allait trouver à qui parler, s'en prendre aux libertés de vétérans ayant vécu quatre ans dans l'enfer et si mal remerciés par leurs pays n'était pas à prendre à la légère, bien des soldats avaient en eux une rancune tenace vis à vis du Gouvernement les ayant lamentablement abandonnés à leur sort après la Grande Guerre, une rancune qui n'avait pas été étouffée avec les années, très loin de là. La liberté, achetée à un prix si lourd du sang, ne pouvait plus être remise en question, quel que soit l'enjeu. Bradley tourna la tête vers la radio lorsqu'ils reçurent un appel, sur le code d'urgence, haussant un peu les sourcils. Allons bon, que s'était-il encore passé ? Il soupira en même temps que sa consœur en apprenant pour l'effondrement définitif du pensionnat et l'évacuation des élèves, cette nuit. C'était ça, l'urgence ? Cette école allait être évacuée de toute façon ! Une nouvelle était en cours de préparation et ce n'était pas le lieu qui comptait le plus mais bien la volonté de chacun à enseigner au jeune comment manier ces pouvoirs. Un lieu n'était rien, la force mentale était tout, attention à ne pas tout mélanger, sous peine de quoi, ils perdront bien trop de forces et d'énergie. Le militaire leva un peu les yeux au ciel, après jeté un regard vers la silhouette lointaine de l'école. Les lieux passaient, ça n'avait rien d'une "urgence", mon brave garçon.

Gabriella – Ça devait arriver… Envoyez cinq ou six personnes pour soutenir, sur place.

Code neuf – Juste cinq ou six ? Mais c’est votre éco…

Gabriella – Ce pensionnat est terminé, nos effectifs sont toujours limités, et les professeurs sur place vont aussi s’occuper de tout ça. On doit concentrer nos efforts sur le problème principal, pas sur ses conséquences ni sur ce genre de dommages. Surveillez juste que tout le monde en part et abandonnez cet endroit.

Une page se tournait, y compris pour elle. Bradley croisa son regard mais ne dit rien du tout, se contentant de boire son café et la laissa accepter cette réalité-ci, abandonner également cette dernière barrière et poursuivre son chemin. Il sourit faiblement, dans son dos, lorsqu'elle se leva finalement pour aller prendre du thé, reconnaissant, en cette attitude, celle d'un vieux camarade tombé au front le 1er novembre 1918. Cette résignation mélangée à la volonté de s'en sortir et garder la tête droite, c'était ce qui arrivait lorsqu'on se détachait de certains symboles. Ces derniers étaient bons pour rassurer et motiver les peuples, ils s'incarnaient dans des personnes ou des objets mais en eux-mêmes, ils ne signifiaient rien, ce n'étaient que des artifices destinés à garder les âmes au chaud en attendant des jours meilleurs. De simples formes, somme toute. Le fond en était absent, aucun symbole n'en avait, ils ne représentaient pas la vérité mais juste une forme en laquelle les personnes avaient besoin de croire pour se sentir mieux. Cette école, cet endroit, se résumaient à quelques bâtiments et un parc, rien de plus, rien de moins. On y voyait un refuge, mais ce n'était qu'une simple image, les seuls refuges qu'on se construisait étaient ceux dans notre tête, forgés par la vie elle-même, et on les emmenait partout avec soi.

Gabriella – Que pensez-vous des soit-disant promesses du Gouvernement, sur la protection des familles, de nos familles, qu’ils comptent diffuser ? Je sais bien que ça ne tiendra pas, mais ça peut nous servir comme instrument de contre-propagande.

Albert – On va devoir attendre leurs premiers dérapages, ça ne devrait pas tarder, sitôt les annonces officielles. J'en pense, comme vous, que ce sont des conneries impossibles à tenir, renoncer à un moyen de pression pareil, quelle idée ! On va attendre gentiment qu'ils en abreuvent les journaux, de leurs promesse, nous pourrons sans doute frapper en retour dès janvier.

L'année 1932 allait tout particulièrement chargée en émotions, mais cette fois-ci, ils lutteront à armes égales. Il se leva souplement puis alla rejoindre sa collègue près de la fenêtre, jetant un regard à la campagne encore fortement baignée dans la brume matinale. Il y avait pas mal de choses qu'il aurait voulu lui dire, comme pour faire un bilan après des mois en tant qu'ennemis, amis improbables, alliés de circonstance, et il ne savait quoi encore. Au fond, ils se ressemblaient. Deux personnes qui avaient occupé de petits postes de direction mais que rien ne destinaient à quelque chose de plus vaste, qui s'étaient retrouvés catapultées à des niveaux hiérarchiques où ils devaient commander un grand nombre de personnes et s'y prendre assez vite et bien pour éviter les hécatombes. Bien sûr, ce n'étaient pas du tout les mêmes circonstances, mais les enjeux finaux, eux, étaient bien les mêmes. La liberté de tout un pays et de son peuple, repousser l’extrémisme, conserver l'indépendance. Comme lui, elle avait pris le temps en route puis tout s'était enchaîné si vite qu'après-coup, il était presque impossible de réaliser comment on en était arrivé là. Il sourit franchement, cette fois-ci, voyant en un signe du destin ces personnes qui se levaient, à chaque génération, s'embrigadant dans des histoires qui les dépassaient tous et qui n'en sortaient plus. Jusqu'à mourir pour elles, de la plus sincère des façons.

Albert – Je sais que vous avez peur pour l'avenir, moi aussi, tout le monde. Quand je vois tout ça, je ne peux que repenser fortement à la Grande Guerre et ce qui en a découlé. Une fois de plus, c'est la liberté de ce pays et sa façon de vivre qui est remise en question, quinze ans après l'un des plus gros massacre de masse de notre histoire. Mais cette fois-ci, nous partirons conscient de notre devoir, pas comme en 1914 où le pays était convaincu que ce ne sera qu'une petite guerre de formalité qui ne durera que quelques mois, tout au plus. C'est là toute la différence, nous savons à quoi nous attendre.

Il parlait à voix plus basse, même s'ils étaient seuls dans cette pièce depuis toute à l'heure. Le maréchal trouvait toujours plus simple de discuter posément avec un autre soldat, qui pouvait regarder le monde d'une autre manière, qui avait les deux pieds très ancrés dans la réalité et qui ne souffrait pas de naïveté ni d'idéalisme. Les discussions stériles et les vagues espoirs, on laissait ça aux enfants et à ceux qui ne pouvaient pas imaginer la réalité du terrain. Ils vivaient dans un siècle de troubles profonds.

Albert – J'ai étudié l'art de la guerre, je l'ai perfectionné. Vous, vous avez été forgée par elle. C'est ce qui fera défaut à Leblanc, les politiciens ignorent la réalité du pays. Lorsque les consciences seront soulevées, nous pourrons frapper un plus grand coup. Amener à un soulèvement populaire sera long, en revanche. Nous pouvons chacun rassembler une faction, mais êtes-vous prête à représenter ce symbole que les élémentaires attendent, dans cette lutte ?

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Gabriella de Lizeux
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MessageSujet: Re: Au revoir les années passées   Sam 16 Déc - 11:57

Albert – On va devoir attendre leurs premiers dérapages, ça ne devrait pas tarder, sitôt les annonces officielles. J'en pense, comme vous, que ce sont des conneries impossibles à tenir, renoncer à un moyen de pression pareil, quelle idée ! On va attendre gentiment qu'ils en abreuvent les journaux, de leurs promesse, nous pourrons sans doute frapper en retour dès janvier.

Le mois de janvier allait arriver très vite sur eux, les premières actions étaient planifiées mais elle doutait qu’ils puissent beaucoup agir malgré tout, monter la rébellion prenait déjà presque tout leur temps, sans parler de faire quoi que ce soit dès à présent. Gaby soupira légèrement en buvant son thé, croisant brièvement le regard de Bradley lorsqu’il vint la rejoindre à la fenêtre. Il semblait épuisé, lui aussi, des cernes lourds et noirs sous les yeux, les traits tirés, le dos légèrement plus voûté que d’ordinaire. Il y a à peine une semaine, elle était encore au fond d’un lit, incapable de se lever, puis s’était secouée à un moment parce qu’il le fallait bien. On s’habituait à tout, même à la fatigue, marchant avec sans plus le réaliser. Son confrère se mit tout à coup sourire, sincèrement et franchement, alors qu’elle le regardait puis regardait dehors en cherchant ce qui pouvait bien le rendre plus joyeux, tout à coup, sans rien trouver de particulier. Et bien ? Il devait sans doute penser à un souvenir qui le rendait plus heureux, chacun sa façon de s’en tirer. Elle se frotta longuement les yeux en tâchant de profiter du calme de l’instant, autant que possible.

Albert – Je sais que vous avez peur pour l'avenir, moi aussi, tout le monde. Quand je vois tout ça, je ne peux que repenser fortement à la Grande Guerre et ce qui en a découlé. Une fois de plus, c'est la liberté de ce pays et sa façon de vivre qui est remise en question, quinze ans après l'un des plus gros massacre de masse de notre histoire. Mais cette fois-ci, nous partirons conscient de notre devoir, pas comme en 1914 où le pays était convaincu que ce ne sera qu'une petite guerre de formalité qui ne durera que quelques mois, tout au plus. C'est là toute la différence, nous savons à quoi nous attendre.

Gabriella espérait bien que cette histoire-ci ne terminera pas de la même façon que la Grande Guerre, ça ne concernait que leur pays et la dictature qui s’y imposait, personne ne voulait revivre l’horreur de 14-18. Appuyée contre le rebord de la fenêtre, le regard toujours tourné vers l’extérieur, elle croisa les bras contre elle, gardant l’anse de sa tasse du bout des doigts,e n se réchauffant un peu par la même occasion. Ils savaient à quoi s’attendre… ça, ce n’était même pas sûr, pour elle, ils avaient tous les deux déjà constaté à quel point la situation pouvait dégénérer rapidement et sans crier gare, donc comment affirmer aujourd’hui qu’ils étaient vraiment préparés à tout ? A moins que le maréchal ne veuille dire par là qu’ils étaient déjà prêts à faire front si on en arrivait bel et bien à un massacre de masse tel celui de la Grande Guerre, mais cette fois-ci à l’échelle de leur seul pays. Les massacres, il y en avait déjà vu, le premier datait d’il y a moins d’un mois, le second de quelques jours seulement. La grogne enflait, les élémentaires s’armaient, groupes et factions se rassemblaient, dans tout le petit, pour former des cellules rebelles plus importantes et avec des moyen mis en commun. Prêts à ça… Elle baissa les yeux en posant sa main libre sur son ventre, imaginant dans quelles circonstances allait naître ce bébé.

Albert – J'ai étudié l'art de la guerre, je l'ai perfectionné. Vous, vous avez été forgée par elle. C'est ce qui fera défaut à Leblanc, les politiciens ignorent la réalité du pays. Lorsque les consciences seront soulevées, nous pourrons frapper un plus grand coup. Amener à un soulèvement populaire sera long, en revanche. Nous pouvons chacun rassembler une faction, mais êtes-vous prête à représenter ce symbole que les élémentaires attendent, dans cette lutte ?

Gabriella – Vous connaissez déjà la réponse.

Elle avait longtemps fermé les yeux, autant par peur que ça en arrive là que parce qu’elle ne se pensait pas capable de tenir le rôle. Aujourd’hui, les doutes étaient rendus bien loin puisque l’implication était plus lourde. Finissant vite fait son thé, elle passa la tasse sous l’eau pour la laver puis se prépara pour la journée, rattachant ses cheveux et remettant une veste plus chaud mais aussi plus pratique, pour transporter le petit matériel dont elle avait souvent besoin. Dès que Bradley fut prêt à son tour, elle ressortit dans le couloir avec lui et ils allèrent rejoindre les autres. Il restait un endroit qu’ils n’avaient pas encore examiné ni décidé de ce qu’ils pourront y faire, à savoir le Tunnel aux Morts, sous l’hôpital. Gaby doutait franchement qu’ils puissent organiser l’exhumation de tous ces corps pour les conduire dans un cimetière et leur donner une varie sépulture, avec une cérémonie religieuse, tout dépendra du nombre de personnes enterrées là-bas. Avec leur groupe, ils s’équipèrent de puissantes lampes torches et s’engagèrent dans les escaliers, à l’arrière du bâtiment. En allumant, Gaby chassa quelques rats dans les marches qui fuirent en couinant, avant d’entamer la descente avec prudence.

A mesure qu’ils descendaient, le froid se faisait plus persistant, ils étaient tout de même assez loin sous terre. Une fois au bas des escaliers, ils ouvrirent les deux grandes portes et actionnèrent le commutateur pour allumer la rangée des néons dans tout le tunnel. Un décor des plus parfait pour un bon roman d’horreur, un tunnel immense et profond, au plafond en voûte, avec, de chaque côté, deux longues rangées de tombes identiques, en rectangle, avec chacune nom gravé à la hâte, le tout faiblement éclairé par les néons. Gaby avança en balayant les tombes de son faisceau, pinçant les lèvres en constatant le nombre. S’ils voulaient tous les rendre à leurs familles, il faudra venir nombreux et avec des outils importants, pour exhumer. Elle s’agenouilla près d’une des tombes pour en enlever la poussière et la crasse, peinant quand même à lire le nom. Si c’était comme ça sur les autres, voire en pire, ils ne sauront peut-être même pas à quelle famille rendre le corps.

Gabriella – Il nous faudra plusieurs jours et une plus grande équipe, étant donné le nombre de tombes. Il doit bien y avoir un registre, ici, de toutes les personnes qui ont été enterrées dans ce tunnel, non ? On devrait retrouver ça.

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Albert J. Bradley
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MessageSujet: Re: Au revoir les années passées   Dim 14 Jan - 11:01

Juste un sourire, il n’y avait rien à ajouter d’autre, lorsqu’elle répondit. Sa collègue avait bien changée, elle qui, il y a quelques mois à peine, ne comprenait pas pourquoi tant de personnes étaient prêtes à la suivre… Il termina tranquillement sa tasse le temps qu’elle avale très rapidement la sienne et se prépare pour la suite, puis la posa dans l’évier, avant de prendre ses affaires, sa veste, et une lampe torche. Passons à la suite, maintenant, ils avaient un devoir à accomplir en attendant l’arrivée des autres et le transport des derniers éléments à s’occuper. Avec une dizaine des leurs, ils descendirent les étages, puis traversèrent le hall d’entrée avant de se rendre dans l’aile Est de l’hôpital, puis entrée une nouvelle volée d’escaliers, s’enfonçant dans les profondeurs de l’établissement. Leurs lampes balayaient les marches et les murs en ciment, le froid était plus vif à mesure qu’ils descendaient, comme pour rajouter à l’atmosphère déjà lugubre du lieu. Au bout de quatre paliers, ils arrivèrent devant deux hautes et lourdes portes, en fer dans un arche en pierre vieillissant et rongé par la mousse, qu’ils poussèrent avec un peu de peine. Un profond tunnel s’ouvrit à leurs yeux, éclairé par une faible lumière de néons.

Bradley leva sa lampe torche vers le plafond en voûte puis sur les tombes rectangulaires, parfaitement alignées en rang, de chaque côté du tunnel, avec au milieu une traverse assez large pour laisser passer trois personnes de front. Albert s’était demandé s’ils pourront emmener les corps dès ce matin mais la réponse était non, il y en avait trop. Il marcha sur quelques mètres, regardant partout autour de lui et essayant d’évaluer le nombre exact de corps. Derrière lui, Gabriella lança qu’il faudra des jours entiers et du matériel, pour récupérer tous les corps, puis ajouta qu’il devait y avoir un registre de toutes les personnes enterrées ici. Sans doute, oui,s i le Gouvernement ne l’avait pas récupéré. Il répondit que s’il n’était pas dans les dossiers qu’ils avaient récupéré ou volé, c’est qu’il était déjà entre les mains de Leblanc et ses copains. Continuant d’avancer, il arriva dans le fond du tunnel et baissa les yeux, le sol en béton avait laissé place à une grande plaque de fer. S’agenouillant, il passa le bout des doigts sur les jointures, en faisant le tour, jusqu’à trouver les coins où avaient dû se trouver les poignées pour soulever. Puis sur le bord gauche, sous la crasse, se trouvait un mécanisme rouillé d’ouverture.

Albert – La visite continue par ici, messieurs, mesdames.

Le soldat sortit son arme de sa ceinture puis recula un peu avant de tirer dans le mécanisme, pour le faire sauter. L’impact résonna lourdement dans tout le tunnel, le verrou fut expulsé dans un grincement métallique. Avec l’aide deux hommes, ils soulevèrent la lourde plaque. De nouveaux escaliers, encore plus sales, apparurent dessous, cette fois sans aucune lumière, et l’air était si vicié qu’ils en toussèrent tous assez violemment. Avant de descendre les marches recouvertes de moisies, il attacha un grand mouchoir sur son visage pour couvrir sa bouche et son nez, puis descendit le premier avec précaution. Les marches n’étaient pas très larges et les murs les serraient de près, tout au long de la descente. Le froid était mordant, plus encore que dans le tunnel, et l’odeur parfaitement insupportable. C’est avec une grimaça et respirant à peine qu’il continua, atteignant finalement le pallier. Ils étaient arrivés dans un long couloir, toujours en briques et en ciment. Curieux, jamais rien n’avait indiqué la présence des ces installations, nulle part ! Son équipe n’avait pas l’air très rassurée, par ailleurs, chacun murmurait, même si c’était idiot. Ils étaient seuls, complètement seuls.

Dix bons mètres plus loin, après s’être dirigé vers la droite, ils arrivèrent à une nouvelle arche en pierre, creusée dans le mur, puis sur une salle au plafond voûté complètement vide. Bradley allait en ressortir lorsqu’il entendit une sorte de long soupir et se figea sur place, en faisant signe aux autres de l’imiter. Lentement, il balaya la salle de sa lampe torche, sans rien voir, rien trouver. Mais le soupir retentit une seconde fois. Un fantôme, sans doute, il y en avait quelques uns à traîner au village ou ailleurs, on en voyait depuis quelques mois. Cette idée le détendit et il bougea à nouveau, ressortant. Le couloir se poursuivait, encore et encore, d’autres portes, fermées et ouvertes, leur arrivaient, plus nombreuses. Ils avaient peu progressé lorsque le soupir retentit une troisième fois, puis une quatrième, arrachant un gémissement nerveux à Luc qui se retourna d’un bond, en brandissant sa torche. Oh, allons, si c’était juste un fantôme un peu déprimé, il n’y avait aucun danger ! Ils étaient juste ici pour tenter de découvrir à quoi cet endroit avait bien pu servir.

Luc – Sans vouloir être alarmiste, reprit-il tout à coup d’un ton étranglé, je vous signale qu’il y a une ombre noire qui nous poursuit.

Quoi … ? Il se retourna à son tour et écarquilla les yeux en voyant une sorte de grosse fumée noirâtre se mouvant au ras du sol puis épaississant de plus en plus, jusqu’à emplir tout le couloir, à plusieurs mètres derrière eux. Luc reprit la parole d’un ton précipité et à moitié de peur, reculant vivement en incitant les autres à faire de même. La fumée enflait toujours, accompagné par un soupir marqué.

Luc – Et si on partait du principe que ce truc est agressif et qu’on devrait tous fuir en courant ?

Albert – Excellente idée.

Ils se sauvèrent tous aussitôt en courant, au moment où un rugissement sinistre retentissait derrière eux. Bradley jeta un bref coup d’œil derrière lui, par-dessus son épaule, voyant maintenant des éclats rouge, du feu sans doute, au milieu de la fumée. Il cria d’aller plus vite puis se laissa porter en fin de groupe, sortant son arme avec trois autres de ses hommes pour tirer dans ce truc. Un autre rugissement de rage et de douleur suivit aussitôt après et ils purent gagner une bonne avance. Poussant le groupe toujours plus loin, ils filèrent le long d’un couloir semblant interminable, ignorant toutes les portes au passage qui pouvaient se trouver sur leur chemin, ce n’était pas le moment de se faire bêtement enfermé quelque part. Au bout de presque cinq minutes à courir, et à tirer dans le tas noir qui ne les lâchait pas, Luc poussa un autre cri de joie et leur montra une échelle rouillée partant dans un conduit, dans le plafond, ça ne pouvait être qu’une sortie. Jamais un groupe n’avait dû grimper sur une échelle aussi vite, la peur soudaine et l’adrénaline poussant chacun à se bouger aussi vite que possible et fuir de là. Lorsque Bradley grimpa à son tour, il eut un violent frisson en sentant ce machin passer juste dessous dans le couloir, le cœur emplit d’une peur qu’il ne s’expliquait pas.

Une quinzaine de mètres plus haut, il sortit parce qui devait être une bouche d’égout, autrefois, tombant presque dans de l’herbe épaisse et la terre, après les siens. Ce n’est qu’à ce moment combien il se découvrit terriblement tremblant, les mains moites, le front couvert de sueur et la respiration sifflante. Il resta là, par terre, à reprendre son souffle, ne réalisant pas encore ce qu’ils venaient de voir. Qu’est-ce que c’était ce truc ?! Il releva un regard à la fois paniqué et perdu sur sa collègue, comme si elle pouvait leur apporter une réponse alors qu’elle était dans le même état qu’eux.

Albert – Qu’est-ce que c’était que ça ?! Une sorte de technique des élémentaires ou…

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Dés : 3 et 4, Lien.

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