1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Le vent filant partout [Juin 1931]

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Genji Nakajima
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MessageSujet: Le vent filant partout [Juin 1931]   Jeu 6 Avr - 13:17

Bon, ça s’était encore un peu mal terminé… Genji s’arrêta dans les toilettes des garçons après la sonnerie de fin des cours, se penchant un peu sur la glace pour reprendre son souffle puis posa sa main sur son épaule gauche, descendant un peu. Il serra un petit peu puis grimaça, la douleur se ravivant aussitôt. Bon, ce n’était pas encore génial… Il y a une heure, lors de la pause juste avant le dernier cours de la journée, il était sorti derrière l’école car il se sentait mal, très agité, bien plus que de coutume, avec l’horrible impression que ses os allaient craquer sans aucune raison. Au moment où il avait commencé à marcher un peu, un vient violent avait brusquement jailli de nulle part et l’avait frappé de plein fouet, l’envoyant valser contre un mur proche et se cogner la tête. Il était retombé sur son bras gauche, criant un peu à cause de la douleur avant de se reprendre. Ce n’était pas la première fois que ce genre de trucs arrivait… Il en avait perdu le compte, des jours c’était juste des feuilles bien rangées qui s’envolaient sans raison, d’autres jours il avait le droit à ce genre d’assaut brutal et violent.

Grimaçant, il reprit son sac laissé tomber au sol, puis quitta le lycée avec une certaine lenteur, reprenant la route central traversant le village, avant celle qui le mènera vers les collines puis à la maison. En chemin, il se frotta un peu le bras et passa la main à l’arrière de la tête, pâlissant un peu en sentant la taille de la bosse. Bon, de toute façon, ça partira dans quelques jours et c’était caché par les cheveux, donc personne de la famille ne verra rien. Pour son bras, il devait juste essayer de ne pas trop le bouger pour le moment et sans mettre un peu de glace. C’est à ce moment précis qu’il se souvint qu’il était justement censé s’entraîner avec son père ce soir, en plus de ce week-end. Ah, bon sang… Depuis quand avait-il commencé à voir ces séances comme une corvée ? Oui, c’était très important dans leur famille, c’était la tradition, l’autodéfense, etc. Pourtant… Il n’y arrivait plus, depuis quelques mois. Moins de concentration, à mesure que le temps filait, bien plus de mal à se focaliser sur un seul sujet, l’esprit s’éparpillant en tous sens. Plus il perdait du niveau, plus il agaçait son père qui ne cessait de lui répéter de rester concentré. Et plus on lui répétait ça, moins il arrivait à le faire.

Une fois arrivé chez lui, il leva les yeux sur la très grande enceinte de pierre et les hautes portes en bois. Famille avec une longue tradition et une noble lignée, hein … ? Les imbéciles jaloux de ça oubliaient le poids qui allait avec. Soupirant profondément, il poussa le portail, toujours de la main droite, puis rentra, son sac sur son épaule valide. A l’intérieur, tout était calme… Et il n’avait pas la moindre envie de continuer plus loin, très honnêtement. Bon. Allez. Passant dans le hall d’entrée, il enleva ses chaussures, réussissant de justesse à retrouver son air habituel lorsque sa mère passa et lui souhaita bon retour à la maison. Merci… Il parvint à sourire puis fila, allant directement dans sa chambre pour laisser tomber son sac par terre puis alla dans la salle de bain. Il n’avait pas de glace mais peut-être qu’avec un simple linge mouillé… Autant essayer. L’eau froide lui fit un certain bien lorsqu’il l’appliqua derrière sa nuque, grimaçant un peu. Bon, ça ira. Il se regarda dans la glace, respirant doucement, cherchant ce qui n’allait pas chez lui. Pourquoi don don sortait sans qu’il le veuille, toujours plus fort, toujours par surprise.

Mère – Genji ? lança sa mère depuis le couloir. Ton père t’attend, dépêche-toi.

Genji – Oh… J’arrive.

Génial. Le jeune homme inspira doucement puis sortit de la salle de bain. Il allait enlever son pull puis stoppa son geste, ayant tout à coup peur que son bras ait un peu gonflé à cause du choc et que ça ne se voit. Bon, tant pis, au pire, son père allait crier qu’il n’avait même pas pris la peine de se changer et qu’il se moquait de lui. Ce ne sera pas la première fois. En arrivant à la salle où ils s’exerçaient, en chaussettes et pantalon simple, avec son pull, il croisa presque aussitôt son père, qui lui coula un regard agacé. Quoi ? Ronchon, Genji se crispa un peu lorsque son père récupéra ses vêtements d’entraînement puis le força à enlever son pull pour se changer. Le jeune homme soupira encore plus fort, priant pour que rien ne se voit, surtout… Mais non. Raté. Misérablement. Il détourna un peu le regard, préférant regarder n’importe où que de croiser le regard de son père, en cet instant précis.

Père – Que t’est-il arrivé ? Si tu te concentrais plus, tu pourrais te défendre ! Explique-moi, Genji, tu as des ennuis ? Qui t’a frappé ?

Genji – Personne ne m’a frappé, grinça-t-il en haussant les épaules. Je suis juste tombé. Lâche-moi.

Père – Que s'est-il passé alors ? Dis-le-moi, tu as vu ton état ?!

Mais il n’avait pas le bras cassé non plus ! Juste un petit peu gonflé avec un hématome, une bosse aussi mais bon, son père ne pouvait pas le savoir. Genji marmonna qu’il avait juste glissé et était mal retombé, à la sortie des cours, voilà tout, et que ce n’était pas la peine d’en faire un drame. Il se dégagea puis s’écarta, pris tout à coup d’une furieuse envie de… comment qualifier ça… Une envie de courir le plus loin possible, de ne plus être enfermé dans cette pièce, d’aller… Dans un endroit sans barrières, sans limites, avec juste la lumière du jour et le vent. Roh, non, qu’est-ce qu’il racontait ! Soupirant un peu, il ajouta ensuite qu’il pouvait se changer tout seul et qu’il n’avait pas eu envie que quelqu’un voit son bras pour ne pas que ça fasse d’histoire.

Père – Si tu es simplement tombé, pourquoi, justement, faire tant d'histoires ? D'habitude, tu ne caches pas ce genre de choses.

Genji – Fous-moi la paix.

Son père eut une brusque geste d’humeur, comme s’il avait voulu lui coller une gifle et s’était retenu au dernier moment, puis lui rétorqua sèchement de ne plus jamais lui parler comme ça. Son fils ne répondit rien, ne fit même pas une moue qui aurait été jugée provocante, se contentant d’obéir lorsqu’il fallut se mettre en position. Son bras avait beau être encore sensible, c’était bien le moindre de ses soucis comparé à son don qui le harcelait. Il sentait même un très léger courant filer et agiter ses cheveux, dans la nuque, puis le bout des manches, comme littéralement entouré par une coquille fine formée par le vent. C’était une impression très bizarre et surtout effrayante. Si jamais ce pouvoir lui échappait et blessait quelqu’un ? Fermant les yeux un bref instant, il eut un léger frisson, il n’utilisa que son bras droit, dans un premier temps, concentré uniquement sur le contrôle de son élément et n’entendant même pas ce que son père pouvait lancer. C’était sans doute une fois de plus exaspérant, pour lui, Genji le savait très bien. Pour autant, il laissait couler. Ce n’était qu’une petite passe, où il était moins attentif, rien de plus, il y en aura sûrement d’autres. L’entraînement stoppa tout à coup, sans crier gare, troublant le jeune garçon qui était en pilotage automatique depuis toute à l’heure.

Père – Genji, qu'est-ce que je viens de dire ? Vas-tu te décider à me dire ce qui te préoccupe tant ?! Sinon, cet entraînement ne servira à rien, à part te faire souffrir et ce n'est pas ce que je veux.

Genji – Rien, c’est bon.

Son père poussa un énorme soupir puis le renvoya dans sa chambre en disant que l’entraînement était terminé. Lui aurait pu continuer tout de même, mais soit, peu importe. Genji récupéra d’un geste un peu brusque ses affaires, puis quitta la pièce en marmonnant que son père ne comprenait jamais rien. Il ne voyait rien… Il ne pouvait pas l’aider à comprendre ce qui arrivait, à comprendre ce… Sorte d’appel à l’aide étouffé qu’il ne savait pas exprimer.

Père – Mais je ne demande que ça, comprendre ! Sauf que tu refuses de parler et d’expliquer ce qui ne va pas. Comment veux-tu que je t’aide ou t’écoute ?!

Genji – Parce que je ne comprend pas non plus ! s’écria-t-il en sortant vite fait et en claquant la porte derrière lui.

Il courut dans le couloir, s’arrêta en un dérapage pour jeter ses affaires sur son futon dans sa chambre avant de reprendre sa route. Il esquiva ses cousins et cousines, ainsi que ses petites sœurs, qui se réunissaient dans le salon pour jouer tous ensemble, puis sortir par la porte derrière et atterrit dans le jardin. Là, il se calma un peu, respirant un grand coup l’air qui se rafraîchissait peu à peu. C’était bientôt l’été… L’année 1931 avait débuté sur les chapeaux de roue, avec une très baisse de ses notes, dans toutes les matières possibles, une déconcentration en classe, l’isolement avec ses camardes car ils ne se comprenaient plus, ses profs qui avaient déjà écrits à ses parents pour demander s’il y avait des problèmes à la maison. Genji s’assit par terre près d’un rocher, près d’un minuscule étang où barbotaient parfois les oiseaux, se  frottant un peu le front. Il ne comprenait pas… Il voudrait comprendre. Pourquoi rien ne se passait plus comme autrefois ?! Depuis des mois et des mois… Juin filait, Genji avait échoué à presque tous ses tests de fin d’année et sa mère lui avait déjà répété plein de fois qu’il ne pourra pas passer en classe supérieure et qu’il avait intérêt à faire des efforts. Elle hésitait même à le faire changer de lycée pour repartir sur de meilleures bases et « effacer l’ardoise » en quelque sorte.

Le jour baissait peu à peu, et bientôt, il fut assez sombre. Genji ne bougea pas de sa place pour autant, il ne faisait pas si froid que ça, c’était l’été. Ramenant ses jambes contre lui, il les serra dans ses bras et posa le front contre ses genoux. Il entendit vaguement quelqu’un appeler tout le monde à table et ne bougea pas pour autant, se contentant de rester là, sans rien dire ou faire, à essayer de comprendre. Il n’ avait qu’un bref souffle de vent, tournant autour de lui, sans cesse…

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Josuke Nakajima
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MessageSujet: Re: Le vent filant partout [Juin 1931]   Lun 8 Mai - 21:48

Josuke regardait son fils de haut en bas, à moitié exaspéré, tenant son pull dans les mains. Que lui était-il arrivé, cette fois ? Et pourquoi Genji avait-il essayé de le cacher ? S’il avait des ennuis, il devait le dire ! Son bras était sérieusement amoché, même si rien ne semblait cassé – sinon son fils aurait hurlé depuis bien longtemps. Que s’était-il précisément passé pour qu’il soit blessé ainsi ? Le vieil homme était convaincu qu’il s’était fait frapper et qu’il n’avait pas de coups uniquement sur le bras. Les bleus partaient vite, heureusement, mais il devait s’être foulé le poignet à coups sûrs et devait se soigner. Sinon, pourquoi aurait-il mal à ce point ? Ses grimaces le prouvaient, inutile d’essayer de le cacher, ça aussi. Avait-il mal ailleurs ? Comment était-il tombé ? Qui l’avait frappé ? Autant de questions qui resteraient sans réponse car Genji, comme à son habitude, ne dirait rien et se fermerait aussi vite qu’une huître. Preuve avec le regard qu’il venait de détourner… Seulement, s’il était menacé ou maltraité, il devait en parler car il était incapable de s’en sortir tout seul, cette fois-ci.

Josuke – Que t’est-il arrivé ? Si tu te concentrais plus, tu pourrais te défendre ! Explique-moi, Genji, tu as des ennuis ? Qui t’a frappé ?

Genji – Personne ne m’a frappé, grinça-t-il en haussant les épaules. Je suis juste tombé. Lâche-moi.

Josuke – Que s'est-il passé alors ? Dis-le-moi, tu as vu ton état ?!

Et Genji resta silencieux… Il maintenait que ce n’était rien, qu’il était mal retombé en glissant malgré ce que son père avait sous les yeux. Pourquoi refuser de dire la vérité ? Est-ce que quelqu’un le menaçait ? Lui disait que s’il parlait, il risquait bien plus gros qu’un hématome et un bras gonflé comme celui qu’il avait actuellement ? Pris d’inquiétude, Josuke le laissa se dégager puis s’écarter de lui en le détaillant sous tous les angles. A la recherche de… d’il ne savait quoi. Une autre blessure, un autre élément que son fils essayait de dissimuler. Mais non, en dehors de son bras, il ne put rien remarquer d’étrange, Genji semblait remuer normalement et ne faisait attention qu’à son bras. Que s’était-il passé… ? Il soupira soudain, ajoutant qu’il pouvait se changer tout seul et qu’il ne voulait pas que quelqu’un voie son bras pour éviter les histoires. Sauf que cela ne suffisait pas, pourquoi craindre les histoires s’il n’y avait pas d’histoires, justement ? Ne comprenait-il pas d’où venait le problème ?!

Josuke – Si tu es simplement tombé, pourquoi, justement, faire tant d'histoires ? D'habitude, tu ne caches pas ce genre de choses.

Genji – Fous-moi la paix.

… Pardon ?! Josuke eut un geste brusque, ayant la ferme intention de gifler Genji pour ce manque de respect mais il se ravisa à la dernière seconde en lui rétorquant sèchement de ne plus jamais lui parler comme cela. Que lui prenait-il, bon sang ?! Cela ne lui ressemblait pas, de toutes leurs disputes, celle-ci était bien la pire avec ce manque de respect. Cependant, malgré tout, lui-même refusait de le frapper et de devenir comme son propre père à ce sujet. Genji avait un problème, il refusait d’en parler mais quelque chose n’allait pas et il était urgent de découvrir ce dont il s’agissait. Baissant doucement le bras, il toisa son fils du regard pendant que celui-ci restait calme, comme… détaché, indifférent de l’altercation et du geste qu’avait eu son père. Fulminant, Josuke ferma brièvement les yeux, se pinçant l’arête du nez pour reprendre ses esprits.

Un court laps de temps plus tard, il se remit en position là où ils s’étaient interrompus, mettant un pied devant l’autre en décalé comme ses bras, exigeant que Genji en fasse autant pour continuer l’entraînement. Assez parlé, puisqu’il ne voulait pas… Il maintenait que ce n’était rien, n’est-ce pas ? Très bien. A défaut de pouvoir comprendre ce qu’il se passait et ce qui était arrivé, autant lui apprendre à mieux se défendre. C’était la seule méthode dont disposait le vieil homme pour aider son fils, refusant de le frapper ou de lui soutirer les informations par l’espionnage. S’il n’avait pas assez confiance pour lui parler, après tout… C’était blessant, oui, mais surtout de plus en plus inquiétant. Pour que Genji refuse de parler, Josuke ne voyait qu’une explication possible : c’était grave et cela mêlait plusieurs personnes au problème, peut-être plusieurs personnes de sa famille. Déconcentré, il baissa sa garde un moment, enchaînant les coups machinalement sans trop de difficulté depuis tout à l’heure à force d’entraînement.

Il donnait des coups de pied, de bras, parant et esquivant en utilisant les techniques habituelles pour lui faire réviser les bases, veillant à éviter le bras de Genji pour ne pas lui faire mal même si ce dernier affirmait que tout allait bien. Il lui disait de corriger telle ou telle posture, de faire attention à ses gestes, de ne jamais baisser sa garde, de saisir ses propres erreurs. Mais, à chaque fois, Genji faisait la même chose, ne semblant même pas l’écouter. Il ne se corrigeait pas, effectuait les gestes habituels et ne bronchait même pas lorsque Josuke le bloquait. Il n’avait, lui-même, aucun problème à parer ses coups et à attaquer. Au bout d’un moment, cependant, il eut tellement l’impression de s’entraîner seul avec un automate qui n’avait même pas saisi l’occasion lorsqu’il avait baissé sa garde qu’il stoppa net l’entraînement, agacé.

Josuke – Genji, qu'est-ce que je viens de dire ? Vas-tu te décider à me dire ce qui te préoccupe tant ?! Sinon, cet entraînement ne servira à rien, à part te faire souffrir et ce n'est pas ce que je veux.

Genji – Rien, c’est bon.

Il poussa un soupir, de plus en plus exaspéré, avant de le renvoyer dans sa chambre en annonçant que l’entraînement était terminé. A quoi bon continuer, exactement ? Il n’était pas dedans et finirait par se blesser réellement et plus qu’il ne l’était déjà à force de s’acharner sans être présent de corps et d’esprit. Genji ne broncha pas, rejoignant seulement l’extrémité de la salle où il avait laissé ses affaires pour les récupérer d’un geste vif, marmonnant qu’il ne comprenait jamais rien en se dirigeant vers la sortie. Mais Josuke ne demandait que cela, comprendre ! Seulement, il n’expliquait pas, refusait de dire la moindre chose, de donner la moindre information ! Comment était-il sensé comprendre, à ce moment, au juste ?! Le vieil homme ouvrit les bras d’un air désespéré, fixant Genji en se sentant totalement impuissant, ce qui l’énervait encore plus. Depuis quelques temps, c’était tout le temps comme ça : il n’allait pas bien, ne disait rien et s’exilait. Mais qu’il parle, bon sang !

Josuke – Mais je ne demande que ça, comprendre ! Sauf que tu refuses de parler et d’expliquer ce qui ne va pas. Comment veux-tu que je t’aide ou t’écoute ?!

Genji – Parce que je ne comprend pas non plus ! s’écria-t-il en sortant vite fait et en claquant la porte derrière lui.

Josuke – Genji !

Josuke n’eut même pas le temps de le rattraper que son fils était déjà sorti. Il passa la tête par la porte de la salle où ils s’entraînaient pour le voir tourner dans le couloir après avoir jeté son sac dans sa chambre. Une minute après à peine, il entendit la porte du jardin se refermer, Genji étant encore sorti pour prendre l’air comme à chaque fois qu’ils se disputaient fortement. Désemparé, le père de famille s’adossa au mur de la pièce avant de se frotter le visage d’une main, soudain pris de fatigue. Ce n’était pas de la fatigue physique, non, mais de la fatigue mentale à cause de ces disputes à répétition. Que devait-il faire… ? Fermant à nouveau les yeux, il essaya de se concentrer sur son environnement, entendant les enfants jouer dans le salon, leurs rires insouciants dissipant un peu la colère qu’il ressentait vis-à-vis de Genji. Ce n’était pas sa faute, il le savait, quelque chose n’allait pas et son fils ne faisait que se défendre en se refermant ainsi sur lui-même. Mais pourquoi refuser les mains qu’on lui tendait ?! Sursautant d’un coup, il sentit justement deux mains prendre les siennes pour les baisser, l’incitant à ouvrir les yeux. Emiko. Elle le regardait d’un regard grave et inquiet, une ride soucieuse lui barrant le front comme à chaque fois qu’elle récupérait son époux et son fils après une dispute. Désolé…

Emiko – Tu veux peut-être que j’essaie de lui parler ?, demanda-t-elle d’un ton doux. Quel est le sujet de la dispute ?

Oh… Essayant de lui sourire, Josuke ne parvint qu’à faire une légère grimace en refusant d’un signe de tête mais en serrant les mains de sa femme dans les siennes. Il la serra doucement dans ses bras, soupirant, répondant que ce n’était pas la peine et que c’était à lui de le faire. Il avait déclenché la dispute, à lui de réparer les choses et d’assumer la situation. Si son fils avait encore pris la fuite de cette manière, c’était de sa faute. Pas de celle de sa femme. Certes, elle saurait calmer Genji et le ramener à la maison mais elle n’avait pas à subir les représailles de leur propre dispute. Il irait le trouver, tout se passerait bien. En attendant, mieux valait… attendre. Laisser passer un peu de temps. Il voulait seulement s’assurer que Genji ne coure aucun danger, qu’il était dans le coin et qu’il n’avait pas couru dans les champs alors que la nuit allait tomber, le jour s’assombrir à tel point qu’il risquait énormément. Ce qu’il dit tout haut à Emiko en se détachant complètement d’elle, sur le point d’aller vérifier les environs mais elle lui attrapa la main, le faisant se retourner.

Emiko – Il est dans le jardin, ne t’inquiète pas. J’ai vérifié avant de venir te voir, je ne voulais pas qu’il s’éloigne trop, surtout dans un tel état.

Josuke – Merci… Heureusement que tu es là, lui dit-il avec un sourire. Je pense que le mieux est de le laisser respirer jusqu’au repas. Je vais me changer et travailler puis j’irai lui porter son assiette, je suis sûr qu’il ne rentrera pas à l’heure du repas…

Ce qui l’exaspérait autant que le reste, mais soit. Mieux valait ne pas penser à cela, Josuke souhaitait se calmer et non pas s’énerver avant d’aller parler avec Genji. Même si la discussion serait probablement un monologue et non pas un vrai dialogue, qu’il ferait encore la tête dure et resterait campé sur l’envie de ne rien dire du tout. Josuke relâcha la main d’Emiko, rentrant à nouveau dans la salle avec l’intention de se changer pour aller travailler. Il ne comprenait pas… C’était bien ce que Genji avait dit, non ? Qu’il ne comprenait pas lui-même. Que ne comprenait-il pas ? Pourquoi ? De quel sujet parlait-il ? Pouvait-il l’aider, lui, en tant que père, à ce sujet ? L’hypothèse de la menace pesant sur un membre de la famille était toujours plausible mais légèrement écartée de par ces paroles. Ce n’était peut-être pas cela…

Secouant la tête, Josuke ne se change pas et s’installa au sol, croisant les jambes et fermant les yeux. Il s’efforça de faire le vide dans sa tête, de se concentrer sur sa respiration et tout ce qu’il pouvait ressentir pour évacuer la colère, la frustration et tout autre sentiment négatif. Ne pas se laisser submerger, c’était la pire des choses à faire. Se calmer. Inspirer, expirer. Encore. Et encore. Il imagina son temple, un havre de paix dénué de tout élément provoquant le stress, pensant au chant des oiseaux, à la douceur du vent qui se lève, au bruit de l’eau. L’eau qui coulait d’un ruisseau, calme et imprévisible. L’eau avait toujours eu cet effet bénéfique sur lui, il pouvait se calmer en observant simplement une cascade ou un étang, en entendant le clapotis des faibles vagues contre les rochers du jardin ou encore la pluie qui tombait et frappait les fenêtres sans ménagement. C’était… apaisant. Petit à petit, sa respiration devint plus calme, de même que sa colère s’atténua jusqu’à disparaître complètement. Il rouvrit les yeux, à la fois engourdi d’être resté dans cette position aussi longtemps et revigoré d’avoir pris le temps de se poser pour se retrouver.

Josuke se releva doucement pour aller se changer, ne pouvant rester dans cette tenue lorsqu’ils passeraient à table. Il devait parler à Genji, aussi… Maintenant qu’il était plus calme, aucun risque que la colère ne revienne, il pouvait se maîtriser et essayer de comprendre son fils, apparemment complètement désorienté. Conscient de l’heure qu’il devait être, il choisit ensuite d’aller dans la cuisine pour aider Emiko à préparer le repas du soir comme les enfants étaient tous occupés. Il parla peu, cependant, mélangeant et suivant les indications que sa femme lui donnait pour l’aider vraiment mais son esprit étant ailleurs. Ce n’est que lorsque tout fut prêt qu’il prit un bol, une assiette, des baguettes et un verre pour tout disposer sur un plateau à deux reprises, remplissant le tout de soupe, riz, légume et poisson. Genji n’était pas rentré, naturellement… Puisque c’était comme cela, son repas viendrait à lui. Qu’il soit moins bien ne justifiait pas qu’il manque le dîner, il devait reprendre des forces, surtout après la journée qu’il venait de passer. Il ne voulait pas parler, soit. Mais il était hors de question qu’il se laisse aller pour autant.

Josuke – Je vais manger avec Genji et essayer de lui parler, dit-il à Emiko. Si nous l’obligeons à rentrer, il va se braquer, donc j’essaie une autre approche… En espérant que cela fonctionne.

Josuke lui fit un petit sourire crispé et triste, essayant de la rassurer même si elle ne montrait pas son inquiétude pour les enfants qui arrivaient tout doucement afin de les aider à mettre la table. Lui-même prit les deux plateaux avec lui, les portant souplement en faisant attention à ne rien renverser avant de sortir par la porte qu’Emiko lui avait tenu ouverte. Merci. La gratifiant d’un regard, il sortit et avança dans le jardin, essayant de discerner des bruits différents tandis que sa femme appelait à manger le reste de la famille. Personne ne bougea dans le jardin… Marchant prudemment sur les dalles aux bords arrondis, grises et couleur sable, il arriva bientôt naturellement auprès de l’étang du jardin où il repéra enfin Genji. Le jour commençant à tomber, l’endroit était assez sombre, ce qui expliquait qu’il ne l’avait pas vu plus tôt… Il était assis contre un des petits rochers bordant l’étang, ses bras entourant ses genoux sur lesquels sa tête était posée. Ce n’est qu’à ce moment qu’il remarqua l’herbe et les feuilles tournoyer légèrement autour de lui, Genji laissant son don s’exprimer. Oh… Poussant un soupir, Josuke se rapprocha doucement de lui, l’appelant lorsqu’il fut à ses côtés pour lui tendre le plateau rempli.

Josuke – Ta mère l’a préparé, je ne suis pas sûr qu’elle le prendrait bien si tu ne mangeais pas. Un adolescent comme toi a besoin de force pour grandir et avancer.

Sans lui laisser le temps de riposter, il s’installa à côté de lui, s’asseyant par terre après avoir déposé son propre plateau pour ne pas prendre le risque de tout renverser. Il lança un regard à Genji puis à ce qui les entourait, prenant une profonde inspiration tout en écoutant les bruits de la nature. Apaisant… Oui. Depuis l’extérieur, ils percevaient à peine les sons émanant de la maison, comme s’ils étaient coupés du monde alors que seulement quelques mètres les séparaient des autres. Ce n’était pas grand-chose, en soi, mais c’était suffisant pour prendre l’air et se reposer, s’éloigner de ce qui cause chagrin et colère de temps à autre. Au fond de lui, Josuke pouvait comprendre Genji et sa tendance à s’écarter lors de leurs disputes… Mais ces disputes les faisaient souffrir tous les deux. Et il ignorait comment y remédier, comment aider son fils, comment changer les choses… Portant un peu de riz à sa bouche après avoir saisi les deux baguettes, il prit le temps de manger une ou deux bouchées tout en écoutant le silence pour ne pas braquer Genji inutilement. Seuls les poissons faisaient remuer l’eau de l’étang, de temps en temps, comme pour montrer que la journée continuait à passer.

Josuke – Je comprends pourquoi tu t’isoles dans cet endroit… C’est reposant, dit-il après un long silence en regardant deux boissons nager sous la surface de l’eau. Personne ne peut venir te déranger ici et nous avons tous besoin d’un refuge pour nous ressourcer lorsque la situation nous échappe.

Josuke tourna la tête vers Genji, posant les yeux sur lui pour s’assurer qu’il comprenne bien le sous-entendu de ses paroles, ajoutant qu’il devait manger même si l’appétit lui manquait. Ils se disputaient, oui, mais ce n’était pas pour cela qu’il ne le comprenait pas et qu’il n’avait pas les mêmes réflexes que lui. Il voulait comprendre… Protéger sa famille, aider chacun du mieux qu’il le pouvait sans en délaisser aucun. Ce qui n’était pas gagné, jusqu’à présent, force était de le constater… Ces querelles le faisaient souffrir autant que son fils, seulement lui ne le comprenait pas et ne cessait de voir son propre père comme un bourreau qui ne voulait qu’une chose : qu’il rentre dans le moule et ne se fasse pas remarquer. Sauf que ce n’était pas le cas ! Ce qui l’inquiétait plus que tout, pour l’instant, était son quotidien à l’école et ce qu’il y subissait. Les notes en chute libre, les coups, son bras aujourd’hui… Si ce n’était pas cela, qu’était-ce ? Il poussa un soupir, tenant toujours les baguettes dans sa main tout en regardant Genji.

Josuke – Je sais que tu ne veux pas parler… Mais j’aimerais seulement comprendre. Je ne suis pas un bourreau, ta mère et moi ne voulons pas à tout prix que tu rentres dans une case. Seulement, tu agis de manière de plus en plus étrange, ces derniers temps, et nous ignorons comment t’aider parce que tu ne nous dis rien. Je suis désolé de m’être emporté comme cela tout à l’heure, ce n’était là qu’une réaction de père inquiet.

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Genji Nakajima
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MessageSujet: Re: Le vent filant partout [Juin 1931]   Mar 9 Mai - 20:13

C’était sans doute la crise d’adolescence qui était seule en cause, il ne savait pas trop, bien qu’il n’y ait aucune autre explication possible. En réalité, Genji ne savait plus du tout où il en était, deux sentiments opposés se battaient avec férocité en lui sans qu’il puisse déterminer de quel bord son cœur penchait sincèrement. D’un côté, il voulait rester ici, chez lui, faire ce qu’on lui disait, grandir tranquillement et progresser à son rythme. De l’autre côté, il avait envie de… de… Fuir, se retrouver n’importe où sauf dans cette maison, partir, peu importe l’endroit, courir loin sans avoir la moindre barrière devant lui. Il se sentait à la fois protégé et étouffé et s’en rendait malade, une sensation qui durait depuis déjà des mois et n’allait pas en diminuant. C’était ça, grandir ? Ne plus savoir où en était, douter de ce qu’on voulait, ne plus être sûr de quel côté on penchait et pourquoi ? Une voix familière le tira de ses pensées et il redressa la tête, attrapant par pur réflexe le plateau que son père lui tendit en approchant. Rester seul était visiblement trop demandé… Genji n’avait envie de parler à personne, pour ne pas en rajouter dans la confusion. Même si la soirée avançait, l’envie le prenait de se filer d’ici et courir dans les collines aux alentours, pendant des heures, seul mais libre d’aller où il le voulait. Sans plus voir ces hauts murs de pierre encerclant tout le domaine.

Père – Ta mère l’a préparé, je ne suis pas sûr qu’elle le prendrait bien si tu ne mangeais pas. Un adolescent comme toi a besoin de force pour grandir et avancer.

Avancer, ça oui, il ne demandait que ça… Mais ne pas avancer en… Il n’en savait rien, en fait. Tout était devenu très compliqué, même à son lycée qui n’était pourtant pas d’un très haut niveau, comme d’autres établissements réputés pour accueillir les meilleurs élèves. Lui était simplement au lycée du village, ils étaient assez loin encore de la grande ville et personne ne s’y rendait, à moins d’avoir une très bonne raison. Ladite raison étant d’ailleurs souvent des soins à faire à l’hôpital. En dehors de cela, à quoi bon s’y rendre, ils trouvaient tout sur place. Une place qui était différente et immuable en même temps. C’était… Plus rien ne lui semblait identique à il y a un an à peine. Son école où il avait commencé à se sentir enfermé, les collines entourant la maison qui lui semblaient oppressantes, même sa propre maison qui lui apparaissait comme étouffante, autant qu’elle était un parfait refuge. C’était idiot… Il devait se monter la tête pour rien. Après tout, il ne s’était rien passé pour qu’il en arrive à penser ainsi. Ça s’était juste installé peu à peu et aujourd’hui il n’arrivait plus à se défaire de toutes ces impressions. En observant son plateau, un repas pourtant tout ce qu’il y a plus de classique, il ne put même pas s’empêcher d’y voir une trace de plus que quelque chose ne collait pas, là-dedans. Tout était trop carré, trop immuable, trop fixe, trop intemporel. Pas de vie, somme toute, rien ne bougeait, rien ne frissonnait.

Père – Je comprends pourquoi tu t’isoles dans cet endroit… C’est reposant, dit-il après un long silence en regardant deux poissons nager sous la surface de l’eau. Personne ne peut venir te déranger ici et nous avons tous besoin d’un refuge pour nous ressourcer lorsque la situation nous échappe.

Ce n’était pas un vrai refuge… Entendre l’eau clapoter ou ruisseler avait toujours laissé Genji parfaitement indifférent, voire ennuyé lors des grands jours de pluie. Il préférait de loin regarder un feu ronfler dans l’âtre ou le vent bouleverser le ciel et les forêts et faire valser les feuilles en tourbillons. C’était ça, la vie ! C’était le mouvement, l’activité, le changement, c’était… Toujours différent et imprévisible. Soupirant, il hocha vaguement la tête lorsque son père lui dit de manger, avec le vague sentiment de porter en lui une tare incontrôlable et invisible, dont les effets et conséquences venaient polluer son entourage autant que lui-même. Peut-être n’était-il pas normal, peut-être avait-il vraiment une différence qui faisait qu’il ne sera jamais à sa place dans sa propre maison. Le riz lui laissa un goût particulièrement amer lorsqu’il l’avala, restant fixé sur cette pensée tout en laissant le regard dériver sur l’étang, où venaient se perdre les derniers rayons du soleil couchant. Il sentait bien que son père le regardait et ne tournait pas la tête pour autant. Ils ne ressemblaient pas du tout, au niveau du caractère… Son père avait des accès de colère et d’impatience, comme le commun des mortels, mais il était malgré le plus posé de toute la famille et très calme, la majorité du temps. Petit, Genji le voyait comme un roc solide, planté là à résister à vents et marées. Immuable, lui aussi.

Père – Je sais que tu ne veux pas parler… Mais j’aimerais seulement comprendre. Je ne suis pas un bourreau, ta mère et moi ne voulons pas à tout prix que tu rentres dans une case. Seulement, tu agis de manière de plus en plus étrange, ces derniers temps, et nous ignorons comment t’aider parce que tu ne nous dis rien. Je suis désolé de m’être emporté comme cela tout à l’heure, ce n’était là qu’une réaction de père inquiet.

S’il savait, pourquoi venait-il quand même ? Parce que non, Genji n’avait rien de plus à dire… Tout ce qu’il pouvait ressentir depuis des mois, il était incapable de l’exprimer avec des mots, d’autant plus que c’était contradictoire. Il avait envie de changement mais ce même changement le terrifiait. Et c’était bien pour ça qu’il se sentait aussi coincé, piégé, même, enfermé dans une bulle qu’il savait percer mais en craignant de passer à l’acte. Serrant ses baguettes entre ses doigts, il fit des boulettes avec le riz dans le bol sans répondre tout de suite, les yeux résolument fixés sur les grains blanc. Il finit enfin par répondre que vraiment personne ne le frappait, au lycée, redevenant silencieux la minute d’après. Ça, c’était bien vrai, personne ne risquait de le frapper vu que tout le monde l’évitait, depuis que son don lui échappait sans aucune raison valable. Et puis, son père connaissait bien l’établissement, il y avait été scolarisé lui-même, c’était maintenant au tour des rejetons de tous ses camarades de classe de l’époque. Les mêmes familles vivaient dans ces collines et le village depuis bien des générations, avec régulièrement l’arrivée d’autres familles, fuyant les affres de la grande ville. Ses parents connaissaient tout le monde, dans le coin, les rencontres étaient régulières et les fêtes au village gardaient les liens intacts, sans oublier les divers mariages et autres qui permettaient à chacun de se retrouver.

Genji – Tu n’as jamais eu envie d’aller voir ailleurs ? D’avoir une autre vie que celle que ton père avait prévue pour toi ?

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Josuke Nakajima
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MessageSujet: Re: Le vent filant partout [Juin 1931]   Mer 7 Juin - 16:02

Josuke observa Genji jouer avec son riz un court moment, restant silencieux, souhaitant lui laisser le temps de s’exprimer et de dire ce qu’il pensait. S’il le voulait. Le père de famille avait compris que leurs disputes n’arrangeaient rien, que leur fils avait besoin de soutien et non pas de réprimandes une fois rentré à la maison. Surtout s’il se faisait frapper ou s’il subissait des coups aussi importants pour une raison qu’il ignorait… Que faire dans une telle situation ? L’aider était son désir le plus cher, il s’agissait de son fils et le voir souffrir ainsi était une torture. Il savait que c’était aussi le cas pour Emiko même si elle ignorait comment l’aider, elle aussi. Genji rompit soudain le silence, insistant sur le fait que personne ne le frappait au lycée, ce qui rassura à moitié Josuke. Intérieurement, il s’en doutait, connaissant cette école et le village depuis toujours, toute la famille y ayant fait ses études. Et puis, il croisait souvent les autres familles, alors elles auraient parlé.

Mais ici, que se passait-il ? Pourquoi Genji était blessé ? Comment s’était-il arrangé pour que son bras, ou poignet, soit gonflé ainsi ? Qu’avait-il fait… ? Il ne pouvait pas être simplement tombé, Josuke connaissait son fils et il n’était pas aussi maladroit que cela. En plus, pourquoi ne pas avouer tout simplement ce qui s’était passé si c’était réellement de la maladresse ? Quelque chose clochait, Genji ne disait pas tout pour une raison qui lui échappait. Josuke tourna une nouvelle fois la tête vers lui après avoir mangé un peu de son côté, cherchant ce qu’il pouvait dire. S’il devait parler. Il voyait bien que son fils réfléchissait, qu’il était perdu dans ses pensées, peut-être essayait-il de remettre de l’ordre dans tout ce qui lui traversait l’esprit… Dans tous les cas, le père de famille voulait l’écouter, cette fois, et le laisser parler. Il ne comprenait pas ses agissements, ne comprenait pas ce qui lui prenait ni d’où lui venait cette soudaine crise contre l’autorité, pourquoi il s’enfuyait aussi régulièrement depuis deux ans. Et il voulait comprendre…

Genji – Tu n’as jamais eu envie d’aller voir ailleurs ? D’avoir une autre vie que celle que ton père avait prévue pour toi ?

Lui… ? Josuke afficha un air perdu, pris au dépourvu par cette question. A la fois, parce qu’il n’y avait jamais pensé, suivant la ligne de conduite dictée par son propre père pour lui succéder dignement et éviter de l’énerver davantage, protégeant ainsi ses frères. Et, à la fois, parce que cela signifiait que Genji ressentait cette envie « d’aller voir ailleurs », d’avoir une autre vie que celle qu’il lui destinait. Ce comportement lui rappelait horriblement celui de Kimmitsu, disparu pendant dix longues années avant de refaire surface, par hasard, à cause de sa vie qui l’avait trop accaparé. Comment cela était-il possible ? Genji n’avait pas connu son oncle. Ou alors était-ce à cause de son don… Mais Josuke ne le maltraitait pas comme leur propre père. Alors, pourquoi ? Il ouvrit légèrement la bouche, ignorant ce qu’il devait répondre, prêt à lui demander si c’était ce que lui ressentait mais s’abstint de tout commentaire.

L’écouter. Seule cette pensée devait guider ses paroles, et rien d’autre. Il prit un moment pour réfléchir, restant silencieux. Si Genji lui posait cette question, dans un moment tel que celui-ci, il était hors de question que Josuke y réponde rapidement. Il n’avait jamais eu envie d’aller voir ailleurs, non. Il avait toujours voulu protéger ses frères, s’était laissé guider par son père et avait suivi ce qu’il lui inculquait. Bien sûr, il y avait déjà des disputes à l’époque et l’enfant qu’il était avait souvent eu envie de s’échapper mais c’était terminé depuis bien longtemps. Il n’avait jamais envisagé une autre vie, une autre ville, voire un autre pays. Il était… habitué. Pour lui aussi, la vie avait pris un rythme soutenu et il s’était laissé gagner par le train-train quotidien sans se soucier du reste. Le plus important, pour lui, était que sa famille soit heureuse, que personne ne manque de rien.

Josuke – Je dois t’avouer que je n’y ai jamais pensé…, dit-il enfin, un ton plus bas. Tout s’est enchaîné très vite, je n’ai fait que… suivre ce que mon père me disait. J’étais l’aîné, il était logique que je lui succède. Surtout après le départ de ton oncle, les « cours » sont devenus plus intensifs, plus importants, et je le sentais dans la manière de parler de ton grand-père.

C’était difficile à expliquer. Mais il ne voulait pas que son père s’en prenne aux autres à cause de la colère due au refus de se marier de Kimmitsu, il ne voulait pas non plus blesser sa mère déjà meurtrie à l’époque et très touchée par tout ce qui arrivait. Aujourd’hui, en revanche… Josuke ignorait ce qu’il aurait fait, s’il avait le même vécu. Après le retour de Kimmitsu, il y a quelques années, il avait pu voir la situation sous un autre angle, il avait compris que leur père continuait à vivre même après sa mort avec certaines personnes. Donc, non, jamais l’idée de partir ne lui était venue à l’esprit. Mais si Genji y pensait, s’il en avait envie… Josuke observa un poisson dans l’étang en face d’eux tandis que le jour baissait sérieusement dans le petit jardin. Les bruits des assiettes et des discussions leur parvenaient jusqu’aux oreilles, en fond, comme s’ils étaient dans leur bulle. Cela leur permettait certaines paroles, certaines confidences. Comme cette envie de voir autre chose. Il ne pouvait le comprendre réellement, même s’il n’y était pas insensible grâce à Kimmitsu, surtout, mais il voulait essayer et rassurer Genji.

Josuke – Je ne peux pas dire que je ressens la même envie que toi… Mais ton oncle, Kimmitsu, est parti dès qu’il l’a pu et il a très longtemps préparé son départ pour plusieurs raisons. Il avait envie de voir d’autres choses et de s’éloigner du Japon, de vivre sa vie. Lorsqu’il est revenu pour la première fois après dix ans, j’ai réalisé que sa vie… n’avait rien à voir avec la nôtre. Il changeait régulièrement de ville, je pense qu’il ressentait toujours ce besoin d’aller « voir ailleurs », comme tu dis. Mais, malgré tout, il reste mon petit frère et je ne le chasserai jamais de la maison. Donc si tu décides… de faire la même chose que lui, un jour, j’éprouverai plus de difficultés parce que tu es mon fils, mais je ne t’en empêcherai pas.

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Genji Nakajima
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MessageSujet: Re: Le vent filant partout [Juin 1931]   Jeu 8 Juin - 14:25

Un air perdu puis le silence. Genji détourna le regard pour le reporter sur le contenu du petit plateau, toujours occupé à faire rouler une petite boulette de riz dans le bol, par-dessus le reste. C’était une question idiote, au fond, son père n’avait jamais été un grand fan des voyages, ni personne dans la famille, d’ailleurs. Les endroits les plus lointains où ils ‘étaient rendus, c’était lors de vacances, au bord de la mer ou dans d’autres régions, toujours dans le pays, et ça ne durait au maximum que quatre ou cinq jours. Sa famille se trouvait bien là où elle était, dans une maison habitée par des générations et des générations avant eux, construites par leurs ancêtres et agrandies selon les besoins depuis. Solidité, immuabilité… Comme de nombreuses autres demeures dans les collines et au village, tout était très stable et ancré dans le temps. Peut-être que Genji avait un cerveau malformé, s’il était le seul à penser que le changement avait autant de bon, même plus de bon, que les différentes traditions et coutumes. Leur vie entière était centrée autour des traditions, réglant leur mode de vie et la façon dont il fallait s’y prendre. Cela avait du bon, oui, c’est vrai, et du moins bon… En tout cas à ses yeux. Il se sentait tellement en décalage, parfois.

Père – Je dois t’avouer que je n’y ai jamais pensé…, dit-il enfin, un ton plus bas. Tout s’est enchaîné très vite, je n’ai fait que… suivre ce que mon père me disait. J’étais l’aîné, il était logique que je lui succède. Surtout après le départ de ton oncle, les « cours » sont devenus plus intensifs, plus importants, et je le sentais dans la manière de parler de ton grand-père.

Un schéma qu’il reproduisait à la perfection, alors. Genji serra les lèvres et les dents pour ne laisser échapper aucune remarque agressive, ni sa façon de pensées, se contentant de serrer un peu plus fort ses baguettes entre ses doigts. Son père lui faisait aussi parfaitement bien ressentir qu’il était très important, pour Genji, d’apprendre ci et ça, de savoir se défendre contre toute agression, de protéger les autres, de respecter les coutumes, de ne jamais manquer de respect à ses aînés et de veiller sur les plus jeunes, d’être en somme le modèle même du fils parfait sous tous points de vue car il devra à son tour lui succéder, une fois que lui-même sera trop âgé pour assumer tous les devoirs de la tâche. C’est « logique ». Enfant aîné de l’aîné de la fratrie, le rôle se passait ainsi, des parents aux enfants, la chaîne se poursuivait, roc solide autour de la famille, à la fois garde-fou et barrière. La Tradition. Genji éprouva une très forte envie de vomir, tout à coup, délaissant ce qu’il tenait pour tout reposer sur le plateau, par terre à côté de lui, prenant à la place son verre d’eau qu’il vida d’un trait. Envie de vomir. De hurler. De pleurer à cause de ce qui ne tournait pas rond chez lui et qui lui insufflait ces envies sorties de nulle part.

Père – Je ne peux pas dire que je ressens la même envie que toi… Mais ton oncle, Kimmitsu, est parti dès qu’il l’a pu et il a très longtemps préparé son départ pour plusieurs raisons. Il avait envie de voir d’autres choses et de s’éloigner du Japon, de vivre sa vie. Lorsqu’il est revenu pour la première fois après dix ans, j’ai réalisé que sa vie… n’avait rien à voir avec la nôtre. Il changeait régulièrement de ville, je pense qu’il ressentait toujours ce besoin d’aller « voir ailleurs », comme tu dis. Mais, malgré tout, il reste mon petit frère et je ne le chasserai jamais de la maison. Donc si tu décides… de faire la même chose que lui, un jour, j’éprouverai plus de difficultés parce que tu es mon fils, mais je ne t’en empêcherai pas.

Genji – Je n’ai pas envie de partir à jamais, marmonna-t-il.

Il ne voulait pas oublier sa famille, bien évidemment, c’était hors de question, imaginer partir un jour tout en sachant qu’il ne la reverra jamais serait beaucoup trop dur. Un prix beaucoup trop élevé à payer, à ses yeux. Si le choix était pouvoir partir en abandonnant tout le reste ou étouffer l’envie de départ pour ne perdre personne, il choisissait la seconde option. Et pourtant… Le besoin de filer était brûlant, ardent, si fort qu’il en tremblait presque lorsqu’il se laissait à rêver d’un ailleurs. Juste… Même quelques jours, ou peut-être un mois entier, ne plus voir ces mêmes paysages, tendre la main pour effleurer le renouveau, découvrir d’autres coutumes et façons de vivre, expérimenter, et s’en enrichir intellectuellement. Mais pas à la manière de son oncle, oncle qu’il connaissait d’ailleurs à peine… Il l’avait vu une fois ou deux, il y a longtemps, puis parfois entendu au téléphone ou lu des courriers. Lui était parti pour de bon, mais vraiment, Genji se doutait bien que même si son père affirmait qu’il restait le bienvenu, Kimmitsu ne reviendra jamais vivre ici, quoi qu’il arrive. C’était fini, il vivait et travaillait en France, le Japon était une histoire appartenant au passé. Là-bas, il devait sans doute vivre avec des gens qui n’avaient pas peur de lui…

Si la vie ici revenait à accepter devoir affronter la peur des autres sans arrêt et à cacher son don en permanence… Il ne pourra pas… Ou si, il pourra, il pourra après avoir appris à ne plus montrer que cela le touchait et vivre comme si ce n’était rien du tout. Genji baissa assez brutalement les armes, ramenant ses jambes contre lui puis les entourant de ses bras, avant de poser le front sur ses genoux. Position initiale de protection, c’était instinctif, lorsqu’on se repliait sur soi-même pour se préserver du monde extérieur. Une caresse assez douce le fit frémir, puis un courant d’air passa. Genji se laissa aller, les yeux fermés, sentant la minute d’après le vent se lever avec douceur et venir tourner tout autour de lui comme un cocon protecteur, soulevant des pans de tissu et ébouriffant ses cheveux. Ce même vent qui l’avait frappé plus tôt dans la journée et qui, à la soirée, devenait incroyablement doux et apaisant. Le lycéen ne savait plus ce qu’il devait en penser, il était juste épuisé de lutter. Il aurait voulu s’endormir ici et ne plus se réveiller avant plusieurs mois, jusqu’à ce que son don se calme de lui-même et qu’il vive en paix avec.

Un cri venant de la maison le fit tout à coup brutalement sursauter et il se redressa, se tournant pour voir ce qui passait. Il entendait la voix de sa grand-mère, celle de tante Himako aussi, et le ton monta vite. Qu’et-ce… qui se passait ? Encore ? Oui, encore, car ça faisait trois bons mois que les tensions étaient ravivées, entre sa tante et le reste de sa famille. Principalement car on venait de découvrir qu’elle fréquentait quelqu’un en secret depuis plus d’un an, sans qu’elle en ait averti personne, et qu’en plus elle était tombée enceinte. Sans être mariée. Juste après cette découverte, il y avait eu une autre scène encore plus délicate. Au milieu d’un repas, leur grand-mère avait lancé qu’elle avait écrit une lettre au petit ami de leur tante pour le sommer de se présenter ici et s’expliquer. Leur tante avait été furieuse… Elle avait littéralement arraché la lettre des mains de sa mère et avait fait jaillir une brusque flamme de ses mains pour la brûler, choquant tout le monde sur place, car personne non plus ne savait qu’elle avait développé un second don. Au moment où il se rappelait ça, il vit sa tante sortir de la maison, claquer la porte, puis jeter un châle et un sac sur ses épaules avant de filer. Elle fit claquer l’immense porte d’entrée en bois derrière elle puis le silence revint tout à coup.

Genji – Papa… Tu crois que… Tante Himako va partir aussi ? Je veux dire… Ne plus nous revoir, jamais, elle aussi ?

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Josuke Nakajima
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MessageSujet: Re: Le vent filant partout [Juin 1931]   Lun 24 Juil - 22:47

Genji – Je n’ai pas envie de partir à jamais, marmonna-t-il.

Josuke tourna la tête vers lui, rassuré intérieurement même s’il souhaitait vraiment l’aider. Genji n’était pas heureux, n’était pas bien, cela se voyait et se sentait et lui-même ne parvenait pas à lui parler ni à comprendre pourquoi… Il resta silencieux, tout simplement, mangeant encore un peu sans grand appétit pour une fois. Il était seulement inquiet pour son fils, inquiet de ne pas savoir ce qu’il devait faire, inquiet de juger lui-même ce qui était bon ou non pour lui. Si Genji ressemblait autant à son oncle, peut-être pourrait-il… Mais Kimmitsu n’allait jamais répondre, serait incapable de leur expliquer ce que son neveu ressentait alors qu’il en avait été incapable le jour de son départ définitif. Pourtant, Josuke ne voyait pas d’autre solution, n’avait aucune idée et refusait de voir Genji malheureux plus longtemps. Il était épuisé par les disputes, avait l’impression qu’un éloignement s’immisçait entre eux deux sans qu’il ne puisse y changer quoi que ce soit. Les disputes se déclenchaient si vite ! Sans qu’il ne… le réalise, en fin de compte. Sans qu’il ne soit capable d’en identifier l’origine et la raison.

Genji ramena soudain ses genoux contre lui, les entourant de ses bras et posant sa tête dessus. Ensuite, Josuke sentit très nettement le vent se lever, faiblement mais entourant son fils comme pour former un halo ou une onde, lui ébouriffant les cheveux et faisant bouger ses vêtements. Il ne l’aurait jamais remarqué s’il n’avait pas été assis à ses côtés… C’était donc comme cela que se traduisait son don lorsqu’il était moins bien ? Pourquoi le laisser sortir maintenant ? Pour faire comprendre quelque chose à son père ? Comme avec Kimmitsu, Josuke se contenta de l’observer, à la fois subjugué et perdu, forcé d’admettre qu’il ne connaissait pas ce don malgré toutes ces années passées à côtoyer des proches le possédant. Il y était sensible, cependant, et commençait à cerner un peu mieux ce qui en provoquait une démonstration. Pour Genji comme pour son petit frère, les émotions semblaient le guider, le faire apparaître ou disparaître avec une force plus ou moins importante. Comme ce jour où il avait eu le poignet foulé à cause de la colère…

Josuke tourna soudainement la tête vers Genji, entrouvrant légèrement la bouche tandis que des liens se faisaient dans son esprit. Son bras… C’était à cause de son don ? Comme quand Kimmitsu l’avait envoyé balader tellement fort qu’il s’était blessé parce qu’il n’avait pas réussi à doser, parce que la colère l’avait submergé et qu’il était encore jeune ? Après tout, il n’avait que trois ans de plus que Genji. C’était tout à fait possible… Le regard du père de famille se posa alors sur le bras de son fils, cherchant les mots à dire sans le faire fuir ou couper court à la discussion. Était-ce à cause de son don qu’il s’était blessé ? Si oui, dans quelles circonstances ? Quel était l’événement qui l’avait énervé à ce point, ou terrorisé au contraire ? Il leva un peu la main avec l’intention de la poser sur l’épaule de son fils pour l’inciter à se redresser, cherchant toujours ses mots, mais fut interrompu par un cri provenant de l’intérieur de la maison. Des tons de voix de plus en plus forts s’élevèrent ensuite, dont celui de sa mère et celui d’Himako.

Josuke rabaissa sa main au même moment, tournant la tête vers l’origine des bruits de dispute en retenant un soupir. Encore des disputes… Encore des cris pour le même sujet, d’après les bribes de conversation qu’il percevait. Le compagnon d’Himako n’était pas du tout apprécié par sa mère parce qu’elle n’avait pas fait les choses correctement, ayant complètement négligé la tradition si chère à leur famille. Or, si Josuke essayait de comprendre ce qui se passait, sa mère restait sur ses positions et ne comptait certainement pas changer d’avis. Pas après l’épisode qu’elle avait connu avec Kimmitsu. C’était horrible à dire, mais elle ne le lui pardonnerait jamais, lui-même s’en doutait même s’il espérait toujours le contraire, et le reste de la famille en faisait les frais. Dont Himako qui avait… développé un don, un deuxième don, alors que personne ne s’en doutait. Sûrement à cause de ce qu’elle vivait, de cette grossesse et de l’effet qu’avaient eu ses révélations à propos de son couple. Elle sortit soudain de la maison, claquant la porte derrière elle avec un simple châle sur les épaules et un sac apparemment fait très rapidement comme certains bouts de tissus en dépassaient, de ce qu’il put juger dans la pénombre grandissante, avant de refermer également la porte d’entrée en bois en sortant. Elle aussi, elle partait…

Genji – Papa… Tu crois que… Tante Himako va partir aussi ? Je veux dire… Ne plus nous revoir, jamais, elle aussi ?

Josuke – Je… Je ne sais pas, dit-il en soupirant, regardant toujours l’endroit d’où venait de disparaître Himako. Je devrais te dire que non, que ta tante va revenir mais je crains que ce ne soit pas le cas. Et, par expérience, je sais que… Vouloir la rattraper ne ferait qu’aggraver la situation. Je redoutais son départ mais ce qu’elle a révélé à propos de sa relation et de sa grossesse…

Josuke s’interrompit, grimaçant légèrement en se tournant vers Genji. Que pouvait-il dire ? Il refusait de mentir maintenant alors qu’ils avaient enfin une vraie discussion, sans se crier dessus, sans hurler, en s’écoutant. Il mettait un point d’honneur à parler de manière honnête et à rester calme, souhaitant vraiment comprendre ce que Genji ressentait, ce qu’il pensait et ce qui le frustrait. Il ne voulait pas le perdre, lui aussi… Peut-être n’était-il pas trop tard. La porte claquée par Himako résonnait douloureusement dans son esprit, comme si une alarme venait de se déclencher par ce départ, comme si le vase risquait de déborder à tout moment pour tous ceux qui ne suivaient pas la tradition. Et Josuke ignorait ce qu’il pouvait ou devait faire.

Il posa son plateau sur le sol, à côté de lui, même s’il n’avait pas terminé, pour parler à Genji sans être occupé par autre chose. L’appétit coupé, il essayait de ne gérer qu’une chose à la fois, de terminer cette discussion avec son fils avant de s’occuper d’Himako et de la crise qui allait arriver d’une minute à l’autre. Ou pas… Un silence pesant s’installait dans la maison, le jardin, plus aucun bruit n’émanant de la pièce où tout le monde mangeait. Le départ d’Himako, qui avait des allures de départ définitif, semblait avoir du mal à être digéré. Pas de faux semblant, cette fois… Après un moment, il brisa doucement le silence, tendant toujours l’oreille.

Josuke – Tu entends comme ils sont calmes ? Je pense que nous savons tous qu’elle ne reviendra pas… Il arrive un moment où une personne n’arrive plus à… emmagasiner sa colère et sa frustration, ou encore sa tristesse. Je ne peux m’exprimer à la place de ta tante mais je pense que le rejet de cet homme qu’elle aime l’a fortement blessée. C’est ce qui a provoqué ce que… nous venons de voir. C’est ici que j’aimerais que tu m’écoutes.

Josuke fit une nouvelle pause, souhaitant s’assurer que Genji l’écoutait vraiment et ne se murait pas dans un silence, que ce qu’il allait lui dire n’allait pas entrer par une oreille et sortir par l’autre. Autant leurs disputes étaient-elles parfois violentes, les mots échangés douloureux, autant ce qu’il lui disait ici était honnête et très important. Il ne se pensait pas être un mauvais père… Ou, en tout cas, pas un père qui refusait de voir qu’il y avait un problème dans la maison pour des raisons qui lui échappaient encore actuellement. Il réalisait qu’il y avait peut-être un problème avec les dons : entre Kimmitsu puis Himako… Mais comment devait-il gérer tout cela ? Son père avait « éliminé » le problème, l’éloignant de lui le plus possible quitte à perdre un fils et, maintenant, une petite-fille même s’il ne le savait pas. Ce n’était pas normal, quelque chose n’allait pas. Surtout avec les paroles de Genji et les disputes qui se multipliaient depuis deux ans, comme cela avait commencé avec Kimmitsu et son père. Un cycle se reproduisait, inlassablement, et le départ d’Himako l’effrayait.

Josuke – Je n’ai pas envie que tu partes comme ton oncle et ta tante… Que tu arrives à un point de rupture tel que le départ semble être la seule solution. Je sais qu’il y a un problème, je l’entends dans tes paroles, je le réalise avec le départ de ta tante, et je te demande pardon pour toutes ces disputes depuis deux ans. Le fait est que j’ai envie d’être présent pour toi, j’ai envie de t’aider et de t’épauler mais je ne comprends pas ce que tu ressens. Si tu n’arrives pas à me l’expliquer… Peut-être peux-tu me le montrer ? Me dire les mots qui te passent par la tête ? C’est ce que ton oncle a fait lorsqu’il s’était senti coincé ici par ton grand-père. Qu’est-ce qui te gêne dans la vie que tu mènes ici ?

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Genji Nakajima
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MessageSujet: Re: Le vent filant partout [Juin 1931]   Jeu 3 Aoû - 0:27

Père – Je… Je ne sais pas, dit-il en soupirant, regardant toujours l’endroit d’où venait de disparaître Himako. Je devrais te dire que non, que ta tante va revenir mais je crains que ce ne soit pas le cas. Et, par expérience, je sais que… Vouloir la rattraper ne ferait qu’aggraver la situation. Je redoutais son départ mais ce qu’elle a révélé à propos de sa relation et de sa grossesse…

Qui n’était accepté par personne, au passage, juste parce que sa tante n’avait « pas respecté les traditions », qu’elle était enceinte sans être mariée, qu’elle n’avait encore jamais présenté son petit mai à la famille, comme lui ne l’avait pas présentée non plus à sa propre famille, qu’ils se fréquentaient en secret depuis des mois, peut-être même des années, qu’elle ne voulait pas se marier tout de suite et qu’elle voulait juste vivre en oubliant un peu toutes ces règles. Et c’était juste ça qu’on lui reprochait ! La colère revint lui brûler les veines et Genji eut de nouveau l’envie furieuse de se lever et partir en courant, partir comme venait de le faire sa tante, et son oncle des années auparavant. Le dégoût le submergeait, il avait de vomir, de crier, de hurler même, de pleurer, de, de… De lâcher… Il y avait quelque chose qui rugissait en lui, une sorte de force imposante qui le faisait trembler, un trop-plein d’énergie grandissant qu’il ne parvenait pas à identifier. Peine, colère, trop-plein d’émotions ? Dégoût, injustice, tristesse ? Il ne savait pas mais ça le rongeait de plus en plus. Il voulait hurler. Demander pourquoi il ressentait ça, pourquoi il n’était pas normal, pas comme tout le monde. Rester, partir, filer maintenant, revenir, oui, non, jamais… Peut-être. C’était sûr. Il ne savait pas.

Son père recommença à parler mais Genji n’écoutait plus. Jambes ramenées tout contre lui et bras serrés autour, il s’efforçait de se contenir et de ne pas laisser déborder son trop-plein d’émotions, ou ce qu’il identifiait comme tel, du moins. De toute façon, à quoi servait-il d’écouter ? Comme toutes les autres fois, il aura droit à un nouveau sermon sur l’importance de suivre les traditions, de respecter ses aînés et sa famille, qu’il ne servait à rien de vouloir tout changer et faire la révolution puisque c’était comme ça, qu’il y avait des bonnes raisons à ce que les choses soient immuables. Il y avait toujours de bonnes raisons à tout ! Et là… Là aussi, sa tante avait de bonnes raisons de partir, ça ne servait à rien de rester dans un endroit où on ne vous comprenait pas. Et il ne savait pas pourquoi ça clochait ! Enfant, tout allait très bien, pourtant, il n’avait jamais eu de quoi se plaindre, c’était… Depuis… Quelques mois, un an, deux ans, il ne savait plus, tout allait de pire en pire et il ne comprenait pas. Ses notes qui chutaient, ses amis qui avaient pris peur pour il ne savait quelle p** de raison, tout ! "Ce n'est que la crise d'adolescence, ça te passera", lui disait sa mère, et son père se contentait de lui dire de se concentrer plus que ça et se reprendre, qu'il gâchait son avenir. L'envie de vomir s'accentua encore, comme celle de hurler.

Il lui fallut un bon moment avant de réaliser que le silence était revenu, que son père ne disait plus rien. Genji avait reposa le front contre ses genoux, n'ayant pas écouté un traître mot, occupé à faire rentrer son élément en lui et remettre de l'ordre dans ses pensées. Il ne relâcha sa position que lorsque la douleur de son bras se rappela à son bon souvenir, à force de trop tirer dessus, lui arrachant une grimace de douleur. Posant l'autre main valide dessus, il frotta un peu, les larmes aux yeux, pestant encore intérieurement contre ce don qu'il souhaitait de plus en plus voir disparaître et qui le blessait de plus en plus régulièrement. Un don qu'il parvint à faire cesser complètement, autour de lui, le forçant à rentrer et ne plus s'exprimer. S'il fut au moins satisfait de ça, il eut en revanche une encore plus grosse impression d'étouffer. *Calme-toi...* Tout allait très bien ! Il venait juste de terminer ses examens, en les ayant lamentablement raté, le mois de juin tirait à sa fin, juillet arrivait. Et sa tante venait de partir. La maison était d'ailleurs bien trop calme après ça. Reniflant un peu, il continua à frotter son bras, regardant vaguement le petit étang. Son père s'approcha tout à coup pour le prendre dans ses bras, Genji ne pouvant réprimer un net mouvement de recul, autant dû à la surprise que la terreur, gravée en lui depuis un an, de blesser quelqu'un si on l'approchait.

Se dégageant, il remit très vite ce qu'il avait à côté sur son plateau pour ramener à la cuisine puis aller se coucher, ou au moins faire semblant de dormir, esquissant un mouvement pour se lever lorsque son père posa une main sur son bras en l'appelant. Genji marmonna qu'il rentrait, pour laver les affaires, puis dormir. Ou faire semblant, au moins, ce sera le minimum pour ne pas inquiéter ses deux petites sœurs, comme il partageait leur chambre.

Père – Parce que tu arriveras à dormir dans cet état ? Tu n'as absolument rien écouté de ce que je t'ai dit...

Genji – Si, tu as parlé de... D'Himako.

C'était ça, non ? Il en avait parlé toute à l'heure, juste après qu'ils l'aient vu partir. Après, pour la suite, non, il n'avait rien écouté car il en avait assez d'écouter sans cesse les mêmes sermons, encore moins ce soir que tous les autres jours réunis.

Père – Et sinon ?

Genji – J'en sais rien...

Il avait répondu d'un ton las, l'agacement revenant en force. Qu'est-ce que ça changeait, de toute façon ?! Ecouter une fois de plus les mêmes mots était donc si important ? Il ne le pensait pas, navré, ne croyant pas non plus que cette attention allait changer la face du monde. Fini les frais, pour ce soir, ou cette nuit, ou peu importe, affaire terminée et qu'on n'en parle plus ! Il allait filer se coucher et demain matin, comme il n'avait pas cours, il partira quelque part, marcher ou courir, les deux sans doute, loin de la maison quelques heures, histoire de se calmer et souffler un bon coup. Et aussi, très important, s'entraîner à retenir son élément et ne plus le laisser s'échapper par accident, comme cet après-midi. Il rangea à la hâte ce qu'il y avait par terre, ne se servant que de son bras valide pour laisser l'autre au repos.

Père – Mais Genji, je n'essaie que de t'aider et de comprendre ! Si tu ne veux pas de notre aide, ni la mienne, ni celle de ta mère, comment veux-tu que l'on fasse ? Dis-moi quelle solution il nous reste, dans ce cas.

Genji – Je n'ai aucun problème !

Père – Ta réaction prouve que tu en as au moins un ! Tu passes ton temps à nous fuir et tu ne le réalises même pas.

Il ne fuyait pas ! Il... Genji referma la bouche, au moment où il allait répliquer, puis laissa retomber sur le plateau les deux baguettes qu'il tenait. Les dents un peu serrées, il finit par répliquer qu'il n'y avait pourtant rien, absolument rien, qu'il puisse qualifier de problème et que la seule chose qui le gênait, ce soir, c'était l'impression d'étouffer, dans cette maison, mais que c'était temporaire. Comme pour tout le reste, ça passera ! Il allait l'étouffer et point, exactement de la même façon que son don, l'étouffer et ne plus jamais y repenser, l'enfouir au plus profond de lui-même jusqu'à l'oublier à jamais. Son père afficha aussi une mine plus triste, tout à coup.

Père – Temporaire ne signifie pas deux ans...

Genji – C'est bon, je sais ce que je dois faire, je vais juste écarter ça, et mon don avec, tant que j'y suis, ça ne causera plus de problèmes.

Père – Comment ça, "ton don" ? Attends, que vient-il faire dans l'histoire ?

Rien. Pas grand-chose. Rien qui ne mérite d'en parler en tout cas. Genji soupira et détourna le regard, reposant une main contre son bras, puis répondit que ça faisait juste parti des éléments perturbateurs, rien de plus, mais qu'il savait ce qu'il y avait à y faire. On pouvait rejeter un don, non ? L'étouffer jusqu'à ce qu'il disparaisse ? ne plus jamais le laisser ressortir ? On pouvait, n'est-ce pas ? Il essayait, très sincèrement ! De toutes ses forces, chaque jour, chaque nuit, il y travaillait durement ! C'était un peu plus dur ces derniers temps mais il allait y mettre plus d'efforts, c'était promis, cet élément ne blessera jamais personne et il ne blessera plus lui-même. bientôt, ça ne sera plus dangereux, il le promettait.

Père – Attends, Genji, non, ce n'est pas un simple "élément perturbateur". C'est à cause de ton don que tu t'es blessé ? C'est cela ? Mais pourquoi ne pas nous l'avoir dit ? Pourquoi te laisser disputer alors que ce n'est pas de ta faute ?

Genji – Parce que c'est un détail, marmonna-t-il. Je travaille pour l'étouffer, c'est juste plus difficile certains jours. Et je n'en parle pas parce que vous ne...

... pouvez pas comprendre. Le reste de la phrase mourut sur ses lèvres avant qu'il n'ose la prononcer, écho douloureux qui fit battre son cœur un peu plus vite. Comme pour le narguer, le vent choisit ce moment pour lui échapper, filant très brusquement en le faisant sursauter et renversant tout ce qu'il avait empilé sur le plateau en bois quelques minutes plus tôt. Genji poussa un juron, entre ses dents, récupérant un des bols avant qu'il ne roule trop loin et tombe dans l'étang.

Père – Tu travailles pour l'étouffer ?! Mais tu ne dois surtout pas faire cela ! Regarde ce que tu viens de faire, Genji, c'est une preuve que tu ne dois surtout pas étouffer ton don !

Genji – Comment tu peux en être sûr, de ça, tu n'en a pas.

Père – Je te rappelle que ton oncle était mon petit frère et que je l'ai suffisamment côtoyé pour savoir. Mais tu as raison, je ne sais pas, je vais tout de suite demander à quelqu'un qui sait.

Quoi ? A qui ? Son père se leva tout à coup et se dirigea à grands pas vers la maison. Non mais à qui ... ? Il n'y avait personne là-bas qui pourrait lui répondre ! Non ? Enfin, si, Eisen, mais lui-même avait étouffé son propre pouvoir et ne s'en servait jamais ! Il le suivit à l'intérieur de la maison, posant vite fait les affaires dans un coin, avant de se rapprocher de son père en comprenant qui il voulait appeler. Mais ça ne servait à rien ! Genji soupira puis lança que c'était idiot, ça ne servait à rien de faire toute une histoire pour un détail pareil. En plus, là, il était... quelle heure, en France ? Tard ou tôt ? Ils étaient en vacances, déjà, vu la date, mais quand même, ça ne servait à rien de l'appeler juste pour ça !

Père – Un détail ? On va voir si ton oncle pense la même chose que toi, sachant qu'il travaille dans une école où, vois-tu, on prend ce genre de "détails" très au sérieux.

Genji – Ce n'est rien du tout ! Et le déranger juste pour ça, en plus... Ce n'est pas la peine, il ne m'a vu que deux fois au maximum.

Père – Je ne pense pas qu'il soit du même avis que toi à ce sujet. Si ton don te blesse alors que, justement, tu es en train d'essayer de l'étouffer, qui sait ce qui arrivera si tu le retiens plus longtemps. Et tu ne veux pas parler à quelqu'un qui n'a pas de don, je t'offre la possibilité de le faire.

Genji resta coi, la gorge serrée, sans plus savoir quoi répondre. Il ne voyait pas comment en parler à son père, et encore moins avouer qu'il avait déjà failli blesser gravement d'autres personnes en plus de lui-même, et donc pourquoi il voulait étouffer son pouvoir. C'était... Trop. On allait le chasser de la maison définitivement si jamais il avait le malheur d'avouer ça... Horriblement mal à l'aise, tout à coup, il détourna le regard lorsque son père appela, regardant partout sauf dans sa direction, pour ne pas voir son air accusateur. Il voulait juste vivre tranquille ! Sans... tout ça. Avoir une vie normale et ne pas se soucier tous les jours de ne pas laisser voir ce pouvoir. Malheureusement, son oncle finit par décrocher, Genji faisant une lourde grimace, le mal-être augmentant encore d'un cran. Il s'appuya contre le mur, à côté du petit buffet où était posé le téléphone.

Père – Kimmitsu ? Je suis désolé de te déranger, je sais que ce n'est pas dans mes habitudes étant donné que c'est l'après-midi chez toi mais... Genji et moi nous sommes encore disputés puisqu'il s'était blessé au bras et qu'il a essayé de le cacher. J'ai découvert à l'instant, en parlant avec lui, qu'il s'était blessé à cause de son don qu'il "travaille à étouffer" depuis des mois.

Un silence suivit, silence assez lourd, où Genji n'osa pas articuler un seul mot. Un silence suivit d'un soupir marqué, à l'autre bout du fil, puis son oncle demanda un "Qui lui a fichu ça en tête ?". Très tendu, Genji fixait le mur d'en face, surtout pas son père, les lèvres serrées, sans lâcher un seul mot. Ce n'était pas quelqu'un mais un ensemble, aussi bien l'école que les disputes avec ses parents, et aussi certaines réflexions de sa famille, la façon dont Himako, et Kimmitsu aussi, étaient partis, que ça lui semblait la meilleure solution pour ne pas devenir fou, tout bêtement !

Père – Je l’ignore… Il ne veut pas parler de ce « détail » avec moi parce que je n’ai pas de don. Raison pour laquelle je t’ai appelé.

Oncle – Un détail... Le vent, un détail... Soit le pouvoir qui se contrôle le moins bien, entre tous...

Une rougeur de plus en plus soutenue vint colorer les joues, jusqu'ici très pâles, du lycéen, rendant son teint moins cadavérique. C'était, il, ne, ils... Son père soupira à son tour, continuant de le dévisager à un point qui devenait gênant. Genji aurait tant aimé, là, de suite, s'enfoncer dans le mur et y disparaître, une heure ou deux, ou quelques jours.

Père – Que dois-je faire ? S'il se blesse à ce point maintenant et qu'il refuse de parler... Je ne peux pas l'entraîner, moi.

Oncle – Je verrai ça avec lui en venant, si tu veux. J'ai l'habitude, maintenant.

Quoi ? Mais ce n'était pas la peine ! Il n'allait quand même pas faire ça, ce n'était rien, Genji s'en sortait parfaitement bien comme ça, seul ! Son oncle n'allait quand même pas se préoccuper de ça, franchement, à quoi ça servait ?! Il allait le mêler pour rien à cette histoire, juste pour un petit don qu'il devait juste écarter de sa vie ?!

Père – Merci beaucoup, je veillerai à ce qu’il ne t’esquive pas comme il le fait avec nous depuis deux ans.

Le jeune en resta scié, lorsque son père raccrocha, ouvrant la bouche puis la refermant, n'en croyant pas ses oreilles. Il ne venait quand même pas de demander exprès son à oncle de l'entraîner cet été ! Il ne venait pas pour ça !

Genji – Je m'entraîne déjà assez ! Ce n'est pas un crime de vouloir reléguer ça et... Qu'est-ce que ça change, de toute façon ?!

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