1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Histoires de famille

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Histoires de famille   Mer 7 Juin - 17:31

Céleste tournait dans l’appartement, assez nerveuse, souhaitant surtout s’en aller et faire demi-tour. Pourquoi avait-elle accepté de parler à Lucas ? Tout lui dire… Et s’il fuyait ? S’il la détestait, s’il ne comprenait pas ? S’il ne voulait plus la voir, s’il voulait rentrer à Toulouse pour être adopté par une de leurs tantes ? Elle avait retardé le moment le plus possible, incapable de le faire avant de partir pour mille et unes raisons. Mais, aujourd’hui, ils étaient revenus de la station depuis quelques jours maintenant et l’air de son frère en avait ajouté une sérieuse couche. Le temps de se reposer, de choisir ses mots, de repousser encore le moment… Ils étaient déjà vendredi et elle n’avait plus aucune excuse. Elle avait remis, autour de son cou, le pendentif en or dans lequel figurait sa sœur, se disant que cela l’aiderait à tout expliquer.

Comme prétexte, Céleste avait dit à Lucas qu’elle avait quelques petites courses de dernière minute à faire et qu’elle souhaitait qu’il l’accompagne pour savoir ce qui lui ferait vraiment plaisir. Ils pourraient aussi se balader, comme Cyprien avait du travail et qu’il ne pouvait se libérer pour sortir avec eux. Naturellement, rien de tout cela n’était vrai, son collègue avait du travail mais pas au point de rester enfermé, il n’était pas de ce genre-là. Très loin de là. La jeune professeure attendait donc son petit frère, la journée était terminée comme la semaine et le week-end s’annonçait, clair et sec, ce qui favorisait les balades. Vraiment rien pour rebrousser chemin, en conclusion…

Lorsque Lucas fut prêt, elle ouvrit la porte de l’appartement pour le laisser passer, prenant une petite inspiration discrète avant de refermer derrière elle. Par quoi allait-elle commencer ? Comment aborder le sujet ? Descendant les escaliers, ils durent se coller au mur pour laisser passer une dame âgée habitant au premier étage de l’immeuble, la saluant avec un sourire. Elle était une des rares à les accepter, ce qui faisait du bien lorsqu’ils la croisaient. Un sourire, un bonjour, pas besoin de plus. Ils descendirent sans croiser personne d’autre, arrivant dans la rue qu’ils remontèrent, Céleste attrapant la main de son frère par réflexe. Ils prirent naturellement la direction des commerces mais, au dernier moment, la jeune femme s’arrêta sur le bord du trottoir en voyant le chemin qui menait vers les sentiers pour promeneurs. Pourquoi pas ? Là-bas, ils seraient tranquilles… Elle baissa la tête vers son frère, lui indiquant le sentier du regard.

Céleste – Que dis-tu d’aller se balader un peu avant ? Comme cela, nous ne serons pas chargés. Une petite balade d’une demi-heure nous fera le plus grand bien après cette longue semaine.

Prudemment, Céleste traversa la rue avec Lucas pour prendre la direction du sentier sans lui lâcher la main. Le village était relativement animé, les couples profitant du week-end sec malgré les températures plus froides. Elle n’y prêtait même pas attention, ne le réalisant que parce que Lucas devait s’habiller plus chaudement, tout comme Cyprien, là où elle était moins sensible aux basses températures. Décembre approchait, ce n’était pas étonnant, ils étaient dans la dernière semaine de novembre et il était parfaitement logique que les températures baissent à leur tour. S’éloignant des rues pavées du village ou chemins fréquentés, ils s’élancèrent dans le sentier qui amenait au petit chemin de balade relativement rapide à faire et qu’elle connaissait presque par cœur. En général, elle-même l’empruntait le soir, pour s’éloigner suffisamment du village et s’entraîner un peu. Il y avait mêmes des cailloux, par endroits, même si le sentier était bordé par des herbes hautes, fleurs, arbres et sans doute des champs s’ils marchaient pendant plus d’une heure.

Céleste – Tu sais, quand j’étais petite, on aimait faire des balades. Je veux dire… avec papa et maman. On sortait très souvent pendant des heures avant que je n’aille étudier au Pensionnat. Un jour, papa a même préparé tout un pique-nique en se levant plus tôt pour nous faire la surprise et on a passé la journée à marcher dans les champs et autres chemins de randonnée.

Céleste baissa la tête vers son petit frère, lui souriant faiblement tout en marchant. C’étaient de bons souvenirs qu’elle gardait et garderait en elle pour toujours. Elle ne savait même pas pourquoi elle parlait de cela à Lucas, tâtonnant, se souvenant des conseils de Cyprien. Il fallait qu’elle lui dise tout, oui… Mais comment ? Evoquer des souvenirs qui pouvaient être communs était une idée comme une autre, même si son meilleur ami aurait fait autrement, à n’en pas douter. Ils entendirent soudain de petits piaillements d’oiseaux qui leur firent lever la tête vers un arbre où l’on pouvait observer un amas de petites branches. Un nid… Restant silencieuse un moment, elle se contenta d’observer la mère nourrir ses petits. Il s’agissait d’un… d’une… Elle ne savait plus. A l’époque, elle était capable de les nommer sans problème, mais aujourd’hui…

Céleste – Est-ce qu’il t’a appris à identifier les oiseaux ?, demanda-t-elle en baissant la tête vers Lucas. J’étais très forte, à ce jeu, je pouvais reconnaître tous ceux de notre coin de balade en un regard ! Mais je t’avoue qu’avec le temps, j’ai un peu oublié… Surtout depuis que je suis partie de la maison, lorsque j’ai eu mon diplôme. J’ai arrêté les balades, ensuite, je trouvais ça moins amusant toute seule.

Ce n’était pas terrible… « Parle-lui de toi », « parle-lui de toi », facile à dire ! Céleste n’était pas du genre à parler d’elle, loin de là, surtout qu’elle savait que la suite de leur discussion allait tourner très vite au drame. Dès le moment où Lucas serait au courant, il risquait de prendre ses jambes à son cou, voire d’insulter sa sœur et d’aller elle-ne-savait-où. C’était aussi pour cette raison qu’elle lui tenait la main, ayant trop peur qu’il ne lui arrive quelque chose. Lui parler, oui. Lui faire peur et provoquer un accident, non. Céleste ouvrit à nouveau la bouche sans rien dire, cherchant ses mots. Elle ne savait pas quoi dire pour lancer la conversation, en réalité…

Céleste – Écoute, je… Tu as remarqué que parler de moi n’était pas un de mes points forts. Et j’ai réalisé que c’était aussi pour ça que tu ne pouvais pas me faire vraiment confiance, tu ne me connais pas. C’est pour cette raison que je voulais faire une balade avec toi… Ici, tu es libre de me poser toutes tes questions, et je te promets de te répondre sans te mentir, peu importe le sujet. Qu’as-tu envie de savoir ? Est-ce qu’il y a des questions, à mon sujet, que tu n’as jamais osé me poser ?

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Lucas Dumoulin
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MessageSujet: Re: Histoires de famille   Dim 16 Juil - 17:05

Lucas grimpa sur son lit pour déposer correctement le nounours qu’il avait cousu au centre, assis bien droit, et lui dit de bien garder sa chambre le temps qu’il revienne et aussi de penser à nourrir le monstre sous le lit. Il y en avait vraiment un, des fois, Lucas y laissait des miettes ou bouts de pain pour le nourrir et après, elles disparaissaient ! Une fois, il avait même couru voir sa sœur qui passait le balai pour lui dire de ne pas enlever les miettes sous son lit car ça servait à nourrir le monstre et que comme ça, il ne sortait pas la nuit. Une fois son ours installé, il glissa par terre pour mettre ses chaussures puis alla dans le vestibule pour enfiler son manteau. Sa sœur voulait l’emmener faire des courses et savoir ce qui « lui ferait plaisir aussi ». Lucas n’avait rien répondu, car ce qui lui ferait plaisir ne se trouvait pas dans les rayonnages des magasins, malheureusement. Comme il faisait froid, ils étaient déjà au mois de novembre, le petit garçon enfila aussi une petite écharpe et des gants, avant de sortir sur le vestibule. Ça ne faisait peut-être que trois mois qu’il vivait ici mais le jeune garçon avait l’impression d’être arrivé il y a trois siècles. Tout lui semblait fade et gris depuis la mort de ses parents.

Le départ de ses parents, puis le fait de devoir quitter Toulouse pour être confié à une femme qu’il n’avait jamais vu et dont il n’avait jamais non plus entendu parler, de devoir quitter Toulouse, son école et tous ses amis, d’avoir vu ce don naître, quoi qu’encore très faible, de vivre dans un village où il n’avait aucun autre ami et où il pouvait ressentir la tension permanente. C’était comme si sa vie avait tout à coup été suspendue et qu’il traversait depuis une grosse bulle où plus rien n’avait de sens. Rien n’avait de sens, d’ailleurs. Ni sa sœur, si on pouvait l’appeler une sœur, lui prendre la main aussitôt sortis au-dehors, ni l’appartement, là-haut, ni ce village où les élémentaires étaient craints. Pour lui, c’était la chaleur qui avait quitté son foyer. Sans ses parents pour lui dire qu’ils l’aimaient et ce soutien de chaque jour, il était perdu. Le monde était froid et effrayant, tous ses repères avaient volé en éclats, il ne restait rien à quoi se rattacher. Frissonnant un peu, il s’arrêta en butant légèrement contre Céleste, lorsqu’elle s’arrêta à l’entrée d’un petit sentier, entourant le village puis descendant vers le lac.

Céleste – Que dis-tu d’aller se balader un peu avant ? Comme cela, nous ne serons pas chargés. Une petite balade d’une demi-heure nous fera le plus grand bien après cette longue semaine.

Mmmh… Grand bien n’était pas l’expression qu’il emploierait, pour sa part. Enfin, quelle importance ? SE contentant de marcher, sa main libre dans sa poche, il traversa la place du village et les quelques commerces en retrait dans les rues adjacentes avant de s’engager sur le sentier. Il faisait plus froid, ici, les ramures des arbres empêchaient le soleil de traverser et de réchauffer un peu plus l’atmosphère, comme sur la place de Gray ou même l’appartement. Il resserra un peu son écharpe autour de son cou, pris tout à coup par une certaine somnolence. En ce moment, tout se relâchait… les crises d’asthme étaient plus fréquentes, tout comme celles où son don s’échappait. A l’école, c’était la bisse d’attention générale et il ne se souciait plus de recevoir punition sur punition, se contentant d’attendre. Attendre que le temps passe, attendre que les autres se lassent de se moquer, attendre que ses instituteurs cessent de crier ou le punir, attendre et rester dans son coin, assis sous un arbre, à regarder dans le vide en pensant aux jours où il rentrait chaque soir de l’école en tenant la main de sa mère. Attendre ensuite, le soir dans sa chambre, en regardant les dessins qu’avaient faits Alexis. Il avait eu un tel talent ! Rien qu’en les regardant, l’envie lui prenait d’apprendre et de faire comme lui.

Céleste – Tu sais, quand j’étais petite, on aimait faire des balades. Je veux dire… avec papa et maman. On sortait très souvent pendant des heures avant que je n’aille étudier au Pensionnat. Un jour, papa a même préparé tout un pique-nique en se levant plus tôt pour nous faire la surprise et on a passé la journée à marcher dans les champs et autres chemins de randonnée.

Lorsqu’elle parlait, Lucas avait la bizarre impression qu’ils n’avaient pas eu les mêmes parents… Lui n’avait jamais fait de grandes randonnées avec eux, ses parents préféraient les sorties aux musées, dans les concerts et expositions, au bal ou l’emmener passer un week-end chez ses grands-parents, dans leur ferme, pour qu’il sache connaître, respecter et soigner les animaux. D’ailleurs, grand-père non plus ne lui avait absolument jamais dit qu’il avait eu une petit-fille… A la ferme, il ne parlait que de son fils, et donc de Lucas, son petit-fils, parlant aussi de ses autres petits-enfants, les cousins du petit garçon, deux garçons plus âgés que lui. Papa avait eu un grand frère et maman était fille unique. Ils étaient souvent allés chez ses grands-parents pour deux jours ou pendant les vacances scolaires. Papa travaillait et maman partait avec à la ferme. A leur mort, Lucas avait très sincèrement cru que c’était chez papi et mamie, qu’il allait vivre, mais on lui avait répondu que non, que dans le cas d’un décès des parents, c’était d’abord les frères et sœurs, s’ils étaient assez âgés, qui vous prenaient en charge. Ensuite le parrain ou la marraine, si votre fratrie ne pouvait pas, et enfin seulement les grands-parents, car on privilégiait les personnes encore jeunes et actives. Lucas avait encore plus le sentiment d’être coupé de tout, tant sa famille était loin.

Céleste – Est-ce qu’il t’a appris à identifier les oiseaux ?, demanda-t-elle en baissant la tête vers Lucas. J’étais très forte, à ce jeu, je pouvais reconnaître tous ceux de notre coin de balade en un regard ! Mais je t’avoue qu’avec le temps, j’ai un peu oublié… Surtout depuis que je suis partie de la maison, lorsque j’ai eu mon diplôme. J’ai arrêté les balades, ensuite, je trouvais ça moins amusant toute seule.

Le petit garçon n’écouta que la moitié, et encore, pensant plutôt à ceux qui étaient maintenant si loin derrière et se demandant pourquoi les lois étaient si injustes. Même son oncle le lui avait dit, juste avant qu’il ne parte, qu’il faudrait d’abord confier les orphelins à leurs oncles et tantes, avant les frères ou sœurs déjà adultes. Même s’il y avait des arguments des deux côtés, et arguments se valant chacun autant que les autres, Lucas avait du mal à accepter d’avoir dû déménager si loin.

Céleste – Écoute, je… Tu as remarqué que parler de moi n’était pas un de mes points forts. Et j’ai réalisé que c’était aussi pour ça que tu ne pouvais pas me faire vraiment confiance, tu ne me connais pas. C’est pour cette raison que je voulais faire une balade avec toi… Ici, tu es libre de me poser toutes tes questions, et je te promets de te répondre sans te mentir, peu importe le sujet. Qu’as-tu envie de savoir ? Est-ce qu’il y a des questions, à mon sujet, que tu n’as jamais osé me poser ?

Elle lui avait déjà quelque chose comme ça et n’avait finalement répondu à rien, ce que Lucas déclara d’une voix aussi morne que fatiguée, car il n’avait pas envie d’un nouvel essai sans aucune suite, pas envie de redemander encore les mêmes choses alors qu’elle savait déjà très bien ce qu’il devait savoir. Pourquoi personne n’avait jamais parlé d’elle. Mais elle ne lui répondra pas et il le savait, il ne voulait plus entendre de belles paroles pour détourner les questions ou des mensonges, il ne voulait plus être blessé.

Lucas – Je ne suis pas ton frère, murmura-t-il, tu ne m’as jamais traité comme ça puisque tu mens.

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Céleste Dumoulin
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MessageSujet: Re: Histoires de famille   Lun 7 Aoû - 18:37

Lucas réagit… comme un enfant de son âge, en fin de compte. Il se contenta de lui répondre qu’elle lui avait déjà posé cette question sans lui répondre, d’une voix morne et fatiguée, compliquant encore plus la tâche à Céleste. Elle voulait lui parler ! Enfin… Non, pas vraiment, mais Cyprien ne lui laissait pas le choix. Elle se redressa un peu, se mordant ensuite les lèvres, plus mal à l’aise que jamais. Comment lui dire… ? Comment tout lui expliquer ? Il n’avait que six ans ! A cet âge, on ne comprend pas, on est naïf et on se laisse dicter notre vie par les adultes qui nous entoure. Ce qui est logique. Ce n’est pas un âge pour apprendre la mort d’une sœur jamais évoquée à la maison… Le chemin de promenade était désert, à cette heure, ce qui facilitait les choses en soi même si la jeune professeure aurait préféré avoir une distraction pour éviter de parler.

Lucas – Je ne suis pas ton frère, murmura-t-il, tu ne m’as jamais traité comme ça puisque tu mens.

Ces paroles, même provenant de la bouche d’un enfant de six ans, la touchèrent malgré elle. Elle ne savait pas comment parler ! Répondre à sa question, lui dire pourquoi ses parents n’avaient jamais parlé d’elle… Oui, d’accord, mais comment expliquer la présence d’Amélie ? Pourquoi avaient-ils tout effacé de chez eux sans garder un seul souvenir de leur fille ? Autant ils détestaient Céleste pour ce qu’elle leur rappelait, autant ils n’avaient pas le droit de faire la même chose pour Amélie. La jeune femme ralentit le rythme, baissant un regard triste vers son frère en cherchant comment lui parler, par où commencer sans le blesser. Elle porta une main à son collier qui lui semblait plus lourd de minute en minute, serrant le pendentif sans lâcher la main de Lucas. Peut-être pouvait-elle… C’était une solution, non ? Si elle lui montrait, tout simplement, pour… commencer ? Céleste lui relâcha la main, lui demandant d’attendre une minute d’un ton où elle ne parvint à dissimuler un mélange de tristesse et de peur, faisant ensuite passer le collier par-dessus sa tête pour le tendre à Lucas, attendant qu’il l’ouvre.

Céleste – Ce n’est pas moi…, dit-elle plus bas. Il s’agit de ma sœur… ma sœur jumelle. Ta sœur aussi. Elle… Elle s’appelait Amélie et on était très liées, lorsque j’ai fait mes études au Pensionnat. C’est la vérité, l’entière vérité.

La photographie les représentait toutes les deux, Amélie et elle, en train de sourire à l’objectif alors qu’elles venaient de fêter leurs seize ans. Pour ennuyer leurs parents, elles avaient décidé d’enfiler exactement les mêmes vêtements, seule leur coiffure différait légèrement. Une robe aux manches courtes, rouge mais Lucas ne le verrait pas sur la photo en noir et blanc, Amélie avec les cheveux rassemblés en une queue de cheval, Céleste en un chignon lâche. Ce jour-là, ils étaient sortis dîner en ville pour leur anniversaire, au restaurant de Toulouse situé à quelques minutes à pieds de la maison parce qu’une bonne ambiance y régnait constamment. Journée particulière, Céleste n’allait pas tarder à rentrer au Pensionnat mais ils avaient décidé de faire la fête avant pour ne pas louper cette date si importante. Ils étaient une famille normale, un couple avec des jumelles, dont l’une possédant un don et pas l’autre. C’était rare, son professeur le lui avait dit, mais pas inexistant. Elle raconta tout cela à son frère, lui laissant le pendentif en marchant très lentement, à son rythme, sentant que les larmes risquaient de la trahir d’une minute à l’autre.

Céleste – J’ai terminé mes études au Pensionnat, j’ai été diplômée et je suis revenue à la maison… Nous allions fêter notre anniversaire le jour-même pour la première fois depuis sept ans. Et il…

Céleste dut s’interrompre, séchant très rapidement les larmes qui commençaient à couler sur ses joues. Ce n’était pas le moment, il fallait qu’elle reste concentrée pour être douce, très douce. Lucas n’avait que six ans ! Pourquoi Cyprien avait-il tenu à ce qu’elle en parle… ? C’était de la folie, de la folie pure, et elle allait le regretter. Si lui aussi voulait s’en aller, après cela, son meilleur ami devrait la ramasser à la petite cuillère. Céleste s’agenouilla pour être à la même hauteur que son frère, baissant le regard sur le pendentif qu’elle lui avait donné dans l’espoir qu’il accepte de la croire. Au moins un peu, c’est tout ce qu’elle demandait.

Céleste – Parfois, lorsque des personnes sont en colère, il arrive qu’elles ne… se contrôlent pas. Comme toi lorsque tu as peur, ou que tu es triste, et que tu pleures. Pour les personnes qui ont un don, cela peut se passer autrement… Tu te souviens du jour où tu as créé une flamme, quand tu étais très triste ?

Lucas – Je le refais parfois et ça brûle les mains.

Il pouvait donc comprendre… un peu. Céleste releva le regard vers son frère, lui caressant doucement la joue pour le rassurer, toujours agenouillée, cherchant les mots. Elle ne savait pas comment dire cela. Sa gorge se serrait alors qu’elle repensait à l’accident, à cette nuit où tout lui avait échappé, même sans toucher directement sa sœur mais un arbre. Un arbre qui avait, aussi, fait perdre le contrôle du taxi au conducteur… Elle prit une petite inspiration pour se donner du courage, trouvant bien plus difficile de raconter cela à un petit garçon qu’à un adulte, surtout lorsqu’il s’agissait de son frère. Même si elle avait longtemps eu peur de lui faire du mal, elle savait qu’il n’en serait jamais rien. Et elle l’aimait, vraiment, s’était attachée à lui, même si elle ignorait comment le montrer réellement. Elle ne voulait pas qu’il ait peur, qu’il soit terrorisé à cause de cette histoire, et savait que c’est ce qui risquait de se produire. S’il voulait partir, rentrer à Toulouse, ne plus la voir à son tour… Eloignant cette pensée de son esprit, Céleste se reprit, ignorant les larmes qui avaient recommencé à couler sur ses joues. Dans sa tête, elle se répétait en boucle le mot « Désolée », même si Cyprien lui avait dit plusieurs fois qu’elle n’était pas une meurtrière.

Céleste – Nous allions à une fête pour notre anniversaire et nous nous sommes disputées dans la voiture… J’étais très, très en colère, et très jeune aussi. Je n’ai pas pu me contrôler et… on a eu un accident à cause d’un arbre déraciné par la foudre. C’est pour cela que nos parents ne t’ont jamais parlé de moi… Ils ont… Ils ne pouvaient plus me voir et je suis partie avant ta naissance.

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Lucas Dumoulin
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MessageSujet: Re: Histoires de famille   Mar 15 Aoû - 11:02

Pourquoi ils étaient obligés de sortir et se promener comme ça ? De toute façon, elle ne l'aimait pas, pas comme ses grands-parents, elle faisait juste semblant. La preuve, elle lui mentait et lorsqu'elle voulait lui faire un câlin, on dirait toujours que c'était forcé, car elle ne souriait pas, était toujours hésitante et ça durait au maximum six secondes ! Alors qu'avec mamie, c'était des fois par surprise, des fois comme ça le soir ou le matin, elle riait et souriait, elle lui parlait sans jamais se forcer et les seules fois où il ne devait pas la déranger, c'est quand elle devait tuer un poulet ou autre chose, dans la cuisine, et qu'il ne devait pas venir pour éviter de la distraire, qu'elle ne se blesse pas avec un couteau, ou lui aussi, qu'il ne se fasse pas mal. Mais sa sœur, ce n'était jamais comme ça, elle était froide, tout le temps. Elle lui lâcha la main, finalement, puis enleva un collier de son cou pour le lui donner, en lui disant de l'ouvrir. Pourquoi ? Il la regarda, puis regarda le collier, faisant finalement ce qu'elle disait. C'était juste une photo d'elle, plus jeune, et en double, c'était pour quoi ? Il connaissait déjà son visage, en plus, elle était là, en face.

Céleste – Ce n’est pas moi…, dit-elle plus bas. Il s’agit de ma sœur… ma sœur jumelle. Ta sœur aussi. Elle… Elle s’appelait Amélie et on était très liées, lorsque j’ai fait mes études au Pensionnat. C’est la vérité, l’entière vérité.

Une jumelle, c'était comme pour Aurélia et Mélodie, à l'école ? Les deux sœurs qui se ressemblaient parfaitement, c'était ça ? Lucas ne les reconnaissait que parce que Mélodie avait un petit grain de beauté près du sourcil et Aurélie non. Mais... Pourquoi... Elle était où, Amélie, alors ? Il tourna la tête autour d'eux, comme s'attendant à la voir surgir d'un coup des buissons, et comprenant de moins en moins. On ne lui avait pas dit qu'il avait une sœur, pourquoi pas deux ? Mais pourquoi, qu'est-ce qu'elles avaient faits ? Elles étaient parties de la maison ou avaient fait quelque chose de très mal ? Des fois, ça arrivait, le fils de Mme Bertin était parti, lui aussi, et on en parlait plus, mais Lucas ne savait pas non plus pourquoi. Sa sœur se remit à marcher et il suivit avec un temps de retard, regardant la photo pendant qu'elle racontait une journée passé avec sa sœur, et la sienne aussi du coup, le jour de leur seize ans. Et il ne comprenait toujours pas pourquoi il se découvrait une sœur comme ça, puis une autre... Bientôt, on allait lui annoncer qu'il avait aussi un grand frère, non ? Il faillit trébucher un peu sur un gros caillou, parce qu'il regardait la photo, tâchant après de faire plus attention où il mettait les pieds.

Céleste – J’ai terminé mes études au Pensionnat, j’ai été diplômée et je suis revenue à la maison… Nous allions fêter notre anniversaire le jour-même pour la première fois depuis sept ans. Et il…

Lucas mit un petit instant avant de comprendre que le pensionnat en question était bien le même que celui où elle travaillait aujourd'hui, la grande école qu'on voyait là-bas, au loin. Il y a des gens qui revenaient dans leurs écoles alors qu'ils étaient déjà grands ? Ils voulaient continuer à y apprendre encore des trucs ? C'était bizarre, ça... Sa sœur s’arrêta encore et il lui rentra légèrement dedans, reculant un peu quand elle s'agenouilla, prêt à lui rendre le collier si c'était ça qu'elle voulait.

Céleste – Parfois, lorsque des personnes sont en colère, il arrive qu’elles ne… se contrôlent pas. Comme toi lorsque tu as peur, ou que tu es triste, et que tu pleures. Pour les personnes qui ont un don, cela peut se passer autrement… Tu te souviens du jour où tu as créé une flamme, quand tu étais très triste ?

Lucas – Je le refais parfois et ça brûle les mains.

Plus elle parlait, et plus il prenait peur, le stress montant lentement mais sûrement. S'il se brûlait déjà avec de si petites flammèches, c'était quoi lorsqu'on était vraiment très en colère ou très triste, avec un pouvoir comme celui des adultes ? Il sursauta un peu lorsque Céleste lui caressa la joue, avec des yeux un peu rouges comme si elle avait pleuré, éprouvant comme une légère tension, depuis toute à l'heure. C'était peut-être ça ? Frissonnant un peu, il serra un peu les bras contre lui en tenant le médaillon, ayant tout à coup très peur de le brûler encore. C'était ça, alors, quelqu'un avait blessé et s'était fait très mal ? Du coup, ses sœurs étaient parties toutes les deux, très loin, et n'étaient plus jamais revenues ? Et maman ne voulait pas en parler, car ça faisait mal, comme chez la voisine qui ne parlait jamais de son fils car sinon elle pleurait ? C'était toujours à cause des dons ? Donc ils étaient dangereux ? Pourquoi on en avait, s'ils étaient dangereux ? On ne pouvait pas vraiment les contrôler, alors, ils débordaient toujours avec les émotions trop fortes, c'était ça ? Pourquoi ?

Céleste – Nous allions à une fête pour notre anniversaire et nous nous sommes disputées dans la voiture… J’étais très, très en colère, et très jeune aussi. Je n’ai pas pu me contrôler et… on a eu un accident à cause d’un arbre déraciné par la foudre. C’est pour cela que nos parents ne t’ont jamais parlé de moi… Ils ont… Ils ne pouvaient plus me voir et je suis partie avant ta naissance.

Alors... Amélie, elle, elle était... Lucas baissa à nouveau le regard sur le médaillon pour l'ouvrir, très silencieux, regardant la photo sans la voir et surtout sans parvenir à imaginer ce qui s'était passé. Maman lui avait dit que lorsqu'on mourrait, on allait au Paradis rejoindre Dieu et qu'on pouvait continuer à voir ceux qu'on aimait depuis l'au-delà. Mais il ne comprenait toujours pas pourquoi et maman ne s'entendaient plus après leur fille... Ils avaient eu trop mal, parce qu'elle n'avait pas contrôlé son don, c'était ça ? Un jour, papa lui avait simplement dit qu'un don, ce n'était pas une erreur de la nature tant qu'on le contrôlait, ce que Lucas dit pour sa sœur, en précisant aussitôt que comme c'était papa qui le lui avait dit, il avait forcément raison.

Lucas – Pourquoi tu ne m'aimes pas, alors ? Je n'ai rien fait...

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